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Fonctionnement d'un ordinateur/Les processeurs de traitement du signal
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Les DSP, les processeurs de traitement du signal, sont des jeux d'instructions spécialement conçus pour travailler sur du son, de la vidéo, des images… Le jeu d'instruction d'un DSP est assez spécial, car il est conçu pour des applications très spécifiques. Et la conséquence est que leur jeu d'instruction est complétement à part du reste, au point où leur donner un chapitre à part est une nécessité.
Les DSPs sont spécialisés dans le traitement temps réel d'un flux de données. Par exemple, prenons un DSP utilisé dans une chaine HI-FI: il reçoit un flux sonore. Idem avec un DSP présent dans une télévision ou autres : il reçoit un flux d'images, qu'il doit traiter. Un flux audio/vidéo est composé d'échantillons. Par exemple, un algorithme de traitement sonore travaille sur un flux sonore, qui décrit quelle est l'intensité sonore à un instant T, T-1, T-2, T-3, etc. L'intensité à chaque instant est un échantillon sonore. Pour un flux vidéo, celui-ci correspond aux N dernières images à afficher à l'écran. Le flux de donnée ne s'interrompt pas, il continue durant toute la lecture, avec de nouveaux échantillons arrivant toutes les X millisecondes, à une fréquence bien précise.
Les échantillons sont généralement accumulées dans une structure de donnée en mémoire RAM, appelée une '''file'''. Il s'agit d'un paquet d'échantillon classés par ordre d'arrivée (une structure de donnée de type FIFO). Elle a une taille finie, ce qui fait que le nombre d'échantillons est prédéfini à l'avance. Quand un échantillon est ajouté dans une FIFO pleine, la donnée la plus ancienne est éliminée (elle a déjà été traitée de toute façon). Les FIFOs de ce type sont conçues à partir d'un tableau, auquel on a ajouté deux pointeurs : un pour la donnée la plus ancienne, un pour la plus récente. Les DSPs ont des modes d'adressages spécialisés pour accéder à des données dans de telles files.
Un DSP exécute un algorithme de filtrage, une transformée de Fourier, ou un autre algorithme de traitement de signal complexe. De tels algorithmes travaillent sur un flux sonore/audio/vidéo. L'algorithme de filtrage ne travaille que sur un nombre fini d'échantillons, qui sont traités en même temps par l'algorithme. Le DSP doit exécuter un algorithme de traitement de signal entre arrivées d'échantillon. Il y a donc un délai temporel très strict à respecter. Un DSP doit donc exécuter un algorithme complexe, sur un nombre fini d'échantillons, avec un délai fini (le traitement doit être fini avant l'arrivée du prochain échantillon). Ces contraintes temps réels font que l'on ne peut utiliser de mémoire virtuelles, l’interruption, ou beaucoup d'autres fonctionnalités.
==Les registres des DSP==
Pour des raisons de couts, tous les DSP utilisent un faible nombre de registres spécialisés. Un DSP a souvent des registres entiers séparés des registres flottants, ainsi que des registres spécialisés pour les adresses mémoires. On peut aussi trouver des registres spécialisés pour les indices de tableau ou les compteurs de boucle. Cette spécialisation des registres pose de nombreux problèmes pour les compilateurs, qui peuvent donner lieu à une génération de code sous-optimale.
De nombreuses applications de traitement du signal ayant besoin d'une grande précision, les DSP sont dotés de registres accumulateurs très grands, capables de retenir des résultats de calcul intermédiaires sans perte de précision.
De plus, certaines instructions et certains modes d'adressage ne sont utilisables que sur certains types de registres. Certaines instructions d'accès mémoire peuvent prendre comme destination ou comme opérande un nombre limité de registres, les autres leur étant interdits. Cela permet de diminuer le nombre de bits nécessaire pour encoder l'instruction en binaire.
Il est fréquent que les DSP aient des registres séparés pour les adresses, voire des registres d'indice. Ils existent aussi bien sur les DSP qui utilisent des accumulateurs, que ceux qui n'en ont pas. Le premier cas est cependant plus fréquent, la présence de registres d'adresse va souvent de pair avec des accumulateurs. De tels DSPs incorporent un banc de registre séparé pour les registres d'adresse, un autre pour les registres d'indice, ainsi qu'une unité de calcul.
[[File:Unité d'accès mémoire avec registres d'adresse ou d'indice.png|centre|vignette|upright=2|Unité d'accès mémoire avec registres d'adresse ou d'indice]]
==Les instructions courantes des DSP==
Les DSP utilisent souvent l'arithmétique saturée. Certains permettent d'activer et de désactiver l'arithmétique saturée, en modifiant un registre de configuration du processeur. D'autres fournissent chaque instruction de calcul en double : une en arithmétique modulaire, l'autre en arithmétique saturée. Les DSP fournissent l'instruction ''multiply and accumulate'' (MAC) ou ''fused multiply and accumulate'' (FMAC), qui effectuent une multiplication et une addition en un seul cycle d'horloge, ce calcul étant très courant dans les algorithmes de traitement de signal. Il n'est pas rare que l'instruction MAC soit pipelinée.
Pour accélérer les boucles for, les DSP ont des instructions qui effectuent un test, un branchement et une mise à jour de l'indice en un cycle d’horloge. Cet indice est placé dans des registres uniquement dédiés aux compteurs de boucles. Autre fonctionnalité : les instructions autorépétées, des instructions qui se répètent automatiquement tant qu'une certaine condition n'est pas remplie. L'instruction effectue le test, le branchement, et l’exécution de l'instruction proprement dite en un cycle d'horloge. Cela permet de gérer des boucles dont le corps se limite à une seule instruction. Cette fonctionnalité a parfois été améliorée en permettant d'effectuer cette répétition sur des suites d'instructions.
Les DSP sont capables d'effectuer plusieurs accès mémoires simultanés par cycle, en parallèle. Par exemple, certains permettent de charger toutes leurs opérandes d'un calcul depuis la mémoire en même temps, et éventuellement d'écrire le résultat en mémoire lors du même cycle. Il existe aussi des instructions d'accès mémoires, séparées des instructions arithmétiques et logiques, capable de faire plusieurs accès mémoire par cycles : ce sont des ''déplacements parallèles'' (''parallel moves''). Notons qu'il faut que la mémoire soit multiport pour gérer plusieurs accès par cycle. Un DSP ne possède généralement pas de cache pour les données, mais conserve parfois un cache d'instructions pour accélérer l’exécution des boucles. Au passage, les DSP sont basés sur une architecture Harvard, ce qui permet au processeur de charger une instruction en même temps que ses opérandes.
[[File:Architecture mémoire des DSP.png|centre|vignette|upright=2|Architecture mémoire des DSP.]]
==Les modes d’adressage sur les DSP==
Les DSP incorporent pas mal de modes d'adressages spécialisés. Par exemple, beaucoup implémentent l'adressage indirect à registre avec post- ou préincrément/décrément, que nous avions vu dans le chapitre sur l'encodage des instructions. Mais il en existe d'autres qu'on ne retrouve que sur les DSP et pas ailleurs. Il s'agit de l'adressage modulo et de l'adressage à bits inversés.
===L'adressage « modulo »===
Les DSP implémentent des modes d'adressages servant à faciliter l’utilisation de files, des zones de mémoire où l’on stocke des données dans un certain ordre. On peut y ajouter de nouvelles données, et en retirer, mais les retraits et ajouts ne peuvent pas se faire n'importe comment : quand on retire une donnée, c'est la donnée la plus ancienne qui quitte la file. Tout se passe comme si ces données étaient rangées dans l'ordre en mémoire.
Ces files sont implémentées avec un tableau, auquel on ajoute deux adresses mémoires : une pour le début de la file et l'autre pour la fin. Le début de la file correspond à l'endroit où l'on insère les nouvelles données. La fin de la file correspond à la donnée la plus ancienne en mémoire. À chaque ajout de donnée, on doit mettre à jour l'adresse de début de file. Lors d'une suppression, c'est l'adresse de fin de file qui doit être mise à jour. Ce tableau a une taille fixe. Si jamais celui-ci se remplit jusqu'à la dernière case, (ici la cinquième), il se peut malgré tout qu'il reste de la place au début du tableau : des retraits de données ont libéré de la place. L'insertion continue alors au tout début du tableau. Cela demande de vérifier si l'on a atteint la fin du tableau à chaque insertion. De plus, en cas de débordement, si l'on arrive à la fin du tableau, l'adresse de la donnée la plus récemment ajoutée doit être remise à la bonne valeur : celle pointant sur le début du tableau. Tout cela fait pas mal de travail.
Le mode d'adressage « modulo » a été inventé pour faciliter la gestion des débordements. Avec ce mode d'adressage, l'incrémentation de l'adresse au retrait ou à l'ajout est donc effectué automatiquement. De plus, ce mode d'adressage vérifie automatiquement que l'adresse ne déborde pas du tableau. Et enfin, si cette adresse déborde, elle est mise à jour pour pointer au début du tableau. Suivant le DSP, ce mode d'adressage est géré plus ou moins différemment. La première méthode utilise des registres « modulo », qui stockent la taille du tableau. Chaque registre est associé à un registre d'adresse pour l'adresse/indice de l’élément en cours. Vu que seule la taille du tableau est mémorisée, le processeur ne sait pas quelle est l'adresse de début du tableau, et doit donc ruser. Cette adresse est souvent alignée sur un multiple de 64, 128, ou 256. Cela permet ainsi de déduire l'adresse de début de la file : c'est le multiple de 64, 128, 256 strictement inférieur le plus proche de l'adresse manipulée. Autre solution : utiliser deux registres, un pour stocker l'adresse de début du tableau et un autre pour sa longueur. Et enfin, dernière solution, utiliser un registre pour stocker l'adresse de début, et un autre pour l'adresse de fin.
===L'adressage à bits inversés===
L'adressage à bits inversés (bit-reverse) a été inventé pour accélérer les algorithmes de calcul de transformée de Fourier (un « calcul » très courant en traitement du signal). Cet algorithme va prendre des données dans un tableau, et va fournir des résultats dans un autre tableau. Seul problème, l'ordre d'arrivée des résultats dans le tableau d'arrivée est assez spécial. Par exemple, pour un tableau de 8 cases, les données arrivent dans cet ordre : 0, 4, 2, 6, 1, 5, 3, 7. L'ordre semble être totalement aléatoire. Mais il n'en est rien : regardons ces nombres une fois écrits en binaire, et comparons-les à l'ordre normal : 0, 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7.
{|class="wikitable"
|-
!Ordre normal!!Ordre Fourier
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Comme vous le voyez, les bits de l'adresse Fourier sont inversés comparés aux bits de l'adresse normale. Nos DSP disposent donc d'un mode d’adressage qui inverse tout ou partie des bits d'une adresse mémoire, afin de gérer plus facilement les algorithmes de calcul de transformées de Fourier. Une autre technique consiste à calculer nos adresses différemment. Il suffit, lorsqu'on ajoute un indice à notre adresse, de renverser la direction de propagation de la retenue lors de l’exécution de l'addition. Certains DSP disposent d'instructions pour faire ce genre de calculs.
<noinclude>
{{NavChapitre | book=Fonctionnement d'un ordinateur
| prev=Les processeurs 8 bits et moins
| prevText=Les processeurs 8 bits et moins
| next=Les architectures actionnées par déplacement
| nextText=Les architectures actionnées par déplacement
}}
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Les '''processeurs de traitement du signal''', sont des jeux d'instructions spécialement conçus pour travailler sur du son, de la vidéo, des images, out oute autre forme de signal. Ils sont aussi appelés des DSP, abréviation de ''Digital Signal Processor''. Le jeu d'instruction d'un DSP est assez spécial, car il est conçu pour des applications très spécifiques. Et la conséquence est que leur jeu d'instruction est complétement à part du reste, au point où leur donner un chapitre à part est une nécessité.
Le traitement du signal regroupe tout ce qui traite de l'audio, de la vidéo, mais aussi d'autres formes de signaux plus difficiles à conceptualiser. Il était autrefois réalisé par des composants purement analogiques. Les circuits analogiques de ce type étaient utilisés dans les anciennes radios, les chaines HI-FI, les télévisions, les magnétoscopes, et bien d'autres composants électroniques moins familiers. De nos jours, le signal est traité par des processeurs numériques. Un système audio/vidéo/autres fonctionne cependant encore avec des signaux analogiques. Simplement, il y a une conversion analogique vers numérique, un traitement par un DSP, puis une conversion numérique vers analogique.
[[File:DSP block diagram.svg|centre|vignette|upright=2|Chaine de traitement de signal utilisant un DSP.]]
Les DSPs sont spécialisés dans le traitement temps réel d'un flux de données. Par exemple, prenons un DSP utilisé dans une chaine HI-FI: il reçoit un flux sonore. Idem avec un DSP présent dans une télévision ou autres : il reçoit un flux d'images, qu'il doit traiter. Un flux audio/vidéo est composé d'échantillons. Par exemple, un algorithme de traitement sonore travaille sur un flux sonore, qui décrit quelle est l'intensité sonore à un instant T, T-1, T-2, T-3, etc. L'intensité à chaque instant est un échantillon sonore. Pour un flux vidéo, celui-ci correspond aux N dernières images à afficher à l'écran. Le flux de donnée ne s'interrompt pas, il continue durant toute la lecture, avec de nouveaux échantillons arrivant toutes les X millisecondes, à une fréquence bien précise.
Les échantillons sont généralement accumulées dans une structure de donnée en mémoire RAM, appelée une '''file'''. Il s'agit d'un paquet d'échantillon classés par ordre d'arrivée (une structure de donnée de type FIFO). Elle a une taille finie, ce qui fait que le nombre d'échantillons est prédéfini à l'avance. Quand un échantillon est ajouté dans une FIFO pleine, la donnée la plus ancienne est éliminée (elle a déjà été traitée de toute façon). Les FIFOs de ce type sont conçues à partir d'un tableau, auquel on a ajouté deux pointeurs : un pour la donnée la plus ancienne, un pour la plus récente. Les DSPs ont des modes d'adressages spécialisés pour accéder à des données dans de telles files.
Un DSP exécute un algorithme de filtrage, une transformée de Fourier, ou un autre algorithme de traitement de signal complexe. De tels algorithmes travaillent sur un flux sonore/audio/vidéo. L'algorithme de filtrage ne travaille que sur un nombre fini d'échantillons, qui sont traités en même temps par l'algorithme. Le DSP doit exécuter un algorithme de traitement de signal entre arrivées d'échantillon. Il y a donc un délai temporel très strict à respecter. Un DSP doit donc exécuter un algorithme complexe, sur un nombre fini d'échantillons, avec un délai fini (le traitement doit être fini avant l'arrivée du prochain échantillon). Ces contraintes temps réels font que l'on ne peut utiliser de mémoire virtuelles, l’interruption, ou beaucoup d'autres fonctionnalités.
==Les registres des DSP==
Pour des raisons de couts, tous les DSP utilisent un faible nombre de registres spécialisés. Un DSP a souvent des registres entiers séparés des registres flottants, ainsi que des registres spécialisés pour les adresses mémoires. On peut aussi trouver des registres spécialisés pour les indices de tableau ou les compteurs de boucle. Cette spécialisation des registres pose de nombreux problèmes pour les compilateurs, qui peuvent donner lieu à une génération de code sous-optimale.
De nombreuses applications de traitement du signal ayant besoin d'une grande précision, les DSP sont dotés de registres accumulateurs très grands, capables de retenir des résultats de calcul intermédiaires sans perte de précision.
De plus, certaines instructions et certains modes d'adressage ne sont utilisables que sur certains types de registres. Certaines instructions d'accès mémoire peuvent prendre comme destination ou comme opérande un nombre limité de registres, les autres leur étant interdits. Cela permet de diminuer le nombre de bits nécessaire pour encoder l'instruction en binaire.
Il est fréquent que les DSP aient des registres séparés pour les adresses, voire des registres d'indice. Ils existent aussi bien sur les DSP qui utilisent des accumulateurs, que ceux qui n'en ont pas. Le premier cas est cependant plus fréquent, la présence de registres d'adresse va souvent de pair avec des accumulateurs. De tels DSPs incorporent un banc de registre séparé pour les registres d'adresse, un autre pour les registres d'indice, ainsi qu'une unité de calcul.
[[File:Unité d'accès mémoire avec registres d'adresse ou d'indice.png|centre|vignette|upright=2|Unité d'accès mémoire avec registres d'adresse ou d'indice]]
==Les instructions courantes des DSP==
Les DSP utilisent souvent l'arithmétique saturée. Certains permettent d'activer et de désactiver l'arithmétique saturée, en modifiant un registre de configuration du processeur. D'autres fournissent chaque instruction de calcul en double : une en arithmétique modulaire, l'autre en arithmétique saturée. Les DSP fournissent l'instruction ''multiply and accumulate'' (MAC) ou ''fused multiply and accumulate'' (FMAC), qui effectuent une multiplication et une addition en un seul cycle d'horloge, ce calcul étant très courant dans les algorithmes de traitement de signal. Il n'est pas rare que l'instruction MAC soit pipelinée.
Pour accélérer les boucles for, les DSP ont des instructions qui effectuent un test, un branchement et une mise à jour de l'indice en un cycle d’horloge. Cet indice est placé dans des registres uniquement dédiés aux compteurs de boucles. Autre fonctionnalité : les instructions autorépétées, des instructions qui se répètent automatiquement tant qu'une certaine condition n'est pas remplie. L'instruction effectue le test, le branchement, et l’exécution de l'instruction proprement dite en un cycle d'horloge. Cela permet de gérer des boucles dont le corps se limite à une seule instruction. Cette fonctionnalité a parfois été améliorée en permettant d'effectuer cette répétition sur des suites d'instructions.
Les DSP sont capables d'effectuer plusieurs accès mémoires simultanés par cycle, en parallèle. Par exemple, certains permettent de charger toutes leurs opérandes d'un calcul depuis la mémoire en même temps, et éventuellement d'écrire le résultat en mémoire lors du même cycle. Il existe aussi des instructions d'accès mémoires, séparées des instructions arithmétiques et logiques, capable de faire plusieurs accès mémoire par cycles : ce sont des ''déplacements parallèles'' (''parallel moves''). Notons qu'il faut que la mémoire soit multiport pour gérer plusieurs accès par cycle. Un DSP ne possède généralement pas de cache pour les données, mais conserve parfois un cache d'instructions pour accélérer l’exécution des boucles. Au passage, les DSP sont basés sur une architecture Harvard, ce qui permet au processeur de charger une instruction en même temps que ses opérandes.
[[File:Architecture mémoire des DSP.png|centre|vignette|upright=2|Architecture mémoire des DSP.]]
==Les modes d’adressage sur les DSP==
Les DSP incorporent pas mal de modes d'adressages spécialisés. Par exemple, beaucoup implémentent l'adressage indirect à registre avec post- ou préincrément/décrément, que nous avions vu dans le chapitre sur l'encodage des instructions. Mais il en existe d'autres qu'on ne retrouve que sur les DSP et pas ailleurs. Il s'agit de l'adressage modulo et de l'adressage à bits inversés.
===L'adressage « modulo »===
Les DSP implémentent des modes d'adressages servant à faciliter l’utilisation de files, des zones de mémoire où l’on stocke des données dans un certain ordre. On peut y ajouter de nouvelles données, et en retirer, mais les retraits et ajouts ne peuvent pas se faire n'importe comment : quand on retire une donnée, c'est la donnée la plus ancienne qui quitte la file. Tout se passe comme si ces données étaient rangées dans l'ordre en mémoire.
Ces files sont implémentées avec un tableau, auquel on ajoute deux adresses mémoires : une pour le début de la file et l'autre pour la fin. Le début de la file correspond à l'endroit où l'on insère les nouvelles données. La fin de la file correspond à la donnée la plus ancienne en mémoire. À chaque ajout de donnée, on doit mettre à jour l'adresse de début de file. Lors d'une suppression, c'est l'adresse de fin de file qui doit être mise à jour. Ce tableau a une taille fixe. Si jamais celui-ci se remplit jusqu'à la dernière case, (ici la cinquième), il se peut malgré tout qu'il reste de la place au début du tableau : des retraits de données ont libéré de la place. L'insertion continue alors au tout début du tableau. Cela demande de vérifier si l'on a atteint la fin du tableau à chaque insertion. De plus, en cas de débordement, si l'on arrive à la fin du tableau, l'adresse de la donnée la plus récemment ajoutée doit être remise à la bonne valeur : celle pointant sur le début du tableau. Tout cela fait pas mal de travail.
Le mode d'adressage « modulo » a été inventé pour faciliter la gestion des débordements. Avec ce mode d'adressage, l'incrémentation de l'adresse au retrait ou à l'ajout est donc effectué automatiquement. De plus, ce mode d'adressage vérifie automatiquement que l'adresse ne déborde pas du tableau. Et enfin, si cette adresse déborde, elle est mise à jour pour pointer au début du tableau. Suivant le DSP, ce mode d'adressage est géré plus ou moins différemment. La première méthode utilise des registres « modulo », qui stockent la taille du tableau. Chaque registre est associé à un registre d'adresse pour l'adresse/indice de l’élément en cours. Vu que seule la taille du tableau est mémorisée, le processeur ne sait pas quelle est l'adresse de début du tableau, et doit donc ruser. Cette adresse est souvent alignée sur un multiple de 64, 128, ou 256. Cela permet ainsi de déduire l'adresse de début de la file : c'est le multiple de 64, 128, 256 strictement inférieur le plus proche de l'adresse manipulée. Autre solution : utiliser deux registres, un pour stocker l'adresse de début du tableau et un autre pour sa longueur. Et enfin, dernière solution, utiliser un registre pour stocker l'adresse de début, et un autre pour l'adresse de fin.
===L'adressage à bits inversés===
L'adressage à bits inversés (bit-reverse) a été inventé pour accélérer les algorithmes de calcul de transformée de Fourier (un « calcul » très courant en traitement du signal). Cet algorithme va prendre des données dans un tableau, et va fournir des résultats dans un autre tableau. Seul problème, l'ordre d'arrivée des résultats dans le tableau d'arrivée est assez spécial. Par exemple, pour un tableau de 8 cases, les données arrivent dans cet ordre : 0, 4, 2, 6, 1, 5, 3, 7. L'ordre semble être totalement aléatoire. Mais il n'en est rien : regardons ces nombres une fois écrits en binaire, et comparons-les à l'ordre normal : 0, 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7.
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!Ordre normal!!Ordre Fourier
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Comme vous le voyez, les bits de l'adresse Fourier sont inversés comparés aux bits de l'adresse normale. Nos DSP disposent donc d'un mode d’adressage qui inverse tout ou partie des bits d'une adresse mémoire, afin de gérer plus facilement les algorithmes de calcul de transformées de Fourier. Une autre technique consiste à calculer nos adresses différemment. Il suffit, lorsqu'on ajoute un indice à notre adresse, de renverser la direction de propagation de la retenue lors de l’exécution de l'addition. Certains DSP disposent d'instructions pour faire ce genre de calculs.
<noinclude>
{{NavChapitre | book=Fonctionnement d'un ordinateur
| prev=Les processeurs 8 bits et moins
| prevText=Les processeurs 8 bits et moins
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Les '''processeurs de traitement du signal''', sont des jeux d'instructions spécialement conçus pour travailler sur du son, de la vidéo, des images, out oute autre forme de signal. Ils sont aussi appelés des DSP, abréviation de ''Digital Signal Processor''. Le jeu d'instruction d'un DSP est assez spécial, car il est conçu pour des applications très spécifiques. Et la conséquence est que leur jeu d'instruction est complétement à part du reste, au point où leur donner un chapitre à part est une nécessité.
Le traitement du signal regroupe tout ce qui traite de l'audio, de la vidéo, mais aussi d'autres formes de signaux plus difficiles à conceptualiser. Il était autrefois réalisé par des composants purement analogiques. Les circuits analogiques de ce type étaient utilisés dans les anciennes radios, les chaines HI-FI, les télévisions, les magnétoscopes, et bien d'autres composants électroniques moins familiers. De nos jours, le signal est traité par des processeurs numériques. Un système audio/vidéo/autres fonctionne cependant encore avec des signaux analogiques. Simplement, il y a une conversion analogique vers numérique, un traitement par un DSP, puis une conversion numérique vers analogique.
[[File:DSP block diagram.svg|centre|vignette|upright=2|Chaine de traitement de signal utilisant un DSP.]]
Le signal sonore/vidéo/autre qui est capté est un signal analogique : il change en permanence, il n'a pas de fréquence définie. Mais ce signal est échantillonné, à savoir que l'on mesure sa valeur à une fréquence prédéterminée, appelée la '''fréquence d’échantillonnage'''. Par exemple, pour un signal sonore, la fréquence d’échantillonnage est de 44,1 kHz , 48 kHz, 96 kHz ou 192 kHz. Soit une mesure approximativement toutes les 22,6 µs, 20,83 µs, 10,4 µs, 5,2 µs. L'intensité sonore mesurée à un instant est appelé un échantillon sonore. Il existe un équivalent pour la vidéo : les échantillons sont les images à afficher à l'écran, il y en a une toutes les 1/21ème de secondes pour une vidéo à 24 FPS.
Les échantillons sont généralement accumulées dans une structure de donnée en mémoire RAM, appelée une '''file'''. Il s'agit d'un paquet d'échantillon classés par ordre d'arrivée (une structure de donnée de type FIFO). Elle a une taille finie, ce qui fait que le nombre d'échantillons est prédéfini à l'avance. Quand un échantillon est ajouté dans une FIFO pleine, la donnée la plus ancienne est éliminée (elle a déjà été traitée de toute façon). Les FIFOs de ce type sont conçues à partir d'un tableau, auquel on a ajouté deux pointeurs : un pour la donnée la plus ancienne, un pour la plus récente. Les DSPs ont des modes d'adressages spécialisés pour accéder à des données dans de telles files.
Un DSP exécute un algorithme de filtrage, une transformée de Fourier, ou un autre algorithme de traitement de signal complexe. De tels algorithmes travaillent sur un flux sonore/audio/vidéo. L'algorithme de filtrage ne travaille que sur un nombre fini d'échantillons, qui sont traités en même temps par l'algorithme. Le DSP doit exécuter un algorithme de traitement de signal entre arrivées d'échantillon. Il y a donc un délai temporel très strict à respecter. Un DSP doit donc exécuter un algorithme complexe, sur un nombre fini d'échantillons, avec un délai fini (le traitement doit être fini avant l'arrivée du prochain échantillon). Ces contraintes temps réels font que l'on ne peut utiliser de mémoire virtuelles, l’interruption, ou beaucoup d'autres fonctionnalités.
==Les registres des DSP==
Pour des raisons de couts, tous les DSP utilisent un faible nombre de registres spécialisés. Un DSP a souvent des registres entiers séparés des registres flottants, ainsi que des registres spécialisés pour les adresses mémoires. On peut aussi trouver des registres spécialisés pour les indices de tableau ou les compteurs de boucle. Cette spécialisation des registres pose de nombreux problèmes pour les compilateurs, qui peuvent donner lieu à une génération de code sous-optimale.
De nombreuses applications de traitement du signal ayant besoin d'une grande précision, les DSP sont dotés de registres accumulateurs très grands, capables de retenir des résultats de calcul intermédiaires sans perte de précision.
De plus, certaines instructions et certains modes d'adressage ne sont utilisables que sur certains types de registres. Certaines instructions d'accès mémoire peuvent prendre comme destination ou comme opérande un nombre limité de registres, les autres leur étant interdits. Cela permet de diminuer le nombre de bits nécessaire pour encoder l'instruction en binaire.
Il est fréquent que les DSP aient des registres séparés pour les adresses, voire des registres d'indice. Ils existent aussi bien sur les DSP qui utilisent des accumulateurs, que ceux qui n'en ont pas. Le premier cas est cependant plus fréquent, la présence de registres d'adresse va souvent de pair avec des accumulateurs. De tels DSPs incorporent un banc de registre séparé pour les registres d'adresse, un autre pour les registres d'indice, ainsi qu'une unité de calcul.
[[File:Unité d'accès mémoire avec registres d'adresse ou d'indice.png|centre|vignette|upright=2|Unité d'accès mémoire avec registres d'adresse ou d'indice]]
==Les instructions courantes des DSP==
Les DSP utilisent souvent l'arithmétique saturée. Certains permettent d'activer et de désactiver l'arithmétique saturée, en modifiant un registre de configuration du processeur. D'autres fournissent chaque instruction de calcul en double : une en arithmétique modulaire, l'autre en arithmétique saturée. Les DSP fournissent l'instruction ''multiply and accumulate'' (MAC) ou ''fused multiply and accumulate'' (FMAC), qui effectuent une multiplication et une addition en un seul cycle d'horloge, ce calcul étant très courant dans les algorithmes de traitement de signal. Il n'est pas rare que l'instruction MAC soit pipelinée.
Pour accélérer les boucles for, les DSP ont des instructions qui effectuent un test, un branchement et une mise à jour de l'indice en un cycle d’horloge. Cet indice est placé dans des registres uniquement dédiés aux compteurs de boucles. Autre fonctionnalité : les instructions autorépétées, des instructions qui se répètent automatiquement tant qu'une certaine condition n'est pas remplie. L'instruction effectue le test, le branchement, et l’exécution de l'instruction proprement dite en un cycle d'horloge. Cela permet de gérer des boucles dont le corps se limite à une seule instruction. Cette fonctionnalité a parfois été améliorée en permettant d'effectuer cette répétition sur des suites d'instructions.
Les DSP sont capables d'effectuer plusieurs accès mémoires simultanés par cycle, en parallèle. Par exemple, certains permettent de charger toutes leurs opérandes d'un calcul depuis la mémoire en même temps, et éventuellement d'écrire le résultat en mémoire lors du même cycle. Il existe aussi des instructions d'accès mémoires, séparées des instructions arithmétiques et logiques, capable de faire plusieurs accès mémoire par cycles : ce sont des ''déplacements parallèles'' (''parallel moves''). Notons qu'il faut que la mémoire soit multiport pour gérer plusieurs accès par cycle. Un DSP ne possède généralement pas de cache pour les données, mais conserve parfois un cache d'instructions pour accélérer l’exécution des boucles. Au passage, les DSP sont basés sur une architecture Harvard, ce qui permet au processeur de charger une instruction en même temps que ses opérandes.
[[File:Architecture mémoire des DSP.png|centre|vignette|upright=2|Architecture mémoire des DSP.]]
==Les modes d’adressage sur les DSP==
Les DSP incorporent pas mal de modes d'adressages spécialisés. Par exemple, beaucoup implémentent l'adressage indirect à registre avec post- ou préincrément/décrément, que nous avions vu dans le chapitre sur l'encodage des instructions. Mais il en existe d'autres qu'on ne retrouve que sur les DSP et pas ailleurs. Il s'agit de l'adressage modulo et de l'adressage à bits inversés.
===L'adressage « modulo »===
Les DSP implémentent des modes d'adressages servant à faciliter l’utilisation de files, des zones de mémoire où l’on stocke des données dans un certain ordre. On peut y ajouter de nouvelles données, et en retirer, mais les retraits et ajouts ne peuvent pas se faire n'importe comment : quand on retire une donnée, c'est la donnée la plus ancienne qui quitte la file. Tout se passe comme si ces données étaient rangées dans l'ordre en mémoire.
Ces files sont implémentées avec un tableau, auquel on ajoute deux adresses mémoires : une pour le début de la file et l'autre pour la fin. Le début de la file correspond à l'endroit où l'on insère les nouvelles données. La fin de la file correspond à la donnée la plus ancienne en mémoire. À chaque ajout de donnée, on doit mettre à jour l'adresse de début de file. Lors d'une suppression, c'est l'adresse de fin de file qui doit être mise à jour. Ce tableau a une taille fixe. Si jamais celui-ci se remplit jusqu'à la dernière case, (ici la cinquième), il se peut malgré tout qu'il reste de la place au début du tableau : des retraits de données ont libéré de la place. L'insertion continue alors au tout début du tableau. Cela demande de vérifier si l'on a atteint la fin du tableau à chaque insertion. De plus, en cas de débordement, si l'on arrive à la fin du tableau, l'adresse de la donnée la plus récemment ajoutée doit être remise à la bonne valeur : celle pointant sur le début du tableau. Tout cela fait pas mal de travail.
Le mode d'adressage « modulo » a été inventé pour faciliter la gestion des débordements. Avec ce mode d'adressage, l'incrémentation de l'adresse au retrait ou à l'ajout est donc effectué automatiquement. De plus, ce mode d'adressage vérifie automatiquement que l'adresse ne déborde pas du tableau. Et enfin, si cette adresse déborde, elle est mise à jour pour pointer au début du tableau. Suivant le DSP, ce mode d'adressage est géré plus ou moins différemment. La première méthode utilise des registres « modulo », qui stockent la taille du tableau. Chaque registre est associé à un registre d'adresse pour l'adresse/indice de l’élément en cours. Vu que seule la taille du tableau est mémorisée, le processeur ne sait pas quelle est l'adresse de début du tableau, et doit donc ruser. Cette adresse est souvent alignée sur un multiple de 64, 128, ou 256. Cela permet ainsi de déduire l'adresse de début de la file : c'est le multiple de 64, 128, 256 strictement inférieur le plus proche de l'adresse manipulée. Autre solution : utiliser deux registres, un pour stocker l'adresse de début du tableau et un autre pour sa longueur. Et enfin, dernière solution, utiliser un registre pour stocker l'adresse de début, et un autre pour l'adresse de fin.
===L'adressage à bits inversés===
L'adressage à bits inversés (bit-reverse) a été inventé pour accélérer les algorithmes de calcul de transformée de Fourier (un « calcul » très courant en traitement du signal). Cet algorithme va prendre des données dans un tableau, et va fournir des résultats dans un autre tableau. Seul problème, l'ordre d'arrivée des résultats dans le tableau d'arrivée est assez spécial. Par exemple, pour un tableau de 8 cases, les données arrivent dans cet ordre : 0, 4, 2, 6, 1, 5, 3, 7. L'ordre semble être totalement aléatoire. Mais il n'en est rien : regardons ces nombres une fois écrits en binaire, et comparons-les à l'ordre normal : 0, 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7.
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!Ordre normal!!Ordre Fourier
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Comme vous le voyez, les bits de l'adresse Fourier sont inversés comparés aux bits de l'adresse normale. Nos DSP disposent donc d'un mode d’adressage qui inverse tout ou partie des bits d'une adresse mémoire, afin de gérer plus facilement les algorithmes de calcul de transformées de Fourier. Une autre technique consiste à calculer nos adresses différemment. Il suffit, lorsqu'on ajoute un indice à notre adresse, de renverser la direction de propagation de la retenue lors de l’exécution de l'addition. Certains DSP disposent d'instructions pour faire ce genre de calculs.
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{{NavChapitre | book=Fonctionnement d'un ordinateur
| prev=Les processeurs 8 bits et moins
| prevText=Les processeurs 8 bits et moins
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wikitext
text/x-wiki
Les '''processeurs de traitement du signal''', sont des jeux d'instructions spécialement conçus pour travailler sur du son, de la vidéo, des images, out oute autre forme de signal. Ils sont aussi appelés des DSP, abréviation de ''Digital Signal Processor''. Le jeu d'instruction d'un DSP est assez spécial, car il est conçu pour des applications très spécifiques. Et la conséquence est que leur jeu d'instruction est complétement à part du reste, au point où leur donner un chapitre à part est une nécessité.
Le traitement du signal regroupe tout ce qui traite de l'audio, de la vidéo, mais aussi d'autres formes de signaux plus difficiles à conceptualiser. Il était autrefois réalisé par des composants purement analogiques. Les circuits analogiques de ce type étaient utilisés dans les anciennes radios, les chaines HI-FI, les télévisions, les magnétoscopes, et bien d'autres composants électroniques moins familiers. De nos jours, le signal est traité par des processeurs numériques. Un système audio/vidéo/autres fonctionne cependant encore avec des signaux analogiques. Simplement, il y a une conversion analogique vers numérique, un traitement par un DSP, puis une conversion numérique vers analogique.
[[File:DSP block diagram.svg|centre|vignette|upright=2|Chaine de traitement de signal utilisant un DSP.]]
[[File:Dsp bloc fr.png|centre|vignette|upright=2|Chaine de traitement de signal utilisant un DSP, en français.]]
Le signal sonore/vidéo/autre qui est capté est un signal analogique : il change en permanence, il n'a pas de fréquence définie. Mais ce signal est échantillonné, à savoir que l'on mesure sa valeur à une fréquence prédéterminée, appelée la '''fréquence d’échantillonnage'''. Par exemple, pour un signal sonore, la fréquence d’échantillonnage est de 44,1 kHz , 48 kHz, 96 kHz ou 192 kHz. Soit une mesure approximativement toutes les 22,6 µs, 20,83 µs, 10,4 µs, 5,2 µs. L'intensité sonore mesurée à un instant est appelé un échantillon sonore. Il existe un équivalent pour la vidéo : les échantillons sont les images à afficher à l'écran, il y en a une toutes les 1/21ème de secondes pour une vidéo à 24 FPS.
Les échantillons sont généralement accumulées dans une structure de donnée en mémoire RAM, appelée une '''file'''. Il s'agit d'un paquet d'échantillon classés par ordre d'arrivée (une structure de donnée de type FIFO). Elle a une taille finie, ce qui fait que le nombre d'échantillons est prédéfini à l'avance. Quand un échantillon est ajouté dans une FIFO pleine, la donnée la plus ancienne est éliminée (elle a déjà été traitée de toute façon). Les FIFOs de ce type sont conçues à partir d'un tableau, auquel on a ajouté deux pointeurs : un pour la donnée la plus ancienne, un pour la plus récente. Les DSPs ont des modes d'adressages spécialisés pour accéder à des données dans de telles files.
Un DSP exécute un algorithme de filtrage, une transformée de Fourier, ou un autre algorithme de traitement de signal complexe. De tels algorithmes travaillent sur un flux sonore/audio/vidéo. L'algorithme de filtrage ne travaille que sur un nombre fini d'échantillons, qui sont traités en même temps par l'algorithme. Le DSP doit exécuter un algorithme de traitement de signal entre arrivées d'échantillon. Il y a donc un délai temporel très strict à respecter. Un DSP doit donc exécuter un algorithme complexe, sur un nombre fini d'échantillons, avec un délai fini (le traitement doit être fini avant l'arrivée du prochain échantillon). Ces contraintes temps réels font que l'on ne peut utiliser de mémoire virtuelles, l’interruption, ou beaucoup d'autres fonctionnalités.
==Les registres des DSP==
Pour des raisons de couts, tous les DSP utilisent un faible nombre de registres spécialisés. Un DSP a souvent des registres entiers séparés des registres flottants, ainsi que des registres spécialisés pour les adresses mémoires. On peut aussi trouver des registres spécialisés pour les indices de tableau ou les compteurs de boucle. Cette spécialisation des registres pose de nombreux problèmes pour les compilateurs, qui peuvent donner lieu à une génération de code sous-optimale.
De nombreuses applications de traitement du signal ayant besoin d'une grande précision, les DSP sont dotés de registres accumulateurs très grands, capables de retenir des résultats de calcul intermédiaires sans perte de précision.
De plus, certaines instructions et certains modes d'adressage ne sont utilisables que sur certains types de registres. Certaines instructions d'accès mémoire peuvent prendre comme destination ou comme opérande un nombre limité de registres, les autres leur étant interdits. Cela permet de diminuer le nombre de bits nécessaire pour encoder l'instruction en binaire.
Il est fréquent que les DSP aient des registres séparés pour les adresses, voire des registres d'indice. Ils existent aussi bien sur les DSP qui utilisent des accumulateurs, que ceux qui n'en ont pas. Le premier cas est cependant plus fréquent, la présence de registres d'adresse va souvent de pair avec des accumulateurs. De tels DSPs incorporent un banc de registre séparé pour les registres d'adresse, un autre pour les registres d'indice, ainsi qu'une unité de calcul.
[[File:Unité d'accès mémoire avec registres d'adresse ou d'indice.png|centre|vignette|upright=2|Unité d'accès mémoire avec registres d'adresse ou d'indice]]
==Les instructions courantes des DSP==
Les DSP utilisent souvent l'arithmétique saturée. Certains permettent d'activer et de désactiver l'arithmétique saturée, en modifiant un registre de configuration du processeur. D'autres fournissent chaque instruction de calcul en double : une en arithmétique modulaire, l'autre en arithmétique saturée. Les DSP fournissent l'instruction ''multiply and accumulate'' (MAC) ou ''fused multiply and accumulate'' (FMAC), qui effectuent une multiplication et une addition en un seul cycle d'horloge, ce calcul étant très courant dans les algorithmes de traitement de signal. Il n'est pas rare que l'instruction MAC soit pipelinée.
Pour accélérer les boucles for, les DSP ont des instructions qui effectuent un test, un branchement et une mise à jour de l'indice en un cycle d’horloge. Cet indice est placé dans des registres uniquement dédiés aux compteurs de boucles. Autre fonctionnalité : les instructions autorépétées, des instructions qui se répètent automatiquement tant qu'une certaine condition n'est pas remplie. L'instruction effectue le test, le branchement, et l’exécution de l'instruction proprement dite en un cycle d'horloge. Cela permet de gérer des boucles dont le corps se limite à une seule instruction. Cette fonctionnalité a parfois été améliorée en permettant d'effectuer cette répétition sur des suites d'instructions.
Les DSP sont capables d'effectuer plusieurs accès mémoires simultanés par cycle, en parallèle. Par exemple, certains permettent de charger toutes leurs opérandes d'un calcul depuis la mémoire en même temps, et éventuellement d'écrire le résultat en mémoire lors du même cycle. Il existe aussi des instructions d'accès mémoires, séparées des instructions arithmétiques et logiques, capable de faire plusieurs accès mémoire par cycles : ce sont des ''déplacements parallèles'' (''parallel moves''). Notons qu'il faut que la mémoire soit multiport pour gérer plusieurs accès par cycle. Un DSP ne possède généralement pas de cache pour les données, mais conserve parfois un cache d'instructions pour accélérer l’exécution des boucles. Au passage, les DSP sont basés sur une architecture Harvard, ce qui permet au processeur de charger une instruction en même temps que ses opérandes.
[[File:Architecture mémoire des DSP.png|centre|vignette|upright=2|Architecture mémoire des DSP.]]
==Les modes d’adressage sur les DSP==
Les DSP incorporent pas mal de modes d'adressages spécialisés. Par exemple, beaucoup implémentent l'adressage indirect à registre avec post- ou préincrément/décrément, que nous avions vu dans le chapitre sur l'encodage des instructions. Mais il en existe d'autres qu'on ne retrouve que sur les DSP et pas ailleurs. Il s'agit de l'adressage modulo et de l'adressage à bits inversés.
===L'adressage « modulo »===
Les DSP implémentent des modes d'adressages servant à faciliter l’utilisation de files, des zones de mémoire où l’on stocke des données dans un certain ordre. On peut y ajouter de nouvelles données, et en retirer, mais les retraits et ajouts ne peuvent pas se faire n'importe comment : quand on retire une donnée, c'est la donnée la plus ancienne qui quitte la file. Tout se passe comme si ces données étaient rangées dans l'ordre en mémoire.
Ces files sont implémentées avec un tableau, auquel on ajoute deux adresses mémoires : une pour le début de la file et l'autre pour la fin. Le début de la file correspond à l'endroit où l'on insère les nouvelles données. La fin de la file correspond à la donnée la plus ancienne en mémoire. À chaque ajout de donnée, on doit mettre à jour l'adresse de début de file. Lors d'une suppression, c'est l'adresse de fin de file qui doit être mise à jour. Ce tableau a une taille fixe. Si jamais celui-ci se remplit jusqu'à la dernière case, (ici la cinquième), il se peut malgré tout qu'il reste de la place au début du tableau : des retraits de données ont libéré de la place. L'insertion continue alors au tout début du tableau. Cela demande de vérifier si l'on a atteint la fin du tableau à chaque insertion. De plus, en cas de débordement, si l'on arrive à la fin du tableau, l'adresse de la donnée la plus récemment ajoutée doit être remise à la bonne valeur : celle pointant sur le début du tableau. Tout cela fait pas mal de travail.
Le mode d'adressage « modulo » a été inventé pour faciliter la gestion des débordements. Avec ce mode d'adressage, l'incrémentation de l'adresse au retrait ou à l'ajout est donc effectué automatiquement. De plus, ce mode d'adressage vérifie automatiquement que l'adresse ne déborde pas du tableau. Et enfin, si cette adresse déborde, elle est mise à jour pour pointer au début du tableau. Suivant le DSP, ce mode d'adressage est géré plus ou moins différemment. La première méthode utilise des registres « modulo », qui stockent la taille du tableau. Chaque registre est associé à un registre d'adresse pour l'adresse/indice de l’élément en cours. Vu que seule la taille du tableau est mémorisée, le processeur ne sait pas quelle est l'adresse de début du tableau, et doit donc ruser. Cette adresse est souvent alignée sur un multiple de 64, 128, ou 256. Cela permet ainsi de déduire l'adresse de début de la file : c'est le multiple de 64, 128, 256 strictement inférieur le plus proche de l'adresse manipulée. Autre solution : utiliser deux registres, un pour stocker l'adresse de début du tableau et un autre pour sa longueur. Et enfin, dernière solution, utiliser un registre pour stocker l'adresse de début, et un autre pour l'adresse de fin.
===L'adressage à bits inversés===
L'adressage à bits inversés (bit-reverse) a été inventé pour accélérer les algorithmes de calcul de transformée de Fourier (un « calcul » très courant en traitement du signal). Cet algorithme va prendre des données dans un tableau, et va fournir des résultats dans un autre tableau. Seul problème, l'ordre d'arrivée des résultats dans le tableau d'arrivée est assez spécial. Par exemple, pour un tableau de 8 cases, les données arrivent dans cet ordre : 0, 4, 2, 6, 1, 5, 3, 7. L'ordre semble être totalement aléatoire. Mais il n'en est rien : regardons ces nombres une fois écrits en binaire, et comparons-les à l'ordre normal : 0, 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7.
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!Ordre normal!!Ordre Fourier
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||000||000
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||001||100
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||010||010
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||011||110
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||100||001
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||101||101
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||110||011
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||111||111
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Comme vous le voyez, les bits de l'adresse Fourier sont inversés comparés aux bits de l'adresse normale. Nos DSP disposent donc d'un mode d’adressage qui inverse tout ou partie des bits d'une adresse mémoire, afin de gérer plus facilement les algorithmes de calcul de transformées de Fourier. Une autre technique consiste à calculer nos adresses différemment. Il suffit, lorsqu'on ajoute un indice à notre adresse, de renverser la direction de propagation de la retenue lors de l’exécution de l'addition. Certains DSP disposent d'instructions pour faire ce genre de calculs.
<noinclude>
{{NavChapitre | book=Fonctionnement d'un ordinateur
| prev=Les processeurs 8 bits et moins
| prevText=Les processeurs 8 bits et moins
| next=Les architectures actionnées par déplacement
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Les '''processeurs de traitement du signal''', sont des jeux d'instructions spécialement conçus pour travailler sur du son, de la vidéo, des images, out oute autre forme de signal. Ils sont aussi appelés des DSP, abréviation de ''Digital Signal Processor''. Le jeu d'instruction d'un DSP est assez spécial, car il est conçu pour des applications très spécifiques. Et la conséquence est que leur jeu d'instruction est complétement à part du reste, au point où leur donner un chapitre à part est une nécessité.
Le traitement du signal regroupe tout ce qui traite de l'audio, de la vidéo, mais aussi d'autres formes de signaux plus difficiles à conceptualiser. Il était autrefois réalisé par des composants purement analogiques. Les circuits analogiques de ce type étaient utilisés dans les anciennes radios, les chaines HI-FI, les télévisions, les magnétoscopes, et bien d'autres composants électroniques moins familiers. De nos jours, le signal est traité par des processeurs numériques. Un système audio/vidéo/autres fonctionne cependant encore avec des signaux analogiques. Simplement, il y a une conversion analogique vers numérique, un traitement par un DSP, puis une conversion numérique vers analogique.
[[File:DSP block diagram.svg|centre|vignette|upright=2|Chaine de traitement de signal utilisant un DSP.]]
[[File:Dsp bloc fr.png|centre|vignette|upright=2|Chaine de traitement de signal utilisant un DSP, en français.]]
Le signal sonore/vidéo/autre qui est capté est un signal analogique : il change en permanence, il n'a pas de fréquence définie. Mais ce signal est échantillonné, à savoir que l'on mesure sa valeur à une fréquence prédéterminée, appelée la '''fréquence d’échantillonnage'''. Par exemple, pour un signal sonore, la fréquence d’échantillonnage est de 44,1 kHz , 48 kHz, 96 kHz ou 192 kHz. Soit une mesure approximativement toutes les 22,6 µs, 20,83 µs, 10,4 µs, 5,2 µs. L'intensité sonore mesurée à un instant est appelé un échantillon sonore. Il existe un équivalent pour la vidéo : les échantillons sont les images à afficher à l'écran, il y en a une toutes les 1/21ème de secondes pour une vidéo à 24 FPS.
Les échantillons sont généralement accumulées dans une structure de donnée en mémoire RAM, appelée une '''file'''. Il s'agit d'un paquet d'échantillon classés par ordre d'arrivée (une structure de donnée de type FIFO). Elle a une taille finie, ce qui fait que le nombre d'échantillons est prédéfini à l'avance. Quand un échantillon est ajouté dans une FIFO pleine, la donnée la plus ancienne est éliminée (elle a déjà été traitée de toute façon). Les FIFOs de ce type sont conçues à partir d'un tableau, auquel on a ajouté deux pointeurs : un pour la donnée la plus ancienne, un pour la plus récente. Les DSPs ont des modes d'adressages spécialisés pour accéder à des données dans de telles files.
Un DSP exécute un algorithme de filtrage, une transformée de Fourier, ou un autre algorithme de traitement de signal complexe. L'algorithme de filtrage travaille sur un nombre fini d'échantillons, qui sont traités en même temps par l'algorithme, et sont lus depuis la file décrite plus haut. Le DSP doit exécuter un algorithme de traitement de signal entre deux arrivées d'échantillon. Il y a donc un délai temporel très strict à respecter : le traitement doit être fini avant l'arrivée du prochain échantillon. Cette contraintes dite ''temps réel'' font que l'on ne peut pas utiliser de mémoire virtuelles, d'interruptions, ou beaucoup d'autres fonctionnalités courantes sur les processeurs modernes.
La présence de caches est une source de problèmes dans les systèmes ''temps réel'', car le temps d'exécution dépend de si les accès mémoire font des succès ou des défauts de cache. En conséquence, les premiers DSP commercialisés n'utilisaient pas de mémoire cache pour les données, et assez rarement pour les instructions. L'absence de cache était compensée par des instructions mémoire spécifique et une architecture mémoire particulière, qu'on détaillera plus bas.
Les branchements aussi sont une source de problèmes pour le ''temp réel''. Le temps d'exécution du code change selon que le branchement est pris ou non, les deux codes exécutés suivant que la condition est valide ou non ne faisaient pas forcément le même temps. En conséquence, les DSP incorporent des fonctionnalités spécialisées pour les boucles, afin de simplifier leur exécution, ainsi que des instructions à prédicats pour remplacer les branchements hors-boucles. L'exécution de fonctions/procédures est aussi souvent absente, car les algorithmes exécutés sont généralement assez courts.
==Les registres des DSP==
Pour des raisons de couts, tous les DSP utilisent un faible nombre de registres spécialisés. Un DSP a souvent des registres entiers séparés des registres flottants, ainsi que des registres spécialisés pour les adresses mémoires. On peut aussi trouver des registres spécialisés pour les indices de tableau ou les compteurs de boucle. Cette spécialisation des registres pose de nombreux problèmes pour les compilateurs, qui peuvent donner lieu à une génération de code sous-optimale.
De nombreuses applications de traitement du signal ayant besoin d'une grande précision, les DSP sont dotés de registres accumulateurs très grands, capables de retenir des résultats de calcul intermédiaires sans perte de précision.
De plus, certaines instructions et certains modes d'adressage ne sont utilisables que sur certains types de registres. Certaines instructions d'accès mémoire peuvent prendre comme destination ou comme opérande un nombre limité de registres, les autres leur étant interdits. Cela permet de diminuer le nombre de bits nécessaire pour encoder l'instruction en binaire.
Il est fréquent que les DSP aient des registres séparés pour les adresses, voire des registres d'indice. Ils existent aussi bien sur les DSP qui utilisent des accumulateurs, que ceux qui n'en ont pas. Le premier cas est cependant plus fréquent, la présence de registres d'adresse va souvent de pair avec des accumulateurs. De tels DSPs incorporent un banc de registre séparé pour les registres d'adresse, un autre pour les registres d'indice, ainsi qu'une unité de calcul.
[[File:Unité d'accès mémoire avec registres d'adresse ou d'indice.png|centre|vignette|upright=2|Unité d'accès mémoire avec registres d'adresse ou d'indice]]
==Les instructions courantes des DSP==
Les DSP utilisent souvent l'arithmétique saturée. Certains permettent d'activer et de désactiver l'arithmétique saturée, en modifiant un registre de configuration du processeur. D'autres fournissent chaque instruction de calcul en double : une en arithmétique modulaire, l'autre en arithmétique saturée. Les DSP fournissent l'instruction ''multiply and accumulate'' (MAC) ou ''fused multiply and accumulate'' (FMAC), qui effectuent une multiplication et une addition en un seul cycle d'horloge, ce calcul étant très courant dans les algorithmes de traitement de signal. Il n'est pas rare que l'instruction MAC soit pipelinée.
Pour accélérer les boucles for, les DSP ont des instructions qui effectuent un test, un branchement et une mise à jour de l'indice en un cycle d’horloge. Cet indice est placé dans des registres uniquement dédiés aux compteurs de boucles. Autre fonctionnalité : les instructions autorépétées, des instructions qui se répètent automatiquement tant qu'une certaine condition n'est pas remplie. L'instruction effectue le test, le branchement, et l’exécution de l'instruction proprement dite en un cycle d'horloge. Cela permet de gérer des boucles dont le corps se limite à une seule instruction. Cette fonctionnalité a parfois été améliorée en permettant d'effectuer cette répétition sur des suites d'instructions.
Les DSP sont capables d'effectuer plusieurs accès mémoires simultanés par cycle, en parallèle. Par exemple, certains permettent de charger toutes leurs opérandes d'un calcul depuis la mémoire en même temps, et éventuellement d'écrire le résultat en mémoire lors du même cycle. Il existe aussi des instructions d'accès mémoires, séparées des instructions arithmétiques et logiques, capable de faire plusieurs accès mémoire par cycles : ce sont des ''déplacements parallèles'' (''parallel moves''). Notons qu'il faut que la mémoire soit multiport pour gérer plusieurs accès par cycle. Un DSP ne possède généralement pas de cache pour les données, mais conserve parfois un cache d'instructions pour accélérer l’exécution des boucles. Au passage, les DSP sont basés sur une architecture Harvard, ce qui permet au processeur de charger une instruction en même temps que ses opérandes.
[[File:Architecture mémoire des DSP.png|centre|vignette|upright=2|Architecture mémoire des DSP.]]
==Les modes d’adressage sur les DSP==
Les DSP incorporent pas mal de modes d'adressages spécialisés. Par exemple, beaucoup implémentent l'adressage indirect à registre avec post- ou préincrément/décrément, que nous avions vu dans le chapitre sur l'encodage des instructions. Mais il en existe d'autres qu'on ne retrouve que sur les DSP et pas ailleurs. Il s'agit de l'adressage modulo et de l'adressage à bits inversés.
===L'adressage « modulo »===
Les DSP implémentent des modes d'adressages servant à faciliter l’utilisation de files, des zones de mémoire où l’on stocke des données dans un certain ordre. On peut y ajouter de nouvelles données, et en retirer, mais les retraits et ajouts ne peuvent pas se faire n'importe comment : quand on retire une donnée, c'est la donnée la plus ancienne qui quitte la file. Tout se passe comme si ces données étaient rangées dans l'ordre en mémoire.
Ces files sont implémentées avec un tableau, auquel on ajoute deux adresses mémoires : une pour le début de la file et l'autre pour la fin. Le début de la file correspond à l'endroit où l'on insère les nouvelles données. La fin de la file correspond à la donnée la plus ancienne en mémoire. À chaque ajout de donnée, on doit mettre à jour l'adresse de début de file. Lors d'une suppression, c'est l'adresse de fin de file qui doit être mise à jour. Ce tableau a une taille fixe. Si jamais celui-ci se remplit jusqu'à la dernière case, (ici la cinquième), il se peut malgré tout qu'il reste de la place au début du tableau : des retraits de données ont libéré de la place. L'insertion continue alors au tout début du tableau. Cela demande de vérifier si l'on a atteint la fin du tableau à chaque insertion. De plus, en cas de débordement, si l'on arrive à la fin du tableau, l'adresse de la donnée la plus récemment ajoutée doit être remise à la bonne valeur : celle pointant sur le début du tableau. Tout cela fait pas mal de travail.
Le mode d'adressage « modulo » a été inventé pour faciliter la gestion des débordements. Avec ce mode d'adressage, l'incrémentation de l'adresse au retrait ou à l'ajout est donc effectué automatiquement. De plus, ce mode d'adressage vérifie automatiquement que l'adresse ne déborde pas du tableau. Et enfin, si cette adresse déborde, elle est mise à jour pour pointer au début du tableau. Suivant le DSP, ce mode d'adressage est géré plus ou moins différemment. La première méthode utilise des registres « modulo », qui stockent la taille du tableau. Chaque registre est associé à un registre d'adresse pour l'adresse/indice de l’élément en cours. Vu que seule la taille du tableau est mémorisée, le processeur ne sait pas quelle est l'adresse de début du tableau, et doit donc ruser. Cette adresse est souvent alignée sur un multiple de 64, 128, ou 256. Cela permet ainsi de déduire l'adresse de début de la file : c'est le multiple de 64, 128, 256 strictement inférieur le plus proche de l'adresse manipulée. Autre solution : utiliser deux registres, un pour stocker l'adresse de début du tableau et un autre pour sa longueur. Et enfin, dernière solution, utiliser un registre pour stocker l'adresse de début, et un autre pour l'adresse de fin.
===L'adressage à bits inversés===
L'adressage à bits inversés (bit-reverse) a été inventé pour accélérer les algorithmes de calcul de transformée de Fourier (un « calcul » très courant en traitement du signal). Cet algorithme va prendre des données dans un tableau, et va fournir des résultats dans un autre tableau. Seul problème, l'ordre d'arrivée des résultats dans le tableau d'arrivée est assez spécial. Par exemple, pour un tableau de 8 cases, les données arrivent dans cet ordre : 0, 4, 2, 6, 1, 5, 3, 7. L'ordre semble être totalement aléatoire. Mais il n'en est rien : regardons ces nombres une fois écrits en binaire, et comparons-les à l'ordre normal : 0, 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7.
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!Ordre normal!!Ordre Fourier
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Comme vous le voyez, les bits de l'adresse Fourier sont inversés comparés aux bits de l'adresse normale. Nos DSP disposent donc d'un mode d’adressage qui inverse tout ou partie des bits d'une adresse mémoire, afin de gérer plus facilement les algorithmes de calcul de transformées de Fourier. Une autre technique consiste à calculer nos adresses différemment. Il suffit, lorsqu'on ajoute un indice à notre adresse, de renverser la direction de propagation de la retenue lors de l’exécution de l'addition. Certains DSP disposent d'instructions pour faire ce genre de calculs.
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{{NavChapitre | book=Fonctionnement d'un ordinateur
| prev=Les processeurs 8 bits et moins
| prevText=Les processeurs 8 bits et moins
| next=Les architectures actionnées par déplacement
| nextText=Les architectures actionnées par déplacement
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text/x-wiki
Les '''processeurs de traitement du signal''', sont des jeux d'instructions spécialement conçus pour travailler sur du son, de la vidéo, des images, out oute autre forme de signal. Ils sont aussi appelés des DSP, abréviation de ''Digital Signal Processor''. Le jeu d'instruction d'un DSP est assez spécial, car il est conçu pour des applications très spécifiques. Et la conséquence est que leur jeu d'instruction est complétement à part du reste, au point où leur donner un chapitre à part est une nécessité.
Le traitement du signal regroupe tout ce qui traite de l'audio, de la vidéo, mais aussi d'autres formes de signaux plus difficiles à conceptualiser. Il était autrefois réalisé par des composants purement analogiques. Les circuits analogiques de ce type étaient utilisés dans les anciennes radios, les chaines HI-FI, les télévisions, les magnétoscopes, et bien d'autres composants électroniques moins familiers. De nos jours, le signal est traité par des processeurs numériques. Un système audio/vidéo/autres fonctionne cependant encore avec des signaux analogiques. Simplement, il y a une conversion analogique vers numérique, un traitement par un DSP, puis une conversion numérique vers analogique.
[[File:DSP block diagram.svg|centre|vignette|upright=2|Chaine de traitement de signal utilisant un DSP.]]
[[File:Dsp bloc fr.png|centre|vignette|upright=2|Chaine de traitement de signal utilisant un DSP, en français.]]
Le signal sonore/vidéo/autre qui est capté est un signal analogique : il change en permanence, il n'a pas de fréquence définie. Mais ce signal est échantillonné, à savoir que l'on mesure sa valeur à une fréquence prédéterminée, appelée la '''fréquence d’échantillonnage'''. Par exemple, pour un signal sonore, la fréquence d’échantillonnage est de 44,1 kHz , 48 kHz, 96 kHz ou 192 kHz. Soit une mesure approximativement toutes les 22,6 µs, 20,83 µs, 10,4 µs, 5,2 µs. L'intensité sonore mesurée à un instant est appelé un échantillon sonore. Il existe un équivalent pour la vidéo : les échantillons sont les images à afficher à l'écran, il y en a une toutes les 1/21ème de secondes pour une vidéo à 24 FPS.
Les échantillons sont généralement accumulées dans une structure de donnée en mémoire RAM, appelée une '''file'''. Il s'agit d'un paquet d'échantillon classés par ordre d'arrivée (une structure de donnée de type FIFO). Elle a une taille finie, ce qui fait que le nombre d'échantillons est prédéfini à l'avance. Quand un échantillon est ajouté dans une FIFO pleine, la donnée la plus ancienne est éliminée (elle a déjà été traitée de toute façon). Les FIFOs de ce type sont conçues à partir d'un tableau, auquel on a ajouté deux pointeurs : un pour la donnée la plus ancienne, un pour la plus récente. Les DSPs ont des modes d'adressages spécialisés pour accéder à des données dans de telles files.
==L’absence de cache de données==
Un DSP exécute un algorithme de filtrage, une transformée de Fourier, ou un autre algorithme de traitement de signal complexe. L'algorithme de filtrage travaille sur un nombre fini d'échantillons, qui sont traités en même temps par l'algorithme, et sont lus depuis la file décrite plus haut. Le DSP doit exécuter un algorithme de traitement de signal entre deux arrivées d'échantillon. Il y a donc un délai temporel très strict à respecter : le traitement doit être fini avant l'arrivée du prochain échantillon. Cette contraintes dite ''temps réel'' font que l'on ne peut pas utiliser de mémoire virtuelles, d'interruptions, ou beaucoup d'autres fonctionnalités courantes sur les processeurs modernes.
La présence de caches est une source de problèmes dans les systèmes ''temps réel'', car le temps d'exécution dépend de si les accès mémoire font des succès ou des défauts de cache. En conséquence, les premiers DSP commercialisés n'utilisaient pas de mémoire cache pour les données, et assez rarement pour les instructions. L'absence de cache était compensée par des instructions mémoire spécifiques et une architecture mémoire particulière, qu'on détaille dans ce qui suit.
Pour compenser l'absence de cache, les DSP utilisent plusieurs optimisations. Une optimisations quasi-systématique est l'usage d'une architecture Harvard, ce qui permet au processeur de charger une instruction en même temps que ses opérandes. En complément, si un DSP ne possède généralement pas de cache pour les données, il a parfois un cache d'instructions pour accélérer l'exécution des boucles.
Les instructions des DSPs sont capables d'effectuer plusieurs accès mémoires simultanés par cycle, en parallèle. Par exemple, certains permettent de charger toutes leurs opérandes d'un calcul depuis la mémoire en même temps, et éventuellement d'écrire le résultat en mémoire lors du même cycle. Il existe aussi des instructions d'accès mémoires, séparées des instructions arithmétiques et logiques, capable de faire plusieurs accès mémoire par cycles : ce sont des ''déplacements parallèles'' (''parallel moves''). Notons qu'il faut que la mémoire soit multiport pour gérer plusieurs accès par cycle.
[[File:Architecture mémoire des DSP.png|centre|vignette|upright=2|Architecture mémoire des DSP.]]
Les branchements aussi sont une source de problèmes pour le ''temps réel''. Le temps d'exécution du code change selon que le branchement est pris ou non, les deux codes exécutés suivant que la condition est valide ou non ne faisaient pas forcément le même temps. En conséquence, les DSP incorporent des instructions à prédicats pour remplacer les branchements hors-boucles.
==Les boucles sont optimisées sur les DSPs==
L'algorithme est répété à chaque arrivée d'échantillon, ce qui fait qu'il est exécuté en boucle. L'algorithme est souvent assez "simple", avec peu d'instructions. Mais celles-ci sont exécutées en boucle. Aussi, l'exécution des boucles est fortement optimisée sur les DSPs. L'exécution de fonctions/procédures est aussi souvent absente, car les algorithmes exécutés sont généralement assez courts.
Pour accélérer les boucles for, les DSP ont des instructions qui effectuent un test, un branchement et une mise à jour de l'indice en un cycle d'horloge. Le compteur de boucle, qui compte le nombre d'itérations restantes, est placé dans un registre dédié pour les compteurs de boucles.
Autre fonctionnalité : les instructions autorépétées, des instructions qui se répètent automatiquement tant qu'une certaine condition n'est pas remplie. L'instruction effectue le test, le branchement, et l’exécution de l'instruction proprement dite en un cycle d'horloge. Cela permet de gérer des boucles dont le corps se limite à une seule instruction. Cette fonctionnalité a parfois été améliorée en permettant d'effectuer cette répétition sur des suites d'instructions.
==Les registres des DSP==
Pour des raisons de couts, tous les DSP utilisent un faible nombre de registres spécialisés. Un DSP a souvent des registres entiers séparés des registres flottants, ainsi que des registres spécialisés pour les adresses mémoires. On peut aussi trouver des registres spécialisés pour les indices de tableau ou les compteurs de boucle. Cette spécialisation des registres pose de nombreux problèmes pour les compilateurs, qui peuvent donner lieu à une génération de code sous-optimale.
De nombreuses applications de traitement du signal ayant besoin d'une grande précision, les DSP sont dotés de registres accumulateurs très grands, capables de retenir des résultats de calcul intermédiaires sans perte de précision.
De plus, certaines instructions et certains modes d'adressage ne sont utilisables que sur certains types de registres. Certaines instructions d'accès mémoire peuvent prendre comme destination ou comme opérande un nombre limité de registres, les autres leur étant interdits. Cela permet de diminuer le nombre de bits nécessaire pour encoder l'instruction en binaire.
Il est fréquent que les DSP aient des registres séparés pour les adresses, voire des registres d'indice. Ils existent aussi bien sur les DSP qui utilisent des accumulateurs, que ceux qui n'en ont pas. Le premier cas est cependant plus fréquent, la présence de registres d'adresse va souvent de pair avec des accumulateurs. De tels DSPs incorporent un banc de registre séparé pour les registres d'adresse, un autre pour les registres d'indice, ainsi qu'une unité de calcul.
[[File:Unité d'accès mémoire avec registres d'adresse ou d'indice.png|centre|vignette|upright=2|Unité d'accès mémoire avec registres d'adresse ou d'indice]]
==Les instructions courantes des DSP==
Les DSP utilisent souvent l'arithmétique saturée. Certains permettent d'activer et de désactiver l'arithmétique saturée, en modifiant un registre de configuration du processeur. D'autres fournissent chaque instruction de calcul en double : une en arithmétique modulaire, l'autre en arithmétique saturée. Les DSP fournissent l'instruction ''multiply and accumulate'' (MAC) ou ''fused multiply and accumulate'' (FMAC), qui effectuent une multiplication et une addition en un seul cycle d'horloge, ce calcul étant très courant dans les algorithmes de traitement de signal. Il n'est pas rare que l'instruction MAC soit pipelinée.
==Les modes d’adressage sur les DSP==
Les DSP incorporent pas mal de modes d'adressages spécialisés. Par exemple, beaucoup implémentent l'adressage indirect à registre avec post- ou préincrément/décrément, que nous avions vu dans le chapitre sur l'encodage des instructions. Mais il en existe d'autres qu'on ne retrouve que sur les DSP et pas ailleurs. Il s'agit de l'adressage modulo et de l'adressage à bits inversés.
===L'adressage « modulo »===
Les DSP implémentent des modes d'adressages servant à faciliter l’utilisation de files, des zones de mémoire où l’on stocke des données dans un certain ordre. On peut y ajouter de nouvelles données, et en retirer, mais les retraits et ajouts ne peuvent pas se faire n'importe comment : quand on retire une donnée, c'est la donnée la plus ancienne qui quitte la file. Tout se passe comme si ces données étaient rangées dans l'ordre en mémoire.
Ces files sont implémentées avec un tableau, auquel on ajoute deux adresses mémoires : une pour le début de la file et l'autre pour la fin. Le début de la file correspond à l'endroit où l'on insère les nouvelles données. La fin de la file correspond à la donnée la plus ancienne en mémoire. À chaque ajout de donnée, on doit mettre à jour l'adresse de début de file. Lors d'une suppression, c'est l'adresse de fin de file qui doit être mise à jour. Ce tableau a une taille fixe. Si jamais celui-ci se remplit jusqu'à la dernière case, (ici la cinquième), il se peut malgré tout qu'il reste de la place au début du tableau : des retraits de données ont libéré de la place. L'insertion continue alors au tout début du tableau. Cela demande de vérifier si l'on a atteint la fin du tableau à chaque insertion. De plus, en cas de débordement, si l'on arrive à la fin du tableau, l'adresse de la donnée la plus récemment ajoutée doit être remise à la bonne valeur : celle pointant sur le début du tableau. Tout cela fait pas mal de travail.
Le mode d'adressage « modulo » a été inventé pour faciliter la gestion des débordements. Avec ce mode d'adressage, l'incrémentation de l'adresse au retrait ou à l'ajout est donc effectué automatiquement. De plus, ce mode d'adressage vérifie automatiquement que l'adresse ne déborde pas du tableau. Et enfin, si cette adresse déborde, elle est mise à jour pour pointer au début du tableau. Suivant le DSP, ce mode d'adressage est géré plus ou moins différemment. La première méthode utilise des registres « modulo », qui stockent la taille du tableau. Chaque registre est associé à un registre d'adresse pour l'adresse/indice de l’élément en cours. Vu que seule la taille du tableau est mémorisée, le processeur ne sait pas quelle est l'adresse de début du tableau, et doit donc ruser. Cette adresse est souvent alignée sur un multiple de 64, 128, ou 256. Cela permet ainsi de déduire l'adresse de début de la file : c'est le multiple de 64, 128, 256 strictement inférieur le plus proche de l'adresse manipulée. Autre solution : utiliser deux registres, un pour stocker l'adresse de début du tableau et un autre pour sa longueur. Et enfin, dernière solution, utiliser un registre pour stocker l'adresse de début, et un autre pour l'adresse de fin.
===L'adressage à bits inversés===
L'adressage à bits inversés (bit-reverse) a été inventé pour accélérer les algorithmes de calcul de transformée de Fourier (un « calcul » très courant en traitement du signal). Cet algorithme va prendre des données dans un tableau, et va fournir des résultats dans un autre tableau. Seul problème, l'ordre d'arrivée des résultats dans le tableau d'arrivée est assez spécial. Par exemple, pour un tableau de 8 cases, les données arrivent dans cet ordre : 0, 4, 2, 6, 1, 5, 3, 7. L'ordre semble être totalement aléatoire. Mais il n'en est rien : regardons ces nombres une fois écrits en binaire, et comparons-les à l'ordre normal : 0, 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7.
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Comme vous le voyez, les bits de l'adresse Fourier sont inversés comparés aux bits de l'adresse normale. Nos DSP disposent donc d'un mode d’adressage qui inverse tout ou partie des bits d'une adresse mémoire, afin de gérer plus facilement les algorithmes de calcul de transformées de Fourier. Une autre technique consiste à calculer nos adresses différemment. Il suffit, lorsqu'on ajoute un indice à notre adresse, de renverser la direction de propagation de la retenue lors de l’exécution de l'addition. Certains DSP disposent d'instructions pour faire ce genre de calculs.
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{{NavChapitre | book=Fonctionnement d'un ordinateur
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Les '''processeurs de traitement du signal''', sont des jeux d'instructions spécialement conçus pour travailler sur du son, de la vidéo, des images, out oute autre forme de signal. Ils sont aussi appelés des DSP, abréviation de ''Digital Signal Processor''. Le jeu d'instruction d'un DSP est assez spécial, car il est conçu pour des applications très spécifiques. Et la conséquence est que leur jeu d'instruction est complétement à part du reste, au point où leur donner un chapitre à part est une nécessité.
==Contexte : le traitement temps réel d'un signal==
Le traitement du signal regroupe tout ce qui traite de l'audio, de la vidéo, mais aussi d'autres formes de signaux plus difficiles à conceptualiser. Il était autrefois réalisé par des composants purement analogiques. Les circuits analogiques de ce type étaient utilisés dans les anciennes radios, les chaines HI-FI, les télévisions, les magnétoscopes, et bien d'autres composants électroniques moins familiers. De nos jours, le signal est traité par des processeurs numériques. Un système audio/vidéo/autres fonctionne cependant encore avec des signaux analogiques. Simplement, il y a une conversion analogique vers numérique, un traitement par un DSP, puis une conversion numérique vers analogique.
[[File:DSP block diagram.svg|centre|vignette|upright=2|Chaine de traitement de signal utilisant un DSP.]]
[[File:Dsp bloc fr.png|centre|vignette|upright=2|Chaine de traitement de signal utilisant un DSP, en français.]]
Le signal sonore/vidéo/autre qui est capté est un signal analogique : il change en permanence, il n'a pas de fréquence définie. Mais ce signal est échantillonné, à savoir que l'on mesure sa valeur à une fréquence prédéterminée, appelée la '''fréquence d’échantillonnage'''. Par exemple, pour un signal sonore, la fréquence d’échantillonnage est de 44,1 kHz , 48 kHz, 96 kHz ou 192 kHz. Soit une mesure approximativement toutes les 22,6 µs, 20,83 µs, 10,4 µs, 5,2 µs. L'intensité sonore mesurée à un instant est appelé un échantillon sonore. Il existe un équivalent pour la vidéo : les échantillons sont les images à afficher à l'écran, il y en a une toutes les 1/21ème de secondes pour une vidéo à 24 FPS.
Les échantillons sont généralement accumulées dans une structure de donnée en mémoire RAM, appelée une '''file'''. Il s'agit d'un paquet d'échantillon classés par ordre d'arrivée (une structure de donnée de type FIFO). Elle a une taille finie, ce qui fait que le nombre d'échantillons est prédéfini à l'avance. Quand un échantillon est ajouté dans une FIFO pleine, la donnée la plus ancienne est éliminée (elle a déjà été traitée de toute façon). Les FIFOs de ce type sont conçues à partir d'un tableau, auquel on a ajouté deux pointeurs : un pour la donnée la plus ancienne, un pour la plus récente. Les DSPs ont des modes d'adressages spécialisés pour accéder à des données dans de telles files.
Un DSP exécute un algorithme de filtrage, une transformée de Fourier, ou un autre algorithme de traitement de signal complexe. L'algorithme de filtrage travaille sur un nombre fini d'échantillons, qui sont traités en même temps par l'algorithme, et sont lus depuis la file décrite plus haut. Le DSP doit exécuter un algorithme de traitement de signal entre deux arrivées d'échantillon. Il y a donc un délai temporel très strict à respecter : le traitement doit être fini avant l'arrivée du prochain échantillon.
Cette contraintes dite ''temps réel'' font que l'on ne peut pas utiliser de mémoire virtuelles, d'interruptions, ou beaucoup d'autres fonctionnalités courantes sur les processeurs modernes. Par exemple, les branchements sont une source de problèmes pour le ''temps réel''. Le temps d'exécution du code change selon que le branchement est pris ou non, les deux codes exécutés suivant que la condition est valide ou non ne faisaient pas forcément le même temps. En conséquence, les DSP incorporent des instructions à prédicats pour remplacer les branchements hors-boucles.
==L’absence de cache de données==
La présence de caches est une source de problèmes dans les systèmes ''temps réel'', car le temps d'exécution dépend de si les accès mémoire font des succès ou des défauts de cache. En conséquence, les premiers DSP commercialisés n'utilisaient pas de mémoire cache pour les données, et assez rarement pour les instructions. L'absence de cache était compensée par des instructions mémoire spécifiques et une architecture mémoire particulière, qu'on détaille dans ce qui suit.
Pour compenser l'absence de cache, les DSP utilisent plusieurs optimisations. Une optimisations quasi-systématique est l'usage d'une architecture Harvard, ce qui permet au processeur de charger une instruction en même temps que ses opérandes. En complément, si un DSP ne possède généralement pas de cache pour les données, il a parfois un cache d'instructions pour accélérer l'exécution des boucles.
Les instructions des DSPs sont capables d'effectuer plusieurs accès mémoires simultanés par cycle, en parallèle. Par exemple, certains permettent de charger toutes leurs opérandes d'un calcul depuis la mémoire en même temps, et éventuellement d'écrire le résultat en mémoire lors du même cycle. Il existe aussi des instructions d'accès mémoires, séparées des instructions arithmétiques et logiques, capable de faire plusieurs accès mémoire par cycles : ce sont des ''déplacements parallèles'' (''parallel moves''). Notons qu'il faut que la mémoire soit multiport pour gérer plusieurs accès par cycle.
[[File:Architecture mémoire des DSP.png|centre|vignette|upright=2|Architecture mémoire des DSP.]]
==Les boucles sont optimisées sur les DSPs==
L'algorithme est répété à chaque arrivée d'échantillon, ce qui fait qu'il est exécuté en boucle. L'algorithme est souvent assez "simple", avec peu d'instructions. Mais celles-ci sont exécutées en boucle. Aussi, l'exécution des boucles est fortement optimisée sur les DSPs. L'exécution de fonctions/procédures est aussi souvent absente, car les algorithmes exécutés sont généralement assez courts.
Pour accélérer les boucles for, les DSP ont des instructions qui effectuent un test, un branchement et une mise à jour de l'indice en un cycle d'horloge. Le compteur de boucle, qui compte le nombre d'itérations restantes, est placé dans un registre dédié pour les compteurs de boucles.
Autre fonctionnalité : les instructions autorépétées, des instructions qui se répètent automatiquement tant qu'une certaine condition n'est pas remplie. L'instruction effectue le test, le branchement, et l’exécution de l'instruction proprement dite en un cycle d'horloge. Cela permet de gérer des boucles dont le corps se limite à une seule instruction. Cette fonctionnalité a parfois été améliorée en permettant d'effectuer cette répétition sur des suites d'instructions.
==Les registres des DSP==
Pour des raisons de couts, tous les DSP utilisent un faible nombre de registres spécialisés. Un DSP a souvent des registres entiers séparés des registres flottants, ainsi que des registres spécialisés pour les adresses mémoires. On peut aussi trouver des registres spécialisés pour les indices de tableau ou les compteurs de boucle. Cette spécialisation des registres pose de nombreux problèmes pour les compilateurs, qui peuvent donner lieu à une génération de code sous-optimale.
De nombreuses applications de traitement du signal ayant besoin d'une grande précision, les DSP sont dotés de registres accumulateurs très grands, capables de retenir des résultats de calcul intermédiaires sans perte de précision.
De plus, certaines instructions et certains modes d'adressage ne sont utilisables que sur certains types de registres. Certaines instructions d'accès mémoire peuvent prendre comme destination ou comme opérande un nombre limité de registres, les autres leur étant interdits. Cela permet de diminuer le nombre de bits nécessaire pour encoder l'instruction en binaire.
Il est fréquent que les DSP aient des registres séparés pour les adresses, voire des registres d'indice. Ils existent aussi bien sur les DSP qui utilisent des accumulateurs, que ceux qui n'en ont pas. Le premier cas est cependant plus fréquent, la présence de registres d'adresse va souvent de pair avec des accumulateurs. De tels DSPs incorporent un banc de registre séparé pour les registres d'adresse, un autre pour les registres d'indice, ainsi qu'une unité de calcul.
[[File:Unité d'accès mémoire avec registres d'adresse ou d'indice.png|centre|vignette|upright=2|Unité d'accès mémoire avec registres d'adresse ou d'indice]]
==Les instructions courantes des DSP==
Les DSP utilisent souvent l'arithmétique saturée. Certains permettent d'activer et de désactiver l'arithmétique saturée, en modifiant un registre de configuration du processeur. D'autres fournissent chaque instruction de calcul en double : une en arithmétique modulaire, l'autre en arithmétique saturée. Les DSP fournissent l'instruction ''multiply and accumulate'' (MAC) ou ''fused multiply and accumulate'' (FMAC), qui effectuent une multiplication et une addition en un seul cycle d'horloge, ce calcul étant très courant dans les algorithmes de traitement de signal. Il n'est pas rare que l'instruction MAC soit pipelinée.
==Les modes d’adressage sur les DSP==
Les DSP incorporent pas mal de modes d'adressages spécialisés. Par exemple, beaucoup implémentent l'adressage indirect à registre avec post- ou préincrément/décrément, que nous avions vu dans le chapitre sur l'encodage des instructions. Mais il en existe d'autres qu'on ne retrouve que sur les DSP et pas ailleurs. Il s'agit de l'adressage modulo et de l'adressage à bits inversés.
===L'adressage « modulo »===
Les DSP implémentent des modes d'adressages servant à faciliter l’utilisation de files, des zones de mémoire où l’on stocke des données dans un certain ordre. On peut y ajouter de nouvelles données, et en retirer, mais les retraits et ajouts ne peuvent pas se faire n'importe comment : quand on retire une donnée, c'est la donnée la plus ancienne qui quitte la file. Tout se passe comme si ces données étaient rangées dans l'ordre en mémoire.
Ces files sont implémentées avec un tableau, auquel on ajoute deux adresses mémoires : une pour le début de la file et l'autre pour la fin. Le début de la file correspond à l'endroit où l'on insère les nouvelles données. La fin de la file correspond à la donnée la plus ancienne en mémoire. À chaque ajout de donnée, on doit mettre à jour l'adresse de début de file. Lors d'une suppression, c'est l'adresse de fin de file qui doit être mise à jour. Ce tableau a une taille fixe. Si jamais celui-ci se remplit jusqu'à la dernière case, (ici la cinquième), il se peut malgré tout qu'il reste de la place au début du tableau : des retraits de données ont libéré de la place. L'insertion continue alors au tout début du tableau. Cela demande de vérifier si l'on a atteint la fin du tableau à chaque insertion. De plus, en cas de débordement, si l'on arrive à la fin du tableau, l'adresse de la donnée la plus récemment ajoutée doit être remise à la bonne valeur : celle pointant sur le début du tableau. Tout cela fait pas mal de travail.
Le mode d'adressage « modulo » a été inventé pour faciliter la gestion des débordements. Avec ce mode d'adressage, l'incrémentation de l'adresse au retrait ou à l'ajout est donc effectué automatiquement. De plus, ce mode d'adressage vérifie automatiquement que l'adresse ne déborde pas du tableau. Et enfin, si cette adresse déborde, elle est mise à jour pour pointer au début du tableau. Suivant le DSP, ce mode d'adressage est géré plus ou moins différemment. La première méthode utilise des registres « modulo », qui stockent la taille du tableau. Chaque registre est associé à un registre d'adresse pour l'adresse/indice de l’élément en cours. Vu que seule la taille du tableau est mémorisée, le processeur ne sait pas quelle est l'adresse de début du tableau, et doit donc ruser. Cette adresse est souvent alignée sur un multiple de 64, 128, ou 256. Cela permet ainsi de déduire l'adresse de début de la file : c'est le multiple de 64, 128, 256 strictement inférieur le plus proche de l'adresse manipulée. Autre solution : utiliser deux registres, un pour stocker l'adresse de début du tableau et un autre pour sa longueur. Et enfin, dernière solution, utiliser un registre pour stocker l'adresse de début, et un autre pour l'adresse de fin.
===L'adressage à bits inversés===
L'adressage à bits inversés (bit-reverse) a été inventé pour accélérer les algorithmes de calcul de transformée de Fourier (un « calcul » très courant en traitement du signal). Cet algorithme va prendre des données dans un tableau, et va fournir des résultats dans un autre tableau. Seul problème, l'ordre d'arrivée des résultats dans le tableau d'arrivée est assez spécial. Par exemple, pour un tableau de 8 cases, les données arrivent dans cet ordre : 0, 4, 2, 6, 1, 5, 3, 7. L'ordre semble être totalement aléatoire. Mais il n'en est rien : regardons ces nombres une fois écrits en binaire, et comparons-les à l'ordre normal : 0, 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7.
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Comme vous le voyez, les bits de l'adresse Fourier sont inversés comparés aux bits de l'adresse normale. Nos DSP disposent donc d'un mode d’adressage qui inverse tout ou partie des bits d'une adresse mémoire, afin de gérer plus facilement les algorithmes de calcul de transformées de Fourier. Une autre technique consiste à calculer nos adresses différemment. Il suffit, lorsqu'on ajoute un indice à notre adresse, de renverser la direction de propagation de la retenue lors de l’exécution de l'addition. Certains DSP disposent d'instructions pour faire ce genre de calculs.
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Les '''processeurs de traitement du signal''', sont des jeux d'instructions spécialement conçus pour travailler sur du son, de la vidéo, des images, out oute autre forme de signal. Ils sont aussi appelés des DSP, abréviation de ''Digital Signal Processor''. Le jeu d'instruction d'un DSP est assez spécial, car il est conçu pour des applications très spécifiques. Et la conséquence est que leur jeu d'instruction est complétement à part du reste, au point où leur donner un chapitre à part est une nécessité.
==Contexte : le traitement temps réel d'un signal==
Le traitement du signal regroupe tout ce qui traite de l'audio, de la vidéo, mais aussi d'autres formes de signaux plus difficiles à conceptualiser. Il était autrefois réalisé par des composants purement analogiques. Les circuits analogiques de ce type étaient utilisés dans les anciennes radios, les chaines HI-FI, les télévisions, les magnétoscopes, et bien d'autres composants électroniques moins familiers. De nos jours, le signal est traité par des processeurs numériques. Un système audio/vidéo/autres fonctionne cependant encore avec des signaux analogiques. Simplement, il y a une conversion analogique vers numérique, un traitement par un DSP, puis une conversion numérique vers analogique.
[[File:DSP block diagram.svg|centre|vignette|upright=2|Chaine de traitement de signal utilisant un DSP.]]
[[File:Dsp bloc fr.png|centre|vignette|upright=2|Chaine de traitement de signal utilisant un DSP, en français.]]
===Un flux de données échantillonné===
Le signal sonore/vidéo/autre qui est capté est un signal analogique : il change en permanence, il n'a pas de fréquence définie. Mais ce signal est échantillonné, à savoir que l'on mesure sa valeur à une fréquence prédéterminée, appelée la '''fréquence d’échantillonnage'''. Par exemple, pour un signal sonore, la fréquence d’échantillonnage est de 44,1 kHz , 48 kHz, 96 kHz ou 192 kHz. Soit une mesure approximativement toutes les 22,6 µs, 20,83 µs, 10,4 µs, 5,2 µs. L'intensité sonore mesurée à un instant est appelé un échantillon sonore. Il existe un équivalent pour la vidéo : les échantillons sont les images à afficher à l'écran, il y en a une toutes les 1/21ème de secondes pour une vidéo à 24 FPS.
Les échantillons sont généralement accumulées dans une structure de donnée en mémoire RAM, appelée une '''file'''. Il s'agit d'un paquet d'échantillon classés par ordre d'arrivée (une structure de donnée de type FIFO). Elle a une taille finie, ce qui fait que le nombre d'échantillons est prédéfini à l'avance. Quand un échantillon est ajouté dans une FIFO pleine, la donnée la plus ancienne est éliminée (elle a déjà été traitée de toute façon). Les FIFOs de ce type sont conçues à partir d'un tableau, auquel on a ajouté deux pointeurs : un pour la donnée la plus ancienne, un pour la plus récente. Les DSPs ont des modes d'adressages spécialisés pour accéder à des données dans de telles files.
===Les contraintes dites ''temps réel''===
Un DSP exécute un algorithme de filtrage, une transformée de Fourier, ou un autre algorithme de traitement de signal complexe. L'algorithme de filtrage travaille sur un nombre fini d'échantillons, qui sont traités en même temps par l'algorithme, et sont lus depuis la file décrite plus haut. Le DSP doit exécuter un algorithme de traitement de signal entre deux arrivées d'échantillon. Il y a donc un délai temporel très strict à respecter : le traitement doit être fini avant l'arrivée du prochain échantillon.
Cette contraintes dite ''temps réel'' font que l'on ne peut pas utiliser de mémoire virtuelles, d'interruptions, ou beaucoup d'autres fonctionnalités courantes sur les processeurs modernes. Par exemple, les branchements sont une source de problèmes pour le ''temps réel''. Le temps d'exécution du code change selon que le branchement est pris ou non, les deux codes exécutés suivant que la condition est valide ou non ne faisaient pas forcément le même temps. En conséquence, les DSP incorporent des instructions à prédicats pour remplacer les branchements hors-boucles.
==L’absence de cache de données==
La présence de caches est une source de problèmes dans les systèmes ''temps réel'', car le temps d'exécution dépend de si les accès mémoire font des succès ou des défauts de cache. En conséquence, les premiers DSP commercialisés n'utilisaient pas de mémoire cache pour les données, et assez rarement pour les instructions. L'absence de cache était compensée par des instructions mémoire spécifiques et une architecture mémoire particulière, qu'on détaille dans ce qui suit.
Pour compenser l'absence de cache, les DSP utilisent plusieurs optimisations. Une optimisations quasi-systématique est l'usage d'une architecture Harvard, ce qui permet au processeur de charger une instruction en même temps que ses opérandes. En complément, si un DSP ne possède généralement pas de cache pour les données, il a parfois un cache d'instructions pour accélérer l'exécution des boucles.
Les instructions des DSPs sont capables d'effectuer plusieurs accès mémoires simultanés par cycle, en parallèle. Par exemple, certains permettent de charger toutes leurs opérandes d'un calcul depuis la mémoire en même temps, et éventuellement d'écrire le résultat en mémoire lors du même cycle. Il existe aussi des instructions d'accès mémoires, séparées des instructions arithmétiques et logiques, capable de faire plusieurs accès mémoire par cycles : ce sont des ''déplacements parallèles'' (''parallel moves''). Notons qu'il faut que la mémoire soit multiport pour gérer plusieurs accès par cycle.
[[File:Architecture mémoire des DSP.png|centre|vignette|upright=2|Architecture mémoire des DSP.]]
==Les boucles sont optimisées sur les DSPs==
L'algorithme est répété à chaque arrivée d'échantillon, ce qui fait qu'il est exécuté en boucle. L'algorithme est souvent assez "simple", avec peu d'instructions. Mais celles-ci sont exécutées en boucle. Aussi, l'exécution des boucles est fortement optimisée sur les DSPs. L'exécution de fonctions/procédures est aussi souvent absente, car les algorithmes exécutés sont généralement assez courts.
Pour accélérer les boucles for, les DSP ont des instructions qui effectuent un test, un branchement et une mise à jour de l'indice en un cycle d'horloge. Le compteur de boucle, qui compte le nombre d'itérations restantes, est placé dans un registre dédié pour les compteurs de boucles.
Autre fonctionnalité : les instructions autorépétées, des instructions qui se répètent automatiquement tant qu'une certaine condition n'est pas remplie. L'instruction effectue le test, le branchement, et l’exécution de l'instruction proprement dite en un cycle d'horloge. Cela permet de gérer des boucles dont le corps se limite à une seule instruction. Cette fonctionnalité a parfois été améliorée en permettant d'effectuer cette répétition sur des suites d'instructions.
==Les registres des DSP==
Pour des raisons de couts, tous les DSP utilisent un faible nombre de registres spécialisés. Un DSP a souvent des registres entiers séparés des registres flottants, ainsi que des registres spécialisés pour les adresses mémoires. On peut aussi trouver des registres spécialisés pour les indices de tableau ou les compteurs de boucle. Cette spécialisation des registres pose de nombreux problèmes pour les compilateurs, qui peuvent donner lieu à une génération de code sous-optimale.
De nombreuses applications de traitement du signal ayant besoin d'une grande précision, les DSP sont dotés de registres accumulateurs très grands, capables de retenir des résultats de calcul intermédiaires sans perte de précision.
De plus, certaines instructions et certains modes d'adressage ne sont utilisables que sur certains types de registres. Certaines instructions d'accès mémoire peuvent prendre comme destination ou comme opérande un nombre limité de registres, les autres leur étant interdits. Cela permet de diminuer le nombre de bits nécessaire pour encoder l'instruction en binaire.
Il est fréquent que les DSP aient des registres séparés pour les adresses, voire des registres d'indice. Ils existent aussi bien sur les DSP qui utilisent des accumulateurs, que ceux qui n'en ont pas. Le premier cas est cependant plus fréquent, la présence de registres d'adresse va souvent de pair avec des accumulateurs. De tels DSPs incorporent un banc de registre séparé pour les registres d'adresse, un autre pour les registres d'indice, ainsi qu'une unité de calcul.
[[File:Unité d'accès mémoire avec registres d'adresse ou d'indice.png|centre|vignette|upright=2|Unité d'accès mémoire avec registres d'adresse ou d'indice]]
==Les instructions courantes des DSP==
Les DSP utilisent souvent l'arithmétique saturée. Certains permettent d'activer et de désactiver l'arithmétique saturée, en modifiant un registre de configuration du processeur. D'autres fournissent chaque instruction de calcul en double : une en arithmétique modulaire, l'autre en arithmétique saturée. Les DSP fournissent l'instruction ''multiply and accumulate'' (MAC) ou ''fused multiply and accumulate'' (FMAC), qui effectuent une multiplication et une addition en un seul cycle d'horloge, ce calcul étant très courant dans les algorithmes de traitement de signal. Il n'est pas rare que l'instruction MAC soit pipelinée.
==Les modes d’adressage sur les DSP==
Les DSP incorporent pas mal de modes d'adressages spécialisés. Par exemple, beaucoup implémentent l'adressage indirect à registre avec post- ou préincrément/décrément, que nous avions vu dans le chapitre sur l'encodage des instructions. Mais il en existe d'autres qu'on ne retrouve que sur les DSP et pas ailleurs. Il s'agit de l'adressage modulo et de l'adressage à bits inversés.
===L'adressage « modulo »===
Les DSP implémentent des modes d'adressages servant à faciliter l’utilisation de files, des zones de mémoire où l’on stocke des données dans un certain ordre. On peut y ajouter de nouvelles données, et en retirer, mais les retraits et ajouts ne peuvent pas se faire n'importe comment : quand on retire une donnée, c'est la donnée la plus ancienne qui quitte la file. Tout se passe comme si ces données étaient rangées dans l'ordre en mémoire.
Ces files sont implémentées avec un tableau, auquel on ajoute deux adresses mémoires : une pour le début de la file et l'autre pour la fin. Le début de la file correspond à l'endroit où l'on insère les nouvelles données. La fin de la file correspond à la donnée la plus ancienne en mémoire. À chaque ajout de donnée, on doit mettre à jour l'adresse de début de file. Lors d'une suppression, c'est l'adresse de fin de file qui doit être mise à jour. Ce tableau a une taille fixe. Si jamais celui-ci se remplit jusqu'à la dernière case, (ici la cinquième), il se peut malgré tout qu'il reste de la place au début du tableau : des retraits de données ont libéré de la place. L'insertion continue alors au tout début du tableau. Cela demande de vérifier si l'on a atteint la fin du tableau à chaque insertion. De plus, en cas de débordement, si l'on arrive à la fin du tableau, l'adresse de la donnée la plus récemment ajoutée doit être remise à la bonne valeur : celle pointant sur le début du tableau. Tout cela fait pas mal de travail.
Le mode d'adressage « modulo » a été inventé pour faciliter la gestion des débordements. Avec ce mode d'adressage, l'incrémentation de l'adresse au retrait ou à l'ajout est donc effectué automatiquement. De plus, ce mode d'adressage vérifie automatiquement que l'adresse ne déborde pas du tableau. Et enfin, si cette adresse déborde, elle est mise à jour pour pointer au début du tableau. Suivant le DSP, ce mode d'adressage est géré plus ou moins différemment. La première méthode utilise des registres « modulo », qui stockent la taille du tableau. Chaque registre est associé à un registre d'adresse pour l'adresse/indice de l’élément en cours. Vu que seule la taille du tableau est mémorisée, le processeur ne sait pas quelle est l'adresse de début du tableau, et doit donc ruser. Cette adresse est souvent alignée sur un multiple de 64, 128, ou 256. Cela permet ainsi de déduire l'adresse de début de la file : c'est le multiple de 64, 128, 256 strictement inférieur le plus proche de l'adresse manipulée. Autre solution : utiliser deux registres, un pour stocker l'adresse de début du tableau et un autre pour sa longueur. Et enfin, dernière solution, utiliser un registre pour stocker l'adresse de début, et un autre pour l'adresse de fin.
===L'adressage à bits inversés===
L'adressage à bits inversés (bit-reverse) a été inventé pour accélérer les algorithmes de calcul de transformée de Fourier (un « calcul » très courant en traitement du signal). Cet algorithme va prendre des données dans un tableau, et va fournir des résultats dans un autre tableau. Seul problème, l'ordre d'arrivée des résultats dans le tableau d'arrivée est assez spécial. Par exemple, pour un tableau de 8 cases, les données arrivent dans cet ordre : 0, 4, 2, 6, 1, 5, 3, 7. L'ordre semble être totalement aléatoire. Mais il n'en est rien : regardons ces nombres une fois écrits en binaire, et comparons-les à l'ordre normal : 0, 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7.
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!Ordre normal!!Ordre Fourier
|-
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|-
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|-
||010||010
|-
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|-
||100||001
|-
||101||101
|-
||110||011
|-
||111||111
|}
Comme vous le voyez, les bits de l'adresse Fourier sont inversés comparés aux bits de l'adresse normale. Nos DSP disposent donc d'un mode d’adressage qui inverse tout ou partie des bits d'une adresse mémoire, afin de gérer plus facilement les algorithmes de calcul de transformées de Fourier. Une autre technique consiste à calculer nos adresses différemment. Il suffit, lorsqu'on ajoute un indice à notre adresse, de renverser la direction de propagation de la retenue lors de l’exécution de l'addition. Certains DSP disposent d'instructions pour faire ce genre de calculs.
<noinclude>
{{NavChapitre | book=Fonctionnement d'un ordinateur
| prev=Les processeurs 8 bits et moins
| prevText=Les processeurs 8 bits et moins
| next=Les architectures actionnées par déplacement
| nextText=Les architectures actionnées par déplacement
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/* Les instructions courantes des DSP */
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text/x-wiki
Les '''processeurs de traitement du signal''', sont des jeux d'instructions spécialement conçus pour travailler sur du son, de la vidéo, des images, out oute autre forme de signal. Ils sont aussi appelés des DSP, abréviation de ''Digital Signal Processor''. Le jeu d'instruction d'un DSP est assez spécial, car il est conçu pour des applications très spécifiques. Et la conséquence est que leur jeu d'instruction est complétement à part du reste, au point où leur donner un chapitre à part est une nécessité.
==Contexte : le traitement temps réel d'un signal==
Le traitement du signal regroupe tout ce qui traite de l'audio, de la vidéo, mais aussi d'autres formes de signaux plus difficiles à conceptualiser. Il était autrefois réalisé par des composants purement analogiques. Les circuits analogiques de ce type étaient utilisés dans les anciennes radios, les chaines HI-FI, les télévisions, les magnétoscopes, et bien d'autres composants électroniques moins familiers. De nos jours, le signal est traité par des processeurs numériques. Un système audio/vidéo/autres fonctionne cependant encore avec des signaux analogiques. Simplement, il y a une conversion analogique vers numérique, un traitement par un DSP, puis une conversion numérique vers analogique.
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===Un flux de données échantillonné===
Le signal sonore/vidéo/autre qui est capté est un signal analogique : il change en permanence, il n'a pas de fréquence définie. Mais ce signal est échantillonné, à savoir que l'on mesure sa valeur à une fréquence prédéterminée, appelée la '''fréquence d’échantillonnage'''. Par exemple, pour un signal sonore, la fréquence d’échantillonnage est de 44,1 kHz , 48 kHz, 96 kHz ou 192 kHz. Soit une mesure approximativement toutes les 22,6 µs, 20,83 µs, 10,4 µs, 5,2 µs. L'intensité sonore mesurée à un instant est appelé un échantillon sonore. Il existe un équivalent pour la vidéo : les échantillons sont les images à afficher à l'écran, il y en a une toutes les 1/21ème de secondes pour une vidéo à 24 FPS.
Les échantillons sont généralement accumulées dans une structure de donnée en mémoire RAM, appelée une '''file'''. Il s'agit d'un paquet d'échantillon classés par ordre d'arrivée (une structure de donnée de type FIFO). Elle a une taille finie, ce qui fait que le nombre d'échantillons est prédéfini à l'avance. Quand un échantillon est ajouté dans une FIFO pleine, la donnée la plus ancienne est éliminée (elle a déjà été traitée de toute façon). Les FIFOs de ce type sont conçues à partir d'un tableau, auquel on a ajouté deux pointeurs : un pour la donnée la plus ancienne, un pour la plus récente. Les DSPs ont des modes d'adressages spécialisés pour accéder à des données dans de telles files.
===Les contraintes dites ''temps réel''===
Un DSP exécute un algorithme de filtrage, une transformée de Fourier, ou un autre algorithme de traitement de signal complexe. L'algorithme de filtrage travaille sur un nombre fini d'échantillons, qui sont traités en même temps par l'algorithme, et sont lus depuis la file décrite plus haut. Le DSP doit exécuter un algorithme de traitement de signal entre deux arrivées d'échantillon. Il y a donc un délai temporel très strict à respecter : le traitement doit être fini avant l'arrivée du prochain échantillon.
Cette contraintes dite ''temps réel'' font que l'on ne peut pas utiliser de mémoire virtuelles, d'interruptions, ou beaucoup d'autres fonctionnalités courantes sur les processeurs modernes. Par exemple, les branchements sont une source de problèmes pour le ''temps réel''. Le temps d'exécution du code change selon que le branchement est pris ou non, les deux codes exécutés suivant que la condition est valide ou non ne faisaient pas forcément le même temps. En conséquence, les DSP incorporent des instructions à prédicats pour remplacer les branchements hors-boucles.
==L’absence de cache de données==
La présence de caches est une source de problèmes dans les systèmes ''temps réel'', car le temps d'exécution dépend de si les accès mémoire font des succès ou des défauts de cache. En conséquence, les premiers DSP commercialisés n'utilisaient pas de mémoire cache pour les données, et assez rarement pour les instructions. L'absence de cache était compensée par des instructions mémoire spécifiques et une architecture mémoire particulière, qu'on détaille dans ce qui suit.
Pour compenser l'absence de cache, les DSP utilisent plusieurs optimisations. Une optimisations quasi-systématique est l'usage d'une architecture Harvard, ce qui permet au processeur de charger une instruction en même temps que ses opérandes. En complément, si un DSP ne possède généralement pas de cache pour les données, il a parfois un cache d'instructions pour accélérer l'exécution des boucles.
Les instructions des DSPs sont capables d'effectuer plusieurs accès mémoires simultanés par cycle, en parallèle. Par exemple, certains permettent de charger toutes leurs opérandes d'un calcul depuis la mémoire en même temps, et éventuellement d'écrire le résultat en mémoire lors du même cycle. Il existe aussi des instructions d'accès mémoires, séparées des instructions arithmétiques et logiques, capable de faire plusieurs accès mémoire par cycles : ce sont des ''déplacements parallèles'' (''parallel moves''). Notons qu'il faut que la mémoire soit multiport pour gérer plusieurs accès par cycle.
[[File:Architecture mémoire des DSP.png|centre|vignette|upright=2|Architecture mémoire des DSP.]]
==Les boucles sont optimisées sur les DSPs==
L'algorithme est répété à chaque arrivée d'échantillon, ce qui fait qu'il est exécuté en boucle. L'algorithme est souvent assez "simple", avec peu d'instructions. Mais celles-ci sont exécutées en boucle. Aussi, l'exécution des boucles est fortement optimisée sur les DSPs. L'exécution de fonctions/procédures est aussi souvent absente, car les algorithmes exécutés sont généralement assez courts.
Pour accélérer les boucles for, les DSP ont des instructions qui effectuent un test, un branchement et une mise à jour de l'indice en un cycle d'horloge. Le compteur de boucle, qui compte le nombre d'itérations restantes, est placé dans un registre dédié pour les compteurs de boucles.
Autre fonctionnalité : les instructions autorépétées, des instructions qui se répètent automatiquement tant qu'une certaine condition n'est pas remplie. L'instruction effectue le test, le branchement, et l’exécution de l'instruction proprement dite en un cycle d'horloge. Cela permet de gérer des boucles dont le corps se limite à une seule instruction. Cette fonctionnalité a parfois été améliorée en permettant d'effectuer cette répétition sur des suites d'instructions.
==Les registres des DSP==
Pour des raisons de couts, tous les DSP utilisent un faible nombre de registres spécialisés. Un DSP a souvent des registres entiers séparés des registres flottants, ainsi que des registres spécialisés pour les adresses mémoires. On peut aussi trouver des registres spécialisés pour les indices de tableau ou les compteurs de boucle. Cette spécialisation des registres pose de nombreux problèmes pour les compilateurs, qui peuvent donner lieu à une génération de code sous-optimale.
De nombreuses applications de traitement du signal ayant besoin d'une grande précision, les DSP sont dotés de registres accumulateurs très grands, capables de retenir des résultats de calcul intermédiaires sans perte de précision.
De plus, certaines instructions et certains modes d'adressage ne sont utilisables que sur certains types de registres. Certaines instructions d'accès mémoire peuvent prendre comme destination ou comme opérande un nombre limité de registres, les autres leur étant interdits. Cela permet de diminuer le nombre de bits nécessaire pour encoder l'instruction en binaire.
Il est fréquent que les DSP aient des registres séparés pour les adresses, voire des registres d'indice. Ils existent aussi bien sur les DSP qui utilisent des accumulateurs, que ceux qui n'en ont pas. Le premier cas est cependant plus fréquent, la présence de registres d'adresse va souvent de pair avec des accumulateurs. De tels DSPs incorporent un banc de registre séparé pour les registres d'adresse, un autre pour les registres d'indice, ainsi qu'une unité de calcul.
[[File:Unité d'accès mémoire avec registres d'adresse ou d'indice.png|centre|vignette|upright=2|Unité d'accès mémoire avec registres d'adresse ou d'indice]]
Les DSP utilisent souvent l'arithmétique saturée. Certains permettent d'activer et de désactiver l'arithmétique saturée, en modifiant un registre de configuration du processeur. D'autres fournissent chaque instruction de calcul en double : une en arithmétique modulaire, l'autre en arithmétique saturée. Les DSP fournissent l'instruction ''multiply and accumulate'' (MAC) ou ''fused multiply and accumulate'' (FMAC), qui effectuent une multiplication et une addition en un seul cycle d'horloge, ce calcul étant très courant dans les algorithmes de traitement de signal. Il n'est pas rare que l'instruction MAC soit pipelinée.
==Les modes d’adressage sur les DSP==
Les DSP incorporent pas mal de modes d'adressages spécialisés. Par exemple, beaucoup implémentent l'adressage indirect à registre avec post- ou préincrément/décrément, que nous avions vu dans le chapitre sur l'encodage des instructions. Mais il en existe d'autres qu'on ne retrouve que sur les DSP et pas ailleurs. Il s'agit de l'adressage modulo et de l'adressage à bits inversés.
===L'adressage « modulo »===
Les DSP implémentent des modes d'adressages servant à faciliter l’utilisation de files, des zones de mémoire où l’on stocke des données dans un certain ordre. On peut y ajouter de nouvelles données, et en retirer, mais les retraits et ajouts ne peuvent pas se faire n'importe comment : quand on retire une donnée, c'est la donnée la plus ancienne qui quitte la file. Tout se passe comme si ces données étaient rangées dans l'ordre en mémoire.
Ces files sont implémentées avec un tableau, auquel on ajoute deux adresses mémoires : une pour le début de la file et l'autre pour la fin. Le début de la file correspond à l'endroit où l'on insère les nouvelles données. La fin de la file correspond à la donnée la plus ancienne en mémoire. À chaque ajout de donnée, on doit mettre à jour l'adresse de début de file. Lors d'une suppression, c'est l'adresse de fin de file qui doit être mise à jour. Ce tableau a une taille fixe. Si jamais celui-ci se remplit jusqu'à la dernière case, (ici la cinquième), il se peut malgré tout qu'il reste de la place au début du tableau : des retraits de données ont libéré de la place. L'insertion continue alors au tout début du tableau. Cela demande de vérifier si l'on a atteint la fin du tableau à chaque insertion. De plus, en cas de débordement, si l'on arrive à la fin du tableau, l'adresse de la donnée la plus récemment ajoutée doit être remise à la bonne valeur : celle pointant sur le début du tableau. Tout cela fait pas mal de travail.
Le mode d'adressage « modulo » a été inventé pour faciliter la gestion des débordements. Avec ce mode d'adressage, l'incrémentation de l'adresse au retrait ou à l'ajout est donc effectué automatiquement. De plus, ce mode d'adressage vérifie automatiquement que l'adresse ne déborde pas du tableau. Et enfin, si cette adresse déborde, elle est mise à jour pour pointer au début du tableau. Suivant le DSP, ce mode d'adressage est géré plus ou moins différemment. La première méthode utilise des registres « modulo », qui stockent la taille du tableau. Chaque registre est associé à un registre d'adresse pour l'adresse/indice de l’élément en cours. Vu que seule la taille du tableau est mémorisée, le processeur ne sait pas quelle est l'adresse de début du tableau, et doit donc ruser. Cette adresse est souvent alignée sur un multiple de 64, 128, ou 256. Cela permet ainsi de déduire l'adresse de début de la file : c'est le multiple de 64, 128, 256 strictement inférieur le plus proche de l'adresse manipulée. Autre solution : utiliser deux registres, un pour stocker l'adresse de début du tableau et un autre pour sa longueur. Et enfin, dernière solution, utiliser un registre pour stocker l'adresse de début, et un autre pour l'adresse de fin.
===L'adressage à bits inversés===
L'adressage à bits inversés (bit-reverse) a été inventé pour accélérer les algorithmes de calcul de transformée de Fourier (un « calcul » très courant en traitement du signal). Cet algorithme va prendre des données dans un tableau, et va fournir des résultats dans un autre tableau. Seul problème, l'ordre d'arrivée des résultats dans le tableau d'arrivée est assez spécial. Par exemple, pour un tableau de 8 cases, les données arrivent dans cet ordre : 0, 4, 2, 6, 1, 5, 3, 7. L'ordre semble être totalement aléatoire. Mais il n'en est rien : regardons ces nombres une fois écrits en binaire, et comparons-les à l'ordre normal : 0, 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7.
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!Ordre normal!!Ordre Fourier
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Comme vous le voyez, les bits de l'adresse Fourier sont inversés comparés aux bits de l'adresse normale. Nos DSP disposent donc d'un mode d’adressage qui inverse tout ou partie des bits d'une adresse mémoire, afin de gérer plus facilement les algorithmes de calcul de transformées de Fourier. Une autre technique consiste à calculer nos adresses différemment. Il suffit, lorsqu'on ajoute un indice à notre adresse, de renverser la direction de propagation de la retenue lors de l’exécution de l'addition. Certains DSP disposent d'instructions pour faire ce genre de calculs.
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Les débats de Gérard de Suresnes/L'amour donne de la force
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Avancement des corrections
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text/x-wiki
L'amour donne de la force
La première partie de cet ouvrage a permis de montrer plusieurs faits stylisés importants pour comprendre ce qui suit. Le premier est la transition que vivait le monde de la radio, entre le modèle des années 80 et ses radios libres, et celui des années 2000 et son capitalisme. Ce n'est pas un hasard si la décennie voit autant de mouvements de personnel entre les stations, notamment orientées vers un public jeune, et une recomposition permanente du tissu de la FM. C'est aussi une période d'essais de concepts, comme le fut celui du mélange entre la télévision et la radio, de l'association des auditeurs en temps réel par le Minitel et l'écrit, etc. La suite nous permettra d'examiner l'héritage de ces tentatives.
Symbole de ce moment, Max et son émission. Véritable OVNI dans la radio, il incarne toutefois une aspiration, tant du public que des cadres, en quête d'émissions originales, décalées et proches des gens. Les débats de Gérard, quoique dans un cadre bien spécifique car hors des heures de sondages, peuvent s'analyser dans ce contexte.
Cette émission, on l'a vu, répond à certains rouages. Il est important de les comprendre. Tout comme un tableau, nous avons choisi de montrer d'abord l'esprit des acteurs avant de présenter les différentes pièces de théâtre que va nous jouer la véritable troupe qui entoure Gérard entre 1998 et 2001. Le lecteur comprendra mieux le format de l'émission et ses évolutions sur la période. Mais nous y reviendrons de manière moins systématique, notamment car ils restent redondants et dans la trajectoire générale du personnage.
Car c'est presque du théâtre auquel on va assister, où seront présentées de véritables pièces surréalistes. Nous osons ici une proposition audacieuse : tous les participants étaient des comédiens, y compris Gérard. Il ne s'agit pas ici d'alimenter une fausse rumeur longtemps évoquée sur l'aspect factice de Gérard lui-même, mais d'inscrire cet homme dans un contexte. Ce qui est attesté par les entretiens avec les membres de l'équipe de Max a posteriori, c'est que chacun avait l'impression de participer à l'élaboration d'un produit radiophonique, sans prendre de recul sur le résultat produit, qu'ils n'ont découvert qu'après la fin de l'émission. D'ailleurs, personne n'avait de liens avec Gérard en-dehors du studio de radio. De son côté, il est évident que Gérard peut sembler la victime de ce jeu et la seule personnalité authentique. Mais comme on le verra, à plusieurs reprises, ses rêves, le réel et sa conscience ont connu un entremêlement complexe, qui l'ont amené à comprendre en quoi il faisait rire par ses réactions, sa victimisation, et à entretenir ce feu. Ce quasi-volontariat dans le jeu de rôle que lui donnait l'émission nous semble pouvoir, avec prudence, l'ajouter à la liste des acteurs. Certes, il est le plus authentique, très semblable entre la scène et la ville, mais il ne se comporte pas dans une parfaite spontanéité naïve, mais en écho à ce qu'il comprend de ce qu'il suscite. Cette partie va également insister sur ces plis baroques où Gérard oscille entre l'authenticité et un jeu d'acteur avéré. Comme on le saura plus tard en lien avec Nicolas, le plus proche collaborateur de Gérard finalement, l'homme était motivé par les débats dans leur forme, ils représentaient sa vie, sa raison d'être.
Cette partie va donc se structurer très différemment de la première, puisqu'elle va se contenter de présenter, l'un après l'autre, les tableaux surréalistes offerts par la radio. La présentation retenue est fortement imparfaite à un expert de l'émission, mais elle nous semble le meilleur compromis entre l'écrit et l'oral spontané de la radio. Car pour nuancer ce qui a été dit plus haut, si l'hypothèse du théâtre est poussée plus loin, notamment pour des raisons méthodologiques, il faut tout de suite parler de théâtre d'improvisation. Rien n'était vraiment préparé, nous aurons l'occasion d'y revenir.
Le choix proposé ici est donc de raisonner en trois temps. Pour chaque débat, une première section racontera leur contexte, et une analyse critique pour présenter ce qu'ils révèlent, les moments forts au plan de l'histoire de l'émission et de la société française en général dans cette période. La seconde section évoquera, comme au théâtre, la liste des acteurs (les distributions) et les rôles qu'ils jouent dans la mesure où ils sont connus (car ce sont souvent des auditeurs anonymes). Enfin, une section se propose de retranscrire le débat. Cette transcription n'est pas fidèle : les aspects les plus inutilement vulgaires seront supprimés ou censurés, les interruptions ne faisant pas sens seront supprimées, les interactions également (par exemple, les réponses des auditeurs lorsqu'ils sont accueillis à l'antenne). Il sera aussi épargné au lecteur des redondances dans les émissions. Cette section pourra parfois se décomposer en deux à trois parties, présentant les éventuelles réunions préparatoires ou les émissions précédant le débat, si elles apportent quelque chose à l'histoire. Elle sera ponctuée de nombreuses notes de bas de page, tant pour éclairer certains moments par l'actualité de l'époque que pour leur donner un sens par rapport à d'autres moments où Gérard passe dans l'émission de Max, d'autres jours dans la semaine, alimentant les débats. Il faut également se rappeler qu'à l'écrit, nous ne pourrons pas retranscrire le ton bafouillant, en permanence, de Gérard, qui n'est que rarement dans une totale fluidité. Il n'est pas rare qu'il accroche sur des mots, cherche comment dire quelque chose, mais nous ne le retranscrirons pas. De même, il faut avoir en tête que à l'entendre, l'équipe elle-même était hilare, chose sur laquelle on ne reviendra pas systématiquement. Mais il ne faudra jamais oublier que l'équipe était tout à la fois actrice et spectatrice de ce programme. Notre défi, c'est illustrer le surréalisme des débats en évitant l'ennui d'un écrit retranscrivant la redondance d'un personnage car, évidemment, rien n'est linéaire dans ce parcours. Par exemple, le premier trimestre 1998, mais aussi quelques phases de 1999, donneront l'impression d'un total retour à novembre 1997. Nous éviterons de trop mettre en valeur ces redondances.
Pour finir, le lecteur doit savoir que de nouvelles conventions d'écriture accompagneront cette partie. D'abord, les explications sonores voire visuelles, voire contextuelles, au milieu de l'émission, seront en italique ou sous forme d'émoticônes, pour plus de réalisme. Ensuite, le dialogue sera présenté de manière théâtrale. Enfin, dans les sections de retranscription, il faut que le lecteur soit préparé à ce que chaque mot, même en italique, relève du second degré. Les verbes d'action, de sentiment, de ressenti, sont des sortes de didascalies : ce sont les postures adoptées par les acteurs à un instant donné. Seules les didascalies concernant Gérard révèlent davantage la véracité d'une réaction authentique, encore qu'elle soit à inscrire dans la logique évoquée plus haut. La première section éclairera le lecteur sur les passages où même l'équipe gagne en authenticité dans tel ou tel moment de l'émission.
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L'hiver 1997 peut laisser des doutes quant à l'avenir de l'émission. Mais les multiples nuances qu'on a abordées en conclusion de la précédente partie permettent d'avoir des chances raisonnables de poursuivre. Ce que le monde ne sait pas tout à fait, c'est que Gérard, malgré tout, entretient une correspondance épistolaire avec des filles et, pour l'une d'entre elles, les choses se précisent. Au 1er Janvier 1998, on découvre qu'il a une copine officielle : Sandy.
Ce personnage est d'une complexité certaine. Pour certains, elle profitera de la notoriété, même relative de Gérard, pour approcher sa véritable idole, Max. Pour d'autres, elle reste héroïque, car elle a affronté avec lui toutes les épreuves de cette période et, surtout, a représenté un véritable stabilisateur. La vérité est probablement entre ces deux réalités. Factuellement, elle vivra plusieurs années avec Gérard et participera activement aux sketchs l'impliquant, souvent en complicité avec les équipes de la radio.
Ce personnage, couplé à une stabilisation au sein de l'équipe, va immédiatement changer la logique des débats, vers un surréalisme littéraire et non seulement de situation. Bien sûr, Gérard reste confronté à ses démons, mais l'axe majeur reste le progrès.
De Janvier à Février, il entretient une correspondance avec Sandy. C'est peut-être ce qui explique, justement, ses hésitations comportementales. Il faudra attendre leur mise en ménage pour que le destin puisse continuer son œuvre.
== Le débat sur l'informatique ==
=== Contexte ===
Au plan biographique, Gérard a donc retrouvé la radio début Janvier, dans la même ambiance qu'en Décembre, pour un best-of de l'année 1997. Ce best-of consistait à redire les questions les plus incroyables de tous ses débats, ramassées dans une soirée unique. Pas étonnant dès lors qu'en ce 8 Janvier 1998, on retrouve un schéma peu différent de celui qu'on a pu décrire au mois de Décembre.
Cette semaine-là, il semble partir sur de nouveaux thèmes, probablement inspirés par Max, Nicolas et peut-être Sandy.
Au plan radiophonique, les courriers, le personnage, etc. continuent. Dans la continuité de Décembre, Françoise de la Courneuve est désormais associée aux lettres des auditeurs et pénètre malgré elle cet immense sketch. Tous les sketchs de Gérard sont toujours d’actualité et le resteront toute cette période du premier trimestre, voire au-delà. Julie a démissionné depuis Décembre 1997. De nouveaux acteurs rentreront dans le jeu, et notamment la personne chargée de la sécurité des locaux de la radio la nuit. Cet homme, appelé Thierry, participera au débat et, plus généralement, au contexte mis en place par l'équipe.
Au plan historique, le thème est particulièrement d'actualité. À cette époque-là, le grand public découvre les atouts de l'ordinateur et d'Internet, mais aussi du téléphone mobile. C'est le début de la bulle technologique, qui gonflera jusqu'en 2001.
Dans les années 90, le monde des ordinateurs et de la communication électronique sort des laboratoires universitaires ou des environnements professionnels, pour pénétrer, petit à petit, les foyers des citoyens. Dès cette époque, la société se fracture sur le sujet du numérique, entre les villes, reliées par le téléphone par lequel transite Internet, et les campagnes, plus reculées. On parle alors de fracture primaire car la France est loin d'être uniforme s'agissant de la connexion de son territoire au réseau.
Dans ces conditions, les autorités nationales n'impulsent que timidement, via des associations ou de petits projets de recherche, une ambition de préparer la population à ce monde numérique. Beaucoup n'y croient pas et pensent que le Minitel reste au sommet de la modernité, l'ordinateur et Internet n'étant que des modes venues des États-Unis. D'autres sont persuadés que les choses vont aller de soi, s'imposer par elles-mêmes, pourvu que les pouvoirs publics soutiennent l'équipement et l'accès à ces technologies.
Pour les gens de l'époque, Internet se résume à la connexion d'un modem qui utilise une ligne téléphonique traditionnelle pour y échanger des fréquences. Ainsi, non seulement on ne peut pas concevoir de téléphoner et d'utiliser Internet simultanément sur la même ligne, mais les conditions d'accès au réseau coûtent cher. En même temps, l'offre de service est faible : messageries, quelques forums de discussion, quelques sites vitrines. C'est encore l'époque où l'on peut compter le nombre de pages Web en ligne.
Au plan matériel, la norme est à l'ordinateur de bureau, avec une tour contenant les accessoires requis (disque dur, processeur, divers composants électroniques), un écran et un clavier. Les ordinateurs portables sont rares, lourds et chers. Les écrans couleurs sont arrivés autour de 1995, la souris relève de la miniature, le tactile étant totalement ignoré des gens de l'époque. Les machines, rares au demeurant, pèsent plus de 2.5kg, et leurs capacités ne sont guère supérieures à des calculatrices : environ 500 Mo (mégaoctets) de disque dur, quelques mégas de mémoire vive. Mais comme sur Internet, les besoins sont également faibles : on échange surtout des donnés textuelles, via des CD-ROM ou des disquettes. S'agissant des disquettes, elles ont une taille de 1.44 Mo. Les CDs sont d'environ 600 Mo et le DVD n'existe pas. Pour regarder des films, on utilise des cassettes vidéo.
Enfin, au niveau logiciel, Microsoft et Apple commencent à peine à croître auprès du grand public. Windows peut encore s'installer à partir de disquettes et offre les premières interfaces graphiques permettant à l'utilisateur de commander sa machine sans taper du code. C'est le début d'une révolution, dont il faut comprendre que rien n'est acquis, tout est à construire, y compris les usages et les perspectives, réservées pour l'heure à quelques pionniers. C'est d'ailleurs aussi pour cela que la radio a un tel succès, bien qu'elle aussi soit en construction industrielle.
Aussi ce débat tombe à pic, dans une époque où les gens communiquent encore essentiellement par téléphone fixe de manière limitée du fait du coût, et découvrent le téléphone portable et l'ordinateur avec appréhension ou émerveillement. L'informatique n'a, alors, rien d'évident ni d'universel. Il suscite de vrais débats de société et, aussi surréaliste que soient les émissions de Gérard, certains points le reflètent.
=== Personnages ===
* Franck Bargine : Max
* Gérard Cousin : Gérard
* Olivier Bouchet : Olivier
* Manu
* Reego
* Rita : Cécile
* Tony Morestin : Christophe, Gilbert
* Cyril : Claude, Darwin, Jean-Pat
* Ultraman : Victor, Laurent, Kévin
* Arnet : Thierry
* Thierry : David
* Mickaël
* Hakim
* Virigine
* Muguet
* Christina
* Estelle
=== Transcription ===
'''Gérard''' : Bonsoir à tous. Ah euh non mais alors là...
'''Olivier''' : Ah, déjà un problème. Qu'est-ce qu'il se passe, Gérard ?
'''Gérard''' : J'ai pas de retour. Donc bonsoir à tous, c'est les débats de Gérard du jeudi soir. Donc, le premier débat c'est sur l'informatique. Pour ça on va accueillir Muguet, Cécile, Christiana, Estelle, Mickaël et Claude, bonsoir.
Savez-vous utiliser une souris ? On va commencer par Claude. C'est pas la peine de commencer déjà à rigoler et ne mettez pas de musique ou de radio derrière vous, parce que sinon vous allez gerber, vite fait. Et jouez pas avec les téléphones, parce qu'il y en a qui commencent à jouer avec les téléphones là, ça commence déjà à me prendre la tête ''[bruit de fil de téléphone dans un combiné]''. Je vous préviens : soyez sympa avec moi si vous voulez que je sois sympa avec vous. Tout le monde est d'accord avec moi ? [R''éponse unanime de oui''].
'''Claude''' : Moi je suis en école d'informatique, donc je sais parfaitement me servir d'une souris. Nous on appelle cela un mulot aussi d'ailleurs, c'est pareil. C'est pas compliqué, tu la fais bouger, t'appuies sur les boutons et ça roule.
'''Mickaël''' : Moi je fais de l'informatique en musique, donc une souris, pas de problème.
'''Gérard''' : Non mais une souris sur informatique, je te parle quand tu tapes sur quelque chose, pas sur de la musique. Je sais pas si Claude va être d'accord avec moi... ARRÊTEZ AVEC LE TÉLÉPHONE PARCE ÇA COMMENCE À ME PRENDRE LA TÊTE LÀ !
'''Cécile''' : C'est sûrement quelqu'un qui a un portable.
'''Muguet''' : Gérard c'est moi. Je fais pas exprès, c'est qu'il craque un peu. Je vais essayer d'éviter de bouger.
'''Gérard''' : Ok. Mickaël, tu me disais qu'on pouvait s'amuser avec une souris pour de la musique ? Claude, t'as déjà vu qu'on pouvait jouer, pour faire des disques, avec une souris.
'''Claude''' : Oui, parce que sur l'ordinateur, t'as des logiciels qui existent pour faire de la musique.
'''Gérard''' : Ok, c'était pour confirmer.
'''Muguet''' : c'est possible d'avoir le nom du logiciel qui permet de faire de la musique sur PC ?
'''Gérard''' : Tu verras ça hors antenne. Estelle.
'''Estelle''' : J'ai suivi des études de bureautique, donc je sais me parfaitement servir d'une souris.
'''Christina''' : Depuis que je suis sorti du bahut, je fais plus d'informatique et je me suis jamais servie d'une souris. Ça a toujours été sur clavier.
'''Gérard''' : Dans ces cas-là, si on t'apprend à te servir d'un clavier, tu peux te servir d'une souris. Donc je vois pas pourquoi tu me dis que tu t'en es jamais servie.
'''Christina''' : Je m'en suis jamais servi au bahut. Si on me demande de m'en servir, je saurai.
'''Cécile''' : Moi c'est quand je surfe sur Internet, j'ai besoin de la souris, donc je sais très bien m'en servir.
'''Gérard''' : Claude, tu peux me confirmer qu'on peut essayer avec une souris sur Internet ?
'''Claude''' : On peut faire tout marcher. Tout marche avec la souris dans ton ordinateur, quasiment.
'''Gérard :''' Même sur Internet ?
'''Claude''' : Oui..
'''Gérard :''' Muguet.
'''Muguet''' : Oui, tu verras dans le courrier que tu recevras demain matin, je me suis servie de la souris, entre autre.
'''Gérard''' : Je peux vous dire une chose. Pour l'instant, moi j'ai eu l'occasion, on m'en a donné un, puis on me l'a repris. Mais me servir d'une souris, je voudrais bien qu'on me fasse voir comment ça fonctionne, c'est tout.
'''Muguet''' : T'en as déjà vu ?
'''Olivier''' : [''malicieux]'' : T'as bien eu des petites souris Gérard.
'''Gérard''' : Non mais quand je te parle des souris, je te parle de...
'''Olivier''' : Genre Christine.
'''Gérard''' : Non mais attends. Là tu va pas commencer. Sinon je vais pas rester longtemps.
'''Olivier :''' Ah, c'était pas ma petite souris ?
'''Gérard''' : Non, non, non. J'en ai rien à foutre de sa gueule.
'''Olivier :''' Ah, j'écoutais pas. Je m'excuse, reprenons.
'''Gérard''' : Donc moi les souris, j'ai jamais eu l'occasion de m'en servir.
'''Muguet''' : Mais t'en as déjà vu ?
'''Gérard''' : Oui mais je ne sais pas comment qu'on s'en sert.
'''Claude''' : La souris, c'est pas compliqué, tu la prends dans ta main, il y a un coup de main à prendre, tu la fais glisser et t'as deux ou trois boutons sur lesquels tu peux appuyer et c'est tout.
'''Gérard''' : ''[Olivier montre une souris à Gérard''] Non, parce que là on m'en présente une, avec un bouton rond. Est-ce que c'est le même système avec les deux boutons comme tu me dis ?
'''Claude''' : Le bouton rond en général est au milieu et il te sert à d'autres fonctions. Tu peux lui donner une fonction particulière et c'est tout. Mais en fait c'est très simple à s'en servir.
'''Gérard''' : Donc tu peux taper ce que tu veux avec donc, en fin de compte.
'''Claude''' : La souris, elle sert pas à taper, elle sert à se déplacer dans ton environnement. Quand tu te sers d'une souris, tu te sers encore du clavier. Tu te sers des deux à la fois en fait.
'''Mickaël''' : C'est une flèche sur l'écran et avec la souris, tu déplaces la flèche sur l'écran.
'''Cécile''' : Mais moi j'ai pas compris Gérard, tu disais qu'on t'avais confié un ordinateur ?
'''Gérard''' : J'ai eu un ordinateur et la personne que j'avais hébergée, parce que j'ai été trop gentil, elle est partie, en plus c'était un ordinateur qu'elle avait récupéré dans les ordures. Il l'a trafiqué. Bon je vas pas tout dire maintenant. ''[Une voix de canard dit : oui c'est sûr''.] Celui qui s'amuse à se prendre pour un canard il va pas rester longtemps. Vous allez pas commencer, il est 1h19, sinon ça va gerber. Mickaël tu vas pas commencer.
''' Manu''' : Non c'est pas Mickaël, c'est une fille.
'''Gérard''' : On verra par la suite. Avec tous les Intermarché et les Continents, etc, avez-vous besoin des Internet ? Hmmm je comprends pas du tout moi non plus.
'''Olivier''' : C'est pas toi qui l'a fait ?
'''Gérard''' : Celle-là je vois pas du tout le rapport. Donc, avec tous les Intermarchés, les Continents, etc, avez-vous besoin des internés ?
'''Manu''' ''[prend la feuille'' ''des questions du débat]'' : c'est la 3, je relis. avec tous les [[https://fr.wikipedia.org/wiki/Intermarch%C3%A9|Intermarchés]], les [[https://fr.wikipedia.org/wiki/Continent_(hypermarch%C3%A9)|Continent]], etc, avez-vous besoin des Internet ? Donc cela veut dire les continents, Europe, Afrique, États-Unis, etc, et le rapport c'est qu'Internet, c'est mondial pour se connecter d'un continent à l'autre. Et les Intermarchés, c'est là où tu peux acheter Internet et ça se trouve sur les Continents.<ref name="hist1"></ref>
'''Claude''' : Moi je dis que les Internet dans les Intermarchés sur les Continents, ça peut toujours servir. L'Internet c'est assez utile. On peut trouver tout ce qu'on veut. Moi par exemple, cet après-midi, j'ai communiqué avec quelqu'un du Québec, alors que j'étais à Paris. Tu peux avoir toutes les images que tu veux, toutes les informations, des vidéos de cul, etc.
'''Mickaël''' : Moi je suis d'accord avec Claude, c'est utile, on peut communiquer entre tous les continents et...
'''Gérard''' : Pas la peine de dire que t'es d'accord avec Claude, si c'est pour me dire à toutes les questions que t'es d'accord avec Claude, c'est même pas la peine !
'''Mickaël''' : Ah non, la première, c'est lui qui était d'accord avec moi.
'''Gérard''' : Pour la première question, je lui ai demandé de réagir sur ce que tu disais, maintenant tu me dis que t'es d'accord avec lui. Si t'es pas capab' de répondre sur une question, je vais te dire une chose, je vais pas sans arrêt demander à Claude qu'il t'explique. Parce que ça servira à rien que tu viennes participer au débat.
'''Mickaël''' : J'ai Internet chez moi, donc je vais pas être pas d'accord avec lui puisque je l'ai.
'''Gérard''' : Dans ces cas-là, explique-moi par rapport à la question que je viens de te poser, sans me dire que t'es d'accord avec Claude.
'''Mickaël''' : C'est très simple : si j'ai besoin d'écrire à quelqu'un qui est aux États-Unis, je le fais sans passer par le courrier. Je prends Internet, je lui écris, point. Et je reçois la réponse dans la minute qui suit.
'''Gérard''' : Dans ces cas-là, tu réponds à peu près ce que Claude a dit.
'''Mickaël''' : Oui on se sert des mêmes appareils.
'''Gérard''' : ''[Bruit de bouche d'exaspération]''
'''Cécile''' : Gérard, des fois, y a des phénomènes de télépathie. Donc ça marche entre Claude et Mickaël.
'''Estelle''' : Moi je pense que c'est l'avenir, tu peux faire des échanges, discuter avec des tas de personnes, et je pense même que bientôt, on pourra faire les courses de chez nous, on n'aura plus besoin d'aller aux Intermarchés.
'''Claude''' : Ça se fait déjà. Tu commandes et les gars te l'apportent chez toi. Et tu paies par carte bleue.
'''Muguet''' : C'est plus cher ou moins cher ?
'''Claude''' : J'ai jamais essayé.
'''Christina''' : Moi je m'en suis jamais servie et ça me manque pas du tout. On peut vivre sans.
'''Gérard''' : Ouais enfin tu sais taper sur un ordinateur. Donc apparemment Internet, c'est à peu près pareil.
'''Christina''' : Oui mais je ne m'en suis jamais servi, j'ai jamais eu besoin de faire quoique ce soit avec et voilà.
'''Cécile''' : Moi je suis pas d'accord. Internet, c'est l'instrument du futur. Ça a un rôle très social, tu peux envoyer des e-mails partout dans le monde.
'''Christina''' : Moi je trouve pas ça si social que ça.
'''Cécile''' : T'es à Paris, t'envoies un e-mail à Tokyo ou à n'importe quel village qui se trouve au Tibet, c'est cool tu découvres la culture, tu dialogues, etc
'''Christina''' : Mais avant qu'il y ait Internet, tu le faisais aussi.
''[Mickaël sort. Des bruits perturbent les communications avec un sifflement].''
'''Olivier''' : Parce que tu parles pas devant ton micro Gérard, c'est pour ça.
'''Gérard''' : Moi je réponds à la question de Cécile. C'est pas parce que y a Internet, même par le bien de l'ordinateur, je pense que tu pouvais dialoguer avec quelqu'un.
'''Cécile''' : Mais le courrier ça prend vachement longtemps. Et t'as pas toutes les adresses. Si t'as envie de dialoguer avec quelqu'un qui se trouve en Sibérie...
'''Muguet''' : Je sais pas qui est-ce qui disait que c'était vachement social. Moi je trouve pas parce que plus ça va aller, plus de monde aura Internet et ils vont tous rester cloîtrés chez eux. Ils vont uniquement se rencontrer par le biais de l'ordinateur, s'écrire et se parler sans se voir. Au bout du compte, tout le monde restera tout seul chez soi et dans leur petit univers et personne se rencontrera dans les rues, etc.
'''Cécile''' : C'est pessimiste tout ça.
'''Manu''' : On accueille Christophe, 22 ans de Rodez.
'''Christophe''' : Bonsoir tout le monde, bonsoir Gérard.
'''Muguet''' : Je peux terminer ?
'''Christophe''' : Oui bien sûr, vas-y.
'''Gérard''' : Tu vas pas commencer à vouloir jouer les gros caïds parce que sinon tu vas pas rester longtemps, toi. Je te préviens d'entrée. De tt' manière, ta voix me dit quelque chose. Muguet.
'''Muguet''' : Je termine ?
'''Gérard''' : Attends on va faire interroger le dernier arrivé.
'''Olivier''' : Elle était en train de parler, faudrait peut-être qu'elle termine.
'''Cécile''' : Gérard ? Je vouais dire aussi que Internet, c'est assez éducatif.
'''Claude''' : Ouais pour le cul.
'''Gérard''' : Bon celui qui commence à parler de cul, je vais te dire une chose, on en a rien à foutre ! On sait très bien que sur Internet et le bien des ordinateurs...
'''Muguet''' : Le biais ! ''[Tentant de rattraper avec bienveillance les problèmes de dictions et de vocabulaires de Gérard]''
'''Gérard''' :...on peut faire des rencontres cul. Alors tu vas pas commencer comme ça toi. Sinon tu vas retourner d'où que tu viens.
'''Christophe''' : Mais j'ai rien dit, excuse moi mais c'est l'autre personne.
'''Gérard''' : À part toi et Claude...
'''Christophe''' : Ben c'est Claude.
'''Gérard''' : Ah c'est Claude, comme par hasard ! Tu me prendrais pas pour un con là ? Tu m'y laisses !
'''Christophe''' : Mais pourquoi tu me cries comme ça dessus ? J'aimerais répondre aux questions sur l'informatique.
'''Gérard''' : Ouais mais dans ces cas-là, t'as pas besoin de parler du truc de cul. Pour l'instant, c'était pas le thème du débat. Pour l'instant tout le monde a bien répondu, c'est pas toi qui va semer ta merde. [''Cri d'acclamation du studio et des auditrices]''. Alors maintenant tu réponds.
'''Christophe''' : Tu peux me répéter la question s'il te plaît ?
'''Gérard''' : Ah nan ''x4'', allez hop, bonne nuit ! [P''rotestations de Christophe, bruit de protestations envoyés par Olivier].''
'''Manu''' : Ça y est, il est parti.
'''Olivier''' : Sur Minitel, il y a Galaxian qui dit que maintenant, par Internet, on pourrait même s'enfoncer les coton-tiges dans le cul.
'''Gérard''' : Lui j'y répondrai pas. Muguet tu voulais rajouter quelque chose ?
'''Muguet''' : Je disais que plus personne allait se rencontrer, que c'était dramatique et qu'ils vont rester pourrir devant leur ordinateur. ''[Avec insistance car Cécile essaie de l'interrompre].'' Mais d'autre part, j'ai pas fini, je trouve que c'est très bien. J'ai un abonnement Internet mais je m'en suis pas encore servie, parce que j'ai pas trop le temps je voudrais m'y mettre pleinement. C'est très bien, c'est très instructif. Mais il faut pas perdre tout son temps là-dessus.
'''Gérard''' : Ça coûte vachement cher il paraît.
'''Muguet''' : Quand t'achètes ton PC, souvent t'as un abonnement, et tu paies tes communications à part. Mais par le biais de [[https://fr.wikipedia.org/wiki/France_T%C3%A9l%C3%A9com|France Télécom]] tu peux avoir un tarif réduit.
'''Gérard''' : Qui c'est qui voulait rajouter quelque chose ? |G''ros bruit dans un téléphone, d'une voix qui imite la truie'']. Oh la mais c'est qui s'amuse là ?
'''Manu''' : Je crois que c'est Muguet.
'''Gérard''' : Nan nan nan nan.
'''Manu''' : Si si, je t'assure Gérard.
'''Gérard''' : Non elle vient de parler à l'instant.
'''Manu''' : Je le vois au petit truc vert en dessous le standard, Gérard. Je te jure
'''Olivier''' : C'est pas très grave Gérard. Continue ton débat. on va essayer de choper.
'''Gérard''' : Préférez-vous les ordinateurs portab' ou les ordinateurs pas portab' ? ''[Olivier'' ''répète la question afin d'essayer de comprendre tout en créant un double son].'' Bon en fin de compte, je vais modifier, préférez-vous le portable ou pas ?
'''''Olivier '''[reformulant la question]'' : Est-ce qu'on préfère l'ordinateur portable ou pas d'ordinateur, c'est ça ?
'''Gérard''' : Ben disons c'est, soit que quelqu'un a besoin d'un ordinateur portable, dans le train, pour taper, pour son boulot... Bon qu'est-ce qu'il y a derrière toi ? Qui c'est qui se fout de ma gueule ? [R''ires dans un téléphone].'' Claude, tu te foutrais pas de ma gueule ? ''[Se tournant vers Manu''] Qui c'est qu'il y a, à part Claude ?
'''Manu''' : Y a que lui comme garçon.
'''Gérard''' : Parce que pour l'instant, t'es pas capable d'en trouver.
'''Manu''' : Mais je calmais Christophe.
'''Gérard :''' Non c'est pas la peine, lui tu peux lui dire au revoir, tu reprends quelqu'un d'autre et c'est tout.
'''Olivier''' : Y a quelqu'un sur le minitel d'ailleurs. Donc Albert raccroches ton Minitel. Tu l’éteins....
'''Gérard''' : Non mais tu prends d'autres personnes. Là y a des lignes qui sonnent. Bon alors Claude. Préférez-vous les ordinateurs portables ou pas ?
'''Cécile''' : Je réponds, Cécile. Moi j'aime bien les ordinateurs portables, tu peux les balader où tu veux : dans la rue, quand tu prends ta douche, quand tu bouffes...
'''Gérard''' :Cécile, tu crois que tu vas t'amuser à écrire sous une douche avec ton ordinateur ?
'''Claude''' : Y a des modèles d'ordinateurs étanches. C'est sorti, cela existe ''[Tentant de faire croire à Gérard que c'est la vérité]''.
'''Olivier''' :Il y a Stardust sur Minitel qui dit que certains vont même dans les chiottes de la Loco.
'''Gérard''' : Je vais te dire une chose :
'''Manu''' ''[Parle en arrière plan]'' : On parle pas de cela, Oliv'.
'''Gérard''' : ...c'est même pas la peine de me balancer des conneries comme ça sur Minitel, autant que tu me balances des questions réelles. Je préviens sur Minitel : c'est pas la peine de vous amuser avec les chiottes de la Loco et les coton-tiges.
'''Olivier''' : Coton-tiges portables.
'''Gérard''' : Il est hors de question.
'''Muguet''' : Je veux aller au standard.
'''Gérard''' : Pourquoi ?
'''Muguet''' : Il faut que je lui parle.
'''Manu''' : Bon ben, j'arrive alors.
''[Gérard reste silencieux, déçu.]''
'''Olivier''' : Mmh mmh ''[air interrogateur].'' Je crois que là, Gérard....
'''Claude''' : En fait les portables c'est bien, mais t'as pas de mulot sur les portables. faut tâter la boule. Faut bouger ton doigt sur la boule.<ref name="hist2"></ref> C'est pas pareil qu'une souris, c'est aussi une habitude à prendre.
'''Olivier''' : ''[Pouffe de rire face à cette explication].''
'''Gérard''' : Mais toi tu préfères quoi, le portable normal ou chez toi ? Parce que ça dépend ce que tu fais comme études.
'''Claude''' : En informatique. C'est sur la programmation et tout. T'as besoin d'un ordinateur chez toi, toujours. Parce que l'écran c'est plus grand, tu peux faire beaucoup de choses. Mais un portable c'est toujours bien. Si jamais t'es très occupé, tu peux en faire pendant que tu prends ta douche ou à la plage, tu peux en faire n'importe où. Par conte pour le portable, tu n'as pas de souris, il faut tâter la boule.
'''Muguet''' : Moi j'aime pas ça les portables. J'ai l'impression qu'ils sont pas complets. Tandis que dans un PC, t'as la disquette, le CD-ROM, t'as plein de trucs.
'''Claude''' : Sur les portables aussi.
'''Gérard''' : C'est ce qu'elle dit, Claude.
'''Muguet''' : Je sais que je me trompe mais moi j'ai l'impression que c'est pas complet. Et puis j'aime bien les choses stables dans la vie, j'aime pas les choses qu'on se traîne partout derrière soi.
'''Christina''' : Moi je trouve que les ordinateurs portables, c'est bien pour certaines personnes qui sont toujours en déplacements. Mais moi je préfère le fixe.
'''Manu''' : Gérard, on accueille Victor, 19 ans et il est en études d'informatique donc va pouvoir nous renseigner.
'''Gérard''' :J'espère que tu l'as bien prévenu que les questions, c'est moi qui les pose et qu'il mette pas trois plombes pour répondre à une question.
'''Victor''' : Comment ça va mon frère ?
'''Claude''' : Ça va et toi ?
'''Gérard''' : Bon vous allez pas commencer tous les deux. Sinon vous allez gerber. ''[Rot d'Oliver qui s'entend à l'antenne].'' Christina tu disais ?
'''Christina''' : J'ai fini. Je disais que c'était bien pour ceux qui se déplaçaient souvent, mais moi je préfère celui qu'on garde chez soi.
'''Estelle''' : Sur un portable, t'as pas beaucoup de mémoire. En plus, la batterie s'use relativement vite. Si t'as pas l'occasion de te déplacer fréquemment, je trouve que ça sert à rien. Vaut mieux le bon vieux PC que tu gardes chez toi.
'''Christina''' : Bien parlée, petite !
'''Victor''' : Un portable c'est bien, dans la mesure où on peut utiliser pas mal de logiciels comme Turbo Pascal comme Cubase X ou Windows qui demandent pas beaucoup de mémoire. C'est des programmes qu'il faut qu'on ait tout le temps sous la main comme moi par exemple qui fait des études d'informatique à haut niveau, au niveau du DOS et pas mal de compression de données avec Winzip. Un portable c'est bien pour quelqu'un qui en a l'utilité. Mais autrement, je recommande le bon vieux PC Home Essential comme on dit par chez nous.
'''Gérard''' : Moi de tt'manière, je peux vous dire une chose, déjà d'entrée...''[Olivier répète de tt'manière, en se moquant légèrement de l'une des expressions favorites de Gérard]''...personnellement j'ai jamais eu de portable, donc...
'''Olivier''' : T'as un téléphone quand même.
'''Gérard''' : Non mais attends, c'est pas du tout la même chose. Ça n'a rien à voir entre l'informatique et... bref là c'est les ordinateurs. ''[Diffusion en fond sonore d'une chanson de sur Gérard reprenant un air de Francis Cabrel qu'avait fait un auditeur dans la libre antenne de Max].'' Bon tu me prends Claude et VIctor...
'''Manu''' : C'est pas eux Gérard.
'''Gérard''' : Ouais ben la musique ça commence à me gonfler, déjà, d'entrée. Si je réponds à la question, j'aime pas entendre des musiques. Donc moi je suis tout à fait contre les ordinateurs portables.
'''Victor''' : Mais Gérard, c'est quoi les notions que t'as en informatique en fait ?
'''Gérard''' : Aucune. Je sais taper sur un ordinateur, ça oui.
'''Victor''' : Mais t'as fait des jeux ou des trucs comme ça ?
'''Claude''' : C'est le minimum de faire des jeux quand même.
'''Gérard''' : Non.
'''Claude''' : On a beau dire mais l'ordinateur c'est quand même vachement mieux qu'une console.
''[La chanson de sur Gérard revient à travers un téléphone].''
'''Gérard''' : Celui qui a de la musique arrête !
'''Estelle''' : Mais pourquoi t'as fait un débat sur l'informatique si t'y connais rien ? C'est pour que tu t'instruises ?
'''Gérard''' : Parce qu'au moins je peux savoir vos pensées.
'''Victor''' : Hé, Claude ?
'''Gérard''' : Non mais attends Victor s'il te plaît, t'essaies pas de parler à Claude quand je réponds, merci ! ''[Encore une musique parasite le débat].'' CELUI QUI MET DE LA MUSIQUE, CELA COMMENCE À ME FAIRE CHIER ! Et de voir si un jour si j'ai l'occasion de me mettre à taper sur un ordinateur, si je comprends pas, d'essayer de voir avec la personne comment que ça fonctionne, c'est tout.
'''Victor''' : Y'a pas des PC's à Fun pour qu'ils puissent te faire voir ? Il doit bien y'en avoir un qui s'y connait là-dedans.
'''Estelle''' : Ça prendrait trop de temps pour lui expliquer.
'''Olivier''' : Pour le moment, là on lui montre comment l'allumer déjà.
''[Rire très caractéristique de Cécile qui est en fait celui de Rita].''
'''Manu''' : Gérard ne sait pas très bien l'allumer.
''[Des interférences dans le téléphone avec des bandes son de la voix de Gérard'']
'''Gérard''' : OOOOHHHH !
'''Cécile''' : Je crois qu'il y a quelqu'un qui habite près d'un Zoo.
'''Gérard''' : Ouais, j'ai l'impression.
'''Cécile''' : C'est pour ça que l'on entend des bruits d'animaux.
'''Muguet''' : Cela à voir avec son enfance.
.''[Toujours la diffusion d'interférences avec la voix de Gérard'']
'''Gérard''' :Bon si vous continuez, je vais attaquer l'autre débat avant 4H.
'''Olivier''' : Ouais, on aura fini avant, c'est cool !
'''Gérard''' : Si tu veux te casser avant, je prends quelqu'un d'autre à ta place pour mettre de la musique, j'en n'ai rien à foutre si tu veux te barrer avant.
'''Estelle''' : Si tu veux être moins bête, écoute jusqu'au bout.
'''Gérard''' : Merci Estelle.
'''Olivier''' ''[espiègle]'' : Cela va pas être facile.
'''Claude''' : On avance dans le débat là ?
'''Gérard''' : Si t'es pas content, c'est le même prix. D'accord ?
'''Olivier''' : Gérard, il arrive pas à commander.
'''Claude''' : Je suis content mais pour le prix que j'ai payé, je voudrais qu'on avance quand même.
'''Gérard''' : Pour l'instant, c'est pas vous qui payez.
'''Estelle''' : Bien sûr que l'on paye Gérard.
'''Manu''' : Pour l'entrée des débats, c'est 120 francs.
'''Claude''' : C'est comme à la Loco pendant les chiottes.
'''Gérard''' : Bon Claude et Victor vous dégagez, hop.
'''Manu''' : C'était Claude et pas Victor, Claude est parti,ça y est.
'''Victor''' : Est-ce que tu connais le jeu Fight Tracker II ?
'''Gérard''' : Non. J'ai pas les moyens de m'acheter un ordinateur et de jouer avec les trucs qui sortent à l'heure actuelle, tu vois.
'''Estelle''' : Et tu connais personne qui en possède un ?
'''Gérard''' : Non.
'''Estelle''' : Pourquoi tu vas pas dans un cybercafé ?
'''Gérard''' : J'ai pas les moyens d'aller dans des super cafés pour m'amuser sur un Mikendo. Les ordinateurs servent-ils plus à jouer qu'à travailler ?
'''Victor''' : En ce qui me concerne, ça me sert vachement plus à travailler. Les jeux je les fais. Bon c'est vrai que cela me sert à jouer pour les tester. Mais on avait calculé la fréquence avec mon prof d'IUT que je salue au passage parce qu'il nous écoute...
'''Gérard''' : Non mais les bonjour...Négatif ! [''Bruits de jeux vidéos électroniques].'' Bon Victor, dehors ! [L''es bruits continuent'']. Bon alors musique ! Ça commence à bien faire.Tu me mets Phildar au standard. ''[Max arrive'']. Moi je continue pas.
'''Cécile''' : Tu renvoies Manu ou quoi ?
'''Gérard''' : Oui
'''Cécile''' : Ah non, tous pour Manu !
''[Tout le monde scande le nom de Manu y compris Olivier''].
'''Gérard''' : Bon ben tu me vires tout le monde. Comme t'as l'habitude de virer tout le monde, voilà. Musique. ''[La musique démarre. À la fin du titre, Gérard reprend la parole'']. On continue donc sur l'informatique. Si vous voulez continuer les débats, participer aux débats; c'est le 0803 08 5000 et 0800 70 5000. Et 3615 code Funradio rubrique « Direct », 1.29 franc la minute. N'hésitez pas à appeler y a Manu et Ringo au standard qui vous accueillent les bras ouverts.
'''Manu''' : Avec les nanas, on accueille David, 23 ans de Dijon. Et on accueille Thierry, 21 ans de Rouen.
''[Nouveau rot d'Olivier en direct à l'antenne].''
'''Gérard''' : Bon donc les ordinateurs servent-ils plus à jouer ou à travailler ? Alors, Thierry.
'''Thierry''' : Non pas du tout, en fait l'ordinateur sert beaucoup plus à travailler, à programmer en JavaScript ou Java tout court.
'''Manu''' : C'est des logiciels Java ?
'''Thierry''' : Non, c'est une source sur Internet pour se procurer des pages Web. Donc juste pour jouer, non je ne pense pas. Tu t'achètes une Playstation ou Nintendo 64 ou une Game boy. Sinon le PC, c'est beaucoup plus nécessaire pour le travail.
'''David''' : Moi je suis pas du tout branché informatique.
'''Estelle''' : Ben, pourquoi t'es là ?
'''David''' : Je suis là parce que je voulais parler à Gérard et participer au débat, mais...
'''Gérard''' : Non mais moi je te demande de réagir sur les débats. [E''ncore des bruits de jeu vidéo].'' Allez hop, ça commence à bien faire là !
'''Manu''' : Comme tu l'as vu par toi même tout à l'heure, ça ne vient pas du standard.
'''Olivier''' : Tu te fous de la gueule du monde, Manu.
'''Gérard''' : Je sens que tout à l'heure, y'aura pas de deuxième débat, je vais me casser.
'''Estelle''' : Cela ne vient pas de nous.
'''Olivier''' : Manu, il appelle des copains à lui au lieu de faire le standard. C'est des habituels en plus.
'''Thierry''' : Une fille disait tout à l'heure que quand on avait Internet chez soi, on sortait plus et y avait plus se sociabilité. C'est pas du tout ça parce que c'est pour avoir des informations, c'est pas pour passer ta vie dessus. J'ai Internet depuis un bon moment et je suis pas bloqué chez moi.
'''Gérard''' : C'est pour ça que tu t'amuserais pas à m'appeler de temps en temps sur mon portable et t'aurais pas eu mon numéro de portable ? Comme par hasard.
'''Thierry''' : Je sais que ton numéro de portable est diffusé sur internet.
'''Cécile''' : Je crois que David est amoureux de toi.
'''Gérard''' : Je suis pas amoureux de lui tu vois, j'aime pas les hommes.
''[Jouissance suggestive d'Olivier à l'écoute de ces derniers propos].''
'''Estelle''' ''[d'un air gentiment moqueur]'' : C'est vrai que t'as une voix tellement sensuel Gérard.
'''David''' : Ah oui mais je suis follement amoureux de Gégé.
'''Gérard''' : Bon une question minitel.
'''Olivier''' : C'est pas une question, en fait c'est Nathalie. ''[voix sensuelle].'' Donc elle s'appelle Nathalie, Christine Carole, ses trois prénoms. Elle a 29 ans, elle habite dans le département 52, elle dit qu'elle est prête à venir à Suresnes et à t'apprendre à jouer sur son ordinateur : il y a très peu de touches, deux sur les seins, une sur le clito, une sur le nez, cinq sur chaque main et la puce, c'est sa langue.
'''Gérard''' : Dans ces cas-là, Nathalie, tu laisses ton numéro de téléphone et si tu veux participer au deuxième débat, y'a pas de problème.
'''David''' : Donne ton numéro de portable qu'elle t'appelle directement, Gégé.
'''Gérard''' : Bon Thierry et David, hop, ils dégagent. Estelle, donc je repose la même question.
'''Estelle''' : Ça dépend des utilisateurs. Y'en a qui vont les acheter uniquement pour jouer et d'autres, uniquement pour travailler, et puis d'autres pour faire les deux.
'''Muguet''' : Faut être débile pour mettre une plaque là-dedans uniquement pour jouer.
'''Estelle''' : Et bien écoute tu dis ça à mon petit frère à ce moment-là parce que lui il a un PC dans sa chambre, il a je ne sais combien de jeux qu'il a achetés, il s'en sert uniquement pour jouer. Il a eu 16 ans et s'en sert uniquement pour jouer, c'est clair.
'''Muguet''' : Je disais que c'était idiot de mettre une plaque où je sais pas combien...
'''Olivier''' : 100 000 francs c'est un million maintenant les ordinateurs, je crois.
'''Cécile''' : Oui c'est dans ces eaux-là.
'''Muguet :''' Et c'est idiot de mettre 10 000 francs dans un ordinateur uniquement pour jouer. Alors que ça permet de faire beaucoup de choses très intéressantes aussi. C'est vrai que c'est intéressant de jouer, mais moi je pense que quand j'ai beaucoup travaillé dessus que je suis un peu fatiguée, pour me détendre, je joue un petit peu mais je joue pendant un quart d'heure/20 minutes ça dépend, et après je reprends ou alors j'éteins tout.
'''Estelle''' : Ce que je voulais dire c'est que tu vas pas demander à un gamin de 14 ans de bosser sur son PC c'est clair, il pense qu'à une chose c'est jouer.
'''Muguet''' : C'est vrai ! Mon petit frère qui a 12 ans sur son PC, il pense qu'à jouer, le reste il s'en fout.
'''Cécile''' : Moi je dis que ça dépend des horaires. C'est-à-dire que le matin t'as plus envie de bosser, l'après-m', t'as plus envie de t'amuser. ''[Muguet se moque de la réponse de Cécile].'' Donc, c'est une question de lever et de coucher du soleil, d'horaire.
'''Gérard''' ''[Bruit de bouche montrant sa désapprobation]'' : Je ne vois pas le rapport !
'''Estelle''' : Ça dépend aussi de la lune
'''Gérard''' : Dans ces cas-là Cécile, pour ces cas-là, si tu dis que ça dépend du soleil, pourquoi pas avec les étoiles ? On peut pas s'amuser avec les étoiles ?
'''Cécile''' : Mais si. Ce sont les horaires à respecter.
'''Gérard :''' Moi je vois pas le rapport là-dessus.
'''Manu''' : Gérard, on accueille Ultraman, c'est un passionné d'informatique. ''[Rire de Cécile avant que des bruits de jeux vidéo retentissent'']. Ça vient pas là ''! [Les bruits continuent]''. Ça vient pas de nous ! C'est Olivier qui joue avec les boutons.
'''Olivier''' : Je fais rien moi, j'ai les mains ici.
'''Gérard''' : Non, j'ai demandé à ce que la nana qui voudrait participer à l'informatique, elle voudrait être rappelé.
'''Manu''' : Oui mais on n'arrive pas à l'avoir.
'''Gérard''' : Ben, qu'elle raccroche son numéro.
'''Olivier''' : 36 15 Fun Radio, y'a Manu qui donne le serveur des chiottes de la loco : www.chiottemagique.fr.
'''Gérard''' : c'est bon c'est pas la peine de jouer là-dessus. Donc Ultraballe là !
'''Ultraman''' : Ouais mais quand j'étais au standard, j'ai pas entendu les questions.
'''Gérard''' : Non non oh !
'''Olivier''' : C'est pas grave, tu réponds comme ça, moi aussi j'écoute pas.
'''Gérard''' : Pour l'instant tu réponds, tu peux très bien écouter la radio en appelant le standard. Ne me prends pas pour un con tu veux. Non tu m'y prends pas tu m'y laisses. Donc si tu veux pas répondre, tu vas pas rester longtemps.
''[Ferveurs et applaudissements dans le studio pour soutenir la répartie de Gérard].''
'''Ultraman''' : C'est pas que je veux pas répondre c'est que je sais pas la question.
'''Gérard''' : Tu sais pas la question ? Et t'es pas un habituel ?
'''Manu''' : Non, promis Gérard. Tu veux son numéro de téléphone ? Tu veux le comparer avec celui des autres ?
'''Gérard''' : Tu lui demandes du coup quand il appelle le standard s'il écoute pas la radio. Alors il écoute la radio des deux oreilles. Il y a un truc Ultraballe, il y a un truc que j'arrive pas à comprendre. C'est que tout le monde a compris la question, il y a que toi !
'''Manu''' : Il discutait avec moi.
'''Gérard''' : Donc t'as deux combinés, tu te les mets sur les oreilles.
'''Cécile''' : Gérard, je vais lui répéter la question si tu veux : l'ordinateur est-ce que ça sert plus à travailler ou à jouer ?
'''Olivier''' : Au niveau de la différence d'âge.
'''Ultraman''' : Je trouve que l'ordinateur, ça sert plus à travailler. Il y a pleins de logiciels pour faire du traitement de texte des trucs qui ont été mis au point pour faire des graphiques et je pense pas qu'un ordinateur, on a inventé des imprimantes des scanners, c'est pas pour faire des jeux. Donc à mon avis, l'ordinateur ça sert plus à travailler qu'à jouer...
'''Christina''' : Moi je voulais dire que c'est vrai qu'il sert plus à travailler mais la plupart des gens que je connais, qui travaillent dans des bureaux, la plupart du temps ils jouent, pour passer le temps.
'''Gérard''' : Bon maintenant qu'Ultraman a compris la question, comme Estelle, Christina, Cécile et Muguet...
'''Manu''' : ...Et Hakim qui vient d'arriver.
'''Gérard''' : Bon ok tu me refais une fiche. À l'heure du déjeuner, y'en a qui s'amusent à faire des jeux dessus.
'''Les filles''' : Ah mais même pendant les heures de boulot.
'''Cécile''' : Moi quand je suis au restaurant, j'ai mon petit ordinateur portable et je m'amuse.
'''Olivier''' : Moi c'est aux chiottes. ''[Rire de Cécile].''
'''Ultraman''' : Moi en ce moment, je fais un stage à France Télécom. Et le midi, pour décompresser, tous les PCs de réseaux sont reliés entre eux et on joue au démineur. Les jeux ça sert à décompresser. Mais comme je te disais tout à l'heure, si on a sorti des scanners, des imprimantes, des modems pour se connecter au réseau téléphonique, je pense pas qu'un ordinateur c'est fait pour jouer, pour ça on a la Nintendo.
'''Muguet''' : À ce sujet, il faudra m'expliquer la règle du démineur, j'ai rien compris. On m'expliquera hors antenne, comme le nom du logiciel qu'on m'a toujours pas donné.
'''Gérard''' : Toi tu veux beaucoup de choses, Muguet.
'''Ultraman''' : Mais Hors Antenne, c'est un logiciel pirate fait par Crisis de Poitiers, donc tu l'auras jamais.
'''Cécile''' : Il faut trouver le nom de code.
'''Ultraman''' : Le nom de code, c'est MQX Libs.
'''Gérard''' : Bon à mon avis, il est pas tout seul, derrière quelqu'un lui souffle. Parce que j'entends des voix.
'''Ultraman''' : Je suis tout seul dans une chambre d'étudiant.
'''Estelle''' : Gérard, tu te laisses déborder, reprends ton débat.
'''Gérard''' : Pour ou contre l'Internettre ? Euh...l'internet.
'''Les filles crient :''' Pour
'''Gérard''' : On va demander au spécialiste de France Télécom, Comme il s'amuse, qu'il nous donne des trucs bidons et qu'il a du monde derrière lui...
'''Ultraman''' : J'ai pas de monde derrière moi, Gérard.
'''Manu''' : si je peux me permettre Gérard, je m'y connais un peu et les noms des logiciels c'est pas bidon. Le nom qu'il a donné, c'est un vrai logiciel.
'''Muguet''' : C'est quoi, j'ai pas entendu.
'''Ultraman''' : MQX Libs. Tu peux demander à Manu. ''[Bip d'une touche de téléphone appuyée].''
'''Gérard''' : Celui qui s'amuse avec la touche de téléphone, il arrête, s'il vous plaît, merci !
'''Ultraman''' : Tu voulais me poser la question de pour ou contre l'Internet. C'est bien, dans la mesure où c'est le seul truc où on peut s'exprimer librement et faire circuler n'importe quelle information. ''[Nouveau bip d'une touche].'' Mais vous arrêtez !
'''Gérard''' : Pour l'instant, c'est pas toi qui commandes, Ultraballe !
'''Ultraman''' : Je te donne un coup de main, Gérard.
'''Gérard''' : Non mais tu permets !
'''Ultraman''' : Comme je te le disais, c'est la libre circulation de toute sorte d'informations. Bon c'est sûr, il y a du cul, des sectes, il y a n'importe quoi, mais...
'''Gérard''' : Euh y'a certains trucs que je veux bien entendre.,Les sectes, j'en n'ai rien à foutre.
'''Ultraman insiste, Gérard persiste''' : On n'en a rien à foutre !
''[Encore des bips de touches].''
'''Gérard''' : OOOHHH, CELUI QUI JOUE AVEC LES TOUCHES DU TÉLÉPHONE, IL ARRËTE !
'''Ultraman :''' C'est Muguet !
'''Gérard''' : Non, c'est pas Muguet. Attends Ultraman, parce que tt'à l'heure, c'est toi qui va virer. Tu crois que je vais la virer pour ta gueule ? ''|Rire caustique de Cécile]''. Là tu rêves ! Alors Ultraman, c'est la dernière fois que je te pose la question. Pour ou contre l'Internet, mais je te préviens : tu modifies ce que tu dis parce que sinon tu gerbes.
'''Ultraman''' : Je suis pour l'Internet parce que c'est une mine d'informations formidable. Tu trouves ce que tu veux sur n'importe quel sujet. Mais y'a des trucs qui sont pas visitables. C'est pour ça qu'il faudrait des comités de censure d'Internet, y'a des trucs vraiment pas admissibles.
'''Gérard''' : Ok ok.Hakim.OOOHHH, TU TE RÉVEILLES MAINTENANT !
'''Hakim''' : Je suis pour Internet. Vu qu'on peut faire beaucoup de choses dedans : mettre de l'argent sur les comptes, etc
'''Gérard''' : Ah bon, tu dis qu'on peut mettre de l'argent sur son compte sur Internet ?
'''Hakim''' : Non, transférer.
'''Gérard''' : Mais si, c'est ce que tu as dit ! J'ai très bien entendu, je suis pas sourd. J'aurai peut-être confirmation ''[malgré son air dubitatif face à l'information d'Hakim].''.. Estelle pour toi.
'''Estelle''' : Je suis pour aussi. ¨Parce que comme je te le disais tout à l'heure, c'est l'avenir. Tu peux faire beaucoup de choses avec Internet. Visiter des sites. Apprendre énormément de choses. Dialoguer avec plein de monde, bref... des possibilités infinies avec l'Internet.
'''Gérard''' : Et t'es d'accord avec ce qu'a dit Hakim ?
'''Estelle''' : Quand tu vois qu'au guichet de ta banque, avec le petit ordinateur que t'as au guichet, tu peux faire des virements rien qu'avec ces ordinateurs là. Alors imagine par Internet.
''[Manu tousse bruyamment, micro ouvert].''
'''Ultraman''' : Je peux parler ?
'''Gérard''' : Non toi ça commence à bien faire avec tes réactions. Tu laisses finir Estelle.
'''Estelle''' : Ah mais j'ai fini, je te dis que ce qu'il a dit est vrai, on peut faire des virements sans aucun problème.
'''Hakim''' : Et il n'y a pas que ça. J'ai entendu dire, je pense que c'est vrai ça, qu'on peut ouvrir des entreprises d'ici à l'autre bout du monde, par internet. C'est l'avenir.
'''Gérard''' : Christina ?
'''Christina''' : Moi je suis contre parce que ça va supprimer beaucoup d'emplois.
'''Gérard''' : Je pense que celui qui a inventé ça, il aurait mieux fait de se casser une patte.
'''Cécile''' : Mais au fait tu sais qui a inventé l'Internet, Gérard ?
'''Gérard''' : Non et je cherche même pas à savoir. ''[Les deux garçons l'appellent].'' Bon minute, les deux mecs, arrêtez de dire Gérard ! Je sais que je suis là, mais laissez parler un peu les nanas, merde !
'''Ultraman''' : D'accord mais je veux juste m'exprimer, moi.
'''Gérard''' : Encore ! Ultraman, tu commences à gonfler.
'''Ultraman''' : Je suis pas tellement d'accord avec ce que tu dis, que le gars qui a inventé Internet aurait mieux fait de se casser une jambe. Mais d'abord, c'est quoi ta définition de l'Internet, Gérard ?
'''Gérard''' :Pour l'instant, j'ai pas encore donné ma réponse, si tu laisserais les gens un peu s'exprimer...
'''Hakim''' : Pour moi Internet, c'est facilité d'utilisation et perte d'emplois.
'''Gérard''' :Qu'est-ce que tu veux encore, c'est Ultraman, alors vas-y !
'''Ultraman''' : Mais ça va quand même créer des emplois.
'''Gérard''' : Mais non ça va pas créer d'emplois, abrouti ! ''[Du Larsen s'entend dans les studios]'' Qui c'est qui fait du Larsen ?
'''Ultraman''' : Il faut bien des gens pour héberger les sites Internet, pour les concevoir.
'''Gérard''' : Mais de tt' manière, ils se les conçu eux-mêmes ! Sois pas bête un peu dans ta tête !
'''Ultraman''' : T'as des entreprises qui créent des emplois qui proposent de créer des sites Internet pour pas cher, cela crée des emplois.
'''Gérard''' : Mais bientôt, tout va être sur informatique.
'''Ultraman''' : Mais tout y est déjà, Gérard.
'''Gérard''' : C'est pour ça qu'il y a tant de chômage. On n'est pas là pour un débat sur le chômage !
''[Olivier et Manu crient, comme Gérard, en vociférant].''
'''Cécile''' : Moi je suis pour l'Internet. C'est un moyen de communication super, rapide. Mais le seul inconvénient, c'est que c'est cher.
'''Muguet''' : Moi je suis plutôt mitigée.
'''Gérard''' : Bon Olivier, si tu t'amuses avec les boutons, tu vas virer de la pro. Tu vas pas me faire chier longtemps. La semaine dernière, c'était mieux que ça.
'''Olivier''' : Ça s'est bien passé ? Je t'ai manqué ?
'''Gérard''' : C'était mieux que ça, on s'amusait pas avec tout ça. Tu vas pas faire comme en 97. C'est prévu que 98 soit pas comme ça.
'''Olivier''' :Ok mon chéri. OK mon poulet.
'''Gérard''' : Et je suis pas ton chéri. En de bonne entendeur salut, prends ça dans ta tête. Muguet, pour finir ?
''[Reego et Manu applaudissent la répartie de Gérard].''
'''Reego''' : Ça rigole pas là !
'''Manu''' : Là Oliv, tu fais moins le malin déjà.
'''Muguet''' : C'est bien, à petite dose. Et avec beaucoup plus de surveillance et de restrictions. Parce que il y a des choses pas jolies à voir.
'''Ultraman''' :C'est ce que j'ai dit tout à l'heure.
'''Muguet''' : c'est l'inconvénient de parler en dernier.
'''Gérard''' : C'est ça l'inconvénient du direct, c'est que je prends les gens comme je veux, je fais parler les personnes et....
'''Olivier''' : Sur Minitel, une femme nommée Pentagone dit qu'elle t'adore.
'''Gérard''' : Qu'elle laisse son numéro, on verra.
'''Olivier''' : Elle adore tes débats. Et Max.
'''Cécile''' : Mais Gérard, t'es bien hétérosexuel ? Parce que il y a des rumeurs qui courent que t'aimerais les hommes. Je l'ai lu sur un magazine.
'''Gérard''' : Et quel magazine ?
'''Cécile''' : Homo Mag.
'''Gérard''' : Alors Cécile, si tu continues à parler d'un truc comme ça, encore une fois, tu vas retourner au standard. C'est bien clair.
'''Ultraman''' : Mais on parlait d'informatique au départ, non ?
'''Gérard''' : Moi je vais répondre à Cécile. Écoute bien ce qu'on dit à la radio.
'''Hakim''' : Pour son truc où il dit que ça crée pas le chômage, Internet. Dans une petite entreprise, une comptable. Elle va tout gérer par ordinateur. Sans ordinateur, on aurait combien de comptables...
'''Christina''' : T'as l'heure, tu as dit que tu étais pour !
'''Hakim''' : Je suis pour, mais ça crée du chômage.
'''Gérard''' : Bon Hakim, c'est bien toi qui viens de parler ?
''[Silence dans le débat].''
'''Gérard''' : OOOOHHH ! Vous vous réveillez là les deux mecs quand je vous demande quelque chose ! Vous foutez pas de ma gueule tous les deux. Vous êtes deux mecs. Sur les deux mecs, y en a un qui a dit qu'il y avait une comptable et que... tout ça.
'''Ultraman''' : c'est Hakim
'''Gérard''' : Bon alors ! Quand je te demande quelque chose, tu peux répondre !
'''Cécile''' : Tu obéis !
'''Gérard''' : Bon Hakim tu dégages !
'''Manu''' : On a quelqu'un à la place ''[Bip de l’alerte au feu].'' Ouh la, qu’est-ce qu’il se passe ?
C'est Gilbert, 30 ans, de Lyon.
'''Gérard''' : À la place ?
'''Manu''' : À la place d'Estelle, qui est partie, qui était fatiguée.
'''Gérard''' ''[déçu]'' : Vous raccrochez au nez des gens comme ça...ça commence à me faire chier.
'''Manu''' : D’accord, c’est nous, Gérard.
'''Ultraman''' : Muguet, t’es toujours là ?
'''Muguet''' : Toujours là.
'''Gérard''' : Tu la laisses tranquille, Ultraman, d’accord ? Et tu vas vraiment dire ton nom, parce que tu t'appelles pas Ultraman, d’accord ?
'''Muguet''' : Moi je voudrais vraiment hors antenne, si c’est possible, avoir Ultraman après, pour qu'il me donne des noms de logiciels.
'''Gérard''' : Bon, Muguet mollo, toi...
'''Olivier''' : Bon, on reprend le débat, Gérard. T’en es où dans tes questions, Gérard ?
'''Gérard''' : On va mettre un disque. La prochaine. Un ordinateur compte-t-il plus vite que vous ?
'''Gilbert''' : Que toi, sûrement ?
'''Gérard''' : Qui a dit ça ?
'''Gilbert''' : Ultraman.
'''Ultraman''' : C’est faux !
'''Gérard''' : Je veux savoir qui vient de me répondre, il va gerber avec moi. C’est quoi le titre du disque ? ''[Un bip de sonar qui est inséré par l’équipe du studio].''
'''Cécile''' : Ouh la, je crois qu’on a un message intergalactique là.
'''Gérard''' : Bon on va écouter Coton Tige in my ass. ''[Rires des auditrices à l’annonce du titre tandis qu’une musique Rock se lance].''
'''Olivier''' : Redis-le ?
''[À la fin du disques, silence dans le studio et une chaise vide apparait sur l’écran de la retransmission de Fun TV].''
'''Olivier''' : Alors Gérard ?
'''Gérard''' : Ben, je ne sais pas ce qu’il se passe.
'''Manu''' : Il a tout cassé. Il a tout pété.
'''Olivier''' : Ah lalala !
'''Gérard''' : Bon y’en a plus qu'un maintenant ?
'''Olivier''' ''[désignant la chaise de l’animateur pour retourner devant le micro]'' : Allez va en face !
'''Max''' : Ben arrête de passer ton temps au standard.
'''Olivier''' : Alors, je vous explique. En fait, Gérard, pendant le disque, il est en train d'essayer de draguer.
'''Manu''' : Tu passes ta vie avec les auditrices...
'''Olivier''' : Mais dès qu'on n'est plus là, t'es perdu. Tu passes ton temps à vouloir qu'on s'en aille mais finalement.
'''Gérard''' : Bon donne-moi une taffe.
''[Olivier et Manu huent Gérard à cause de son manque de professionnalisme''].
'''Manu''' : Ben non.
'''Reego''' : Censuré.
'''Olivier''' : Allez, travaille !
'''Gérard''' : On accueille Muguet, Céline, …
'''Cécile et Ultraman''' : On entend mal.
'''Muguet''' : Olivier, je t'aime.
'''Gérard''' : Qui c’est qui vient de dire ça ?
'''Gilbert''' : Olivier, je t'emmerde.
'''Gérard''' : Bon, Gilbert tu dégages.
'''Cécile''' : Manu, je t'aime.
'''Gilbert''' : Non c'est pas Gilbert, c'est Ultraman...
'''Gérard''' : Alors Ultraman, tu dégages !
'''Olivier''' : Non Gérard, repose ta question. C’était la différence d’âge ?
'''Gérard''' : Ultraman il a dit « Olivier, je t’emmerde ». Niet ! Alors dans ces cas-là, hop tu dégages ! Cela va aller vite, allez hop !
'''Olivier''' : Non mais je l’excuse.
'''Gilbert''' : Non il n’y a pas à l’excuser, tu dégages !
'''Gérard''' : Hop, Ultraman bonne nuit.
'''Muguet''' : Olivier, je t'aime.
'''Cécile''' : Manu, je t'aime.
'''Gilbert''' : Olivier, je t'emmerde.
'''Gérard''' : Gilbert, dehors ! VOUS COMMENCEZ À ME FAIRE CHIER ! ''[Rires des auditrices].'' C’est clair ? ''[Silence autant dans le studio qu’à la radio].''
'''Virginie''' : C’est clair.
'''Gérard''' : Les mecs, vous allez commencer à fermer vos gueules !
'''Virginie''' : Je vais te dire ouais.
''[Olivier imite une mouche imaginaire qui traverserait le studio].''
'''Gérard''' : Parce que tt’a l’heure, le deuxième débat, il n'y en aura pas.
'''Gilbert''' : Tu serais pas un peu antisémite, Gérard ?
''[Rire d’une auditrice].''
'''Olivier''' : Non alors là, attention tout de même.
'''Gérard''' : Qui c’est qui vient de dire ça ?
'''Ultraman''' : Puisque tu vires Ultraman, toujours.
'''Gérard''' : Tu dégages.
'''Manu''' : Mais il est parti !
'''Olivier''' : C'est pas lui. C’est Tony.
'''Gérard''' : C’est qui ?
'''Olivier''' : C’est Tony.
'''Gilbert''' : Mais non rien à voir ! Je suis en train de dormir...
'''Reego''' : Mais non, il n’est pas là Tony.
'''Olivier''' : C’est David alors.
'''Gilbert''' : Je suis en train de dormir...
'''Muguet''' : Olivier, je t'aime.
'''Olivier''' ''[à la limite de rire]'' : Non mais c’est des habituels.
'''Gérard''' : Moi je reprends pas le débat.
'''Olivier''' : Ultimatum.
'''Reego''' : Mais y’a plus de mecs, il y a que des nanas.
'''Manu''' : Parle leur, tu verras.
'''Muguet''' : On est toutes là pour toi.
'''Gérard''' : Bon Virginie, Christiana, ''[Olivier et Manu imitent des voix féminines qui répondent oui]'' Céline et Muguet. Donc, Ok la question – ''[à destination du standard]'' c'est pas la peine de me mettre des mecs, ils vont virer avec moi.
'''Muguet''' : Olivier, je t'aime.
'''Manu''' : Ah ben qui dit plus de mecs, dit plus de nanas.
'''Gérard''' : Tu permets, c'est moi qui commande.
'''Manu''' : Ouais mais on peut pas faire de débats sans mecs. Tout le monde te le dira.
'''Gérard''' : Dans ces cas-là, la semaine dernière, les débats se sont mieux passés qu'avec toi. Cette semaine, c’est le vrai bordel.
'''Manu''' : Oui mais y’avait des mecs. Et là t’en veux pas.
'''Olivier''' ''[explique la situation pour celles et ceux derrière la radio]'' : Donc, règlements de compte.
'''Gérard''' : Ouais, mais quand je demandais quelque chose à Phildar, c'était fait.
'''Manu''' : Moi aussi c’était fait, il n’y a plus de mecs à l’antenne. C’est seulement que tu m’en veux personnellement.
'''Gérard''' : Et les lignes là. Et là, ça sonne.
'''Reego''' : Mais il y a que des mecs.
'''Olivier''' ''[assure le rôle d’animateur radio pour éviter les blancs]'' : C’est Fun Radio, il est 2h07.
''[Rire caustique de Cécile].''
'''Manu''' : Mais je peux pas leur parler et te parler en même temps, Gérard.
'''Gérard''' : Dans ces cas-là, vous faites votre boulot.
'''Olivier''' ''[en grand professionnel, recentre l’audition afin de sortir de cette cacophonie et de revenir au débat] :'' 0 803 08 5000. 0 803 70 5000. 36 15 Code Fun Radio rubrique Direct. Les débats de Gérard. Gérard, c’est à toi on est à l’antenne.
'''Gérard''' : Un ordinateur compte-t-il plus vite que vous ? Alors, Virginie.
'''Virginie''' : D'après moi, ouais.
'''Gérard''' : Pourquoi ? ''[Une auditrice émet un grognement comme pour prouver le ridicule de la question de l’animateur''].
'''Virginie''' : C'est son devoir de calculer plus vite que nous.
'''Gérard''' : Dans quel sens ?
'''Virginie''' : Dans tous les sens, essaie de faire un programme à côté d'un ordinateur, l'ordinateur va le faire en 30 secondes, toi tu vas galérer pendant deux heures.
'''Gérard''' : Je crois que quelqu'un répond aussi en même temps. T'as pas quelqu'un derrière toi, Virginie ? C'est bizarre, j'entends certaines voix derrière toi, quand même.
'''Virginie''' : Non, parce dans d’autres pièces, il y a d’autre personnes qui parlent, c'est pour ça.
'''Gérard''' : Si t'as des échos, c'est pas la peine.
'''Virginie''' : Non, j’ai pas d’écho ''[rire d’exaspération].''
'''Gérard''' : Christina.
'''Christina''' : Ben c'est plus rapide que nous, oui.
'''Gérard''' : Olivier a été chercher son portable et il me le fait voir et apparemment, y’a des jeux dessus.
'''Christina''' : Quand t'as des multiplications de milliards et de milliards, tu vas pas t'amuser à les faire. Le temps que tu mets alors que l’ordinateur il te le fait tout de suite.
''[Des voix chez Virginie s’élèvent encore plus même si l’auditrice essaye de calmer ces personnes derrière elle].''
'''Gérard''' : Bon tu me prends Virginie, tu me la calmes.
'''Manu''' : Elle est partie. D'ailleurs on a une question qui vient de nous arriver au standard, Gérard, pour toi. David de Clermont-Ferrand nous demande si le PC Neutron 13 Pentium est plus puissant que le PQ 526 ou pas ?
''[Rires des auditrices].''
'''Gérard''' ''[hoche la tête]'' : Bon le PQ c'est pour se torcher le cul, donc... sa question elle est bidon.
'''Manu''' : C’est un modèle de portable.
'''Muguet''' : PQ, cela veut dire Personal Qomputer.
'''Manu''' : Exactement.
'''Gérard''' : D’accord. Donc, Virginie, tu me la calmes, elle a du monde derrière elle, c’est pas la peine qu'elle continue le débat.
'''Manu''' : Elle est partie, Gégé.
'''Cécile''' : Moi je dis que ouais, ça calcule plus vite que nous. L'homme a créé la machine pour qu'elle le dépasse dans tous les domaines. Donc en ce qui concerne les calculs, ouais.
'''Muguet''' : Ils ont tout dit. À chaque fois je passe en dernier et ils ont tous dit alors je dis oui.
'''Gérard''' ''[sourire aux lèvres]'' : Hé, vous vous calmez au standard ou quoi ?
'''Manu''' : Tu veux qu’on fasse notre boulot maintenant alors on les prend. On gère. D’ailleurs, en parlant de ça, on accueille Laurent, 26 ans, de Nice.
'''Laurent''' : Si je peux répondre à la question, un ordinateur, ça calcule...
'''Muguet''' ''[exaspérée]'' : Mais à chaque vois que je réponds, il y a quelqu'un pour parler à ma place, c’est pas possible.
'''Gérard''' : Laurent, donc tu permets parce que Muguet, elle n'a pas fini
'''Cécile''' : Ouais, c’est vrai les mecs, ils nous interrompent tout le temps.
'''Laurent''' : Vas-y, excuse-moi Muguet.
'''Gérard''' : Laurent, tu te calmes s'il te plaît. Tu laisses finir Muguet de parler. Parce que, la pauvre, elle finit toujours la dernière et tout le monde lui prend la parole.
'''Laurent''' : T'as qu'à pas la mettre derrière.
'''Gérard''' : Non mais attends, je fais ce que je veux, d'accord ? Si ça te plaît pas que je pose les questions aux nanas, dans ces cas-là, t'appelles pas.
'''Muguet''' : Il y a des ordinateurs, des PQ qui calculent vachement vite, et d'autres qui vont moins vite parce qu'ils sont moins performants, mais des P sont très performants et ça va très vite.
'''Laurent''' : Un ordinateur, ça calcule beaucoup plus vite qu'un homme et je vais t'expliquer pourquoi. Comme ça, tu sauras un peu plus sur l'informatique.
'''Muguet''' : Bon moi je vais chercher des clopes.
'''Cécile''' : Bon moi je vais aller faire mes courses pendant ce temps-là.
'''Christina''' : moi mais laissez-le parler, oooooh !
'''Gérard''' : Non mais Laurent, t'essaies de faire vite.
'''Laurent''' : Un ordinateur, ça tourne. Par exemple, le PQ133, il tourne à 133Mhz, c'est à dire qu'il fait 133 millions de calculs par seconde. Donc oui, les ordinateurs calculent bien plus vite que nous.
''[Est diffusé comme bruit parasite, un enregistrement des derniers mots de Gérard adressés à Laurent et lui disant que s'il n'était pas content, il n'appelait pas]''.
'''Gérard''' : Merci pour la double voix ! Merci Olivier. C’est pas la peine de me mettre ça dans les oreilles.
'''Laurent''' : Olivier arrête avec tes boutons.
'''Olivier''' : Je joue avec mon ordinateur.
'''Manu''' : On accueille Darwin, mais c'est un peu particulier, il appelle des États-Unis. Il nous capte grâce à Interned et il veut nous parler de tous les programmes informatiques qui viennent aux US et pas en France.
'''Gérard''' : Mouais que ça dure pas trois heures hein.
'''Darwin''' : ''[fait un bruit de ligne qui crachote avec sa gorge pour faire croire à une liaison satellite]''
'''Reego''' : Ouh la !
'''Manu''' : Ouh la, la liaison satellite, elle est pourrie.
'''Darwin''' : Hello, Gerard... Hello. Everybody. Je parle un tout petit peu français.
'''Laurent''' ''[accent français]'' : If you want, you can speak English and I translate to Gerard in français.
'''Olivier''' : Va falloir le baisser un peu ''[puisque le gain du micro est plus important, prouvant que c’est quelqu’un qui le fait depuis les studios].''
'''Muguet''' : Je peux traduire aussi.
'''Darwin''' : Very well.
'''Gérard''' : Laurent, pour l'instant, tu te calmes...
'''Olivier''' : Sur Minitel, Bruce Lee dit qu'il a vu la personne qui a mis la lettre dans la boîte aux lettres de Gégé. Il y a beaucoup de monde sur le Minitel, 3615 Funradio.
'''Gérard''' : Ça j'en n'ai rien à foutre. Muguet, tu comprends un peu l'anglais ? ''[Olivier parle un anglais yaourt, Darwin poursuit ces tentatives de parler interrompant Gérard, toujours avec un effet crachotant].'' Non mais attends Olivier... Muguet... t'essaies de me traduire ça.
'''Reego''' : Ah, la liaison satellite.
'''Darwin''' : If you speed please, because it's very cher, l'Internet.
'''Gérard''' : Non mais il parle aussi bien français que moi je suis... donc non. C'est bon, c'est pas la peine, il s'amuse là.
'''Manu''' : Mais c'est obligé qu'il soit aux États-Unis, quand je l'ai rappelé, je suis passé par tout un tas de services.
'''Darwin''' : Oui Manu, c’est exactly.
'''Cécile''' : Ah ben Gérard, t'as qu'à lui parler en anglais.
'''Darwin''' : Well, you translate ?
'''Muguet et Laurent''' : Oui je traduis
'''Laurent''' : Je peux transcrire, j'ai une maîtrise de deux ans de langue anglaise.
'''Gérard''' : Non mais attends Laurent ! Je t'ai pas appelé pot de chambre, quand je t'appellerai pot de chambre tu sortiras de dessous le lit ! Ok ? J'ai demandé à Muguet, je t'ai pas demandé à toi.
'''Laurent''' : Mais ça va aller beaucoup plus vite.
'''Gérard''' : Laurent tu la fermes !
'''Darwin''' : Here we go... ok... Gerard, in English. What do you want when you coton tige in your face.
'''Gérard''' : Bon allez hop, j'ai entendu coton tige, c'est bon ! C'est pas le thème du débat. DEHORS ! ''[hurlé 5 fois d'affilé].''
'''Manu''' : Mais je pense que ça veut pas dire la même chose en anglais. Écoute Muguet, 30 secondes.
'''Muguet''' : Non ça veut pas dire la même chose. En Anglais et en Français, beaucoup de mots se ressemblent. Mais ça veut pas dire la même chose, faut pas se méprendre. Alors : what do you want with your coton tige in your face? Il demande si l'ordinateur que tu as eu quand tu as hébergé quelqu'un tu t'en es servi pendant longtemps.
'''Darwin''' : Oui, exactly.
''[Silence de Gérard tandis que résonnent les rires de Cécile puis de Manu, en décalé].''
'''Muguet''' : Gérard tu as entendu la traduction ou pas ?
'''Gérard''' : Non.
'''Muguet''' ''[interrompue par Darwin à l'aide de gros mots]'' : Il demande, quand tu as eu un ordinateur chez toi, si tu t'en es servi pendant longtemps ou pas ?
'''Gérard''' : Non, je m'en suis pas servi longtemps. Non mais merde Laurent, ferme ta gueule un peu. ''[Crachotements]'' Bon c'est bon, il s'amuse avec quelque chose derrière lui.
'''Manu''' : Mais ces bruits, c'est la liaison satellite... ''[Les crachotements continuent]''.
'''Darwin''' : Here we go.
'''Olivier''' ''[imitant Darwin comme si il imitait la façon d’utiliser ces mots dans le morceau « Hey Boy, Hey Girl » de Chemical Brothers]'' : Here we go, here we go ''[commençant de chantonner faussement le morceau].''
'''Gérard''' : Bref, il reste plus qu'un quart d'heure et trois questions, allez hop !
'''Darwin''' : ''[pendant qu’Olivier bredouille quelque chose en Anglais]'' All right, six minutes. OK?
'''Olivier''' : OK ! Wait.
'''Gérard''' : Mais merde Olivier ! il est 2h15, il reste trois questions ! L'informatique facilite-t-elle la vie ? Laurent, comme t'as une grande gueule.
'''Laurent''' : Je l'assume. Oui, l'informatique facilite la vie.
'''Gérard''' : Oui, t’as une grande gueule et tu l'assumes, tu vas répondre et abréger vite fait tes questions.
''[Max fait une double voix des propos de Gérard qui passe inaperçu''].
'''Laurent''' ''[parlant à toute vitesse]'' : C'est vrai que l'informatique ça facilite la vie parce que si t'as quelque chose à taper, tu peux le rendre vite fait propre, bien imprimé, scanner des photos, donc oui, ça facilite la vie.
'''Gérard''' : D'accord ''[finalement de dernier mot de Gérard est répété par Max et Gérard le comprend].'' Bon Olivier au lieu de jouer, t'es pas payé pour jouer ! T'es payé pour écouter un peu ce qui se passe. Sinon tu vas saquer ''[alors qu’il se fait engueuler, Olivier rigole]''.
'''Manu''' : Excuse-moi mais j'ai une autre question qui m'est arrivée du standard : les Américains ont-ils plus de chances de posséder le logiciel ID Band Speedly que les Français ? Darwin pourrait peut-être nous répondre.
'''Gérard''' : Mais qu'est-ce qu'il fait encore là ? Je t'ai dit de le saquer. Bon de toute manière c'est simple, c'est la dernière question. Comme ça ça va aller vite.
'''Manu''' : Moi je voulais te demander si tu connaissais le logiciel ID Band Speedly.
'''Gérard''' : Je ne connais aucun logiciel, Ok ? Pas la peine de continuer. Christina.
'''Muguet''' : Il connaît pas grand-chose...
'''Laurent''' : J'ai rien dit.
'''Gérard''' : Tu vas voir si je connais pas grand-chose. Attends Laurent, tu fermes ta gueule.
''[Rire puissant de Cécile].''
'''Gérard''' : Et je sens que y’a quelqu'un qui a du monde derrière lui. ''[On entend une voix en fond qui ne proviendrait pas des auditeurs].'' Laurent, bonne nuit. T'as du monde derrière toi, ça t'apprendra.
'''Laurent''' : [énervé] Putain mais j’ai pas de monde derrière moi, t’arrêtes, merde !
'''Muguet''' : Tu vois, ça t'apprendra à recevoir du monde, t'as qu'à rester tout seul.
'''Christina''' : Moi je suis d'accord avec Laurent. C'est vachement mieux parce que quand tu veux écrire une lettre, tout ça, c'est vachement plus rapide. Donc ça facilite vachement la vie.
'''Muguet''' : Ça facilite la vie, surtout quand on en a un.
'''Gérard''' : Je vais pas te demander à toi la dernière.
'''Muguet''' : Oui, je vais marmonner et après je vais être chiante.
'''Gérard''' : Parce qu'après tu vas dire que je suis toujours la dernière et que tout le monde a répondu ce que tu voulais répondre.
'''Muguet''' : Ça facilite la vie si on en a un et si on sait s'en servir.
'''Cécile''' : Ouais, ça facilite la vie, sur tous points de vue : imprimer, taper des lettres, donc c'est cool.
'''Christina''' : Et toi, qu’est-ce que t’en penses, Gégé ?
'''Gérard''' : Moi personnellement, pour taper des CV’s, je veux bien, mais à une condition que j'en aille un.
'''Muguet''' ''[air gentiment moqueur face aux problèmes de diction de l’animateur]'' : Oui que j'en aille un.
'''Olivier''' : De feuille, de CV ou d'ordinateur ?
'''Gérard''' : Non, un ordinateur.
'''Olivier''' ''[tournant son ordinateur portable vers Gérard]'' : Eh bien tiens, voilà. On va donc taper ton CV. Tout le monde va t'aider.
'''Manu''' : Bon on accueille Jean-Pat. ''[Rire de Cécile]''. À la place de Darwin. [Regard inquisiteur de Gérard envers Manu]. Pourquoi tu me regardes comme ça ?
'''Gérard''' : Quoi ? Et c’est tout ? Alors vas-y.
'''Jean-Pat''' : Salut, c'est Jean-Pat. Moi j'appelle pas longtemps, je voulais juste te dire que je t'écoute depuis longtemps, les débats sont géniaux, etc, et comme j'ai des computers chez moi, je me suis amusé à créer, avec des images de synthèse, un petit personnage Gérard et je le fais évoluer dans différents levels. Bon je t'ai jamais vu, donc j'ai dessiné un petit bonhomme avec une sale tête, ''[pendant ce temps là, Gérard retire son casque, se lève de sa chaise et chuchote en aparté avec Manu],'' il se bat contre des méchants mais il a toujours son coton-tige avec lui...Et donc dans le jeu, il se met des cotons tige dans le cul et tout ça, c’est assez drôle comme jeu. Je voudrais ton autorisation, déjà te le montrer et pourquoi pas essayer de le commercialiser, pourquoi pas.
'''Gérard''' ''[exultant]'' : Alors tu vois mon pote...
'''Jean-Pat''' : Je suis pas ton pote, je suis Jean-Pat.
'''Gérard''' : Tu vois, j'ai mis toutes les filles hors antenne, et là tu viens de dire ça devant plus de 2,5 millions d'auditeurs.
'''Jean-Pat''' : Ah non moi on m'a dit que j'étais au standard et que voilà...
'''Gérard''' ''[hilare]'' : eh ouais, mais manque de pot, t'es en direct ! C'est enregistré ! T'es baisé mon con ! Ça t'apprendra.
'''Jean-Pat''' : Ah mais si t'es pas d'accord pour le commercialiser, je le fais tout seul.
'''Gérard''' : C'est bien enregistré ? ''[On entend des bruits parasites comme ceux de R2D2].'' Oh Putain !
'''Manu''' : Quoi, la DAT <ref name="hist8"></ref> elle a pas marché ? Merde...
'''Reego''' : Elle est arrêtée la DAD !
'''Gérard''' ''[déçu]'' : Putain, vous l'avez fait exprès ou quoi ? Olivier au lieu de jouer...
'''Reego''' : Je la remets ! ''[Pendant que Jean Pat commence à reprendre la parole, Gérard fait un geste à Reego pour que l’on puisse bien enregistrer les propos de Jean-Pat'']. C’est bon c’est reparti.
'''Jean-Pat''' : Donc on peut commercialiser ou pas ?
'''Manu''' ''[pendant que Gérard se retourne et bouscule Olivier pour qu'il enregistre et arrête de jouer ; il quémande en hurlant la présence de Max]'' : Tu pourrais nous répéter ou pas ?
'''Jean-Pat''' : J’imagine que tout le monde connait les jeux, tu parcours, tu ramasses des bonus, les coton-tiges. Et au premier level, ''[Manu, calmant Gérard en lui chuchotant que l'enregistrement a repris],'' il est obligé de coucher avec une fille pour passer à l’autre level. Bon je suis toujours au standard ?
'''Manu''' ''[alors qu’Olivier diffuse des sons et que Gérard lui demande d’arrêter en chuchotant]'' : Oui bien sûr, tu es au standard, je t’écoute.
'''Jean-Pat''' : Donc je te disais que le premier level est assez éclatant
'''Manu''' : Le jeu consiste en quoi alors ? Tu essaies d'attraper la Christine ?
''[Dans le studio, les uns veulent sortir Jean-Pat de l'antenne tandis que Gérard explose d'enthousiasme, voulant à la fois qu'il parle et qu'on l'enregistre].''
'''Jean-Pat''' : Tu essaies de la monter par derrière. C'est pas évident.
'''Manu''' : Faut que tu sautes, y'a des obstacles...
'''Jean-Pat''' : Niveau graphisme, j'ai pas eu assez de place sur l'écran pour la mettre.
'''Manu''' : T'as inclus les coton-tiges et la Loco, tout ça ? C’est d’autres mondes ?
'''Jean-Pat''' : Ouais, on a d'autres mondes dans le jeu, j'ai pris des photos à la Loco et puis ça il le sait pas mais bon. Je te le passerai, je te ferai une copie et te le montrerai. Pour l'instant, il est en noir et blanc, je vais essayer de le mettre en couleurs mais bon, quand t'es jeune, t'as pas d'argent. S’il a pas mal d'argent, s’il pouvait me sponsoriser, ça serait bien.
'''Manu''' : On va lui demander alors.
'''Jean Pat''' : Vas-y, passe-le-moi à l'antenne.
'''Gérard''' : Tu te rends compte de ce que t’as annoncé ?
'''Olivier''' : T’es à l’antenne.
'''Jean-Pat''' : Bonsoir, c'est Jean-Pat. Donc j'ai fait un jeu, ... Allo ? J'entends pas...''[Bruits de jeux vidéo en fond sonore].''
'''Gérard''' : Moi je t'entends. On va te laisser, on va te souhaiter une bonne nuit et on va avancer.
'''Jean-Pat''' : Manu, je suis encore au standard là ?
'''Manu''' : Non t’es à l’antenne''.''
'''Jean-Pat''' : Ah !
'''Gérard''' : T'es en direct. On va te souhaiter une bonne nuit. Et on te remercie pour ce que tu viens de dire, maintenant on sait que tu vas t'amuser à te faire du blé sur mon dos, on a tout enregistré mon pote. Tu étais en direct sur l'antenne.
'''Reego''' : Ah mais c’est pas vrai, ça s'est encore arrêté !
'''Gérard''' : Bon vous l'avez fait exprès, allez hop, c’est bon ! Je fais les deux dernières questions.
'''Olivier''' : Allez Gérard, enchaîne sur la deuxième question.
'''Gérard''' : Déjà le mec, tu le vires.
'''Manu''' : Pas de problème.
'''Gérard''' : Tu me remets, Christina, Cécile et Muguet. Bon les filles, qu'est-ce que vous en pensez de ce qu'il vient de dire ? ''[On entend des bruits de jeu vidéo dans le micro, olivier jouant à un jeu].'' Oh Olivier, arrête de jouer, Merde !
'''Olivier''' : Attends, je joue, je vais perdre.
'''Gérard''' : Moi, pour l’instant, j’ai personne. ''[Toujours les bruits de jeux vidéo qui fait excéder l’animateur].'' OLIVIER ! Mais merde, tu te casses avec ton bordel et tu vas jouer dans ton bureau !
'''Cécile''' : Ben c'est des conneries. de la foutaise, il est bête.
'''Christina''' : Il a rien d'autre à foutre.
'''Gérard''' : Donc qu'est-ce qu'une disquette système ? Alors là, je vois pas du tout le rapport. Bon si Olivier tu pouvais quand même m'aider…
'''Olivier''' : Mais je vais perdre...
'''Gérard''' : T’es quand même là pour m’aider à faire des débats, pas pour t’amuser.
'''Olivier''' : C'est dommage j'ai la bonne couleur en plus.
'''Gérard''' : Mais j'en ai rien à foutre ! Comme ça, il va s'amuser à faire des conneries et je crois que ça va être vous ''[Rire de Cécile pendant que la partie d’Olivier s’arrête].''
'''Olivier''' : Bon j'ai perdu ''[les bruits de jeux continuent]''.
'''Gérard''' : Olivier, ça suffit ! T'es même pas capable de t'occuper d'une DAT.
'''Olivier''' ''[tout penaud]'' : Je sais.
'''Gérard''' : Le mec, je suis sûr que tu l'as même pas enregistré.
'''Olivier''' : J'y connais rien en DAT. Bon tu veux que je t'aide sur quoi ?
'''Cécile''' : Une disquette système, c'est une disquette qu'on formate et... voilà.
'''Olivier''' : Pas du tout !
'''Muguet''' : Moi je sais ce qu'est une disquette, mais pas une disquette système.
'''Manu''' : Excuse-moi Gérard, il y a Kévin qui appelle pour répondre à ta question.
'''Christina''' : Kévin Costner ?
'''Kévin''' : Bonsoir Gérard et les filles. Une disquette système, c'est très simple.
'''Gérard''' : Pour l'instant, je demande aux nanas ce que c'est et après, tu vas pouvoir peut-être répondre. Tu permets, je demande aux filles d’abord.
'''Kévin''' : Pas de malaise, je vais me taper un petit Tetris en attendant.
'''Gérard''' : Je sens que tout à l'heure, tu vas te retaper le standard. Cela va aller vite fait, bien fait avec moi.
'''Olivier''' : On va peut-être se connecter sur le réseau et je pourrai jouer avec toi.
'''Gérard''' : Dans ces cas-là, tu joueras pour le deuxième débat parce que je te veux pas si c'est pour faire ça.
'''Olivier''' : Joseph, sur Minitel, t'aide en disant que la disquette système permet de mettre sur la mémoire de l'ordinateur ce qu'on appelle un BIOS, c'est-à-dire le langage.
'''Gérard''' : Tu vois à peu près, Muguet, ce que ça veut dire ?
'''Cécile''' : C’est ça, ça veut dire formater une disquette.
'''Kévin''' : Non, formater une disquette, ça veut dire l'effacer.
'''Gérard''' : À mon avis, t'es complètement à côté de la plaque. Formater une disquette, pour moi, c'est enregistrer quelque chose dessus ''[l’indiquant avec un aplomb incroyable, presque victorieux de connaître la vérité sur le sujet d’après lui].'' Nuance !
'''Muguet''' : Formater une disquette, c'est ce qui consisterait à la dépuceler pour qu'elle soit prête à enregistrer.
'''Kévin''' : Tu formates une disquette pour l'effacer.
'''Gérard''' : N'importe quoi... Arrêtez vos conneries. Mais vas-y connard, tu t'y connais mieux que moi, vas-y !
'''Kévin''' : C'est moi le connard ? ''[Olivier, hilare dans les studios].''
'''Gérard''' : Ouais, c’est toi le connard ! Tu vas te magner parce que sinon tu vas gerber.
'''Kévin''' : Formater une disquette, ça veut dire l'effacer totalement.
'''Gérard''' : Qu'est-ce qu'une disquette système ! ABROUTI ! ''[Applaudissements dans le studio].''
'''Kévin''' : Quand ton PC a planté, à cause du logiciel M Matrix.th, ''[les filles scandent en chœur, « N’importe quoi »]''.
'''Gérard''' : Attendez, laissez-le parler parce que je crois que c’est un monsieur je sais tout de je sais pas d’où.
'''Kévin''' : Quand ton PC a planté, tu éteins ton PC, tu remets ta disquette dedans et tu l'allumes et hop ça le répare tout de suite. C’est à cause du logiciel crée par la boîte Crio CH.
'''Gérard''' : D’accord, OK ''[retirant son casque, se grattant les cheveux, bougonnant en n’y comprenant rien].''
'''Manu''' : Je viens d'avoir une info par le standard, il paraît qu'aux États-Unis, ils ont inventé un ordinateur pour chien et au lieu que cela soit une souris, c'est un chat.
'''Gérard''' : J'en ai rien à foutre de leurs conneries. Dernière question parce qu’il est 22h28 ''[Rire générale dans le studio et aux téléphones].'' Il est 2h28.
'''Cécile''' : Gérard, il en est où Olivier dans la partie ?
'''Gérard''' : J’en sais rien.
'''Olivier''' : Là je suis sur l’hyper card.
'''Kévin''' : Il est connecté sur mon compte.
'''Gérard''' : Toi ta gueule, tu vas pas me faire chier longtemps, toi. Alors la dernière question : L'informatique est-elle trop compliquée ? Je pense que vous allez tous répondre oui.
'''Kévin''' : Oui.
'''Gérard''' : Toi ta gueule, je t’ai pas sonné. Bon, Muguet. Je savais que t'allais me répondre ça.
'''Muguet''' : Ah, j’ai pas répondue encore.
'''Olivier''' : Gérard, une question Minitel. Il y a Sagaro qui demande si tu n’aurais pas joué dans le Cobaye, le rôle du benêt...
'''Gérard''' : N’importe quoi celui-là ''[rires des filles]. N''on mais les mecs sur Minitel, posez des questions sérieuses pas des questions cons. Sinon dépensez votre fric.
'''Muguet''' : Ça dépend à quel niveau, il y a des choses très faciles et des choses très compliquées. Point à la ligne.
'''Gérard''' : Ouais, point final à la ligne. Ok, je te remercie. De tt’ manière, on fera la conclusion après.
'''Muguet''' : Moi j’aimerai bien conclure avec toi.
'''Gérard''' : De quoi, de quoi ? Je croyais Muguet que tu voulais conclure avec moi ? ''[Olivier réagit vivement à cette information].''
'''Manu''' : Excusez-moi. Parce qu’au standard, on me demande si quelqu'un peut expliquer ce qu'est un disque dur.
'''Kévin''' : Moi je sais ce que c’est.
'''Gérard''' : Alors vas-y le connard alors ''[hilarité féminine face à cette répartie vulgaire tombant comme un cheveu sur la soupe alors que Gérard est exaspéré des connaissances de Kévin].''
'''Kévin''' : Un disque dur, ça a une capacité de stockage beaucoup plus importante qu'une disquette, c'est à l'intérieur du PC. Tu peux pas l'enlever, mais tu peux en faire ce que tu veux.
'''Christina''' : Oh, il travaille sur Arte lui ou quoi ?
'''Gérard''' : Hey connard ''[rire de Cécile]''! Me prends pas pour un con. C'est pas parce que j'ai eu un ordinateur pendant un mois, tu vas pas me dire qu'on peut pas effacer ni un disque dur, ni une disquette. Tu peux tout effacer. Espèce d’abrouti ! ''[La foule est en délire aussi bien dans le studio et que derrière les combinés].'' T’as simplement qu’à changer ton truc et t’efface tout. Ok ? T'y connais rien, alors ferme ta gueule.
'''Kévin''' : Toi non plus !
'''Cécile''' : Pour moi c'est pas compliqué, il suffit d'avoir un cerveau rempli de neurones et puis c’est bon.
'''Gérard''' : Et pourquoi pas de cranosones ? ''[Applaudissements, cris enthousiastes dans le studio]''.
'''Manu''' : Paye ta vanne !
'''Gérard''' : Pourquoi que les majorettes ont un chromosome de plus que les chevals ?
'''Kévin''' : pour pas chier quand elles défilent.
'''Gérard''' : ta gueule, c'est pas à toi que je m'adressais, connard.
'''Reego et Manu''' : La réponse, Gérard ?
'''Gérard''' : C’est bon, il a répondu l’autre connard.
'''Manu''' : Ah, c’était ça ?
'''Christina''' : Moi je dis qu'il y en a qui sont super faciles alors qu'il y en a super durs et c'est pas parce qu'on est plus bête ou plus intelligent qu'on va y arriver.
'''Gérard''' : Et maintenant, l'abrouti de service N°9.
'''Manu''' : Ouais, je suis là Gérard.
'''Gérard''' : Non pas toi Manu, celui qui connaît mieux que tout le monde. Monsieur je sais tout.
'''Olivier''' : je pense que l'informatique, c'est un système...
'''Gérard''' ''[en direction d’Olivier]'' : Mais ta gueule à toi, occupe toi de mettre deux disques.
'''Olivier''' : Ah mais y’a pas de disques prévus. On enchaîne direct. En plus, y’a trois débats ce soir.
'''Gérard''' : Non deux. Bon conclusion. Muguet, qu’est-ce que t’as pensée du débat ?
'''Muguet''' : J'ai trouvé que ce débat était super bien tenu et organisé et structuré, c’était très intéressant et instructif.
'''Cécile''' : C'était très instructif. ''[Gérard émet un rot énorme dans le micro]''.
''[Désapprobation dans le studio].''
'''Muguet''' : Gérard, tu nous as roté à la gueule.
'''Gérard''' ''[se marre]'' : Excuse-moi Cécile.
'''Cécile''' : Gérard, tu as roté pendant que je parlais... Bref c'était instructif, les questions hyper intelligentes, j'ai passé un bon moment, c’était cool.
'''Christina''' : Comme je suis la dernière, je vais dire que je suis d'accord avec les autres.
'''Gérard''' : L’espèce de trou du duc qui connait mieux que tous les autres [rire bruyant de Cécile].
'''Manu''' : Kévin.
'''Gérard''' : OOOH Kévin, tête de con !
'''Manu''' : Gérard, poli poli.
'''Gérard''' : Ouais, on fait le deuxième mais deux disques. Conclusion.
'''Kévin''' : Le débat s'est très bien passé, mais je regrette qu'on ait pas parlé du logiciel Pantatec.
'''Gérard''' : J'en ai rien à cirer. Peut-être un prochain débat. Le deuxième débat ça portera sur l'école.
'''Cécile''' : Est-ce qu'on peut écouter les demoiselles de Suresnes si c’est possible ?
'''Gérard''' : Non, on va écouter Mes fesses sur mon ordinateur.
== Le débat sur l'école ==
=== Contexte ===
Le seul élément nouveau à mentionner sur ce débat est d'ordre radiophonique. Pour une raison irrationnelle, Gérard s'est pris d'amitié pour un auditeur, qui l'amuse, par un accent maghrébin très prononcé et un humour décapant : Couscous. Avec son compagnon, Bébert, joué par Cyril, il plaît à Gérard. Ce que l'animateur ne sait pas, c'est que ce personnage est précisément celui qui joue son double, le faux Gégé. À sa décharge, à ce stade, personne ne connaît la vraie identité de ce garçon.
C'est aussi le premier moment où Gérard semble lire les débats écrits par Nicolas, son jeune auteur. Malgré une préparation en amont, il ne comprend pas les questions posées et ça se voit. C'est le début d'une longue série qui permettra à Max de réagir quelque temps plus tard.
=== Personnages ===
* Olivier Bouchet : Olivier
* Gérard Cousin : Gérard
* Tony Morestin : René, Force_verte, Professeur Kimble
* Cyril : Maxime, Jean-Paul T, Julien, Hulk, Paul, Bébert, Jean-Paul T, Détroit
* Axel : Couscous
* Franck Bargine : Max, Bioman, Angelo
* Ultraman : Frédéric
* Sylvie
* Rita : Olivia
* Manu
* Muguet, Paola, Sylvie, Mélanie
* Igor : Reego, Fabien
=== Transcription ===
'''Gérard''' '':'' Donc on reprend, c'est la suite des débats du jeudi. Vous pouvez toujours nous appeler au 0803 08 5000 ou 0800 70 5000 et pour les belges, c'est 033 1 79 5000.
'''Olivier''' '':'' Pendant ce temps-là sur minitel, pour finir sur le premier débat, il y’a une petite devinette. Quelle différence y’ a-t-il entre Gérard et une carte réseau ?
'''Gérard''' ''[haussant le sourcil] :'' C’est quoi la réponse ?
'''Olivier''' : Pour que Gérard est le réseau, il faut qu’il compose un numéro en 36 68 et encore il n’est pas sûr d’être compatible. C’est très recherché. Il y’a Monsieur et Madame ment soif, Gérard. Parce que j’ai rarement soif.
'''Jérôme''' : Et Monsieur et Madame Martin ont un fils. Non, cherche pas, ils ont un fils c’est tout.
'''Gérard''' : Hé, y’a Monsieur Connard ''[rire expressif d’Olivia]'' et tentacule qu’ont un fils comment qu’il l’appelle ?
'''René''' : Ah, ça c’est le prénom de ta sœur.
'''Gérard''' : Ah comment qu’elle s’appelle ma sœur ? Alors Frédéric, tu dégages, allez !
'''Manu''' ''[à destination de l’auditeur qui a lancé la vanne]'' : Alors là, il t’a cassé !
''[Validation de la part de l’équipe dans le studio]''
'''Frédéric''' : J’ai rien dit !
'''Manu''' : C’était pas Fred ! C’était Jérôme.
''[Un sifflement faisant penser à un larsen se fait entendre]''
'''Gérard''' : Merci pour le larsen.
'''Olivier''' '':'' Et Monsieur et Madame Hergé belle ont un garçon.
'''''Gérard''''' ''[arrive un larsen puissant] :'' OOOH LE LARSEN !
'''Olivia''' : Ouh La !
'''Gérard''' : On est pas là pour poser des devinettes. On est jeudi et il y’a Monsieur Morgan qu’est déjà impatient de prendre.
'''Olivier''' : Ouais, c’est ça. Surtout que Morgan s’appelle Bart.
'''Gérard''' ''[rigole se rendant de sa bévue]'' : Merde, Bart qu’est déjà là, il s’impatiente.
'''Muguet''' : Morgan il est trop beau.
'''''Gérard''''' ''[sourire aux lèvres] :'' Vos gueules un peu les mouettes.
'''Fred''' : Surtout que Gérard aussi.
'''Gérard''' : Oh ta gueule, toi, Fred.
'''Olivier''' : Bon Gérard, tu commences ou on finit ?
'''Gérard''' : Non on va commencer.
'''Olivier''' : Non on va arrêter là, on va mettre un disque.
'''Gérard''' ''[de bonne humeur, à destination de Bart]'' : Tu vas au bois de Boulogne après ?
'''Olivier''' : Le débat, c’est sur quoi ?
'''Gérard''' : Le débat c’est sur l'école. Je pense que vous avez entendu la première question. ''[Sifflement que Gérard assimile comme un larsen].'' LE LAAAAARSEN !
'''Olivia''' : Ouh La !
'''Gérard''' : On est pas là pour poser des devinettes. On est jeudi et il y a Monsieur Morgan qu’est déjà impatient de prendre.
'''Olivier''' : Ouais, c’est ça. Surtout que Morgan s’appelle Bart.
'''Gérard''' ''[rigole se rendant de sa bévue]'' : Merde, Bart qu’est déjà là, il s’impatiente.
'''Muguet''' : Morgan il est trop beau.
'''''Gérard''' [sourire aux lèvres] :'' Vos gueules un peu les mouettes.
'''Fred''' : Surtout que Gérard aussi.
'''Gérard''' : Oh ta gueule, toi, Fred.
'''Olivier''' : Bon Gérard, tu commences ou on finit ?
'''Gérard''' : Non on va commencer.
'''Olivier''' : Non on va arrêter là, on va mettre un disque.
'''Gérard''' ''[de bonne humeur, à destination de Bart]'' : Tu vas au bois de Boulogne après ?
'''Olivier''' : Le débat, c’est sur quoi ?
'''Gérard''' : Le débat c’est sur l'école. Je pense que vous avez entendu la première question. ''[Sifflement que Gérard assimile comme un larsen].'' LE LAAAAARSEN !
'''Olivier''' : C’est sur l’école, c’est ça ? Donc la première question, c’est quoi ?
'''Manu''' : Avant de commencer à poser la question, on finit d’accueillir les gens''. [Gérard s’agace d’avoir été interrompu dans son animation].'' Il y’a deux personnes qui sont arrivées, c’est pour ça. Donc il y’a René et Maxime.
'''Maxime''' ''[en voix de tête très aigu]'' : Bonsoir.
'''Manu''' : Il a treize ans, Maxime.
'''Gérard''' : Non non mais ''[faisant un signe négatif du doigt à Manu tout en tapotant sa montre pour signifier qu’il est trop tard de faire passer à l’antenne un gamin de cet âge].''
'''Manu''' : Non mais c’est pour parler de l’école, il a pleins de trucs à dire.
'''Maxime''' : Non mais c’est pas grave, il y’a mon père à côté de moi, ne t’inquiète pas Gégé. Tu veux que je te le passe ou pas ?
'''Gérard''' : Non mais c'est bon le travelo, dégage. Il a pas treize ans, dégage. L'école apporte-t-elle... ''[Gérard est alors interrompu par Maxime, qui finit par être éliminé par Manu, puis des bruits d'une bande son d'un troupeau de vaches qui meuglent. Pendant ce temps, les auditeurs posent des questions].''
'''Frédéric''' : C'est vrai que tu as eu un BEP en pâte à modeler ?
'''René''' : Est-ce que tu penses que si ta mère avait pas fait une fausse couche, tu aurais une gueule potable ?
'''Olivier''' : Attends, il y a Gérard qui parle ''[il remet la bande son des vaches tandis que Gérard enlève son casque violemment].''
'''Olivia''' : Il y a quelqu'un a une ferme à côté.
''[Rire d’Olivier]''
'''Gérard''' : Vous vous réveillez au standard, sinon j'arrête dans un quart d'heure [tout le monde dans le studio exulte de joie].
'''Olivier''' : Alors Gérard, la question c’est quoi ? Sur la différence d’âge…
'''Gérard''' : Alors l'éducation à l'école est-elle efficace ? ''[Muguet dit non tout fort au-devant de tout le monde].'' Bon et ils vont pas commencer le deuxième débat dans un bordel comme ça, sinon tu mets Phildar.
'''Muguet''' : Phildar il est beau.
'''Gérard''' : Pour l'instant, ça commence à me prendre la tête.
'''Max''' ''[à peine audible car pas devant un micro].'' Bon allez, faut démarrer là.
'''Gérard''' : Bon qui on a ? Maxime, il est parti, j'espère ?
'''Manu''' : Maxime et René sont partis, tu les as virés froidement et sans complexe.
'''Frédéric''' : Pour moi, l'éducation à l'école, c'est vachement important. D'ailleurs je passe mon diplôme de professeur des écoles, ce qu'on appelait autrefois enseignant. L'école c’est de la même famille que l'éducation, donc oui, c'est vachement important. Tu as l'éducation civique, les maths la géo, c'est une assise de culture ''[Gérard s’impatiente de la fin de la réponse à cause de ce discours trop intellectuel pour lui]'' et on a cette chance qu'une fois, donc oui c'est important.
'''Sylvie''' : Moi je dis que si les profs apprennent pas aux gosses à respecter les gens depuis qu'ils sont petits, après c'est foutu. Donc oui c'est vachement important l'école.
'''Olivia''' : L'école est efficace quand il y a de bons profs. Ceux qui ont la pédagogie, pas les profs qui foutent les élèves dehors, qui leur foutent des 0 et qui les engueulent. Des profs sympas quoi.
'''Frédéric''' : Comme moi.
'''Gérard''' : Bon attends toi tu as déjà répondu donc tu vas laisser finir les gens. Muguet.
'''Muguet''' : Je pense que non, parce que tu parles de l'éducation à l'école et l'école, c'est pas fait pour éduquer un enfant mais pour lui apprendre des tas de choses.
'''Frédéric''' ''[pendant que Muguet parle] :'' carré, trois multiplié par la racine de ...
'''Gérard''' : Frédéric !
'''Frédéric''' : Je fais mes maths là.
'''Gérard''' : Tes maths, tu sais tout à l'heure où tu vas aller les faire : au standard. Tu vas pas me faire chier quand je parle.
'''Frédéric''' : OK, j’arrête.
'''Muguet''' : je disais que l'éducation dépendait pas de l'école mais des parents, l'école est là pour enseigner, simplement. Ils ont déjà du mal à enseigner, si en plus ils devaient éduquer...
'''Gérard''' : Mais l'éducation à l'école est-elle efficace, c'est ça la question que je pose.
'''Muguet''' : Alors, l'enseignement.
'''Gérard''' : Oui, c'est à peu près pareil, l’éducation ou l’enseignement.
'''Muguet''' : Ce sont des choses très différentes.
'''Manu''' : On accueille Jean-Paul T, professeur à la Sorbonne.
'''Gérard''' ''[s’énerve instantanément] :'' Si c'est pour avoir des connards, c'est pas la peine.
'''Jean-Paul T''' : Je préfère garder l'anonymat, parce que j'ai des choses à dire sur l'éducation. Ne t'énerves pas, je vais répondre à tes questions.
'''Gérard''' ''[excédé] :'' Alors, vas-y, vas-y !
'''Manu''' : Pose ta question, il va répondre à tes questions, Gérard !
'''Gérard''' : Tu te réveilles et puis c'est tout, tu restes pas 107 ans à dire ouais, machin, tu réponds à la question et c'est tout.
'''Jean-Paul T''' : Dès que je veux intervenir, j'interviens, aucun problème.
'''Gérard''' : Tu réponds à la question, c'est tout maintenant.
'''Jean-Paul T''' : Étant donné que j'étais au standard, j'ai pas pu écouter la question.
'''Gérard''' : Ah non non ! Moi je répète pas la question !
'''Manu''' : Il répondra à la deuxième maintenant.
'''Jean-Paul T''' : Alors j'attendrai la deuxième, aucun problème. Sois intelligent.
'''Gérard''' : Je te répète la question pour la dernière fois, tu vas répondre, sinon tu vas gerber vite fait bien fait. L'éducation à l'école est-elle efficace, oui ou non ?
'''Jean-Paul T''' : En tant qu'ancien professeur, c'est pour ça que je garde l'anonymat, ''[soufflement de Gérard dans le micro lors de ces dires trop sérieux pour lui tandis que s’entend le rire reconnaissable d’Olivia]'' je voulais dire que ça dépend ''[rire de Muguet face à cette réponse évasive].'' Y’a des jours où j'ai rencontré énormément de problèmes avec les élèves comme avec les professeurs, d'autres où c'était très bien. ''[Gérard remonte sa mèche de cheveux avant de placer sa main devant son visage, l’air exaspéré].''
'''Frédéric''' : Qui ? Je veux des noms.
'''Gérard''' : Non mais attends, je vois pas le…''[bruit de bouche d’exaspération pour couper court à l’intervention de Jean-Paul T].'' C’est bon x3.
'''Jean-Paul T''' : Y’a deux côtés dans l’éducation.
'''Olivier''' : D'ailleurs, si un ancien professeur de Gérard pouvait nous appeler...
'''Jean-Paul T''' : Tout à fait. Y’a le bon côté et le mauvais côté de l’éducation.
'''Olivia''' : Gérard ! Il veut dire qu’il y’a des jours avec et des jours sans.
'''Frédéric''' : Gérard, tu as été jusqu'où à l'école ?
'''Gérard''' ''[bougon] :'' Ça te regarde pas.
'''Olivier''' : Il a été jusqu'à la porte.
'''Muguet''' : Moi j'ai envie de dormir.
'''Gérard''' : Ok Muguet ''[rengainant son stylo de façon fulgurante, déçu de cette décision].''
'''Frédéric''' ''[parle en même temps que Muguet] :'' BEP pâte à modeler, CAP ...
'''Gérard''' : Ta gueule à toi le mec.
'''Jean-Paul T''' : C'est à moi que tu parles ?
'''Gérard''' : Oui c'est à toi que je m'adresse. Pour l'instant tu vas t'écraser.
'''Jean-Paul T''' : Est-ce qu'on peut passer à la deuxième question ? ''[alors qu’une femme essaye de se manifester pour prendre la parole].'' Tout le monde a répondu peut-être...
'''Gérard''' : Non mais attends, c'est pas toi qui commandes. Si t'as envie d'aller plus vite que moi, tu dégages.
'''Jean-Paul T''' : Je n’irais pas plus vite que toi, il y’a pas de problème ''[expression utilisée souvent par Couscous qui est joué par Cyril tout comme ce Jean-Paul T. D’ailleurs, il l’indique une deuxième fois en riant parce que Gérard ne capte pas ce rapprochement].''
'''Gérard''' : Tu vas fermer ta gueule maintenant. On va dire bonsoir à Muguet parce qu’elle est fatiguée''. [Pendant que quelqu’un siffle dans les micros du standard].'' Je sens que le larsen... si y en a un qui s'amuse avec un portable, c'est pas la peine.
'''Jean-Paul T''' : C’est pas drôle, non.
'''Frédéric''' : C'est Olivier qui met son casque sur le micro, je le vois sur Fun TV.
'''Gérard''' : Toi tu vas t'écraser, parce que sinon tu vas dégager.
'''Jean-Paul T''' : Qui ça, Jean-Paul ?
'''Gérard''' : Oui.
'''Jean-Paul T''' : Pas de problème, moi je reste cool. Je suis juste intervenu au débat pour parler de l'éducation. Comme je te l'ai dit, y’avait un côté positif...
'''Gérard''' : Pour l'instant ça y est, tu as répondu, maintenant tu vas fermer ta gueule ! Et tu vas me laisser parler maintenant''. [Jean-Paul T continue à parler].'' Allez hop, dehors !
'''Manu''' : Pour ramener le calme dans tout ça avant la deuxième question, on accueille Paola.
'''Paola''' : Bonsoir.
'''Jean-Paul T''' : Non mais c’est un trav ça.
'''Gérard''' : Non mais attends Manu, arrête de me prendre des travelos !
'''Manu''' : Mais écoute la Gérard, ce n’est pas un travelo ''[rire des auditrices et faux rire masculin imitant le féminin].''
'''Max''' ''[indique en fond sonore pendant que Gérard le regarde] :'' Ta gueule, c’est toutes les 10 secondes.
'''Paola''' : Non, je suis pas un travesti.
'''Gérard''' : OK !
'''Jean-Paul T''' : J'avais une question à poser : quel est le rapport entre le travelo et éducation ?
'''Gérard''' : Quel est le rapport que tu retournes au standard et tu vas me foutre la paix avec ton larsen.
'''Manu''' ''[faisant une double voix derrière son micro]'' : …larsen.
'''Gérard''' : Il y’a trop de larsen alors tu me le vires. À moins que ça soit Olivier qui fasse du larsen, sinon c'est pas bon.
'''Olivier''' : Comment cela pourrait être moi ? On comprend pas ce que tu dis.
'''Gérard''' : L'école est-elle obligatoire ? Hmm Paola tu voulais peut-être réagir à la première question ?
'''Olivier''' : Gérard tu fais chier.
'''Paola''' : On me l'a pas proposé.
'''Gérard''' : Ben je te propose, moi.
'''Paola''' : Oui, l'école fait très bien son travail et ils ont beaucoup de mal.
'''Gérard''' : Mais l'éducation à l'école est-elle efficace ? C'était ça la question.
'''Paola''' : Oui, c'est efficace, ils se donnent beaucoup de mal et je les félicite.
'''Olivia''' : Oui, l'école est obligatoire. Tout enfant doit avoir une éducation. C'est écrit dans le code de l'éducation nationale. ''[Alors que résonne dans le studio des sifflements fait à la bouche faisant penser à un larsen].''
'''Gérard''' : Y en a un qui a du larsen... j'aime pas ça, au standard. ''[Il tend à Reego un papier].'' Tu me rappelles ces deux-là, s'il te plaît merci.
'''Reego''' : …on essaye de prendre des gens au standard, Gérard.
'''Gérard''' ''[tend à Reego un papier] :'' Tu me rappelles ces deux-là, s'il te plaît merci.
'''Manu''' : On accueille Julien.
'''Julien''' ''[voix de tête]'' : Salut
'''Gérard''' : Eh Julien, tu prends une voix normale, s'il te plaît.
'''Julien''' : J'ai 13 ans.
'''Olivia''' : Je peux continuer ?
'''Paola''' : Non.
'''Gérard''' : Vas-y Olivia, continue.
'''Olivia''' : L'école est obligatoire jusqu'à 16 ans.
'''Frédéric''' : Oui, c'est dans les textes.
'''Gérard''' : Frédéric, tu te tais s'il te plaît, merci.
'''Olivia''' : C’est dans les textes de l’éducation nationale.
'''Paola''' : C'est surtout dans les textes des allocations familiales.
'''Julien''' : vous me dites quand c'est à moi.
'''Gérard''' : Ouais ben attends toi pour l'instant, tu vas te taire. Je suis pas encore décidé à t'appeler.
'''Julien''' ''[interrompt Sylvie qui commence à parler]'' : Je joue à la Game Boy, alors.
'''Paola''' : Sylvie, tu paies ta pipe ?
'''Gérard''' : Bon hé ! Tu prends Julien et tu lui dis qu'il reste poli.
'''Julien''' : J'ai rien dit !
'''Gérard''' : T'as rien dit, mes genoux !
'''Julien''' : c’est ça, enc...
'''Gérard''' : Allez hop, dehors ! Tu lui raccroches au nez, comme ça ça va plus vite avec moi.
'''Manu :''' Il a rajouté tête de c… je crois.
'''Sylvie''' : Je disais que c'était obligatoire jusqu'à 16 ans mais ça serait mieux si c'était obligatoire au moins jusqu'à 18.
'''Gérard''' : je vais répondre à ta question après.
'''Frédéric''' : L'école est obligatoire jusqu'à 16 ans, c'est l'article 5 de l'article 7 du code civil...
'''Gérard''' : Non mais c'est pas la peine de reprendre ce qu'Olivia a dit. Soit tu changes de réponse, tu vas pas reprendre ce qu'Olivia a dit. Parce que sinon, tu vas virer.
'''Frédéric''' : L'école et obligatoire, c'est sûr. Je trouve qu'on devrait réviser le système scolaire français.
'''Gérard''' : On va y venir là-dessus. On va y venir sur certains trucs, mais je vais peut-être abréger parce que les questions sont trop longues.
'''Manu''' : On accueille Hulk et il est vert parce qu'il aime pas l'école ''[rire caractéristique d’Olivia].''
'''Gérard''' : Je t'ai dit de rappeler deux personnes qui veulent participer !
'''Manu''' : Je n'ai pas assez de lignes Gérard et on va pas prendre que des filles ''[tandis que Gérard souffle dans le micro sa déception'' ''face à ce refus].''
'''Frédéric''' : Je peux te poser une question Gérard ?
'''Hulk''' ''[avec une grosse voix]'' : Non, c'est Hulk qui parle.
'''Gérard''' : Déjà tu vas commencer à te taire.
'''Manu''' : je pense que Hulk est un habituel et qu'il s'appelle David Banner.
'''Gérard''' : Si c'est un habituel, c'est pas la peine.
'''Hulk''' : Bon t'arrêtes de raconter tes vannes, elles sont bidon, d'accord.
'''Gérard''' : Allez hop, dans ces cas-là, tu restes poli avec les gens du standard, tu dégages. Bonne nuit.
'''Frédéric''' : Laissez Batman.
'''Paola''' : Pour un mon chéri tu fais quoi ?
'''Frédéric''' : Je voulais te poser une question. ''[Gérard, exaspéré, le presse à répondre à la question].'' J’ai déjà répondu à la question.
'''Paola''' : L'école est obligatoire parce que sinon, on te coupe tes allocations familiales. Alors ils laissent leurs gosses à l'école et c'est tout.
'''Gérard''' : Je vois pas du tout le rapport.
''[Face au fait que Gérard a l’air hébété face à la réponse de Paola, cette dernière le provoque en pensant qu'il se fout de sa réponse].''
'''Paola''' : C'est-à-dire que si tu retires ton enfant avant 16 ans de l'école, ils te coupent les allocations familiales.
'''Gérard''' : Dans ces cas-là, tu n'as plus la prime pour la scolarité.
'''Paola''' : Oui, s'ils le laissent à l'école, c'est pas pour une question de morale et qu'il soit éduqué, c'est parce qu'ils ont besoin de pognon.
'''Manu''' : On accueille Force Verte, il est dans une école privée de Paris.
'''Gérard''' : Mais attends c'est des habituels ils vont se faire passer, ils vont prendre n'importe quel nom !
'''Manu''' : ... la Bioman School.
'''Force verte''' : Oh oui ! dis-moi des mots d'insultes ave ta grosse queue gluante !
'''Gérard''' : Allez hop, il commence pas comme ça ! Parce que moi, tout à l'heure, je vais arrêter !
'''Force verte''' : Oh oui, fais-moi mal ! ''[Rire général à l’antenne].''
'''Bioman''' : Euh là c'est pas Bioman, il vient d'arriver et j'ai rien dit.
'''Gérard''' : Tu dégages !
'''Bioman''' : J'ai rien dit.
'''Paola''' ''[chante le générique du dessin animé Bioman] :'' Moitié homme, moitié robot.
'''Gérard''' : Bon Olivier ! T'essaies de gérer là ? Tu les fais se calmer ou quoi ? Au lieu de t'amuser ! Bon moi j'arrête.
'''Olivier''' : J’écoute des lasers.
'''Gérard''' : Bon allez, moi j’arrête !
'''Olivier''' : Ultimatum ''[Gérard s’énerve].'' Bon j'ai coupé tout le monde. Qu'est-ce qu'il se passe Gérard ?
'''Manu''' : Tu suis rien Oliv aussi.
'''Gérard''' : Mais suis ! C'est le bordel, je continue pas. Donc la prochaine question, tu mets un disque.
'''Olivier''' : Un ultimatum…Attends, si tu continues pas, pas de prochaine question, c'est pas la peine.
'''Gérard''' : Attends, je vais pas m’amuser avec des connards…
'''Bioman''' : Allo, c'est Bioman !
'''Gérard''' : …voilà. Qu'est-ce qu'il vient faire encore, lui ?
'''Manu''' : Il t'a rien dit, c'est Force Verte que t'as viré.
'''Bioman''' : Je voulais juste savoir si c'était possible de passer un petit bonjour à Sun Kukai.
'''Gérard''' : Allez bonne nuit.
'''Manu''' : Pas de bonjour, ni à Chewbacca, ni à tout ça.
'''Gérard''' : Bonne nuit !
'''Bioman''' : Tu passes le bonjour à ta sœur.
'''Gérard''' : Frédéric tu dégages, bonne nuit. Tu me les dégages. J'en ai marre.
'''Frédéric''' : Enculé.
'''Olivier''' : Non mais là, vraiment, c’est hallucinant, tu te laisses faire.
'''Gérard''' : Les enculés, alors tu les vires. Sylvie tu voulais me dire ?
'''Sylvie''' : Que l'école, ce serait bien que ça soit obligatoire jusqu'à 18 ans. Parce qu'il y’a beaucoup de délinquance. Tant qu'ils sont à l'école ils vont pas casser les voitures.
'''Olivia''' : C'est hors-sujet tout ça. C'est pas le thème du débat, Gérard…
'''Gérard''' : Je vais te dire une chose, Olivia et Paola, comme il reste plus que vous et Sylvie, je vais répondre quand même. Ce que Sylvie vient de dire, si. Parce que si les parents faisaient bien plus attention à leurs mômes, je pense que ça n'arriverait pas.
'''Bioman''' : Je suis d'accord avec Gérard.
'''Gérard''' : Frédéric, je t'ai pas demandé.
'''Olivia''' : C'est un schéma de pyramides tout ça.
'''Olivier''' : Pyramide carrée, pyramide ronde ?
'''Bioman''' : On n'entend pas bien nous.
'''Gérard''' : Si t'entends mal...
'''Olivier''' : C'est un schéma de pyramide, c'est-à-dire ?
'''Olivia''' : En haut, t'as l'éducation, ensuite t'as les élèves et ensuite t'as la délinquance.
'''Bioman''' : Je suis pas d'accord.
'''Olivier''' : Moi non plus !
'''Gérard''' : Moi je suis d'accord.
'''Bioman''' : Bon mais ta gueule, on peut discuter.
'''Gérard''' : Attends moi je vais te dire que ta gueule, moi je t'emmerde, alors tu dégages !
''[Cris de galvanisations dans le studio tandis qu’un auditeur se plaint parce que ce n’est pas lui qui a fait cette remarque].''
'''Tony''' : J'aimerais parler de mon bizutage moi, à savoir que...
'''Gérard''' : Toi aussi tu dégages !
'''Bioman''' : On t'a reconnu Tony !
'''Tony''' : Mais non, c’est pas moi...
'''Gérard''' : Bon tu me les dégages. Je reprends pas la question.
'''Manu''' : Attends : Tony.
'''Tony''' : Oui ?
'''Manu''' : C'est pas Tony ?
'''Tony''' : Non c'est pas moi.
'''Gérard''' : Non c’est pas Tony, presque pas !
'''Tony''' : Ils me mettaient devant une grosse, ils me disaient de la sauter et tout ça en me conton-tigeant.
'''Gérard''' : Allez hop, dehors !
'''Paola''' : Et tu feras un gros bisou à Constan.
'''Cyril''' : Et à sa sœur aussi.
'''Gérard''' : Et à ta mère aussi !
'''Cyril''' : Tu la connais ?
'''Gérard''' : Tu dégages. L'école débouche-t-elle sur quelque chose ?
'''Paola''' : Je sais pas si l'école débouche sur quelque chose, mais les coton-tiges si.
''[Pendant ce temps, Bioman dit allo].''
'''Gérard''' : Qui vient de dire ça ? ''[La voix se déforme et du larsen arrive].'' Olivier !
'''Bioman''' : C’est quoi ta voix, elle est bizarre.
'''Gérard''' : Bon moi j'arrête ! ''[Gérard enlève son casque et le jette violemment sur la table du studio].'' Terminé.
'''Olivia''' : Gérard, je réponds.
'''Paola''' : Il a mangé du clown.
'''Olivier''' : Qu’est-ce qui se passe ? ''[Pendant que Gérard s’énerve en passant ses bras derrière son cou].'' Bon de tt’ manière, coton tiges.
'''Gérard''' : Tu te démerdes, tu te casses. La semaine dernière, ça s'est bien passé, là c'est le bordel.
'''Bioman''' : Mais c’est qui hurle !
'''Gérard''' : Je leur dis de rester polis, regarde ! ''[Il se fait insulter en parallèle par Bioman et Cyril tandis qu’une voix au standard lui dit qu’il insulte tout le temps, Gérard se défendant que là cela n’était pas le cas].''
'''Max''' : Allô ? Le PDG qui appelle. Ce n’est pas la pause café. Il faut se calmer, Manu tu te réveilles un peu.
'''Gérard''' : Tu vas te réveiller, sinon tu vas dégager. Et Rico, la dernière fois, tu m'as fait du boulot mieux que ça. ''[Cela discute au standard avec le micro ouvert].'' Olivia ! ''[La voix se déforme].''
'''Olivia''' : Je crois qu'il y’a un souci de satellite là.
'''Manu''' : T’arrête avec le micro Oliv’.
'''Gérard''' : Bon c'est quoi là Olivier ? Bon moi c'est fini. ''[Tout le monde dans le studio crie son désappointement].'' La semaine dernière, t'étais pas là, c'était pas le bordel. Cette semaine, t'es là, c'est le bordel.
'''Olivier''' ''[plaintif] :'' mais c'est pas de ma faute !
'''Gérard''' : Non c'est la faute de qui ?
'''Sylvie''' : Faut pas crier, le pauvre chouchou, moi je l'aime.
'''Gérard''' : Dans ces cas-là, tu te démerdes, tu fais les débats avec lui. T'as qu'à venir et lui tailler une pipe. ''[Applaudissements dans le studio].'' Là ça commence à bien faire. Je suis pas d'accord.
'''Olivier''' : Sur Minitel, il y’a Ducon qui dit que Gérard est allé à l'école avec une bouteille à la main et un coton-tige dans le c...
'''Gérard''' : On a que des questions bidons comme ça depuis tout à l'heure !
'''Olivier''' : J’y peux rien, c’est pas moi, c’est sur minitel.
'''Gérard''' : Bon et toi, mon café il arrive quand ? ''[regardant Cyril]'' Je t'ai filé cinq balles ! Bon et la double voix !!! [La voix est déformée].
'''Olivier''' : Moi, j'ai pas de double voix.
'''Gérard''' : T'as pas de double voix, tu t'amuses. J’arrête…
'''Olivia''' : Bon moi tout d'abord, je voudrais dire Manu, je t'aime...
'''Gérard''' : Dans ces cas-là, Olivia tu retournes au standard.
'''Olivia''' : Oui, l'école débouche sur quelque chose.
'''Olivier''' : Pourquoi ?
'''Olivia''' : parce que c'est cool d'avoir un bagage à soi quand même.
'''Gérard''' ''[fait une boule de papier, regarde les gens présents dans le studio, dont l'animateur de la nuit, Barth] :'' Ah mais tu vas prendre bientôt l'antenne. Tu prends pas à 4h, tu prends dans 12 minutes.
'''Olivier''' : Gérard en a strictement rien à foutre de ce que tu lui dis, puisqu'il parle à Barth. Il ne t'écoute même pas, il s'en fout. Donc, Gérard, ta question, c'est quoi ?
'''Manu''' : Y’a plus que des filles on air, on a viré tout le monde.
'''Max''' : T'as posé combien de questions là ?
'''Gérard''' : On n'en est qu'à la deuxième, ils arrivent pas à gérer les gens au standard.
'''Max''' : Il n’y’a plus que des filles. T'insultes tout le monde et tous les mecs, tu les jettes.
'''Julien''' : C'est vrai ça !
'''Max''' : J'ai écouté tout à l'heure, une fois sur deux tu jettes les mauvais.
'''Gérard''' : Et là c'est qui qu'on a ?
'''Julien''' : Les deux premières questions, elles étaient très bien...
'''Gérard''' ''[tend hors champ le casque à Max pour qu’il puisse entendre la voix haut perché]'' : Mais il sort d'où ?
'''Max''' : C’est un mec ça.
'''Manu''' : Je crois que c’est Paola.
'''Gérard''' : Non moi c'est fini.
'''Max''' : Y’a un mec qui insulte et toi tu te trompes une fois sur deux.
'''Gérard''' : Là il s'amuse à je sais pas quoi...
'''Olivier''' ''[agacé] :'' Je t'écris le nom du prochain disque !
'''Cyril''' : Moi je m'en fous, je retourne au standard si y’a plus d'autres questions.
'''Olivier''' : Bon Gérard, enchaîne sur la troisième question. Reprends ton débat y’a des gens qui veulent répondre, donc vas-y, réponds.
'''Olivia''' : Donc oui l'école débouche sur quelque chose, c'est cool d'avoir un diplôme. Et puis ben... ça débouche sur rien quoi.
'''Sylvie''' : Ça débouche sur quelque chose pour les élèves qui ont envie de bosser. Le gamin qui veut rien faire, il débouchera sur rien. C'est un délinquant...
'''Olivia''' : Je suis pas d’accord.
'''Gérard''' : Non non, moi je suis pas non plus d'accord avec ce qu'elle vient de dire.
'''Paola''' : Moi je vais dire que que le gamin bosse ou pas, ça débouche sur quelque chose : le chômage.
'''Gérard''' : Et ben voilà. En fin de compte, on revient à la question que Sylvie disait, moi je suis de ton avis Paola. Olivia, je pense que ça va être pareil''. [Un gros larsen se fait entendre].'' Merci pour le larsen.
'''Paul''' : Ah pardon j'étais en train de chier.
'''Gérard''' : Il sort d'où lui ?
'''Manu''' : Je viens de le rappeler, j'ai pas eu le temps de l'annoncer il a parlé tout seul.
'''Paul''' : J'ai entendu clic. ''[Nouveau larsen].'' Ah pardon. Mais c’est pas ça, je suis en train de m'essuyer.
'''Tony''' : Est-ce que je peux parler de mon expérience ?
'''Gérard''' : Tu réponds à la question, on en a rien à foutre du reste.
'''Olivier''' : Donc, réponds à la question.
'''Tony''' : Donc moi, au début, j'avais 0.6 de moyenne au premier trimestre, en 85. Et en 68...
'''Gérard''' : L'école débouche-t-elle sur quelque chose ? on te demande pas combien t'as eu, si tu comprends pas la question, tu dégages tout de suite.
'''Paul''' : Moi j'aurais voulu répondre, j'ai un parcours idéal.
'''Tony''' : Pas moi.
'''''Gérard''''' ''[à destination d’Olivier] :'' Et toi tu laisses faire !
'''Olivier''' : Mais c'est pas à moi de gérer, c'est toi qui gères, c'est ton débat.
'''Gérard''' : Mais merde !
'''Tony''' : J’écoute ton témoignage avec grand intérêt.
'''Paul''' : Merci !
'''Gérard''' : Qu'est-ce qu'ils viennent me parler de n'importe quoi ?
'''Olivier''' : Ben tu leur dis !
'''Paul''' : Mais qui me parle dessus ?
'''Tony''' : Vas-y.
'''Paul''' : Donc j'ai eu un parcours idéal. J'ai eu une enfance seule, parce que...
'''Gérard''' : Allez hop ! Dehors 4 fois ! Dehors celui-là !
'''Tony''' : Est-ce que tu veux dire que tu es un enfant de la DASS ?
'''Gérard''' : Voilà, aller hop, toi aussi dehors ! Bonne nuit, ça va vite.
'''Olivia''' ''[outrée des remarques des deux auditeurs] :'' Vous êtes quand même dégueulasse.
'''Gérard''' : Vos profs sont-ils compétents ?
'''Olivia''' : Non, ils sont cons, chiants...
'''Paola''' : Ils sont cons pétants.
'''Gérard''' : Mais pourquoi ? Le mec qui s'amuse à passer sur tout le monde, c'est pas la peine ! Je te dis de dégager une bonne fois pour toute.
'''Olivia''' : Les profs sont tous pareils. Ils nous prennent pour des imbéciles. Ils sont incompétents. Ils ont pas le sens de la pédagogie.
'''Sylvie''' : Tu vois quand tu travailles, quand t'es plus en cours, t'as une autre idée des profs. Quand t'es en cours, tu dis que les profs sont des connards, etc. Et quand tu travailles, tu te dis que t'aurais mieux fait d'écouter le prof. Je peux te le dire puisque je ne suis plus dans ton cas.
'''Manu''' : On accueille Bébert.
'''Gérard''' : Ah, enfin !
'''Bébert''' : ça fait plaisir !
'''Gérard''' : Maintenant, on voudrait bien avoir Couscous aussi.
'''Bébert''' : Ah ouais ! Si Couscous il était là, ça serait bien ''! [la voix de Gérard se déforme par un effet de grave].'' Qu'est-ce qu'il se passe avec ta voix ?
'''Gérard''' : Les profs sont-ils compétents, musique !
'''Olivier''' : Attends, il y’a le titre du disque.
'''Gérard''' : Minute Bébert. Le titre : Badaboum avec un Tige de coton. Allez hop c'est bon, à tout de suite. ''[Gérard se lève précipitamment dès la fin de l’annonce, comme énervé].''
''[Pause musicale]''
'''Olivier''' : C’est Fun Radio''. [Tandis que Gérard essaye de parler devant un micro éteint].'' Et tu allumes le micro, cela serait mieux.
'''Gérard''' : Bon ben voilà…bon ben vous venez d’écouter Badaboum et voilà. C’est la suite et...
'''Olivier''' : Suite et fin ? Et c'était quoi le titre ?
'''Gérard''' : Non, la suite des débats. Le titre c'est Badaboum avec une Tige de coton, donc voilà, celui qui s'amuse à dire une connerie ça va aller vite, il va gerber tout de suite. ''[Rigolade collective des auditeurs et auditrices face au titre].'' Ah attends, Coucous, cinq minutes.
'''Couscous''' ''[un accent algérien très prononcé] :'' Allô Gérard, c'est Couscous. Ah qu’est-ce qui fout Manu au standard ?
'''Gérard''' : Attends, Manu il est taré ce soir.
'''Manu''' : Je t’ai mis tous ceux que tu voulais ce soir.
'''Bébert''' : Hey Couscous ! C'est ton ami Bébert.
'''Couscous''' : Ça va être la fête à la merguez !
'''Gérard''' : Couscous et Bébert, vous vous calmez, s'il vous plaît !
'''Couscous''' : D'accord, Gérard !
'''Rambo''' ''[avec la voix grave et cassé comme le soldat des films] :'' Il y’a Rambo qui est là aussi, qui voulait parler sur l'éducation !
''[Des bruits de vache, des rires]''
'''Gérard''' : Non, mais là, ça commence ! C'est toi, là, Olivier ! Olivier, c'est toi ! C'est toi ! Olivier, c'est toi, merci ! Tu me fais chier, là !
'''Bébert''' : C'est quoi, ce son, là ?
'''Gérard''' : Tu vois que c'est toi ! Là, ça commence à bien faire, Olivier !
'''Manu''' : Entre parenthèses Gérard, tu vois que c'est pas moi au standard, hein ?
'''Gérard''' : Olivier, ça commence à bien faire ! On récupère..''. [les vaches s'arrêtent, des bruits de larsen arrivent].'' Le Larsen, merci ! On récupère Paola ! Olivia ! Attention le larsen. Sylvie !
'''Gérard''' : Parle plus fort s’il te plaît ma chérie.
'''Olivier''' : Plus fort encore ''[Rire de Paola].''
'''Gérard''' : Rambo !.
'''Rambo''' : 5 sur 5 mon ami.
'''Gérard''' : Le professeur... ''[Rire de Paola pendant qu’un nouveau larsen retentit].'' Oh, le larsen ! Non, mais je sens... Je sens que vous allez gerber les 3 pétasses, hein !
'''Olivier''' : Ça va gerber !
'''Bébert''' : Il y’a du larsen dans la radio !
'''Olivier''' : Gérard, le débat ! Le débat !
'''Gérard''' : Professeur Kimbao, là !
'''Manu''' : Gérard, je crois que je vais remplacer Cécile et Christina, hein !
'''Gérard''' : J'ai l'impression...
'''Bébert''' : Qu'est-ce qu'il se passe dans la maison, là ?
'''Christine''' : On t'a pas insulté, hein !
'''Gérard''' : Comment ?
'''Paola''' : Je t'ai dit qu'on t'a pas insulté, espèce de gros tas pour que tu nous appelles pétasses !
'''Gérard''' : Euh, qui c'est qui vient de dire ça ? ''[Silence, sonnerie de téléphone portable des années 90].'' Alors, c'est bien... Je sens qu'il y’a des nanas qui vont gerber !
'''Professeur Kimble''' : C'est le professeur Kimble, j'aimerais témoigner sur Gérard quand il était écolier !
'''Gérard''' : Non, alors, je vais te dire une chose, c'est pas la peine de t'amuser comme ça !
'''Professeur Kimble''' : C'est CPN, option jardinage, il se tournait les pouces toute la journée, hein !
'''Manu''' : Gérard, Gérard, excuse-moi, tu vas être content parce qu'on accueille Cécile et on accueille Christina.
'''Gérard''' : À la place ?
'''Manu''' : À la place d'Olivia et Sylvie, hein !
'''Gérard''' : Voilà, comme ça, ça ira plus vite, alors, Cécile...
'''Cécile''' : Salut, Gégé !
'''Olivier''' : Bon, Gérard, donc tu reviens dans le débat...
'''Gérard''' : Donc, maintenant, vous allez... Professeur Kimbao, là, qui voulait parler sur ma...
'''Professeur Kimble''' : Professeur Kimble, bonsoir !
'''Gérard''' : Bon, Couscous et Bébert, vous vous calmez tous les deux. OK ?
'''Bébert''' : Y a pas de problème. T’es un ami, je te fais un prix.
'''Olivia''' : J’aimerais bien avoir Rambo hors antenne.
'''Rambo''' : Ouais je t’adore ma chérie ''[toujours la même voix grave pendant qu’Olivia rit].''
'''''Gé''rard''' : Bon tu commences à te taire. Alors, vos preuves sont-ils intelligents ? Donc, on va demander à Paola !
'''Paola''' : Ben ouais !
'''Gérard''' : Tu te réveilles, s'il te plaît !
'''Paola''' : Ouais, ben moi, je te dis qu'ils sont intelligents !
'''Gérard''' : Mais pourquoi ?
'''Paola''' : Tu vas pas me gonfler avec tes questions, non plus !
'''Gérard''' : Bon, alors, si je te gonfle, ben, tu dégages ! Allez, hop, bonne nuit ! Hop, hop, tu me la sors !
'''Manu''' : Ça, ça se fait pas de parler comme ça, hein !
'''Gérard''' : Tu la sors ! Allez, hop, tu me prends une autre nana !
'''Professeur Kimble''' : Un mec, un mec, un habituel !
'''Manu''' : Je pourrais peut-être appeler Tony !
'''Gérard''' : Non, non, non ! ''[Pendant qu’un bruit de ping pong est diffusé].'' T'appelles pas les habituels, tu me prends en... T'essayes de voir, là, sur ce qui sonne !
'''Reego''' : Ok, j'y vais, j'y vais !
'''Gérard''' : Vous me prenez une nana à la place de Paola ! Donc, Cécile ''! [Philar répète en écho la dernière syllabe des phrases].''
'''Cécile''' : Oui ! Est-ce que les profs sont intelligents ? Ouais, certainement, quoi !
'''Gérard''' : Olivier, s'il te plaît, tu t'amuses pas comme ça !
'''Olivier''' : Je m'amuse pas ! ''[Musique de trompette]''
'''Bébert''' : Qu'est-ce qu'il se passe avec le double fond, là ?
'''Coucous''' : Il y a de la musique dans l'air, Bébert !
'''Gérard''' : Max ! Non, non, tu commences à m'énerver, Olivier !
'''Olivier''' : Tu vas me faire virer, après !
'''Gérard''' : Tu lui dis qu'il arrête d'appuyer sur une touche !
'''Manu''' : On accueille Mélanie à la place de Paola !
'''Gérard''' : Mélanie, bonsoir !
'''Mélanie''' : Bonsoir !
'''Gérard''' : On se calme, Gérard, pose ta question, est-ce qu'il est incapable de... Donc, alors, Mélanie, pour vous, est-ce que les profs sont-ils compétents ? Voilà la question que je posais depuis tout à l'heure.
'''Rambo''' : C'est Rambo, je peux répondre ? ''[confusion]''
'''Gérard''' : Non, Rambo, pour l'instant, c'est pas à toi que je m'adresse, tout à l'heure, tu appelles.
'''Imitateur de Rambo''' : Je vais te faire une putain de guerre.
'''Rambo''' : Ah non, c'est pas moi qui ai parlé, il y a quelqu'un qui a imité ma voix !
'''Gérard''' : Je sens qu'entre Rambo et Professeur Kimbao, ça va mal se terminer !
'''Bébert''' : Il n'y a pas de problème ! Il n'y a pas de problème, Gérard, laisse-les tranquilles, ils sont sympas, on les a eu en antenne !
'''Gérard''' : Bon, Mélanie, pour toi ?
'''Mélanie''' : Oui, ben moi, je pense que oui, puisque je suis professeur d'anglais en collège et les professeurs sont compétents, puisqu'ils sont arrivés jusqu'à ce stade, mais avec les élèves, c'est pas tous les jours facile.
'''Gérard''' : Euh, sans indiscrétion, je peux savoir quel âge que t'as pour être prof d'anglais.
'''Mélanie''' : J'ai 28 ans, et ça fait un an que j'enseigne.
'''Professeur Kimble''' : Euh, Mélanie, sans indiscrétion, est-ce que tu suces ?
'''Mélanie''' : Oui !
'''Gérard''' : Bon Manu, s'il te plaît, tu me prends Rambo !
'''Rambo''' : Non, non, non, Gérard, s'il te plaît !
'''Professeur Kimble''' : C'est le professeur Kimble, le professeur Kimble ! ''[Gérard passe des consignes hors micro au standard].''
'''Rambo''' : Non tu vires pas Rambo. Les filles, elles veulent un vrai mâle, elles veulent Rambo.
'''Cécile''' : Gérard, est-ce qu'on peut écouter ce que Rambo a à dire, s'il te plaît ?
'''Gérard''' : Non, non, pour l'instant, c'est...
'''Rambo''' : Non, mais je voudrais témoigner, il y en a pas pour longtemps, Je voudrais quand même te dire que, tu sais, nous, en tant que routier, on a quand même eu une jeunesse sur les bords de route, sur les bords de périphériques ou d'autoroutes... Voilà !
'''Gérard''' : Cécile ? Donc, pour toi, ah non toi, tu m'as répondu, tu m'as dit que non, pour toi, à ton avis...
'''Cécile''' : Si ils sont compétents, parce que quand même, s'ils sont arrivés, c'est qu'ils avaient quand même des cases de pleine, quoi ! Donc, voilà !
'''Gérard''' : D'accord, Christiana ?
'''Christina''' : Ouais, ben, moi, je voulais dire que... intelligents peut-être, mais compétents pas tous.
'''Gérard''' : C'est-à-dire, pour toi ?
'''Christina''' : Ben, y en a qui en ont rien à foutre des élèves, ils ont leur salaire à la fin du mois, et...
'''Mélanie''' : C'est faux !
'''Christina''' : Qu'ils y arrivent ou pas, ils en ont rien à foutre !
'''Jean-Paul T''' : Moi j'ai des trucs à dire.
'''Gérard''' : Attends, attendez, attendez, attends ! Mais il sort d'où, lui ?
'''Jean-Paul''' : Mais j'étais au premier débat, je te dis !
'''Gérard''' : Il sort d'où, Jean-Paul T ?
'''Manu''' : Je sais pas, normalement, il est pas là !
'''Jean-Paul T''' : Mais non, mais je suis resté coincé, je sais pas quoi, dans le standard !
'''Gérard''' : Ben, t'es resté coincé, maintenant, tu vas te décoincer !
'''Manu''' : C'est l'informatique, hein, ça marche jamais !
'''Jean-Paul T''' : J'étais... On parlait des ordinateurs et tout ça, et ben, moi, je veux bien parler de l'éducation, y a pas de problème ! Non, mais c'est intéressant !
'''Gérard''' : Rico ! Rico, essaye de voir, là, de me sortir Jean-Paul T, là ! Il a rien à foutre, là-dedans !
'''Reego''' : Il a bidouillé l'informatique, je crois, il a incrusté dans le standard !
'''Gérard''' : Non, non, mais il a rien à foutre, là !
'''Jean-Paul T''' : Non, mais je peux pas sortir avant 5h !
'''Gérard''' : Eh ben, tu vas sortir tout de suite !
'''Jean-Paul T''' : Non, mais attends, le plus drôle, Gérard, c'est que...
'''Gérard''' : Non, mais il sort d'où, là ?
'''Reego''' : Attends, Gérard, on enlève tout le monde, on va voir !
'''Jean-Paul T''' : Ouais ! Non, mais le plus drôle, c'est pas ça ! Jusqu'à 5h, ce qui fait que je me tape la Fun embrouille, après ! Tu vois le truc, Gérard ? Allô ? Y a encore quelqu'un, ou pas ?
'''Reego''' : Ouais, on t'entend, on t'entend, mais on essaye de t'enlever, apparemment !
'''Manu''' : On aimerait bien plus t'entendre, quoi !
'''Jean-Paul T''' : Bah, ok pas de problème mais j'entends plus Gérard. Qu'est-ce qu'il se passe ? Je sais pas, ils ont continué, là, ils sont en train de faire le débat, ou pas ?
'''Gérard''' : Je te demande de te retirer !
'''Jean-Paul T''' : Je peux pas ! C'est comme ça, jusqu'à 5h !
'''Gérard''' : Non, mais là, moi, je continue pas avec un connard comme ça !
'''Jean-Paul T''' : Je suis obligé de me taper la fun embrouille, tu crois que ça m'amuse ?
'''Gérard''' : Non, mais attends, dans ce cas-là, tu dégages !
'''Professeur Kimble''' : T'as pas des images à filmer, là ?
'''Gérard''' : Tu raccroches, et ça me fera les pieds ! Bon qui c'est qui veut me poser une question ?
'''Jean-Paul T''' : Bah, c'était moi !
'''Christina''' : Non, mais moi, j'ai pas fini, hein !
'''Gérard''' : Euh, Christina, là, oui !
'''Christina''' : Ouais, je disais que les profs, ils étaient intelligents, mais y en a qui ont rien à foutre des élèves, quoi ! Ils sont pas tous compétents.
'''Mélanie''' : C'est archi-faux !
'''Cécile''' : Mais non, c'est pas archi-faux, hein !
'''Gérard''' : Alors, euh... Attends ! Attends, Mélanie et Cécile, attendez ! On va demander quand même l'avis à Bébert et à Couscous !
'''Bébert''' : Y’a pas de problème ! Vas-y, Couscous, mon ami, je te laisse la parole !
'''Gérard''' : Bébert !
'''Bébert''' : Non, je laisse la parole à Couscous en premier !
'''Gérard''' : Non, non, vas-y, Bébert, je te demande de répondre !
'''Couscous''' : Vas-y, Bébert, vas-y, vas-y ! [Bébert prend un fou-rire]. Couscous, tu me fais rire, là !
'''Reego''' : Vas-y, Gérard. Vas-y, pose ta question !
'''Gérard''' : Allez, Bébert, on se dépêche, là, s'il te plaît !
'''Bébert''' : Ok, tu sais, ça a pas toujours été facile pour nous autres, hein ? Et toi, comme nous, y’a pas de problème !
'''Gérard''' : Ok ! Euh, Couscous ?
'''Couscous''' : Ouais, ben, des profs, y en a des compétents, y en a des pas compétents... Pour nous, comme dit Bébert, c'est pas facile !
'''Gérard''' : Bébert, s'il te plaît !
'''Couscous''' : Dans la cité, y’a toujours des petits problèmes !
'''Bébert''' : Moi, je me rappelle d'une prof de mathématiques, elle avait des grosses lunettes, et...
'''Couscous''' : Ah ouais, on aimait bien la peloter et la salope, hein !
'''Gérard''' ''[qui n'écoute pas] :'' Non mais y’a un larsen là.
'''Gérard''' : Oh, c'est bon ! [Bébert et Couscous se parlent dessus dans la confusion]
'''Couscous''' : Ouais, ouais, ouais, c'était une grosse salope !
'''Gérard''' : Oh, Bébert ! Bébert et Couscous, s'il vous plaît, on se calme !
'''Manu''' : Gérard, là, c'est pas nous, hein ! Essaie de gérer, d'au moins de poser ta question, et que les gens répondent dans l'ordre !
'''Olivier''' : C'est pas grave, c'est nul, là ! C'est nul, tu gères pas, Gérard !
'''Gérard''' : Ouais, non, mais attends ! Pour l'instant, quand Bébert et Couscous, ils auront...
'''Bébert''' : Y’a pas de problème !
'''Couscous''' : Y’a pas de problème, mon petit Gégé !
'''Gérard''' : Donc alors, moi, je vais répondre quand même, là, parce que les trois filles arrêtaient pas de se battre en duel, là, pour me dire qu'ils étaient d'accord ou pas d'accord sur les profs compétents. Moi, je peux vous dire une chose, que de toute manière, les profs, t'en as des compétents, et t'en as qui sont pas compétents. Pourquoi ? Parce que c'est... Faut dire une chose, que dès qu'ils nous posent une question, ils vont tellement trop vite à les poser, qu'on n'a pas le temps d'y répondre !
'''Manu''' : C'est dégueulasse, les cons pétant !
'''Gérard''' : Alors, maintenant, la prochaine question, je sais que ça... [une boucle répète la phrase de Gérard]. Olivier, s'il te plaît ! Tu vas arrêter s'il te plaît ! [Chaque phrase est répétée en boucle et par-dessus la boucle précédente].
'''Olivier''' : Tu te fous de la gueule du monde, ou quoi, toi, maintenant ? Tu te fous de qui, là ? Tu vas pas faire ça tous les jeudis, là ! [Manu répète en écho la dernière syllabe de chaque phrase]. Ah non, mais là, je commence à en avoir ras-le-bol, hein ! Ça commence à bien faire, hein ! ''[Pendant ce temps, Bébert et Couscous répètent « Là, je crois qu'il y’a un problème, là ! » et se parlent avec quelques expressions magrébines].'' Oh, tu me les calmes, là, les deux, là !
'''Manu''' : C'est toi qui as voulu que je les rappelle, et maintenant, ils foutent le bordel, là !
'''Gérard''' : Tu leur dis qu'ils se calment !
'''Manu''' : Oui, je sais, mais c'est à toi de leur dire, quand même, Gérard !
'''Gérard''' : Bon, Bébert et Couscous, vous vous calmez, maintenant, d'accord ?
'''Olivier''' : C'est vrai que c'est trop le bordel, là, donc il faut vous calmer un peu !
'''Gérard''' : Je sais que ça ne va pas faire plaisir à Mélanie, parce qu'elle est prof d'anglais, et ça, la question, je ne pouvais pas la passer à côté : pourquoi qu'elles nous montrent... Pourquoi que certaines profs nous montrent leurs culottes ? ''[éclats de rire de Cécile]. ''Alors, attendez, attendez, attendez ! Alors, Couscous, tu réponds, s'il te plaît ! Après, on va demander aux filles !
'''Couscous''' : Eh ben, pourquoi les filles montrent la culotte ?
'''Gérard''' : Ouais, non, mais les profs !
'''Couscous et Bébert, l'un sur l'autre''' : Parce que c'est des salopes !
'''Gérard''' : Non, non, non, non, non !
'''Manu''' : pas tous en même temps !
''[Les deux continuent et Gérard ne parvient pas à les arrêter]''
'''Couscous''' : Donc, je disais que, ouais, moi et Couscous, on était dans la même classe ! Et on avait une prof qui s'appelait Aïcha ! Derrière le bureau, elle écartait bien les cuisses, elle envoyait sa culotte et même la foufoune ! Et ça puait la merguez, bien grillée !
'''Gérard''' : non mais c'est bon Couscous, ça y est ''[un écho fait son apparition sur la voix de Gérard]''. Bon, Olivier, s'il te plaît, tu ne vas pas t'amuser à me mettre des doubles voix ! Parce que là, t'es en train de faire le con ! Alors, tu vas arrêter tout de suite ! Olivier, tu me retires le double son, s'il te plaît ! Olivier, tu commences à m'énerver, là !
'''Cécile et Christina''' : Gérard, je peux répondre à la question ? ''[Les garçons continuent à échanger « y’a pas de problèmes » et autres phrases sans but »].''
'''Gérard''' : Non, mais moi, je m'en pousse de faire le bordel ! Quand tu auras terminé tes conneries avec ton double voix, tu me préviendras !
'''Manu''' : Gérard, en attendant qu'Olivier soit calmé, on accueille Angelo !
'''Rambo''' : Eh, il y’a encore Rambo au standard, tu peux me virer !
'''Cécile''' : Non, non, reste, Rambo, reste !
'''Olivier''' : Là, Gérard, tu ne gères rien du tout, parce que...
'''Gérard''' ''[répondant à des « quoi !? » outrés d'Olivier] :'' T'as qu'à arrêter ton border ! Tu me fais chier ! Tu me fais chier ! Tu me fais chier !
'''Rambo''' : Ça fait 5h que je suis coincé dans le standard.
'''Olivier''' : Tu n'es pas gentil !
'''Gérard''' : C'est tout ce que j'ai à te dire ! Tu me fais chier, c'est tout ! Maintenant, Bébert et Couscous, vous vous calmez ! Bébert, Couscous, vous vous calmez ! ''[Rambo, Bébert et Couscous crient, Gérard et Manu aussi, et l'apogée est un OOOOOOH ! général].''
'''Manu''' : On accueille Ramundo, quand même !
'''Gérard''' : Olivier, tu commences à me faire chier ! ''[Gérard a enlevé son casque, regard de travers en direction du standard].'' Non, non, mais là, il arrête !
'''Olivier''' : Mais j'ai rien fait ! J'ai rien fait ! Je suis innocent ! Tu ne gères pas ! Tu ne gères pas ton débat !
'''Gérard''' : Tu me fais chier, tu n'arrêtes pas de faire des conneries !
'''Olivier''' : Je n'ai rien fait !
'''Gérard''' : Bon, Bébert, Couscous, maintenant, vous vous calmez, ça commence à bien faire ! Alors, Christiana ! ''[Elle ne peut pas parler, les garçons se parlent dessus, sifflent, polluent l'ambiance sonore, Manu essaie de ramener le calme, Gérard hurle pour calmer Couscous et Bébert et faire taire Ramundo qui, avec un accent sudaméricain, évoque un décalage de voix sans finalité, la séquence d'énervement avec Manu dure une trentaine de secondes].''
'''Christina''' : Bon, alors, je vais dire qu'il y’a des profs qui sont très vicieuses, autant mecs comme nana, et que quand j'étais en 6ème, j'avais un...''[coupure du son de la voix au téléphone]'' ...de français.
'''Gérard''' : C'est bien, parce que les trois quarts des mots que j'ai... J'ai presque rien entendu sur ta question, sur ce que tu m'as dit... C'est plus possible, c'est plus possible. Non, non, parce qu'il y en a un qui s'amuse à faire des bruits de dents et qui a coupé au même moment que tu voulais dire quelque chose. Alors, reprends dans ta question.
'''Christina''' : Oui, je répète. Il y’a des profs femmes qui sont vicieuses autant que des mecs, quoi.
'''Gérard''' : Hum, hum. Olivier, s'il te plaît, t'arrêtes un petit peu maintenant ! Tu viens d'appuyer sur un bouton pour lui couper. Moi, je m'en fous ! Tant qu'elle n'aura pas fini de répondre, je continuerai. Alors, Christiana, tu me redis pour la troisième fois.
'''Christina''' : Bon, il y’a des profs femmes qui sont vicieuses, et il y’a des profs mecs qui sont vicieux aussi. Et donc, je disais que quand j'étais en 6e, il y’avait un qui s'est tapé à prof de français.
'''Angelo''' : Gérard aussi s'est tapé à sa prof de français.
'''Gérard''' : Qui c'est qui vient de dire ça ?
'''Angelo''' : C'est Angelo Spaghetti.
'''Gérard''' : Eh ben, Angelo Spaghetti, tu dégages. Ça t'apprendra d'être un peu plus poli avec moi. Allez, hop, bonne nuit. Cécile.
'''Cécile''' : Oui, Gérard, ben, écoute, moi, je pense que il y’a des profs qui sont vicieux, quoi. Et Qui prennent plaisir à montrer leur culotte, et c'est tout, quoi. Mais je voulais te dire, Gérard. En fait, là, Couscous et Bébert, j'avais l'impression que c'était Éric et Ramzy, hein.
'''Gérard''' : Non, mais on verra, on verra, on verra. Laisse-moi continuer de poser des questions. On verra après. Mélanie, comme t'es prof d'anglais...
'''Mélanie''' : Oui, ben, moi, j'aurais deux choses à dire. Je trouve déplorable...
'''Bébert''' : You don't speak English, what I mean.
'''Gérard''' : Oh ! Celui qui s'amuse à parler anglais, tu le dégages ? J’y’ai pas demandé de réagir. Alors, maintenant, ça va aller vite fait.
'''Olivier''' : Go out.
'''Mélanie''' : Oui, je disais qu'en tant que professeur, je trouve tout à fait déplorable...
'''Olivier''' : One again for a year.
'''Mélanie''' : ...qu'on ait droit à un tel spectacle de langage de vulgarité.
'''Gérard''' : C'est-à-dire ?
'''Mélanie''' : Aussi bien de la part des auditeurs que de toi.
'''Olivier''' : Yes, yes, alright.
'''Mélanie''' : Première chose. Deuxième chose...
'''Gérard''' ''[pendant qu'Olivier lance des phrases en anglais] :'' Bon, Olivier, s'il te plaît, t'arrêtes de parler anglais quand on parle.
'''Olivier''' : Mais c'est pas... c'est pas moi.
'''Gérard''' : Allez, hop, de toute manière, il est deux heures et demie, moi... Trois heures et demie, j'arrête, terminé. Non, non, mais ça va aller vite. Là, comme t'en as rien à foutre, Olivier, t'es en train de faire le con. Déjà, Christiana, elle a posé une... Elle a répondu à la question, tu l'as coupée à moitié, j'ai même pas entendu ce qu'elle voulait me dire. Maintenant, tu t'es mise à faire le con.
'''Olivier''' : One again again.
'''Gérard''' : Voilà. Alors, si c'est pour faire le con, moi, j'arrête.
'''Cécile''' : Allez, Gérard ! Vas-y, Mélanie, dis ce que t'as à dire, là.
'''Mélanie''' : Si certains professeurs, surtout des femmes, s'exhibent comme ça, montrent leur culotte, si ça fait partie de leur fantasme, c'est pas très intelligent, par rapport à des enfants qui sont souvent mineurs. Et Olivier a un très très bon accent. C'est plus l'accent américain que l'anglais, mais c'est pas grave.
'''Angelo''' : Gérard ! Est-ce que t'as couché avec ta prof de français, c'est Angelo Spaghetti, là.
'''Gérard''' : Non, non, mais toi, je t'ai demandé de dégager. Tu commences à m'énerver, maintenant. OK ? Alors, tu dégages avec tes questions bidon.
'''Angelo''' : Quoi ? La prof de maths ?
'''Gérard''' : Ouais, bah, tu dégages. Allez, hop.
'''''Olivier''''' ''[accent américain] :'' Gérard, excuse-moi, est-ce qu'on pourrait avancer un peu sur le débat ?
'''Gérard''' : Ouais, bah, maintenant, il est 33...
'''Christina''' : Il est 33, tu connais ça, toi, hein.
'''Angelo''' : Il est 69 avec ta prof de français, c'est bon.
'''Gérard''' : Allez, hop, hop ''! [il se retourne vers Manu et l'interpelle violemment].''
'''Manu''' : Quoi, Gérard, quoi ?
'''Gérard''' : Je t'ai demandé de dégager Olivier Spaghetto ! Je t'ai demandé de dégager...
'''Manu''' : Je crois que c'est Angelo Spaghetti.
'''Gérard''' : Ouais, bah, tu le dégages !
'''Olivier''' : Moi, je dégage aussi.
'''Gérard''' : ça commence à bien faire là, vos conneries de discuter tous les deux.
'''Manu''' : Ça fait longtemps qu'on s'est pas vus, et...
'''Gérard''' : Ouais, non, mais... Vous êtes là pour faire le standard, pour discuter.
'''Olivier''' : Gérard, tu y vas ?
'''Mélanie''' : Après on dira que ce sont les filles qui sont bavardes. [Un bruit de téléphone raccroché se fait entendre].
'''Gérard''' : Et bien c’est bien ! Alors, êtes-vous pour la semaine des quatre jours ? Mélanie ? Mélanie ?
'''Mélanie''' : Pour la sodomie de quoi ''? [La sonnerie du téléphone une fois raccroché revient].''
'''Gérard''' : La semaine des quatre jours.
'''Mélanie''' : Ah, euh... Oui, oui, tout à fait.
'''Cécile''' : Ah, bah ouais, elle est prof, elle.
'''Christina''' : Bon, c'est pas possible de parler dans cette émission, hein.
'''Gérard''' : Non, mais quand... T’manière, t'inquiète pas, je vais vous prendre tous en rentraine tout à l'heure. Vous allez voir que la première qui va pas vouloir écouter ce que je vais lui dire...
'''Olivier''' : Non, Gérard, tout à l'heure, tu vas faire ça, d'accord ? Continue ton débat.
'''Gérard''' : Donc, êtes-vous pour la semaine des quatre jours ? On met un disque...
'''Olivier''' : Non, on va mettre un disque après, je le cherche pour le moment. Donc, tu continues.
'''Gérard''' : Ah, ouais, bah, tu le mets...
'''Olivier''' : Bah ouais.
'''Cécile''' : Je suis contre, Gérard.
'''Manu''' : Gérard, on accueille Détroit à la place de Bébert, il a raccroché.
'''Mélanie''' : Moi, c'est Mélanie. Je suis contre la semaine des quatre jours parce que ça donne beaucoup trop de travail aux élèves.
'''Gérard''' : Et pourquoi ?
'''Mélanie''' : Parce que c'est comme ça, c'est... Les heures de cours sont restreintes à quatre jours. Donc, tout le programme d'une semaine, tu dois le faire en quatre jours. Donc, ça fait beaucoup plus de travail. Ça fait trop de charges.
'''Cécile''' : Ouais, voilà, c'est ça.
'''Olivier''' : il y’a la CSG à payer... [continue les phrases en Anglais].
'''Gérard''' : Bon, ça commence à bien faire, là. Olivier, tu commences à m'énerver, là, avec ton bordel. Tu mets un disque.
'''Olivier''' : Non, je le cherche.
'''Mélanie''' : Gerard, do you want to fuck me with a coton tige?
'''Gérard''' : Attention, attention à celle qui dit un mot de travers, là, parce que ça va dégager. Tu mets un disque.
'''Olivier''' : Je le trouve pas, d'ailleurs.
'''Cécile''' : Gérard, je dis que moi, je suis contre la semaine des quatre jours.
''[Elle est interrompue par Mélanie répétant la phrase en anglais, niant ensuite qu'elle le fait]''
'''Détroit''' : C'est vrai, on fait quoi les autres jours de la semaine ?]
'''Gérard''' : Détroit, tu la fermes, c’est pas toi qui commande. Pour l'instant, ce n'est pas à toi que je m'adresse. Allez, 35, vous réfléchissez à la question.
'''Détroit''' : C'est quoi, il y’a des codes ? C'est quoi, 35 ?
''[Mélanie arrive encore à placer sa question anglaise avec les cotons tiges sans se faire griller]''
'''Gérard''' : On met quoi comme disque ?
'''Olivier''' : On met on va à la cocole et on est content. ''[Musique]''
'''Olivier''' ''[réintroduisant l’émission après la pause musical] :'' Fun Radio, c’est les Fun Lovin’ Criminals, c’est les débats de Gérard. Et Gérard est toujours pas installé. Tranquille, prends ton temps. Voilà, tranquille, doucement. Voilà ! ''[tandis que Gérard se relève de sa chaine].''
'''Gérard''' ''[dos au micro, le regard vers le standard sans personne devant] :'' Ils sont même pas au standard.
'''Olivier''' : Gérard est énervé parce qu'il n'y’a personne au standard.
'''Gérard''' : J'ai viré Détroit parce qu'ils étaient à deux, il y’avait une nana derrière, je l'ai viré.
'''Olivier''' : Ils m'entendent pas, moi. Parle !
''[Le cahot s'installe avec le retour de Bébert et Couscous qui parlent en même temps, chantent Aïcha, crient]''
'''Gérard''' : Mais y’a personne là pour s'occuper ! Tu me calmes Couscous, tu me les remets mais...
''[Olivier s'approche du standard]''
'''Manu''' ''[en arrière-plan avec une console de jeu portable dans les mains] :'' 315 millions ! 315 millions !
'''Olivier''' : De quoi ? Au flipper ?
'''Manu''' : Ouais.
'''Gérard''' : Et alors ? J'en ai rien à foutre.
'''Manu''' : C’est mortel !
'''Gérard''' : Eh, on n'est pas là pour le flipper.
'''Manu''' : 315 millions !
'''Gérard''' : Bah, dégage ! Mais il est complètement con, lui.
'''Olivier''' : En tout cas, il est meilleur au flipper qu'au standard.
'''Gérard''' : Ouais, j'ai l'impression.
'''Phildar''' : C'est bon, Gérard, je t'ai mis Bébert et Couscous.
''[Le cahot reprend]''
'''Gérard''' : Bon allez, 3h40 ! 3h40, ça va être la fin. ''[Flottement chaotique, Gérard est tourné vers le standard, demande aux assistants de calmer le bruit, les filles explosent de colère pour que Gérard parle, Couscous dit n'importe quoi]''
'''Christina''' : Putain, mais laissez Gérard parler !
'''Cécile''' : La ferme ! Gérard, tu fais pas la loi, là, ou quoi ?
''[Mélanie place encore sa phrase fétiche tandis que se déclenche l'introduction de la chansons Aïcha, de Khaled. Gérard ferme son classeur en disant que c'est terminé, Couscous chante]''
'''Phildar''' : Ah, tiens ! C'est bon, il a raccroché ! ''[Alors que l a musique vient de s’arrêter].'' C’est Manu, il est chaud !
'''Gérard''' : Bon, Couscous, tu t'écrases ou tu dégages, maintenant ?
'''Bébert''' : Hé, c’est toi qui s’endort mon ami !
'''Couscous''' : Mais Gérard, moi, je t'aime bien, je t'ai jamais rien fait, hein !
'''Gérard''' : Non, mais pour l'instant, tu te calmes, s'il te plaît !
'''Christina''' : Gérard, repose ta question !
'''Gérard''' : Alors, maintenant, je vais reprendre ! Mélanie, Cécile, Christinia
'''Olivier''' ''[remarquant qu’il prononce correctement le prénom pour la première fois] :'' Oooh. Et il y’a que des femmes avec toi là.
'''Gérard''' : Détroit... alors Détroit... Ouais, alors, Détroit, je crois que je t'avais raccroché au nez parce que t'avais quelqu'un derrière toi !
'''Olivier''' : Moi, Gérard, j'ai plus l'impression que le problème de Détroit, c'est d'être un garçon, en fait !
'''Détroit''' : Pourquoi tu me dis ça, toi ?
'''Olivier''' : Et que tu zappes tous les mecs, Gérard !
'''Détroit''' : C’est vrai ça.
'''Gérard''' : Eh, Couscous, pour finir ! Alors, on continue ! Alors, maintenant, êtes-vous pour ? Êtes-vous pour la semaine des 4 jours ? Donc, Couscous, tu réponds, mais sérieusement, je préviens d'entrer !
'''Couscous''' : Oui, bien sûr, je suis pour la semaine des 4 jours ! Comme ça, le vendredi, samedi, dimanche, on a tout le temps de baiser la zoubida !
'''Bébert''' : Y'a pas de problème, hein !
'''Gérard''' : Ok, c'est bon ! Détroit !
'''Détroit''' : Écoute, moi, je pense que la semaine des 4 heures, c'est idiot !
'''Gérard''' : Des 4 jours !
'''Manu''' : Tu vas te calmer d’abord. On accueille Fabien.
'''Détroit''' : Gérard, excuse-moi ! C’est pas terrible. Parce que qu'est-ce que t'en fais, des autres jours ?
'''Gérard''' : Et attends, hé, oh ! C'est comme ça, hein ? Et alors, tu fais ce que tu veux !
'''Détroit''' : Et toi, tu fais quoi ?
'''Gérard''' : Eh ben, moi, pendant les 2 jours de repos, ben, je me repose, hein ! Quand y'a pas d'école, je me repose !
'''Détroit''' : Attends, mais est-ce qu'il serait pas possible de se reposer à l'école pour pouvoir faire ses devoirs, entre-temps ?
'''Christiana''' : Ça fait 30 ans qu'il se repose !
'''Gérard''' : Merci, pour celle qui dit ça, tout à l'heure, elle va gerber vite fait. Attention !
'''Détroit''' : Bon, très bien !
'''Fabien''' : Je vais répondre.
'''Gérard''' : Fabien... non tu permets, c'est pas toi qui commandes Détroit, parce que tout à l'heure, tu as dégager !
'''Fabien''' : Ouais, je suis là, Gérard !
'''Détroit''' : On t'entend pas, Fabien, t'as un portable, hein !
'''Fabien''' : Ah, non, non, non, non, non, c'est pas un portable !
'''Gérard''' : Eh, oh, c'est un portable, ça !
'''Manu''' : Non, non, non, j'ai le numéro, c'est pas un portable !
'''Détroit''' : Désolé, moi, je reconnais, hein !
'''Gérard''' : Alors, Fabien, tu te réveilles, s'il te plaît !
'''Fabien''' : Bah, là, je pense que celui qui a parlé avant, il avait raison, là !
'''Détroit''' : Eh ben, c'est moi, c'est Détroit !
'''Gérard''' : Ouais, mais attends, Détroit, pour l'instant, s'il te plaît ! Ok, bah, très bien !
'''Fabien''' : Mais, attends, je voudrais dire un truc à Gérard !
'''Détroit''' : Ok, vas-y, dis !
'''Fabien''' : Euh, qu'est-ce qu'il fait pendant les deux jours, là ? Il faisait rien.
'''Détroit''' : Il a dit, il faisait rien pendant les deux jours !
'''Fabien''' : Ouais, mais, quand il se repose, il fait quoi ? Il se repose, juste ?
'''Détroit''' : Mais, il dort, il... je sais pas, il...
'''Gérard''' : Bon, Détroit, s'il te plaît, tu la fermes ! Pour l'instant c'est pas à toi qu'il a posé la question, c'est à moi. Alors tu la fermes !
'''Détroit''' : Il était d'accord avec moi !
'''Gérard''' : Bon, alors, tu t'écrases !
'''Fabien''' : Gérard, tu me réponds, alors !
'''Gérard''' : Bon, Fabien, pour finir...
'''Fabien''' : C'est quoi, ton repos ? Qu'est-ce que tu fais ?
'''Gérard''' : Eh ben, je dors, hein, je l'ai dit...
'''Fabien''' : Tu dors pendant 2 jours ?
'''Détroit''' : Je sais pas, par exemple, moi, si je me repose, je fais comme Gérard, je lis, je regarde la télé, je m'instruis...
'''Gérard''' : Bon, Détroit, tu la fermes !
'''Cécile''' : Gérard, je vais te poser une question !
'''Manu''' : Gérard, avant qu'elle pose sa question, pour pas l'interrompre, on va accueillir Will, de Brest ! Y’avait une place de libre !
'''Will''' : Salut, Gégé, ça va ?
'''Détroit''' : Salut, Will ! ''[tandis que Détroit veut monopoliser la parole].''
'''Gérard''' : Non, non, non, Détroit, Fabien, vous dégagez !
'''Manu''' : c'est pas Fabien, c'est Détroit...
'''Gérard''' : Ouais, non, mais... Alors, tu le dégages, tu le dégages ! Bonne nuit pour Détroit, comme ça, ça me fera une place de libre pour quelqu'un d'autre ! Donc, Will...
'''Will''' : Oui, alors, moi, ce que je fais pendant ces deux jours, je fais mon boulot, c'est tout. [Pendant que l’on entend un bruit de truie]. Mon boulot d'école, et puis, peut-être que le vendredi soir, je fonce dans les chiottes de la loco, aussi.
'''Gérard''' : Eh ben, dans ce cas-là, Will, ça t'apprendra de parler des chiottes de la Loco, tu peux retourner chez toi. Au revoir ! Euh... Christiana ?
'''Christiana''' : Oui, alors, moi, je suis contre. Parce qu'après, l'emploi du temps, il est vachement chargé, et puis, avant la fin des cours, t'écoutes même plus tellement t'es crevé.
'''Gérard''' : D'accord. Alors, qui c'est qui a du bruit derrière ?
'''Bébert''' : Ah, il n'y’a pas Bébert, hein, qui a du bruit, hein. C'est peut-être Manu au standard, hein.
'''Gérard''' : Non, non, c'est pas Manu au standard, Couscous, je viens de lui demander qu'il contrôle.
'''Bébert''' : Non, c'est Bébert, hein.
'''Gérard''' : Donc, Christiana, t'as dit que t'étais contre ?
'''Christiana''' : Ouais, je suis contre.
'''Gérard''' : Ok. Euh, Cécile ?
'''Cécile''' : Ouais, ben, je suis contre, parce que ça casse l'horloge biologique, quoi. [Une femme chante en arrière plan]. Et, euh, cervicale.
'''''G''érard''' : Oui, j'écoute, mais attends, celui qui essaie de m'appeler, pour l'instant, il va la fermer.
'''Bébert''' : Non, je voulais juste te dire que j'étais d'accord avec elle. C'est vrai que ça te nique un peu ton horloge biologique, hein.
'''Gérard''' : Non, Bébert, je croyais que t'étais déjà plus là.
'''Bébert''' : Mais j'ai remplacé Détroit, tu l'as viré, donc j'ai rappelé.
'''Christiana''' : Ouais, ben, laisse parler Cécile, hein.
'''Bébert''' : Ok, mais je suis d'accord avec elle, hein.
'''Cécile''' : Mais Bébert, tu peux te taire un peu, s'il te plaît ?
'''Gérard''' : Bon, Bébert, Bébert, tu te la fermes, s'il te plaît, une bonne fois pour toutes.
'''Bébert''' : Il n'y’a pas de problème, hein.
'''Cécile''' : Je voulais te demander, est-ce que quand t'as du temps libre, tu vas au cinéma ?
'''Gérard''' : Euh, non.
'''Cécile''' : Tu vas jamais au cinéma ?
'''Fabien''' : Où est le rapport avec l'école ?
'''Olivier''' : Il y’a une question sur le 36 15 Fun Radio, Gérard. Hippolyte qui te demande, quel jour tu enlèverais, toi, dans la semaine, pour que ça fasse plus que 4 jours ?
'''Gérard''' : Déjà le lundi, comme ça, c'est après le week-end.
'''Olivier''' : Ça, ça fait un jour, alors après un autre que tu retires. Parce qu'il y en a quand même 7 des jours dans la semaine. Donc, il ne reste plus que 4. Donc, si on calcule bien, il faut en retirer 5, c'est ça ?
'''Gérard''' : Ben non. T'as lundi, mardi, le mercredi et le jeudi. Ben, tu retires le mercredi, ça te fait 4 jours dans la semaine.
'''Olivier''' : Ah ben voilà, t'en retires 2, ça te fait 4 jours dans la semaine. Génial. Donc, la semaine, il faut 6 jours.
'''Bébert''' : Ah ben, ça casse la semaine, hein.
'''Gérard''' : Non, parce que le samedi, c'est rare quand il y en a qui ont école et le mercredi, c'est pareil. ''[Couscous, Bébert et Fabien recommencent le cahot].''
'''Manu''' : Gérard, si je peux me permettre une petite réflexion, quand même. C'est toi qui a voulu que je les appelle, mais j'aurais mieux fait d'appeler Tony, quoi. Parce qu'il est plus calme, hein.
'''Cécile''' : Ah, bah non, on veut Tony, hein.
'''Christiana''' : Non, parce que franchement, le Bébert, le Couscous, depuis tout à l'heure, ils arrêtent pas de parler.
'''Gérard''' : Euh, Cécile... Eh, Cécile et Christiana, c'est... Eh, Cécile et Christiana, c'est moi qui ai demandé à vous rappeler. Alors, si vous n'êtes pas contentes, tout à l'heure, vous allez virer. Ça va être vite fait. Bon, alors, maintenant, vous allez me laisser parler. Donc, Cécile, pour finir. ''[Des aboiements dans un combiné].'' Celui qui s'amuse à perdre le chien commence à me faire chier. Bon tu me calmes Bébert, comme il est encore là. Tu calmes Couscous et Fabien.
'''Fabien''' : Eh, mais moi, j'ai rien fait, Gérard. J'attends depuis tout à l'heure.
'''Gérard''' : Ouais, t'attends depuis tout à l'heure. Et qui c'est qui s'amuse à perdre le chien ?
'''Fabien''' : C'est pas moi, Gérard.
'''Gérard''' : Non, c'est jamais personne. Comme par hasard, là, on te demande qui c'est, si c'est pas toi. Comme par hasard, ça s'arrête.
'''Fabien''' : Non, mais c'est pas moi, Gérard.
'''Gérard''' : Non, non, mais tu me prends pas pour un con''. [Les aboiements reprennent].''
'''Fabien''' : Tiens, tu vois, ça continue. Tu vois que c'est pas moi.
'''Gérard''' : De toute manière, j'arrête là dans deux minutes. Mélanie, comme t'as pas répondu. J'espère que tu vas pouvoir répondre si tout le monde se calme.
'''Mélanie''' : Ben, je suis bien obligée d'attendre que tout le monde se taise. Ben, pour la semaine des quatre jours, je suis pas d'accord.
'''Bébert''' : Y’a pas de problème, hein.
'''Gérard''' : Non, non, là, ce coup-là, tu me le vires.
'''Couscous''' : Mais c'est pas moi, Gérard !
'''Gérard''' : Non, non, non, non, non, non ! Non, non, ça commence à bien faire, là.
'''Manu''' : Non, là, c'est plus possible, hein.
'''Olivier''' : Qui c'est qui s'amuse à faire le chien.
'''Gérard''' ''[alors que les aboiements continuent] :'' Bon, tu me dégages, Fabien.
'''Manu''' : Ah, c'est pas Fabien que je l'avais mis en attente ? C'est ou Bébert, ou Couscous.
'''Gérard''' ''[se calme] :'' Alors, Mélanie, s'il te plaît, tu réponds.
'''Mélanie''' : Je ne suis pas d'accord.
'''Gérard''' : Et pourquoi ?
'''Mélanie''' : Parce que ça fait un surplus de travail avec un temps restreint. Voilà, tout simplement. Je l'avais déjà dit avant la chanson, hein.
'''Olivier''' : Question suivante.
'''Gérard''' : Dois-je retourner à l'école pour faire une parfaite... Dois-je retourner à l'école pour...
'''Mélanie''' : Pour tout refaire, pour tout refaire.
'''Gérard''' : Ouais, pour faire mon éduc... Je vois pas le rapport. Bon ça commence à vraiment me gonfler là. Alors préférez-vous le système allemand avec l'école le matin et activités libres l'après-midi. Alors, on va demander à Bébert.
'''Bébert''' : Y'a pas de problème, hein.
''[Les aboiements recommencent].''
'''Gérard''' : Bon, allez, hop. Tu me dégages ça. Tu me les dégages, c'est bon. Non, Olivier... Là, Olivier, tu te fous de moi... Là, tu vois, tu vas me faire... Mais c'est toi qui fais le con. ''[Olivier siffle maladroitement].'' Tu vois, maintenant, j'arrive à voir. C'est toi qui fais le con.
'''Couscous''' : Non, moi, je crois que c'est Rico et Manu au standard.
'''Manu''' : Alors là, c’est pas possible.
'''Gérard''' : Non, non, allez, Bébert.
'''Bébert''' : Y'a pas de problème, hein. C'est pas facile, tu sais. Hé, qu'est-ce qui se passe, là ? [Olivier siffle]. Y'a du son... Moi, je peux pas parler. Y'a pas de problème, hein.
'''Cécile''' : Vous êtes lourds, hein.
'''Gérard''' : Allez, conclusion, conclusion.
'''Olivier''' : Non, non, Gérard.
'''Manu''' : Non, non, Gérard.
'''Gérard''' : Non, non, tu te fous trop de ma gueule.
'''Olivier''' : Non, Gérard, c'est dommage. C'est dommage, ta question est intéressante.
'''Gérard''' : Non, tu vois, tu te fous trop de la gueule du monde. [La scène se prolonge entre les suppliques d'Olivier et le refus de Gérard. Olivier se met à genoux, Bébert souffle dans le téléphone, créant une atmosphère chaotique. Après près de deux minutes de ce ping-pong, Olivier élimine les garçons].
'''Gérard''' : Tu me les vires. Tu me vires les mecs, tu me laisses que les nanas, ça leur apprendra. Que les nanas.
'''Olivier''' : On va faire un truc. Pour la prochaine question, on va faire une dernière question. Il n'y’aura que des nanas, Gérard.
'''Gérard''' : Non, non, mais de tte manière, je reconnaitrai les voix... Je te préviens, la semaine prochaine, c'est pas la peine de compter sur moi avec lui à la pro. Parce que là, il le fait exprès.
'''Olivier''' : Qu'est-ce que j'ai fait ? T’as plus que les nanas là Gérard.
'''Gérard''' : Alors, préférez-vous le système allemand avec l'école le matin et l'activité l'après-midi ? Alors, Christina ?
'''Christiana''' : Ouais, ben moi, je préfère.
'''Gérard''' : C'est-à-dire ? Pourquoi ?
'''Christiana''' : Ben, avec l'activité, tu veux dire quoi ? Qu'on peut être libre ? Eh ben, c'est bien pour les élèves. Comme ça, ils peuvent avoir un petit boulot à mi-temps. Et comme ça, ils se font de l'argent de poche, quoi.
'''Gérard''' : En fin de compte, c'est libre l'après-midi. Et l’activité est libre l'après-midi.
'''Christiana''' : Ouais, ben moi, je trouve que c'est bien pour les élèves. Parce que comme ça, ça les poussent à étudier plus longtemps. Comme ça, ils ont un peu d'argent. Parce que il y en a plein qui arrêtent leurs études parce qu'ils n'ont pas d'argent et parce qu'ils aiment être indépendants.
'''Gérard''' : D'accord. Cécile ?
'''Cécile''' : Ouais, ben moi, je dis qu'en fait, c'est cool parce que ça libère un peu l'esprit, quoi. Donc, le matin, tu bosses tout ça. Et l'après-midi, bon, t'as des activités. Donc, tu fais du roller. Je sais pas, tu joues au billard. Tu fais plein de trucs, quoi. Donc, ça libère un peu l'esprit. T'es relax. Donc c’est bien.
'''Gérard''' : D'accord. Donc, c'est bien. Mélanie ?
'''Mélanie''' : Oui, je pense que c'est très bien. Mais pourquoi pour toi ?
'''Gérard''' : Parce que comme toi, t'es prof d'anglais, donc...
'''Mélanie''' : Ben, disons que c'est bien parce que les journées sont bien moins chargées. Mais ce qu'il faudrait savoir, c'est s'ils profitent un petit peu de leur temps libre pour travailler un petit peu plus.
'''Gérard''' : D'accord. Moi, je peux... Moi, je peux... dire, en fin de compte, le... Bon, d'avoir l'école le matin, ouais, c'est bien. Puis, d'être libre l'après-midi, comme ça, ça permet de réviser.
'''''Olivier''' [répétant le dernier mot de la phrase de Gérard] :'' Alors, le problème, c'est que toi, t'allais à l'école le matin et tu pensais que l'après-midi, c'était libre, sauf qu'il y’avait des cours.
'''Gérard''' : Non, mais, je veux dire, t'avais pas un cours toute une journée. Nuance. Donc, il y’a une question que je vais proposer, parce que ça...
'''Olivier''' : Il y’a Hippolyte sur Minitel, quand même, qui dit que, ben, lui, il préfère le système allemand parce qu'il y’a l'Airbag et l'ABS.
'''Gérard''' : Je vois pas du tout le rapport avec le truc de l'école. Conclusion. Mélanie ? Donc, malheureusement, on a...
'''Mélanie''' : Ben, on est obligés d'écourter, mais moi, je pense que le... Quand t'imagines le bordel qu'il y’a eu ce soir, on était 7 ou 8. Ben, quand t'imagines quand ils sont 35 dans une classe comme ça, ben, après, on viendra dire que les professeurs sont incompétents.
'''Olivier''' : Gérard met beaucoup de bordel à lui, tout seul aussi.
''[Max rentre dans le studio]''
'''Gérard''' : Non, dans ce cas-là... Je vais te dire une chose, tu vois, Olivier. ''[Olivier tourne la tête vers Manu et le regarde]'' Le jour de... Oh, Olivier ! Quand je te parle, s'il te plaît, tu t'écoutes. C'est qu'au 1er janvier, t'étais pas là. Eh ben, je vais te dire une chose, qu'avec Max, il y’a eu moins de bordel. Et au standard, c'était moins de bordel que ce soir. D'accord ? ''[Manu applaudit].'' Alors, la semaine prochaine, c'est pas la peine. Voilà, celui qui s'amuse à faire ça... ''[Olivier répond un Hmmm distant, inattentif].''
'''Max''' : Il s'en va, d'ailleurs, Gérard.
'''Gérard''' : Celui qui s'amuse à faire ça, c'est pas mal, derrière. Donc, Cécile, pour toi, la conclusion des deux débats...
'''Cécile''' : Ouais, les questions, elles étaient intéressantes. Le 1er, il était super chouette. Le 2e, un peu le bordel, avec Bébert et tout. Mais bon, ça va, quoi. C'était cool, on a bien rigolé ''[une imitation de l’expression favorite de Bébert en arrière plan].''
'''Gérard''' [''regardant vers Olivier] :'' Et il est encore là.
'''Olivier''' ''[en écho à Gérard dans la dernière phrase] :'' Il est encore là. Pour la conclusion, quand même.
'''Gérard''' : Et Christiana ?
'''Olivier''' : Christiana ?
'''Christiana''' : Moi, je trouve que c'est dommage qu'on n'ait pas pu parler plus longtemps de ce débat. C'était vachement intéressant.
'''Gérard''' : Il y’avait 13 questions.
'''Christina''' : Et puis, je réponds à Mélanie. C'est vrai que si t'as une classe de 30 filles, t'as moins de bordel qu'avec une classe de 30 mecs.
'''Gérard''' : Ouais, mais si c'est mélangé et que t'as un bordel comme on a ce soir avec un standardiste à moitié…
'''Max''' : Bourré ! Parce que tu sens un peu l'alcool, quand même.
'''Manu''' ''[s’offusquant] :'' Quoi ?
'''Gérard''' : Je vais te dire une chose, que la semaine dernière, c'était moins le bordel. Et j'ai l'impression que je demandais que ça soit Phildar qui fasse le standard, maintenant. Parce que toi, je te veux plus le jeudi. Tu feras tes soirées avec Max, mais moi, le jeudi, je te veux plus avec moi.
'''Max''' : On va voir, on va gérer ça. À moins qu'on le fasse travailler vraiment très fortement. Qui doit encore faire une conclusion sur ce débat ?
'''Manu''' : Il y’a Couscous qui est toujours là.
'''Max''' : Couscous, conclusion.
'''Manu''' : Bébert il est parti.
'''Couscous''' : L'école, c'était un bon sujet de débat. Parce que l'école, c'est une bonne chose. Ça permet aux enfants de montrer ce qu'ils ont dans la tête. Et je veux aussi dire, vive le star system.
'''Gérard''' : Ok. Donc, il n'y’a plus personne. Donc, je vais quand même annoncer les deux débats pour la semaine prochaine. Si les gens respectent ce que j'ai a annoncé. Sur la beauté.
''[Cela crie dans les couloirs du studio].''
'''Max''' : Devant le micro, qu'on entend mieux. Parce que c'est pénible pour les auditeurs. Je te jure, souvent, il faut penser à eux, quoi.
'''Gérard''' : On va faire sur la beauté.
'''Max''' : Ah bien !
'''Gérard''' ''[hésitant] :'' Et sur les... Sur les portables. Je vais le refaire parce que...
'''Max''' : Non, non, non. On l'a déjà fait.
'''Gérard''' : Sur l'écriture.
'''Max''' : D'accord, à la rigueur. Mais alors, je veux que ce soit toi qui prépares les questions. Parce que des questions, c'est pas toi qui les as préparées. Elles sont tapées à la machine. Et j'aime pas ça, Gérard. Parce que tes questions de ce soir, il y en a qui étaient chiantes. Parce que c'est pas toi qui les avais préparées.
'''Gérard''' : Ah, non, mais attends. Là, sur l'école, t'as voulu qu'on laisse les 13 questions. Sur 13 questions, quand même, j'en ai modifiées.
'''Max''' : Combien ? Une, deux, trois. Bon, enfin, bref. Je vais regarder tout de suite tes questions pour le prochain débat. Et on verra. D'accord. Merci d'avoir passé la soirée avec nous. Il est 4h du matin. On va laisser Barth pour ses funs en bruit.
'''Gérard''' ''[à destination de Manu] :'' Tu leur raccroche pas au nez aux nanas, moi je veux leur parler.
'''Max''' : Moi, je vous retrouve tout à l'heure à partir de 22h pour le Star System avec nous. N'oubliez pas le résumé d'un des deux débats de ce soir, si nous avons le temps. Et puis, surtout, le Kikix, le son sur le retour du Jedi. Vous allez, à mon avis, vous éclater. Différence entre le son Kikix et le son THX, vous verrez qu'il y’a quand même une sacrée différence. Et Gérard, donc, la semaine prochaine, deux débats. Un sur l'écriture et un autre sur la beauté. Bonne nuit.
'''Gérard''' : À une condition que tout soye respecté, sinon il n'y’aura rien.
'''Max''' : Voilà, exactement. On vous souhaite une bonne nuit. Et dans un instant, Barth.
''[Gérard se met au standard et, hors antenne, parle avec les filles]''
== Le débat sur la beauté ==
=== Contexte ===
Une semaine s'est écoulée, nous sommes le 15 janvier 1998. Aucun incident différent n'est à signaler ici : réception de courrier (prétendant se domicilier chez Gérard sur autorisation fictive de Françoise), atteintes à une pseudo vie privée, ironie de Max, menaces de départ de Gérard suite au courrier et au fait que Manu n'ait sélectionné que des garçons, plaintes, ultimatum. Dans les courriers, Sandy devient le centre de l'attention, elle devient la cible avec son amoureux, les gens commençant à construire un portrait type d'elle sur Minitel comme ils l'avaient fait de Gérard à partir de bribes d'informations et de leur imagination. Goldorak parle de facochère, Gérard montre des photos, il a déjà identifié le rôle des auditeurs dans le montage de cette fiction burlesque. Malheureusement, les insultes pleuvent sur le compte de la jeune femme. Tout ceci rend Gérard de mauvaise humeur. Il croit faire preuve d'héroïsme en lançant le nom de Fesse de Babouin et de gens ayant, évidemment, revêtu des faux noms et de fausses villes. Il menace de porter plainte, bien que l'histoire dira que Nicolas l'en dissuade systématiquement.
Les auditeurs découvrent que Arnet participe aux délires du courrier, les autres continuent à bloquer le beeper de Gérard. Il faut rappeler ici que la sécurité des appareils électroniques, dans un monde qui le découvre, était totalement absente.
Plus généralement, retenons qu'en coulisses, Maxx, au fond, tente d'obtenir une petite rémunération pour l'animateur. La direction s'y refuse, mais Max lui laisse l'ensemble de ses tickets restaurant et règle certaines de ses factures. On peut donc parler, dès cette période et jusqu'à ce que Gérard obtienne un contrat, d'une vraie aide providentielle de Max.
Sur ce débat en particulier, on retrouve Manu au standard, Olivier et Phildar. L'ambiance TV a reculé, donc Phildar va pouvoir jouer un rôle plus actif au standard, aux côtés de Manu, préfigurant ce que cette période va mettre en place. Max s'inscrit, dans son style ironique, en soutien de Gérard, amené à être chef face à l'équipe. La moquerie en reste le centre, Gérard insulte les auteurs des courriers, son ex copine qui a enregistré au standard des propos notoirement faux mais drôles sur Gérard évoquant notamment les coton-tiges. Dans sa régulation, Max fait peser la pression de la direction et la présence des auditrices, pour interdire la vulgarité en début d'émission et insister pour que Gérard crie moins. En tout cas, il faut aussi se souvenir que Nicolas est de nouveau l'auteur de ces deux débats.
Plus étonnamment, on observe déjà ce qui va préfigurer de manière plus ou moins violente par la suite : Phildar est un peu le bouc-émissaire de l'animateur, faisant dès ce débat l'objet d'insultes. Bien sûr, il faut toujours se rappeler que chez Gérard, rien n'est à prendre très au sérieux. Mais c'est un fait notable quand on sait que Phildar semble s'installer dans l'équipe de Max, dont il est devenu le colocataire et l'ami.
Le format « radiophonique » se confirme, par opposition au cahot qui prédominait en 1997. Dans ce studio où la liberté domine, on retrouve des amis de Gérard (Henri, etc). Sur le fil entre mauvaise humeur et satisfaction, Gérard a malgré tout, dans l'avant-débat, des échanges amusés avec Max, il joue une comédie. L'audience annoncée est de 22 millions de personnes.
=== Les personnages ===
* Franck Bargine : Max
* Olivier Bouchet : Olivier de la pro
* Gérard Cousin : Gérard
* Manu
* Philippe : Phildar
* Mégane : Claire
* Rita: Nihila, Nina, Jeanne
* Tony Morestin : Jérôme, Gilbert
* Franck (nouvel auditeur, probablement joué par Axel et futur habituel de la période), jouant Will ensuite, Clémentine (apparue depuis octobre)
* Vanessa
* Arnet : Luc
* Cyril: Noël, K2R, Zedboule Dragon, Hubert
=== Transcription ===
'''Gérard''' : Voilà, donc bonsoir à tous. Donc, bienvenue pour la suite de la libre antenne. Donc, les débats du jeudi soir.
'''Olivier''' : Sur Fun Radio, quand même.
'''Gérard''' : Sur Fun Radio, si vous voulez nous appeler, donc n'hésitez pas. 0803 08 5000 et 0800 70 5000 et toujours 3615 Code Fun Radio, rubrique direct. Donc, on va accueillir Claire.
'''Claire''' : Bonsoir.
'''Gérard''' : Nina, bonsoir.
'''Nina''' : Bonsoir, Gérard.
'''Gérard''' : Clémentine. Franck. Jérôme. Et Vanessa.
'''Olivier''' : Jérôme faut parler plus fort.
'''Gérard''' : Et Vanessa pareil. Donc, le premier débat, ça va porter sur la beauté. Donc, alors, première question. Pensez-vous que tout le monde peut...
'''Olivier''' : Attends, le premier débat, c'est sur quoi ?
'''Gérard''' : Sur la beauté. Et le deuxième, ça portera sur l'écriture, voilà.
'''Olivier''' : D'accord.
'''Gérard''' : Donc, alors, pensez-vous que tout le monde peut être beau ? Donc, on va demander à Vanessa.
'''Vanessa''' : Tout le monde peut être beau ? Pas dès la naissance, mais je crois qu'on peut le devenir avec la chirurgie esthétique.
'''Gérard''' : Non, mais ça, c'est justement... Ça, c'est la dernière question du débat, tu vois. Il ne faudrait pas... Donc, il ne faut pas commencer déjà à jouer en prenant la onzième question pour la première.
'''Vanessa''' : OK. J'essaie d'être plus conne, alors.
'''Gérard''' : Comment ?
'''Olivier''' : Vanessa ? Tu n'as pas un autre téléphone ?
'''Vanessa''' : Ah, non. Pourquoi ?
'''Gérard''' : C'est un portable ?
'''Vanessa''' : Non.
'''Olivier''' : Parce qu'il est pourri, ton téléphone.
'''Gérard''' : Pourtant, on a essayé de te rappeler, mais c'est un téléphone pourri que t'as.
'''Jérôme''' : Oui, mais sa voix est si belle.
'''Gérard''' : Attends, ça ne va pas commencer déjà à vouloir jouer comme ça, parce que sinon, ça va aller vite, ce soir. J'ai prévenu d'entrée que ce soir, je n'avais pas l'intention de m'amuser longtemps.
'''Manu''' : C'est clair. Ce soir, on ne rigole pas.
'''Vanessa''' : On se calme.
'''Nina''' : À tes ordres, Gérard.
'''Gérard''' : Donc, Jérôme.
'''Jérôme''' : Oui ''[hésitation totale].'' Non, non, parce qu'il y a un problème...
'''Gérard''' : Non, mais, oh, Jérôme, tu te réveilles ou sinon, tu vas gerber tout de suite, maintenant.
'''Jérôme''' : Non, mais, non, je te jure que je ne le fais pas exprès.
'''Gérard''' : Non, mais, si tu ne le fais pas exprès, alors, dans ce cas-là, pourquoi tu appelles ?
'''Manu''' : Non, mais est-ce que tout le monde peut être beau ?
'''Jérôme''' : Ah, voilà. Ben oui, je pense que oui. Bon, moi, déjà, je suis un beau gosse. Et je pense qu'il y a de la place dans ce monde pour tous les beaux gosses, comme moi. Modestement, je veux dire.
'''Gérard''' : Ouais, ouais. Franck ?
'''Franck''' : Oui, donc, moi, je pense que tout le monde peut être beau, mais je ne pense pas qu'on se trouve spécialement beau. C'est les autres qui te trouvent beau, donc tu plais forcément à quelqu'un, donc tout le monde peut être beau.
'''Gérard''' : D'accord. Clémentine ?
'''Clémentine''' : Moi, je pense que tout le monde ne peut pas être beau, mais je pense que tout le monde peut être charmant. Et c'est le charme qui compte, c'est pas la beauté.
'''Franck''' : Oui, tout à fait. N'est-ce pas ?
'''Gérard''' : Nina ?
'''Nina ''' : Euh, ouais, Gérard, est-ce que tout le monde peut être beau ? Ben, je pense que, au fait, il y a la beauté physique et la beauté intérieure et je trouve que la beauté intérieure, elle est plus intéressante, quand même.
'''Jérôme''' : On s'en fout des poumons.
'''Gérard''' : Non, mais oh ! Qui c'est qui dit ça, là ? ''[silence]'' Hé, j'aime bien...
'''Jérôme''' : Jérôme, excuse-moi, excuse-moi.
'''Gérard''' : Non, mais vous allez... Quand je demande qui c'est qui dit ça, vous êtes priés de donner vos noms, d'accord ?
'''Nina''' : Gérard, je continue, là. Donc, je disais, tout le monde est beau de l'intérieur, c'est clair.
'''Gérard''' : C'est-à-dire ? Comment ça ?
'''Nina''' : Ben, tout le monde a, au fond de soi, un bon cœur, quoi. Et en ce qui concerne la beauté physique, non, tout le monde ne peut pas être beau. C'est clair.
'''Gérard''' : OK, Claire.
'''Claire''' : Oui, alors moi, je conclue, c'est pas évident, parce que, en fait, tout le monde a raison, parce que je suis d'accord avec tout le monde. La beauté, c'est pas dehors, et puis c'est le charme qui compte, c'est pas la tronche.
'''Gérard''' : Donc, moi, je vais quand même vous répondre là-dessus.
'''Jérôme''' : On est obligés ?
'''Claire''' : Ah merde !
'''Gérard''' : Ben oui, vous êtes obligés d'écouter ce que j'ai à vous dire, quand même. Parce que si vous voulez pas écouter, c'est simple, le premier qui ne veut pas écouter, il gerbe ''[bruit d'auditrice qui vomit]''. OK ?
'''Jérôme''' : OK, pas de problème.
'''Gérard''' : Donc, ben, je pense que Mina, t'as tout à fait tort. Claire, par contre, je vois pas du tout le rapport. Moi, je peux te dire une chose, que ça soit côté intérieur, intérieur ou physique, de toute manière, les deux ont le rapport. D'accord ?
'''Claire''' : C'est exactement ce que j'ai dit. Non, c'est Claire qui te parle. Si tu comprends pas ce que je dis, ben...
'''Gérard''' : Ben si, hein. ''[début d'une musique après un bruit aigu]''
'''Jérôme''' : Et ça commence.
'''Gérard''' : Bon, et ça commence, mais... Olivier, tu joues à quoi, là ? Tu joues déjà à quoi, là ? Tu t'amuses à quoi, là ?
'''Manu''' : On a dit, ce soir, on rigole pas tous au garde-à-vous. Le premier qui bouge, dehors.
'''Franck''' : Achtung ''[expression Allemande qui veut dire Attention]''.
'''Gérard''' : C'est quoi, là, cette histoire de musique, déjà ?
'''Jérôme''' : On était partis sur des bonnes bases et Olivier, il a déconné.
'''Gérard''' : Donc, peut-on être trop beau pour être vrai ? Donc, on va demander à Claire.
'''Claire''' : D'abord, il n'y a pas de t à être. Peut-on être quoi ?
''[Larsen puis de la musique]''
'''Gérard''' : Bon, Olivier, tu joues à quoi, là ?
'''Olivier''' : C'est pas moi.
'''Gérard''' : Non, c'est qui, alors ?
'''Olivier''' : Je sais pas.
'''Gérard''' : Ça fait déjà deux, hein. Ça va pas continuer longtemps, hein. Donc, Claire.
'''Claire''' : Oui, peut-ont être quoi ?
'''Gérard''' : Peut-ont être trop beau pour être vrai ?
'''Claire''' : Bien sûr.
'''Gérard''' : Alors, pourquoi ?
'''Claire''' : Ben, je sais pas, c'est le proverbes, hein. Peut-ont être beau pour être vrai, c'est sûr. C'est un proverbe, je veux dire, c'est tout le monde, c'est une vérité, quoi. C'est pas discutable.
'''Gérard''' : D'accord. Euh, Nina ?
'''Nina''' : Euh, ouais, bon, ben, ta question, elle est un peu métaphysique, là, Gérard. Donc, euh... Euh, moi, je pense que non.
'''Gérard''' : Pourquoi ?
'''Nina''' : Ben, je pense qu'on peut pas être beau pour être vrai.
'''Gérard''' : Mais pourquoi ? Moi, je te pose la question, maintenant. Pourquoi ?
'''Nina''' : Euh, pourquoi ? Je sais pas, c'est métaphysique, ça demande de la réflexion, Gérard, cette question.
'''Gérard''' : Bon, ben, réfléchis, puis quand t'auras réfléchi, tu me le diras. Clémentine ?
'''Clémentine''' : Euh, je pense que trop beau pour être vrai, non, mais trop beau pour toi, oui.
'''Gérard''' : D'accord. Franck ?
'''Franck''' : Moi, je pense que trop beau pour être vrai, ça dissimule quelque chose, parce que si on veut avoir l'air trop beau, trop beau gosse et tout, c'est qu'on dissimule une personne qui n'a pas une si grande valeur que ça.
'''Claire''' : Il y a anguille sous roche.
'''Jérôme''' : C'est pour moi que tu dis ça ?
'''Franck''' : Quoi ?
'''Jérôme''' : C'est pour moi que tu dis ça ?
'''Franck''' : Ah non, je dis pas ça pour toi. Je fais une généralité pour les gens qui sont dans ce cas-là.
''[Un rot se fait entendre dans les studios]''
'''Vanessa''' : Ah, mais toi, t'es beau naturellement, je parie.
'''Gérard''' : Jérôme. S'il vous plaît,vous évitez de discuter entre vous, là.
'''Claire''' : C'est un débat, t'es gentil.
'''Manu''' : Je pense qu'ils peuvent s'échanger deux, trois opinions, quand même. C'est un débat.
'''Gérard''' : Ouais, ben, Jérôme ?
'''Jérôme''' : Donc, moi, pour répondre à la question, bon, je t'ai dit que j'étais un beau gosse, c'est vrai.
'''Franck''' : Prouve-le.
'''Jérôme''' : Ah, il y a des gens qui peuvent témoigner, hein.
'''Gérard''' : Non, non, mais je crois qu'il y en a... Je crois que... ''[un larsen refait son apparition]''... Oh, merci pour le larsen ! Je crois qu'il y en a, les fleurs, elles vont pas leur coûter cher cette année, hein.
'''Jérôme''' : Pourquoi tu dis ça ? Pourquoi tu m'insultes ?
'''Gérard''' : Non, mais je t'insulte pas. ''[De la musique revient]''. Oh, vous arrêtez avec la musique !
'''Clémentine''' : Si, si, tu l'as insulté Gérard.
'''Gérard''' : Non, mais attends... Quand je dis qu'il y en a que pour eux, les fleurs, cette année, vont pas coûter cher, c'est pas une insulte, OK ?
'''Claire''' : C'est dégueulasse.
'''Jérôme''' : Je le prends mal.
'''Gérard''' : Non, non, non, c'est pas une insulte. Je suis désolé. Eh ben, si tu le prends mal, si t'es pas content, tu retournes au standard, d'accord, Jérôme ?
'''Franck''' : Ça veut dire quoi, Gérard?
'''Gérard''' : Non, parce que... J'ai pas l'intention de...
'''Jérôme''' : Vas-y, fais des proverbes, qu'on se marre.
'''Gérard''' : C'est que pour toi, cette année, les fleurs vont pas être... Ça va pas te coûter cher, hein. Parce que, pour l'instant, à mon avis...
''[Demande collective des auditeurs et auditrices pour savoir ce que cette expression veut dire]''
'''Jérôme''' : Parce que je suis radin c'est ça ?
'''Gérard''' : Voilà. Vanessa.
'''Vanessa''' : Trop beau pour être vrai ? Moi, je pense qu'il y a la beauté naturelle et puis il y a la beauté qui est un peu cachée, c'est-à-dire le maquillage et tout, et tout, quoi. Donc, il faut faire la différence, quoi, c'est tout.
'''Gérard''' : D'accord. Donc, Nina, tu voulais rajouter ?
'''Nina''' : Ouais, ben, ma réflexion est terminée. En fait, pour être vraie, il faut pas être trop beau, hein.
'''Gérard''' : Ouais, d'accord.
'''Jérôme''' : J'ai pas compris ta connerie sur les fleurs.
'''Gérard''' : Non, ben, c'est pas grave. Si tu comprends pas, c'est pas de ma faute, hein. Si je te dis que cette année, pour toi, les fleurs ne vont pas être chères...
'''Claire''' : C'est clair !
'''Gérard''' : Ça veut dire que le jour où tu vas offrir un bouquet de fleurs à quelqu'un, je crois que ça te coûtera pas cher.
'''Jérôme''' : Parce que tu prétends que j'ai des business, c'est ça ?
'''Gérard''' : Non, non, mais comme tu prétends... Ça fait la deuxième question que je te pose, depuis la deuxième... Depuis tout à l'heure, t'arrêtes pas de te vanter. Donc c'est pour ça que je te dis que cette année, les fleurs, elles vont pas te coûter cher, cette année.
'''Jérôme''' : Mais c'est de ma faute si je suis une bête de sexe ?
'''Gérard''' : Ouais, mais t'as pas trop les chevilles qui enflent, aussi.
'''Jérôme''' : Si, si, un petit peu, ouais.
'''Gérard''' : Ah, bah, ouais. C'est bien ce qui me semblait. Donc, comment peut-on voir la beauté intérieure puisqu'elle est cachée ? Alors, donc, on va demander à Jérôme, comme il se prétend beau, vous m'excuserez les nanas. On va demander au ventard.
'''Jérôme''' ''[d'un ton fier]'' : Oui, c'est moi.
'''Gérard''' : Alors, le ventard, vas-y.
'''Jérôme''' : Ben oui, la beauté intérieure, c'est important, aussi, parce que ça... Ça sert à rien d'être beau physiquement si on n'a pas quelques valeurs humaines, je veux dire ''[rires des filles]''. Donc, non, mais c'est sérieux ce que je dis.
'''Gérard''' : Non, mais vas-y, ben, continue.
'''Jérôme''' ''[s'énerve crescendo]'' : Non, j'entends que ça ricane. Tu vois, tes fleurs, elles seront pas prêtes au printemps, toi !
'''Gérard''' : Attends, mais, oh ! Hé, Jérôme ! Encore une connerie comme ça, je te préviens, tu vas même pas finir le débat, là.
'''Jérôme''' : Attends, mais c'est pas une connerie, c'est un proverbe.
'''Claire''' : C'est un proverbe Gérard.
'''Gérard''' : Ouais, non, mais tu vas te calmer, mon pote, là. Je te le dis tout de suite.
'''Manu''' : Il a rien dit, Gérard, là.
'''Jérôme''' : Ben ouais, j'ai rien dit, faut pas déconner. Merci, Manu.
'''Gérard''' : Non, mais attends, si t'es pas content, c'est le même prix. Donc, Franck ?
'''Franck''' : Oui, moi, je pense que on peut découvrir la beauté intérieure de quelqu'un en allant vers sa personne, en parlant avec elle, et c'est déjà surpasser la beauté extérieure, qu'elle soit moche ou pas.
'''Gérard''' : Ouais, mais, Franck, est-ce que t'as bien compris la question ?
'''Franck''' : J'ai compris la question.
'''Gérard''' : C'est ça, parce que là, je sais pas ce que tu me réponds, parce qu'apparemment...
'''Franck''' : Peut-être que je me suis égaré dans ma réponse, mais... Bon, comment est-ce qu'on peut découvrir la beauté intérieure de quelqu'un ?
'''Gérard''' : Comment peut-on voir la beauté intérieure puisqu'elle est cachée ?
'''Franck''' : Eh ben, c'est justement en ayant des conversations avec la personne...
''[Olivier siffle avec sa bouche tandis que les lumières du studio s'éteignent et se rallument en clignotant]''
'''Gérard''' : Olivier, s'il te plaît, t'arrêtes de jouer avec la télécommande et vous arrêtez de jouer avec les lumières, à les éteindre et à les allumer sans arrêt. Parce que là, ça commence à me prendre la tête.
'''Nina''' : Il y a des fantômes dans le studio, à ce que je vois.
'''Gérard''' : Olivier, s'il te plaît !
'''Olivier''' : J'ai rien fait.
'''Claire''' : Jour nuit ''[citation extraite du film Les Visiteurs]''
'''Gérard''' : Ça commence à bien faire, hein, maintenant, tes conneries.
'''Jérôme''' : Faut pas tuer l'ours avant de mettre la charrue avant les bœufs, tt manière.
'''Claire''' : Exactement.
'''Gérard''' : Bon, Clémentine.
'''Clémentine''' : Un tien vaut mieux que deux boeuf tu l'auras.
'''Vanessa''' : Et l'habit ne fait pas le moine.
'''Jérôme''' : Et la bite quoi ?
'''Gérard''' : Euh, Clémentine... Clémentine, tu réponds à la question, sinon tu vas gerber.
'''Clémentine''' : Excuse-moi, excuse-moi. Euh, ouais, la beauté intérieure, avec une échographie, ou... Il y a des personnes qui s'appellent les devins et qui ouvrent des animaux et qui regardent leurs entrailles. Et donc, elles peuvent voir à l'intérieur...
'''Jérôme''' : On a dit qu'on parlerait pas de Sandy.
'''Clémentine''' : Excuse moi, j'ai oublié.
'''Gérard''' : Attendez, attendez, attendez ! Qui sais qui vient de parler de Sandy ? C'est Jérôme, alors, Jérôme, bonne nuit.
'''Jérôme''' : Non non, c'est pas moi.
'''Clémentine''' : C'est moi, je suis désolée.
'''Gérard''' ''[regarde Manu]'' : T'essayes de savoir, là, sur les deux mecs et Clémentine, je sens que tu vas pas finir le débat, toi.
'''Clémentine''' : Oh, non, mais c'est pas gentil, là. Tu me fais beaucoup de peine, Gérard.
'''Gérard''' : Et alors, j'en ai rien à foutre.
'''Clémentine''' : Oh, bah, merci, hein. T'es sympa avec les filles, au moins.
'''Gérard''' : Alors, Nina ?
'''Nina''' : Ouais, bah, moi, je dis qu'en fait, la beauté intérieure, on la découvre par le dialogue, donc avec des conversations, tout ça, des sorties, des promenades, tout ça. On découvre la personne. Et on voit ce qui se cache derrière, quoi.
'''Gérard''' : D'accord. Claire ?
'''Claire''' : Oui, bah, moi, je suis d'accord avec machine. Donc avec Nina. C'est en parlant avec les gens qu'on découvre ce qu'ils sont, mais c'est surtout en les laissant parler. Il faut être plus malin qu'eux.
'''Gérard''' : D'accord. Et Vanessa, pour finir ?
'''Vanessa''' : Oui, bah, moi, je pense que... Oui, je pense que la beauté intérieure, elle est, enfin, presque aussi importante que celle de la beauté extérieure.
''[Olivier siffle]''
'''Gérard''' : Olivier, attends, s'il te plaît avec cette télécommande. Excuse-moi, Vanessa.
'''Claire''' ''[alors qu'Olivier siffle encore]'' : C'est pas très courtois de couper la parole aux filles.
'''Gérard''' : Oh ! Olivier, s'il te plaît, t'arrêtes avec la télécommande ou quoi là ? Merde !
'''Jérôme''' : Mais c'est pas grave, c'est pas grave.
'''Gérard''' : La semaine dernière, c'était l'ordinateur, maintenant, c'est la télécommande, aujourd'hui.
'''Vanessa''' : Fous-lui des claques.
'''Gérard''' : Punaise, tu vas pas commencer comme ça à la troisième question, hein ?
'''Jérôme''' : On essaie de faire un débat sérieux.
'''Manu''' : Pour une fois que ça se passe bien Oliv...
'''Claire''' : Pourri pour une fois.
'''Vanessa''' : Oui donc pour dire que c'est bien d'avoir un beau cul, une belle gueule, mais il fallait aussi un cerveau, voilà, c'est tout.
'''Jérôme''' : Moi, j'ai tout ça.
'''Vanessa''' : D'accord, t'as bien de la chance. T'habites où ?
'''Jérôme''' : J'habite Paris.
'''Franck''' : J'ai que le cerveau moi.
'''Gérard''' : Alors, une belle-mère peut être laide ?
'''Vanessa''' : C'est une question ?
'''Gérard''' ''[riant]'' : Oui, c'est la question, malheureusement.
'''Jérôme''' : C'est du vécu ou...
'''Gérard''' : Non, mais je vous pose la question.
'''Franck''' : Franck, je peux répondre ?
'''Gérard''' : Vas-y.
'''Franck''' : Une belle-mère peut être laide ? Non, pas forcément, tu vois. Par exemple, t'as Claudia Schiffer en belle-mère, tu te maries avec sa fille... Elle sera pas affreuse, quoi. Une belle-mère peut être belle ou moche, oui.
'''Vanessa''' : Ouais, mais Claudia Schiffer, ça pourra jamais être ta belle-mère, parce qu'à partir du moment où c'est ta belle-mère, c'est qu'elle a au moins 40 ans, 45 ans, quoi.
'''Jérôme''' : Mais si elle nique avec David Copperfield, je veux voir la gueule du gosse, quand même.
'''Vanessa''' : C'est clair.
'''Claire''' : Moi je dis qu'elle doit être belle.
'''Olivier''' : J'ai un message sur 3615 Fun Radio de Savannah qui dit « Mon Gégé, la pointe de mes seins se durcit de plus en plus, ma main glisse lentement entre mes cuisses pour fouiller mon intimité. » Elle a laissé son numéro de téléphone.
'''Gérard''' : C'est pas mal. Tu la rappelles.
'''Phildar''' : Salope.
'''Gérard''' : Euh...salope...minute, on commence pas. Jérôme ?
'''Jérôme''' : Oui.
'''Gérard''' : Bon, tu te réveilles ou quoi ?
'''Jérôme''' : Ouais, ouais, ouais.
'''Olivier''' : Non, tu dors. Non, mais non. Allez, tu dégages.
'''Jérôme''' : Non, non, mais attends.
'''Gérard''' : Non, non, j'attends pas, j'attends pas.
'''Jérôme''' : Non, mais la question, je sais pas, on a parlé de Cindy Croford, tout ça.
'''Gérard''' : Non, non, mais moi, j'attends pas, Jérôme. C'est terminé pour toi.
'''Olivier''' : On n'a jamais parlé de Cindy Croford. C'est sur la différence d'âge, le débat.
'''Jérôme''' : Ah, d'accord. Alors, moi, je suis contre. Je suis contre, moi.
'''Gérard''' : Allez, hop, allez, hop. Dehors pour lui, c'est terminé. Vanessa ?
'''Vanessa''' : Écoute, moi, je pense que ma future belle-mère, elle a quand même beaucoup de charme.
'''Franck''' : Mais est-ce qu'elle est belle ? Ta belle-mère a beaucoup de charme, mais je veux dire dans le sens où c'est une femme agréable ou est-ce qu'elle est belle de visage ?
'''Vanessa''' : Écoute, je pense qu'elle est mignonne et sympathique, vivante, elle a beaucoup de charisme. Donc, franchement, c'est quelqu'un de bien, quoi.
'''Franck''' : Donc, c'est l'opposé du stéréotype de la belle-mère, quoi.
'''Vanessa''' : Ah ouais, c'est clair, quoi. Elle est ouverte d'esprit, c'est ça qui est important, quoi.
'''Gérard''' : Donc, Clémentine ?
'''Clémentine''' : Ben, moi... Ben, moi, pour l'instant, j'ai pas de belle-mère, tu vois. Donc, je peux pas te dire, mais oui, bien sûr qu'une belle-mère peut être belle. D'ailleurs, je salue toutes les belles-mères de France.
'''Franck''' : D'où le nom de belle-mère.
'''Clémentine''' : Gérard, au fait, ta belle-mère, à toi, elle est comment ?
'''Gérard''' : Ben, je peux pas répondre sur cette question-là, malheureusement.
'''Clémentine''' : Ah, tu connais pas la mère de...
'''Gérard''' : Non, non, c'est tout, c'est tout.
'''Olivier''' : Y a Catherine qui est belle-mère sur minitel, qui a 40 ans et qui demande si on a besoin d'avoir son opinion.
''[Larsen]''
'''Claire''' : Non, non.
'''Gérard''' : Bon, Olivier, t'arrêtes, s'il te plaît, avec la télécommande, ça commence à m'énerver, maintenant.
'''Olivier''' : Moi, je trouve ça sympa, ça fait ce stroboscope dans la...
'''Gérard''' : Ouais, mais merde ! Tu commences à m'énerver. Merde, quand même. C'est toi qui me fais du larsen, là, maintenant.
'''Olivier''' : Non, non.
'''Manu''' : Il fait du larsen avec la lumière.
'''Nina''' : Bon, je réponds, Gérard, je réponds.
'''Manu''' : Gérard, Gérard, on accueille Luc à la place de Jérôme.
'''Luc''' : Oui, bonsoir, bonsoir, tout le monde.
'''Nina''' : Donc, je réponds ? Donc, pour moi, toutes les belles-mères sont laides. Il n'y a que ma maman qui est belle. Toutes les mamans sont belles. Les belles-mères sont moches.
'''Gérard''' : D'accord. Claire ?
'''Claire''' : Ouais, ben, moi, je dis que quand t'épouses la fille, t'épouses la mère. Donc, si ta femme est belle, ta belle-mère le sera aussi.
'''Gérard''' : Alors, donc, moi, je pense qu'il y a un proverbe qui dit pour avoir la fille...
'''Franck''' : Faut avoir la mère.
'''Gérard''' : Voilà.
'''Claire''' : Oui, non, mais c'est pas du tout ce que je te dis.
'''Gérard''' : Ouais, non, mais je sais, mais c'est un proverbe.
'''Olivier''' : Ça veut dire qu'il faut coucher avec la mère pour avoir la fille ?
'''Claire''' : Exactement.
'''Olivier''' : Eh ben, dis donc, c'est dégueulasse. C'est immonde. Et t'as couché avec la mère de ta copine ?
'''Claire''' : Gérard, il n'est pas au zoophile.
'''Luc''' : Tu pourrais me répéter la question ? Je viens d'arriver, moi.
'''Gérard''' : Une belle-mère peut être laide ?
'''Luc''' : Ben, oui, tout à fait. J'en suis la preuve vivante.
'''Claire''' : Tu es une belle-mère ?
'''Luc''' : Ben, non, pas du tout. Mais vous comprenez tout de traviole. C'est que je veux dire que j'ai une belle-mère toute chome, quoi. Autant de l'intérieur que de l'extérieur.
'''Nina''' ''[riant]'' : J'ai rien compris, Gérard.
'''Gérard''' : Moi non plus.
'''Manu''' : je crois que chome, ça veut dire moche, mais c'est du verlan.
'''Gérard''' : Non, mais Olivier, s'il te plaît, t'essaies de me redonner un peu plus de retour dans mon casque, parce que là, c'est le vrai bordel.
'''Olivier''' : Non, c'est pas bien pour toi, parce que après tu deviens sourd.
'''Gérard''' : Non, mais là, j'entends très mal ce qu'ils me disent.
'''Franck''' : Il y a un larsen, c'est horrible.
'''Olivier''' ''[agacé, mais sur fond de larsen]'' : Oui, je sais, je n'y peux rien, ce n'est pas de ma faute.
'''Franck''' : Lâche ta télécommande, alors.
''[Une série de larsens s'enchaînent]''
'''Gérard''' : Bon, alors, allez, les vieux beaux...
'''Nina''' : Vas-y, Gérard, pose ta question, vas-y.
'''Gérard''' : Non, mais là, ça commence à m'énerver, ce larsen.
'''Olivier''' : Gérard, t'énerves pas, on est à 3 000.
'''Nina''' : C'est un problème de satellite, ça va partir, Gérard.
'''Gérard''' : Oui, c'est ça.
'''Olivier''' : Bien sûr. Elle a tout compris.
'''Gérard''' : Quand ils font du sport, est-ce les beaux suent ''[question posée en bafouillant car Gérard ne la comprend pas, la déchiffre mal].''
'''Manu''' : Est-ce que t'es bossu ? Surtout quand ils font du sport, c'est notre dame.
'''Olivier''' : Attends, c'est quoi la question, on n'a rien compris.
''[Gérard arrive enfin à répétér la question correctement]''.
'''Franck''' : Oh le jeu de mots !
'''Luc''' : De notre Dame ou de?
'''Gérard''' : Bon, Vanessa, allez.
'''Vanessa''' : Je pense que tout le monde sue. On est tous humains, même les beaux, autant que les moches.
'''Gérard''' : D'accord. Luc ?
'''Luc''' : Je pense que tout le monde sue, tout le monde pue, tout le monde chie, tout le monde pisse.
'''Olivier''' : Il a raison dans un certain sens.
'''Franck''' : La transpiration est un phénomène général, donc tout le monde transpire, donc ça comprend aussi les beaux.
'''Gérard''' : D'accord. Clémentine ?
'''Clémentine''' : La transpiration permet l'élimination des toxines, et c'est utile.
'''Gérard''' : Nina ?
'''Nina''' : Ouais, bah tout le monde sue, c'est intergalactique. Tout être humain sue, c'est normal.
'''Franck''' : Même Ultraman.
'''Gérard''' : Claire ?
'''Claire''' : Bah ouais, tous les peaux suent, tous les boney M, tout le monde est beau.
'''Gérard ''' : Alors, peut-on...
'''Olivier''' : Non, non, non, et toi ? Et toi ?
'''Gérard''' : Bah, de toute manière, la transpiration, tu peux rien faire malheureusement.
'''Olivier''' : Toi, tu sues beaucoup, tu sues beaucoup, quand même.
'''Gérard''' : Bah, comme tout le monde, c'est tout.
'''Olivier''' : C'est pour ça que tu mets beaucoup d'Adidas, non ?
'''Gérard''' : Non, j'en ai plus.
'''Manu''' : Maintenant, il en a tellement mis qu'il sue de l'Adidas, maintenant.
'''Olivier''' : Tu te mets quoi maintenant ? Weezar au WC qui pue ?
'''Gérard''' : Si y'en a qui pouvaient envoyer de l'Adidas...
'''Luc''' : Bah, Gérard, moi, je vais t'envoyer de l'Air Week à la radio.
'''Nina''' : Je voulais savoir, tu te laves chaque matin les aisselles avec du savon avant de mettre du déo, d'abord ?
'''Gérard''' : Bah, oui.
'''Claire''' : Est-ce que tu mets de l'eau ?
'''Gérard''' : Ben en principe, quand tu te laves avec du savon, tu te laves sans eau ?
'''Claire''' : Non, mais je te demande.
'''Clémentine''' : C'est à toi qu'on pose la question, hein.
'''Gérard''' : Ouais, non, mais... Moi, je te renvoie la pareille : est-ce que tu mets de l'eau pour te mouiller ?
'''Claire''' : Pour mouiller, je mets de l'eau.
'''Nina''' ''[suspicieuse]'' : Gérard, chaque matin, tu te laves ?
'''Olivier''' : Tous les matins ?
'''Luc''' : Non mais ça j'y crois pas trop.
'''Claire''' : Tous les lundis matins.
'''Gérard''' : Bah, oui. Donc, alors, peut-on prendre son pied s'il est beau ?
'''Nina''' ''[en rigolant]'' : Un verbe, un sujet, un complément.
'''Franck''' : Gérard, c'est Franck. Dans ta question, tu dis s'il est beau, mais c'est aussi s'il est belle.
'''Luc''' : On ne ressemble pas tous à Gérard donc...
'''Gérard''' : Bah, si tu veux, à la rigueur, oui. Donc, j'avais demandé à Claire de répondre avant que Franck ait coupé la parole.
'''Franck''' : Excuse-moi, Claire.
'''Claire''' : Oui, non, mais je t'en prie. Bah, s'il est beau, mais si t'en as rien à foutre, ça, en général, tu le vois pas, et puis, c'est l'amour, c'est pas... C'est pas la photo de quelqu'un, quoi. C'est du sentiment, c'est autre chose. Donc, évidemment, tu prends ton pied si tu l'aimes.
'''Gérard''' : Arrête, Olivier, s'il te plaît, de te foutre de ma gueule, parce que, tout à l'heure, tu vas gerber de la pro. Je te le dis tout de suite, tu vois.
'''Luc''' : J'ai jamais gerbé de la production, moi.
'''Nina''' : Bah, écoute, s'il est beau, ça dépend ce que ça veut dire, si on veut dire beau, quoi. Donc, je sais pas, on le trouve beau, quoi.
'''Olivier''' : Beautiful, beautiful.
'''Manu ''' : Mais ça dépend aussi où est-ce qu'on place l'échelle de la beautitude ?
'''Olivier''' : Ça dépend de la langue, aussi. Beautiful, en anglais, c'est pas la même chose que beau, en français.
'''Claire''' : Verchun.
'''Gérard''' : Euh, Clémentine, je crois.
'''Clémentine ''' : Ouais, bah, moi, j'aime beaucoup mes pieds. D'ailleurs, j'arrive à me gratter l'oreille avec le pied, et c'est très utile, hein.
'''Gérard''' : Alors, là, tu as... tu vas m'expliquer comment que tu peux faire.
'''Manu''' : Il veut que tu lui apprennes.
'''Clémentine''' : Oh, bah, il suffit d'être un peu souple. D'ailleurs, là, en ce moment, je me gratte l'oreille avec le pied [B''ruit de grattement avec la gorge].''
'''Gérard''' : D'accord.
'''Luc''' : Faut la gerber, Gérard, celle-là.
'''Gérard''' : Ouais, j'ai l'impression.
'''Franck''' : Peut-on prendre son pied s'il est beau ? Peut-on prendre son pied si elle est belle ? Ben... ''[Olivier siffle avec ses lèvres]'', je pense... Je pense que la beauté physique a rien à voir là-dedans.
'''Gérard''' : Non, s'il est beau !
'''Franck''' : Oui, s'il est beau ! Le pied, bah... Oui, moi, je suis pas tellement... Enfin, je veux dire, la beauté physique, pour moi, ça n'a rien à voir, quoi. Enfin, j'ai pas envie vraiment de m'exprimer là-dessus pour dire quelque chose que je pense pas, quoi.
'''Gérard''' : D'accord. Luc ?
'''Luc''' : Ouais, bah, moi, vu que j'ai de jolis pieds, de beaux pieds, bah, je vais arriver à les prendre dans la main, ouais.
'''Gérard''' : Vanessa ?
'''Vanessa''' : Bah, moi, je pense que c'est quand même important parce qu'on prendra plus son pied avec un top bon qu'avec une grosse baleine, quoi. Et c'est clair que tu vas mettre un mec devant un monstre, il va débander, quoi.
'''Franck''' : Il va récrécir, même.
'''Luc''' : Il suffit que tu mettes Gérard et le tour est joué !
'''Gérard''' : Non, mais avec les pieds, je te parle.
'''Vanessa''' : Avec les pieds ? Bah, tu fais ce que tu fais avec tes pieds, hein.
'''Franck''' : Tu veux dire le pied, le machin qui a cinq orteils ?
'''Gérard''' : Hum-hum.
'''Franck''' : Ah, d'accord, j'avais pas compris.
'''Claire''' : Tu parlais du pied de chaise ?
'''Gérard''' : Si on nous referme avec une belle...
'''Olivier''' : Gérard, c'est pas toi qui as préparé ton débat, là ?
'''Gérard''' : Bah, certaines questions, non.
'''Manu''' : Non, et toutes, hein, parce que ça se sent, là.
'''Max''' ''[rentré dans le studio depuis quelques instants]'' : Non, mais ça se sent tout de suite parce que t'as quand même des questions avec des jeux de mots et tu comprends même pas les jeux de mots qu'il y a dans tes questions, donc c'est pour te dire. Donc ce qui fait que du fait que c'est pas tes questions, tu réponds chacun son tour, c'est mou. T'en es déjà la cinquième, donc, quoi, dans dix minutes, on a fini ?
'''Manu''' : Conclusion, c'est bidon.
''[Suit un moment un peu confus où chacun soutient le discours de Max tandis que Gérard fuit]''
'''Olivier''' : Sur Minitel, il y a Aristo qui dit que je sens la merde, c'est vachement plus intéressant.
'''Gérard''' : dans ces cas-là s'il sent la merde, il a qu'à se laver, ce con.
'''Nina''' : Gérard, vas-y, pose ta prochaine question, vas-y.
'''Gérard''' : Bah, de toute manière, vous allez réfléchir, on va mettre un disque.
'''Olivier''' : Ah, merde, j'ai pas préparé de disque.
'''Manu''' : Olivier, tu fais pas ton boulot correctement.
'''Olivier''' : J'ai pas préparé le disque.
''[Confusion : Olivier fait semblant de chercher un disque, les auditeurs réclament des titres, Gérard laisse un moment de flottement où il élimine Luc, qui l'attaque sur la sexualité. Franck est éliminé dans le même contexte, en une minute. Finalement, Gérard enchaîne, contrarié de ne pas avoir de disque]''
'''Gérard''' : Alors, c'est... Si on est enfermé avec une belle, peut-on se la faire ?
'''Nina''' : Bon, ben, on répond, là ?
'''Gérard''' : Non, vous allez attendre, vous allez réfléchir.
'''Olivier''' : On va écouter, on va écouter, "Spin, spin, sugar", là.
'''Clémentine''' ''[joyeuse]'' : Ouais !
'''Olivier''' : Parce que tu l'as demandé.
'''Clémentine''' : Ben ouais, c'est gentil.
'''Olivier''' : Ouais, ça, c'est nul, comme truc.
'''Clémentine''' : Mais non, c'est...
'''Nina''' : Non, on écoute les demoiselles de suresnes.
'''Gérard''' : Y'en a pas.
''[Nouveau débat, Olivier lance deux introductions de disque pendant trois secondes]''
'''Gérard''' : C'est quoi, là, ce cirque que tu me fais, là, Olivier ?
'''Olivier''' : C'est la fanfare, pour rassurer.
'''Gérard''' [''rire expressif de Phildar]'' : C'est quoi ce rire. Phildar qui rigole comme un canard sauvage. Donc, c'est la suite des débats, donc continuez de nous appeler. Je voudrais des réactions sur Minitel, quand même, sur le thème, sur la beauté, quand même, parce qu'on en a pas beaucoup, et je voudrais que ça se réveille un petit peu sur Minitel 3615 code Funradio, rubrique direct.
'''Olivier''' ''[enthousiaste, lançant la fanfare]'' : Ouais !
'''Gérard''' : Toujours au standard ! Ca y est Olivier, t'as terminé de jouer au con, quand j'annonce les numéros, pour que les gens puissent continuer d'appeler. Donc, vous pouvez toujours nous appeler sur le 3615, Funradio, rubrique direct.
'''Olivier''' : Alors là, vous dites allô, sur le 3615, Funradio, rubrique direct.
'''Gérard''' : Et au 0800... Au 0870 5000 et 0803 70 5000. ''[reprise de la fanfare, Gérard s'agace].''
'''Olivier''' : Tu t'es trompé sur le 0803, t'as dit 0803 70 5000, et c'est 0803 08 5000.
'''Gilbert''' : Gérard, est-ce que t'arrives à tenir les allons sur ton nez, là, tu sais comme les phoques ?
'''Gérard''' : Gilbert, tu vas pas commencer, parce que sinon, tu vas dégager tout de suite.
'''Gilbert''' : D'accord, d'accord, monsieur.
'''Olivier''' : Il y a Savannah sur Minitel qui dit : « Mon Gégé d'amour, ma main fouille de plus en plus profondément dans mon intimité et je sens la jouissance monter dans tout mon être. Appelle-moi. »
'''Gérard''' : Qu'elle est son numéro.
'''Gilbert''' : On va t'appeler la chienne.
'''Gérard''' : La chienne, Gilbert, alors... La chienne, tu vois...
'''Gilbert''' : Non, mais c'est une chienne, attends, elle est en train de se... Elle se met des doigts.
'''Gérard''' : Mais toi t'es un chien, parce que tu la traites comme ça, donc si tu continues, c'est elle qui va prendre ta place.
'''Gilbert''' : Ah, ouais, moi, je suis un chien, je suis une chienne, je vais la prendre en levrette.[''début de fanfare de type cirque].''
'''Gérard''' : Ça y est, on peut continuer les débats plutôt que de jouer au con, Olivier ?
'''Gilbert''' : Vas-y, Bozo, pose ta question.
''[Les auditeurs et Olivier, chantent, tour à tour, la chanson Mais non, mais non].''
'''Gérard''' : Ça y est, on se calme ! Donc, si on est enfermé avec elle, avec une belle, peut-on se la faire ? Alors, je vous préviens, vous allez tous répondre d'un seul coup, mais si je vois que c'est le bordel, je vais vous calmer d'entrée, d'accord ?
'''Olivier''' : Attention, 3, 2, 1... Tout le monde...
''[Tout le monde parle normalement mais chacun suivant une improvisation de bavardage, les uns sur les autres et sans discuter entre eux. Gérard hurle pour calmer le bruit. Olivier relance la fanfare de cirque, Gérard s'agace].''
'''Gérard''' : Olivier, ça commence à bien faire, tes conneries. Donc, j'ai pas demandé de faire le bordel...
'''Franck''' : Et tu lâches cette télécommande.
'''Gérard''' : Toi je t'emmerdes, si t'es pas content.
'''Vanessa''' : C'est pas toi qui l'as faite, la question ?
'''Gérard''' : Bah, si c'est pas moi qui l'ai faite, moi, je vous pose la question, donc.
'''Nina''' : C'est pas grave, Gégé, je réponds. Donc, c'est Nina. Donc, au fait, bah, écoute, ça dépend du consentement mutuel, quoi. Ça dépend des deux, quoi.
'''Gérard''' : Dans quel sens ?
'''Nina''' : Gérard, je vais faire un schéma. Donc, il y a deux personnes. L'autre personne est plus belle que l'autre. Donc, je sais pas, c'est le consentement.
'''Olivier''' : Ouais, mais ils sont deux à combien ?
'''Manu''' : Ah, j'ai rien compris.
'''Nina''' : Ah vous n'avez pas compris.
'''Claire''' : Il y en a plusieurs, déjà.
'''Clémentine ''' : Gérard, il faudrait que tu nous expliques. Je voudrais savoir comment ce serait possible qu'une belle fille se retrouve enfermée avec un mec dans une chambre noire. Comment c'est possible ? Raconte-moi l'histoire, là.
'''Gilbert''' : Tu l'as prends en otage.
'''Gérard''' : Bah, à ton avis... Mais, automatiquement, il y a certaines filles, quand on fait l'amour, elles aiment bien être dans le noir.
'''Clémentine''' : Oui, mais pourquoi est-ce qu'elle est rentrée avec un mec moche dans une chambre noire ?
'''Gilbert''' : Pour pas le voir, justement.
'''Gérard''' : Bah, voilà !
'''Franck''' : Elle avait pas vu que c'était moi.
'''Gérard''' : Bon, et qui c'est qui répond des trucs cons comme ça, là ? Non, mais donnez vos noms, parce que tout à l'heure, les deux mecs, vous allez gerber.
'''Olivier''' : Il y a Sacha, sur Aristo, qui vient de me donner ton numéro de portable.
''[Trois auditeurs donne trois paire de chiffres du numéro de téléphone mobile]''
'''Gérard''' : Oui, alors là, maintenant... Alors là, maintenant, vous gerbez tous. Allez, hop !
'''Gilbert''' : Jingle ! Jingle ! ''[La fanfare de cirque reprend, les auditeurs chantent dessus].''
'''Gérard''' : Non, non, mais moi, je rigole pas.
'''Manu''' : Mais ils l'ont pas donné, il y a beaucoup de portables qui commencent comme ça, c'est pour ça qu'ils peuvent être au courant sans avoir ton numéro, Gérard.
'''Gérard''' : Non, mais... Non, non, mais qu'on s'amuse pas à commencer à donner des numéros comme ça à l'antenne, parce que sinon, ça va mal se terminer pour tous.Parce que moi, si vous continuez, vos numéros de téléphone, je vais les prendre et je vais les balancer aussi à l'antenne.
'''GIlbert''' : Je m'en fous, vas-y, fais-le, fais-le !
'''Gérard''' : Alors, je vous préviens d'entrée, calmez-vous. D'accord ?
'''Gilbert''' : Des menaces, toujours des menaces.
'''Manu et Gilbert''' : Alors, donc, Gilbert, 01 43 61.
'''Gérard''' : Claire, donc, si tu...
'''Franck''' : Oui, 05.
'''Claire''' : Ouais, bah, moi, je veux dire que si un mec croise ça, il peut se toucher profond, quoi.
'''Gilbert''' : Tu dis ça pour moi ?
'''Claire''' : Non, pour celui que tu veux.
'''Gérard''' : Bon, alors, toi... Toi, tu donnes ton nom quand tu dis toi, parce que sinon, ça va pas aller du tout, toi.
'''Gilbert''' : Pourquoi tu veux que je donne mon nom ?
'''Gérard''' : Eh alors, tu peux très bien répondre en donnant ton nom quand tu parles. Donc Nina.
'''Mina''' : Oui, Gégé. Bah, écoute, moi, je t'ai répondu, hein. Donc, ça dépend, donc, ça dépend. Les deux personnes, elles vont se retrouver. Donc, si ça chauffe bien, si tout le monde est... Si la personne est en forme, si elle est bien excitée, tout ça, donc, ça va se faire, quoi. Gérard, la question, c'est l'excitation. Si la personne est excitée ou pas.
'''Gérard''' : Non, en fin de compte, si on est enfermé avec une belle, peut-on se la faire ?
'''Mina''' : Bah, oui, on peut se la faire, ouais. Si on est excité, ouais.
''|Bruit de fantôme]''
'''Gérard''' : Bon, celui qui s'amuse à faire la mouche, priez d'arrêter, parce que...
'''Clémentine''' : C'est un fantôme, Gérard. C'est pas une mouche.
'''Gérard''' : ça commence à bien faire.
'''Olivier''' : Bon, qui fait le fantôme ? Non, mais je veux des noms, là. Qui fait le fantôme, Manu ?
'''Manu''' : On se dénonce. Moi je sais pas.
''[Gérard se tait deux secondes, laissant le bruit seul habiter l'antenne]''
'''Gérard''' : Non, mais c'est bien, parce que les blancs, on va continuer à les perdre tant que le mec, il se calmera pas.
'''Olivier''' : Les blancs, comme les fantômes.
''[Cris de loup par un auditeur en voix de tête, bruits de fantôme]''
'''Jérôme''' : Jingle du cirque avec le fantôme.
''[Olivier lance la fanfare de cirque]''
'''Gérard''' : Bon Gilbert et Will dehors. T'arrêtes avec cette merde, maintenant. Sinon, j'arrête. Pauvre con va ! C'est le dernier jeudi que tu fais la pro, toi.
'''Olivier''' ''[inquiet]'' : Eh déconne pas ?
'''Gérard''' : Non, mais si.
'''Olivier''' : Non. Je vais me faire virer. Après, je vais être obligé de revendre les...
'''Gérard''' : Alors, essaye.
'''Franck''' : Mais tu dis ça tous les jeudis.
'''Claire''' : Gérard, il va finir, il va plus y avoir personne dans le studio. Y'aura personne au standard, tu vas tout faire.
'''Gérard''' : Vanessa.
'''Vanessa''' : Je crois que s'il est enfermé, il peut pas se la faire, non ?
'''Gérard''' : Non, mais si, si on est enfermé avec une belle fille.
'''Olivier''' : Pourquoi ?
'''Gérard''' : Vanessa, tu te réveilles ou tu dégages !
'''Vanessa''' : Putain, je peux pas parler, t'as vu le bordel.
'''GIlbert''' : Donc, moi, j'aimerais répondre, c'est Gilbert. Moi, je pense qu'une belle fille, je pourrais me la faire, surtout si je l'attache et je la frappe avant.
''[Rires féminins à l'écoute de cette réponse]''
'''Gérard''' ''[indigné]'' : De quoi ? Attends, attends, j'ai mal entendu, j'ai cru mal entendre quelque chose.
'''Gilbert''' : Moi, si je suis dans une pièce avec une jolie fille, je pourrais me la faire, surtout si je la frappe et je l'assomme avant.
'''Olivier''' : Et tu tues son chien, c'est normal.
'''Nina''' : Il lui manque une case.
'''Gérard''' : Gilbert, Gilbert. Attendez, attendez, attendez. Parce que là, Gilbert, je vais te dire une chose. Tu crois, tu crois que t'es sûr de trouver quelqu'un si tu t'amuses à lui dire ça d'entrée, à la nana ?
''[Olivier répète, avec enthousiasme et soutien, Tu crois, tu crois... ]''
'''Gérard''' : Tu arrêtes de me couper la parole.
'''Olivier''' : Je fais les débats. Tu crois, tu crois, franchement, que si tu t'amuses à lui dire ça, tu crois, tu crois, tu crois que...
'''Manu''' : Non, mais là, je pense que c'est pas possible.
'''Franck''' : Dans la mesure où c'est pas applicable...
'''Gilbert''' : Mais oui, je crois, et si elle parle, je lui casse la mâchoire en deux.
'''Gérard''' : Gilbert, tu dégages, bonne nuit.
'''Gilbert''' : Mais non, mais attends, j'ai le droit de dire ce que je fais. ''Crie cresecndo'' : On est dans un pays libre !
'''Olivier''' : Tu dégages, non, arrête, tais-toi, tais-toi. Tu dégages.
''[Les auditeurs chantent, sans musique, l'air de la fanfare de cirque]''
'''Gérard''' ''[menaçant]'' : Tu permets ta gueule un peu, Olivier, maintenant. D'accord ?
'''Gilbert''' : Tu crois, Olivier, tu crois que tu vas continuer comme ça ?
'''Olivier''' : Je tiens à dire que Gérard a failli me frapper, parce que s'il me frappe, là, j'arrête tout. Ouais, ben, dans ce cas-là, tu as...
'''Gilbert''' : Lance un dernier atum vas-y.
'''Olivier''' : Jusqu'à une date ultérieure. Je tiens à signaler...
'''Gérard''' : Bon, Olivier, tu t'écrases, s'il te plaît, maintenant.
'''Olivier''' : C'est mon débat.
'''Gérard''' : Non, c'est pas ton débat, tu vas la fermer, ou sinon, c'est moi qui dégage. Je l'ai fait une fois à 2h du matin.
'''Franck''' : Ça s'appelle le débat de Gérard, je te rappelle, Olivier.
'''Gérard''' : Alors, fais gaffe à ce que tu fais, maintenant.
'''Olivier''' : Bon, je m'écrase, je dis plus rien.
'''Nina''' : Non, c'est bon, embrassez-vous, allez, faites la paix.
'''Olivier''' : Je peux aller l'embrasser ?
'''Nina''' : Allez, embrassez-vous, Gérard, faites la paix.
'''Olivier''' : Oui, je vais l'embrasser.
'''Franck''' : Une poignée de main, une poignée de main.
''[Olivier fait mine de se lever pour aller vers Gérard, celui-ci se met en position défensive]''
'''Gérard''' : Essaye.
''[Le studio encourage la scène, Olivier se lève et va vers Gérard, qui se met en garde, tout le monde se rasseoit]''
'''Gérard''' : Donc, Gilbert. Tu crois, tu crois qu'en levant la main sur une nana...
'''Gilbert''' : Mais je plaisante Gégé, je plaisante.
'''Claire''' : T'as pas d'humour !
'''Gérard''' : Non, mais attends. Attends, moi, je vais te dire tout de suite, en levant la main sur une nana, c'est que t'as pas de cœur. Donc, Will, pour toi.
'''Gilbert''' : Les filles, je vous aime !
'''Will''' : Oui, je vous aime. Pour moi, en général, si on t'enferme avec une gonzesse dans le noir, à mon avis, tu penses plutôt à t'échapper plutôt qu'à faire l'amour avec elle.
'''Gérard''' : Non, pourquoi ? Non, mais pourquoi, Will ?
'''Wille''' : Je sais pas, tu dis pendant ta question, si on vous enferme.
'''Gérard''' ''[sérieux]'' : Si on est enfermé.
'''Will''' : Si on est enfermé, mais je veux dire, ça dépend si on a été enfermé ou si on a voulu s'enfermer. Parce que si on a voulu s'enfermer, oui, je pense que les deux personnes sont consentantes dès le départ.
'''Clémentine''' : C'est vrai, peut-être que la fille est dangereuse, on n'en sait rien.
'''Gérard''' : Ah ouais, si c'est la fille, c'est vraiment sur le mec.
'''Nina''' : Gérard, c'est tout un roman policier, cette situation, c'est...
'''Will''' : C'est du Cocteau, hein.
'''Nina''' : Ouais, voilà, c'est un roman policier, tout ça. La fille, je sais pas, elle kidnappe le mec, elle l'enferme dans le noir. Un peu de femme fatale, tu vois, le style...
'''Gérard''' : Ouais, mais attends, attends. Attendez, mais pourquoi... Femme fatale, moi, je vois pas du tout... Bon, Olivier, s'il te plaît, tout de suite...
'''Gilbert''' : Moi je crois Gérard, que tu es un croisement entre Patricia Highsmith et une pute.
'''Claire''' : Et toi, Gérard, si un jour tu te retrouvais enfermé dans un ascenseur, par exemple, avec une belle, tu crois que tu te la ferais ?
'''Gérard''' : Ça dépend s'il y a personne, oui, s'il y a du monde, non.
'''Will''' : Gérard, c'est Will, on en revient à ce que tu disais tout à l'heure, si tu te retrouves coincé dans un ascenseur, en général, tu veux sortir.
'''Claire''' : Avec une belle.
'''Clémentine''' : Ouais, c'est un peu Walt Disney, la belle et le clochard dans l'ascenseur.
'''Nina''' : J'ai une question à te poser. Gérard, il y a une femme fatale, tu vois, grosse poitrine, blonde, pulpeuse ''[une auditrice dit Christine en pensant sarcastiquement à cette description]'', tout ça, qui te ligote les mains et tout, et qu'est-ce qu'il se passe ? Qu'est-ce que tu vas faire ? Quelle est ta réaction ? Tu vas te le faire, tu vas être content, qu'est-ce que tu fais ?
'''Gérard''' : Déjà, je ne me laisserai pas ligoter.
'''Gilbert''' : Comment il va boire après ?
'''Nina''' : Non, mais elle te baillonne, elle te ligote. Et elle te dit que si tu veux qu'elle te détache, il faudra passer à l'action, quoi. Alors, qu'est-ce que tu fais ?
'''Gérard''' : Déjà, je ne me laisserai pas ligoter, déjà, pour commencer. Non, mais moi, je peux te dire tout de suite que je ne me laisserai pas ligoter d'entrée, donc, automatiquement, je ne pourrai pas me la faire.
'''Nina''' : Non, mais elle te détache seulement si tu acceptes de passer à l'action.
'''Gérard''' : Ben, c'est à elle de décider, c'est pas à moi.
'''Gilbert''' : Et mieux, mieux, si nous, nous deux, Gérard, on se trouvait dans un carton sous un pont, est-ce que tu me violerais ?
'''Gérard''' : Bon, qui c'est qu'il vient de dire ça ?
'''Olivier''' : Non, mais c'est intéressant. Il faudrait demander l'avis de Sandy, non, pas de Sandy, de...de Ana ?
'''Claire''' : Ana, c'est qui ?
'''Olivier''' ''[ne voulant pas se faire griller par Gérard parce qu'il a cité Sandy]'' : Je sais pas !
'''Gilbert''' : Alors lui, il est complètement chtarbé !
'''Nina''' : Si tu te retrouves avec un mec, qu'est-ce que tu fais ? Il te ligotte, il te baillonne et tout ?
'''Gérard''' : Non, mais attends, j'ai déjà dit que tout à l'heure, j'avais pas encore viré ma cutie, donc, je serai...
'''Olivier et Manu''' : Non, ta goupille.
'''Gérard''' : Bon, je dis ce que je veux, d'accord ? ''[La fanfare de cirque reprend].'' Tu fais chier avec ta merde toi !
'''Manu ''' : Un mot de vocabulaire de plus, ça fait jamais mal.
'''Gérard''' : Putain c'est complètement connard toi ! Alors là, la question, ça va plaire à toutes les nanas, même aux deux abrutis de service.
'''Olivier''' : Non, non, mais toi, t'as pas répondu, Gérard, je pense à la...
'''Gérard''' : Mais moi, j'ai dit que de toute manière, le jour où je me ferais enfermer par quelqu'un...
'''Olivier''' : Ça serait un rêve. Ça serait un rêve. En attendant, sur le 3615 Fun Radio, il y a Savannah qui laisse un message. « Ma main s'enfouit au plus profond de moi. »
'''Gérard''' : Mais, depuis tout à l'heure, on te demande de prendre son numéro de téléphone, vous ne le prenez pas.
'''Olivier''' : « Et ma main se mouille de plus en plus. »
'''Gérard''' : Non, mais toi, Olivier, quand on te demande quelque chose, ça devient dur pour toi.
'''Olivier''' : »Un fluide, s'écoule de plus en plus. »
'''Gérard''' : À quoi que ça sert que tu viennes faire l'appro le jeudi ?
'''Nina''' : Gégé ? Si tu te fais enfermer par Fesse de Babouin, qu'est-ce que tu ferais ?
'''Gérard''' : Bon, alors, Nina, tu la vires direct.
'''Olivier''' ''[abasourdi]'' : Nina, non, tu dégages une fille ?
'''Gérard''' : Allez, au revoir, Nina. [''Fanfare de cirque à nouveau].''
'''Clémentine''' : À tout à l'heure.
'''Claire''' : Tu seras qui, après ?
'''Gérard''' : Nina, bonne nuit. C'est pas la peine de rappeler, tu passeras pas, là, ce coup-là. ''[Des auditrices tentent de lancer une parodie des chiffres et des lettres, Olivier ne suit pas].'' Donc, faut-il être beau pour faire l'amour ?
'''Clémentine et Claire''' : Heureusement que non, hein.
'''Gérard''' : Alors, qui, non ? Mais répondez, mais donnez-vous non, merde. Ça commence à bien faire, là.
'''Olivier''' : Laisse-les parler un peu, aussi, Gérard.
'''Gérard''' : Ouais, mais je leur pose la question qu'ils répondent.
'''Olivier''' : Alors, c'est quoi, la question ?
'''Gérard''' : Faut-il être beau pour faire l'amour ?
'''Claire''' : Mais non, je dis heureusement que non, c'est Claire.
'''Max''' ''[mécontent envers gérard qui se distrait]'' : Oh !
'''Olivier''' : Pourquoi ?
'''Claire''' : Moi, je vais dire un proverbe. Heureusement que Dieu a inventé l'alcool, c'est pour permettre aux moches de pouvoir faire l'amour.
'''Gérard''' : Alors, qui c'est qui vient me dire ça ?
'''Claire ''' : C'est Claire.
'''Gérard''' : Et pourquoi tout de suite l'alcool ?
'''Claire''' : C'est un proverbe, Gérard. Oui, non, mais c'était pas du tout pour toi.
'''Will''' : À noter que Gérard prend vite la mouche.
'''Claire''' : Non mais cela n'était pas du tout pour toi.
'''Gilbert''' : Hé, Gérard, t'as déjà goûté à la liqueur de chêne ?
'''Will''' : T'as qu'à me sucer le gland !
'''Gérard''' : Bon alors Gilbert, dehors !
'''Gilbert''' : C'est pas moi qui ai dit la chute.
'''Clémentine''' : Belle coordination, hein.
'''Gérard''' : Non, mais je sens que... Ou Will ou Gilbert, vous allez dégager. ''[Conciliation où Gilbert et Will s'accusent de mettre le désordre pour faire éliminer l'autre].'' Non, mais Gilbert, tu vas pas foutre ton bordel longtemps, je te le dis tout de suite.
'''Gilbert''' : Ah, non, mais je suis sage, je suis sage.
'''Gérard''' : Donc, maintenant, vous allez... Vous répondez. Alors, si vous voulez pas répondre, vous dégagez. Non, mais vous vous réveillez ou quoi ? ''[Les auditeurs réagissent vigoureusement pour dire qu'ils sont là. Gérard s'adresse à Manu, quittant son micro]'' : Ils dorment ou quoi, là, ce soir ?
'''Manu''' : Mais non, il dorme pas.
'''Olivier''' : Non, mais attends, attends, Gérard. Laisse-le parler un peu, au moins.
'''Will''' : Will, Will, je réponds.
'''Gilbert''' : Vas-y, Will.
'''Will''' : Je peux y aller, Gérard ?
'''Gérard''' : Ouais. Gilbert, tu t'écrasses, c'est pas toi qui...
'''Olivier''' : Vas-y, Gérard, laisse-le parler un peu, Will. Vas-y, Will.
'''Will''' : Bon, alors, Will, il dit que, heureusement que non, on n'a pas besoin d'être beau pour faire l'amour. On peut être moche aussi, parce que le pouvoir sexuel est quelque chose que Dieu a donné à tout le monde et... Et les beaux n'ont pas le droit de le monopoliser. Voilà.
'''Claire''' : De toute façon, tu sais ce qu'on dit, c'est pas les beaux qui baisent le mieux.
'''Gérard''' : Et qui c'est qui dit ça, qui réagit comme ça ?
'''Claire''' : C'est Claire.
'''Olivier''' : Oui, c'est clair.
'''Gérard''' : Eh, Clémentine, tu te révailles, s'il te plaît ?
'''Clémentine''' : Ben oui, ce que je voulais dire, c'est que l'amour est aveugle, donc de toute façon, être beau ou laid, ça n'a aucune importance.
'''Claire''' : Sa canne est blanche.
'''Gérard''' : Non, mais là, je vois...
'''Olivier''' : Ben, il voit pas le rapport.
'''Gilbert''' : Et quand l'amour traverse, je l'écrase.
'''Gilbert''' : C'est une image.
'''Gérard''' : N'importe quoi. Bon, Vanessa ?
'''Vanessa''' : Ouais, mais je voulais dire que tout le monde avait le droit de baiser, quoi. Et pas que les beaux, que les maigres, que les gros, et etc., quoi.
'''Will''' : Un trou est un trou, la bite n'a pas d'œil.<ref name="renvoi1"></ref>
'''Gérard''' : T'te manière... Comme... Comme disait Claire ou Clémentine, je sais pas... Donc, l'amour rend aveugle.
'''Clémentine''' : De toute façon, dans le noir, on est tous beaux.
'''Gérard''' : Ça, pas évident, hein. Il y en a qui préfèrent avec la lumière, il y en a d'autres sans lumière.
'''Olivier''' : Il y a Sandy, il y a Sandy sur Minitel, qui dit : « Heureusement qu'il ne faut pas être beau pour faire l'amour, sinon, Gérard, tu serais encore puceau. »
'''Gilbert''' : Quelle conne !
'''Claire''' : C'est dégueulasse ce qu'elle te fait là.
'''Gérard''' : Alors, je vais te dire une chose, que celle-là, qui s'amuse à prendre ce pseudo-là... T'es priée.
'''Claire''' : Non, c'est Sandy, elle prendrais pas ce pseudo.
'''Olivier''' : Gégé, pour un smarties, moi, je te suce.
'''Gérard''' : J'en ai rien, je m'en fous.
'''Olivier''' : Toujours la même.
'''Gérard''' : Ouais, ouais, ben, qu'elle laisse son numéro, je vais savoir tout de suite si c'est elle. Et qu'elle s'amuse pas à prendre des surnoms comme ça, parce que ça va chier pour son matricule.
'''Olivier''' : Et on demande si Sandy est aveugle.
'''Gérard''' : Ah ben là, je répondrai pas du tout à cette question-là.
'''Claire''' : Non, elle est morte.
'''Will''' : À quel âge t'as eu ton premier amour ?
'''Gérard''' : À 13 ans.
''[Autant Olivier que les auditeurs félicitent tout en se moquant gentiment du pouvoir de séduction de Gérard].''
'''Olivier''' : C'était dans un bois, à côté de la radio.
'''Will''' : Gérard, dit Francky Vincent, le tombeur !
'''Gérard''' : Donc, je voulais vous poser une question à tous. Donc, parmi vous, et parmi les deux mecs et les trois filles qui nous restent, est-ce que vous avez déjà fait... Est-ce que certaines ont déjà fait l'amour dans le noir ou la lumière allumée ?
'''Olivier''' : Attends, attends, la question, c'est est-ce que certains ou certaines ont déjà fait l'amour dans le noir ou la lumière allumée ? Si vous n'avez pas fait l'amour ni dans le noir ni avec la lumière allumée, vous ne l'avez pas fait du tout !
'''Manu ''' : Olivier, s'il te plaît, 30 secondes ! On accueille Jeanne !
'''Will''' : Oui, Gérard, c'est Will ! Oui, moi, j'ai déjà fait l'amour dans le noir et tout allumé. En fait, j'ai fait l'amour dans tous les jeux de lumière possibles, inimaginables, que ce soit dans le noir ou super bien éclairé. Et je dois dire que les sensations, quoi, c'est les mêmes, quoi. C'est pas l'éclairage...
'''Olivier''' : Je suis pas d'accord.
'''Gérard''' ''[agacé et bougon]'' : Attends, Olivier, s'il te plaît !
'''Will''' : Non, moi, je veux dire, c'est pas l'éclairage qui te fera avoir plus de plaisir ou autre chose, c'est vraiment le fait de partager quelque chose de bien apprécié avec une femme. Pour moi, c'est ça.
'''GIlbert''' : Moi, je préfère faire dans le noir parce que quand j'allume la lumière...
'''Gérard''' : Non, non, non, c'est pas chacun leur tour !
'''Olivier''' : Tu les laisses parler un peu, Gérard ! Mais c'est un débat ! Laisse-les parler un peu !
'''Gérard''' : C'est pour ça que je les laisse parler, mais laisse-les réagir au lieu de leur couper la parole !
'''Jeanne ''' : Mais Gégé, vas-y, dis chacun son nom, quoi !
'''Gilbert''' : Donc, c'est Gilbert, je peux répondre ?
'''Olivier''' : Donc Gilbert.
'''Gérard''' : Olivier, tu t'écrases, s'il te plaît, c'est moi qui mène le débat, c'est pas toi !
'''Olivier''' : D'accord, Monsieur Gérard.
'''Gilbert''' : Moi, je préfère faire l'amour dans le noir qu'allumer parce que quand la lumière est allumée, je te vois faire des grimaces.
'''Gérard''' : Non, mais attends, là, Gilbert ! Je crois que t'as pas du tout compris la question !
'''Gilbert''' : Mais si, tout à fait, oui, je t'encule, c'est ça le message !
'''Gérard''' : Ben alors Gilbert, tu dégages !
'''Gilbert''' : Je te prends les fesses, c'est ça le message.
'''Will''' : Bon, allez-moi, je raccroche, au revoir, vous m'énervez, là !
'''Gilbert''' : Moi aussi, allez, j'en ai marre !
'''Claire''' : Moi aussi. ''[Une série de sonneries de combinés raccrochées se fait entendre]''.
'''Gérard''' : Tu coupes euh...
'''Olivier''' : ...tout le monde là.
'''Gérard''' : Donc, il ne reste plus que qui, alors, Vanessa ?
'''Vanessa''' : Ouais, je suis là !
'''Gérard''' : Donc, Clémentine ?
'''Clémentine''' : Ouais !
'''Gérard''' : Jeanne ?
'''Jeanne''' : Ouais, je suis là !
'''Gérard''' : Et Claire ?
'''Manu''' : Elle a raccroché, je crois !
'''Gérard''' : Elle a raccroché, ben c'est bien comme ça ! Je sens que ça va être vite fait, moi ! Je crois qu'à deux heures et demie, ça va être bâclé !
'''Manu''' : Ah ben là, il n'y a plus personne !
'''Gérard''' : Si, il reste Vanessa, Clémentine et Jeanne !
'''Manu''' : Non, non, mais non ! Ils ont tous raccroché !
'''Gérard''' : Bon, ben alors, c'est terminé, je rentre !
'''Olivier''' : Bon, voilà ! Donc, c'est Fun Radio, vous allez pouvoir retrouver les nuits sans pub ! Avec Barth ! Gérard s'en va ! C'était la dernière, Gérard ? Non, parce que ça s'est mal passé, là ! C'est fini !
'''Manu''' : C'est mort, c'est enterré.
'''Gérard''' ''[en colère]'' : Non mais toi, tu n'arrêtes pas de faire tes conneries avec une musique ! Donc, moi, c'est terminé ! Bon, ben voilà, c'est fini ! ''[Fanfare de cirque, Max rentre dans le studio].''
'''Gérard''' ''[prenant Max à témoin pendant la musique]'' : Alors, voilà ! Voilà, tu vois ! Non mais ça l'amuse. Non, mais ça l'amuse ! Donc, moi, je rentre chez moi et c'est tout ! Je l'ai déjà fait une fois, mais là, je le refais encore une autre fois ! Oui, tant pis pour vous ! Salut !
''[Gérard se détourne du micro et range ses affaires. Max le regarde, il regarde méchamment Manu].''
'''Manu''' : J'ai rien fait, ce soir, Gérard !
'''Max''' ''[sévère]'' : Non mais c'est pas ça, tu vas pas jusqu'au bout, tu ne vas pas jusqu'au bout ! C'est un métier !
'''Gérard''' ''[revenant au micro]'' : Mais attends, ouais !
'''Olivier''' : Ils ont tous raccroché ! Je les laisse réagir et tous !
'''Manu''' : Je suis en train de les rappeler, là !
'''Gérard''' : Personne ne réagit ! Lui, il ne s'arrête pas ! Lui, il ne s'arrête pas avec sa musique ! Il coupe la parole à tout le monde, il s'amuse !
'''Olivier''' : Je n'ai rien fait !
'''Gérard''' : Alors, ce n'est pas la peine ! Si tu veux faire de la pro merdique, tu restes chez toi ! Tu ne viens pas me faire chier ! ''[Max l'encourage, par un ouais d'ovation].'' C'est tout ! Alors, maintenant, tu trouves un disque ! En attendant que tout le monde...
'''Manu''' : Je suis en train de les rappeler ! Ça y est, ça y est, j'ai le dernier ! Donc, alors, attention !
'''Olivier''' : On accueille Kaliméro.
'''Manu ''' : Donc on accueille Clémentine, Jeanne ! Claire ! Noël ! Gilbert ! Et Vanessa !
'''Gérard''' : Non, non, Gilbert ! Gilbert m'a traité d'enculé !
'''Gilbert''' : Non, non, ce n'est pas moi ! Ce n'est pas moi !
'''Manu''' : Mais non, c'était Will ! C'était Will ! J'ai viré Will !
'''Gérard''' : Tu me remarques tous les noms !
'''Manu''' : Ok, c'est les mêmes ! Sauf Noël qui a remplacé Will !
'''Jeanne''' : Bon, vas-y, allez, pose la question !
'''Gérard''' : Bon, alors, je vous ai posé la question ! Donc, qui c'est qu'on récupère ? Claire, Jeanne, Clémentine ! Noël, Gilbert et Vanessa ! Donc alors... La question était... Est-ce que vous préférez faire l'amour avec la lumière allumée ou pas ? Voilà la question ! Donc... Maintenant, vous pouvez tous réagir, mais sans bordel ! En donnant vos noms ! Oui, Claire !
'''Claire''' : Ben, les deux, c'est bien ! Mais quand tu peux regarder ton partenaire dans les yeux... Enfin, bon, ça ne se décrit pas, quoi ! Ça se ressent, mais c'est quelque chose de très fort qui passe, quoi !
'''Gérard''' : Mais, pour toi, donc, tu préfères faire...
'''Claire''' : Non, non, les deux ! J'aime bien dans le noir aussi, quoi ! Tu fais ton truc à toi, quoi !
'''Gérard''' : Mmmh mmh ! Vanessa !
'''Vanessa ''' : Je préfère dans le noir parce qu'en fait, ça fait plus fantasmé, en fait, on imagine plus, donc je trouve que c'est mieux.
'''Clémentine''' : Moi, j'aime bien une lumière tamisée, tu vois, un peu orange, ou le coin du feu, comme ça, on est dix fois plus beaux, quoi !
''[Olivier explose de rire, Gérard le regarde et n'écoute plus les auditrices].''
'''Manu''' : Fais-moi partagé, ça a l'air marrant !
'''Olivier''' : Non, c'est parce qu'il y a un message de Sandy_salope, c'est marqué, qui donne le téléphone de Gérard ?
'''Gérard''' ''[s'avançant vers l'écran, rageur]'' : Tu peux le faire voir, s'il te plaît ?
'''Olivier''' : Ah, ben, bien sûr, attends ! ''[Il tourne l'écran vers Gérard].''
'''Clémentine''' : Tu peux le dire ?
'''Gérard''' : Non, non, non, non !
'''Manu''' : Donc, Olivier est en train de me monter le Minitel à Gérard...
'''Gérard''' : D'accord, c'est bien, ça !
'''Manu''' : Ça lui a pas fait plaisir, je crois !
'''Olivier''' : Voilà, comme quoi je mens pas, Gérard, hein, parce que tu avais l'air de pas me croire !
'''Gérard''' : Elle a intérêt de faire gaffe à son matricule celle-là, là, parce que c'est pas la mienne !
'''Gilbert''' : Donc, je peux répondre, c'est Gilbert ?
'''Gérard''' : Ouais, vas-y !
'''Gilbert''' : Donc, moi, je fais l'amour la lumière allumée, parce que moi, j'ai tendance à cracher pour lubrifier ma copine ! Donc, l'autre fois, je crachais, j'avais des molars plein les murs, dans le noir, donc maintenant, je fais ça, la lumière allumée !
'''Claire''' : Mais il faut pas cracher à distance, il faut cracher tout près !
'''Gilbert''' : Bah ouais, mais même, même, j'ai des mollars terrible.
'''Gérard''' : Non, mais donnez vos noms quand vous voulez réagir ! Non, mais, Gilbert ! Je pense que, là, ce que tu dis de cracher comme ça, je vais te dire une chose, c'est vraiment... C'est dégoûtant !
'''Gilbert''' : Non, mais c'est une technique indienne, si tu veux !
'''Gérard''' : Ouais, bah peut-être, mais c'est un peu dégueulasse !
'''Gilbert''' : Ouais, c'est dégueulasse, mais bon...
'''Vanessa''' : Je plains ta copine !
'''Gilbert''' : Pourtant, elle jouit !
'''Claire''' : Ça s'appelle le baiser du dragon !
'''Gérard''' : Hé, Gilbert, réveille-toi quand on dit quelque chose ! Jeanne !
'''Jeanne''' : Oui ! Bah, écoute, Gégé, moi, je suis pucelle, hein, donc je sais pas quoi dire, mais j'aimerais bien qu'il y ait beaucoup de lumière ! Qu'il y ait une lumière aveuglante !
'''Gérard''' : Et qui c'est qui disait, là, avec une lumière tamisée, style... ?
'''Clémentine''' : Clémentine ! Je disais que c'était plus joli, tu vois, ou au coin du feu, ou... Tu vois, des lumières un peu oranges et tout, chaleureuses... Bah, je sais pas, je trouve ça joli !
'''Gérard''' : Ouais, genre... Comment qu'on peut dire ça, déjà ? Des jeux de lumière un peu de toutes les couleurs, là ? ''[Gilbert imite un DJ en boîte de nuit. Rire des autres].'' Non, mais il y a un truc que je disais, donc... Je réponds à Clémentine, quand même, à ta question... Donc, je pense que ton truc, là, bon, avec différentes couleurs...
'''Clémentine''' : Non, mais non, moi, c'était une seule couleur, hein ! C'était juste une lampe orange, où, tu vois, qui fasse une jolie lumière, tu vois ! Mais pas forcément toutes les couleurs, on n'est pas en boîte, non plus !
'''Gérard''' : Ouais, mais admettons que, sur une musique aussi, tu peux...
'''Clémentine''' : Ah ouais, ouais, ouais, un peu de musique, de l'encens... La totale, quoi !
'''Gérard ''' : Et Noël ?
'''Noël''' : Bah, moi, je partage un peu l'avis de tout le monde, hein ! J'imagine que faire l'amour, soit de couleur ou en noir et blanc, ça peut être intéressant ! On a essayé le noir et blanc, bon, on a vu qu'aujourd'hui, avec les techniques modernes, on pouvait atteindre des effets spéciaux, etc... J'imagine que c'est intéressant ! ''[Accord des auditrices]''. On peut atteindre des couleurs de l'infini, ces choses-là, plus de la musique, bon, bah, après, on fait un scénario, et puis on s'éclate, et puis voilà ! On est à plusieurs à faire l'amour, on partage différentes choses, de son et de lumière, c'est... C'est... Non ?
'''Gérard''' : D'accord !
'''Noël''' : Non, mais je sais pas, tu me dis oui, d'accord !
'''Gérard''' : Non, mais, moi, maintenant, je vais quand même vous répondre ! Moi, personnellement, je préfère faire l'amour lumière éteinte ! ''[Cris provocateurs dans le studio]''. Même pas...
'''Noël''' : Excuse-moi, mais je trouve ça un peu frustrant...
'''Gérard''' : Comment ça ?
'''Noël''' : Bah, écoute, j'imagine que, dans le noir, il n'y a aucune liberté, quoi, tu réduis tout !
'''Vanessa''' : Mais non, pas du tout, au contraire, ça dérange ton imagination !
'''Noël''' : Oui, mais comme Gérard, il a... Enfin, vous voyez ce que je veux dire, quoi, le niveau imagination, c'est pas ça ! J'imagine Christine sans jeu de lumière, sans rien, avec toi, dans le noir, ça devait être...
'''Phildar''' ''[hurlant du fond du studio]'' : On parle pas de Christine !
'''Gérard''' : Attendez, attendez, attendez ! Noël ! C'est toi qui viens de parler de Christine ?
'''Noël''' : Bah, tout à fait !
'''Gérard''' : Eh bah, alors, bonne Noël, au revoir à toi ! Allez, hop ! Noël dehors ! Allez, hop ! Voilà, merci !
'''Gilbert''' : Allez hop !
'''Jeanne''' : Gégé ? C'est Jeanne ! Ouais, je voulais te dire, tu sais, c'est... Bon, je voulais te donner une petite info, là... Il paraît qu'il y a Christine qui a contacté un éditeur pour... Pour écrire un bouquin sur toi !
'''Gérard''' : Alors, Jeanne... Je te préviens une chose... Ou tu te calmes, avec ce nom-là, ou sinon, tu gerbes aussi !
'''Gilbert''' : En plus, Jeanne, elle a la voix de Nina, c'est la même ! On me la fait pas à moi !
'''Gérard''' : Ouais, j'ai l'impression, hein, que Jeanne et Nina, c'est la même !
'''Manu''' : C'est pas possible, elles sont sur deux lignes différentes !
'''Gérard''' : Non, non, parce que Nina, on l'a plus ! Et ça a été remplacé par Jeanne, et c'est bizarre ! Elle a dit qu'elle allait rappeler pour se faire passer sous un autre nom ! Alors, on me le fait pas à moi !
'''Manu''' : Mais c'est pas le bon numéro !
'''Gilbert''' : Gérard, il est pas né de la dernière pluie !
'''Gérard''' : Il faut pas prendre les gens pour des canards sauvages ! ''[Olivier imite un canard version Donald Duck]''. Comment ? Qui c'est qui vient de dire que c'était con ?
'''Claire''' : Gérard, c'est absolument que tu utilises tes cotons-tiges pour tes oreilles, quoi !
'''Gérard''' : Qui c'est ?
'''Claire''' : C'est Claire ! Je te dis que t'étais pas si con !
'''Phildar''' : Limpide.
'''Manu''' : Comme de l'eau de roche.
'''Gilbert''' : Donc toi, Gérard, tu fais l'amour dans le noir ?
''[Phildar explose de rire, bruyamment bien que loin des micros, Manu surenréchérit].''
'''Gérard''' : Ben ouais, pourquoi ?
'''Manu''' : Et toi, connard de Phildar, vas-y !
'''Phildar''' : Moi, je fais l'amour avec Manu donc bon...
'''Manu''' : Dans la baignoire, tout nu, dans la lumière, avec des flambeaux, dans des boîtes, par exemple !
'''Phildar''' : Avec des photos de Christine, ça m'excite !
'''Manu''' : Grave, grave, grave ! On accueille K2R ''[faisant la liaison avec un Z à la fin du 2]'' !
'''K2R''' : Non K2R. Eh, Gérard ! Là, tu m'entends ?
'''Gérard''' : Eh, je te préviens, il ne faut pas que les mecs, ils s'amusent à rappeler !
'''Manu''' : Je te préviens que ce n'est pas moi qui l'ai sélectionné, alors tu ne t'adresses pas à moi, Gérard !
'''Gérard''' : Ouais, non, non, mais moi, je te le dis tout de suite, ce n'est pas la peine qu'ils essaient !
'''K2R''' : Ouais, c'est K2R, ouais, tout à fait ! Je ne sais pas qui c'est qui a dit ça, Manu, t'es vraiment un branleur ! Je tiens à le dire, déjà, d'une, je ne sais pas si on m'entend bien, j'espère...
'''Manu''' : OK, au revoir.
'''Vanessa''' : D'accord, c'est direct !
'''Phildar''' ''[outré]'' : Regarde ce qu'il fait !
'''Manu''' : Attends, il m'a insulté, hein !
'''Gilbert''' : Ouais, Manu, je t'aime, moi ! Je t'adore !
'''Gérard''' : Voilà, c'est bon ! Alors, que pensez-vous de... Alors, maintenant, la question, il est... Deux heures douze !
'''Olivier''' : Oh, dis donc, le temps avance !
'''Gilbert''' : Gérard, sur le fait que tu fais l'amour dans le noir, moi, je voulais dire que ça m'arrange, parce que pendant que tu mets des coups de quéquette dans la couette, moi, je fertilise ta copine !
'''Gérard''' : Alors, Gilbert, bonne nuit à toi !
'''Gilbert''' : Non, c'est K2R, c'est K2R !
'''Gérard''' : K2R, je crois qu'on t'avait viré !
'''Phildar''' : Non il est zappé, K2R.
'''Gérard''' : Non, c'est lui que je viens d'avoir !
'''Gilbert''' : Voilà, allez, bonne nuit, K2R, bonne nuit !
'''Clémentine ''' : Mais comment tu fais pour mettre ta capote dans le noir, Gérard ?<ref name="hist3"></ref>
'''Gérard''' [''gêné]'' : Ah bah, ça, manière...
'''Claire''' : Il met un sac plastique !
'''Clémentine''' : Dans un cellophane.
'''Gérard''' : Même pas, tu vois ! Non, même pas !
'''Clémentine''' : La lumière du radioréveil, c'est peut-être pas assez, hein ?
'''Gérard''' : Non, mais même sans avoir l'heure sur le cadran, je vois pas le rapport !
'''Jeanne''' : Il y a pas de rapport, là !
'''GIlbert''' : Il a une capote en forme de réveil !
'''Clémentine''' : Dans le noir, la seule lumière, c'est le radioréveil !<ref name="hist4"></ref>
'''Claire''' : Bah oui !
'''Gérard''' : Même en ayant une lumière rouge, ça gêne pas, hein ?
'''Clémentine''' : Ouais, mais comment est-ce que tu fais pour mettre ta capote dans le noir ?
'''Gérard''' : Bah, de toute manière, tu la mets avant, déjà, pour commencer.
'''Clémentine''' : Ah ouais, ouais, tu la mets avant !
'''Manu''' : Tu la mets le matin en sortant de ta douche tu la gardes jusqu'au soir.
'''Clémentine''' : Et après, tu te lèves et tu vas éteindre.
'''Gérard''' : Voilà. Non, comme j'ai la lumière à côté de ma main, donc, moi, ça me suffit.
'''Clémentine''' : Ah ouais, et tout ce qui se passe avant, donc, c'est pas dans le noir, en fait. Les préliminaires, c'est allumé.
'''Gérard''' : Ah bah non, les préliminaires, on les fait en même temps, hein !
'''Olivier''' : Ouais, il y a un message de Sandy sur Minitel qui dit d'ailleurs qu'elle est obligée d'éteindre la lumière après les préliminaires pour pouvoir finir, sinon, elle n'y arriverait jamais. ''[Rires des auditrices]''.
'''Gérard''' : Non, mais alors, elle, elle va éviter de prendre le nom de ma copine parce que ça commence à me brouter, surtout en balançant mon numéro de portable comme elle a fait.
''[Fanfare de cirque]''
Non, Olivier, si tu veux, t'arrêtes avec cette musique. Donc, on va passer à la neuvième question. Que pensez-vous des top modèles à la radio ?
'''Gilbert''' : Y'en a pas, y'en a pas.
'''Gérard''' : Ah bah si, y'en a sur certaines radios, je suis désolé.
'''Gilbert''' : Ah bon ? Des noms, des noms.
'''Gérard''' : Ah non, mais je donnerai pas de nom de radio, je vous pose la question.
'''Jeanne''' : Ah, mais c'est vrai qu'à Fun, y a un top modèle. C'est toi Gégé.
'''Gérard''' : Et qui c'est qui dit ça ? ''silence''. Non, mais je pense qu'on va mettre un disque et vous allez réfléchir.
'''Olivier''' : Ouais, on va mettre un disque, mais vas-y, tu vas y réfléchir maintenant. Ta question, c'est quoi la question déjà ?
'''Gérard''' : C'est que pensez-vous des top modèles à la radio ?
'''Olivier''' : À la radio, quand on les voit à la radio. Compliqué, ça.
'''Manu''' : Moi, je pense que ça dépend du profil sous lequel on le voit. Droite ou gauche ?
'''Olivier''' : Qui veut répondre ?
'''Manu''' : Moi, je veux bien.
'''Olivier''' : Vas-y, vas-y.
'''Manu''' : Bah ouais, mais je disais, ça dépend de quel profil on les voit.
'''Phildar''' ''[agacé]'' : Il est nul, Manu, putain. Il est 0 au standard...
'''Olivier''' ''[murmurant]'' : Allez, tu dégages, Manu. Il est nul, Gérard.
'''Gérard''' : Toi, à la pro, c'est encore pire.
'''Olivier''' : Moi, c'est moi.
'''Manu''' : Excuse-moi Gérard, on accueille Zedboule Dragon.
'''Olivier''' : Ah, il y a Sandy qui relaisse ton numéro de portable. Elle dit appelle-moi.
'''Manu''' : Merci Oliv. On accueille Zedboule Dragon.
'''Zedboule Dragon''' ''[faisant des bruits de friture avec la gorge, ton méprisant]'' : Salut, les meufs.
'''Gérard''' : Oh tu restes poli quand même avec les nanas. Tu ne dis pas les meufs, d'accord ?
'''Zedboule Dragon''' : Salut, les zoz.
'''Gérard''' : Donc, alors, j'ai posé la question, si vous voulez répondre.
'''Zedboule Dragon''' : Pas tout de suite, on met le disque, on y va.
'''Gilbert''' : Je vais faire pipi un coup, là.
'''Gérard''' : Alors, on met le disque.
''[Musique de Boney M, Daddy cool. À la fin, silence de quelques secondes]''
'''Olivier''' : Merci. Attends, on va recommencer, peut-être.
'''Gérard''' : Bah non, ce n'est pas la peine de recommencer. Donc, vous venez d'écouter Boney M avec Daddy Cool. [''Un son de Will Smith vient de démarrer]''. Et si vous voulez continuer de nous appeler pour la libre antenne du jeudi, dans les débats, donc, vous pouvez y aller aux 0800 08 5000 et 0800 70 5000 et 3615 code FunRadio, rubrique Direct. Donc, on récupère Clémentine. Jeanne. Claire. Zedboule Dragon 2 ''[une auditrice se moque gentiment en répétant la présentation de ce dernier auditeur car Gérard l'indique en détachant bien les 3 mots].'' Gilbert . En espérant que tu vas te calmer, parce que sinon, tu vas virer vite fait, toi. Pas comme tout à l'heure. Et Vanessa, pour finir. ''[Des bruits'']. Gilbert, ça commence à bien faire.
'''Gilbert''' : Pas moi.
'''Gérard''' : Merci. Donc, que pensez-vous des top modèles à la radio ? Donc, je vous écoute.
'''Vanessa''' : Moi, j'aime bien Phildar.
'''Gérard''' : D'accord.
'''Gilbert''' : On a dit les top modèles.
'''Olivier''' : On n'a pas dit les moches.
'''Gérard''' : On n'a pas dit les animateurs.
'''Zedboule''' '''''Dragon''''' ''[en voix de tête] :'' On n'a pas dit les animatrices.
'''Claire''' : Moi, j'aime bien Manu.
'''Gérard''' : Attends, celui qui s'amuse à prendre la voix de Nana, il va dégager. Ça va aller vite, hein.
'''Zedboule Dragon''' ''[voix de tête]'' : Ouais, s'il te plaît, tu ne me parles pas comme ça.
'''Gérard''' : C'est comment ton nom ?
'''Zedboule Dragon''' ''[voix de tête]'' : Hein ?
'''Gérard''' : C'est comment ton nom ?
'''Zedboule''' '''Dragon''' ''[voix de tête]'' : C'est Vanessa.
'''Gilbert''' : Moi, celui qui me fait bander à la radio, c'est Cyril ''[Tony dit cela car Zeboule Dragon est joué par Cyril]''.
'''Jeanne''' : Bon, Gégé je réponds. C'est Jeanne.
'''Gilbert''' : Avec sa coupe courte, il m'excite.
'''Jeanne''' : Ouais, bon, moi, les top modèles... Le seul top modèle que je connais, c'est Manu.
'''Manu''' : Merci.
'''Phildar''' : Oh là là, n'importe quoi !
'''Hubert''' : Allô, tu m'entends bien, Gérard ?
'''Olivier''' : C'est le grand bordel là.
'''Gérard''' : C'est qui, là ?
'''Hubert''' : Ouais, c'est Hubert. Je me suis branché sur son tatoo. C'est un grand bordel ? Il y a du monde pour le tatoo, hein. Je peux intervenir, hein ?
'''Gérard''' : Attends, attends. Qui c'est qui parle de tatoo, là ?
'''Hubert''' : Oh, c'est Hubert.
'''Gérard''' ''[tourné vers le standard, en colère et loin du micro]'' : Mais d'où qu'il sort, celui-là ?
'''Phildar''' : Je sais pas, je sais pas !
'''Hubert''' : Qu'est-ce que c'est, ce bordel, là ?
'''Gérard''' : D'où qu'il sort, celui-là ?
'''Hubert''' : On m'a dit non, non, tu passeras pas, je peux pas passer.
'''Gérard''' : il passe sur tout le monde par le biais du Tatoo, il a dû pirater, je sais pas ce qu'il a fait.
'''Hubert''' : Attends, je suis dans la cabine, là ''[rires des auditrices]''.
'''Phildar''' : Allez, en vrai, Gérard, c'est pas grave. Vas-y, allez.
'''Hubert''' ''[en voix de tête]'' : Mais c'est quoi, ce bordel, là ?
'''Jeanne''' : C'est quelqu'un qui a piraté la ligne téléphonique.
'''Gérard''' : Alors, que pensez-vous des top modèles à la radio ?
'''Hubert''' ''[voix de tête]'' : Ça dépend si elles sont en morning ou plus tard dans la soirée...
'''Gérard''' : Ta gueule toi !
'''Gilbert''' : Ça existe pas, les top modèles à la radio.
'''Gérard''' : Pourquoi ?
'''Claire''' : C'est tous des thons, à la radio.
'''Olivier''' : Attends, attendez, laisse-le un peu répondre, là.
'''Gilbert''' : Parce que... ''[riant'']. Ah, tu veux me piéger, toi ?
'''Olivier''' : Ouais, ouais.
'''Gilbert''' : Ça existe pas à la radio, mais ça dépend des radios. Je veux dire, des radios à grande écoute, comme Fun Radio, je pense qu'il y a des top modèles [é''xultant'']. Ah, je t'ai bien niqué, là ! Ah, t'as voulu me piéger ? Ouh !
'''Gérard''' : Tu vas la fermer, ta gueule, maintenant ? ''[L'équipe dans le studio soutient la répartie de Gérard]''. Zedboule Dragon ?
'''Zedboule Dragon''' : Ouais, bah moi, j'imagine mal le doc en femme, quoi. Tu vois ? C'est ce que je veux dire, quoi. J'imagine mal faire l'amour avec lui.
'''Gérard''' : Ah, d'accord. C'est pas mal.
'''Zedboule Dragon''' : Non, mais c'est ça que je veux dire, quoi. C'est que c'est pas un top modèle, quoi.
'''Gilbert''' : C'est Cyril, ce salaud, qu'est-ce qu'il m'excite !
'''Gérard''' : Eh, reste poli, s'il vous plaît !
'''Gilbert''' : Ah, le Cyril, il tortille du cul !Ah, Cyril, tu m'excites !
'''Jeanne''' : Non, moi, c'est... Gérard ? Ouais, c'est Jeanne.
'''Gérard''' : Non, mais attends, Jeanne, s'il te plaît, je voudrais bien que Vanessa, Claire et... Et Zedboule dragon qu'il termine quand même, là.
'''Vanessa''' : Bah, moi, j'ai dit que des top modèles à la radio, j'en connaissais pas, mais que Phildar était pas mal.
'''Gérard''' : Bon, bah, d'accord.
'''Zedboule Dragon''' : Mais y en a aux Etats-Unis, hein.
'''Gérard''' : Mais c'est qui qui vient de dire ça ?
'''Zedboule Dragon''' : Zedboule Dragon.
'''Gérard''' : Non, mais qui parlait de Phildar. ''[Silence]''. Oh, les nanas, là, quand je vous demande qui c'est ! Ouais, mais réveillez-vous un peu, merde !
'''Zedboule Dragon''' : Ouais, mais on n'avance pas, là, dans le débat, on parle que de Phildar.
'''Vanessa''' : T'es jaloux ?
'''Zedboule Dragon''' : Ouais.
'''Gérard''' : Bon, Gilbert, si ça te plaît pas, c'est le même prix.
'''Zedboule Dragon''': c'est pas Gilbert, c'est Hubert
'''Gérard''' : Bon, y a pas d'Hubert sur ma liste, alors tu fermes ta gueule, maintenant, et tu raccroches, OK ?
'''Jeanne''' : C'est le pirate, c'est tout.
'''Clémentine''' : Euh, bah, je pense qu'il y a pas de top modèle à la radio, parce que la radio, ça rapporte pas assez.
'''Gérard''' : Et pourquoi ?
'''Clémentine''' : Je crois que tortiller son cul sur un podium, ça rapporte vachement plus que de parler à la radio.
'''Jeanne''' : Oh, t'es pessimiste, hein.
'''Gérard''' : Ouais, mais... Claire... Clémentine. Moi, je te pose la question, pourquoi, maintenant ? ''[Ton de défi].''
'''Olivier''' ''[applaudissant]'' : Ouais, ouais.
'''Clémentine''' : Bah, parce qu'à la radio, la top modèle, on la voit pas. Alors que quand on la voit, bah, on est content. Enfin, on est content.
'''Zedboule Dragon''' : C'est vrai. Ouai, tout à fait.
'''Clémentine''' : Bah, ouais, on l'imagine, en fait.
'''Gérard''' : Non, mais rien qu'à... Rien qu'au son de la voix.
'''Zedboule Dragon''' : Non, mais rien qu'à regarder.
'''Gilbert''' ''[d'une voix en plein effort]'' : Ah, là, je suis en plein effort.
'''Gérard''' : Oh, ta gueule, toi. Vas te faire foutre.
'''Gilbert''' : J'ai démoulé un de ses cakes, un papy brossard, là.
'''Gérard''' : Donc, qui c'est qui a pas répondu ? Vanessa, t'as répondu ?
'''Claire''' : Moi, j'ai pas répondu, c'est Claire. Bah, ça dépend, en fait, si c'est de la radiophonie ou de la radiovisuelle. Bon, en général, les top modèles, il vaut mieux les voir que les entendent parler, donc...
'''Gilbert''' : Ah il y a encore un bout, là.
'''Gérard''' : Oh, ta gueule, toi ! Putain !
'''Gilbert''' ''[écœuré]'' : Ah, ça pue, là !
'''Gérard''' : Putain, mais c'est pas vrai, ça. Moi, ça commence à bien faire, là. Les mecs, ils passent sur tout le monde, hein.
'''Zedboule Dragon''' : Ouais, attends, c'est pas tous, hein. Ouais, bah, attends, ouais, fais pas un catalogue de tous les mecs.
'''Gérard''' : Mais c'est qui qui répond, là ?
'''Zedboule Dragon''' : C'est Hubert.
'''Gérard''' : Hubert, je t'emerde. Tu raccroches et tu me fais chier. Quand je t'appellerai pot de chambre, tu sortiras de sous le lit. Et va te faire e... Allez, hop ! Donc, Claire... ''[Hubert essaie de parler]''. Oh, écrase, s'il te plaît, Hubert !
'''Zedboule Dragon''' : Non, mais c'est pas Hubert. Personne répond à tes questions.
'''Gérard''' : Claire ! Oh, ta gueule, Hubert !
'''Zedboule Dragon''' : T'as vu, t'es grossier, vas-y, vas-y.
'''Gérard''' : Ouais, bah, moi, je te dis ta gueule, maintenant, d'accord ?
'''Olivier''' : Non, t'es grossier, Gérard, c'est vrai.
'''Gérard''' : Non, mais attends ! Dans ce cas-là, il a pas à passer sur tout le monde, d'accord ? J'ai pas d'Hubert sur ma fiche. Il a pas à faire chier le monde quand je parle. Claire ?
'''Claire''' : Oui ? Mais j'ai terminé, hein.
'''Gérard''' : T'as terminé, donc... Qui c'est qui voulait réagir, encore ?
'''Jeanne''' : Je voulais te poser une question existentielle. Donc, Gérard, est-ce que tu te trouves beau ?
'''Gérard''' : À ton avis, si j'ai trouvé quelqu'un, est-ce que je suis beau ?
'''Manu''' ''[hilare avec Phildar]'' : Pas forcément, hein !
'''Gérard''' : Ça veut rien dire hein.
'''Olivier''' : Non, il y a même des moches qui ont quelqu'un.
'''Jeanne''' : Non, Gégé, défends...
'''Gérard''' : Ah non, mais moi, je vais pas m'amuser à défendre le sexe faible, hein.
'''Jeanne''' : Non, je t'ai dit, Gérard, est-ce que toi, tu es beau ?
'''Gérard''' : Mais à ton avis ? Si j'ai trouvé quelqu'un, c'est qu'elle m'a trouvé beau.
'''Phildar''' : Non, c'est qu'elle a un à l'œil gauche et deux à l'œil droit, c'est tout. Elle voit pas grand-chose.
'''Gérard''' : N'importe quoi, toi.
'''Zedboule Dragon''' : Ouais, mais elle a combien de QI, aussi ?
'''Phildar''' : Pas de cul ! Oh là là !
'''Gérard ''' : Qu'il est con, celui-là. Bon, enfin, bref.
'''Jeanne''' : Non, Gérard, quelle est la partie de ton corps que tu préfères ?
'''Zedboule Dragon''' : Arrêtez de jouer avec les boutons.
'''Gérard''' : Je sens que tout à l'heure, il y en a qui vont gerbé.
'''Zedboule Dragon ''' : C'est Zedboule Dragon qui fait le con.
'''Gérard''' : Bon. Pourquoi...
'''Gilbert''' : La partie de ton corps que tu préfères.
'''Jeanne''' : Gérard, tu n'as pas répondu à ma question.
'''Claire''' : Quelle est la partie de ton corps que tu préfères ?
''[Bruit de sons des touches d'un téléphone numérique]''
'''Gérard''' : Bon, celui qui joue avec les...
'''Claire''' : Arrête de jouer avec les boutons.
'''Gérard''' : Oui, mais...
'''Gilbert''' : À mon avis, c'est une dent. Manque de pot, il l'a perdue.
'''Gérard''' : Bon, alors, Gilbert, tu dégages.
'''Gilbert''' : Non, c'est pas moi, c'est l'autre, là, comment il s'appelle.
'''Gérard''' : Non, non, c'est toi qui viens de parler.
'''Jeanne''' : Gérard, vas-y, réponds-moi. Quelle est la partie de ton corps que tu préfères le plus ? Ton bras, je ne sais pas quoi. Vas-y, dis-moi.
'''Gérard''' : Mon nez.
'''Jeanne''' : Ton nez ? Ah, ben, c'est bon.
'''Gérard''' : Voilà. Vous êtes contentes ?
'''Vanessa''' : Oui, oui, tu pourrais te décrire, Gérard.
'''Zedboule Dragon''' : Pourquoi le nez ?
'''Gérard''' : Parce que.
'''Zedboule Dragon''' : Parce que quoi ?
'''Jeanne''' : Il est droit, il est petit, il est comment ?
'''Gérard''' : Il est normal, comme tous les nez de mec. Voilà, ça y est.
'''Zedboule Dragon''' : C'est-à-dire ?
'''Gérard''' : Ben, comme tous les nez de mec, c'est tout. Ben, c'est-à-dire... Mais de toute manière, qu'est-ce que tu veux que je... Je ne vais pas te décrire mon physique.
'''Zedboule Dragon''' : Je ne sais pas, je te dis que le mien, il est gros avec des boutons.
'''Gérard''' : Non, et moi, le mien, il n'est pas comme le tien, c'est tout.
'''Zedboul''' : Ben, comment il est, le tien ?
'''Gérard''' : Ben, voilà, il est normal, c'est tout.
'''Zedboule Dragon''' : Et comment ? Il est crochu, il est... Je ne sais pas, il est...
'''Gérard''' ''[agacé]'' : Il est normal !
'''Zedboule Dragon''' : Oui, c'est-à-dire normal ?
'''Gérard''' : Non, mais oh t'es con ou quoi, toi ?
'''Zedboule Dragon''' : Eh ben, est-ce que t'aimerais bien te le refaire, alors, en chirurgie esthétique, je ne sais pas.
'''Gérard''' : Mais, justement, la question, ça va être là, que je vais vous la poser tout à l'heure. Alors, maintenant, je vais vous poser la question. Pourquoi aimez-vous les top modèles comme Pamela Anderson ou Samantha Fox ?
'''Zedboule Dragon''' : Moi, je veux répondre.
'''Gérard''' : Qui ?
'''Zedboule Dragon''' : C'est Noël.
'''Gérard''' : Non, mais attends, il n'y a pas de Noël, tu ne t'amuses pas à passer sur tout le monde, ok ?
'''Zedboule Dragon''' : Mais non, c'est comme ça, c'est Manu qui fait le con au standard.
'''Jeanne''' : À bas, les pirates !
'''Zedboule Dragon''' : Bon, c'est quoi la question ? J'ai perdu le fil.
'''Gérard''' : Vanessa.
'''Vanessa''' : Ben, écoute, spécialement...
'''Zedboule Dragon''' : D'accord ben je me suis fait griller...
'''Gérard''' ''[hurle]'' : Oh, Noël, tu la fermes !
'''Zedboule Dragon''' : Non, mais c'est parle à mon cul, ma tête est malade, quoi. C'est ça, quand je commence à répondre à la question, tu m'envoies bouler. Du coup, je perds le fil, je ne sais plus c'est quoi la question, tellement elle m'a choqué, quoi.
'''Gérard''' : Non, mais ce n'est pas à toi que je m'adressais, d'accord ?
'''Vanessa''' : Ben, écoute, moi, je ne les admire pas spécialement, quoi. ''[Coupure de son pendant quelques secondes]''.
'''Gérard''' : Oh, mais à quoi vous jouez, là ?
'''Phildar''' : Oh, mais Manu, merde !
'''Gérard''' ''[se jette vers le standard à côté de Manu]'' : Eh, putain, t'arrêtes de couper les gens toi ?
'''Olivier''' : Je crois que Manu va se faire frapper.
'''Gérard''' : Donc, Vanessa.
'''Vanessa''' : Oui, j'aime bien leur coiffure.
'''Gérard''' : Pourquoi ?
'''Vanessa''' : Parce que... Elles sont bien coiffées.
'''Gérard''' : Et toi, Gilbert ?
'''Zedboul''' : Non, Noël.
'''Gérard''' : Non, c'est Gilbert.
'''Zedboule Dragon''' : Oh, pardon. Ben, moi, j'aime bien parce qu'elles ont des grosses poitrines.
'''Gérard''' : Je ne vois pas le rapport.
'''Zedboule Dragon''' : Ben si, c'est toujours mieux, des petites.
'''Ggérard''' : Non, mais attends. Gilbert ? Tu te fous de ma gueule, ou quoi, là ?
'''Zedboule Dragon''' ''[en riant]'' : Absolument pas !
'''Gérard''' : Non, ben, si. Alors, tu te fous de ma gueule. Allez, Gilbert, là, vous le dégagez pour de bon, ce coup-là. Non, non, c'est dehors pour de bon, lui. Non, non, ça fait déjà deux fois que tu t'amuses encore. Allez, hop, terminé.
'''Zedboule Dragon''' : Eh ben, je m'en vais, alors.
'''Gérard''' : Voilà, au revoir. Donc, Zedboule...
'''Gilbert''' : Ouais, Zedboule Z. Donc, moi, c'est vrai que...
'''Gérard''' ''[le studio est hilare]'' : Qu'est-ce que je vous ai dit de me dégager, Gilbert ?
'''Gilbert''' : Mais non, mais c'est pas Gilbert, c'est Zedboul Z. Moi, les Samantha Fox...et Pamela Anderson, ça me fait bander, elles ont des gros seins.
'''Gérard''' : D'accord. OK. Donc, Clémentine, Jeanne et Claire, là, si vous voulez réagir, réagissez quand même un peu.
'''Gilbert''' : Oui, allez-y, les filles.
'''Gérard''' ''[silence des filles]'' : Oh ! Eh, mais merde, là, qu'est-ce que vous me faites, au standard ?
'''Gilbert''' : Elles sont plus là, elles ont raccroché.
'''Gérard''' : Eh, Clémentine, Jeanne et Claire, elles sont où, là ?
'''Phildar''' ''[sans micro, à l'opposé du studio]'' : Elles sont là !
'''Gérard''' : Ben non, elles répondent pas.
'''Manu''' : Ah si, elles sont là, Gérard.
'''Gérard''' : Oh, Clémentine ! Eh, là, tu te réveilles ou quoi ?
'''Clémentine''' : Mais je te parle en ce moment, abruti.
'''Gérard''' : Non, tu me parles pas.
'''Clémentine''' : Mais si, je suis en train de te parler.
'''Gérard''' : Et Jeanne ?
'''Jeanne''' : Oui, oui, je suis là, je te réponds, Gérard.
'''Gérard''' ''[sans chaleur]'' : Et Claire ?
'''Claire''' : Ben, je te réponds, hein, mais t'écoutes pas.
'''Gérard''' : Ben non, mais si, au standard, vous arrêtez vos conneries, un peu, là, de les zapper sans arrêt.
'''Manu''' [''loin d'un micro''] : C'est pas nous.
'''Gérard''' : Ou c'est Olivier qui s'amuse encore au con. Bon, alors, répondez, là, un peu.
'''Manu''' ''[toujours au loin]'' : Ben ouais.
'''Jeanne''' : Ben, écoute, c'est Jeanne. Donc, je réponds, donc en fait, Pamela An.... ''[silence].''
'''Gérard''' : Oh, mais merde ! Mais merde, tu me fais chier, là ! ''[Dos au micro, regard enflammé envers Manu et Phildar, devant le standard].'' Putain, mais vous êtes des cons, au standard, ce soir.
'''Jeanne''' : Qu'est-ce qui se passe ?
'''Gilbert''' : Vous êtes pas galants les mecs, là.
'''Manu''' : J'ai rien fait, ça se passait bien jusqu'à ce que Philippe arrive.
'''Gérard''' : Alors, Phildar, tu vas bosser de l'autre côté. Allez, hop, casse-toi. Casse-toi, ça vaudra mieux.
'''Manu''' : Je suis solidaire.
'''Gilbert''' : Vas-y, Jeanne, on t'écoute.
'''Jeanne''' : Oui, donc, au fait, Pamela Anderson et Samantha Fox sont des idéales masculins.
'''Claire''' : Idéaux...
'''Gilbert''' : Ouais, mais elles sont bonnes, il faut le dire, elles sont bonnes.
'''Jeanne''' : C'est des fantasmes masculins. Voilà, la blonde pulpeuse avec une grosse poitrine, tout ça. Et donc, en fait, les hommes adorent ce genre de femmes. Mais elles sont inaccessibles. Elle n'appartiennent qu'à un seul homme, malheureusement.
'''Gérard''' : Non, mais donnez vos noms quand vous voulez réagir.
'''Jeanne''' : C'est Jeanne.
'''Gérard''' : Ouais, mais Jeanne laisse quand même Clémentine et Claire et Vanessa répondre et Zedboule dragon, quand même. ''[regardant de travers le standard]''. Il y en a qui vont se... Il y en a qui, tout à l'heure, ils vont se prendre des baffes. Je le sens. Donc Claire ? Donc pour toi, à ton avis ?
'''Claire''' : Moi, je n'ai pas envie de répondre à cette question.
'''Gérard''' : Pourquoi ?
'''Claire''' : Je n'ai aucun avis.
'''Gérard''' : Alors dis-donc, si tu n'as aucun avis sur ce truc-là...
'''Vanessa''' : Non, mais c'est une question qui concerne spécialement les garçons, c'est vrai.
'''Gérard''' : Mais non, mais je vous demande votre avis à tous.
'''Claire''' : Moi, déjà, personnellement, je ne trouve pas qu'elles sont canons, donc je n'ai aucun avis.
'''Vanessa''' : Elles ne sont absolument pas naturelles.
'''Jeanne''' : Ce sont des poupées gonflables.
'''Gilbert''' : Je prends, je prends quand même.
'''Jeanne''' : Ouais, mais elles sont inaccessibles, mon pauvre. Tu crois qu'elles vont s'intéresser à un petit mec comme toi ?
'''Gilbert''' : Bien sûr que si ! Bien sûr, vous êtes jalouses.
'''Gérard''' : Qui c'est là qui répond ?
'''Gilbert''' : C'est Zedboule Dragon.
'''Jeanne''' : Ces femmes, elles sont inaccessibles, elles n'appartiennent qu'à un seul homme.
'''Gilbert''' : Mais tu rigoles ou quoi ? Quand je veux... ''[coupure].''
'''Gérard''' : Eh, mais t'as fini, Manu, s'il te plaît !
'''Manu''' : Mais c'est pas moi, et puis de toute façon, je peux rien faire, il n'y a plus Phildar, alors.
'''Gérard''' : Non, mais attends, tu sais qu'il s'amuse à le couper à chaque fois qu'il réagit, lui ? Ça commence à bien faire, ce soir, hein.
'''Zedboule Dragon''' : Non, mais le standard, il est pourri.
'''Jeanne''' : C'est Jeanne. ''[Blanc d'une seconde].''
'''Gérard''' ''[hurle]'' : Oh, mais merde ! Oh, Manu, tu me fais chier, là !
'''Manu''' : Mais je peux rien faire sans Phildar, tu l'as viré !
'''Gérard''' : Et alors, je veux pas savoir, tu coupes pas les gens comme ça quand ils parlent, merde !
'''Manu''' : Mais c'est pas moi, je peux rien faire... ''[il appelle Phildar en criant]''. Appelle Phildar, Gégé.
'''Gérard''' : Putain, mais ça commence à bien faire, hein.
'''Clémentine''' : Gégé, tu m'entends ?
'''Gérard''' : Oui, j'écoute. ''[blanc d'une demi seconde]''. Bon, je sens qu'à deux heures et demie, j'arrête.
'''Manu''' : Ah, il est 22, ouais.
'''Jeanne''' : Donc, je voulais te demander, pour toi, donne-moi ton idéal féminin, une actrice ou une chanteuse française ?
'''Clémentine''' : C'était Séverine Ferrer, tu l'avais déjà dit.
'''Gérard''' : Voilà. C'est Séverine Ferrer, et puis la nouvelle, là, qui est arrivée sur M6...
'''Olivier''' : Ophélie Winter, la nouvelle.
'''Gérard''' : Non. Celle qui fait...
'''Olivier''' : Charlie ?
'''Gérard''' : Celle qui fait les... des clips et des bulles.
'''Olivier''' : Lulu ?
'''Manu''' : Léonoardo di Caprio.<ref name="hist10"></ref>
'''Jeanne''' : Moi, je pensais que t'allais me dire Jeanne Moreau ou Catherine Deneuve.
'''Gérard''' : Ah, non, pas du tout. ''[Un cri en voix de tête].''
'''Gérard''' : Bon, tu me le vires, celui qui s'amuse à faire le con, là.
'''Manu''' : Je peux rien faire sans Phildar. Non, non, je suis solidaire.
'''Gérard''' : Bon, allez, hop, moi, j'arrête. ''[cris de frustration]''
'''Olivier''' : Sur Minitel, ils comprennent pas, hein.
'''Gérard''' : Non, non, mais ils comprennent pas ben... c'est la nuit sans pub et ce coup-là, c'est terminé.
'''Olivier''' : Non, non, Gérard. Tu finis le débat, Gérard. ''[Cris en voix de tête, Manu appelle Phildar deux fois, les auditeurs crient pour retenir Gérard]''. Gérard, tu continues le débat.
'''Gérard''' : Non, mais attends. Toi, t'es à la pro, tu vas te démerder un peu. Tu vas essayer de... Tu vas essayer de... parce que là ça commence à bien faire, vos conneries, là, à tous. Vous commencez à me faire chier. Eh, je te préviens, Olivier, c'est la dernière fois que je te le dis. Si le deuxième débat, c'est le même bordel que là, je jure que j'arrête. Je te préviens, Olivier, t'as intérêt de te réveiller.
'''Jeanne''' : Mais, Gégé ! Je voulais te dire, j'ai l'impression que tu n'aimes que les femmes très jeunes, parce que celles que tu m'as dit, elles n'ont que 20 ans.
'''Gérard''' : Non, mais attends, de toute manière, j'ai pas dit l'âge de Sandy, encore. Et ça, je le dirai pas.
'''Jeanne''' : Elle a quand même entre 20 et 30, donne-nous une tranche d'âge, quoi.
'''Gilbert''' : 25, je vous dis.
'''Gérard''' : Attends, attends, attends. Déjà toi, tu vas donner ton nom, maintenant.
'''Jeanne''' : Gilbert, je crois.
'''Gérard''' : Tu me le dégages, lui. Attends, il sort d'où, lui ?
'''Olivier''' : Il y Manu, sur Minitel, « Gérard, pour un Carambar, tu sors le tien ? »
'''Gérard''' : Non, pas du tout. Il sort d'où, celui-là, là ? ''[L'équipe se parle, confuse]''. Parce qu'à part Zedboule Dragon, c'est tout ce qu'on a, il ne réagit pas beaucoup, lui.
'''Jeanne''' : Gégé, tu ne m'as pas dit.
'''Gérard''' : Ben, je t'ai dit, entre presque la trentaine. Donc Zedboule Dragon, si tu pouvais répondre, quand même, aussi.
'''Gilbert''' : Oui, donc, c'est encore sur les blondes ? Oui, oui, ben, de toute façon, j'ai déjà répondu, j'ai dit que j'aimais bien ça.
'''Gérard''' : Et toi, Vanessa ?
'''Vanessa''' : J'ai déjà répondu, j'ai dit que cette question ''[coupure]'' était destiné aux garçons et que...
'''Olivier''' : C'est pénible, hein.
'''Gérard''' : Non, non, c'est Manu, je viens de le voir faire. ''[Le regard enflammé vers Manu, les yeux rivés sur lui et ce qu'il touche sur la table de mixage]''. C'est toi qui t'amuses, là.
'''Manu''' : C'est pas moi, hein.
'''Gérard''' : Non, tiens. Je viens de voir le coup, hein. Ouais, ouais. C'est toi qui t'amuses. Donc, la dernière question, comme ça, on va pouvoir faire la conclusion du premier débat. Je vous dis tout de suite que le premier débat, vous m'avez fait tout chier.
'''Olivier''' [''dépité] :'' Non, non, non. Non, non, non.
'''Gérard''' : entre Olivier de la pro et le standard, ça a été le bordel complet. ''[Tous les auditeurs parlent par-dessus, dépités aussi]''.
'''Zedboule Dragon''' : Allô ? Allô ? Oui, je voulais répondre, allô ?
'''Gérard''' : Non, toi, tu dégages, on t'a pas sonné.
'''Zedboule Dragon''' ''[la voix un peu plus aigue]'' : Allô, qu'est-ce qui se passe avec les télécoms, là ''[donnant un ton presque similaire aux expressions de Couscous, personnage que Cyril joue également]'' ? J'entends plus, là.
'''Olivier''' : Attends, attends, il y a Gérard qui va poser sa question.
'''Gérard''' : Donc, faut-il se faire une chirurgie esthétique pour être beau ?
'''Zedboule Dragon''' : Dans ton cas, vaut mieux oui.
'''Gérard''' : Qui c'est qui dit ça ?
'''Zedboule Dragon''': C'est Hubert.
'''Gérard''' : Alors, Hubert, tu dégages, je veux plus t'entendre.
'''Gilbert''' : Donc, moi, c'est Abdul Dragon, je pourrais répondre ?
'''Gérard''' : Oui.
'''Gilbert''' : Donc, moi, j'ai pas besoin de chirurgie esthétique, parce que bon... Je suis un beau gosse.
'''Gérard''' : D'accord. Zedboule Dragon, c'est bizarre, il se fait passer ...
'''Gilbert''' : Non, pas du tout, pas du tout.
'''Gérard''' : Non, presque pas. T'as pris Zedboule Dragon, alors que tu as...
'''Zedboule Dragon''' : Il y a des limites, ouais, c'est une discussion.
'''Gérard''' : Bon, ben, alors, vous commencez à m'énerver, tout à l'heure, ça va...
'''Gilbert''' : Moi, j'aimerais qu'on parle un peu de chômage, aussi, hein.
'''Gérard''' : Non, non, ben, alors, tu dégages.
'''Gilbert''' : Non, mais pourquoi ? Attendez.
'''Gérard''' : Tu dégages. ''[Répété quatre fois, pendant que Gilbert tente de continuer'' ''avec un air sérieux]''.
'''Olivier''' : Gérard, Gérard, si tu reprenais un peu le débat, ça serait bien, hein.
'''Gérard''' : Non, mais déjà...
'''Olivier''' : Sérieusement ! Non, mais Gérard, il te reste quatre minutes pour finir le premier débat.
'''Jeanne''' : Moi, je réponds. C'est Jeanne. Moi, je dis qu'en fait, c'est... Il ne faut pas... La chirurgie esthétique, c'est de la merde. Il faut être soi-même, il faut s'accepter.
'''Zedboule Dragon''' ''[voix de tête]'' : Non, mais je ne suis pas d'accord, ça dépend.
'''Gérard''' : Bon, vous essayez de me gerber celui-là.
'''Gilbert''' : Mais il a 13 ans, il a le droit de parler, aussi.
'''Jeanne''' : Non, moi, je suis... Comment ? Non, mais je n'ai même pas fini ma réponse, là. Il vaut mieux rester soi-même...
'''Gilbert''' : Allez, vas-y, continue.
'''Gérard''' : Oh, ta gueule, à toi.
'''Jeanne''' : Gérard, il faut être...
'''Gilbert''' : Allez, vas-y, merde.
'''Phildar''' ''[au loin]'' : Manu !
'''Gérard''' : Putain, moi, je sens que... Bon, allez, hop, conclusion du débat. Je ne pose même pas la question.
'''Claire''' : Gérard, je n'ai pas répondu.
'''Gérard''' : Non, non, mais pour l'instant, au standard, ça devient le vrai bordel.
'''Phildar''' : On virer tous les mecs.
'''Gilbert''' : vas-y, je peux revenir en trav'.
'''Gérard''' : Non. Non, dégage. Tu ne reviens plus. Donc, Clémentine. ''[Aboiement d'un homme'']. Bon, hé, c'est quoi, là ?
'''Phildar''' : Attends, je me suis trompé.
'''Clémentine''' : Je pense que... Je pense que... ''[coupure]''.
'''Gérard''' : Mais merde !
'''Olivier''' : Non, là, il reste trois minutes pour le débat.
'''Clémentine''' : C'est pas la peine. Gérard... Bon, moi je réponds plus.
'''Gérard''' : Voilà, comme ça, vous êtes contents de vos conneries, au standard. Bien ! Bravo ! ''[Il applaudit sèchement, sarcastiquement, nerveusement. Les auditeurs et le studio ovationnent joyeusement]''. Bravo, bravo ! Le deuxième vous dégagez !
''[Max rentre dans le studio]''.
'''Olivier''' : Fayot !
'''Gérard''' : Non, non, mais attends, vous m'avez fait chier, là.
'''Olivier''' : Tu veux tout dire à Max, t'es qu'un fayot.
'''Gérard''' : Toi, déjà, tu vas arrêter tes conneries parce que t'es un vrai con. D'accord ? Donc, conclusion. Conclusion du débat. Comme ça, il reste plus que deux minutes. Je fais la conclusion en deux minutes. Clémentine, conclusion.
'''Clémentine''' : Conclusion, je trouve que tu t'énerves un peu, là, sur la fin. C'est dommage.
'''Gérard''' : Oui, parce qu'au standard, c'est le vrai bordel.
'''Clémentine''' : C'est dommage parce que c'était intéressant.
'''Olivier''' : Ça s'était bien passé, en plus.
'''Gérard''' : Ouais, c'est bien. Avec toi qui n'arrêtes pas de faire le con avec une télécommande...
'''Manu''' : Allez, on s'en fiche.
'''Olivier''' : Allez, avance.
'''Gérard''' : Donc, Jeanne ?
'''Jeanne''' : Oui, ma conclusion, c'est que les questions, elles étaient très intelligentes. Je me suis très bien amusée. Donc, les questions, elles étaient intelligentes. Je me suis bien marrée, voilà. Mais à la fin, t'as insulté tout le monde, donc c'est dommage.
'''Claire''' : Oui, alors moi, je voulais dire que je préfère quand t'es bourré, parce qu'au moins on se marre plus.
'''Gérard''' : D'accord, ah ben... N'importe quoi, Claire, hein.
'''Claire''' ''[très faible volume vocal]'' : Ben oui, mais non, c'est...
'''Gérard''' : Ouais, ben, c'est vrai, ben, quand tu parleras plus fort devant ton combiné, ça me fera... je comprendrai peut-être encore mieux.
'''Claire''' ''[plus fort]'' : Je dis que je préfère quand tu es bourré, parce que pour moi, on se marre plus.
'''Gérard''' : Ouais, ben, quand je suis bourré, je viens pas, d'accord ? Alors c'est bon. Vanessa ?
'''Vanessa''' : Eh ben, moi, j'ai trouvé que certaines questions étaient...
'''Zedboule Dragon''' ''[voix de tête]'' : Eh, Vanessa, tu me fais kiffer.
'''Gérard''' : Vanessa, s'il te plaît.
'''Vanessa''' : Oui, que certaines questions étaient très subtiles, et c'était bien, et puis je voulais te remercier de nous avoir écoutés, voilà, quoi, c'est tout.
'''Gilbert''' : Donc, moi, c'est Abdul Dragon, donc je suis un beau gosse. Je serai en exposition à la place de la Concorde pour partager avec tout le monde, quoi, ma beauté naturelle.
'''Vanessa''' : C'est quoi, la voix de Pédé qu'on entend, là ?
'''Gérard''' : J'en sais rien. C'en est un qui s'amuse à passer sur tout le monde, et comme au standard, apparemment, je sais pas ce qu'ils sont en train de foutre.
'''Zedboule Dragon''': Mais non, j'ai juste changé ma voix.
'''Olivier''' : La conclusion à toi, Gérard.
'''Gérard''' : La conclusion, c'est que vous avez...
'''Olivier''' : Non, mais pas sur le débat, parce que ça, on s'en fout complètement, que ça se soit mal passé ou pas.
'''Gérard''' : Tu permets ? Je réponds sur ce que je veux, d'accord, et tu vas t'écraser, toi. Moi, la conclusion, c'est que t'as foutu trop ta merde, donc je suis pas d'accord. Au standard, ça a été pareil, c'est malheureux. Si tous les jeudis, les débats se passent comme ça, dès le début, c'est pas la peine de faire des débats.
'''Olivier''' : Et la conclusion sur le débat, donc, sur le sujet ?
'''Gérard''' : Sur le sujet, sur la beauté, je pense qu'il y avait certaines questions qui étaient bien, d'autres trop...
'''Zedboule Dragon''' ''[voix de tête] :'' Et tu es encore... Il y a encore des choses à faire.
'''Gérard''' : Ta gueule, toi, va te faire enculer.
'''Phildar''' ''[outré]'' : Oh, Gérard, Gérard !
'''Gilbert''' : Sois poli avec le jeune homme.
'''Gérard''' : Ouais, ben, si je veux, d'accord. Ouais, ouais, ben, tu vas retourner chez toi.
'''Olivier''' : Donc, ta conclusion, vas-y, parce qu'on t'a coupé.
'''Gérard''' : Donc, conclusion, ben, maintenant, on va attaquer le deuxième.
'''Olivier''' : Ta conclusion sur le débat sur la beauté, qu'est-ce que t'en penses ?
'''Gérard''' : Je trouve que ça a été un peu dur au début, et...
'''Phildar''' : Mais putain, mais tu comprends rien, ou quoi ?
'''Manu''' : T'es con, toi.
'''Gérard''' : Comme toi, tu vois. ''[Ovations du studio, applaudissements]''. Avec un con comme moi, on s'amuse, avec un con comme toi, on se fait chier. ok ? Donc, voilà, donc, deuxième...
'''Olivier''' : Donc, ta conclusion sur le débat.
'''Gérard''' : Bon, ça y est, je viens de le dire, tu vas pas me faire chier.
'''Phildar''' ''[ironique]'' : Ca s'est assez bien passé au début, et à la fin, ça a merdé. C'est pas une conclusion, ça ?
'''Gérard''' : T'te manière, ça a merdé bien avant. Avec toi, avec la télécommande, ça a bien merdé au départ.
'''Olivier''' : Mais ça fait un an que ça merde.
'''Gérard''' : Ouais, ben, avec toi, c'est tout le temps que ça merde.
'''Olivier''' : Non, mais le problème, c'est la beauté, toi, tu en penses quoi ?
'''Gérard''' : Je te l'ai déjà dit, tu vas pas me faire chier, j'ai déjà dit que c'était bien. C'est tout, voilà, terminé, point final à la ligne.
'''Olivier''' : Tu penses que tu es beau, alors ? Tu es moche, tu es beau, tu es comment ?
'''Gérard''' : Je vais pas te répondre, de toute manière, ça te regarde pas à toi. Voilà. Donc, la deuxième, tu me changes tout le monde, tu reprends des nouveaux auditeurs.
'''Phildar''' : Mais on n'a pas de couche ! Comment veux-tu qu'on les change ? Ils ont 20 ans, on va pas les changer, ils pissent plus dans leurs culottes.
'''Manu''' : C'est fini, hein.
'''Gérard''' : Attends, je fais ce que je veux. Si je te demande des nouveaux auditeurs, t'en prends d'autres.
'''Phildar''' : Des quoi ?
'''Zedboule Dragon''' ''[voix de tête]'' : Mais, c'est pas grave, si t'es pas beau, Gérard, on t'aime bien, c'est drôle.
'''Gérard''' : Le travlo, tu dégages.
'''Gilbert''' : C'est pas un travelo, il a 13 ans.
'''Gérard''' : Bon, ben, toi, tu t'écrases, Zedboule dragon. Donc, deuxième débat, c'est l'écriture, donc, voilà. On se retrouve après les deux disques.
'''Olivier''' : D'accord, les deux disques, je crois qu'il y a Will Smith, le nouveau, qui a été calé par Max.
'''Gérard''' : Et puis, le deuxième, je crois, ça doit être Un Dos Tres.
'''Olivier''' : C'est qui, ça ?
'''Gérard''' : Euh... Ricky Martins, sur Fun radio.
== Le débat sur l'écriture ==
=== Contexte ===
Deux disques plus tard, on retrouve Gérard, finalement égal à lui-même. Par souci de légèreté, on ne remettra pas les personnages déjà présents dans le précédent débat.
Plus encore que tout à l'heure, les questions sont pleines de jeux de mots qui dépassent l'animateur, si bien qu'il sera pris en flagrant de délit de paresse et Max saura jouer sur ce défaut.
Inventif à l'infini, Max, voyant venir un flottement dans l'émission entre la vacuité des questions, l'incompréhension de celui qui les pose, le calme des auditeurs sélectionnés par Manu et le besoin d'une ambiance plus agitée mais restant organisée, s'implique lui-même dans le montage d'un nouveau produit.
D'abord, il introduit un nouveau concept : les réunions « internes », entre membres de l'équipe, en direct à l'antenne. Ce concept de réunion va se poursuivre pendant toute la période où Gérard est présent régulièrement et elles seront enregistrées, dans le même registre surréaliste que les débats. Le thème est toujours le même, sauf que gérard est imposé par Max comme le chef, avec toute l'ambiguïté qu'on peut imaginer.
Ensuite, fidèle à son impertinence créatrice et redoutablement efficace, Max intervient lui-même comme auditeur envahissant, décapant et sarcastique. Il finira par empêcher le débat de se poursuivre en faisant miroiter à Gérard l'idée qu'il a face à lui un de ses harceleurs par courrier qui, selon le scénario, sollicite la complicité de l'équipe et avoue sans le savoir ses agissements, en direct. Cette scène, après plusieurs dizaines de minutes de confusion, clôture le débat, dont personne ne voulait une fois acquis que Gérard ne comprenait pas ses questions. Elle restera cependant une des scènes d'improvisation les plus incroyables, révélant tout le talent de Max et la synergie qu'il entretenait à ce moment avec son collocataire, Phildar, et Olivier. Leur mise en scène, parfaitement imprévue, est totalement fluide et sans faille.
Si bien que malgré les carences de Gérard et le flottement qui en résulte, le nouveau format, sous l'impulsion de Manu et de Max, devient de plus en plus visible : les auditeurs sont comiques, mais ni insultants, ni cahotiques, et l'équipe le perturbe. Bien sûr, les dérapages cahotiques ne s'interrompent pas, notamment sur au moins un des deux débats, mais ils sont davantage des perturbations que des insultes ou des hurlements d'auditeurs.
Dans ce format, on retrouve Manu et Phildar au standard, Olivier à la réalisation, et surtout, Gérard au centre exigeant, sans l'obtenir, que les standardistes débusquent les fauteurs de trouble, qu'il ne reconnaît pas lui-même, et les punissent. Le standard doit donc, dans cette émission, chercher des gens intéressants et écarter les autres, en lieu et place de l'animateur.
=== Les personnages ===
* Clémentine : Mandarine, Amandine
* Tony Morestin : Esteban, Hugues Aufray, Richard Klederman
* Arnet : Jean-Christophe
* Rita : Véronique, Céline
* Mégane : Cynthia, Byzance
* Cyril : Fan Quiz, Petit Tonnerre
* Max : Steven, Alain Farmer, Confucius, Chaperon Rouge, Raclette
* Jean-Luc, Mylène, Curedent
=== Transcription ===
''Gérard met l'ambiance en chantant, avec les auditeurs en ligne la chanson Un, Dos, Tres de Ricky Martin. Au retour, Max est présent et silencieux dans le studio aux côtés des autres.''
'''Gérard''' : Et voilà vous venez d'écoutert Ricky Martins avec Un, dos, tre, bien sûr avant c'était c'était quoi avant, Phildar s'il te plaît ?
'''Phildar''' : C'était will smith avec "Prends ça si tu le veux". C'était bien.
'''Gérard''' : Voilà eh bien donc si vous voulez continuer les débats du jeudi soir, donc sur l'écriture, vous pouvez nous appeler au 0803 08 5000 et 0800 70 5000 et toujours le 36 15 code Funradio rubrique Direct. Et là on accueille donc Mandarine
'''Mandarine''' : Bonsoir. ''[Jean-Christophe imite l'accent parisien de Gérard sur le mot Direct''.'']''
'''Gérard''' : Bonsoir et celui qui s'amuse à passer sur tout le monde, ça va pas aller là. Donc Véronique.
'''Véronique''' : Bonsoir. ''[Jean-Christophe lance : il va gerber lui].''
'''Gérard''' : Bonsoir. Cinthia
'''Cinthia''' : Salut.
'''Gérard''' : Fan Quiz.
'''Jean-Christophe''' : Je crois que tu regardes trop les chaînes de télé
'''Esteban''' : Fan Quiz... non mais je rêve...
'''Gérard''' : Ben c'est ce que j'ai sous les yeux désolé.
'''Jean-Christophe''' : Nom de Dieu, qu'est-ce qu'ils foutent au standard...
'''Gérard''' : C'est quoi là, ce nom là ?
'''Manu''' : Ben c'est ce qu'il m'a donné, moi j'ai pas vu sa carte d'identité par téléphone.
'''Gérard''' : Esteban.
'''Esteban''' : Bonsoir.
'''Gérard''' : Et Jean-Christophe ?
'''Jean-Christophe''' : Salut Gérard, salut, ça va ? ''[une voix de tête lance : Jean-Chri Chri]''.
'''Gérard''' : Eh, celui qui s'amuse à passer sur tout le monde, ça va pas être bon là, hein, maintenant. On commence pas le deuxième débat comme ça. ''[Bruit de poule]''. Même celui qui fait le coq.
'''Phildar''' ''[au loin]'' : Non c'est une poule.
'''Gérard''' : C'est pareil. Aimez-vous écrire ? Alors, euh... Donc ce thème, c'est l'écriture quand même, hein, le thème du 2. ''[Le bruit de poule continue]''.
'''Jean-Christophe''' : Est-ce que tu sais écrire, Gérard ?
'''Phildar''' ''[au loin]'' : oh mais Manu !
'''Esteban''' : Ah, il y a Sandy qui est en train de me picorer la testicule.
'''Gérard''' : Voilà. Celui qui vient de dire Sandy, tu peux le virer tout de suite, hein. ''[Rire de max en fond]''.
'''Manu''' : Ça y est, déjà avant que tu le dises.
'''Gérard''' : Voilà, comme ça, ça a été vite, là.
'''Véronique''' : Bon, je réponds.
'''Gérard''' : Donc, aimez-vous écrire ? ''[Silence]''. Oh, oh ! Non, mais, oh !
'''Véronique''' : Oui, je réponds, c'est Véronique. Je réponds.
'''Gérard''' : Bah, vas-y.
'''Véronique''' : Oui, j'adore écrire. J'écris des... ''[coupure''].
'''Gérard''' : Bon, non, moi, j'arrête, Max, là. C'est plus possible de travailler comme ça.
'''Jean-Christophe''' : Moi, je suis pas d'accord, il y a du favoritisme, mais bon, c'est pas grave.
'''Véronique''' : Mais, Gérard, tu m'écoutes ?
'''Gérard''' : Je t'écoute.
'''Véronique''' : J'adore écrire, je trouve que l'activité de l'écriture, c'est très enrichissant. Ça fait travailler les méninges, ça fait travailler ton cerveau, c'est super, quoi.
'''Gérard''' : Mandarine ? Non, mais répondez tous, essayez de...
'''Jean-Christophe''' : De poser un débat, en fait.
'''Esteban''' : Ouais, percutez, là, percutez.
'''Jean-Christophe''' [''à toute vitesse]'' : On va tous percuter. Donc, en fait, moi, je pense que l'écriture, c'est très bon, c'est très bien.
'''Gérard''' : Ouais, mais sans couper trop la parole aux filles, quand même.
'''Jean-Christophe''' [''vindicatif''] : Ok, bah, on va laisser parler les meufs et on on va se casser, c'est ça que tu veux, non ?
'''Gérard''' : Non, mais attends, tu restes poli, s'il te plaît.
'''Esteban''' : Non, mais ne prends pas mal, ne prends pas mal, quand même.
'''Gérard''' : Non, mais tu restes poli, s'il te plaît. Je vous donne, je vous laisse le choix de répondre, tous ensemble, mais si ça se passe mal, ça va casser. ''[Une voix de tête reprend la dernière phrase, faite par Cyril]''.
'''Jean-Christoiphe''' : Ah, il y a un petit malin qui passe sur le...
'''Gérard''' : Ouais, j'ai l'impression, là, bah, au standard, je sais pas ce qu'ils foutent, encore.
'''Esteban''' : Bon, c'est pas grave, c'est pas grave.
'''Gérard''' : Donc, alors, donc... [''coupre, blanc'' ''à l'antenne]''.
'''Véronique''' : Il y a un meurtre dans la radio, là, ou quoi ?
'''Gérard''' : Donc, aimez-vous écrire ? Donc, alors, répondez tous, si vous voulez.
'''Esteban''' : En même temps ? ''|tout le monde parle en même temps]''
'''Gérard''' : Non, mais... en donnant vos noms.
'''Olivier''' ''|s'ajoutant à la cohue]'' : Moi, j'aime bien ça.
'''Manu''' ''|par-dessus la cohue]'' : Ok moi c'est Manu...
''Gérard hurle un oh pour faire cesser le brouhaha. Il coupe le micro d'Olivier et le regarde méchamment, Oliivier coupant tous les autres''.
'''Gérard''' : Tu commences à faire chier. C'est pas toi que je m'adresse, d'accord ? Tu les laisses répondre.
'''Olivier''' : D'accord. Parce que t'as dit « tout le monde répond ».
'''Gérard''' : Non, mais pas vous. Vous, vous fermez vos gueules, vous êtes là pour gérer si ça se passe mal.
'''Jean-Christophe''' : Ouai, Gérard, c'est Jean-Christophe. Moi, j'aime pas écrire, parce que... c'est chiant, c'est c'est tout ça, donc voilà.
'''Gérard''' : Mais pourquoi t'aimes pas écrire ?
'''Jean-Christophe''' : Parce que c'est fatigant, ça te prend la tête. Toi, t'as pas l'habitude d'écrire, mais...
'''Gérard''' : Non, attends, j'écris, je...
'''Jean-Christophe''' : T'écris trois lignes sur un poème, et puis voilà, mais... Mais c'est...
'''Esteban''' : Je voulais te dire je t'aime, ringard va.
'''Gérard''' : Bon, alors, qui c'est qui vient de dire ça ? Oh, là, les deux mecs !
'''Jean-Christophe''' : C'est pas moi, Gérard..J'étais en train de te parler. Je pense que c'est le mec qui passe sur tout le monde qui a dit ça ?
'''Gérard''' : Mais qui c'est qui s'amuse à passer sur tout le monde, là ?
'''Esteban et Jean-Christophe''' : C'est le gamin de 13 ans.
'''Gérard''' : Oui, ça commence à bien faire. Non, non, là, ça commence à bien faire, au standard.
'''Manu''' ''|blasé]'' : Mais oui, c'est nous !
'''Véronique''' : Gérard, on peut rien faire, Gérard, parce qu'il a piraté la ligne.
'''Esteban''' : J'aime pas trop comment tu parles à ton équipe, hein. Un petit peu de respect, quand même.
'''Gérard''' : Tu sais qui dit ça ?
'''Jean-Christophe''' : Heureusement que je suis là quand même.
'''Esteban''' : C'est le gamin de 13 ans.
'''Gérard''' : Non, mais toi, tu dégages.
'''Fan Quiz''' : C'est le petit qui a rien fait.
'''Jean-Christophe ''' : Voilà, tu vois, c'est lui, encore.
'''Véronique''' : Mais t'es pas couché encore à cette heure-ci ?
''Silence, mais Manu murmure, micro allumé, une conversation au téléphone avec quelqu'un, mais conclut par je t'embrasse, laissant penser à une conversation personnelle, devant le regard outré de Gérard''.
'''Gérard''' : Ça va, Manu ?
'''Manu''' ''[innocent]'' : Qu'est-ce qu'il se passe ?
'''Esteban ''' : Il fait passer ses messages perso Manu, tranquille..
'''Gérard''' : Les gens parlent et tu t'amuses à donner tes messages perso en direct.
'''Manu ''' : Je rappelais ma mère mais...
'''Gérard''' : Nan mais t'es complètement chartbé toi !
'''Manu''' : Ah, pardon.
'''Fan Quiz ''' : Manu, ta ma mère, elle chausse du 2...
'''Esteban''' : Bien joué, Manu, bien joué.
'''Véronique''' : Mais t'es pas couché encore toi ?
''Oivier murmure sans articuler, micro ouvert, des propos similaires''.
'''Gérard''' ''[hurle]'' : Bon oh ! Eh, tu te sens bien, toi, Olivier, aussi ? Eh putain mais vous êtes cons ou quoi, là ?
'''Olivier''' ''[penaud]'' : J'appelle ma mère.
'''Gérard''' : Ouais, bah, vous passez vos coups de fil après, bande de cons.
'''Manu''' : Elle va bien ?
'''Olivier''' : Ouais.
'''Véronique''' : Elle va bien, ta mère, Manu ?
'''Manu''' : Impeccable. Elle te passe le bonjour.
'''Fan Qui''z''''' ''[voix normale]'' : Et puis, ça continue comme ça, on parle de la mère de Gérard.
'''Esteban''' : Non, c'est pas bon ça !
'''Gérard''' : Attention, qui c'est qui vient de dire ça ? Il y a trois mecs, je veux savoir les trois mecs.
'''Manu''' ; Je veux un nom !
'''Véronique '':''''' C'est le gamin !
'''Fan Qui''z :''''': Ouais, moi, je suis pour rien, je suis le gamin, le petit, j'ai rien fait.
'''Gérard''' : Bon, toi, tu dégages. Allez, hop ! Alors, qui c'est qui voulait jouer au con, là ? Entre Fan Queen et...
'''Esteban''' : C'est moi ! On joue, on joue, tous les deux, hein ?
'''Gérard''' : Ouais, mais attends, vas-y. C'est comment ton nom ?
'''Fan Quiz''' : Jean-Christophe.
'''Jean-Christophe''' : Mais non, c'est pas moi ! ''[Rire général dans les studios car tout le monde a compris que c'était Fan Quiz...sauf Gérard].''
'''Gérard''' : Eh bien, alors, Jean-Christophe, tu dégages.
'''Jean-Christophe''' ''[hurlant]'' : Mais non c'est pas pas Jean-Christophe !
'''Fan Quiz''' : Et moi, je suis une boule de nègre. ''|Rire de Véronique]''.
'''Gérard''' : Eh, ça commence à bien faire au standard, là. Ça commence à bien... Bon, eh, Olivier. Eh, quand tu fais la pro, ça t'arrive d'essayer de... De t'occuper de quelque chose, là ?
'''Esteban''' : Artisan, cibiste.
'''Gérard''' : Qui c'est qui dit ça ?
'''Fan Quiz''' : Ouais, je te reçois 5-5.
'''Gérard''' : Bon, et au standard, vous avez les trois mecs.
'''Phildar''' : Allez, je vire tous les mecs.
'''Gérard''' : Alors, mandarine.
'''Mandarine''' : Oui. Là, avec tout ça, j'ai oublié la question, Gérard.
'''Gérard''' : Donc aimez-vous écrire ? Pour continuer
'''Mandarine''' : Moi, ça me fatigue.
'''Gérard''' [''parlant à Max qui vient de rentrer dans le studio]'' : Non, mais là, ça commence... Attends, mandarine. Ça commence à bien faire, parce que lui, il fait que des conneries (''pointant du doigt Olivier''). Et là, c'est même pas capable de gérer ''[pointant le standard sans regarder les deux jeunes devant]''.
'''Manu''' : C'est pas vrai.
'''Olivier''' ''[puéril devant Max]'' : Il dit n'importe quoi, Gérard.
'''Gérard''' : Ça n'arrive pas à gérer de savoir qui c'est qui passe sur tout le monde.
'''Mandarine''' : Bon, Gérard, ça n'avance pas. Quel est le problèmes, là, Gérard ? Qu'est-ce qui t'arrive ?
'''Max''' : Attends, top, top, top. On fait une pause. Tu mets tout le monde hors antenne, on fait une réunion d'antenne. Une réunion de débat.
'''Olivier''' : Oui, de pro.
'''Max''' : Bon Gérard, qu'est-ce qui ne va pas ?
'''Gérard''' : Bon, déjà, au standard, eux...
'''Manu et Phildar''' ''[ensemble, alternant les phrases l'un et l'autre] :'' C'est pas vrai. C'est pas nous. C'est pas vrai. C'est pas nous. On n'est pas au standard.
'''Max''' [''sérieux mais hilare''] : On est pas à l'antenne, peut-être, mais c'est une réunion. C'est la première fois que je fais une réunion extraordinaire des débats. Qu'est-ce qui se passe ?
'''Gérard''' : Les mecs, au standard, quand je vous demande qui c'est qui s'amuse à faire le con, vous essayez de le savoir.
'''Manu''' : Mais ils piratent. On ne les a pas sur les lignes.
'''Gérard''' : Mais quand il y en a un qui s'amuse à dire ma mère, dans ce cas-là, tu essaies...
'''Manu''' : Mais c'est celui qui pirate. Je ne peux pas le virer.
'''Gérard''' : Non, mais dans ce cas-là, moi, ce n'est pas la peine d'insister.Sinon, le débat, il va s'arrêter là.
'''Olivier''' : C'est ok pour archive alors.
'''Phildar''' : Il peut dire quoi, alors ? Ta sœur ?
'''Gérard''' : Non, même pas.
'''Max''' : Bon, donc, déjà, là, vous trouvez le mec qui pirate, le gamin. Là, moi, j'écoute depuis tout à l'heure.
'''Phildar''' : Manu, il sait qui c'est, Gérard.
'''Max''' : On se tait, on écoute, Gérard. Ensuite.
'''Gérard''' : Ça commence à bien faire. Lui, là-bas.
'''Max''' : Alors, Olivier.
'''Gérard''' : Pareil.
'''Max''' : Qu'est-ce qui se passe ?
'''Manu et Phildar en chœur ''' : Lui, il est zéro. Zéro, c'est nul à la pro ! La pro.
'''Gérard''' : Lui, il n'est même pas capable, quand je donne l'autorisation à tout le monde...
'''Max''' : Je n'écoutais pas, je n'écoutais pas.
'''Gérard''' : ...de parler, Monsieur s'amuse à dire que des conneries.
'''Olivier''' : J'ai rien fait !
'''Max''' : Olivier, ton boulot, c'est de réaliser. C'est la pro. Ce n'est pas de faire l'animation. L'animation, c'est Gérard. Quoi d'autre encore ?
'''Gérard''' : C'est tout.
'''Max''' : Ah, ben, ça va. Il n'y a pas grand-chose.
'''Gérard''' : Non, mais quand je demande quelque chose, je voudrais qu'au standard, ça soit bien respecté. Sinon, ça ne sert à rien.
'''Max''' : Bon, la réunion est terminée. On reprend le débat. C'est parti.
'''Manu''' : Ok
'''Gérard''' : Donc, alors, je repose pour la quatrième fois la même question. Aimez-vous écrire ? Donc, j'attends vos réponses''.''
'''Olivier''' : Et il y archives sur minitel qui particiope au débat. Mais sur minitel.
''Un son de rayonnement et des lignes qui sonnent occupées, entrecoupés de brefs silences''
'''Phildar''' : Oh, merde !
'''Manu''' : Oh, là, là !
'''Gérard''' : Eh ben, c'est bien. Alors, tu peux envoyer un disque ?
'''Phildar''' : Ah, mais non ! C'est Manu qui a fait une mauvaise manip.
'''Max''' : On peut savoir qu'est-ce que vous avez fait ?
''Manu et Phildar se renvoient puérilement la faute''
'''Olivier''' : C'est tout le temps comme ça avec eux...
''Dans une clameur générale, les auditeurs reviennent''
'''Manu et Phildar''' ''[ensemble]'' : Mais non, on rigole !!!
'''Max''' : La réunion n'a sert à rien, parce qu'on vous demande de respecter Gérard. Alors, soyez sympas.
''Fanfare de cirque''
'''Gérard''' : Bon, toi, t'arrêtes avec ça.
'''Max''' : Arrête !!!!
'''Gérard''' : Parce que t'à l'heure, tu vois, la mallette, je vais la fermer, je vais te la balancer dans la gueule.
''Fan_quiz aliais Cyril demande d'une voix de tête plaintive que Gérard arrête d'hurler''
'''Gérard''' : Bon, toi, tu dégages. Mais attends, il sort d'où, celui-là ?
'''Esteban''' : Il a le droit de parler comme tout le monde.
'''Véronique''' : Non, je crois qu'il a de la fièvre.
'''Esteban''' [''voix de tête plaintive''] : Mais c'est pas ça ! Mais moi, je voulais répondre à la question.
'''Olivier''' : Allez, hop, dehors. Allez, hop, il dégage.
'''Véronique''' : Bon, Gégé, tu peux poser ta deuxième question. On a répondu, Gégé.
'''Olivier''' : Ils ont tous répondu. Deuxième question.
'''Gérard''' : Pour la deuxième question, à qui écrivez-vous ?
'''Jean-Christophe''' : Moi, Gérard. Alors, j'écris à ma mère. à mon père, à mes frères, ...
'''Esteban''' : Oh, c'était le bonheur.
'''Jean-Christophe''' : J'écris un petit peu à Gérard aussi. Et voilà.
'''Gérard''' : Esteban, ''[prononcé à la française''], répondez en donnant vos noms, s'il vous plaît, parce que je ne vais pas faire que...
'''Véronique''' : Véronique. Donc, oui, moi, j'écris à ma mère, toute la famille, quoi. Et puis, voilà, quoi.
'''Jean-Christophe''' : Je me demande même si elle ne t'écrirait pas, la demoiselle.
'''Gérard''' : Qui c'est qui vient de dire ça ? Non, mais ça commence... Vous êtes trois, vous commencez à me casser les couilles, là, tous les trois.
'''Jean-Christophe''' : Il faut comprendre qu'il y en a toujours qui mentent. C'est pas eux, alors bon, voilà.
'''Véronique''' : Ah oui, et Gégé ? Véronique : dernièrement, j'ai écrit une lettre d'amour.
'''Gérard''' : Pourquoi ?
'''Jean-Christophe''' : Poil au Kiki.
'''Esteban''' : Il est pas mal celui là.
'''Gérard''' : Mandarine
'''Mandarine''' : Ouais, moi, j'écris rarement. Enfin, quand j'écris, en général, c'est à mon copain quand il s'en va.
'''Esteban''' : Moi, l'autre fois, j'ai écrit aux impôts parce que attends, mais...
'''Gérard''' : Tu donnes ton nom, s'il te plaît.
'''Esteban''' [''hurlant de révolte''] : On est des vaches à lait, ma parole !
'''Gérard''' : Tu donnes ton nom. Tu donnes ton nom.
'''Esteban''' : C'est... Estéban, Estéban.
'''Gérard''' : Ouais, ben... Quand je demande ton nom, t'es prié de te réveiller un peu.
'''Véronique ''' : Como estas Estéban ?
'''Fan_quiz''' : muy bién y ti?
'''Gérard''' : Bon, Estéban, tu dégages. Dehors.
'''Fan_quiz''' : Oui, no problémo.
'''Mandarine''' : C'est vrai que les impôts, ils nous sucent jusqu'à la moelle, quoi.
'''Fan_quiz''' : Il n'y a pas de ça qu'ils sucent.
'''Gérard''' : Qui c'est qui dit ça ? Non, mais attendez, attendez, là. Il me reste deux mecs, je voudrais savoir lequel des deux qui s'amuse à dire des conneries comme ça.
'''Fan_quiz''' : C'est pas fan_quiz. Moi, je n'ai rien dit depuis le début.
'''Gérard''' : Estéban, je t'avais dit de le dégager.
'''Fan_quiz''' : C'est vrai, ouais.
'''Jean-Christophe ''' : Ouais, allez hop. Allez hop, dehors.
'''Gérard''' : Voilà. Donc, Jean-Christophe.
'''Jean-Christophe''' : Ouais, ben, moi, je disais que j'écris à plein de monde. Enfin, des gens, des amis.
'''Fan_quiz''' : C'est-à-dire ?
'''Gérard''' : Ben, non, pas de C'est-à-dire, Tu n'es pas forcé de donner les noms.
'''Jean-Christophe :''' J'écris à Gérard tout ça donc non. J'écris à ma mère, tout ça, à mes parents, c'est super.
'''Fan_quiz ''' : Ben, moi, je ne me rappelle plus parce que... Ouais, je n'ai pas d'amis.
''Clameur de tristesse dans le studio et à l'antenne''
'''Jean-Christophe''' : Tu veux qu'on soit tes amis ?
'''Fan_quiz ''' : Ouais, je veux bien... Mais pas Gérard.
'''Gérard''' : De toute manière, je ne veux pas de toi.
'''Jean-Christophe''' : Ouais, tu as bien raison, Gérard. Il est méchant, celui-là.
'''Gérard''' : Ben si tu n'es pas content tu retournes au standard. Comme ça, tu ne m'emmerderas pas longtemps. Donc, Cynthia ?
'''Cynthia''' : Oui, alors, moi, j'ai plein d'amis. Donc, je veux bien être l'amie de Fan_quiz. Et je n'écris pas, en fait.
'''Fan_quiz''' [''faiblement heureux''] : Ouais ! Mais pas Gérard.
'''Gérard''' : Bon, Fan_quiz, c'est la seule... Encore une connerie comme ça et tu vas dégager.
'''Fan_quiz''' : Ouais, ouais, mais sans toi, si je dégage.
''Rire de Phildar dans les studios''
'''Gérard''' : Allez, hop, tu dégages, c'est bon, ce coup-là. Allez, hop. Allez, tu me le prends... Tu me le vires complètement.
'''Fan_quiz''' : Je ne sais pas comment elle a fait, Christine.
''Tollé chez les auditeurs dès que la citation sur Christine est envoyé''
'''Gérard''' : Allez, hop.
'''Phildar''' : Je le vire. Je le vire.
'''Manu''' : Et on accueille Hugues Aufray.
'''Hugues Aufray''' : Bonsoir, bonsoir.
'''Gérard''' : À la place de qui ?
'''Manu''' : À la place d'Estéban
'''Hugues Aufray''' : Hé, vous êtes vache, quand même.
'''Olivier''' : Et sur le minitel, 3615 Funradio il y a Savannah qui dit : « Gégé, rappelle-moi pour ton débat, je serai réveillée avec ma voix sensuelle de chatte qui attend son Gégé. »
'''Jean-Christophe''' : C'est une mytho.
'''Hugues Aufray''' : Si en plus, elle peut m'exciter, alors c'est la totale.
'''Gérard''' : Qui c'est qui dit ça ?
'''Hugues Aufray''' : C'est celui qui est parti, là.
'''Gérard''' : Non, mais oh, oh, oh ! Quand je vous demande de dégager un mec qui dis que des conneries, là.
'''Manu et Phildar''' [ensemble) : Il est dégagé !
'''Hugues Aufray''' : Ça y est, il est viré, là. Je crois qu'il est viré.
'''Jean-Christophe''' : Il est parti, il est bon, reprends ton débat, t'énerve pas.
'''Véronique''' : Il est parti, il est parti.
'''Gérard''' : Faut-il apprendre... Faut-il... Faut-il prendre l'alphabet au pied de la lettre ?
'''Hugues Aufray''' : C'est un jeu de mots, ça. C'est Jean Roucas qui a fait les questions.
'''Cynthia''' : Ouais, est-ce que tu peux m'expliquer ? Parce que là, j'ai pas compris.
'''Gérard''' : Faut-il prendre l'alphabet au pied de la lettre ?
'''Cynthia''' : Oui, mais est-ce que tu peux m'expliquer ? Parce que là, j'ai pas compris.
'''Gérard''' [''penaud et fuyant''] : J'ai pas eu le temps de regarder.
'''Olivier''' : Non, c'est surtout que c'est pas toi qui as fait la question.
'''Cynthia''' : Oui, alors pose une question que t'as faites, parce que là, franchement, ça veut rien dire.
'''Olivier''' : Ouai, ça sera mieux Gérard. Tu la comprends pas, la question. Il y a un jeu de mots dedans, tu les comprends pas.
'''Hugues Aufray ''' : Allez, fais une question que t'as faite là : de tte manière, combien de lettres, alphabet ?
'''Gérard''' : Qui c'est qui parle, là ?
'''Hugues Aufray''' : Elle est partie, là. On l'a virée, déjà.
'''Gérard''' : Non, non, mais moi, je voudrais que vous donniez vos noms, là. Il reste Jean-Christophe et Hugues Aufray.
'''Hugues Aufray''' : Bah, c'est pas moi. Regarde ma voix. Jean-Christophe, je suis tranquille.
'''Véronique''' : Hé, Gégé ? C'est Véronique. Tu peux nous réciter l'alphabet sur un fond de musique ?
'''Gérard''' : Non.
'''Hugues Aufray''' : Comme Chantal Goya <ref name="hist4b"></ref> vas-y.
'''Gérard''' : Qui c'est ? Qui c'est, ça ?
'''Jean-Christophe''' : Il a rien dit. Il a dit Chantal Goya.
'''Gérard''' : Non, non, mais attends.
'''Manu''' [''agacé''] : Ils ont rien dit.
'''Olivier''' : Il y a Archive qui dit : « Gérard, il faudrait déjà que tu lises l'alphabet pour comprendre la question. »
''Tout le monde demande à Gérard de réciter l'alphabet, il refuse, sous pression, voire une menace que les gens raccrochent''
'''Gérard''' : Si vous voulez pas répondre, vous dégagez.
'''Jean-Christophe''' : Moi, je veux bien répondre.
'''Hugues Aufray''' : Lèche cul.
'''Jean-Christophe''' : Ouais, donc... Je pense qu'il faut... Ouais, je pense qu'il faut... Quand même, apprendre son alphabet. C'est certain, Gérard.
'''Gérard''' : Hugues Aufray.... ''Gérard l'appelle trois fois sans réponse''.
'''Hugues Aufray''' : Je suis là !
'''Gérard''' : Oh, tu te réveilles ?
'''Hugues Aufray''' : Ouais, mais non, mais attends, j'étais hors antenne.
'''Jean-Christophe''' : Ouais, c'est ça.
'''Hugues Aufray''' : Donc, l'alphabet, c'est important pour écrire des lettres. Enfin, des mots, quoi. Faire des mots pour donner des phrases.
'''Mandarine''' : C'est Mandarine, j'ai une question. Est-ce que tu sais qui a écrit l'alphabet ?
'''Gérard''' : Non.
'''Jean-Christophe''' : Certainement pas, Gérard.
'''Gérard''' : Bon, qui c'est, celui-là ?
'''Phildar''' ''[triomphant''] : C'est Jean-Christophe ! C'est Jean-Christophe ! Je le lire !
'''Hugues Aufray''' : Ouais, ouais, c'est Jean-Christophe !
'''Manu''' : Suce boule. Alors, on accueille... Attendez, on accueille Steven, membre des Rubettes. Et on accueille Petit Tonnerre.
'''Petit Tonnerre''' : En fait, c'est des malins au standard.
'''Olivier''' : Ouh là, le téléphone est pourri, là.
'''Petit Tonnerre''' : Eh, ne te laisse pas faire Gérard, c'est des malins, au standard. Bon peu importe, c'est quoi la question ?
'''Olivier''' : Non, je suis désolé, t'as un téléphone pourri, tu vas dégager.
'''Petit Tonnerre''' : Il t'emmerde mon téléphone !
'''Gérard''' : Allez, allez, allez !
'''Steven''' : Bonsoir, Gérard ! Steven des membres des Rubettes. Bonsoir, Tony, bonsoir, Arnet aussi.
'''Hugues Aufray''' : Ah non non, pas du tout.
'''Gérard''' : Euh attention, qui c'est là ?
'''Hugues Aufray''' : C'est Gugu.
'''Petit Tonnerre''' : Peu importe, qui c'est !
'''Gérard''' : Hé tu me dégages, là, celui-là, là. Celui qui a un téléphone pourri.
'''Petit Tonnerre''' : Mais il t'emmerde mon téléphone ! Laisse-le où il est.
'''Phildar ''' : Mais non, il n'est pas pourri, son téléphone, il a que ça. Il est pauvre, on n'y peut rien. Alors, il n'y a que les riches qui ont le droit d'appeler dans tes débats ?
'''Manu''' : C'est dégueulasse, ça va.
'''Petit Tonnerre''' : Ouais, Steven, on t'écoute.
'''Steven''' [''accent américain maladroit''] : Yeah, hello. Je parle un peu français, je suis de Londres. Je suis Steven des Rubettes.
'''Petit Tonnerre''' : Ouais, bah précise ton nom.
'''Gérard''' : Ta gueule, toi, Petit Tonnerre.
'''Steven''' : Alors, d'abord, bonsoir à tous. Hello, everybody.
'''Gérard''' : Il sort d'où celui-là ?
'''Steven''' : Bonsoir, Gérard.
'''Gérard''' [''maussade''] : Bonsoir.
'''Steven ''' : L'écriture. Alors, euh... L'écriture ?
'''Petit Tonnerre''' : Non, mais précise ton nom.
'''Gérard''' : Ouais, déjà, déjà, c'est... Attendez. Déjà, c'est toi qui vas préciser ton nom.
'''Petit Tonnerre''' : C'est P'tit Tonnerre. T'as dit que j'avais un téléphone portable. T'as déjà oublié ?
'''Gérard''' : Bah, alors, tu dégages. On laisse parler Steven, il est anglais. Ça coûte cher des États-Unis.
'''Gérard''' : Allez, allez, tu dégages, P'tit Tonnerre !!! Allez, il dégage, il dégage, P'tit Tonnerre. Eh, vous êtes sûrs, c'est nous ou quoi ?
'''Manu''' : Écoute un peu, ils sont plus là. Alors, arrête.
'''Steven''' : Alors, bon, moi, je veux parler de l'écriture. Hum. Euh, moi, je trouve que c'est important de l'avoir de l'écriture. Et, euh, because l'écriture, ça permet d'écrire aux gens. Et ça permet surtout d'écrire.
'''Gérard''' : D'accord. Ok. Euh, Hugues Aufray.
'''Steven''' : Because, euh...
'''Gérard''' : Hugues Aufray, s'il te plaît.
'''Steven''' : Non, l'écriture, c'est très important, euh...
'''Gérard''' : Bon, bah, c'est bon, Steven.
'''Steven''' : Eh, fuck you, hein.
'''Gérard''' : Bon, bah, c'est bon. Hugues Aufray.
'''Olivier''' : Y a Savannah qui est d'accord pour t'apprendre l'alphabet sur ses seins.
'''Steven''' : Yeah, hello. Donc, euh...
'''Gérard''' : Putain, merde !
'''Hugues Aufray''' : Bonsoir, Steven. Bonsoir, Steven.
'''Steven''' : Hello.
'''Hugues Aufray''' [''pendant que Gérard discute avec le standard''] : J'adore tes chansons. Je suis un chanteur français. [''Il reprend le refrain de Sugar Baby Love]'' Je suis un grand fan.
'''Steven''' : Thank you. Donc, euh...
'''Gérard''' : Hugues Aufray dehors.
'''Manu''' : C'est bien, pourtant.
'''Gérard''' : Non, mais attends, tu permets, euh... Quand je pose la question, il répond à la question, d'accord ?
'''Hugues Aufray''' : Bah, ouais, c'est normal.
'''Manu''' : J'ai pas entendu, tu parlais pas dans ton micro.
'''Steven''' : Parce que l'écriture à Londres, il est pas la même que la Paris, hein.
'''Olivier''' : Déjà, il y a combien de lettres dans l'écriture, dans l'alphabet à Londres ?
'''Steven''' : Euh, il doit y en avoir 29, je crois. 3 de plus que la Paris.
'''Olivier''' : Et Gérard, en France, il y en a combien ?
'''Gérard''' : J'en sais rien.
'''Steven''' : Enfin, pour lui, il doit y avoir 3 lettres, hein. 3 de plus que la Paris, il en a combien ?
'''Véronique''' : Et, euh, Steven ? Euh, on, euh, tu connais l'alphabet en anglais ?
'''Gérard''' : Mais c'est qui qui pose cette question ?
'''Steven''' : Je suis anglais, alors je parle, bien sûr, je parle l'anglais.
'''Hugues Aufray''' :Alors, j'aimerais changer de nom, parce qu'Hugues Aufray, ça fait un peu ringard.
'''Petit Tonnerre''' : Eh, moi, j'ai l'impression que Steven, c'est pas un vrai américain.
'''Gérard''' : Bon Petit Tonnerre, tu dégages !
'''Petit Tonnerre''' : Non, mais je dis ce que je pense.
'''Gérard''' : Petit Tonnerre, tu dégages !
'''Steven''' : Petit Tonnerre, je suis pas américain, je suis anglais.
'''Petit Tonnerre''' : Eh ouais, mais précise ton nom.
''Rire dans le studio''
'''Steven''' : Steven des Rubettes. Mais moi, j'ai pas l'impression que tu as 13 ans, tu dois avoir dans les 13 ans et demi, 14 ans, non ?
'''Petit Tonnerre''' : Ouais, mais peu importe.
'''Gérard''' : Petit Tonnerre, tu dégages.
'''Petit Tonnerre''' : Ouais, mais Gérard, je t'ai dit, je t'aime pas.
'''Gérard''' : Tu dégages !
''Phildar éclate de rire''
'''Gérard''' : Bon, putain, moi, j'arrête, c'est pas la peine de continuer.
'''Phildar''' : Non, non, je le dégage. je le dégage...
'''Gérard''' : Non, non, vous le dégagez pour de bon, ce coup-là.
'''Jean-Christophe''' : Mais non Gérard, qu'il reste avec nous.
'''Olivier''' : Il y a Chewbacca sur Minitel qui demande à Gérard quel est son style d'écriture.
'''Gérard''' : Je n'en sais rien.
'''Cynthia''' : C'est plutôt gothique ?
'''Olivier''' : Essayez d'être un peu plus intéressants sur Minitel.
'''Gérard''' : Ouais, ben c'est bien. S'ils sont pas contents, ils ont qu'à envoyer les thèmes de débat.
'''Véronique''' : C'est Véronique. Tu peux nous réciter l'alphabet en chantonnant ?
'''Gérard''' : Véronique, tu commences à me faire chier.
'''Jean-Christophe''' : Mais non, mais arrête ! Il connaît même pas, il va pas plus loin que le d, laisse-le tranquille, le pauvre.
'''Véronique''' : Ouais, c'est vrai, t'as raison, ouais.
'''Gérard''' : Bon, alors, Véronique, tu dégages. Véronique dehors, parce que elle, elle m'énerve.
'''Petit Tonnerre''' : Ouais, salut !
'''Gérard''' : Petit Tonnerre dehors.
'''Phildar''' : Il est pas là, Petit Tonnerre !
'''Gérard''' : Non, je viens de le voir.
'''Petit Tonnerre''' : Non, mais là, c'est Petit Tonnerre. Hé, mais Petit Tonnerre, laisse-le parler à Phildar. Pour une fois, Phildar, il est pas idiot.
'''Gérard''' : Non, mais moi, j'en veux pas.
''Petit Tonnerre prend l'antenne en otage en discutant avec un second personnage (Petite Foudre), qu'il crée avec lla même voix. Gérard sifflotte d'impatience.''
'''Gérard''' : Hé, oh ! Ça t'arrive de gérer, toi aussi, avec moi ? Ou t'as envie de te branler avec le micro ?
L''a conversation continue sur l'organisation du week-end des deux intrus''
'''Olivier''' : Il y a Sandy sur Minutel qui dit : « Monsieur, Madame, Manjouy ont un fils. Comment s'appelle-t-il ? Gérard ! J'ai rarement joui. »
'''Petit Tonnerre''' : Mais t'es bidon, à la pro ! Allez, Gérard, la troisième question, s'il te plaît.
'''Gérard''' : Je sens que tout à l'heure, je vais arrêter à la quatrième, ça va aller très vite, ce soir.
'''Petit Tonnerre''' : Tu sais compter que jusqu'à 4 alors ça t'arrange.
'''Manu''' : Gérard, pour calmer les esprits, on accueille Richard Klederman.
'''Klederman''' : Bonsoir.
'''Gérard''' [''déçu, agancé, en colère''] : Les mecs, ils vont tous passer, ils vont tous prendre des noms bidon.
''Petite foudre et Petit Tonnerre continuent d'interagir''
'''Gérard''' : Non, mais Olivier, c'est quand tu veux.
'''Phildar''' : Arrête de te branler Olivier !
'''Gérard''' : Pauvre con, allez, moi, j'arrête.
'''Jean-Christophe''' : Pauvre cave !
'''Mandarine''' : J'aime beaucoup ce que tu fais, Richard.
'''Gérard''' : Max ! ''[en attendant'' ''sa venue''], Bon tu me les...
'''Phildar''' : Mais qu'est-ce que je fais avec les auditeurs ? S'il n'y a plus d'auditeurs, il n'y a plus de débat.
'''Jean-Christophe''' : Eh, Gégé ! QUand est-ce que tu poses tes questions, bordel ?
'''Gérard''' : Attends, toi, tu vas déjà t'écraser.
''Petit Tonnerre reprend des commentaires, finissant par dire qu'il aime bien Gérard, lequel hurle pour qu'il s'en aille''
'''Gérard''' : Petit Tonnerre, tu dégages !
'''Olivier''' ''[imitant l'intonation de Gérard]'' : Tu dégages !
'''Gérard''' : Vous lui raccrochez au nez pour de bon !
'''Klederman''' : T'as tellement une petite b... qu'au moindre petit effort, tu transpires du sperme.
'''Olivier''' : B comme bite dans la loco, ça fait déjà une lettre.
'''Petit Tonnerre''' : Ouais mais faut pas dériver.
'''Max''' : Allô ?
'''Gérard''' : Max, s'il te plaît, tu reviens !
'''Max''' : Alain Farmer, à l'appareil, le mari de Mylène.
'''Gérard ''' : Allez, hop moi, j'arrête.
'''Olivier''' : Ah, c'est le mari de Mylène Farmer, quand même qu'on là, ça rigole pas..
'''Phildar''' : Non, mais Gérard, t'as des stars dans tes débats et toi tu fais le con, là.
'''Gérard''' : Non, non, non, non, pour l'instant, c'est vous qui le faites, vous savez pas gérer un standard.
'''Manu''' : Oui, comme par hasard, comme d'habitude.
'''Alain''' : Allô ? Allô ?
'''Olivier''' : Monsieur Ferme ?
'''Alain''' : Oui, bonsoir, c'est Farmer. Monsieur Farmer, à l'appareil.
'''Olivier''' : Monsieur Farmer.
'''Alain''' : Alain Farmer.
'''Gérard''' : Max !
'''Olivier''' : On vous appelle.
'''Gérard''' : Max ! Max, s'il te plaît !
'''Max''' : Bon ben j'arrive.
''Un malaise s'installe car tout le monde pense que Gérard va, via cette erreur d'Olivier, reconnaître Max et ses rôles. Mais Gérard continue sans scier.''
'''Cynthia''' : Non, mais il n'a pas compris.
''Phildar sort du studio. Max rentre. ''
'''Gérard''' ''[à Max''] : Lui, il fait rien, il est en train de se branler avec le micro. Quand on leur demande quelque chose, ils ne veulent rien foutre, moi, j'arrête, je rentre chez moi.
'''Phildar''' [''imitant à la perfection le timbre vocal de Max} :'' Dites-moi, Monsieur Gérard. Monsieur Gérard.
'''Gérard''' : Toi, tu dégages.
'''Phildar''' : C'est Alain, Alain Farmer.
'''Max''' : Tout le monde hors antenne.
'''Gérard''' : Parce que là, ça commence à bien faire.
'''Max ''' : Bon, réunion, réunion, Phildar !!!
''Tout le monde hurle pour faire venir Phildar, il sort du studio''
'''Gérard''' : là, ça commence à bien faire, ça fait trois fois que c'est la merde.
'''Phildar''' [''revenant en courant, hilare''] : On peut pas être au téléphone et faire une réunion.
''Rire général''
'''Gérard''' : Ça fait trois fois que c'est le bordel, j'arrête et c'est terminé. Maintenant, je rentre chez moi.
'''Max''' : Tu rentres chez toi, là ?
'''Gérard''' : Non, tant pis, il est 3h03 du matin, c'est tout. Là-bas, ça merde quand tu leur demandes quelque chose, de virer quelqu'un.
'''Max''' : En plus, j'ai entendu un peu tout à l'heure, quand on vous demande de virer quelqu'un, Phildar et Manu, putain écoutez au moins Gérard, c'est lui le chef.
'''Gérard''' : L'autre, il est en train de se branler avec le micro, tu vois. Tu lui demandes quelque chose, il n'en a rien à foutre.
'''Max''' : Eh bien, tu lui demandes de partir de la pro, il n'y a pas besoin de lui, tu t'en occupes toi-même.
'''Gérard''' : Non, non, mais ce n'est pas la peine de continuer comme ça.
'''Olivier''' : Tu devrais venir ici, à ma place.
'''Gérard''' : Non, non, mais tu te démerdes, tu mets un disque, je reprendrai qu'après.
'''Olivier''' : Non, je n'ai pas, il n'y a plus de disque.
'''Max''' : Oh, c'est dommage.
'''Phildar''' : Ça partait bien, hein ?
'''Manu''' : C'était surpuissant, on a appris trop de trucs.
'''Gérard''' : Ça partait bien ? T'as Petit Tonnerre qui n'arrêtait pas de dire des conneries, Hugues Aufray, l'autre aussi.
'''Olivier''' : Monsieur Farmer.
'''Gérard''' : Non, mais attends, Véronique, Véronique, elle se fait passer pour un autre nom. Elle était déjà dans le premier débat, elle se fait passer pour un autre nom.
'''Max''' : Il faut changer, il y a des gens, vous ne foutez rien, ils bossent au moins au standard ou pas ?
'''Gérard''' : Non, même pas, ils ne prennent personne. Donc, on met un disque et puis terminé.
''Musique''
'''Gérard''' : Suite des débats du jeudi. Donc, si vous voulez continuer de nous appeler, s'il vous plaît, les filles, réveillez-vous, j'ai besoin de plus de filles que de mecs au standard qui puissent réagir sur l'écriture. Ça me ferait bien plaisir et sur Minitel aussi. Donc, les numéros, c'est 0803 08 5000 et 0800 70 5000. 3615 code Funradio rubrique direct. Là, sur Minitel, il n'y a que deux de connectés et soi-disant une dénommée Sandy qui me connaît, moi, je ne te connais pas, donc tu vas arrêter.
'''Olivier''' : Non, et puis sur Minitel, il faut laisser des messages qui sont avec le débat et il faut arrêter de se plaindre qu'on ne lit pas vos messages parce que sinon, ça ne sert à rien.
'''Gérard''' : Voilà, donc il est 3h12 et je voudrais bien que vous vous réveillez un petit peu.
'''Olivier''' : Et on ne parle pas de Christine, du pont de l'Alma, tout ça, parce que ce n'est pas bien.
'''Gérard''' : Oui, parce que là, ça commence à me prendre la la tête et ni de...
'''Olivier''' : Ni de Sandy, ni des chiottes de la Loco, ni du coton-tige, tout ça.
'''Gérard''' : Voilà. Donc, on accueille Amandine.
'''Amandine''' : Bonsoir, Gérard, je ne parlerai pas de tout ça, c'est promis.
'''Gérard''' : Ok, Céline. Byzance. Et Jean-Luc.
'''Jean-Luc''' : Oui bonsoir. Je voulais dire que la dernière quand il y avait "Jean-Luuuccc" ''[avec l'intonation de Gérard lorsqu'il appelait en étant exaspéré de ne pas obtenir de réponse],'' c'était pas moi donc merci !
'''Manu''' : Excuse-moi. On accueille Confucius, en plus.
'''Phildar''' : Et Mylène.
'''Manu''' : Confucius et Mylène.
'''Gérard''' : Mylène et Confucius.
'''Conficius''' : Oui, bonsoir.
'''Céline''' : Le grand sage.
'''Confucius''' : Tu peux m'appeler Clarinette, c'est comme tu veux.
'''Gérard''' : Tu ne commences pas, s'il te plaît, parce que je ne vais pas m'amuser sans arrêt à vouloir arrêter, ok ?
'''Confucius''' : Je te laisse le choix, Clarinette ou Confucius.
'''Gérard''' : Bon, ben, tu as déjà commencer par te calmer.
'''Confucius''' : Je suis calme, rassure-toi.
'''Gérard''' : Bon, alors, faut-il prendre l'alphabet...
'''Confucius''' : Bonsoir à tous.
''Tout le monde répond Bonsoir en même temps, autant les auditeurs qu'Olivier''.
'''Gérard''' : Ça y est, ça y est, ça y est. Bon, ça y est. Oh, vous vous calmez, là ?
''Les auditeurs se saluent entre eux. Gérard sifflotte, d'un air agacé,''.
'''Gérard''' : Bon, ça y est, Conficius ? T'as fini ton cinéma ?
'''Confucius''' : Euh, moi, je ne suis pas Ben Hur, attention.
'''Gérard''' : Je te demande si t'as fini ton cinéma.
'''Confucius''' : Je te réponds, je ne suis pas Ben Hur.
'''Gérard''' : Parce que tout à l'heure, si at'arrêtes pas, tu vas pas rester longtemps, toi.
'''Confucius''' : Allez, vas-y, Covadis.
'''Phildar''' : Attendez, excusez-moi deux secondes. On a accueilli aussi Cure dent.
''Hilarité générale, et une fille crie « Et coton-tige ! »''
'''Gérard''' : Alors, attends, qui c'est qui vient de sortir ça ?
'''Phildar''' : Je crois que c'est une nana, mais je ne suis pas sûr.
'''Gérard''' : Si si, moi c'est une nana que j'ai entendue.
'''Confucius''' : Ouais, moi aussi.
'''Céline''' : Non, c'est un mec qui a pris la voix d'une nana.
'''Gérard''' : Non, non, non, non, non. Non, c'était une nana. C'est une nana qui a dit ça. C'est qui qui a sorti ça ?
'''Jean-Luc''' : C'est une nana, il faut la jarter. Réponds, salope.
'''Céline''' : Hé oh, soyez poli avec les filles de temps en temps.
'''Phildar''' : Je sais qui c'est, c'est Mylène. C'est bon, je la jarte, c'est Mylène. Il y a encore Hanson, voilà.
''Quelqu'un chante''
'''Gérard''' : Attends, celui qui s'amuse à chanter, tout à l'heure, ça va éclater.
'''Olivier''' : Voilà, je les ai coupés. Pose ta question.
'''Gérard''' : Donc, faut-il prendre l'alphabet au pied de la lettre ? Maintenant, ils vont répondre et...
'''Amandine''' : On a déjà répondu.
'''Jean-Luc''' : Alors, au pied de la lettre, c'est amusant quand même pour l'alphabet.
''Rire forcé''
'''Céline''' : Allez, on récite tous l'alphabet en même temps.
'''Gérard''' : Et comment que ça se fait que c'est encore à peu près les mêmes voix de nanas qu'on a eues tout à l'heure ? Parce que quand je pose la question, c'est bizarre, les nanas me disent on a déjà répondu, donc apparemment, c'est encore les mêmes.
'''Manu''' : Elles ont peut-être répondues chez elles.
'''Petit Tonnerre''' : Ouais mais précise ton nom !
'''Olivier''' : Oh, il y a Louis Fidjio sur Minitel qui vient d'arriver : Ça y est, Gégé, j'emménage chez toi. Quand tu arriveras, sois gentil. Amène des croissants et fais pas de bruit pour pas réveiller Sandy, car je l'ai épuisée. On a baisé toute la nuit.
'''Gérard''' : Eh bah, alors toi, mon pote, Tu iras te faire foutre.
'''Byzance''' : Sandy, c'est une salope.
'''Gérard''' : Alors, tu dégages, toi, pétasse. Allez, hop ! La pétasse qui vient de dire Sandy, c'est...
'''Manu''' : Je crois qu'elle parlait pas de la tienne.
'''Gérard''' : Non, non, presque pas. Faut pas prendre les gens pour des cons.
'''Manu''' : Ça peut être sa sœur, une amie à elle.
'''Gérard''' : Non, mais elle a bien précisé.
'''Confucius''' : Bon, est-ce qu'on peut poser les questions, là ? Parce que ça traîne ton débat, là.
'''Gérard''' : Donc, alors... La quatrième...
'''Confucius''' : Il a picolé ou quoi ?
'''Byzance''' : Malheureusement, non.
'''Gérard''' : Bon, si t'es pas content, tu dégages.
'''Céline''' : Bon, je réponds. Ouais, il faut apprendre l'alphabet au pied de la lettre pour savoir écrire.
'''Confucius''' : N'importe quoi.
'''Gérard''' : Bon, celui qui vient de dire n'importe quoi, c'est comment, ton nom ?
'''Confucius''' : Confucius.
'''Petit Tonnerre''' : Ou Clarinette, on sait ! De toute façon, ils font n'importe quoi au standard.
'''Confucius''' : Ouais, bah, Confucius. J'ai pas répondu encore, là, depuis le début.
'''Gérard''' : Bah, alors, tu réponds.
'''Confucius''' : Parce que je me fais chier depuis cinq minutes, mais j'aimerais bien... C'est Confucius. Bon, alors, la question, c'est ?
'''Gérard''' : La question, c'est que tu redégages au standard.
'''Confucius''' : Je vais répondre. Je vais répondre à la question de Gérard.
'''Petit Tonnerre''' : Voilà, tu sais même pas la question Clarinette.
'''Gérard''' : Tu le vires, tu le vires, tu le vires. Tu le vires, tu le vires, tu le vires, tu le vires.
'''Confucius''' : Je réponds à la question de Gérard, tu retournes au standard, je lui réponds non. Bah, non, c'est pas une question, ça.
'''Gérard''' : Si, moi, je te dis que si.
'''Confucius''' : Faut-il prendre l'alphabet au pied de la lettre ? Bon, tout d'abord, je tenais à me présenter, parce que je m'appelle Confucius, c'est pour gagner l'anonymat.
''Intervention répétée en voix de tête, de Cyril''
'''Cyril''' : Non, mais essayez, on t'en...
'''Gérard''' : Bon, qui c'est, celui qui fait la voix de mec, là ? La voix d'un gamin ?
'''Confucius''' : On dirait... C'est marrant, on dirait l'alligator. Cyril l'alligator, on dirait.
'''Hanson''' : C'est Hanson C'est l'uin des frères Hanson.
'''Jean-Luc''' : Jeaaaan Luuuc !
'''Gérard''' : Allez, tu dégages ça. Voilà. Donc, Confucius. Donc, si tu veux répondre, tu réponds.
'''Confucius''' : Oui, je veux bien.
'''Gérard''' : Alors, vas-y.
'''Confucius''' : Alors, bon, je suis professeur d'arithmatique...
'''Klederman''' : D'arithmatique.
'''Confucius''' :...d'arithmétique, ce qui va sûrement vous aider. Bon, moi, je pense que prendre l'alphabet au pied de la lettre, je pense que c'est plutôt important de le prendre plutôt au bouche de la lettre, parce que l'alphabet ne démarre pas par le pied, il démarre directement dans la bouche.
'''Jean-Luc''' : Non, mais à l'épaule aussi, il y a l'épaule qui joue un rôle quand même important.
'''Gérard''' : Qui c'est qui parle par-dessus, là ?
'''Confucius''' : Non, mais là, c'est un débat, donc s'ils veulent intervenir...
'''Gérard''' : Non, mais qui donne son nom quand ils parlent ?
'''Jean-Luc''' : Jean-Luc.
''Confucius joue de la glotte avec sa bouche, ce qui fait marrer les filles.''
https://www.youtube.com/watch?v=k0K8XBDEdYk
33mn05
'''Jean-Luc''' : Donc, pardon. Donc, moi, dans mon écriture, dans mon écriture, c'est très important, l'écriture se divise en deux, trois parties. Très succinctes les unes aux autres, que je vais diviser en 24 parties.
'''Confucius''' : Disons que le pied de la lettre, c'est intéressant comme question, Gérard, je vous trouve très sympathique, d'ailleurs, au demeurant. Ça dépend quelle lettre, quand même. Alors, quand vous dites au pied de la lettre, c'est quelle lettre ? Alors, bon, je vais prendre comme exemple la lettre à Élise.
On a eu la chance d'avoir Klederman tout à l'heure. Donc, chanson et pied de la lettre, bien entendu, dans l'ambiguïté des gens qui donnaient la possibilité. Je pense que... La lettre n'a qui en 1432.
'''Gérard''' : Bon, ben, ça y est, c'est bon, Confucius, parce que t'as...
'''Confucius''' : En parlant de la lettre à Élise, est-ce qu'on pourrait pas dire que prendre la lettre à Élise au pied de la lettre, ce serait prendre par le piano.
'''Gérard''' : bon tu le vires ! ''trois
'''Olivier''' : D'où les pianos à pied, d'ailleurs.
'''Gérard''' : Non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non, non. Oh, c'est bon, là, parce que...
'''Confucius''' : J'ai même pas eu le temps de terminer ma prothèse... ma thèse.
'''Gérard''' : Oh ! Oh, merde. Ben, mets-moi-le en R. Mets-moi-le en...
en ce que tu veux, là, moi, je veux plus de l'entendre, là.
'''Confucius''' : Il est con ce mec ou quoi, il laisse même pas parler.
'''Jean-Luc''' : Non, Gérard, je crois que Confucius a soulevé une idée importante.
'''Gérard''' : Non, non, non, mais c'est bon, Confucius...
'''Manu''' : On accueille Carla.
'''Gérard''' : Euh... Bon. Préférez-vous le R majuscule ou le R de rien ?
'''COnfucius''' : Ou l'air de rien. Gérard, qui a rédigé les questions, Gérard ?
'''Jean-Luc''' : C'est pas lui, hein ?
'''Gérard''' : Confucius, tu t'écrasses, s'il te plaît, parce que tout à l'heure, tu vas gerber pour de bon.
'''Confucius''' : Qui a rédigé les... les... les... les...
'''Gérard''' : Bon, allez, hop. Celui qui s'amuse à dire qu'il est con, allez, hop, maintenant, tu me le vires.
'''Olivier''' : Il y a Pistache, un Minitel qui dit Christine, l'a appelé et te rappelle de ramener les croissants et les... les crocs.
'''Gérard''' : Manu, tu me vires, Confucius.
'''COnfucius''' : Eh, mais je n'ai rien dit, hein.
'''Gérard''' : Je ne veux pas le savoir. Tu dégages, tu dégages, tu dégages. Tu dégages, Confucius.
'''COnfucius''' : Oh, putain, mais ce n'est pas vrai.
'''Olivier''' : Merci, c'est comme ça.
'''Gérard''' : C'est comme ça. Eh, ouais.
'''COnfucius''' : C'est vraiment une fable, ce mec.
'''Céline''' : Je peux demander un truc ? Est-ce qu'on peut laisser Confucius nous donner l'origine de l'écriture ?
'''Gérard''' : Non.
'''Cynthia''' : Non, ça nous intéresse. Tes conneries ne nous intéressent pas, c'est Confucius.
'''Phildar''' : Non, mais de toute façon, il est parti, Confucius, donc on va continuer le débat. Gérard, vas-y, attaque. Et tu gères un peu, Gérard.
'''Gérard''' : Alors, Amandine ?
'''Amandine''' : Euh, ouais, bah, écoute, moi, la friture, c'est pas un sujet qui m'intéresse. Je trouve que ça sent mauvais dans les escaliers et j'ai pas noté les références du truc qui passe à la télé, dans la pub, là, pour que ça sente plus mauvais dans les escaliers, la friture.
'''Gérard''' : Bon, OK, alors... Eh bah, c'est bien Amandine.
'''Amandine''' : Ouais, j'ai envie que Manu me calme hors antenne.
'''Gérard''' : Bon, allez, hop. Tu la dégages complètement, tu la calmes même pas, tu la vires. Cécile ! Allez, allez, allez. Tu réponds à la question ?
'''Céline''' : Euh, bah, moi, je dis que oui, hein.
'''Manu''' : Donc, Confucius, tu me disais quoi, hors antenne ?
'''COnfucius''' : Ouais, c'est parce qu'en fin de compte, moi, je suis pas Confucius, je suis Chaperon rouge.
'''Manu''' : Ah, OK. Chaperon Rouge.
'''COnfucius''' : Et, euh... tu me passes pas à l'antenne, hein ?
'''Manu''', ''dans la confidence'' : Non, non, non, t'es hors antenne, là.
'''COnficius''' : Et tu diras à Gérard que je suis en train de lui préparer un truc chez lui, là, que je vais venir chez lui avec des copains.
'''Manu''' : Mm-hmm.
'''COnfucius''' : Et que même s'il prévient les flics et tout, de toute façon, je vais mettre son numéro...
'''Manu''' : t'en as rien à foutre quoi.
'''Confucius''' : J'ai mis son numéro de, le numéro de sa copine Sandy sur l'Internet. Et, euh... Je suis à l'antenne, là, ou pas, non ?
'''Manu''' : Non, non, t'es au standard, t'es au standard.
'''Confucius''' : Et, euh... Tu me passeras Phildar, parce qu'avec Phildar, c'est avec lui que j'ai préparé un truc, ça fait 15 jours, là.
'''Manu''' : Ah, OK. Donc, c'est avec Phildar.
'''Confucius''' : Tu peux me le passer, parce que je suis en train de...
'''Manu''' : Oui, bah, pas de problème. C'est lui qui t'a donné l'adresse de Gégé, c'est ça, et le numéro de portable ?
'''Confucius''' : Non, non, c'est moi qui lui ai donné, mais je lui avais dit qu'on allait préparer un truc sur l'Internet. Et tu sais Chaperon Rouge, là... Dis-lui que je suis Chaperon Rouge, qu'il me passe le mot.
'''Manu''' : OK, Phildar.
'''Confucius''' : Fais gaffe, tu me passes pas, fais gaffe, tu me passes pas Gérard.
'''Manu''' : Non, non, c'est bon.
'''Manu''' : C'est Chaperon rouge pour toi, tu sais, le coup que...
'''Phildar''' : Ah, vas-y, vas-y, vas-y.
'''Manu''', ''voix basse, complice'' : Gérard, écoute, peut-être.
''Gérard est pétrifié, attentif à l'extrême, conetnant mal sa joie''
'''Phildar''' : Allô ?
'''Confucius''' : C'est Phildar ?
'''PHildar''' : Ça va ?
'''Confucius''', ''chuchotant'' : Ouais. Et, euh, tu sais, le truc que tu m'as demandé de faire sur l'Internet ?
'''Phildar''' : Ouais, ouais, bah, je t'ai demandé, ouais, de foutre le numéro de Sandy.
'''Confucius''' : Ouais. Et bah, ça y est, c'est fait. Donc, tout le monde l'a... De toute façon, j'ai l'adresse de Gérard. C'est la Colombe qui m'a donné le numéro.Enfin, c'est pas elle qui m'a donné, mais j'ai son numéro à elle aussi.
'''Phildar''' : Ah, d'accord.
'''Confucius''' : Et tu ne dis pas Gérard ?
'''Phildar''' : Non, non, non, mais je ne dis rien à Gérard. Mais, euh, donc c'est toi qui étais avec la colombe l'autre fois ? Tu sais, quand tu l'appelais à 4h du matin ?
'''Confucius''' : Ouais. Mais j'étais tout seul parce que lui, il croit qu'il y a Tony, etc, machin, mais je suis tout seul, moi. Il faut faire croire à Gérard et tout. Tu peux me passer sur l'antenne ou pas ?
'''Phildar''' : Euh, ouais.
'''Confucius''' : Ah, tu donnes un faux nom, t'as qu'à me donner... Je sais pas, tu me fais appeler Raclette.
'''Olivier''', ''feignant l'intrusion en direct de Raclette'', : Ah, sur Minitel, il y a... C'était Gérard, je suis avec Sandy dans ma chambre et elle me demande de me foutre des cotons-tiges dans le cul, ça lui rappelle des bons souvenirs.
'''Gérard''', ''jouant ma la comédie'' : N'importe quoi.
'''Manu''' : Bon, Gérard, on accueille Raclette. Pose ta nouvelle question, c'est parti.
''Accueil de tous les auditeurs''
'''Raclette''' : Bonsoir, tout le monde. Bonsoir, Gérard, bonsoir.
'''Gérard''', ''grand sourire dans la voix'' : Salut, Raclette. Alors, normalement, on a Cécile. On a Byzance. On a Jean-Luc. Carla et Raclette. On a aussi Cure-dent, ... Qu'est-ce que c'est que Barbara, là ?
'''Phildar''' : Ah, mais c'est bon, on a tout ça. Cure-dent, Mylène. Mais t'inquiète pas, on a 8 lignes, maintenant. On a fait des travaux.
'''Gérard''' : Refaites-moi une liste.
'''Manu''' : Oh là là, Gérard, le papier, ça vaut cher quio.
'''Amandine''' : Hé, Gérard. Tu m'as toujours pas virée. Moi, je t'avais dit que je voulais que Manu me calme hors antenne et je suis toujours pas calmée. Là, ça va pas du tout.
'''Gérard''' : Eh ben, Phildar, il va te calmer hors antenne, d'accord ?
'''Jean-Luc''' : Il va te caresser la raie des fesses, Gérard, ça te faire du bien.
'''Gérard''' : Qui c'est qui vient de dire ça ? ''silence''. Non, mais vous êtes prié de donner les noms quand vous dites des saloperies.
'''Raclette''' : Ouais, c'est Raclette, là. Je peux répondre ? Raclette, il aimerait repasser hors antenne. Il voudrait dire un truc à Phildar, c'est possible ?
'''Jean-Luc''' : Phildar, il va te toucher la raie des fesses aussi, fais gaffe.
'''Manu''' : Pas de problème.
'''Gérard''' : Bon, il faut calmer Amandine.
'''Phildar''' : Allô Raclette ?
'''Raclette''' : Ouais.
'''Phildar''' : Ouais, t'es hors antenne.
'''Raclette''' : Ouais, c'est Max, là. Il est là, Max ?
'''Phildar''' : Mais non, il est pas là.
'''Raclette''' : Tu peux pas me le passer ?
'''Phildar''' : Bah, je sais pas où il est.
'''Raclette''' : Faut pas que tu lui dises non plus parce que...
'''Phildar''' : Mais non, non, mais qu'est-ce que tu veux, Raclette ?
'''Raclette''' : C'est pour dire qu'on lui prépare un truc vendredi à la loco.
'''Phildar''' : Ah bon, quoi ?
'''Raclette''' : Des affiches où ils se font enc... dans les chattes de la loco. On va mettre des affiches partout.
'''Phildar''' : Non, non, mais c'est chiant, Raclette. Change un peu, change un peu. C'est toujours la même chose. Je sais pas, tu peux faire un autre truc, quoi, où ils se tripotent la queue ou je sais pas quoi...
'''Raclette''' : Il y a le mec de Belgique qui m'a appelé aussi qui fait les vidéos.
'''Phildar''' : Fesse de babouin ?
'''Raclette''' : Ouais, il demande si c'est possible d'avoir des... que vous pouvez me donner des images de Fun TV, comme ça, on fait des cassettes.
'''Phildar''' : Ouais, pas de problème. On va t'envoyer ça.
'''Raclette''' : On les vend et vous pouvez vous faire de l'argent aussi. Ne dites rien à Gérard. Je donnerai mon adresse.
'''Phildar''' : OK, on te refout à l'antenne.
'''Gérard''' : Donc, vous avez calmé Amandine ?
'''Amandine''' : Ouais, ça y est, je suis calmée. Ça m'a fait beaucoup de bien. Merci, Gérard.
'''Gérard''' : OK, donc, Cécile ? Byzance ? Raclette ?
'''Raclette''' : Oui, mais moi, je vais y aller, moi.
'''Raclette''' : Ta mère.
'''Cynthia''' : Salut, raclette.
'''Gérard''' : Curedent ? Carla ? (''dernière syllabe répétée en écho par Jean-Luc et Olivier''). Olivier, fais pas chier avec tes double-voix et tu réponds pas à ma place. Carla ? Jean-Luc ? Et Mylène ? ''(Même répétition en écho''). Bon, et Olivier, tu commences à me faire chier, toi. D'accord ?
'''Olivier''' : Moi, ça va.
'''Gérard''' : Bon, écrivez-vous avec des bons ou mauvais caractères ? ''écho'' Olivier, tu fermes ta gueule maintenant !
'''Barbara''' : Gérard, tu me fais peur quand tu cries.
'''Céline''' : Ouais, Gérard, tu me fais peur, là.
'''Cynthia''' : Gérard, tu m'excites quand tu cries.
'''Jean-Luc''' : Ah, elle a envie qu'on lui touchela raie des fesses, putain.
'''Phildar''' : Ah, tu voulais me dire un autre truc, Raclette ? Attends, vas-y.
Tu peux parler, là, vas-y.
'''Raclette ''' : Ouais, c'est Chaperon Rouge. Dernier truc, mais tu dis pas à Gérard, mais comme j'ai le numéro de Sandy, je l'ai appelée, là, parce qu'apparemment, elle m'a dit qu'elle avait eu un problème et que, normalement, j'ai un rencard avec. Je devrais la voir, ouais. Comme ça, je vais récupérer plein de trucs sur GG.
'''Phildar''' : Et tu la vois quand ?
'''Raclette''' : Je sais pas. Faut que je la rappelle, elle m'a dit.
'''Phildar''' : Mais t'as eu les infos par qui ?
'''Raclette''' : C'est elle qui me l'a dit.
'''Phildar''' : Mais c'est quoi ? C'est sérieux, entre vous ?
'''Raclette''' : Non, mais je la connais pas, mais je l'ai eue au téléphone et tout. Je sais qu'elle est avec Gérard, mais je suis sûr qu'on va la voir avec des copains, avec les mecs de Belgique. On va la filmer et puis on va faire de la vidéo. Et j'ai un copain qui est à Suresnes et tout, c'est le mec qui met, c'est un pote à moi qui met les affiches comme quoi il veut prendre la boîte aux lettres. Il a dit qu'il les avait surpris et qu'il les avait trouvés tous les deux et qu'il va prendre des photos.
'''Phildar''' : Ah ouais, comme Voici, quoi.
'''Raclette''' : On va peut-être les donner dans un magazine.
'''Phildar''' : Et tu veux te la faire, Sandy ?
'''Raclette''' : Non, mais je m'en fous. De toute façon, elle est conne, elle est laide. Mais ... Faut pas lui dire, Gérard. Et vendredi, t'es à la loco ?
'''Phildar''' : Ouais, ouais, bah...
'''Raclette''' : Avec Max et tout ça ?
'''Phildar''' : Ouais, on sera tous... Mais Gérard sera là aussi,
tu peux...
'''Raclette''' : Bah, je vais voir. Il me connaît pas, il m'a jamais vu, mais moi, je le vois à chaque fois.
'''Phildar''' : Et t'es comment ? T'es comment ?
'''Oliiver''', ''chuchottant à Gérard près du micro'' : J'enregistre, j'enregistre.
'''Raclette''' : Je suis petit, brun. Je fais 1m67, 1m68. J'ai 19 ans.
'''Phildar''' : Tu seras habillé comment, vendredi ?
'''Raclette''' : J'aurai un tee-shirt blanc avec une... Avec un truc de... Un peu plus ou moins, un truc un peu Mickey et tout.
'''Olivier''', ''à Gérard, bouillonnant'' : Vas-y Gérard, Casse-le.
'''Phildar''' : Moi, comme ça, si tu veux, on pourra mettre ça au point vendredi, donc comme ça, je peux te repérer.
'''Olivier''' : J'ai tout enregistré.
'''Raclette''' : Tu sais, Olivier de la Pro, là ? Tu pourras me le passer parce que je suis sûr que lui, il peut me faire des trucs, on peut faire des montages, des trucs de production.
'''Phildar''' : Ouais, mais attends, tu bouges pas, tiens, je te le passe. Je te passe le téléphone.
'''Olivier''' : Ouais, allô ?
'''Raclette''' : Vous mettez pas l'antenne.
'''Olivier''' : Non, non.
'''Raclette''' : Il y a le débat, là ?
'''Olivier''' : Ouais.
'''Raclette''' : Bon, et pour ne pas faire trop de bruit, je suis Chaperon Rouge.
'''Olivier ''' : Ah, t'es Chaperon Rouge.
'''Raclette''' : C'est un mec qui fait chier Gérard avec des copains.
'''Gérard''', ''triomphal'' : Eh, petit con ! Trouduc ! Tu vois, c'est con, ce que tu viens de dire.
'''Raclette''' , ''surpris'': Allô ?
'''Gérard''' : Ouais, ouais. Eh, c'est con, là, ce que tu viens de dire.
'''Phildar''' : Non, mais c'est Gérard. Il vient de me piquer le téléphone, Chaperon Rouge. Je peux rien faire.
'''Olivier''' : Mais t'es pas en direct, par contre.
''Raclette raccroche, on entend la sonnerie de fin de communication. Enthousiasme général, ils ont attrapé ce harceleur !''.
'''Gérard''', ''exultant'' : On a les preuves !
'''Olivier''', ''embarrassé'' : Merde !
'''Gérard''' : On a les preuves !
'''Manu''' : Comment ça, non ? Qu'est-ce qu'il y a, Olive ?
'''Olivier''' : Il n'y a plus de bande.
'''Gérard''' : Eh, ouais, mais on a toutes les preuves, maintenant.
'''Phildar''' : Mais non, mais ça a pas enregistré, regarde !
'''Phildar et Manu''' : Oh, putain, mais Olivier ! Putain, merde ! Oh, non ! Merde, Olivier !
'''Manu''' : T'es vraiment un gros bœuf Olive.
'''Phildar''' : Putain, il est zéro, là, pro. Il est zéro. Putain, allez, dégage. Non, vas-y, il en a ras-le-cul, là !
'''Gérard''' : Bon allez, c'est pas la peine, on arrête.
'''Manu''', ''déçu'' : Non, non, franchement, là, tu chies, quoi !
''Tout le monde quitte le studio''
'''Olivier''' : Ah, non ! Oh ! Oh, mais revenez ! Non, mais ils m'ont laissé tout seul... Revenez, oh ! On est tout seul ! On est là ! J'ai oublié d'enregistrer. J'ai oublié.
Il y avait un mec qui balançait tout à l'antenne.
''Les gens reviennent dans le studio, avec Max, Gérard raconte ce qu'il s'est passé mais très loin du micro, de manière inaudible par l'antenne. Les auditeurs parlent entre eux pour repréciser qui est présent dans le débat.''.
'''Olivier ''' : Vous êtes tous à l'antenne. Et Gérard est à la porte, en train d'essayer de discuter avec Max.
''Les auditeurs appellent le retour de Gérard''
'''Max''' : Ce qu'on fait, c'est que... on va rappeeler via des téléphones télécommandés. Gérard, tu ne parles pas, mais à ce moment-là, essaye d'avoir de l'info. Mais il va revenir ! Vous lui parlez tous les trois, vous lui dites que vous êtes d'accord. Qu'est-ce qu'il disait ?
'''Gérard''', ''boudeur'' : Il disait tout.
'''Max''' : Je n'ai pas écouté, qu'est-ce qu'il disait ?
'''Gérard''' : Il balançait comme quoi il avait piraté le portable à Sandy et tout, alors qu'il n'a pas son numéro.
'''Max''' : Si, il paraît qu'il l'a, mais sur l'Internet, il va le mettre.
'''Gérard''' : Oui, ben qu'il ne le met pas sur l'Internet, parce que c'est moi qui l'ai, son portable. Donc, qu'il ne s'amuse pas à ça.
'''Max''' : Essayez de le rappeler. Je vais écouter, je vais écouter.
'''Gérard''' : Donc, on récupère Amandine, Céline, Bizange, Cure-ent, Carla, Jean-Luc, Mylène et Barbara. Donc, alors, écrivez-vous... Bon, non, Olivier, s'il te plaît, tu ne commences pas, là ? ''beep d'un jeu électronique et Olivier parle par-dessus Gérard via des honomatopées''
Donc, écrivez-vous avec des bons ou mauvais caractères ? Barbara.
'''Barbara''' : Oui, ben à mon avis, ça dépend du caractère de chacun. Parce que, selon les caractères que tu prends, la phrase, elle change de sens. Regarde, avec des petits caractères, tu as des petites phrases. Avec des grands caractères, tu as des grandes phrases. Tu comprends ma théorie ?
'''Gérard''' : D'accord. Mylène ? Mylène ? ''Silence malgré plusieurs tentatives''
'''Phildar''' : Mais qu'est-ce qu'elle a, Mylène, bordel ? Mais c'est n'importe quoi, qu'est-ce que tu demandes, Mylène ? Et Barbara, coupe ta radio.
'''Jean-Luc''' : Elle fait autre chose, en même temps.
'''Gérard''' : Bon, Jean-Luc ? Bon, tu réponds, s'il te plaît.
'''Jean-Luc''' : Ben, répondre à quoi ?
'''Gérard''' : À la question.
'''Jean-Luc''' : Ah, excuse, j'étais... Il y a Manu qui m'a calmé hors antenne, j'étais pas là.
'''Cure-dents''' : Ah, voilà, ça fait une demi-heure qu'on attend.
'''Jean-Luc''' : Pour une fois que Manu fait son boulot, excuse, vas-y.
'''Phildar''', ''voix basse'' : Gérard, Gérard, Gérard. J'ai réussi à rappeler Chaperon Rouge. Ouais, Chaperon Rouge, c'est Phildar.
'''Chaperon Rouge''' : Ouais. Comment t'as eu mon numéro ?
'''Phildar''' : Ben, attends, on rappelle tous les gens quand ils passent à l'antenne. Ouais, pourquoi t'as raccroché tout à l'heure ?
'''Chaperon Rouge''' : Parce que j'ai cru entendre Gérard. Mais je veux pas qu'il sache, moi.
'''Phildar''' : Mais non, mais attends, il m'avait chopé le téléphone, je pouvais rien faire.
'''Chaperon Rouge''' : Ouais, mais bon, faites de gaffe, quand même.
'''Phildar''' : Ouais, bon, moi, je te repasse, Olivier.
'''Chaperon Rouger''' : Et tu peux me faire un truc à la pro ?
'''Olivier''' : Quoi ? Qu'est-ce que tu veux ?
'''Chaperon Rouge''' : Tu peux me faire un nouveau remix de Gérard ?
'''Olivier''' : Ouais, bien sûr, ouais.
'''Chaperon Rouge''' : Et comme ça, tu me le mets sur une cassette, et puis moi, je fais des copies, et puis on...
'''Olivier''' : Je peux t'en faire un avec Sandy, si ça t'intéresse.
'''Chaperon Rouge''' : Non, ben, m'en fous d'elle pour l'instant. Pour l'instant, j'ai mis son numéro sur l'Internet, alors... Pour faire chez Gérard. Et tu me fais un remix, tu peux me le donner l'instant prochain, et puis moi, comme ça, je fais des cassettes, et puis moi, je les vends 50 balles, et puis toi, je te file 10 balles.
'''Olivier''' : Attends, je peux te faire des lasers ?<ref name="hist5"></ref>
'''Chaperon Rouge''' : Ouais, et puis moi, je te file 10 balles<ref name="hist6"></ref> les lasers, et puis moi, je les revends. C'est ce que j'ai fait pour les remixes, et puis il y a le mec de la Belgique, il va faire une vidéo. Il va venir filmer, comme il va venir à la loco vendredi aussi, peut-être, et puis aussi, il viendra filmer Gérard, et puis après, on va voir.
'''Olivier''' : Ok, ok, aucun problème. Je te repasse Phildar.
'''Phildar''' : Ouais, donc Chaperon Rouge. Mais fais gaffe, parce qu'il écoute, enfin, tu vois, il se méfie d'un truc, là, je pense qu'il a...
'''Chaperon Rouge''' : Ouais, tu parles. Il comprend rien, lui.
'''Manu''' : Et sinon, Chaperon Rouge... c'est toi qui a mis les merdes devant sa porte ?
'''Chaperon Rouge''' : Non, ça, c'est pas moi, ça.
'''Manu''' : C'est qui, ça ?
'''Chaperon Rouge''' : C'est quelqu'un, mais je donnerai pas son nom.
'''Phildar''' : Ah, vas-y, tu peux y aller. C'est une fille ou un garçon ?
'''Phildar''' : C'est une fille. Bon, donc, ça tient toujours pour la loco, vendredi ?
'''Chaperon Rouge''' : Ouais, vendredi à la loco, je vais mettre des affiches, et même si je mets pas d'affiches, de toute façon, je prépare des trucs, et je vais distribuer des tracts, et dans la loco, peut-être, je vais voir. Et je serai habillé, donc, brun et tout, avec un tee-shirt.
'''Phildar''' : Ok, bon, bah, ça roule, Chaperon Rouge.
'''Chaperon Rouge''' : Et tu peux, parce que j'ai eu... J'ai Henri, une fois, il m'avait donné son numéro, mais je l'ai perdu, tu sais, c'est le copain de... Tu connais, c'est le copain de...
'''Olivier''' : Bah, je vais te faire de numéro de Gérard, attends.
'''Chaperon Rouge''' : C'est lui, des fois, c'est Henri qui me donne des infos.
'''Olivier''' : C'est 0685... 20... hmmm... hmmmm...
'''Chaperon Rouge''' : D'accord.
'''Chaperon Rouge''' : Bah, je vais le rappeler, ouais. Et tu dis à Gérard que vous, c'est pas moi, que Chaperon Rouge, c'est pas moi qui fais les bêtisiers et tout.
'''Phildar''' : Non, non, non, bien sûr, bien sûr. Mais fais gaffe, quoi, parce que si jamais il te chope, vu tout ce que t'as dit, là, t'es mal, hein.
'''Olivier''' : Et tu veux faire des trucs à la loco ou pas ?
'''Chaperon Rouget''' : Je sais pas ce que je vais faire. Je vais l'enregistrer, je vais essayer de le filmer en cachette, ou en tous les cas, je vais mettre des tracts, et puis si tu me fais le remix, et bah comme ça, on pourra faire des clips, parce qu'on a plein d'images de Fun TV, on a fait un clip de 4 minutes et on va le distribuer pour les chaînes de télé.
'''Olivier''' : C'est toi qui mets des saloperies devant la porte de chez Gérard ?
'''Chaperon Rouge''' : Non, c'est une fille. Je dirai pas le nom. Par contre, je connais le mec qui utilise sa boîte aux lettres, il va vraiment le faire, quoi. Et il paraît qu'il y en a plein qui vont le faire.
'''Phildar''' : C'est pas une grosse, la fille, qui met des merdes devant ? C'est pas Christine ?
'''Chaperon Rouge''' : Moi, je l'ai déjà appelée, Christine, elle m'a dit qu'elle voulait faire des trucs sur lui.
'''Phildar''' : Non... Elle voulait faire quoi ?
'''Chaperon Rouge''' : Elle m'a dit qu'elle pouvait me donner des informations sur lui, de comment il était et tout, pour que je l'aie sur l'internet. Comme elle disait??? Bon les coton-tiges, il paraît que c'est pas vrai. C'est pour déconner, mais pareil qu'elle disait...
'''Phildar''' : C'était autre chose, non ?
'''Chaperon Rouge''' : Non, non, mais il disait qu'effectivement, il faisait pipi à côté, c'est vrai, qu'il faisait pas sa vaisselle et que c'était un porc et qu'il se changeait jamais et qu'il sentait la transpiration et qu'il était bourré tout le temps et elle m'a demandé si c'était possible de le mettre sur l'internet.
'''Phildar''' : Ah ouais ? Et tu vas le mettre, tout ça ?
'''Chaperon Rouge''' : Je vais voir, ouais, peut-être, ouais. C'est Christine qui m'a demandé. Elle m'a dit qu'elle me fait des 100 balles si je le mets.
'''Olivier''' : 100 balles ? Putain, attends, tu te fais arnaquer, là. Tu vas être riche ?
'''Chaperon Rouge''' : Non, mais elle me paye en chèque. Pas en liquide. Comme ça, je peux pas me faire avoir.
'''Phildar''' : Bon, bah, ce qu'on fait, tu passes plus à l'antenne, là ?
'''Manu''' : Chaperon rouge ? Ouais, Tony, Arnette, Luigi et tout ça, ils sont avec toi ou pas ?
'''Chaperon Rouge''' : Euh, je les connais, ouais. Surtout Tony. Tony et Arnette, c'est les deux que je connais le plus, et ouais.
'''Manu''' : C'est bon à savoir.
'''Phildar''' : Et Constant, et Constant ?
'''Chaperon Rouge''' : Oh, bah, Constant, lui c'est un enculé, parce que lui, il dit toujours qu'il fait rien, mais c'est le pire des enculés, ouais. C'est lui qui a tout manigance au début. Mais Tony, au début, il a fait plein de trucs avec David, Luigi, tout ça, ils étaient tous dedans. Il arrêtait pas de dire, ouais... Ouais, mais pas méchant, mais il disait tout le temps, ouais, on va venir devant la radio et tout.
'''Olivier''', ''chuchotant'' : J'enregistre tout, on pourra les repasser.
'''Chaperon Rouge''' : Je me demande si c'est pas Tony qui... En fin de compte, il y a des filles mais je me demande si c'est pas Tony qui était venu une fois, qui avait chié devant chez lui la première fois.
'''Phildar''' : Ah bon, tu crois ?
'''Chaperon Rouge''' : Ouais, je crois que c'est lui.
'''Phildar''' : T'as reconnu son caca ?
'''Chaperon Rouge''' : Ouais. Non, mais je sais, parce qu'il me l'avait dit. Il m'avait dit qu'il avait demandé à l'Alligator si c'était possible de venir filmer pour Fun TV, mais que l'Alligator, il a dit non.
'''Phildar''' : Ah, carrément.
'''Chaperon Rouge''' : J'ai reconnu la voix de l'Alligator, il est passé à l'antenne quand il faisait le petit gamin de 13 ans, c'était l'Alligator.
'''Phildar''' : Et c'est toi Homomag ?
'''Chaperon Rouge''' : Non, c'est pas moi.
'''Phildar''' : Tu connais les mecs qui font Homomag ou pas ?
'''Chaperon Rouge''' : Ouais, ouais.
'''Phildar''' : C'est qui ?
'''Chaperon Rouge''' : C'est des mecs de Bordeaux.
'''Olivier''' : Et Max ? Max, il t'a aidé là-dedans ou pas ? Il est au courant, Max ?
'''Chaperon Rouge''' : Euh, non. J'ai voulu lui parler à la Loco, on a déjà parlé avec lui, mais il savait pas que c'était moi. Sinon, il m'aurait chopé avec Gérard et il m'aurait fait la fête. Mais tu veux me faire le remix ? Tu me l'envoies quand ?
'''Olivier''' : Bah, je te l'envoie dès demain.
'''Chaperon Rouge''' : Il faut que je te donne mon adresse ou pas ?
'''Phildar''' : Ouais, tu vas me filer ton adresse hors antenne.
'''Chaperon Rouge''' : Bah, je te donnerai pas mon adresse à moi, je te donnerai une boîte aux lettres neutre des PTT<ref name="hist7"></ref> où t'envoies et après j'irai récupérer mon courrier en cachette. Une boîte aux lettres secrète où, de toute façon, tu peux pas dévoiler, même si t'as l'adresse, tu peux pas savoir où j'habite.
'''Olivier''' : Une boîte postale, quoi.
'''Phildar''' : Ok, mais t'habites en France ou t'es de passage ?
'''Chaperon Rouge''' : J'ai habité en Belgique avant. Et je suis de province.
'''Phildar''' : Ah, d'accord, tu viens de Belgique et là t'es de province.
'''Chaperon Rouge''' : Je suis de Tours. Bref je vais vous laissez, là. Parce que si Gérard, il entend et tout, s'il arrive et tout, je vous laisse.
'''Gérard''', ''souriant'' : Eh ouais, mais trop tard, mon pote.
'''Phildar''' : Ah, merde, je suis désolé, Chaperon Rouge, il m'a encore piqué le téléphone.
'''Gérard''' : Eh ouais, pauvre con. Eh ouais. ''Le téléphone raccroche''
'''Céline''' : Gégé,, il s'est passé quoi, là ?
'''Gérard''' : Non, non, non, non, non, c'est normal, on a voulu savoir quelque chose et...
'''Jean-Luc''' : Ouais, bien joué les gars, vous l'avez eu ! Ouai !
'''Gérard ''' : Non, non, mais c'est bon, on a eu maintenant toutes les preuves de...
'''Cure-dent''' : Ça pourrait s'excuser, au moins.
'''Gérard''' : Donc, excusez-nous du petit problème.
'''Céline''' : Raconte-nous, Gégé, qu'est-ce qu'il se passe ?
'''Gérard''' : Non, c'est que, ben... Ce qui s'est passé, c'est que, ben, ce fameux chaperon rouge, là, ben, on va...
'''Jean-Luc''', ''dérision'' : On va le coincer avec les policiers.
'''Barbara''' : le grand méchant loup dans l'histoire...
'''Gérard''' : Non, non, mais on va vous remettre, juste avant de continuer, là, on va essayer de...
'''Manu''' : L'enregistrement, alors, Olive.
'''Gérard''' : On va essayer de vous le faire passer, donc... Ouais, ça a été enregistré.
'''Manu''' : Eh, Gérard, on l'a bien baisé, quand même, hein.
'''Gérard''' : Là, on va s'amuser, maintenant.
'''Phildar''' : Là, tu vas faire quoi ? Tu vas porter plainte ? Tu vas aller voir les flics ?
'''Manu''' : Ben, avec ça, tu peux, hein, là.
'''Cure-dent''' : Eh, mais Gérard, ça donne quoi d'avoir une bande ? Tu sais toujours pas qui c'est ?
'''Gérard''' : Mais, il a donné son nom, maintenant, ça y est.
'''Manu''' : Si, si, c'est décrit, il a dit un T-shirt Mickey, tout ça, machin.
'''Phildar''' : On va le choper, à la loco.
'''Manu''' : Donc, c'est bon, Olive ?
'''Olivier''', ''gêné, confus'' : Je sais pas où ça sort, le DAT!ref name="hist8"></ref>.
'''Gérard''' : Donc, on revient à Aimez-vous et écrivez-vous avec des bons ou mauvais caractères, et avant, on va vous faire écouter tout ce qui s'est passé.
''Olivier diffuse alors un extrait de l'avant-débat, au cours duquel Max et Gérard échangeaient en direct sur la composition de l'équipe des débats de ce soir.''
'''Manu ''' : C'est quoi ça ? C'est la réunion, ça, c'est la réunion, Olivier.
'''Phildar''' : Mais c'est le début de l'émission !
'''Olivier''', ''confus'' : Je sais pas ce qui s'est passé.
'''Gérard''' : Tu sais pas ce qui s'est passé ?
'''Manu''' : Ouais, comme par hasard. Attends, ça veut dire quoi, ça...
'''Gérard''' : Ce coup-là, tu... Il se démerde tout seul, là, il nous énerve.
'''Jean-Luc''' : Fous-lui une claque et arès tu reprends ton débat !
'''Manu''' : T'as qu'à faire le débat, Olivier !
'''Gérard''' : tu passes le prochain disque et tu me le vires, là-bas.
'''Olivier''' : Ah, non, s'il te plaît, Gérard.
'''Phildar''' : Bon ben c'est pas grave, on va essayer de retrouver. On aura peut-être des autres cassettes. Continue le débat.
'''Gérard''' : Ouais, ben, je voulais que tout le monde écoute, là, parce que...
'''Cure-dent''' : Gégé, ça fait une heure que j'attends pour t'entendre raconter des conneries.
'''Jean-Luc''' : Eh, Gérard, mets-lui une claque à Olivier !
'''Gérard''' : Bon, allez, on reprend, bon alors... Amandine, Céline, Bizange, Cure, Dan, Carla, Jean-Luc, Mylène et Barbara... donc, qui c'est qui veut répondre à la question ?
'''Jean-Luc''' : Jean-Luc, moi !
'''Gérard''' : Merci, Olivier, encore.
'''Jean-Luc''' : Ouais, merci, Olivier, hein, merci, c'est sympa !
'''Gérard''' : Ben, tu peux... tu peux... tu peux... préparer un disque, hein, d'accord ?
'''Céline''' : Euh, ouais, donc, ça dépend des caractères.
'''Gérard''' : Ben c'est comme ce que Barbara a dit avant... avant qu'on vous recoupe, euh... pour écouter ce que Chaperon Rouge disait...
'''Céline''' : Il y a les gros caractères, il y a les gros, les petits, les grands, les... Les bons, les méchants. Il y a toutes sortes de caractères.
'''Gérard''' : D'accord. Euh, pour toi, Mylène ?
'''Mylène''' : À mon avis, les caractères... les caractères, hein, c'est... c'est plutôt important, euh... pour ce que tu vas en faire, hein, donc, moi, comme... comme elle disait avant, franchement, moi, je préfère les gros caractères. C'est beaucoup mieux. Parce que les petits, on peut pas faire grand-chose avec.
'''Cure-dent''' : Non, mais les gros coléoptères, les gros coléoptères, ils sont hyper dangereux. Ouais, c'est... à une époque, c'est eux qui dominaient le monde, quand même.
'''Gérard''' : Ouais, mais qui c'est qui vient de parler, là ?
'''Cure-dent''' : Bernard.
'''Gérard''' : Non, y a pas de Bernard. Non, mais normalement, j'ai un cure-dent. Bon, Jean-Luc, alors, pour toi ?
'''Jean-Luc''' : Pour moi, je sais pas, t'as bon ou mauvais caractère, toi ?
'''Gérard''' : Non, mais en écriture, je te parle pas de caractère physique.
'''Jean-Luc''' : ben je sais pas écrire. Bah, en fait, ouais, c'est ce qui se passe, quoi. Moi, là, j'ai appris dans la rue, quoi. J'ai jamais été à l'école, je sais pas écrire, quoi.
'''Céline''' : J'ai une question.
'''Gérard''' : Bah, attends, Céline.
'''Jean-Luc''' : Donc, c'est pas super marrant, quoi. Je sais pas si tu connais cette situation-là. Bon, tu sais, tu peux même pas lire les journaux, tu peux même pas lire les vitrines, ni rien, c'est chiant, quoi. Moi, je suis un mec plutôt paumé, j'ai pas envie de foutre le blues à tout le monde, mais bon, ça va pas, quoi.
'''Gérard''' : OK, Carla ?
'''Jean-Luc''' : Non, mais ça va pas, je te dis pas. Tu pourrais t'occuper de moi, un peu, putain, merde. Ça va pas dans ma vie, moi, merde. Qui c'est qui va régler ma vie, moi ? Qui c'est qui va m'apprendre à écrire ?
'''Gérard''' : Bon, vous me prenez Jean-Luc hors antenne, là, quand je demande quelqu'un d'autre.
'''Manu''' : Ouais, mais lui, il a des problèmes, quand même.
'''Gérard''' : Non, non, mais tu lui demandes qu'il se calme.
'''Jean-Luc''' : Et même toi, Gérard, sans déconner, t'étais dans la merde et tout, tu veux même pas m'aider, putain. Ah, laisse tomber, laisse tomber.
'''Gérard''' : Carla, tu veux une réponse, s'il te plaît ?
'''Carla''' : Voilà, donc, est-ce que t'as un caractère de cochon ? ''Toutes les voix sont alors compressées dans un compresseur qui enlève le grave''
'''Gérard''' : Ah, bah, alors là, Carla, t'as...
'''Jean-Luc''' : Eh, parle dans un tuyau, Carla !
'''Cure-dent''' : Elle a le téléphone dans le cul, Carla.
'''Gérard''' : Là, apparemment, c'est Olivier. ''Bruit d'interférences et de beeps''. Eh, à quoi tu joues, là ?
Putain, Carla !
''Fin du bruit''
'''Carla''' : Tu me réponds, Gérard ?
'''Gérard''' : Ouais, je t'écoute.
'''Carla''' : Est-ce que t'as un caractère de cochon ?
'''Gérard''' : Bah, à ton avis ?
'''Jean-Luc''' : La question, c'est n'importe quoi.
'''Gérard''' : C'est sur l'écriture, c'est pas un caractère physique que je viens de dire. Bon, alors, Curedent. ''silence car le ton est menaçant, l'auditeur croit qu'il va être éliminté.'' Bon, alors, tu te réveilles, là, ou quoi ? T'es là, ou quoi ?
'''Curedent''' : Ouais. Bah, moi, j'suis Scorpion.
'''Gérard''' : Bon, allez, hop ! Bon tte manière, je pense qu'on va... On arrête là, puis terminé.
'''Jean-Luc''' : Attends, Gérard ! On a poireauté jusqu'à 3H du matin pour participer à un débat, tu vas jusqu'au bout, ça va, et... T'es de quel signe ?
'''Gérard''' : C'est pas l'écriture.
'''Jean-Luc''' : Tu sais, tu remarques qu'on peut faire un débat sur l'astrologie pour finir ?
'''Gérard''' : C'est prévu pour la semaine prochaine.
'''Barbara''' : Moi, je suis vierge !
'''Jean-Luc''' : Viens, ma chérie, que je te caresse le clyto.
'''Gérard''' : Alors, Byzange ?
'''Byzance''' : Oui, c'est Byzance. Bah, moi, j'ai bon caractère.
'''Gérard''' : Ouais, non, mais je te parle de l'écriture.
'''Jean-Luc''' : C'est ta mère !
'''Gérard''' : Jean-Luc ou Curedent, ça suffit de dire des conneries comme ça.
'''Curedent''' : C'est pas Curedent. Moi je ferme ma gueule.
'''Gérard''' : Bon, bah, tu raccroches et c'est tout.
'''Cure-dent''' : Non, je t'écoute et je réponds quand j'ai envie.
'''Gérard''' : Manu, tu vires Curedent, comme ça, il répondra pas encore. ''Les deux garçons continuent à échanger des noms de famille et des prénoms.'' Mais, Manu, oh ! ''Les deux standardistes discutent sans se préoccuper de gérard.'' Bon moi j'arrête, terminé !
'''Manu''', ''interrompu dans sa discussion'' : Oui, qu'est-ce qu'il y a Gérard ?
'''Gérard''' : Non, non, non, allez, hop. Moi, vous discutez entre vous, c'est terminé, le débat est fini.
'''Olivier''' : On va écouter un petit raid.
'''Manu''' : On va écouter un petit disque, pose tes questions d'après, Gérard.
'''Gérard''' : C'est terminé.
''Musique.''
'''Gérard''' : La suite est la fin des débats du jeudi, donc on va récupérer Amandine, Céline, Bizange, Curedent, Carla, Jean-Luc, Mylène et...
'''Manu''' : Non, Curedent, je l'ai viré, tu m'as dit.
'''Gérard''' : Ok, donc on va récupérer tout ce beau monde pour dire une petite conclusion.
'''Jean-Luc''' : Attends, on a quelle question, là ? ''Céline parle par-dessus, protestant''.
'''Gérard''' : Non, non, c'est terminé.
'''Jean-Luc''' : Mais attends gérard, fais pas chier, putain, fais pas ta petite bite, là merde.
'''gérard''' : C'est terminé !
'''Phildar''' : Calmez-vous, calmez-vous, calmez-vous !
'''Gérard''' : Non, non, c'est terminé, on fait la conclusion, c'est tout.
'''Manu''' : Attendez, attendez !
''Tout le monde hurle de colère. Manu, n'obtenant pas le silence, coupe tout le monde de l'antenne.' Conclusion, chacun votre tour.
'''Gérard''' : Amandine ?
'''Amandine''' : Ouais, qu'est-ce qu'il faut faire ?
'''gérard''' : Bah, la conclusion sur le...
'''Amandine''' : ah ben non moi j'ai pas répondu à la question 4.
'''Phildar''' : Bon, Gégé, t'as posé combien de questions ?
'''Jean-Luc''' : Trois ou quatre, à peine !
'''Byzance''' : T'as posé trois questions, t'es nul !
'''Phildar''' : Mais ça suffit pour faire une conclusion, ça suffit !
'''Gérard''' : On en a posé cinq, exactement.
'''Byzance''' : Bah, t'es nul !
'''Amandine ''' : moi je m'en souviens pas.
'''Phildar''' : Rappelle-les, rappelle les questions, Gérard, et on te fait une conclusion par rapport aux questions, écoutez-moi.
'''Gérard''' : Donc c'était : aimez-vous écrire ? À qui écrivez-vous ? Faut-il prendre l'alphabet au pied de la lettre ? Et préférez-vous le R majuscule ou le R de rien ? Et écrivez-vous avec des bons ou mauvais caractères, voilà.
'''Jean-Luc''' : Voilà, cinq questions, super, pour un débat, jusqu'à quatre heures du matin, on s'est bien fait chier pour rien, merci.
'''Amandine''' : Non, mais je veux dire, Gérard, on paye pour participer à tes débats...
'''Gérard''' : Non, pour l'instant, c'est vous... Non, c'est vous qui avez appelé, donc on vous a rappelé, donc nuance, c'est pas pareil. Parce que le numéro, il est gratuit, donc vous payez pas. Alors, faut pas prendre les gens pour des cons, là.
''Max rentre dans le studio.''
'''Amandine''' : On paye la radio pour participer, hein.
'''Gérard''' : Ah bon, tu payes... C'est nouveau, maintenant, tu payes...
'''Jean-Luc''' : Eh ben ouais, eh ben ouais...
'''Gérard''' : Non, parce que je vous signale que c'est un numéro vert, et un numéro vert, vous le payez pas.
'''Jean-Luc''', ''furax'' : Non, mais ils veulent qu'on leur donne le numéro de carte bleue aux standardistes,
et après, ils nous débitent des trucs au guichet, et tout...
'''Phildar''' : Mais ça, faut pas le dire, faut pas le dire à l'antenne, ça !
'''Jean-Luc''' : Non, mais sans déconner, j'en ai marre, moi, il est quatre heures du matin, j'ai pas encore dormi... ''Il est coupé et mis hors antenne.''
'''Gérard''' : Bon, ben voilà, donc...
'''Curedent''' : C'est des acteurs, c'est des comédiens, c'est du bidon, ton émission.
'''Byzance''' : C'est dégueulasse.
'''Amandine''' : Et puis, de toute façon, Gérard, c'est un acteur...
'''Byzance''' : Mais il a raison, il faut le dire.
'''Jean-Luc''' : Tiens, toi, t'es payé combien, Gérard ?
'''Gérard''' : Ça te regarde pas ?
'''Jean-Luc''' : Ouais, ben, tu devrais nous en filer un petit peu, parce qu'on participe bien, hein.
'''Barbara''' : Gérard, Gérard, je suis contrôleur du fisc ! T'es payé pour faire cinq questions, t'es... ''Coupée''
'''Phildar''' : Bon, Gégé, on y va. Chacun à leur tour.
'''Gérard''' : Donc, Amandine...
'''Amandine''' : Je voulais savoir, c'est quoi ton vrai nom ? Parce qu'on sait très bien que t'es un acteur.
'''Manu''' : Conclusion, Amandine.
'''Amandine''' : Bon, ben, ma conclusion, c'est que l'écriture, c'est utile, hein. Voilà. Depuis la nuit des temps.
'''gérard''' : Cécile ?
'''Céline''' : Ah, ben... L'écriture, c'est important. Et puis, bon, ben, j'ai passé un bon moment. Et puis, ben, je t'embrasse et j'embrasse Manu.
'''gérard''' : Bisange ?
'''Byzance''' : Non, putain, ça fait 5 15 fois que je te le dis. Ouvre tes oreilles. Eh ben, 5 questions, c'est nul, quoi. Franchement nul, quoi. J'aurais mieux fait d'aller me coucher plutôt que de te parler, quoi.
'''Gérard''' : Eh ben, OK. Au revoir. Carla ?
'''Phildar''' : Elle est relou, elle, hein.
'''Carla''' : Alors, moi, je suis d'accord avec Byzance, celle d'avant. Ton débat était pourri, comme toi. C'était nul, comme d'habitude, et...
'''Gérard''' : Allez, c'est bon, si c'est nul, dans ce cas-là... Donc, on n'a plus Jean-Luc ? Bon, alors, Jean-Luc, conclusion ?
'''Jean-Luc''' : Donc, en fait, ce soir, je sais pas qui s'est fait baiser entre les auditeurs ou les animateurs. Sinon, je voulais faire un gros bisou à Lali et puis à Phildar, quand même, que j'ai vus récemment. Et puis, Gérard, je te fais un bisou, quand même, même si t'as un gros nez, quoi.
'''Gérard''' : D'accord, OK, je te remercie. Peut-être à la semaine prochaine, si tu veux.
'''Jean-Luc''' : Donc...
'''Phildar''' : Mais, Manu, arrête de les couper quand c'est intéressant, ce qu'ils disent.
'''Jean-Luc''' : Donc, Gérard, tu seras prêt à m'accueillir la semaine prochaine ?
'''Gérard''' : Ben, si c'est pas le bordel comme cette semaine, oui.
'''Jean-Luc''' : Ben, écoute, c'est super gentil à toi, ben, je t'appellerai avec plaisir, je te remercie. J'espère que tu vas passer une bonne fin de soirée.
'''Gérard''' : OK, je te remercie. Allez, à la semaine prochaine. Mylène ?
'''Mylène''' : Oui, bon, moi, bon, pour conclure, je dirais que l'écriture, c'est utile pour écrire. Et c'est tout.
'''Gérard''' : OK, je te remercie. Et Barbara, pour finir ?
'''Barbara''' : Ouais, moi, ce que je voulais dire, c'est que, bon, Gérard, même si t'as un gros nez, même s'il est pas beau, ben, je t'aime quand même.
'''Gérard''' : OK, je te remercie. Au revoir. Donc, ben, c'est dommage qu'il y ait eu des petites coupures de temps en temps, mais sinon, bon, ben, ça aurait pu aller plus loin. Mais là, bon, ben, malheureusement, on a eu des petits problèmes avec un auditeur, donc on a voulu le passer en direct pour qu'il dise, vraiment, ce qu'il faisait. Donc, voilà. Donc, sur l'écriture, c'est dommage qu'on n'a pas pu aller plus loin. Sur les cinq questions, c'était pas mal. Donc, en tout, sur les deux débats, bon, moi, j'ai... À part le premier qu'il y a foiré, mais sinon, tout s'est bien passé. Donc, j'espère vous retrouver la semaine prochaine avec les deux thèmes de débat. Je vous annonce maintenant... Ça sera sur la musique et sur les signes astrologiques. Donc, alors, sur la musique, ça sera style techno house (''prononcé Haousse''), et autre.
'''Phildar''' : Il y aura un peu de deep ou pas, non ?
'''Manu''' : Et c'est quoi, les autres ?
'''Gérard''' : Ben, autre style de musique que les gens aiment. Donc, je vais étudier ça avec précaution.
'''Phildar''' : Et sur les signes, ça sera quoi ?
'''Gérard''' : Ben, ça sera sur tous les signes astrologiques, bon, ben, soit avec les ascendants et tout ça.
'''Manu''' : Il y aura les poissons, les béliers, les limaces, les calamars...
'''Phildar''' : Astrologie chinoise et tout, non ?
'''Gérard''' : Non, non, non. ça sera sur les signes.. français. Voilà. Et, ben, voilà. Donc, je vous retrouve la semaine prochaine et...
'''Phildar''' : Attends, il y a un message de Gilles, un dernier message qui dit : « J'ai enregistré un petit peu de la conversation que tu as eue avec Chaperon Rouge. Si tu veux, je peux te l'envoyer. »
'''Gérard''' : Ben, t'écris au 143, Avenue Charles de Gaulle, 92521 Neuilly-sur-Seine Cedex et on attend ta cassette. Donc, je vous souhaite une bonne nuit à tous et vous allez retrouver... Bart pour la nuit sans pub et, bien sûr, tous les autres animateurs de la journée. Et n'oubliez pas, demain soir, 22h minuit, Max, le Star System, avec un résumé des débats. Je ne sais pas sur lequel encore.
'''Phildar''' : Sur l'avortement, je crois.
'''Gérard''' : Non, non, non.
''Musique''
== Le débat sur la musique ==
=== Contexte ===
22 janvier 1998. Le nouveau cadre des débats semble désormais acquis. L'équipe est stabilisée et leur intention est claire : insister davantage sur le personnage de Gérard et ses interactions avec son équipe plutôt que sur les insultes des auditeurs à son égard. Les interventions répétées de Phildar et Manu en sont une bonne illustration. La participation, désormais active, de Max lui-même aux débats en tant qu'auditeur, mais aussi de Reego, futur personnage clé de l'émission, renforcent cette idée : l'exemplarité d'un domaine où l'absurde et le surréalisme prédominent. Pour orner le tout, la radio fait intervenir un autre personnage emblématique de l'émission, Françoise. Ancienne travailleuse dans la restauration, la jeune femme, d'une quarantaine d'années, vit désormais dans un milieu pauvre, alcoolisée et malvoyante, dans un modeste appartement de la Courneuve et se fait connaître dans l'émission pour ses coups de gueule, souvent sous l'emprise de l'alcool, adressés à TF1, devant laquelle elle passe le plus clair de son temps. Elle juge ainsi chaque semaine les séries, les scénarios, les animateurs, avec franchise et naïveté. Fin 1997, elle sera l'actrice d'un conflit monté de toute pièce entre gérard et elle, où de prétendus avocats (adolescents d'une quinzaine d'années) rapportent à Françoise des insultes à son sujet sur d'autres radios, fausses preuves à l'appui, et gérard s'en défend violemment. Résultat, des discussions houleuses, absurdes, dont l'apogée sera une confrontation face à face, sous les caméras de Fun TV? en janvier 1998. Mais comme malgré la crédulité et les faiblesses des individus, une tendresse subsiste, elle est présente ici. Il faut préciser qu'elle joue bien mal des rôles, incapable de sortir de son propre personnage bégayant et impulsif.
C'est dans ce nouveau cadre que commence ce nouveau débat, plus tôt que les précédents, notamment parce que la phase de lecture du courrier a été écourtée. Gérard, au centre de la scène, acquiert petit à petit l'idée d'une hiérarchie où, pour les débats, il est le chef. C'est Max qui le conforte dans ce rôle burlesque, mais toute l'équipe y participe et en joue allègrement. Ce soir, il décrète qu'Olivier et Phildar seront au standard, Manu à la technique. La technique, c'est considéré comme le plus haut grade parmi les assistants d'antenne, selon Gérard. C'est aussi de là que les réalisateurs lisent l'écran du Minitel, seul lien en temps réel avec les auditeurs. Reste que dans cette période, et c'est visible à l'antenne, les auditeurs sont téléguidés par le standard, apparaissant ou disparaissant au gré de l'humeur de l'émission et devant adopter le rôle souhaité pour rester. C'est le début d'une équipe plus stable et canalisée, incarnée notamment par Ultraman et ses déclinaisons. Phildar et Manu transforment en profondeur la teneur des propos des auditeurs, voire les poussent à changer de surnom, les retirent si trop envahissants, même si c'est temporaire, bref, ils donnent le tempo véritable à l'émission en ouant sur les effets comiques faisant réagir Gérard et tournant le débat au burlesque. D'ailleurs, dès que le débat s'enlise, tout simplement car le fond est absent, soit la technique, soit un auditeur poussé par le standard, relancent une dynamique, sans que jamais personne ne soit définitivement éliminé.
Enfin, ce débat est marquant par les rapports de forces qui semblent s'insinuer entre les auditeurs. Rita devient peu à peu la risée des autres, car elle est disciplinée, doucereuse, et cela finira par apparaître plus violemment lors du débat sur la Saint Valentin. Tony et Franck, eux, commencent à s'affronter, dans un jeu de style direct, comique mais non moins viril, pour occuper la place. On n'est pas encore tout à fait dans l'entente qui sera le décor de la fin de l'année 1998. Mais une complicité, dans la scène à jouer, se met toutefois en place. Bref, le cahos s'organise, autour de Gérard, pour donner à ce produit radiophonique une dimension surréaliste et burlesque, et non plus simplement une corrida dont gérard est le taureau condamné.
Dernier fait notable : dès le début de l'émission, Sandy est à côté de Gérard, dans le studio. Pétrifiée, les yeux pleins d'admiration et de reconnaissance envers tout le monde et l'animateur, elle est immobile, muette, intimidée. Gérard en dresse une description partiellement vraie vers la fin du débat. Il ment sur son âge, puisqu'on saura plus tard qu'elle a alors moins de 30 ans, et ne la décrit qu'imparfaitement.
=== Les personnages ===
* Feuille de rose : Laura
* Franck : Ultraman
* Gigi,
* Carole : Stanislava : devient Victoria, Susson
* Max
* Tony Morestin : Jérôme, Jean-Pierre Mader, Barney, Préboir
* Rita: Tulippe
* Arnette : Rudy
* Reego : Anthony, Thierry
* Françoise de la Courneuve : Katia
=== Transcription ===
'''Gérard''' : Et voilà, bonsoir à tous, donc on commence un peu plus tôt les débats prévus, donc c'est pas grave, donc vous pouvez toujours nous appeler au 0803 08 5000 et 0800 70 5000 et toujours le 3615 Code FunRadio, rubrique direct. Donc on accueille Laura, 21 ans, de Paris.
'''Laura''' : Salut Gérard !
'''Gérard''' : Bonsoir Laura, Franck, bonsoir.
'''Franck''' : Bonsoir Gérard.
'''Gérard''' : Jérôme, bonsoir.
'''Jérôme''' : Bonsoir Gérard, bonsoir tout le monde.
'''Gigi''' : Bonsoir Gigi.
'''Gigi''' : Bonsoir Gégé.
'''Gérard''' : Stanislav.. bonsoir.
'''Stanislava''' : Stanislava, bonsoir gégé
'''Gérard''' : Bonsoir, et Tulippe, 20 ans, bonsoir.
'''Gulippe''' : Bonsoir Gérard.
'''Gérard''' : Donc alors, la première question c'est sur la musique, alors aimez-vous la techno mieux que la house ? ''prononcé haousse'' Ou mieux que la housse ?
'''Stanislava''' : Pardon ?
'''Gérard''' : Aimez-vous la techno ou mieux que la housse ?
'''Tulippe''' : La housse ?
'''Gérard''' : La housse ?
'''Olivier''' : Moi c'est la dance.
'''Gigi''' : La housse de la couette ?
'''Gérard''' : Si tu ne comprends pas tout à l'heure ma petite, tu ne vas pas comprendre. Tu ne vas pas faire la première question, tu vas aller tout de suite voir comment ça se passe au standard. Je préviens donc.
'''Laura''' : Gérard, est-ce que tu peux nous expliquer ce que c'est que la techno et la house ?
'''Gérard''' : Bon, alors la techno, si tu sors en boîte et que tu vas à la loco, tu as de la techno et de la housse en même temps.
'''Laura''' : Oui, mais c'est quoi la différence ?
'''Gérard''' : Ce n'est pas du tout la même chose.
'''Laura''' : Oui, mais d'accord, mais c'est quoi ?
'''Stanislava''' : Alors pourquoi tu nous demandes si on préfère la house ou la techno si c'est la même chose ?
'''Gérard''' : Eh bien, si je vous pose la question, c'est pour savoir vos goûts.
'''Tulipe''' : C'est tulipe. Moi je préfère la house.
'''Stanislava''' : Oui, c'est Nislava
'''Tulipe''' : Comment ?
'''Stanislava''' : Non, non, non.
'''Gérard''' : Si, vous pouvez réagir tous, n'ayez pas peur. Si ce n'est pas trop le bordel...
'''Tulipe''' : Non, moi je préfère la house parce que ça dance. Donc ça dance, c'est cool quoi. C'est trop bien.
'''Gérard''' : D'accord. Mais Jérôme et Gilles, vous dormez ? Et puis Franck ?
'''Franck''' : Non, non, on laisse les filles s'exprimer.
'''Jérôme''' : Ah ouais, je préfère pas parler, sinon je vais t'énerver.
'''Gigi''' : Moi je connais pas, moi j'aime pas trop les deux, donc je connais pas la différence.
'''Gérard''' : Ah ouais, mais qu'est-ce que t'aimes comme musique alors sinon ? Tte manière, ça va être une question aussi, hein.
'''Gigi''' : Moi j'aime le rock et tout, parce que ça bouge trop la techno et ça me gave au bout d'un moment, quoi.
'''Gérard''' : Eh ben, le rock, ça bouge pas ?
'''Jiji''' : Ouais, mais la techno, c'est toujours boum, boum, boum, c'est chiant quoi au bout d'un moment, quoi.
'''Stanislava''' : Ouais, mais il faut avoir aussi une certaine culture pour le côté de la techno, hein.
'''Tuippe''' : Non, en fait, ça c'est une question de rythme, hein.
'''Gérard''' : Ouais, mais donnez vos noms, donnez vos noms si vous voulez réagir quand même, là.
'''Tulipe ''' : C'est Tulipe. Moi je dis que ça c'est une histoire de rythme. Si t'as pas de rythme dans le sang, si tu bouges pas ton corps avec les vibrations de la musique, ça peut pas marcher, hein.
'''Stanislava''' : Stanislava, je suis tout à fait d'accord.
'''Gérard''' : Ok. Qui c'est qui voulait réagir, là, comme garçon ?
'''Benoît''' : Benoît.
'''Gérard''' : Non, mais attends, commence pas à te foutre de moi, euh...
'''Jiji''' : Eh, Gérard ? C'est Gigi ?
'''Benoît''' : Eh, Gérard, tu m'entends ? Attends, attends, attends deux secondes, Gérard, tu m'entends ?
'''Gérard''' : Ouais.
'''Benoît''' : Je suis un belge.
'''Gérard''' : Oh non, mais... Eh, c'est quoi, là ? C'est qui, celui-là, alors ?
'''Manu''' : Oliv, tu commences pas.
'''Gérard''' : Eh, c'est qui, celui-là, alors ?
'''Phildar''' : C'est Olivier, c'est Olivier ! Il met m
les habituels.
'''Manu''' : Ça y est, ça commence. Ça commence.
'''Gigi''' : Eh, Gérard ? C'est Gigi ? Et moi, je voudrais savoir, tu préfères la techno ou la house ?
'''Gérard''' : Pareil, moi, j'aime les deux.
'''Gigi''' : Et t'aimes bien danser ?
'''Gérard''' : Ben, quand j'ai l'occasion, oui.
'''Stanislava''' : T'as bien souvent l'occasion, Gérard, non ?
'''Jérôme ''', ''en fond derrière Stanislava'' : il est plus souvent au bar, quand même.
'''Gérard''' : Tu sais qui dit que je suis souvent au bar ?
'''Jérôme''' : Euh, le belge, là, Benoît.
'''Gérard''' : Ouais, c'est ça. Bon, alors, Jérôme, tu dégages.
'''Jérôme''' : Mais c'est pas moi.
'''Gérard''' : Non, c'est pas toi....
'''Franck''' : Euh, Gérard, c'est Franck. Est-ce que t'aurais pu faire DJ comme Max ou Jean-Marie K ?
'''Gérard''' : Non.
'''Franck''' : Pourquoi ?
'''Gérard''' : Parce que ça me dit rien du tout, pour l'instant. Peut-être que ça viendra un jour, on sait pas.
'''Stanislava''' : Gérard, c'est Stanislava. Quel genre de techno, t'aimes ?
'''Gérard''' : Tous les genres de techno que Max passe à l'antenne.
'''Jérôme''', ''imitant en voix de tête la voix de Stanislava, un peu ridicule'' : Eh, Gérard, c'est Gérard, t'aimes le hardcore ?
'''Gérard''' : Eh, Jérôme, tu dégages, allez, hop. Bonne nuit. Vous me changez, Jérôme.
'''Phildar''' : Pourquoi, il a fait dans sa culotte ?
'''Gérard''' : Allez, hop.
'''Jérôme''' : Mais attends, je pose une question et tu m'envoies bouler ?
'''Gérard''' : Ouais, mais attends, tu prendras ta voix normale, tu prendras pas la voix d'un travlo, d'accord ? Laura.
'''Laura''' : Dis-moi, tu dis que tu danses sur la techno, toi ? Mais je t'ai pas souvent vu danser sur la techno, pourtant tu vas souvent à la loco.
'''Jérôme''' : Peut-être que tu l'as pas vu au bon endroit. Il danse pas sur la piste, lui. Il remue surtout les fesses ... ailleurs...
'''Franck''' : dans les WC non ?
'''Stanislava''' : Ouais, ouais.
'''Jérôme''' : Ouais, voilà.
'''Gérard''' : Bon, alors, attendez, qui c'est qui vient de dire dans les WC, déjà, pour commencer ? ''silence''. Eh, répondez, là, les deux, sinon vous allez gerber tous les deux d'entrée, là, maintenant. Franck et Jérôme, lequel des deux ?
'''Franck''' : Ah non, mais c'est pas moi, hein.
'''Gérard''' : Vous voulez pas répondre ? Alors, bonne nuit à vous deux. Allez, hop. Bonne nuit, bonne nuit, bonne nuit, ça vous apprendra.
'''Jérôme''' : Eh, Gérard, c'est pas pour dénoncer, c'est Franck.
'''Franck''' : Eh, non, mais c'est n'importe quoi, dans la mesure où c'est pas moi, j'ai pas mesure de me dénoncer, donc c'est à l'autre de parler, hein.
'''Jérôme''' : Bah ouais, donc je te dénonce, c'est Franck.
'''Franck''' : Non, c'est pas moi, c'est toi.
'''Stanislava''' : mais sérieux, personna a dit des WC là.
'''Gérard''' : Non, presque pas, j'ai pas entendu. Deuxième question, bah, c'est bon, c'est bon, c'est bon, c'est bon. Tte manière, le premier qui dit ça, il va dégager, je vais pas chercher qui c'est.
'''Tulipe''' : Bon, vas-y, Gérard, pose la deuxième question.
'''Gérard''' : Quelle musique aimez-vous écouter le plus ?
'''Tulipe''' : Ouais, bah, moi, j'adore Dick Rivers.
'''Phildar''' : c'est pas de la techno ça.
'''Gérard''' : Mais quel genre de musique ? Attendez, il y a une question.
'''Manu''' : Il y a un message, il y a un message Minitel, et on nous dit, pour voir danser Gégé à la loco, c'est ou les chiottes, ou le bar ? C'est vrai ?
'''Gérard''' : N'importe quoi. Euh, ça commence pas sur Minitel, sinon, si tu vois des questions comme ça, c'est pas la peine de couper pour me les annoncer, parce que j'en veux pas du tout. Non, non, mais... J'avais bien précisé d'entrer avant de commencer les débats, hein.
'''Manu''' : Ok, pardon.
'''Gérard''' : Donc, quelle musique aimez-vous le plus écouter ? Quelle musique écoutez-vous le plus ? Tulipe ? Oh !
''silence''. Eh, c'est quoi, là, ce bordel ? Alors ? Vous répondez, là ? Bon, euh, Olivier, là, s'il te plaît. Olivier, je..
'''Olivier''' : Non, je regarde, je regarde, Gérard, je regarde. Je sais pas d'où ça vient, là.
'''Phildar''' : Qu'est-ce qu'il y a, Gérard ? Y a plus personne à l'antenne.
'''Phildar''' : Ah, bah, c'est Olivier qui les a tous mis en wait.
'''Gérard''' : Bon, allez, Olivier, tu dégages, aller ! Olivier, va voir dans ton studio de pro, là, ce qu'il se passe. Bon, euh, qui c'est qui voulait réagir, là, Tulipe ? ''silence''. Bon, bah, j'ai personne. ''Tout le monde se manifeste en même temps''. Oui ben allez-y ! Bon Laura !
''Laura ''' : Non, moi, je disais que ce que j'aimais, c'était... J'adore la techno. Euh, j'adore la dance. Enfin, j'adore tout ce qui bouge, parce que j'adore danser. Donc, en général, c'est tout ce qui... tout ce qui bouge... Enfin, j'aime pas tellement le... J'aime bien écouter le reggae et tout ça, mais, euh... C'est tout, quoi.
'''Gérard''' : D'accord. Euh, Franck ?
'''Franck''' : Ouais, moi, je suis surtout... Je suis pas très techno, musique électronique, mais, euh... En revanche, je suis à fond dans tout ce qui est sonorité rock'n'roll, rock'n'roll, hard rock, metal tout ça... Bon, c'est plutôt pas mal, quoi. Je sais pas si tu connais, Gérard, mais, euh...
'''Gérard''' : Ouais, d'accord. Ouais, je vois.
'''Stanislava''' : C'est Sophie. Moi, j'aime bien les remixes de Gégé.
'''Gérard''' : Mais attends. Eh, oh, Sophie, tu sors d'où, toi ? Elle sort d'où, celle-là, là ? Elle sort d'où, là, Sophie ?
'''Stanislava''' : C'est Stanislava, Gérard.
'''Gérard''' : Jérôme ? Tu te réveilles ou tu vires ?
'''Jérôme''' : C'est comme Franck, moi, j'aime bien le rock'n'roll.
'''Gérard''' : Ouais, bah, bien sûr, dès que tu en as un et qui dit ça, automatiquement, toi, t'as...
'''Jérôme''' : Bah, j'ai le droit d'avoir les mêmes opinions que lui, hein.
'''Gérard''' : Bon, bah, tu fais ce que tu veux, hein.
'''Tulipe''' : Ouais, Tulip, je réponds. Ouais, bah, Gégé... Ouais, bah, moi, j'adore le rock français à la con. Genre...
'''Franck''' : Noir Désir ?
'''Tulipe''' : Non, non, si tu Dick Revers et Eddy Mithcell tout le rock français à la con, j'adore ça, moi.
'''Manu''' : Il y a une question sur Minitel, on nous demande si danser la Foumois-là.
'''Gérard''' : N'importe quoi. Enfin...
'''Laura''' : Gérard, c'est Laura. Euh... Qu'est-ce que t'écoutais quand t'étais plus jeune ?
'''Gérard''' : De tout.
'''Laura''' : De tout ? C'est-à-dire ?
'''Gérard''' : Bah, de tout, tout ce qui se passe... Tout ce qui passe à l'heure actuelle.
'''Laura''' : Ouais, mais quand t'étais plus jeune, que je sais pas, moi, quand t'avais 15-20 ans.
'''Gérard''' : Non, bah, attends, 15-20 ans, j'écoutais déjà un peu de Techno...<ref name="hist9"></ref>
'''Gigi''' : Claude François.
'''Gérard''' : Non, mais ouais, bien sûr, en plus, c'est entre autres, hein.
'''Laura''' : Et puis ?
'''Gérard''' : Entre autres, Clo-Clo, et puis, tout ce qu'il y a comme chansons à l'heure actuelle, maintenant.
'''Laura''' : Tu penses que ce que tu écoutais avant, donc quand t'étais plus jeune, c'est revenu aujourd'hui, quoi ?
'''Gérard''' : Non, c'est... Il y en a pas assez à l'heure actuelle, là.
'''Laura''' : Il y en a pas assez de quoi ?
'''Gérard''' : Il y a pas assez de musique comme on avait au début.
'''Laura''' : Tu préférais ? Pourquoi tu préférais ?
'''Gérard''' : Parce que... C'était pas mal comme musique. Bon, bah, maintenant, c'est différent.
'''Gigi''' : Et Gégé ? Qu'est-ce que t'écoutais quand tu te branlais ?
'''Gérard''' : Alors, Gigi, tu dégages, bonne nuit. Allez, hop ! Hop là !
'''Phildar''' : Mais c'est une meuf !
'''Gérard''' : Je veux pas le savoir ! Allez, hop, C'est terminé, hop ! Voilà. Stanislava ?
'''Stanislava''' : Ben euh...
'''Stanislava''' : Bon tu te réveilles ou tu fais comme Gigi de tout à l'heure ?
'''Stanislava''' : Ah, mais non, non, mais attends, j'écoute, hein. C'était quoi, la question ?
'''Gérard''' : Bon, Stanislava, tu vas retourner voir Olivier au standard, Ossandra, il va t'expliquer.
'''Stanislava''' : Ah, mais je veux pas, attends !
'''Jérôme''' : La voix de Calimero, moi, j'aime pas trop.
'''Tulipe''' : c'est un travlo la voix de Tatislana.
'''Stanislava''' : Déjà, t'apprends à dire mon prénom, toi.
'''Gérard''' : Ouais, si t'es pas contente, ma petite, tu dégages. D'accord ? je t'ai dit, tu vas voir Olivier Ossandra, il va t'expliquer ce que c'est, un débat. Ok ? Olivier ? Ou Manu, là...
'''Phildar''' : Tu m'appelles pas Manu, d'accord ?
'''Manu''', ''à Olivier'' : Elle va bien, d'ailleurs ? Est-ce qu'elle a aimé la galette ?
'''Gérard''' : Bon, eh, vous arrêtez vos conneries, tous les deux, là, ou sinon, vous allez dégager. Non, non, mais moi, je veux pas le savoir. On n'est pas là pour parler de votre mère, d'accord ?
'''Jérôme''' : Eh, au fait, Gérard, t'as reçu la galette que je t'ai laissée sur ton paillasson ?
'''Gérard''' : Alors, Jérôme, tu dégages.
'''Jérôme''' : Ah, non, c'est pas moi.
'''Gérard''' : Jérôme, tu dégages, tu me sors Jérôme. Allez, hop, aussi.
'''Phildar''' : Je le sors où ?
'''Gérard''' : Tu le vires, tu le vires, tu le vires.
'''Rudy''' : Bonsoir...
'''Franck''' : Salut, Arnette.
'''Gérard''' : Non, c'est qui, la parfaite de Gigi ?
'''Phildar''' : C'est Rudy.
'''Stanilava''', ''la voix perçante(( : Allez, Gérard, tu poses ta question.
'''Gérard''' : Oh ih Stanislava, je te dis de dégager. Oh, Olivier, tu me prends Stanislava, tu lui expliques ce que c'est, un débat, s'il te plaît, merci.
'''Tulipe''' : Ouais, exactement, ouais.
'''Stanislava''' : Oh, toi, tu crèves, là-bas, la grenouille.
'''Gérard''' : Bon, allez, tu me la dégages complètement, celle-là.
'''Franck''' : Eh, arrête de virer tout le monde, Gérard, on va se retrouver à deux dans dix minutes.
'''Gérard''' : Bon, alors, Tulipe.
'''Tulipe''' : Oui, mon petit Gérard, je t'ai dit, moi, j'adore le rock français à la con, Eddy Mitchell, Dick Revers, tout ça quoi.
'''Gérard''' : Et Rudy ? ''Un enregistrement de la voix de Gérard lance : « J'en ai rien à foutre. »
'''Rudy''' : Qu'est-ce que j'aime ?
'''Gérard''' : Quelle musique aimez-vous écouter le plus ?
'''Rudy''' : Ouais, le son que Groovy New Jack Hardcore.
'''Gérard''' : C'est quoi, ça ?
'''Rudy''' : Tu connais pas ?
'''Gérard''' : C'est quoi, comme musique ?
C'est un truc nouveau, enfin, c'est surtout, je '''Rudy''' :vais dans le milieu underground, en Angleterre, tu vois.
'''Tulipe''' : Ouais, j'en ai entendu parler, aussi, ouais.
'''Rudy''' : Ouais, ouais, tu connais, c'est un truc qui arrive, ça arrivera bientôt.
'''Phildar''' : C'est quoi le milieu underground, Gégé ?
'''Gérard''' : J'en sais rien.
''Phildar ''' : Ah, bon. Bon, c'est pas grave. Jean-Pierre Madère, on accueille Jean-Pierre Madère à la place de Jérôme, et Victoria à la place de Stanislava.
'''Jean-Pierre Madère''' : Bonsoir.
'''Gérard''' : Salut, Madère. Bon, alors, je répète pour les... à moins que vous ayez écouté la question numéro deux.
'''Jean-Pierre Madère''' : Ah, non, on était au standard, nous.
'''Victoria''' : Non, c'est vrai, on n'a pas entendu.
'''Franck''' : C'est le désavantage du standard, on n'entend jamais les questions.
'''Gérard''' : Bon, alors, donc, pour la dernière fois, pour les deux qui viennent d'arriver, donc, quelle musique aimez-vous le plus écouter ? Alors, Madère ou Victoria, non ?
'''Victoria''' : Victoria.
'''Jean-Pierre Madère ''' : Jean-Pierre Madère, Jean-Pierre, s'il te plaît. Je t'appelle pas Cousin moi.
'''Gérard''' : oh ben Je t'emmerde ! Parce que tout à l'heure, tu as dégagé vite fait, toi.
'''Jean-Pierre Madère''' : Donc, moi, j'aime bien tout ce qui est rock'n'roll, pop, techno, rap, et le reste. J'aime bien tout.
'''Gérard''' : D'accord. Victoria ?
'''Victoria''' : Victoria aime bien la musique classique et la techno.
'''Tulipe''' : D'ailleurs Gégé, je voulais te dire, j'adore Elvis Presley. Est-ce que tu connais Edith Presley ?
'''Gérard''' : Qui c'est que tu parles ?
'''Tulipe''' : C'est Tulipe. Est-ce que tu connais Elvis Presley ?
'''Franck''' : Tu serais capable de nous chanter quelque chose, Gérard ?
'''Gérard''' : Non, pour l'instant, on ne chante pas, d'accord ? On fait des débats.
'''Manu''' : Gérard ? Oui, sur Minitel, on nous demande si tu es une ancienne clodette.
'''Victoria''' : Gérard, je suis sûr que tu as une belle voix, allez.
'''Gérard''', ''hurle'' : OH ! Vous fermez vos gueules, s'il vous plaît. S'il vous plaît ! ''les auditeurs commencent à chanter, Only you, Je ne veux qu'elle, etc. Les standardistes discutent à voix basse.''
'''Phildar''' : Il y a une pizza, il arrive.
'''Jean-Pierre Madère''', ''chantant'' : Only you, Sandy...
'''Gérard''' : Eh, vous vous calmez, là, tous les deux, au stanadard ? Bon, alors, la question Minitel, là, parce que tout le monde gueulait, puis eux, là, ils parlaient entre eux. La question Minitel, c'était quoi ?
'''Manu''' : C'était, est-ce que tu es une ancienne clodette cachée ?
'''Gérard''' : Ouais. Eh, pensez-vous que sur la FM, il n'y a pas assez de rap ? ''silence''. ''La voix de Gérard : « Ben, ça me fait une belle jambe. »''
'''Gérard''' : Bon eh, c'est quoi, là, ce bordel ?
'''Victoria''' : Les rap, ça a des belles jambes ?
'''Manu''' : Ça ne vient pas d'ici, Gérard.
'''Gérard''' : Alors, je répète ma question, et vous allez vous réveiller, parce que je sens que tout à l'heure, ça va...
'''Tulipe''' : Non, non, non, on n'a pas répondu à la deuxième.
'''Gérard''' : Si, vous avez tous répondu, vous me faites chier, maintenant.
'''Victoria''' : Gérard si tu ne poses pas de question, comment tu veux qu'on te réponde ?
'''Gérard''' : Pensez-vous que sur la FM, il n'y a pas assez de rap ? ''Silence''
'''Laura''' : de rapt ?
'''Gérard''' : de RAPEUH ! Eh, tu vas te réveiller, sinon, tu vas faire comme Gigi, tu vas dégager. Non, mais, oh, là, c'est quoi, là, ce bordel, là ?
'''Franck''' : Bon, eh, Franck, je vais répondre à ta question, Gigi.
'''Gérard''' : Non, non, mais, eh !
''Olivier regarde les boutons du standard, l'air perdu''.
'''Olivier''' : C'est parce que je ne sais pas bien comment ça fonctionne. Donc là, je leur raccroche le nez.
'''Manu''' : C'est comme moi, à la réa.
'''Tulipe''' : Gérard, répète la question, s'il te plaît.
'''Olivier''' : Là, je les retire, c'est ça ?
'''Manu''', ''depuis son poste de réalisateur'' : Ouais, ouais, c'est ça. En fait, tout en haut, tu les retires, tout en bas à gauche, quoi.
'''Gérard''', ''siffle de mécontentement'' : Ça commence à bien faire, là, au standard.
'''Jean-Pierre Madère''' : Gérard, c'est Jean-Pierre Madère, je voudrais rép...
'''Lara''' : Ah, ouais, c'est sympa.
'''Jean-Pierre Madère''' : Il n'arrête pas de nous coupe au standard, là.
'''Gérard''' : Bon, je sens que je vais mettre un disque et vous allez dégager.
'''Phildar''' : C'est une cavale, c'est les auditeurs eux-mêmes qui se coupent !
'''Gérard''' : Attends, parce que si c'est le standard comme ça qui coupe tout le monde, c'est plus...
'''Manu''' : Reprends ta question, Gérard, reprends ta question.
'''Gérard''' : Pensez-vous que sur la FM, il n'y a pas assez de rap ? Tu peux répondre, Laura ?
'''Laura''' : Oui. Moi, je trouve que, non, il y en a assez, ça suffit.
'''Victoria''' : Oui, il y en a en trop, déjà.
'''Rudy''' : Ouais, ouais, moi, je suis d'accord, il y en a en trop, parce que c'est de la musique d'il y a 15 ans et c'est naze. Et puis, il faut passer à autre chose, quoi, maintenant.
'''Gérard''' : D'accord, Victoria ?
'''Victoria''' : Je trouve qu'il y en a même beaucoup trop. Et je ne supporte pas cette musique-là.
'''Gérard''' : Ouais, d'accord. Madère ?
'''Jean-Pirre Madère''' : Ouais, mais le rap, moi, je suis assez tolérant sur ce point-là. Je trouve qu'il devrait plutôt, au lieu de chanter du rap, trouver du travail. Parce que pendant que des gens cherchent du boulot et se lassent du gouvernement, qu'est-ce qu'ils font ? ''Gérard tente de l'interrompre sans succès''. Des vieux tubes ! Des vieux tubes de Elvis Presley !
'''Rudy''' : Exactement !
'''Jean-Pirre Meder''', ''exalté'' : Faire du rap par-dessus !
'''Gérard''', ''alors que le ton monte chez tous les auditeurs en soutien'' : Hé, ça suffit, là, Tulipe ! Tulipe !
'''Phildar''' : Attends, on la brief.
'''Laura''' : Écoute, moi, c'est toi, Gérard, que je vais te dire. Gégé ? Gérard ?
'''Gérard''' : Quoi ?
''le son se hachure''. Hé, putain, mais... Hé, vous arrêtez au standard ou quoi, là ?
'''Jean-Pierre Madère''' : On dit pas putain, on dit Sandy travaille.
'''Gérard''' : Ah, là, attends, attends, là, là !
'''Manu''', ''outré'' : Vas-y, Gérard, alors là !
'''Gérard''' : Tu me saques les trois mecs ! Tu me saques les trois mecs, je veux pas le savoir. Tu me les saques complètement, j'avais prévenu. Allez, hop, dehors, pour...
'''Jean-Pierre Madère''' : Moi, je veux pas payer pour lui.
'''Gérard''' : Non, non, je veux pas le savoir. Tu payes pour tout le monde, toi.
'''Franck''' : On va pas payer pour les conneries d'un seul !
'''Gérard''' : Je veux pas le savoir, ça leur apprendra. Hé, non, je veux pas le savoir ! Bon, bah, quand vous serez décidés de...
'''Laura''' : Gérard, mon amour ? Oui, je peux répondre à la question ?
'''Gérard''' : C'est qui ?
'''Laura''' : C'est Laura. Donc, c'était à propos du rap, toujours ? Non, mais moi, je voulais dire que, tout simplement, donc, le rap, je trouve qu'il y en avait assez, et donc, j'aime pas du tout cette... Enfin, c'est pas que j'aime pas du tout, mais j'apprécie pas du tout, même, le rap.
'''Tulipe''' : Oui, Tulipe, je peux me répondre ?Bon, moi, je voulais te dire, Gérard, que moi, j'aime toutes les musiques, quoi. Je suis ouverte à toutes les musiques, du moment qu'elles ont un sens, hein. Je suis pour, oui. Bon, c'est une musique qui décrit les réalités, quoi. Donc, que ça soit du rap américain ou du rap français, il y a un sens derrière tout ça. Il y a une réalité qui se dessine.
'''Victoria''' : Je voudrais dire que les paroles de rap français sont trop nulles.
'''Gérard''' : Pourquoi ? Et puis, dans quel sens tu veux dire ça ?
'''Victoria''' : Parce que les mecs, ils ont pris un, je sais pas, un télépoche au Télérama, ils ont vu ce qui passe à la télé, ils ont construit une chanson.
''Manu fait un signe''
'''Gérard''' : Attends 5 minutes, Victoria, il y a une question Minitel.
'''Manu''' : Non, non, c'est pas une question, c'est un truc qui vient de nous arriver. Et on nous dit, donc, Gégé, c'est Sainte-Anne, rentre tout de suite et arrête de te prendre pour un animateur.
'''Gérard''' : D'accord, eh ben, c'est bien, c'est lui qui dépense son fric, moi, j'en ai rien à foutre, je fais ce que je veux. Donc, qui continue, là, c'était... ''Jean-Pierre Madère et Franck se manifestent''. Non, non, mais attends, eh, il m'avait semblé de...Oh, oh, oh !
'''Phildar''' : Non, mais je l'ai viré, il se fout de ta gueule, là.
'''Gérard''' : Non, mais... C'est bizarre, il est encore là.
'''Rudy''' : Oui, mais il y a trop de gros cons comme Gérard sur la FM.
'''Gérard''' : Bon, ben, alors, tu dégages.
'''Phildar''' : Je le vire, je le vire, et on n'a que Jean-Pierre François.
'''Gérard''' : Ah, ben, c'est bien, parce que là, ils vont tous changer... Tu vas les faire changer de nom, ils vont rester.
'''Phildar''' : Eh, c'est des pseudo.
'''Franck''' : Attendez, Gérard, Gérard, c'est Franck. Bien, je... Gérard, c'est Franck. Alors, je voudrais m'excuser pour le comportement que j'ai eu tout à l'heure vis-à-vis de Sandy, quoi. C'était pas sympa de ma part.
'''Victoria''' : Oui, t'es mauvais, hein. T'es mal poli.
'''Gérard''' : Attendez, attendez, taisez-vous, les filles.
'''Franck''' : Non, c'était complètement nul de ma part d'incriminer Sandy dans tes histoires. Je sais que t'as assez d'ennuis comme ça. Bon, ben...
'''Victoria''' : Oh, t'es un lèche-cul !
'''Franck''' : Non, mais faut reconnaître quand on fait des erreurs, et voilà, donc...
'''Jean-Pierre Madère''' : Non, mais c'était même pas toi.
'''Franck''' : Non, Ouai je sais, c'était Jean-Pierre Marielle, mais il faut quand même que je prenne un peu sur moi et dire que j'étais quand même assez consentant, je disais ce qu'il disait, quoi.
'''Gérard''' : D'accord. Donc, on va passer à la quatrième.
'''Franck''' : il s'en fout complètement, Gérard.
'''Gérard''' : Non, mais de toute manière, elle est à côté de moi et ça ne lui a pas tellement fait plaisir ce que tu lui as dit...
'''Jean-Pierre Madère''' : C'est pas moi qui lui ai dit, c'est mon camarade.
'''Gérard''' : Non, non, non, je veux pas le savoir.
'''Franck''' : Sandy, excuse-moi, s'il te plaît.
'''Tulipe''' : Gégé ? C'est Tulipe, je voulais te dire, il paraît que Sandy, c'est un vrai canon.
'''Gérard''' : Et alors ?
'''Gérard''', ''gêné'' : Ben, c'est bien.
'''Manu''' : Gérard, c'est un compliment, ça.
'''Victoria''' : Mais putain, vous êtes des lèches-culs, hein.
'''Tulipe''', ''excédée'' : Non, mais attends, le trav, là. Non, mais attendez, Olivier, Manu, s'il vous plaît, le trav, là, qui s'enlève, il faut comprendre, là, c'est quoi, ça ?
'''Gérard''' : Non, mais attends, qui c'est qui parle comme ça, là ?
'''Tulipe''' : C'est le trav, là, qui interrompt, qui raconte des conneries.
'''Gérard''' : Non, mais qui c'est, là, qui parle comme ça ?
'''Tulipe''' : C'est Tulipe.
'''Gérard''' : Non, mais attends, Tulipe, c'est moi qui gère les débats, si ça va pas, ça va être tout le monde qui va gerber pendant la musique. Je vais tous vous massacrer.
'''Franck''' : Si t'es pas capable de reconnaître n'importe qui, aussi.
'''Gérard''' : Donc, pensez-vous que la musique adoucisse les meufs ?
'''Laura''' : Les quoi, les meufs ?
'''Gérard''' : Ouais, les meufs. Une meuf ? Tu sais pas ce que c'est ?
'''Franck''' : La musique adoucit les mœurs ?
'''Gérard''', ''excédé'' : Les meufs !
'''Jean-Pierre Madère''' : J'ai l'expression, c'est pas ça, c'est la musique adoucit les morses.
'''Gérard''' : Non, les meufs.
'''Jean-Pierre Madère''' : Non, les éléphants.
'''Gérard''' : Je sens que, tout à l'heure, on va... Ça va gerber.
'''Laura''' : Est-ce que tu peux nous expliquer le sens de la phrase, Gérard ?
'''Gérard, ''' : Des musiques, style Oslo, est-ce que ça peut adoucir une meuf ?
'''Rudy''' : Mais c'est pas ça, l'expression.
'''Franck''' : C'est pas ça, l'expression, Gérard. C'est les mœurs.
'''Gérard''' : Bon, hé, vous allez vous réveiller quand je pose ces questions, c'est moi qui les pose et vous changez pas d'accord ? Ou sinon vous dégagez !
'''Rudy''' : C'est qu'on les met correctement, andouille.
'''Gérard''' : Alors l'andouille elle t'emmerde, tu dégages.
'''Laura''' : Gérard, mon amour, Gérard, mon amour, pourquoi est-ce que tu t'énerves ?
'''Gérard''' : Allez, hop, ça va plus vite.
'''Jean-Pierre Madère''' : Si je peux me permetttre, tes fleurs, elles seront pas prêtes au printemps.
'''Gérard''' : Et ta connerie, elle est prête au printemps ?
''La lumière s'éteint''.
'''gérard''' : Bon, hé, tu me refais la... Merci pour la lumière.
'''Phildar''' : Putain, Manu, merde !
'''Manu''' : Je sais pas sur quoi j'ai appuyé, je connais pas.
'''Phildar''' : Mais t'es blaireau ou quoi ? Le interrupteur.
''La lumière revient''.
'''Manu''' : Ah, voilà, voilà.
'''Gérard''' : Donc, Laura. Donc, pour toi.
'''Laura''' : Non, mais j'ai pas compris le sens de ta question.
'''Gérard''' : Pensez-vous que la musique adoucisse les meufs ?
'''Laura''' : Non, mais j'ai compris, mais est-ce que tu peux m'expliquer ?
'''Gérard''' : Bah, par exemple...
'''Olivier''' : Devant ton micro, Gérard.
'''Gérard''' : Un slow. Bon, pour toi. Si t'as un mec, tu danses bien un slow avec lui ? Bon, est-ce que ça t'adoucit ou pas ?
'''Laura''' : Bien sûr que ça m'adoucit.
'''Gérard''' : Bon, bah, voilà, c'est ça le thème de la question.
'''Tulipe''' : Bon, je réponds.
'''Laura''' : Tu sais quoi, Gérard ? Ça m'adoucirait encore plus si je le sansais avec toi.
'''Gérard''' : Non, mais tu vois, maintenant, moi, je...
'''Jean-Pierre Madère''' : Moi, si je dansais avec toi, ça me durcirait bien.
'''Gérard''' : Qui ? ''Silence'' Mais donnez-vous noms, là, les mecs, quand vous parlez.
'''Jean-Pierre François''' : Jean-Pierre François.
'''Gérard''' : Ouais, cherche pas, parce que tout à l'heure, tu vas...
'''Laura''' : Gérard, Gérard, Gérard, mon amour. Oui, tu m'as pas répondu.
'''Gérard''' : Ouais, mais Laura, je te signale quand même que maintenant, entre parenthèses... ''Brève suspension de la lumière''. Non, mais depuis le temps que ça a été dit à l'antenne, il me semble que maintenant, c'est pas la peine d'essayer de vouloir choisir mon cœur. Maintenant, il est pris déjà, d'accord ?
''Flottement entre gens voulant prendre la parole et n'aboutissant pas''.
'''Tulipe''' : Je veux dire que Sandy, elle a de la chance parce que t'es un homme unique, Gégé.
'''Rudy''' : Heureusement ! Oh, putain, imagine, il y a 5000 Gégés. Je te raconte pas la... Putain, la mort.
'''Gérard''' : Qui c'est qui parle comme ça ? Non, mais attendez, de toute manière, pendant la pause, vous allez gerber, là, les mecs.
'''Franck''' : Gérard, il paraît que tu as fait un bâtard au cinéma ?
'''Gérard''' : Ouais, mais c'est ça.
'''Phildar''' : On revient au débat, Gégé, merci.
'''Gérard''' : Vous répondez à la question ?
'''Franck''' : Ouais, c'est Franck qui répond à ta question. Donc, moi, je pense que la musique adoucit les meufs, mais ça dépend du tempo de la musique, tu vois. Je pense pas que de la techno lancée à fond à un rythme assez violent peut adoucir une meuf. En revanche, un slow, ça peut la rendre sensuelle, tu vois.
'''Gérard''' : C'est ce que Laura a dit tout à l'heure.
'''Franck''' : Voilà, donc, je suis quand même assez d'accord avec ce qu'elle dit.
'''Gérard''' : Tulipe ?
'''Une voix''' : Oui, alors, bonsoir, Gérard.
'''Gérard''' : Bon, allez, hop. Non, non, non, non, non, non, non, non. Vous réfléchissez à la question. On va mettre la musique. Le petit poucet avec Un petit slip et on vous retrouve après.
''Musique''.
'''Gérard''' : Et donc, c'est la suite de la libre antenne. Vous pouvez, la suite des débats du jeu du soir, vous pouvez nous appeler, toujours au 0803 08 5000 et 0800 70 5000, toujours 3615 code Funradio Rubrique Direct. Donc, on récupère Laura. Ultraman.
'''Ultraman''' : Salut, Gérard.
'''Gérard''' : Bani.
'''Phildar''' : Barney.
'''Gérard''' : Barney.
'''Barney''', ''petite voix'' : Bonsoir.
'''Gérard''' : Salut. Réveille-toi, parce que...
'''Barney''' : Je suis réveillé, je suis réveillé.
'''Gérard''' : Anthony. ''Silence'' Anthony !
'''Anthony''' : Ouais, je suis là, Gérard.
'''Gérard''' : Moi, tu te réveilles.
'''Anthony''' : Ouais, pas de problème.
'''Gérard''' : Victoria. Et Tulipe. Donc, qui c'est qui veut répondre à la question ? Donnez vos noms.
'''Ultraman''' : Rappelle la question d'abord, déjà, pour commencer.
'''Victoria''' : Il y a des nouveaux, Gérard.
'''Gérard''' : Alors, pensez-vous que la musique adoucisse les meufs ?
'''Ultraman''' : C'est Ultraman, tu peux répondre ?Alors, je pense que la musique peut adoucir les meufs, mais à condition que ce soit un tempo assez lent, genre un slow, et puis point la ligne, quoi.
'''Victoria''' : C'est pas vrai, Victoria. Je ne suis pas du tout d'accord.
'''Gérard''' : Pourquoi ?
'''Victoria''' : Mais parce que...
'''Gérard''' : Non, mais attends, Victoria. Si vous voulez, si vous voulez réagir sur ce qu'a dit Victoria, vous pouvez, n'hésitez pas.
'''Olivier''' : Non, je voulais dire un truc, c'est que Victoria, elle a une voix pourrie.
'''Gérard''' : Bon, toi ta gueule un peu, là-bas.
'''Ultraman''' : C'est Victoria des Spice Girls ?
'''Gérard''' : Bon, donnez vos noms si vous voulez réagir sur ce qu'on dit. Alors, Victoria, pourquoi tu n'es pas d'accord ?
'''Victoria''' : Bah, parce qu'on n'est pas obligés d'écouter de la musique douce pour s'adoucir.
'''Ultraman''' : Oui, mais je veux dire, quand tu veux, si tu veux adoucir une meuf avec de la musique, tu ne vas pas t'amuser à passer du techno speed dance encore.
'''Victoria''' : Bah, si, pourquoi ? La techno, ça excite vachement et tu peux faire beaucoup de choses calines en écoutant de la techno.
'''Ultraman''' : En fait, ça dépend de la meuf en question, de toute façon, je crois. Donc, je trouve qu'il ne sert à rien de généraliser là-dessus et de polémiquer sur ce genre de choses.
'''Gérard''' : Ben si mais... ''Olivier murmure un Hmm''. Olivier, t'arrêtes, s'il te plaît ! T'arrêtes, t'arrêtes, tout à l'heure, tu vas te prendre un bouquin dans ta gueule, hein.
'''Anthony''' : T'occupes pas de lui, Gérard.
'''Gérard''' : Tu commences à me faire chier, là.
'''Tulipe''' : Pour moi, c'est une histoire de rythme, tout ça.
'''Victoria''' : Ouais, je suis tout à fait d'accord.
'''Gérard''' : Qui est d'accord avec elle ?
'''Victoria''' : Victoria.
'''Gérard''' : Ouais. Mais Anthony, Barney et puis Ultraman, on vous entend pas beaucoup.
'''Ultraman''' : Gérard, il faut savoir, parce que nous, quand on parle en même temps que les filles ou quand on parle avant elles, on se fait engueuler.
'''Gérard''' : Non, mais là, c'est moi qui vous demande de réagir sur les questions, c'est tout. Si c'est pas le bordel...
'''Ultraman''' : Je suis d'accord, c'est une question de rythme, quoi. À mon avis,
plus le rythme est lent, plus t'as des chances
de... que la meuf soit beaucoup plus caline avec toi, quoi.
'''Phildar''' : C'est une question de merde, aussi.
'''Gérard''', ''explose'' : Bon hooo ! Ça commence à me faire au standard, maintenant.
'''Manu''' : En revanche, on a une bonne question Minitel...
'''Phildar''' : Ferme ta gueule, Manu, tu parles trop.
'''Olivier''' : Parle devant ton micro, Manu, s'il te plaît.
'''Manu''' : On nous demande si t'aimes pas le titre du Doc Gynéco, Ma salope à moi, parce que ça te rappelle Sandy ?
''Cris des auditeurs, outrés...''
'''Gérard''' : Je réponds même pas, Manu. Je réponds même pas, tu vois. Hé ! Il me semble que je t'ai dit de pas passer des questions comme ça à con sur Minitel.
'''Ultraman''' : Bonjour à Sandy.
'''Manu''' : Bah, elle me semblait bien.
''Tous les auditeurs disent bonjour à Sandy, qui reste muette. Barney glisse discrètement « Bonsoir cochonne »''.
'''Gérard''' : Qui c'est qui vient de dire ça ?
'''Laura''' : Fais pas attention, Gérard. Fais pas attention.
'''Gérard''' : Je sens qu'entre Anthony, Barnet et Ultraman, celui qui s'amuse à dire ça va saquer vite fait.
'''Ultraman''' : C'est pas moi, c'est Anthony.
'''Anthony''' : C'est pas moi, j'ai rien dit, Gérard. Non, non, non, moi, j'attends pour répondre depuis tout à l'heure.
'''Gérard''' : Bah, réponds.
'''Anthony''' : Alors, moi, je voulais dire que c'était peut-être une question de rythme, mais surtout une question de rythmique.
'''Gérard''' : Mais dans quel sens ?
'''Anthony''' : Bah, dans le sens que le zouk, ça adoucit plus une meuf que la techno.
'''Gérard''' : Bah, même le slow.
'''Anthony''' : Ouais, mais le slow, la rythmique, ça les endort.
'''Ultraman''' : Gérard, c'est Ultraman. Pour adoucir une meuf, la référence, de toute façon, c'est le slow et point à la ligne.
'''Anthony''' : Non, je suis pas d'accord, là.
'''Barnet''' : C'est le cash, c'est le cash, la monnaie.
'''Anthony''' : Je suis d'accord, là.
'''Victoria''' : Oui, moi, je m'endors sur le slow.
'''Gérard''' : Bah, peut-être.
'''Tulip''' : Moi, y'a pas mieux que le reggae. Regarde, tu connais
'''Gérard''' : Oui.
'''Anthony ''' : Ça fait pas longtemps qu'il connaît.
'''Victoria''' : Bob, mon copain Bob.
'''Gérard''' : Bon, ça y est, vous vous calmez, là. Embrassez-vous votre copine sur de la techno ?
'''Barnet''' : Ah, non, moi seulement sur du rap.
'''Gérard''' : Qui ?
'''Barnet''' : Moi, euh...
'''Gérard''' : Non, mais change pas ton nom, c'est ou Anthony ou Barnet ou Ultraman.
'''Barnet''' : Attends, attends.
'''Ultraman''' : Quoi, j'ai rien dit ?
'''Barnet''' : Barney, Phil Barney, Phil Barney.
'''Ultraman''' : C'est Ultraman, je vais répondre à la question. Oui, il m'arrive d'embrasser ma copine sur de la techno, mais tu sais, y'a pas besoin d'avoir de la techno ou un autre type de musique pour que je l'embrasse, quoi. C'est tout à fait accessoire, la musique, hein. Il peut y avoir même pas de musique du tout, ça m'empêchera pas de l'embrasser, quoi.
'''Barnet''' : C'est Phil Barney, c'est un beau gosse...
'''Gérard''' : J'en connais un tout à l'heure, qui va garder son nom Barney ou sinon il va retourner à Roissy.
'''Barnet''' : On n'a pas compris la blague, tu peux peut-être l'expliquer.
'''Ultraman''' : C'est quoi le truc rigolo, là ?
'''Gérard''' : Non, ouais, vous allez voir. Vous allez voir. Anthony, donc, pour toi ?
'''Ultraman''' : Ben, disons que... j'ai pas tellement d'opinion là-dessus, moi. Surtout que j'ai pas de copine, donc je pensais un peu comme Ultraman, tu vois, ça dépend de la musique exceptionnellement, mais il m'arrive d'embrasser mes copines quand j'en ai sur la techno, quoi.
'''Gérard''' : D'accord. Barney ?
'''Barney''' : Ouais ?
'''Gérard''' : Tu réponds ?
'''Barney''' : Encore ? ''bruit de larsen''
'''Gérard''' : Merci pour le Larsen.
Bon, tu veux pas répondre... Bon tu veux pas répondre ?
'''Barney''' : Si, si, mais je t'ai dit tout à l'heure que j'étais un beau gosse.
'''Gérard''' : Alors, Barney... bon eh, Philippe, tu prends Barney et tu lui expliques ce que c'est un débat. ''l'auditeur proteste, les autres interviennent, c'est le chaos. Bruit de larsen''. Oh, le Larsen, là ! Non, non, mais... ''à Olivier'' : Eh, mais retire le casque du micro toi...
'''Manu''' : Oh, merde, vous êtes abrutis, les mecs, sérieux.
'''Gérard''' : Non, mais là, tu vas dégager Olivier, parce que tu m'énerves. Voilà. ''à Phildar'', Bon, tu prends Barney et tu lui expliques ce que c'est un des bars.
'''Phildar''' : Mais j'ai pas mon dico, j'ai pas la def, la définition du débat.
'''Gérard''' : Non, non, mais tu lui expliques comment ça se passe un débat.
'''Olivier''' : Un débat c'est facile, c'est Gérard qui parle et Gérard, Gérard, Gérard, et puis des filles aussi.
'''Gérard''' : Voilà. Donc, Barney, tu réponds aux questions...
'''Phildar''' : Quand Gérard pose une question, tu réponds absolument pas. Voilà.
'''Gérard''' : Bon, Olivier, tu dégages maintenant. Allez, hop, tu dégages, Olivier.
'''Laura''' : Ça va, Gérard ? Tu te prends pas pour le petit chef, là ?
'''Anthony''' : Je suis pour Olivier, je veux pas qu'il s'en aille. ''Ultraman et Anthony scandent le nom d'Olivier''.
'''Manu''' : Là il en peut plus Oliv...
'''Gérard''' : Bon, Laura...
'''Tulip''' : Moi, je veux que Manu. Manu, je t'aime.
'''Phildar''', ''avec autorité'' : On revient au débat, merci.
'''Tulip''' : Moi, je dis au fait que j'embrasse toujours mes mecs quand il y a du reggae et du rock français.
'''Victoria''' : Juste quand il y a du rock et du reggae.
'''Gérard''' : Et toi, Victoria ?
'''Victoria''' : Oui moi, j'embrasse tout le temps. Sur tout genre de musique, même quand il n'y a pas de musique, pas la peine de...
'''Ultraman''' : Ouais, peu importe les circonstances, quoi. C'est ce que j'ai dit tout à l'heure.
'''Gérard''' : Donc, Laura ?
'''Laura''' : Pareil, pareil que Victoria.
'''Anthony''' : Et moi, Gérard. C'est Anthony.
'''Gérard''' : Bah, t'as déjà répondu, hein.
'''Victoria''' : Non, mais il faut se réveiller, mon cher.
'''Anthony''' : Je vous laisse tous parler, hein. Faut bien, hein.
'''Gérard''' : Alors, vas-y.
'''Anthony''' : Alors, moi, je voulais dire que je préférais la funk, en fait. Ouais, pour ce genre de situation, je trouve ça excellent.
'''Ultraman''' : Mais t'as dit tout à l'heure que t'aimais la soul, hein.
'''Gérard''' : Non, mais Anthony... Oh, Anthony ! Je me demande si t'as vraiment compris la question.
'''Anthony''' : Bah oui, j'ai compris la question.
'''Gérard''' : Bah, ça fait trois fois que tu me dis que t'embrasses que sur ça, donc t'avais déjà répondu.
'''Ultraman''' : Bah oui, mais tu me demandes de répondre à chaque fois.
'''Gérard ''' : Ouais, Victoria, au lieu de faire le travlo.
'''Victoria''' : Ouais, c'est ça. Alors, je voulais dire qu'il n'y a pas besoin de la musique quand on aime.
'''Tulip''' : Prends ta voix normale Victoria s'il te plaît.
'''Barney''' : C'est sa voix normale.
'''Gérard''' : Sortez-vous avec les filles que vous rencontrez à la...
'''Laura''' : On sort avec des filles, Gérard.
'''Victoria''' : Oui, nous aussi.
'''Gérard''' : Oh, là, les trois pétasses, vous vous la fermez ? ''acclamations du studio''.
'''Manu''' : Vire-les, Gérard, vire-les.
'''Gérard''' : Oh, les trois pétasses, vous allez me laisser parler, sinon vous allez dégager.
'''Ultraman''' : Oh, les greluches là, vous arrêtez ?
'''Anthony''' : Bon eh, oh... Qui c'est qui a dit pétasses ?
'''Gérard''' : Eh, vous vous la fermez un peu quand je pose les questions ? DOnc sortez-vous avec les filles en boîte sur de la techno ?
'''Ultraman ''' : Tu vois, je n'ai jamais rien ramené en fille en discothèque, tu vois.
'''Gérard''' : Eh, qui c'est qui fait du bruit derrière comme ça, là ? ''bruit dans un téléphone''. Non, mais Gérard, juste pour te dire que moi, je sors pas mal en discothèque, en boîte, tu vois, tout ça, mais je n'ai jamais ramené aucune fille, quoi.
'''Tulip''' : Ouais, je réponds, moi, je ne suis jamais sortie avec un mec en discothèque, je sors avec les mecs quand je les rencontre dans les bals masqués. C'est chouette, parce que, tu sais, il y a toujours du mystère, tu ne sais pas qui se trouve derrière ce masque et tout. Qu'est-ce que t'en penses, Gégé ?
'''Gérard''' : D'accord.
'''Ultraman''' : Tu n'as pas peur de tomber sur quelqu'un qui se déguise physiquement, mentalement aussi ?
'''Tulip''' : Non, non, non, non... ''coupure''.
'''Barney''' : Ah, elle a été coupée.
'''Tulip''' : Non, c'est excitant, Gégé, les bals masqués.
'''Gérard''' : Eh, mais à quoi vous jouez, là ? Eh, vous me faites chier, là !
'''Barney''' : Je voulais écouter son récit sur les bals masqués, là.
'''Gérard''' : Eh, tu fais quoi, là ? ''se levant vers Olivier, menaçant''.
'''Manu''' : Gérard, Gérard, Gérard. Assieds-toi. Reprends le débat.
'''Tulip''' : Ouais, la dernière fois, j'ai rencontré un mec dans un bal masqué qui était Zoro, mais il était excellent.
'''Gérard''' : D'accord. Victoria ? Victoria ? Tu te réveilles ?
'''Victoria''' : Oui, je suis là, j'écoute.
'''Gérard''' : Ben alors, réponds à la question.
'''Victoria''' : Ben, moi, j'aime pas les mecs en boîte. Parce que tout le monde va en boîte pour se la péter et pour se la jouer les playboys et moi, ça m'intéresse pas.
'''Gérard''' : Qui c'est qui voulait réagir, là ?
'''Anthony''' : Moi, c'est Anthony. Ben, moi, je voulais dire que les nanas, moi, je les regarde pas trop. Je suis comme Phildar, je préfère les garçons, quoi. Mais, euh... ''il s'interrompt, pris d'un fou-rire, puis est coupz''.
'''Gérard''' : Oh, merde !
'''Phildar''' : Attends, je l'ai coupé, il dit que je suis pédé. Bon, je le remets, OK. Il arrête de dire que je suis pédé.
'''Anthony''' : Phildar, pourtant, je rêve de toi.
'''Gérard''' : Bon, allez, hop, c'est bon, ce coup-là, c'est terminé, allez, hop. Barney !
'''Barney''' : Donc, moi, c'est Barney. Bon, on peut trouver des filles en boîte, mais aussi des hommes parce que, bon, le Phildar, pour mettre les mains au cul, c'est pas le dernier.
'''Gérard''' : Ben, d'accord, bonne nuit.
'''Phildar''' : Je l'ai zappé, Gérard.
'''Gérard''' : Voilà, Laura ?
'''Laura''' : Oui ? Oui, bonsoir.
'''Phildar''' : Elle a dit que j'étais pédé aussi, je la zappe.
'''Laura''' : Ah, non. Je peux jamais dire ça.
'''Ultraman''' : Mais attends, Phildar, tu dis que t'es pas pédé et puis, Mac, il dit que...
'''Phildar''' : Je l'ai zappé.
'''Victoria''' : Il n'y a pas de mal d'être pédé.
'''Phildar''' : Oh, ça va, oui.
'''Gérard''' : Bon, il est 1h27, ben, tu peux envoyer deux disques, hein, on va... ''cris de protestation dans le studio. Les auditeurs reviennent''.
'''Laura''' : Gérard, est-ce que toi, ça t'est déjà arrivé de sortir avec une fille en boîte ?
'''Gérard''' : Ben, jusqu'à maintenant, j'en ai pas rencontrée en boîte, j'en ai rencontrée que par courrier, c'est pour ça que j'ai Sandy qui est avec moi maintenant. Voilà, c'est pas... Tte manière, c'est pas le ...
'''Victoria''' : C'est par courrier, Sandy ?
'''Laura''' : Gérard ? Est-ce que tu es heureux ?
'''Gérard''' : C'est qui qui pose ça ?
'''Laura''' : C'est Laura.
'''Gérard''' : Oui. Oui, je suis heureux, pourquoi ?
'''Laura''' : Non, ben, simplement, c'est une question, je voulais t'entendre dire, c'est tout.
'''Gérard''' : Ben, voilà.
'''Tulip''' : Gégé, je voulais te donner un scoop.
'''Gérard''' : Je t'écoute.
'''Tulip''' : Un scoop exclusif. En fait, je voulais te dire que, en fait, Michel Sardou va interrompre Bercy. Oui, parce qu'à cause de plagiat, quoi. Il a copié les chansons de Michael Jackson et Bob Marley.<ref name="renvoi2"></ref>
'''Gérard''' : Oui, ben, c'est ça. Ben alors là ma petite...
'''Tulip''' : Non, mais Gérard, je l'ai lu dans un magazine que je ne citerai pas.
'''Gérard''' : Ouais ouais, c'est ça.
'''Tulip''' : en fait, il va aller en tôle parce que, ben, voilà, quoi, il n'arrête pas de copier...
'''Gérard''' : Ouais, c'est pas le... C'est pas le thème du débat, mais... Non, mais c'est pas le thème du débat.
'''Barney''' : c'est sur les Beatles qu'il copie.
''la lumière s'éteint''.
'''Olivier''' : Manu, la lumière !
'''Manu''' : Pardon, pardon, je cris que c'est quand j'enlève mon casque, en fait. ''la lumière revient''.
'''Tulip''' : Gégé, qu'est-ce que t'en penses ?
'''Gérard''' : Ben, de toute manière, c'est des conneries que tu es en train de me dire, donc c'est tout.
'''Tulip''' : Non, non, c'est la vérité. Je me fous pas de ta gueule moi.
'''Gérard''', ''excédé'' : Oh, mais j'en ai rien à foutre pour l'instant, c'est pas le thème du débat, merde ! Tu commences à m'énerver, Tulip. Alors, embrasse... Tout le monde a répondu, donc on va passer à la septième.
'''Ultraman''' : Gérald, combien de questions dans ton débat ?
'''Gérard''' : Dix, pourquoi ça te gêne ?
'''Ultraman''' : Non, parce que des fois, t'en fais onze, c'est pour ça.
'''Gérard''' : Non, mais là, il y en a que dix, et puis ça suffira largement... surtout... pour... vous entendre dire que des conneries.
'''Ultraman''' : Attends, du moment qu'on pense pas comme toi, ça y est, c'est des conneries.
'''Gérard''' : Non, mais quand vous me parlez de n'importe quoi, ça sert à rien du tout de faire un débat sur la musique si vous me dites des conneries sur certains chanteurs.
'''Ultraman''' : ON te dit pas n'importe quoi, on essaie de t'informer sur certains chanteurs...
'''Gérard''' : pour l'instant, on a décidé de faire un débat sur la musique style techno, house et autres. Vous me parlez de Michel Sardou ou de Phil Barney. Mais là, c'est pas du tout le rapport avec la techno, bande de nazes. Alors, aimez-vous faire l'amour sur la musique, la lambada ? ''hilarité dans les auditeurs''. Bon Manu, t'arrêtes un peu de mettre n'importe quoi, là.
'''TUlip''' : Gérard, c'est toi qui as écrit les questions ?
'''Gérard''' : Oui.
'''Ultraman''' : Alors, c'est très agréable de faire l'amour sur de la musique.
'''Gérard''' : Mais je te parle de la lambada.
'''Ultraman''' : Mais pas la lambada, quoi.
'''Gérard''' : Bon, d'accord. Non, mais alors, Ultraman, maintenant, je te pose la question, pourquoi ?
'''Barney''' : haha ! T'es bien piégé, là.
'''Ultraman''' : Alors, j'étais en train de répondre, tout le monde parlait... Donc, la lambada, bon, c'est un rythme qui est quand même assez vieux. Par rapport à ce qui passe maintenant, c'est assez ringard. Si tu veux vraiment faire l'amour sur de la musique, bah là, je reviens à ce que je disais tout à l'heure, les slows, quoi.
'''Gérard''' : D'accord. Laura ?
'''Laura''' : Pareil.
'''Gérard''' : D'accord. Barney ?
'''Barney''' : Moi, je pense que la lambada, c'est bien pour les préliminaires.
'''Olivier''' : Pourquoi ?
'''Gérard''' : Pourquoi ? Bon, Olivier, c'est quand même moi qui fais les débats, c'est pas toi. Toi, tu t'occupes du standard.
'''Manu''' : C'est vrai, ça Oliv, c'est n'importe quoi.
'''Gérard''' : Barney ?
'''Barney''' : Oui. Je disais que c'était bien pour les préliminaires parce que ça chauffe bien la quéquette, hein.
'''Gérard''' : Oui, mais pourquoi ?
'''Laura''' : Il t'a répondu !
'''Gérard''' : D'accord. Anthony ? ''silence''. Anthony !
'''Anthony''' : Oui, oui, je suis là, Gérard.
'''Gérard''' : Bon, alors, tu te réveilles ?
'''Anthony''' : Bah, moi, comme je t'ai dit tout à l'heure, les filles, ça m'intéresse pas trop....
'''Victoria''' : tu peux toujours faire l'amour sur la lambada, même si les filles ne t'intéressent pas, hein.
'''Anthony''' : Voilà, bah, c'est exactement ce que je disais. Je disais qu'entre garçons, on aime beaucoup la lambada et toutes les autres musiques comme ça, tous les trucs très fêtes.
'''Ultraman''' : Gérard, c'est Ultraman. Est-ce que tu penses que la musique que t'écoutes peut avoir une influence sur ta libido ?
'''Gérard''' : Sur ?
'''Ultraman''' : Sur ta libido.
'''Gérard''' : C'est-à-dire ? Ouais, je vois pas,
je vois pas le rapport.
'''Ultraman''' : T'as une libido, une Renault 5 ?
'''Gérard''' : Ah non, pas du tout, j'ai pas de voiture, tu vois. Donc, Victoria.
'''Barney''' : Gérard, t'as quoi comme descente de libido ?
'''Gérard''' : Bon, ça suffit, c'est Victoria, maintenant.
'''Victoria''' : Euh, oui, bah, alors, pour moi, la lambada, c'est anti-musique et je ne ferai jamais l'amour sur la lambada.
'''Gérard''' : D'accord. Tulipe ?
'''Tulipe''' : Bah, écoute, moi, je suis pucelle, donc je peux pas te répondre, hein, mais j'aime pas la lambada, donc ça marchera pas, quoi.
'''Barney''' : Tu danses la lambada avec Sandy ?
'''Gérard''' : Ah, bah, ça, ça vous regarde pas ce que je fais. Ah, bah, ça, avec Sandy, on n'a pas eu l'occasion d'écouter, parce qu'on l'a pas, la lambada, on a que des musiques douces, nous.
'''Anthony''' : C'est plus du rap.
'''Victoria''' : Iron Meden
'''Barney''' : Tu fais la chenille avec tes voisins ?
'''Gérard''' : Qui c'est qui dit ça ?
'''Barney''' : Barney.
'''Gérard''' : Ouais, bah, Barney, tu...
'''Laura''' : Mais non, il rigolait, allez... Continue, Gérard.
'''Anthony''' : Mais à propos de Barney, Phil Barney, c'est bien aussi, pour faire l'amour, c'est bien.
'''Gérard''' : Ouais. Alors, laquelle ? Sur laquelle ?
'''Ultraman''' : La Croisière s'amuse, c'est bien aussi pour faire l'amour.
'''Gérard''' : N'importe quoi.
''la musique de la Lambada démarre, en fond''.
'''Phildar''' : Ah, Gérard, on l'a ! Tiens, tu peux faire l'amour avec Sandy, sur la lambada ?
'''Gérard''' : C'est vrai que je pourrais. ''cris de joie dans le studio''. Non, mais pas maintenant oh ! Bon hé, tu coupes là. ''tout le monde chante, et notamment Olivier, à tue-tête, devant le micro, faux et à contre-temps''. Non, mais allez,
tu coupes, là.
'''Phildar''' : Fais l'amour, là. Elle est là.
'''Gérard''' : Non, mais ça va, ouais.
'''Olivier''' : O Sandy ! ''la voix sexuelle''
'''Gérard''' : toi tu dégages, allez tu viers ! ''Après une trentaine de secondes, la musique s'arrête enfin''.
'''Anthony''' : Gérard, gère ton débat, s'il te plaît.
'''Gérard''' : Bon, alors, la huitième question.
'''Tulipe''' : Gérard, t'as pas sauté des questions, là ?
'''Gérard''' : Non.
'''Tulipe''' : Gérard, je crois que t'as mal dû marquer, là.
'''Gérard''' : Non, mais on en est déjà à la huitième, je sais pas si vous êtes au courant, mais il faudrait peut-être vous réveiller.
'''Victoria''' : On a dû répondre à quatre questions, Gérard, là.
'''Ultraman''' : Au fait, Gérard, c'est Ultraman. Est-ce que tu savais que c'était le vingtième anniversaire de la mort de Clo-Clo, cette année ?
'''Gérard''' : Je le sais, mon pote.
'''Barney''' : D'ailleurs, on rend hommage à EDF-GDF.<ref name="hist11"></ref>
'''Gérard''' : Qui c'est qui dit ça ? Les mecs, je sens que vous allez virer, si vous continuez.
'''Ultraman''' : C'est pas moi, Gérard. C'est pas Ultraman, c'est Tony.
'''Manu''' : Gérard, repose ta question et demande à tout le monde dans l'ordre, quoi.
'''Olivier''', ''murmure'' : Parce que là, c'est le bordel.
'''Gérard''' : Donc, avez-vous... Bon, bah, déjà, celui qui dit que c'est le bordel, tu vas commencer déjà à te taire.
'''Ultraman''' : C'est Manu.
'''Gérard''' : Non, non, mais même celui qui a répété ce que Manu a dit, donc, pour l'instant... Bon, bah, alors, vous vous la fermez. Avez-vous beaucoup de CD de rap ou de NTM ou IAM ? Alors, Laura...
'''Anthony''' : Gérard, Gérard, moi, je voulais dire juste un truc.
'''Tulipe''' : Est-ce que vous avez écouté ce que Manu a dit ? Chacun son prénom
et on secalme...
'''Ultraman''' : Chacun son tour.
'''Anthony''' : C'est mon tour.
'''Gérard''' : Anthony, on t'écoute.
'''Anthony''' : Ah, bah, je suis content. Bah, moi, j'aime beaucoup NTM, Gérard. J'aime beaucoup le groupe Nique ta mère, Gérard.
'''Gérard''' : Eh ben, Anthony...
'''Manu''' : Gérard, Gérard, Gérard, Gérard. C'est le nom du groupe, NTM, ça veut dire Nique ta mère.
'''Ultraman, ''' : Non, nettoie tes mains, ça veut dire.
'''Gérard''' : Oui, voilà. Ça serait peut-être un peu mieux. Ouais, question rap, ou IAM, Anthony, toi t'es pas trop... T'es pas trop branché, alors. ''silence''. Anthony !
'''Phildar''' : Il est parti, il est parti, il a zappé. On rappelle, on rappelle, on rappelle.
'''Gérard''' : Là, tu prends quelqu'un d'autre, maintenant, hein, Gérard.
'''Olivier''' : Une fille, plutôt, non ?
'''Manu''' : Gérard, il y a une question Minitel : on nous demande si tu pètes à 120 BPM sur la techno ?
'''Gérard''' : n'importe quoi... Ultraman.
'''Ultraman''' : Ouais, moi, j'ai pas de CD d'eux, mais j'ai des cassettes, par contre, j'ai pas de platine laser.
'''Gérard''' : Non, mais... style de cassette ou CD, c'est pareil, hein.
'''Ultraman''' : Ouais, ouais, j'en ai, j'en ai des trucs d'IAM, mais par contre, pas de NTM, parce que je trouve vraiment que c'est un groupe qui ne mérite même pas l'appellation groupe musical, quoi.
'''Gérard''' : Et du rap, pas trop, non plus ?
'''Ultraman''' : Bah, je dois avoir deux trucs de rap, mais j'ai essentiellement du rock, des slow, quoi.
'''Gérard''' : D'accord. Tulip, tu veux répondre ?
'''Tulipe''' : Ouais, Tulip. Ouais, bah, moi, écoute, j'ai surtout des CD de musique classique.
'''Ultraman''' : Tu voudrais pas m'en prêter ?
'''Tulip''' : Ouais, j'adore Beethoven, et j'ai du rap aussi, j'ai Tommy Bugy, j'adore, c'est cool.
'''Gérard''' : Et sinon, NTM ou IAM ?
'''Tulip''' : J'aime bien les nouveaux groupes, Passy, tout ça, The Mask, tout ça, tout ça.
'''Phildar''' : Excuse-moi, on accueille Katia, qui a 27 ans, qui est de Bazard.
'''Katia''' : Bonsoir.
'''Gérard''' : Bonsoir, Katia. Donc, Barney, tu as quelque chose à dire ?
'''Barney''' : Non, pas grand-chose, pas grand-chose, rien d'intéressant.
'''Gérard''' : D'accord. Tu veux continuer les deux dernières questions ? Si tu veux pas répondre, tu t'en vas.
'''Barney''' : Celle-là, elle m'inspire pas trop.
'''Gérard''' : Oh, non, bah, dans ce cas-là, c'est pas la peine que tu continues.
'''Barney''', ''caricaturant un animateur télé'' : J'adore le rap, Gérard. NTM c'est super, et IAM aussi.
'''Gérard''' : C'est qui ?
'''Barney''' : C'est Barney.
'''Gérard''' : Bon, bah, alors, réveilles toi quand je te demande quelque chose, un peu, là.
'''Barney''' : Bah, voilà.
'''Gérard''' : Bon, bah, OK. Laura ?
'''Laura''' : Non, moi, Laura, moi, j'ai aucun CD de rap et j'aime pas tellement... Enfin, j'aime pas du tout NTM et Ayam, voilà.
'''Victoria''' : Voilà, t'as raison.
'''Gérard''' : Victoria ?
'''Victoria''' : Oui, je suis tout à fait d'accord avec Laura, c'est ça. C'est pas de la musique, hein.
'''Gérard''' : Ah, bon ?
''les gens se parlent dessus''.
'''Olivieir''' : Attendez, attendez. Attendez, il y a Katia qui veut répondre. Laissez parler Katia.
'''Ultraman''' : Vas-y, réponds, Katia.
'''Katia''' : Oui, je suis tout à fait d'accord. Tout à fait d'accord avec les filles, là.
'''Gérard''' : Pourquoi ?
'''Barney''' : Ah, Katia, c'est une habituzllz.
'''Tulip''' : Non, c'est une habituelle, Katia. Je voudrais répondre.
'''Gérard''' : Non, mais Tulip, s'il te plaît, tu te calmes un peu parce que tout à l'heure, tu vas zapper parce que tu coupes tout le monde sans arrêt.
'''Manu''' : Laissez s'exprimer, Katia, elle vient d'arriver.
'''Gérard''' : Katia, pourquoi t'es pas d'accord ? T'es d'accord avec ce qu'elles ont dit ? ''silence, Katia est intimidée par le brouhaha, mais elle est aussi hors-antenne, Phildar essayant de l'aider sur quoi dire, se donner une contenance''. Oh, Katia !
'''Katia''' : Je suis d'accord, justement. Avec toutes les filles, là, pour le moment.
'''Gérard''' : Mais pourquoi ?
'''Katia''' : Bah, parce que... Comme ça...
'''Gérard''', ''agacé'' : Je vois pas le rapport, moi. Je te demande... Alors, si t'es d'accord avec tout le monde, alors, dans ces cas-là, t'aimes quoi comme musique, alors ?
'''Katia''' : Moi, j'adore plutôt Claude François, Joe Dassin, les trucs comme ça.
'''Gérard''' : Ouais, mais alors, dans ces cas-là, t'aimes pas la techno ni la rousse ?
'''Katia''' : Disons que la techno, bon, quand on l'écoute de temps en temps, ça va, mais sinon, c'est un peu lourd, quand même, moi, je trouve, à mon avis.
'''Gérard''' : D'accord. Donc, tu peux me remettre Tulip t Victoria ? Merci.
'''Tulip''' : Ouais, Tulip. Ouais, bon, bonsoir, Katia, d'abord.
'''Katia''' : Bonsoir.
'''Tulip''' : Et donc, je voulais te dire, en fait, non, il faut se dire que le rap, il y a différents raps, mais les paroles, la musique, c'est cool, quoi. Je te dis, ça défoule...
'''Victoria''' : Les paroles, ça défoule, ça défoule.
'''Gérard''' : Ouais, mais attends, Tulip, qu'est-ce que tu trouves de cool dans le rap, toi ?
'''Tulip''' : Bah, dans le rap, déjà, t'as le rythme. Tu bouges, quoi. Tu danses.
Et t'as... T'as ton corps... Enfin, ton corps bouge, quoi. Et puis, je sais pas, il y a le son, il y a les paroles, tout ça fait cool, quoi.
'''Victoria''' : Franchement, les paroles, elles n'ont aucune sens.
'''Tulip''' : Ah, ouais, bah, explique.
'''Victoria''' : Prends les dernières chansons de Passy, je sais pas quoi.
'''Tulip''' : Ouais, tu trouves pas que c'est vrai ? Que tu zappes et tu mates, tu trouves pas que c'est vrai ?
'''Gérard''' : Eh, Laura, si tu veux réagir, Victoria et puis Barney...
'''Tulip''' : Quand il dit « On nous a vus à la télé il y a du sexe » et... ''coupure''.
'''Victoria''' : Où est-ce que t'as vu à la télé du sexe ?
'''Gérard''' : Eh, Olivier, t'arrêtes de les couper à chaque fois qu'ils réagissent parce que tu vas dégager tout de suite, quoi, maintenant. Tu vas arrêter tes conneries, maintenant. Y en a marre, hein. Ça, ça commence à bien faire. Donc...
'''Manu''' : Bah, tu pourrais t'excuser, quoi.
'''Gérard''' : Non, mais, tu me l'es remet, là ? Tu me remets tout le monde, là ?
'''Manu''' : Bah, ils y sont, hein.
'''Gérard''' : Donc, vous réagissez ?
'''Tulip''' : Ouais, bah, je disais, en fait, à la télé, on nous montre bien les guerres, le sexe et la violence, hein. Donc, c'est pas vrai ce qu'il dit, Passy ?
'''Victoria''' : Ouais, mais bon, c'est peut-être vrai, mais franchement, ça, on peut le lire dans le télé-poche ou dans le Télérama.
'''Ultraman''' : Bon, t'essaies de débarrasser avec ton opinion à deux balles, mais ça marche pas avec nous, quoi.
'''Gérard''' : Qui c'est, qui c'est, qui c'est qui... Attendez, qui c'est qui réagit comme ça ?
'''Barney''', ''ironisant le discours de Tulipe'', : Non, mais vous trouvez pas que c'est vrai quand il dit surtout la une et la deux, je zappe et je mate, la trois et la quatre ? Vous croyez pas que c'est vrai, franchement ?
'''Gérard''' : Ouais, mais c'est qui ? Mais donne ton nom là !
'''Ultraman''' : Attends, attendez, c'est Ultraman. Heureusement que la chanson de Passy est courte parce qu'il aurait fait les chaînes câblées et on aurait pour 30 minutes de chansons.
''Brouhahaha, grésillement sur un téléphone, TUlipe proteste qu'ils n'ont rien compris''.
'''Barney''' : C'est vrai quand Doc Gynéco il dit je suis né ici et pas là-bas ?
'''Gérard''' : Ouais, c'est pareil. Laura ?
'''Victoria''' : moi je suis pas né ici, heureusement.
'''Barney''' : Ah, ben pourquoi t'es pas resté là-bas, alors ?
'''Ultraman''' : Le débat s'est passé très bien jusqu'à ce que t'arrives.
'''Gérard''' : Non, non, mais c'est bon, elle peut dire ce qu'elle a à dire, c'est normal.
'''Barney''' : Ouais, mais elle a la voix de Calimero, attends...
'''Gérard''' : Non, mais attendez, pour l'instant... Laura ?
'''Laura''', ''l'air absent'' : Oui ?
'''Gérard''' : Toi, donc, t'es d'accord avec ce que vient de dire Katia ou pas ?
'''Ultraman''' : Oui, bien sûr.
'''Gérard''' : Parce qu'à chaque fois, je te demande de réagir mais tu dors, là.
'''Laura''' : Katia, tu peux pas répéter ce que t'as dit ? Je m'en souviens pas.
'''Gérard''' : Oh là là, ça commence à bien faire, hein.
'''Laura''' : Bon, je sais plus qui est-ce qui a dit que le rap, c'était pas de la musique ? ah Victoria. Bon moi je suis pas d'accord. J'aime pas tellement le rap, enfin, j'aime pas le rap français, du moins, je préfère le rap américain.
'''Victoria''' : Ouais, bon, là, jusqu'à là, je suis d'accord.
'''Laura''' : Mais dire que c'est pas de la musique, non, peut-être pas, à ce point-là. Mais c'est vrai que moi, particulièrement, j'achète pas de CD de rap.
'''Gérard''' : Barney ? Tu veux réagir ?
'''Ultraman''' : Vous aimez bien des rappeurs comme Sepultura, Metallica ?
'''Laura''' : Ah ouais, sûrement.
'''Tulip''' : Non, mais Gégé ? Je veux te dire, c'est TUlipe. Tu sais, la musique, c'est comme les couleurs, ça se discute longuement, quoi.
'''Ultraman''' : C'est vrai que là, on est là, on se tire dans les pattes « Ouais, le rap, c'est bien. C'est bien, le rap, le rap, c'est pas bien », mais en fait, il faut faire la part des choses, quoi.
'''Tulipe''' : Non, mais chacun défend la musique qu'il aime. Donc voilà, c'est une question qui était très intéressante, Gégé.
'''Ultraman''' : Par contre, il faut pas dire non plus c'est nul et tout pue, quoi. Il faut surtout pas qu'on en vienne là, quoi.
''Gérard regarde son équipe, moment de flottement''.
'''Manu''' : Il reste combien de questions, Gérard ?
'''Gérard''' : Deux. Donc là, on va mettre... Un disque.
''Phildar écrit le titre, Manu cherche le CD''.
'''Phildar''' : Vas-y, pose la question. Une second, on arrive.
'''Gérard''' : Attendez, attendez, attendez. Attendez, je vais vous poser la question, comme ça, vous allez...
'''Ultraman''' : Ouais, mais Gérard, attends, c'est Ultraman. Est-ce que tout à l'heure, on pourrait se ravoir hors antenne tous ensemble, c'était assez sympa ?
'''Gérard''' : Ben, vous allez y aller, là, je vous pose la question. Que pensez-vous
des CD jetables ? Et on s'écoute les... Donc, on s'écoute les pétales sont jolis dans mon petit... je sais pas quoi. ''Musique''.
Vous pouvez toujours nous appeler au 0803 08 5000 et 0800 70 5000 et n'oubliez pas toujours le 3615, code Fun radio rubrique Direct. Je voudrais bien qu'il y ait des gens sur la huitième question, s'ils sont d'accord avec ce qu'on venait de dire, je voudrais bien avoir un peu des réactions sur la musique parce qu'on n'a pas beaucoup de monde qui réagissent comme ça. Donc, n'hésitez pas. Donc, 3615, Funradio rubrique Direct, et on accueille Laura, toujours. Bonsoir,
'''Laura''' : Rebonsoir, mon amour.
'''Gérard''' : Ultraman.
'''Ultraman''' : Bonsoir, mon chou.
'''Gérard''' : Va te faire foutre, je suis pas ton chou, d'accord ? OK, bon.
'''Phildar''' : Barney est parti, c'est Préboir.
'''Préboir''', ''faiblement'' : Salut
'''Gérard''' : oh tu te réveilles ! ''Préboir réitère''. Eh oh ! Tu me le prends, là ? Tu me le réveilles ou tu le sors, celui-là.
'''Préboir''' : Je suis réveillé, je suis réveillé.
'''Phildar''' : Tu le prends par derrière non ?
'''Gérard''' : Bon, quand on te dit bonsoir, ça... Quand on te dit bonsoir, ça ne te dérange pas de...
'''Préboir''' : Je t'ai dit, je t'ai dit salut, toi.
'''Ultraman''' : A cette heure, on dit bonjour.
'''Gérard''' : Là, on dit bonsoir, d'accord ? Ouais, moi, je dis ce que je veux, d'accord ?
'''Préboir''' : Bon, pas de politique.
'''Gérard''' : Bon, salut, Susson. Tulipe et Katia. Donc, alors, vous avez eu le temps de réfléchir à la question ?
'''Susson''' : Tu peux la répéter, je viens d'arriver, c'est Susson, comme sucer et suceuse.
'''Gérard''' : Ouais, d'accord. Tout à l'heure, tu vas sucer au standard, tu vas voir.
'''Susson''' : J'aime bien sucer, Gérard.
'''Phildar''' : Ouais, bah ouais, on veut bien, hein.
'''Ultraman''' : Est-ce que tu es pour ou contre le CD jetable ?
'''Gérard''' : Que pensez-vous des CD jetables ?
'''Ultraman''' : Ah, c'est pas pareil. Alors, déjà, Gérard, c'est Ultraman, je ne pense pas qu'un CD jetable, enfin, j'en ai jamais entendu parler, si tu peux m'apporter plus de précisions.
'''Gérard''' : Bah si, il y en a, malheureusement, hein.
'''Tulipe''' : Mais si ça existe ?
'''Victoria''' : Bah, explique.
'''Gérard''' : Bah, il y en a... je ne sais plus, dans... Qui c'est ? Où tu m'as dit que t'en avais trouvés, toi déjà ?
'''Phildar''' : En laverie, et aussi sur le charcutier. C'est des offres promotionnelles, c'est 5 balles le CD, tu l'écoutes une fois.
'''Manu''' : Et je crois que c'est pour 2 merguez achetées.
'''Susson''' : C'est comme les appareils photos, hein, jetables, hein.
'''Gérard''' : Ouais, voilà.
'''Tulipe''' : Ouais, ça s'achète au Casino.
'''Susson''' : Ça s'achète en... Tu connais le service photo ? Donc, ça s'achète là-bas aussi, quoi.
'''Gérard''' : D'accord. Euh, Préboir ?
'''Ultraman''' : Est-ce qu'ils font les 33 tours jetables ?
'''Gérard''' : Non, on parle des CD, on parle pas...
'''Phildar''' : Pauvre cave !
'''Gérard''' : Et je sens que Préboir, si t'as...
'''Préboir''' : C'est pas Préboir, c'est l'autre.
'''Gérard''' : C'est qui ? Non, mais attendez, parce que là, il y a que 2 mecs. Katia.
'''Katia''' : Moi, je trouve que c'est très intéressant, les CD jetables, parce que si, par exemple, on n'aime pas la musique, on a plus qu'à la foutre à la poubelle.
'''Susson''' : T'es con ou quoi, Gérard ? Les CD jetables, ça existe pas.
'''Gérard''' : Attends, qui c'est ? Qui c'est qui dit que je suis con, là ?
'''Ultraman''' : Tout le monde, Gérard.
'''Préboir''' : Bah oui.
'''Tulipe''' : Non, non, je dis pas que t'es con.
'''Manu''' : Tout le monde dehors.
'''Susson''' : Non, Susson, elle veut bien te sucer, Gérard.
'''Gérard''' : Bon, alors, Susson, tu dégages. Allez, hop, bonne nuit.
'''Manu''' : Gérard, Gérard, on a un message minitel de Nanou. Elle me signale que depuis l'an dernier, elle a acheté un gode et qu'elle aimerait bien t'enfiler.
'''Gérard''' : Ouais, bah, elle va se faire foutre.
'''Tulipe''' : Ouais, je réponds, bah, écoute, les CDs jetables, ça existe depuis belle lurette, hein.
'''Ultraman''' : Non, ça existe pas. Donc, moi,
j'ai acheté plusieurs CD jetables, je les ai lavés en machine à laver avec de la lessive, tout ça, quoi, y a pas de problème.
'''Gérard''' : D'accord.
'''Ultraman''' : C'est vrai que tu peux les laver qu'avec Dash 2 en 1 ?
'''Gérard''' : Ouais, mais donnez vos noms, s'il vous plaît. Et toi, Laura ?
'''Laura''' : Euh, moi, je trouve... Non, moi, j'ai jamais vu ça, donc je sais pas, je peux pas te dire, j'en ai jamais acheté, et à mon avis, je sais pas.
'''Gérard''' : D'accord. Euh, Préboir ?
'''Laura''' : Mais par contre, tu vois, j'aimerais bien qu'il y ait quand même des GG jetables.
'''Gérard''' : Bah, ça, ça existe pas encore, parce que si tu continues encore à dire une connerie comme ça, tu sais où tu vas...
'''Susson''' : Mais c'est pour rigoler, Gérard !
'''Gérard''' : Ouais, non, mais faudrait peut-être quand même...
'''Ultraman''' : Depuis qu'il y a Sandy dans les locaux, aucune forme d'humour, aucune atteinte personnelle, pour déconner, hein.
'''Susson''' : Non, mais Gérard est devenu sérieux, même à la loco, il fait la bise à personne, hein. Ouais, moi, j'arrive, c'est plus la bise du tout.
'''Préboir''' : Hop, sodomie, direct, cash !
'''Gérard''' : Euh, qui c'est qui dit ça ?
'''Laura''' : Gérard, tu sais que le meilleur moyen pour garder une fille, c'est l'humour, hein.
'''Gérard''' : Non, mais je commence à en avoir marre, là, des... Entre Préboir et Ultraman, celui qui s'amuse à dire la sodomie, là, tout à l'heure, tu l'as dégagé, vite fait, toi. Donc, Préboir pout oi ?
'''Ultraman''' : Moi, j'ai grave envie de baiser, ce soir.
'''Gérard''' : Bon, Prébois, dégage.
'''Préboir''' : Non, mais attends...
'''Gérard''' : On parle des CD, d'accord ?
'''Préboir''' : D'accord, bah, moi, j'estime que c'est un peu cher, parce que c'est 150 balles, je sais pas si t'es au courant, les CD, quand même. Donc, tu peux les jeter, si tu veux...
'''Ultraman''' : 300 balles, les 4, quand même.
'''Préboir''' : Ouais, je les garde, moi, les CD, je les jette pas.
'''Susson''' : Bah, moi, je trouve que c'est stupide d'acheter des CD jetables et de les jeter, après.
'''Gérard''' : Qui c'est qui dit ça ?
'''Susson''' : C'est, euh... Sucette.
'''Gérard''' : Putain, celle-là, elle commence à débloquer, celle-là. Je crois qu'elle va retourner... elle va retourner chez elle.
'''Susson''' : C'est pour rigoler, un peu, les débats, non ? C'est pour rigoler, c'est pas vrai. T'es un peu coincé, ou quoi ?
'''Tulipe''' : J'ai une petite question. Je voulais te dire, tu te souviens du premier CD que t'as acheté ? C'était quel chanteur ?
'''Susson''' : Jacques Brel.
'''Préboir''' : C'était Clo-Clo, je suis mouillé.
'''Gérard''' : Non, parce que des CD, j'en ai jamais encore achetés.
'''Susson''' : T'as jamais acheté des CD ?
'''Ultraman''' : Quelle est la première cassette que t'as achetée, alors ?
'''Phildar''' : C'était une porno, c'était une porno.
'''Préboir''', ''alors que les garçons rient'' : Mets-moi un doigt dans le cuir.
''Tulipe ''' : Non, c'était quoi, la cassette ?
'''Susson''' : Non, mets-moi un doigt dans la chatte, quand même.
'''Préboir''' : Perversion anale.
'''Gérard''' : Mais, oh, oh, oh, oh, oh, oh, vous vous calmez, là ? Eh, vous vous calmez, que je réponde à la question. La première cassette,
c'était Michel Sardou. Voilà.
'''Tulipe''' : C'était quoi, le titre ?
'''Gérard''' : C'était Je vole et un accident.
'''Ultraman''' : C'était pas en live...
'''Susson''' : accident sous le point de l'Alma ?
'''Phildar''' : J'ai entendu un truc, Gégé !
'''Gérard''' : Alors, qui c'est qui vient me dire ça ? Katia, Tulipe, Susson ou Laura ? Qui c'est qui vient de dire le pont de l'Alma ? Qui c'est qui vient dire le pont de l'Alma ?
'''Susson''' : Personne l'a dit, tu l'as pas entendu, déjà.
'''Olivier''', ''murmure'' : Je vais bientôt rentrer, de toute façon c'est bientôt fini tout ça.
'''Manu''' : Olive, Olive, le micro, il est ouvert.
'''Gérard''' : De toute manière, c'est la dernière, hein. Je vous le dis tout de suite.
'''Phildar''' : C'est le dernier débat ?
'''Préboir''', ''murmurant'' : on se fait chier là.
'''Gérard''' : Non, c'est la... Comment ? Attendez, qui c'est qui vient dire que ça fait chier ? Vous commencez à me casser les couilles, là, hein.
'''Phildar''' : Pas d'insultes. Pas d'insultes, Gégé.
'''Tulipe''' : Gégé ? Moi, c'est Tulip. J'ai deux billets pour le concert de Sardou, je t'invite.
'''Gérard''' : Non, j'ai déjà refusé une fois, donc je ne reprends pas une deuxième fois. ''la voix se trouble par un effet sonore''. Merci Olivier... euh Manu.
'''Olivier''', ''tout au fond de la pièce, indigné'' : De suite c'est moi ! Tu vois ? Alors que c'est même pas moi.
'''Manu''' : Oliv, tu fais que des conneries au standard.
'''Susson''' : Est-ce que tu peux t'inviter au concert de Ricky Martin ?
'''Gérard''' : On verra.
'''Ultraman''' : Gérard, par contre, moi, j'ai deux billets pour Sardou, et je veux bien te le donner à toi et à Sandy.
'''Gérard''' : Bon ben tu les envoies à la radio, Ultraman.
'''Tulipe''' : Non, mais Gégé, pourquoi tu ne veux pas venir avec moi ?
'''Susson''' : Parce que t'es pas belle.
'''Laura''' : Non, mais ça y est, maintenant, il est pris.
'''Phildar''' : Attends, Tulip, je la zappe, je l'ai reconnue, c'est Françoise. Je la zappe.
'''Gérard''' : Allez, c'est bon. Dépensez-vous beaucoup d'argent pour un CD ou pour une pipe ? Alors là, je n'ai pas du tout le rapport...
'''Susson''' : Gérard, un peu obsédé hein...
'''Ultraman ''' : Ça dépend de la qualité de la pipe, parce que dans le tabac, t'as pas de bonne pipe.
'''Susson''' : Moi, je dépense pas d'argent pour la pipe, étant donné que je suis Sucette, donc Suceuse, mais par contre, je dépense beaucoup d'argent pour les CDs.
'''Gérard''' : C'est-à-dire que... Quelle style de musique ?
'''Susson''' : Moi, j'écoute...
'''Préboir''' : Ultraman, t'es là ?
'''Ultraman''' : Oui, je suis là.
'''Préboir''' : Ultraman, je t'emmerde.
'''Ultraman''' : Moi aussi, je t'emmerde.
'''Gérard''' : Eh, Trébois !
'''Laura''' : Qui c'est qui a dit je t'aime, là ?
'''Préboir''' : C'est Ultraman.
'''Gérard''' : Trébois ! Tu te tais, s'il te plaît.
'''Susson''' : Gérard, je t'aime.
'''Gérard''' : Bon, eh, tu me dégages. Eh, tu me prends les deux mecs, là. Ultraman, hop.
'''Susson''' : Laura, je t'aime.
'''Laura''' : Moi aussi.
'''Susson''' : Katia, je t'aime.
'''Ultraman''' : On va se faire une touse ?
''approbation générale des filles''.
'''Laura''' : Gérard, on t'invite.
''Les auditeurs parlent entre eux, Gérard ne reprend pas le dessus et le son est perturbé par les effets. Il hurle''.
'''Gérard''' : Oh, oh, oh, oh ! ''Un son lance la voix de Gérard criant : « Oh six minutes ». Bon, j'arrête, j'arrête. Putain ! Tu commences à me faire chier Olivier hein ! Olivier, vous me faites chier, là ! Y'en a qui veulent balancer leur truc en direct, faites gaffe, un peu !
'''Susson''' : Tony, est-ce qu'elle est belle, Sandy ?
'''Préboir''' : Sandy, je l'ai jamais vue. J'ai seulement fait l'amour avec elle dans le noir.
'''Gérard''' : Bon, allez, hop, terminé, moi, je pose pas la dernière... Tu me vires les deux mecs, là. Par ta faute, conard. ''la lumière séteint, les propos insinuant que Sandy est l'ex de Tony et autres bêtises continuent.''
'''Phildar''' : La lumière, Manu !
'''Susson''' : Il va péter un plomb là, bon moi gérard, je réponds à ta question. Allô, Gérard ? Oui, donc, je te disais que pour les pipes, je dépense pas d'argent, étant donné que je m'appelle Sucette. Mais pour les CD, je gaspille énormément d'argent.
'''Ultraman''' : Moi, je peux poser une question à Sucette ?
'''Susson''' : Oui.
'''Ultraman''' : Est-ce que tu es péripététicienne dans la vie ?
'''Susson''' : Euh, oui, exactement. Directement.
'''Gérard''' : Donc, euh, Katia ?
'''Katia''' : Oui, oui, oui, je me réveille. Bah, disons que moi, euh, moi, c'est... C'est pareil, moi, je... Je dépense aussi beaucoup d'argent sur les CD, mais pas des jetables.
'''Susson''' : Les Sucettes ?
'''Katia''' : Les Sucettes, euh, de temps en temps. Surtout au chocolat, hein.
'''Gérard''' : Ah, d'accord. Tréboir, tu réponds ?
'''Ultraman''' : Ouais. Donc, moi, je pense que... Je préfère d'abord les pipes.
'''Susson''' : À la vanille ?
'''Ultraman''' : Euh, non, je préfère les pipes aux cigarettes, déjà, pour commencer. Et bon, ça dépend le bureau de tabac où tu les achètes, quoi. Puis ça dépend si c'est artisanal ou industriel. Enfin, ça dépend de pas mal de facteurs. Moi, en général, je préfère la pipe.
'''Gérard''', ''effet sonore déformant la voix'' : : Et les CD... Oh, Manu, s'il te plaît.
'''Manu''' : Attends, je... Je sais pas, moi.
'''Laura''' : la voix est plus sensuelle comme ça.
'''Préboir''' : C'est Ultraman, je peux répondre ? Il se trouve que je suis un con quoi. J'aimerais être lourdé.
'''Ultraman''' : Ouais. Non, non, et euh... C'est Prébois là.
'''Gérard''', ''même effet vocal dérofmant légèrement la voix par une surcouche'' : Ouais, bah, je t'écoute. Bon, Manu, s'il te plaît, là, c'est quoi ?
'''Manu''' : Attends, je suis en train de chercher, là. C'est la première fois que je suis là, Gérard.
'''Ultraman''' : Je suis un pauvre type, quoi.
'''Susson''' : Eh, tu pues du gland ?
'''Ultraman''' : Ah, exactement.
''[Max ouvre la porte et reste juste devant].''
'''Max''', ''[la voix également déformée par l'effet car elle passe par le micro de Gérard, en fond]'' : Le standard, c'est zéro à la pro.
'''Gérard''' : Oh, là, là, c'est quoi, ce cirque, là ?
'''Phildar''' : Eh, putain, Merde, Manu !
'''Olivier''' : C'est vraiment dur des fois, tu vois, Gérard ?
'''Gérard''' : Prébois !
'''Ultraman''' : bon on va dire que je suis Ultraman et que toi, t'es Préboir ok ? On va échanger. Laura, je t'aime.
'''Gérard''' : Tu me les prends tous les deux, là ?
'''Phildar''' : Ouais, je les prends et après ?
'''Gérard''' : Ouais, tu leur fais comprendre que lorsque je pose une question, ils n'ont pas besoin de se parler entre eux. Laura !
'''Katia''' : Sucette, tu trouves que c'est intéressant, son débat, là ?
'''Susson''' : Euh, bof, bof, hein. Limite du jetable, hein ?
'''Katia''' : Encore, je ne sais même pas si ça existe, les jetables.
'''Susson''' : Ah, si, ça existe, hein.
'''Préboir''' : Moi, je trouve que si Françoise, elle faisait les débats le jeudi soir, ça serait bien mieux.
'''Gérard''' : Conard !
'''Laura''' : Ce serait super sympa.
'''Susson''' : Ah, ouais, en plus, elle est moins concinée, elle parle de cul et tout.
'''Laura''' : En plus, elle ne s'énerve pas, quoi. Ouais, ça, c'est bien.
'''Katia''' : Il paraît qu'elle est cool, la Françoise.
'''Gérard''' : Laura, Susson, Tulip et Katia, vous retournez au standard, merci. Non, non, vous retournez au standard, ça vous apprendra.
'''Laura''' : Explique-nous d'abord pourquoi.
'''Gérard''' : Parce que vous n'avez pas à dire des conneries.
'''Ultraman''' : Attends, attends, si tu vires les gens pour le plaisir de les virer et de montrer à Sandy que tu gères vachement les débats alors que c'est pas vrai, c'est pas la peine.
'''Katia ''' : ah je suis tout à fait d'accord.
'''Gérard''' : Non, eh, je vous signale que les questions, c'est moi qui les ai faites, alors là, vous allez fermer vos gueules. Donc, maintenant, vous répondez à la question, elle est posée, je la repose pas une deuxième fois.
D'accord. Donc, Laura...
'''Laura''' : Moi aussi, je t'aime.
'''Gérard''', ''excédé'' : Bon, allez, vous répondez à la question ou quoi, là ?
'''Susson''' : Pose ta question, aussi.
'''Gérard''' : Eh, mais merde, les oreilles, c'est comme le cul, ça se lave, hein, vous me faites chier, là.
'''Susson''' : Ben va te laver toi-même.
'''Gérard''' : Qui c'est qui dit ça, qui est pas contente ? Alors, pour la dernière fois, dépensez-vous beaucoup d'argent pour un CD ou pour une pipe ?
''Protestation générlae selon laquelle les auditeurs ont déjà répondu''. Vous avez répondu, alors conclusion !
'''Ultraman''' : Gérard, c'est le traman, j'ai pas répondu.
'''Ultraman''' : Alors, réponds. Merci pour le son comme ça.
'''Ultraman''' : Donc, moi, je préfère dépenser plus d'argent pour un CD qu'une pipe.
'''Gérard''' : Et pourquoi ?
'''Ultraman''' : Parce qu'en général, si tu demandes une pipe, c'est que tu trouves pas de meuf et tout ça, et je trouve ça décadent, donc je préfère tout foutre mon fric dans un CD.
'''Susson''' : Mais ça a rien à voir avec la pipe qui se suce, c'est une pipe que t'achètes au tabac.
'''Ultraman''' : Moi, j'ai des instructions du standard.
'''Olivier''' : Par contre, tu peux faire une pipe pour avoir un CD.
'''Gérard''' : Hé, Manu, s'il te plaît, t'es aussi con que...
'''Manu''' : attends, excuse moi, je sais pas d'où ça vient !
'''Ultraman''' : Laura, donne-moi ton numéro de téléphone, ste plaît.
'''Gérard''' : Alors, Ultraman et Laura au standard. Laura, Ultraman au standard, je veux plus vous entendre.
'''Laura''' : Mais c'est l'amour, Gérard, c'est l'amour, tu comprends pas ?
'''Ultraman''' : Écoute, Gérard, je suis amoureux de Laura, Laura est amoureuse de moi.
'''Gérard''' : Eh ben, vous vous démerdez au standard.
'''Susson''' : Bon, Gérard, est-ce que tu préfères faire des pipes ou acheter des CD ?
'''Gérard''' : Moi, je préfère acheter des CD que de faire une pipe, en tout cas.
'''Katia''' : Pourquoi ? On peut savoir pourquoi ?
'''Gérard''' : Parce que c'est mieux d'acheter un CD que de se faire faire une pipe.
'''Gérard''' : Ah, donc, ça veut dire qu'on t'a dit acheter des pipes, alors ?
'''Ultraman''' : Gérard, c'est en totale contradiction avec ce que tu disais tout à l'heure. Parce que tu disais que tu préfères acheter des CD, mais t'as jamais acheté de CD.
'''Gérard''' : Eh ben, maintenant, si, j'en achète.
'''Préboir''' : Moi, il me semble bien que tu fais des pipes au mec du Virgin Megastore pour avoir des CDs.
'''Phildar''' : Qu'est-ce qu'il a dit, lui, là ?
'''Gérard''' : Allez, hop, conclusion.
'''Susson''' : Mais non, Gérard, je viens d'arriver.
'''Gérard''' : Non, ben, ça y est, c'est terminé, le débat ma petite.
'''Phildar''' : C'était la dernière question, ça, Gérard ?
'''Manu''' : Ah, faut que t'en refasses huit, là.
'''Gérard''' : Non, non, non, non, non, non, non, je continue pas. C'est le deuxième débat.
'''Olivier''' : Ah, ouais, on va reprendre au début. On va reprendre au début.
'''Manu''' : Première question, Gérard.
'''Gérard''' : Non, non, non, non, non, non. C'est terminé.
'''Phildar''' : Et pour les gens qui arrivent en dernier, qui n'ont pas répondu aux premières...
'''Gérard''', ''dans un brouhaha informe des auditeurs et du studio'' : Je ne veux pas le savoir, c'est moi qui décide, j'arrête. Le débat est terminé. Manu, t'arrêtes, s'il te plaît, ce son.
'''Manu''' : Attends, je peux pas.
'''Susson''' : Gérard, on vient d'arriver, j'aimerais bien répondre aux premières questions.
'''Gérard''' : Ah non, mais je veux pas le savoir.
'''Phildar''' : Pourquoi tu dis qu'il est con, Gérard, Olivier ? Putain, il dit n'importe quoi sur toi, il dit que t'es con.
'''Gérard''' : Bon, alors, conclusion.
'''Ultraman''' : Gérard, j'ai une question. J'ai une question que j'adresse à tout le monde dans le débat. Alors, est-ce que vous pensez que le métissage de la musique, c'est l'avenir sonore du futur ?
'''Gérard''' : Je vois pas le rapport avec le débat sur la techno.
'''Ultraman''' : Gérard, laisse-les aller au bout s'il te plaît.
'''Gérard''' : Attends Ultraman, si t'es pas content, je t'emmerde.
'''Ultraman''' : Attends, Gérard, je vais répéter ma question dans un français un peu moins démagogue. Est-ce que le mélange des musiques, c'est l'avenir de la musique ?
'''Gérard''' : Bon, allez, moi, j'arrête là, conclusion, parce qu'au standard, vous me faites chier.
'''Phildar''' : Ah, il est con, Olivier, mais je te l'avais dit, hein, il faut le gérer, il faut le gérer.
'''Gérard''' : Conclusion.
'''Phildar''' : Non, par contre, Gérard, Gérard, ce qu'ils pourraient faire, les auditeurs, s'ils ont des questions à te poser, tu pourrais leur répondre au niveau de la musique. Par exemple, genre, si tu vas sortir un CD, je sais pas, vu que maintenant t'es une star qui passe sur Envoyé spécial, on va peut-être sortir un CD ou des trucs comme ça, non ? Tu composes, tu composes un peu ou pas ?
'''Gérard''' : Alors, Ultraman et tout ça, là, si vous avez des questions... Vous avez 12 minutes ! Non, non, mais chacun votre tour, hein.
'''Susson''' : Est-ce que t'as déjà composé une musique ?
'''Gérard''' : Pas encore.
'''Susson''' : Et t'aimerais bien ?
'''Gérard''' : Ben, ça va dépendre.
'''Susson''' : Est-ce que tu te sens star ?
'''Gérard''' : Ben, pour l'instant, je peux pas te répondre franchement là-dessus.
'''Susson''' : Ben si, t'as des CD et tout, moi, à ta place, je serais une star, hein.
'''Gérard''' : Bon, ben, on verra par la suite. Katia, t'as une question ?
'''Katia''' : Euh, oui, j'aimerais bien t'entendre chanter, par exemple.
'''Préboir''' : Accapella, accapella, ouais.
'''Susson''' : Ouais, une chanson, Gérard.
'''Gérard''' : Non, je vous ai dit, vous me posez une question, je fais la conclusion.
'''Phildar''' : Hé, Gérard, c'est ce que tu devrais faire ? C'est mettre tes poèmes en chanson.
'''Katia''' : Avant de faire la conclusion, je voudrais que tu chantes une chanson pour voir comment que tu chantes.
'''Manu''' : Ouais, ouais, allez, Gérard !
'''Ultraman''' : Gérard, tu veux chanter L'homme qui tombe à pic ?
'''Gérard''', ''fermé'' : Non.
'''Préboir''' : Phil Barney, l'enfant de toi.
'''Gérard''' : Non, plus ! Vous me posez une question, sinon j'arrête.
'''Laura''' : C'est Laura. Quelle est ta chanson préférée ?
'''Gérard''' : Phil Barney, on vient de te le dire.
'''Préboir''' : Alors, vas-y, chante.
'''Gérard''' : Non, je chanterai pas.
'''Susson''' : Moi, je connais pas, Gérard.
'''Laura''' : Pour Sandy, tu la chantes.
'''Gérard''' : Non.
'''Susson''' : Pour ton amour de beauté, de gloire et d'amour.
'''Laura''' : C'est un beau cadeau que tu lui ferais, là, tu sais.
'''Préboir''' : Ouais, et à nous aussi.
'''Susson''' : Ouais, parce que moi, je la connais pas. C'est quoi, comme musique ?
'''Gérard''' : On essaie de la trouver, si on l'a.
'''Préboir''' : Juste le refrain, Gérard.
'''Phildar''' : Si il y a un débat sur la musique, tu chantes pas, je vois pas l'intérêt.
'''Gérard''' : Ils ont qu'à la trouver, je sais qu'on l'a.
'''Phildar''' : Mais Manu c'est un cave...
'''Gérard''' : Ultraman, t'as une question à poser ? Ultraman !
''Les auditrices parlent entre elles, se demandant si Gérard chante bien ce qu'elles ont eu à Noël, le chahut s'installe''.
'''Katia''' : Je trouve qu'il chante comme une casserole trouée.
'''Gérard''' : Alors, attends, qui c'est qui vient de dire ça ?
'''Laura''' : Je suis sûre que Françoise, elle était là, elle nous chanterait une chanson.
'''Gérard''' : Qui c'est qui vient de dire que je chante comme une casserole trouée ?
'''Phildar''' : C'est Barbara. C'est Barbara, c'est Barbara, Barbara, je vais la jarter, je la jarte, c'est bon.
'''Gérard''' : Mais j'ai pas de Barbara.
'''Phildar''' : Mais oui, mais justement, elle était arrivée entre temps, et je t'avais pas dit qu'elle était là. Je suis désolé.
'''Susson''' : Non, mais de toute façon, Gérard, si tu veux pas changer de musique, il y aura plus de nanas, il y aura que des mecs.
'''Ultraman''' : Donc, moi, j'avais pas de questions spéciales. Et Aïe... ''coupure''.
'''Gérard''' : Bon, allez, Ultraman, tu dégages.
'''Phildar''' : Mais où ?
'''Gérard''' : J'en sais rien, quand on leur parle, il y a personne derrière les combinés.
'''Phildar''' : Ultraman, t'es là ?
'''Ultraman''' : Mais je suis là !
'''Gérard''' : Voilà, Ultraman, t'étais où, là, encore ?
'''Ultraman''' : J'étais là, Gérard, hein.
'''Gérard''' : T'étais où, Ultraman ?
'''Ultraman''' : J'ai dû avoir un problème au standard.
''Le studio interpelle Manu''.
'''Manu''' : Quoi ? Je cherche la musique.
'''gérard''' : Ouais, mais c'est pas la peine de t'amuser avec le bouton.
'''Ultraman ''' : Je vais prendre un café.
'''Gérard''' : Ouais ben tu vas prendre un café, c'est pas la peine de revenir en tous les cas.
'''Susson''' : Katia, est-ce que t'es amoureuse de Gérard ?
'''Katia''' : Ah non, pas du tout.
'''Ultraman''' : Laura, est-ce que t'es amoureuse de moi ?
'''Laura''' : Oui.
'''Gérard''' : Alors, tu me sors Ultraman et Laura.
'''Laura''' : Non, Gérard. Gérard, écoute-moi, Gérard. Tu as la chance d'être avec Sandy, moi, j'ai la chance d'être avec Ultraman.
'''Gérard''' : Eh ben, vous réglez vos trucs hors antenne, mais pas sur l'antenne, d'accord ? Alors, vous retournez tous les bouts, ce temps-là.
'''Préboir''' : Moi je vais avoir la chance d'éjaculer sur le combiné là, tout à l'heure.
'''Gérard''' : Prébois, t'as une question à poser ? Prébois !
'''Préboir''' : Oui, oui, bah, oui.
'''Gérard''' : T'as une question à me poser ?
'''Préboir''' : Non, pas du tout. Attention, c'est pour bientôt, là. Voilà.
'''Gérard''' : Prébois, Gérard.
'''Phildar''' : Il se branle, il se branle, Gérard.
'''Gérard''' : Dehors, s'il a pas de questions à poser, moi, j'en ai marre.
'''Ultraman''' : Gérard, c'est Ultraman, j'ai une question à poser, quand même. Alors, avec tous les débats que tu fais, le jeudi soir, est-ce que c'est difficile de reconnaître tous les habituels ?
'''Gérard''' : Oui. Comme toi, par exemple.
'''Préboir''' : C'est dur, hein. Ah mon Gégé, c'est dur.
'''Gérard''' : Comme je sais qu'on vous a demandé d'appeler exprès pour ça, donc le deuxième débat, ça sera pas les habituels, ça sera des nouveaux.
'''Susson''' : Est-ce que je pourrais te poser une question indiscrète ?
'''Gérard''' : Bah, dis.
'''Susson''' : Est-ce que t'as déjà fait l'amour avec Sandy ?
'''Gérard''' : Bien sûr.
'''Susson''' : Et est-ce que c'était bon ?
'''Gérard''' : Non, bah, ça, euh...
'''Ultraman''' : Eh, Gérard, si Sandy est avec toi dans les locaux, elle pourrait peut-être nous dire un mot, non ?
''Tout le monde dit bonsoir à Sandy, elle fait des gestes de recul vigoureux, paniqués''.
'''Gérard''' : Non, elle veut pas vous parler.
'''Susson''' : Allez, Sandy, sois pas timide.
'''Phildar''' : Laissez-la tranquille, occupez-vous de Gérard, déjà. Il y a assez de boulot.
'''Susson''' : Gérard, est-ce qu'elle a des gros seins ?
'''Gérard''' : Non.
'''Susson''' : Est-ce qu'elle a une foufoune rasée ?
'''Gérard''' : Non.
'''Ultraman''' : Est-ce qu'elle est mignonne ?
'''Gérard''' : Oui.
'''Ultraman''' : Elle est blonde, brune, rousse ?
'''Gérard''' : Brune.
'''Susson''' : Est-ce qu'elle a des poils sous les bras ?
'''Gérard''' : Non.
'''Susson''' : Est-ce qu'elle a des poils sur les jambes ?
'''Gérard''' : Non.
'''Laura''' : De quelle couleur sont ses yeux ?
'''Gérard''' : Vert.
'''Ultraman''' : Est-ce que c'est la sœur de Nono d'MTI ?
'''Gérard''' : Non.
'''Susson''' : Elle a quel âge ?
'''Gérard''' : 35 ans.
'''Susson''' : Elle fait quoi dans la vie ?
'''Gérard''' : Elle a défoncé les portes ouvertes.
'''Ultraman''' : Elle a gonflé les roues de train.
'''Préboir''' : Elle est mlein d'air, c'est pour ça qu'elle sort avec Gégé.
'''Gérard''' : Attends, qui c'est qui vient de dire ça ?
'''Ultraman''' : C'est pas moi qui ai dit ça, c'est Prébois.
'''Gérard''' : Non, mais vous vous foutez de ma gueule ou quoi ?
'''Préboir''' : Oui, c'est ça qui m'a mort, justement.
'''Susson''' : Gérard, qu'est-ce qu'elle fait dans sa vie ?
'''Gérard''' : Elle fait des...
Elle continue ses études pour être secouriste.
'''Laura''' : Non, mais il n'y a pas d'âge pour faire des études, hein.
'''Katia''' : Elle n'a pas 35 ans, il paraît qu'elle a 25.
'''Ultraman''' : Gérard, elle passe en BAPS, alors.
'''Gérard''' : Oui.
'''Susson''' : Non, mais Gérard, j'aimerais bien quand même entendre sa voix pour voir le mental.
''Gérard regarde Sandy, il la pousse à parler, elle recule, paniquée, déterminée''.
'''Manu''' : Gérard, elle ne veut pas, elle ne veut pas, c'est bon.
'''Phildar''' : Bon, pour faire la conclusion, parce qu'on va arrêter ces délires.
''Manu lance la musique d'une chanson paillarde, puis celle de Partenaire particulier''.
'''Gérard''' : Je ne sais pas, je ne la connais pas. C'est pas ça.
'''Phildar''' : Je volais simplement dire qu'on accueille Thierry.
'''Gérard''' : C'est terminé, hein, c'est plus la peine d'en donner, des mecs, hein. C'est terminé, à mon avis.
'''Phildar''' : Non, mais si pour participer à la conclusion.
''La musique s'arrête''.
'''Gérard''' : Non, mais là, on va faire la conclusion, et puis, on va se mettre un disque, et puis, je vais...
'''Ultraman''' : Gérard, j'ai une dernière question. Alors, qu'est-ce que tu penses de Françoise, en fait ?
'''Gérard''' : Bon, là, je vais te dire une chose, je te répondrai que lorsqu'on fera les coups de gueule, et c'est tout. Voilà.
'''Susson''' : Bon Gérard, j'ai une question, c'est Sucette. Euh, comment tu l'as rencontrée, Sandy ?
'''Gérard''' : Par courrier, je l'ai déjà dit plusieurs fois. Donc, maintenant, conclusion sur le... sur la musique.
'''Susson''' : Non, t'es pas agréable, Gérard.
'''Laura''' : Non, t'es pas très agréable.
'''Susson''' : Maintenant que t'as une copine, ça y est, tu nous jettes comme ça, comme des torchons.
'''Gérard''' : Conclusion ! Laura.
'''Laura''' : Oui, Laura. Euh, moi, conclusion. Donc, euh, la musique, euh, ce que je préfère, c'est la techno. Et sur ton débat, bah, écoute, euh, il est un peu... disons comme d'habitude, quoi, ça change pas, euh...
'''Ultraman''' : Mais t'as rencontré un mec.
'''Laura''' : Et en plus, j'ai rencontré un mec.
'''Gérard''' : Ok, ok, ok. Ultraman.
'''Ultraman''' : Alors, euh, tes débats, euh, les débats sur la musique, bon, alors, moi, je suis pas très, trop amateur de techno, je suis plutôt rock. Et bon, euh, je dis pas non plus que les autres, c'est nul, chacun a le droit d'écouter ce qu'il veut. Et, euh, autrement, dans l'ensemble, les débats se sont assez bien passés, il y a pas trop de personnes qui ont été virées, et puis, bon, euh, ça m'a permis de rencontrer quelqu'un.
'''Gérard''' : Ouais, bah, je vais te dire une chose. ''Phildar répète, micro éteint, avec une demi-seconde de décalage, les syllabes de Gérard''.
'''Ultraman''' : Olivier, arrête.
'''Gérard''' : Prébois.
'''Préboir''' : Ouais, tes, tes débats, super, passe-moi Sandy, là.
'''Gérard''' : Non, non, non, non, non, non, non.
'''Laura''' : Eh, Gérard, Gérard, c'est Laura. Est-ce que t'aurais l'intention de faire un débat, enfin, un duo avec, euh, avec Sandy, euh, au débat ?
'''Gérard''' : Ça vous regarde pas, ça vous regarde pas. ''Son de larsen''. Donc Susson pour la conclusion.
'''Susson''' : Bah, écoute, euh, moi, je trouve que depuis que tu sors avec Sandy, euh, tu lâches toutes les meufs. Par contre, j'aime bien la techno, mais j'aime toutes sortes de musiques, euh, mais plus techno. Et puis, je trouve que tu te la joues ce soir, parce qu'elle est dans les studios, voilà, point à la ligne.
'''Gérard''' : Tulipe. ''Silence, seul Ultraman dit Oui''. Oh, Phildar s'il te plaît !
'''Phildar''' : Quoi, je suis au phone avec une meuf.
'''Gérard''' : Et Tulipe, elle est plus là ?
'''Susson''' : Allez, coquelicot !
'''Gérard''' : Non, non, mais, c'est la conclusion.
'''Phildar''' : Mais non, à la place de Tulipe, c'est Thierry, voilà, c'est ce que je voulais dire.
'''Thierry''' : Salut à tous. Et Tulipe, elle est partie, ça y est ? Oh, c'est dommage.
'''Gérard''' : Bon la conclusion, là.
'''Thierry''' : Moi, ma conclusion ? Eh, je viens d'arriver, donc je vais dire par rapport à ce que j'ai entendu. Euh, ça tombe bien, parce que je travaille dans un magasin de CD. Et, euh, donc, Gérard, je te le dis tout de suite...
'''Gérard''' : Attends, attends, 5 minutes, Thierry. 5 minutes, s'il te plaît.
'''Thierry''' : Attends, ça fait une heure que j'attends.
'''Gérard''' : Attends, ça fait une heure, tu vas encore attendre 5 minutes, s'il te plaît. ''S'adressant à Phildar, discrètement'' : Au fur et à mesure, tu les... Bah, tous ceux qui ont répondu, tu te débrouilles avec Laura. Tu te débrouilles avec Laura et Ultraman, ils veulent s'échanger le numéro, tu te démerdes avec eux. Bon Thierry, conclusion. Sur ce que t'as écouté, à peu près.
'''Thierry''' : Donc, alors, moi, je te dis, je vends des CD sur Paris. Je peux te dire qu'il n'y a pas de CD jetable. Ça n'existe pas.
'''Phildar puis Susson''' : Mais si.
'''Thierry''' : Alors, vous n'allez pas commencer à m'énerver, les petits jeunes, là.
'''Gérard''' : Hé, Thierry, tu te calmes, s'il te plaît.
'''Thierry''' : Moi, j'ai 28 ans et... Hé, Gérard, tu ne veux pas me dégager, ceux qui insultent, là ?
'''Gérard''' : Allez, hop, là, tu me vires tous ceux qui ont répondu, maintenant.
'''Thierry''' : Merci, Gérard. Moi, je te disais, justement, qu'il n'y a pas de CD jetable, et je peux te dire que c'est quelque chose qui marche très bien. On achète beaucoup de CD en France. Et plus particulièrement, plus particulièrement, les CD des chansons françaises des années 80.
'''Gérard''' : Oui, mais, Thierry, donc, si tu veux, en deux mots, là, sur... En deux mots, si tu veux, pour ce que tu dis...
'''Katia''' : je suis pas d'accord moi.
'''Gérard''' : Non, mais attends, cinq minutes, Katia.
'''Katia''' : D'accord. Mais moi, je ne suis pas d'accord du tout.
'''Gérard''' : Non, mais tu permets, j'ai le droit de répondre. Bon, donc, moi, je ne sais pas, j'ai entendu dire que, bon, il y avait des CD jetables, je n'en ai jamais trouvé, moi, non plus. Mais je peux te dire une chose, qu'il n'y a pas que la musique française, non plus, en CD. Il y a le rap, il y a la techno, il y a la...
'''Katia''' : Mais, attends une minute, Gérard !
'''Gérard''' : Mais, attends une minute, Katia, s'il te plaît !
'''Katia''' : Mais, non ! C'est nul là.
'''Gérard''' : J'ai le droit de répondre ?
'''Katia''' : Oui, mais, dépêche-toi, à ce moment-là.
'''Gérard''' : Oui, mais, Katia, tu dégages, si ça ne te plaît pas.
'''Katia''' : Mais, je ne peux pas. ''des larsen ponctuent cet échange''.
'''Gérard''' : Bon, alors, tu dégages, moi, je te dis.
'''Katia''' : Non, je ne peux pas.
'''Gérard''' : Moi je te dis que si, tu me vires Katia.
'''Phildar''' : mais je peux pas, elle passe sur tout le monde.
'''Susson''' : Mais laisse-la !
'''Gérard''' : Non, non, mais, attends, tu permets ?
'''Susson''' : Mais, attends, la pauvre, elle vient d'arriver et tout.
'''Gérard''' : Oh, le larsenne ! ''le larsen persiste''.
'''Thierry''' : Ah, ce n'est pas moi, Gérard.
'''Gérard''' : Donc, moi, je réponds à la question à Thierry, si elle n'est pas contente, Katia, c'est le même prix.
'''Thierry''' : Vas-y, l'écoute pas, réponds-moi.
'''Gérard''' : Donc, moi, je te dis, je n'ai pas encore eu l'occasion de trouver des CD jetables, d'accord ? Mais, moi, tu me dis qu'il n'y a que des CD de chansons françaises.
'''Thierry''' : Je ne te dis pas que, je te dis que ce sont ceux qui marchent le plus.
'''Gérard''' : Oui, mais même la techno, même la House (''toujours prononcéhaousse''), même le rap, aussi.
'''Susson''' : même la haousse oui.
'''Gérard''' : Bah, ça, je viens de le dire. Bon, toi, donc, Thierry, ok. Attends, de toute manière, tu restes, toi, comme tu viens d'arriver pour le deuxième débat, d'accord ?
''Les auditrices se plaingnent qu'elles aussi, elles viennent d'arriver, sur fond de larsen''.
'''Gérard''' : C'est moi qui décide, les gens qui resteront pour le deuxième débat. ''Supplications de Susson''. Suson, tu as déjà répondu, donc, tu vas au standard, s'il te plaît, merci.
'''Susson''' : Je ne peux pas participer au deuxième débat, s'il te plaît.
'''Gérard''' : Oh, le larsen !
'''Susson''' : Gérard, s'il te plaît, s'il te plaît.
'''Gérard''' : On verra, Katia.
'''Katia''' : Gérard, aest-ce que je peux participer au deuxième débat, s'il te plaît ?
'''Gérard''' : Bon, Katia, elle est où, celle-là ?
'''Phildar''' : Elle est là !
'''Katia''' : Je suis là, je suis là.
'''Gérard''' : Bon, tu fais la conclusion ?
'''Katia''' : Eh bien, ça y est, je l'ai déjà dit, j'ai dit que je trouvais ça bidon.
'''Gérard''' : D'accord. Barbara !
'''Phildar''' : Elle est partie, Barbara !
'''Gérard''' : Bon, bah, alors, voilà. Donc, moi, je vais faire la conclusion, quand même, sur le...
'''Thierry''' : Merci, Gérard, je t'écoute, moi.
'''Gérard''' : Merci pour le larsen, quand même. Donc, conclusion. Je pense que, pour une fois... ''larsen'' Eh, mais ça commence à bien... Eh, ça commence à bien faire, là, du larsen.
'''Manu''' : Pardon, pardon, pardon, pardon, je n'arrive pas à gérer, je suis désolé. Pas la peine de m'engueuler, quoi.
''Max rentre dans le studio''.
'''Max''' : Il fait le standard, après.
'''Gérard''' : Eh, mais c'est quoi, là, encore, ce larsen ? Donc, conclusion. Pour une fois...
Pour une fois, le premier débat s'est bien passé. J'espère que le deuxième va se passer pareil.
'''Laura''', ''sur fond de larsen'' : Et si on garde les mêmes personnes, ça se passera aussi bien.
'''Gérard''' : Eh, bah, ça, c'est moi qui commande.
''Flottement pendant lequel les auditeurs se parlent, le larsen continue et Gérard regarde de tous les côtés pour trouver le souci. Brusquement, il voit un casque posé sur un micro''.
'''Gérard''' : Eh, oh, la réa, quand il y a du larsen, tu peux travailler un petit peu ?
'''Olivier''' : T'es vraiment nul à la pro, hein.
'''Gérard''' : Non, mais, Olivier ! Tu retires déjà le casque de là-haut.
'''Manu''' : Oh, là là Olive ! J'avais pas vu hein.
''Les auditeurs continuent à échanger entre eux''.
'''Gérard''' : Tu me retires tout le monde. C'est quoi comme disque ?
'''Manu''' : Non, mais, Gérard, je crois que... Avant de mettre un disque, comme c'était un débat sur la musique, tu vas chanter ?
'''Gérard''' : Non.
'''Manu''' : Ah, si, Gérard ! Gérard, tu vas chanter, on va tous chanter. On va tous chanter, là !
''Manu lance les Champs Elysées de Joe Dassin''.
'''Olivier''' : Tu la connais bien, en plus, celle-là.
'''Gérard''' : Je veux pas chanter.
''Dès la fin de la première strophe, Gérard chante en duo avec Joe Dassin. Tout le studio chante jusqu'au refrein, y compris Olivier qui braille plus qu'il ne chante. Pendant l'intermède musical, les auditrices se joignent au chant, Susson montrant une julie voix. Le studio et Gérard fredonnent plus qu'ils ne chantent à partir du dernier couplet. Dès la première eépétition du refrein, tout le monde applaudit Gérard''.
'''Gérard''' : Voilà terminé.
''Gérard se lève et quitte le studio, calmement. L'équipe est hilare, la chanson se termine''.
'''Olivier ''' : Au revoir Gérard, on retrouve Barthe et la nuit sans pub...
''Gérard revient quand la musique s'arrête''.
'''Gérard''' : Vous venez d'écouter Joe Dassin, et j'ai chanté pour faire plaisir à tous ceux qui étaient là. ''Il faut dire que Sandy l'avait encouragé des yeux à le faire''. On va se quitter pour quelques minutes et n'oubliez pas, vous pouvez toujours nous appeler pour la suite des débats qui continuent encore. Le prochain débat, c'est sur l'astrologie, donc vous pouvez nous appeler au 0803 08 5000 et 0800 70 5000 et toujours le 3615 Code Fun Radio Rubrique direct ! ''triomphant'' : enfin j'y suis arrivé ! Et on s'écoute
J'aime le pâté en croûte surtout avec ma grosse... ben c'est bien, et le pâté de foi, j'aime aussi, avec ma cochonne. On se retrouve tout à l'heure pour l'astrologie, le prochain débat. À tout de suite.
== Le débat sur les signes astrologiques ==
=== Contexte ===
Second débat de la soirée. Comme le veut la routine qui s'est installée progressivement, c'est le moment où Max prend part plus directement au spectacle. L'équipe poursuit de nombreux tests de sketchs, qui seront précieux pour la suite des événements : les sondages, les micros allumés, etc.
=== Les personnages ===
* Feuille de Rose : Capucine, Sylvie
* Franck (qui joue Cyril ensuite, puis Guillaume puis Patrick)
* Françoise de la Cour-Neuve : Odile
* Igor: Thierry, Reego
* Franck Bargine : Lutèce, Nostra Anus, Saint-Glinglin, Max
* Tony Morestin : Jean, Pierrot, Jeannot, Jaco
* Carole : Susson, Anissa, Joconde
* Rita : Cécile
* Samy
=== Transcription ===
'''Gérard''' : Suite des débats du jeudi soir, le Minitel s'il vous plaît, réveillez-vous parce que un connecté à 2h30 du matin ça commence à me gonfler là. Alors si vous voulez réagir n'hésitez pas, sinon ça ne va pas aller du tout, ça ne me fait pas plaisir deux connectés à 2h30 du matin. C'est clair, c'est clair et net. Donc deuxième débat, vous pouvez toujours nous appeler au 0803 08 5000.
'''Phildar''' : Il se casse Olive.
'''Gérard''' : Tu dégages.
'''Manu''' : Oh bah non, reste avec moi au standard.
'''Gérard''' : Non, non, non, non, non, j'en veux pas.
'''Manu''' : Mais si, mais si, il va se calmer.
'''Olivier''' : Je vais faire le débat avec toi.
'''Gérard''' : Non, non, tu dégages. Tu dégages, je ne veux pas de toi. Donc vous pouvez toujours nous appeler au 0803 08 5000 et 0800 70 5000 et toujours 3615 Code FunRadio, rubrique direct mais sur Minitel, je veux au moins plus de 15 connectés avant 3h30. Sinon j'arrête. Alors on accueille Capucine.
'''Capucine''' : bonsoir Gérard.
'''Gérard''' :Franck.
'''Franck''' : Bonsoir Gérard. Bonsoir tout le monde.
'''Gérard''' : Jean, bonsoir.
'''Jean''' : Bonsoir.
'''Gérard''' : Odile.
'''Odile''' : Bonsoir.
'''Gérard''', ''la voix déformée'' : Suzon.
'''Suzon''' : Bonsoir.
'''Franck''' : Gérard, t'es dans les chiottes là ou quoi ?
'''Gérard''', ''la voix toujours déformée'' : Qui c'est qui parle ?
'''Suzon''' : Bah je sais pas, t'as une drôle de voix Gérard.
'''Gérard''' : Ça commence là. Attends, ça commence là, Phildar.
'''Phildar''' : C'était là, c'était Olivier avant de partir, il avait bisouillé l'effet.
'''Gérard''' : Rebonsoir Thierry.
'''Thierry''' : Et rebonsoir à tous.
'''Gérard''' : Et voilà, donc on attaque sur l'astrologie.
'''Franck''' : Gérard, C'est Franck. Alors voilà, t'as dit qu'il fallait qu'on te donne son signe, alors je te donne mon signe.
'''Gérard''' : Non mais attendez, c'est la dernière question, donc on va...
'''Jean''' : Mais comme ça on abrège, vite fait là.
'''Gérard''' : Non, attends, qui c'est qui dit ça ?
'''Thierry''' : T'occupes pas, t'occupes pas de ça Gérard, on va jamais avancer sinon.
'''Gérard''' : Non mais attends, je fais ce que je veux, d'accord ?
'''Capucine''' : Alors première question s'il te plaît.
'''Thierry''' : Je voulais dire à Capucine qu'elle avait une belle voix.
'''Gérard''' : Non mais alors, oh ! Alors avez-vous déjà consulté... ''larsen'' Oh ! Phildar, quand je pose la question, j'aime pas avoir du larsen.
'''Manu''' : Attends, Gérard, Gérard, avant ta première question, on accueille Lutèce en plus.
'''Les auditeurs''' : Bonsoir Lutèce.
'''Lutèce''' : Bonsoir.
'''Gérard''' : Lutèce, bonsoir.
'''Lutèce''' : Bonsoir à tous, bonsoir à toutes.
'''Gérard''' : donc avez-vous déjà consulté un voyant ou autre ? Franck.
'''Franck''' : Donc, non, je n'ai jamais consulté un voyant et je n'en consulterai jamais un, puisque, avec tout ce qu'on voit dans les pubs, les magazines, tout ça, je considère que c'est des charlatans, des brigands, des gangsters, des voleurs, donc je ne m'abaisserai pas à ça, tu vois.
'''Gérard''' : D'accord. Donc, si tu prends un magazine ou autre, tu ne lis jamais ton signe astrologique, alors ?
'''Franck''' : Si, ça m'arrive, par curiosité. Mais tu vois, par exemple, si tous les voyants voyaient pareil, dans tous les magazines, tu aurais le même horoscope. Alors que tu prends, par exemple, X magazine et Y magazine, dans la même semaine, tu as deux horoscopes différents. Donc il faut voir quoi.
'''Thierry''' : Moi je suis d'accord avec lui.
'''Sucette''' : Je peux répondre, c'est Sucette ?
'''Gérard''' : Attends, attends, Sucette. Jean.
'''Jean''' : Jean, donc, j'aimerais témoigner, moi, sur ma propre expérience.
'''Franck''' : Ah, c'est Tony.
'''Phildar''' : Je te l'avais dit que c'était Tony.
'''Jean''' : Mais non, rien à voir, rien à voir.
'''Gérard''' : Non, non, mais Tony, tu gardes... ''réverbération sur la voic, Gérard s'interrompt et cherche à frapper Phildar''.
'''Jean''' : Ils veulent tous ma mort, pourquoi vous m'aimez pas ?
'''Lutèce''' : Mais on t'adore, Tony.
'''Gérard''' : Non, mais Tony, tu... Voilà, maintenant, comme ça, on t'a reconnu, donc, maintenant, tu vas garder ton vrai nom, maintenant. ''réverbération sur la voix''. Merci Phildar...
'''Franck''' : Alors, réponds, enculé.
'''Gérard''' : Eh, oh ! Qui c'est qui vient de dire ça, là ?
'''Jean''' : J'ame pas trop qu'on me traite d'enculé.
'''Franck''' : Gérard, pourquoi quand on dit enculé tu te sens de suite concerné ?
'''Gérard''' : Tu me rechopes tout, sauf Thierry, parce qu'apparemment, ça ne vient pas de là. Tu me chopes tous les autres, là. Lutèce, Tony et Franck, là, tu me les fais calmer, je vais... ils reviendront pas. ''protestations diverses''. Donc, Odile...
'''Thierry''' : Gérard, c'est Thierry. Tu peux me laisser répondre ?
'''Gérard''' : Non, attends, attendez, attendez, je vais reprendre. Donc, Capucine t'a répondu. Donc, Odile, maintenant.
'''Odile''' : Euh... Moi, j'y crois pas, moi.
'''Gérard''' : Non, mais est-ce que t'as consulté un voyant sur les signes astrologiques ?
'''Odile''' : Oui, bien sûr, bien sûr.
'''Capucine''' : T'as déjà consulté, on t'a jamais dit la vérité.
'''Odile''' : Non, jamais.
'''Capucine''' : T'as consulté sur quoi ? Sur Minitel ou...
'''Odile''' : Non, non, sur...
'''Lutèce''' : Ah, c'est Françoise ! Salut Françoise !
'''Odile''' : Voir une dame...
'''Lutèce''' : C'est Françoise.
'''Capucine''' : Mais non ! Mais non, mais non.
'''Gérard''' : Bon, allez, moi... ''Musique de fond méditative''.
'''Phildar''' : Manu !
'''Gérard''' : Manu, s'il te plaît.
'''Phildar''' : Il y a de la musique.
'''Manu''' : Ben oui, je sais bien. Ben, attends, je cherche.
'''Thierry''' : Bon, Gérard, c'est Thierry, là. Depuis tout à l'heure, j'attends, je peux pas répondre.
'''Gérard''' : Alors, vas-y, Thierry. J'en ai marre.
'''Jean''' : On t'écoute.
'''Thierry''' : Ah, je te remercie. Ben, en fait...
'''Gérard''' : Alors, attends, Thierry, avant de répondre, je voudrais qu'on arrête la musique. Je voudrais qu'on arrête la musique.
'''Manu''' : Ça arrivait pas quand j'étais à la réa, hein.
'''Thierry''' : Je vais vous dire, en fait, moi, je préfère pas aller voir un voyant ou une voyante, je préfère les marabouts.
'''Gérard''' : Pourquoi ?
'''Thierry''' : Parce qu'ils sont beaucoup plus proches de la vérité.
'''Franck''' : Pourquoi ?
'''Thierry''' : Ben, parce que moi, j'ai eu tout simplement l'expérience avec une voyante, je vais pas dire son nom, parce que...
'''Franck''' : Tu couches avec ?
'''Thierry''' : Alors ça ça vous regarde pas.
'''Thierry''' : Merci, Gérard.
'''Gérard''' : Vas-y, Thierry, continue.
'''Thierry''' : OK, donc moi, j'ai eu une expérience avec une voyante qui s'est mal passée, elle m'a dit n'importe quoi... Non, mais je peux pas vous raconter, c'est ma vie privée.
'''Lutèce''' : Elle t'a dit que tu sera=is beau et intelligent et t'es con et pas bea, c'est ça ?
'''Gérard''' : Qui c'est qui parle comme ça ?
'''Franck''' : Lutèce.
'''Gérard''' : Non, ben Lutèce, tu te calmes, s'il te plaît.
'''Lutèce''' : Ah, c'est pas moi, là, hein ?
'''Franck''' : non c'était Tony, il veut se la jouer Max, le star System, mais il y arrivera pas.
'''Manu''' : Gérard, on vient de me donner un... On vient de me donner un sondage au Standard. Il y a 39% des Français qui croient en l'astrologie et 98% qui n'y croient pas. Qu'est-ce que t'en penses ?
'''Gérard''' : Moi, personnellement, j'y crois pas trop.
'''Lutèce''' : Non, mais Lutèce n'a pas répondu.
'''Gérard''' : Attends, Lutèce, tu permets que je réponde ? Moi, personnellement,
je suis dans les... ceux qui croient pas du tout à...
'''Manu''' : Donc t'es dans les 98% ?
'''Thierry''' : j'ai pas fini !
'''Gérard''' : Thierry, s'il te plaît, tu te calmes. Suçon tu te calmes pour l'instant, s'il te plaît merci. Donc moi, je suis dans les 40%.
'''Manu''' : Non, il y a 39% qui croient et il y en a 98 qui ne croient pas.
'''Gérard''' : Moi, je suis dans les 98 parce que j'y crois pas du tout. Donc Thierry, si tu veux finir.
'''Thierry''' : Ah voilà, donc je voulais dire que moi, j'ai eu une très bonne expérience avec un marabout.
'''Franck''' : Est-ce que c'était un marabout ?
'''Phildar''' : de ficelle ?
'''Thierry''' : Alors, tu peux me gérer celui qui a dit ça, là ?
'''Gérard''' : Non, mais c'est Phildar. Non, non, mais on peut quand même rigoler un peu, quand même.
'''Thierry''' : Gérard, je te suis. Tu as raison. Donc, je voulais juste dire que j'ai eu une très bonne expérience avec un marabout dans la mesure où ma petite amie, si ce n'est ma femme, s'est en allée avec un autre homme et grâce à mon marabout, on a pu lui jeter une malédiction qui a fait qu'il ne pouvait plus bander.
'''Franck''' : Ah, enculé, c'est toi !
'''Thierry''' : Du coup, elle est revenue vers toi.
'''Franck''' : C'est toi, parce que je ne peux plus bander, maintenant.
'''Gérard''' : Lutèce ?
'''Lutèce''' : Oui ? Je préfère aller voir les non-voyants. Moi, je préfère voir les aveugles.
'''Gérard''' : Non, mais attends, je vois... Eh, tu réponds correctement à la question, sinon tu dégages.
'''Sucette''' : Ben, il y a des non-voyants qui sont voyants, hein ?
'''Lutèce''' : Ben, évidemment. C'est-à-dire que je préfère aller voir un voyant qui est non-voyant. Au moins, ça prouve bien qu'il voit ce qu'il voit par rapport à un voyant qui ne voit pas.
'''Manu''' : Ce n'est pas con, ce qu'il a dit.
'''Gérard''' : Non, mais attends, mais même... Je ne vois pas le rapport avec la question.
'''Thierry''' : Et s'il est myope, seulement.
'''Lutèce''' : Ah, non, non, non. Pas de myope. Moi, je veux... Non-voyant, seulement.
'''Thierry''' : Et s'il a un berger allemand, le non-voyant ?
'''Lutèce''' : Oui, là ça peut aller.
'''Sucette''' : Gérard, tu peux gérer ceux qui me dérangent, là ?
'''Gérard''' : Oh, oh, oh ! 5 minutes, 5 minutes. Vous laissez parler, Suzon, maintenant.
'''Franck''' : Je voulais poser une question à Lutèce, avant.
'''Gérard''' : Ouais, ben, attends, t'attends ton... ''réverbération''. Phildar, s'il te plaît.
'''Phildar''' : Je suis en train de lire le message de Minitel.
'''Gérard''' : Non, non, mais t'arrêtes avec ça, là.
'''Franck''' : Est-ce qu'il allait voir un aveugle au lieu d'un non-voyant ?
'''Lutèce''' : Non, non plus. Je préfère voir un non-voyant qu'un aveugle.
'''Sucette''' : Alors, Suzon, moi, j'y crois à donf, parce que j'ai connu un voyant qui s'appelait Gérard Couillos, et donc, il m'a dit des choses vraies, quoi.
'''Gérard''' : C'est-à-dire ?
'''Sucette''' : C'est intime, c'est sexuel.
'''Lutèce''' : Comme quoi ?
'''Gérard''', ''dos au micro'' : Eh, oh ! Manu, s'il te plaît, tu commences pas ton bordel, t'éteins ton micro, il y a deux...
'''Manu''' : Pourquoi j'ai rien dit, j'ai rien fait.
'''Gérard''' : Non, attends, t'as le micro, t'es au téléphone. Eh, oh !
'''Manu''' : Pourquoi, tu m'as entendu ?
'''Gérard''' : Bah ouais, eh, oh ! Eh, puis, si y en a qui font le bordel, là, faut peut-être t'occuper aussi du standard.
'''Manu''' : Bah, t'as qu'à me dire.
'''Phildar''' : Excuse-moi, Gérard, j'ai un message Minitel, pardon : « Gérard, on n'a pas besoin de lui jeter un sort pour l'empêcher de bander, il suffit de regarder Sandy à poil. »
'''Gérard''' : Non, bah, ça, je t'ai dit de pas...
'''Phildar''' : Il m'a dit, si tu le lis pas, je vais te choper à la sortie de fun.
'''Sucette''' : Eh, Gérard, si t'aimerais Sandy, tu zapperais.
'''Lutèce''' : Si t'aimerais Sandy ou si t'aimerais incendie.
'''Gérard''' : C'est qui qui vient de dire ça ?
'''Jean''', ''ironique'' : Un petit peu d'humour quand même, hein, Gérard ?
'''Gérard''' : Qui c'est qui vient de dire ça ?
'''Phildar''' : C'est Tony.
'''Franck''' : c'est Lutèce.
'''Gérard''' : Alors, Lutèce, tu dégages.
''Lutèce proteste mais tous les auditeurs et Phildar lui disent bonne nuit, se mélangeant d'ailleurs à des voix qui disent bonne nuit à Tony''.
'''Sucette ''' : Gérard, ta deuxième question, s'il te plaît.
'''Gérard''' : Bah, tout le monde n'a pas répondu. Euh, Odile ?
'''Odile''' : Ça y est, j'ai répondu, j'ai dit que j'étais contre.
'''Gérard''' : Eh, Françoise, ça vaudra peut-être mieux de passer sur ton vrai nom, maintenant.
'''Phildar, Franck et Capucine''' : Mais c'est pas Françoise, ça va pas.
'''Gérard''' : Si, si, si, si, si, si, si, si. Tout le monde l'a reconnue.
'''Franck''' : C'est comme si je disais que Lutèce, c'était Max.
'''Gérard''' : Non, non, c'est pas ça. ''réverbération''. Oh, s'il te plaît, là.
'''Phildar''' : Pardon.
'''Gérard''' : Mais tu commences à être chiant, Phildar.
'''Franck''' : Comme si je disais que Ultraman et Franck c'était la même chose.
'''Jean''' : Comme si je disais que Gérard, c'était un con, quoi.
'''Gérard''' : Bon, bah alors, tu dégages. Allez, hop, ça va aller vite ce soir.
'''Manu''' : Gérard, Gérard, excuse-moi. On accueille un... un astrologue réputé.
'''Gérard''' : Non, non, non, je veux pas des astrologues.
'''Manu''' : Mais si, c'est important pour le débat.
'''Phildar''' : Attends, dans un débat sur l'astrologie. C'est important.
'''Manu''' : Il s'appelle Nostra Anus.
'''Gérard''' : On t'écoute. Eh, merde ! ''Gérard jette des objets violemment sur Phildar, à l'hilarité générale''. Oh, t'éteins ta merde, là, ou quoi !
'''Capucine''' : Bonsoir, Nostra Anus. Est-ce que tu peux prédire l'avenir pour Gérard ?
'''Gérard''' : Tu commences à me faire chier, là, hein ? Toi, tu vas dégager aussi, tout à l'heure, de la réa. Ça va aller vite, hein.
'''Capucine''' : Gérard. Gérard.
'''Franck''' : Attends, je vais remplacer Gérard, vas-y.
'''Gérard''' : Attends, tu sais qu'il veut me remplacer, là ?
'''Capucine''' : Est-ce que Nostra Anus
peut prédire, donc, son avenir ?
'''Gérard''' : Ben, j'attends. J'attends qu'il réponde.
'''Thierry''' : Mon marabout m'a dit qu'on ne pouvait prédire l'avenir de quelqu'un d'autre.
'''Nostre Anus''' : Moi, je peux le faire, oui. Gérard est d'accord ?
'''Phildar''' : Laissez-moi parler à l'astrologue.
'''Nostra Anus''' : Non mais c'est dommage, j'arrive, je dis pas bonsoir.
'''Capucine''' : Oh, pardon, pardon. Bonsoir, Nostra Anus.
Bonsoir, Nostra Anus.
'''Nostra Anus''' : Je vais demander à Gérard s'il est possible de me donner trois chiffres.
Alors, le 56, le 23 et le 13.
'''Franck''' : Alors le 56, le 23 et le 13.
'''Gérard''' : Tu me dégages, Franck.
'''Franck''' : C'est pas moi !
'''Gérard''' : Je veux pas le savoir, tu dégages, Franck.
'''Manu''' : Ça y est, il est parti, Gérard.
'''Nostra Anus''' : Vous pouvez en répéter les chiffres, Gérard ?
'''Capucine''' : 4, 2, 1.
'''Nostra Anus''' : Gérard, allez-y, donnez-moi trois chiffres.
'''Gérard''' : Le 6. Le 9 et l'as.
'''Nostra Anus''' : Le 1. Très bien. Je vais vous demander, est-ce que vous voulez me poser une question ? Il faut que quand vous posez la question, vous réfléchissez bien fort.
'''Gérard''' : Je voudrais savoir l'avenir avec la personne avec qui je suis à l'heure actuelle.
''un fond de musique médidative commence''.
'''Nostra Anus''' : D'accord. Votre amie, je crois, qui est à côté de vous. Sandy.
'''Thierry''' : Elle est à côté de toi, Sandy, Gérard ?
'''Gérard''' : C'est qui qui parle comme ça ?
'''Sucette''' : C'est la vache qui rit.
'''Nosta Anus''' : Je vais tâcher d'y répondre. Alors, bon, le 6, c'est un très bon signe, d'abord. Je ne sais pas pourquoi vous avez choisi ces chiffres-là. Au hasard, ou ce sont des chiffres qui évoquent quelque chose pour vous ?
'''Gérard''' : Non, c'est des chiffres comme ça, au hasard.
'''Nostra Anus''' : D'accord. Alors, déjà, le 1 est un très bon signe parce que c'est le chiffre du gagnant, parce que le 1, généralement, c'est gagnant. Là, c'est l'une des meilleures, à part le joker, qui est la meilleure. Donc, déjà, on peut dire que dans la vie, vous êtes bien partant. Par contre, vous me dites, si je me trompe, parce que je ne vous connais pas bien, vous avez choisi le 9. Est-ce que ça a un rapport avec le fait que vous ayez une tête d'œuf ?
'''Gérard''' : Non.
'''Phildar''' : Un petit peu, quand même.
'''Nostra Anus''' : Et donc le 6, en fin de compte, c'est que, bon, là, par contre, au niveau de l'amour, disons qu'il y a une disparité par rapport à l'abstinence qui vous est due. Je crois savoir
que vous avez eu plusieurs amies avant.
'''Gérard''' : C'est bizarre.
'''Nostra Anus''' : Je crois que c'est votre première amie.
'''Gérard''' : C'est la troisième, oui.
'''Nostra Anus''' : C'est la troisième. Donc, en fin de compte, le 6, c'est normalement le chiffre de la femme qui fera la fin de votre vie. Ce qui veut dire qu'en fin de compte, si c'est votre troisième femme avec qui vous êtes aujourd'hui, il vous en faut encore trois. Donc, ce n'est malheureusement pas... Enfin, ce ne sont que des chiffres. Vous allez m'en donner trois autres, s'il vous plaît.
'''Gérard''' : Le 4, le 2 et le 7.
'''Nostra Anus''' : Et le 7. OK. Bon, là, le 4 veut dire que vous avez des petits problèmes sexuels.
'''Phildar''' : On le savait.
'''Nostra Anus''' : Ce qui veut dire que, bon, le 4, c'est le chiffre de la sodomie. Donc, je ne sais pas si vous êtes pour ou contre la sodomie.
'''Gérard''' : Je suis contre. Tout à fait contre.
'''Nostra Anus''' : D'accord. Donc, il va falloir vous y mettre parce que le 2, c'est le nombre de relations sexuelles que votre femme a besoin chaque soir, mais en se faisant enc...
'''Gérard''' : Ah. OK. Et le 7, pour terminer.
'''Nostra Anus''' : Le 7, c'est le...
''Gérard cherche l'origine du bruit de musique mis en fond''.
'''Phildar''' : La radio.
'''Gérard''' : Non, non, c'est toi, là, s'il te plaît.
'''Phildar''' : Ah, pardon.
'''Nostra Anus''' : Le 7, c'est tout simplement le degré de connerie. Alors, on sait que c'est sur une échelle de 1 à 8. Donc, vous êtes très con.
'''Gérard''' : D'accord. OK, je vous remercie. Ah, c'est pas mal. Si c'est pour continuer
le débat comme ça...
'''Manu''' : Il est fort, quand même. Il est fort.
'''Gérard''' : Enfin, bref.
'''Nostra Anus''' : Alors, redonnez-moi trois autres chiffres.
'''Gérard''' : Non, non, non, c'est terminé. Maintenant, on passe au débat. Donc, on récupère Capucine.
'''Capucine''' : Oui, Gérard.
'''Nostra Anus''' : Capucine, c'est à vous. Donnez-moi trois chiffres, allez-y.
'''Gérard''' : Non, non, non, non, non, non, non, non. On est au débat. Bon, allez, tu me le vires.
'''Capucine''' : Non, mais... Attends, mais c'est super important. On a la chance d'avoir Nostra Anus.
'''Gérard''' : Non, non, non, non, non, non.
'''Nostra Anus''' : Si vous me donnez trois chiffres, je peux te donner ton avenir.
'''Capucine''' : Oui, c'est vrai.
'''Phildar''' : Bon, Manu, tu fais quoi, là ?
'''Manu''' : Je gère, je gère.
'''Nostra Anus''' : Le 08-36-47-22-22-22. C'est 25 francs la minute.
'''Phildar''' : Manu, il donne son numéro.
'''Manu''' : Ça y est, c'est bon. Attends, il n'a pas donné les huit derniers chiffres. Il a donné que les premiers.
'''Gérard''' : Non, non, il a tout donné. Il a tout donné.
'''Manu''' : Mais non, parce qu'il appelait de Guadeloupe. Il y a 37 chiffres quand on appelle de Guadeloupe.
'''Gérard''' : Bon, alors, qui c'est qu'on a d'autres ?
'''Phildar''' : Dans ton micro, Gérard, s'il te plaît, merci.
'''Gérard''' : Qui c'est qu'on a aussi ?
'''Manu''' : Alors, donc, on a Capucine. On a Cyril. On a Derschlich. On a Odile. On a Susson. Et on a Thierry.
'''Capucine''' : Et Franck est parti.
'''Cyril''' : Oui. C'est dommage, hein.
'''Gérard''' : Ah ben, c'est comme ça, c'est tout.
'''Jean''' : C'est la vie, c'est la vie.
'''Cyril''' : Gérard, je voulais simplement dire un truc. J'ai écouté, là, quand j'arrivais dans ton débat au Standard, et j'ai bien observé mon pote, et je peux te dire que c'est pas Franck qui l'avait dit le truc.
'''Gérard''' : C'était qui ?
'''Cyril''' : C'était Lutèce.
'''Gérard''' : De toute manière, c'est pas grave, Lutèce aussi est parti.
'''Cyril''' : Ah oui, mais bon, Franck avait des réflexions assez intéressantes, c'était pour ça.
''Bruit de bébé qui babille''.
'''Phildar''' : Oh, il y a un bébé, là !
'''Thierry''' : Gérard, c'est Thierry. Tu peux poser ta question suivante ?
'''Gérard''' : Oui, c'est ce qu'on va faire. Croyez-vous à l'astrologie ? Si oui, pourquoi ? Alors, Capucine.
'''Capucine''' : Oui, je crois à l'astrologie.
'''Gérard''' : Alors, pourquoi ?
'''Capucine''' : Parce qu'il suffit de savoir bien lire l'astrologie, de ne pas tomber sur les charlatans, et moi, je sais que, spécialement, je consulte assez souvent, et j'en suis assez satisfaite.
'''Gérard''' : D'accord. Cyril ?
'''Manu''' : Attends, excuse-moi, Cyril, avant que tu répondes, on accueille Saint-Glinglin
'''Cyril''' : Salut, Saint-Glin-Glin.
''Bruit de fantôme''.
'''Cyril''' : Le fantôme, le fantôme est de retour.
'''Susson''' : Arrêtez, j'ai peur.
'''Saint-Glinglin''' : Bonsoir, Gérard.
'''Cyril''' : Capucine, t'as peur ?
'''Capucine''' : Oui, j'ai peur.
'''Gérard''' : Bon, je sens que tout à l'heure...
'''Susson''' : Gérard, je vais répondre à ta question.
'''Thierry''' : Gérard, tu peux gérer, s'il te plaît ?
'''Cyril''' : Capucine, je t'aime.
'''Capucine''' : Moi aussi, je t'aime.
'''Susson''' : Oh, vous êtes chiants.
'''Gérard''' : Bon, allez, ça commence à bien faire. Cyril Berniche et Saint-Glin-Glin, ça commence à bien faire.
'''Manu''' : Derschlich.
'''Gérard''' : Oui, ça commence à bien faire.
'''Saint-Glinglin''' : Écoutez, je viens juste d'arriver. Saint-Glin-Glin vient d'arriver.
'''Gérard''' : Oui, alors ça commence à bien faire. Vous allez vous calmer.
''Fanfare de cirque''.
'''Manu''' : Mais pour qui tu te prends, Phildar ?
'''Saint-Glinglin''' : Je boufferais bien la chatte de Sandy moi.
''Cris outrés dans le studio et en ligne''.
'''Gérard''' : Tous les mecs de voir, sauf Thierry. Alors Odile.
'''Capucine''' : Odile.
'''Odile''', ''de mauvaise humeur'' : Oui, oui, je suis là.
'''Capucine''' : vas-y tu peux répondre.
'''Odile''' : non, ça m'énerve.
'''Gérard''' : J'ai prévenu tout le monde.
'''Manu''' : Ça y est, mais ça y est, ça y est.
'''Capucine''' : Mais non, Odile, réponds, vas-y.
'''Gérard''' : Odile !
'''Capucine''' : Ben, réponds.
'''Phildar''' : Ben, Gérard, tu gères un peu le débat, là.
'''Gérard''' : Odile, tu te réveilles !
'''Odile''', ''explose'' : Bon ça va maintenant, ta gueule un peu !
'''Gérard''' : Bon, allez, c'est Françoise, tu la dégages !
'''Odile''', ''en ébullition'' : Ecrase-la, pépère !
'''Gérard''' : Bon, ben, tu dégages, tu dégages. Tu dégages, Françoise, merci. Voilà, comme ça, ça va être vite fait, là. Bon, là, euh...
'''Thierry''' : Gérard, c'est Thierry, là.
'''Gérard''' : Thierry, vas-y.
'''Thierry''' : Oui, donc, par rapport à si on peut avoir confiance en un voyant ou une voyante, c'est ça ta question ?
'''Gérard''' : Non, c'est croyez-moi l'astrologie. Si oui, pourquoi ?
'''Thierry''' : Ah !
'''Thierry''' : Non, c'était ta première question, ça.
'''Gérard''' : Non, non, c'est la deuxième, là.
'''Thierry''' : Eh ben, je te réponds la même chose, je ne crois pas à l'astrologie du fait que... Voilà, j'ai été voir un astrologue et il n'a pas pu me conseiller et mon marabout m'a très bien satisfait.
'''Gérard''' : Ah, ok, d'accord. Donc, tu reviens à peu près sur... Tu reviens au même propos que la première question.
'''Thierry''' : Ben, ta première question... Ta première question était un peu la même, je suis désolé, Gérard. Ma réponse, en tout cas, s'en rapproche obligatoirement vu que c'est le même exemple.
'''Gérard''' : Ok. Suzon ?
'''Susson''' : Alors, moi, c'est pareil, c'est comme je te disais tout à l'heure, ta question, elle ressemble un peu à la première. Donc, moi, j'ai été voir un astrologue qui a...
''Musique en fond''.
'''Gérard''' : Attends cinq minutes, Suzon. Eh, Phildar ! Ça ne te dérange pas que les gens répondent et puis que tu mettes la musique en même temps ?
'''Manu''' : Les essais de son, c'est seulement chez Bart, hein.
'''Suzon''' : Oui, donc, je disais... Attends, je remets la cassette, là. Donc, je disais... Attends, un petit peu, là, je me rends en avant, c'est bon ?
'''Gérard''' : Non, non, mais c'est bon, tu réponds tout de suite ou sinon tu vas faire comme les autres.
'''Suzon''' : Je disais que j'ai été voir un astrologue qui s'appelait Gérard Couillos. Et donc, tout ce qu'il m'a dit, ben, c'était n'importe quoi parce que, finalement, ben, Gérard, t'as pas voulu de moi, quoi.
'''Capucine''' : Ah, là, là !
'''Susson''' : Et même si je suis plus belle que Sandy, t'as pas voulu de mes gros seins.
'''Capucine''' : Et il faut pas perdre espoir, ça va changer, hein. Ça peut changer, tu sais.
'''Susson''' : Ouais, mais de toute façon, je sais que quand il traçera Sandy, après, il sera à mes pieds, alors.
'''Gérard''' : Là, tu rêves, Suzon.
'''Capucine''' : Donc, attends le moment où ça se passera, quoi, c'est tout.
'''Susson''' : Je suis patiente.
'''Gérard''' : Ouais, ben, tu peux toujours attendre, maintenant, hein.
'''Susson''' : Tu verras, tu verras. (''elle chante le refrain de Claude Nougaro'').
'''Gérard''' : Bon, oh ! Bon, ouais, t'envoies un disque, là, parce que ça commence à bien. ''musique de fanfare''. Envoie la musique complète.
'''Phildar''' : J'envoie quoi ?
'''Gérard''' : J'en sais rien, moi, tu mets un disque.
'''Phildar''' : J'ai pas de titre, j'ai rien.
'''Gérard''' : Moi, non plus, j'ai pas de titre. Comment tu veux que je mette de la musique ?
'''Phildar''' : Pose une question, pose une question, ils vont réfléchir, je vais chercher un disque.
'''Les auditeurs''' : 1, 2, 3. ''ils chantent au clair de la lune sur la musique de fanfare''.
'''Gérard''' : Thierry, Suzon et Capucine, vous vous la fermez. Vous vous taisez.
'''Susson''' : Ok, Gérard, troisième question, s'il te plaît.
Ben, vous allez y réfléchir.
'''Gérard''' : Ben vous allez y réfléchir. Peut-on dire que le signe astrologique d'une personne détermine son caractère ? Et on se retrouve juste /caractère et on se retrouve tout de suite après. Donc, vous pouvez nous appeler au 0803 08 5000 et 0870 5000 et toujours le 3615 Code Fun Radio,rubrique direct. Et on s'écoute la petite fleur avec des stérilés.
''Une musique de fond démarre pendant que Gérard répète les informations d'appel. Une fois le titre terminé, subsiste une musqiue de fond de type méditatif.''
Donc, on récupère Capucine. Guillaume. Pierrot. Cécile. Suçon et Thierry. Donc, alors, peut-on dire que...
'''Phildar''' : Attends, Gérard, excuse-moi. Juste avant, j'ai un message Minitel de Yaourt qui nous dit : « J'ai fait signer une pétition pour que GG se lave ou au moins que Sandy le lave. C'est du sérieux. Ayrton Senna, Lady Diana, Garcimore et Herbert Lenard ont déjà signé. »
'''Thierry''' : Non, mais Phildar... c'est Thierry. Je voulais juste dire que de ma radio, ça pue toujours autant.
'''Manu''' : Gérard. Attends, excuse-moi.
Parce que j'ai noté un truc au standard pendant la pause. On nous a dit qu'Elisabeth Fessier avait révélé que pour l'année 98, un fléau s'abattrait sur la France tous les jeudis.
'''Gérard''' : Hé, Thierry. C'est toi qui viens de dire que ça pue toujours. Je te préviens, je t'ai gardé pour continuer le deuxième débat. Si ça va pas, tu vires. ''effet sonore sur le dernier mot''.
'''Thierry''' : Bah, t'étais le premier à me dire qu'on pouvait rire, quand même.
'''Gérard''', ''la voix déformée'' : Ouai non, mais il y a des limites. Il y a des limites. Hé, Phildar !
'''Phildar''' : Ah, pardon.
'''Gérard''' : Hé, ça commence à bien faire.
'''Susson''' : Gérard, c'est Sucette. Est-ce que je pourrai péter quand j'en aurais envie ?
'''Gérard''' : Non.
'''Pierrot''' : Bien sûr, bien sûr.
'''Susson''' : Mais c'est marrant, Antenne.
'''Cécile''' : Euh, ouais, s'il vous plaît, l'image des filles, là, hein...
'''Susson''' : Est-ce qu'on peut poser des questions à Sandy ?
'''Gérard''' : Non. Bah, attendez, pour l'instant, c'est le débat, c'est pas le...
'''Capucine''' : Bon, allez, vas-y, Gérard.
'''Gérard''' : De toute manière, Sandy, elle veut pas parler. Donc, vous la laissez.
'''Susson''' : Elle est coincée, ou quoi ?
'''Gérard''' : Bah, vous la laissez tranquille, pour l'instant, c'est tout.
'''Thierry''' : Oh, gros bisous, Sandy.
'''Gérard''' : Ouais, bah, vous lui foutez la paix.
'''Thierry''' : Gros bisous Dandy.
'''Susson''' : je t'aime Sandy.
'''Guillaume''' : Je te kisse, Sandy.
'''Gérard''' : Tiens, Pierrot et Guillaume, continuez pas, sinon vous allez virer.
'''Pierrot''' : Elle penche un peu vers la gauche, là.
'''Gérard''' : Bon, allez, hop. Allez, hop. Tu vires Guillaume et Pierrot, je veux pas le savoir.
'''Pierrot''' : Ah, j'ai rien dit, moi.
'''Manu''' : Bon, dénoncez-vous, dénoncez-vous.
'''Phildar''' : Bon, un peu de calme, s'il vous plaît.
'''Gérard''' : Je sens, je sens que ça va virer, tout le monde va virer, hein?
'''Thierry''' : Gérard, c'est Thierry, continue ton débat, Gérard.
'''Gérard''' : Alors, peut-on dire que les signes astrologiques d'une personne déterminent son caractère ? Capucine.
'''Capucine''' : Alors, moi, je dirais que ça peut, mais si on dit que chaque signe a un caractère spécifique, ça voudrait dire que tous les taureaux, toutes les balances, tous les capricorns, etc., auraient le même caractère, alors que personne n'a le même caractère.
''Max rentre dans le studio et s'installe devant le standard''.
'''Gérard''' : Attends, attends 5 minutes, Capucine. Oh, les nanas, vous vous réveillez un peu au standard, s'il vous plaît. ''la voix est déformée par un effet sonore''. Oh, Olivier ! Euh Phildar, tu commences pas ta merde, là, ou quoi ? Non, mais moi, je veux qu'il y ait des nanas qui appellent au standard, aussi.
'''Susson''' : Mais t'en as déjà une, nana !
'''Capucine''' : Ouais, t'en as déjà une, alors maintenant...
'''Gérard''' : Ouais, non, non, mais même...
'''Max''' : Je suis là maintenant, merde c'est Max !
'''Pierrot''' : Elles sont en train de te parler, les nanas.
'''Gérard''' : Ouais, il y a Max qui est au standard, alors les nanas, appelez, s'il vous plaît, merci ! En nombre !
'''Susson''' : Elle te suffit pas, Sandy ?
'''Gérard''' : Donc, Capucine ? Donc, pour finir...
'''Capucine''' : Donc, pour finir... Donc, je disais qu'il y a plusieurs choses qui rentrent en... Qui rentrent en... Je sais pas comment on dit...
'''Pierrot''' : Dans la chatte, dans la chatte.
'''Capucine''' : Non, il n'y a pas que le signe astrologique, il y a aussi l'ascendant, etc.
'''Susson''' : Je peux péter ?
'''Gérard''' : Guillaume ?
'''Guillaume''' : Donc, moi, je pense qu'un signe astrologique, ça peut influer sur le comportement d'une personne, mais de là à déterminer son caractère dès la naissance, c'est pas possible, quoi.
'''Gérard''' : Ouais, mais dans quel sens ?
'''Guillaume''' : Je veux dire, tu vois, comme...
''Susson lâche un soupir de bien-être après avoir fait ce qu'elle annonçait.''
'''Gérard''' : Bon, Suzon, tu dégages ! Tu dégages, Suzon !
'''Guillaume''' : Tu sais, par rapport à ce que disait Capucine tout à l'heure, par exemple, le taureau aura tel comportement, le lion aura tel comportement, je pense pas que le fait d'être né au mois d'avril ou au mois d'août puisse vraiment influer sur ton comportement. Mais, des fois, il y a des trucs qui se retrouvent, quoi.
'''Capucine''' : Guillaume, t'es de quel signe ?
'''Guillaume''' : je suis lyon ascendant sagitaire.
'''Gérard''' : Pierrot ?
'''Pierrot''' : Oui, Pierrot, donc... Oui, moi, je crois pas trop en...
'''Guillaume''' : Capucine, j'ai des choses, là.
'''Capucine''' : Hein ?
'''Gérard''' : Guillaume, s'il te plaît, tu te tais, merci !
''musique de fond de jeu''
'''Pierrot''' : ...de l'astrologie. Je pense pas qu'une position de la planète par rapport à une autre peut...
'''Gérard''' : Non, mais est-ce que t'as compris la question ?
'''Pierrot''' : Bien sûr, bien sûr.
'''Gérard''' : Bon, ben, là, tu réponds à côté.
'''Pierrot''' : Je réponds en plein dedans.
'''Gérard''' : Mais non !
'''Pierrot''' : Je dis que tu poses une question sur l'astrologie, sur les caractères.
'''Gérard''' : Oui, mais peut-on...
'''Pierrot''' : Moi, je suis en train de te répondre que les positions des planètes, à mon avis, ça...
'''Gérard''' : Non, mais c'est pas ça !
'''Pierrot''' : ... n'a rien à voir avec les caractères des gens.
'''Gérard''' : Oui, non, mais peut-on dire que le signe astrologique, pas la planète, ça n'a rien à voir.
'''Pierrot''' : Oui, mais justement, l'astrologie, si t'es pas trop... Voilà. Eh ben, tu saurais que c'est les positions des planètes.
'''Gérard''' : D'accord. Cécile ?
'''Cécile''' : Ouais, écoute, ben, moi, je vais te dire qu'il faut tenir compte, quand même, du signe du Zodiac, quoi. T'es né sous une planète, sous un signe, donc c'est normal que la planète t'influence, quoi.
'''Gérard''' : D'accord.
'''Cécile''' : Par exemple, moi, je vais te donner un exemple. Je peux te donner un exemple ?
'''Pierrot''' : Bien sûr !
'''Cécile''' : En fait, moi, je suis influencée par la position des planètes, quoi. Tu vois, quand Vénus et Saturne se rencontrent, il y a des choses qui se passent, quoi. C'est pour chacun de nous.
'''Gérard''' : D'accord.
'''Cécile''' : Quand les planètes se rencontrent, il y a des choses qui se passent.
'''Pierrot''' : Je sais que, quand il y a la pleine Lune, mes poils, ils poussent.
'''Gérard''' : Qui qui dit ça ?
'''Pierrot''' : C'est Pierrot.
'''Gérard''' : Ouais, mais attends, Pierrot, pour l'instant, tu laisses finir, Cécile. Eh Phildar, tu fais la réa comme il faut s'il te plaît !
'''Pierrot''' : Moi, je pense que c'est Pierrot. Moi, je pense que les planètes, elles ont quelque chose à voir, dans la planète.
'''Guillaume''' : La Lune a bien une influence sur le comportement humain.
'''Gérard''' : Bon, Thierry ? Donc, pour toi ?
'''Thierry''' : Ben, pour moi, en fait, tout dépend de l'origine de l'astrologie.
''sonnerie de portable d'époque qui retentit''.
'''Gérard''' : Attendez, attendez, Thierry, qui c'est qui a un portable avec lui, là ?
'''Capucine''' : Mais personne. Ah, il y a un portable qui sonne.
'''Manu''', ''cherchant sur lui'' : Attends, attends, je crois que... Attends, excuse-moi. C'était ma montre.<ref name="hist12"></ref>
'''Phildar''' : Putain, mais Manu ! Tu l'arrêtes, ta montre, avant de faire le débat.
'''Manu''' : Non, c'est parce que, d'habitude, je me réveille à 3 heures, et donc, là...
'''Pierrot''' : Il a une montre de 1000 watts.
'''Gérard''' : Euh... Suzon, elle n'est plus là. ''le bruit de sonnerie recommence''. Oh, Manu, merde !
'''Manu''', ''agitant son bras'' : Attends, attends, elle déconne, elle déconne.
'''Gérard''' : Oh, tu fais chier, là !
'''Gérard''' : Tu vas dégager du standard, tout à l'heure, toi. ''la lumière baisse et se tamise, gérard est déconcentré''.
'''Cécile''' : Qu'est-ce qui se passe dans les studios, Gérard ?
'''Manu''' : C'est plus intime pour toi et Sandy, Gérard. C'est mieux.
'''Gérard''' : N'importe quoi, toi. ''bruit de vaches dans leur étable''.
'''Guillaume''' : Ah, vous voyez, on a entendu Sandy !
'''Phildar''' : Vire-le, vire-le.
'''Pierrot''' : En train de jouir, en plus.
'''Thierry''' : Bon, Gérard, c'est Thierry, j'attends toujours. Alors, moi, je voulais dire que tout dépendait de l'astrologie en question. On peut souvent penser que le signe, voire l'animal qui nous représente, peut influencer le caractère. Je pense surtout aux taureaux qui sont dits très fonceurs. Tu vois de quoi je parle, Gérard ?
'''Gérard''' : Ouais, ouais.
'''Thierry''' : Je dirais que tout dépend de l'astrologie dans la mesure où, en astrologie chinoise, moi, par exemple, je suis tigre.
'''Guillaume''' : Moi, je suis coq.
'''Thierry''' : Et en astrologie yougoslave, je suis skrutmout, qui veut dire marmotte, en fait. Et on ne peut pas comparer le comportement d'un tigre et d'une marmotte.
'''Manu''', ''pendant que Gérard hurle sur Phildar et le menace de jeter un magazine dans sa tête, la voix déformée par un effet de son'' : Excuse-moi, Thierry. Moi, au standard, on vient de me dire qu'en fait, pour l'année 98, les vaches, scorpions et les caniches balances, ils seraient voués à la déprime. Est-ce que tu peux certifier ou...
'''Thierry''' : Alors, je ne peux pas certifier parce que je ne connais pas bien l'horoscope thaïlandais, cependant...
'''Guillaume''' : Je crois que ça concernait seulement les libellules rhinocéros.
'''Manu''' : Parce que moi, je crois qu'en Serbie du sud, c'était plutôt les...
'''Gérard''' : Non, mais Manu, tu te sens bien, là ?
'''Manu''' : Pourquoi ?
'''Gérard''' : Non, mais si tu veux, tiens. ''il lui jette sa feuille''. TU prends ma feuille et je rentre chez moi.
'''Manu''' : c'est vrai ? ''tout le monde encourage Manu, Gérard a la voix déformée par l'effet, il se met à bouder''. Non, mais c'est bon. Fais pas la gueule Gérard, reprends.
'''Gérard''', ''la voix de plus en plus déformée par l'effet'' : Non, mais c'est bon, moi. Dans ces cas-là... Fai le débat et je rentre chez moi.
'''Manu''', ''voix de tête imitant la voix déformée de Gérard'' : non mais vas-y c'est pas grave.
'''Thierry''' : T'as une drôle de voix, Gérard.
'''Gérard''' : Mais toi... Toi, tu fais gaffe parce que tu t'es déjà pris un bouquin dans la tranche.
'''Guillaume''' : Il s'est pris ma femme actuelle dans la tronche.
'''Gérard''' : Quatrième question. Les signes astrologiques vous rendent-ils amoureux ?
'''Manu''' : Attends, Gérard, avant la question, on va accueillir Anissa.
'''Gérard''' : À la place de ?
'''Manu''' : À la place de Susson que tu m'as demandée, très gentiment, de dégager.
'''Thierry'' : C'est Thierry, tu pourrais me dire bonsoir quand même, Anissa.
'''Anissa''' : Bonsoir, Thierry.
'''Cécile''' : C'est de quelle origine, Anissa ?
'''Anissa''' : Je suis d'origine turque.
'''Thierry''' : Tu peux nous parler de l'astrologie turque, alors ?
'''Gérard''' : Non, mais attends, Thierry.
'''Thierry''' : Excuse-moi, Gérard, excuse-moi.
''Anissa a une voix un peu grave et avec un accent comparable à celui russe''.
'''Anissa''' : Par exemple, Gérard, c'est le signe de la vache.
'''Gérard''' : Et toi, t'es le signe du cochon, d'accord ? ''ovation dans le studio''.
'''Manu''' : Il me semblait que c'était un bison cendré.
'''Gérard''' : Tu prendras a voix normale, sinon tu gerbes tout de suite.
'''Anissa''' : Écoutez, j'ai une voix comme ça, monsieur Gérard.
'''Gérard''' : Ouais, ouais. Une voix de travelo, ça vaudrait peut-être mieux.
'''Anissa''' : Je suis une femme. Je suis un transsexual.
'''Gérard''' : Ouais, bah, allez. Bon, alors, laissez-le.
'''Pierrot''' : C'est quel signe, ça, transsexual ?
'''Gérard''' : Non, mais c'est bon, Guillaume. Thierry, c'est moi qui pose les questions, donc maintenant, vous allez...
'''Thierry''' : Gérard, je te signale que je n'ai rien dit.
'''Guillaume''' : Gérard, je te dirais que je n'ai rien dit non plus.
'''Pierrot''' : Moi non plus.
'''Gérard''' : Alors, pour l'instant, vous me laissez poser la question.
'''Anissa''' : Donc, je disais que Sandy, c'est le signe de la vache...
'''Gérard''' : Ouais, eh bien, alors, Sandy, elle t'emmerde et tu dégages au standard. ''Acclamation générale en studio et en ligne''.
'''Cécile''' : Vas-y, Gégé pose ta question.
'''Pierrot''' : Moi, je suis cochon ascendant Sandy.
'''Gérard''' : Les signes astrologiques vous rendent-ils amoureux ? Capucine.
'''Capucine''' : Oui ! Ah bah oui, forcément !
33:34
'''Gérard''' : Dans quel sens ?
'''Capucine''' : Dans quel sens ? Bah écoute, être amoureux, c'est... Il n'y a rien de plus beau. Et justement, je suis en train de vivre en direct, tu vois, ce... Je ne sais pas, c'est...
Voilà, c'est comme ça.
'''Gérard''' : D'accord. Guillaume ?
'''Thierry''' : Bouge pas trop ton téléphone, ça va faire de la friture.
'''Guillaume''' : Oui ?
'''Gérard''', ''fusillant du regard, le cahier à la main'' : Eh, Phildar, tout à l'heure, tu vas te reprendre le bouquin dans la gueule.
'''Phildar''', ''ironique, les yeux rivés sur l'écran du Minitel'' : Je suis en train de lire des messages Minitel, c'est passionnant.
'''Gérard''' : Oui, oui. Tu lis peut-être tes messages Minitel, mais tu t'en... ''la voix se déforme par un effet sonore. Gérard empoigne le cahier, le brandit violemment''. Quoi ? J'ai rien fait, vas-y, continue le débat.
'''Gérard''' : Fais gaffe ! Je l'ai fait tout à l'heure, fais gaffe ! Sinon, la semaine prochaine, tu vas... ''effet sonore''. Tu vas gerber tout à l'heure, toi. Guillaume.
'''Guillaume''' : Oui, donc... Bon, pour être heureux en amour, je crois que des astrologues ont...s Établi des compatibilités entre les signes. Par exemple, tel taureau ira avec tel gémeau. Et je crois que ça peut influer quand même sur une relation amoureuse. Je pense que oui. Par exemple, Capucine, t'es de quel signe ?
'''Capucine''' : C'est taureau.
'''Guillaume''' : Parfait, c'est parfait avec moi.
'''Gérard''' : Non, mais attends, Guillaume, Guillaume. Pour l'instant, on s'en prouve de quel signe qu'elle est. D'accord ?
'''Capucine''' : C'est important pour notre avenir, Gérard.
'''Gérard''' : Oui, non, mais attends, Capucine, quand même. Il y a d'autres personnes qui veulent répondre. Donc, tu les laisses parler, s'il te plaît.
'''Capucine''' : Excuse-moi, excuse-moi.
'''Guillaume''' : Je n'ai pas fini, Gérard.
'''Gérard''' : Non, mais ça y est, pour l'instant, c'est bon. On ne va pas s'éterniser sur vos deux signes entre toi et Capucine, d'accord ? Parce qu'il y a encore Pierrot, il y a Cécile et Thierry.
'''Cécile''' : D'accord, je réponds. Comme je te dis, Gérard, c'est une question de planète, quoi. Donc, ça influe Saturne sur Vénus, etc., quoi. Mars sur Jupiter. Et donc, il y a de l'amour dans tout ça, quoi, tu vois ?
'''Gérard''' : D'accord.
'''Cécile''' : Donc, ça influe... Il y a des ondes. Il y a des ondes planétaires qui gèrent tout ça, quoi, voilà.
'''Manu''' : Gérard ? Gérard ? On accueille Joconde.
'''Joconde''' : Salut, Gérard.
'''Capucine''' : Salut, Joconde.
'''Max''' : Avignon. Avignon. D'Avignon, en fait.
'''Joconde''' : Gérard, moi, je viens d'arriver. C'est quoi, la question ?
'''Gérard''' : Les signes astrologiques vous rendent-ils amoureux ? Donc, Pierrot ?
'''Pierrots''' : Moi, je voudrais qu'on m'explique. Moi, je suis Sagittaire, donc... Avec les scorpions.
'''Gérard''' : Oh, là, Guillaume, tu vas te taire, s'il te plaît.
'''Guillaume''' : C'est pas moi, j'ai rien dit.
'''Gérard''' : Oh, non, mais c'est jamais toi, alors.
'''Pierrot''' : Il y a des filles scorpions dans la salle ?
'''Gérard''' : Non, il n'y a pas de scorpions ici. Donc, Pierrot, tu réponds, s'il te plaît. ''Se retourne vers Phildar''. Oh !
'''Phildar''' : Mais quoi ?
'''Gérard''' : Mais tu vas m'éteindre ta merde, là !
'''Cécile''' : Oh, là, là, j'ai entendu un cri !
'''Phildar''' : C'est un jingle ! C'est un jingle !
'''Manu''' : Gérard, Gérard... Gérard, excuse-moi, j'ai une question personnelle à te poser.
'''Gérard''' : Vas-y.
'''Manu''' : T'es pas scorpion, toi, Gérard ?
'''Gérard''' : Non.
'''Manu''' : Bah, je croyais que tu piquais avec ta queue, non ?
s
'''Gérard''' : Pauvre con, là ! Hé, Manu !
'''Manu''' : Oui ?
'''Gérard''' : Toi, il est 3h du matin, tu te réveilles à 3h !
'''Manu''' : 3h06.
'''Gérard''' : Il est 3h...
'''Manu''' : Je suis réveillé, là, non ?
'''Gérard ''' : Mais 3h06, si tu continues, tu vas rentrer chez toi. ''effet surround sur la voix''. Et toi, Phildar, aussi !
'''Phildar''' : Mais quoi ? ''hilarité de Phildar''.
'''Gérard''' : Fais gaffe ! T'amuses pas là-bas, parce que sinon, je vais finir de travailler, là, moi. Tu vas arrêter ton bordel, quoi !
'''Cécile''' : Gégé, t'es de quel signe ? tu nous as pas dit.
'''Gérard''' : Non, bon, pour l'instant, je vous ai dit... À la fin des débats ! À la fin, à la fin des débats. Pierrot ?
'''Pierrot''' : Oui, ça y est, j'ai répondu, donc je sais que je vais avec les scorpions, donc c'est bien.
'''Gérard''' : D'accord. Thierry ?
'''Thierry''' : Oui, je t'écoute.
'''Gérard''' : Bah, t'as compris la question ?
'''Thierry''' : Oui, oui, bah, en fait, moi, je voulais savoir de quel signe astrologique était Phildar, à ce propos.
'''Gérard''' : Phildar ?s Quel signe astrologique, qu'on te demande ?
'''Max''' : À la fin, à la fin, à la fin !
'''Thierry''' : Parce que j'ai mon horoscope devant moi et je voulais savoir s'il y avait rien, s'il y avait quelque chose avec Phildar.
'''Gérard''' : Non, non, c'est moi qui le dira et c'est tout.
'''Thierry''' : C'est toi qui gère avec Phildar ? Je croyais que t'étais avec Sandy, je comprends rien.
'''Gérard''' : Non, mais attends, Thierry. Hé, t'arrêtes, s'il te plaît, comme ça. C'est moi qui dira ce qui vous arrivera...
''' Thierry'' : Qui dirai, Gérard.
s
'''Guillaume''' : Gérard, t'es cancer, toi ?
'''Gérard''' : Ça te regarde pas. Joconde.
'''Joconde''' : Est-ce que tu peux me répéter la question ?
'''Gérard''', ''après un long soupir d'agacement'' : Les signes astrologiques vous rendent-ils amoureux ?
'''Joconde''' : Oui, oui, moi je le crois. Quand tu lis ton horoscope et qu'il est bon et qu'on te dit que tu vas être amoureux, ben oui, ça te rend amoureux.
'''Gérard''' : D'accord. Ok, ben, je pense qu'on a fait le tour de la quatrième.
'''Phildar''' : J'ai un message minitel e GGPD, c'est son pseudo. « Le signe chinois de Gérard, c'est l'âne sodomisateur. »
'''Gérard''' : C'est ça, ben j'en ai rien à foutre.
'''Thierry''' : C'est pas du Fildar, ça ? Ah non, le Phildar, c'est sodomisé.
'''Gérard''' : Qui c'est qui vient de dire ça ? Non, mais là, je voudrais que la personne se dénonce, maintenant. Parce que ça commence à bien faire. Bon, tu m'envoies un disque, alors. Il est quand même 3h10.
'''Guillaume''', ''enthousiate'' : Ouais, on va tous se retourner hors antenne.
'''Manu'' : Mais Gérard, bouh ! Pas de disque, continue, là.
s
'''Phildar''', ''lance un CD sur la table devant Gérard, tout près de lui'' : Tiens, Gérard. Gérard. Ben quoi, je t'envoie un disque. Gérard.
'''Gérard''' : T'es complètement barjots. Envoie-moi une musique, là, quoi.
'''Capucine''' : Allez, c'est nous qui allons faire la musique.
'''Phildar''' : Attends, on vient de reprendre. Tu gères ton débat et c'est tout quoi.
'''Gérard''' : Non, mais attends, on est déjà à la cinquième question. Il est déjà 3h10.
'''Phildar''' : Eh ben, tu demandes à tous les gens. C'est bon, on a le temps, là.
'''Gérard''' : Attendez, peut-on faire l'amour avec les deux mêmes signes ? Joconde.
''Diffusion de la phrase Mets de l'huile. dans la chanson du même nom''.
'''Manu''' : C'est vraiment n'importe quoi, Phildar.
'''Pierrot''', ''sur l'air des couplets de la chanson, acapella'' : Tu n'es pas intelligent. Fais des débats le jeudi. ''Gérard sifflotte, mécontent''. Mets de la vaseline, que je t'encule. ''Gérard jette son casque''.
'''Phildar''' : Allez, sérieux.
'''Manu''' : Ça va casser, là. Sérieux, reprends le débat, sérieux. On reprend dans le calme. ''Plus sévère et fort que les auditeurs''. Tout le monde se calme. S'il vous plaît. Tout le monde se calme. Gérard, tu vas reposer ta question et vous allez tous répondre dans l'ordre quand il va demander vos noms.
'''Gérard''' : Alors, peut-on faire l'amour avec les deux mêmes signes ? Alors Joconde.
'''Joconde''' : Mais ça n'a absolument rien à voir.
'''Gérard''' : Pourquoi ?
'''Joconde''' : Parce que, à la limite, est-ce que le signe fait tomber amoureux ? OK. Mais elle est débile, la question.
'''Gérard''' : Par exemple, deux gémeaux qui font l'amour ensemble ou autre, je ne vois pas pourquoi...
'''Pierrot''' : C'est dégueulasse, entre frères.
'''Gérard''' : Non, mais attends...
'''Joconde''' : Non, mais est-ce qu'on peut faire l'amour entre scorpions ou entre béliers ? C'est ça ?
'''Gérard''' : Ben oui.
'''Capucine''' : Oui, bien sûr, mais ça dépend. Ça dépend de ton signe.
'''Joconde''' : Ouais, mais bon...
'''Gérard''' : Bon d'accord. Thierry ?
'''Thierry''' : Moi, je suis un peu d'accord avec tout le monde, là.
'''Gérard''' : Bon, attends, pour l'instant, tout le monde n'a pas répondu alors tu réponds.
'''Thierry''' : Ben si, moi, j'ai compris. Si tu n'es pas capable de comprendre ce que les gens ont dit, c'est ton problème, Gérard.
'''Gérard''' : Moué ok. Cécile ?
'''Cécile''' : Ouais, eh ben, écoute, moi, je pense que... Ouais, des... Les mêmes signes, ouais. C'est possible, quoi. Parce qu'ils ont... Les ondes passent mieux, quoi.
'''Thierry''' : Un fluide, un fluide.
'''Cécile''' : Non, les ondes passent mieux parce que, comme c'est de la même planète, donc, tu vois, les ondes sont positives. Donc, ça va. Voilà.
'''Gérard''' : Euh, Pierrot ?
'''Pierrot''' : Je passe.
'''Gérard''' : Non, alors, Pierrot, tu dégages.
'''Pierrot''' : Mais je comprends pas la question.
'''Gérard''' : Non, ben, tu comprendras mieux chez toi. Voilà, bonne nuit. Guillaume ?
'''Guillaume''' : Oui, moi, je trouve que, en ce qui concerne, donc, cette histoire de faire l'amour entre deux mêmes signes, je pense que le fait d'être soit bélier comme ton partenaire ou d'avoir le même signe que ton partenaire, ça n'a rien à voir dans la relation. Donc, c'est une question pour rien, quoi.
'''Gérard''' : D'accord. Capucine ?
'''Capucine''' : Ben, je suis complètement d'accord avec Guillaume.
'''Pierrot''' : On m'a expliqué la question, j'ai tout compris.
'''Manu''' : Je viens d'expliquer à Pierrot, il peut répondre si tu veux, Gérard.
'''Pierrot''' : Donc, oui, de faire l'amour avec deux signes, c'est tout à fait possible. Je vois pas pourquoi deux signes seraient rétroactifs en présence de...
'''Gérard''' : D'accord. (''voix déformée''). Bon, Phildar, ça suffit, s'il te plaît.
'''Phildar''' : Gérard, je suis là, je ne fais rien.
'''Guillaume''', ''voix déformée et drôle'' : On parle beaucoup des signes, mais où sont les canards ?
'''Cécile''' : Je voulais ajouter un truc.
'''Gérard''' : Ben, vas-y.
'''Cécile''' : Donc, je voulais te dire, parce qu'en fait, c'est mieux que le signe soit opposé.
'''Gérard''' : C'est-à-dire ?
'''Cécile''' : Ben, c'est-à-dire, comme tu sais très bien que, généralement, les gens qui s'attirent, ils sont opposés, quoi.
'''Gérard''', ''voix déformée'' : Non, mais comment ? Phildar, s'il te plaît !
'''Phildar''' : Gérard, tu vois bien que je ne touche pas. Je ne suis pas là, regarde, je ne suis pas là en train de tripoter, là.
'''Gérard''' : Ça commence à bien faire, ce son pourri.
'''Phildar
''' ''' ://''' : Je suis en train de caler le disque suivant.
'''Gérard''' : Ça commence à bien faire, ce son pourri.
'''Phildar''' : Eh ben, tu fais une note à la technique, ce ne sera pas la première.
'''Cécile''' : Comme tu disais, Gérard, comme tu sais très bien le proverbe qui dit les plus et les moins s'attirent.
'''Pierrot''' : Mais pourquoi ?
'''Cécile''' : Tu connais ça, Gégé ?
'''Gérard''' : Oui, mais pourquoi alors ?
'''Cécile''' : Ben, écoute, parce que le plus ne peut pas être attiré par le plus.
'''Pierrot''' : Mais pourquoi ?
'''Gérard''' : Non, mais attends, je ne vois pas le rapport avec les deux mêmes signes, le plus et le moins.
'''Manu''' : Gérard, excuse-moi, je me posais une question, parce que, en fait, tu dis, par exemple, bélier et bélier. Mais bélier et bélier, c'est homosexuel, c'est bélier et brebis.
''soupir méprisant de Gérard et Phildar, enthousiasme des auditrices''.
'''Gérard''' : Mais n'importe quoi ! Bon, enfin, bref.
'''Cécile ''' : Gérard, qu'est-ce que t'en penses ?
'''Gérard''', 'un léger écho de la voix'' : Moi, je m'en fous.
'''Guillaume''' : Moi personnellement, je ne comprends pas le fait que deux vierges fassent l'amour.
'''Gérard''', ''toujours avec l'écho'' : Mais pourquoi ?
'''Cécile''' : Parce que les ondes sont négatives.
'''Gérard''', ''écho'' : Mais c'est quoi ce bruit, là, Manu ?
'''Manu''' : Non, impossible, impossible. Impossible, Olivier, il a refait tous les inserts cet après-midi, le son et tout, ça ne peut pas venir de...
'''Gérard''', ''écho'' : Bon qui c'est qui...
'''Phildar''' : La radio, les auditeurs !
'''Manu''', ''écho avec sa voix'' : Oh là là, oh là là, oh là là...
'''Cécile''' : Mais que se passe-t-il ?
'''Gérard''' : Bon, c'est quoi la musique ? Moi, je mets une... ''il jette le casque''. Aller hop.
''un écho s'installe sur toutes les voix, même celle des auditeurs, notamment de Cécile, qui rit aux éclats''.
'''Phildar''' : Bon, allez, reprends le débat, je vais essayer de gérer.
'''Gérard''' : Non, non, moi, je ne continue pas comme... ''fin de l'écho''. Tu vois que c'est toi, là ? Tu vois ? ''à Max'' : Mais attends, je te signale, il est trois heures et un quart et il reste quatre questions après.
'''Phildar''' : T'es sûr que tu demandes à tous les auditeurs qui sont à l'antenne avec nous ?
'''Gérard''' : Tout le monde a répondu, tu vois.
'''Phildar''' : Mais ils répondent n'importe quoi, alors.
'''Gérard''' : Alors pensez-vous qu'un gémeau et un verso s'aiment,
'''Guillaume''' : Oui, je pense qu'un verso et un gémeau peuvent s'aimer puisque je m'y connais un tout petit peu en astrologie et ce sont deux signes qui sont tout à fait compatibles.
'''Thierry''' : Ce n'est pas s'ils peuvent s'aimer, c'est s'ils s'aiment.
'''Guillaume''' : Oui, mais normalement, s'ils peuvent s'aimer, ça veut dire qu'ils s'aiment.
'''Gérard''' : Non, mais attends, Guillaume. Qui c'est qui a coupé la parole à Guillaume, là ?
'''Thierry''' : C'est moi, c'est Thierry. Tu ne me laisses jamais parler.
'''Gérard''' : Non, mais attends, Thierry ! ''la voix se déforme''.
'''Thierry''' : Ouais, je t'écoute.
'''Gérard''' : Oh, Phildar ! Putain, mais ce n'est pas vrai. ''une musique se lance, douce. Gérard le regarde, découragé.''.
'''Phildar''' : Mais moi, je mets un bed.<ref name="radio1"></ref>
'''Capucine''' : Eh, Guillaume ? Tu dis quoi sur les lions et les taureaux ?
'''Gérard''' : Non, mais Phildar... Et Guillaume !
'''Manu''', ''voix basse mais dans le micro allumé'' :tu fais le bed pour faire le lit ce soir ?
'''Gérard''' : Non, mais ça va, oui, là !
'''Manu''' : Non, mais il parlait de bed, c'est pour ça.
'''Gérard''' : Non, mais si vous voulez parler entre vous en direct, c'est bon.
'''Manu''' : Je lui demandais juste s'il avait lavé la couette.
'''Gérard''' : Non, mais ça va, vous ne vous gênez pas non plus (''voix déformée sur les dernières syllabes''.
'''Capucine''' : Toi, tu es ascendant en Sagittaire ?
'''Gérard''' : Bon, allez ! ''voix déformée''
'''Capucine''' : Moi, je suis ascendant en Balance.
'''Gérard''', ''voix toujours déformée'' : Non, vous vous calmez ! Bon, Phildar, moi, j'arrête allez hop ! Moi, je rentre chez moi, terminé.
'''Phildar''', ''la voix aussi déformée'' : Manu, coupe le son !
'''Joconde''' : Oh, il déconne au standard.
'''Manu''' : Ça y est, ça y est, ça y est.
'''Phildar''' : C'est bon, Gérard.
'''Gérard''' : Alors, Guillaume, je te répète la question parce qu'apparemment, tu n'as pas compris. ''micro coupures dans la voix''.
'''Phildar''' : Je sais que c'est le bordel. Je crois qu'on va le virer, Manu.
'''Gérard''' : Non, mais toi aussi, je crois.
'''Phildar''', ''outré'' : Hein ?
'''Manu''' : Moi, quand j'étais à la réa, ça se passait bien. Tu peux demander à Gérard.
'''Gérard''' : À un moment donné, tu t'amuses à me couper le micro, alors ne t'amuses pas trop.
'''Phildar''' : Alors, vas-y.
'''Gérard''', ''voix entrecoupée de silences de coupure de micro'' : Alors, pensez-vous qu'un gémeau et un berceau s'aiment ? Bon, allez !
'''Phildar''', ''levant les mains'' : Ben, voilà, les mains en l'air !
'''THierry''' : Bon, Gérard, on ne comprend rien, là.
'''Guillaume''' : Gérard, je n'ai rien entendu.
'''Gérard''' : Pensez-vous qu'un gémeau et un berceau s'aiment ?
'''Thierry''' : Ils s'aiment quoi ? Ils sèment quoi ?
'''Guillaume''' : Ben, ils s'aiment, ils sont amoureux l'un de l'autre !
'''Phildar''' : Ben, ils font l'amour !
'''Guillaume''' : Gérard, un berceau et un gémeau peuvent s'aimer, c'est évident. Peu importe le signe, quand on est amoureux d'une personne, on est amoureux, et puis, point à la ligne. Le signe astrologique, tu vois, pour moi, c'est accessoire.
''Réprobation de Cécile, Joconde cherche à parler, Guillaume à continuer, Gérard essaie de reprendre la main sans succès. Finalement il laisse Guillaume poursuivre''. Comme je disais, le signe astrologique, c'est accessoire, quoi. C'est fait pour confirmer quelque chose, mais je ne pense pas qu'on puisse baser une relation uniquement sur le fait qu'un signe arrive bien
'''Gérard''' : Qui c'est qui n'est pas d'accord ?
'''Cécile et Thierry l'un après l'autre'' : Cécile. Thierry.
'''Gérard''' : Mais alors, pourquoi ?
'''Cécile''' : Ben, alors, Cécile qui répond. Ben, écoute, Gérard, on vient d'une planète, tu vois, et tout autour, il y a des ondes qui sont, je ne sais pas, qui traversent les esprits, tout ça, quoi. Donc, tu vois, Gérard, par exemple, tu ne peux pas dire... par exemple, un sagittaire, c'est rien, ça ne veut rien dire. Tu ne peux pas dire qu'un verseau, ça ne veut rien dire, ce n'est pas possible.
'''Gérard''' : Bon, Thierry.
'''Thierry''' : Donc, voilà, aussi bien que les deux signes, les deux mêmes signes, à mon avis, peuvent établir une relation, tant bien qu'il... Alors, si vous essayez d'accoupler un Gérard, avec une Sandy...
'''Gérard''', 'luttant contre les coupures de son micro'' : Alors, Thierry, tu dégages.
'''Manu''' : Alors, là, il y a des trucs... On ne rigole pas, quoi.
'''Joconde''' : Eh non, mais moi, je suis pas du tout d'accord, quoi, parce que si tu... Si une fille te paie, la première question qui va te venir... À l'esprit. À l'esprit, c'est... Elle me plaît, j'ai pas...
'''Cécile''' : Il y a des ondes qui...
'''PHildar''', ''à Gérard qui essaie de parler mais est inaudible car son micro est coupé'' : Parle plus fort, je suis en train d'essayer de voir les niveaux.
'''Joconde''' : mais si un mec qui te plaît, si, par exemple, il est gémeau, tu t'entends pas avec les gémeaux, tu vas pas te dire, bon, ben, c'est bon, je le laisse.
'''Cécile''' : Non, mais tu sais pas...
'''Gérard''' : Non, non, non, mais c'est pas la question.
'''Joconde''' : Ouais, mais tu peux lui demander, quoi.
'''Gérard''' : C'est pas la question, Cécile. C'est pensez-vous qu'un gémeau et un berceau s'aiment. Vous répondez à côté de la plage.
'''Joconde''' : Pourquoi spécialement un gémeau et un verseau ?
'''Gérard''', ''micro éteint'' : Comme ça.
'''Phildar'', ''gestes à l'appui''' : Mais regarde, Gérard, tu prends ton micro, tu parles en face. C'est pas compliqué ?
'''Gérard''', ''micro coupé'' : Ça devient le bordel, ce soir. J'en ai marre.
'''Manu''' : Gérard, histoire de reprendre nos esprits, je crois qu'on accueille Samy à la place, donc, de Thierry.
'''Capucine''' : Bonsoir, Samy.
'''Phildar''' : Ça fait un petit bien.
'''Cécile''' : How are you ?
'''Manu''' : Il était lourd, le Thierry, quand même.
'''Guillaume''' : What do you want when you cotontige.
'''Gérard''' : Bon, Samy, tu te réveilles.
'''Phildar''' : Gérard, devant le micro. On t'entend pas.
'''Samy''' : Salut, Gérard.
'''Gérard''' : Salut. Bon, tu te réveilles, s'il te plaît.
'''Samy''' : Comment ça va, Gérard ?
'''Gérard''' : Bon, c'est pas... On s'en fout.
'''Samy''' : Ah bon, excuse-moi.
'''Cécile''' : Gérard, on t'entend pas mal, hein ?
'''Gérard''' : Ouais, mais vous commencez à me les gonfler, là. Bon envoie un disque, là.
'''Phildar''' : Encore ?
'''Gérard''' : Non mais attends mais oh !
''Pendant que Phildar et Gérard discutent hors micro, Cécile et Joconde discutent. Les autres auditeurs couvrent le bruit, Phildar renvoie un CD devant Gérard, qui s'énerve de plus en plus''.
'''Phildar''' : Bon, Gérard, tu te rasseois. Bon, les auditeurs, j'aimerais qu'on se calme un peu, s'il vous plaît !
'''Gérard''' : Non, non, non, moi, il est 3h20, moi, je veux... On envoie un CD, là ! T'envoies une musique, là, c'est tout, moi, tout le monde se calme !
'''Phildar''', ''tend un CD à Gérard'' : Tiens !
'''Gérard''' : Je continue pas ! Non, tu envoies par là (''il désigne la machine lançant les titres''). C'est tout, tu te démerdes ! T'envoies là ?
'''Phildar''', ''feignant de découvrir le matériel et ses boutons'' : Là, je lance là ?
'''Gérard''' : Putain, mais fais pas le con, merde !
'''Manu''' : Un peu plus à gauche ! À gauche, Philou, à gauche !
'''Phildar''' : Où ?
'''Manu''' : Voilà ! Voilà, stop ! Nickel !
'''Phildar''' : T'as une préférence pour le disque que j'envoie ?
'''Gérard''', ''micro coupé'' : Tu mets ce que tu veux, j'en ai rien à foutre !
'''Phildar''' : Qu'est-ce que tu dis ? Allume ton micro, quand tu parles !
'''Gérard''' : Tu mets ce que tu veux, c'est tout !
'''Phildar''' : Et je mets quoi, alors ?
'''Gérard''' : J'en sais rien, tu me donnes pas une pointe de... Non, mais attends, tu fais de la réa comment toi ?
''La musique se lance. Au retour, les auditeurs discutent, Gérard est incapable de s'imposer. Manu discute avec eux, micro ouvert''.
'''Phildar''' : Non mais c'est le débat de Manu ou le débat de Gérard, là ?
'''Gérard''' : Bon, Manu, tu dégages !
'''Manu''' : Mais annonce le disque, alors, GG ! Moi, je comble, je comble pour pas qu'il y ait de blanc, Gérard !
'''Guillaume''' : Manu, je veux Capucine hors antenne !
'''Gérard''', ''micro coupé'' : Non, t'auras rien à dire !
'''Capucine''' : Moi, je veux Guillaume hors antenne, Manu !
''Les discussions reprennent, pendant que Gérard essaie de parler, micro éteint''.
'''Gérard''' : Non, mais de tte manière, on va mettre un disque, parce que là, ça commence à bien faire ! Alors, les vaches, avec des poils tout noirs, allez hop !
''NOuvelle musique. Au retour, Reego entre dans le studio et s'asseoit au standard, près de Manu, non loin de Sandy et Max qui assistent à la scène''.
'''Gérard''' : Sur Minitel, on est 4 connectés, j'avais demandé...
'''Phildar''' : Non, 3, maintenant !
'''Gérard''' : 3, ben, malheureusement, il n'y aura plus rien, donc... Donc, vous pouvez encore nous appeler pendant... Pendant une bonne demi-heure ! Encore une bonne petite demi-heure, donc si vous voulez continuer à nous appeler, vous pouvez appeler au 0803 08 5000 et 0800 70 5000, vous pouvez toujours nous appeler, il y a Manu qui vous attend. Et en nombre des nanas, s'il vous plaît, merci ! Donc, on récupère Capucine...
'''Capucine''' : Bonsoir à tous ! Et bonsoir spécialement à Guillaume !
'''Gérard''' : Guillaume !
'''Guillaume''' : Bonsoir à tout le monde, et bonsoir spécialement à Capucine !
'''Gérard''' : Bon, si vous commencez comme ça, tous les deux, vous allez dégager tous les deux au standard !
'''Capucine''' : Avec grand plaisir !
'''Gérard''' : Allez, bonne nuit ! Avec grand plaisir, Capucine et Guillaume ! Allez, hop ! On y va ! Comme ça, on reprendra d'autres personnes ! Comme ça, c'est réglé ! Comme ça, on reprendra d'autres personnes ! Donc, Pierrot !
'''Pierrot''' : Bonsoir ! Un spécial salut à mon arem.
'''Gérard''' : Cécile, rebonsoir ! Euh... Samy, rebonsoir ! Et Joconde, rebonsoir pour finir ! Alors, donc, euh... On va attaquer la septième...
'''Samy''' : Déjà ?
'''Gérard''' : Bah oui, hein ! Ah bah, t'as pas répondu à la sixième ? Samy ?
'''Samy''' : Ben non, pas du tout !
'''Gérard''' : Alors, pensez-vous qu'un Gémeau et un Verseau s'aiment ?
'''Samy''' : Bah, écoute, Gérard, ça tombe bien parce que moi, je suis effectivement Verseau ! Tu vois ? Et je sors actuellement avec une copine qui est Gémeau ! Donc, ça prouve bien, effectivement, qu'un Gémeau et un Verseau peuvent sortir ensemble !
Donc, je suis entièrement d'accord avec toi !
'''Gérard''' : Donc, Cécile, tu vois que ça peut très bien se faire !
'''Samy''' : Et peut-être que Cécile est Gémeau et, étant moi verseau, on pourrait peut-être...
'''Pierrot''' : Lâche l'affaire, lâche l'affaire !
'''Cécile''' : Non, merci, lâche l'affaire, comme il dit, là !
'''Samy''' : Ah, d'accord !
'''Gérard''' : Donc, Pierrot, c'est bon, t'avais répondu ?
'''Pierrot''' : Ben non, mais moi, tu sais, moi, je crois pas trop en ces choses de l'astrologie, mais moi, j'aimerais qu'on parle de loups-garous et des elfes !
'''Gérard''' : Non ! Euh, Pierrot ? C'est un thème sur l'astrologie, c'est pas un thème sur ce que tu veux !
'''Pierrot''' : Ah, d'accord, excuse-moi !
'''Gérard''' : Donc, alors, pensez-vous vous branler sur un signe astrologique ?
'''Cécile''', 'riant'' : Alors là, là, elle est trop forte, cette question ! Moi, je refuse de répondre, parce qu'elle est vulgaire !
'''Samy''' : Ouais, je refuse aussi !
'''Gérard''' : Attendez, on peut, on a le droit, j'ai le droit de mettre ce que je veux dans mes débats, hein !
'''Samy''' : Non, mais c'est perso, Gérard, là, quand même, hein !
'''Gérard''', ''se retenant de rire'' : Ouais et alors, on a le droit, on a le droit, hein !
''Samy''' : Oui, on a le droit de poser la question, mais nous, on n'est pas obligés de répondre !
'''Cécile''' : Ouais, mais les nanas, elles peuvent pas répondre, hein, parce que ça nous concerne pas, ça !
'''Gérard''' : Ben, peut-être, mais...
'''Pierrot''' : Ben, tu peux te toucher !
'''Cécile''' : Non, non, non, pas pour les filles, hein !
'''Gérard''' : Bon, ben, je suis désolé, hein, il y en a qui se touchent sur des signes astrologiques, hein, je suis désolé, mais...
'''Cécile''' : Tu parles de qui, là ? De Christine ?
'''Manu''' : Excusez-moi, pardon, tout le monde, excusez-moi ! Donc, on accueille Sylvie à la place de Capucine, bonsoir, Sylvie ! Et on accueille Patrick à la place de Guillaume, bonsoir, Patrick !
'''Pierrot''' : On se fout du monde, c'est les mêmes, n'importe quoi !
'''Cécile''' : Tais toi, Pierrot ! Salut, tout le monde !
'''Patrick''' : Salut, moi, c'est Patrick, hein !
'''Sylvie''' : Et moi, c'est Sylvie !
'''Gérard''' : Salut, Sylvie et Patrick ! Bon, donc, je répète la question, pensez-vous vous branler sur un signe astrologique ?
'''Sylvie''' : Ben, écoute, ça m'est encore jamais arrivé, mais pourquoi pas ?
'''Gérard''' : Patrick ?
'''Patrick''' : Question achement vulgaire mais bon... ça me dispensera pas d'y répondre... Non, euh... Je pense qu'il y a un fantasme... Quand tu te branles, c'est bien réel, et tu fantasmes pas sur tel ou tel signe astrologique, quoi...
'''Gérard''' : C'est-à-dire ?
'''Patrick''' : Ben, je sais pas, si par exemple... Ton idéal féminin, c'est X personnes... Et que cette personne est, par exemple, taureau... Tu vas pas t'amuser en te branlant, en imaginant un taureau dans ta tête, donc déjà, ta question, elle est vulgaire, et je pense pas qu'on se branle en pensant à tel ou tel signe, quoi...
''Gérard''' : D'accord. Euh, Pierrot ? (''La voix de Jean-Paul ANdé, chantant Je te prendrai nu, premiers mots de la SInca 1000 des Chevaliers du Fiel, retentit''. Non, mais ça va, là... Phildar, non, mais ça va, là, ou quoi, là ?
'''Manu''' : C'est vrai, Phildar ?
'''Phildar''' : Ah ouais, moi, j'aimerais bien...
'''Gérard''' : Non, mais, hé... C'est bon, là, tous les deux ?
'''Reego''' : Je vais les calmer, je vais les calmer...
'''Reego''', ''criant hors micro'' : Arrêtez les mecs, là oh !
'''Samy''' : Oh, il doit être mignon, Fildar !
'''Gérard''' : Donc, Pierrot... (''de nouveau Je te prendrai nue''). Bon Phildar, s'il te plaît, t'arrêtes !
'''Phildar''' : On peut plus rire, ici, c'est quoi ? C'est la prison ?
'''Gérard''' : Non, mais attends, hé, oh, je demande à Pierrot qu'il réponde, s'il te plaît.
'''Phildar''' : Ouais, puisque c'est ça, je me casse.
'''Gérard''' : Eh ben, casse-toi, et puis, Manu, il va faire...
'''Manu''' : Je vais faire les deux, entre le standard et... Il n'y a que 3,50 mètres.
'''Gérard''' : Pierrot ! Réponds.
'''Pierrot''' : Non, je ne me suis jamais branlé sur des signes astrologiques.
'''Phildar''' : Non, mais parle devant ton combiné, Pierrot.
'''Pierrot''' : Oui, j'ai fait des trucs...
'''Phildar''' : Pourtant, t'es un habituel, tu devrais savoir.
'''Pierrot''' : Oui, c'est vrai. J'ai fait des trucs débiles, genre appelé à tes débats, mais me branler sur les signes astrologiques, jamais.
'''Gérard''' : D'accord. Cécile ! ''silence puis Je te prendrai nue''. Putain, Phildar, tu commences à me faire chier, là.
'''Cécile''' : Je crois pas que ça m'arrivera un jour. Mais généralement, Gérard, les filles, elles ne se branlent pas.
'''Samy''' : Ben, je peux répondre, s'il vous plaît ?
'''Gérard''' : Samy, ouais ?
'''Samy''' : Ben, non, moi, c'est pareil, ça ne m'est jamais arrivé.
'''Gérard''' : Et Joconde, si elle est encore là ?
'''Joconde''' : Ben, moi, c'est comme la fille, la Sylvie, ça ne m'est jamais arrivé, mais pourquoi pas.
'''Gérard''' : D'accord. OK. Donc, la huitième question. Croyez-vous qu'un signe astrologique vous donne... vous donne le sexe de votre enfant ? Donc, Joconde.
'''Joconde''', ''dubitative'' : Ouais, ouais, ouais.
'''Pierrot''' : Je ne sais pas, je suis stérile.
'''Gérard''' : Non, mais attendez, attendez. Qui c'est qui a encore pas compris la question ? Il y en a une qui vient de dire qu'elle n'avait pas compris, là, encore. ''Manu et Phildar échangent, micro ouvert, sur les gens n'ayant pas compris la question, évoquant les noms de Tony, Arnet, et''. Bon, ça y est, oui, tous les deux, là, Manu et Phildar. Ça ne vous gêne pas de me laisser poser la question et de vous parler ensemble ? Je répète. Croyez-vous qu'un signe astrologique vous donne le sexe de l'enfant ?
'''Samy''' : Ah, bah oui.
'''Joconde''' : Mais ça dépend l'époque à laquelle il naît.
'''Patrick''' : Non. Non, ce n'est pas possible.
'''Patrick''' : Non, ce n'est pas possible. Parce que dans le ventre de la mer, le sexe de l'enfant est formé avant qu'il naisse. C'est le fruit du hasard.
'''Phildar''' : De la fraissange ?
'''Patrick''' : Que ce soit l'un ou l'autre, ce qui concerne le sexe de l'enfant ou le signe astrologique, c'est le fruit du hasard. De toute façon, le sexe de l'enfant est déterminé avant son signe astrologique.
'''Gérard''' : D'accord. Sylvie ?
'''Sylvie''' : Non, moi, pareil que Patrick.
'''Gérard''' : Non, mais ça, ça m'aurait étonné, hein ?
'''Sylvie''' : Non, mais écoute...
'''Gérard''' : Non, mais attends. Toi, à chaque fois que quelqu'un dit quelque chose, tu es tout de suite d'accord avec la personne. Mais ne t'inquiète pas, je me doute quitté, toi, Sylvie.
'''Patrick''' : Non, mais Gérard, ça veut dire que si les gens n'ont pas le droit de penser pareil, ça veut dire qu'à chaque fois que quelqu'un dit quelque chose, il faut une opinion différente.
'''Sylvie''' : Bon, alors, attends, Gérard. Je ne suis pas du tout d'accord avec Patrick.
'''Gérard''' : Qui, qui, qui, qui ?
'''Sylvie''' : Bah, c'est Sylvie, puisque tu dis que je n'ai pas le droit d'être d'accord avec Patrick. Donc, je te dis que je ne suis pas d'accord.
'''Pierrot''' : Moi, je ne suis pas d'accord avec Sylvie quand elle dit qu'elle n'est pas d'accord avec Patrick.
'''Patrick''' : Et moi, je ne suis pas d'accord avec Tony quand il dit qu'il n'est pas d'accord avec moi.
'''Gérard''' : Oh là là, mais ça y est, vous allez régler vos comptes tout à l'heure hors antenne, et puis c'est tout. Donc, Pierrot... ''Je te prendrai nue''. Bon, mais Phildar, s'il te plaît, ça...
'''Pierrot''' : C'est pas vrai, c'est comme par hasard, ça tombe sur moi. Tu peux mettre le jingle sur quelqu'un d'autre ?
'''Phildar''' : J'ai rien fait, je ne comprends pas. Attends, j'ai un message. D'ailleurs, deux secondes, excusez-moi. « Je suis docteur en neuropsychologie, et je pense que le dénommé Gérard souffre d'une overdose de résidus cotonneux accumulés par voie anale et déposés dans les cellules régissant la pensée intelligente. On doit donc proscrire l'utilisation de coton-tige jusqu'à nouvel ordre. »
'''Gérard''' : C'est ça, eh ben, ils iront se faire foutre.
'''Manu''' : Moi, on m'a demandé un autre truc, Gérard. On m'a dit que les astrologues en Amérique, ils mangeaient moins de salade qu'au Pérou. Et tu me dis, c'est vrai ou faux ? Qu'est-ce que t'en penses, Gégé ?
'''Gérard''' : Personnellement, j'en ai rien à foutre.
'''Pierrot''' : Non, réponds. Nous aussi, on est obligés de répondre à des questions débiles.
'''Gérard''' : Bon, ben, Pierrot, si ça te plaît pas, tu dégages. Allez, salut. Pierrot, dehors.
'''Phildar''' : Aller bonne nuit, Pierrot !
'''Cécile''' : Gégé, je réponds. Cécile. Donc, en fait, moi, je te dis, tout ça, c'est scientifique.
'''Gérard''' : Dans quel sens ?
'''Cécile''' : Ben, dans quel sens que... En fait, le nouveau-né, quand il est dans le ventre de sa maman, ben, le sexe, c'est déjà... c'est un hasard, quoi. C'est ou X ou XY. C'est scientifique, quoi.
'''Samy''' : Sur les chromosomes 22, 23.
'''Gérard''' : Donc, Samy ?
'''Samy''' : Ben, je pense que la fille, avant moi, a très, très bien répondu, Gérard, parce que c'est vrai. On ne peut pas savoir, et effectivement...
'''Patrick''' : Ouais, mais t'as pas le droit d'avoir le même raisonnement qu'elle.
'''Sylvie''' : Ouais, t'as pas le droit.
'''Samy''' : Non, mais je pense avoir répondu correctement, Gérard.
'''Gérard''' : Bon, ça y est, vous allez vous calmer, donc, Samy ?
'''Samy''' : Merci, Gérard.
'''Cécile et Patrick''' : Vas-y, Samy ! Vas-y, Sam ! ''silence''.
'''Gérard''' : Bon, Samy, tu travailles ou tu dégages ?
'''Samy''' : Ah, non, non, je veux pas dégager.
'''Gérard''' : Bon, ben alors, tu te réveilles.
'''Patrick''' : Je peux t'appeler Sam, Samy, quand même ?
'''Samy''' : Euh, oui, si tu veux.
'''Patrick''' : D'accord. Ça me fait plaisir. C'est plus court.
'''Gérard''' : Qui c'est qui parle là, comme ça ? Ça commence à bien faire. Alors, Samy ?
'''Samy''' : Oui, Gérard, je t'écoute.
'''Gérard''' : Ben, je t'ai posé la question, tu réponds.
'''Samy''' : Ah, mais...
'''Cécile''' : Vas-y, oncle Sam, vas-y.
'''Joconde''' : Ah, Gérard, je voulais répondre, c'est Joconde.
'''Samy''' : Ah, oui, Joconde, vas-y, réponds.
'''Cécile''' : Mais laissez l'oncle Sam parler.
'''Gérard''', ''faisant signe à Manu que l'auditeur doit s'en aller'' : Non, non, mais...
'''Joconde''' : Il parle pas, il met trois heures pour parler.
'''Manu''' : Je crois que Samy, il a rien dit, là, hein, c'est plus...
'''Samy''' : Si si, il a déjà dit, merci t'es gentil.
'''Gérard''' : Donc, Joconde...
'''Joconde''' : Oui, ben moi, c'est un truc qui me dépasse complètement, donc je peux pas répondre.
'''Patrick''' : Ah bon ?
'''Gérard''' : Mais pourquoi ?
'''Joconde''' : Ben, je sais pas, c'est la première fois qu'on me pose une question comme ça, c'est... Il faut vachement y réfléchir, à ça. Donc, moi, je peux pas te répondre comme ça, en deux secondes.
'''Gérard''' : Ben oui, mais c'est le thème du débat, c'est le thème des débats, hein.
'''Joconde''' : Ouais, ben écoute, moi, je dirais que... Oui, c'est possible.
'''Gérard''' : Dans quel sens ?
'''Joconde''' : Dans le sens où... Je sais pas...
'''Cécile''' : C'est biologique, hein.
'''Joconde''' : Ouais, voilà, c'est biologique.
'''Gérard''', ''agacé'' : Ok. Ok, ben...
'''Cécile''' : Hé, Gégé ? Je voulais te poser une question, une petite parenthèse, quoi. Je voulais savoir si c'est vrai que t'as joué la doublure de Leonardo DiCaprio dans Titanic.
'''Manu''' : Non, il a fait la doublure du Titanic, hein, genre.
'''Gérard''' : Ça veut dire quoi, ça ? ''boucle sonore sur la phrase, transformée par une forte réverbération. Max, entré peu avant dans le studio, ressort''.
'''Phildar''' : Alors, t'as vu, Max, il passe pour foutre des sons. Non, mais Max !
'''Gérard''' : Hé, tu m'éteins ça.
'''Samy''' : Gérard, est-ce que c'est vrai que tu doubles Rocco Siffredi ?
'''Gérard''' : Qui c'est qui dit ça ? Non, mais hé...
'''Manu''' : Là, c'est plus plausible.
'''Samy''' : Ben, c'est Sandy qui doit être contente, alors.
'''Gérard''' : Bon, alors, Patrick, tu dégages.
'''Patrick''' : C'est pas moi !
'''Gérard''' : Si, si, j'ai reconnu ta voix, Patrick.
'''Patrick''' : Non, non, c'est pas moi, c'était Tony.
'''Gérard''' : Bon, moi, moi, de toute manière, vous allez arrêter vos conneries, parce que sinon, le débat, il est terminé.
'''Manu''' : Vas-y, reprends, Gérard, reprends, Gérard.
'''Gérard''' : Donc, alors, Cécile, je te préviens, je réponds pas sur la question...
'''Manu''' : Attends, Gérard, avant de reprendre, on va accueillir Jeannot, quand même.
'''Gérard''' : À la place de Pierre ?
'''Jeannot''' : À la place de Pierrot, bonsoir.
'''Phildar''', ''dégoûté'' : C'est le même.
'''Cécile''' : Gégé, je peux répondre à la question ?
'''Gérard''' : Vas-y. Alors... C'est qui ?
'''Cécile''' : Tu peux me la répéter, s'il te plaît ?
'''Gérard''' : Non, mais c'est bon, tu l'as déjà vue, hein. T'as déjà répondu, alors...
'''Cécile''' : Ah bon, ben, c'est bon, alors.
'''Jeannot''' : Pour ceux qui ont pas vu Titanic, Léonard DiCaprio, il meurt congelé à la fin.
'''Gérard''' : Qui c'est qui dit ça ?
'''Joconde''' : Oh, putain, t'es dégueulasse !
'''Cécile''' : C'est déguelasse !
'''Samy''' : Ah, merci, je vais le voir demain soir, moi.
'''Gérard''', ''la voix déformée'' : Tu mets Samy, Jeannot et Patrick.
'''Manu''', ''même déformation de voix'' : Ok.
'''Gérard''', ''même voix'' : Bon Phildar s'il te plaît ! Tu te calmes, là ? Ou j'arrête ?
'''Phildar''', ''déformation'' : Ben, j'arrête, alors. Je réalise pas.
'''Patrick''' : C'est con, hein, et le diamant.
'''Jeannot''' : Ouais, ben, un diamant, bon.
'''Patrick''' : C'était le diamant qui appartenait à Louis XIII.
'''Jeannot''' : Louis XVI. Louis XVI. Donc, elle l'envoie dans la mer.
'''Patrick''' : La vieille a 101 ans, quand même, ça le fait pas.
'''Gérard''' : Manu, s'il te plaît ! Manu !
'''Manu''' : Oui, pardon ?
'''Gérard''' : Tu me les calmes, là ? Ils ont pas besoin de se parler entre eux.
'''Manu''' : Ben, tu m'as pas dit où les mettre, hein. Moi, je les ai mis à l'antenne.
a'''Jeannot''' : Tu te rends compte, la débauche d'effets spéciaux, quand même.
'''Gérard''', ''jetant ses papiers'' : Bon, allez, terminé, moi, je fais... ''voix déformée''. Je rentre chez moi.
'''Phildar''' : Gégé, on continue le débat, puis si t'es gentil, on mettra un remix.
'''Gérard''' : Non, non, mais toi, déjà, tu vas te calmer. ''la voix déformée'' et t'arrêtes ! Ou tu prends mon café dans ta dans ta gueule, là ! ''gobelet de café à la main, l'air menaçant''.
'''Manu''' : Non, non, la console, Gérard, Gérard, Gérard.
'''Phildar''' : Attends, il y a du matos, là.
'''Gérard''' : alors tu te calmes.
'''Manu''' : Le bouquin, ce que tu veux, mais pas le café, quoi.
''Max revient dans le studio''.
'''Gérard''' : Tu me le vires, là, je le veux plus.
'''Max''', ''à Phildar, air sévère mais hilare'' : Qu'est-ce que tu fous ?
'''Gérard''' : Non, non, tu le vires, là.
'''Phildar''' : Mais attends, Olive, il m'a dit, si je mettais pas mal d'effets, il me filait 500 balles. Alors, moi, je les fous, j'en ai rien à foutre.
'''Gérard''' : Allez, hop. Va voir dans les studios.
'''Cécile''' : Gégé, vas-y, pose ta question.
'''Max''' : Putain, fais gaffe. ''Phildar n'a pas bougé''.
'''Gérard''' : Oh, tu me laisses du son, là, ou quoi, merde ? ''voix souvent déformée''.
'''Phildar''' : Mais quoi ?
'''Gérard''' : Il n'y a pas de retour.
'''Phildar''' : J'ai rien fait.
'''Gérard''', ''voix déformée'' : Mais c'est quoi, ce bordel ? J'ai même plus de son. ''il range ses papiers, après un flottement où son regard parcourt le studio, les auditeurs veulent le ramener au débat, l'équipe est hilare''.
'''Max''' : Vous êtes nuls parce que Gérard, il avait prévu un truc à la fin, un truc sympa que je lui avais demandé de préparer.
'''Cécile''' : Non, non, Gégé, vas-y, on est là, on t'écoute.
'''Gérard''' : non, je l'ai pas fait.
'''Max''' : Comme d'habitude, toute façon, le jour où tu feras le jour, je te le dirai. D'ailleurs, c'est pour ça que moi aussi, j'avais envie de t'aider, mais finalement, j'ai pas le temps. Je le ferai la semaine prochaine, peut-être, je commencerai quand t'auras décidé de travailler.
'''Gérard''' : Vous deux, attendez avant qu'on reprenne. Et toi, tu vas pas continuer, sinon ça va être le café...
'''Phildar''' : Mais qu'est-ce que je fais, là ?
'''Manu''' : Attention, réunion, réunion, antenne, débattre, Gérard.
'''Max''' : Le matos, le matos, Gérard. Tout le monde se calme, le matos, Gérard.
'''Gérard''' : Alors, il va arrêter ses doubles sons. Vous deux, vous arrêtez de vous parler avec les micros allumés. Ça vaudra mieux. Alors, neuvième question. Avez-vous eu des rapports avec d'autres signes astrologiques ? ''deux derniers mots, la voix déformée''.
'''Phildar''' : Attends, tu dis rien quand c'est Max qui met les voix.
'''Max''', ''la voix déformée aussi'' : Non ! Alors, comme si c'était moi.
'''Patrick''' : Je trouve que t'as toujours des raisonnements assez intéressants.
'''Gérard''' : Qui ? Qui qui dit ça ?
'''Patrick''' : C'est Patrick.
'''Gérard''' : Non, mais il m'avait semblé vous demander de dégager, vous.
'''Manu''' : Je les ai calmés, Gérard.
'''Gérard''' : Alors, je repose la question et c'est moi qui vais décider par qui je commencerai, d'accord ? Donc, avez-vous eu des rapports avec d'autres signes astrologiques, Sylvie ? Sylvie ! ''aucune réponse''. Eh putain, mais c'est quoi, là ? Eh, Fildar, tu commences à me casser les couilles, mais sérieusement, là.
'''Cécile''' : Non, non, non, non, non, on dit pas ça, Gérard, on dit pas ça.
'''Gérard''', ''poursuivant loin de son micro en regardant de travers Phildar'' : Hein ? Sérieusement !
'''Samy''' : Ah, il rigole plus, là, hein ?
'''Gérard''' : C'est sérieux.
'''Gérard''' : Alors, Sylvie ! ''Manu siffle, imitant un larcen, et aucune réponse n'arrive''.
'''Phildar''' : Mais là, j'ai rien fait, mais je suis là, regarde.
'''Gérard''' : Non, non, non, il n'y a personne !
'''Phildar''' : Mais si, ils sont là, regarde.
'''Gérard''' : Eh c'est tous les jeudis, hein ?
'''Sylvie''' : Tout le monde est là, c'est Sylvie, tu m'écoutes.
'''Gérard''' : On s'écoute.
'''Sylvie''' : Bon, oui, ça m'est déjà arrivé d'avoir des relations avec des personnes qui ont des signes astrologiques différents. Ça s'est très bien passé. ''Pendant qu'elle parle, Reego et Manu discutent, micro fermé mais à haute voix, donc on l'entend en bruit de fond invasif''.
'''Gérard''' : Non, mais ça va, là, tous les deux, au standard, Reego et Manu. Vous ne vous faites pas chier.
'''Manu''' : Bon, à vrai dire, un peu, hein ?
'''Gérard''', ''la voix complètement déformée'' : Hé, Phildar, ça commence à bien faire maintenant ! Tu éteins ta merde, là ! Hé, vous êtes cinglés ou quoi, là ? ''Manu et Reego continuent à discuter, cette fois le micro ouvert, de jeux vidéos''. Bon, allez, moi, j'arrête.
'''Phildar''' : Mais non, on n'est pas cinglés, on fait de l'audience.
'''Gérard''' : Non, mais attends, mais c'est quoi, là, ce bordel ? Eh, dégagez tous les deux ! ''la voix reste déformée, il tente de pousser dehors les standardistes, Ma et Phildar évitent, on lance le générique de Rabbit Jacob, le cahot se réinstalle. Les auditeurs rappellent Gérard mais dans le vide''. Donc, on reprend.
'''Sylvie''' : Oui, alors, c'est Sylvie. Oui, donc, je disais que ça m'était bien arrivé
d'avoir des relations avec des signes astrologiques différents. Ça c'était très bien passé, et notamment avec un lion.
'''Samy''' : Et les verseaux ?
'''Sylvie''' : Pas spécialement.
'''Patrick''' : Oui, donc, moi, je vais te dire, j'ai fait l'amour avec, bon, les 12 signes différents. Et à chaque fois, je trouvais pas que c'était exceptionnel, mais à chaque fois, j'ai fait l'amour avec, bon, les 12 signes différents. Sauf pour le taureau, mais bon... Mais, euh... Bon, tu vois, je pense pas que le fait d'être avec un partenaire différent de ton signe soit vraiment... Enfin, influe vraiment sur la relation que tu vas avoir avec ton partenaire.
'''Manu''' : Est-ce que vous nous entendez, là ? Allô ? Allô ? Allô ? Allô ? Oh là là là là là là là là.
'''Samy''' : Allô, c'est Samy ? Est-ce que je peux répondre ?
'''Manu''' : Non, attendez, attendez. Est-ce que vous nous entendez bien tous, là ?
'''Les auditeurs''' : Non, non, non.
'''Manu''' : Vous entendez, Gérard, ou pas ?
'''Les auditeurs''' : Non, non, non.
'''Manu''' : Bon, on va prendre dans l'ordre. Moi, c'est Manu, vous m'entendez ?
'''Les auditeurs''' : Oui !
'''Manu''' : Vas-y Gérard, parle pour voir s'ils t'entendent.
'''Phildar''' : Moi, c'est Phildar, vous m'entendez ?
'''Les auditeurs''' : Oui !
'''Reego''' : Moi, c'est Reego, vous m'entendez ?
'''Les auditeurs''' : Oui !
'''Samy''' : Oui, Reego, on t'aime !
'''Reego''' : Merci, merci.
'''Phildar''' : Vous entendez, Gérard ? Gérard, parle.
'''Gérard''' : Bon, Phildar, t'arrêtes, s'il te plaît, maintenant.
'''Phildar''' : Mais qu'est-ce que je fais ?
'''Gérard''' : Non, t'arrêtes. Tu t'amuses pas avec le micro, parce que là, ça commence à me gonfler. ''larcen''.
'''Jeannot''' : Moi, je fais l'amour seulement de... De mon signe. Je fais seulement l'amour à mon signe.
'''Gérard''' : Cécile.
'''Cécile''' : Eh ben, écoute, moi, comme je t'ai dit, ça dépend des affinités avec les... Tes... C'est surtout une histoire d'onde. C'est électrique, tout ça.
'''Gérard''' : Samy.
'''Samy''' : Ben, moi, Gérard, je suis verso, comme je te disais, et je ne fais l'amour qu'avec des femmes verso.
'''Cécile''' : C'est pas bon, ça.
'''Samy''' : Ah bon, et pourquoi ?
'''Cécile''' : Non, parce qu'il faut toujours avoir un signe opposé à l'autre.
'''Samy''' : Moi, je suis verso, et je sais comment les verso réagissent, donc je fais l'amour avec des verso. Moi, j'ai une fille en boîte de nuit, par exemple, où je fais la connaissance d'une fille. Si elle m'apprend qu'elle n'est pas verso, je... ''Joconde essaie de parler mais est couverte par la tirade de Samy''.
'''Gérard''' : Oh, vous vous taisez, s'il vous plaît !
'''Jeannot''' : Samy, c'est intéressant. Raconte-nous cette histoire.
'''Gérard''' : Bon, ben, regarde l'autre, là-bas. Là, il joue à quoi, là ? Non, mais ça va, tu coupes tout le monde quand il parle.
''Le cahot s'installe, avec les garçons qui parlent fort et Joconde qui crie car elle est couverte.''
'''Gérard''' : Bon, Samy, tu t'écrases ! Bon, allez, conclusions... ''le calme revient''.
'''Joconde''' : Gégé, c'est Joconde !
'''Gérard''' : Non, mais attends, c'est quoi, là, ce bordel ? Je t'écoute !
'''Joconde''' : Moi, j'ai fait l'amour avec plein de signes différents, mais les mieux, c'est les lions et les balances.
''La suite est visuelle, les deux standardistes se parlent, Gérard tentant de les repousser, jette un magazine sur le standard, dans un cahot certain. Les audituers parlent sur les signes astrologiques, Phildar ajoute un écho à la voix de Gérard.''.
'''Gérard''' : PHILDAR !
'''Phildar''' : Ah, excuse-moi, j'étais en train de lire un truc.
'''Gérard''' : Croyez-vous à l'astrologie chinoise ou sur les magazines ? Sylvie ?
'''Sylvie''' : Non, mais, je sais pas, tu peux répéter ?
'''Cécile''' : Je réponds à sa place.
'''Samy''' : Ben, pourquoi ?
'''Gérard''' : Non, non, non, il n'y a pas que tu réponds à sa place, c'est moi qui commande.
'''Samy''' : Ben oui, tout à fait, vas-y, Gérard commande.
'''Gérard''' : Alors, croyez-vous à l'astrologie chinoise ou sur les magazines ?
'''Sylvie''' : Alors, l'astrologie chinoise, ben, écoute, je me suis jamais renseignée, donc je sais pas du tout. Et sur les magazines, spécialement, ça m'amuse plus qu'autre chose.
'''Manu''', ''en grande discussion avec Reego, micro éteint mais assez fort pour faire bruit de fond avec la réponse'' : Le 23 janvier, c'est mon anniversaire, le 23 janvier.
'''Sylvie''' Le 23 janvier ? Donc, t'es Capricorne ?
'''Gérard''', ''un écho dans la voix, tapant sur la table'' : Gênez-vous pas, tous les deux.
''Les auditeurs réalisent que c'est la période d'anniversaire de Manu, le lui souhaitent joyeusement, il a 20 ans. Phildar coupe tout le monde, Manu se montre faussement penaud et déçu qu'on ait coupé cet hommage.''
'''Gérard''', ''bougon'' Conclusion.
'''Cécile''' : Non, mais Gégé, on peut répondre ? On n'a pas répondu à la question.
'''Samy''' : Eh, Gérard, j'ai pas répondu, moi.
'''Joconde''' : Moi non plus, j'ai pas répondu.
'''Cécile''' : Bon, je réponds, c'est Cécile.
'''Gérard''' : Alors, dépêche-toi.
'''Cécile''' : Alors, écoute, qu'est-ce que j'allais te dire ? Bah, écoute, je sais plus ce que j'allais dire, Gégé, tu m'as troublée, là. T'as des ondes positives sur moi.
'''Gérard''' Croyez-vous à l'astrologie chinoise ou sur les magazines ?
'''Cécile''' : Je crois en l'astrologie et dans les magazines, Gégé.
'''Joconde''' : Moi, j'y crois quand ça m'arrange, quand je vais bien. C'est pas la peine de le lire, mais quand ça va pas, je me sens obligée de le lire pour que ça me redonne... me redonne du punch.
'''Gérard''' : Samy ?
'''Samy''' : Bah, moi, Gérard, j'écoute mon horoscope qu'à la radio. Y a que celui-là qui est vrai, les autres, c'est tous des faux.
'''Gérard''' : Patrick.
'''Samy''' : C'est la marabout qui m'a dit, Gérard, je peux y aller ? Eh, j'ai pas terminé, s'il te plaît ?
'''Gérard''' : Non, mais tu permets ?
'''Phildar''' : De toute façon, vous avez tous terminé. Après, Gérard, il va demander chacun votre tour, votre signe, et puis il va vous donner votre astrologie.
''Pendant que les deux standardistes discutent entre eux, sans micro mais fort, les deux auditeurs Patrick et Samy échangent autour de ce dernier point''.
'''Samy''' : Non, non, Patrick, c'est Samy, je peux terminer ?
'''Patrick''' : Attends, Gérard m'a dit que je devais répondre.
'''Cécile''' : Bon, l'oncle Sam, vas-y.
'''Samy''' : Gérard, je voudrais savoir, ton marabout, est-ce qu'il t'a dit qu'il allait gagner la Coupe du Monde ?
'''Phildar''' : Qu'est-ce qui se passe, Gérard, avec le standard ?
'''Gérard''', ''voix déformée'' : Non, non, attends !
'''Cécile''' : Le retour de Dark, Gérard.
'''Samy''' : Dark Vador ? Dark Vador est de retour ?
'''Gérard''', ''voix déformée'' : Je sais que tu t'amuses avec les boutons.
'''Phildar''' : J'en ai pas de boutons, regarde, j'ai une peau de bébé.
'''Gérard''' : Tu te fous de ma gueule ? Éteins ça !
'''Phildar''' : C'est fait.
'''Gérard''' : Jeannot, tu réponds à la dernière question, s'il te plaît.
'''Jeannot''' : Moi, je ne crois pas en toutes ces conneries.
'''Gérard''' : D'accord, si tu ne crois pas...
'''Jeannot''' : C'est mon droit, c'est mon droit.
'''Gérard''' : Bonne nuit, Jeannot. Bonne nuit ! Patrick ?
'''Patrick''' : Oui, donc, moi, déjà, à la base, je ne crois pas aux horoscopes des magazines. Donc, il me serait très difficile de croire en l'horoscope chinois. Mais vu que je n'ai aucune notion de l'horoscope chinois en lui-même, je ne peux pas trop m'étendre sur cette question.
'''Samy''' : Il faut écouter l'horoscope en chinois à la radio, il n'y a que ça qui est vrai.
'''Gérard''' : Alors, Sylvie ?
'''Sylvie''' : Oui ?
'''Gérard''' : Donc, et toi ?
'''Sylvie''' : Et moi, mais j'ai f"jà répondu, Gérard.
'''Gérard''' : Donc, tout le monde a répondu. Bon, alors maintenant, ceux qui croient, ceux qui sont là, donc, Patrick, il est calmé. Et tu vas me le calmer, s'il ne veut pas son signe astrologique, on lui dira au revoir tout de suite.
'''Patrick''' : Mais si, mon signe astrologique, c'est Lyon, Gérard.
'''Manu''' : On accueille Jaco.
'''Jaco''' : J'y crois dur comme fer à l'astrologie.
'''Cécile''' : Je voulais poser une question.Je voulais savoir, Gégé ? Non, mais, une petite parenthèse. Est-ce que t'as une peau de bébé, Gégé ?
'''Gérard''' : Oui.
'''Cécile''' : J'adore les mecs qui ont des peaux de bébé. Elle est douce, ta peau, Gégé ?
'''Gérard''' : Bon, ça y est, terminé.
'''Samy''' : Je voulais savoir si t'avais déjà été voir un marabout ?
'''Gérard''' : Non.
'''Samy''' : Pourquoi ? T'en as peur, ou...
'''Gérard''' : Non, mais, même...
'''Patrick''' : Un marabout de ficelle ?
'''Gérard''' : Bon, qui c'est qui parle, là, derrière ?
'''Samy''' : Non, mais, c'est quand même une question sérieuse. Alors, celui qui déconne derrière, il va gerber, hein.
'''Gérard''' : Non, mais, Manu, ça te dérange pas ?
'''Manu''' : Non, je croyais qu'on était partis sur les jeux de mots, donc...
'''Reego''' : Un marabout yabès, aussi.
'''Manu''' : Un maraboutique, un maraboutien...
'''Gérard''' : Ça te dérange pas, maintenant ? Bon, alors, Sylvie, ton signe astrologique. ''Premiers mots de la chanson des chevaliers du Fiel, acapela : Je te prendrai nu''. Bon, PHildar, s'il te plaît ! Bon, et vous arrêtez, maintenant.
'''Samy''' : Hé, Gérard, tu m'as pas répondu.
'''Phildar''' : Allez, rapide, rapide, on a plus que dix minutes. Allez, hop !
'''Gérard''' : Non, non, il me reste huit minutes, ça va aller vite. Donc, au fur et à mesure, je vous donne... Bon Sylvie !
'''Phildar''' : Chacun votre tour, tu les mets tous hors antenne, et voilà.
'''Gérard''' : Alors, Sylvie !
'''Sylvie''' : Taureau, j'ai dit.
'''Gérard''', ''feuillette le magazine'' : Alors, taureau, taureau, taureau, taureau... Alors, en amour... Alors, les relations natives du début du signe s'améliorent, les conflits s'apaisent.
Mais attention, une nouvelle crise n'est pas impossible.
Dans peu de temps, il faut donc s'efforcer de comprendre l'autre.
Un voyage pourrait être idéal pour retrouver la sincérité.
'''Sulvie''' : Non, non, c'est bien, parce que je vais partir en voyage, donc c'est parfait.
'''Phildar''' : Gérard, il sait des trucs.
'''Gérard''' : Donc, travail argent, pour continuer... Ça, c'était l'amour, hein ? Donc, du bon et du mauvais sont programmés dans ce secteur. Certes, la carrière, les projets ne sont pas très favorables en ce moment. Mais le troisième décan pourrait conclure un bon arrangement financier. S'ils savent agir dans la discrétion, les natifs du deuxième décan assurent leurs arrières.
'''Sylvie''' : C'est exactement ça, brav Gérard.
'''Gérard''' :
'''Sylvie ''' : eh bien c'est exactement ça, bravo Gérard.
'''Gérard''' : Ok. Et santé, détente impératif.
'''Sylvie''' : Oui, ça c'est vrai aussi.
'''Phildar''' : Ça fait 500 balles, Sylvie.
'''Gérard''' : Donc, Sylvie, qu'est-ce que tu as pensé du débat ? En même temps, je fais la conclusion.
'''Sylvie''' : Je trouve que ça a été très sympa. Franchement, c'est un des débats que j'ai préférés. Tout le monde était super sympa et tout. Et je trouve que tu t'es un petit peu calmé.
'''Gérard''' : Ok. Voilà. Ok, je te remercie.
'''Sylvie''' : Mais merci à toi.
'''Gérard''' : Ok. Allez, à la prochaine. Salut. Alors, Patrick, maintenant.
'''Patrick''' : Lion.
'''Gérard''' : Lion. Alors, les Lions, les Lions... Alors, entre étapes... ''bruits dans les combinés téléphoniques''. Bon, Phildar, s'il te plaît, là, c'est pas... T'arrêtes un peu, maintenant.
'''Patrick''' : Vas-y, Gérard, je t'écoute.
'''Gérard''' : Donc, alors, étape sentimentale importante pour les natifs du début du... du deuxième décan. Certains pourraient prendre la décision d'une vie en commun. Si ce n'est pas... Si ce n'est pas... Si ce n'est d'un mariage, début des signes. D'une façon ou d'une autre, le partenaire actif semble lointain, indifférent. On se sent seul. Donc, bon passage professionnel pour le troisième décan. Ses idées sont bien accueillies. Il peut faire équipe quelques freins sur les lieux du travail pour le deuxième décan. Rien de grave. Les associés l'aident qu'on... concrétiser et stabiliser ses projets, sa carrière et pour ta santé, éviter les efforts physiques. Donc, qu'est-ce que tu as pensé du débat ?
'''Patrick''' : Ce que j'ai pensé du débat, c'était très instructif.
On a pu échanger pas mal d'opinions puisque les... les protagonistes du débat ont de très bons raisonnements les uns comme les autres et je trouvais que c'était l'un de tes meilleurs débats.
'''Gérard''' : D'accord. Ok, je te remercie. Allez,
à la prochaine.
'''Phildar''' : À la semaine prochaine. Ouais.
'''Gérard''' : Cécile ! ''silence''. OH vous me mettez Cécile !
'''Phildar''' : Manu, putain !
'''Cécile''' : Je suis poisson !
'''Gérard''' : Le calme règne dans l'université
sentimentale et certains ne s'en plaindront pas. Ils se reposent peut-être du récent climat un peu trop passionné à leur goût. ''Phildar émet des bruits de pet avec sa bouche''. Merci pour celui qui s'amuse à péter.
'''Cécile''' : Gérard, j'ai rien compris.
'''Phildar''' : Ouais, ben... T'inquiète pas, moi non plus.
'''Cécile''' : Gérard, tu peux répéter parce que j'ai pas suivi...
'''Gérard''' : Ouais, non mais attends, il me reste quatre minutes et il y a encore...
'''Cécile''' : Ben vas-y, moi j'ai besoin que de l'amour, c'est tout, ne me dis rien d'autre.
'''Gérard''' : Alors, se protéger du froid.
'''Cécile''' : Non, j'ai dit amour, Gérard, j'ai pas dit santé. Ben ben...
'''Gérard''' : Oh, ouais, je viens de te le dire. Ils se reposent peut-être d'un récent climat un peu trop passionné à leur goût. Les amis sont le refuge des natifs
du deuxième décan, mais attention de ne pas mêler argent et amitié. Voilà. Donc, qu'est-ce que t'as pensé du débat ?
'''Cécile''' : Ben écoute, j'ai pensé du débat, c'était bien, je me suis bien amusée, et puis comme toujours, Manu, c'est le meilleur, et Gérard, c'est le meilleur. Gérard, un peu moins, mais bon, c'est bon, quoi.
'''Gérard''' : Ok, ben tu vas revoir...
'''Manu''' : 23 janvier, mon anniversaire pour aujourd'hui, hein, merci.
'''Cécile''' : Et je vous embrasse, joyeux anniversaire, Manu.
'''Gérard''' : Samy ?
'''Samy''' : Je suis verso, Gérard.
'''Phildar''' : Verso litaire ?
'''Samy''' : Oui, tout à fait.
'''Gérard''' : Ouf, dans un climat sentimental,
plus serein que les natifs du premier décan, abordent l'année nouvelle, attention, ce déchaînement de passion pourrait de nouveau se déclarer d'ici à quelques semaines. Tous les signes évoluent à l'aise dans son environnement.
'''Samy''' : Oh, c'est ma passion pour toi, Gérard.
'''Gérard''' : Les natifs du troisième décan continuent sur leur lancée vers leur réussite et des succès. Un accord professionnel pourrait concrétiser cette tendance très dynamique. Le deuxième décan sait très bien canaliser, cette énergie. Il a même progressé vers les buts. Tous les signes sont... Tous les signes sont en forme. Voilà. Et qu'est-ce que t'as pensé du débat ?
'''Samy''' : Ah, très bien, Gérard. Un très bon débat, un très bon sujet. Je voulais juste te demander, savoir, dans ton horoscope, qui va gagner la Coupe du Monde de football ?
'''Gérard''' : Ah, là, je sais pas.
'''Samy''' : Tu peux pas me le dire ?
'''Gérard''' : Non, parce que je suis pas amateur de foot.
'''Samy''' : Ah, mais c'est pas marqué dans l'horoscope ?
'''Gérard''' : Non.
'''Samy''' : C'est un horoscope qui vient d'où ?
'''Gérard''' : D'un magazine.
'''Phildar''' : D'un magazine télé, hein.
'''Samy''' : Ah, c'est un magazine télé.
'''Phildar''' : Si tu veux le retrouver, tu sais où tu vas.
'''Gérard''' : Donc, voilà, Samy.
'''Samy''' : Eh ben, Gérard, je te souhaite une bonne soirée. Et puis, félicitations pour tes sujets. Et à la semaine prochaine.
'''Gérard''' : OK. Joconde.
'''Joconde''' : Moi, je suis verso, donc je viens d'entendre. Et donc, voilà.
'''Gérard''' : Ben, OK. Ben, je suis désolé.
'''Manu''' : C'est pas grave, t'as qu'à dire que t'es balance.
'''Phildar''' : Conclusion du débat, quand même.
'''Reego''' : Et toi, Gérard, toi.
'''Joconde''' : Ben, moi, j'ai trouvé ce débat excellent. Je trouve qu'il y avait une super ambiance. Bon, des fois, un peu le bordel avec le standard, quoi. Mais je t'ai trouvé super ce soir. C'est peut-être Sandy qui t'a rendu comme ça. Mais j'espère qu'il y aura plein de débats qui se passeront aussi bien.
'''Gérard''' : OK, je te remercie. Au revoir. Jaco.
'''Jaco''' : Madame Irma, donc, je suis Sagittaire. Je vais trouver du taf ?
'''Gérard''' : Ah, ben, attends, je vais te le dire. Alors, Sagittaire, c'est encore l'environnement proche très aimé qui permet à l'ensemble des signes de s'épanouir. On y est populaire et on joue les leaders. Le tout début du premier décan séduit. Les natifs du deuxième décan s'établissent solidement dans leurs liens actifs. Travail et argent, les contacts, entretiens, cours, voyages sont toujours... sont toujours au programme. Très, très favorables. Les études et les stages permettent des succès.
Les natifs du troisième décan pourraient signer un accord, un contrat qui renflouerait leurs finances.
Deuxième décan. Une deuxième... Une deuxième...
'''Jaco''' : Excuse-moi, Gérard, c'est quoi cette histoire de décan ?
'''Gérard''' : Ben, c'est... C'est des décans, ça dépend de...
'''Phildar''' : De où, aussi ? De quand et d'où.
'''Manu''' : De comment aussi, je crois.
'''Gérard''' : Bon, non, mais attends, Manu, s'il te plaît.
'''Max''' : Mais Caen, c'est pas une ville, Gérard, au départ ?
'''Manu''' : C'était pour expliquer.
''Bart, animateur succédant à Gérard sur la grille, entre dans le studio''.
'''Gérard''' : Non.
'''Max''' : Il y a des décans aussi, de camp.
'''Gérard''' : Mais non !
'''Bart''' : Les rillettes de Caen, par exemple.
'''Gérard''' : Mais non ! Ouais, mais c'est bon, Bart.
'''Manu''' : La moutarde de Dijon et les saucisses de Strasbourg.
'''Gérard''' : Si tu veux, je vais te laisser finir, comme ça.
'''Phildar''' : Bon, t'arrêtes les embrouilles, Bart, c'est bon.
'''Gérard''' : Et toi, tu te tais, merci.
'''Manu''', ''se mouche bruyamment, micro ouvert'' : Pardon, excusez-moi.
'''Jaco''' : J'aimerais que tu me répondes sérieusement, quand même, parce que...
'''Gérard''' : Non, mais deuxième décan...
'''Jaco''' : C'est important, c'est mon avenir, quand même.
'''Gérard''' : Ouais, mais deuxième décan, ça dépend déjà du quel mois que t'es.
'''Jaco''' : Moi je suis du mois de décembre.
'''Gérard''' : Décembre, ouais, mais quel mois, quel jour ?
'''Jaco''' : Premier, premier.
'''Gérard''' : Premier décembre, bon, c'est ça, c'est le premier décan, à mon avis.
'''Jaco''' : Ah, premier décan.
'''Phildar''' : Voilà, Tony, bonne nuit.
'''Gérard''' : Voilà, et puis, pour la santé, que je termine, deuxième décan, fatigue, voilà.
'''Jaco''' : Fatigue ? Donc, je pourrai participer, quand même, la semaine prochaine, même si je suis fatigué ?
'''Gérard''' : Non, si t'es fatigué, tu participeras pas.
'''Jaco''' : Oh, ben, j'aurai la pêche, alors.
'''Gérard''' : Ouais, ben, j'espère.
'''Gérard''' : Bon, ben, je voulais te souhaiter une bonne soirée, quand même. Puis, peut-être demain, à la loco.
'''Gérard''' : Non, ben, j'y vais pas, malheureusement.
'''Jaco''' : Moi, j'irai, moi.
'''Gérard''' : Ben, c'est bien. Donc, ben, sur ce, le deuxième débat, s'est...
'''Phildar''' : S'est bien passé, hein, comment ?
'''Manu''' : C'était super bien, ce soir.
'''Gérard''' : Non, c'était un peu bordel.
'''Phildar''' : C'était bien sympa, on s'est bien marrés.
'''Gérard''' : C'était un peu le bordel avec Manu.
'''Manu''' : Non, c'était bien.
'''Phildar''' : Oh, non, c'était bien.
'''Reego''' : Il y a même un moment où t'as été beau.
'''Manu''' : Oh, la vache.
'''Reego''' : Non, mais sérieux, je t'ai regardé à la télé, t'étais beau.
'''Manu''' : Dis pas des trucs comme ça, dis pas des trucs comme ça.
'''Gérard''' : Donc, voilà, donc, vous allez retrouver la nuit sans pub avec Bart et puis les fun embrouilles.
'''Phildar''' : Non, c'est fini, ça, Gérard.
'''Gérard''' : Et puis, je vous retrouverai peut-être la semaine prochaine si ça s'est calmé avec ce que j'ai dit en début d'émission. Donc, ben, sur ce, je vous dis à la semaine prochaine et puis...
'''Phildar''' : Et on se quitte avec quoi ?
'''Gérard''' : On se quitte avec un remix et puis c'est tout.
''Une musique est lancée''.
== Le débat sur les stations ==
=== Contexte ===
Nous sommes le 29 janvier 1998. Le format de l'émission semble désormais stabilisé : Gérard a réussi à se passer d'Olivier, le trouble-fait des effets techniques, remplacé de manière plus permanente par Phildar. Manu, seul au standard, est parfois entouré de Reego. C'est d'ailleurs un peu lui qui, en lien privilégié avec les « habituels », que sont alors surtout Tony, Franck (Ultraman), Rita et quelques autres, devient une sorte de chef d'orchestre. Ralentissant le mouvement lorsque l'émission s'emballe, l'accélérant quand elle se refroidit, c'est un peu lui qui, aux côtés de Phildar qui amplifie par des commentaires remarquables et des initiatives sonores à succès, donne la température à l'émission. Ce nouveau foramt, moins bruyant, moins vulgairte, donne toute sa place à gérard dans son expression. Si bien qu'il prend cette place et trace alors magnifiquement des tableaux surréalistes. Tableaux d'autant plus simple qu'il est emmené sur des sujets hors de son champ de prédilection. Ce soir-là, ce débat a été écrit par Fesse de Babouin, comme de nombreu autres. Il est probable qu'il l'ait aidé à écrire l'autre, d'ailleurs, sur un sujet que Max a suggéré mais qu'il ne connaît pas le moins du monde.
Le point d'histoire ici, c'est de rappeler que Reego était assistant d'antenne sur Funradio depuis 1997. Mais il passait ses nuits dans les studios. Il semble aujourd'hui inconcevable de voir des gens passer autant de temps sur leur lieu de travail. On aura l'occasion de le redire, quand on verra toute l'équipe présente en direct la veille de Noël, mais cette époque était celle du métier passion, où chcaun sacrifiait un peu de sa vie personnelle, car la radio leur offrait une ambiance amicale, du matériel et des ressources musicales inestimables et uniques, à une époque où l'accès à tout cela était très difficile pour des amateurs. Ironiquement, on notera d'ailleurs que cela n'a empêché personne de faire sa vie, généralement au début des années 2000, avec femme et enfants.
Comme d'habitude, l'émission commence par une libre antenne avec les auditeurs : Constant, auditeur auteur de nombreuses productions sur le personnage de Gérard, propose une fausse lettre/poème d'excues face au harcèlement de Gérard. Tout en rappelant les faits de harcèlement subis par l'animateur, il lui adresse un message pour son personnage, d'une violence certaine, que Gérard ne comprend tout simplement pas. Surpris, Max feint l'agacement sur la violence du message, avant de se rendre compte que Gérard n'a pas compris et donc, d'abonder dans le sens de l'histoire : de belles excuses qu'il faut transmettre par courrier chez Gérard. Max passe immédiatement au registre ironique en soulignant combien le texte « est limpide » et sans ambiguïté. Cette réconciliation aboutit immédiatement à la reprise des sketchs autour de courrier, des habituels, etc.
On retrouve également les fameuses statistiques de Goldorak, agaçant toujours Gérard et amusant toujours beaucoup Max. Goldorak et les habituels commencent à tisser de vrais liens avec l'équipe d'animateurs. Ce lien se concrétisera par une venue directe et physique dans les studios de la radio en février. Nous y reviendrons. Chose inédite, Goldorak, devenu Goldo, fait son apparition au cœur des débats, en tant que participant.
Le courrier est à l'honneur, les fausses excuses de Manu, bref tout y passe. Max commence à donner d'utiles conseils à Gérard : face au courrier reçu chez lui, il n'a qu'à le jeter sans le lire. On apprend, ce soir-là, que Sandy vient de s'installer chez Gérard. Elle vit donc désormais avec lui. Le couple est né. Elle est encore présente dans le studio, silencieuse et immobile, mais hilare face au courrier. Elle commence à trouver le jeu à l'encontre du personnage de Gérard plutôt amusant. C'est une première bascule pour elle.
Autre bascule fondamentale, Goldorak, devenant Goldo, fait sa première apparition hors des statistiques, il devient un acteur des débats. Ce sera son premier d'une très longue série qui, comme Tony, Mégane et Arnet, le conduira jusqu'à la fin de cette épisode de l'histoire en 2002.
C'est également dans cette émission que, constamment, l'équipe donne à Gérard des titres ubuesques à lire. Cette pratique, qui ne quittera plus jamais l'émission, sera, à terme, l'une des plus belles preuves que gérard était parfaitement conscient de ce qu'il se passait autour de lui et l'acceptait comme contrepartie du bénéfice qu'il tirait de son rôle. Sans avoir joué un rôle purement fictif, il en jouait un, qu'il assumait, mais nous le verrons lors du débat approprié.
=== Les personnages ===
* Gérard Cousin : Gérard
* Franck Bargine : Max
* Manu et Phildar
* Pauline, Stéphanie, Barbara
* Rita : Nicole
* Mégane : Marie-Monique, Bénédicte
* Fred, Curedent
* Goldo : Cédric, Albator, Xor, Éric, Patrick
=== Transcription ===
''[Sandy est assise près de Gérard, immobile et silencieuse]''.
'''Gérard''' : Donc, bonsoir à tous, nous, nous voilà partis pour au moins durer jusqu'à 4 heures, si tout se passe bien. Donc, les deux thèmes de débat ce soir, c'est sur le ping-pong et les stations service. Alors, si vous voulez nous joindre, c'est toujours le 0803 08 5000 et 0800 70 5000, et toujours le 3615 code Funradio rubrique direct. Donc, on accueille Pauline.
'''Pauline''' : Salut Gérard.
'''Gérard''' : Bonsoir. Nicole. Marie-Monique. Fred. Curedent. Et Cédric. Donc, alors, la première question sur les stations. Allez-vous souvent dans les stations service ?
'''Marie-Monique''' : Oui.
'''Gérard''' : Oui qui ?
'''Marie-Monique''' : Oui, Marie-Monique. Je vais faire le plein, donc, ouais, j'y vais.
D'accord.
'''Pauline''' : Ouais, c'est Pauline, ouais. Ouais, non, moi, j'y vais jamais,
mais sauf pour acheter de la bouffe, ouais, j'y vais, ouais.
'''Gérard''' : Hum. Nicole.
'''Nicole''' : Ouais, ben moi, j'y vais. Je vais dans les stations service et pour faire le plein et pour rencontrer de jolis garçons.
'''Gérard''' : D'accord. Fred.
'''Fred''' : Ben, écoute, moi, j'y vais simplement pour gagner des cadeaux, tu sais, des assiettes, tout ça, les bons, les peluches. J'en ai 50 chez moi.
'''Gérard''' : Hum. Cure-dents.
'''Curedent''' : Moi, j'y vais pour aller aux chiottes.
'''Gérard''' : Hum. D'accord. Et Cédric ?
'''Cédric''' : Ouais, ben, j'y vais, ben, quand j'ai besoin d'un service, quoi, d'un coup de main.
'''Gérard''' : D'accord. Non, mais attendez pas que je vous demande à chaque fois pourquoi vous y allez, hein. Parce que là, vous commencez à me les gonfler, là, déjà, dès le début, hein.
'''CUredent''' : Ah, on t'entend mal, Gégé.
'''Gérard''' : Ouais, ben, vous m'entendez mal, vous n'avez qu'à vous réveiller aussi un peu, hein, parce que ça...
'''Fred''' : Ben, pour les peluches, Gérard, de toute façon.
'''Gérard''' : Ouais, ben, peut-être, mais c'est pas... Y a pas que ça, hein, pour...
'''Fred''' : Ah, si, y a que ça.
'''Pauline''' : Et toi, tu vas pour quoi, toi ?
'''Gérard''' : Ben, moi, j'y vais, c'est pour... Bon, j'ai pas... ''[sonnerie d'un vieux téléphone fixe à cadrant]''. Eh, qui c'est qui s'amuse à ça, là ?
'''Nicole''' : C'est chez toi, ça, Gégé ?
'''Gérard''' : Oh, c'est qui, là, qui s'amuse avec un téléphone, là ? C'est qui qui joue avec un téléphone ? Mais si ça joue comme ça, ça va sauter d'entrée, hein. Je vous préviens d'entrée.
'''Pauline''' : C'est Sandy, c'est Sandy.
'''Gérard''' : La première qui recommence à ça, je vais virer les trois nanas, je vais en reprendre d'autres. Faites gaffe à vous.
'''Cédric''' : Attention les filles, attention.
'''Gérard''' : Donc, pendant l'été, avez-vous été dans les stations thermales ?
'''Phildar''' : C'est quoi une station thermale, Gégé ?
'''Gérard''' : Une station thermale, c'est de... Bon, ben, c'est un truc pour... Thermale. Une station thermale, c'est une station thermale.
'''Phildar''' : C'est pour prendre la température ? Ah ouais, d'accord.
'''Gérard''' : Pas spécialement.
'''Nicole''' : Moi, j'y vais, c'est pour soigner mon rhumatisme. Donc, j'ai les os un peu fragiles et puis, moi, je me fais... On me fait des massages avec de la boue et de l'argile. Tout ça, c'est cool, quoi. Les jets de douche tout froid dans le dos. Ouais, ça me remet d'applomb parce que je souffre de rhumatismes, voilà.
'''Gérard''' : D'accord.
'''Fred''' : Là, c'est Fred, là. Ouais, ben, moi aussi, j'y vais aussi pour me relaxer, me décontracter et tout. Puis, ils font souvent des promos aussi pour les cadeaux et j'en ai eu pas mal, quoi, là-bas.
'''Gérard''' : Non, mais attends. Eh, Fred, tu dégages. Non, non, Fred, tu dégages parce que... Dans les stations thermales, je n'ai jamais vu de cadeaux.
'''Fred''' : Si on peut gagner à la télévision dans des jeux toute une semaine.
'''Gérard''' : Ouais, mais si tu regardes trop la télé, mon pote.
'''Fred''' : C'est vrai, Gérard. Une semaine dans une station, c'est pour ça qu'il existe.
'''Pauline''' : Ouais, moi, j'ai gagné un bon 100 balles, moi.
'''Gérard''' : Ouais, mais il y en a qui regardent trop les pubs à la télé.
'''Curedent''' : Je vais souvent à Deauville, moi.
'''PHildar''' : Excuse-moi, Gégé, il y a une question d'un mec au standard qui vient de m'appeler. Il me demande si on peut faire le plein dans une station thermale.
'''Gérard''' : Non.
'''Nicole''' : Ben, si.
'''Gérard''' : Le plein de quoi ?
'''Fred''' : Le plein de forme.
'''Nicole''' : Le plein d'essence, de plomb, de gazole, du coup.
'''Gérard''' : Ben oui, c'est ça. Dans une station thermale, tu vas faire le plein de gasoil, toi. Non, mais tu es complètement chtarbée, Nicole.
'''Manu''' : Tu prends des bains au gasoil.
'''Gérard''' : Ouais, tu prends des bains plutôt au gasoil. Curedent.
'''Curedent''' : Je vais à Deauville, moi.
'''Gérard''' : Attends 5 minutes. Phildar, s'il te plaît.
'''Phildar''' : Oui, Gérard.
'''Gérard''' : Tu me réveilles, là ? Tu me les réveilles ? Curedent et puis Cédric, là, il faudrait peut-être qu'ils se réveillent un peu, là.
'''Phildar''' : Je leur file quoi ? Un petit Banania ?
'''Gérard''' : Monique, là, vous vous réveillez, là, ou quoi ?
'''Phildar''', ''[hurle hors micro]'' : Oh, tu te réveilles !
'''Marie-Monique''' : Ben, moi, je vais dans les clubs échangistes thermales. Tu fais ton truc dans la boue, tu fais des trucs sous la douche et c'est vachement... Ça relaxe.
'''Gérard''' : D'accord.
'''Pauline''' : Ouais, moi, non, moi, je vais en thermale mais pas en station, moi.
'''Gérard''' : C'est-à-dire ?
'''Pauline''' : C'est-à-dire, ben, je vais en thermale mais pas en station, quoi.
'''Gé"rard''' : il y a des stations... Il y a des stations thermales, mais explique pourquoi que tu vas pas en station thermale ?
'''Pauline''' : Parce que je vais en thermale et pas en station.
'''Gérard''' : Mais alors, mais pourquoi ? Explique !
'''Pauline''' : Non, parce que station, moi, c'est station de ski, mais non, moi, je vais pas en station, quoi. En thermale, c'est tout.
'''Gérard''' : Mais il y a station de ski et station thermale, hein. Je suis désolé.
'''Cédric''' : Il y a station thermique.
'''Phildar''', ''[crie hors micro]'' : Mais n'importe quoi, les auditeurs !
'''Cédric''' : Ben, les bains douche, les bains thermaux, tout ça.
'''Gérard''' : Non, mais il y en a... Là, je crois que vous êtes en train de dormir, là, pour l'instant.
'''Cédric''' : Les bains turcs, tu connais ou pas ?
'''Gérard''' : Non. C'est qui qui dit ça ?
'''Cédric''' : C'est Cédric.
'''Gérard''' : Non, je connais pas.
'''Nicole''' : Et Gégé ? C'est Nicole. Tu t'es jamais fait masser dans une station thermale ? T'es jamais allé ?
'''Gérard''' : Non.
'''Nicole''' : Ah ben, c'est très relaxant, hein.
'''Curedent''' : moi je vais dans les hammam pour les hommes.
'''Phildar''' : C'est quoi un hammam, Gérard ?
'''Gérard''' : Un hammam, c'est un truc pour se relaxer, qu'on accroche aux arbres. ''[hilarité générale]''. Fred ! Fred !
'''Nicole''' : C'est un hamac, ça !
'''Gérard''' : Fred !
'''Marie-Monique''' : T'es vraiment trop bête, Gérard.
'''Gérard''' : Bon ben... Attends, qui c'est qui vient de dire que j'éttais trop bête ?
'''Pauline''' : C'est Nicole.
'''Nicole''', ''[outrée]'' : Ça va pas, non ? Tu te calmes, ma pauvre.
'''Gérard''' : J'en connais, tout à l'heure, qui vont gerber.
'''Fred''' : Calmez-vous, les enfants.
'''Gérard''' : Fred, tu te réveilles !
'''Fred''' : Ouais, je suis là, y a pas de problème. Écoute, moi, ouais, je suis dans la station thermale, j'y vais souvent, ouais, parce que je te dis que c'est relaxant, c'est agréable et y a plein de femmes, quoi.
'''CUredent''' : C'est vrai que c'est bandant, quand même.
'''Gérard''' : Eh dis donc, vous êtes pas... Au premier débat, vous dormez un peu, là. ''[bruit de klaxon de voiture]''.
'''Marie-Monique''' : J'arrive.
'''Gérard''' : Eh oh, qui c'est qui s'amuse, là ?
'''Marie-Monique''', ''[réagissant à un nouveau bruit de klaxon émis par le studio]'' : T'attends deux secondes, j'arrive.
'''Gérard''' : Qui c'est, là ?
'''Marie-Monique''' : Je suis au téléphone là, t'attends. ''[nouveau bruit de klaxon]''
'''Marie-Monique''' : T'attends deux secondes, j'arrive.
'''Curedent''' : Putain, mais ferme ta fenêtre, sans déconner.
'''Pauline''' : Vas-y, fais la question suivante, hein.
'''Gérard''' : Non, mais attends, moi, je veux savoir qui c'est qui s'amuse à klaxonner derrière.
'''Pauline''' : Mais on s'en fout.
'''Curedent''' : C'est dehors, Gégé, elle a pas fermé sa fenêtre.
'''Gérard''' : Bon, pensez-vous qu'il n'y a pas assez de place de stationnement ?
'''Fred''' : Ah, t'as bégayé, on comprend rien.
'''Gérard''' : Pensez-vous qu'il n'y a pas assez de place de stationnement ?
'''Fred''' : Où ?
'''Gérard''' : Partout.
'''Pauline''' : Dans les stations thermales ?
'''Curedent''' : Non, dans les stations de ski.
'''Gérard''' : Soit dans les stations de ski ou quand y a des matchs.
'''Cédric''' : Une station de ski, c'est pas fait pour se garer, hein.
'''Fred''' : Alors, je suis allé au Stade de France et on m'a volé ma voiture.
'''Nicole''' : Ça fait de la bonne pub, hein.
'''Gérard''' : Ça fait une superbe pub, hein, Fred.
'''Fred''' : Écoute, je sais pas, hein.
'''Gérard''' : Je te parle des places de stationnement, je te demande pas si on t'a piqué ta voiture.
'''Fred''' : Ah, mais je l'ai retrouvée, hein. Je l'avais mal garée, quoi.
'''Nicole''' : Moi, je dis qu'il n'y en a pas assez, hein.
'''Gérard''' : Pourquoi ?
'''Nicole''' : Bah, écoute, aux heures de pointe, à n'importe quelle heure, c'est toujours plein. Et, euh... C'est chiant, quoi. T'es obligé de descendre ta voiture et de la garer n'importe où.
'''Fred''' : Tu la gares où tu veux. Tu t'en fous.
'''Curedent''' : Ah, tu viens en métro ?
'''Nicole''' : Sous un arbre, tu te trouves des coins isolés, hein, parce qu'il n'y a pas assez de place.
'''Curedent''' : Ouais, bah, moi, je trouve qu'il y a trop de places de parking, ouais. Il y a trop de pollution.
'''Cédric''' : Non, non. Il n'y en a pas assez. Tu te fais embarquer ta voiture à la fourrière. Tu la retrouves, elle est avec des Pékinois, des Tekel, des Clébard, et tout ça.
'''Gérard''' : Curedent, tu te réveilles ?
'''Curedent''' : Bah, je t'écoute.
'''Gérard''' : Non, mais attends. Curdeent, tu dégages. Allez, là ce coup-là, tu m'énerves.
'''Phildar''' : Mais pourquoi ? Qu'est-ce qu'il a fait ?
'''Gérard''' : Mais attends, je lui pose la question,
'''Phildar''' : Mais c'est Curedent qui avait répondu et tu demandais à Cédric.
'''Cédric''' : Mais non, c'est Cédric qui avait répondu.
'''Phildar et Cédric''' : Oh là là.
'''Gérard''' : Ouais, mais je pense qu'ils dorment, là, ce soir. Eh, Pauline, là, tu te réveilles ou quo ?
'''Pauline''' : Ouais, ouais, c'est bon, je suis réveillée, ouais. Vas-y, tu peux répéter la question, s'il te plaît ?
'''Gérard''', ''[agacé]'' : Eh, tu te fous de moi, là, ou quoi, Pauline ?
'''Nicole''' : Est-ce qu'il y a assez de places ?
'''Gérard''' : Pensez-vous qu'il n'y a pas assez de places ? Eh, c'est quoi, là,
ce bruit, là ? (''on entend, en bruit de fond de Pauline, un bruit de moteur type ventilateur ou appareil ménager qui tourne, bruyamment'').
'''Phildar''' : Mais c'est un mec avec... C'est un routier, c'est routier. C'est... Curedent, c'est un routier, il est en camion, je ne sais pas.
'''Curedent''' : Va fermer ta fenêtre, sans déconner.
'''Cédric''' : T'appelles une station service, ça tombe bien.
'''Gérard''' : D'accord. Bon, alors, Pauline ? Pensez-vous qu'il n'y a pas assez de place de stationnement ? Réveille-toi, s'il te plaît.
'''Pauline''' : Oui, il y en a assez, ouais, il y en a assez, ouais, mais il y a trop de voitures.
''Un extrait des petites anonces de Elie Semoun est lancé, disant le mot « Bonjour ». Amusés, deux auditeurs répètent le mot avec son accent russe''.
'''Gérard''' : Bon, ouais, je sens que ça va pas... Curedent, il va sauter, lui.
'''Phildar''' : Mais Curedent, je l'ai mis en attente, c'est même pas lui, alors arrête de dire des conneries.
'''Gérard''' : Bon, alors, c'est qui ?
'''Phildar''' : J'en sais rien.
'''Marie-Monique''' : Moi, je trouve qu'il n'y en a pas assez, parce que quand je vais à Inter ou quand je vais à Mamout, il n'y a jamais de place pour se garer, t'es loin, et puis c'est chiant, il n'y a pas assez de place.
'''Pauline''' : Mais tu vas en vélo, hein.
'''Marie-Monique''' : En vélo, quand tu vas faire tes courses, c'est pas pratique.
'''Pauline''' : Eh ben, tu prends un sac à dos.
'''Cédric''' : T'as le caddie.
'''Gérard''' : Ben ouais, ben voilà, tiens. C'est qui qui vient de dire ça ?
'''Cédric''' : C'est Cédric.
'''Gérard''' : Ouais, ben... Avec un caddie, tu peux aller jusqu'à ta voiture, quand même.
'''Pauline''' : Mais non, mais tu prends tes patins à roulettes et tu pousses le caddie avec tes patins.
'''Marie-Monique''' : Mais même, c'est chiant, tu tournes trois heures, il y a des connards...
'''CUredent''' : Tu piques le caddie d'une vieille dans le supermarché, ça suffit.
'''Pauline''' : Ouais, mais de toute façon, t'as des klaxons sur les caddies, maintenant.
'''Gérard''' : Comment ? Hein ? T'as des klaxons, maintenant, sur les caddies. Ah bon c'est nouveau ça.
'''Marie-Monique''' : Ouais, ben si, hein. Tu vas à Mamout, il y a des klaxons sur les caddies. Il y a des feux rouges, même, maintenant, entre les allées.
'''Cédric''' : Maintenant faut même un permis. T'as ton permis de caddie, Gégé, ou pas ?
'''Gérard''' : Ouais.
'''Cédric''' : T'as ton permis de caddie ? Ah, c'est cool.
'''Marie-Monique''' : Priorité à droite et tout. Putain, tu te fais aligner, en plus.
'''Gérard''' : Ouais, mais ça, de toute manière, il y a des feux rouges, maintenant, s'ils mettent des feux rouges, c'est parce qu'il y a eu sûrement des accidents.
'''Marie-Monique''' : Des accidents mortels, c'est sûr.
'''Nicole''' : T'as ton permis de caddie depuis quand ?
'''Gérard''' : Ben, depuis... Depuis peu.
'''Nicole''' : Ah, depuis peu. Ah ouais, parce qu'au fait... Ben ouais, parce que moi, je l'ai pas encore passé, j'aimerais bien le passer, quoi.
'''Curedent''' : T'as quoi comme voiture, Gégé ?
'''Gérard''' : J'en ai pas.
'''Cédric''' : Tu fais des dérapages au frein à main avec ton caddie, Gégé ?
'''Gérard''' : Non, je le balance dans les jambes des gens.
'''Cédric''' : Est-ce que, sur ton caddie, Gégé, t'as fait du tuning, si t'avais mis des jentes larges, un pot chromé, tout ça ?
'''Gérard''' : Non.
'''Marie-Monique''' : T'as la CB ?
'''Gérard''' : Non.
'''Gérard''' : Bon, on continue, là, parce que ça commence à dormir et j'aime pas trop. Pourquoi moins de places de stationnement pour la Coupe du Monde ?
'''Cédric''' : Ben, c'est parce qu'on veut pas qu'en fait, si tu veux, les gens, ils vont venir de partout, du monde entier, t'sais, d'Amérique du Sud, tout ça. Et s'ils viennent tous avec leur caddie, ça va être le bordel. Donc, s'il y a pas beaucoup de place de stationnement, ben, ils viendront pas avec leur caddie.
'''Gérard''' : On parle pas de caddie, on parle de voiture pour l'instant.
'''Cédric''' : Ah, bon, excuse-moi.
'''Marie-Monique''' : Ben, c'est la même chose, en fait, hein. S'ils viennent... C'est Marie-Monique. S'ils viennent avec leur caisse, c'est clair, hein. Y aura pas de place. Imagine 80 000 places. Tu les mets où ?
'''Curedent''' : Faut y aller en TGV.
'''Marie-Monique''' : Ouais, mais tu le gares où ton TGV.
'''Cédric''' : Mais tu vas en hélico... pénard.
'''Nicole''' : Ben, écoute, comme tu sais, à la Coupe du monde, y aura le monde entier qui va venir, donc... L'Alaska, l'Amérique du Sud, tout ça. Et donc, chacun va venir avec son tracteur, son vélo, sa brouette...
'''Fred''' : Ça va être le bordel.
'''Nicole''' : ... son caddie et tout, quoi.
'''Gérard''' : Attendez a5 minutes, s'il vous plaît.
'''Manu''' : Sur Minitel, on nous demande... Tu as quoi comme permis ? 39 ou 44 tonnes ?
'''Gérard''' : 19.
'''Phildar''' : Christine, c'était une 19 tonnes ?
'''Manu''' : Elle faisait plus, hein.
''Le bruit de moteur reprend, intensément.''
'''Gérard''' : Eh, Curedent ! Curedent, s'il te plaît. Tu fermes ta glace ou t'arrêtes ton moteur.
'''Nicole''' : Gégé ? Je voulais savoir à quel âge t'as appris à conduire ? Je veux dire, je parle de voitures, quoi.
'''Gérard''' : C'était à 19 ans.
'''Nicole''' : À 19 ans ? La première fois que t'as pris le volant, c'était à 19 ans ?
'''Marie-Monique''' : Tu l'as eu au bout de combien de fois, ton permis ?
'''Gérard''' : Du premier coup.
'''Nicole''' : Ah, tu l'as eu du premier coup ?
'''Manu''' : Comme quoi, tout le monde peut l'avoir hein.
'''Cédric''' : Eh, Gégé, t'aimerais bien faire de la route ? ça te brancherait ?
'''Gérard''' : Ben, si j'en ai l'occasion, pourquoi pas.
'''Pauline''' : Je peux te prêter mon vélo, si tu veux.
'''Fred''' : t'as que le permis camin, c'est tout ?
'''Gérard''' : Non, j'ai le permis voiture et tout.
'''Fred''' : Ah, OK. Et moto ?
'''Gérard''' : Euh...
Jusqu'à 80 cm3. Ah ouais, Gégé !
'''Cédric''' : et tricycle ?
'''Fred''' : Et scooter des mers ? Sous-marin ?
'''Gérard''' : Non plus, mais ça, c'est des permis spécial.
'''Marie-Monique''' : Est-ce que t'aimerais avoir un permis spécial, tu vois, un permis d'hélico, n'importe quoi, pour t'évader ?
'''Gérard''' : Non, pas du tout. Bon, Pauline ?
'''Pauline''' : Oui, mon amour.
'''Gérard''' : Tu te calmes. Tu te calmes, Pauline.
'''Pauline''' : Oh, excuse-moi.
'''Cédric''' : Ça va être un drame.
'''Fred''' : Il est maqué maintenant.
'''Cédric''' : On rigole plus, les filles.
'''Gérard''' : Pauline ? Alors, tu te réveilles ?
'''Pauline''' : Attends, mais moi, j'ai parlé, ça y est. J'ai parlé du salon de l'automobile et tout.
'''Gérard''' : Bon, Nicole ?
'''Nicole''' : Écoute, Gégé, je t'ai dit. Chacun va venir avec son moyen de locomotion.
'''Pauline''' : Il faudrait peut-être que t'écoutes aussi, Gégé.
'''Gérard''' : Fred ?
'''Fred''' : Ouais, tu vas venir comment au stade ?
'''Gérard''' : Moi, j'y vais pas.
'''Cédric''' : Pourquoi, Gégé, t'as pas le foot ?
'''Gérard''' : Si, mais je préfère le regarder à la télé. Non, mais à la télé, c'est mieux. À la télé, c'est mieux. C'est mieux parce que, comme ça, si ça se baston, t'es pas dedans.
'''Marie-Monique''' : Ouai mais bon, t'as pas la PUlsion. Quand il y a le but, t'as pas la PUlsion de la foule qui monte.
'''Gérard''' : Ouais, mais ça, c'est pas pareil.
'''Cédric''' : Gégé ? Cédric, tu préfères le foot ou le foutre ?
'''Gérard''' : Cédric ? Eh, Cédric ?
'''Phildar''' : Va te faire foutre.
'''Gérard''' : Eh, Cédric ? Tu dis encore une connerie comme ça et tu sors.
'''Cédric''' : Un petit peu d'humour, un brin d'humour ne fait de mal à personne.
'''Gérard''' : Non, mais je te le dis tout de suite. Curedent, tu réponds, s'il te plaît.
'''Curedent''' : Moi, j'y vais en voiture électrique. J'aime pas l'essence. Je suis contre la pollution, Gégé.
'''Cédric''' : T'es contre Gérard, alors.
'''Gérard''' : Je vais te dire une chose, CUredent. Tu crois qu'une voiture électrique, tu pourras la recharger le temps des 45 minutes, des 90 minutes ?
'''Cédric''' : Tu prends des piles, c'est tout.
'''Nicole''' : Ah, moi, je trouve que c'est de la foutaise.
'''Cédric''' : Mais non, tu prends des piles avant, c'est tout.
'''Pauline''' : Mais non, tu prends une rallonge, tu la branches sur secteur.
'''Curedent''' : Mais je la branche dans le stade, moi. J'ai une rallonge
dans mon coffre.
'''Marie-Monique''' : Il y a des places exprès. <ref name="hist13"></ref>
'''Fred''' : Tu parlais du foot, là, tout à l'heure. Pourquoi tu veux pas y aller dans un stade ? T'as peur d'une baston ? T'as peur de la déclencher, toi ?
'''Gérard''' : Non, c'est que dans un stade, je sais pas si t'as vu tous les matchs qu'il y a eu pendant un moment donné, mais t'as qu'à voir aussi les supporters qui y sont.
'''Curedent''' : C'est vrai qu'on se prend des coups sur la gueule.
'''Pauline''' : Non, mais il peut y aller tranquiller avec Sandy, quoi.
'''Marie-Monique''' : Tu vas faire la tribune présidentielle.
''[des bruits d'animaux retentissent et se prolongent, du type phoque]''
'''Gérard''' : Oh ! On se calme un peu, là, s'il vous plaît.
'''Nicole''' : Je crois qu'il y a quelqu'un qui habite dans un laboratoire.
'''Manu''' : Gérard ? Sur Minitel, on nous demande si tu as tapé dans le ballon de Sandy.
'''Gérard''' : Je répondrai pas. ''[les bruits reprennent]'' Là, je crois qu'il faudrait peut-être qu'ils arrêtent de se foutre de sa gueule parce que j'aime pas trop ça.
'''Cédric''' : Ouais, ça se fait pas.
'''Curedent''' : J'aimerais bien l'entendre, on l'entend jamais, ça.
'''Cédric''' : On pourra entendre sa voix, Gégé.
'''Gérard''' : Non.
'''Pauline''' Elle est muette ?
'''Gérard''' : Elle veut pas. Elle veut pas.
'''Manu''', ''[réussissant à faire taire le mouvement de foule qui cherche à encourager Sandy à prendre la parole]'' : Gérard, Gérard, on a une question sur Minitel. On nous demande comment reconnaît-on Gérard dans un train ? C'est le seul qui cherche les chiottes dans la loco.
'''Gérard''', ''[sous l'hilarité générale]'' : N'importe quoi !
'''Pauline''' : Non, c'est parce qu'il sent l'Adidas, hein.
'''Gérard''' : Hé, Nicole, si tu continues, tu vas gerber, je te dis, toi.
'''Nicole''' : Ah, mais Gégé, ça me fait rire !
'''Gérard''' : Ouais, tu vas voir, tout à l'heure, ça va te faire rire, tu vas retourner au standard. Alors, cinquième question : achetez-vous votre ticket de métro dans les stations ou dans les tabac ?
'''Pauline''' : Moi, je prends jamais le métro, moi.
'''Marie-Monique''' : Bah, moi non plus, hein.
'''Gérard''' : Mais alors, qui ?
'''Cédric et Pauline''' : Bah, personne.
'''Gérard''' : Personne prend le métro comme par hasard.
'''Pauline''' : Et puis, quand je prends le métro, moi, je paye pas de ticket, moi.
'''Cédric''' : Et le bus, t'en fais quoi, Gégé, le bus ?
'''Gérard''' : Bah, si t'as la carte orange, c'est pareil, hein.
'''Pauline''' : Et l'avion, alors ?
'''Cédric''' : Et toi Gégé, ta carte orange, tu l'achètes où ? Dans les stations ou dans les...
'''Marie-Monique''' : Ou dans les bus.
'''Gérard''' : Tu peux acheter un ticket de métro n'importe où, hein.
'''Nicole''' : Ouais, exactement. Moi, je les achète dans les bureaux de tabac.
'''Cédric''' : ben dans les bouglangeries, n'importe où.
'''Pauline''' : moi je vais chez l'épciier du coin.
'''Curedent''' : Chez l'arabe du coin, ouais.
'''Marie-Monique''' : Ouais, je suis pas à Paris, donc... C'est pas top, hein.
'''Gérard''' : Donc, Pauline ? Donc, toi, tu l'achètes où ?
'''Pauline''' : Ah non, mais moi, je prends pas le métro, moi.
'''Gérard''' : Tu fais comment, alors ?
'''Pauline''' : Moi, j'y vais à pied, en patin à roulettes, en vélo, en avion, en bateau.
'''Curedent''' : Moi, je fais du stop et le taxi.
'''Gérard''' : Ouais, bah, d'accord. C'est qui, ça ?
'''Curedent''' : Curedent.
'''Gérard''' : Bah, c'est pas mal. Cédric ?
'''Fred''' : Ouais, non, Fred, moi.
'''Gérard''' : Ouais, Fred ?
'''Fred''' : Fred, voilà. Sinon...
'''Gérard''' : Non, mais attends, si je demande Cédric, Fred, tu te tais, merci. Cédric.
'''Cédric''' : Merci, Gégé, merci. Bah, moi, non, j'ai une caisse, donc je prends pas trop le métro, non.
'''Gérard''' : D'accord. Fred, maintenant ?
'''Fred''' : Moi, le métro, c'est simple, en fait. Ca sert à rien de banquer : tu montes sur le toit, discrètement...
'''Pauline''' : Ou entre les wagons, aussi.
'''Fred''' : Entre les wagons, t'es là, personne te voit.
''{les bruitages de phoqur reviennent, couplés à des extraits sonores de films]''.
'''Gérard''' : Tu me calmes celui qui s'amuse à faire le phoque, là, parce que...
'''Phildar''' : Mais non, mais attends, c'est...
'''Nicole''' : Je crois que quelqu'un a un phoque domestique.
'''Phildar''' : Mais non, c'est Curedent, il transporte des phoques.
'''Curedent''' : C'est le bordel, attends. C'est les phoques dans le coffre, ils arrêtent pas de foutre le bordel.
'''Gérard''' : Ouais, ouais. Ben Curedent, sot que t'arrêtes, ou on prend quelqu'un d'autre à ta place. Parce que ça va pas durer comme ça tout le long.
'''Nicole''' : Oui, Gégé ? Nicole, moi, j'achète mes tickets de métro au supermarché.
'''Gérard''' : Ah bon ?
'''Phildar''' : N'importe quoi, elle.
'''Gérard''' : Ah ouais, alors, dis-moi dans quel... Où ? Explique.
'''Nicole''' : Bah, écoute, à chaque entrée
de supermarché, il y a une sorte de bureau de tabac, et puis j'achète et puis c'est bon.
'''Nicole''' : Bah, alors, dans ce cas-là, quand on dit bureau de tabac, je crois que je me suis bien fait comprendre.
'''Nicole''' : Mais c'est pas nécessairement un bureau de tabac aussi, ça peut être...
'''Cédric''' : C'est un bureau de tickets, Gégé, c'est pareil.
'''Gérard''' : Ouais, n'importe quoi.
'''Gérard''' :Si, si, aux entrées du supermarché, c'est parce que tu vas pas souvent au supermarché.
'''Nicole''' : C'est les distributeurs, Gégé, c'est comme les distributeurs de coca et tout, quoi.
'''Curedent''' : C'est comme les capotes devant les pharmacies.
'''Cédric''' : Voilà. ça te connaît, Gégé, les capotes ?
''[silence. Les auditeurs encouragent]''
'''Nicole''' : Faut pas aller là-dedans, allez, Gégé, vas-y, pose ta question.
'''Manu''' : Non, toi, réponds à la question, Gérard. Toi, qu'est-ce que t'en penses ?
'''Gérard''', ''[gêné]'' : Moi, personnellement... Moi, personnellement, j'achète les tickets dans les bureaux de tabac ou souvent dans les stations.
'''Cédric''' : Et les capotes ?
'''Gérard''' : Les capotes, dans un distributeur, d'accord ?
'''Manu''' : Mais par exemple, je sais pas, moi, qu'est-ce qui te ferait préférer les tabacs, justement ?
'''Gérard''' : Parce que comme ça, ça me permet d'acheter des cigarettes en même temps.
'''Manu''' : Alors que dans les stations, tu peux pas.
'''Pauline''' : Mon amour ?
'''Gérard''' : Quoi ?
'''Pauline''' : Je t'aime.
'''Gérard''' : Qui c'est ? ''[bruit de chasse d'eau dans un téléphone]'' Oh ! C'est qui ? Pauline ! Et c'est qui qui joue à ça ? ''{les auditeurs se désignent mutuellement]''. Qui c'est qui a joué à ça ?
'''Pauline''' : C'est Curedan.
'''Cédric''' : Il est dans un zoo.
'''Curedent''' : D'où tu dis que c'est Curedent ? Je suis dans la rue, moi. Ouais, je suis dans une cabine.
'''Cédric''' : Devant un zoo, alors.
'''Pauline''' : Devant une station service.
'''Curedent''' : À côté des phoques.
''[silence et extraits de films, gérard attend)''.
'''Nicole''' : Vas-y, Gégé.
'''Gérard''' : Attends, Nicole, tu permets ? Tu te calmes un peu. Tu te calmes un petit peu, parce que tout à l'heure, tu vas virer, parce qu'avec toi, si tu veux, le débat, dans trois minutes, il est terminé. C'est ça que tu veux ?
'''Cédric''' : Gégé, on s'endort.
'''Pauline''' : Allez, mon amour !
'''Gérard''' : Qui c'est qui s'amuse à dire "mon amour" ? Vous commencez à me casser les burnes, les nanas.
'''Cédric''' : On respecte les femmes, Gégé. La galanterie, c'est Cédric. La galanterie, s'il te plaît. Elles sont charmantes, ces jeunes filles.
'''Curedent''' : C'est vrai qu'elles sont bandantes.
'''Manu''' : Gérard, on nous dit que toi, tu n'achètes pas de ticket, que tu montes directement sur Sandy.
'''Gérard''' : Je t'ai dit que je ne répondrais pas à des questions comme ça.
'''Manu''' : J'avais pas compris la question, c'est pour ça.
'''Gérard''' : Mais c'est simple, je ne répondrais pas à des questions comme ça. Je préviens que ceux qui s'amusent, ceux qui font le 36-15 comme Funradio, rubrique direct, si vous voulez dire des conneries comme ça, ce n'est pas la peine d'insister. C'est pour réagir sur le débat. C'est bien simple.
'''Curedent''' : Et Gégé, ce n'est pas logique. Ça rapporte de la thune.
'''Gérard''' : Oui, mais peut-être. Mais pour insulter les gens, c'est pas la peine.
'''Curedent''' : c'est eux qui te paient tes capotes, n'oublie pas.
'''Gérard''' : Sixième question.
'''Phildar''' : Déjà ? Dis-donc ça speed, tu pourrais leur poser des questions quand même aux auditeurs.
'''Gérard''', ''{excédé]''' : Mais de toute manière, il y en a les trois quarts qui se foutent de la gueule du monde.
'''Cédric''' : c'est scandaleux !
'''Gérard''' : Quand tu leur poses pour les tickets de métro, il y en a la moitié qui te disent non.
'''Cédric''' : Mais Gégé, ce n'est pas notre faute si on ne prend pas le métro.
'''Phildar''' : Donne-leur des conseils. Où tu penses qu'ils peuvent aller acheter des tickets, etc
'''Manu''' : Et les tickets de parcmètre, par exemple. Où est-ce qu'ils achètent leurs tickets de parc-metre ?
'''Gérard''' : Les tickets de parc-metre, c'est dans un parc-metre !
'''Manu''' : Ben non.
'''Phildar''' : Il y a aussi les tickets de rationnement.
'''Panu''' : Il y a aussi les tabacs. Il y a aussi les piscines. Il y a aussi plein de trucs.
'''Pauline''' : Et quel est le rapport entre un ticket de métro et les stations thermales ? Explique-moi.
'''Cédric''' : Ah ben là est l'intérêt du débat. ''[bruit puis chansons paillarde]''.
'''Gérard''' : qui c'est qui joue avec ça ?
'''Phildar''' : Dénoncez-vous.
'''Cédric''' : Oh là là. Les filles. Merde.
'''Marie-Monique''' : Non, non, c'est pas nous.
'''Gérard''' : Moi, je m'en fous. Je continue pas le débat sans savoir qui c'est qui s'amuse à mettre ça.
'''Manu''' : Sur Minitel, on nous demande aussi : « Et les tickets avec les meufs ? »
'''Gérard''' : Je vois pas le rapport.
'''Manu''' : Tu sais, quand t'as un ticket avec une meuf.
'''Phildar''' : Tu connais pas l'expression avoir un ticket avec une meuf ?
'''Gérard''' : C'est-à-dire ?
'''Phildar''' : T'as un ticket, tu vois, ça peut être un ticket de métro, un ticket resto...
'''Manu''' : C'est à peu près cette grandeur-là, la grandeur d'un CD.
'''Phildar''' : Et quand t'es avec une meuf et que tu te le partages. Voilà.
'''Cédric''' : Ça s'appelle donner son ticket.
'''Phildar''' : Ou avoir un ticket avec une meuf. Ça t'est déjà arrivé ?
'''Gérard''' : Non. Pas encore.
'''Cédric''' : Gérard il a pas eu beaucoup de tickets, mais beaucoup de lapins.
''[Bruit d'un béné qui pleure]''.
'''Gérard''' :Bon, tu sais qui s'amuse à ça, là ?
'''Phildar''' : Qui s'amuse à faire des bébés quoi ?
'''Gérard''' : Ça commence à bien faire, là.
'''Cédric''' : Putain, mais torchez-le, foutez-lui un biberon, faites quelque chose.
'''Nicole''' : Vous entendez quelque chose ? Moi, j'entends rien du tout.
'''Gérard''' : Bon, c'est qui ?
'''Marie-Monique''' : J'entends un petit chat qui miaule, moi.
'''Gérard''' : C'est qui qui s'amuse à ça ?
'''Cédric''' : C'est Curedent.
'''Gérard''' : Non, c'est pas Curedent. Arrêtez de dire que c'est Curedent parce que tout à l'heure, ça va être tout le monde qui va le gerber.
'''Gérard''' : La prochaine qui fait ça, je cherche pas qui c'est, je la vire. ''[bruit]''. Allez hop, Pauline dehors.
'''Curedent''' : Ah mais attends, demande-lui s'il y a un gosse au moins.
'''Gérard''' : Qui c'est ? Pauline, t'as de la musique à côté de toi ?
'''Pauline''' : Ah non, non, non.
''{les bruit reprend]''.
'''Gérard''' : Marie-Monique ? C'est toi ?
'''Marie-Monique''' : Ah non, pas du tout.
'''Gérard''' : Nicole ?
'''Nicole''' : Bah écoute, moi j'entends rien du tout, donc je peux pas te dire.
'''Pauline''' : Attends, mais un bébé a le droit de pleurer, Gérard.
'''Gérard''' : Non, mais pas à la radio, s'il vous plaît. Quand on fait des débats, on s'amuse pas à faire des conneries comme ça. Ou sinon, c'est pas la peine d'appeler.
'''Marie-Monique''' : C'est libre-antenne, hein.
'''Gérard''' : Non, c'est des débats, c'est pas une libre-antenne, désolé. Pensez-vous qu'il y a... qu'il n'y a pas assez de stations de radio ?
''[silence, attendant que Gérard donne a parole, puis bruitage de bébé]''
'''Gérard''' : Je répète pas la question. Oh, ça commence à bien faire, là, celui-là !
'''Nicole''' : Il a besoin d'une couche propre.
'''Manu''' : Gérard, il y a Toto qui demande à Sandy de lui rapporter son caleçon, il l'a oublié sous le lit.
'''Phildar''' : Oh là là, Manu !
'''Gérard''' : Manu, ça commence à bien faire, je t'ai déjà dit, des questions comme ça que j'en veux pas.
'''Manu''' : Mais non, mais c'est un message, moi. Je fais la commission, c'est tout.
'''Gérard''' : J'en veux pas, je répondrai pas.
'''Manu''' : Mais c'est pas pour qu'il y ait une réponse. C'est juste pour signaler que le caleçon, il est sous le lit, quoi.
'''Gérard''' : Ouais, ben, il se démerde. Donc, si vous voulez répondre... Oh ! ''[silence]''.
'''Manu''' : Alors, Gérard ?
'''Gérard''', ''(à Phildar]'' : Eh, oh, tu fais quoi, là ?
'''Manu''' : Qu'est-ce qui se passe ?
'''Gérard''' : Eh, Manu, tu kpies ) quoi, là ? C'est simple, y a personne.
'''Manu''', ''[montrant la table de miage à Gérard]'' : Oui, mais c'est pas moi. Regarde, c'est rouge, là. Quand c'est rouge, là, ils y sont.
'''Phildar''' : Éteins-voir, éteins-voir, là.
'''Manu''' : Voilà, ça y est, j'ai éteint.
'''Phildar''' : Allume-voir. Ça y est.
'''Phildar''' : Allô ? Allô ?
''[Les auditeurs réapparaissent, parlent en même temps, appellent Gérard, et s'ajoute le bruit du bébé]''.
'''Gérard''' : Bon, envoie une musique, on va...
'''Curedent''' : Non, Gérard, on est là !
'''Gérard''' : attends, il est 33 !
'''Phildar''' : Bon, ben, pose la question, je te donne le titre. Ils vont y réfléchir.
'''Gérard''' : Alors, pensez-vous qu'il n'y a pas assez de stations... de radio ?
'''Max''', ''[regardant Manu alors que les auditeurs apparaissent en clignotement à l'antenne]'' : C'est lui !
'''Gérard''' : C'est là, moi, ça va mal se finir, là.Des stations de radio, vous réfléchissez, on va mettre un disque.
'''Manu''' : On n'a rien compris, Gérard.
'''Gérard''' : Pensez-vous qu'il n'y a pas assez de stations de radio ? Vous êtes sourds ou quoi ?
'''Curedent''' : Mais radio quoi ? Grandes ondes, petites ondes, FM, TV ?
'''Gérard''' : Toutes les radios.
'''Manu''' : Radio chez le médecin, radiographie, radio télécom ?
'''Gérard''' : Toutes les stations de radio, c'est simple.
'''Fred''' : Radio télécommande ?
'''Nicole''' : On répond après le disque.
'''Phildar''' : C'est-à-dire Europe 1, Skyrock, tout ça ?
'''Marie-Monique''' : Radio du poumon ?
'''Curedent''' : Europe 1, comme par hasard, Gégé.
'''Cédric''' : Comme par hasard, oui.
'''Gérard''' : Les cinq pucelles de... ''[il se fige]'' Les petites.
'''Phildar''' : C'est le titre, mais c'est... C'est une nouveauté, c'est une nouveauté fan radio.
'''Gérard''' : Donc c'est avec beurre.
'''Phildar''' : Mais non, attends, lis le titre...
'''Gérard''' : C'est les petites pucelles de Suresne avec du beurre, voilà.
''[pause musicale]''
'''Gérard''' : On va continuer les débats. Donc c'est toujours le 0803 08 5000, 0800 70 5000, et toujours 3615 code Funradio, rubrique direct.
'''Manu''' : La Belgique.
'''Gérard''' : Et 033 1 47 99 5000 pour les Belges. ''[99 étant prononcé péniblement elon la norme belge]''.
'''Manu''' : 79 5000. ''[même contrainte de prononciation]''
'''Gérard''' : 79 5000 pour les Belges. Donc on récupère Pauline. En espérant qu'elle est réveillée, parce que sinon elle ne va pas rester longtemps.
'''Pauline''' : Attends, mais moi je suis réveillée depuis le début.
'''Gérard''' : Dis-donc, tu ne réponds pas beaucoup.
''[Réponse inaudible de l'auditrice, entrecoupée par coupures de son toutes les demi secondes]''
'''Gérard''' : Oh, Manu, arrête de t'amuser, là.
'''Cédric''', ''[réagissant au bruit de chien haletant puis d'aboiement qu'on entend à travers un téléphone]'' : Oh, le clébard. Couché !
'''Gérard''' : Nicole. Marie-Monique. Fred.
'''Fred''' : Frédéric, je suis là.
'''Curedent''' : Tu vas fermer ta gueule, le clébard, là. Couché, putain.
'''Gérard''' : Eh, vous arrêtez, là, avec ce bruit.
'''Marie-Monique''' : C'est un berger allemand, ça.
'''Gérard''' : Qui c'est qui s'amuse, là ?
'''Curedent''' : Ah, mais j'ai un sale clébard à côté de la cabine, là.
'''Gérard''' : Ouais, mais Curedent, ça commence à bien faire. ''[Gérard, soupir d'agacement, le bruit init par cesser]''
'''Cédric''' : Regarde, tu fous le bordel, il y en a d'autres.
'''Nicole''' : Non, non, ne lui fais rien, ce pauvre chien.
'''Curedent''' : Bon, ça y est, il s'est cassé.
'''Gérard''' : Bon, Cédric. Donc, alors, pensez-vous qu'il n'y a pas assez de stations de radio ? Alors, déjà, pour commencer, Pauline, t'écoutes quoi comme fréquence ?
'''Pauline''' : Comme fréquence ?
'''Fred''' : Radio, ça veut dire quoi ?
'''Pauline''' : Comme fréquence de quoi ?
'''Marie-Monique''' : Radio de quoi ?
'''Gérard''' : Radio, sur la bande FM ou autre.
'''Phildar''' : Les radios pour les poumons, tout ça ?
'''Pauline''' : J'ai fait un scanner, il n'y a pas longtemps.
'''Gérard''', ''[dépité]'' : Pfff, oh làlà...
'''Marie-Monique''' : J'ai fait une échographie, il n'y a pas longtemps.
'''Pauline''' : Ah, ouais, alors ça a donné quoi ?
'''Cédric''' : Non, non, c'était un garçon ou une fille ?
'''Marie-Monique''' : C'est les deux, ouais.
'''Pauline''' : C'est des jumeaux ?
'''Gérard''' : C'est qui, là ?
'''Marie-Monique''' : C'est Marie-Monique.
'''Nicole''' : Nicole, tu te réveilles ?
'''Nicole''' : Bah, écoute, les stations radio, je trouve qu'il y en a beaucoup, quand même.
'''Gérard''' : C'est-à-dire ?
'''Nicole''' : C'est-à-dire que, je ne sais pas, il y a... Il y a plein de fréquences...
'''Cédric''' : Europe 1, tout ça...
'''Nicole''' : Fréquences de radiologie, tout ça, quoi.
'''Pauline''' : Mais moi, je dis, c'est Pauline qui parle, là. Il y a des fréquences qui ne devraient même pas exister, quoi, moi, je dis.
'''Gérard''' : C'est-à-dire ?
'''Pauline''' : Bah, des radios vraiment pouraves, quoi. Ça ne devrait pas exister.
'''Gérard''' : Non, mais quoi ?
'''Pauline''' : Je te cite des noms ?
'''Gérard''' : Bah, vas-y.
'''Pauline''' : Radio Chalom, Radio Montmartre...
'''Cédric''' : Radio Descharges...
'''Gérard''' : Non, mais attendez, attendez, laissez-la finir, ça m'intéresse, là.
'''Cédric''' : Radio Chaton... ''[des bruits de chat qui miaule dans le téléphone]''
'''Gérard''' : Bon, c'est qui, là ?
'''Curedent''' : C'est à qui, le chat, là ?
'''Gérard''' : Bon, eh, tu me choppes les trois mecs, là, tu leur demandes qu'est-ce qu'il y a, sinon ils vont virer.
'''Curedent''', ''[indigné]'' : Non, mais pourquoi, les mecs ? Putain, les nanas, elles ont des chattes, aussi.
'''Phildar''' : Bon, vous vous calmez, les mecs. ''[Cédric cite encore radio canard]''
'''Nicole''' : Je vais te donner des noms de radios qu'il faudrait supprimer.
'''Gérard''' : Non, mais attends, Pauline, elle était dessus.
'''Phildar''' : Elle était sur quoi ? ''[les bruits de chat continuent]''
'''Gérard''' : Bon, ça commence à bien faire, celui qui a le chat.
'''Phildar''' : Bute-le, bute-le.
'''Gérard''' : C'est qui qui a le chat ?
'''Curedent''' : C'est une chatte, hein, Gégé.
'''Cédric''' : C'est une chatte, Gégé.
'''Curedent''' : Enfin, tant qu'elle est mignonne, ça doit être une chatte.
'''Gérard''' : Tu les prends hors antenne, tu me les calmes, ces trois-là.
'''Nicole''' : Gégé ?
'''Gérard''' : Ouais, alors ?
'''Nicole''' : Bah, écoute, je crois qu'il faudrait bannir certaines radios, comme 8FM, NRJ, toute la merde, là. Ca sert à rien ça.
'''Pauline''' : Bleu, vert, jaune, aussi.
'''Nicole''' : Radio Tracteur, Radio Chaise...
'''Fred''' : Radio Chaton, aussi.
'''Gérard''' : Il n'y a pas Radio Connerie pour celui qui vient de dire Radio Chaton. ''[applaudissement dans le studio par Manu et Phildar]''
'''Cédric''' : Gégé, le directeur d'antenne à Radio Connerie.
'''Manu''' : Gérard, sur Minitel, on nous dit que ta radio de l'anus, elle est énorme.
'''Gérard''' : Complètement con, celui-là.
'''Pauline''' : Eh, Gégé, Gégé, Gégé, Gégé... Moi, je t'écoutais du temps où t'étais à Europe 1, et franchement, t'étais super génial, quoi.
'''Gérard''' : C'est qui ?
'''Pauline''' : C'est Pauline, hein.
'''Gérard''' : Qu'est-ce que tu viens de dire ?
'''Pauline''' : Je t'écoutais du temps où t'étais à Europe 1, et honnêtement, t'étais vraiment...
'''Cédric''' : Ah, ouais, avec Malère, avec Malère et Hubert, ouais.
'''Gérard''' : Pauline !
'''Pauline''' : Oui, mon amour ?
'''Gérard''' : Tu sais ce que tu vas faire ? Eh ben, je vais te dire bonsoir, et tu vas retourner au standard, parce que tu viens de dire des conneries. Allez, au revoir, Pauline !
''[tout le monde est outré, Pauline dépitée]''
'''Phildar''' : Qu'est-ce que j'en fais, de la Pauline, là ?
'''Gérard''' : Tu la vires, tu me mets quelqu'un d'autre. Ca lui apprendra.
'''Phildar''' : Je la dégage, je la dégage ?
'''Gérard''' : Ouai ouai, de toute manière, elle dormait à moitié.
''[Divers bruits de bébés, d'animaux, etc]''
'''Nicole''' : Je crois que quelqu'un a dit qu'à côté d'un refus, là.
'''Cédric''' : Non, un zoo, je t'ai dit !
'''Gérard''' : Eh, ça commence à bien faire, ces bruits-là ! Fred !
'''Fred''' : Écoute, moi, je dirais que ça a commencé à dégénérer en 1951, quoi. Tu sais, quand Radio Andorre est arrivée.
'''Gérard''', ''[encouragé par le rire de Nicole]'' : N'importe quoi, toi !
'''Fred''' : C'était l'ancêtre de Sud Radio, et à partir de là, t'as eu des millions de radios qui sont arrivées, tout radio chaton, et là, ça a commencé à dégénérer.
'''Gérard''' : Et c'est pas toi qui s'amuserait à faire le chat, par hasard ?
'''Fred''' : Non, j'ai pas de chat, et je suis pas un imitateur.
'''Gérard''' : Curedent
'''Curedent''' : Ouais, ben moi, j'écoute Radio Bidas.
'''Gérard''' : C'est quoi, cette radio ?
'''Curedent''' : Ben, c'est une radio de l'armée.
'''Gérard''' : Ça existe ? ''[hilarité générale]''
'''Curedent''' : Ben si, Radio Bidas, vous connaissez pas, ça vous fait rire, en plus ?
'''Gérard''' : Ouais, ça nous fait rire, et c'est... C'est quelle fréquence ?
'''Curedent''' : Quelle fréquence ? 100.3.
'''Nicole''' : Je crois qu'on l'obtient qu'en piratant la ligne.
'''Curedent''' : Non, mais c'est en Bretagne.
'''Manu''' : Gérard ? On nous dit que ton code sur la CB, c'est Anus de Feu.
'''Gérard''' : qui c'est ?
'''Manu''' : C'est pas signé.
'''Gérard''' : C'est pas signé parce que c'est un trou du cul.
'''Manu''', ''[admiratif comme tout le studio]'' : Jeu de mots, jeu de mots, Gérard.
'''Phildar''' : Gérard, à la place de Pauline, on accueille Stéphanie, quand même. Ça a l'air d'être une sacrée cochonne.
''[Tout le monde dit bonjour]''
'''Cédric''' : Salut, cochonne.
'''Fred''' : C'est quoi ton numéro, Stef ?
'''Curedent''' : Salut, Stéphane. Stéphanie, pardon.
'''Stéphanie''' : 39 69 69. 36 69 69 69.
'''Gérard''' : Bon, ben, Stéphanie... Si tu t'amuses à donner des numéros comme ça, je crois que tu vas retourner d'où que tu te viens.
'''Stéphanie''' : Oh, excuse-moi, Gérard. Je voulais pas t'offenser.
'''Gérard''' : Bon, alors... Curedent, bon, c'est Radio Bidas, que tu m'as dit ?
'''Curedent ''' : Ouais. Attends, je vais te faire écouter un peu.
'''Gérard ''' : Non, non, non, non, non.
'''Curedent''' : Attends, ben, tu me dis ce que t'en penses.
'''Gérard''' : Non !
'''Curedent''' : Écoute. ''[après un silence et le constat que ça ne marchait pas, se déclenche un beep de type morse puis un blanc]''
'''Gérard''' : Non, mais c'est pas mal, hein, le blanc, ce Curedent, hein.
'''Curedent''' : Alors, t'en penses quoi ?
'''Gérard''' : On n'a rien entendu du tout.
'''Marie-Monique''' : Ben, moi, j'aime bien.
'''Phildar''' : Non, parce qu'il dormait, là, c'est pour ça.
'''Gérard''' : Ouais, j'ai l'impression que tout à l'heure, il va aller dormir dans son camion.
'''Curedent''' : Qu'est-ce que t'as contre les routiers ?
'''Gérard''' : Rien, mais je pense que...
'''Curedent''' : Soldiarité, mec, hein.
'''Gérard''' : Ouais, mais t'aurais pu mettre du son, mon pote.
'''Curedent''' : Moi aussi, je fumes des gitanes et je nique des grosses.
'''Gérard''' : Curedent, tu restes poli, s'il te plaît. Tu restes poli, Curedent, si tu veux continuer.
'''Cédric''' : Curedent, tu sens mauvais, aussi ?
'''Marie-Monique''' : tu te parfumes à l'Adidas ?
'''Cédric''' : ok donc t'as la totale alors. Ouais, tu peux me répéter la question, JG, parce qu'avec tout ce bordel...
'''Gérard''' : Pensez-vous qu'il n'y a pas assez de stations de radio ?
'''Cédric''' : De quoi ? Attends, j'ai pas entendu.
'''Gérard''' : Pensez-vous qu'il n'y a pas assez de stations de radio ?
'''Phildar''' : Thermales ou pas ?
'''Gérard''' : Bon, allez, hop, Cédric, tu me le réveilles un peu.
'''Cédric''' : Moi, Gégé, c'est Cédric, je vais dans les stations service, ben, pour avoir des services, ouais.
'''Gérard''' : Des stations de radio, je te parle !
'''Cédric''' : Ah, excuse-moi, donc, dans les stations de ski, ben, le forfait, le ticket, ouais, il est cher, ouais.
'''Gérard''' : Bon, allez, hop, dehors, Cédric. Allez, hop, dehors, dehors, il comprendra mieux chez lui. Il comprendra mieux en écoutant.
'''Fred''' : Ouais, Gérard ? Est-ce que tu sais quand est-ce qu'est née Fun Radio ?
'''Gérard''' : En 89.
'''Nicole''' : Gégé ? Bah, écoute, moi, il y a une radio que j'écoute toujours, c'est Radio Autoroute.
'''Gérard''' : Radio Autoroute, ouais, ben, ça, c'est quand tu fais de la route.
'''Curedent''' : Ben, ouais, je la connais, celle-là, je l'écoute tout le temps, aussi.
'''Nicole''' : Ouais, il y a Radio Autoroute et Radio Routier, je crois.
'''Curedent''' : Quand je vais dans le sud, je zappe de Radio Bidas à Radio Autoroute.
'''Gérard''' : Euh, Stéphanie ?
'''Stéphanie''' : Oui ?
'''Gérard''' : Donc, t'as entendu la question ?
'''Stéphanie''' : Oui, oui, tout à fait.
''[dans un téléphone, la voix de l'imiateur de gérard sur un dictaphone, ainsi que celle de Gérard lui-même, est émise disant Fun radio,, pas d'insultes]''
'''Stéphanie''' : Non, mais je comprends pas ce que tu dis, là.
'''Gérard''' : Non, mais c'est pas ici, hein. C'en est un qui s'amuse. Alors, qu'est-ce que t'en penses, toi ?
'''Stéphanie''' : Non, je pense qu'il y a assez de stations de radio, ouais.
'''Gérard''' : Non, mais je te demande, pensez-vous qu'il n'y en ait pas assez ?
'''Stééphanie''' : Oui, il y en a assez, hein.
''[La voix de Gérard, dans un dictaphone, dans un téléphone ; Alors, vous laissez Christine de côté, s'il vous plaît. C'est une citation d'un ancien débat de 1997]''
'''Gérard''' : Bon, qui c'est qui joue avec ça ?
'''Nicole''' : Gégé ? Ouais, c'est Nicole. Je vais te poser une petite question, s'il te plaît. Je voulais savoir, est-ce qu'un jour, ça te tenterait de... Est-ce que c'est vrai que tu vas travailler sur Nostalgie ?
'''Gérard''' : Non.
'''Phildar''' : Non, c'est Europe 1.
'''Gérard''' : Non plus.
'''Phildar''' : Ah bon ? Tu signes pas, alors ?
'''Nicole''' : Ouais, c'est ça ce que j'ai entendu dire, que tu devais signer un gros contrat.
'''Marie-Monique''' : C'est sur France Info.
'''Curedent''' : Radio Chatte, pour Gégé.
'''Gérard''', ''[réagisaà un autre extrait sonore disant Point final, à la ligne]''nt : Oh, Manu, tu joues à quoi, là-bas, s'il te plaît ?
'''Phildar''' : Excuse-moi, Gérard, à la place de Cédric, on accueille Albator.
'''Albator''' : Bonsoir.
'''Curedent''' : Salut, Alba.
'''Gérard''' : Bon, alors, Albator...
'''Fred''' : Albator, tu chantes ta chanson ?
'''Gérard''' : Albator !
''[Les garçons chantent en chœur la chanson du générique du dessin animé Albator, capitaine de la mort.
'''Gérard''' : Albator, tu réponds à la question, s'il te plaît.
'''Albator''' : Tu peux répéter la question, Gégé ?
'''Gérard''' : Non, tu l'as entendue.
'''Phildar''' : Mais il vient d'arriver.
'''Gérard''' : Pensez-vous qu'il n'y a pas assez de stations de radio ?
'''Albator''' : Ben, écoute, ouais, il faudrait que la bande FM soit plus large.
'''Gérard''' : C'est-à-dire ?
'''Albator''' : Il faudrait que la bande FM soit plus large, et il y aurait, ben, forcément, plus de radios.
'''Gérard''' : Ouais, mais c'est-à-dire, pourquoi ?
'''Albator''' : Ben, pour qu'il y ait plus de radios, abruti, ouais.
'''Gérard''' : Non, mais attends. Alors, abruti, tu dégages. Bonne nuit, Albator.
'''Phildar''' : Non, il s'excuse.
'''Gérard''' : Il n'y a pas d'excuse aller hop !.
''[s'ensuit un échange cahotique où Albator supplie, Gérard insiste, les auditeurs défendent la personne, sans succès]''
'''Stéphanie''', ''[dans ce cahot]'' : t'as un super beau cul
'''Gérard''' : Qui c'est qui vient de dire ça ? C'est une nana. C'est une nana, là. C'est qui qui vient de dire ça ?
''[commencent des mots, par les auditeurs, de désir sexuel]''
'''Gérard''' : Allez, Stéphanie, dehors.
'''Stéphanie''' : Mais ce n'est pas moi.
'''gérard''' : Je ne continue pas comme ça.
'''Phildar''' : Il fait froid dehors, si je la fous dehors.
'''Manu''' : Gérard, sur Minitel, on nous dit que la meilleure des radios, c'est la radio de tes dents. Elle est toute noire.
'''Gérard''' : C'est un connard. Bon, alors, il s'est calmé Albator ?
'''Albator''' : Ben, ouais, je t'ai dit, il faut élargir la bande FM.
'''Gérard''' : C'est-à-dire ?
'''Albator''' : Ah, mais il est con, quoi.
'''Gérard''' : Bon, allez, là, le mot con. Là, tu dégages pour de bon. Non, non, non, hop. Tu dégages, tu dégages. Allez, hop. Au standard. Bonne nuit.
'''Albator''' : À tout de suite.
'''Gérard''' : Non, non, non, il ne passe pas sur un autre nom.
'''Phildar''' : Non, non, non, il passera seulement sous le nom de Pierre, c'est tout.
'''Gérard''' : Non, non, non plus.
'''Manu''' : On nous dit aussi qu'il paraît que tu animes sur Fréquences Gay l'après-midi, c'est vrai ?
'''Gérard''' : Non plus. Bon, donc, apparemment, vous avez l'air de vous en foutre quand on vous pose des questions.
'''Marie-Monique''' : Très intéressante. Moi, je n'ai pas répondu, d'ailleurs.
'''Gérard''' : Ah, ben, Marie-Monique, vas-y, avant que je réponde.
'''Marie-Monique''' : Moi, je m'en fous.
'''Gérard''' : Pourquoi ?
'''Marie-Monique''' : Parce que, de toute façon, je n'écoute pas la radio.
'''Gérard''' : Mais alors, pourquoi ?
'''Marie-Monique''' : J'écoute des cassettes, j'écoute des disques. Je mets des disques à moi, je me fais ma radio à moi.
'''Gérard''' : Mais alors, pourquoi tu appelles pour participer à un débat sur 101.9 ?
'''Marie-Monique''' : parce que tu passes pas de disque.
'''Gérard''' : Si on passe de disques, sinon...
'''Curedent''' : Gégé, elle se contredit, il faut la gerber, celle-là.
'''Gérard''' : Non, parce que, dans ce cas-là, pourquoi tu as appelé pour participer au débat ?
'''Marie-Monique''' : Je disais que fun, c'était pas pareil. La nuit, c'est pas la radio, le fun, c'est autre chose.
'''Gérard''' : C'est-à-dire ?
'''Marie-Monique''' : C'est pas la radio. En fait, c'est le seul truc que j'écoute, sauf mes disques. C'est le fun de la nuit.
'''Phildar''' : Ça fait un peu radio locale, quoi.
'''Marie-Monique''' : Exactement. C'est fait par des petits gamins d'à côté de chez moi.
'''Manu''' : Il y a le même matos, hein.
'''Phildar''' : Excusez-moi, avant qu'on parle avec Nicole, on accueille Xor à la place d'Albator.
'''Gérard''' : Ouai bien sûr ! Tu lui as demandé de prendre un autre nom.
'''Phildar''' : Mais non, Gérard, tu me connais.
''[Les gens saluent et on entend de nouveau l'enregisrement sur dictaphone de la voix de Gérard disant J'en n'ai rien à foutre]''
'''Gérard''' : Bon, ça commence à bien faire, celui qui joue à ça depuis tout à l'heure. Moi, je vais pas faire le deuxième débat, ça va aller vite. Xor.
'''Xor''' : Ouais, ben, écoute, moi, je suis animateur sur une radio locale qui s'appelle Radio Furoncle. Et je suis pour les radios, spécialement les radios locales, parce qu'après, ça permet de pouvoir travailler dans des grandes radios comme Fun Radio. Et je voulais savoir si toi, t'étais passé par une petite radio locale avant de faire de l'antenne sur une radio nationale.
'''Curedent''' : Est-ce que t'as couché, Gégé ?
'''Stéphanie''' : Non, il est passé sur Radio Pustule.
'''Stéphanie''' : Qui c'est qui vient de dire ça ?
'''Phildar''' : Non, c'était Panari FM.
'''Manu''' : Gérard ? On nous dit que Sandy, on l'appelle la station Mir, car elle adore sucer l'orbite de Gérard.
'''Curedent''' : C'est de la poésie, Gégé.
'''Gérard''' : Manu, tu me laisses les messages cons comme ça, tu les passes plus.
'''Phildar''' : Manu, tu prends les adresses du Minitel.
''[Un bruit, via téléphone, de sirène continue retentit. Les auditeurs réagissent, le bruit s'arrête mais gérard voit Manu bouger ses mains sur le clavier]''
'''Gérard''' : Ouais, Manu ? Ouais, tu vois, je viens de te voir.
'''Manu''', ''[ironique et indifférent]'' : Oh, merde ! T'as vu que c'était moi qui mettais le bip ?
'''Gérard''' : Ouais, manque de pot, je viens de te voir faire.
'''Phildar''' : Ah, t'es grillé, Manu.
'''Curedent''' : Après, tu nous accuses, Gégé.
'''Gérard''' : Non, mais ça y est, j'ai vu qui c'était.
''[Nicole, qui s'apprête à intervnie, est entrecopée]''
'''Gérard''' : Bon, Manu, s'il te plaît ! Tu commences à me gzitr vhirt, là, aussi.
'''Manu''' : C'est rouge, Gérard, c'est rouge. C'est rouge, ça marche. C'est rouge, ça marche.
''[Nicole intervient, Manu la coupe ostensiblement, Gérard menace d'arrêter, agacé]''
'''Manu''' : Tu vois, là, c'est moi. Avant, c'était pas moi.
'''Nicole''' : Gégé je disais, qu'est-ce que tu écoutais comme radio dans ta jeunesse ?
'''Gérard''' : 101.9
'''Phildar''' : Dans ta jeunesse ! Tu crois que faire une radio, quand t'avais 20 ans, ça existait, toi ?
di GérardOuais, bien sûr.
'''Phildar''' : Pauvre cave.
'''Gérard ''' : Toi-même, abruti. J'écoutais RTL, voilà.
'''Curedent''' : Oh là là, les goûts de bof, Gégé.
'''Gérard''' : On pose la prochaine question. Donc, croyez-vous que les stations de métro sont propres ?
'''Xor''' : Ça dépend par rapport à quoi.
'''Phildar ''' : Avant ou après ton passage ?
'''Xor''' : Ouais, bah, ça dépend par rapport à quoi. Si c'est par rapport à chez toi ou à son top nickel, ouais.
'''Xor''' : Bon, bah, Xor. Au revoir. Bonne nuit, Xor.
'''Xor''' : Bah, quoi, je compare.
'''Gérard''' : Non, non, mais c'est bien. T'as comparé. Bah, maintenant, tu repars chez toi. Tu vas comparer chez toi si c'est propre. Allez, hop, bonne nuit.
'''Nicole''' : Parce qu'en plus, ça, Gérard, il fait le ménage chez lui, alors...
'''Xor ''' : Il fait travailler Sandy, c'est pour ça qu'il s'est pris une gonzesse.
'''Phildar''' : Il peut s'excuser avant, non ?
'''Gérard''' : Non, non, non, non, s'excuse pas. Dehors, direct.
'''Xor''' : Il fallait que je dénonce.
'''Gérard''' : Ouais, bah, tu vas dénoncer chez toi, ouais.
'''Manu''' : Gérard ? On nous dit que la seule radio que tu connais, c'est la radio de ton foie.
'''Gérard''' : N'importe quoi. Curedent pour toi.
'''Curedent''' : Ouais, bah, c'est propre, les couloirs, ouais.
'''Gérard''' : Tu crois ? Ben, pendant un bout de temps, là, c'était pas tellement propre, les stations.
'''Curedent''' : Non, mais parce qu'il y avait la grève des contrôleurs.
'''Gérard''' : Ouais, mais non, pas des contrôleurs.
'''Curedent''' : Ouais, bah, si.
'''Nicole''' : Gégé ? Ouais, moi, je voudrais dire, en fait, les stations de métro, elles sont des fois crades. C'est pas tout le temps propre.
'''Gérard''' : Non, mais de toute manière, il faut voir aussi les gens comme... Bon, bah, maintenant, tu me diras, avec ce qui s'est produit, les poubelles, elles sont fermées. Mais dès que... Même quand elles étaient ouvertes, t'avais toujours...
'''Nicole''' : Gégé, c'est vrai que... Par exemple, je sais pas, moi, il y a quelqu'un qui bouffe un truc, bah, il va pas le jeter dans la poubelle, il va le jeter...
'''Gérard''' : Par terre.
'''Nicole''' : Ouais, voilà. Bah, je trouve que c'est scandaleux.
'''Marie-Monique''' : Moi, je peux répondre, moi ?
'''Marie-Monique''' : Bon, moi, je suis pas parisienne, donc le métro, je le prends pas tous les jours.
'''Gérard''' : T'es du quel côté ?
'''Marie-Monique''' : Je suis du côté de Lille, hein.
'''Gérard''' : Bah, à Lille, c'est pareil, hein, il y a des métros, quand même.
'''Marie-Monique''' : Vous parlez du métro parisien, c'est pas du tout la même chose.
'''Gérard''' : Non, non, mais attends, Marie-Monique. On parle pas que spécialement du métro parisien, on parle dans tout.
'''Marie-Monique''' : Ah non, mais c'est une anecdote. Les métros, ils sont nickels, hein. Il y a des mecs avec des mitraillettes, si tu fous un truc par terre, ils te tirent dessus, hein.
'''Gérard''' : Non, non, non, non, non, non.
'''Phildar''' : Ah si, j'ai vu, j'ai vu, j'ai vu, j'ai vu.
'''Gérard''' : Non, non, ça, c'est pour les attentats, ça, c'est différent.
'''Phildar''' : Ah oui, c'est le plan Vigie Corsaire, là, le truc.
'''gérard''' : Ouais, le plan Vigie Pirate.
'''Stéphanie''' : Récemment, moi, je suis allée sur Mars, et honnêtement, c'est vrai que c'est la galère, quoi.
'''Gérard''' : Ouais, t'as été sur la planète Mars ? Non, mais tu prends les gens pour des canards sauvages, toi ? ''[acclamations du studio]''
'''Stéphanie''' : Oui, mais mon petit amour, moi, je les dresse, moi, les canards sauvages.
'''Gérard''' : Ouais, mais attends, je suis pas ton petit amour, d'accord ?
'''Stéphanie''' : Rien ne tempêche de monter un harem.
'''Gérard''' : Ouais, t'as monté un harem. Bah, n'importe quoi, t'as monté un harem de ta connerie, oui.
'''Fred''' : Bah, écoute, moi, j'en ai pris un à Belle-Île-en-Mer, un métro, mais nickel, quoi. C'était super propre et tout. Tu sais, il allait d'une plage à une autre, mais nickel.
''[des bruits de canard retentissent]''
'''Phildar''' : Eh, des canards sauvages.
'''Gérard''' : Putain, ça commence à bien faire, là. La semaine dernière, le premier était bien passé. Cette semaine, c'est un vrai bordel. Toi, tu gères rien quand on te demande de virer. Ça devient inadmissible, lui, là-bas. C'est pareil. ({{[désignant Manu]''.
'''Manu''' : Ah non, j'ai rien fait, Gérard, ce soir.
'''Gérard''' : Toi, t'es pareil. T'es pareil. On est déjà à la septième question. C'est le vrai bordel. Quand on vous demande quelque chose, vous voulez rien foutre.
'''Phildar''' : Attends, Xor, je l'ai viré, et là, on accueille Éric à la place.
'''Eric''', ''[ponctué par un bruitage de sifflet de merle]'' : Oui, alors, moi, je voulais réagir pour dire que le métro à Paris, c'est vrai, il est dégueulasse. Le monde, franchement, c'est dégueulasse.
'''Gérard''' : Bon, vous arrêtez de siffler quand on répond !
'''Eric''' : Par contre, moi, j'ai souvent voyagé à Tombouctou, par exemple. Le métro, il est nickel. Et on devrait prendre exemple sur les métros d'Abidjan, Tombouctou et toutes ces villes-là.
'''Gérard''' : C'est fini, là, ou quoi ?
'''Stéphanie''' : T'es allé à Marrakech ?
'''Eric ''' : À Marrakech, il n'y a pas de métro. Il y a un réseau de tramways. Les tramways sont assez bien aussi.
'''Manu''' : On nous dit sur Minitel, Gérard, il n'y a que le métro qui ne lui est pas rentré dans le trou du cul.
'''Gérard''' : Je te dis des questions comme ça, j'en veux pas.
'''Manu''' : Oui, merde, c'est vrai.
'''Gérard''' : T'es un peu con ou quoi, toi ?
'''Manu''' : Excuse-moi, j'avais oublié, j'avais oublié.
'''Curedent''' : Non, mais Gégé, il faut filtrer le Minitel.
'''Manu''' : C'est ce que je fais. Je balance que les plus marrants.
'''Gérard''' : La preuve que non, tu ne le filtres pas.
'''Manu''' : Ça dépend dans quel sens on appelle filtrer, quoi.
'''Nicole''' : Moi, je te dis, Gégé, en Alaska, le métro, il est nickel.
'''Gérard''' : Oui, mais attends, je réponds à Éric. Moi, je peux te dire une chose, c'est que j'étais en Allemagne, c'est que là-bas, si vous mettez un papier par terre, même en Angleterre, vous avez une amende.
'''Curedent''' : en France aussi, on a une amende. Un chien qui chie sur le trotoir, il a une amende.
'''Eric''' : Il ne peut pas payer le chien, il ne travaille pas.
'''Eric''' : Le mec qui l'accompagne.
'''Stéphanie''' : Non mais vous envoyez l'amende chez Gérard et puis c'est lui qui paie, moi.
'''Gérard''' : Attends, qui c'est qui vient de dire ça ? Et là, il y a une des deux filles, entre Stéphanie et Marie-Monique, qui vient de dire que c'est moi qui allais payer.
'''Stéphanie''' : C'est Nicole, elle est où, Nicole ?
'''Gérard''' : Non, non, c'est pas Nicole.
'''Phildar''' : Mais on peut avoir que des amandes, ou on peut avoir des noisettes aussi, en Allemagne ?
'''Manu''' : Non, non, tu as des noix de pécan, plutôt.
'''Phildar''' : Mais qu'est-ce que t'as été foutre en Allemagne, Gérard ?
'''Gérard''' : À l'armée.
'''Phildar''' : Ah, t'as fait l'armée en Allemagne ?
'''Eric''', ''[admiratif]'' : T'as fait l'armée en Allemagne, Gégé ?
'''Stéphanie ''' : Tu peux avoir des coton-tige aussi.
'''Gérard''' : Non, allez, tu me chopes les deux, là, que tu leur demandes qu'elles se calment, entre Marie-Monique et Stéphanie.
'''Marie-Monique''' : Mais c'est pas moi.
'''Gérard''' : Non, non, c'est pas toi, je reconnais les voix douces.
''[Chants divers sur les coton tiges]''
'''Gérard''' : Je sens qu'il y en a qui vont virer vite fait. Ça va vite virer entre Fred, Curedent et Éric. Je sens que ça va pas continuer longtemps.
'''Curedent''' : Attends, mais c'est les nanas.
'''Gérard''' : Non, non, non, c'est un mec. C'est une voix de mec.
'''Phildar''' : On se calme, les auditeurs, on écoute Gérard. Merci.
'''Gérard''' : Alors, pensez-vous que le stationnement devrait être gratuit toute l'année ?
'''Eric''' : Ben, quand tu vas faire du ski dans les stations de ski, il faut bien que tu gardes ta voiture. Donc, déjà, t'as le forfait à payer, la location des skis et tout. Donc, il faudrait que le stationnement dans les stations de ski ou les stations thermiques, thermales, anales, tout ça, il faudrait que ça soit gratuit, voilà.
'''Gérard''' : Non, mais attends, je te parle des stationnements.
'''Eric''' : Ben oui, stationnement, avec le caddie ou la voiture, comme on a dit...
'''Gérard''' : Mais non, mais je vois pas le rapport avec le caddie. Le caddie, c'est pas une voiture.
'''Eric''' : Alors, ça y est, j'ai compris, je suis pas d'accord. Alors, le lundi, oui, le mardi, non, en janvier, non, et en février, non. Sinon, le reste de l'année, ouais.
'''Gérard''' : Ben, c'est toute l'année.
'''Eric''' : Non, non, non, je te dis toute l'année, non. Non, parce que le samedi, ça se fait pas, c'est tout.
'''Nicole''' : Ouais, ben écoute, moi, je voudrais faire une petite revendication. C'est que dans les stations-service, j'aimerais bien que le stationnement soit gratuit, quand même. Oui, ben écoute, dans les stations-service, c'est toujours, il faut payer, y'en a marre, quoi.
'''Manu ''' : T'as fait ton service en Allemagne, donc.
'''Gérard''' : Ouais.
'''Manu''' : On nous dit que c'est de ta faute si le mur de Berlin, il est tombé.
'''Gérard''' : Non, tu vois, c'était même pas la peine de dire ça.
'''Phildar''' : Putain, mais Manu, on t'a dit, quand c'est une connerie, tu la fermes.
'''Manu''' : Je sais pas, c'est une question...
'''Gérard''' : Mais merde ! Mais tu vois la suite, après !
'''Eric''' : Je voulais te demander qu'est-ce que tu pensais des stations de pompage.
'''Gérard''' : C'est-à-dire ?
'''Eric''' : Bah, je sais pas, quand ils pompent...
'''Gérard''' : Non, mais attends, hé ! Non, mais Éric, ta question, elle est complètement con, j'y répondrai pas.
'''Eric''' : Non, c'est une blague, c'est une blague.
'''Phildar''' : Est-ce que tu peux répondre, Gérard, à la question qu'avait posée une des filles, je sais plus laquelle... Pourquoi, tu penses, que les stations-service sont payantes et ça te gave, je sais pas.
'''Nicole''' : Ouais, c'est Nicole. Parce que quand tu vas à la pompe, il faut payer.
'''Eric''' : Bah oui ! Quand tu vas à la pompe, faut payer, faut payer pour te faire pomper.
'''Nicole''' : Faut payer le stationnement aussi, hein. Pendant deux minutes, tu fais le plein, t'es obligé de payer les deux minutes, hein.
'''Gérard''' : Attends, t'as vu ça où ? Dans quelle station ?
'''Nicole''' : Écoute, dans les stations-service du monde entier, hein.
'''Eric''' : Courchevel, tout ça.
'''Gérard''' : Non, non, attends, attends, attends. Attendez, je vais y répondre à Nicole, parce que pour l'instant, je crois qu'elle a pas tellement compris. Les stationnements, je te parle pas dans les stations-service. Tu payes pas le stationnement. Alors, si tu payes, c'est que t'es vraiment cloche.
'''Nicole''' : J'ai été en Alaska, j'ai été partout en Angleterre, partout. Il fallait tout le temps payer. Et même ici, en France, j'ai...
'''Gérard''' : Non, t'es une menteuse.
'''Phildar''' : Moi, il m'est arrivé une fois de payer.
'''Eric''' : Je suis d'accord avec elle, ça peut arriver.
'''Stéphanie''' : T'as une voiture déjà, Gérard ?
'''Gérard ''' : Non.
'''Stéphanie ''' : Et alors, comment tu peux savoir ?
'''Marie-Monique''' : Et Gérard, elle a raison, hein, parce que dans les stations de lavage, c'est pareil. Tu laisses ta voiture deux minutes, au bout de deux minutes, elle est lavée, et on te la fout dehors.
'''Gérard''' : Non, mais attends, Marie-Monique. Dans ce cas-là, quand tu laves ta voiture, c'est normal que tu payes, mais tu payes pas le stationnement après.
'''Nicole''' : Si, c'est vrai, t'as un ticket, t'as tout, hein.
'''Phildar''' : C'est pareil, quand Gérard, il va dans les boîtes de nuit gay,
il file deux francs, puis on lui nettoie les fesses, et puis il est propre après.
'''Manu''' : En parlant de ça, on nous dit que chez Gérard, ce n'est pas des toilettes qu'il a, c'est des stations d'épuration.
'''Gérard''' : Manu, ce n'est pas la peine de faire la réa sur le deuxième débat.
'''Manu''' : D'accord, mais je pourrai quand même prendre le Minitel au standard, ça me fait marrer.
'''Gérard''' : Non, non, non, non.
'''Eric''' : Et à la pompe, pour se faire pomper, il faut payer ou pas ?
'''Gérard''' : C'est-à-dire ?
'''Eric''' : Quand tu vas dans une station service, on dit aller à la pompe. Donc je voulais savoir si pour se faire pomper, il fallait payer. Tu vas dans une station de pompage, OK ?
'''Gérard''' : Oui.
'''Eric''' : OK, tu vas dans une station de pompage, ou une station de lavage, ou une station service, comme tu veux. Je voudrais savoir...
''[la voix de Gérard dit Ta gueule]''
'''Gérard''' : Tu restes poli, s'il te plaît, parce que tout à l'heure, tu as gerbé Bill P, toi, mon pote.
'''Eric''' : Qu'est-ce que j'ai dit ?
'''Marie-Monique''' : C'est toi qui as dit ça, en plus, Gérard.
'''Gérard''' : Ah ouais, c'est moi... Bon, continue ta connerie.
'''Gérard''' : Parce que quand tu arrives à la pompe, quand tu arrives à la pompe pour te faire pomper, est-ce qu'après, il faut que tu payes ?
'''Gérard''' : Non, mais attends. Déjà, quand tu vas à la station service, tu ne te fais pas pomper, tu te sers de l'essence abruti.
'''Nicole''' : On dit bien pomper de l'essence, hein.
'''Gérard''' : Dans ce cas-là, ça s'appelle siffler de l'essence dans les voitures des autres. Ça, ça veut dire voler. Nuance.
'''Eric''' : Non, siffler, c'est quand tu mets ta tête dans le réservoir et que tu commences à ''[il siflotte]''.
'''Gérard''' : C'est bon, c'est bon, c'est bon, c'est bon, Éric. Ça y est, c'est bon.
'''Manu''' : On a une question, une vraie, sur Minitel. Il y en a une vraie, il y en a une vraie. On nous demande, est-ce que t'es pour... ''[Gérard prend un paquet de cigarettes et menace de le lancer sur Manu]''. Non, arrête. On nous demande si t'es pour le stationnement gratuit pour les piétons.
'''Gérard''' : J'ai jamais vu les piétons payer, moi.
'''Manu''' : Les piétons, ils payent pas ? Et quand ils se garent, ils font comment ?
'''Gérard''' : Et toi, tu te gares où, toi ? Tu te gares où quand tu marches ?
'''Gérard''' : Tu sors de ta voiture, t'es piéton. Quand tu vas au parcmètre, tu prends un ticket, t'es à pied. Donc t'aurais pas besoin de payer, normalement. Tu t'es plus dans ta voiture. Oui, mais faut que tu rentres dans ta voiture. Entre l'intervalle où tu rentres, où t'es dans ta voiture, et tu passes le ticket.
'''Phildar''' : Mais quand tu vas prendre un ticket et que t'as pas de voiture, où tu mets le ticket ?
'''Gérard''' : Moi, je suis piéton, j'ai jamais payé pour...
'''Phildar''' : J'appelle les flics. Tu fraudes.
'''Gérard''' : Toi, de toute manière, ta poubelle, on sait même pas où qu'elle est. Tu roules avec la poubelle du chef.
'''Nicole''' : Mais Gégé, tu vas payer le stationnement quand t'es sur une propriété privée, pour le piéton, tu dois payer.
'''Gérard''' : Non, mais t'es aussi cloche que Manu, toi.
'''Nicole''' : Mais Gégé, quand t'es sur une propriété privée, t'es obligé de payer.
'''Stéphanie''' : Ma mère est pervanche, elle peut te le confirmer.
'''Gérard''' : Alors, dans ce cas-là, s'il y a une pervanche qui m'écoute, qu'elle appelle.
'''Stéphanie''' : Gérard, c'est Stéphanie. Tu veux que je te passe ma mère, elle va te le confirmer, si tu veux.
'''Gérard''' : Bah, vas-y. Si c'est une pervanche, ouais.
'''Stéphanie''' : Ouais, attendez, je vais l'appeler.
'''Gérard''' : Attendez, taisez-vous. Les autres derrière, s'il vous plaît. Ah bah, si elle est trop loin, c'est pas la peine, hein.
'''Stéphanie''', ''[lion de son téléphone]'' : Maman ! 2 secondes, ya Gérard qui a une question à te poser.
'''Eric''' : Attends, Gégé, profites-en pour balancer Fijo et tout ça, hein.
'''Stéphanie''', ''[la voix vieillie]'' : Oui, allô ?
'''Gérard''' : Attendez, s'il vous plaît. Mets-moi les tous en R là, les autres. Oui, je vous écoute.
'''Stéphanie''', ''[maman]'' : Bonsoir. C'est Gérard ?
'''Gérard''' : Oui.
'''Stéphanie''' : Oui, bonsoir, je suis la mère de Stéphanie. Je suis pervanche et oui, effectivement, vous devez payer un ticket en tant que piéton.
'''Gérard''' : Ah bon ?
'''Stéphanie''' : Oui. Sinon, vous avez une amende.
'''Gérard''' : Bah, ça vient de sortir quand, ça ?
'''Stéphanie''' : Bah, c'est la loi du 19 juillet 1942.
'''Gérard''' : Bah, moi, c'est la première fois que j'entends dire ça, parce que j'ai jamais payé, moi, en étant piéton.
'''Stéphanie''' : Ah, si, monsieur. C'est une amende de 500 francs.
'''Gérard''' : Ah bon ?
'''Stéphanie''' : Oui.
'''Manu''' : Gérard ? On nous dit que toi, t'es un PV à toi tout seul, et ce que tu préfères, c'est quand tu te fais sauter.
'''Gérard''' : Non, mais attends, Manu. Il me semble que je t'ai dit quelque chose.
'''Manu''' : Bah, je filtre.
'''Gérard''' : Non, bon, bah, je vous remercie de votre réaction, madame.
'''Stéphanie''' : Je vous en prie, monsieur.
'''Nicole''' : Gégé ? C'est Nicole. Ma mère est flic hein.
'''Gérard''' : Ouais, bah, attends, c'est bon, toi. Non, non, non, mais c'est bon, Nicole, ça y est, ça y est.
'''Marie-Monique''' : Ma mère, c'est le ministre de l'Intérieur.
'''Gérard''' : Et moi, Sandi, c'est la femme de Jacques Chirac.
'''Nicoole''' : Gégé, je te passe ma mère. Attends, elle va te le confirmer.
'''Gérard''' : Ouais, c'est ça.
'''Nicole''' : Euh, maman, s'il te plaît. Maman ?
'''Eric''' : Ça finir en tôle cette histoire, Gérard.
'''Nicole''', ''[la voix vieillie]'' : Bonsoir, monsieur Gérard. Donc, non, bah, j'ai été flic et j'ai mis des PV, hein, pour les... Le stationnement est interdit pour les piétons. Je le confirme, monsieur. Ça fait 20 ans que je fais ce boulot et je peux vous le confirmer.
'''Gérard''' : D'accord. Eh ben, je me renseignerai. Et puis, je donnerai ma réponse aussi.
'''Nicole''' : Merci, monsieur.
'''Gérard''' : Y a pas de quoi.
'''Curedent''' : T'as des ex-pervenches ?
'''Curedent''' : Bah, Curedent, tu vois, ça fait un bout de temps que je t'ai pas entendu. Maintenant que tu te réveilles, il serait un petit peu temps.
'''Curedent''' : Bah, attends, je te pose une question.
'''Gérard''' : Bah, je te réponds, j'ai pas d'ex-pervenches.
'''Stéphanie''', ''[voix normale]'' : Ah bon ? Peut-être une future ?
'''Gérard''' : Non.
'''Eric''' : Gégé, c'est Éric. Mon père, il est travlo, il veut te parler.
'''Gérard''' : Non, non, non, Éric, tu dégages.
'''Eric''', ''[la voix déformée]'' : Oui, allô, Gérard ? Oui, Gérard ?
''[La voix efféminée dit n'importe quoi, pendant que Gérard hurle à Phildar de dégager Eric, allant le bousculer physiquement.]..
'''Une voix de tête''' : Il faut même des tickets de stationnement pour les chiottes de la loco.
'''Gérard''' : Bon, allez hop, tu me vires les trois mecs, allez hop, terminé.
'''Curedent''' : C'est pas les mecs, c'est les nanas, attends ! Les nanas, Gérard.
'''Gérard''' : Ouais, les nanas, c'est les mecs qui disent des conneries, puis vous voulez que je vire les nanas, bande de...
'''Eric''' : C'est mon père, c'est mon père, Gérard.
'''Gérard''' : Ouais, non, tu vires. Non, non, mais tu vires, tu vires, tu vires, tu vires, tu vires.
'''Gérard''' : Mais pourquoi ? On n'a pas le droit d'avoir un père différent ?
'''Gérard''' : Hé, tu vires. Allez, hop, dégage, dégage, dégage !
'''Eric''' : C'est dégueulasse de virer les gens parce qu'ils sont différents.
'''Gérard''' : Tu sors, Eric, et tu te magnes !
'''Phildar''' : On se calme, on se calme, il va poser la question. Gérard, pose la prochaine question, on va mettre un disque.
'''Gérard''' : Payez-vous moins cher les stations thermales ? Et on met quoi ? Hé, te goures pas dans les titres.
''[Dans la confusion, le disque démarre]..
'''Phildar''' : Alors à la place de Stéphanie qui dormait, Barbara, et à la place d'Eric qui avait un père travlo, Patrick.
'''Nicole''' : Gégé ? C'est quoi le titre de la chanson ?
'''Gérard''' : C'est la main de ma sœur dans la culotte d'un zouab. Donc, alors, vous avez compris la question ? Alors, payez-vous moins cher les stations thermales ?
'''Patrick''' : Attends, Gégé, moins cher que quoi ?
'''Gérard''' : Ben, que les stations de sport d'hiver ou autre. Ou que les stationnements, ça dépend si vous avez...
'''Barbara''' : Oui, c'est Barbara. Ben, moi, personnellement, je ne suis jamais allée dans une station thermale, donc je ne pourrais pas te répondre, quoi, en fait.
'''Gérard''' : Mais, tu connais quand même ?
'''Barbara''' : Ouais, ouais, je connais, ouais.
'''Curedent''' : Mais, Gégé, c'est pour maigrir, les stations thermales.
'''Gérard''' : Non, c'est pour faire de la thalasso...
'''Curedent''' : C'est pour Sandy !
'''Patrick''' : C'est quoi, les talas chauds ?
'''Gérard''' : Ben, thalasso, c'est les trucs avec les jets d'eau.
'''Curedent''' : on se prend des jets d'eau dans le cul, ça fait du bien.
'''Gérard''' : Qui c'est qui dit ça ? Attendez, attends, 5 minutes, Nicole. Qui c'est qui vient de dire des jets d'eau dans le cul ? C'est qui ? ''[silence]''. C'est qui ?
'''Patrick''' : C'est pas Patrick.
'''Nicole''' : C'est Curedent.
'''Curedent''' : Ouais, c'est Curedent, mais c'est la vérité. Tu te prends un jet d'eau dans le cul, non, quand t'es dans les cures ? On te met de l'argile sur le corps et puis on t'asperge d'eau.
'''Nicole''' : Pour soigner mes rhumatismes, on mettait bien des jets d'eau partout.
'''Barbara''' : Et les hémorroïdes ?
'''Gérard''' : Non, quand même pas à ce point-là.
'''Nicole''' : Écoute, moi, je pense que le stationnement dans les stations thermales, c'est beaucoup moins cher que les stationnements dans les stations radio.
'''Gérard''' : Oui, mais je ne vois pas tellement le rapport avec les stations radio.
'''Nicole''' : Ben, les stations radio, c'est moins cher. Il y a un tarif, il y a la TVA, il y a un pourcentage.
'''Gérard''' : Même dans les stations thermales, je suis désolé.
'''Curedent''' : Mais non, mais les stations thermales, elles récupèrent du fric sans stationnement. Réfléchis un peu, Gérard.
'''Barbara''' : En fait, c'est une question de thermalisation de stations, tu vois.
'''Patrick''' : Vers l'avant ou vers l'arrière ?
'''Barbara''' : Vers l'arrière.
'''Patrick''' : Ce qui est bien, c'est que, par exemple, dans les stations thermales, comme vous disiez, les jets d'eau, tout ça, tu peux te faire laver au Karcher pour pas cher, par contre. Il y a des gens qui en ont besoin.
'''Curedent''' : Ça fait maigrir aussi.
'''Voix de tête''' : C'est vrai que Sandy, elle en a vachement besoin.
'''Gérard''' : C'est qui ? Qui c'est qui vient de dire ça ? De toute manière, vous ne répondrez pas tant que je ne saurai pas qui c'est.
'''Barbara''' : C'est Manu.
'''Manu''' : Mais non, c'est pas moi. J'ai rien dit.
'''Phildar''', ''[voix de tête]'' : Oh, mais c'est peut-être moi, non ?
'''Gérard''' : C'est qui ?
'''Phildar''', ''[voix de tête]'' : C'est peut-être moi. C'est peut-être moi, Gérard. Je suis désolé, c'est Phildar, mais j'ai peut-être pas fait exprès.
'''Gérard''' : Non, mais tu restes poli.
'''Nicole''' : Gégé, ben comme je te disais, il y a un pourcentage.
'''Gérard''' : C'est-à-dire ?
'''Nicole''' : Ben, écoute, par exemple, quand tu stationnes dans les stations radio, ben, t'as un pourcentage qui est déduit de ton stationnement par rapport à la station thermale ou ton service.
'''Patrick''' : C'est à peu près 60% d'ailleurs.
'''Barbara''' : Mais tu peux avoir aussi des réductions dans les stations de service.
'''Nicole''' : Mais Gérard, qu'est-ce que t'en penses ?
'''Gérard''' : Ben, je vous laisse répondre, Marie-Monique.
'''Marie-Monique''' : En fait, c'est moins cher après 18h.
'''Gérard''' : De quoi qui est moins cher après 18h ?
'''Curedent''' : Bientôt, ça va être 18h, 18 francs.
'''Nicole''' : Ouais, mais ça dépend des radios, hein, parce que, par exemple, dans les stations radio comme Chaton ou...
'''Patrick''' : Mais c'est à cause de la TVA, c'est tout.
'''Fred''' : Ben, écoute, dans les stations thermales, c'est vrai qu'on paye... C'est moins cher parce que, bon, tu m'étonnes, tu sais, tu te lèves le matin, déjà, t'es fatigué. Et il suffit de donner à manger à ton chat, déjà, tu paniques intérieurement. Et il suffit qu'après, la station thermale, elle, elle fait des prix et toi, tu payes plus cher, quoi.
'''Gérard''' : Curedent ?
'''Curedent''' : Eh ben, je t'ai déjà répondu. Je t'ai dit que les stations thermales, elles récupéraient du fric sur le stationnement. Et que bientôt, ça sera 18h, 18 francs.
'''Gérard''' : Mais je pense qu'à mon avis, il y a des abonnements pour ça, maintenant.
'''Patrick''' : Comme au ski, comme au ski, il y a des forfaits.
'''Nicole''' : Ça dépend aussi, parce qu'il y a des tarifs.
'''Gérard''' : Ouais, mais avec un abonnement, tu peux payer très bien moins cher qu'en prix, qu'en tarif normal. ''[on entend ponctuellement des miaulements de chat dans un téléphone]''. Bon, celui qui s'amuse à faire le chat, ça commence à bien faire.
'''Nicole''' : C'est mon chat, je suis désolée.
'''Curedent''' : Mais donne-lui du lait, sans déconner.
'''Nicole''' : Non, mais attends, mais elle a faim. Allez, Minou, reste là.
'''Gérard''' : Bon, je pense que tout le monde a fait le tour de la question.
'''Marie-Monique''' : Super, cette question. Elle restera dans les annales.
'''Nicole''' : Gérard, tu ne nous as pas dit ce que t'en pensais, hein ?
'''Gérard''' : Moi, personnellement, j'ai jamais eu l'occasion d'aller dans les stations thermales. Les stations thermales, donc...
'''Barbara''' : On va se cotiser pour toi, et puis on va t'offrir une semaine dans une station service.
'''Nicole''' : Gérard, ça t'intéresserait d'aller dans une station thermale ?
'''Gérard''' : Non, pas du tout.
'''Marie-Monique''' : Non, dans une station de lavage.
'''Gérard''' : Marie-Monique, tu dégages, bonne nuit.
'''Phildar''' : Je dégage qui, là ?
'''Gérard''' : Marie-Monique.
'''Curedent''' : Quand on va dans les stations, c'est aussi pour se vider, c'est pour maigrir.
'''Nicole''' : Gérard, on a oublié aussi les stations service. Il y a le lavage, pour les humains, il faut payer aussi, le stationnement.
'''Gérard''' : Non.
'''Nicole''' : Si, Gégé, pour se laver...
'''Gérard''' : Ouais, mais attends, ça, c'est des douches.
'''Curedent''' : Ah, les douches municipales, t'as connu, Gégé ?
'''Gérard''' : Qui c'est qui dit ça ? Attendez, attendez, qui c'est qui vient de dire ça ? ''[silence, impatience des auditeurs. A Phildar]''. De tte manière, tu reprends personne pour l'instant. On finit comme ça.
'''Phildar''' : Non, mais j'ai seulement repris une meuf. Elle s'appelle Bénédicte.
''[Suit une confusion avec des gens passant un bruit de fond de gens qui parlent, ce qui énerve Gérard, puis jouant le sketch de ne pas entendre Gérard et de se parler entre eux au standard. Patrick joue même le rôle du standardiste de libre-antenne.]''
'''Gérard''' : Bon, Fred, Curedent, Patrick, dehors.
'''Patrick''' : Allô, bonsoir, tu veux parler de quoi ?
''[Le cahot se poursuit une vingtaine de secondes et Manu lance la fanfare de cirque.]''
'''Phildar''' : Bon, les auditeurs, on écoute Gérard. Et Bénédicte, tu réponds à la question, tu viens d'arriver.
'''Gérard''' : Alors, payez-vous moins cher les stations thermales ?
'''Bénédicte''' : Je ne sais pas trop. Moi, je suis jamais dans les stations thermales. Je pense, oui.
'''gérard''' : Dans quel sens ?
'''Bénédicte''' : Vertical.
'''Gérard''' : Mais attends, Bénédicte. Si c'est pour dire des conneries, c'est pas la peine de passer.
'''Bénédicte''' : Non, mais je ne sais pas trop.
'''Nicole''' : Je voulais te dire, mais en fait, on a oublié de dire, en fait, que le ticket pour la station thermale, c'était beaucoup moins cher qu'un ticket de métro.
'''Barbara''' : Oui, et puis, il faut l'acheter en station-service, d'ailleurs.
'''Marie-Monique''' : Oui, il faut, il y a dans les distributeurs, tout ça, devant les pharmacies.
'''Barbara''' : Oui, mais tu en as aussi dans les chiotes de la loco.
'''Gérard''' : Qui c'est qui vient de dire ça ? Eh, les nanas, vous répondez ou quoi, là ? Non, mais ça commence à bien faire, là, maintenant. De toute manière, il n'y a plus que trois nanas, alors.
'''Manu''' : Gérard, on nous dit que chez toi, c'est tellement crade que même M. Propre, il s'est mis à boire.
'''Gérard''' : T'es vraiment plus con qu'Olivier, toi.
'''Manu''' : Mais qu'est-ce que j'ai fait ?
'''Gérard''' : Tu balances des conneries comme ça, t'es aussi con qu'Olivier.
'''Manu''' : Tu préfères le double son ?
'''Phildar''' : Attends, on peut dire ça, puisque c'est drôle, puisqu'on sait que c'est pas vrai, donc t'as pas à te heurter.
Pourquoi tu te heurtes comme ça ?
'''Gérard''' : J'ai dit des questions comme ça, j'en veux pas.
'''Phildar''' : Mais c'est un débat, ça peut être drôle, aussi.
'''Gérard''' : Moi, je ne réponds pas sur des conneries comme ça, c'est tout.
'''Phildar''' : On ne te demande pas de répondre, c'est une constatation.
''[Des bruits de singe à travers un téléphone]''.
'''Gérard''' : Donc, on termine avec vous, trois.
'''Bénédicte''' : Et on veut du mec, on veut du mec.
'''Gérard''' : Non, non, c'est moi qui décide, si j'ai viré les mecs, c'est qu'ils disaient trop de conneries, c'est tout. Donc, dernière question. Après, on fait la conclusion. Faites-vous l'amour dans les stations de sport d'hiver. Alors, qui c'est qui veut réagir ?
'''Barbara''' : Oui, bah moi, à chaque fois que je vais en station d'hiver, ouais, ouais, j'y vais, ouais. Je fonce.
'''Gérard''' : C'est-à-dire ?
'''Barbara''' : Bah, toutes les cinq minutes, je me prends un mec différent, et puis hop, hop, hop, dans la neige...
'''Gérard''' : Ouais, tu dois avoir froid, après.
'''Barbara''' : Oh, mais non.
'''Nicole''' : Non, il y a le phénomène d'hypothermie. L'hypothermie, hein. Quand t'es dans le froid, t'es chaud.
'''Barbara''' : Et puis, tu penses que t'es sous le soleil, et puis, tu penses pas avoir froid, quoi. Tu penses à l'amour.
'''Bénédicte''' : Ouais, moi, c'est pareil.
''[Des bruits de fond persistent, Gérard regarde méchamment Manu]''
'''Manu''' : Gérard, arrête de me regarder, ça vient pas de moi.
'''Nicole''' : J'imagine le regard de Gégé.
'''Manu''' : Ah, bah, ça fait peur, hein. Une semaine pour s'en remettre, et hop, c'est reparti, alors.
'''Barbara''' : C'est comme quand je me couche, quoi. Je pense à toi, et j'ai envie de faire l'amour avec toi, tu vois.
'''Gérard''' : Non, mais tu vois, mon cœur est déjà pris, hein.
'''Barbara''' : Non, je suis prête à partager, hein.
'''Gérard''' : Mais, par contre, elle est très jalouse, donc elle partagera pas, hein.
'''Barbara''' : Ah, bah, je peux te laisser mon numéro de téléphone, si tu veux, et une fois que tu la largues, moi, je suis là, hein.
'''Gérard''' : Bon, bah, là, je vais te dire une chose, ça m'étonnerait, hein, que je la largue, là.
'''Nicole''' : C'est pour la vie, hein, Gégé.
'''Barbara''' : Tu ferais ça pour moi, on ferait ça sous la neige, et tout.
'''Phildar''' : Et Gégé, si c'est elle qui te largue ?
'''Gérard''' : Oh, non, ça m'étonnerait, hein.
'''Barbara''' : On ferait ça dans la neige, Gérard. Dans les stations thermales.
'''Gérard''' : Non. Donc, Nicole, pour toi ?
'''Nicole''' : Bah, écoute, moi, je suis pucelle. Et donc, ouais, ouais, mais ça serait cool dans les stations thermales, près de la cheminée.
'''Phildar''' : Elle est où, cette station de sport d'hiver, la pucelle, c'est où ?
'''Gérard''' : La station de sport d'hiver, elle est où, au lieu de la station thermale ?
'''Nicole''' : À Courchevel.
'''Gérard''' : À Courchevel.
'''Bénédicte''' : À côté de Courchevel, la pucelle.
'''Nicole''' : Et puis, bah, c'est cool, hein, il y a la cheminée, les draps, bah, ça va être cool, quoi. Pas de problème.
'''Phildar''' : Par contre, Gérard, j'ai remis les mecs pour qu'ils répondent, parce qu'ils se sont
calmés, donc tu peux leur poser des questions, ils sont là.
'''Bénédicte''' : Et moi, je voudrais répondre avant. Ouais, alors, moi, mon surnom, c'est Bénédicte Aime-la-Bite. Donc, en station thermale, en station d'hiver, ça y va, quoi. Dans toutes les stations, où tu veux.
'''Gérard''' : D'accord, Fred ? Donc, toi ?
'''Fred''' : Bah, tu peux rappeler, parce que nous, on a été zappés, donc...
'''Gérard''' : Non, mais bien sûr, vous aviez qu'à être un peu plus polis, vous n'auriez pas été zappés. Donc, faites-vous l'amour dans les stations de sport d'hiver ?
'''Manu''' : Gérard ? Il y a un étudiant en médecine qui nous dit que le bruit qu'on vient d'entendre, c'est pas un singe, mais c'est Sandy qui fait de l'asthme.
'''Gérard''' : Manu, c'est la dernière fois que tu fais la réa le jeudi avec moi. C'est la dernière.
'''Curedent''' : Et tu vas mettre qui, alors, Gégé ?
'''Manu''' : Bah, Olive, hein, Olive va revenir pour le deuxième débat, ouais.
'''Gérard''' : Non, non, ça sera... Il est hors de question. Donc, Fred ? ''[Fou rire de l'équpe en studio]''. Bon, allez, conclusion du débat, terminé. Je ne fais pas le deuxième débat, c'est tout.
'''Phildar''' : Non, mais allez, Manu, s'excuse. Manu, c'est bon.
'''Manu''' : Oui, pardon, je suis désolé. Faut qu'ils arrêtent sur Minitel aussi.
'''Gérard''' : Non, mais je vais te dire une chose, elle commence à en avoir ras-le-bol tous les jeudis d'entendre des conneries comme ça.
'''Nicole''' : Non, Gégé, dis-toi que les mecs du minitel... Les mecs du minitel sont des cons. C'est eux qui laissent les messages, c'est pas Manu.
'''Gérard''' : Ouais, mais Manu, il n'a pas à les lire, aussi.
'''Manu''' : Des fois, je fais pas gaffe, j'en vois un, hop, ça part.
'''Nicole''' : Ils ne font que constater, ils affirment des affirmations écrites, quoi.
'''Bénédicte''' : Mais ils disent ça parce qu'ils t'aiment.
'''Gérard''' : Non, mais moi, je les emmerde, c'est pas pareil. Donc, Fred ?
'''Fred''' : Écoute, ouais, parce qu'il y a plein de touristes, des femmes qui viennent du monde entier.
'''Gérard ''' : ok, conclusion.
'''Bénédicte''' : mio je trouve que les stations c'est bien, et puis, moi aussi, je veux bien faire l'amour sur la Tour Eiffel.
'''Gérard''' : Nicole ?
'''Nicole''' : Ouais, bah, écoute, je me suis bien amusée. Et puis, bah, écoute, le stationnement, c'est un phénomène de société. Donc, il fallait en parler. Je crois que ça va être inscrit dans les annales.
'''Barbara''' : Barbara, bah, ce qu'elle en dit, c'est que c'est vraiment super. Et elle est vraiment contente d'être avec toi, Gérard. Et voilà, quoi.
'''Gérard''' : Ok. Bah, moi, je vais vous faire la conclusion. Bon, moi, apparemment, bon, il y a eu quelques petits problèmes. Mais sinon, je pense que celui-là, c'est pas trop mal passé. J'espère que le deuxième se passera à peu près mieux, dans de meilleures conditions.
'''Phildar''' : Mais toi, tu préfères quoi comme station ? Parce que, bon, tes conclusions, c'est toujours les mêmes.
'''Gérard''' : Donc, les tickets de métro, je les prends dans les tabacs, parce que, comme ça, ça me permet d'acheter mes cigarettes. Les stations de radio... bon, moi, je pense qu'il y en a pas assez à l'heure actuelle. On devrait virer certaines stations de radio qui passent des trucs cons.
'''Nicole''' : NRJ par exemple.
'''Gérard''' : Non, pas spécialement NRJ. Non, mais il y a certaines radios qui n'ont rien à foutre sur la bande FM.
'''Bénédicte''' : Non, moi, je ne suis pas d'accord. Il en faut pour tout le monde.
'''Gérard''' : Oui, mais peut-être. Il en faut peut-être pour tout le monde, mais moi, je ne suis pas trop d'accord.
'''Bénédicte''' : Eh bien ouai mais si ça se trouve, il y en a qui gerbent sur Fun, qui disent que ça devrait... Ça ne devrait même pas exister. Donc, laisse à tout le monde le droit de s'exprimer. Même si c'est une radio pourrie, au moins, ça plaît à une personne. C'est le principe, Gérard. Ce n'est même pas le contenu, à la rigueur. C'est le principe.
'''Nicole''' : Oui, je voulais te dire, moi, je comprends pourquoi énerger les radios numéro un, parce que je trouve que c'est une radio complètement nulle.
'''Bénédicte''' : Mais c'est eux qui le disent, ce n'est pas vrai.
'''Phildar''' : Donc, toi, tu fréquentes plus les stations quoi, toi ?
'''Gérard''' : Moi, je fais plus les stations... J'aurais une voiture, je serais plus en station service.
'''Phildar''' : Ah, d'accord. T'irais au ski, t'irais dans les stations de ski, d'accord.
'''Gérard''' : Voilà ''[applaudissement ironqiues]''. Donc, on se retrouve pour le deuxième débat, ça sera sur le ping-pong. Voilà. Donc, alors, on se retrouve juste après. Donc, on va écouter deux disques. On va écouter la femme de mon pote qui est beaucoup plus belle que la mienne avec du pâté. C'est bien, on avait dit deux.
''[musique]''
== Le débat sur le ping pong ==
=== Contexte ===
Ce débat fait intervenir beaucoup de participants du premier, dans la même atmosphère de discussions ssurréalistes. Il introduira un autre concept : les auditeurs interprètent des personnages célèbres auprès de Gérard, qui toutefois les méprise profondément.
Ce débat est aussi l'occasion de comprendre que, dans ce climat beaucoup plus posé même si absurdement surréaliste, la seule part de réelle communication entre l'équipe, les auditeurs acteurs et l'extérieur est le minitel. Il est clair, ici, que ce que les gens lisent sur le petit écran ne procède pas de leur imagination mais bien de ce que les auditeurs proposent sur le serveur interactif. Cet îlot d'intégrité sera conservé très longtemps, au moins jusqu'en 2001.
Enfin, Gérard sortant de ses sujets de prédilection et ouvrant des sentiers inconnus de lui, il devient constant qu'il s'appuie sur les autres pour réagir. Si les audituers ou l'équipe rient, il comprend que c'est une bêtise et prend la posture adéquate. L'attitude de l'équipe et celle des audituers devient donc importante car elles le font agir. Il prend même des temps d'arrêt, fréquents, pour scruter la réaction des autres en studio.
=== Les personnages ===
* Olivier Bouchet : Olivier de la pro
* Franck Bargine : Max
* Barbara (meme actrice qu'au précédent débat),
* Franck : Jean, Guillaume, Jean-Philippe Gatien (JPG), a
* Rita : Olivia, Cynthia
* Mégane : Thérèse
* Tony Morestin : Benjamin, Jérôme, Bob, René
* Amuse-gueule (ancien curedent), Ricky, Arthur
* Eddy
=== Transcription ===
'''Gérard''' :Donc on récupère Barbara, Olivia, Thérèse, Benjamin, AMuse-gueule et Jean. Donc alors le deuxième débat c'est sur les ping-pong.
'''Amuse-gueule''' : C'est quoi le ping-pong ?
'''Gérard''' : A ton avis ? Ça se joue avec deux raquettes et une balle en plastique. D'accord ? ''[silence]''. Bon, qu'est-ce qu'il se passe là ?
'''Phildar''' : Je sais pas.
'''Gérard''' : On a déjà plus personne.
'''Amuse-gueule''' : On est là Gégé.
'''Gérard''' : Donc je vous pose la première question. De quelle origine est le mot ping-pong ?
'''Jean''' : Moi je sais, c'est Jean. C'est chinois.
'''Gérard''' : Voilà.
'''Amuse-gueule''' : Donc ben... Ben voilà, ben c'est bien, on est contents.
'''Olivia''' : Je suis pas d'accord.
'''Benjamin''' : Un point, un point.
'''Jean''' : Non, Jean, j'ai une question.
'''Jean''' : Citer un membre de l'équipe de France de ping-pong.
'''Barbara''' : Gatien !
'''Jean''' :Bravo !
'''Gérard''' : Ouai mais il y en a d'autres, hein.
'''Jean''' : Ouais, comme qui ?
'''Gérard''' : Je sais plus qui.
'''Jean''' : David Douillet aussi en fait partie, je crois.
'''Gérard''' : Non, c'est du judo.
'''Barbara''' : Mais non, c'est karaté, ça.
'''Olivia''' : Gégé ? C'est Olivia, je suis pas d'accord, hein. C'est pas d'origine chinoise, hein.
'''Gérard''' : Ah bon ?
'''Olivia''' : C'est d'origine sibérien.
'''Gérard''' : Non, mais non, mais... Oh, regarde bien dans le dictionnaire le mot ping-pong.
'''Olivia''' : Je fais des études d'étymologie et je connais parfaitement ce que je dis. C'est d'origine sibérien. C'était avant les hommes des neiges.
'''Gérard''' : Bon, alors attendez. On va se mettre d'accord. Tu peux m'appeler Enji ?<ref name="radio2"></ref> Il va nous le confirmer, je viens de demander.
'''Phildar''' : Pourquoi il fait du ping-pong, Enji ?
'''Gérard''' : Non, non, mais Enji m'a confirmé que c'était bien d'origine chinoise. Donc on va lui demander, on va lui l'appeler, on va lui demander.
'''Amuse-gueule''' : D'ailleurs, déjà, explique qui c'est, Enji, parce que je suis plus que dalle, hein.
'''Phildar''' : C'est sa meuf.
'''Barbara''' : Attends, Barbara, Barbara. Ouais, bah, ça fait dix ans que je fais du ping-pong, moi. Enfin, du tennis de table, pour être...
'''Gérard''' : Voilà, ça s'appelle dans...
'''Barbara''' : Pour parler français.
'''Jean''' : Un pratiquant de tennis de table se dit un pongiste, entre parenthèses.
'''Barbara''' : Exactement.
'''Thérèse''' : Non, un ping-pongueur.
'''Barbara''' : Non, parce que le bon Français moyen, si tu veux, il dit ping-pong. Et en fait, ping-pong, c'est le ping-pong de campagne. Donc, moi, ça fait dix ans que je fais du tennis de table, donc. Et ça vient du Japon, hein.
'''Jean''' : Gérard, j'ai d'ailleurs la signification exacte du mot ping-pong. Ça veut dire attrape, envoie.
'''Gérard''' : N'importe quoi.
'''Amuse-gueule''' : Envoie quoi ?
'''Jean''' : La balle.
'''Manu''' : N'importe quoi. Ping et pong, c'est le nom des deux inventeurs.
''[Olivia essaie de parler mais n'y parvient pas. Elle est interrompue par des gens qui lui répondent à la palce de Gérard, l'échange vire à un cahot de quinze secondes. C'est Phildar qui ramènera le calme.]''.
'''Olivia''' : C'est bien d'origine sibérien et ça veut dire Vas-y, reviens et envole-toi dans les airs.
'''Barbara''' : Et même que la balle est carrée.
'''Manu''' : Donc, on accueille Eddy, de Belgique.
'''Benjamin''' : Olivia, moi, je t'aime bien.
''[le cahot se réinstalle rapidement. Les auditeurs, feignant de ne pas entendre Gérard, lancent des formules assassines : { T'es resté dans Sandy ou quoi ? Elle a fermé les dents, c'est pour ça. » Ou « Tes parents auraient mieux fait mieux fait de faire une tache sur le lit qu'une tache dans le monde. ». Gérard menace d'arrêter. Phildar essaie de reprendre le contrôle, le cahot dure environ 1 minute. Le tout se ponctue d'extraits sonores, sur dictaphone, de Gérard qui hurle. Il essaie de faire intervenir le belge, en affrontant même les filles. Amuse-gueule est sorti de l'antenne, au hasard]''
'''Phildar''', ''[ironique]'' : Je veux seulement dire un truc, c'est Fildar, c'est que c'est un peu plus le bordel que le premier débat et c'est malsain. Ça va partir en couille très vite.
'''Eddy''' : Je trouve que c'était autre chose quand c'était Phildar qui était au standard.
'''Phildar''', ''[fier]'' : Ah, mais c'est Manu, bon, il ne sait pas gérer, ce n'est pas grave.
'''Manu''' : C'est Gérard, il ne veut plus que je sois à la réa, alors...
'''Phildar''' : Essayez de gérer de vous-même.
'''Jean''' : Le meilleur standard, c'est Manu, de toute façon.
'''Manu''' : Merci.
'''Phildar''' : Bon, on va reprendre le débat calmement, Gérard, à toi.
'''Gérard''' : Donc, Eddy, d'où vient... de quelle origine est le mot ping-pong ?
'''Eddy''' : De quelle origine ? À mon avis, je crois que ça vient d'un petit bled dans la Champagne-Ardenne, vers Levallois-Péret.
'''Benjamin''' : Ouh, toi, t'es un comique, toi.
'''Eddy''' : Et c'est deux gars en fait qu'on créait ça, quoi.
'''Gérard''' : Non, mais, Eddy, je ne vois pas le rapport avec Levallois-Péret.
'''Eddy''' : Moi non plus.
'''Phildar''' : Eddy, sois bon, quand même.
'''Gérard''' : Parce que tout à l'heure, tu ne vas pas rester longtemps, malgré que tu appelles de Belgique.
'''Eddy''' : Ah, ben, c'est dur de vous avoir.
'''Barbara''' : Là, j'ai l'encyclopédie, là, sous les mains. Et en fait, ça vient de Tanzanie.
'''Gérard''' : Non, non, moi, je ne suis pas d'accord avec toi.
'''Barbara''' : Ah, ben, c'est dans l'encyclopédie.
'''Eddy''' : Est-ce qu'il n'y aurait pas un rapport avec le Ying et le Yong ?
'''Barbara''' : Tout à fait.
'''Benjamin''' : Eh, remettez des habituels, parce que c'est du n'importe quoi.
'''Jean''' : Eh, vous appelez Tony et Ultraman.
'''Gérard''' : Qui c'est qui dit ça ?
'''Jean''' : Ben, il faut des habituels, quand même.
'''Gérard''' : Non, mais qui c'est qui vient de dire ça ?
'''Jean''' : Euh, c'est le Belge, là.
'''Gérard''' : Non, non, non, non. Alors, Jean et Benjamin, bonne nuit.
'''Eddy''' : Ah, non, j'ai rien dit.
'''Benjamin''' : Allez, salut le Belge.
'''Eddy''' : Eh, arrêtez, j'ai rien dit. C'est Amuse-gueule qui n'est pas encore sorti du standard.
'''Gérard''' : Non, mais attends. Je t'ai dit de me virer Amuse-gueule.
'''Manu''' : Mais il est parti, Gérard.
'''Gérard''' : Alors, maintenant, tu cherches à savoir qui c'est qui me demande les habituels et tu le vires directement celui-là.
'''Manu''' : Mais pourquoi ? Peut-être qu'il les aime bien.
'''Gérard''' : Non, moi, j'en veux pas dans mes débats.
'''Jean''' : Gérard, est-ce que t'aimes Ultraman et Tony ?
'''Gérard''' : Non.
'''Jean''' : Mais pourquoi ? Ils sont sympas.
'''Gérard''' : Mais t'es qui, toi ?
'''Jean''' : Moi, c'est Jean. Moi, j'aime Ultraman et Tony. Ils sont trop cools, quoi.
'''Gérard''' : Ouais, ben, toi, t'es déjà un habituel.
'''Phildar''' : Bon, on va faire une petite pause minitel. J'ai une petite blague sur Sandy, mais très drôle. Alors, j'ai pas le début, donc je vais essayer de m'en souvenir... Je vais être très fort... Merde, je m'en rappelle plus.
'''Manu''' : Super, Philou.
'''Phildar''' : Merde, je m'en rappelle plus. Non, c'est sur le fait de la bouche d'incendie, donc le mec, s'il m'entend, ben, tu remets la blague, merci.
'''Manu''' : En revanche, moi, je me souviens d'un truc sur Minitel, c'était quand tu sors sur un
balcon avec les pigeons, les pigeons, ils te prennent pour une gargouille parce que t'es laid.
'''Gérard''' : T'es vraiment con, toi.
'''Benjamin''' : Manu, il assure, c'est pas comme Phildar, ce blaireau.
'''Phildar''' : Oh, ta gueule, Tony.
'''Gérard''' : Alors, Jean, tu le dégages.
'''Jean''' : C'est pas moi !
'''Gérard''' : Jean, tu dégages parce que tu t'appelles Tony, maintenant.
'''Phildar''' : ah j'en ai une autre, de Fred : Ping-pong, c'est le bruit que Gérard fait quand il bourre Sandy.
'''Gérard''' : Non, mais ça, c'est pas à passer, je t'ai déjà dit.
'''Phildar''' : Ok, j'arrête, alors.
'''Olivia''' : Je voudrais donner une réponse sérieuse. Donc, moi, je fais des études d'étymologie.
'''Gérard''' : Non, mais ça y est, je crois que tu nous l'as déjà dit.
'''Olivia''' : Oui, alors, je te dis, Gérard, ping-pong signifie en sibérien, ça vient d'un petit village de Sibérie, qui veut dire petite balle, envoie et revient, et vole en l'air, et revient dans les airs. ''[après envoie, un écho proédant d'une radio allumée parmi les audituers et mise à fort volume accompagne Olivia]''. Voilà sa signification.
'''Barbara''' : Ouais, non, mais attends, Olivia, il sait pas ce que ça veut dire, étymologie, si tu veux.
'''Gérard''' : Non, mais c'est bon, on va poser la deuxième question, parce que vous commencez...
'''Eddy''' : Non, mais Gérard, qu'est-ce que ça veut dire, étymologie ? Moi, je sais pas, moi, non plus.
'''Gérard''' : Je vois pas, j'en sais rien. De toute manière, Olivia, pour l'instant, t'es en train de me dire des conneries. Non, non, mais attends, déjà, tu t'es fait passer de telle heure pour... Pour... ''[il siffle et fait de grands signes agacés à Manu'']
'''Manu''' : Quoi, Gérard ? Mais quoi, quoi ? Pas la peine de siffler et de faire ça, dis-moi.
'''Gérard''' : Non, mais Olivia, de toute manière, t'es déjà passée dans le premier débat.
'''Olivia''' : Mais Gérard, qu'est-ce que tu racontes ? J'arrête pas d'appeler depuis 8h du soir.
'''Eddy''' : Mais ça sert à rien de s'énerver, t'as tort, t'as tort, allez hop au standard.
'''Olivia''' : Gérard, ça fait depuis 8h que j'appelle, on vient de m'appeler, là, alors qu'est-ce que tu me racontes ? ''[écho radio]''
'''Gérard''' : Euh, Philippe, s'il te plaît, t'arrêtes le double son, là.
'''Phildar''' : Mais Gérard, je fais pas de double son, là.
'''Gérard''' : Non, non, ça, ça commence à bien faire.
'''Phildar''' : Donc, j'ai retrouvé ma blague sur Sandy. Donc, en fait, la blague, c'était Sandy a-t-elle une bouche ? Parce que bouche d'incendie. Voilà.
'''Gérard''' : Qui sait qu'on a la place d'amuse-gueule ? Personne ? Ok. Donc, on va poser la deuxième question. Aimez-vous jouer au ping-pong entre amis ?
'''Barbara''' : Ah non, moi, je préfère jouer avec le mur, moi.
'''Eddy''' : Tout seul, moi, avec le mur, pareil.
'''Eddy''' : De toute façon, tu joues tout seul ou contre Gérard, à mon avis, ça revient à peu près au même.
'''Benjamin''' : D'ailleurs, je voudrais faire... Enfin, j'ai fait une partie hier avec Gérard.
'''Gérard''' : Benjamin, tu dégages.
'''Benjamin''' : Quoi ?
'''Gérard''' : Olivier, s'il te plaît, qui c'est qu'il y a à la place ?
'''Manu''' : D'abord, tu m'appelles pas Olivier.
'''Benjamin''', ''[pendant l'échange entre Manu et Gérard et ensuite]'' : J'ai joué avec toi, je t'ai mis 15 0 et TU LA RAMENAIS MOINS TA GRANDE GUEULE ! TU LA RAMENAIS MOINS TA GRANDE GUEULE QUAND JE T'AI MIS 15 0 !
'''Gérard''' : Philippe, tu me mets un disque, je continue pas le débat pour l'instant. Il y avait quelqu'un qui s'amuse à passer sur tout le monde, j'veux pas le savoir.
''[Olivier rentre dans le studio]''
'''Phildar''' : Soyez compréhensifs, ça fait que 20 minutes, c'est déjà le bordel, merde. Moi, ça continue, je me casse, j'arrête tout.
'''Manu''' : Moi aussi, j'en ai marre.
'''Olivier''' : Je te remplace, si tu veux.
'''Gérard''' : Non, non, toi, tu dégages, tu vas dans ton studio de réa.
'''Manu''' : Tu veux prendre le standard, Olive ?
'''Gérard''' : Non, non, non.
'''Eddy''' : Je crois qu'Olive, de toute façon, ça peut pas être pire que Manu.
'''Phildar''' : Donc, on va faire comme à l'école, vous levez votre doigt et vous donnez votre prénom.
''[Olivier s'asseoit près de Manu, au standard, et touche des boutons]''
'''Gérard''' : Alors, Olivia, il y a... Euh, Barbara.
'''Barbara''' : Oui. ''[silence de deux secondes]''
'''Gérard''' : Bon, allez, hop, moi, j'arrête.
'''Eddy''' : Attends, je lève la main, mais je suis au fond de la salle, tu me vois pas.
''[Gérard se précipite, loin du micro, vers le standard, et pousse vigoureusement Olivier vers la sortie du studio en lui criant de dégager. Celui-ci recule, Gérard le pousse malgré une faible force physique. Olivier sort, Gérard revient à sa place]''.
'''Phildar''' : Non, parce qu'il y a un problème avec Olivier, il a foutu son bordel au standard, donc Gérard a commencé à lui taper dessus.
'''Gérard''' : Tu dégages !
'''Phildar''' : Bon, Gérard, sérieux, il est parti. On va reprendre calmement, merci, les auditeurs.
'''Gérard''' : Barbara ! Alors, pour toi ?
'''Barbara''' : Oui, non, mais moi, j'ai déjà répondu, hein, je préfère jouer toute seule.
'''Gérard''' : C'est-à-dire ?
'''Barbara''' : Bah, c'est-à-dire, tu prends la table et tu joues toute seule.
'''Eddy''' : Parce que t'as besoin d'une table pour jouer au ping-pong, toi.
'''Barbara''' : Bah ouais, tu peux jouer dans l'eau aussi, si tu veux, mais bon, c'est un petit jeu.
'''Gérard''' : Ouais, mais c'est pas du tout le même jeu, aussi.
'''Thérèse''' : Non, c'est le waterpong.
'''Eddy''' : Ah, c'est le waterpong, ouais, bah moi, je préfère jouer à waterpong, carrément. Parce que nous, on adapte toujours les jeux, hein. Le waterpong, en effet, c'est vachement plus drôle dans l'eau, hein.
'''Barbara''' : Et tu joues avec des raquettes ou des mousses ?
'''Gérard''' : Ouais, ouais, ouais, c'est des raquettes en mousse, ça. C'est ça, Eddy ? C'est des raquettes en mousse et que la balle, elle se colle dessus.
'''Eddy''' : Exactement. Exactement, mais apparemment, t'as déjà joué, donc Gérard.
'''Gérard''' : Non, mais je connais ce jeu-là, parce que ça, on en voit souvent. Sur la plage. Donc, Olivia.
'''Olivia''' : Écoute, ben écoute, moi, je joue souvent avec mon frère, sur la neige, et avec mon chien, mon chat, de tout, quoi.
'''Thérèse''' : Ouais, moi, je joue toute seule, comme ça, c'est moi qui gagne. L'autre, il rattrape jamais la balle.
'''Manu''' : Gérard ? On accueille Guillaume. À la place de Jean.
''[Les gens se disent bonsoir et l'écho radio revient. Gérard veut savoir qui met la radio]''.
'''Eddy''' : Eh, mais je crois que c'est lui qui vient d'arriver, là, hein.
'''Gérard''' : Benjamin ? Tu réponds, s'il te plaît ?
'''Benjamin''' : Ouais, ben, j'ai répondu. Je t'ai dit que hier, j'ai joué avec toi. On n'avait pas de balle de ping-pong. Et on a remplacé la balle par le stérilet de Sandy.
'''Gérard''' : Bon, alors, Benjamin, tu dégages. Benjamin, dehors. Benjamin, dehors, ça y apprendra.
'''Olivia''' : C'est pas gentil.
'''Gérard''' : Eh, Manu, s'il te plaît. Manu, s'il te plaît, tu vires Benjamin ou j'arrête ? Merci. Donc, Guillaume.
'''Guillaume''' : Oui, ben... Moi, j'ai pas vraiment d'opinion là-dessus. Tu sais, c'est quelque chose qui me dépasse. Donc, je préfère pas m'avancer en disant les choses fausses et que je ne penserais pas.
'''Barbara''' : Ben, pourquoi tu participes au débat, alors ?
'''Guillaume''' : Parce que peut-être qu'il y a des questions auxquelles je pourrais mieux répondre.
'''Olivia''' : Ben, je voulais te dire, en fait, que le ping-pong, c'était un jeu très intellectuel.
'''Guillaume''' : Oui, Gérard, c'est Guillaume. Ouais, c'est mathématique, en fait.
'''Olivia''' : Ben, écoute, je te disais, tu dois réfléchir beaucoup. C'est très compliqué, le ping-pong.
'''Guillaume''' : Gérard, c'est Guillaume. Ouais, c'est une question de...
''[Confusion entre écho radio, Guillaume et Eddy qui cherchent à parler en même temps, Eddy disant Allô, c'est Eddy en boucle. Barbara se mêle au cafouillage.]''.
'''Guillaume''' : Je disais que le ping-pong était le sport le plus technique après les échecs, donc ça prouve bien ce que ça veut dire.
'''Gérard''' : C'est-à-dire ?
'''Guillaume''' : Ben, les échecs, il faut... Je ne sais pas si tu as déjà joué aux échecs, Gérard ?
'''Gérard''' : Non.
'''Thérèse''' : Non, mais il en a eu.
'''Guillaume''' : Eh bien, c'est quelque chose de très intellectuel.
'''Eddy''' : Il faut déjà deux raquettes.
'''Gérard''' : Ah ouais, pour jouer aux échecs ?
'''Guillaume''' : Non, c'est faux, c'est complètement faux. Il faut simplement un échiquier et quelques pions pour aménager des stratégies. Et le ping-pong est le sport le plus technique après les échecs.
'''Barbara ''' : Non, mais les deux, en fait, ça se relie parce que c'est une question de trajectoire quand même.
'''Olivia''' : Mais Gégé, je voulais te dire aussi que Louis XVI, c'est un rappel historique, je voulais dire que Louis XVI et Henri IV, c'étaient des champions en ce qui concerne...
'''Gérard''' : Non, mais attends, Barbara, Barbara...
'''Olivia''' : Non, c'est Olivia.
'''Gérard''' : Non, non, mais Olivia, on ne s'amuse pas à parler de Louis XVI et tout ça. On est en train de parler des trucs de ping-pong. Non, mais si tu t'amuses à dire ça sans arrêt tout le long du débat, tu es à gerber, ma petite.
'''Phildar, voix de tête, effet téléphone''' : Et on peut jouer avec des cotons-tiges ?
'''Phildar''' : Ça, je n'aime pas trop.
'''Eddy''' : Ça sent la fille.
'''Gérard''' : Oui, c'est ça. Je sens que tout à l'heure, les dix questions ne vont pas se faire.
'''Olivia''' : Et toi, est-ce que tu joues au ping-pong ?
'''Gérard''' : J'ai joué...
'''Eddy''' : Allô, c'est Eddy.
'''Gérard''' : Oh, Eddy, tu t'écrases un petit peu.
''[Eddy continue à boucler, Guillaume essaie de parler, le cahot revient]''
'''Olivia''' : Mais vous allez vous calmer, là ?
'''Gérard''' : Oh, les deux têtes de pioche, là, vous vous calmez ?
'''Eddy''' : Ouais, mais ouais, mais moi, je lève tout le temps la main, mais on ne me voit pas.
'''Gérard''' : Non, mais pour l'instant, tu la fermes un petit peu. Merci.
'''Olivia''' : Mais arrêtez de vous parler les uns sur les autres, quand même.
'''Guillaume''' : Tu dis, Gérard, qu'il ne faut pas parler de l'ancienneté du tennis de table. Donc, moi, je fais des études en holozoïsme, mais je peux te dire que le tennis de table est quand même un sport qui a 4 500 ans. Donc, ce serait bien de parler de son ancienneté.
'''Barbara''' : Non, 4 600 ans.
'''Gérard''' : Bon, de toute manière, ça n'a rien à voir.
'''Manu''' : Il y a quelqu'un qui va peut-être pouvoir nous aider sur l'origine du ping-pong. Il s'appelle Jérôme, il remplace Benjamin.
'''Jérôme''' : Bonsoir. Donc, je vais vous aider sur quoi ? Sur le ping-pong ?
'''Gérard''', ''[agacé]'' : Sur le ping-pong.
'''Olivia''' : L'historique du ping-pong.
'''Jérôme''' : Non, mais il est vache, Manu, là. ''[Hésitant]''. Ouais, ben, alors, le ping-pong, naquit.
'''Guillaume''' : Naît.
'''Jérôme''' : non, non, naquit, ça fait plus le langage recherché.
'''Thérèse''' : Naissa
'''Jérôme''' : Naissa, ouai. Naissa dans la préhistoire. Les gens jouaient avec une table en pierre.
'''Phildar''', ''[voix de tête dans téléphone]'' : et des coton-tige
'''Jérôme''' : Et donc, ensuite, ça a évolué jusqu'à notre époque.
'''Eddy''' : Ils jouaient avec les mains, non, au début, je crois.
'''Jérôme''' : Non, avec les petits bâtons, là, qu'on voit dans la famille Pierre-à-feu, là.
'''Guillaume''' : Je crois que les balles étaient en testicules de mammouths, hein.
'''Jérôme''' : Exactement.
'''Gérard''' : Qui c'est''' ''' : qui vient de dire ça ?
'''Guillaume''' : C'est Guillaume.
'''Guillaume''' : Ah ben, Guillaume, bonne nuit.
'''Jérôme''' : Il a tout à fait raison, hein.
'''Gérard''' : Bon, ben, Jérôme, tu t'écrases un petit peu. Donc, la troisième question. Faites-vous des compétitions de ping... ''[interrompu par Guillaume qui parle]''. Bon, Guillaume, tu dégages.
'''Guillaume''' : C'est pas moi !
'''Manu''' : C'est pas grave, Guillaume. Allez, salut.
'''Phildar''' : Il gère, Manu.
'''Olivia''' : Je voulais rectifier, parce qu'en fait, les raquettes étaient en peau de bison, hein.
'''Gérard''' : Bon, eh, Olivia. Tu vas commencer par te calmer un petit peu avec tes conneries, parce que ça...
'''Eddy''' : Moi, je trouve ça étonnant, c'est qu'elle, elle ne se fait pas jarter. Guillaume, il se fait jarter direct, hein.
'''Gérard''' : Non, mais t'inquiète pas, elle va jarter aussi, elle, si elle continue.
'''Olivia''' : Je suis une nana, moi.
'''Gérard''' : Non, non, mais tu vas te faire jarter aussi, si tu continues, toi.
'''Eddy''' : Parce que les nanas, il n'en a plus rien à foutre, il a Sandy, maintenant.
'''Gérard''' : Bon, si t'es pas content, Guillaume...
'''Jérôme''' : Bien sûr, on est content, on est content, ça fait une de moins pour nous.
'''Gérard''' : Bon, ben alors, Guillaume, elle t'emmerde, Sandy, tu vois.
'''Manu''', ''[concoliant]'' : Il n'a rien dit, Gérard. Pourquoi t'es aussi vulgaire...
'''Eddy''' : Moi, je voudrais bien l'entendre dire qu'elle m'emmerde, hein.
'''Gérard''' : Qui ?
'''Eddy''' : Sandy.
'''Jérôme''' : Non, mais celle-là, c'est une potiche.
'''Gérard''' : Bon, allez, hop. Tu me sors celui qui s'amuse à insulter les gens, comme ça.
'''Phildar''' : Un peu de respect, un peu de respect, quand même.
'''Barbara ''' : Non, non, non, mais attends, Gérard, elle pourrait dire bonjour, quand même, Sandy. Depuis le temps qu'elle est à l'antenne.
'''Gérard''' : Elle ne veut pas, elle ne veut pas parler dans un micro.
'''Phildar''' : Quel est le rapport entre Sandy et le ping-pong ? ''[ponctuation par des bruits de klaxon]''.
'''Gérard''' : Celui qui s'amuse à klaxonner comme ça va dégager.
'''Barbara''' : Eh, mais Gérard, elle est muette ?
'''Gérard''' : Elle ne veut pas parler, c'est tout.
'''Phildar''' : Je vais vous dire un truc, Sandy, elle ne veut pas parler, mais elle joue très bien au ping-pong, donc foutez-lui la paix, quoi.
'' [écho radio, bruit de klaxon démultiplié comme en zone urbaine dense]''.
'''Gérard''' : Manu, s'il te plaît, tu essaies de savoir qui c'est qui joue, là. ''[Manu reste immobile]'' Oh !
'''Manu''' : Ben, j'essaye.
'''Gérard''' : Ouais, non, mais t'essaies, c'est pas en restant avec ton casque, hein.
'''Manu''' : Ah bon, j'enlève le casque, alors. ''[il retire le casque mais n'utilise pas le standard]''.
'''Gérard''' : Mais tu prends le téléphone, sinon je vais jarter tout le monde, moi, tout à l'heure.
'''Eddy''' : Eh, Gégé, tu ne pourrais pas faire le standard, la réa et animateur en même temps ?
'''Gérard''' : Non, mais attends, si tu n'es pas content, toi, tu vas dégager tout à l'heure. Alors, faites-vous des compétitions de ping-pong, Barbara ?
'''Barbara''' : Euh, oui, comme je te l'ai expliqué tout à l'heure, ça fait dix ans que je fais du ping-pong. Je suis classée 15-14.
'''Thérèse''' : Pas mal !
'''Barbara''' : Ouais, c'est pas mal, hein ? Et, ben, j'ai été sélectionnée pour les Jeux Olympiques de 94.
'''Thérèse''' : Pas mal !
'''Barbara''' : Mais, malheureusement, je me suis cassée un ongle, donc, ben, j'ai pas pu le faire, quoi.
'''Thérèse ''' : Comment ça ? Mais t'es quel niveau à l'IP3 ?
'''Barbara''' : IP3 ? Non, je suis en IP5, moi.
'''Gérard''' : Qui est-ce qui rajoute derrière ? C'est Thérèse ?
'''Thérèse''' : Ouais, parce que moi, je m'y connais hyper en ping-pong, en tennis de table, quoi. Et aussi en tennis.
'''Thérèse''' : Non, mais, en fait, Thérèse, t'as pas beaucoup réagi, toi, sur la deuxième question.
'''Eddy''' : C'est vrai, Thérèse, c'était tout de même très calme, hein ?
'''Thérèse''' : Oui, ben, Thérèse est très calme, oui.
'''Gérard''' : Ouais, parce qu'elle n'est pas comme vous. Au moins, une, entre Thérèse et Barbara, je peux vous dire que c'est ces deux-là qu'on moins réagi sur la deuxième question. Par rapport aux autres, c'était le vrai cirque. Donc, alors, Thérèse, si tu veux réagir sur la deuxième question, quand même.
'''Thérèse''' : Oui, tu peux me la répéter ?
'''Gérard''' : Donc, aimez-vous jouer au ping-pong entre amis ?
'''Thérèse''' : Ouais, ben, entre amis, ouais, mais en compète aussi, ouais, ouais. '' (ton d'un coach sportif]''. Moi, je joue, moi, je joue, moi. Je suis à fond dedans, moi.
'''Phildar''' : J'ai peut-être la solution, enfin, j'ai peut-être... Je sais pourquoi, en fait, Sandy, elle veut pas parler dans le micro, parce qu'en fait, ça lui rappelle la queue de Gégé sans l'odeur, heureusement. C'est Sylvain, hein, sur Minitel, c'est pas moi.
'''Eddy''' : Mais ça semble logique.
'''Gérard''' : Non, mais alors, Sylvain ! Sylvain, tu laisses ton numéro de téléphone, pas un faux numéro.
'''Phildar''' : Ah, ben, je l'ai, je l'ai.
'''Gérard''' : Ah, ben, alors, tu... Manu, s'il te plaît.
'''Phildar''' : Manu, on va rappeler Sylvain.
'''Manu''' : Je peux pas, j'ai pas de ligne.
'''Phildar''' : On va dégager une meuf, c'est pas grave.
'''Manu''' : On dégage tout le monde.
'''Gérard''' : On va en trouver une, une ligne. TU vas voir. Note son numéro.
'''Manu''' : On accueille Bob, et on accueille Jean-Philippe Gatien.
'''Gérard''' : À la place de qui ?
'''Manu''' : À la place de ceux que t'as virés, Gérard.
'''JPG''' : Bonsoir, Gérard, c'est Jean-Philippe Gatien. Donc, je me présente, je suis titulaire en équipe de France de ping-pong. Je sais pas si tu me connais, Gérard.
'''Gérard''' : Non.
'''JPG''' : J'ai fait troisième aux championnats du monde de Koga, au Japon.
'''Jérôme''' : Et Jean-Philippe, tu trouves pas que c'est un sport de pédé, franchement, entre nous ?
'''JPG''' : Écoute, je ne te permettrais pas de...
'''Gérard''' : Attends, attendez, attendez, attendez ! Eh, tu donnes ton nom, là, celui qui vient de dire que c'est un sport de pédé.
'''Manu''' : C'était Bob, je crois.
'''Gérard''' : Alors, Bob, dehors.
'''Manu''', ''[agacé]'' : Mais pourquoi ? Il a le droit de s'exprimer, Gérard.
'''Gérard''' : Non, mais attends. Il n'a pas besoin de dire que c'est un sport de pédé.
'''Manu''' : C'est son opinion, c'est tout.
'''JPG''' : Gérard, tu devrais gérer, tu as quand même un vice-champion du monde à l'antenne.
'''Gérard''' : Eddy, t'es toujours là ?
'''Eddy''' : Ben ouais, toujours. Moi, j'attends mon tour pour parler.
'''Gérard''' : Ouais, ben, donc, alors... On était à...
'''Eddy''' : À Jean-Philippe, je crois. Parce que moi, je voudrais un autographe de lui, après.
'''JPG''' : Pas de problème.
'''Gérard''' : Olivia ?
'''Olivia''' : Ben, écoute, moi, ça fait 20 ans que je fais de la compétition de ping-pong en solo.
'''JPG''' : Et tu me connais, alors ?
'''Olivia''' : Et puis, ben, ça se passe très bien.
'''Gérard''' : Non, mais Olivia. Faudrait peut-être que tu réagisses aux questions que je pose. Pas des conneries. Parce que pour l'instant... Non, mais...
C'est simple. Sur les trois questions, tu dis que des conneries.
'''Olivia''' : Gégé, je fais de la compétition en solo et de la compétition à deux. ''[écho radio]''
'''Jérôme ''' : Et en plus, elle a la radio.
'''Gérard''' : Et en plus, elle a la radio, tu la sors. Allez, hop !
'''Jérôme''' : Allez, hop !
'''Thérèse''' : Oui, je voulais dire que l'été dernier, là, il y avait une nouvelle discipline qui est apparue. C'était le beach-pong.
'''Jérôme''' : Oui, le fameux jeu, là, où tu joues sur la plage.
'''Thérèse''' : Voilà, beach-pong.
'''Eddy''' : C'est pareil que le water-pong, non, mais en fait, c'est sur le sable.
'''Thérèse''' : C'est comme le water-pong, sauf que t'es pas dans l'eau.
'''Barbara''' : Ouais, mais tu joues avec un volant, là.
'''JPG''' : Le badminton.
'''Gérard''' : Non, mais le jeu qu'on parle, là, c'est un espèce... Non, c'est un espèce de truc qu'on se colle...
'''Manu''' : Gérard ? On a Sylvain du Minitel.
'''Gérard''' : Alors, Sylvain ! Sylvain !
''[Se lance alors un extrait du DVD des petites annonces de Elie Semoun : « Bonjour. Je t'ai remarqué dans le métro. Nous étions assis, je dirais, l'un en face de l'autre. Nous nous sommes regardés. Nous nous sommes, je dirais, faits... fixés du regard. Tu t'es levée. Je me suis levé, y compris. Nous nous sommes bousculés. Par timidité, je n'ai osé t'aborder. Je voudrais savoir si tu n'as pas vu mon portefeuille. » Pendant l'annonce, Gérard essaie de prendre la parole et ne comprend pas que l'interlocuteur ne s'arrête pas de parler. Dès qu'il a fini, Gérard tente d'interprler Sylvain et la bande recommence.]''
'''Gérard''' : Oh, tu arrêtes de te foutre de ma gueule, là, s'il te plaît ! Bon, Sylvain, je te signale, je vais m'occuper de ton cas hors antenne. Allez, va te faire sauter, espèce de petit con. Allez c'est bon, sors-moi le, c'est même pas lui. C'est un faux, c'est un faux. Retire-le. Oh, sors-le ! Non, non, sors-le, Manu !
'''Gérard''' : Manu, laisse-moi le hors antenne. Laisse-moi le hors antenne. Je vais m'en occuper. Jérôme ?
''[Olivier rentre dans le studio]''.
'''Jérôme''' : Remets la bande hors antenne.
'''Gérard''' : Non, non, Jérôme, s'il te plaît. Bon, allez, moi, j'arrête. ''[hors micro, Olivier]'' : FDP !
'''Olivier''', ''[outré]'' : Quoi ? Pardon ? Qu'est-ce que t'as dit, là ?
'''Gérard''' : Tu t'amuses à faire des conneries.
'''Phildar''' : Mais non, c'est pas lui, Jérôme !
'''Manu''' : Et après, tu dis que t'insultes personne. Eh ben, il va être content, Goldo.
'''Olivier''' : Et après, Gérard dit qu'il insulte personne. Il vient me traiter de fils de pute, quand même. C'est bien, c'est du propre, Gérard.
'''Phildar''' : Attends, Gérard, comment veux-tu qu'il fasse des trucs alors qu'il est dans le studio ?
'''Olivier''' : Excuse-toi !
'''Gérard''' : Non, non, tu vas te faire voir. Jérôme ? Donc, pour toi, est-ce que tu fais des compétitions ?
'''Jérôme''' : Ah non, non, j'aime pas trop jouer à ce jeu-là.
'''Gérard''' : Pourquoi ?
'''Jérôme''' : Parce que je trouve que c'est un sport respectable, il est vrai. Mais je n'aime pas trop ce sport-là. Moi, c'est plus football, natation, musculature, tout ça.
'''Gérard''' : D'accord. Jean-Philippe ?
'''JPG''' : Écoute, Gérard, comme je t'ai dit tout à l'heure, mon nom, c'est Gatien, donc je suis titulaire de l'équipe de France. J'ai fait beaucoup de compétitions. Ce qui m'a amené à un niveau quand même assez honorable puisque mon plus grand titre, c'est vice-champion olympique en 92 à Barcelone. Gérard, je peux te poser une question ? C'est Jean-Philippe.
'''Jérôme''' : Oui, bien sûr.
'''JPG''' : Non, écoute, tu n'es pas Gérard.
'''Gérard''' : Déjà, pour commencer.
'''Jérôme''' : Heureusement. Quel con, ce Gérard.
'''JPG''' : Qu'est-ce que ça te fait d'avoir Jean-Philippe Gatien au téléphone, quand même ? Une petite érection non ?
'''Gérard''' : Non. Donc, Bob ?
'''Phildar''' : On va quand même essayer de rappeler Sylvain.
'''Jérôme''', ''[le timbre légèrement plus haut et fort]'' : Oui, c'est Bob, oui. Donc, moi, je fais du ping-pong. Donc, je suis classé aussi.
'''Barbara''' : Ah ouais, t'es classé combien ?
'''JPG''' : Bob, est-ce que tu es le Robert Robichet de l'équipe de France ?
'''Jérôme''' : Ah, je ne regarde pas le cinéma. Et donc, je fais des Jeux olympiques, des championnats du monde.
'''JPG''' : Avec moi, donc.
'''Manu''' : Gérard, ça y est, il y a Sylvain qui est là à nouveau.
''[Nouvelle petite annonce de Elie Semou : « Bonjour, c'est un message qui s'adresse à vous. Il s'adresse au connard qui habite à côté de chez moi. Eh, mon con, la charmante voisine, c'est moi. Alors, deux choses. T'arrêtes de m'envoyer tes lettres de PD et t'arrêtes de gratter à ma porte la nuit. Parce que la prochaine fois, je te latte la gueule. » Gérare fusille du regard Manu]''
'''Phildar''' : C'est qui, Gérard ?
'''Manu''' : Me regarde pas comme ça, c'est pas moi hein.
'''JPG''' : Mais Gérard, il fallait faire un débat sur le karaté parce que t'es mal, là, à mon avis.
'''Gérard''' : Non, mais c'est même pas Sylvain, non plus.
'''Eddy''' : Eh, tu fais chier ton voisin, Gérard ?
'''Gérard''' : Non, pas du tout. Non, parce que le dénommé Pluto, qui s'amuse à envoyer des lettres un peu bizarroïdes à tout le monde, ça commence à bien faire aussi, cette histoire.
'''Manu''' : Sylvain, je crois qu'il est toujours là, d'ailleurs.
'''Phildar''' : Bah, tu l'as rappelé, là ?
'''Manu''' : Ouais, bah ouais, il est toujours là. Allô ?
''[Nouvelle petite annonce, ponctuée par les réprbations de Gérard : « Bonjour. Cette annonce s'adresse à toi, ma voisine. Ça fait un an que je vis à côté de toi, je t'entends... chanter, pleurer... ... prendre ta douche aussi... Et depuis un an, j'ai envie de te connaître... Je sens une grande solitude en toi... »]{{
'''Gérard''' : Attends, je te dis que c'est pas lui, c'est pas lui !
'''Manu''' : Oui, mais comment tu sais ?
'''Gérard''' : Je reconnais sa voix, c'est pas lui !
'''Manu''' : Il vient du Minitel !
'''Gérard''' : Il me harcèle sur le portable, c'est pas lui ! C'est une DAT, c'est bon. J'ai compris, maintenant, votre cirque.
'''Jérôme''' : Je le connais, Sylvain Seymoun, c'est lui.
'''Gérard''' : Ouais, c'est ça. T'as raison, Bob. Eddy ? Donc, toi, est-ce que t'as fait des compétitions ?
'''Eddy''' : Joker.
'''Gérard''' : Non, il n'y a pas de Joker ou tu rentres chez toi.
'''Eddy''' : Bah, non, j'ai pas fait de compétition.
'''Jérôme''' : Ouf, t'as été sauvé.
'''Eddy''' : Putain, ouais, là, j'ai failli, hein.
''[un accord de guitare dans le téléphone]''.
'''JPG''' : Gérard, c'est Jean-Philippe.
'''Gérard''' : Ouais.
'''Jérôme''' : Ah il joue de la guitare, Jean-Philippe, aussi.
'''JPG''' : Non, c'est pas moi.
'''Manu''' : On accueille Cynthia, quand même. À la place d'Olivia. {{[la guitare reprend]''.
'''Eddy''' : Allô, Cynthia, ça va ?
'''Gérard''' : Putain, ça commence à bien faire, ce soir, hein.
'''Eddy''' : Bon, alors, Cynthia, tu veux parler de quoi ?
'''Cynthia''' : Je ne réponds qu'à Gérard.
'''Phildar''' : Bon, Manu, ''[écho radio et accords de guitare saturés]''.
'''Manu''' : J'aimerais bien que ça vienne de chez moi, mais...
'''Phildar''' : Ben, ça vient d'où ?
'''Manu''' : Ben, pas de moi.
'''JPG''' : Eh ben, la DAT marche, les gars, hein.
'''Phildar''' : Non, non, c'est pas... Il n'y a pas de DAT, là. Je ne sais pas ce qui se passe, là. On est piratés. Vas-y, Gérard.
'''Gérard''' : Ouais, ben, on va mettre un disque et on reprend après.
'''Phildar''' : Bon, alors, ce que tu vas faire, Gérard, c'est que tu vas poser la question et tu vas tous les reprendre hors antenne et leur dire de se calmer, autrement, on arrête tout de suite. OK ?
'''Gérard''' : Alors, donc, la question, c'est préférez-vous le tennis ou le ping-pong ? Voilà, et on se retrouve après.
''[Musique]''.
'''Gérard''' : Vous pouvez toujours... Toujours nous appeler au 0803 08 5000 et 0800 70 5000 et toujours 3615 Code Fun Radio, rubrique direct, mais pas pour des insultes, surtout pour réagir sur le ping-pong.
'''Phildar''' : Tu les as calmés au standard, c'est bon ?
'''Gérard''' : Ouais, ouais, ouais.
'''Gérard''' : Donc, j'espère, si ça ne va pas, à trois heures et demie, on arrêtera. Ça ira plus vite, hein. Donc, on accueille Barbara. Cynthia. Thérèse.
'''JPG''', ''[voix grave]''' : Tu suces pour un carambar ?
'''Gérard''' : Qui c'est qui parle comme ça ? Déjà, ça commence à bien...
'''JPG''' : C'est Eddy.
'''Eddy''', ''[outré]'' : Attendez, il ne m'a même pas appelé !
'''JPG''' : Attends, Edsy, on s'était mis d'accord hors antenne, on ne fout plus le bordel, OK ?
'''Eddy''' : Attends, moi, il m'a calmé, Gérard, il m'a pris en antenne, il m'a calmé grave.
'''Jérôme''' : Mais la preuve qui t'a calmé, tu te mets à faire des conneries.
'''Gérard''' : Bob, il me semble que je t'ai dit quelque chose aussi à toi.
'''Jérôme''' : Oui, mais non, mais c'est Eddy qui fout son bordel.
'''Gérard''' : Non, non, mais toi, tu vas te calmé parce que tout à l'heure, tu vas saquer. Donc, alors, préférez-vous le tennis ou le ping-pong ? Alors, Barbara ?
'''Barbara''' : Oui, ben moi, je préfère le ping-pong puisque, comme je te le dis encore, ça fait dix ans que j'en fais en compétition.
'''Cynthia''' : Moi, je préfère le tennis. Ouais, parce qu'en fait, le tennis, c'est un sport, c'est très physique, quoi. Donc, tu vois, tu cours alors qu'en fait, le ping-pong, ben, t'es toujours sur place, y'a pas trop de...
'''Thérèse''' : Ouh, là, détrompes-toi, ma chérie, hein ?
'''JPG''' : Au ping-pong, il arrive de t'éloigner de 4 à 5 mètres de la table, quand même, hein.
'''Phildar''' : Non, je voulais seulement dire que la différence entre le tennis et le ping-pong, c'est qu'au tennis, tu courais sur la table, t'étais debout sur la table.
'''Gérard''' : Non, c'est pas pareil, tu cours pas sur une table de... sur une table, hein ? Le tennis, ça se joue avec une balle en mousse, avec deux raquettes sur un terrain. Le ping-pong, ça se joue sur une table avec un filet. La table, elle est moins longue.
'''Eddy''' : La table, elle est plus grande au tennis, c'est ça ?
'''Cynthia''' : Moi, je te dis qu'en fait, j'aimais le tennis parce que c'est plus physique, quoi. Donc, voilà, alors que le ping-pong, ben, il n'y a pas trop d'efforts physiques, voilà.
'''Phildar''' : C'est bien ce que disait Bob tout à l'heure, c'est un sport de pédé, quand même.
'''Gérard''' : Mais non, mais tout de suite, pourquoi dire que... Alors, dans ce cas-là, tous les sports, le foot, c'est un sport de pédé, le rugby aussi...
'''Jérôme''' : AH non non non !
'''Gérard''' : Ben, si, Bob, dans ce cas-là, si...
'''Jérôme''' : Ah, non, non, non, par contre, la formule 1, il y a plein de pédés là-dedans.
'''Gérard''' : Ben comme toi ! Alors, tu dégages, Bob, salut ! Salut, salut, salut, Bob !
'''Jérôme''' : Olivier Pénis, c'est un pédé, ce mec-là !
'''Gérard''' : Allez, hop ! Bob, bonne nuit ! Donc, Thérèse ? Donc, toi ?
'''Thérèse''' : Ben, moi, j'aime bien les deux, mais par contre, je ne jouerais pas au tennis avec des raquettes de ping-pong.
'''Gérard''' : Ben, ça, j'ai jamais vu jouer au tennis avec une raquette de ping-pong.
'''Th&eèqz''' : Alors, si, moi, j'ai une tribu rwandaise, ça existe, dans une tribu rwandaise, et c'est très impressionnant à voir.
'''Eddy''' : En Espagne, c'est arrivé jusqu'en Espagne.
'''Gérard''' : Jérôme !
'''Manu''' : Jérôme, il n'est pas là depuis une demi-heure.
'''Eddy''' : Il faut se réveiller, Gérard, un petit peu.
'''JPG''' : Ouais, donc, Gérard, comme je te l'ai dit, je suis en équipe de France, donc je préfère automatiquement jouer au tennis de table plutôt qu'au tennis.
'''Gérard''' : Ouais, mais... Mais, donc, on peut... C'est Cynthia qui disait qu'il y avait moins de...
'''JPG''' : C'est faux. C'est faux. C'est faux. Parce que tu dois quand même tenir 21 points en un temps illimité. Ce qui fait que les matchs... Moi, j'ai vu des matchs qui ont même duré 8 heures d'affilée, tu vois. Et, bon, des fois, tu t'éloignes de 4 à 5 mètres de la table avec des balles qui fusent entre 90... 90 et 120 kilomètres heure. Il faut les rattraper. Il faut vraiment pas mal gérer. Il faut revenir à la table. Quand tu en es éloigné à 5 mètres, il faut calculer ses coups. C'est pour ça qu'à la fin d'un match, même s'il a duré 20 minutes, t'es très crevé, quoi.
'''Cynthia''' : Je ne suis pas d'accord.
'''Gérard''' : Attendez, moi, je suis d'accord avec lui. C'est vrai qu'au tennis de table, on dit ça ping-pong, mais normalement, c'est tennis de table. Je pense que Jean-Philippe, il va être d'accord avec moi.
'''Cynthia''' : Mais Gérard, le court de tennis, il est plus grand. La surface, elle est plus grande.
'''JPG''' : Oui, mais d'accord. Mais dans un tennis, ça se compte par 15, 30 et 40. Après, t'as les avantages. Tandis qu'au ping-pong, c'est pas pareil. Ça se compte par 1. Les matchs sont plus longs que sur un terrain de tennis.
'''Cynthia''' : Gérard, je te rappelle qu'un match de tennis, ça peut durer 5 heures.
'''Gérard''' : Oui, mais t'as déjà suivi des compétitions de tennis de table ?
'''Phildar''' : Ça dure 15 jours.
'''Manu''' : Les 24 heures du Mans de tennis de table, je connais pas.
'''JPG''' : Gérard, c'est Jean-Philippe. Quand j'avais 19 ans, aux Jeux Olympiques de Barcelone, j'ai fait un match contre le russe Tchékov. On a commencé à 8h du matin et à 7h le soir, on n'avait pas encore fini.
'''Eddy''' : Il n'y avait que 7-0, je crois.
'''JPG''' : Non, j'ai gagné par 21-19. J'ai dormi quand même pendant 72 heures d'affilée.
'''Eddy''' : Moi, je préfère le tennis. Largement, parce que les buts sont plus grands.
'''Gérard''' : Non, mais attends. Là, tu parles de foot... ''[coupure et le sketch de personne qui n'entend Gérard se déclenche]''. Mais qu'est-ce que c'est ce bordel à la réa ?
'''Phildar''' : Mais attends, c'est pas moi. Mais si, vous l'entendez. ''[avec autorité]''. Maintenant, vous l'entendez, OK ?
''[Nouvelle confusion, cependant]''.
'''Gérard''' : Non, la semaine prochaine, je veux plus de vous. Mais attends, je veux plus de vous la semaine prochaine.
'''Manu''' : Il va faire tout, tout seul, le standard, la réa...
'''Phildar''' : Mais c'est les auditeurs qui font les cons, là.
'''Gérard''' : Non, non, non, non, non. C'est pas les auditeurs, faut pas déconner.
'''Phildar''' : Je voulais seulement dire, excuse-moi, Barbara, deux secondes. C'est que Sylvain, je dirais pas tous tes messages qu'il y a sur le Minitel, parce que c'est dégueulasse et c'est que sur Sandy. Donc, je vous préviens, je le fais plus. T'as vu comment je suis clean ?
'''Gérard''' : Donc, je vais quand même vous dire ce que je préfère, moi. En fin de compte, je préfère le tennis de table par rapport au tennis normal. Parce que, déjà, quand il flotte, t'as pas besoin d'être interrompu par la pluie.
'''Eddy''' : Bah, tu sais, t'as des tennis couverts.
'''Gérard''' : Oui, mais peut-être, mais ça, c'est... Tu veux parler de Wimbledon ?
'''Eddy''' : Petit pont sur Saône aussi, hein, c'est couvert, hein.
'''Barbara''' : Mais Gérard, à Suresnes, il n'y a pas de tennis couvert ?
'''Gérard''' : Jusqu'à maintenant, j'en n'ai pas entendu parler.
'''Eddy''' : Par contre, je crois que t'as une table de ping-pong en plein air, quoi.
'''Gérard''' : Ouais. Pourquoi ? T'as bien au courants, Eddy.
'''Phildar''' : Ouais. C'est pas Christine, en fait, Eddy ?
'''JPG''' : Gérard, c'est Jean-Philippe. Est-ce que tu as déjà assisté à l'Open de Briou sur boutonne ?
'''Gérard''' : Non.
'''Thérèse''' : Bah, tu devrais y aller, Gérard. Ça vaut le coup d'œil.
'''Manu''' : Avant de poser ta question, on accueille René à la place de Bob.
'''René''' : Je peux répondre à la question sur le tennis de table ? Donc, moi, je préfère le tennis. Parce que moi, j'aime bien les cuisses à Martina Hinguis. Je sais pas si tu connais.
'''Gérard''' : Donc, cinquième question. Pensez-vous que c'est un jeu dangereux, Eddy ?
'''Eddy''' : Euh... Ça dépend, hein. Ça dépend comment tu joues, hein. Bah, je sais pas si tu joues en plein air ou si tu joues en intérieur, hein.
'''Thérèse''' : Tu mets ta ceinture, y'a pas de problème.
'''Gérard''' : Non, mais je vois pas le rapport avec ça, hein.
'''Eddy''' : Réfléchis, Gérard, c'est logique. Si tu joues en plein air, c'est plus dangereux. T'as les crottes de chien par terre, quand il pleut et tout, ça glisse.
'''Cynthia''' : Ça dépend des... ça dépend de la météo, quoi.
'''Gérard''' : Hum, d'accord. René ?
'''René''' : Ouais, bah, bah oui, c'est plus dangereux. Moi, l'autre fois, j'étais en train de jouer au ping-pong dehors, et je me suis pris un oeuf pendant mardi gras.
'''Gérard''' : N'importe quoi. Jean-Philippe ?
'''JPG''' : Non, c'est pas plus dangereux, parce que les balles sont d'une texture assez légère, qui fait que même si les balles vont, comme je te le disais tout à l'heure, jusqu'à... 120 km à l'heure, tu peux te les prendre dans le visage, bon, ça fait rien. Le plus grand risque que tu as, c'est que le joueur qui est en face de toi pète tes plombs et qu'il t'envoie sa raquette dans la gueule.
'''Gérard''' : Ouais, ça, je suis d'accord avec toi.
'''René''' : D'ailleurs, je m'excuse, Gérard.
'''Gérard''' : De quoi ?
'''René''' : Bah, l'histoire de la raquette, tout ça. Dans les dents.
'''Manu''' : Gérard ? On accueille Ricky.
'''Eddy''' : Alors, Ricky, t'es foot ou rugby ?
'''Cynthia''' : GG ? C'est Cynthia. Je réponds ?
'''Gérard''' : Non, mais attends, pour l'instant, je vais reposer la question à Ricky, merci.
'''Eddy''' : Alors, foot ou rugby ?
'''Gérard''' : Qui c'est qui parle, là ?
''[appui d'une touche de téléphone numérique]''.
'''Gérard''' : Non, mais attends. Bon, vous arrêtez de jouer avec les combinés téléphones, s'il vous plaît.
'''Manu''' : C'est Ricky, hein.
'''Gérard''' : Alors, Ricky, arrête ou tu dégages. ''[de nouveau le bruit]''. Bon, Ricky, dehors. Allez, hop, Ricky.
'''RIcky''' : C'est pas moi !
'''Gérard''' : Je ne veux pas le savoir, dehors. ''[Ricky débat, Gérard résiste, du larsen retentit]''. J'ai l'impression que dans 4 minutes, je vais arrêter, moi.
'''Phildar''' : Je peux poser une question qui vient du Minitel ? Elle est gentille. Ça concerne Sandy, mais ça te concerne aussi. C'est pas méchant envers elle. Est-ce vrai que Sandy joue au ping-pong avec les couilles de GG ?
'''Eddy''' : C'est une métaphore sexuelle.
'''Manu''' : Tu réponds pas ?
'''Gérard''' : Non. Thérèse donc, pour toi ? Non, pensez-vous que c'est un jeu dangereux ? On est déjà à la cinquième.
'''Thérèse''' : D'accord. Non, c'est pas dangereux. Non, non, il faut savoir s'y prendre, quoi. Quand on sait s'y prendre, c'est pas dangereux. Si tuy sais pas s'y prendre, ça peut être dangereux.
'''Eddy''' : Faut bien savoir prendre le manche de la raquette.
'''Thérèse''' : Voilà. C'est sûr. Si tu tiens mal, après, t'as les accidents.
'''Cynthia''' : Ben, écoute, moi, je dis que, en fait, je sais pas, ça peut être dangereux. Il y a deux solutions. Ça dépend de la vitesse de la balle. Si c'est une vitesse qui est très élevée, ben, ça peut dériver, quoi. Et puis, je crois pas que c'est plus dangereux qu'un autre... Qu'un autre sport.
'''Barbara''' :Ouais, non, moi, je pense la même chose. Mais, par contre, il m'est arrivé une expérience. C'est que j'avais battu... Une chinoise, il y a quatre ans, au championnat du monde. Et elle m'a lancé la table, mais carrément la table à la figure, quoi.
'''Gérard''' : Non, mais là, je vais te dire, Barbara, je vois pas du tout le rapport avec...
'''Cynthia''' : Gérard ?
'''Gérard''' : Bon, attends, Cynthia, s'il te plaît. Tu vas te calmer un peu quand quelqu'un répond. Merci. Donc, Cynthia ?
'''Barbara''' : Non, Barbara, je peux continuer. Oui, donc, je disais, comme quoi, le ping-pong peut être dangereux. Quand même, vu que j'ai reçu une table...
'''Gérard''' : Non, mais ça, ça me paraît bizarre, ton histoire.
'''Barbara''' : Ah, ben non, c'est vrai, c'est véridique.
'''JPG''' : Non, il faut savoir que les... Bon, je vais dénoncer quelque chose, c'est Jean-Philippe. Les Chinois sont très dopés, très drogués pour pouvoir tenir le coup des matchs. Même la bouffe. Et ils ont des forces surhumaines, quoi.
'''Gérard''' : Hé, Jean-Philippe ! Je sais pas si t'es déjà tombé pour jouer avec eux, mais je vais te dire une chose, qu'ils ont une drôle de façon de tenir leur raquette...
'''JPG''' : Mais c'est normal, Gérard.
'''René''' : Moi, j'ai déjà couché avec une Chinoise, elle m'a fait tourner, elle m'a fait des trucs.
'''Gérard''' : Bon, René, tu vas prendre ton nom normal, et puis tu vas me dire qui c'est, maintenant, parce que je t'ai reconnu.
'''Phildar''' : Si tu l'as reconnu, donne son nom.
'''Gérard''' : C'est Tony.
'''Phildar''' : Oh, t'es démasqué, Tony.
'''JPG''' : Tony, t'as pas de chance.
'''Tony''' : Ouais, bonsoir, bonne année.
'''Gérard''' : Ouais, ouais. Enfin, tu vas rester... ''[désabusé]''.
'''Tony''' : Bah ouais, tant qu'à faire.
'''Phildar''' : C'est Noël, ce soir.
'''Manu''' : Alors là, 3h29, exceptionnel. Tony reste dans un débat.
'''Phildar''' : Attends, Gérard dit à Tony de rester.
'''Eddy''' : C'est beau, c'est beau.
'''Tony''' : Non, mais je vais être sage.
'''JPG''' : Gérard, je peux continuer, c'est Jean-Philippe. Donc, je continue sur l'étrange façon des Chinos de tenir leur raquette. Donc, eux, il paraît que ça les aide beaucoup plus à envoyer la balle plus précisément, puisque la largeur, donc, de la poignée de la raquette correspond exactement à 3 cm, si tu préfères. Et la poignée de la raquette fait 3 cm aussi. Et eux, ça les aide à mieux cadrer, quoi.
'''Gérard''' : Ouais, mais t'as vu le style de service qu'ils ont, aussi ?
'''JPG''' : Ouais, c'est normal. Ce sont des services bien spécifiques à eux. Disons que leur service est beaucoup plus imprévisible que le nôtre, puisqu'eux, ils servent carrément de dos. Voilà, tandis que nous, en équipe de France, on sert de face. Ce qui fait qu'on est beaucoup plus à découvert et qu'on est beaucoup plus prévisible. C'est pour ça que, techniquement, on n'est pas très fort.
'''Gérard''' : D'accord. Alors, à combien on peut jouer au ping-pong ? Alors, Barbara ?
'''Barbara''' : Ben, moi, je pense qu'on peut y jouer à 20, 30. Sans problème, ouais.
'''Gérard''' : Non.
'''Barbara''' : Tu sais, mais si, le système de tournante.
'''Eddy''' : La tournante. Mais si, comme Sandy a fait la tournante, c'est pareil.
'''Gérard''' : Qui c'est qui vient de dire ça ?
'''JPG''' : C'est Eddy.
'''Gérard''' : Alors, Eddy, bonne nuit.
'''JPG''' : Non, mais Eddy, on s'était mis d'accord hors antenne.
'''JPG''' : Attends, on s'était mis d'accord avec Tony, n'est-ce pas, Tony ?
'''Tony''' : Non, pas du tout. Moi, je t'aime pas. Casse-toi.
'''JPG''' : Toi, tu dégages aussi, Tony.
'''Tony''' : Moi, Gérard, il m'aime.
'''Barbara''' : Oui, donc, je disais, on peut jouer à 30. T'es déjà allé en colonie de vacances ?
'''Gérard''' : Oui, mais j'ai pas eu l'occasion de jouer au tennis de table.
'''Barbara''' : Ah bon ? Parce que des fois, en colonie de vacances, tu peux jouer à 20, 30.
'''Gérard''' : Oui, ben d'accord. Cynthia ?
'''Cynthia''' : Ben écoute, à ma connaissance, il n'y a que deux joueurs.
'''Gérard''' : Ben, deux ou quatre. Moi aussi, à ma connaissance.
'''Manu''' : Tu peux jouer à trois au ping-pong, Gérard, je crois.
'''Gérard''' : Non.
'''Manu''' : Ben si, deux d'un côté et un de l'autre.
'''Phildar''' : S'il y a un champion d'un côté et deux merdes de l'autre, c'est bon. Ça équilibre.
'''Gérard''' : Ouais, mais s'ils sont deux contre un, c'est plus du tennis, c'est plus du tennis de table.
'''Manu''' : Oui, mais imagine, il y a un gars qui est super fort, il est tout seul. Et il y a deux gars qui sont nazes.
'''Phildar''' : Non, mais si de l'autre côté, il y a des frères siamois.
'''Gérard''', ''[souriant]'' : Ouais, d'accord. Thérèse ? Donc toi ?
'''Thérèse''' : Ben en fait, ça dépend combien t'as de table.
'''Gérard''' : Mais non, mais Thérèse, il n'y a qu'une table de ping-pong. Il n'y en a pas 50.
'''Thérèse''' : Non, mais c'est ce que je te dis.
'''Gérard''' : Non, mais s'il y a une table, il y a combien de joueurs ?
'''Thérèse''' : Ben deux ou quatre. Un plus un pour l'arbitre.
'''Gérard''' : Non, mais attends, je vois pas le rapport.
'''Barbara''' : Mais t'as les juges de touche aussi.
'''Thérèse''' : Attends, t'as le mec qui a le doigt posé sur le filet, qui dit let quand la balle...
'''Gérard''' : Ah non, pas au tennis de table.
'''Barbara''' : T'as un juge de ligne.
'''Gérard''' : Non, non, non, non, non, non.
'''JPG''' : Écoute, Gérard, on est en équipe de France tous les deux, ça se passe comme ça.
'''Tony''' : Ouais, t'as même les ramasseurs de balles.
'''Thérèse''' : Tout à fait, t'as les larbins derrière qui courent.
'''Gérard''' : Non, non, là, je peux démentir.
'''JPG''' : Eh Tony, t'as fait ramasseur de balles, non ?
'''Tony''' : Ah non. Lâchez-moi un peu, là.
'''JPG''' : Donc, on peut jouer soit à deux, soit à quatre. C'est pour ça, d'ailleurs, qu'il y a des lignes horizontales, non, verticales, sur les tables de ping-pong.
'''Gérard''' : Ok. Tony ?
'''Tony''' : Non, moi, je joue pas au ping-pong, désolé.
'''Gérard''' : Ben, tu peux répondre quand même à la question.
'''Tony''' : Ouais, désolé. Ben, répète-la-moi, s'il te plaît.
'''Thérèse''' : T'es nul au Game Boy ?
'''Tony''' : Un petit peu de respect, moi et Gérard, on est potes, ok ?
'''Gérard ''' : Vous vous calmez, les filles ?
'''JPG''' : Est-ce que t'es mon pote ? C'est Jean-Philippe ? Je demande à Tony s'il est mon pote.
'''Tony''' '[[méprisant]'' : Oui, je t'aime bien, allez, tais-toi.
'''Gérard''' : Non, Tony, tu te calmes, s'il te plaît. Donc, à combien on peut jouer au ping-pong ?
'''Tony''' : Ben, oui, comme disait la jeune fille précédemment, à deux ou à quatre. C'est bien. C'est possible qu'un de ces quatre, on se fasse une petite partie, toi et moi ?
'''Gérard''' : Non, non, moi, j'aime pas trop ça, tu vois. Moi, je joue plus au tennis.
'''Phildar''' : C'est quand la dernière fois que t'as joué au tennis, Gérard ?
'''Gérard''' : Il y a un bout de temps.
'''Phildar''' : Ah oui, il y a au moins 25 ans, ouais.
'''Cynthia''' : Gégé ? T'as joué souvent au ping-pong ?
'''Gérard''' : Non.
'''Cynthia''' : T'as jamais joué ?
'''Gérard''' : Non.
'''Cynthia''' : Et au tennis ? Mais au fait, Gégé, tu nous as jamais dit quel sport tu pratiquais dans ta jeunesse.
'''Gérard''' : Le sport en chambre.
''[Ovations du studio et du standard]''.
'''Manu''' : Ah, le malin !
'''Cynthia''' : Gégé ! Elle est forte, c'est formidable. Non, sérieux, Gégé, t'as fait de l'équitation ?
'''Gérard''' : Non.
'''Manu''' : Il a monté, ouais.
'''Phildar''' : Non, c'est le cheval qui lui montait dessus.
'''Gérard''', ''[souriant]'' : Donc, avez-vous une table de ping-pong chez vous ? Tony ?
'''Tony''' : Ah, non, pas de table de ping-pong.
'''Phildar''' : C'est bizarre, Tony, quand on sait que c'est lui, il est pas aussi drôle, hein.
'''Gérard''' : Non, non, mais il a peur que s'il dit une connerie, que je le zappe.
'''Cynthia''' : Mais laissez-le, Tony, il est mignon.
'''Gérard''' : Oh, toi, Cynthia, tu vas dégager tout à l'heure, toi. Toi, si tu continues, tu vas gerber, ma cocotte.
'''Gérard''' : Non, Gégé, qu'est-ce que j'ai dit de mal ? Je dis que Tony est mignon et sympa.
'''Gérard''' : Ouais, bah alors, tu te calmes, parce que sinon, tu vas gerber.
'''Phildar''' : Ce qui est bien, c'est que Tony, il est comme Sandy, la copine de Gérard, c'est qu'il a un piercing.
'''JPG''' : Bah moi des tables de ping-pong, j'en ai quatre chez moi.
'''Gérard''' : Bah, d'accord.
'''JPG''' : Bah, j'en ai quatre. Écoute, je suis en équipe de France, champion du monde, vice champion olympique, faut bien que je m'entraîne, quoi.
'''Gérard''' : Ouais, mais tu gagnes pas des tables de ping-pong à chaque fois ?
'''JPG''' : Non, mais bon, je les achète ou j'en emprunte...
'''Gérard''' : Ouais, non, mais attends, ça doit... Bon, on en rediscutera tout à l'heure de ça, parce que...
'''Cynthia''' : Mais Gégé, c'est Cynthia. Je voulais te dire, tu trouves pas bizarre qu'on n'ait que des champions olympiques, là ? Parce que tous ceux qui sont passés sont des champions qui ont fait... Qui ont fait les Jeux...
'''JPG''' : Écoute, je peux t'expliquer ?
'''Manu''' : Non, avant que tu lui expliques, on accueille Arthur. À la place de Ricky.
'''JPG''' : Tantôt, on a reçu un fax à l'équipe de France, quoi. On s'entraîne rue Lecourbe, à Paris. Et on nous a dit que Gérard faisait un débat sur le ping-pong. Donc, c'était un fax signé Manu.
'''Gérard''' : C'est vrai ?
'''Manu''' : Bah oui, je me suis renseigné pour qu'il y ait des gens qui appellent pour que t'aies des gens dans ton débat.
'''Gérard''' : Ouais, c'est vrai qu'on en avait discuté, tu crois.
''[Nouveau sketch du ON n'entend plus Gérard]''
'''JPG''' : Son plombage a été aimanté avec le piercing de Sandy, ou quoi ?
''[Manu et Phildar eux-mêmes semblent démunis]..
'''Phildar''' : Ça peut être que Olivier, dans le CDM ? On va demander gentiment à Olivier qui doit être dans le CDM. S'il te plaît, Olivier, remets...
'''Manu''' : Tu peux arrêter, c'est vraiment lourd, quoi. Il y a des fois, c'est marrant. Là, franchement, c'est la blague de gros merdeux, quoi.
'''Phildar''' : Remets les auditeurs pour Gérard.
'''Manu''' : Ce serait sympathique.
'''Gérard''' : Bon, alors ça... Ouais, ça commence à bien faire, là, son bordel, là, Olivier, hein. Bon, allez, hop, moi, j'arrête. Non, mais c'est quoi, ce bordel ? Non, non, j'arrête, j'arrête.
Non, non, mais j'arrête, là, ce coup-là, c'est terminé. Terminé, quatre heures moins... Non, non, mais quatre heures moins le quart, terminé, ça vous apprendra, Olivier, de se calmer.
'''Phildar''' : Alors, on va tous, on va tous huer, Olivier. Ouh ! Ouh !
'''Gérard''' : Non, non, moi, j'arrête.
'''Phildar''', ''[autoritaire]'' : Oh, hé ho, le gamin ! C'est bon, c'est un gamin avec qui on a piqué ses billes, alors vas-y.
'''Gérard''' : Ça fait depuis tout à l'heure, ça arrête pas, donc c'est terminé, j'arrête.
''[Chant dans le studio de Il est vraiment phénoménal. Les auditeurs argumentent en même temps. La séquence dure 30 secondes]''.
'''Phildar''' : Il y a Sylvain sur Minitel qui dit, si t'arrêtes, je déconnecte.
'''Manu''' : Ben non, ben non, Sylvain, reste là.
'''Gérard''' : Qu'il déconnecte. Ça lui apprendra à dire des conneries. Non, ben c'est bien, vous mettez un disque et on verra.
'''Phildar''' : Alors, Gérard, Gérard, tu poses la question et je mets un disque. Allez.
'''Gérard''' : De toute manière, c'est la dernière et après, j'arrête. Donc, pensez-vous que c'est un jeu qui s'apprend à l'école et on se retrouve après.
''[Musique]''
'''Gérard''' : Il nous reste un petit quart d'heure à passer ensemble. Si ça se passe bien, on va continuer quand même jusqu'à 4 heures. Si ça se passe mal, on arrêtera avant. Donc, on reprend sur le ping-pong. On récupère Barbara. Cynthia. Thérèse. Arthur. Jean-Philippe. Et Tony.
Donc, alors, pensez-vous que c'est un jeu qui s'apprend à l'école ? On va demander à Tony.
'''Tony''' : Oui, tu m'aimes bien. Tu commences toujours par moi.
'''Gérard''' : C'est toi le dernier de la liste Donc, c'est toi qui réponds.
'''Tony''' : Ça me fait plaisir.
'''Gérard''' : Mais si vous voulez... Attendez, attends, Tony. Si tout le monde veut parler, mais si ça ne fait pas le bordel, je veux bien. Si ça fait le bordel, négatif.
'''Tony''', ''[miéleux]'' : Oui, c'est normal, Gérard.
'''JPG''' : Non, mais ça sera le bordel d'avance.
'''Gérard''' : Non, mais qui c'est qui dit que ça fera le bordel d'avance ?
'''JPG''' : Jean-Philippe.
'''Phildar''' : Allez, dégage.
'''Tony''' : Je n'aime pas trop qu'on déconne dans les débats, Gégé.
'''Gérard''' : Non, mais Tony, tu vas pas commencer à faire ta loi parce que sinon, tu vas saquer, là.
'''Cynthia''' : On respecte la loi de Gégé.
'''Gérard''' : Bon, toi, Cynthia, tu vas commencer par te calmer un petit peu. Bon, alors, Arthur.
'''Arthur''' : Moi, je n'ai jamais appris à jouer au foot à l'école. C'était le hand...
'''JPG''' : On ne parle pas de foot.
'''Gérard''' : Hé, abruti. On parle de ping-pong. Abruti, c'est le ping-pong, ce n'est pas le foot.
'''Arthur ''' : Non, je n'ai jamais appris à jouer au ping-pong, sauf dans un club.
'''Gérard''' : Ah, ben voilà. À l'école, non, jamais.
'''Arthur''' : Non.
'''JPG''' : Ça, c'est de la réponse, mon pote.
'''Gérard''' : Ok. Jean-Philippe ?
'''JPG''' : Oui, le ping-pong, s'apprend à l'école, à partir de la classe de seconde jusqu'à la classe de terminale, puisque c'est une épreuve que tu peux choisir quand tu passes ton bac dans l'option sport.
'''Barbara''' : Moi, j'en ai fait avant. Moi, j'en ai fait en primaire, du ping-pong.
'''Gérard''' : Oui, mais de toute manière, il y a des écoles de tennis de tabac.
'''JPG''' : Oui, mais ça dépend des établissements et surtout, ça dépend des académies.
'''Tony''' : C'est qui la sportive ? Comment elle s'appelle ?
'''Thérèse''' : C'est Thérèse.
'''Tony''' : Je suis sûr que t'as la peau ferme.
'''Gérard''' : Tony, s'il te plaît, tu te calmes. C'est bon, là. On revient sur le débat.
'''Tony''' : C'est possible d'avoir ton numéro de téléphone ?
'''Thérèse''' : D'accord.
'''Gérard''' : Tony, Ddnc alors, toi ? Non, non, toi, t'as répondu. Oui, t'as répondu, t'as répondu, toi. Tu m'as dit que t'aimais pas ça, puis que...
'''Tony''' : Je peux répondre une deuxième fois, ce ne sera pas la première fois.
'''Gérard''' : Non, non, mais ça y est, c'est bon, c'est bon. Donc, Thérèse.
'''Thérèse''' : Ben, moi, je te dis, j'ai commencé hyper tôt, quoi, dans mon jardin. Et puis, voilà, club, et puis... Championnat d'Europe. Et puis, voilà, je suis vice-championne d'Europe. J'ai rejoint Jean-Philippe il n'y a pas longtemps, dans le sud.
'''Cynthia''' : Ben, écoute, moi, j'ai appris le ping-pong au lycée.
'''Thérèse''' : Tu l'as pris en troisième langue.
'''Cynthia''' : En secondaire.
'''Gérard''' : Ah ouais, au lycée, en secondaire.
'''Cynthia''' : Non, je réponds. Attends, je répète. Le lycée, c'est l'établissement en secondaire. Et donc, c'était option sport. Je me faisais toujours battre.
'''Gérard''' : Non, ça ne m'étonne pas, en tout cas.
'''Cynthia''' : Ah, mais pourquoi, Gégé ?
'''Arthur''' : C'est dégueulasse, Gégé, là.
'''Phildar''' : Pourquoi, Gérard, ouais ?
'''Gérard''', ''[gêné]'' : Boarf de toute manière, si elle ne sait pas jouer au tennis de table, ce n'est pas de sa faute.
'''Cynthia''' : Ouais, mais Gérard, tu ne me battras jamais au tennis. Je veux dire, le vrai tennis.
'''Gérard''' : Non, mais attends, je vais te dire une chose, tu vois. Tu me trouves les moyens, tu me trouves les raquettes. Le nécessaire, je vais te dire une chose. On va à l'île de Puteau, il y a des tennis. Et moi, je vais te dire une chose, je te bats en deux sets.
''[ovation ironique de tout le studio autour de ce défi]''
'''Cynthia''' : Gégé, Gégé, je relève le défi.
'''Gérard''' : D'accord. Quand tu veux.
'''Barbara''' : C'est des tennis couverts ou découverts ?
'''Gérard''' : Découverts à l'île de Puteau.
'''Cynthia''' : Ah ouais, Gégé, moi, je te bats. Je te bats, moi, c'est clair.
'''Tony''' : Gérard, si tu perds ton gage, ça sera de faire des débats tous les jeudis soirs.
'''Gérard''' : Boh alors là, c'est si je veux, maintenant.
'''Cynthia''' : Gégé ? Non, mais c'est un pari : si je gagne, qu'est-ce que tu m'offres ?
'''Gérard''' : Rien du tout. Tu rêves, là. Tu crois au Père Noël ? Elle aura le droit de goûter au manche de la raquette. Barbara ?
'''Phildar''' : Deux secondes, j'ai un petit message de Sylvain avant, sur le Minitel, qui dit que Gégé n'a jamais été à l'école, il a juste un certificat de crèche, donc il n'a jamais fait de tennis.
'''Gérard''' : Hé, Sylvain !
'''Phildar'' : Attendez, attendez, attendez, attendez, on va essayer de le rappeler, on va essayer de le rappeler.
'''Gérard''' : Non, non, non, non, non, c'est pas la peine. C'est pas la peine, c'est un connard.
'''JPG''' : T'as calé la cassette ?
'''Manu''' : Tu me dis quand t'es prêt, Filou.
'''Gérard''' : C'est ça.
'''Manu''' : Quoi ? Bah c'est pour le mettre à l'antenne.
'''Gérard''' : Ouais, ouais, mais surtout que tu vas encore changer de voix, c'est pas la peine.
'''Manu''' : C'est bon, on a Sylvain là, je crois.
'''Phildar''' : Attends, allô, Sylvain ?
'''Manu''' : Ouais, vas-y.
''[Lancement de la première petite annonce diffusée plus haut]''.
'''Gérard''', ''[immédiatement]'' : Bon, allez, sors-moi ça, sors-moi ça, allez, sors ça. Remets-moi les auditeurs, là. Bon, tu me le vires ça, Je réponds pas, c'est un connard. Allez, allez, allez, sors-moi ça, putain, ça me fait chier. Donc, Barbara ?
'''Cynthia''' : Oui ? Mais Gérard, c'est vrai ce qu'il disait ?
'''Gérard''' : Bah non, c'est des conneries, mais attends, toi, tu crois n'importe qui, toi.
'''Cynthia''' : Mais Gérard, il a dit qu'il t'a rencontré dans le métro.
'''Gérard''' : Bon Barbara.
'''Barbara''' : Mais j'ai déjà répondu, oui, j'ai commencé en primaire.
'''Gérard''' : Alors, pourquoi qu'il n'y a pas assez d'adhérents à ce sport, Barbara ?
'''Barbara''' : Ah, mais si, il y a énormément d'adhérents, hein.
'''JPG''' : On est la cinquième fédération en France.
'''Gérard''' : Attends cinq minutes, Jean-Philippe, merci.
'''Barbara''' : Si, si, il n'a pas tort, c'est vrai.
'''Thérèse''' : Après le foot, le rugby, le ping-pong, il y a nous.
'''Arthur''' : Eh, Gégé, le ping-pong, c'est un sport qui n'accepte pas les grands.
'''JPG''' : C'est faux, c'est faux, c'est complètement faux. Si, c'est complètement faux, je fais 1m92.
'''Cynthia''' : Non, pour moi, le ping-pong, c'est un sport... Comment dire ? C'est un sport intellectuel, c'est un sport sportif. Non, il n'y a pas assez d'adhérents. Oui, parce que, Gégé, c'est un sport qui coûte cher, quand même.
'''JPG''' : Mais est-ce qu'il y a du ruban adhésif, par contre ?
'''Phildar''' : Attends, Gérard, de toute façon, c'est quoi un adhérent ?
'''Manu''' : C'est un truc comme sur les Bombers.
'''Gérard''' : Un adhérent, c'est une personne qui a une licence pour l'année.
'''Phildar''' : Une licence 4 ?
'''Gérard''' : Non, non, une licence pour jouer au ping-pong. Ce n'est pas une licence 4 ni rien.
'''Barbara''' : Non, mais attends, mais licence, ça veut dire chômeur.
'''Phildar''' : C'est-à-dire que le mec qui a un café qui a une licence 4, il peut jouer au ping-pong ?
''' Gérard'' : Mais non, n'importe quoi.
'''Cynthia''' : Mais Gégé, il faut la payer, la licence, quand même. C'est vachement cher.
'''Gérard''' : Ah bon ? Déjà, je vais te dire une chose. Est-ce que tu as été voir le prix des raquettes ?
'''Cynthia''' : Ben oui, c'est 20 000 francs. <ref name="hist14"></ref> C'est 20 000 francs, l'abonnement.
'''Barbara''' : Oui, c'est 10 francs par balle.
'''Arthur''' : Et puis, il faut la tenue, aussi.
''[Gérard veut intervenir mais tout le monde parle en même temps]''
'''Phildar''' : Bon, on va dire que Gérard a de l'autorité, maintenant.
'''Gérard''' : Alors, moi, je vais te dire une chose. Tu as déjà rien qu'une raquette de ping-pong, ça vaut 50 balles.
'''Cynthia''' : Ouais, moi, je veux un truc avec une griffe dessus, hein.
'''JPG''' : Eh, parce que moi, ma raquette de ping-pong, Gérard, j'en ai pour 4 500 balles à chaque match, hein.
'''Phildar''' : Excusez-moi, j'ai un message Minitel, encore de Sylvain, ton copain, Gérard, qui dit que Gérard, avec son camion, a perdu sa licence à cause d'une perte d'adhérence.
'''Gérard''' : Allez, dernière question, parce que ça commence à me gonfler des conneries Minitel.
'''Cynthia''' : Gégé ? Tu n'as même pas répondu aux questions.
'''Gérard''' : De toute manière, je ne répondrai que plus tard, et c'est tout. Quand l'autre abruti de Sylvain sera retiré du Minitel, je ne continuerai plus. Donc, dernière question, et après, ça fera la conclusion, et puis ça sera terminé.
'''Arthur''' : C'est quoi ce débat de naze, là ?
'''Gérard''' : Qui c'est qui vient de dire ça ?
'''JPG''' : Arthur, encore...
'''Gérard''' : Eh ben, Arthur, tu t'en vas.
'''Arthur''' : Quoi, j'ai le droit de donner mon avis ?
'''Gérard''' : Non, ben, tu t'en vas, si c'est un débat de naze, eh ben, tu t'en vas.
'''Arthur''' : On n'a pas le droit de donner son avis ?
'''Manu''' : C'est le seul débat, les débats de Gérard, où tu n'as pas le droit de parler.
'''Arthur''', ''[hilare]'' : C'est pour que tu t'améliores, Gégé. Le premier, il était génial !
'''Gérard''' : Donc, faites-vous du ping-pong dans un lit, donc, Tony ?
'''JPG''' : J'ai pas répondu à la question des adhérents.
'''Gérard''' : Ben, vas-y.
'''JPG''' : Donc, pourquoi on n'a pas beaucoup d'adhérents ? Bon, c'est parce qu'il y a une mauvaise médiatisation de notre sport. Puisque, par exemple, à la télé, à la radio, qu'est-ce que tu vois ? Tu vois du foot tout le temps. Monopolisé par le foot. Et c'est pas seulement un handicap pour le ping-pong, c'est également un handicap pour les autres sports, comme le hand. Bon, le rugby, il y en a à la télé, mais les horaires sont mal placés. Autrement, t'as que du foot, du foot, et même du foot, des fois.
'''Gérard''' : Mais sur Eurosport, je suis pas d'accord.
'''Tony''' : T'aimes bien le rugby, Gégé ?
'''Gérard''' : Non.
'''Tony''' : Moi non plus.
'''JPG''' : Attends, Eurosport, il faut le câble pour ça, Gérard. Mais je veux dire, la 1, la 2, la 3, la 4, la 5, la 6...<ref name="hist15"></ref> Je zappe et je mate.
'''Manu''' : Je zappe et je zappe et je mate.
'''Gérard''' : Non, non, mais je sais, mais la 4, j'ai jamais vu Canal+ faire montrer du sport, à part du foot, c'est tout.
'''Phildar''' : Quoi ? Ya de tout sur Canal : du catch, du basket, etc.
'''JPG''' : La 4, ya même du sport en chambre, le premier samedi de chaque mois.
'''Gérard''' : Ouais, bah, c'est bien une chose.
'''Tony''' : J'ai vu sur Canal+, il y avait deux cochonnes qui jouaient au ping-pong.
'''Max''' : Gérard, pourquoi t'achètes pas... Je sais pas, pourquoi tu mets pas une parabole chez toi avec le satellite ?
'''Gérard''' : Non, non, non, ça m'intéresse pas personnellement. Donc, alors, la dernière question. Faites-vous du ping-pong dans un lit ?
'''Tony''' : Non, mais attends. Non, mais attends.
'''Thérèse''' : Réfléchis deux secondes.
'''JPG''' : Pauvre cave !
'''Gérard''' : Attends, Tony ? Alors, Tony, là, tu dégages.
'''Tony''' : C'est pas moi, je me serais pas permis.
'''Manu''' : C'est pas Tony, hein.
'''Phildar''' : C'était pas une voix d'homo, c'était pas Tony.
'''TOny''' : Tu peux parler, toi.
'''Gérard''' : Tony, s'il te plaît, tu te calmes ou tu dégages avant la fin. Ok, alors tu réponds.
'''Tony''' : Non, j'ai jamais fait de ping-pong dans un lit, hein.
'''JPG''' : Non, moi non plus. De toute façon, c'est pas possible. La balle rebondirait pas. ''[rires du studio]''.
'''Phildar''' : C'est pas con, hein.
'''Thérèse''' : Bah ouais, bah non, hein.
'''JPG''' : Qu'est-ce qui vous a fait marrer, les branleurs, là-bas ?
'''Gérard''' : Non, mais c'est bon, Jean-Philippe, tu te calmes, hein.
'''Tony''' : Parce que t'as un visiophone, ils ont vu ta face.
'''Gérard''' : Tony ! Tu te calmes, s'il te plaît, aussi.
'''Tony''' : Excuse-moi, c'est sorti tout seul.
'''Gérard''' : Cynthia ?
'''Cynthia''' : Oui ? Bah écoute, moi, je fais du ping-pong sur le lit, quand les draps sont propres. C'est du sport, on chambre chez moi.
'''Barbara''' : Non, moi, j'en ai jamais fait, non.
'''Gérard''' : Bah moi non plus, hein. Parce qu'en fin de compte, j'aurais du mal à faire du ping-pong dans un lit.
'''Barbara''' : Pourquoi tu poses cette question, Jean-Philippe ?
'''Gérard''' : Parce que il fallait bien que je termine sur une question, comme sur le premier débat.
'''JPG''' : C'était la question piège.
'''Gérard''' : C'était la question piège. Donc, alors, conclusion de ce débat. Donc, conclusion, Barbara ?
'''Barbara''' : Ouais, bah moi, j'invite tout le monde à jouer au ping-pong. Parce que c'est vraiment un sport super, quoi. Mais surtout le ping-pong, quoi.
'''Cynthia''' : Écoute, le ping-pong, c'est un sport... C'est un sport cool. Je me suis bien amusée. Les questions, elles étaient, comme d'habitude, intelligentes. Et j'embrasse Manu.
'''Thérèse''' : Moi, je suis vice-championne d'Europe de tennis. J'ai la peau ferme. Et je vous invite tous à nous retrouver, Jean-Phil et moi, au club de... tennis couvert.
'''JPG''' : Ouais, donc, moi, c'est pareil. Le ping-pong, bah... C'était ma passion, c'est ma vie, hein. Vice-champion olympique, champion du monde.
'''Gérard''' : Tony, pour finir.
'''Tony''' : Ouais, bah, je trouve que ça s'est bien passé. Très, très bien passé. Je suis heureux de voir que tu m'aimes bien, en fait. T'as été quand même plus poli que d'habitude.
'''Gérard''' : Au moins pendant 4 mois, il a quand même viré son fusil d'épaule.
'''Tony''' : J'ai complètement changé en 4 mois, t'as vu ?
'''Manu''' : En 4 jours, il a fait des progrès immenses.
'''Gérard''' : Donc, bah, moi, pour la conclusion, c'est dommage qu'il y ait eu un peu trop de bordel par moment donné, mais sinon, j'ai trouvé que c'était pas mal.
'''Phildar''' : Donc, qu'est-ce que tu penses du ping-pong, toi ? Tu encourages des gens à jouer au ping-pong ?
'''Gérard''' : Bah, oui. J'encourage tout le monde à en faire et, bon, bah, c'est un sport qui est assez...
'''Phildar''' : C'est complet comme sport.
'''Gérard''' : Non, mais c'est un sport qui est comme le tennis et c'est pas mal.
'''Phildar''' : Les débats de la semaine prochaine ?
'''Gérard''' : Donc, peut-être si tout le monde... ''[Max encourage à les faire]''. Non, non, parce que si on continue à nous harceler sur les portables, c'est pas la peine. Donc, si on arrête de nous harceler, Sandy et moi, sur mon portable, la semaine prochaine, ça sera l'euro. Donc, je préviens, sur l'euro, c'est la monnaie. Ça sera la monnaie.
'''Phildar''' : Ah, c'est pas le truc au Stade de France, là ?
'''Gérard''' : Non, non, non, non. Et sûrement, comme sport, on va mettre la Formule 1, tiens. Pour changer.
'''Manu''' : Je croyais que c'était la pétanque. Avec le cochonnet et tout, c'était bien.
'''Gérard''' : Non, non, non.
'''Max''' : C'est mieux, la pétanque. Parce que c'est pas d'actualité, la Formule 1, quand ça sera d'actualité.
'''Manu''' : Alors que la pétanque, il y a le championnat du monde, je crois, la semaine prochaine.
'''Max''' : La pétanque, c'est le sport le plus utile.
'''Gérard''' : Ouais, bah, dans ce cas-là... Alors, je veux bien faire la pétanque, mais alors, dans ce cas-là, qu'on ait des Marseillais. Parce que c'est à Marseille que ça se joue le plus.
'''Manu''' : J'espère que Tony sait imité l'accent marseillais.
'''Gérard''' : Non, non, Tony, non, non. Non, non, pas là, parce que là, il faudra quand même prendre des gens de Marseille. Donc, on va se quitter sur ce. On va laisser la place à Barth pour la nuit sans pub. Et puis, demain, vous retrouvez toute la bande. Et bien sûr, la Loco demain soir. Et puis, je vous souhaite un bon week-end. Je vous dis à demain à la Loco. Et sinon, à la semaine prochaine.
== Le débat sur l'Euro ==
=== Contexte ===
5 février 1998. L'émission semble désormais avoir trouvé un rythme de croisière. Quoique versatile, Gérard reste plus stable grâce à son amour débutant. Les débats sont désormais codécidés par Max et, indirectement, Nicolas qui écrit les plus absurdes. L'auteur va, d'ailleurs, soumettre des questions préfabriquées à Gérard pour les débats sur lesquels il est le moins à l'aise. Max, sur un sujet innovant comme celui-là, est présent. Nous rappellerons aussi ici quelque chose d'important : Gérard rejette les travestis et homosexuels, sans avoir la moindre idée de ce que cela signifie et implique. Le rejet n'a aucune explication ni fondement. D'où un passage au milieu de l'émission qui le montre, dans une époque où les propos phobiques contre les genres étaient moins ciblés qu'aujourd'hui.
Ce thème n'est pas tout à fait là par hasard. Dans le cadre de sa participation aux communautés européennes, devenant l'Union Européenne, la France a décidé, en 1992, par référendum, de ratifier le traité de Maastricht. Ce traité prévoit, entre autres, la mise en place d'une monnaie commune entre 12 États-membres, dont la France. Il s'agit d'État qui l'ont accepté et qui sont éligibles économiquement. Pour être admis dans la zone Euro, et dans un souci de stabilité monétaire, les critères sont d'ailleurs stricts, obligeant les États à une rigueur de gestion budgétaire.
Concrètement, c'est un changement majeur dans le quotidien des Français. Aussi, l'État entame-t-il leur éducation dès 1998, en expliquant les enjeux et les conséquences sur chacune et chacun. Notamment, se met en place tout une campagne d'affichage, permettant aux gens de vor les conversions de prix entre le Franc et l'Euro, de commencer à manipuler ces nouveaux chiffres. Il faut dire qu'en 1999, la bourse de Paris sera en euro, puis les transactions bancaires écrites, celles fiduciaires devant attendre 2002.
Le sujet est donc d'actualité et tout le monde est impacté, quel que soit son rapport à l'information. Au tout début de cette période de changement, il faut bien dire qu'il fait peur, d'autant que le taux de conversion entre les monnaies sont tout à fait différents et le calcul ne se fait pas de tête. En France, 1 euros vaut 6,55957 francs. L'industrie diffuse d'ailleurs des convertisseurs pour aider les plus vulnéarbles. L'état de connaissance du sujet est donc excellent, pour donner lieu à des propos surréalistes.
=== Les personnages ===
* Igor : Reego
* Gérard Cousin : Gérard
* Franck Bargine : Max
* Christine (déjà présente lors des débats sur l'école et l'informatique)
* Curedent, Stérilet
* Fred, Sylvain (la voix exagérément grave), Sylvain (voix normale)
* Cyril: Bizarre, Jean-Philippe (JP), Dany, Thierry, Jean-Pascal (JP), Darwin, Jeton
* Mégane : Aglaé
* Rita : Orchidé, Clochette, Sirène
* Tania
=== Transcription ===
'''Gérard''' : Voilà bienvenue dans les débats de la nuit, donc vous pouvez nous joindre au 0803 08 5000 et 0800 70 5000 et toujours le 3615 code Funradio rubrique direct, donc si vous voulez réagir sur l'euro en premier, surtout pas de conneries sur Minitel parce que je ne répondrai pas aux conneries, pas comme la semaine dernière, voilà c'est tout ce que j'avais à dire. donc on accueille Orchid(''[prononcé Orshidé avant que l'auditrice ne le corrige]'', Aglaé, bonsoir. Christine, bonsoir. Bizarre bonsoir. Fred. et Curedent. Donc alors on va parler un peu de l'euro Donc la première question, quelle est la valeur en franc d'un euro ?
'''Christine''' : Non moi je crois que c'est 6 francs et quelques, 6 francs 50
'''Curedent''' : T'as vu ça où ?
'''Christine''' : Ben je me suis renseignée mais je me rappelle plus trop
'''Fred''' : Ben non c'est le dollar ça.
'''Gérard''' : Non, non, non, 6 francs 50 on pense mais pour l'instant on sait pas parce que c'est vrai qu'on en entend parler que ça va venir. On en entend régulièrement parler
'''Manu''' : Sur Minitel on nous dit aussi 6 francs 50 ?
'''Gérard''' : Donc apparemment tout le monde a l'air d'être d'accord avec... Mais non qui c'est qui dit que c'est le dollar là ?
'''Fred''' : C'est Fred, non ?
'''Gérard''' : Non c'est pas le dollar Fred.
'''Aglaé''' : Si c'est le dollar aussi mais c'est pour s'aligner sur le dollar
'''Gérard''' : Mais comme pour l'instant on en entend parler, on en entend parler régulièrement donc pour l'instant j'ai pas eu...
'''Bizarre''' : Ben moi j'ai rien vu
'''Gérard''' : Ben si, faut écouter les informations quand même
'''Fred''' : Ouais, Gérard c'est Fred là T'es allé à la bourse non ? Pour voir le taux et tout ?
'''Gérard''' : Non parce que là on sait que ça va commencer en 2002... Non en 2002 je crois qu'on va changer de monnaie. Donc pour l'instant tout le monde, même je pense qu'à l'heure actuelle on peut pas exactement dire vraiment le prix réel d'un euro par rapport au franc
'''Orchidé''' : C'est pas en 2020 que l'euro va exister ?
'''Gérard''' : Non, non c'est en 2002
'''Bizarre''' : Ouais c'est bizarre Mais est-ce que l'euro il va changer par rapport aux pays ? Tu dis 6 francs 50 mais en France ?
'''Gérard''' : Ah bah oui, oui, oui, ça va être uniquement dans les pays, le pays français
'''Fred''' : Donc en fait un franc ça vaudra 6 francs 50 ?
'''Gérard''' : Non. Non, non je pense pas
'''Aglaé''' : Et un deutschmark ça vaut combien ?
'''Gérard''' : Ah non mais là si on commence à parler des monnaies, de la monnaie allemande c'est plus du tout le thème.
'''Curedent''' : Et des euros français ça vaudra combien en euros anglais ?
'''Gérard''' : Ah là je sais pas hein.
'''Fred''' : Donc en conclusion un franc en 2020 égale 6 francs 50.
'''Bizarre''' : Ouais mais pas en euros anglais
'''Christine''' : Mais non un euro c'est 6 francs 50
'''Curedent''' : Bah 6 francs 50 en France mais en Angleterre ça sera un euro anglais et ça sera pas la même chose
'''Gérard''' : Mais non mais on parle pas de la monnaie anglaise ni allemande on parle de l'euro. C'est ce qui va changer notre pays à nous.
'''Aglaé''' : Et quand ce sera l'euro est-ce qu'il faudra diviser ou multiplier par 6 francs 50 ?
'''Gérard''' : Ah là je sais pas hein tu me poses une question que je pourrais pas te répondre dessus
'''Max''' : On nous dit que l'euro en fin de compte c'est 6 francs 60 85
'''Gérard''' : On va arrondir parce qu'après ça me fera des chiffres dans ma tête et ça me fera travailler ma cervelle alors ça sera bon.
'''Bizarre''' : ON dit 7 alors.
'''Gérard''' : Ouais carrément on a arrondi à 7 francs c'est bon.
'''Curedent''' : Ça veut dire qu'on va gagner plus alors ?
'''Max''' : Bah ouais là on nous dit sur Minitel qu'il faut multiplier par le taux en fonction de savoir si t'es sur Itinéris ou SFR.<ref name="hist16"></ref>
'''Gérard''' : Ouais mais alors là ça n'a rien à voir avec les portables quand même
'''Aglaé''' : Parce qu'en fait quand tu gagneras 7000 balles en francs tu gagneras 1000 euros.
'''Bizarre''' : Ah ouais on parle en euros français
'''Christine''' : Non mais il y a les euros cents, aussi
'''Gérard''' : C'est quoi c'est quoi ça ?
'''Christine''' : Bah c'est moins qu'un euro quoi, c'est comme les centimes.
'''Bizarre''' : Voilà les euros 10 000 c'est la multiplication des euros
'''Gérard''' : C'est un peu compliqué pour moi
'''Curedent''' : Eh Gégé c'est une émission de maths là
'''Gérard''' : Bah ouais c'est ce que je vois et apparemment vous avez l'air de bien vouloir apprécier qu'on passe un débat sur ça.
'''Curedent''' : T'es bon en maths toi Gégé ?
'''Gérard''' : Pas tellement non.
'''Bizarre''' : Faut dire que c'est l'actualité. On en entend parler dans tous les médias
'''Orchidé''' : Ouais moi l'euro en fait je crois que ça va dépendre quand même de la bourse, de la fluctuation, du dollar et tout ça.
'''Gérard''' : Non non non je pense pas.
'''Orchidé''' : Bah quand même il y a une cotation de la bourse donc il faudra quand même...
'''Gérard''' : Ah non pour l'instant c'est pas... on sait pas on entend parler que c'est... C'est pas encore sûr. ON sait que c'est en 2002 mais...
'''Curedent''' : Ton paquet de clopes, ton paquet de gitanes Gégé, tu vas l'acheter encore en euros alors ?
'''Gérard''' : Bah oui mais justement, ça va être justement... on va y venir à cette fameuse question.
'''Bizarre''' : Aujourd'hui tu payes combien le paquet ?
'''Gérard''' : Bah le paquet il est à 13,90 francs.
'''Bizarre''' : Bon, on arrondit à 14. En euros français, ça fait combien en 2020 ?
'''Gérard''' : Bah j'en sais rien.
'''Bizarre''' : Bah calcule. Bah multiplié par 7, par 7 de 14, la règle de 2...
'''Gérard''' : Oh là oh là c'est trop compliqué ça pour moi
'''Curedent''' : Demande à Sandy Gégé demande à Sandy
'''Gérard''' : Ah mais non Sandy elle pourra pas vous répondre non plus là dessus hein.
'''Fred''' : Au début on disait l'EKU, après on a dit l'euro. Maintenant on parle de... j'ai entendu dans les journaux Koku. Qu'est-ce t'en penses toi ? C'est quoi le nom vraiment en fait ?
'''Gérard''' : Mais non, ça s'appellera pas Koukou, ça s'appellera, l'euro.
'''Aglaé''' : A Marseille ça s'appellera couscous.
'''Curedent''' : Mais Gégé ? Quand tu vas aller acheter ton paquet de gitanes chez Ginette. Ginette elle va te vendre tes gitanes et elle va dire bon bah vous me devez 70 euros ?
'''Gérard''' : Bah on verra
'''Christine''' : Non mais de toute façon il va y avoir des calculatrices spéciales pour les euros.
'''Gérard''' : Oh non mais attends. Là si on commence à faire le tour avec les calculatrices après et tout, on va pas en finir.
'''Curedent''' : Bah ça va être le bordel de toute façon
'''Orchidé''' : Ce système monétaire ça te bouleverse pas ?
'''Gérard''' : Bah ça ça va être la question.
'''Aglaé''' : Est-ce que tu parles encore en anciena franc ?
'''Gérard''' : Euh je sais pas. Donc là comme on a fait à peu près le tour de la première, on va aller sur la deuxième. Êtes-vous pour l'euro ou pas ?
'''Aglaé''' : Bah qu'on soit pour ou contre, on n'a pas trop le choix.
'''Bizarre''' : Ça va être imposé, c'est les lois. C'est les lois monétaires : en 2020, ça sera comme ça tu pourras pas dire oui ou non.
'''Gérard''' : Mais non mais c'est pas en 2020 que ça va changer, c'est en 2002
'''Orchidé''' : Bah écoute moi je pense sincèrement que l'interchange planétaire monétaire va complètement changer quoi. Donc tu seras pas toujours sur les mêmes bases, et ça va être vraiment difficile quoi. Tu t'imagines ? Tu vas vouloir acheter ton paquet de cigarettes, des tomates, des trucs comme ça, il faudra tout le temps que t'aies dans ta tête des calculs à faire.
'''Curedent''' : Au départ ils vont nous gruger sur les prix, forcément.
'''Gérard''' : Mais non mais justement là pour l'instant, c'est... Mais je crois que... donc pour l'instant ils sont en train de faire une étude là dessus.
'''Bizarre''' : Mais dans quelle ville ?
'''Gérard''' : Mais j'en sais rien, je sais que c'est en province, mais savoir où... Non je sais pas si c'est du côté de Toulouse, Marseille, Bordeaux.
'''Bizarre''' : Bon elle haibit où Sandy ?
'''Gérard''' : Elle habite au troisième bouton de ma braguette. Si tu veux savoir l'étage, c'est quatrième porte... C'est quatrième porte à gauche en sortant des toilettes.
'''Orchidé''' : Mais Gégé ? Mais écoute, les gens par exemple, tu t'imagines quand tu devras toujours faire un calcul... Et pour les gens qui sont faibles en maths.
'''Bizarre''' : Mais non, tu seras habitué !
'''Orchidé''' : Tu pourras te faire avoir quoi, parce que bon on va te donner des chiffres et on va te dire voilà ça c'est ça.
'''Christine''' : Ouais non mais ce que je veux dire, c'est qu'il va y avoir des calculatrices spéciales. Ce qui va être plus chiant, c'est quand on va aller genre en Espagne, alors là c'est même pas la peine...
'''Gérard''' : Attendez attendez Christine Christine 5 minutes je te coupe. Je crois qu'il y a une question Minitel.
'''Manu''' : Ouais exactement. On nous demande ce sera combien les tarifs d'une sodomie ou d'une pipe en euros ?
'''Gérard''' : Alors Manu qu'est-ce que j'ai dit ? Des conneries comme ça ça m'intéresse pas.
'''Manu''' : Mais non mais ça peut être intéressant.
'''Fred''' : Moi je pense sincèrement que l'euro est pas réalisable, car je vois mal des pays comme... je sais pas... le Groenland, la Grèce ou même...
'''Gérard''' : Mais non mais attends... On parle en France. On parle pas des pays qui sont... des pays étrangers.
'''Christine''' : On fera du change.
'''Aglaé''' : Non on fera pas de change.
'''Gérard''' : Ah bah si on sera obligé Si si je pense que
'''Christine''' : Si tu vas genre en Amériqu, tu vas changer.
''' Bizarre'' : Mais pouruqoi ?
'''Gérard''' : Pour avoir la monnaie du pays où qu'on ira.
'''Bizarre'''' : Mais c'est à dire ?
'''Gérard''' : Oh mais attends... C'est qui là qui arrive pas à comprendre là ?
'''Aglaé''' : Si tu vas en Italie, tu vas payer en quoi ?
'''Gérard''' : Eh bah en pesetas
'''Bizarre''' : Bon Orchidé, si t'arrives pas à comprendre, tu lâches l'affaire
'''Orchidé''' : Ouais je vais te dire, en fait l'euro... bon ça va être quand même une monnaie qui sera un peu européenne. Donc tu vois, tu auras l'Océanie par exemple, donc en Australie tout ça, bah tu seras obligé de payer...
'''Gérard''' : Bah tu seras obligé de payer avec la monnaie du pays.
'''Curedent''' : Moi j'aimerais bien savoir un truc : quand on sera en euro, on paiera en billets ou en pièces ?
'''Gérard ''' : Ça sera en billets et en pièces à mon avis.
'''Fred''' : C'est pas vrai, je crois que c'est uniquement en Traveller chèque, tickets restaurant et tout ça
'''Curedent''' : Non mais je crois que pour l'euro, ils passeront tout en pièces. Il n'y aura plus de billets parce que pour les aveugles, sinon, ils vont pas comprendre.
'''Gérard''' : Mais si mais il y aura des billets et des pièces à mon avis.
'''Curedent''' : Mais comment ils vont faire les aveugles ?
'''Gérard''' : Bah je sais pas justement.
'''Manu''' : Ils seront en braille.
'''Curedent''' : Avec la calculatrice, les billets, les pièces, ils vont pas s'y retrouver. Le gars il est aveugle, il va acheter son paquet de gitanes chez Ginette,...
'''Gérard''' : Mais non mais Curedent, on n'en a rien à foutre de Ginette, d'accord ?
'''Curedent''' : Bon il va acheter son paquet de gitanes, il a sa calculatrice...
''[Interruption par des bruits divers dans le téléphone, tels que des sons sons de jeux vidéo etc]''.
'''Orchidé''' : Je voulais te dire un truc. En fait moi je trouve que le fond du problème, c'est que toute l'Europe va être chamboulée, donc t'as toute l'Europe quoi. L'Amérique du Nord, l'Afrique, tout ça...
'''Gérard''' : Mais ça n'a rien à voir, on parle des des pays européens, on parle de la France... Non mais attends : quand tu vas aller en Allemagne, tu vas payer en Deutschmark !
'''Aglaé''' : Mais non, tu vas payer en euros !
'''Aglaé''' : Mais non mais réfléchis : l'euro ça va être la monnaie européenne, donc en fait l'Allemagne ,c'est en euros donc on va payer en euros. L'euro ça va être la monnaie européenne...
'''Gérard''' : Bon d'accord d'accord ça y est c'est bon c'est bon c'est bon. On a fait le tour de la question.
'''Orchidé''' : Ouais mais Gégé c'est important de dire où se situe l'Europe.
'''Gérard''' : ouais mais Orchidé, tu laisses un peu les autres parler, parce que... tu vas pas faire comme d'habitude de prendre sans arrêt la parole.
'''Curedent''' : Si jamais je vais à Monaco, on paiera en euros aussi ou on paiera en francs ?
'''Gérard''' : bah à mon avis je pense que ça sera en euros. Faudrait essayer de se renseigner là-dessus.
'''Manu''' : Sur Minitel, on nous demandait comment on va faire pour le Rotarie et l'europération ?
'''Gérard''' Ouais mais attends le mec.. le mec c'est quoi ça ?
'''Manu''' Bah je sais pas.
'''Gérard''' Moi non plus je sais.
'''Manu''' : Il y avait l'europinion aussi.
'''Bizarre''' : Il y a aussi l'euro disney
'''Orchidé''' : C'est des termes très scientifiques, tout ça.
'''Gérard''' : c'est bon c'est bon ça y est c'est bon. Christine il faudrait peut-être que tu te réveilles un peu là.
'''Christine''' : Bah hé tout le monde parle.
'''Gérard''' : Non mais tu pourrais réagir quand même.
'''Christine''' : Bah oui mais moi je voudrais parler mais pas en même temps que les autres.
'''Gérard''' : Ah bah hé hé un débat c'est quoi ?
'''Christine''' : Mais moi j'ai déjà répondu.
'''Orchidé''' : Mais Gérard un débat, c'est entre plusieurs quoi, mais à chaque fois qu'on parle, tu dis il faut se faire.
'''Gérard''' : Mais dans ces cas là, vous donnez vos noms au fur et à mesure et c'est tout.
'''Christine''' : Non mais attends, tout à l'heure j'ai parlé et tu m'as coupée avec le Minitel.
'''Curedent''' : C'est vrai que tu coupes souvent les gens quand même, Gégé.
'''Gérard''' : Mais ouais mais c'est normal ! S'il y a une question minitel intéressante faut bien que j'y réponde aussi.
'''Aglé''' : Oui c'était très intéressant.
'''Gérard''' : Est-ce que l'euro va changer votre vie... votre habitude votre habitude dans la vie ?
'''Bizarre''' : Bah à partir de 2020, moi je suis d'accord que...
'''Gérard''' : qui ? ''[silence, Gérard explose de frustration]''. Oh tu donnes ton nom tu dégages toi ! Tu vas pas me prendre la tête comme ça là. Tu vas te réveiller un peu toi. Tu donnes ton nom ! ''[silence car fou-rire]''.
'''Manu''' : C'est bizarre ce qui se passe Gégé.
'''Gérard''' : Ouais ouais ben Bizarre, tu me le vire. Comme ça il répondra.
'''Manu''' : mais j'ai pas dit que c'était Bizarre, j'ai dit c'est bizarre ce qui se passe.
'''Gérard''' : Non mais attends, l'autre il donne même pas son nom, celui qui veut répondre.
'''Manu''' : Bah c'est bizarre
'''<h"tztf''' : Eh bah alors Bizarre tu le sors.
'''Manu''' : Mais c'est pas lui, c'est que c'est bizarre.
'''Christine''' : Allo c'est Christine. Ouais bah moi ça va me changer la vie parce que ça va me prendre la tête quoi, de calculer les euros en francs.
'''Bizarre''' : Je suis pas d'accord. Bah faut voir dans l'avenir. Bientôt, on payera plus par carte ou billets, ça sera des puces... Tout ça seramonétaire, ça sera une loi.
'''Gérard''' : Qui c'est qui t'a dit qu'on allait nous supprimer les cartes ? Personne encore.
'''Bizarre''' : Mais aujourd'hui on commence à supprimer les chèques !
'''Gérard''' : Mais non mais ils vont pas... Pour l'instant ils parlent de changer la monnaie, ils ont pas dit qu'ils allaient supprimer les cartes bleues ou les carnets de chèques encore.
'''Bizarre''' : Ouais mais entre nous soit dit... hein... ''[coupure]''
'''Gérard''' ''[explose]'' : Ouais oh bizarre tu dégages ! Allez hop, ça sera bizarre chez toi. Allez hop bonne nuit.
'''Orchidé''' : Je voulais te dire en fait, moi je pense que ouais, ça va vraiment me changer la vie parce que bon... on va vers l'an 2000, donc vers le nouveau millénaire, tout ça. Donc le système de change tout ça tout va changer et il y aura... il y aura plein de trucs qui vont disparaître dont le chèque quoi.
'''Gérard''' : Bah pour l'instant ils ont pas encore étudié ce problème là. Ils parlent de changer uniquement que la monnaie française.
'''Bizarre''' : Pardon ?
'''Gérard''' : Mais vous allez vous réveiller ou vous gerbez là ?
'''Phildar''' : Ouais mais attends, Phildar il vient de reprendre le standard. Les choses elles sont là.
'''Gérard''' : Bizarre moi je te dis...
'''Bizarre''' : Il y a que la monnaie française qui va changer, c'est clair. Ouais mais c'est ça c'est l'émission, c'est les débats. Tout le monde ne peut pas entendre la question mais j'étais en R avec Phildar. ''[Phildar est loin du standard, à l'autre bout du studio]''.
'''Gérard''' :
Eh Phildar... Phildar s'il te plaît. Tu viens t'occuper un peu du standard ou quoi ? S'il te plaît merci merci voilà. ''[Phildar s'asseoit devant le standard]''.
'''Phildar''' : Ouais ouais Gérard attends il m'a dit si je le vire, il va me choper à la sortie, il va me choper à la sortie de fun radio et...
'''Gérard''' : Et alors ? C'est pas mon...
'''Phildar''' : Qu'est-ce que je fais moi s'il vient me choper ?
'''Bizarre''' : J'ai pas entendu la question.
'''Gérard''' : Non t'as pas entendu la question, tu dégages et c'est tout.
'''Phildar''' : Attends il a un grand frère d'un mètre quatre-vingt-dix...
'''Gérard''' : Il dégage il dégage ! Allez hop allez !
'''Manu''' : Gérard, il y a une question minitel : on nous dit en 2002 à Suresnes, on paiera pas en euros mais en eu-pets.
'''Gérard''' : N'importe quoi... Mais qu'ils arrêtent de donner les noms de ville comme ça ? Parce que ça me prend la tête.
'''Curedent''' : Ça va te changer les habitudes toi ou pas ?
'''Gérard''', ''[excédé]'' : Qui me pose la question ?
'''Aglaé''' : Tout le monde.
'''Gérard''' : Mais répondez quand vous me posez la question donnez vos noms !
c'est qu'urban ça va te changer ça
'''Curedent''' : C'est Curedent. Ça va te changer tes habitudes toi de payer en euros ?
'''Gérard''', ''[impatient]'' : Dans quel sens ? Oh là là... eh Curedent mais merde !
'''Curedent''' : Mais quoi ? Mais tu m'entends pas ?
'''Gérard''' : Dans quel sens que ça va me changer mes habitudes ?
'''Curedent''' : Eh bah par exemple à la machine à café, tu vas payer en quoi ? Tu vas payer en francs ?En euros ?
'''Gérard''' : Mais justement la question on va y venir là-dessus.
''' Phildar'' : Excuse-moi Gérard. À la place de Bizarre, on a Étrange, merci.
'''Gérard''' : Non mais attends eh je te préviens ! Quand on vire quelqu'un, c'est pas la peine de le reprendre sous un autre nom.
'''Orchidé''' : Gégé ? Est-ce que tu penses que... est-ce que l'aube de l'an 2000 te fait peur ? Est-ce que le nouveau millénaire te fait rassurer ?
'''Gérard''' : Eh c'est pas le thème du débat, Orchidé. Orchidé tu me reposes encore une question comme ça, tu vas retourner chez toi vite fait toi aussi.
'''Orchidé''' : Gégé, tu te calmes !
'''Gérard''' : Si t'es pas contente, tu dégages.
'''Curedent''' : Orchidé elle est hors sujet quand même.
'''Orchidé''' : Non pas du tout, mais c'est important savoir si l'aube du nouveau millénaire...
'''Gérard''' : Mais cc'est pas le thème du débat !
'''Fred''' : Ouais bah moi personnellement...
'''Gérard''' : Vos habitudes dans la vie de quoi ?
'''Orchidé''' : Bah oui bah
'''Gérard''' : Mais attends Orchidé, laisse finir Fred merde !Tu commences à me gonfler là.
'''Orchidé''' : Ouais bah toi aussi gg.
'''Gérard''' : Bon allez hop Orchidé tu dégages.
'''Phildar''' : Attends, attends qu'est-ce qu'il se passe là ? Il est 1h30 t'as déjà 20 de tension là. Qu'est-ce qu'il se passe Gérard ? Alors les auditeurs on se calme un peu parce que là Gérard il va pas finir à 4h, il va finir à 2h, ça va être vite fait.
'''Gérard''' : Déjà Orchidé, bonne nuit.
'''Orchidé''' : Tu restes poli avec moi
'''Phildar''' : Je l'arrose et je la remets c'est ça ?
'''Gérard''' : Non non hop bonne nuit ! On reprend quelqu'un d'autre à sa place, ça ira vite. Aglaé. Donc pour toi est-ce que ça va nous changer la vie ?
'''Aglaé''' : Bah oui non moi ça va pas du tout me changer mes habitudes, sauf qu'au début je pense que ça serait sympa, j'aurais toujours l'air d'habiter à l'étranger, vu que tu payes plus avec ta monnaie, c'est sympa et puis bon au bout de deux jours, ça te gonfle quoi. Je pense que ça va me gonfler.
'''Gérard''' : Christine tu réponds ?
'''Christine''' : J'ai répondu tout à l'heure Bon Étrange. Étrange ?!!! ''[silence]''. Oh allez hop, tu me le sors lui, il répondra demain lui. Tu me le vires, là parce qu'il comprend rien.
'''Phildar''' : D'accord et à la place d'Orchidé, on a Clochette.
'''Fred''' : Donc pour répondre à ta question, bah moi je pense que ouais c'est un bouleversement quand même, de changer ses monnaies et tout ça. Et je pense que l'adaptation va être dure quoi. Ça me fait flipper, j'y pense souvent et ça me fait flipper moi.
'''Aglaé''' : Est-ce que tu en rêves la nuit ?
'''Fred''' : Bah un peu ouais, je suis allé voir des psys et tout et ça me fait flipper.
'''Aglaé''' : et qu'est-ce qu'ils disent ?
'''Fred''' : Bah ils me disent faites attention l'euro l'euro... ils me parlent du yen et tout, puis moi je dors toute la nuit puis voilà quoi.
'''Curedent''' : C'est vrai qu'il y a le yen aussi.
'''Aglaé''' : Non mais c'est dangereux le hyène.
'''Gérard''' : Oh c'est pas le thème du débat. Donc Clochette.
'''Curedent''' : Le thème du débat, c'est l'euro. L'euro c'est quoi ? c'est de la monnaie.
'''Gérard''' : Oui c'est de la monnaie.
'''Curedent''' : Bah voilà. Eh bah le yen c'est de la monnaie.
'''Fred''' : Faut en parler des hyènes...
'''Gérard''' : Non mais ça c'est une monnaie...
'''Phildar''' : Non c'est loups ça.
'''Gérard''' : Bon Fred tout à l'heure, tu vas dégager.
'''Clochette''' : ben écoute oui, je pense que ça va nous changer la vie.
'''Gérard''' : Dans quelles circonstances à peu près ?
'''Clochette''' : Ben c'est à dire que notre monnaie va changer quoi. Donc voilà.
'''Gérard''' : D'accord c'est bien. Donc qui c'est qu'on a à la place d'Étrange ?
'''JP''' : Jean-Philippe.
''[Des bruits d'animaux divers dans un téléphone]''
'''Gérard''' : Je préviens que celui qui continue comme ça va gerber tout de suite encore. Ça va aller vite. Donc Jean-Philippe.
'''JP''' : Ben excuse-moi Gérard, je te prie de pas me jeter pour une fois au standard mais comme j'étais au standard, je n'ai pas entendu la question.
'''Gérard''' : Alors est-ce que l'euro va changer votre votre... vos habitudes dans la vie ?
'''JP''', ''[accent d'une personne ivre]'' : Ben effectivement effectivement, de manière évidente, l'euro va changer totalement ma forme de vie parce que je vais payer en billets. En 2020, je crois que ma vie va changer vestimentairement ou bien encore par mes loisirs.
'''Gérard''' : Eh t'aurais pas fumé la moquette avant de... avant de de répondre à la question toi ?
'''JP''' : C'est Jean-Philippe.
'''Phildar''' : Tu peux l'appeler Jean-Phi, hein/
'''Gérard''' : Bon calme-le lui, parce que...
'''Phildar''' : Qu'est-ce que je lui fais ? Je lui donne un morceau de moquette ?
'''JP''' : Moi je veux dire moi j'avance, je suis jeune, c'est pour l'avenir, j'ai 25 ans, j'habite Cambrais. ''[Rires des audituers et du studio, Phildar se moque]''. Bon voilà maintenant que j'appelle, on se fout de ma gueule, bon ben je peux très bien me casser, y'a pas de problème.
'''Gérard''' : Si tu veux hein. Y'a pas de problème si tu veux te casser tu te casses.
'''JP''' : Je sais pas, je croyais que j'étais bienvenu...
'''Aglaé''' : Non je voudrais qu'il reste.
'''Gérard''' : Oh ben c'est bon on.
'''Fred''' : On parle de l'euro et tu retournes au Moyen-Âge, Gérard.
'''Gérard''' : Oh ouais Fred tu vas te calmer... Alors combien coûtera un café en euros ? Voilà, comme tout le monde me faisait chier là-dessus, ben on y vient cette question.
'''JP''' : Un café en euros ?
'''Aglaé''' : Ça dépend ouais.
'''Fred''' : un euro, j'ai gagné !
'''Gérard''' : c'est-à-dire ?
'''Fred''' : 6 francs 50.
'''Fred''' : Un yen.
'''Curedent''' : Eh ben donc ils vont nous gruger sur le prix. Parce qu'un café c'est combien gg ?
'''Gérard''' : Alors à l'heure actuelle, ça dépend. C'est 5 francs je crois à Fun. C'est 2 francs ça sera peut-être 3 francs après, on sait pas.
'''CUredent''' : Ouais et en écu, ça fera combien ?
'''Gérard''' : Ben j'en sais rien.
'''Fred''' : Et en yen ?
'''Gérard''' : J'en sais rien.
'''Phildar''' : De toute façon, Fun va être équipé en euros.
'''Curedent''' : Ah oui en euros ça fera combien ?
'''Gérard''' : Ben ça fera 6 francs 50 on te l'a dit.
'''Curedent''' : Et ben donc on va nous baiser la gueule.
'''Clochette''' : Je voulais dire quand même que ça dépend d'où tu te trouves quoi, dans quel pays tu te trouves pour ton café, parce que généralement ça n'a pas le même prix.
'''Gérard''' : ouais mais attends comment ça ? Parce que là j'arrive pas à suivre ton truc là.
'''Clochette''' : Je t'explique : l'euro ça dépend dans quelle partie du monde tu seras quoi. Si tu seras en Allemagne ou si tu es en Angleterre, ben le café, le prix ça sera pas le même.
'''JP''' : ouais mais là on t'a dit en eurohein.
'''Chlchette''' : En euro ben bien sûr, la valeur n'est pas la même.
'''Aglaé''' : Ben il paraîtrait que l'euro parisien serait un peu plus élevé que l'euro provincial parce que à Paris la vie est plus chère...
'''Fred''' : Déjà on se fait berner là.
'''Gérard''' : Oh ouais c'est bon là celui qui parle derrière merci !
'''Aglaé''' : À Paris, tu peux compter le café à 10 balles, en province c'est 5 balles...
'''Gérard''' : Non non non attends Aglaé, là je suis pas d'accord avec toi.
'''Aglaé''' : Non mais à Paris dans les vrais cafés, pas dans les bars à Ginette.
'''Gérard''' : Ah non mais moi je peux te dire une chose, tu vas dans n'importe quel café, ça dépend bien sûr là où tu te trouves mais je sais que...
'''JP''' : Quand tu dis café, tu dis aussi brasserie ?
'''Gérard''' : Ben oui, abruti.
'''JP''' : D'accord d'accord, continue.
'''Phildar''' : Excuse-moi Gérard, est-ce que t'es déjà allé prendre un café en province ? ''[Oui de la tête]''. C'est combien toi ?
'''Gérard''' : C'est 5 francs
'''Phildar''' : 5 francs et à Paris ?
'''Gérard''' : Ben à paris, c'est pareil.
'''Phildar''' : Bon alors laissez gérard expliquer pourquoi il estime que c'est le même prix à Paris et en province.
'''Aglaé''' : Tu rigoles Gérard ? J'ai pris un café à Saint-Germain, il était à 14,50 le café.
'''Gérard''' : Ouais mais attends, à quelle heure tu l'as pris ?
'''Curedent''' : Ça dépend où tu l'as pris aussi.
'''JP''' : T'as pas un peu fumé la moquette ?
'''Gérard''' : Jean-Philippe tu dégages. Dehors pour lui c'est pas la peine.
'''Clochette''' : Je trouve que tu as tout à fait raison, ça dépend des horaires, exactement.
'''Christine''' : Oui bon ben j'ai déjà payé le café 50 balles hein. Sur les Champs.
'''Gérard''' : Sur les Champé Élysées, un café, 50 balles ?! À quelle heure ?
'''Christine''' : Ben il était 11h du soir. Tu connais pas le café qui fait karaoké là à côté de l'arc de triomphe ? Le Leffe.
'''Clochette''' : Je voulais te dire mais tu as tout à fait raison parce que ça dépend de l'horaire, ça veut dire que où que tu sois en Europe, ça dépend de l'horaire.
'''Gérard''' : Hé Clochette, hé réveille-toi un petit peu toi parce que tout à l'heure tes cloches, elles vont sonner.
'''Clochette''' : J'ai pas fumé la moquette non,
'''Gérard''' : Non mais moi je vais te dire une chose, Clochette, l'horaire, ça dépend à quelle heure tu le prends. Si c'est à 6h du matin ou à 22h.
'''Curedent''' : Ça dépend où tu le prends aussi Gégé. Si tu le prends au comptoir, c'est moins cher.
'''Phildar''' : Non Gérard, il le prend souvent dans le cul quand même.
'''Aglaé''' : Si tu prends dans un bar pmu c'est 5 balles.
'''Gérard''' : Toi, tout à l'heure, tu vas te prendre les cassettes vidéo si tu commences comme ça toi. Ça va être vite fait toi aussi. Je crois qu'au bout dela quatrième question, vous commencez à me prendre la tête là.
'''Curedent''' : Ouais, parce qu'on en arrivé au bout, gégéa.
'''Gérard''' : Ouais bah il reste encore 6 questions.
'''Phildar''' : Gérard, tu poses la question pendant que je te trouve le titre de la musique.
'''Gérard''' : alors comment va-t-on enlever les anciennes monnaies ? Voilà. Non non mais c'est bon, vous réfléchissez...
'''Manu''' : Rappelle les numéros de téléphone.
''[Pendant ce temps, Phildar trouve un papier et un stylo et écrit un titre]''.
'''Gérard''' : Donc si vous voulez nous joindre c'est au 0803 08 5000, merci pour celui qui fait le cochon. Les mecs, vous allez saquer là. Fred et Curedent, vous allez dégager pendant la pause. Bref, si vous voulez nous joindre au 0803 08 5000 et 0800 70 5000 et 3615 code Funradio, rubrique direct et bien sûr pour les belges, 033 1 47 79 5000 ''[prononcé dans le style belge]''. Et on écoute le petit poucet, Il sent des pieds avec ses tongues. Cc'est pas mal, je suis sûr que ça va être encore pas ça comme
musique. On se retrouve tout de suite après.
'[[Musique]''.
'''Gérard''' : 1h47, on a écouté quoi comme musique là ? Parce que vous m'avez filé...
'''Phildar''' : Je te l'ai dit, le petit poucet sent des pieds avec ses tongues.
'''Gérard''' : Non parce que celui-là il déconne à moitié, il dort, il a dû fumer la moquette avant de venir. Donc on récupère Clochette ''[silence]''. Clochette !
'''Phildar''' : Manu ! Putain c'est Manu !
'''Gérard''' : Ouais y'a pas putain, on dit d'accord toi ?
'''Phildar''' : Y'a Gérard alors.
'''Gérard''', ''[distrait]'' : Aglé, Christine, Fred.
'''Fred''' : Rebonsoir, Gérald.
'''Gérard''' : Ouais toi tu vas te calmer parce que tu vas sortir.
'''Phildar''' : Gérald des G-squad ?
'''Gérard''' : Bon c'est pas le thème du débat. Curedent.
'''Curedent''' : Bonsoir Sandy, bonsoir Gégé.
'''Gérard''' : Sandy t'emmerde.
'''Manu''',''[sévère]'' : Il a rien dit Gérard, là il a rien dit du tout.
'''Curedent''' : Reste poli s'il te
plaît.
'''Gérard''' : Si je veux. Pas avec les gens qui parlent des autres.
'''Curedent''' : Je l'ai pas insulté...
'''Gérard''' : Ouais non mais même elle est pas...
'''Curedent''' : Bah si elle est là ouais.
'''Gérard''' : Elle est là mais elle a pas envie de vous parler, c'est tout.
'''Curedent''' : Bah je lui dis bonsoir quand même.
'''Gérard''' : Bon ça y est les bonsoirs, donc qui c'est qu'on a à la place de Jean-Philippe ?
'''Phildar''' : Euh Bizarre,
'''Bizarre''', ''[voix de tête]'' : On a Bizarre, je lui dis bonsoir à lui.
'''Gérard''', ''[détaché]'' : Hop, dehors celui-là.
'''Bizarre''', ''[voix de tête pour toute la suite]'' : Non, je suis pas dehors.
'''Gérard''' : Non mais t'es pas bien. Bah tu vas être bien, tu vas rentrer chez toi, mon pote. Allez hop, bonne nuit. Allez hop.
'''Bizarre''' : Écoute, je t'explique, je veux pas qu'on me reconnaisse, c'est tout.
'''Fred''' : Il a des problèmes en privé.
'''Phildar''' : Qu'est-ce qu'il y a, Gérard ?
''' Gérard'' : Tu le saques, lui. J'aime pas les ... abrutis.
'''Bizarre''' : Mais je change ma voix, c'est tout.
'''Gérard''' : Bon c'est bon, travlo,
'''Bizarre''' : Mais je suis pas un travlo, je change juste ma voix.
'''Agléas''' : C'est Elie Semoun !
'''Phildar''' : Hh Gérard, t'as même pas reconnu qu'on avait une star avec nous au standard.
'''Bizarre''' : Il est idiot, il a pas compris.
'''Gérard''' : J'en ai rien à foutre.
'''Phildar''' : Tu l'as pas reconnu ?
'''Gérard''' : Non, j'en ai rien à foutre.
'''Fred''' : C'est Madonna.
'''Clochette''' : Non, c'est Michael Jackson.
'''Phildar''' : Bon allez, on reprend le débat. Allez, on reprend le débat. Allez Gérard, pose la question.
'''Gérard''' : Bon déjà, c'est qui ? C'est qui là qu'on a ?
'''Phildar''', ''[improvisant]'' : Tu l'avais pas reconnu ? Garcimor. Tu l'as même pas reconnu.
'''Gérard''' : Ouais, je m'en fous. Bon allez, comment va-t-on enlever les anciennes monnaies ? C'était la question que je vous ai posée avant le disque.
'''Christine''' : Ouais, bah je sais pas du tout.
'''Fred''' : Ouais, bah moi je sais pas non plus.
'''Curedent''' : Bah je sais pas.
'''Clochette''' : aOrchidé ? Bah écoute, moi je pense que...
'''Gérard''' : Tu vas reprendre ton... Tu vas commencer à me reprendre la tête.
'''Clochette''' : Non, Gégé, c'est Clochette là. Orchidé, elle s'est tirée. J'ai remplacé.
'''Gérard''' : Ouais, bah je sais, c'est moi qui l'ai virée.
'''Clochette''' : Bah écoute, moi je pense que on va on va la supprimer à coup de... à coup d'ordinateur.
'''Gérard''' : À coup d'ordinateur, pas mal. Pour toi, c'est pas mal là.
'''Clcohette''' : Bah attends, je peux finir ? Donc on va effacer tous les systèmes d'enregistrement de ce qui concerne la monnaie. Donc on va effacer toute trace d'ancienne monnaie.
'''Gérard''' : Ouais, alors donc, tu crois que ça va être mis sur ordinateur, toi ?
'''Clochette''' : On va mettre une puce électronique qui va effacer tous les systèmes monétaires du monde.
'''Gérard''' : Non mais ils feraient mieux de mettre une puce électronique dans ton cerveau et puis et changer ta cervelle parce que ... Bon c'est bon. Aglaé tu voulais dire ?
'''Aglaé''' : J'en ai aucune idée.
'''Gérard''' : Donc là, il y a quelqu'un qui m'a dit que sûrement, ... qui m'a posé une question, qui est là dans le studio, et qui m'a dit comme ça qu'à un moment donné bientôt, avec le système de la monnaie Euro, on va avoir des espèces de petites boîtes magnétiques.
'''Phildar''' : Pourquoi faire ?
'''Gérard''' : Pour savoir les prix en Euros. Ça c'est en étude aussi. Et à l'heure actuelle, il y en a dans des grandes surfaces.
'''Bizarre''' : Ça sera comme des petites télécommandes.
'''Fred''' : Comme à Monoprix, tu sais.
'''Bizarre''' : Non, ils ont déjà commencé. Moi, j'ai vu ça à la télé.
'''Gérard''' : Eh oh, ouais t'as vu ça dans Spirou magazine, toi. Pour l'instant, tu me laisses finir. J'aime pas j'aime pas qu'on me coupe la parole. Merci.
'''Bizarre''' : Moi, je trouve que t'es un peu mesquin.
'''Gérard''' : Oh bah alors, dans ce cas-là, si c'est mesquin, tu dégages. Allez hop, c'est bon, tu me le vires.
'''Phildar''' : Pas d'insulte hein.
'''Fred''' : Gérard, laisse-le, il a 12 ans.
'''Clochette''' : Gégé, oui. Je voulais te dire, dans une revue économique, il était marqué justement comment effacer... comment changer de monnaie. Et il était bien dit clair et net qu'il y avait une sorte de puce électronique qu'on allait mettre sur internet et qui allait effacer tous les interchanges monétaires.
'''Gérard''' : Non mais attends, hé Clochette, je vais te dire une chose, que ce que je viens de dire...
'''Clochette''' : Ouais, c'est c'est... mais en fait, c'est la même chose que ce que je viens de dire. En fait, ça se rejoint, Gégé.
'''Gérard''' : Mais attends, mais moi ce que je disais, c'était pour calculer les prix, d'accord ?
'''Clochette''' : Ouais, c'est vrai, mais c'est exactement la même chose que j'ai dite, en fait.
'''Gérard''' : Bon bah alors, bah voilà. Mais dans ce cas-là, c'est pas dans une revue. Et puis on donne pas les noms des revues, s'il te plaît, merci.
'''Manu''' : Gérard, on nous demande comment on va faire pour l'Euro-tissoir et l'Euroti.
'''Gérard''' : N'importe quoi cette question. De toute manière, c'est des conneries. Je vais pas répondre sur des conneries.
'''Manu''' : Et pour l'Euro-Karina, non ?
'''Bizarre''' : Et l'Euro-Tunnel.
'''Christine''' : Ouais, l'Euro-Vision.
'''Curedent''' : Et l'Euro-Disney.
'''Gérard''' : Bon, ça y est. Et vous allez commencer à vous calmer parce qu'il est 2h et je pense que tout à l'heure, ça va virer vite fait là.
'''Manu''' : Et pour l'Euro-Dition, tu pourrais...
'''Curedent''' : Et l'Euro-Mag.
'''Gérard''' : Bon allez hop, celui qui vient de dire ça, dehors. Cherche pas. Allez hop, Fred. Au hasard.
'''Fred''' : Mais non, attends, tu rigoles ou quoi ? C'est pas moi. Vas-y, t'as pas le droit.
'''Gérard''' : Au hasard, je veux pas le savoir. Bon allez, vous allez vous réveiller au standard parce que ça commence à bien faire. Pensez-vous que les personnes âgées s'y habitueront ? ''[Clochette éclate de rire]''. Bon alors, Closette, tu dégages. J'aime pas que tu te foutes de ma gueule. Clochette, tu dégages.
'''Clochette''' : C'est pas moi qui a rigolé.
'''Gérard''' : Je veux pas le savoir. Clochette, tu dégages.
'''Phildar''' : Deux secondes, deux secondes. On va accueillir Tania. Donc Tania... Tania est d'origine de l'Est, hein, des États-Unis. Donc elle parle pas beaucoup le français. Oui, donc sois indulgent.
''[Bruit de bébé et voix de tête de Bizarre]''
'''Gérard''' :Oh, celui qui, celui qui. Hé, Curedent et Fred. Vous commencez à me les casser là. Vous commencez à me les gonfler tous les deux.
'''Curedent''' : Mais pourquoi c'est toujours les mecs ?
'''Gérard''' : Parce que ya que vous deux qui faites les cons. Pour l'instant, j'ai demandé à Aglaé.
'''Aglaé''' : Gérard, tu m'excuses, mais j'étais en train de changer le téléphone d'oreille et j'ai pas entendu. ''[COnfidentiel, sincère]'' Non, c'est vrai en plus.
'''Gérard''' : Pensez-vous que les personnes âgées s'y habiteront ?
'''Aglaé''' : Euh non. Non, je pense qu'ils vont en crever.
'''Bizarre''' :Bah moi, je trouve qu'ils auront encore...
'''Gérard''' : Oh quoi, le travlo, tu t'éclases.
'''Bizarre''' : Parce que déjà, quand on a changé la monnaie, quand on a changé les petites pièces de 10 Francs et tout ça, ils ont eu du mal. ''[Gérard sifflotte, impatient]''. Ouais, avec tu sais, au milieu quand c'était en or et autour, en argent. Ils voyaient... ils confondaient les pièces, les petits vieux.
'''Gérard''' : Hé, tu peux donner ton nom, s'il te plaît, quand tu parles ?
'''Bizarre''' : Mais c'est Bizarre. Tu sais très bien.
'''Gérard''' : Ouais, bah Bizarre, tout à l'heure, tu as dégager parce que tu commences à me faire chier.
'''Bizarre''' : Daccord. Mais dis pas que j'ai pas raison.
'''Gérard''' : Non, t'as tort.
'''Fred''' : Bah moi, mes grands-parents, quand on a fait les nouveaux billets de 100 Francs, bah ils sont morts, quoi. ''[Rires de Manu et PHildar]''.
'''Gérard''' : Daccord. Et bah Fred, tu sais ce que tu vas faire ?
'''Fred''' :Non mais attends, mais c'est vrai.
'''Gérard''' : Non mais tu sais ce que tu vas faire ? Tu vas aller dormir maintenant. Au revoir Fred. Bonne nuit pour Fred. Bonne nuit Fred.
'''Bizarre''' : Hé, tu sais quoi, les petits vieux, tu sais pourquoi ils ont des mal ? Parce que ils seront plus là en 2020.
'''Gérard''' : Allez hop, Bizarre, tu dégages. Bizarre aussi. Allez Bizarre, Fred, dehors.
'''Phildar''' : Bon alors, à la place de Fred, on accueille Sylvain. Salut Sylvain. Et à la place de Clochette, on accueille Sirène. La Sirène.
'''Sirène''',''[voix sensuelle] : Bonsoir bonsoir.
'''Curedent''' : Oh là là, la voix Gégé, la voix.
'''Gérard''' : Bon, ça y est. Oh punaise. Hé, je sens que les 4 premières questions sont bien passées. On va pas commencer à foirer sur la 6ème. ''[Tania commence une conversation avec quelqu'un près d'elle. Cela interrompt Gérard et il demande ce qu'il se passe. Surpris, Phildar rit]..
'''Phildar''' : Attends, Tania elle a un problème. On accueille Dany à la place de Bizarre.
'''Christine''' : allô. C'est Christine. Oui, moi je disais que les vieux, ils avaient du mal déjà avec l'ancien Franc et le nouveau Franc. Alors avec l'Euro, laisse tomber quoi.
'''Dany''' : Non mais oui, écoute, je suis d'accord avec toi, ma poupée.
'''Dany''' : Oh Dany, s'il te plaît, tu te calmes un petit peu.
'''Slvain''' : J'ai toujours pas répondu.
'''Dany''' : Non mais excuse-moi, je veux intervenir. J'en ai pas pour longtemps. Je veux dire, moi en tant que forain, on a déjà du mal à s'y reconnaître avec toutes les pièces. Et bon, je voyage beaucoup et c'est vrai que déjà aujourd'hui, on a pu rencontrer déjà de l'Euro.
'''Gérard''' : Non mais pour les personnes âgées.
'''Dany''' : Effectivement, même en tant que forain.
'''Gérard''' : Non mais pour les... Oh mais Dany, t'as pas compris.
'''Dany''' : Je comprends très bien. Mais écoute, déjà j'ai fait de mon portable, ça passe très mal. Je voulais te dire oui, les personnes âgées aussi on a rencontré. J'ai rencontré dans les pays plus au nord des personnes âgées qui paieraient des gens au Euro.
'''Slvain''' : Moi, je pense sincèrement que les vieux quoi, sont au sommet de l'économie en tant que... L es vieux dans le domaine économique et financier, ils sont obligés de s'adapter. L'euro sera, quelque part, pour eux, un petit enfant.
'''Sirène''' : Je voudrais répondre s'il vous plaît. C'est Sirène. ''[Bruit de sirène dans un téléphone]''.
'''Sirène''' : Ça commence à bien faire...
'''Dany''' : C'est Dany, c'est à la fête à côté, ça fait un peu de bruit, je suis désolé.
'''Gérard''' : Bon alors, Dany, bonne nuit.
'''Dany''' : Ouais, bah je m'en vais. Et encore un big kiss à Sandy.
'''Gérard''' : Très bien. Bah va te faire foutre, qu'elle te dit.
'''Sirène''' : Tous les vieux allaient avoir une crise cardiaque. Parce que ça va... ça va produire un choc émotionnel. Ça va produire un choc émotionnel.
''[La phrase est entrecoupée de Dany qui part bruyamment en disant Salut. Au surplus, ponctuations par des bruits d'appui sur un clavier numérique de téléphone]''.
'''Gérard''' : Je sens que ça commence à bien faire. Celui qui s'amuse avec un portable au lieu de laisser parler les gens, ça commence à me prendre la tête. Alors Dany, tu dégages. '[[La situation ne change pas, Sirène répète sa phrase et les interruptions sont les mêmes. Gérard explose]''. OH ! Curedent tu dégages !
'''Curedent''' : J'écout
'''Gérard''' : e Dany.De toute manière, Dany, il dégage. Bon allez hop.
'''Phildar''' : Bon allez, moi je... Bon allez allez, sérieux, on se calme deux minutes. On va pas commencer le bordel.
'''Gérard''' : Vous me virez Dany et Curedent, moi je veux plus le savoir maintenant.
'''Phildar''' : Mais qui joue avec le téléphone ? C'est une fille en plus.
'''Gérard''' : Non non, quand je te demande de virer les mecs, tu les vires et c'est tout.
'''Phildar''' : C'est fait
'''Gérard''' : Ouais, bah tu prends d'autres personnes sans prendre les mêmes avec les mêmes noms. Alors Sirène, tu disais.
'''Sirène''' : Bah oui, moi je disais qu'en fait, ça va leur produire un choc émotionnel. Parce que ils vont être habitués à un autre mode de de monnaie. C'est pas possible tout ça. Ouais, donc voilà.
'''Phildar ''' : Tu te calmes, parce que ...
'''Gérard''' : Oh ! Ça te dérange pas que que j'écoute les gens au lieu de parler là ?
'''Phildar''' : Ah non mais ça me dérange pas, tu peux. Vas-y, allez vas-y.
'''Gérard''' : Ouais, donc quand je te dis quand je suis au courant... ''[Gérard se jette vers Phildar et éteint son micro, violemment]''. Ah pardon. Ah, le micro. Pardon.
'''Gérard''' : Donc Aglaé, pour toi.
'''Aglaé''' : Ils vont crrever.
'''Gérard''' : Ouais, mais non mais attends, c'est bien beau de dire qu'ils vont crever mais est-ce qu'ils vont s'y habituer ou pas ?
'''Agléa''' : Bah non, ils vont en crever. Donc, ils vont pas s'y habituer. Attends, mais Gérard. Deux fois en quarante ans, ils vont pas s'en remettre.
'''Gérard''' : Mais mais attends. De tte manière, tout le monde va pas s'y habituer. Même nous, on aura du mal à s'habituer au début.
'''Aglaé''' : Toi, tu auras du mal.
'''Gérard''', ''[autoritaire]'' : Tout le monde.
'''Aglaé''', ''[obstinée]'' : Toi, tu auras du mal.
'''Gérard''' : Non mais attends, Aglaé, si je te dis que tout le monde va avoir du mal à s'y habituer...
'''Aglaé''' : toi, tu auras du mal.
'''Gérard''' : Et pourquoi ?
'''Aglaé''' : Moi, j'ai l'habitude d'aller à l'étranger. J'ai aucun problème pour les opérations, pour payer, aucun problème.
'''Phildar''' : Alors, à la place de je sais plus comment il s'appelait là, Dany, on accueille Sergio. Et à la place de Curedent, on accueille Stérilet. ''[explosition de rire de Sirène]''.
'''Gérard''' : Je sens que tu les as repris avec d'autres noms.
'''Sergio''' : J'ai pas précisé que j'étais non-voyant.
'''Sergio''' : Ah oui, Sergio est non-voyant.
'''Gérard''' : Moi, je te dis, t'as repris les mêmes et tu leur as demandé qu'ils changent de nom. C'est pas possible ça.
'''Phildar''' : C'est pas eux qui changent de nom. Si jamais, ils changent de nom, c'est moi, c'est moi qui leur donne. Mais là, c'est pas le cas.
'''Stérilet''' : T'as qu'à faire le standard macaque.
'''Gérard''' : Attends, qui c'est qui vient de dire ça ? Bon alors, maintenant, c'est simple, tu me les dégages tous. Hop, tu laisses les nanas. Tu me dégages tous les mecs. Ça leur apprendra d'être polis avec moi. Je viens de te parler. Bah oui, donc tu les bires tous et tu vas te reprendre d'autres.
'''Phildar''' : Non mais c'est bizarre. Je viens de te remettre trois mecs, trois nouveaux mecs et je les dégage déjà. Je ne suis pas une usine à auditeurs.
'''Sirène''' : Je voulais te dire que je suis vraiment heureuse que tu sois poli avec les nanas.
'''Gérard''' : Attention, ça pourrait peut-être changer d'ici la fin du débat. Alors, combien coûtera un téléphone en Euros ? C'est la septième question.
'''Christine''' : Ça dépend si tu prends un téléphone avec répondeur ou pas déjà.
'''Gérard''' : Ouais, mais que ça soit avec répondeur ou autre, ça sera pareil.
'''Christine''', ''[réfléchit]'' : Je sais pas, si tu prends un téléphone à 400 Francs... Je ne sais pas... 1 Euro 7 Francs. Donc je ne sais pas... 50 Euros.
'''Aglaé''' : Ca dépend où t'appelles.
'''Gérard''' : Combien coûtera un téléphone en Euros ? Donc on peut partir sur le téléphone normal et sur la facture... C'est à peu près la question.
'''Christine''' : Oui, ça sera en Euros cent quoi. Si ta communication a fait 0,65, et ben ça fera genre 10 Euros cent, je pense.
'''Aglaé''' : Oui, je t'ai répondu.
'''Gérard''' : Non, c'est Christine qui vient de répondre.
'''Algaé''' : Oui, non mais je t'ai dit que ça dépendait d'où t'appelais.
'''Gérard''' : Ouais, mais si t'achètes un téléphone.
'''Aglaé''' : Ouais, mais si t'achètes un téléphone, si t'achètes une brique de lait, c'est pareil.
'''Gérard''' : Bon allez, Aglaé...
'''Gérard''' : Mais tu dégages tout le monde là. Comment je fais moi ?
'''Gérard''' : Attends. Ben, tu reprends des gens ou sinon...
'''Gérard''' : Mais attends, ils sont pas tous intelligents les auditeurs comme toi.
'''Gérard''' : Les 4 premières, ça s'est passé impeccable. On arrive déjà à la 7ème que ça commence à foirer. Depuis que t'es arrivé, c'est le bordel. C'est Bizarre. C'est Bizarre.
'''Manu''' : Tu l'as viré Bizarre.
'''Phildar''' : J'ai des nouveaux mecs. Thierry de Perpignan. Bon Stérilet, il est revenu parce que c'était 2 minutes qu'il était là. Il est cool, je le connais. Et il y a un autre Sylvain, c'est pas le même mais c'est encore un Sylvain.
'''Gérard''' : Donc vous avez entendu la question ?
'''Sylvain''' : Tu peux la répéter, on vient juste d'arriver.
'''Gérard''' : Alors, combien coûtera un téléphone en Euros ainsi que la facture, j'ai oublié de préciser.
'''Sylvain''' : Ouais, c'est Sylvain. Moi, je pense style 30 Euros à peu près et des poussières. Et la facture pareil.
'''Gérard''' : Ça va dépendre combien de temps que tu restes au téléphone.
'''Sylvain''' : Et aussi des numéros qui sont faits à l'étranger ou national ou local.
'''Gérard''' : Daccord. ''[friture sur la ligne]''. Qui c'est qui a un téléphone pourri ? Stérilet, Sylvain ou Thierry ? Qui c'est qui a un téléphone pourri ? Qui c'est qui a un téléphone pourri ?
'''Thierry''' : C'est peut-être toi, c'est peut-être ta radio qui est pourrie.
'''Gérard''' : Oh bah alors, tu dégages.
'''Phildar''' : Oh mais Gérard, il a rien dit.
'''Gérard''' : Mais attends, la radio pourrite...
'''Phildar''' : Mais attends, si ça se trouve, c'est ton casque qui est pourri.
'''Sylvain''' : Oui, il y a un problème de retour, on entend bien.
'''Gérard''' : Ouais, si t'es pas content, tu dégages, toi.
'''Thierry''' : Ouais, bah vire-moi alors, vas-y.
'''Gérard''' : C'est qui ?
'''Thierry''' : C'est Thierry.
'''Gérard''' : Thierry, bah tu dégages.
'''Sirène''' : Je réponds. C'est Sirène. Écoute, moi je voulais te dire que ça dépend de ce que tu veux dire par téléphone.
'''Gérard''' : Mais quand tu achètes... quand tu vas dans au télécom pour acheter un téléphone, automatiquement...
'''Sirène''' : Bah, c'est-à-dire...
'''Gérard''' : Bah, si tu prends avec répondeur ou sans répondeur.
'''Sirène''' : Ouais, mais ça dépend.
'''Aglaé''' : ça dépend, ça dépasse.
'''Sirène''' : Ça dépend du modèle que tu prends. Et donc à partir du modèle, bah ta facture, elle est... ta facture est sur ce modèle quoi.
'''Sylvain''' : Non mais... Et à ton avis, toi, tu dis combien ?
'''Gérard''' : Bah, je sais pas. Tout à l'heure, on a la première question, quelle est la valeur en Franc d'un Euro ? On a dit tous 6 Francs 50 voire 7 Francs.
'''Sylvain''' : On a dit 7 Francs. Donc là, tu dis combien pour le téléphone et les dépenses ?
'''Gérard''' : Mais j'en sais rien justement. 300 Francs peut-être. On sait pas. Donc je...
'''Sylvain''' : Non, parce que je suis en train de prendre des notes.
'''Gérard''' : Non, bah tu prends des notes. Tu verras bien. T'as qu'à écouter les informations et tu verras bien.
'''Sirène''' : C'est ce que je disais, ça dépend du modèle que tu prends. Et les portables, ça sera pareil. Ça dépend du modèle du portable.
'''Gérard''' : Ça s'écrit comment, portable ?
'''Gérard''' : Et conneries, ça s'écrit comment ? Daccord ? Mais même, ça sera pareil. Que ça soit tous les appareils qu'on aura, ça va dépendre de l'appareil.
'''Stérilet''' : Même les appareils ménagers ?
'''Gérard''', ''[découragé]'' : C'est qui ? C'est qui ?
'''Phildar''' : C'est pas grave. Réponds, Gérard. Vas-y, t'énerve pas.
'''Thierry''' : Ouai, c'est Thierry, tu me vires pas ok ?
'''Gérard''' : Ouais, bah tu vas te calmer. Daccord. Sinon, tu vas gerber. Daccord ?
'''Thierry''' : On sait, on connait la leçon.
'''Gérard''' : Alors reste un peu calme que je réponde quand même à la question.
'''Thierry''' : C'est toi qui es véner depuis tout à l'heure.
'''Gérard''' : Bon allez, Thierry, tu dégages pour de bon ce coup-là. Ça commence à bien faire. Allez hop, bonne nuit.
'''Thierry''' : Et bah voilà. Voilà, ça prouve bien encore une fois que t'es véner.
'''Gérard''' : Ouais, bah tu dégages. Allez hop, salut. Bonne nuit à toi. Allez allez. Daccord, tu le vires et c'est tout.
'''Phildar''' : Bah ça y est, il est viré.
'''Gérard''' : Non non non, tu le vires complètement parce que tout à l'heure, c'est moi qui va le virer. ''[sonnerie d'un vieux téléphone à cadran]''. Bon, moi, j'arrête. Je continue pas. Ça va là, vous commencez à me les gonfler. Bon et tu te réveilles, t'es au standard quand je te dis quelque chose.
'''Phildar''' : Mais Thierry, je l'ai viré.
'''Gérard''' : Depuis que t'es arrivé, c'est le bordel.
'''Phildar''', ''[indigné]'' : Mais tu veux regarder ? Thierry, il est plus là. Qu'est-ce que tu veux que je te dise moi ?
'''Gérard''' : Bah bah, tu reprends quelqu'un.
'''Phildar''' : s'il y a un téléphone qui sonne, j'y peux rien moi.
'''Gérard''' : Donc qui c'est qui me posait la question entre Sirène, Aglaé, Christine, Stérilet ? Non, bah y'a une nana qui m'a posé une question aussi en même temps et Thierry faisait le con.
'''Sirène''' : Ouais, c'est Sirène, pardon. Ouais, bah je te dis, ça dépend du modèle.
'''Gérard'' : Ouais, mais c'est ce que je disais.
'''Manu''' : on nous dit de toute façon, on s'en fout parce que c'est en 2002 et en l'an 2000, y'a la fin du monde. Donc en fait, l'Euro on s'en fout parce qu'on sera tous morts.
'''Gérard''' : Mais lui, il sera mort avant, cet espèce de con. Donc la huitième, pourquoi on passe du Franc à l'Euro ? Ça, c'est la question que je voudrais....
'''Aglaé''' : C'est une question intéressante quand même. Depuis le début qu'on attendait.
'''Phildar''' : On accueille Jean-Pascal qui travaille à la Bourse. Donc, il pourra te parler de l'Euro parce qu'il connait très bien. Enfin, un spécialiste.
'''Manu''' : On nous dit sur minitel que c'est chiant ce soir parce que t'es trop intellectuel et les gens ils comprennent pas.
'''Gérard''', ''[triomphal]'' : C'est bien pour une fois. Pour une fois que les gens, ils comprennent pas, ça me fait bien plaisir. Au moins, ils voient que je suis pas un con comme on a l'air de dire. Tu vois là, moi, je leur baise la gueule ce soir. ''[Phildar éclate de rire et tout le studio applaudit et crie en chœur : Gérard président]''.
'''Manu''' : Par contre, on nous dit... Attends, Gérard, excuse-moi. Encore une petite question minitel. On nous dit qu'en Euros, l'Adidas, ça va raquer grave.
'''Gérard''' : Bon, lui, je l'emmerde avec ses conneries.
'''Phildar''', ''[confidentiel]'' : Eh attention oh, t'es intelligent. Tu dis pas je l'emmerde.
'''Sirène''' : Gégé, je voulais te demander, ça te plairait d'être un jour président de la République Française ?
'''Gérard''' : Non.
'''Sylvain''' : Député ?
'''Gérard''' : Non plus. Bon, vous me laissez poser la question parce qu'il reste deux questions puis on va se mettre un petit disque après. Alors donc, on répond à celle-là. Donc pourquoi on passe du Franc à l'Euro ? Donc Sirène, pour toi...
'''Sirène''' : Bah écoute, parce que le monde change. Donc il y a l'économie, les bouleversements économiques. C'est normal qu'on passe à autre chose. Nous sommes à l'aube du millénaire, Gégé.
'''Gérard''' : Ouais mais... on sait qu'on est qu'on est à l'aube du millio... du.... du je sais plus quoi Aglaé ?
'''Aglaé''' : Donc comment... pourquoi on passe de l'Euro en Franc ? Parce que... ben parce que. ''[Gérard soupire de dépit]''. Parce que... ''[elle éclate de rire]''. Parce que je pense... Par(ce qu'on passe aussi la Peseta en Euro, la Livre en Euro, la Lire en Euro. Donc du Franc en Euro, quoi.
'''Gérard''' : D'accord. ''[Manu fait un signe]''. Il y a une question minitel ?
'''Manu''' : Non, c'est pas vraiment une question. On nous dit Gérard est une lumière mais il n'a pas été livré avec l'ampoule. C'est Taz qui nous dit ça.
'''Gérard''' : Taz ? Pauvre con.
'''Manu''' : Et il y en a une autre : on nous demande si t'es eurotiste.
'''Phildar''' : Autiste tout court.
'''Gérard''' : N'importe quoi. Donc Christine ?
'''Christine''' : Ouais, ben je sais pas ce qu'ils ont. Ils ont rien à foutre quoi. À part changer les Francs en Euro, je vois pas pourquoi ils changent les Francs en Euro. C'est con.
'''Sirène''' : Je suis désolée. Je suis pas d'accord. Il faut tenir compte du contexte économiste, ma chère. ''[réaction vexée de Christine, approbation des garçons]''.
'''Gérard''' : Bon et ben ce que vous allez faire, vous allez réfléchir à la question.
'''Aglaé''' : Gérard, est-ce que le monsieur de la Bourse pourrait nous parler ?
'''Gérard''' : Oui mais justement, on va se retrouver tous après. Et on va s'écouter le disque : la vie est dure quand tu manges des carottes avec des capotes.
''[Musique]''.
'''Gérard''' : Voilà on se retrouve donc sursur l'Euro. Donc on récupère... Donc si vous voulez toujours nous appeler pour le deuxième débat qui portera sur la pétanque, n'hésitez pas à nous appeler au 0803 08 5000 et 0800 70 5000. Et bien sûr le 3615 code Fun Radio rubrique direct. On récupère Sirène, Aglaé, Christine,
'''Christine''' : Eh en fait Gérard, tu peux me passer le standard deux minutes ? J'ai un problème avec mon téléphone.
'''Gérard''' : Daccord. Ringo, tu peux prendre Christine. Je te remercie. Stérilet, Sylvain, Jean-Pascal et Tania.
'''Stérilet''' : oh la voix de salope que t'as...
'''Gérard''' : Attends, Stérilet ou Sylvain, tu restes poli, s'il te plaît. Parce que tout à l'heure...
'''Les deux, successivement''' : , C'est pas Sylvain. C'est pas Stérilet non plus.
'''Gérard''' : C'est qui ?
'''JP''' : C'est Jean-Pascal.
'''Gérard''' : Jean-Pascal, si la voix te plaît pas, tu vas dégager, toi.
'''JP''' : Bah attends, avoue quoi. T'as vu la voix qu'elle a ?
'''Gérard''' : Et alors, ça te gêne ?
'''JP''' : Ouais, ça me gêne.
'''Gérard''' : Et bah alors, Jean-Pascal, bonne nuit. Salut Jean-Pascal. ''[A Phildar et Reego]((. Tu le vires. Comme ça au moins, il sera poli avec les... avec les les gens. Voilà. Donc alors, la question, c'est pourquoi on passe du Franc à l'Euro ? Donc on va demander à Sylvain.
'''Sylvain''' : Bah écoute, pourquoi on passe du Franc à l'Euro ? À ton avis ?
'''Gérard''' : Bah moi, je te pose la question.
'''Sylvain''' : Et moi, je te la repose.
'''Gérard''' : Bah moi, si tu veux pas répondre, tu vas dégager.
'''Sylvain''' : Si si, mais attends, je demande. Je voudrais être inspiré par tes réponses.
'''Sirène''' : C'est un débat. J'ai... Bah oui, mais...
'''Aglaé''' : C'est la semaine dernière le ping-pong.
'''Gérard''' : Ouais, c'était la semaine dernière l'histoire des ping-pong.
'''Sylvain''' : Daccord. Bon bah, je dirais simplement que c'est un processus de mondialisation irrévocable qui mène irrévocablement vers la mondialisation.
'''Gérard''' : Oh là là. Daccord. Euh Stérilet ?
'''Stérilet''' : Je pense que c'est pour être aussi fort que le Dollar. Parce que le Dollar, c'est la monnaie la plus forte.
'''Sylvain''' : Avec le Yen.
'''Gérard''' : Non mais pourquoi ? Pourquoi qu'on passe du Franc à l'Euro ?
'''Stérilet''' : Et bah pour être aussi fort que les Américains. T'es pas d'accord, Gégé ?
'''Gérard''' : Hum, personnellement non.
'''Sirène''' : Gérard, quelle est la monnaie la plus forte actuellement sur le marché ?
'''Gérard''' : Ah là, j'en sais rien. Là, je peux pas te répondre.
'''Stérilet''' : Bah voilà. Bah je te dis, c'est le Dollar.
'''Reego''' : Gérard, excuse-moi, euh à la place de je sais plus qui tout à l'heure, on accueille Darwin qui ... Chicago. Donc euh j'explique aux auditeurs qu'on l'a par internet. Donc euh voilà. On accueille Darwin.
'''Sirène''' : Hello. Hello Darwin.
'''Darwin''', ''[à travers un bruit métallique de type connexion d'un modem de l'époque]'' : Good evening
'''Reego''' : C'est la liaison satellite. C'est la liaison internet. C'est normal, Gérard. J'essaye de régler ça.
'''Darwin''' : Hello Gégé. Hello les Français.
''[Manu et Phildar sont autour du standard et cherchent un disque à diffuser]''.
'''Gérard''' : Eh à quoi vous jouez là-bas là ?
'''Manu et Phildar''' : On répare, on répare. Y'a un problème.Ouais, c'est bon maintenant. C'est bon.
'''Sirène''' : Ouais, bah moi, je dis que c'est un projet intergalactique de modernisation de la monnaie. ''[Pendant ce temps, une musique se déclenche, suscitant la satisfaction de Phildar]''.
'''Gérard''' : Non mais ça va ouais ? Euh t'es pas trop gêné là, Phildar ?
'''Phildar''' : Je faisais un essai, si ça vous plaît, on le mettra tout à l'heure.
''[Tout le monde commence à chanter. Gérard n'arrive pas à ramener le calme et par-dessus, retentit le bruit de modem affaibli]''.
'''Reego''' : Gérard, on a un problème avec la liaison internet.
'''Gérard''' : Non mais je m'en fous moi de la liaison internet. C'est que les nanas se calment un peu là.
'''Stérilet''' : Ouais, ben Gérard, tu vas pas dire que c'est pas les nanas là.
''[Le larsen devient plus envahissant)''.
'''Aglaé''' : Qui c'est qui a un appareil auditif ?
'''Gérard''' : Qui c'est qui a un portable ? Personne répond, c'est bien.
'''Manu''' : Gérard, on nous dit un truc sur minitel. On nous dit que t'as pas de chance parce qu'à cause de l'Euro, tu devras réapprendre ta table de multiplication par 6.
'''Gérard''' : Lui, il ferait mieux d'apprendre ses conneries, à savoir combien ça va lui coûter la facture de téléphone avec le minitel. On va voir combien il va payer avec sa facture de minitel. ''[Applausdissements du studio sr cette répartie]''. On va rigoler. Aglaé.
'''Aglaé''' : Oui, je suis en train de répondre justement. Ça dépend du flux. Le flux, le reflux, c'est mondial. C'est trop long à expliquer.
'''Gérard''' : Christine. Si ton téléphone va mieux. ''[Pas de réponse]''. Bon au standard, s'il vous plaît. Qu'est-ce qu'il se passe avec Christine ?
'''Phildar''' : Christine, elle est partie parce qu'on devait la rappeler. Elle avait un problème de téléphone.
'''Gérard''' : Darwin ?
'''Darwin''', ''[Accent américain]'' : OK. Si je peux répondre à la question d'avant. Non, ça n'atteint pas le Dollar.
'''Gérard''' : Bon ben ça, c'est pas moi qui ai posé cette question là. Daccord ?
'''Darwin''' : Ouais, OK. Mais je préfère répondre quand même. Et quand tu disais que le Franc allait se transformer en Euro, j'étais d'accord. Moi, je crois que la politique aujourd'hui française et ce que tu disais, le débat est.. ''[COupure par le son modem fait avec la bouche]''. Mais après tout, c'est peut-être... ''[idem]''. enfin, tu crois que peut-être non ?
''[Générique de dessin animé qui se lance]''.
'''Gérard''' : Non mais Manu, ça va ? Ça va de balancer la musique. Bon Tania ?
'''Tania''', ''[fort accent russe]'' : Donc parce que je suis un peintre, je pense que les murs de l'agence sont simplement plus jolies comme papier et plus jolis comme couleur.
'''Gérard''' : Pourra-t-on faire un crédit avec la monnaie de l'Euro ? Donc Sirène ?
'''Phildar''' ''[après un bruit de sirène urbaine]'' : Ah, elle répond Sirène. Ouais, c'était la Sirène.
'''Phildar''' : Excuse-moi Gérard, on a récupéré Christine qui a un téléphone correct.
'''Sirène''' : Ouais, je réponds. Bah écoute, ça dépend un crédit sur quoi.
'''Gérard''' : Pour acheter une voiture ou des électroménagers.
'''Darwin''' : Oui, mais quel genre d'électroménager ?
'''Gérard''' : Tout. Machine à laver, cuisinière, frigo, télé...
'''Phildar''' : Brosse à dents.
'''Darwin''' : Et quel genre de voiture ?
'''Gérard''', ''[agacé]'' : Mais n'importe quelle voiture.
'''Sirène ''' : Ça dépend de la banque, si elle veut te faire un prêt.
'''Darwin''' : C'est parce que les crédits sont difficilement acceptables. On a du mal à les obtenir. J'imagine qu'on est pareil en Europe...
'''Christine''' : Bien sûr, je crois qu'on peut faire crédit comme si c'était des Francs. C'est pareil.
'''Gérard''' : Ouai mais est-ce que la société de crédit acceptera aussi ? C'est ça.
'''Christine''' : On nous impose l'Euro. Donc bien sûr qu'on peut faire crédit.
'''Sirène''' : Ça dépend de plusieurs critères, en fait.
'''Gérard''' : Qui c'est qui qui réagit là ?
'''Sirène''', ''[accompagnée d'un bruit de sirène]'' : Sirène.
'''Gérard''' : Aglaé. Aglaé, tu réponds, s'il te plaît.
'''Darwin''' : Tu dors un peu, Aglaé.
'''Gérard''' : Bon, Darwin, tu t'écrases, s'il te plaît, merci.
'''Darwin''' : Eh, shit on you.
'''Gérard''' : Alors tu vas te faire chier toi-même, pauvre tache. AZllez hop, tu dégages.
'''Phildar''' : Mais non, en Anglais, ça ne veut pas dire pareil.
'''Darwin''' : Cool, cool.
'''Gérard''' : Dégage, dégages, dégages, dégages. C'est bon. Aglaé, donc, pourra-t-on faire un crédit avec la monnaie de l'Euro ?
'''Darwin''' : Bien sûr.
'''Gérard''' : Bon, Darwin, tu t'écrases, s'il te plaît, merci.
'''Darwin''' : OK. Cool. Shit on you.
'''Gérard''' : Bon, tu me le dégages.
'''Phildar''' : Il te souhaite bienvenue.
'''Gérard''' : Non, non, mais hop...
'''Darwin''' : It's staellite.
'''Gérard''' : Allez, allez. Je m'en fous moi.
'''Sylvain''' : Bonjour l'image de la France, Gégé.
'''Darwin''' : It is mondial.
'''Gérard''' : Bon, alors, conclusion conclusion. Non, non, non, je ne veux pas le savoir. On conclut parce que vous m'énervez.
'''Sirène''' : Darwin, tu te calmes un peu ?
'''Darwin''' : OK. Eh, reverse. Cool.
''[Gérard soupire avant d'exploser]'' : Eh, au standard, là, vous le dégagez ou quoi ? Merde !
'''Darwin''' : Merde in your hou Cool.
''[Gérard envoie un projectile violemment vers Phildar.
'''Phildar''' : Mais attends, tu sais comment ça nous a coûté la liaison satellite, là, avec Chicago ?
'''Gérard''' : Tu dégages ça. Putain, ça commence à me faire chier, là.
'''Phildar''' : Allez, sérieux, ton débat, il n'avance pas, il est bidon.
'''Gérard''' : Oui ben il est bidon, vous déconnez, là, depuis que tu es arrivé. Oui, c'est comme par hasard depuis que t'es là, c'est le bordel.
'''Stérilet''' : Oui, c'était mieux au début.
'''Gérard''' : C'est simple, on arrive aux deux dernières questions. Tu arrives, c'est le vrai bordel avec toi. Tu commences à nous faire chier, hein. Bon AZglaé, pour toi ?
'''Phildar''', ''[dans le silence et micro allumé]'' : C'est bon. Je fais la gueule, c'est plus la peine.
'''Gérard''', ''[véhément]'' : Oh ! Tu peux éteindre ton micro, s'il te plaît, merci.
'''Phildar''' : Excuse-moi.
'''Aglaé''' : Oui, on peut faire un crédit, bien sûr.
'''Sirène''' : Oui, ben moi, je t'ai dit, au fait, c'est Sirène. Moi, j'ai dit, ça dépend. T'as des critères, quoi ? C'est-à-dire, bon, il faudra quand même avoir assez de sous. Hum, ben, on voit ta gueule, aussi. Si t'as pas l'air d'un voyou, d'un voleur.
'''Aglaé''' : Ben, dis que, dis que Gégé, il a une sale gueule !
'''Sirène''' : Non, Gégé, ça dépend de la gueule, aussi, hein. Si t'as une sale gueule, ben, on te prend pas, hein.
'''Darwin''' : Mais, Gégé, ça fait des années que personne lui accorde un crédit.
'''Gérard''' : Ben, toi, heu, Darwin, tu dégages. Et merci, au revoir, aller, c'est terminé.
'''Sirène''' : Gégé, que penses-tu du critère physique pour qu'on te... on t'accorde un crédit ?
'''Gérard''' : Dans quel sens ?
'''Sirène''' : Ben, c'est-à-dire qu'en fait, le mec qui va vouloir te donner un crédit, il faut qu'il voit ta gueule. Si t'as une sale gueule, ben, il te donne rien. Maintenant, c'est un critère. Si t'es pas... tu rentres dans les normes. Si t'as une sale gueule, ben... Qu'est-ce que t'en penses, Gégé ?
'''Gérard''' : Ben, personnellement, pour l'instant, j'en sais rien, hein.
'''Sirène''' : Tu penses que c'est normal qu'on regarde ta gueule pour t'accorder un crédit ?
'''Gérard''' : Ben, ça dépend des mecs qui acceptent les crédits ou pas, hein. Ça dépend des sociétés.
'''Manu''' : Sur minitel, il y a Yoyo qui nous dit que c'est plus agréable de se retourner un ongle plutôt que d'écouter tes débats.
'''Gérard''' : Et ben, dans ce cas-là... Dans ce cas-là, qu'il aille se faire foutre, c'est bon, lui.
'''Sirène''' : Gégé, tu sais pourquoi ils aiment pas le débat, ce soir ? Parce qu'en fait, c'est intellectualisant. Tu leur as prouvé...
'''Manu''' : Ah, ils sont pas habitués, hein.
'''Phildar''' : Vous inquiétez pas, après, c'est la pétanque.
'''Manu''' : Ça va revenir comme d'hab, hein.
'''Gérard''' : Stérilet ?
'''Phildar''' : Excuse-moi, avant que t'accueilles Stérilet pour la conclusion, j'aimerais qu'on accueille Jeton, qui vient d'arriver, à la place de Darwin, pour une conclusion. Heu...
'''Gérard''' : Non, il reste une question, c'est pas grave. Il reste une question.
'''Stérilet''' : Ouais, je pense qu'on pourra faire des crédits, ouais.
'''Sylvain''' : Alors, moi, je te dirais simplement une petite citation. Si tu fais crédit...
'''Jeton''' : Je m'en fous de ta citation, moi, je voudrais répondre.
'''Gérard''' : Oh ! C'est bon, Jeton, tu vas te calmer ?
'''Jeton''' : OK. Je croyais que tu m'avais pas pris.
'''Gérard''' : Ben si, mais pour l'instant, tu te calmes, tu laisses Sylvain répondre.
'''Sylvain''' : C'est Sylvain, là. Je peux répondre ? La citation, c'est la suivante. C'est une citation Coréenne. Si tu fais crédit, tu ne feras jamais ton nid.
'''Jeton''' : Ouais, ben, elle est bidon, ta citation.
'''Sylvain''' : TU rigoles ? J'ai mis dix ans à trouver.
'''Gérard''' : Ben, dis donc, t'as... Tu ferais mieux de réfléchir à la question que je viens de poser que de répondre à côté. Ouais. Donc, Tania ?
'''Tania''' : Oui, à mon avis, moi, je pense que si tu demandes crédit correctement gentiment, tu vas avoir. Sinon, je pense que c'est pas un problème.
'''Gérard''' : Daccord. Hé, Jeton ?
'''Jeton''', ''[faisant des bruits obsènes à la voix de Tania]'' : Ta gueule, laisse la meuf parler.
'''Gérard''' : Alors, Jeton, tu dégages, tu vas te faire enculer, pauvre con. Allez hop.
'''Manu''', ''[sévère]'' : Pas d'insultes, Gérard.
'''Gérard''' : Je veux pas le savoir, il dégage.
'''Manu''' : Non, mais non. Il dégage, mais tu lui dis pas "va te faire enculer", quoi. Ça se fait pas.
'''Gérard''' : Aller hop, tu le vires comme ça, il aura compris la question. Donc, alors, la dernière question. Donc, pourra-t-on acheter des CD avec l'Euro ?
'''Aglaé''' : passer en PV ?
'''Sirène''' : Pourra-t-on prendre le TGV ?
'''Gérard''' : Acheter des CD !
'''Aglaé''' : Ah, si t'es décédé ?
'''Gérard''' : Vous commencez à me les gonfler, là, les nanas.
'''Phildar''' : Et quand t'es décédé, tu peux pas prendre des Euros.
'''Gérard''', ''[excédé]'' : des CDs abruti ! Un Compact Disc !
'''Manu''' : Bah oui, mais précis, Gérard, on peut pas savoir nous.
'''Gérard''' : Mais attends, un CD, c'est quoi ?
'''Manu''' : Bah oui, mais tu dis des CDs, alors...
'''Sylvain''' : Si t'es décédé, bah, tu peux pas prendre tes PV, ouais.
'''Gérard''' : Bon, bah, allez, tu dégages, Sylvain, bonne nuit.
'''Sirène''', ''[ponctuée par des bruits de sirène urbaine]'' : Je pense qu'avec l'Euro, on peut acheter des CD, parce que... Comme l'industrie de la musique, elle est prospère, donc, c'est normal que la monnaie va changer aussi. Donc, on peut acheter des CD.
'''Aglaé''' : Oui, bah oui, je pense, oui.
'''Gérard''' : Tu réponds pareil que Sirène alors. OK. Christine ?
'''Christine''' : Ouais, bah, je suis d'accord avec Sirène, aussi.
'''Stérilet''' : Moi, je les vole, mes CD. Je les achète pas.
'''Tania''' : Oui, moi, je pense, tu peux acheter les CD avec l'Euro. Mais ça dépend où est-ce que tu veux acheter. Par exemple, si tu veux acheter un grand centre musical comme Virgin, tu peux. Si tu veux acheter un supermarché, je pense, ça peut poser des problèmes. Et encore, deuxième chose. ''[Gérard sort un ouchoir de sa poche et se mouche dans le micro]''. Je pense, si tu veux faire les compils...
'''Phildar''' : Gérard, il s'en fout, il se mouche.
'''Gérard''' : Daccord, OK. Bah, alors, on va faire la conclusion. ''[joie générale]''. On termine parce que ça, je pense que...
'''Manu''' : C'est pas trop tôt... On a appris plein de trucs.
'''Gérard''' : On a fait quand même le tour.
'''Manu''' : Grave, grave, grave.
'''Gérard''' : Donc, alors, Sirène, pour toi, qu'est-ce que tu en as pensé ?
'''Sirène''' : Bah, écoute, moi, je vais te dire que le premier débat était excellent. Les questions, elles étaient intelligentes. Et tu leur as prouvé, Gégé, ce soir en avant-première mondiale que tu étais intelligent, Gégé. Que tu avais des facultés intellectuelles. Voilà. Et bah, je me suis bien amusée.
'''Phildar''' : Non, Gérard n'a pas été à la fac. Je te le dis tout de suite.
'''Aglaé''' : Bah, moi, j'ai retenu plein de choses. Entre autres, que c'est en 2020, que ça va faire crever tous les vieux. Que ça sera que en France et qu'en Allemagne, on paiera toujours en deux du mark.
'''Christine''' : Ouais, bah, je trouve que le débat était super. Mais bon, l'Euro, c'est nul, quoi. C'est trop naze. Ça nous prend la tête, quoi.
'''Stérilet''' : Bah, j'ai appris beaucoup de choses. C'est sympa. Qu'on va payer en Euros. On paiera plus en Francs. Et, bah, t'as été super. T'es excellent, Gégé.
'''Tania''' : Moi, je pense que, comme d'habitude, c'est très original. Une chose que je n'ai pas compris, pourquoi tu penses que je suis travlo ?
'''Gérard''' : Non, non, mais c'est bon, ça y est, c'est fini. On n'en parle plus de ça.
'''Phildar''' : Si, t'as cru que c'était un travlo. Dis pourquoi, Gérard. Non mais explique, explique.
'''Gérard''' : Tu t'écrases, toi, parce que, depuis que t'es revenu, c'est un vrai bordel avec toi.
'''Tania''' : Non, écoute, Gérard, parce que tu m'as vue tout à l'heure au studio. Tu m'as fait le sourire et tu essayais de me draguer.
'''Darwin''' : Mais c'est ta voix, t'as une voix de cochonne.
'''Gérard''' : Bon, Stérilet, tu dégages, merci.
'''Sylvain''' : C'est Sylvain, je n'ai même pas parlé.
'''Gérard''' : Toi, t'es encore là, je t'avais dit que tu dégages.
'''Phildar''' : Je l'ai laissé pour le débat, quand même. Quand même, pour la conclusion.
'''Sylvain''' : Écoute, ouais, débat très sympa, un peu houleux. Mais depuis la fin de ce débat, je te considère quasiment comme mon oncle.
'''Gérard''' : Moi, je peux vous dire que pour une fois, ça s'est bien passé. À part que, depuis que y a eu Philippe, ça a été le bordel. Avec tout le monde parce qu'il a pas fait ce qu'on lui demandait, mais ce n'est pas grave. Sinon, moi, je pense qu'on a on a encore quand même pas mal de trucs à essayer de voir.
'''Sirène''' : En conclusion, tu pourrais dire, quand même, aux gens qui nous écoutent, qu'est-ce que l'Euro ?
'''Gérard''' : Ben, l'Euro, en fin de compte si j'avais eu le temps de pouvoir regarder dans dans le dico...
'''Phildar''' : C'est vrai que t'as pas le temps, tu cherches du boulot...
'''Gérard''' : Bon, Fildar, merci.
'''Manu''' : Et puis, il ne fait que ça jour et nuit.
'''Phildar''' : Il fait des câlins à Sandy.
'''Gérard''' : Bande de cons, va, que vous êtes. Entre deux cons comme vous, c'est bien.
'''Phildar''' : Mais non, tu ne peux pas regarder ce que c'est que l'Euro dans un bico, ça prend 5 minutes. Et trouver du boulot. Et faire l'amour avec Sandy.
'''Gérard''' ''[rageur]'' : Écrase un peu !
'''Phildar''' : Écrase quoi ?
'''Gérard''' : Écrase, c'est tout. Depuis que tu es là, c'est le vrai bordel. Je te le dis tout de suite, toi.
'''Phildar''' : Tu sais qu'on est payé 10 000 balles de plus pour faire tes débats ?
'''Gérard''' : Merde !
'''Manu''', ''[à mi-voix]'' : 15 000.
'''Phildar''' : Ah, ça a augmenté.
'''Gérard''' : Ça y est, vous la fermez un peu, là, tous les deux ? Bon, allez, c'est simple. On va reprendre le deuxième débat dans moins de 3 minutes. ''[explosion de rire dans le studio]''.
'''Phildar''' : Non, mais il y a deux disques, là. Il y a deux disques, hein, Gérard.
'''Gérard''' : Donc, les débats sur l'Euro il pue avec Gérard. ''[il balance la feuille sur la table, rageur]''. Ça, c'est pas mal. C'est une petite connerie. ''[Regardant Manu de travers]'' : Toi, tu es vraiment une tache quand tu mets des disques. Ça ne changera pas. Donc, et puis, on se retrouve pour le deuxième débat à tout de suite.
'''Manu''' : Non, ben non non. Gérard, tu relances les numéros, comme le minitel, parce qu'on n'est plus que 4.
'''Gérard''' : Et alors, sur le minitel, comme ils savent pas réagir...
'''Manu''' : Mais si, mais si, ils savent réagir.
'''Gérard''' : Non, ils savent réagir en disant des conneries.
'''Phildar''' : Si tu veux que Manu parle du minitel tout le temps, ça parlera de Sunday tout le temps.
'''Gérard''' : Bon, ça, c'est mon problème, c'est pas le vôtre, d'accord ? Donc, ben, si vous voulez nous appeler au 0803 08 5000 et 0800 70 5000, vous pouvez toujours nous joindre. Et toujours 3615 Cop, Fun Radio rubrique direct. Et on se retrouve tout à l'heure avec le deuxième débat sur la pétanque.
== Le débat sur la pétanque ==
=== Contexte ===
Comme l'expérience l'a montré, l'agacement, voire la rage, de Gérard envers son équipe a vite fait de s'estomper. Il suffit d'une cigarette, et tout est comme avant. La bascule entre l'histérie de mauvaise humeur et le rire sincère est aussi rapide que pour un nouveau-né. Ce débat le montre encore une fois.
Le thème a clairement été inspiré par Max, dont il est permis de penser qu'il est à l'origine de certaines questions. Dans une idée de diversification sur des sports plus ou moins connus, Max a ainsi inspiré ce thème, tout comme il inspirera une série de débats sportifs les prochaines semaines.
Sur la forme, le contrôle du format par l'équipe devient très clair, notamment avec le poids nouveau de Phildar et Manu qui organisent vraiment le rythme des échanges, le niveau de cahot et organisent un véritable produit radiophonique, loin du cahot des années précédentes. Ce rôle, toutefois, les exposera à être eux-mêmes dans l'humour, devenant alternativement alliés et ennemis de Gérard.
Cette équipe, elle participera même activement aux débats, puisque Reego sera un des acteurs importants de cette émission. Mais comme on le voit sur la fin, tout n'est pas stabilisé. L'exercice étant difficile, un flottement s'installe, par lequel l'improvisation s'essouffle, jusqu'à emporter les auditeurs qui se lassent. Les discussions pendant la conclusion reflètent un certain malaise : Gérard est moins virulent car mieux encadré, l'équipe est moins jusque-boutiste et moins inspirée par les gags historiques, les habituels ne savent pas bien où se positionner, le thème est creux du fait de l'animateur, bref, le nouveau format se cherche.
Il faut dire aussi que cette période, sur laquelle nous reviendrons, est particulière, parce que Max vient d'accepter d'animer, à partir de fin avril, sur le créneau de la matinale. Non habitué au format de cette tranche horaire, il va avoir besoin de soutien, de gens pour apporter du contenu. Du coup, outre son équipe, il se rapproche aussi des auditeurs emblématiques de ses émissions, dont les intervenants dans les débats. D'un autre côté, vu de cet angle, l'impression est que c'est la fin d'une époque et les gens flottent pendant cette transition; ,e sachant trop où aller, voire si leur avenir radiophonique est assuré, même en tant qu'auditeurs.
C'est probablement un peu de tout cela qui s'exprime, à près de 4H du matin, la fatigue aidant, dans les échanges conclusifs de ce débat. Ce qui est sûr, c'est que ce qui est dit, à partir de la conlusion, sort du cadre théatral. Un peu comme si les acteurs de cette pièce d'improvisation quittaient leur rôle, fatigués par la durée, et réglaient des comptes. La posture de Reego est d'ailleurs d'autant plus particulière qu'auditeur à cet instant, il est lui-même dans l'équipe. Et ce qui est sûr, c'est que les auditeurs témoignent de quelque chose de vrai : depuis le début de son histoire d'amour, Gérard semble moins ouvert aux autres, ce qui se comprend mais a des dommages colatéraux certains.
=== Les personnages ===
* Gérard Cousin
* Franck Bargine : Max
* Rita: Sharon, Kate, Naomie
* Mégane : Sidonie
* Anne-Laure (même que Christine précédemment)
* Tony Morestin : Jérôme, Léonardo, Cyril, C'estPasMoi (Cpamoi)
* Igor : Thierry, René
* Cyril : Simon
* Marcel
=== Transcription ===
'''Gérard''' : et voila, çl est 2H48 du matin, donc vous pouvez toujoours nous appeler au 0803 08 5000 et 0800 70 5000, et tojours le 3615 Funradio, rubrique Direct. Et on accueille Saron, bonsoir.
'''Sharon''' : C'est Sharon. Sharon Stone, oui.
'''Gérard''' : Sidonie. Anne-Laure. Tania, rebonsoir. Simon. Jérôme et Thierry.
'''Simon''' : Thierry, il y a du monde derrière toi.
'''Gérard''' : Oh, mais c'est bon, ce n'est pas toi qui décide, c'est moi, d'accord ?
'''Jérôme''' : Elle est revenue, Prescovitch ?
'''Gérard''' : Bon, vous allez commencer par vous calmer. Pasque sinon, moi, je vais vous calmer tout de suite.
'''Sharon''' : C'était quoi, le dernier disque, c'était quoi ?
'''Gérard''' : Le dernier, je ne sais plus. C'était quoi, le dernier ?
'''Phildar''' : C'était U2.
'''Gérard''' : U2, voilà.
'''Jérôme''' : Gérard, si je peux me permettre une petite critique. Il était à chier ton premier débat.
'''Gérard''' : Eh bien, si tu n'es pas content...
'''Jérôme''' : Non, ce n'est pas de ta faute, ce n'est pas de ta faute, Gérard.
'''Gérard''' : Si tu n'es pas content, c'est le même prix.
'''Manu''' : Vas-y, Gérard, Gérard. Ne l'écoute pas, pose ta question. On enchaîne.
'''Gérard''' : Donc, alors, le deuxième débat, c'est sur la pétanque, comme on a dit. Donc, d'où vient le mot pétanque ?
'''Jérôme''' : Excuse-moi, Gérard, je peux dire quelque chose, aussi ? Pourquoi est-ce que je tombe toujours sur des débats à la con, là, sur les sports ? Ping-pong, c'est quoi, la semaine prochaine, badbinton ?
'''Gérard''' : Oui.
'''Jérôme''' : Oh, la putain de merde.
'''Gérard''' : Bon, alors, toi, là, tu le prends, tu le calmes, celui-là, parce que sinon, il va...
'''Manu''' : Pas de problème, Gégé, je gère.
'''Sidonie''' : Oui, alors, en fait, c'est un mot qui date de la Première Guerre. C'était pendant les tranchées, les mecs ne savaient pas trop quoi faire. Ils jouaient à lancer leurs casques. Et comme ils mangeaient beaucoup de faillots, ils pétaient. Et comme ils jouaient près des tanks, ils ont fait pétanque. C'est Véridique. C'est mon grand-père qui a fait la guerre qui m'a raconté. Il pétait à côté des tanks à cause des faillots.
'''Manu''' : Gérard, si je peux me permettre, une réaction au standard. On nous dit, toi, t'es un petit cochonnet et t'arrêtes pas de tirer.
'''Gérard''', ''[amusé]'' : Ça, c'est pas mal. C'est bien. C'est bien, celui qui... Qui c'est qui a dit ça ?
'''Gérard''' : C'est Alexandre, au standard.
'''Gérard''' : Ah, ben, c'est bien.
'''Jérôme''' : Si je comprends bien, Sandy, c'est la boule de pétanque.
'''Gérard''' : Alors là, Jérôme, tu dégages. Bonne nuit, ce coup-là.
'''Manu''' : C'est parti, je l'enlève.
'''Gérard''' : Alors là, comme ça, ça va vite, là. Celui-là, il aura compris tout de suite ce que ça voulait dire. là, d'où vient le mot pétanque. Donc, Saron.
'''Sharon''' : Eh ben, écoute, moi, je te dis que, en fait, ça vient... L'origine, c'est sans concession, ça vient de Marseille. Ça vient de Marseille, ça venait d'un petit village, à Marseille. Et puis, voilà, tout le monde s'est mis à jouer à la pétanque.
'''Manu''' : Excusez-moi, pardon. On accueille Léonardo à la place de Jérôme.
'''PHildar''' : C'est Caprio ?
'''Léornardo''' : Oui, c'est moi, bonsoir. Salut, les filles.
'''Thierry''' : Salut Carpaccio.
'''Sharon''' : I love you, Léonardo.
'''Simon''', ''[en voix de tête]'' : Eh, Thierry, il y a du monde derrière toi.
'''Thierry''' : C'est Thierry, là, il y a quelqu'un qui se moque de moi.
'''Gérard''' : Bon, Léonardo, tu vas te calmer, s'il te plaît. Ou Thierry, tu te calmes aussi.
'''Thierry''' : Ah non, Gérard, attends, il y a quelqu'un qui...
'''Gérard''' : Bon, ben, tu te calmes, c'est tout, c'est moi qui décide. Tu te calmes, merci.
'''Thierry''' : OK, Gérard, excuse-moi.
'''Gérard''' : Donc, par contre... Je voulais quand même dire un petit mot, parce que j'avais... Merci pour celui qui le fait exprès de me couper sans arrêt la parole. ''[un auditeur se racle la gorge]''. Donc, j'avais demandé, mardi, comme on faisait le débat sur la pétanque. J'aurais bien voulu avoir un Marseillais qui appellle, au moins, ça nous ferait plaisir, quand même. Parce que si ça... Comme ils savent y jouer, donc j'aurais bien voulu que des gens de Marseille nous appellent. Merci. ''[Olivier rentre dans le sutdio]''. Non, mais c'est bon, toi, je t'ai pas dit de venir ? Olivier, merci.
'''Léonardo''' : Ça a bien changé, tes débats.
'''Phildar''' : C'est vrai que ça a bien changé, hein.
'''Anne-Laure''' : Ouais, c'est vrai que ça a changé, hein. ''[Une cohue réprobatrice se met en place, reprochant à gérard et aux débats d'avoir changé, vieilli]''.
'''Phildar''' : Donc, ce qu'on va essayer de faire, c'est de faire les débats comme avant. On va surtout demander aux auditeurs de parler chacun leur tour, pour pas que ce soit le bordel dès le début. Merci. Merci, tout le monde. Et puis, vous écoutez surtout Gérard, parce que c'est lui qui commande.
'''Gérard''' : Donc, Anne-Laure.
'''Anne-Laure''' : Ouais, moi, je disais que je savais pas d'où ça venait, le mot.
'''Simon''', ''[voix de tête]'' : Ah, mais c'est Thierry, là !
'''Gérard''', ''[hurle]'' : OH ! Tu vas te canner, toi, à l'abruti !
'''Thierry''' : En plus, Gérard, c'est Thierry, là. Il arrête pas de se moquer de moi.
'''Gérard''' : Ouais, bah tiens, comme t'es là, tu vas répondre à la question. Comme ça, ça m'évitera de te la poser.
'''Thierry''' : Bah, en fait, moi aussi, j'ai un grand-père qui a fait la guerre. Et il m'a raconté exactement la même histoire que celle de Sidonie. Ça venait du fait qu'il mangeait beaucoup de faillots pendant la guerre et qu'il arrêtait pas de... ''[Thierry fait l'objet de petites coupures]''.
'''Gérard''' : Olivier, attendez cinq minutes. Olivier, tu dégages. Olivier, tu dégages, parce que là, tu... Tu viens de couper à moitié Thierry sur la question. Tu dégages.
'''Sidonie''' : dans quelle légion il était, ton grand-père ?
'''Gérard''' : Non, mais c'est bon. Sidonie, on ne fait pas un débat sur l'armée.
'''Sidonie''' : Ça se trouve, ils se connaissaient.
'''Gérard''' : Bon, bah, peut-être, mais on ne fait pas un débat sur l'armée, d'accord ?
'''Thierry''' : On le fera quand, Gérard ?
'''Gérard''' : On ne le fera pas du tout.
'''Thierry''' : Pourquoi ?
'''Gérard''' : Parce que ce n'est pas le prochain thème des débats.
'''Thierry''' : C'est quoi le prochain thème des débats, Gérard ?
'''Gérard''' : Ben, pour l'instant... Léonardo.
''[On lance la musique Je suis raide dingue de toi d'un groupe de Boys Band.]''.
'''Sharon''' : I love you, Léonardo.
'''Léonardo''' : I love you too. Donc, ouais, la pétanque, je ne sais pas d'où ça vient, franchement. Là, je ne vais pas te raconter de conneries sur ce fait-là, je ne sais rien. Je peux dire que je suis un beau gosse, l'affreux ?
'''Phildar''' : Excuse-moi, Gérard, j'ai deux petits messages militaires, donc un gentil. Est-ce que Sandy essuie les boules de Gégé avant qu'il joue ? Si oui, avec quoi ? Est-ce que tu joues à la pétanque et est-ce que c'est Sandy qui essuie tes boules ?
'''Gérard''' : Bon, alors, Tu ne fais pas la réa pour dire des conneries comme ça, sinon tu dégages.
'''Phildar''' : D'accord, sinon j'en ai une autre. Donc, c'est une devinette de yo-yo. Gérard, comment s'appelle la partie située entre le vagin et l'anus ?
'''Gérard''' : Je ne répondrai pas sur des questions comme ça, ce n'est pas du tout des questions, ça.
'''Phildar''' : Ben si, parce que ça s'appelle le cochonnet, parce que c'est là que tapent les boules.
'''Gérard''' : N'importe quoi. Simon. Simon.
'''Manu''' : Il est parti.
'''Gérard''' : Tania.
'''Manu''' : Non, elle est partie aussi, Tania, elle est partie voir Franck mixer.
'''Gérard''' : Bon, et hop. Donc, deuxième question. Donc, pour l'instant, on n'a toujours pas de Marseillais.
'''Thierry''' : Gérard, c'est Thierry, on peut appeler mon cousin. J'ai un cousin à Marseille, on peut peut-être essayer de l'appeler.
'''Gérard''' : Non, on verra. Donc, à combien peut-on jouer à la pétanque ? Donc, Thierry, tiens. ''[Silence]''. Thierry !
'''Thierry''' : Je t'écoute, je t'écoute, j'étais en train de boire un verre d'eau.
'''Gérard''' : Non, mais à combien peut-on jouer à la pétanque ?
'''Thierry''' : À la pétanque, je crois qu'on ne peut pas jouer au-dessus de 5.
'''Gérard''' : Pourquoi ?
'''Thierry''' : À cause du nombre de boules dans la partie. Il y a un nombre de boules limité par partie.
'''Gérard''' : Oui, mais ça, je pense que...
'''Thierry''' : Que quoi ?
'''Gérard''', ''[en train de lire son papier]'' : Je pense que...
'''Thierry''', ''[plus intense]'' : Que quoi ?
'''Gérard''' : Je vais poser la question. Oh, écrase, Thierry.
'''Thierry''' : Je ne comprends rien.
'''Gérard''' : J'ai dit, on posera la question. Justement, c'est la troisième question après. Donc, Léonardo.
'''Léonardo''' : Lâche-moi.
'''Gérard''' : Bon, Léonardo, tu dégages. Hé, oh ! Manu, s'il te plaît. Dors, Léonardo, c'est bon. Comme ça, il comprendra sa douleur, celui-là.
'''Manu''' : Ok, ça y est, il est parti. Et on accueille Cyril à la place de Léonardo.
'''Cyril''' : Ah, oui, oui. Ah, non, je n'avais pas percuté. Oui, bonsoir.
'''Gérard''' : Donc, à combien peut-on jouer à la pétanque ?
'''Cyril''' : Euh... Bah, comme disait l'auditeur précédent, ça dépend. Donc, oui, bah, c'est mieux de jouer à deux. Moi, je pense que c'est mieux de jouer à deux. C'est plus tactique.
'''Gérard''' : Anne-Laure ?
'''Anne-Laure''' : Oui, bah, tu peux jouer en doublette ou en triplette.
'''Cyril''' : Hé, Gérard, tu peux jouer en tapette, toi.
'''Gérard''' : Cyril, tu vas commencer à te calmer parce que ça commence à bien faire, tes insultes.
'''Thierry''' : C'est un habitué, Cyril ?
'''Cyril''' : Euh, pas du tout.
'''Cyril''' : Euh, là, tu vas commencer à te calmer, toi, Cyril, parce que sinon, tu vas dégager vite fait, toi. Je te le dis tout de suite, reste poli. Donc, Sidonie ?
'''Sidonie''' : Oui, moi, j'aime bien jouer aux boules avec mon copain.
'''Gérard''' : D'accord. Et Saron ?
'''Sharon''' : Euh, Sharon. Ouais, moi, je pense qu'il y a un nombre limité, quand même. Donc, pas plus de dix.
'''Gérard''' : Non, mais moi, je peux vous dire une chose, que normalement, ça se joue soit à deux ou à quatre. Pas à cent.
'''Anne-Laure''' : Non, si t'es en triplette, tu peux jouer à trois.
'''Sharon''' : Non, mais explique-nous, alors.
'''Sidonie''' : Deux équipes de trois.
'''Gérard''' : Non, bah, ouais, à la rigueur. Ouais, mais deux équipes de trois, normalement, c'est mieux d'avoir deux tireurs et deux pointeurs.
'''Manu''' : Gérard ? Excuse-moi de te couper, mais on a un professionnel, là. On a René, il est de Marseille, à la place de Thierry.
'''Phildar''' : Quand même, Gérard, tu te réveilles, Manu.
'''Manu''' : Eh, dis donc, tu veux venir le faire, le standard ?
'''René''', ''[accent caricatural marseillais, verbe haut]'' : On m'entend là-dedans ?
'''Gérard''' : Ouais, René !
'''Thierry''' : Oh, bonsoir, Gérard ! Ça va, tout le monde ?
'''Sharon''' : Quel temps, à Marseille ?
'''René''' : IL fait chaud eh !
'''Anne-Laure''' : t'as combien de boules ?
'''René''' : Ah, tu verras, hein.
'''Gérard''' : Donc, toi, René, pour toi, à combien qu'on peut jouer à la pétanque ?
'''René''' : Eh bien, on peut jouer tant qu'on est, hein. Tant qu'il y a des joueurs, on peut jouer.
'''Gérard''' : Non, mais à combien ?
'''René''' : Eh bien, ça va de tout seul. Jusqu'à beaucoup.
'''Gérard''' : Mais c'est-à-dire ?
'''René''' : C'est-à-dire que nous, avec les collègues, quand on joue, on va dire qu'on est entre 7 et 15.
'''Gérard''' : D'accord. Ok.
'''Thierry''' : Mais, Gérard, on peut jouer seul à la pétanque ?
'''Manu''' : Ouais, donc on accueille Marcel. Il est de Lyon, lui.
'''Gérard''' : À la place de ?
'''Manu''' : À la place de Simon.
'''Gérard''' : Marcel, bonsoir.
'''Marcel''' : Allô, bonsoir. C'est Marcel. Ouais, je vous appelle parce que moi, je suis de Lyon. Et tu sais, Gérard, qu'à Lyon, on sait bien de jouer à la pétanque aussi.
'''Sidonie''' : La pétanque lyonnaise.
'''Marcel''' : Bah voilà, c'est connu.
'''Sharon''' : Non, mais la meilleure, c'est la pétanque marseillaise.
'''René''', ''[toujours volubile et expansif]'' : Ah ouais, je te remercie. Je te remercie. Eh, le Lyonnais ! Comment ils jouent chez vous ?
'''Gérard''' ''[amusé]'' : Eh, le Marseillais, là, tu te calmes, s'il te plaît. Merci.
'''Thierry''' : Excuse-moi, Gérard, mais tu sais, dans le sud, il fait chaud. On aime se détendre et rigoler beaucoup.
'''Gérard''' : Donc, combien faut-il de boules pour jouer ? Non, mais attention, je parle pas des boules qu'on a dans nos culottes.
'''René''' : On ne peut jouer... On peut jouer, en fait, à partir d'une boule. C'est exactement comme le nombre de joueurs.
'''Gérard''' : Non, non, là, je suis pas d'accord avec toi, je te dirai pourquoi tout à l'heure.
'''René''' : Ah, mais tu ne joues pas, peut-être, peut-être pas à la même pétanque que moi.
'''Gérard''' : Non, non, mais je te dirai tout à l'heure. Cyril !
'''Cyril''', ''[forçant péniblement u accent du Sud]'' : Oui, c'est Cyril. Je le fais bien ou pas, l'accent ?
'''René''' : Oh, Cyril, tu te fous de ma gueule !
'''Cyril''' : Pas du tout. Est-ce que tu pourrais répéter ta question ? J'étais au standard.
'''Gérard''' : Combien faut-il de boules pour jouer ? Ça commence à bien faire.
'''Cyril''' : Il faut un cochonnet et puis un jeu de boules.
'''Gérard''' : C'est-à-dire ?
'''Cyril''' : 8 boules. Ou que tu t'entraîner à viser.
'''René''' : Eh marseillais, va caguer, ouais.
'''Marcel''' : Nous, dans notre spécialité à Lyon, on joue à une seule boule. Une boule chaque année.
'''René''' : C'est ce qu'on appelle l'amour subite.
'''Manu''' : Au standard, on nous demande si tu as l'habitude de jouer avec des boules de guéchat.
'''Gérard''' : N'importe quoi, tu peux l'envoyer chier.
'''Phildar''' : Sinon, j'ai un petit message mini-tel de Bob Lee : quand Gérard était petit, il faisait des tournois de pétanque dans son village et les servait de cochonnets.
'''Gérard''' : Complètement con, toi.
'''Cyril''' : Pourquoi ils visaient les dents ?
'''Gérard''' : Oh ! Vous vous calmez, parce que tout à l'heure, vous allez gerber vite.
'''Marcel''' : Il coulait ou il restait statique ?
'''Phildar''', ''[explose de rire en lisant 'lécran, Gérard s'énerve]'' : Est-ce que Sandy arrive à réussir à lire l'avenir dans les boules de Gérard ?
'''Gérard''', ''[loin du micro]'' : Bon allez, tu m'éteins le minitel. Comme ça, il n'y aura plus de... C'est même plus la peine de réagir, je ne répondrai pas aux questions. Donc, Anne-Laure...
'''Anne-Laure''' : Ouais, normalement, c'est trois ou quatre boules, je crois.
'''Marcel''' : Mais non
'''Anne-Laure''' : Mais si, je suis désolée, mon père, il joue au pétanque.
'''René''' : Ouais, mais ton père, il joue à Paris, ton père.
'''Gérard''' : Oh, René ! Tu te calmes, s'il te plaît, là.
'''Anne-Laure''' : Et alors ? Qu'est-ce que t'as contre les parisiens, toi ?
'''René''' : Moi, j'ai rien contre les Parisiens.
'''Cyril''' : Vive l'OM, quand même.
''[Les auditeurs se chambrent sur les équipes. Et disent clairement qu'ils ne sont pas de Marseille, mais Gérard n'y prête pas attention, occupé à hurler qu'ils se calment]''.
'''Sidonie''' : Ben, mon copain, il a deux boules, mais j'ai deux boules. Mais bon, s'il y a d'autres copains, il y a plus de boules, hein.
'''Anne-Laure''' : Ben, mon mec, il en a trois.
'''Gérard''' : OK, c'est bien. Euh, Saron ?
''[Lancement du début de Je suis raide dingue de toi. Gérard hurle.]''.
'''Gérard''' : Tu te sens bien, toi, là, ou quoi ?
'''Phildar''' : Non, je sens un peu la transpiration.
'''Gérard''' : Pauvre con !
'''Thierry''' : C'est vrai que ça pue un peu dans la radio.
'''Gérard''' : Eh, Manu, s'il te plaît, tu me les calmes, là, les mecs, ou quoi, quand je parle un peu ?
'''Phildar''' : T'es une cave, Manu, ou quoi, là ?
'''Gérard''' : Non, mais c'est quoi, là, ce cirque, là ? On va pas commencer déjà la troisième question... Non, mais attends, dès la troisième question, ils commencent déjà à foutre leur merde, là. Ça va pas, là, on va pas faire les dix questions dans un bordel, hein.
'''Manu''' : Donc, la prochaine question, c'est sur le cirque : qu'est-ce que vous pensez des trapézistes ?
'''Phildar''' : Non, on a dit qu'on allait pas faire le débat dans un bar à putes.
'''Manu''' : Ah, merde ! Bah, comment on fait, alors ?
'''Phildar''' : Bah, je sais pas.
'''Manu''' : Faut qu'on sorte.
'''Sharon''' : Gégé je peux répondre ? C'est Sharon Stone.
'''René''' : Oh, tu te l'empêtes, toi, hein !
'''Gérard''' : Oh ! Vous vous calmez là ! Bon, tu me les calmes, Manu, s'il te plaît.
'''Sharon''' : Je crois qu'il doit y avoir cinq boules.
'''Gérard''' : Pourquoi ?
'''Sidonie''' : Une de chaque côté.
'''Sharon''' : Parce que, généralement, quand t'achètes ta boîte de boules, il y en a cinq.
'''Gérard''' : Alors, moi, je peux... Bon, moi, je peux vous dire une chose, qu'à la pétanque, on joue à trois boules, chez moi.
'''Phildar''' : Mais, Gérard, est-ce que t'as déjà joué à la pétanque ?
'''Gérard''' : Oui.
'''Phildar''' : T'as joué où ?
'''Gérard''' : À Suresnes. Comme ça, ça rassurera tout le monde.
'''PHildar''' : Mais t'as joué où, à Suresnes ? Y a des terrains de boules, à Suresnes ?
'''Gérard''' : Y en a. Donc...
'''Sidonie''' : T'as joué dehors, en bas du HLM ?
'''Gérard''' : Non, pas du tout. Donc, je peux vous dire que ça se joue à trois boules. Alors, prochaine question, donc, à quatre.
'''René''' : Hé, Gérard, c'est René.
'''Cyril''' : Vas-y, René.
'''René''' : Eh ben, je n'ai pas répondu à la troisième.
'''Gérard''' : Si, t'as répondu, déjà.
'''René''' : Non, non, j'ai répondu lors de la deuxième, et tu m'as dit que c'était la même qu'à la troisième, et que j'allais répondre.
'''Gérard''' : Eh ben, alors, combien faut-il de boules pour jouer, voilà.
'''René''' : Eh ben, ce que je t'ai dit tout à l'heure, c'est que nous, on peut jouer à une boule comme on peut jouer à un nombre comme 15 boules.
'''Gérard''' : Donc, tu vois que tu prends les gens pour des cons parce que t'as déjà répondu. D'accord ?
'''Sharon''' : On ne la fait pas, Gégé.
'''Marcel''' : Ce n'est pas grave, Gégé. Enchaîne, enchaîne.
'''René''' : Mais ce n'était pas cette question-là, Gérard.
'''Gérard''' : Bon oh ! C'est moi qui décide, d'accord, maintenant, Marcel. OK ? Bon. Que veut dire le mot Fanny à la pétanque ? ''[silence]''. C'est bien, je n'ai plus personne, là, ou quoi ?
'''Phildar''' : Ben non, mais j'attends que tu dises qui veut... Qui veut parler, parce que, autrement, c'est le bordel, on ne s'entend pas.
'''Gérard''' : Donc, on va demander à René.
'''René''' : Oui, Gérard. Eh ben, fanny, c'est quand tu ridiculises l'adversaire.
'''Gérard''' : C'est-à-dire ?
'''René''' : C'est-à-dire quand il ne marque aucun point.
'''Sidonie''' : Quand tu fais 13-0.
'''Gérard''' : Voilà. Même à 7-0, c'est déjà fanny, hein.
'''Phildar''' : Est-ce que 14-1, c'est fanny, aussi ?
'''Gérard''' : Euh, non. Ah non, il n'y a pas 14... On ne joue pas avec... Ça ne fait pas... C'est 13 points, la pétanque, hein. Ce n'est pas 14.
'''Phildar''' : Et si on a le temps, on ne peut pas aller jusqu'à 15 ?
'''Gérard''' : Normalement, la première, c'est 13, 15, 21.
'''Manu''' : Tu ne peux pas, il y a l'apéro qui arrive avant.
'''Gérard''' : Non, mais entre deux, bien sûr, tu as l'apéro, ça, c'est vrai. Mais ça, c'est la question...
'''Phildar''' : Chut, garde le suspense, Gérard.
'''René''' : Gérard, c'est René. J'ai l'impression qu'on se moque beaucoup de Marseille dans cette émission.
'''Gérard''' : Et alors ?
'''René''' : Et alors, moi, ça ne me fait pas rire.
'''Gérard''' : Non, mais attends, dans ce cas-là, si ça ne te plaît pas, Marcel, tu sais ce que tu fais, tu raccroches et c'est tout.
'''René''' : Gérard, c'est toi qui as demandé que des Marseillais appellent. Maintenant, tu te moques d'eux dans ton émission. Et après, tu viens me faire la chanson comme ça.
'''Gérard''' : OH ! Ça y est, ouai ? Cyril.
'''Cyril''' : Oui, bon, Gérard, en tant que Marseillais, j'estime que la pétanque, ça se joue à plusieurs... ''[perdant l'accent]''. Putain je mélange tout.
'''Sharon''' : Non, qu'est-ce que le fanny ?
'''Gérard''' : Que veut dire le mot fanny !
'''Cyril''', ''[début d'accent marseillais mais avec roulement sur les r devenant un accent plutôt portugais]'' : Que veut dire le mot fanny ? Non, Gérard, je ne comprends pas. Je ne comprends pas ce mot-là.
'''Gérard''' : Bon, tu ne comprends rien. De toute manière, n'essaie pas d'apprendre la voix de René, s'il te plaît. Merci. Marcel.
'''Marcel''' : Gérard, j'ai le livre de la Fédération Internationale sous les yeux. Et fanny, c'est vrai que c'est quand on ridicule son adversaire, qu'il met zéro point.
'''Gérard''' : D'accord. Anne-Laure ?
'''Anne-Laure''' : Oui, ben, je suis d'accord. Je suis d'accord avec ce qu'ils ont dit.
'''Sidonie''' : Oui, ben, moi, je t'ai dit, c'est quand tu fais 13-0.
'''Gérard''' : Même à 7-0, c'est pareil.
'''Marcel''' : Mais ça, je ne suis pas sûr, Gérard.
'''Sidonie''' : On verra qu'on se fasse une petite partie de boules tous les deux, tu verras.
'''Gérard''' : Je vais dire une chose, déjà, qu'à 7-0, c'est bon, hein. Tu continues même pas.
'''Marcel''' : Et moi, Gérard, je me permets de te répondre, parce que j'ai le livre, donc, sous les yeux, comme je te l'ai dit. Et à 7-0, c'est pas considéré comme Fanny.
'''Gérard''' : Ouais, mais de tte manière, à 7-0, tu ne peux pas continuer de jouer, déjà.
'''Marcel''' : Mais si, justement, parce qu'il faut aller jusqu'à 13 points.
'''Gérard''' : Ouais, mais d'accord, mais dans ce cas-là, à 7-0, il n'y a plus de jeu si personne marque. Tu me diras, ça dépend sur qui on tombe, c'est ça ?
'''Sharon''' : Ouais, eh ben, écoute, moi, je te dis, tout ça, c'est... C'est un jeu de stratégie.
'''Gérard''' : C'est-à-dire ?
'''Sharon''' : C'est-à-dire qu'en fait, tu fais tout, tout, tout, en ton possible. Tu fais tout ce que tu peux pour faire... Tu fais tout ce que tu peux, Gégé, pour faire tomber l'adversaire.
'''Gérard''' : Attendez, attendez, attendez, attendez, attendez, attendez. Hé. Hé, Saron. Hé, sois plus claire quand tu réponds, parce qu'on comprend pratiquement rien.
'''Sharon''' : D'accord, je répète. Je répète, c'est de la stratégie.
'''Gérard''' : Mais pourquoi, que je te demande ?
'''Sharon''' : Mais pourquoi, parce que tu vas tout faire pour que ton adversaire tombe. Tu vas le battre en tous points. Tu vas connaître ses points faibles pour le faire tomber.
'''Anne-Laure''' : Ouais, tu vas le dominer.
'''Marcel''' : Moi, j'ai l'impression qu'il y a beaucoup d'amateurs, ce soir.
'''René''' : Tu as raison, Marcel.
'''Sharon''' : C'est une sorte de relation sadomasochiste, un peu.
'''Anne-Laure''' : Ah, ouais, ouais, je suis d'accord avec toi.
'''Marcel''' : Oui, sans le fouet. Sans le fouet, s'il vous plaît.
'''Gérard''' : Personnellement, moi, je sais que j'ai déjà joué. Je suis tombé sur des adversaires. On a... l'équipe avec qui j'étais. Même en étant un-deux par...
'''Phildar''' : T'as joué avec qui ?
'''Gérard''' : Ça, j'ai joué avec des gens que je connaissais.
'''Phildar''' : Avec deux cochons dinde ?
'''Gérard''' : Non, tout de suite.
'''Phildar''' : Attends, j'ai un petit message Minitel, parce que je l'ai rallumé, parce qu'il s'éteint jamais, en fait. C'est Yoyo, et ça parle des boules, certainement. C'est que... il dit, vu la taille de celles de Gérard, Sandy a dû apprendre à jouer aux billes.
'''Gérard''' : Bon, alors, je te préviens. Tu le fermes ''[il le ferme de force, rabattant violemment le clavier à la verticale devant l'écran]'', je ne réponds plus aux questions Minitel. Parce que là, tu le fais exprès, et elle commence à en avoir ras-le-bol d'entendre des conneries comme ça sur Minitel.
'''Phildar''' : Mais c'est pas sur elle, c'est sur toi.
'''Gérard''' : Non, mais même ! C'est pas la peine de les poser, parce qu'on en a ras-le-bol.
'''Anne-Laure ''' : Moi, j'aimerais bien faire une partie de boule avec toi.
'''Gérard''' : D'accord, ben, on verra ça.
'''Marcel''' : Et Anne-Laure, tu veux pas en faire une avec moi ?
'''Anne-Laure''' : Ouais, si tu veux.
'''Sharon''' : Gégé ?
'''René''' : Gérard, c'est René, là.
'''Sharon''' : Calmez-vous, là, les mecs. Gégé ? C'est Sharon. Je voulais te dire un truc, tu trouves pas, en fait, moi, je trouve que la pétanque, c'est un jeu un peu sadomasochiste.
'''Gérard''' : Non, pas du tout.
'''Sharon''' : Ben, si.
'''Gérard''' : Non, moi, je te dis que non, donc...
'''Sharon''' : Écoute, Gégé, moi, je trouve que tu fais souffrir l'autre, et l'autre souffre, etc. C'est une relation ambiguë, en fait.
'''Gérard''' : Non, mais de toute manière, à la pétanque, t'es obligé de faire souffrir ton adversaire pour gagner, voyons. Sinon, c'est plus un jeu, hein.
'''Phildar''' : Pourquoi, Gérard ?
'''Gérard''' : Parce que c'est plus un jeu, sinon, voilà. Donc, quatrième, aimez-vous la pétanque ? Bon, René, tu voulais dire quelque chose ?
'''René''' : Ah, oui, je voulais dire quelque chose. C'est qu'à Marseille, quand on parle d'adversaires faibles, on appelle ça des trompettes.
'''Gérard''' : Mais pourquoi ?
'''René''' : Parce que ça couine, ça n'arrête pas de couiner, comme quoi ça va te battre, et ça te bat jamais. On leur met fanny tout le temps. C'est juste pour mes collègues. C'est mes collègues qui écoutent les trompettes.
'''Gérard''' : Oui, d'accord, d'accord, j'ai bien compris ton message. Aimez-vous la pétanque ou d'autres sports ? Donc, René ?
'''René''' : Oui, ben, Gérard, moi, tu sais, à mon âge, je ne pratique plus que la pétanque.
'''Anne-Laure''' : T'as quel âge ?
'''René''' : Ah, j'ai 48 ans.
'''Gérard''' : Ok, Cyril ?
'''Cyril''', ''[sans accent]'' : Oui, moi, je préfère les autres sports, parce que je trouve que la pétanque, le ping-pong, le badminton, c'est...
'''Gérard''' : Déjà, tu passeras sous ton... Sous ton nom normal ?
'''René''' : C'est des sports de boff ?
'''Gérard''' : Ouais, des sports de bof. Alors, le sport de bof, tu dégages, ce coup-là.
Non, mais non, mais non.
'''Cyril''' : Mais non, j'ai le droit d'avoir mon opinion.
'''Gérard''' : Ok, c'est bon, c'est bon, c'est bon. ''[un fort bruit d'eau qui coule dans un bac d'eau plein, tel un homme urinant, se fait entendre, longuement]''. Eh, ça va pas, toi ?
'''Phildar''' : Ça va.
'''CYril''' : Ouais, donc, moi, je te disais que les sports comme le ping-pong, le badminton, pétanque, c'est des sports de bof. Moi, je préfère les sports d'hommes, comme le football, le rugby. Ça, c'est pas des sports de bof.
'''Gérard''' : Non, mais ça, c'est... Non, mais, Cyril, je t'ai dit, tu prendras ton nom normal, s'il te plaît.
'''Cyril''' : Ok, ok, d'accord.
'''Gérard''' : Hein, Tony ? Bon, Marcel ?
'''Marcel''' : Ah, moi, j'aime la pétanque et le football. Comme tout le monde. J'espère que toi aussi, t'aimes le football.
'''Gérard''' : Pas tellement, non.
'''Anne-Laure''' : Qu'est-ce que tu préfères, Gérard ?
'''Gérard''' : La Formule 1. C'est un sport comme tous les autres, sauf que tu restes deux heures à entendre les voitures tourner.
'''Marcel''' : Regarder sur ton canapé en buvant de la bière.
'''Sharon''' : J'ai pas trop bien compris, t'as dit quel sport qu'on aime, qu'on pratique, quoi ?
'''Gérard''' : Non, soit la pétanque ou d'autres sports.
'''Marcel''' : Le catch féminins.
'''Anne-Laure''' : Moi, c'est le sport en chambre.
'''Gérard''' : Je sens que tout à l'heure, il y a une nana qui commence à me gonfler, là. Depuis tout à l'heure, elle va sortir, celle-là. C'est la Saron. Elle va commence à me prendre la tête, elle, hein. C'est elle qui répond comme ça. (''[à chaque réplique précédente, elle rit bruyamment aux éclats]'').
'''Sharon''' : Je peux répondre ?
'''Gérard''' : Non, mais attends, pour l'instant, je t'ai pas appelée.
'''Sharon''' : Je t'ai pas appelée pot-de-chambre, d'accord.
'''Gérard''' : Bon, alors tu dégages.
'''Sharon''' : Oh Gégé, tu te calmes, hein. Tu me parles pas comme ça, s'il te plaît. Tu restes poli avec les nanas.
'''Cyril''' : Arrête de dégager des gens, là. Ça devient chiant, là.
'''Gérard''' : Bon, Tony, tu dégages. Manu, s'il te plaît. Manu, s'il te plaît. Tu vires... Tu vires Cyril. Pour de bon.
'''Manu''' : Ça y est.
'''Gérard''' : Non, non, mais pour de bon, il repasse pas sous un autre nom.
'''Anne-Laure''' : Gérard ? C'est Anne-Laure.
'''Marcel''' : René ?
'''Anne-Laure''' : Est-ce que t'aimes bien le karting ? ''[pendant ce temps, René répond brièvement mais bruyamment à Marcel]''.
'''Gérard''' : Oh, mais vous vous calmez, là, Marcel et René, s'il vous plaît.
'''Gérard''' : Oh, excuse-moi, Gérard, mais je m'ennuie, là. On me pose plus de questions.
'''Gérard''' : Bah... bah, minute, pour l'instant, on fait le tour, on le fait.
'''Marcel''' : Excuse-moi, Gérard.
'''René''' : OK, les trompettes.
'''Manu''' : Gérard, excuse-moi, au standard, on nous dit que t'as pris la litière à Sandy pour te faire un terrain de boules à Suresnes.
'''Gérard''', ''[se précipite vers le standard, rageur]'' : Attends, donne-moi le, celui-là, au standard.
'''Manu''' : Allô ? T'es là ? Il a raccroché, Gégé.
'''Gérard''' : C'est ça, ya personne.
'''Manu''' : Il était là, Gégé, il a raccroché.
'''Anne-Laure''' : Ouais, je demandais si t'aimais bien le karting.
'''Gérard''' : Euh, comme sport ? Non, parce que c'est un sport... c'est un truc assez dangereux, ça. C'est un sport qui est plus dangereux qu'autre chose, hein.
'''Marcel''' : C'est plus dangereux que la Formule 1, bien sûr.
'''Anne-Laure''' : T'as déjà essayé ?
'''Gérard''' : Non, personnellement, non. Donc, Sidonie, pour toi ?
'''Sidonie''' : Euh, ouais, ben alors, moi, je joue aux boules... aux boules en plastique, ça, fait moins mal. Je joue au cricket, aux jocaries, enfin, bon, voilà, je joue.
'''René''' : Gérard, c'est René.
'''Gérard''' : Oh, 5 minutes, René, s'il te plaît, je vais demander à... Saron ?
'''Sharon''' : Oui, ben, écoute, moi, je te dis, moi, j'adore l'équitation et j'adore le golf. Et, euh, voilà. Et, Gégé, je voulais te poser une petite question, s'il te plaît. Si Ayrton Senna t'invitait à faire un circuit en Formule 1, est-ce que t'acceptes ?
'''Gérard''' : Euh, ça dépend où.
'''Sharon''' : Ben, euh, au circuit d'Immola, ben, n'importe quel circuit, quoi.
'''Gérard''' : Ben, non, j'irais pas en Italie, j'irais peut-être plus du côté de Manicourt.
'''Sharon''' : Ah, d'accord, donc si Ayrton Senna, aujourd'hui, ce soir, t'appelle, tu acceptes ?
'''Gérard''' : Ben, si quelqu'un me fait participer à un Grand Prix, c'est ce que je rêve toujours depuis longtemps.
'''Sharon''' : Non, mais ça, c'est Ayrton Senna, c'est le champion qui te le demande. Tu le fais ou pas ?
'''Gérard''' : Non, mais attends, il est décédé, donc on va pas en parler.
'''Phildar''' : On a dit qu'on parlait plus des CD, là. C'est bon, c'est fini, l'euro.
'''Anne-Laure''' : Eh, au fait, Gérard, j'ai pas répondu. Ouais, ben, moi, j'aime bien la pétanque, parce qu'il faut être agile de ses mains.
'''Gérard''' : Hum ? Et au tennis et au badminton, il faut pas être agile de ses mains ?
'''Anne-Laure''' : Ouais, non, mais attends, avec la pétanque, il faut bien viser, il faut bien tirer, tu vois.
'''Gérard''' : D'accord, ok. Donc, on va s'écouter à...
'''Phildar''' : Je vais te demander une question, Gérard. Quand tu joues à la pétanque, tu tires ou tu pointes ?
'''Gérard''' : Je tire.
'''Sharon''' : Mais, Gégé ? Je trouve qu'en fait, la pétanque, c'est un sport qui est très physique.
'''Gérard''' : C'est-à-dire ? Non, pas forcément.
'''René''' : Elle a raison, là-dessus, Gérard.
'''Marcel''' : Gégé, c'est Marcel, je peux te poser une question ? Tu sais combien ça pèse, une boule de pétanque ?
'''Gérard''' : Non.
'''René''' : Ça pèse au moins 10 kilos, hein.
'''Gérard''' : Non, non, attends... Non, non, René, René, René. Non, non, dis pas quand même n'importe quoi, je pense pas.
'''René''' : Moi, je te dit, par rapport à mes muscles, quand je les ramasse, je souffre, quand même. C'est pour ça que j'ai acheté un fil avec un aimant.
'''Marcel''' : Oui, Gérard, c'est Marcel. Tu sais qu'à Marseille, ils grandissent un petit peu tout. Non, ça doit peser 2 kilos, une boule de pétanque, non ?
'''Gérard''' : Je sais pas.
'''René''' : Qu'est-ce que tu me dis, toi ?
'''Gérard''' : Non, mais c'est bon.
'''Sharon''' : Mais Gégé ? Moi, je trouve qu'en fait, la pétanque, c'est un jeu de pépé, hein.
'''Gérard''' : Mais de tte manière, il n'y a pas d'âge pour jouer à la pétanque. Je suis désolé, hein. De toute manière, il n'y a pas d'âge pour jouer à la pétanque.
'''Phildar''' : Mais est-ce que des petits de 9-10 ans peuvent jouer à la pétanque ?
'''Gérard''' : Bien sûr.
'''Phildar''' : Avec quel matériel ?
'''Gérard''' : Ils peuvent jouer avec des boules normales ou des boules en plastique.
'''Manu''' : C'est le truc sur la plage où il y a l'eau dedans dégueulasse, de toutes les couleurs.
'''Marcel''' : Gérard, c'est Marcel. Tu sais que nous, à Lyon, on joue avec des boules en fonte.
'''Gérard''' : De toute manière, il y a plusieurs sortes de boules, apparemment.
'''Sharon''' : Il y a même des boules en bois.
'''Gérard''' : Oui, mais ça, c'est plutôt le... C'est plutôt le style cricket, ça.
'''Phildar''' : Et pour la pétanque aquatique, ils utilisent des boules en mousse.
'''Gérard''' : N'importe quoi. C'est quoi, comme disque, qu'on met ?
'''Phildar''' : Attends, je vais te le donner. ''[il prend un papier pour écrire]''. Vas-y, pose la question, qu'ils réfléchissent.
'''Gérard''' : Donc, peut-on jouer à la pétanque toute l'année ? Donc, on s'écoute un disque et on se retrouve tout à l'heure.
'''Phildar''' : Je t'ai pas donné le titre.
'''Manu''' : Bah, Gérard, numéro de téléphone ?
'''Gérard''' : Donc, 0803 08 5000 et 0800 70 5000. Donc, vous pouvez toujours nous appeler.
'''Manu''' : Et la ligne de Belgique et de Minitel ?
'''Gérard''' : Non, non, le Minitel, je le donne plus parce que c'est pour dire des conneries, c'est pas la peine.
'''Manu''' : Si, si, 3615 Code Fun Radio pour laisser vos messages à Gérard.
'''Gérard''' : Oui, ben, si c'est des messages d'insultes, ils iront vite en l'air.
'''Manu''' : Vite fait à l'antenne. Et vas-y, donne le numéro de Belgique.
'''Gérard''' : Et donc, pour la Belgique, 033 1 47 79 5000 ''[prononcé dans le style belge]''. Et on s'écoute les cors aux pieds, c'est bien avec du sel, voilà. Et on se retrouve tout à l'heure. ''[Musique]''. Ah, bah, donc, c'est la suite et c'est la fin du débat de la pétanque. Donc, on réaccueille Saron. Sidonie. Anne-Laure. Oh ! Vous répondez à chacun à votre tour, s'il vous plaît. Merci.
'''Manu''' : Non, s'il vous plaît, c'est Manu au standard, là. Calmez-vous. On a dit, on reprend dans le calme.
'''Gérard''' : Non, attends, toi, tu vas pas en foutre ton bordel, toi.
'''Manu''' : Mais non, je les gère, là.
'''Gérard''' : C'est toi, tout à l'heure, tu vas te prendre un verre de coca dans la tête si tu fous ta merde.
'''Manu''' : Non, il y a du matos, il y a du matos.
'''Gérard''' : Donc, Anne-Laure, bonsoir.
'''Sharon''', ''[la voix grave]'' : Bonsoir.
'''Gérard''' : Ouais, tu prends ta voix normale, là. Merci.
'''Phildar''' : C'est un travelo, ou quoi ?
'''Gérard''' : Non, mais ça commence à bien faire, ça. Marcel. Donc, Anne-Laure. C'estpasmoi là.
'''Anne-Laure''' : Non, mais je sais pas quelqu'un qui a répondu à ma place.
'''Gérard''' : Ouais, mais je sais pas qui c'est, mais c'est pas grave. Et René.
'''Sharon''' : Gégé ? C'était quoi, c'était de la chanson ?
'''Gérard''' : J'en sais rien. Alors, peut-on jouer à la pétanque toute l'année ?
'''Sharon''' : Ben, écoute, ça dépend des saisons.
'''Gérard''' : Mais, c'est-à-dire ?
'''Manu''' : Gérard, excuse-moi, donc René est parti aux toilettes. Il revient dans trois minutes.
'''Sharon''' : En hiver tu joues. En automne, tu joues pas. Au printemps et en été, ben, tu joues. En fait, c'est une histoire de climat. Quand il fait beau, quand les cigales chantent, ben, tu joues à la pétanque. ''[bruit de chasse d'eau]''.
'''Phildar''' : Ben, dis à René de couper le téléphone.
'''Manu''' : Ben ouais, mais attends, il est sur un portable. On entend la chasse d'eau et tout.
'''Marcel''' : Quel cradeau, ce René, alors.
'''Sharon''' : On peut pas faire ça en toute intimité, quand même.
''' ''' : Bon vous vous calmez, s'il vous plaît, merci. ''[bruit de touche de téléphone]''. Bon, celui qui s'amuse avec le téléphone, c'est pareil. DOnc Sidonie, pour toi.
'''Sidonie''' : Ben, tu peux jouer tout le temps. Tu fais de la pétanque en salle.
'''Gérard''' : Ah bon... Anne-Laure ?
'''Anne-Laure''' : Ouais, ben non, t'as des saisons pour jouer aux pétanques.
'''Gérard''' : À la pétanque, oui. Marcel ?
'''Marcel''' : Ben, moi, Gérard, j'aime bien jouer l'été avec mon débardeur et mon bob Pastis. Mais j'aime bien jouer aussi l'hiver sur la neige, c'est très agréable.
'''Cpamoi''' : Ouais, moi, j'aime bien... J'aime bien aussi jouer toute l'année. Mais par contre, je sais pas ce que t'en penses, toi, Gérard. Je trouve ça ridicule, les gens qui jouent à la plage avec les boules de couleurs.
'''Gérard''' : Bon, ben moi, je peux vous dire qu'on joue pas toute l'année à la pétanque, comme il y en a une qui m'a dit qu'on joue en hiver. Ouais, ben, je sais pas comment qu'on peut jouer en hiver à la pétanque si...
'''Phildar''' : Ben, tu mets des bonnets aux boules.
'''Sharon''' : Je répète. Ben, écoute, il y a des zones qui sont couvertes. C'est comme au football.
Quand il neige, ben, tu joues bien au foot, hein ?
'''Cmamoi''' : Moi, je l'aime bien, Philippe.
'''Sharon''' : Regarde maintenant ce qui se passe pour le football à Saint-Denis. Ben, le terrain, il est gelé. Mais on va le dégeler, puisqu'il faut que samedi, il y a un match de rugby qui va se passer. Donc, on va dégeler le stade.
'''Gérard''' : Non, mais attends. Jvais te dire une chose : réveille-toi, parce qu'ils ont déjà onze appareils qui sont déjà en train de dégeler le terrain.
'''Cpamoi''' : Onze séchoirs.
'''Marcel''' : Des séchoirs géants.
'''Gérard''' : Non, c'est pas des séchoirs, c'est des... Des ventilateurs. Non, c'est un genre de ventilateur, je ne sais plus quoi.
'''Cpamoi''' : Il paraît même que Sandy, elle pète sur la pelouse pour réchauffer la pelouse.
'''Gérard''' : Eh ben, c'estpasmoi, tu dégages, ça t'appellera. Hop. Ce coup-là, c'est pas la peine. C'est pour la pétanque. Il dégage pour de bon, parce qu'il reprend encore d'autres noms et j'aime pas trop. Alors, il dégage pour de bon, celui-là.
'''Manu''' : J'ai un message Minitel de Yo-Yo qui dit, vu l'âge de Gérard, il doit marcher sur ses boules.
'''Manu''' : Bon, Manu, tu me dégages Yo-Yo du Minitel.
'''Manu''' : Ok, pas de problème.
'''Gérard''' : Ouais, bah, allez, combien faut-il de points pour gagner la partie ?
'''Sharon''' : Gérard, t'as pas répondu, toi, à la question.
'''Gérard''' : Bah si, j'ai répondu, je crois.
'''Marcel''' : Bah non, non, non, tu nous as parlé de la pelouse, mais tu nous as pas parlé du terrain.
'''Gérard''' : Mais je t'ai dit qu'on ne jouait pas, on ne joue pas en hiver, d'accord ?
'''Sharon''' : Bah alors, donne-nous les autres saisons om il faut jouer, quoi.
'''Gérard''' : Bah, au printemps, déjà.
'''Marcel''' : Est-ce que je peux te poser une question, Gérard, c'est Marcel ? Donc, effectivement, on ne peut pas jouer en hiver, mais si on joue sur un terrain couvert, mon petit Gérard ?
'''Gérard''' : Mais attends, je pense pas qu'ils ayent faire des salles pour jouer à la pétanque encore.
'''Marcel''' : Ah, bah si. Des boulodromes, Gérard.
'''Gérard''' : Où, où, où ?
'''Marcel''' : Eh ben, il y en a en région parisienne. J'ai un frère qui habite en région parisienne, donc dans le Val-de-Marne, et il y a un boulodrome, là-bas. Peut-être, toi, Gérard, tu vas jouer à Suresnes, mais c'est un terrain à découvert, non ?
'''Manu''', ''[face à Phildar qui gesticule]'' : Philou, un problème ?
'''Phildar''' : Non, j'avais seulement une question minitel de demi-molle pour Gérard. Le célèbre joueur de pétanque, Haroun Tazieff, est mort. Qu'en penses-tu, Gérard ?
'''Gérard''' : Non, mais attends, là, ça ne sert à rien de poser des questions comme ça, hein. Donc, Haroun Tazieff n'a jamais joué à la pétanque, il s'occupait des volcans, d'accord ? Donc, il faudrait peut-être qu'il se réveille un peu, celui-là.
'''Phildar''' : Bah, dis-lui à l'antenne.
'''Gérard''' : Donc, apprends ta géographie, mon pote, hein. Les volcans et la pétanque, ce n'est pas du tout pareil, hein ?
'''Sidonie''' : On peut jouer à la pétanque sur un volcan.
'''Sharon''' : Mais, Gégé ? Euh, c'est Sharon.
'''Gérard''' : Ouais, non, mais attends, toi, tu vas te calmer, tu ne vas pas sans arrêt ramener ta fraise, hein, maintenant.
'''Sharon''' : Non, mais Gégé, tu te calmes, je vais te dire un truc. Je voulais te dire qu'en fait, ce soir, une fois encore, tu as montré tes facultés intellectuelles, c'est bien.
'''Gérard''' : Bon, bah, ça y est, tu as fini, je peux poser ma question ?
'''Sharon''' : Vas-y, je te permets, vas-y.
'''Gérard''' : Bon, bah, attends, c'est moi qui commande encore, hein, sur mes débats, d'accord ? Combien faut-il de points pour gagner la partie ? ''[quelqu'un crie Triiiic]''. Euh, Manu, s'il te plaît, tu me calmes le standard, là, parce que ça commence à bien faire.
'''Manu''', ''[regardant l'appareil en face]'' : Alors, le standard, tu te calmes. Tu te calmes ! OK ?
'''Gérard''' : Complètement con, quoi.
'''Manu''' : Bah, j'ai calmé le standard, Gégé.
'''Gérard''' : Celui qui s'amuse à dire des conneries, tu le calmes. Ça vaudra mieux.
'''Manu''', ''[regarde Phildar sévèrement]'' : Non, Phildar, tu te calmes.
'''Phildar''' : Gérard, tu te calmes.
'''Gérard''' : Bon, moi, je sens que tout à l'heure, je vais conclure le débat et je vais laisser... Donc Marcel, pour toi ?
'''Marcel''' : Ah, pour moi, donc, la pétanque lyonnaise se joue en trois parties de 39 points.
'''Gérard''' : Ça m'étonnerait.
'''Manu''' : Si, si, ça, c'est vrai, Gérard. J'ai passé mes dernières vacances à Lyon, si je peux me permettre, et c'est exact.
'''Gérard''', ''[avec mépris]'' : 31 points... Alors que la première, c'est à 13, la deuxième...
'''Manu''' : Mais non, c'est pas la même pétanque.
'''Gérard''' : Bon, arrêtez de dire des conneries.
'''Manu''' : Sans déconner, ça joue sur des lacs gelés.
'''Gérard''' : C'est des conneries que vous êtes en train de dire, c'est tout. Anne-Laure ? Il faut combien de points pour gagner la partie ?
'''Gérard''' : Ah, 13.
'''Gérard''' : D'accord. C'est ça que je voulais savoir. Donc, Sidonie...
'''Sidonie''' : C'est en 5 sets, gagnant. 3 sets gagnants.
'''Gérard''' : Non, mais Sidonie, je vais te dire une chose. T's intérêt de réviser ton truc, parce que c'est pas en 5 sets.
'''Manu''' : Gérard, je peux me permettre une petite réflexion sur ta dernière question ?
'''Phildar''' : Mais t'arrêtes pas de l'ouvrir, Manu, là. C'est ton débat ou c'est celui de Gérard ?
'''Manu''' : Non, mais c'est parce que je me pose une question. Une question pour faire avancer le débat.Non, en fait, c'est que tu demandes en combien de points ça se joue. Mais une fois qu'il y en a un, le premier, par exemple, il a dit la bonne réponse. Après, ça sert à quoi avec les autres ?
'''Gérard''' : Ben, c'est pour savoir. Y'en a qui disent en cinq sets, on joue pas au tennis à la pétanque chez moi.
'''Sharon''' : Ben, écoute, moi, je dis que 2 fois 6, 13, quoi.
'''Sidonie''' : Plus 1, le cochonnet, ouais.
'''Gérard''' : Donc, huitième question. René, il est toujours pas revenu ? Ni rien du tout.
'''Manu''', ''[sur un bruit de chasse d'eau]'' : Je crois qu'il avait une grosse envie, hein.
'''Gérard''' : Non, hop là, ça y est. Bon, ben, c'est bon, tu peux le virer complètement, celui-là. Bon, quand ça sera terminé, ce bordel, on me fera signe.
'''Manu''' : Je crois qu'il est bloqué dans les toilettes, il n'y avait plus de papier.
''[Le bruit continue, puis Max rentre dans le studio. Le bruit s'arrête.]''. Ça, c'est pas mal. Dès que Max arrive, le bruit, il arrête.
'''Manu''' : Ah, ben, c'est le chef, c'est le chef.
'''Gérard''' : Dès que Max arrive, c'est bizarre, il n'y a plus rien, hein. C'est louche, là, votre bordel.
'''Phildar''' : Essaie : ''[Max sort, le bruit revient, puis s'arrête dès qu'il retourne dans le studio]''. Ah, ouais, ça marche.
'''Sharon''' : Ah, c'est assez crade, quand même.
'''Gérard''' : Non, non, mais c'est Pildart qui s'amuse. À Marseille, peut-on jouer à la pétanque la nuit ? Donc, Saronne ?
'''Sharon''' : Ben, bien sûr, avec le chant des cigales. Un pastis à la main. On joue tranquillement. Donc, avec le vent... Avec le vent qui souffle. Donc, tout va bien, on est relax, et tout va bien.
'''Sidonie''' : Ben, en fait, à Marseille, il n'y a pas longtemps, il y a eu un arrêté. Il disait qu'après 22 heures, on ne pouvait plus jouer aux boules en toute saison, parce que c'était considéré comme tapage de boules nocturne.
'''Anne-Laure''' : Ouais, ben, je crois que oui, si c'est bien éclairé, hein.
'''Gérard''' : Ah, d'accord, ça, au moins, elle a compris la question, ce n'est pas comme Sidonie qui dit n'importe quoi.
'''Manu''' : Gérard, excuse-moi, on accueille de nouveau René, hein. Ça y est, il a fini son teruc.
'''Marcel''' : Ah, cousin, te revoilà.
'''René''' : Oh, Gérard, je me sens mieux, hein.
'''Gérard''' : Ouais, ben, c'est bien, maintenant, tu vas te réveiller. Donc, Marcel.
'''Marcel''' : Ah, merci, Gérard. Écoute, Sidonie a tout à fait raison. Je vais t'expliquer quelque chose. Tu sais qu'à Marseille, quand les gens jouent à la pétanque, ils boivent quand même pas mal. Hein ?
'''Gérard''' : Ouais, ben, vas-y, vas-y.
'''Marcel''' : Donc, à partir de 22h, il est interdit de jouer à la pétanque, maintenant, car les gens sont de plus en plus bourrés.
'''Gérard''' : N'importe quoi, toi. Entre toi et Sidonie, vous ne comprenez rien du tout.
'''René''' : Bon, Gérard, je peux répondre ? Ah je te remercie Gérard, depuis le temps... ''[Phildar entonne le début de la chanson de Francis Cabrel, la Corrida, avec son accent du Sud-Ouest : « Depuis le temps que je patiente dans cette chambre noire »]''. Je vous écoutais avec la petite radio que j'ai dans mes toilettes. En fait, l'arrêté préfectoral, il dit bien qu'on n'a plus le droit de jouer après 22h. Mais nous, on s'en moque éperdument. On ne va pas s'arrêter de jouer sous prétexte que le tapage de boules nocturne... Mais qu'est-ce que c'est, ces histoires-là de trompettes ?
'''Anne-Laure''' : Et toi tu joues aux boules, toi ? Après 10h ?
'''René''' : Moi, je joue tant qu'il y a des boules, je vous ai dit, tant que l'on est des gens, tant qu'il y a du pastis, on joue.
'''Gérard''' : S'il vous plaît. ''[Réverbération modérée sur la voix, comme s'il était aux toilettes]''. Bon, Philippe. Tu me retires le son, s'il te plaît, là, parce que ça commence à bien faire. ''[retour à la normale]''
'''Manu''' : Ça faisait longtemps.
'''Gérard''' : Ouais, non, mais tu t'amuses, là. C'est pas la peine de t'amuser toutes les semaines.
'''Manu''' : Ah, ça rappelle les bons souvenirs, hein.
'''Phildar''', ''[sur fond de larsen]'' : Ah, mais ça manquait, attends, ça faisait...
'''Gérard''' : Oh, le Larsen, merci ! Donc, moi, je peux vous dire une chose, parce que j'ai pas encore entendu parler qu'il y avait un arrêté préfectoral à Marseille pour jouer.
'''René''' : Mais moi, je te l'ai dit.
'''Marcel''' : Faut se renseigner !
'''Gérard''' : Oh, mais ça y est, c'est moi qui...
'''Phildar''' : Laissez Gérard répondre, quand même.
'''Gérard''' : Ça commence à bien faire, là. Vous commencez à me les gonfler, là, ce soir.
'''Phildar''' : Non, chiant ! Vous arreês pas, quand il parle, de vous parler toujours dessus, à chaque fois.
'''Gérard''' : Donc, moi, je peux...
'''Phildar''' : Alors, ça commence à être chiant, hein.
'''Cpa moi''' : Ça a bien changé, les débats, bien changé.
'''Gérard''' : Alors, êtes-vous prêts ?
'''Phildar''' : Bon, parce que si vous voulez parler quand il parle, voilà, quoi.
'''Gérard''' : Toi, tu vas la fermer, merci.
'''Phildar''' : Ah, pardon.
'''Gérard''' : Ça me fera des vacances. Donc je disais...
'''PHildar''' : Non, mais sérieux, taisez-vous !
'''Gérard''' : Oh ! Tu vas la fermer, toi !
'''Phildar''' : Mais ils s'arrêtent pas de parler !
'''Gérard''' : Tu vas arrêter de me prendre la tête tous les jeudis, aussi, toi, à la réa, hein. Parce que depuis...
'''Sharon''' : Il a raison, Fildar, là, hein, Gégé. Il le fait pour ton bien, alors... Je vios pas pourquoi tu l'engueules, hein.
''[Gérard sifflotte]''.
'''Phildar''' : Ah, le pont de la rivièreKwaï, Gérard, non ?
'''Gérard''' : Bon, donc, moi, je peux vous dire que j'ai jamais...
'''Manu''' : Mais c'est... Phildar, t'as raison, quand même, hein.
'''Gérard''' : T'éteins ton micro, s'il te plaît ! Vous commencez à me percher, tous les deux, hein.
'''Anne-Laure''' : Vas-y, chéri.
'''Gérard''' : Ouais, oh, je suis pas ton chéri, d'accord ?
'''Phildar''' : Oh, c'est pas ton chéri, hein.
'''Gérard''' : Peut-on se retrouver autour d'un pastis à la fin de chaque partie ?
'''René''' : Mais, Gérard, laisse-moi répondre ! Moi, je suis consommateur de pétanque et de pastis. Moi, je te dis que quand on joue... On boit. Et quand je bois, je joue. Et ce qui fait que je bois avant, après, pendant.
'''Marcel''' : Nous, on boit de la bière, Gérard.
'''Anne-Laure''' : Bah, attends, ça dépend si t'aimes le pastis ou pas.
'''Gérard''' : Non, mais si t'aimes pas le pastis, tu peux boire un coca aussi. Pas forcément du pastis.
'''Anne-Laure''' : Ouais, non, non, moi, j'aime pas le pastis.
'''René''' : Oh, mais c'est conseillé, quand même.
'''Phildar''' : Gérard, est-ce que tu penses qu'il est mieux de boire le pastis avant ou après de jouer à la pétanque ?
'''Gérard''' : Plutôt en fin de partie, c'est mieux. Parce que, au moins, t'es plus concentré sur ton jeu pendant le match.
'''Sidonie''' : Moi, je suis plutôt... allô ?
'''Gérard''' : Oui
'''Sidonie''' : Moi je suis plutôt tequila.
'''Phildar''' : Non, tu viens de dire que t'étais à l'eau.
'''Sidonie''' : Non, je suis pas à l'eau, pas du tout. Je suis plutôt tequila dry.
'''Sharon''' : Bah, ouais, Saron Stone.
'''Cpamoi''' : Elle a le droit de rêver.
'''Sharon''', ''[à mi-voix]'' : Non, tu te calmes, Tony, merci. Je veux dire, en fait, je trouve ça scandaleux ce que tout le monde a dit. Parce que, la pétanque, on doit boire du Pastis, donc à-bas la tequila, le coca et tout ça. Mais ça va pas ! Ça va pas avec le rituel de la pétanque.
'''Sidonie''' : Je v'ai pas me rendre malade parce que je joue la pétanque.
'''Marcel''' : Bah, oui, nous, à Lyon, on boit de la bière. On boit pas de pastis. Je suis désolé.
'''Sharon''' : Sinon, c'est comme si tu dis... C'est comme... C'est comme une rose sans parfum.
'''Anne-Laure''' : Eh, mais attends, à chaque fois que tu vas boire un pastis, il faut que tu joues aux boules.
'''René''' : C'est comme ça qu'on fait.
'''Sharon''' : Non, mais vous avez pas compris.
'''Gérard''' : Non, mais c'est quoi, là, ce cirque ?
'''Manu''' : Gérard, attendez, on a une question standard. On nous demande si tu penses que Lady D a eu les boules quand elle s'est plantée sur le pont de l'Alma.
'''Gérard''' : Pauvre con, va. T'es vraiment le plus con... Le plus con des standardistes, c'est bien toi. Ouais, ouais, non, mais il est complètement cynique.
'''Manu''', ''[le téléphone à l'oreille]'' : Allô Bertrand ? Ouais, ça lui a pas plu du tout, je te laisse.
'''Gérard''', ''[outré, sous les rires de Phildar]'' : Complètement con, toi. Complètement con. Ah, lui, plus con que lui, il y a pas sur terre.
'''Sharon''' : Je veux faire une petite déclaration. Gégé ? Je trouve que t'as quand même la grosse tête. Je crois que Max, il devrait te mettre au régime, là, parce que t'insultes tous les mecs du standard et je suis pas d'accord.
'''Gérard''' : Alors, toi, si t'es pas contente, tu dégages.
'''Sharon''' : Non, je reste ici.
'''Gérard''' : Ben, tu dégages, moi, je te dis.
'''Marcel''' : C'est Manu qui décide.
'''Gérard''' : Non, c'est pas Manu qui commande dans les débats, c'est moi. Oh, tu me dégages, Sharon, et c'est tout, je veux plus l'entendre, maintenant.
'''Phildar''' : J'ai un message de Chmoldu sur le Minitel qui dit : « Gégé s'est fait greffer deux boules au but pour avoir des sensations extrêmes lorsqu'il court. La pétanque sport extrême. »
'''Manu''' : Gérard, Gérard, Gérard, excuse-moi, on accueille Kate, Kate Moss, à la place de Sharon Stone.
'''Gérard''' : Ben, je te préviens, il reste 9 minutes, je peux finir dans 4 minutes.
'''Marcel''' : Est-ce qu'on s'en fait, Christophe Revault, parce qu'il sait pas jouer au foot, il peut se mettre à la pétanque, maintenant ?
'''Gérard''' : Bon, Kate Mousse, là. ''[silence]''. Oh, Kate Moss, là ! Putain ! Elle dort ou quoi, celle-là ?
'''Manu''' : Moi, ça me fait pas rigoler, hein.
'''Gérard''' : Bon, alors, tu réponds, là ? Ouais, bonsoir. Donc, tu disais ? Tu voulais réagir ?
'''Kate''' : Oui, je disais que le pastis, c'est important quand on joue à la pétanque.
'''Anne-Laure''' : Moi, je suis pas d'accord. Parce que, si t'as envie de boire un pastis, faut que tu joues à la pétanque ?
'''Gérard''' : Mais t'es pas forcée de jouer à la pétanque pour boire un pastis.
'''Anne-Laure''' : C'est ce qu'elle vient de dire.
'''Kate''' : Non, c'est pas ce que je disais. Je disais que c'était un rituel. Non, je dis que le pastis, ça fait partie du rituel de la pétanque, du jeu.
'''Anne-Laure''' : Ah, ouais, d'accord. Alors, si t'as envie de boire un pastis à midi, faut que tu joues à la pétanque avant.
'''Kate''' : Non, mais attends, t'es pire que Gégé, ou quoi ? Tu comprends rien, ou quoi ?
'''Anne-Laure''' : Non, mais moi, je dis que j'étais pas pas d'accord, quoi. Non, mais sinon, on fait une bouillabaisse aussi pendant qu'elle y est.
'''Marcel''' : Oui, Gérard, moi, je suis pas d'accord non plus. Bah, parce qu'on peut jouer aussi à la pétanque en compétition, et tu peux bien te douter que si on se bourre la gueule, on peut pas non plus gagner des matchs. Donc, on n'est pas obligés de boire du pastis.
'''Sidonie''' : Et si tu joues à 3h de l'après-midi, t'as pas forcément envie de boire du pastis.
'''Gérard''' : Bah oui, mais de toute manière, il y a pas d'heure pour boire du pastis, je pense. N'est-ce pas, René ?
'''René''' : C'est une bonne parole.
'''Gérard''' : N'est-ce pas, René ? René, le Marseillais ! Oh ! Tu te réveilles ou quoi ?
'''René''' : Eh, mais je suis réveillé, mais là, tout le monde parle en même temps, je cmprends plus rien, moi.
'''Gérard''' : Bah, je se pose la question.
'''René''' : Et la bouillabaisse, c'est une tradition de par chez nous.
'''Gérard''' : Ouais...
'''Phildar''' : Bon, Gérard, tu te réveilles un peu, tu gères un peu ton débat, là.
'''ANne-Laure''' : Gérard, tu aimes la bouillabaisse ?
'''Gérard''' : Non. J'ai pas été à Marseille, encore, pour manger. Bon, pensez-vous que ce jeu est dangereux pour les enfants de bas âge ? Alors, René ?
'''René''' : Ah, mais... Moi, je conseille toujours aux enfants de ne jouer qu'à partir d'environ 7 ans. Parce qu'il est arrivé que des enfants se trouvant trop près, voulant ramasser les boules... Tu sais comment c'est, les enfants. Ça veut toujours toucher à tout, ça veut toujours tout savoir. Et les petites... Enfin, moi, ça m'énerve. Et je voulais dire, par rapport à ça, que quand des petits gamins comme ça, ils sont à côté des boules, on sait jamais ce qui peut arriver. Il suffit qu'un de mes collègues, la trompette, il fasse un mauvais geste, et là-bas, la boule peut partir dans la tête d'un petit.
'''Gérard''' : Marcel ?
'''Marcel''' : Bah, écoute, Gérard, je suis tout à fait d'accord avec mon camarade René. Lui, c'est un professionnel comme moi, donc il a tout à fait raison.
'''René''' : Merci, Marcel.
'''Marcel''' : Je voudrais signaler aussi que les personnes de petite taille, sous 1m50, c'est très dangereux aussi pour elles. Phildar, il peut pas, malheureusement.
'''Anne-Laure''' : Ouais, bah... ''[musique Je suis raide dingue de toi. Marcel chante To be free or not to be]''.
'''Cpamoi''' : Moi, j'aimerais raconter une anecdote. Si c'est possible.
'''Gérard''' : Non, mais toi, tu t'écrases.
'''Cpamoi''' : Donc, c'est possible.
'''Gérard''' : Oh, Tony, tu t'écrases.
'''Phildar''' : Il est encore là, Tony ?
'''Gérard''' : Ouais, mais pour l'instant, l le vire pas au standard. Oui, Anne-Laure ?
'''Anne-Laure''' : Oui. Je veux dire que c'est vachement dangereux, quoi. T'as vu le poids d'une boule de pétanque ?
'''René''' : Eh bien, c'est bien ce que j'ai dit. C'est de plus en plus lourd.
'''Gérard''' : Sidonie ?
'''Cpamoi''' : Tu veux que je raconte mon anecdote ?
'''Gérard''' : Non, mais toi, ton anecdote, tu vas t'écraser.
'''René''' : Ton anecdote s'écrase, trompette.
'''Sidonie''' : Euh... Ben, c'est oui, c'est déconseillé, évidemment, aux enfants au-dessous d'un an. Et puis, après, ben... Tu sais, tu les fais commencer avec des petites boules, elles font pas mal. Puis tu montes le poids.
'''René''' : Mais, Gérard, c'est René, je peux répondre à ça encore ? Ben, ce que je voulais dire, c'est que c'est bien d'habituer les enfants à jouer avec des boules en plastique, je dis pas le contraire. Mais, forcément, un jour ou l'autre, l'enfant, il veut venir toucher aux boules qui pèsent lourd. Et alors, il y a l'accident et la confrontation de la boule avec la tête ou avec n'importe quelle autre partie du corps. Et on n'en sort plus comme ça.
'''Kate''' : gégé ? C'est Kate Moss. Je voulais dire... Je voulais dire un truc. Ben, Manu, t'en c..., hein.
'''Gérard''' : Ben, moi, je t'emmerde, pétasse. Ben, Manu, tu la vires. Ça lui apprendra.
'''Manu''' : OK, pas de problème.
'''Gérard''' : Sidonie, tu voulais dire quelque chose ?
'''Sidonie''' : Ben, non, pas du tout. Moi, je dors depuis tout à l'heure. Je laissais parler Kate Moss.
'''Gérard''' : Bon, ben, c'est bien. On va faire la conclusion. Ah, ben, si, c'est fini. ''[mouvement de réprobation générale]''.
'''Manu''' : Oh, 30 secondes. On accueille Naomi Whiskey.
'''Naomie''' : Non, s'il te plaît, mon chou, c'est Naomi Campbell.
'''Marcel''' : La décadence, je vous le disais.
'''René''' : Bon, Manu, tu pourras venir avec nous jouer aux boules.
'''Gérard''', ''[à Phildar]'' : Bon, donc, tu disais quoi ? Bon. Tu disais... On se met à disque avant la conclusion ?
'''Phildar''' : Mais t'as plus de questions, là ? T'as terminé, là ?
'''Gérard''' : Non, ben, c'est fini, hein.
'''Phildar''' : D'accord, bon bah ce qu'on va faire...
'''Manu''' : Moi, j'en ai une. Est-ce qu'on peut jouer à la pétanque en Russie ? Allez, c'est parti. Chacun votre tour.
'''Sidonie''' : Ben, ça se joue sur un terrain glacé avec des patins et c'est pour éviter de tomber, quoi.
'''Marcel''' : Et ça s'appelle le hockey sur glace ?
'''Sidonie''' : Non, non, pas du tout.
'''René''' : Gérard, c'est René, je peux t'en parler.
'''Marcel''' : Mais toi, t'es marseillais, tais-toi.
'''René''' : Oh, qui m'insulte, là ?
'''Gérard''' : Bon, vous réfléchissez, on...
'''Manu''' : Attends, il y a une petite remarque standard...
'''Gérard''' : Non, non, c'est des conneries. ''[Manu poursuit mais Gérard tente de couvrir sa voix par des refus]''.
'''Gérard''' : On nous dit que t'es gaulé comme une boule et intelligent comme un cochonnet. ''(Plus Gérard refuse, plus il hurle cette phrase. Gérard se pécipite vers Manu pour éteindre son micro, Manu l'en empêche, ils s'empoignent, sans vraie force]''.
'''Phildar''' : Oh, il y a baston avec Manu et Gérard, là.
'''Gérard''' : Tu balances un disque, on fait conclusion, ça ira plus vite.
'''Phildar''' : Tu as pas un message perso à passer ? Parce que l'intro, elle est hyper longue. Il faudrait que tu combles. Vas-y, comble, Gérard.
'''Gérard''', ''[boudeur]'' : Non, je n'ai rien à dire. C'est tout, on fait la conclusion après. Ça sera terminé pour aujourd'hui.
'''Phildar''' : Et à 4h, tu fais quoi ?
'''Gérard''' : À 4h, je rentre chez moi et c'est tout. Au revoir.
'''Phildar''' : Tu vas jouer à la pétanque ?
''[Musique. Au retour, Gérard réinterpelle les auditeurs, tous un peu endormis, et Gérard doit gérer une voix déformée qui finit par s'estomper]''.
'''Gérard''' : Donc, on récupère Sidonie. Bon, Sidonie, qu'est-ce que t'as pensé du débat ?
'''Sidonie''' : Euh... On a pas répondu à la question.
'''Gérard''' : Bah, si, vous avez tous répondu. Je vous ai répondu. Je suis désolé.
'''Sidonie''' : C'était la pétanque en Russie.
'''Gérard''' : Ah, ouais, bah, allez-y, il vous reste 6 minutes.
'''Sidonie''' : Ouais, ça se joue avec des os de pingouin.
''[Les gens se dispersent, Phildar met un effet sur sa propre voix, en fait le temps est long et personne n'a la force de combler. Flottement]''.
'''Manu''' : Il reste 6 minutes, alors répondez à la question.
'''Cpamoi''' : Il a envie de rentrer chez lui, le Manu.
'''Anne-Laure''' : Ouais, bah, attends, en Russie, je sais pas comment ils pourraient jouer à la pétanque.
'''Marcel''' : Bah, écoute, Gérard, je sais pas d'où tu tiens cette information, mais tu devrais un peu te renseigner, quand même, parce que je sais pas du tout quand, en Russie, on joue à la pétanque.
'''Gérard''' : Bah, ça, c'est une question que Manu a voulue poser, c'est pas moi.
'''René''' : Je peux répondre, ouais. Alors, moi, je peux te dire qu'une seule chose sur la pétanque en Russie, c'est que c'est sûrement dangereux de jouer à la pétanque sur du verglas ou sur des couches de lacs gelés. Si la boule tombe et elle casse la glace, il peut y avoir un accident, encore.
'''CPamoi''' : Ah, mais laisse tomber, personne t'écoute. T'arrête, laisse tomber. Vas-y, allez, à la conclusion que j'aimme me coucher.
'''René''' : Oh il doit y avoir au moins 10 millions de personnes qui m'écoutent.
'''Cpamoi''' : Ouais, y'a que des insomniaques et des drogués, lâche l'affaire.
'''Naomie''' : Gégé ? Donc, je te disais, je pense que c'est un sport qui est très pratiqué chez les Eskimos.
'''Gérard''' : D'accord. Donc, on va faire... On a conclu à peu près, donc on va faire la conclusion du débat. Donc, alors... Naomie Campbell, là. ''[silence]''. Ouais, tu te réveilles ?
'''Naomie''' : Dis mon nom correctement, s'il te plaît.
'''Gérard''' : Bon, bah, tu fais la conclusion, s'il te plaît.
'''Naomie''' : Comment je m'appelle ?
'''Gérard''' : Naomi Campbell, vas-y, conclusion.
'''Naomie''' : Bah, écoute, j'ai trouvé le débat fort intéressant. Je me suis bien amusée. Et puis, bon, t'étais un peu... un peu énervé, mais bon, c'était cool, quoi. Je me suis bien amusée. Et voilà.
'''Sidonie''' : Oui. Bah, moi, je me suis un peu ennuyée, je dois t'avouer. Et franchement, remets-toi à la picole.
'''Gérard''' : D'accord. Bah, je le ferai dès demain, d'accord ? Alors, bonne nuit. Anne-Laure ?
'''Anne-Laure''' : Ouais, bah, ton débat, ouais, était cool, mais bon, un peu mort, quoi. Et je sais pas, t'as changé, quoi.
'''Gérard''' : Bah, ouais, c'est normal.
'''Anne-Laure''' : Depuis que t'es maqué, laisse tomber, quoi.
'''Gérard''' : Bah, c'est normal.
'''Anne-Laure''' : Bah, ouais, non, mais d'accord, mais bon, laisse tomber, on s'ennuie, quoi.
'''Gérard''' : Ah, bah, dans ce cas, vous n'avez qu'à trouver des thèmes de débat plus intéressants. Vous n'avez qu'à m'envoyer des questions de débat plus intéressants. OK, bon, bah, c'est bien. Marcel ?
'''Phildar''' : Ouais, vous allez tous finir votre conclusion, et puis ceux qui ont déjà répondu, vous allez réfléchir à des débats que vous aimeriez faire avec Gérard, d'accord ?
'''Marcel''' : Ah, moi, j'en ai plein, moi.
'''Phildar''' : Bah, attends.
'''Gérard''' : Marcel ? Donc, conclusion ?
'''Marcel''' : Bah, écoute, moi, Gérard, moi, je te trouve toujours aussi super. Continue comme ça, t'as de l'avenir dans la radio.
'''René''' : Marcel a raison, Gérard, tu nous fais bien plaisir. Mais moi, je voulais juste passer un petit message à tous mes compagnons de pétanque qui doivent sûrement écouter, parce qu'il y en a qui travaillent la nuit. Et je voulais passer un super big up à tous les Marseillais qui nous écoutent. Tous les vrais de la Terre, de la Terre du Soleil. Tous les gens qui parlent le phrasé magique.
'''Gérard''' : Ok. Qui c'est qu'il y avait encore ?
'''Manu''' : Bah, il y a Tony, quand même.
'''Tony''' : Donc, Gérard, moi, je comprends pas. Il y a une semaine, tu m'aimes, l'autre semaine, tu m'aimes pas.
'''Gérard''' : Ouais, mais t'avais qu'à être poli.
'''Tony''' : Ce que je comprends pas, c'est que tu passes ton temps à virer des gens, quoi. Je comprends pas, il faut que tu changes de comportement, parce que c'est plus possible.
'''Gérard''' : Ouais, bah, dans ce cas-là, tu trouves des thèmes de débat ?
'''Tony''' : Mais, je sais pas, tu fais des débats sur la pétanque, je sais pas, tu trouves...
'''Gérard''' : Bah, et alors ? J'ai le droit de faire des débats sur ce que je veux. Si la semaine prochaine, j'ai envie de faire un débat sur la Formule 1, je le ferai.
'''Tony''' : Ouais, d'accord, mais je sais pas, élargis un petit peu le...
Mais t'es trop intellectuel.
'''Anne-Laure''' : Non, mais il a raison, là, Tony.
'''Tony''' : Non, Gégé en fait, t'as changer, parce qu'en fait, t'as pris la grosse tête.
'''René''' : On va faire un débat sur la grosse tête de Gérard.
'''Gérard''' : Bah, bah... Donc, qui est-ce qui a des idées de débat ?
'''René''' : Moi, je disais qu'on peut faire un débat sur le fait que tu aies pris la grosse tête, ce dernier temps, Gérard. T'as changé, Gérard, t'as changé. Je te reconnais plus, t'es plus le même après toutes ces années, Gérard.
'''Tony''' : Plus de poèmes, plus rien.
'''René''' : Plus rien, c'est fini, les poèmes. C'est fini, les « je voudrais te dire je t'aime dans l'oreille, mais tu écoutes ton Walkman. » C'est fini, c'est ça. Nous on en veut Gérard.
''[Gérard écoute, impassible]''.
'''Naomie''' : Depuis que t'es avec Cindy Crawford, bah écoute, t'as changé, je trouve.
'''Gérard''' : Déjà, celle qui vient de dire ça, dans ce cas-là, tu sais ce qu'elle te dit, Cindy Crawford, elle te dit merde.
'''Manu''' : Mais c'est un compliment, Gérard, c'est un mannequin, c'est un compliment. Gérard, Gérard, écoute-moi 30 secondes. C'est vrai, tu prends tout mal, c'est un compliment, ça. Ils ont dit quoi, là ?
'''René''' : Là, tu as raison, il a changé, Gégé.
'''Naomie''' : Gégé, t'aurais jamais... dans le passé, t'aurais jamais dit merde à une nana.
'''ANne-Laure''' : Je te signale que depuis que t'es avec ta nana, tu nous insultes, les femmes.
'''Gérard''' : Pas tout le temps.
'''Naomie''' : Avant, t'étais bien content qu'il y ait des nanas, hein. Et maintenant, tu les envas toutes balader, tu nous insultes, allez, hop. Tu respectes plus le standard, t'arrêtes pas d'insulter les femmes.
'''Anne-Laure''' : D'ailleurs, Gérard, eh, Gérard. Je te signale qu'on avait rendez-vous il y a un mois, et puis tu m'as même pas téléphoné, quoi.
'''René''' : Gérard, qui n'est pas un gentleman, alors ?
'''Gérard''' : Attends, René, s'il te plaît, je sais pas qui c'est qui vient me dire que j'avais rendez-vous avec elle il y a un mois.
'''Anne-Laure''' : Anne-Laure. Tu m'as laissé un message sur mon répondeur en me disant que tu me rappellerais, ben... J'ai jamais eu ton message.
'''Phildar''' : Je vais te dire, c'est une chance pour toi.
'''Naomie''' : Eh, Gégé. Moi, je te dis qu'avant, je te trouvais frais. Je te trouvais naturel.
'''Tony''' : C'est connu dès qu'un homme se fait dépuceler, il change complètement.
'''Anne-Laure''' : Eh, Gérard. Tu m'as pas répondu, hein.
'''Gérard''' : Non, mais je vais voir ça tout à l'heure en rentonne avec toi.
'''Phildar''' : Non, ce que je voulais seulement dire, c'est que quand t'étais seul, les nanas, quand elles venaient à l'antenne, t'étais gentil avec elles, tout ça, pour essayer de les rappeler et d'avoir un rencard. Mais maintenant que t'es avec une gonzesse, t'en as plus rien à foutre des auditeurs, surtout des meufs.
'''René''' : T'as changé, Gérard. Je te reconnais plus. T'es plus le même après toutes ces années, Gérard. C'est les spécialistes qui le disent, Gérard.
'''Anne-Laure''', ''[faussement larmoyante]'' : Il nous abandonne et c'est dommage.
'''Naomie''' : Non, Gégé, là, on t'aime plus comme avant. Avant, on t'aimait bien. On était cool avec toi quand on t'aimait, quoi. Mais là, vraiment, les nanas, tu nous as baladées. À chaque fois qu'on te dit un truc, ouais...
'''René''' : Gérard, je sais plus qui disait ça, mais c'est vrai. Tu deviens parano, Gérard.
'''Naomie''' : Un parano, t'insultes tout le monde. Alors, Manu, tu le traites que de con, de sale petit con. Olivier, pareil. C'est quand même... un peu de respect pour l'équipe qui bosse avec toi, quand même.
'''René''' : Moi, Gérard, je voulais te dire, je t'aime, tu vois. C'est pour que ça aille mieux que je te dis tout ça, tu vois. C'est pour que tout s'arrange autour de l'émission, tu vois. Moi, je suis pour que les choses aillent mieux, que je ris de plus en plus dans ma radio, que ça sente de moins en moins mauvais dans ma radio. Pourtant, ça pue toujours autant.
'''Naomie''' : Mais, Gégé, je trouve que c'est un bon signe parce que tu nous as pas tous envoyés balader, tu nous as laissés parler. Donc, je crois que c'est un bon signe, quand même.
'''Tony''' : C'est un bon début. Que tu nous écoutes et que tu te foutes un peu de notre gueule parce que t'en as rien à foutre de ce qu'on raconte.
'''Naomie''' : Non, non, non, là, il écoute attentivement.
'''Gérard''' : Non, mais attends, je vais te dire une chose, Tony. Si ça te plaît pas, c'est le même prix, hein.
'''Tony''' : Tu vois, tu recommences. Tu vois, tu continues.
'''Manu''' : Je crois que l'important, c'est de repartir sur de bonnes bases.
'''Phildar''' : Donc, voilà, donc là, on s'est réconciliés, on peut dire, avec les auditeurs, que c'était clair.
'''Gérard''' : Sidonie, at'as quelque chose à rajouter ?
'''Phildar et Manu''' : Non, mais là, c'est terminé, Gérard.
'''Tony''' : Oui, j'ai quelque chose à rajouter, Gérard.
'''Phildar''' : Rapidement, rapidement, vite.
'''Tony''' : C'est que je t'aime.
'''Phildar''' : Voilà. Bon, sur ces mots d'amour, Gérard, on va se quitter. Hein, mon Gérard ? Donc, tu réfléchis bien à ce qu'on vient de dire avec les auditeurs, qui t'aiment quand même, malheureusement. D'accord ? Donc, tu révises bien ce qu'ils viennent de te dire et puis tu prépares deux bons débats pour la semaine prochaine.
'''Gérard ''' : Je sais pas encore ce que je vais faire comme débat.
'''Phildar''' : C'est pas grave. Bah non, tu vas te démerder déjà à les préparer, à penser à des débats.
'''Gérard''' : Moi, je vais voir ce que je vais faire, c'est tout.
'''Phildar''' : Et puis, on va se dire une bonne nuit, on va souhaiter une bonne nuit, Gérard. Tu vas faire quoi, là ?
'''Gérard''' : Moi ? Là, je rentre. Donc, on va retrouver Bart pour la nuit sans pub et...
'''Phildar''' : Non, c'est pas Bart, ce soir, c'est une jolie demoiselle, voilà.
'''Gérard''' : Ah, d'accord. Bah, comme je sais pas qui c'est, donc tu l'annonces à ma place. C'est qui ?
'''Phildar''' : Je sais pas comment elle s'appelle, je sais pas. Donc, bonne nuit, Gérard.
'''Gérard''' : Bonne nuit.
== Le débat sur la Saint-Valentin ==
=== Contexte ===
13 février 1998. Moment ô combien symbolique dans les sociétés occidentales, associé à la Saint-Valentin, fête des amoureux. Comment éviter un débat sur le thème à un moment où Gérard est au comble du bonheur ?
Ce débat, outre son contexte calendaire évident, révèle toutes els contradictions de cette période particulière de Gérard. Max et son équipe en font le chef de l'émission, ayant autorité sur Phildar et Manu. S'acquittant de bonne grâce de ce rôle, ils n'en restent pas moins en total contrôle de l'émission. Gaëlle, standardiste de Max, ne participe plus à cette émission et Olivier est écarté par Gérard.
Pour la première fois, Max et gérard improvisent une réunion de travail sur les débats. Ce sera la première d'une longue série de supercheries, où les réunions prparatoires des débats, associant toute l'équipe, seront diffusées en direct, tout en faisant croire à Gérard que tel n'était pas le cas mais qu'elles n'étaient qu'enregistrées. Ces réunions sont l'occasino de vastes sketchs, entre soumission des deux assistants à l'autorité du chef et dérision.
Côté auditeurs, ce jour-là marquera de vrais grands moments. Les habituels sont en effet présents, physiquement, dans la radio. Ceci parce qu'ils viennent échanger avec Max sur les projets de la future émission matinale. Gérard ne les voit pas, mais ils participeront tous, malgré le refus annoncé de l'animateur, depuis les bureaux de la station et même derrière le même téléphone (d'où parfois, Tony qui parle sans jamais avoir été présenté, à la place d'un autre présent à quelques centimètres de lui). C'est ainsi que pour la première fois, Goldorak alias Goldo, entre en scène dans les débats et ne les quittera plus. Hors antenne, ils mettent beaucoup de pression sur Rita. Cette dernière, dont on a vu une personnalité envahissante et quelque peu ambigu"avec Gérard, devient un peu la cible de moqueries, de plaisanteries mesquines, et s'en trouvera affectée. C'est peut-être, d'ailleurs, pour cela que lors de ce débat, elle fondra en larmes, authentiquement, ce qui représente un incident unique dans l'histoire des débats. C'est, d'ailleurs, la seule qui ne sera pas dans les locaux de Funradio pendant cette soirée.
Une qui y sera, comme toutes les semaines, c'est Sandy. De on poste d'observation, elle fera nécessairement la connaissance avec les habituels. Prise dans l'ambiance, elle va rompre sa timidité naturelle et fera donc son entrée en scène, en tant qu'actrice à part entière des débats, jouant un jeu certain et prenant un rôle de plus en plus prépondérant.
Comme illustration de ce temps ambigu, le début du débat est hésitant quant à l'ordre des débats de la soirée, que Gérard veut imposer, contre l'avis même de Max, en autorité sur ses équipes, mais elles finissent par l'emporter, avec l'arbitrage de Max-même qui conforte leur autorité (tout en signeant son soutien à l'autorité de Gérard).
En constante, on retrouve les sujets classiques où Gérard partage ses ennuis avec sa vie privée, s'en plaint et menace. Tous les gens qui harcèlent Gérard par courrier, voire au-delà, sont encore cités, le courrier piégé est aussi lu, dans l'humour général de l'équipe et la rage de gérard.
=== Les personnages ===
* Franck Bargine : Max
* Manu, Phildar
* Sandy Threadkell : Marguerite, Sylvie, Véronique, Patricia
* Arnet : Cédric, Kiwi, Vosgica, Formica
* Rita : Cosette, Cruella
* Christophe : Benjamin, Poisson Lune
* Mégane: Stéphanie
* Gargamel, Azraël
* Goldo : Patrick, Melon, Lapère
* Tony Morestin : Banane, Pomme, Lapère (après Goldo), Perfouras (Père FOuras)
* Igor : Reego
* Cyril : Valentin, Gérard
=== Transcription ===
'''Gérard''' : Donc on va accueillir Cédric ?
'''Cédric''' : Oui bonsoir Gérard
'''Gérard''' : Ouais c'est bien, ça c'est encore pas une voix d'un habituel.
'''Cédric''' : Oui oui bien entendu plus comme d'habitude ce toute façon.
'''Gérard''' : Ouais Benjamin bonsoir.
'''Benjamin''' : Mes respects du soir Gérard.
'''Gérard''' : Stéphanie, bonsoir. Et Cosette. Bonsoir. Réveillez-vous un peu s'il vous plaît.
'''Cosette''' : Gérard, c'est vrai que t'es beau et tout parfumé ce soir ?
'''Cédric''' : C'est du mytho ça.
'''Gérard''' : Ouais, qui c'est qui dit ça, là ?
'''Cédric''' : C'est pas moi. Donc, moi alors, qui représente la Saint-Valentin pour vous ? Rien du tout.
'''Gérard''' : Bon, alors attends. Déjà, qui t'a posé cette question ?Bon, alors Phildar, s'il te plaît, ça commence déjà bien...
'''Cédric''' : Bah, j'ai dit ça au hasard, t'énerve pas Gérard.
'''Gérard''' : Non, non, mais attends, ça commence déjà bien... Les questions sont à peine posées que y'en a déjà un qui pose déjà la question. C'est lui qui va faire le débat ?
'''Phildar''' : Si ça se trouve, le mec il a posé une question comme ça, et que toi tu l'avais posée aussi.
'''Gérard''' : Ouais, mais c'est pas à lui de la poser, c'est à moi, d'accord ?
'''Phildar''' : Bah oui. Bon, bah, on les remet à l'antenne.
'''Gérard''' : Voilà. Donc, alors, celui qui vient de poser ça, bah, maintenant tu réponds.
'''Cédric''' : Ouais, réponds !
'''Gérard''' : Non, mais tu vas répondre à la question comme ça, toi qui l'as posée à Brouty ?
'''Cédric''' : C'est quoi la question ?
'''Gérard''' : C'est quoi la question ? Tu te fous de ma gueule ou tu prends le train ?
'''Cédric''' : Pour ou contre, c'est ça ?
'''Gérard''' : Eh, déjà, t'as du monde derrière. T'as du monde derrière toi.
'''Cédric''' : Ah, non, pas du tout. Alors, donc, la première question c'était quoi ? C'était quoi, tu m'as dit ? La Saint-Valentin, vous aimez bien ? Ouais, non, ça représente l'amour.
'''Gérard''' : Alors, t'es qui, toi ? Alors, Cédric, tu vas te calmer au standard. Tu vas te calmer, tu vas comprendre ta douleur.
'''Cédric''' : Ok mon petit canard.
'''Gérard''' : Comment, mon petit canard ? Alors, là, tu dégages complètement ! Allez hop ! Tu me retires Cédric d'entrée.
'''Manu''' : Ça commence, Gérard !
'''Cédric''' : C'est bon, j'ai dit "mon petit canard", tu vas pas stresser.
'''Gérard''' : Non, non, c'est bon, celui-là, tu me le retires. Ça y apprendra. Attention ! Pas le repasser pour quelqu'un d'autre.
'''Phildar''' : Je le vire.
'''Gérard''' : Donc, alors, Benjamin, la première question. On va y aller. Il nous reste donc Benjamin, Stéphanie et Cosette. C'est bien ça ?
'''Cosette''' : C'est vrai que t'es tout beau et tout parfumé, ce soir ?
'''Gérard''' : Oui. Comme Cédric vous l'a dit, que représente la Saint-Valentin pour vous, maintenant ?
'''Benjamin''' : Ouais, c'est Benjamin, là. Je crois que c'est un... Symbole, là... Symbole de la détresse humaine face à l'amour. On peut quand même... on peut remonter à la philosophie égyptienne.
'''Stéphanie''' : Ah oui, s'il te plaît !
''[Cosette explose de rire]''.
'''Gérard''' : Non, mais attends, Benjamin ! Benjamin ! Benjamin !Qui c'est qui se marre, là, comme une perdue ? Ça commence à bien faire, là. Non, non, attends, Benjamin. Entre Stéphanie et Cosette, vous avez pas commencé...
'''Stéphanie''' : Oui, mais enfin, moi, je suis intéressée par l'art égyptien.
'''Gérard''' : Oui, mais non, mais on en a rien à foutre ! Non, non, on va pas commencer à se prendre la tête à savoir 13ème siècle, 21ème siècle et autres.
'''Manu''' : On a un conseil pour toi sur le Minitel. On nous dit qu'il faudrait que t'arrêtes de gueuler, parce que tu vas faire exploser la couche d'ozone.
'''Gérard''' : Et alors, dans ce cas-là, ils ont qu'à se calmer. Quand je dis quelque chose, c'est moi qui fais les débats, c'est pas eux.
'''Manu''' : Oui, mais sans eux, tu fais pas de débat aussi, Gégé.
'''Gérard''' : Non, bah, peut-être, mais... Dans ce cas-là, on n'a pas besoin de... d'avoir les mêmes que la semaine dernière.
'''Manu''' : C'était pas les mêmes.
'''Gérard''' : Non, c'est pas les mêmes, c'est vrai que c'était pas les mêmes. On va pas s'amuser à faire comme la semaine dernière, à jouer sur... sur les siècles.
'''Benjamin''' : C'est Benjamin, je peux passer tout de suite à l'Empire Romain, tout de suite !
'''Gérard''' : Non, mais je viens de te dire ! Benjamin, tu vas pas commencer à me prendre la tête là-dessus.
'''Benjamin''' : D'accord, alors pas d'histoire ce soir, OK, OK !
'''Phildar''' : Excuse-moi, Gérard, donc, à la place de ceux que t'as virés, on accueille Gargamel et Patrick.
'''Gérard''' : Non, mais attends, tu me donnes la liste !
'''Phildar''' : Tu marques à la suite Gabriel et Patrick, c'est tout. ''[Gérard écrit, pendant que les auditeurs se saluent]''.
'''Gargamel''' : Ouais, salut. Tu peux répéter ta question déjà, si tu veux, parce que je viens d'arriver.
'''Gérard''' : Alors, que représente la Saint-Valentin pour vous ?
'''Stéphanie''' : Gérard, j'ai juste un petit truc à te dire : est-ce que tu peux sourire quand tu nous poses des questions ? On le ressent vachement.
'''Gérard''' : Bon, vous répondez à la question, et c'est tout.
'''Gargamel''' : Bah, alors moi, tu vois, j'ai une copine, tu vois, mais je dis que c'est complètement commercial, la Saint-Valentin.
'''Gérard''' : Bon, ouais, mais attendez, parce que là ça commence à bien faire, c'est hors sujet.
'''Gargamel''' : Oh non, non, pas déjà !
'''Cosette''' : Hors sujet... ''[rire]''
'''Gérard''' : Non, non, non, toi tu vas pas recommencer comme la semaine dernière ! Allez hop ! Donc, Patrick, pour toi ? Non, mais tu te réveilles, parce que tout à l'heure tu vas sortir, et vite fait.
'''Patrick''' : Alors, c'est quoi la question ? Que représente la Saint-Valentin, c'est ça ?
'''Benjmain''' : Dans l'art égyptien...
'''Patrick''' : Bah, dans l'art égyptien, la fête de tous les cachalots, Gégé, si tu vois ce que je veux dire.
'''Gérard''' : Bon, alors, Benjamin et Patrick !
'''Patrick''' : Mais attends, c'est pas méchant ! La Saint-Valentin, pour les animaux, ils ont le droit !
'''Gérard''' : Ouais, mais attendez ! J'ai dit on parlait pas des... des trucs... des siècles !
'''Patrick''' : C'est pas des siècles, c'est des cachalots, cachalots maritimes, baleines...
'''Gargamel''' : Ouais, bah, moi je t'ai dit. Moi je dis, c'est commercial, c'est pour vendre, c'est tout.
'''Gérard''' : Ouais, mais c'est-à-dire ?
'''Gargamel''' : Ouais, c'est-à-dire, franchement Gérard, pourquoi le 14 février et pas le 30 février, enfin je sais pas quoi, tu vois ? Pourquoi cette date là, quoi ?
'''Benjamin''' : Ouais, c'est Benjamin, là. Je suis désolé, tu vois, il pose une bonne question, et il faut qu'on parle de l'art égyptien dans ces conditions. Parce que tout part de là, Gérard. Tout part de là !
Bon, bah...
'''Gargamel''' : Mais toi, qu'est-ce que t'en penses, Gérard ?
'''Gérard''' : Mais attendez, pour l'instant on a pas fini. Stéphanie, pour toi ? Stéphanie ? Bon, tu te réveilles, s'il te plaît.
'''Stéphanie''' : Excuse-moi. Bah, pour moi, ça représente un gros cœur rouge avec plein de chocolat dedans. Mais c'est tout, tu sais. Pour moi, ça n'a rien à foutre de la Saint-Valentin, quoi. Ton amour, tu le trouves pas en offrant une boîte de chocolat de merde, ou de rose de merde.
'''Gargamel''' : Ouais, mais on peut offrir des coton-tiges !
'''Stéphanie''' : Mais ça représente... Je veux dire, ton amour, tu le trouves tous les jours, quoi. T'as pas besoin d'attendre une date précise, quoi.
'''Cosette''' : Bah, écoute, moi, pour moi, la Saint-Valentin, ça représente... ça représente Cupidon.
'''Gérard''' : Hein ?
'''Cosette''' : Ça représente Cupidon avec sa flèche. Bah, c'est-à-dire, c'est le symbole de l'amour, c'est quand Cupidon lance sa flèche vers quelqu'un, et c'est l'amour qui explose, quoi. Donc c'est... Et puis la Saint-Valentin, c'est les cadeaux, les boîtes de chocolat, les roses, et tout ça.
'''Gérard''' : Non, mais attendez ! Attends, Cosette. Les boîtes de chocolat pour la Saint-Valentin, j'ai jamais vu ça, hein.
'''Cosette''' : Les romantiques, ils offrent toujours pour la Saint-Valentin, ils offrent des boîtes de chocolat et un bouquet de roses. C'est romantique, tout ça.
'''Gargamel ''' : Les Montchéri aussi, ça marche.
'''Gérard''' : Ouais, mais ça, c'est un truc qui revient à la mode maintenant.
'''Phildar''' : Et toi, Gérard, qu'est-ce que t'en penses de la question ?
'''Gérard''' : Bah, moi personnellement... Moi, je pense que représenter la Saint-Valentin, pour moi, c'est... Personnellement, bon bah, c'est une preuve d'amour vis-à-vis de la personne.
'''Patrick''' : Gérard, c'est Patrick. Ouais, je voulais te demander... On parlait de Cupidon, la fille a parlé de Cupidon il y a deux secondes, je voulais te demander : t'es cupide toi ou pas ? Est-ce que t'es cupide ?
'''Gérard''' : Non.
'''Phildar''' : Ça veut dire quoi, Gérard ?
'''Gérard''' : Justement, je voudrais bien savoir comme c'est lui...
'''Patrick''' : T'es quoi, alors ? Si t'es pas cupide, t'es quoi ? T'es hétéro ?
'''Gérard''' : Non, non plus. Non, mais attends. Si ça te fait rire, tu vas pas rigoler longtemps, toi.
'''Gargamel ''' : Et toi, Gérard, comment t'as préparé ta Saint-Valentin ? T'as prévu quelque chose ?
'''Gérard''' : Non, pour l'instant, j'ai rien prévu. Voilà. Donc, qu'offrez-vous à la Saint-Valentin à votre copine ou à votre concubine ? Donc, on va demander à Cosette.
'''Cosette''' : Bah, écoute, moi jusque-là, j'ai rien offert du tout. On m'a rien offert, je suis triste. Je suis triste, mais voilà. Ouais, mais... Si tu pouvais m'offrir quelque chose, ça serait sympa. Voilà.
'''Gérard''' : Tu rêves.
'''Cosette''' : Bah, pourquoi ?
'''Gérard''' : Bah, tu rêves. Crois au Père Noël ! Le Père Noël, c'est 25 décembre, d'accord ?
'''Phildar''' : On accueille Marguerite. Bonsoir Marguerite. ''[tout le monde lui dit bonsoir en même temps et plusieurs fois]''. Laissez Marguerite répondre.
'''Marguerite''' : Donc, c'est quoi la question déjà ?
'''Gérard''' : Qu'offrez-vous à Saint-Valentin à votre concubin, à votre concubine ou copine ?
'''Marguerite''' : Bah, ça dépend, ça dépend quel cadeau.
'''Gérard''' : C'est-à-dire ?
'''Marguerite''' : Bah, du parfum. Donc, si la personne aime bien le parfum, on peut lui offrir du parfum. Et sinon, des CD ou des cassettes.
'''Gérard''' : Ouais, mais quoi comme CD ou cassette ou autre, je sais pas ? Approfondis ta... Approfondis ta...
'''Stéphanie''' : Des CD de musique.
'''Marguerite''' : Voilà, des CD sur de la musique. Tout dépend de ce que la personne elle aime comme musique.
'''Stéphanie''' : Par exemple, si je sais pas... Par exemple, si elle aime le rap, tu lui offres quoi ?
'''Benjamin''' : Des CD de rap.
'''Marguerite''' : Voilà, des CD de rap.
'''Manu''' : Excusez-moi, il y a un petit truc sur Minitel. On nous dit que Gérard...
'''Phildar''' : Attention, Manu.
'''Manu''' : Ouais, mais je fais gaffe, non, mais c'est pas méchant. On nous dit que Gérard, t'étais tellement manch à ta naissance que t'avais mis des vitres teintées sur ta couveuse.
'''Gérard''' : Bon, alors, tu vois, Manu... Je crois que tout à l'heure on avait prévenu. Donc, des questions comme ça Minitel, j'en veux pas.
'''Manu''' : Ah, mais c'est pas une question.
'''Gérard''' : Non, non, mais même...
'''Manu''' : C'est une affirmation.
'''Gérard''' : Ouais, bah, peut-être, mais ça, moi... sur Minitel, moi, tu vois, je vais te dire une chose, tu vois, tu veux que tout le monde soit poli avec moi, et bah moi, je vais te dire une chose, je sais pas son nom, mais celui-là, c'est un petit con, il va se faire enc...
'''Manu''' : C'est fouf.
'''Benjamin''' : Non il va se faire sodomiser.
'''Gérard''' : Voilà. Bah, il va se faire sodomiser, comme on vient de dire.
'''Gargamel''' : Ouais, c'est Gargamel. Tu vois, il y a une bonne idée de cadeau aussi, c'est des sous-vêtements.
'''Gérard''' : C'est-à-dire ?
'''Gargamel''' : Bah, des sous-vêtements sexy, quoi.
'''Phildar''' : Des chaussettes !
'''Cosette''' : Des caleçons.
'''Gérard''' : Non, mais Cosette, s'il te plaît, merci. Merci. Tu vas te calmer, merci.
'''Benjamin''' : Ouais, ou des chaussettes, mais des chaussettes hyper sexy, quoi. Mais bon. Des sous-vêtements, tu vois, ou enfin des trucs qui... qui fait que la Saint-Valentin, tu la passes au pieu, quoi.
'''Stéphanie''' : Le cadeau, il est surtout pour le mec, parce que la fille, elle est... elle les porte sur elle, elle les voit pas, quoi.
'''Benjamin''' : Attends, ça fait hyper plaisir à une fille quand on lui offre des sous-vêtements. Des sous-vêtements... et au mec aussi, bah ouais. C'est la fête des deux, ouais.
'''Manu''' : Gérard, on nous demande aussi sur Minitel si t'as offert un *Head Fucking* à Sandy. ''[Rire de Benjamin, Gérard s'immobilise et regarde Manu, durement]''. Non, c'est pas méchant. C'est un parfum.
'''Stéphanie''' : C'est Jean-Paul Gautier.
'''Gérard''' : Non plus.
'''Phildar''' : Tu penses que tu vas lui en offrir un ou pas ? Maintenant que tu connais le parfum, est-ce que tu vas lui offrir ? Tu vas lui en offrir un ?
'''Gérard''' : Non, mais de toute manière, elle l'a déjà eu sa Saint-Valentin.
'''Phildar''' : Ah bon ? Mais elle a jamais eu le parfum. Elle l'a déjà eu avec... Tu lui as offert quoi alors ? Vas-y.
'''Tony''' : Une giclée de sperme.
'''Gérard''' : Comment ? J'ai mal entendu, là. J'ai mal entendu.
'''Tony''' : Alors, je vais te décomposer... Je vais te décomposer... Une giclée...
'''Phildar''' : Je l'ai coupé.
'''Gérard''' : Voilà, bah, dans ce cas-là, tu peux le couper complètement, lui. Tu peux lui dire au revoir. Tu peux lui dire au revoir complètement à celui-là. ''[Phildar et Manu crient au revoir, en chœur]''. Donc, c'était qui ? Non, mais pour de bon. C'était qui ? C'était qui ? C'était qui, quoi ?
'''Phildar''' : C'était Patrick.
'''Gérard''' : Patrick. Eh bah, voilà ! Bonne nuit, Patrick. Voilà. C'est pas la peine de...
'''Gargamel''' : Mais Gérard ! Attends, c'est Yargamel. Mais t'as pas respecté ! Pourquoi tu t'es offert ton cadeau avant ?
'''Gérard''' : Non, mais attends. Moi, j'ai offert le cadeau à la personne que j'aime, c'est tout. Avant !
'''Stéphanie''' : Mais c'est quoi ?
'''Gargamel''' : Pourquoi avant ?
'''Gérard''', ''[gêné]'' : Bah... ce que c'est... c'est... Si je me souviens bien, c'est un petit... Un petit tailleur... euh... un petit tailleur en... en cuir gris.
'''Benjamin''' : Non ! Un tablier pour la cuisine ?
'''Gérard''' : Tout à l'heure, je vais te mettre un tablier quelque part !
'''Manu''' : Gérard ! Gérard ! Excuse-moi. C'est du cuir vachette, non ?
'''Gérard''' : Non, je sais pas.C'est les trucs avec des franges, là, style... Bon, non, mais... Donc, Benjamin !
'''Benjamin''' : Ouais, bah écoute, moi, j'offre trois choses à ma copine, j'ai décidé. Donc, première chose, donc, une bague en or avec des émeraudes. Deuxième chose, des cactus. Et un couple d'hamsters.
'''Gérard''' : Ah ouais. Mais ça... j'ai remarqué une chose, Benjamin, même Gargamel, et Stéphanie, Cosette, et Marguerite. Donc, réveillez-vous quand on vous appelle, s'il vous plaît. Merci. Donc, je pense que Benjamin, la première question, c'est ce qui revient le plus souvent à la mode.
'''Benjamin''' : De quoi, les cactus ?
'''Stéphanie''' : Les hamsters ?
'''Gérard''' : Non, non. L'histoire des bagues.
'''Benjamin''' : C'est rare quand même, c'est Saint-Valentin, non ?
'''Stéphanie''' : T'en offres une fois. T'en offres une fois, mais pas tous les ans.
'''Benjamin''' : C'est surtout les animaux, en ce moment, les hamsters.
'''Gérard''' : Non, mais... Ce qui revient le plus à la mode, je pense... De toute manière, ça fera marcher... Le commerce. Ce qui revient le plus à la mode, je sais pas si vous êtes... si vous allez être d'accord avec moi, mais ce qui revient le plus à la mode le jour de la Saint-Valentin, c'est ou les dessous féminins ou des bouquets de roses. Je sais pas ce que vous en pensez.
'''Phildar''' : Et toi, Gérard, tu préférais offrir un hamster ou des fleurs ?
'''Gérard''' : Moi, personnellement, je préfère lui offrir un bébé.
'''Phildar''' : Un hamster, quoi !
'''Gérard''' : Non, un bébé.
'''Cosette''' : Je voulais te poser une question. Je voulais savoir quel est ton... quel est le... le cadeau de la Saint-Valentin que t'as reçu et qui t'a fait le plus plaisir ?
'''Gérard''' : Pour l'instant, ce qu'on m'a offert, bah, rien.
'''Benjamin''' : Si, l'Adidas, Menteur. On t'a offert de l'Adidas.
'''Cosette''' : Même quand t'étais adolescent ?
'''Gérard''' : Bah, même... De toute manière, j'ai pas connu l'amour.
'''Stéphanie''' : T'as pas été adolescent ?
'''Gérard''' : Bah, si, mais j'ai pas connu l'amour comme ça.
'''Gérard''' : Sandy, elle t'a rien offert pour la Saint-Valentin ? ''[Gérard, très gêné]''. Je te demande : est-ce que Sandy t'offre quelque chose pour la Saint-Valentin, Gérard ?
'''Gérard''' : Bah, je sais pas, on va lui demander.
'''Cosette''' : Mais ça te ferait plaisir, Gégé, qu'on t'offre quelque chose ?
'''Gérard''' : Ah bah oui, moi j'attends que ça.
'''Gargamel''' : Faut que t'attendes samedi encore.
'''Benjamin''' : Faut être patient, Gérard.
'''Phildar''' : Bah, attends. On va demander, par exemple... On va demander aux filles. Vous... Bon, on va commencer par Marguerite. Marguerite, si t'étais avec Gérard, tu lui offrirais quoi ?
'''Marguerite''' : Moi, je lui offrirais du parfum.
'''Cosette''' : Je lui offrirais...
'''Benjamin''' : un dictionnaire.
'''Cosette ''' : Je lui offrirais une lame à raser et du savon.
'''Stéphanie''' : Un cerveau.
'''Gérard''' : Bah, pourquoi un cerveau ?
'''Phildar''' : Parce que t'as perdu le tien, il paraît.
'''Benjamin''' : Ouais, mais ça se retrouve, attention.
'''Gérard''' : Hé, Stéphanie, t'as envie de continuer le débat, là ?
'''Stéphanie''' : Non, mais c'est une blague.
'''Cosette''' : Et je lui offrirais de beaux caleçons avec des Mickeys dessus. Parce que j'adore les caleçons. Non, mais Gégé ! J'en ai... Gégé ! Moi, je voulais dire, en fait, pour la Saint-Valentin, je suis pas d'accord, parce qu'en fait, je trouve que c'est un gros business quand même.
'''Gérard''' : Bah, ouais, mais de toute manière, c'est ce qui rapporte le plus le jour de la Saint-Valentin, ou il y a les fêtes de fin d'année.
'''Cosette''' : Ouais, mais tu trouves pas que c'est une sorte de gros sous, tout ça ?
'''Gérard''' : Bah, ouais, mais de toute manière, c'est là, c'est là où qui... qu'ils se font leur beurre, les commerçants.
'''Benjamin''' : Attends, attends. On dit qu'on parlait pas de cuisine ce soir.
'''Phildar''' : Excusez-moi, à la place de Patrick, on accueille Kiwi. J'avais oublié. Excusez-moi. Salut Kiwi.
'''Kiwi''' : Salut, bonsoir. Bonsoir tout le monde. Bonsoir Gérard. Gérard, j'aurais deux questions à te poser avant tout. C'est quoi ton parfum préféré, et combien tu payes les bouteilles de parfum ?
'''Gérard''' : Attends.
'''Phildar''', ''[comme un écho à Gérard]'' : Non, mais...
'''Gérard''' : Oh, c'est quoi ce son, Manu, s'il te plaît ? Donc, Kiwi. Donc, ta question, j'y répondrai pas, d'accord ? Parce que c'est pas...
'''Kiwi''' : Non, mais je te respecte, et je suis d'accord, je suis d'accord avec ton opinion.
'''Gérard''' : Mais de tte manière, les questions, c'est pas à toi de les poser, c'est à moi, d'accord ?
'''Max''' : Y'a Max, là, juste une petite parenthèse, que l'un des directeurs de la station, qui a entendu qu'on t'avait jamais offert de cadeaux. ''[Il lui tend un paquet]''. Donc, de la part de la direction de la programmation... Le directeur...''[applaudissement]''
'''Gérard''', ''[gêné]'' : Merci.
'''Max''' : Regarde ce que c'est.
'''Kiwi''' : C'est quoi ? C'est un gode ?
'''Cosette''' : C'est quoi ?
''[Gérard ouvre la boîte et exhibe une montre à l'éfigie de la station]''.
'''Max''' : Non. Non, c'est pas un gode cette fois-ci.
'''Gérard''' : C'est une montre. Merci. Merci du coup. Merci, Monsieur le Directeur.
'''Manu''' : Il faudra bien lubrifier quand même avec une montre.
'''Benjamin''' : Fais un poème, Gérard, au moins. Un poème pour le directeur.
'''Phildar''' : Tu peux improviser un petit poème.
'''Manu''' : T'es obligé, Gérard. Un poème pour le directeur.
'''Phildar''' : Trois-quatre lignes. Comme tout à l'heure.
'''Gérard''' : On revient... on revient sur le tome du débat, s'il vous plaît. Merci.
'''Benjamin''' : Ouais, ouais. Il a bien raison, Gérard.
'''Gargamel ''' : Mais c'est ta première montre ?
'''Gérard''' : Non, mais attends, Kiwi. Déjà, ta question, c'est pas toi qui les pose, d'accord ? C'est moi. Oui, non, mais attends, Kiwi. Kiwi, déjà, la question que tu viens de poser, elle est prévue dedans. Donc, c'est... si tu t'amuses déjà à interverser les questions, ça sert à rien. On est bien d'accord.
'''Gargamel''' : C'est ta première montre, Gérard ?
'''Gérard''' : Non.
'''Kiwi''' : Déjà, faudrait qu'il apprenne à lire l'heure.
'''Gargamel''' : C'est que des chiffres ou des aiguilles.
'''Gérard''' : Non, mais on revient... on revient sur le thème du débat, merci. Donc, pour la Saint-Valentin, invitez-vous votre copine au restaurant ?
'''Kiwi''' : Bah, moi, j'aimerais bien inviter Sandy.
'''Gérard''' : Philippe, s'il te plaît. Donc, tu me prends... tu me prends les trois... les trois mecs. Les trois mecs. et t'essayes de savoir lequel qu'a été dire "Sandy". D'accord ?
'''Phildar''' : D'accord. Et à la place de Marguerite, qui dormait, on accueille Sylvie. Bonsoir Sylvie.
'''Stéphanie''' : Bah, moi, en fait, je vais l'inviter, puis c'est moi qui vais faire la cuisine, quoi. Parce que je fais jamais la cuisine. Je déteste faire la cuisine. Et là, pour lui, je vais faire la cuisine.
'''Gargamel''' : Ah, ça c'est beau ! C'est une belle preuve d'amour. C'est une belle preuve d'amour, ça.
'''Stéphanie''' : Bon. Bolino, chips et poulet froid. Mais bon, au moins j'aurais fait chauffer l'eau.
'''Gérard''' : Ah ouais, mais attends. Bolino, chips... Merci. Ça... ''[Cosette proteste]''. Non mais attends Cosette, s'il te plaît, tu te calmes. Hein. Je vais quand même répondre un peu à Stéphanie. Parce que je... je peux... je peux quand même répondre sur les questions. J'ai quand même le droit. Donc, moi, je vais te dire une chose, Stéphanie, tu vois, tu viens de dire "chips ou Bolino". Ça, à longueur de journée, c'est ce que les gens, ils mangent.
'''Stéphanie''' : Ouais, bah, attends. Il a qu'à être moins radin, et m'inviter au resto.
'''Gérard''' : Ouais, non, mais attends. Oui, mais attends, Stéphanie. D'accord. Il a qu'à être moins radin. Mais ok. Mais attends. Toute une journée, quand tu vois les gens qui travaillent, les trois quarts du temps, qu'est-ce qu'ils mangent ? Ou un sandwich, ou... Ils ont... Mais attends.
'''Benjamin''' : C'est pas vrai.
'''Gérard''' : Alors, qui c'est qui est pas d'accord avec moi ? Ouais, alors Benjamin, vas-y.
*'''Benjamin''' : Bah, je sais pas, mais je voulais te contredire, c'est tout.
'''Cosette''' : Bah, moi, je suis d'accord.
'''Gargamel''' : Mais attends. Il y a McDo aussi. Il y a McDo.
'''Stéphanie''' : Tu vas au McDo, tu prends une salade. Tu peux très bien manger des choses saines.
'''Gérard''' : Ouais, mais Stéphanie, dans ce cas-là, c'est ce que tu... c'est ce que tu remangeras le soir chez toi.... Attendez ! Attendez. Il y a une question Minitel, je pense.
'''Manu''' : Gérard, il y a Gaberman qui voudrait savoir si ton resto préféré, c'est bien Superphénix.
'''Gérard''' : Non, mais attends. Le mec... Ça sert à rien qu'il pose des questions. On pose des questions sérieuses. On s'amuse pas... on s'amuse pas sur les trucs. C'est pas un resto.
Non, c'est un hôtel. C'est un hôtel.
'''Phildar''' : Il fait pas resto ?
'''Manu''' : C'est quoi ?
'''Gérard''' : C'est un truc nucléaire !
'''Manu''' : Ah, merde ! C'est une centrale nucléaire ? Je savais pas, Gégé.
'''Gargamel''' : T'es sûr, Gérard ? T'es sûr que c'est pas un jeu vidéo ?
'''Phildar''' : Donc, à la place de Kiwi, on accueille Melon. Bonsoir.
'''Melon''' : Salut. Bonsoir à tous. T'en veux une tranche ? T'en veux une tranche de Melon ?
'''Gérard''' : Tu commences pas, s'il te plaît. Merci.
'''Melon''' : Ok, ok, je me calme.
'''Cosette''' : Moi, j'en veux bien deux.
'''Gérard''' : Bon, Sylvie. Donc, pour toi ?
'''Sylvie''' : Non, moi je préfère que le mec m'invite au restaurant.
'''Gérard''' : C'est-à-dire ?
'''Sylvie''' : Bah, qui... qu'on fasse un... qu'il m'invite au restaurant, quoi.
'''Gérard''' : Ouais, mais comment ça ?
'''Gargamel''' : Mais quel resto ? Quel resto ? Mais quel resto ?
'''Sylvie''' : N'importe quel resto. Mais... Pas McDo ni... Ouais, je préfère le restaurant, quoi. Normal.
'''Phildar''' : Bon, tu te réveilles, Sylvie.
'''Sylvie''' : Non, mais je suis réveillée, hein.
'''Stéphanie''' : Mais chinois, indien ?
'''Sylvie''' : Oh non, non, pas chinois, non. Non, pas chinois. Oh non, français. Français, ouais.
'''Sylvie''' : Bah, bah, mange chez toi.
'''Sylvie''' : Mais un restaurant chic quand même.
'''Gargamel''' : Ouais. Bah, moi... Ouais, moi j'aime bien Planet Hollywood. Parce que on peut voir les acteurs. Et puis sinon McDonald, quoi.
'''Gérard''' : Bon bah ça, McDonald, c'est ce qui est...
'''Gargamel''' : Attends, attends. Le menu Best Of Plus.
'''Gérard''' : Ouais, mais d'accord. Mais d'accord. Mais c'est ce que tu manges toute une journée, hein.
'''Sylvie''' : Ouais, mais moi j'aime bien les McDo, hein.
'''Gargamel''' : Tu sais, des fois, Gérard, faut pas faire compliqué, hein. Des fois, tu sais, tu fais compliqué, ça plaît pas. Alors moi, je dis euh McDo.
'''Gérard''' : Ouais, mais... Ouais, mais alors, par exemple, moi je vais te prendre un... je vais prendre un truc comme ça, au hasard. Par exemple, pour ton anniversaire... Tu as... tu as... tu as demandé à ta copine qu'elle t'offre un McDo pour ton anniversaire ?
'''Gargamel''' : Ah bah non.
'''Phildar''' : Ouais, mais avec le McDo, y'a la pipe !
'''Gérard''' : Donc, moi, je te disais, donc, pour... pour ton anniversaire, donc, tu préfères aller au McDo que d'aller dans un bon restaurant, je sais pas moi... Ouais, mais y'a d'autres restaurants que le McDo.
'''Gargamel''' : Ouais, c'est vrai. Y'a Quick.
'''Phildar''' : Toi tu irais dans quel genre de resto ? Chez Flunch ?
'''Gérard''' : Non, mais je vais vous dire. Bon bah, on a quand même... on a quand même bien mangé, et puis tout. Non, c'est vrai. On était euh... on était une dizaine, et bah, on s'est quand même régalé...
'''PHildar''' : C'est toi qui as payé ?
'''Gérard''' : Tout le monde. Tout le monde a participé.
'''Gérard''' : On t'a offert quand même la pizza ? Attendez, stop. Y'a une question Minitel.
'''Manu''' : On nous demande : quel est le point commun entre Gérard et le dernier prix Goncourt ? La réponse, tu sais, Gégé ?
'''Gargamel''' : La couverture.
'''Manu''' : Ils ont tous les deux été tirés à 100 % en mille exemplaires.
'''Gérard''' : N'importe quoi ! Ok. Euh, Benjamin.
'''Benjamin''' : Ouais. Bah, écoute, moi, j'ai un plan. Ça fait à peu près deux ans que je suis dessus. Donc, j'emmène ma copine dans un restaurant thaïlandais, je fais semblant de me laver les mains, et je me casse avec ma maîtresse le jour de la Saint-Valentin.
Ah, mais ça franchement, nickel. J'ai tout prévu depuis deux ans.
'''Gérard''' : N'importe quoi !
'''Benjamin''' : C'est génial, hein ?
'''Gérard''' : Non, mais non, pas du tout. Là, c'est pas... Ça me fait... Non, tu vois, là, je vais te dire une chose, que ça me fait pas rire du tout.
'''Benjamin''' : Ça fait deux ans que je suis là-dessus, Gérard.
'''Melon''' : Ouais, c'est Melon. Bah, je voulais savoir... Tu parlais de cuisine. Sandy, elle fait bien la bouffe ?
'''Gérard''' : Euh, oui, très bien.
'''Melon''' : Et Quand est-ce que tu nous invites à manger chez toi, Gégé ?
'''Gérard''' : Jamais.
'''Gargamel''' : Alors, là, ça c'est pas sympa.
'''Gérard''' : Si c'est pas sympa. Dans ce cas-là, Melon, tu retournes voir...
'''Melon''' : T'as peur qu'on s'empoisonne ? C'est pas gentil de faire travailler des esclaves juste pour toi. Faut en faire profiter les autres. Si t'as pris Sandy, c'est pour une raison. On m'a dit que tu l'avais pris pour le ménage, la cuisine, les fenêtres, nettoyer les chiottes, parce que toi, c'est clair, t'es pas capable. Il paraît que chez toi c'est dégueu. Depuis qu'il y a Sandy, il paraît que c'est vachement plus propre.
'''Gérard''' : Alors, qui t'a dit ça ?
'''Melon''' : Bah, je sais pas. C'est des rumeurs qui courent...
'''COsette''' : sur internet.
'''Gérard''' : Non, non, attends. Toi, Cosette... Tu vas déjà...
'''Phildar''' : Bon, on va se calmer. On va revenir au débat, d'accord ?
'''Cosette''' : Ouais, Gégé, je réponds à la question. C'est Cosette. Donc, moi, il y a deux solutions. C'est clair et net. Première : un bon restaurant, tu vois, la totale quoi. Et la deuxième solution : bah, je prépare un bon petit dîner à mon petit Jules, tu vois, la totale, les chandelles, un bon petit plat, et puis ça va quoi.
'''Gargamel''' : Il y a un resto qui marche bien en ce moment, c'est Hippopotamus, où tu manges des steaks d'hippopotame.
'''Gérard''' : Non, mais de toute manière, il n'y a pas besoin d'aller dans un grand restaurant.
'''Cosette''' : Ouais, mais on fait pas de pub pour un restaurant, Gégé.
'''Gargamel''' : Tout à l'heure, tu disais qu'il faut pas aller dans McDo, alors on va où ?
'''Gérard''' : Mais non, mais il n'y a pas... Mais tu... Pourquoi ? Mais je te dis, il n'y a pas que le McDo qui compte ! Mais non, mais tu peux aller n'importe où, dans n'importe quel restaurant, sans aller manger ce que tu manges toute une journée.
'''Manu''' : Et on nous demande un autre nom de resto, si t'aimes bien, c'est La Bouche des Goûts. ''[Cosette éclate de rire, Gérard boude]''. Non, mais c'est en deux mots, Gérard.
'''Phildar''' : C'est dans le Marais, c'est à Paris, dans le Marais.
'''Gargamel''' : Mais c'est pas à côté, c'est pas à côté de Superphénix ?
'''Cosette''' : Moi, je crois que c'est à côté de Planet Hollywood.
'''Gérard''' : Non, mais toi, Cosette, tout à l'heure... tu vas aller faire Planet Hollywood dans ton lit, toi.
'''Gargamel''' : Bon, allez, question suivante, Gérard.
'''Gérard''' : Non, mais vous êtes pressés ? Ah, non. Non, mais moi, j'ai jusqu'à... moi, j'ai jusqu'à 4h du matin. Donc, si vous êtes pressés, vous allez réfléchir. On va...
'''Gargamel et Benjamin''' : On est motivé, c'est pas pareil. On est motivé.
'''Sylvie''' : Moi, par contre, je suis pressée d'aller me coucher.
'''Gérard''' : Ah bah, alors, Sylvie. Bah, Sylvie, si t'es pressée d'aller te coucher, bah, je vais te laisser. Je pourrais rêver de toi, comme ça.
'''Phildar''' : Oh là là, on dirait qu'elle est amoureuse de toi.
'''Gérard''' : Ah bah, tant pis. Si elle est pressée d'aller se coucher, bah, tu lui dis au revoir, alors. Tant pis pour elle.
'''Gargamel''' : Laisse-lui une chance encore. Une petite chance.
'''Gérard''', ''[souriant]'' : Allez-vous vous marier le jour de la Saint-Valentin ?
'''Cosette''' : C'est Cosette. Je me marierai jamais le jour de la Saint-Valentin. C'est clair.
'''Gérard'' : Pourquoi ? Pourquoi ?
'''Cosette''' : Moi, je trouve que c'est ridicule.
'''Gérard''' : Mais attends. Mais là, c'est une preuve d'amour !
'''Cosette''' : Non, mais je comprends pas. Non, mais attends. Je comprends pas pourquoi le 14 février, c'est la Saint-Valentin. Ça peut être le 3 mars, le 15 avril.
'''Gérard''' : Mais c'est pas de notre faute si le calendrier a été choisi comme ça. Mais attends. Mais attends, Cosette. Dans ces cas-là, dans ces cas-là, pourquoi qu'une fois par an, le 13 tombe toujours un vendredi, c'est de la faute à qui ?
'''Gargamel''' : T'es sûr de ça ?
'''Cosette''' : Oh, mais ça, ça remonte à l'histoire.
'''Gérard''' : Oui, mais là... Là, pourquoi... pourquoi qu'aujourd'hui, on est le 13... et pourquoi que vendredi, on est le 14 ?
'''Benjamin''' : Je peux parler de l'art égyptien, si vous voulez, pour ça.
'''Gérard''' : Non, non, non. De l'art égyptien... Benjamin...
'''Benjamin''' : Bah, ouais, mais ça explique tout aussi.
'''Gérard''' : Non, non, mais on en a rien à foutre !
'''Stéphanie''', ''[agacée]'' : Mais tu cherches même pas à te cultiver !
'''Gargamel''' : Mais alors, à ce moment-là aussi, pourquoi le 1er avril, on met des poissons dans le dos, quoi ?
'''Stéphanie''' : Exactement ! C'est commercial. Ça, c'est commercial.
'''Gargamel''' : Pour vendre du poisson.
'''Stéphanie''' : Pourquoi le jour de son anniversaire, on reçoit des cadeaux ?
'''Gérard''' : Bon, ça, vous vous calmez, s'il vous plaît. On me parle, merci !
'''Stéphanie''' : On remplit les blancs, je te ferais dire.
'''Cosette''' : Bon, Gégé, vas-y, continue ce que tu fais. ''[blanc]''. On n'entend plus rien.
'''Gérard''' : Non, je suis revenu.
'''Cosette''' :Ouais, Gégé, c'est ce que je te disais. Pourquoi le 14 février ? Ça remonte à des siècles. Ça remonte à l'histoire.
'''Benjamin''' :Ouais, Gérard, je peux te poser une question ? C'est Benjamin. Tu parlais des dates. Si le jour de l'an, la veille, le 31 décembre, ça tombait un vendredi 13, tu le fêterais quand même ou pas, toi ?
'''Stéphanie''' : Ah, moi, je le fête pas, c'est clair.
'''Manu''' :Ouais, on nous demande si la Saint-Valentin, c'est le 14 février, on nous dit que c'est la fête des amoureux, pourquoi la Saint-Gérard, c'est pas la fête des enc ?
'''Gérard''' : Alors là, là, par contre, la question minutelle, que ça soit la fête des amoureux, je veux bien, mais alors que l'autre partie, je suis pas d'accord. Parce que si le jour de la Saint-Gérard, c'est pas le jour des enc..., dans ce cas-là, celui qui a dit ça, c'est lui-même l'enc... ''[applaudissement encourageants du studio]''.
'''Phildar''' : Sur ces belles paroles, on accueille Banane à la place de Kiwi, ou Melon, je sais plus.
'''Cosette''' : On a un beau panier de fruits,
'''Phildar''' : Et Véronique.
'''Gargamel''' : Mais au fait, c'est quoi la Saint-Gérard, alors ?
'''Gérard''' : Euh, ça, je te le dirai pas. Donc, alors, je répète la question pour Banane et Véronique. Donc, allez-vous vous marier le jour de la Saint-Valentin, donc pour toi, Véronique ?
'''Véronique''' : Euh, non, je me marierai jamais le jour de la Saint-Valentin.
'''Gérard''' : Et pourquoi ?
'''Véronique''' : Bah, si je suis pas amoureuse...
'''Cosette''' : Non, mais c'est hors sujet, ça.
'''Gérard''' : Non, non, mais c'est bon, vas-y... c'est hors sujet, Cosette, tu permets ?
'''Véronique''' : Non, moi, je suis prête à me marier le jour de mon anniversaire, par contre.
'''Gérard''' : Pourquoi ?
'''Véronique''' : Bah, parce que c'est mon anniversaire.
'''Stéphanie''' : Ouais, mais bon, si tu te maries et que ton anniversaire, t'auras deux fois plus de cadeaux.
'''Gérard''' : Ouais, mais dans ces cas-là, même à la Saint-Valentin, tu peux te marier le jour de la Saint-Valentin. Si le jour de ton anniversaire tombe le jour de la Saint-Valentin, mettons, et que tu te maries ce même jour, t'as le double de cadeaux.
'''Gargamel''' : Ouais, mais... Faut voir, Gérard, qu'on se caille les miches le 14 février.
'''Gérard''' : Attends, moi, je vais te dire une chose. Là, je vais te dire une chose, tu te trompes, parce que je vais te dire, quand même, c'est pas le truc de la météo, mais faut quand même dire que pour un 12 février, on a eu quand même 17 degrés. ''[ovation du studio]''. Oui, c'est qu'on n'a pas eu d'hiver.
'''Phildar''' : Et ça, c'est grâce à Gérard, vous le savez pas. Donc, vous réfléchissez, on peut envoyer un petit disque...
'''Manu''' : Juste avant, il y a un truc sur Minitel de la part de Roby. Il nous demande quelle est la différence entre Gérard et la techno hardcore. Tu sais, Gérard ? Non, personne ? Aucune. C'est tous les deux 200 bits par minute. Voilà.
'''Gérard''' : Ben c'est bien. C'est bon, t'envoies, tu me donneras le titre tout à l'heure.
'''Reego''' : Non, non, on a le titre, on a le titre !
'''Gérard''' : On a le titre, j'espère que c'est pas un titre bidon. J'espère pour toi, Phildar. Donc, on a fait le tour de la cinquième. Alors, je pose la sixième. Faites-vous l'amour le jour de la Saint-Valentin ? Donc, on se retrouve tout de suite après. On va s'écouter les Das Pouk avec 809 Révolution. Et toujours le 3615 Code Fun Radio, rubrique direct.
''[Musique des Daft Punk]''
'''Gérard''' : Et on récupère Banane. Gargamel. Stéphanie. Cosette.
'''Phildar''' : Elle est virée, j'en prends une autre.
'''Gérard''' : Ok.
'''Banane''' : Il y a la Belgique qui sonne.
'''Gérard''' : Et Véronique.
'''Véronique''' : Salut, mon amour.
'''Gargamel''' : Tu veux pas avoir un Américain pour savoir ce qu'il pense de la Saint-Valentin ?
'''Gérard''' : Non, non, on va... J'ai pas l'intention de... de faire des débats de merde comme la semaine dernière. Donc, je voudrais que ça se fasse...
'''Gargamel''' : Non, c'était pas de la merde.
'''Gérard''' : Non, mais la semaine dernière, c'était le vrai bordel. Donc, cette semaine, je voudrais que les deux débats, au moins, pour une fois, dans l'année, je voudrais qu'au moins... que les deux débats se passent comme tout le monde le souhaite. Parce que si ça se passe mal, il n'y aura plus de débat.
'''Gargamel''' : On peut rigoler quand même de temps en temps.
'''Gérard''' : Oui, mais d'accord. Mais il y a rigoler et rigoler. Moi, je voudrais qu'une fois, au moins une fois par semaine, qu'on fasse des débats un peu, qu'on puisse réagir tous, mais au moins qu'il n'y aye pas d'insultes. C'est tout ce que je demande.
''[ovation du studio]''.
'''Banane''' : Alors faites-vous l'amour le jour de la Saint-Valentin.
'''Phildar''' : Et on accueille Cruella.
'''Gérard''' : Bon, réveille-toi, parce que si ça commence à dormir, ça ne va pas aller vite.
'''Véronique''' : Je suis réveillée.
'''Gargamel''' : Écoute, je crois que c'est... Oui, c'est sûr, je vais faire l'amour, mais surtout, je pense que j'ai déjà demandé si elle veut bien se faire sodomiser. Je n'ai jamais essayé. Je trouve que justement, la Saint-Valentin, ça pourrait être l'occasion de demander.
'''Gérard''' : Oui, mais moi, je vais te poser une question, Benjamin, comme c'est toi qui viens de parler.
'''Gargamel''' : Ah non, c'est Gargamel.
'''Gérard''' : Donc, est-ce que tu crois que le jour de la Saint-Valentin, c'est comme ça que tu donnes une preuve d'amour à ta comine en lui faisant mal par derrière ?
'''Gargamel''' : Sérieusement, tu peux lui exposer tes fantasmes le jour de la Saint-Valentin, quoi.
'''Gérard''' : Oui, mais d'accord, mais si elle n'est pas d'accord ?
'''Gargamel''' : Eh bien, j'insiste pas. Mais dans la bouche.
'''Gérard''' : Eh bien, si elle ne veut pas ?
'''Gargamel''' : Ah, dis donc, je ne sors pas avec des nonnes, hein.
'''Gérard''' : Ah, ben oui, mais attends, dans ce cas-là, si elle te refuse la sodomie...
'''Gargamel''' : Ça, je suis d'accord, c'est normal, mais la bouche, quand même, merde.
'''Gérard''' : Eh bien, si elle ne veut pas, si elle n'aime pas, tu ne vas pas la forcer ?
'''Gargamel''' : Ben non, je ne vais pas la forcer, mais... c'est triste quoi.
'''Gérard''' : Dans ce cas-là, tu vas la quitter parce qu'elle ne veut pas...
'''Gargamel''' : Ah non, je n'ai pas dit ça. Ben, je me taperai une main droite, quoi.
'''Gérard''' : Comme tu veux. Donc, Benjamin, pour toi ?
'''Banane''' : La question, c'est faites-vous l'amour le jour de la Saint-Valentin. La septième, c'est avez-vous connu l'amour le jour de la Saint-Valentin. La huitième, a-t-on...
'''Phildar''' : Je l'ai coupé.
'''Gargamel ''' : C'est pas lui qui t'a envoyé le débat ?
''Benjamin''' : Ouais, donc, ben écoute, ouais, c'est symbolique. Autant faire... Est-ce que tu peux parler moins fort, Gérard ? Parce que je sors du resto, là, et ça me fait mal à la tête.
''Gérard ''' : Oh, mais attends, ben...
'''Benjamin''' : Attends, laisse-moi finir. Et ouais, ouais, je fais ça aussi le jour de la Saint-Valentin, ouais.
'''Stéphanie''' : Eh ben, moi, l'année dernière, j'ai demandé à mon copain qu'il me sodomise<ref name="explic1"></ref> le jour de la Saint-Valentin.
'''Gargamel''' : Ah, tu vois, tu vois, Gérard ?
'''Gérard''' : Oui, non, mais attends, attends. Gargamel, s'il te plaît, tu...
'''Gargamel''' : Oh, mais c'est pour dire que je suis pas tout seul, quoi.
'''Gérard''' : Oui, mais alors, t'as accepté ?
'''Stéphanie''' : Non, c'est moi qui lui ai demandé de le faire.
'''Gérard''' : Ah, c'est toi ? Ah, donc, nuance. Et il a bien voulu ?
'''Stéphanie''' : Ben oui, attends, tu proposes à un mec de t'e..., il dit pas non, hein.
'''Gérard''' : Ouais, mais attends, dans ce cas-là, il y a un proverbe qui dit... L'homme propose, la femme dispose.
'''Stéphanie''' : Ben là, c'est moi qui ai proposé.
'''Gargamel''' : T'as encore lu le dictionnaire, Gérard.
'''Gérard''', ''[souriant]'' : Véronique ? Oh, tu te réveilles, s'il te plaît, merci.
'''Véronique''' : C'est quoi, déjà, la question ?
'''Gérard''' : Eh, les oreilles, c'est comme le cul, ça se lave, ma chérie, hein.
'''Gargamel''' : Ah, ben, on en revient au cul, encore, tiens.
'''Véronique''' : Non, mais y a pas de problème, mon amour.
'''Gérard''' : Faites-vous l'amour le jour de la Saint-Valentin ?
'''Véronique''' : Euh, non. Pas le jour de la Saint-Valentin, parce que moi, je fais ça tous les jours.
'''Gargamel''' : Il paraît que c'est très bon pour la santé.
'''Gérard''' : Ouais, non, mais il paraît qu'à la fin, ça rend les c... molles, hein.
'''Gargamel''' : C'est n'importe quoi.
'''Gérard''' : Quoi, c'est n'importe quoi ? Mais attends, tu vas b... tous les jours pendant 24 heures, et après, tu vas pas avoir les c... molles.
'''Gargamel''' : D'accord, Gérard, mais 1 fois par jour, pas 24 heures.
'''Gérard''' : Y en a qui veulent ça toute une journée, hein, je suis désolé. Donc, Cruella, pour toi ?
'''Cruella''', ''[ton exagélément sexy]'' : Moi, je suis pucelle.
'''Gérard''' : Non, mais alors, Cruella. Tu vas parler bien fort devant ton combiné, parce que sinon...
'''Stéphanie''' : Mais c'est parce qu'elle est sensuelle.
'''Gérard''' : Non, mais attends, moi, des voix comme ça, ça me prend la tête quand on pose des questions et qu'elles répondent pas.
''[Elle recommence, tentant de draguer Gérard, devant le studio épaté]''.
'''Curella''' : Je t'attends, Gégé.
'''Gérard''' : Ah, tu m'attends ? Ouais. Eh ben, je t'attends, je t'attends, ben... Ouais, bah, quand t'en auras marre de m'attendre, eh ben, tu verras le jour se lever, hein.
'''Curella''' : Ouais, je serai comme Pénélope.
'''Gérard''' : Voilà. Ok, merci. Donc, on va passer à la prochaine question.
'''Phildar''' : Avant, Gérard, j'aimerais qu'on accueille les nouveaux, parce que j'en ai viré, comme d'habitude. Alors, on accueille Pomme et Poirot.
'''Gérard''' : Pomme, Poirot. Ah, ben, c'est pas mal. C'est bizarre, ce soir, on va dans les fruits. Donc, avez-vous connu l'amour le jour de la Saint-Valentin ?
'''Poirot''' : Par devant ou par derrière ?
'''Gérard''' : Ben, avez-vous connu l'amour ?
'''Benjamin''' : Ouais, c'est Benjamin. Avec ma grand-mère, ouais.
'''Véronique''' : Euh, non, pas du tout.
'''Gérar''' : Pourquoi ?
'''Véronique''' : Ben, parce que j'ai pas connu l'amour.
'''Gérard''' : Non, mais répondez tous en même temps... ''[Tout le monde parle en même temps, il faudra l'aide de Phildar pour ramener de l'ordre]''. Je vous ai pas dit de faire le bordel.
'''Benjamin''' : Ben, on a répondu.
'''Gargamel''' : On a répondu tous en même temps.
'''Benjamin''' : Tu sais, Gérard, tu fais de la radio, fais attention à ce que tu dis, parce que c'est...
'''Gargamel''' : Chaque parole, chaque parole, c'est hyper chaud.
'''Gérard''' : Ouais, non, mais... Non, mais il y a certains trucs qu'il faut quand même respecter quand je dis répondez tous en même temps, c'est-à-dire réagissez, mais sans foutre la merde. OK. Hein ? C'est pas en mettant le bordel que tout le monde comprendra. Curella ?
'''Cruella''' : Ouais, je l'ai connu.
'''Gérard''' : Bon, mais attends, eh Cruella ! Tu vas te réveiller, parce que tout à l'heure, tu vas gerber, toi.
'''Gargamel''' : Mais Cruella, Cruella, c'est toi qui es pucelle ? Est-ce que tu serais prête à donner ta virginité le jour de la Saint-Valentin ? À Gérard, bien sûr.
'''Curella''' : Ouais, ouais, tout à fait, ouais.
'''Stéphanie''' : Et quelqu'un d'autre ?
'''Curella''' : Non, non, rien qu'à Gérard.
'''Gérard''' : Vosgica ?
'''Vosgica''' : J'ai pas très bien entendu la question, désolé. Je suis arrivé en cours de route.
'''Gérard''' : Avez-vous connu l'amour le jour de la Saint-Malentin ?
'''Vosgica''' : Non, bon, voilà.
'''Gérard''' : Pourquoi ?
'''Vosgica''' : Tu vas pas me gonfler, parce que... ''[il explose de rire]''.
'''Gérard''' : Bon, alors je vais pas te gonfler, toi non plus. Allez hop, tu vires. Comme ça, je vais pas te gonfler, tu vas te dégonfler. Bonne nuit. Bonne nuit, Vosgica.
'''Phildar''' : Je l'ai viré, on accueille Lapère aussi.
'''Gérard''' : Donc, Benjamin, pour toi.
'''Benjamin''' : Je t'ai dit avec ma grand-mère, mais tu m'as zappé. Elle m'a expliqué un peu, à ce moment-là, tout ce qui se passait dans l'amour. Et après, bon, j'ai connu d'autres femmes, quoi.
'''Gargamel''' : Ouais, ben, moi, non. Enfin, moi, un jour, je me suis fait draguer par un garçon, mais c'est tout. C'est dans une boîte, mais... Non, non, c'est pas dans les chiottes.
'''Gérard''' : Alors, Gargamel, bonne nuit.
'''Gargamel''' : Arrête, mais qu'est-ce que je t'ai fait ?
'''Gérard''' : Ça t'apprendra, bonne nuit. Bonne nuit.
'''Phildar''' : Et on accueille Formica à la place de Vosgica.
'''Formica''' : Ouais, ouais, ouais, salut, je suis là, je viens d'arriver. Désolé, je m'étais un petit peu endormi.
'''Gérard''' : Ouais, ben, tu vas te réveiller, parce que sinon, tu vas être endormi.
'''Curella''' : Gérard ? Est-ce que tu t'es déjà fait draguer par des mecs ?
'''Gérard''' : C'est qui ? Ah, c'est Cruella qui pose la question. Non, pas du tout, tu vois. Jamais. Non.
'''Stéphanie''' : Est-ce que tu as déjà visité une prison turque ?
'''Benjamin''' : Est-ce que tu aimes les physiques gladiateur ?
'''Curella''' : Gérard, ça t'intéresserait d'être dragué par un mec ?
'''Formica''' : Gérard ? Gérard, je ne sais pas si tu es d'accord avec moi, mais Véronica, elle n'est pas drôle du tout.
'''Gargamel''' : En plus, elle est chiante. Non, mais attends. Tu n'es pas d'accord ? Non, mais franchement, honnêtement.
'''Gérard''' : Bon, et Benjamin, si tu n'es pas content...
'''Benjamin''' : Non, j'ai une question à te poser, moi. Est-ce que tu aimes quand un chien, il s'agrippe à ton mollet, il fait des mouvements de haut en bas ?
'''Gérard''' : Benjamin ?
'''Formica''' : Allez, hop, tu me le dégages, le Benjamin.
'''Gérard''' : Oui, voilà. Bonne nuit, Benjamin.
'''Phildar''' : Donc, on accueille Azraël.
'''Azraël''' : Tu as un peu viré méchamment, quand même.
'''Lapère''' : Moi, j'aimerais bien faire un bébé le jour de la Saint-Valentin, Gégé.
'''Véronique''' : C'est quoi la question ?
'''Gérard''' : Allez, bonne nuit. ''[Entre rire et à mi-voix]'' : Elle est bouchée celle-là ou quoi ?
'''Formica''' : Elle est trop conne, mais vire-la moi celle-là.
'''Cruella''' : Tu te calmes.
'''Formica''' : C'est pas drôle Véronique, c'est pas marrant ce que tu fais.
'''Cruella''' : Et toi tu crois que t'es drôle ?
'''Gérard''' : Tu restes poli, d'accord ? C'est pas toi qui commandes, le lascar qui dit que c'est une conne, d'accord ? Parce qu'avec une conne comme elle, on s'amuse avec une conne comme toi, on fait chier.
'''Phildar''' : Bon, là je vais accueillir deux nouveaux candidats au superbe jeu de Gérard. Mais après, on répond aux questions. Alors, Poisson Lune à la place de Benjamin et Patricia, pardon, à la place de Véronique.
'''Gérard''' : Donc, alors, attendez-vous un bébé le jour de la Saint-Valentin ? Ou faites-vous un bébé le jour de la Saint-Valentin ? Azrael, tu peux répondre ?
'''Azraël''' : Oui. Donc, écoute, je pense que c'est quand même ce qu'il y a de plus beau, quoi. Faire un bébé à sa copine le jour de la Saint-Valentin, c'est magique, quoi. Tu ne penses pas ? Ça fait un petit Capricorne, après.
'''Cruella''' : Ah non, non, ça ne veut rien dire.
'''Azraël''' : Tu te rends compte ? Tu dis à ton enfant que tu l'as fait le jour de la Saint-Valentin, quoi.
'''Cruella''' : C'est con.
'''Azraël''' : Oui, mais toi, tu es une paysanne. Ce n'est pas possible.
'''Cruella''' : Ils n'arrêtent pas de me traiter de pouf. et de conne. Alors réagis, quand même.
'''Azraël''' : C'est vrai qu'il y a beaucoup d'insultes entre auditeurs ce soir.
'''Gérard''' : Je vais vous prévenir d'une chose, soit que vous arrêtez de vous insulter ensemb, ou soit que je vous vire tous, on met un disque et je reprends du monde.
'''Max''' : Non on arrête de virer les gens toutes les deux secondes, tu vires les gens toutes les deux secondes.
'''Formica''' : Tu peux passer à ta prochaine question, s'il te plaît ? Parce que je pense qu'on s'embrouille un peu dans le débat et que ça part mal.
'''Gérard''' : Alors Formica, si ça te plaît pas...
'''Max''' : Il est d'accord avec toi !
'''Formica''' : Je dis ça pour ton bien et le bien de tes auditeurs.
'''Gérard''' : Oui, mais dans ces cas-là, c'est moi qui pose les questions, c'est tout. Faites-vous un bébé le jour de la Saint-Valentin, c'est tout. Ce n'est pas toi qui commandes.
''[Arnet et Goldo se font alors passer pour Gargamel, puis Azraël, disant à Gérard qu'ils l'emmerdent.
'''Manu''' : Gérard, reprends ton débat avec la question et tout le monde va répondre un par un parce que là, c'est le bordel.
'''Gérard''' : Faites-vous un bébé le jour de la Saint-Valentin. Formica ? Formica ?
'''Formica''' : Ouais, donc la question, je ne suis pas tout à fait d'accord avec.
'''Gérard''' : D'accord. Poisson lune ?
'''Poisson Lune''' : Je vais te dire ouais.
'''Gérard''' : D'accord. Comme ça, tu réponds vachement vite, toi.
'''Poisson Lune''' : Je voulais être concis, c'est pour ça. Je voulais être concis dans cette réponse.
'''Cruella''' : Je passe.
'''Gérard''' : Tu passes, c'est bien. Qui c'est qui nous reste encore ?
'''Lapère''' : Ouais, moi, j'attends un petit bébé labrador pour la Saint-Valentin. On s'est cassé le cul à le faire et tout. Il a fallu gérer. Enfin, tu vois le genre.
'''Patricia''' : Non, je n'ai pas encore de bébé, mais j'aimerais bien en avoir un de toi, par contre.
'''Cruella''' : Ouai ben au secours...
'''Gérard''' : Pourquoi au secours ?
'''Azraël''' : Ben, parce qu'Alien 4, c'est déjà sorti.
'''Stéphanie''' : Non, moi je n'ai pas répondu.
'''Gérard''' : Ouais, ben, je t'écoute.
'''Stéphanie''' : Ben, non.
'''Gérard''' : Et pourquoi non ?
'''Stéphanie''' : Ben, parce que... Ça ne se calcule pas, c'est tout. Parce que... Il faut que le cycle ovulatoir tombe... voilà... faut attendre et tout... En plus, ça tombe une fois par an. Il suffit que cette semaine-là, j'aie mes trucs, eh ben, il faut que j'attende l'année d'après. Donc, je n'ai pas à me casser le cul à calculer 14 février, 25 juin. J'en ai rien à foutre. Ça sera quand mon cycle ovulatoire me le permettra. C'est tout.
'''Gérard''' : Ben, moi, je peux te dire une chose. Si la nana a un bébé le jour de la Saint-Valentin, si elle veut le porter 9 mois, elle le porte 9 mois. Sinon, ben... C'est pas la peine.
'''Phildar''' : Et si elle veut le porter 12 mois ?
'''Manu''' : Et si elle veut le porter en 5 ans ?
'''Azraël''' : D'ailleurs, je trouve ça dégueulasse. Elles ne sont jamais libres de faire ce qu'elles veulent.
'''Gérard''' : Non, non, mais attends. Azrael, c'est... Je vais te dire une chose. Si elle veut... C'est elle qui décide...
'''Azraël''' : Ouais, mais Phildar a raison, pourquoi pas 12 mois ?
'''Gérard ''' : Mais non, c'est 9 mois. C'est 9 mois. C'est pas 12 mois. J'ai jamais vu quelqu'un qui porte un bébé 12 mois.
'''Azraël''' : Ben, tout ça, c'est ce que je te dis. C'est comme la Saint-Valentin. C'est comme le 1er avril. Tout ça, c'est commercial, quoi.
'''Poisson Lune''' : T'as jamais vu quelqu'un qui porte un bébé 12 mois ? Vas en Hongrie, tu verras.
'''Curella''' : Je voulais savoir combien tu voudrais le bébé, toi.
'''Gérard''' : Moi, j'en veux 9.
'''Manu''' : 9 petits Gérard, t'imagines le tableau.
'''Gérard''' : 9 babouins.
'''Phildar''' : Ah, ben oui, c'est le cas de le dire.
'''Gérard''' : Avez-vous reçu des CDs pour la Saint-Valentin ?
'''Stéphanie''' : Moi, mes CDs, je me les achète toute seule.
'''Gérard''' : Et pourquoi ? ''[Max en écho]'' Merci, Manu.
'''Stéphanie''' : Oui, parce qu'à chaque fois qu'on m'offre un truc, ça me plaît pas. Donc là, je suis sûre que ça me plaît.
'''Patricia''' : Non, moi, on m'offre les CD, moi.
'''Gérard''' : Et si on te demande d'en offrir un à quelqu'un, tu serais prête à le faire ?
'''Patricia''' : Non, pas du tout, parce que je suis radine, donc...
'''Gérard''' : Ah, d'accord. ''[Max en écho]''. Et toi, Stéphanie, si quelqu'un t'offre un CD ? Donc, tu le prends ou pas ?
'''Stéphanie''' : Non, je t'ai dit non. Moi, c'est moi qui m'achète mes CD. Bon, je le prends si ça me plaît, évidemment. Je vais pas craché dessus. Mais j'aime pas qu'on me fasse des cadeaux, parce qu'en général, c'est toujours moche, ça me plaît pas. Donc voilà, je préfère en faire.
'''Cruella''' : Moi, je suis pas d'accord. Faut tenir compte du geste.
'''Stpéhanie''' : Non, mais... Je veux dire, c'est pas... C'est pas le cadeau pourri qui compte, quoi. C'est vrai que c'est le geste.
'''Cruella''' : Non, mais attends, je suis désolée. Quelqu'un fait un geste, tu l'acceptes pas, c'est vrai ?
'''Stéphanie''' : Mais non, c'est pas que je l'accepte pas, mais... Un truc POURRI, on t'offre un truc POURRI, t'es contente ?
'''Azraël''' : De toute façon, si ça te plaît pas, tu peux le refiler, après, encore.
'''Gérard''' : Non, non, non, tu vas pas aller chez le magasin, parce que le cadeau, il te plaît pas. ''[Max en écho sur les non]''.
'''Stéphanie''' : Non, moi, je le revends, hein.
'''Poisson-Lune''' : Moi, si on m'offre un CD le jour de Saint-Valentin, je m'en sers pour caler la table de la cuisine.
'''Phildar''' : Formica, il est parti, et justement, à la place de Formica, on accueille Valentin.
'''Stéphanie''' : Bonne fête, Valentin.
'''Valentin''', ''[voix de tête tout du long]'' : Merci à vous aussi.
'''Azraël''' : Ah bah, c'est un trav encore, ça.
'''Valentin''' : Oui.
'''Azraël''' : Gérard, t'es encore fait avoir.
'''Gérard''' : Oh. Eh, ça y est, là, ou quoi ? Eh, il se réveille, lui, là, ou quoi ?
'''Manu et Phildar''' : Ouais, réveille-toi. Oui, c'est vrai, réveille-toi.
'''Valentin''' : Ah, vous parlez de moi, j'imagine.
'''Gérard''' : Non, on parle du pape. ''[écho par Max]''.
'''Valentin''' : Ah. Oui, mais je n'ai pas entendu la question, j'arrive du du standard.
'''Gérard''' : Bon, allez, c'est bon, on va faire... ''[écho]''. Dixième, faites-vous un voyage le jour... ''[écho]''. Manu ! Merde !
'''Manu''', ''[indigné]'' : C'est moi, t'as vu mes mains ? Elles sont sur les boutons ? elles sont en l'air, mes mains. Je fais le son avec mes mains ? Comme par hasard. C'est pas mes mains.
'''Gérard''' : Vous allez vous calmer, parce que le premier débat, il commence à foirer, ça commence à me plaire. Il est quand même 2h10 et il commence déjà à foirer, il reste encore 5 questions.
'''Lapère''' : Eh, Gérard, je vais t'offrir le CD de Ricky Martins dans tes fesses, tu vas voir.
'''Phildar''' : Je l'ai coupé.
'''Gérard''' : Voilà, comme ça, celui-là, tu peux lui dire... Même au revoir tout de suite, à lui. Donc, faites-vous un voyage le jour de la Saint-Valentin ?
'''Azraël''' : Ben, écoute, là, tu viens de me donner une idée, ben ouais, pourquoi pas, tiens.
'''Stéphanie''' : Tu vas l'emmener où ?
'''Azraël''' : Ben... Ah, un truc où on va jamais... Tiens, à Euro Disney, tiens.
'''Stéphanie''' : Ou au Center Park, tiens, parfait.
'''Azraël''' : Au Center Park. Comme ça, il y a des jacuzzis, moi, j'aime bien baiser dans les jacuzzis.
'''Gérard''', ''[absent]'' : D'accord.
'''Azraël''' : Attends, Gérard, tu aimes pas baiser dans les jacuzzis ?
'''Gérard''' : Bon, attends, tu permets qu'on... qu'on voie un peu les gens, ce qu'ils ont à répondre là-dessus ?
'''Phildar''' : Tu peux répondre rapide, est-ce que t'aimes faire ça avec un jacuzzi ?
'''Gérard''' : Non. Je sais même pas ce que c'est. C'est quoi ?
'''Phildar''' : C'est quoi un jacuzzi, Azrel ?
'''Azraël''' : Ben, un jacuzzi, c'est...
'''Stéphanie''' : Un gros bonhomme. On appelle ça les jacous. C'est un sport, au Japon.
'''Azraël''' : Non, sérieusement, c'est une espèce de piscine où il y a des bulles et où l'eau est chaude, mais fais gaffe, Gérard, c'est hyper dangereux de baiser dans une piscine et tu sais pourquoi, Gérard ? Parce que...
''[Bruit de touches de téléphone, puis Gérard 'en plaint mais chaque phrase a un écho de Max, il s'agae]''.
'''Manu''' : Ce que je te propose de faire, c'est tu poses ta question, on met un disque et on revient après.
'''Gérard''' : Donc, faites-vous un voyage pour la Saint-Valentin et on se retrouve juste après. ''[écho sur la dernière partie de la phrase]''.
'''Manu''' : Les numéros de téléphone, quand même.
'''Gérard''' : 0800 70 5000 et 0803 08 5000 et 3615 code funradio rubrique Direct. ''[tout est avec l'écho de Max sacadé. La musique se lance]''.
Bon suite et fin du débat sur la Saint Valentin. On récupère Valentin. Poisson Lune. Azraël. Lapère. Cruella. Stéphanie et Patricia. Donc, alors, faites-vous un voyage le jour de la Saint-Valentin. On va demander à Azraël, tiens.
'''Azraël''' : Eh bah, oui. Moi, je vais en faire un. Je pense que je vais aller... Normalement, je devrais aller au Brésil.
'''Gérard''' : Non, mais ça va. J'entends même pas ce que les auditeurs disent. Vous parlez entre vous, là. Non, mais c'est bien, Manu. Bon, euh... Lapère.
'''Lapère''' ''[Joué par Tony]'' : Donc, moi, je pars pas en voyage. J'ai pas de thunes.
'''Valentin''' : Ouais, mais si t'en avais, t'irais où ?
'''Lapère''' : Si j'en avais, j'irais... La banlieue proche. Suresnes. L'auberge de jeunesse, Suresnes. Cité Carnot.
'''Gérard''' : Donne ton nom, toi. Donne ton nom !
'''Lapère''' : Arnet !
'''Arnet''', ''[au fond de la pièce, loin du téléphone]'' : Non c'est Tony !
'''Azraël''' : Comment tu veux qu'il te le donne par téléphone ?
'''Valentin''', ''[désormais la voix normale]'' : Je voulais quand même répondre. Si je devais partir quelque part pour l'été, je partirais pas tout seul. Je partirais accompagné et je prendrais peut-être le train ou le bateau.
''[Gérard n'éoute plus, il regarde son équipe, perdu, et elle attend. La confusion s'installe, Max participant à cette situation par des bonsoirs sonores et anonymes. Gérard s'énerve de plus en plus]''.
'''Gérard''' : Y en a qui s'amuse à passer sur tout le monde, ça va pas commencer ! ''[Bruit de touches de téléphone]''. Bon, Patricia, t'arrêtes, s'il te plaît, merci.
'''Patricia''' : Ah non, mais je t'assure, c'est pas moi.
'''Valentin''' : Réveilels toi Patricia.
'''Gérard''' : Attends, toi, tu t'écrases, s'il te plaît.
'''Valentin''' : Valentin il te disait... ''[il réprime un fou rire]''. que si on était à deux, on irait bien plus loin que tout seul. C'est ça, l'avantage de la Saint-Valentin. C'est pour ça que c'est une fête. C'est l'amour qui est représenté.
'''Poisson Lune''' : Bah, écoute, moi, j'aimerais partir sur l'île de Pâques, avec Christelle, avec le Titanic.
'''Valentin''' : Ouais, mais précise ton nom, Valentin.
'''Gérard''' : Je sens que tout à l'heure, les mecs, vous allez saquer, ça va aller vite.
'''Valentin''' : On va tout savoir le jour de la Saint-Valentin. Propose-nous, toi, où tu vas partir avec Sandy.
'''Reego''' : Il est aux toilettes, Azraël. Il revient. Il m'a dit hors antenne qu'il était aux toilettes, Azraël.
'''Gérard''' : Non, mais c'est bon. Les mecs, s'ils font des débats et qu'ils vont aux toilettes entre deux, c'est pas la peine.
'''Phildar''' : Surtout qu'il raccrochen, parce qu'on le rappelle.
'''Gérard''' : Ouais, bah alors, bonne nuit. Hop. Lapère.
'''Valentin''' : Oui, mon chéri.
'''Gérard''' : Ouai, bah, tu te réveilles, s'il te plaît. Je suis pas ton chéri, parce que tout à l'heure, tu vas dégager. ''[lancement d'une musique, à très faible volume, pendant 2 secondes]''. Tu m'éteins, ta saloperie de radio derrière.
'''Lapère''' : Ouais, éteins, s'il te plaît, Goldorak.
'''Gérard''' : Allez, hop. C'est bon. Philippe. Tu me vires Lapère.
'''Valentin''', ''[sur fond de larsen]'' : En fait, je crois que la Saint-Valentin, c'est le jour où on peut rêver de l'amour.
'''Cruella''' : Moi, je dis, il y a deux trucs, quoi. Premièrement, une croisière à bord du Titanic. Et deuxièmement, dans le désert australien avec...
L'étoilé. Tu ferais une croisière avec moi à bord du Titanic ?
'''Gérard''' : Non. Stéphanie.
'''Poisson Lune''' : Ah, Stéphanie !
'''Gérard''' : Ah, mais ça y est, Valentin, ou Poisson Lune, vous vous calmez !
'''Poisson Lune''' : C'est Poisson Lune, j'adore Stéphanie.
'''Gérard''' : Ouais, ben, tu te calmes, sinon tu vas dégager, toi, maintenant.
'''Valentin''' : Mais reste cool, Gérard.
'''Poisson Lune''' : Gérard, c'est Poisson Lune, j'ai fait deux ans de karaté, fais gaffe.
'''Gérard''' :Tout à l'heure, Poisson Lune, tu vas dégager, tu vas faire du karaté dans ta flotte. Oh là là ! Deux heures et demie, vous commencez à foutre le bordel à la dixième question, c'est pas bon, hein. Le débat, il n'est pas fini.
'''Valentin''' :C'est pas vrai, c'est pas les auditeurs qui foutent le bordel. Attention, là, tu vas un peu loin dans ce que tu dis. C'est toi qui t'énerves sans arrêt, depuis tout à l'heure, j'essaie de répondre, tu m'entends même pas.
'''Gérard''', ''[par-dessus la deuxième phrade de Valentin]'' : Non, mais c'est vous. Ouais, ben, dans ce cas-là, vous vous calmez, vous me laissez. C'est bizarre. Bon, ça y est, toi, tu te calmes. Donc, Stéphanie.
'''Stéphanie''' :Ben, moi, en fait, j'ai fait pleins de voyages, ouais. Pour l'instant, je suis seule, donc le voyage toute seule, ça me fout les boules, quoi.
'''Gérard''' :Attendez, il y a une question Minitel avant de passer à Patricia.
'''Manu''' : C'est une petite devinette. C'est, en athlétisme, quelle est la distance préférée de Gégé ? Le Sandy mètres haie.
'''Gérard''' :Non, l'autre, complètement con. Patricia.
'''Phildar''' :Attends, avant, j'aimerais qu'on accueille quand même des nouveaux. Il y a Perfouras. Et on retrouve Azrael qui est revenu des toilettes.
'''Valentin''' : Eh, Azrael, je peux te poser une question personnelle ? Tu te torches de la main droite ou de la gauche ?
'''Perfouras''' :Avec la langue du Perforas.
'''Poisson Lune''' : Eh, Perforas. Est-ce que t'as eu une relation sexuelle avec Passepartout ?
'''Phildar''' :On continue le débat, s'il vous plaît. Le débat, Gérard, est à la onzième question. Allez. Avec une autre question.
'''Valentin''' : Gérard, tu te torches de quelle main ?
'''Goldo''' : Gégé, c'est Passepartout, je suis avec le Perforas et on se demandait si les nains pouvaient fêter la Saint-Valentin.
'''Phildar''' :C'est une bonne question, mais on y reviendra à la fin du débat. Vas-y, Gérard, continue.
'''Gérard''' :Patricia, pour toi ?
'''Patricia''' : Ben non, je peux pas voyager parce que c'est pareil, c'est le manque d'argent.
'''Cruella''' : Gégé ? Moi, j'ai une question à te poser, s'il te plaît. Je voulais savoir quel pays t'as visité, toi ? À part la France, bien sûr.
'''Gérard''' : Ben t'as qu'à écouter quand Max annonce des soirées que je vais avec lui.
'''Cruella''' :Non, mais dans quel pays ?
'''Stéphanie''' :Il a été en Belgique. En Allemagne.
'''Valentin''' : T'as déjà vu la mer, en gros ?
'''Valentin''' : Mais franchement, t'es sourd ou quoi ? On te pose des questions, tu réponds pas, t'es dans le vent, tu dors ! Connard !
'''Gérard''' :Je viens de vous dire l'Allemagne, OK ? Quoi ? Qu'est-ce que t'as ? T'es pas content ? Dégage. Allez, hop.
'''Valentin''' :Et donc, réponds à ma question, t'as déjà vu la mer ?
'''Gérard''' : Et qui t'es qui, toi ? Tu donnes ton nom, tu dégages tout de suite. Alors, Valentin, comme tu m'as traité de connard...
'''Phildar''' : Non, c'est pas lui qui t'a traité de connard. Je sais pas, je vais chercher, mais réponds.
'''Valentin''' : C'est beau de courir sur un bateau et de voir les vagues frotter contre la coque et de mettre des buts à ma meuf.
'''Gérard''' : Alors, t'es qui, toi ?
'''Valentin''' :Rien que l'horizon... C'est Valentin qui explique son amour de la Saint-Valentin.
'''Gérard''' :Non, mais c'est bon, dans ces cas-là, je pose quand même mes questions, d'accord ?
'''Valentin''' : Ouais, c'est bon, la Saint-Valentin.
'''Gérard''' : Non, c'est pas bon, parce qu'il y a 15 questions et... C'est moi qui commande, d'accord ? Et le deuxième, il y en a 15 aussi. Alors, que représente la Saint-Valentin pour un mec ? Patricia ?
'''Poisson Lune''' : Mais Patricia c'est pas un mec !
'''Patricia''' : Non, non, je vous assure, je suis une fille, hein. Bah... Que représente l'amour pour un garçon, c'est ça ?
'''Gérard''' : Que représente la Saint-Valentin pour un mec ?
'''Patricia''' : Bah... Cool s'il est amoureux.
'''Stéphanie''' : Pour moi, c'est les sous-vêtements, c'est... Et puis, tout ce qui s'ensuit, quoi. C'est pas le romantisme.
'''Gérard''' : Alors, Cruella ? Non, mais qui c'est qui s'amuse à mettre de la musique, là ? C'est qui ?
'''Phildar''' : Je sais pas, je vais gérer. Continue, Gérard.
'''Gérard''' : Non, non, mais là, moi, je continue pas avec de la musique en parlant aux auditeurs.
'''Manu''' : Mais c'est pas grave. Elle est toute douce, vas-y continue.
'''Cruella''' : Donc, je réponds. Bah, je crois que pour les mecs, c'est une occasion pour offrir aux nanas des dessous sexys.
'''Azraël''' : Bah, écoute, moi, je pense que c'est l'occasion de faire une bonne chose, quoi. Voilà.
'''Gérard''' : Perfouras ? Oh ! Allô, oui ? Tu te réveilles ?
'''Azraël''' : Le sablier tourne.
'''Stéphanie''' : Et il est vieux, hein.
'''Gérard''' : Bon, allez, tu me le dégages, lui. Allez, hop, il a pas compris. Non, non, mais c'est bon, c'est bon, c'est bon, allez, hop. Bonne nuit pour lui. ''[Phildar rit aux éclats en écoutant Perfouras dire n'importe quoi : t'as vu comme j'ai les mains enflées, je vais prendre Sandy dans le bureau]''. Terminé, moi, je fais conclusion.
'''Phildar''' : Je le vire, je le vire !
'''Manu''' : Non, pas conclusion, Gérard.
'''Gérard''' : Eh, ça commence à bien faire, Phildar, hein. Bon, euh... Tu le casses. Comme ça, il va se désenfler les mains dans les chiottes, lui. Poisson lune ?
'''Poisson Lune''' : Là, trop fort. 19, Gérard. Écoute, moi, non, pour moi, c'est une fête commerciale. Je préfère un bon bain dans l'océan Atlantique.
'''Gérard''' : D'accord. Et toi, Valentin ? Valentin ! Valentin, une fois. Tu te réveilles ?
'''Valentin''' : Oui. Ah, mais je comprends, maintenant...
'''Cruella''' : Putain, t'es lourd, hein.
'''Gérard''' : Bon, allez, Valentin, tu me le dégages, aussi. Donc, peut-on divorcer le jour de la Saint-Valentin ?
'''Cruella''' : Gégé, t'as pas répondu, toi, à la question précédente.
'''Stéphanie''' : C'est un peu tabou, comme question.
'''Azraël''' : Là, tu casses l'ambiance, quand même.
'''Gérard''' : Non, bah, peut-être, mais... Quand vous arrêterez de dire... de jouer au con, bah, moi aussi.
'''Poisson Lune''' : Gérard, c'est Poisson lune. Alors, moi, j'ai fait des études de droit, et on n'a pas le droit de divorcer le jour de la Saint-Valentin. C'est un décret de 1892.
'''Gérard''' : Oui, mais pourquoi ?
'''Poisson Lune''' : Bah, pourquoi ? Parce que, justement, ça serait une attaque, si tu veux, au symbole... Au symbole premier du mariage, quoi.
'''Cruella''' : Non, non, je suis pas d'accord.
'''Gérard''' : Attends Stéphanie, s'il te plaît !
'''Azraël''' : Ça, c'est seulement si t'es hétérosexuel, attention.
'''Gérard''' : Bon, OK. Azraël ?
'''Azraël''' : Bah, écoute, non, je pense quand même que ce serait triste, quoi. C'est dommage, quoi.
'''Cruella''' : Bah, écoute, d'après le code pénal, l'article 212.23... Code civil. C'est pas possible. Parce que ça provoque un traumatisme crânien.
'''Gérard''' : Ah, ouais, ça provoque ça. Ça provoque un traumatisme crânien...
'''Cruella''' : Et un choc émotionnel. Bah, c'est la loi, il faut respecter la loi, hein.
'''Stéphanie''' : Non, non, moi, je suis pas d'accord. Divorcer ce jour-là, non, je suis pas d'accord. Ça, ça représente pas grand-chose, mais c'est quand même le jour des amoureux, et même si t'aimes plus la personne, tu peux pas faire ça, quoi.
'''Cruella ''' : Gégé, qu'est-ce que t'en penses toi ?
'''Gérard''' : Bon mais attends... tu permets Cruella ?
'''Azraël''' : Non, mais c'est vrai que t'as pas beaucoup répondu aux questions.
'''Cruella''' : Non, parce que tu réponds jamais, Gégé.
'''Azraël''' : À aucune question. Aucune question, t'as donné ton avis, aujourd'hui.
'''Cruella''' : Tu fais que poser les questions, comme ça, une, deux, trois, et allons-y.
'''Gérard''' : J'ai répondu, je suis désolé. Je suis désolé, vous avez qu'à vous déboucher les oreilles, c'est comme le cul, ça se lave.
'''Cruella''' : Non, non, Gégé t'as pas répondu, je suis désolé.
'''Gérard''', ''[agressif]'' : Attends, Cruella, déjà, tu vas pas commencer à mêler ton grain de sel.
'''Cruella''' : Non, mais Gérard, pas mon grain de sel, mon grain de poivre.
'''Gérard''' : Ouais, ouais, toi, tu vas pas commencer, parce que déjà, la semaine dernière, tu m'as cassé les burnes, comme ça, tout le long des débats. Alors, tu vas pas recommencer, cette semaine. Je te le dis tout de suite.
'''Cruella''' : Je suis une nouvelle...
'''Gérard''' : Je suis une brêle ? Alors si je suis une brêle, tu dégages.
'''Phildar''' : Non, je suis une nouvelle, elle a dit.
'''Gérard''' : Ouai ! C'est une nouvelle, comme par hasard, c'est une nouvelle aussi.
'''Cruella''' : Je suis une nouvelle, je viens d'appeler.
'''Phildar''' : Bon, c'est pas grave, c'est pas grave, Gérard répond à la question, alors.
'''Gérard''' : Donc, Patricia, pour toi. Patricia !
''[Une voix de femme dit : Je t'emmerde. Gérard bondit et hurle]''. Attends, tu m'emmerdes ? Alors, là, attends. Là, Cruella, tu dégages, moi, je t'encule.
'''Cruella''', ''[choquée, hurle aussi]'' : C'est pas moi qui a parlé, mais t'es malade ou quoi ?
'''Phildar''' : Non, non, Gérard, c'est Patricia qui a dit ça.
'''Azraël''' : C'est le tribunal, là.
'''Cruella''', ''[histérique]'' : Non, c'est pas moi qui ai dit ça. Attends, Gégé, là, il faut que tu m'expliques. À chaque fois que je dis un truc, t'arrêtes pas de me faire chier, quoi. T'arrêtes pas de m'envoyer. C'est pas moi qui a parlé, là.
'''Gérard''' : Non, c'est qui, alors qui vient de dire qu'on m'emmerde ?
'''Cruella''' : Alors, voilà, quelqu'un t'a dit je t'emmerde, donc la seule personne à qui tu penses, c'est moi.
'''Gérard''' : On va remettre la DAT. On met la DAT, on va le savoir !
'''Cruella''' : Alors, remettons-la, vas-y.
'''Gérard''' : Non, non, mais là, vous allez tous hors antenne, on va le savoir.
'''Manu''' : Et moi, je suis sûr que c'est pas elle, hein.
'''Cruella''', ''[désespérée]'' : Vas-y, parce qu'à chaque fois que quelqu'un dit un gros mot, tu dis toujours... que c'est Cruella.
''[L'enregistrement défile sur les secondes précédentes]''.
'''Manu et Phildar''' : Tu vois, c'est pas elle !
'''Cruella''' : Gégé, j'exige des excuses.
'''Gérard''' : Si je veux.
'''Manu''' : Non non, là, je pense que tu peux là, vraiment. Là, t'as eu la preuve.
'''Cruella''' : Parce qu'en fait, si je participe aux débats, c'est parce que je t'aime bien, tu vois. Si tu me casses les c..., moi je m'en vais. Tu comprends maintenant ?
'''Gérard''' : Dans ces cas-là, si t'es pas contente, tu t'en vas !
'''Manu''' : Une auditrice en moins, bravo !
''[Phildar et Max sont outrés]''.
'''Cruella''', ''[déraille]'' : Je reste pas amie ! Maintenant, je vais pleurer toute la nuit, Gégé ! ''[elle éclate en sanglots réels]''. Là vraiment, t'as ... des trucs... Manu au standard, stp.
'''Azraël''' : Gérard, excuse-toi, Gérard. Gérard, excuse-toi. C'est naze, c'est naze.
'''Phildar''' : Et voilà, elle pleure, maintenant. Je vais la prendre hors antenne.
'''Gérard''' : N'importe quoi.
'''Manu''' : C'est malin, Gérard. Bravo, mais non, mais ouais. C'est à la veille de la Saint-Valentin, Gérard. C'est malin, tu fais pleurer une meuf.
'''Gérard''' : Je m'en fous. Patricia ?
'''Azraël''' : Non, on peut pas continuer si tu t'excuses pas.
'''Manu''' : Non, sérieusement, c'est pas possible.
'''Gérard''', ''[rageur]'' : Vous voulez pas continuer ? Bah, dans ce cas-là, je rentre chez moi. ''[Il range ses feuilles]''. Vous me faites chier ! Tout à l'heure je vous ai prévenu allez hop terminé.
'''Azraël''' : Mais Gérard t'as fait pleurer... t'as fait pleurer une fille !
'''Gérard''' : je rentre chez moi je rentre chez moi c'est tout. Vous me faites chier
'''Manu''', ''[à Max, interrogateur]'' : Il veut pas s'excuser !
'''Max''', ''[sévère]'' : non mais attends tu vas pas partir toutes les 5 minutes oh !
'''Manu''' : Tu l'as fait pleurer Gérard !
'''Gérard''' : J'en ai rien à foutre !
''[Huées de tout le studio]''.
'''Azraël''' : T'étais pas comme ça il y a pas si longtemps que ça, ça c'est depuis que t'es maqué !
'''Reego''' : T'as changé Gérard.
'''Manu''' : Ça nous a pas fait plaisir.
'''Gérard''' : Donc Stéphanie ?
'''Stéphanie''' : Oui donc pour moi... attends c'était quoi parce que là je suis émue, tu l'as fait pleurer, je suis émue...
'''Gérard''' : Peut-on divorcer le jour de la Saint-Valentin ?
'''Stéphanie''' : Non je t'ai dit que non ça me faisait mal au cœur. Même si t'aimes plus le mec ou la fille, c'est trop dégueulasse.
'''Gérard''' : D'accord. Et pour toi Patricia ?
'''Patricia''' : non on peut pas divorcer on peut pas divorcer le jour de la Saint-Valentin mais par contre on peut divorcer le jour de Noël.
'''Gérard''' : Non mais c'est pareil... Attendez il y a une question minitel
'''Manu''' : Ouais, on nous demande quand est-ce que tu feras un débat nylon ?
'''Gérard''' : Un débat sur le nylon ? C'est qui qui pose ça comme question ?
'''Manu''' :c'est Chmouldu. C'est peut-être une bonne idée, il faut étudier.
'''Gérard''' : mais dans ce cas-là qui te donne des questions, tu les marques
'''Azraël''' : Mais tu fais plus ton taf après, tu fais plus ton taf !
'''Gérard''' : non mais après c'est moi qui fais les... qui reprend les questions. Si elles me plaisent pas, je les change.
'''Stéphanie''' : Gérard, et un débat résille ?
'''Gérard''' : Donc moi je peux vous dire une chose, que c'est vrai que pour le jour de la Saint-Valentin, si on divorce, c'est un peu... ça fait mal au coeur à la personne, ça c'est sûr.
'''Poisson Lune''' : Bah ouai, c'est interdit, c'est tout !
'''Gérard''' : Bon donc je vais... je vais quand même... je vais quand même... parce que tout le monde dit ouais je réponds pas aux questions, donc là je viens de vous répondre.
'''Poisson Lune''' : Eh petit bonhomme, c'est pas assez bien répondu hein.
'''Azraël''' : Mais non mais t'as pas... je trouve que t'as pas trop expliqué quoi. Explique un peu...
'''Gérard''' : Mais attends, est-ce que tu peux divorcer le jour de la Saint-Valentin ? Non, tu peux pas, parce que si tu te maries, tu vas pas divorcer.
'''Poisson Lune''' : Ouais, c'est vraie, remarque.
'''Azraël''' :Ouais, tu peux me rappeler ta moyenne de mathématiques, Gérard ?
'''Gérard''' :Moyenne de mathématiques ? ''[bruit de clavier de téléphone]''. Merci, merci celui qui joue avec le téléphone. Donc, que représente la Saint-Valentin pour un mec ? Bon bah, s'il est tout seul, c'est vrai qu'il se retrouvera tout seul dans un coin, il sera... ça sera malheureux pour lui.
'''Azraël''' : Et d'ailleurs, t'en as pas parlé, t'en as pas parlé des mecs qui se retrouvent tout seuls le jour de la Saint-Valentin.
'''Gérard''' : Mais que représente la Saint-Valentin pour un mec qui est tout seul ?
'''Azraël''' : C'est quelque chose de terrible, c'est quelque chose de terrible. Tu sais qu'il y a des suicides ?
'''Gérard''' : Ouais, d'accord, ok. Non, mais je continue de faire mon tour...
'''Phildar''' : Excuse-moi. On accueille de nouveau (parce que tu les as virés) : donc il y a Gérard, il s'appelle Gérard, et Passe-Partout. Bonsoir !
'''Azraël''' : Gérard, juste une question : comment on va reconnaître, enfin, toi et l'aute Gérard, l'auditeur ?
'''Gérard''' :Bah non, bah de toute manière tu peux savoir. Tu connais la voix maintenant. On va demander... donc on va demander au Gérard qui vient d'arriver.
'''Gérard''' : Je t'écoute oui, bon ben...
'''Gérard''' :Je crois que tout le monde va confondre entre moi et puis lui. On va l'appeler...
'''Gérard''' : Alors, qu'est-ce que tu voulais me demander ? J'ai pas saisi, là.
'''Gérard''' : Non, là je pense que on va pas pouvoir continuer comme ça avec toi.
'''Stéphanie''' : Gérard ?
'''Gérard''' : Quoi ?
'''Stéphanie''' : Non, pas toi, l'autre. Donc, Gérard, disras, toi, que représente la Saint-Valentin pour toi, un mec ?
'''Azraël ''' : Juste Gérard, je peux te poser une question ?
'''Gérard''' : Oui.
'''Azraël''' : Non, non pas toi, l'auditeur.... Comment s'appelle ta copine ?
'''Gérard''' : Je peux pas le dire à l'antenne !
'''Gérard''' : Non, mais celui-là, c'est pas la peine.
'''Gérard''' : Quand tu la verras, tu comprendras.
'''Stéphanie''' : Bon bah, on dit qu'elle s'appelle Antoinette ?
'''Gérard''' : Ouais, au Footix !
'''Gérard''' : Donc je continue de répondre, quand même sur les douze premières questions. Donc : faites-vous un voyage pour le jour de la Saint-Valentin ? Moi, pour l'instant, jusqu'à maintenant, j'ai pas encore eu l'occasion de voyager le jour de la Saint-Valentin.
'''Stéphanie''' : Même quand t'étais à l'armée ?
'''Poisson Lune''' : Avec ton sergent.
'''Gérard''' : C'est-à-dire ? C'est-à-dire... c'est-à-dire, ce que ça veut dire.
'''Gérard''' : Si tu pouvais partir, tu partirais où ?
'''Gérard''' : Bon, c'est bon ! C'est qui qui pose cette question ? Non, mais vous allez être gentils, vous allez donner vos noms quand...
'''Phildar''' : C'est Gérard, c'est Gérard !
'''Gérard''' : Donc, vas-y alors, tu disais ? ''[silence]''. Bon bah ok, bon. Avez-vous déjà reçu des CD pour la Saint-Valentin ? Moi, jusqu'à maintenant, j'en ai pas encore. À part une montre, là, qu'on vient de m'offrir tout à l'heure, en direct vous l'avez bien... vous l'avez bien vue.
'''Stéphanie''' : Mais c'est pas ta copine.
'''Gérard''' : On peut la revoir encore une fois ? La montre ?
'''Gérard''' : Bah non, la montre, vous l'avez déjà vue !
'''Azraël''' : Tu peux la décrire un peu, comment elle est ?
'''Gérard''' : On verra ça tout à l'heure. Bon, les CD, donc je vous l'ai dit. Attendez-vous un bébé le jour de la Saint-Valentin ? Donc moi, je voudrais bien en avoir un si ça se fait. Donc ça se fera...
'''Azraël''' : Attends, mais de qui ? Attends, là tu lances un appel, Gérard.
'''Gérard''' : Non, non, non.
'''Gérard''' : Tu veux un bébé de qui ?
'''Gérard''' : Bah, un bébé de...
'''Poisson Lune''' : De Poisson-Lune ?
'''Gérard''' : Non, de ma copine, c'est tout !
'''Passe-Partout''' : Tu voudrais un bébé de Tony et Arnet ?
'''Azraël''' : DOnc Sandy, à bon entendeur, salut ?
'''Gérard''' : Bah, tu veux coucher avec Sandy ?
'''Gérard''' : Non mais attends, bah je couche avec... je couche avec elle, oui ! Et si je veux un bébé avec elle, j'aurai un bébé avec elle !
'''Azraël''' : D'accord, attends Gérard, là c'est grave : tu viens quand même de lui lancer un message que tu veux faire un bébé dans deux jours, quoi.
'''Passe-partout''' : Est-ce que tu ferais un bébé avec Tony et Arnette...
'''Gérard''' : Tu mets ton doigt avant ou pas ?
'''Gérard''' : Non mais ça, ça vous regarde pas ! Donc, avez-vous... avez-vous connu l'amour le jour de la Saint-Valentin ? Je peux vous dire que ça va être la première année que je connais l'amour. Donc là... Faites-vous l'amour le jour de la Saint-Valentin ? C'est un truc qui pourrait se réaliser.
'''Phildar''' : Ça va être ça, son cadeau ? Ça va être ça son cadeau de la Saint-Valentin ? Tu vas coucher avec ?
'''Gérard''', ''[gêné]'' : Bah, elle sait ! Elle sait ! Donc allez-vous... merci, vous me laissez finir... Donc : allez-vous vous marier le jour de la Saint-Valentin ? Pour l'instant on en a pas discuté. Je pense qu'on en a... si, on en a discuté. Et comme Max en a parlé, donc c'est prévu pour le mois de juin...
'''Max''' : Là, je suis en train de discuter avec la fille que t'es en train de faire chialer depuis tout à l'heure, bravo !
'''Gérard''' : C'est pas grave !
'''Max''' : Non, c'est pas grave ? Je crois qu'on va être obligé de mettre un peu les points sur les I Gérard, parce que t'es devenu, depuis un mois, très exécrable. Depuis que t'es maqué, ça va plus du tout.
'''Manu''' : Réunion... Je pense.
'''Max''' : Je pense que tous les gens en ont un peu marre, vraiment, parce que t'es devenu très méchant.
'''Gérard''' : C'est bizarre... Dans ces cas-là, on n'avait qu'à pas m'insulter comme on m'a insulté, c'est tout. Moi je suis pas un chien. Donc : allez-vous vous marier le jour de la Saint-Valentin ? Donc je pense qu'on en a discuté, donc je viens de le dire, qu'on allait sûrement se marier pour le mois de juin. Ça c'est une question qu'on confirmera, mais ça je vous le dirai pas en direct, ça regardera pas les auditeurs. Donc : pour la Saint-Valentin, invitez-vous votre copine au restaurant ? Bon ben, pour l'instant moi je peux vous dire qu'on en a discuté, mais... vu les moyens, on peut pas. Qu'offrez-vous à la Saint-Valentin à votre copine ou concubine ? ''[Bruit de touches de téléphone]''. Merci pour celle qui joue ou celui qui joue au téléphone ! Bon celui qui fait la double-voix, tu vs te calmer ou tu vas dégager !
'''Passe-partout''' : Gérard, j'ai une question. Je suis à For Boyard, je suis enfermé dans une cellule avec Sandy, c'est l'épreuve de force. J'ai besoin d'aide.
'''Gérard ''' :Fort Boyart, tu retournes chez toi.
'''Max''', ''[sévère]'' : On arrête de virer les gens toutes les cinq secondes, c'est terminé maintenant. Les gens restent à l'antenne jusqu'à nla fin.
'''Gérard''' :Ouai mais dans ces cas-là, ils ont aps besoin de balancer des noms pourris. ok ? Alors tu t'écrases !
'''Passe-partout''' : C'est l'épreuve de recherche, je suis dans le noir, au secours !
'''Stéphanie''' : Faut tourner la clepsydre.
'''Gérard''' : Tu restes poli, s'il te plaît, merci.
'''Gérard''' : Est-ce que Sandy a déjà choisi sa robe ?
'''Manu''' : J'ai une devinette, sur le minitel. De la part de Mist qui vous demande : qu'est-ce que ça fait un Gégé qui met le feu à sa petite amie ? Un incendie.
'''Gérard''' : Ça, je le savais. Qu'offrez-vous à la Saint-Valentin, à votre copine ou concubine ? Je l'ai déjà dit, ce qu'elle avait eu.
'''Gérard''' : Une pipe ?
'''Gérard''' : Elle a eu un truc avec des... Comme les Indiens, là....
'''Poisson Lune''' : Tu t'es bien foutu de sa gueule.
'''Gérard''', ''[indigné]'' : Oui, c'est ça. Je me suis bien foutu de sa gueule, toi, abruti.
'''Stéphanie''' : À 50 balles.
'''Gérard''' : Oui, à 50 balles. C'est ça, t'as raison.
'''Azraël''' : Gérard, Gérard. De toute façon, la valeur, ça n'a aucune importance.
'''Gérard''' : De toute manière, c'est pas l'argent qui compte, c'est le geste. Donc, que représente la Saint-Valentin pour vous ? Pour moi, le plus gros cadeau qu'on peut faire à quelqu'un, c'est une preuve d'amour, c'est tout.
'''Gérard''' : Oui, mais c'est quand même une fête, avant tout.
'''Gérard''' : Oui, c'est une fête, mais...
'''Azraël''' : On en vient aux fêtes. Est-ce que tu vas la sodomiser pour la Saint-Valentin ou pas, quand même ?
'''Gérard''' : Ça, ça ne vous regarde pas. OK. Donc, alors, 13e question. Croyez-vous au cadeau le jour de la Saint-Valentin ?
'''Phildar''', ''[empressé]'' : Conclusion. ''[il tape dans ses mains]''. C'est la dernière question. C'est la dernière question, carrément, directement. On passe à la dernière question, parce que là, on est à la bourre.
'''Passe-Partout''' : Pensez-vous que la Saint-Valentin, c'est mieux que la Saint-Jean ?
'''Gérard''', ''[explose]'' : Voilà. Donc, alors, celui-là, celui-là, il n'a pas besoin de passer dans les débats, c'est moi qui commande. ''[Phildar explose de rire]''. Alors, toi, t'as donné la feuille à quelqu'un !
'''Azraël''' : Elle est sur le net, elle est sur Internet.
'''Gérard''' : Mais oui, c'est ça. Mais voyons, ça y est, maintenant, les questions sont sur Internet. Non, mais attends, Phildar, tu te crois où, là ?
'''Passe-partout''' : Je peux même te dire la 13 et la 14 qu'on n'a pas faites, c'est croyez-vous au cadeau le jour de la Saint-Valentin pour votre anniversaire et que pensez-vous du vendredi 1er avant la Saint-Valentin numéro 14 ?
'''Gérard''', ''[dépité]'' : Merci, Phildar. Ben il est temps que tu te casses.
'''Passe-partout''' : Avec les photos, on voit Gégé avec une queue de 1 mètre.
'''Gérard''' : Non, mais moi, je... Moi, et le deuxième... Alors, dans ce cas-là, tu prends tous les auditeurs, tu peux faire le deuxième débat. Abruti va ! Allez, conclusion. Allez, c'est terminé. Je ne fais même pas la dernière. Conclusion. Poisson lune pour toi. Qu'est-ce que tu as pensé du débat ?
'''Poisson Lune''' : Je ne sais pas. Je n'ai pas trop compris. Mais c'était plutôt cool, quand même. Et je t'aime.
'''Gérard''' : D'accord, mais moi, je ne t'aime pas. Voilà, Passepartout.
'''Passepartout''', ''[voix de Arnet]'' : Oui, ton débat, c'est de la merde, comme d'habitude.
'''Gérard''' : Oui, d'accord, Tony. Oui, dans ce cas-là, si c'est de la merde, pourquoi tu as appelé ?
'''Arnet''' : Parce que je n'ai rien d'autre à foutre. Non, mais pour avoir la 7e quête, tu sais e qu'il faut faire ?
'''Gérard''' : Voilà, tu rentres chez toi. Voilà, bonne nuit. Azrael ?
'''Azraël''' : Bah, écoute, tu sais que moi, je suis un de tes fans, mais je regrette quand même, là, aujourd'hui, tu as fait pleurer une fille, et ça, c'est triste. Je ne comprends pas ce qui t'est arrivé, quoi. Ça ne t'est jamais arrivé avant l'antenne, et là, je ne sais pas, t'as craqué, là. Qu'est-ce qui t'est passé ?
'''Gérard''' : Voilà, donc, Stéphanie ?
'''Stéphanie''' : Oui, bah, moi, je suis choquée, je suis outrée. Tu as été méchant avec une femme, et je n'aurais jamais cru ça de toi.
'''Azraël''' : Ça, il y a deux mois, jamais tu ne l'aurais fait. Avoue-le, au moins.
'''Poisson Lune''' : C'est scandaleux, Gérard. Non, mais il est clair d'une chose, il faut remettre les points sur les i. Et les barres sur les t...
'''Gérard''' : Bon, ça y est, c'est terminé, merci.
'''Poisson Lune''' : Il a représenté le mal parfait.
'''Poisson Lune''' : Le stupide.
'''Azraël''' : Gérard, tu lances tes ultimatums, mais on s'en branle de tes ultimatums, quoi.
'''Gérard''', ''[rageur]'' : Eh bien, vous vous en branlez des ultimatums, et ben dans ce cas-là, il n'y a pas de deuxième débat ! Il est trois heures, moi, j'arrête ! Oui, vous me faites chier Vous me faites chier.
'''Max''' : Au revoir, Gérard.
'''Azraël''' : Mais tu fais pleurer des filles, maintenant.
'''Gérard''' : Oui, mais moi, dans ce cas-là, il y a des abrutis qui font passer des débats sur Internet. Alors qu'on avait bien dit mardi, pas de question comme ça ! Alors ça sert à quoi ? A rien !
'''Max''' : Mais là c'est pisser comme dans un violon, Phildar. Parce que tout ça, parce qu'il s'en va sur NRJ, alors monsieur, il met les débats...
'''Gérard''' : Comme ça, il n'y a pas de deuxième débat.
'''Max''' : C'est pour ça qu'il se fait virer.
'''Azraël''' : Gérard, s'il n'y a pas de deuxième débat, tu m'expliques comment tu vas gagner ta thune ?
'''Max''' : Fais-le quand même. Fais-le quand même, Gérard, le débat.
'''Phildar''' : Je ne le veux plus au standard. Ni à la réa.
'''Max''' : Il passe à la réa, comme ça, il se taira.
'''Gérard''' : Non il va s'amuser encore.
'''Max''' : Non, non, non. Patricia, pour toi.
'''Azraël''' : Parce qu'en fait, Gérard, tu dis tout le temps que tu vas arrêter, mais tu ne peux pas. Sinon ya plus de thune.
'''Gérard''' : Bon, ben moi, je peux vous dire une chose, que vous avez été un peu cons.
'''Phildar''' : C'est pas ça la conclusion du débat, Gérard.
'''Max''' : Toi aussi, t'as été un peu con. Tu as fait pleurer une fille quand même. C'est un peu dégueulasse. C'est dégueulasse.
'''Manu''' : Moi, je suis outré, Gérard.
'''Max''' : Moi aussi, un peu. Les gens sont très choqués, en tout cas. Il y a du shocking, du shocking réflexe (''[en se retenant difficilement de rire]'' du côté du standard.
'''Gérard''' : Qui c'est qui dit... Qui c'est qui parle comme ça ?
'''Max''' : T'es toujours en train de gueuler, t'es jamais souriant. Tu sais sourire, Gérard ?
'''Stéphanie''' : T'es pas agréable à écouter.
'''Cyril''' : Tu te rends compte de ce que tu fais ?
'''Max''' : Tous les auditeurs qui passent à l'antenne, ils sont blessés.
'''Cyril''' : C'est pire que ça, ça nous a atteints dans notre petit cœur, tu comprends ?
'''Gérard''', ''[enragé]'' : Tu parles, moi, je couche pas avec des mecs, d'accord ?
'''Azraël''' : Non, mais ok, ça n'a rien à voir, Gérard. On n'est pas dans les chiottes de la loco là.
'''Gérard''', ''[hurle]'' : Voilà, tout de suite, les chiottes de la loco ! VOus voyez comment vous parler !
'''Max''' : Arrête de crier !!!!!! ''[à Phildar]'', Baisse-lui le micro, parce que il gueule tout le temps.
'''Azraël''' : Non, mais tu dis qu'on drague, mais c'est pas vrai, on ne drague pas, Gérard.
'''Gérard''' : Non, alors pourquoi vous n'arrêtez pas de parler des chiottes de la loco ?
'''Azraël''', ''[proteste]'' : Arrête, c'est la première fois de la soirée.
'''Cyril''' : C'est la vérité, c'est tout.
'''Gérard''' : Tous les jeudis, c'est pareil !
'''Azraël''' : T'es du parano, mon Gégé.
'''Cyril''' : Tu vis avec, maintenant, tu fais comme ça. C'est du mito !
'''Gérard''', ''[entrecoupé par Phildar qui coupe le micro]'' : Bon allez c'est bon ! Moi la conclusion du premier...
'''Max''' : On coupe un peu le son, tu cries trop, le mec, il n'en peut plus, le patron. Il a dit, c'est bon, il gueule trop, il faut l'enlever, le mec.
'''Azraël''' : Il va reprendre ta montre, il va reprendre ta montre.
'''Gérard''' : Toi, tu commences à m'énerver, Phildar, sérieusement. De toute manière, tu ne fais pas le deuxième débat, tu dégages. Je ne veux pas te voir ici. Je ne veux pas te voir ici.
'''Max''' : Viré avant l'heure.
'''Max''' : Parce qu'il part à NRJ, il a pris la grosse tête, le Phildar.
'''Gérard''' : Bon, vous me laissez faire la conclusion ou pas ?
'''Azraël''' : Allez, c'est ta dernière chance.
'''Gérard''' : C'est ma dernière chance... Donc, c'est dommage parce que les dix premières questions se sont bien passées.
'''Max''' : Mais les 40 suivantes...
'''Poisson Lune''' : Oui, si on veut.
'''Gérard''' : De toute manière, tu n'as pas participé tout le long, donc toi, tu ne peux pas le savoir. C'est dommage parce que... Si tu as écouté, c'est bien. Moi, ça me fait une belle jambe.
'''Azraël''' : De toute façon, ça s'est bien passé jusqu'à ce que tu aies fait pleurer la fille.
'''Gérard''' : Oui, mais moi, ça s'est bien passé. J'avais dit que je voulais que les deux débats se passent... Dans le truc le plus complet, il y a eu cette histoire... Maintenant, il y en a qui se font passer pour Poisson Lune, Passepartout, Azraël ou autre...
'''Poisson Lune''' : J'ai perdu deux nageoires à cause de toi.
'''Cyril''' : On pourrait peut-être quand même remercier Valentin qui a été au-dessus de tout le monde.
'''Gérard''' : Tu t'écrases un peu, s'il te plaît. Moi, j'ai perdu mes deux boules pour jouer à la pétanque. Si tu m'emmerdes, moi, je te chie au bec.
'''Max''', ''[dur]'' : Ce n'est pas drôle. C'est nul.
'''Azraël''' : Même tes blagues sont nulles.
'''Gérard''' : Si vous n'êtes pas content, vous n'avez qu'à venir... Le deuxième débat sera sur le parfum. En espérant qu'il se passe...
'''Max''' : On met un disque.
'''Azraël''' : Et pourquoi tu dis plus le titre des disques ?
'''Gérard''' : Parce que les trois quarts des disques...
'''Max''' : J'espère qu'il n'y a pas des gens. On ne veut aucun auditeur, Phildar, qui a gagné sur Internet, qui a les questions sur l'Internet.
'''Phildar''' : Ah mais c'est plus moi qui va gérer le débat, là.
'''Gérard''' : Ça ne sert à rien de jouer comme ça.
'''Azraël''' : Pourquoi tu ne lis plus le titre des disques, alors ?
'''Gérard''' : Parce qu'on ne me les marque plus, c'est tout.
'''Phildar''' : Là, ça va être Agde avec Els.
== Le débat sur les parfums ==
=== Contexte ===
Après un tel incident, difficile de repartir, sauf pour Gérard, à la fois indifférent et versatile à l'extrême. Mais puisque tout le monde est réuni physiquement et à son insu, les habituels et Max ont partagé les questions de Gérard. Cyril est dans la confidence, dans un rôle beaucoup moins cahotique qu'à l'accoutumée. Ils lancent un sketch, qui aura un effet remarquable, sur les questions du débat.
Très vite, ce sketch réveillera les démons de Gérard et replacera Max en position de régulateur autoritaire, lui permettant de prolonger l'incident du débat précédent. C'est le début d'une phase où Gérard a bien du mal à se maîtriser, où il boucle sur le comportement de l'équipe, dans une logique instable et tristement agressive. Cette dynamique conduira à une rupture quelques semaines plus tard, éphémère mais avérée.
Plus précisément, on voit que l'équipe cherche, en direct, une modalité de fonctionnement régulant le rire et les dérapages de l'animateur. Et le faire en présentiel n'est pas chose facile, ce qu'on voit par l'intervention de tout le monde sous le même pseudonyme, sans concertation ni organisation. Cette soirée, naissance probable d'une équipe qui durera jusqu'en 2002, n'en reste pas moins cahotique en coulisses, surréaliste sur la scène.
Symbole de cette soirée étrange, en fin de débat, les trois habituels masculins et Sandy réunis depuis le début, rejoignent Gérard en studio, dans une scène conviviale et apaisée. Et comme la soirée est celle des surprises, après seulement quelques semaines de relation et alors qu'ils ne vivent pas encore ensemble, Gérard et Sandy annoncent fièrement leur mariage futur, à l'étonnement de toute l'équipe, elle aussi réunie, pour un des finals sans doute les mieux réussis de la période.
=== Les personnages ===
* Franck Gargine : Max, Merlant, Chaussure (en alternance des autres)
* Goldo : Chaussure (en alternance avec Arnet et Tony Morestin)
* Manu, Phildar
* Igor : Guitare
* Cyril : Exotic
* Arnet : Chaussure
* Mégane : Priscillia
* Merlant (ancien Benjamin)
* Rita : Jeanne
* Marine
=== Transcription ===
'''Gérard''', ''[bougon]'' : Donc le deuxième débat c'est sur les parfums, si j'ai les noms ça sera...
'''Manu''' : Alors donc, il y a Exotic, Merlant, Chaussure et Priscillia.
'''Exotic''' : Alors la première...
'''Gérard''' : Bon, tu vas déjà commencé à te calmer s'il te plaît ?
'''Exotic''' : Oui, excuse, excuse.
'''Gérard''' : On ne va pas faire un deuxième débat de merde. Donc quel est votre parfum préféré ?
'''Chaussure''' : Alors, Chaussure, je peux répondre ? Fleur d'anus de chez Jean-Petre.
'''Exotic''' : Exotic, bah, surtout les parfums qui sont bons.
'''Gérard''' : C'est-à-dire ?
'''Exotic''' : Bah, ceux qui... que j'aime bien quoi, tu vois.
'''Gérard''' : Ouais, mais quoi ?
'''Exotic''' : En fait, ceux qui me procurent, grâce au nez, des envolées et tout, qui me font halluciner quoi. Tu sais, il y a des parfums hallucinogènes.
'''Phildar''' : La drogue ?
'''Exotic''' : Non, non, des parfums. Non, mais c'est comme les bons vins.
'''Priscillia''' : Moi, j'adore les parfums pour mecs.
'''Exotic''' : Bah, les parfums de mecs, ils sont plus corsés, c'est pour ça.
'''Priscillia''' : Ouais, mais moi, j'adore sentir les parfums.
'''Exotic''' : Ouais, mais t'as du nez ou pas ?
'''Gérard''' : Ouais, Priscilla, mais explique, dis-moi, à peu près, quel parfum ?
'''Gérard''' : Tu veux des noms ? Alors, un parfum épicé. Avec du musque. Enfin, je sais pas, un parfum...
'''Exotic''' : Ça ressemble pas du tout à l'Adidas, hein.
'''Priscillia''' : Un parfum enivrant... Non, pas du tout, non.
'''Exotic''' : Eh, l'Adidas, ça doit être une goutte d'eau, et puis, euh, on sait pas trop quoi avec.
'''Priscillia''' : Et puis de la pisse d'ail.
'''Exotic''' : Ouais, enfin, des substances qu'on connaît pas encore.
'''Chaussure''' : Ouais, Gérard, t'as des trucs qui tuent les mouches. On va dire que mon parfum, en fait, je le paye vachement cher.
'''Gérard''' : Non, mais... Non, mais attends, eh. Chaussure, tu vas pas commencer à attaquer la deuxième question avant moi, d'accord ?
'''Chaussure''' : Pourquoi ? C'est la deuxième ?
'''Exotic''' : Ouais, il y a ceux qui l'ont sur Internet.
'''Gérard''' : Non, mais là, ça commence à bien faire, hein.
'''Exotic''' : Mais, dis-donc, il faut dire au standard qu'il est bien.
'''Merlant''' : Ouais, ta question, exactement, c'est quoi ?
'''Gérard''' : C'est quel est votre parfum préféré ?
'''Merlant''' : Ouais, il faut dire une marque ou pas ?
'''Gérard''' : Non, mais sans citer de marque. Tu dis si tu préfères le parfum...
'''Chaussure''' : Je fais collection des bouteilles de parfum.
'''Gérard''' : C'est-à-dire ?
'''Chaussure''' : Bah, j'en fais collection.
'''Priscillia''' : Moi aussi, on peut faire des échanges, si tu veux, j'en ai plein d'autres.
'''Exotic''' : Bah, mais t'en fais quoi, le fait que t'en fais collection ?
'''Chaussure''' : Bah, de toute façon, le problème, c'est que, bon, les bouteilles, elles me durent pas trop longtemps, quoi.
'''Exotic''' : Mais tu les gardes ? Quand tu fais la collection ou pas ?
'''Chaussure''' : Bah, disons que moi, ce que je pense, lorsqu'une femme m'offre du parfum, c'est...
'''Priscillia''' : Tu gardes la bouteille.
'''Exotic''' : Ça n'a rien à voir avec ce que je dis.
'''Gérard''' : Non, mais alors, pour l'instant, vous n'avez pas commencé à me foirer le débat, là, les trois mecs.
'''Exotic''' : Ouais, c'est la première question, et ça part déjà en couille. Enfin, bon, c'est pas grave.
'''Chaussure''' : On peut passer à la huitième, non ?
'''Gérard''' : Ouais, bah, tout à l'heure, tu as attaqué la huitième chez toi.
'''Exotic''' : Et toi, c'est quoi ton parfum préféré, en fait ? Pour une fois, je me suis pas foutu de ta gueule.
'''Gérard''' : Mais qui c'est qui vient... Qui c'est qui me pose cette question ?
'''Exotic''' : Bah, c'est...
'''Phildar''', ''[souffleur hors micro]'' : C'est Exotic.
'''Gérard''' : Ouais, enfin, il faudrait peut-être te réveiller quand je demande ton nom, s'il te plaît.
'''Exotic''' : Excuse-moi, c'est bon, j'entends pas grand-chose, mon téléphone est pourri.
'''Gérard''' : Non, ouais, mais si t'es avec un portable, c'est pas la peine, hein ?
'''Exotic''' : Mais non, c'est pas un portable, c'est un pauvre téléphone que j'ai pas payé, il est pourri.
'''Gérard''' : Ouais, bah, ça s'entend, hein.
'''Exotic''' : Bah, excuse-moi, on n'est pas tous riches, hein ?
'''Gérard''' : Donc, alors, moi, j'aime toutes sortes de parfums. Bah, je citerai pas les noms, c'est tout, je fais pas de pub.<ref name="hist17"></ref>
'''Exotic''' : C'est quoi que t'as mis, ce soir ? Rapproche-toi du micro, que ça sente bon.
'''Priscillia''' : Rapproche-toi, qu'on sente.
'''Gérard''' : Non, mais ça y est, bon, bah...
'''Exotic''' : Ah, ah, ah, t'as mangé quoi ?
'''Gérard''' : De... de l'ail.
'''Chaussure''' : La ch... de Sandy.
'''Gérard''' : Alors, je préviens tout de suite que le premier qui va s'amuser à déconner sur quel... Comme ça, ça va gerber sec, hein.
'''Exotic''' : Comment ça s'appelle, ta copine ?
'''Gérard''' : Ça te regarde pas.
'''Exotic''' : Ah, ok, ça te regarde pas, c'est bidon, comme ça. Enfin, tout le monde le sait, mais ça ne me regarde pas.
Voilà.
'''Gérard''' : Régis. Alors, euh, deuxième question. Combien payez-vous une bouteille de parfum ? Alors, moi, je peux vous dire tout de suite qu'il y a différents prix, hein. Alors, euh, on va... Attendez, attends Chaussure. Attends, je suis... on va quand même demander à... Non, mais, euh, Exotic, s'il te plaît. Exotic, on va demander à Priscillia, sa...
'''Chaussure''' : Mais non, pourquoi, elle, en premier ?
'''Priscillia''' : Parce que je suis une fille.
'''Chaussure''' : Ah, ok, excusez-moi.
'''Gérard''' : Mais on n'a qu'une fille, là, au standard ?
'''Manu''' : Ah, bah, maintenant que tu l'as faite chialer, c'est clair qu'elles ne veulent plus appeler, hein.
'''Exotic''' : Ouais, mais c'est pas grave, on a dit que j'étais une affaire oubliée.
'''Priscillia''' : Ouais, je vais être leur porte-parole.
'''Exotic''' : D'accord. Bah, vas-y, c'est quoi ton prénom ?
'''Priscillia''' : Priscillia.
'''Gérard''' : Prsicillia, donc, pour toi, combien que tu payes... Alors, je répète bien la question, hein, pour que tout le monde la comprenne, parce que je veux pas qu'on me dise, ouais, euh... Combien tu mets pour acheter une bouteille de parfum ? Combien payez-vous une bouteille de parfum ?
'''Priscilla''' : Bah, moi, tu vois, j'ai jamais acheté un seul parfum pour moi. En revanche, j'en offre souvent à mes amis, et la dernière fois que j'en ai acheté, c'était 400 balles, c'était pour ma mère.
'''Exotic''' : Ça fait cher, hein ? Parce que, aux environs de Noël, ils font des soldes, hein. Et c'était quoi, la marque, sans la citer ?
'''Priscilla''' : Je sais pas trop ce que c'est.
'''Chaussure''' : Allô, Gérard ? C'est Chaussure, moi, je voulais te dire que mes bouteilles de parfum, en moyenne, je les payais 17 000 francs.
'''Gérard''' : Non, non, attends. Non, non, non, non, non, non, non, non. Non, non, là, je crois que tu...
'''Chaussure''' : Je suis pas dans le bas de gamme.
'''Exotic''' : Mais t'habites où ? Neuilly, non ?
'''Chaussure ''' : Non, pas du tout. J'habite dans le 16e arrondissement. Avenue Victor Hugo.
'''Gérard''' : Ouais, bah, c'est bien. Bah, voyons, tu veux pas donner non plus ton nom de famille et puis tout, non plus, non ?
'''Phildar''' : C'est Boulard, son nom, c'est Boulard. 14 rue... Avenue Victor Hugo. Dans le 16e.
'''Exotic''' : Et ta mère, elle est pas parfumeuse ?
'''Gérard''' : Oh, ça y est, là, s'il vous plaît, merci !
'''Chaussure''' : Vous restez polis avec ma mère, s'il te plaît.
'''Exotic''' : Bah, on te demande si elle est parfumatrice.
'''Priscilla''' : Parfumière, on dit.
'''Gérard''' : Bon, ça y est ? Donc, Exotic, pourquoi ?
'''Exotic''' : Ouais, bah, écoute, moi, je préfère bien les parfums, en fait, discrets. Mais, en fait, j'avais une question. Parce qu'on parle du parfum, mais, tu sais, ça nous rappelle un livre aussi. Tu connais, tu vois quoi ?
'''Priscilla''' : Le parfum.
'''Exotic''' : Exactement, très bien. Et, en fait, je voulais savoir si, toi, tu te rappelles des parfums de ton enfance.
'''Gérard''' : Non, mais, pour l'instant, je te demande combien payez-vous une bouteille de parfum ?
'''Exotic''' : Ah, excuse-moi, bah, pas grand-chose, tu sais, j'ai pas beaucoup d'économie, quoi. Mais, si j'avais un cadeau à faire, si c'était un parfum, je sais pas, je pense qu'un petit parfum tranquille, 250 francs ?
'''Priscilla''' : Bah, c'est pas beaucoup, hein. Bah, ouais, non, mais, tu sais, pour un vrai parfum, faut...
'''Exotic''' : Ouais, faut mettre le prix, mais je parle d'un petit flacon, je parle pas d'un...
'''Gérard''' : Priscillia, moi, je peux te dire une chose, même Chaussure, Merlant et Exotic, moi, je peux vous dire une chose, que j'ai travaillé dans le parfum, et moi, je peux vous donner un prix, et ça, Priscilla... le prix de la bouteille de parfum que tu m'as annoncé à 250 francs, je vais te dire une chose, 450, moi, je peux te dire une chose, qu'une bouteille, pour une fille, tu me diras, je donne pas la marque du parfum, et bah, moi, je peux te dire une chose, que ça varie... Moi, je peux te dire une chose, que la bouteille... La bouteille de parfum, ça tourne entre 2000 et 5000 francs, la bouteille.
'''Phildar et Manu''' : Oh, n'importe quoi ! N'importe quoi, il connaît rien !
'''Gérard''' : Ouais, j'y connais rien ! Alors, dans ce cas-là, va sur les Champs-Elysées, c'est Léonard Parfums, et demande du balaé ! Va voir à combien qu'elle est !
'''Manu''' : Du balai, mais poil dur, pour les feuilles, ou pour la poussière ?
'''Gérard''' : C'est bon, c'est bon, tais-toi, tais-toi, tais-toi, tais-toi, tais-toi, parce que...
'''Manu''' : Arrête, tu vas me faire pleurer, Gérard.
'''Gérard''' : Attends, un balai, je te parle du balaé, abruti !
'''Phildar''' : Attends, un balai de 1000 francs sur les Champs-Elysées, Gérard !
'''Manu''' : Il est fou, il est fou ! C'est le prix d'une moto-cross, pas d'un balai !
'''Gérard''' : Vous êtes tous les deux barjots !
'''Exotic''' : Dans des petits Superette et tout ça, tu trouves des parfums beaucoup moins chers qu'à ce prix-là.
'''Gérard''' : Ouais, ouais, c'est ça !
'''Exotic''' : Si tu fais tes courses sur les Champs, c'est ton problème. Maintenant, pose la troisième question, parce que je crois qu'on a fait le tour de la deuxième.
Gérard, c'est Merlant.
'''Merlant''' : Ça coûte combien, le parfum sur Suren ? Le parfum sur Suresnes, ça coûte combien ?
'''Gérard''' : Ça te regarde pas, et puis arrête de dire Suresnes, s'il te plaît, parce que je commence à en avoir ras-le-bol.
'''Merlant''' : T'as dit qu'il fallait pas donner de marques, tout à l'heure, et t'as donné des marques.
'''Gérard ''' : Ouais, là, moi, je peux vous dire une chose que... Merlant !
'''Phildar''' : Pas tous en même temps, laissez répondre, Gérard, de temps en temps.
'''Exotic''' : Mais est-ce qu'on nous entend bien ?
'''Phildar''' : Eh oui !
'''Exotic''' : Bon, bah, parfait !
'''Gérard''' : Ah, vas-y, Merlant !
'''Merlant''' : Ouais, bah, je disais, à peu près 300 balles, mais il paraît qu'à Suresnes, vu que t'es un bourge, toi, ça doit être plus cher, là-bas.
'''Exotic''' : Ouais, mais lui, il a des... t'as des promotions, toi, de temps en temps, tu les connais bien.
'''Merlant''' : Sur la transpiration, surtout, il a de la promotion.
'''Exotic''' : T'es connu, ça se trouve, t'as ton parfum à ton nom, non ?
'''Gérard''' : Qui c'est qui vient de dire la transpiration ?
'''Exotic''' : On s'en fout, je te demande si, en fait, t'aimerais bien avoir ton parfum à ton nom.
'''Gérard''' : Attends, on s'en fout, tu permets ? J'ai le droit de dire ce que je veux ?
'''Merlant''' : Non, mais tu t'en fous, Gérard, c'est Merlant.
'''Exotic''' : Allô ? Réponds !
'''Gérard''' : Moi, je te dis, j'ai déjà travaillé dedans, et je peux te dire que la bouteille, ça tourne entre 2000... 2500 et 3000. OK ? Troisième question !
'''Manu''' : Avant la troisième question, Gérard, on accueille Guitare.
'''Phildar''' : Ouais, et j'ai aussi un petit message Minitel de Chmoldu qui dit, bah, puisque t'as... Enfin, on sait maintenant que t'as travaillé dans le parfum, mais pourquoi t'es pas tombé dedans ?
'''Gérard''' : N'importe quoi, lui.
'''Exotic''' : Bah, parce que, à mon avis, c'est une question qui te regarde pas.
'''Gérard''' : Eh, celui qui s'amuse à répondre à ma place tout à l'heure, il va dégager sec !
'''Chaussure''', ''[joué ici par Franck Bargine]'' : C'est Chaussure à l'appareil. Je voulais juste savoir, à ton avis, Gérard, ça dure combien de temps, une bouteille de parfum ?
'''Gérard''' : Ça dépend.
'''Exotic''' : Ça dépend, si tu t'en mets plus sous les bras, ça dure moins longtemps, à mon avis.
'''Gérard''' : Et qui c'est qui parle comme ça ?
'''Exotic''' : C'est Exotic.
'''Gérard''' : Ouais, ben Exotic, tu laisses parler les gens et tu réponds pas à ma place, s'il te plaît, merci. Maintenant, c'est la troisième question.
'''Merlant''', ''[idem]'' : Avant la troisième question, excuse-moi, Chaussure. Combien de temps ça dure, une bouteille de parfum, pour toi, Gérard ?
'''Gérard''' : Je t'ai déjà répondu.
'''Merlant''', ''[idem]'' : Eh, Gérard, est-ce qu'on peut mélanger toutes sortes de parfums, à ton avis ?
'''Gérard''', ''[enragé]'' : Oh, hé ! Bon, eh, eh ! Eh, vous commencez à me brouter de répondre avant moi ! Là, vous avez été piquer...
'''Exotic''' : Il y en a qui disent que quand tu mets le parfum sur la peau, ça peut t'abîmer la peau. Est-ce que toi, tu t'en es mis sur la gueule ?
'''Gérard''' : Eh, toi, est-ce que t'en as mis sur ta queue, espèce de con ?
'''Phildar''' : Oh, pas d'insultes, Gérard !
'''Exotic''' : Ah, je crois qu'il y a une insulte, là. Est-ce qu'on peut avoir un juge ou quelqu'un qui peut noter l'insulte ?
'''Merlant''' : Ouais, Gérard, c'est Merlant.
'''Perlant''', ''[joué par Goldo]'' : Gégé, peut-on se laver au parfum avec un scotch brite ?
'''Gérard''' : Bon, moi, je continue plus. Non, non, non, non ! Non, non, moi, les mecs, ils ont été chercher les questions, ils font le débat à ma place et c'est tout.
'''Phildar''' : Mais attends, on n'y peut rien si c'est le modernisme.
'''Gérard''' : Non, non, mais t'as pas à faire de conneries, toi, non plus.
'''Phildar''' : Elles sont sur le Minitel, en plus. Alors, tu continues le débat, et puis voilà, quoi.
''[Chacun essaie de prendre la parole, rendant impossible la reprise par Gérard]''
'''Gérard''' : Oh, le standard ! là, tu fais quoi ?
'''Manu''' : Bah, tu m'as dit de virer personne, hein. J'attends que tu me dises, moi.
'''Gérard''' : Bah, tu leur demandes qu'ils se calment.
'''Manu''' : Ok.
'''Gérard''' : Ça commence à bien faire, là.
'''Phildar''' : Non, mais t'as raison, Gérard. ''[blanc court]''. On va attendre qu'ils se calment. Manu va prendre donc les six auditeurs, hein, Gérard.
'''Gérard''' : Non, il n'y en a pas six.
'''Phildar''' : Il y en a combien ?
'''Gérard''' : J'en ai que cinq.
'''Phildar''' : Bon, bah, ça va prendre cinq minutes. Donc, voilà. Sinon, ça se passe bien, Gérard, le débat ?
'''Gérard''' : Non, bah, avec tes conneries, non.
'''Phildar''' : Et sinon, à part ça, ça se passe bien, le débat. Ils sont sympas, les auditeurs.
'''Gérard''' : Ouais, comme par hasard, tout le monde a déjà les questions. Je sais pas où qu'ils ont été les chercher, mais tout le monde a déjà les questions.
'''Phildar''' : Sur Internet, sur Internet.
'''Gérard''' : Bah, ouais, qui c'est qui a été les mettre sur Internet, c'est toi.
'''Phildar''' : Mais non.
'''Gérard''' : Non, c'est qui ?
'''Phildar''' : Bah, je sais pas, mais bon, tu sais, il y a des taupes, hein. Il y a des taupes dans toutes les sociétés, Gérard.
'''Gérard''' : Hum, comme toi.
'''Phildar''' : Ok, bon, on peut y retourner, là. C'est bon, Manu, ils sont calmés ? Manu ?
'''Manu''' : Bah, non, pas encore, hein.
'''Gérard''' : Attends, on va attendre un disque.
'''Manu''' : Ah, bah, non, non, non.
'''Phildar''' : Non, non, non, on va continuer. Sinon, ça va ?
'''Gérard''' : Non, mais envoie un disque, comme ça, on va pouvoir les calmer après.
'''Phildar''' : Mais non, on a repris depuis cinq minutes, déjà. On va pas remettre un disque, déjà, ils vont être calmés. Ça y est, ça y est, c'est bon, tu vois, Manu, il gère bien.
'''Exotic''', ''[bruit de sonnerie de téléphone derrière lui]'' : Gégé ? C'est quoi, ta chaîne préférée à la télé ?
'''Gérard''' : Non, mais ça y est, on... Donc, faites-vous collection des bouteilles de parfum. Donc, comme j'ai entendu Priscilla qui a dit oui...
'''Exotic''' : Non, mais moi, je fais collection de paquets de cigarettes.
'''Gérard''' : C'est pas le thème du débat, d'accord ? Tu donneras ton nom. Et tu éteindras la radio, s'il te plaît, derrière toi, merci.
'''Exotic''' : C'est Exotic et j'ai pas la radio allumée.
'''Gérard''' : Bon, alors, donc, toi, tu dis non, pourquoi ?
'''Exotic''' : Parce que je faisais pas collection de ça avant.
'''Gérard''' : Hum-hum. T'as toujours collectionné les paquets de cigarettes ?
'''Exotic''' : Bah, ça fait... Je sais pas, j'ai commencé... Bah, quand j'ai commencé à fumer.
'''Gérard''' : D'accord. Merlant ?
'''Merlant''' : Moi, non... Non, je trouve ça un peu con de faire collection de parfum, quoi.
'''Priscilla''' : Pourquoi ?
'''Merlant''' : Parce que je trouve que bouteilles vides de parfum, je sais pas...
'''Chaussure''', ''[joué par Goldo]'' : T'es fermé d'esprit, hein ?
'''Exotic''' : Ouais, mais il y en a des belles !
'''Gérard''' : Ouais, mais donc, alors... Toi, tu fais collection des paquets de cigarettes et tu dis que maintenant, il y a des belles bouteilles de parfum. Non, mais attends, il faudrait savoir ce que tu collectionnes, mon pote.
'''Exotic''' : Bah ouais, mais c'est pas parce que tu fais collection... C'est vrai, il y en a qui font collection de godes, je veux dire.
'''Guitare''' : Gérard, c'est Guitard. Moi, je fais collection... En fait, j'ai pas les moyens de m'acheter des parfums, je fais la collection des déodorants.
'''Chaussure''', ''[idem]'' : Est-ce que t'as de l'Antarctique ?
'''Exotic''' : Eh Guitare, on voulait savoir si t'étais barbu.
'''Guitare''' : Ça a aucun rapport. Je fais d'ailleurs aussi la collection des bonbonnes de mousse à raser.
'''Exotic''' : Pourquoi ?
'''Guitare''' : Bah, des vides, hein.
'''Gérard''' : Non, mais vous laissez parler...
'''Max''', ''[en écho]'' : Non, mais vous laissez...
'''Gérard''' : Merci, Phildar ! Ouais, t'arrêtes, s'il te plaît, là, un peu.
'''Guitare''' : Gérard, c'est Guitare, je peux continuer ?
'''Priscillia''' : Bien sûr, Guitare.
'''Chaussure''', ''[idem]'' : Vas-y, gratte.
'''Guitare''' : J'ai pas fini, Gérard, c'est Guitare.
''[Gérard quitte son micro et hors micro, tente de recadrer Manu et Phildar]''.
'''Exotic''' : Ouais, Guitare, bah, pendant qu'il se démêle avec les autres, au standard, je voulais savoir, y en a qui disent, le parfum, quand tu le mets sur la peau, ça l'abîme. Est-ce que Gérard, il s'en est mis sur la gueule ?
'''Guitare''' : Je sais pas.
'''Gérard''' : Alors, Guitare, tu dégages.
'''Max''', ''[en écho]'' : Alors, Guitare, tu dégages.
'''Guitare''' : Eh, mais c'est pas moi, Gérard, on me posait une question.
'''Chaussure''', ''[idem]'' : Allez, gratte, hop.
'''Gérard''' : Non, non, tu dégages. ''[Max répète en écho]''. Eh, Phildar, t'arrêtes, s'il te plaît, de jouer déjà avec le...
'''Exotic''' : Eh, Gérard, on en est à la 4, on a fini la 3.
'''Phildar''' : T'as même pas reconnu qui c'était, t'es vraiment bouché.
'''Chaussure''' ''[idem]'' : Gérard, c'est Chaussure. Je voulais savoir si on pouvait parfumer le sexe de sa copine.
'''Gérard''' : Non. ''[max en écho]''.
'''Gérard''' : Oh, le deuxième son, là !
'''Exotic''' : Bah, moi, je sais comment on peut. On peut mettre du parfum sur le sexe de sa copine.
'''Chaussure''', ''[idem]'' : Ah, comment on fait, alors ?
'''Guitare''' : Vas-y, Exotic, vas-y.
'''Exotic''' : Bah, tout simplement, tu prends des fruits, et puis, tu vois quoi. Tu les touilles bien, tu mouilles bien tout ce qu'il faut bien. Et puis, bah, ça va forcément sentir quelque chose, hein. Eh, Gérard, t'as déjà fait ça avec... On n'a pas le droit de dire son nom ?
'''Gérard''' : Non.
'''Merlant''' : Gérard, c'est Merlant. T'en fais la collection, toi ?
'''Exotic''' : Il fait déjà la collection de conneries.
'''Guitare''' : Il fait la collection des échantillons de parfum.
'''Exotic''' : Ouais, il paraît qu'il faisait la collection des cotons-tige, je sais. Mais ça, faut pas le dire.
'''Gérard''' : Je sens qu'on va couper vite fait. Il est déjà trois heures et quart. Celui qui s'amuse derrière, il va s'amuser. Il va continuer. Donc, ça va aller.
'''Priscilla''' : Gérard, il collectionne les rateaux.
'''Gérard''' : Comment ? J'ai mal entendu, là, Priscillia.
'''Priscilla''' : Non, non, c'était une blague. C'est pas grave.
'''Manu''' : On accueille Jeanne.
'''Phildar''' : Encore une meuf ? C'est bizarre, ça, tiens.
'''Exotic''' : Eh, Guitare. Ouais, il paraît que tu collectionnes du vent, aussi.
'''Guitare''' : Ouais, mais du vent qui sent bon.
'''Exotic''' : Ah, d'accord.
'''Gérard''' : Exotic et Guitare, vous commencez à vous calmer, s'il vous plaît.
'''Chaussure''' ''[idem]'' : Il y a que Chaussure qui est calme.
'''Exotic''' : Mais il est gentil, Chaussure.
'''Chaussure''', ''[idem]'' : Ouais, il est tout sympa.
'''Exotic''' : Ouais, mais un peu trop. Bon, ça, ça nous regarde pas.
'''Gérard''' : Oh, Guitare et Exotic, vous vous la fermez, s'il vous plaît.
'''Guitare''' : Je dis rien depuis tout à l'heure, c'est Guitare.
'''Gérard''' : Ouais, mais vous vous calmez, s'il vous plaît. Donc, Jeanne.
'''Jeanne''' : Oui, quelle était la question, s'il te plaît ?
'''Gérard''' : Donc, combien... Faites-vous collection des bouteilles de parfum ?
'''Jeanne''' : Ouais.
'''Gérard''' : Pourquoi ?
'''Jeanne''' : Non, je trouve que ça fait joli sur une étagère.
'''Exotic''', ''[sur fond de sonneries monotones de portables]'' : Ouais, mais vide ou pleine ?
'''Gérard''' : Bon, au standard, s'il vous plaît, là. ''[Max en écho]''
'''Manu''' : Bah ouais, mais c'est toi le chef. Moi, j'attends que tu me dises qui virer, hein.
'''Gérard''' : Eh, celui qui s'amuse dans les studios derrière, t'arrêtes tes bêtises avec le double son. Merci, Olivier. ''[Les audituers parlent entre eux autour du sujet des collections de bouteilles pleines ou vides]''. Bon, Manu, s'il te plaît, tu me calmes Exotic et Guitare, un peu. Parce que ça commence à bien faire, tous.
'''Manu''' : Alors, Exotic et guitare, du calme.
'''Gérard''' : Non, mais c'est pas comme ça qu'on les calme.
'''Manu''' : C'est comment, alors ?
'''Gérard''' : C'est en les prenant au téléphone.
'''Manu''' : Ah, OK. ''[met le combiné téléphonique du standard à l'oreille]''. Alors, Exotic et Guitare, vous vous calmez.
'''Phildar''' : Et sans le micro allumé, Manu.
'''Gérard''' : Ouais, s'il te plaît. Parce que si c'est pour faire le clown, autant qu'il prenne le standard à ta place, celui qui est à côté de toi.
'''Phildar''' : Il y a assez de Gérard.
'''Manu''' : Oui, c'est vrai.
'''Jeanne''' : Bah, écoute, je te disais, ça va être très joli sur les étagères. Genre, c'est pour les décors, quoi. Donc, voilà, quoi, je les dispose. Ils sont beaux, à ma vue. Et puis, voilà, tout est bon.
'''Gérard''' : D'accord. Et toi, Priscillia ? Donc, comme t'as dit tout à l'heure, tu faisais collection, maintenant que ça se calme. Donc, tu vas pouvoir réagir.
'''Priscillia''' : Je fais effectivement collection des bouteilles de parfum.
'''Exotic''' : Moi, je dirais qu'une chose, ça se calme parce qu'on le veut bien.
'''Gérard''' : Bah, c'est moi qui décide que ça se calme, et c'est tout.
'''Chaussure''' : Eh, Gégé, est-ce qu'on peut parfumer un chien ? Un animal, domestique, je pense.
'''Gérard''' : Olivier, s'il te plaît, tu arrêtes tes conneries ! Merci !
'''Exotic''' : Moi, je voulais savoir une chose. C'était quoi, la quatrième question ?
'''Gérard''' : On y vient : combien de temps...
'''Chaussure''' : Alors, la quatrième, combien de temps vous dure une bouteille de parfum ?
'''Gérard''' : Bon ! Alors, Exotic, Merlant, Chaussure et Guitare, vous vous la fermez !
'''Merlant''' : On n'a rien fait !
'''Gérard''' : Alors, Olivier ! Tu arrêtes, s'il te plaît !
'''Phildar''' : Olivier, arrête ! Olivier, en fait, Gérard, Olivier n'est pas là, il est parti.
'''Gérard''' : Non, ouais ! Il est dans le bureau, il est en train de faire le clown !
'''Jeanne''' : Gégé, tu peux poser ta question, s'il te plaît ?
'''Phildar''' : Non, mais là, il va pas continuer, parce qu'il est énervé, parce que vous l'énervez, donc...
'''Max''' : Allô, là, c'est Max, à l'appareil. Tu m'entends, Gérard ?
'''Gérard''' : Oui, je t'écoute.
'''Max''' : Là, j'écoute, là, les mecs, vous déconnez, là, arrêtez avec le double son et laissez faire le débat de Gérard, c'était intéressant, merci.
'''Gérard''' : Alors, combien de temps vous dure une bouteille de parfum ?
'''Exotic''' : Ouais, quand je pars en vacances, ça me fait environ, bah, l'année.
'''Gérard''' : Tu pars pendant un an en vacances ?
'''Exotic''' : Un jour, j'emmène ma bouteille et le jour d'après, non.
'''Merlant''' : Ouais, c'est Merlant. Bah, je sais pas.
'''Chaussure''' : Ouais, Gérard, c'est Chaussure. Tu penses quoi quand tu croises une femme qui sent le parfum ?
'''Gérard''' : Non, mais attends, c'est pas toi qui pose des questions à ma place.
'''Chaussure''' : Non, je te pose une question.
'''Gérard''' : Non, mais moi, pour l'instant, moi, je te demande de répondre à la quatrième.
'''Chaussure''' : Et t'achètes le parfum dans une grande surface ou pas ?
'''Gérard''' : Bon, alors, moi, c'est terminé. Moi, je laisse tomber.
'''Exotic''' : Moi, je veux bien répondre une deuxième fois à la question.
'''Gérard''' : Tu mets ça, tu mets le disque.
'''Max''' : Gérard, est-ce que tu m'entends ? C'est Max. Ça passe pas à l'antenne, y'a que moi. Les auditeurs peuvent pas m'entendre, y'a que moi, là. Essaies de gérer ton truc intelligemment. Les auditeurs sont un peu idiots, ce soir, mais essaie de faire ça intelligemment. Le patron m'a dit que c'était bien.
'''Gérard''' : Bah, tu demanderas à Phildar...
'''Max''' : Non, mais on peut pas, ils peuvent pas, parce que sinon, ça va passer à l'antenne. Mais là, je passe pas à l'antenne, là. C'est hors antenne, d'accord ?
'''Gérard''' : Ok, de tte manière, je te verrai tout à l'heure, quoi.
'''Max''' : Voilà, on retourne en direct, là, c'est parti.
'''Gérard''' : Bon donc, vous répondez à la quatrième, donc on va demander après... Eh, t'éteins la musique, Phildar, s'il te plaît.
'''Guitare''' : Gérard, c'est Guitare, j'ai pas répondu.
'''Exotic''' : Je crois qu'il s'en foute un peu de ce qu'on répond.
'''Gérard''' : Donc, alors, Chaussure, vas-y.
'''Chaussure''' : Non, c'est Guitare, il voulait répondre.
'''Guitare''' : Ah, ça me fait plaisir. En fait, je voulais dire que... Bah, moi, j'utilise pas... ''[Exotic interrompt chaque phrase]''. Est-ce que vous pouvez me laisser parler ? Gérard, tu gères ou... Ok, merci. Bah, comme je t'ai dit tout à l'heure, moi, j'achète pas de parfum, j'achète que des déodorants et ça me tient assez longtemps.
'''Exotic''' : Mais tu prends des sticks ou pas ?
'''Guitare''' : En général, comme je suis pauvre, je t'ai dit, je vais voir les déodorants qui ont genre 50 % de produits gratuits.
'''Exotic''' : Et tu sais quoi, il y a même mieux à faire le matin avant d'aller à l'école ou des choses comme ça. Tu passes au supermarché.
'''Gérard''' : Oh ! Vous vous calmez, s'il vous plaît ! Vous vous calmez ! Bon, Guitare et Chaussure, vous vous calmez, s'il vous plaît.
'''Guitare''' : Bah, je réponds à la question, Gérard.
'''Gérard''' : Ouais, mais l'autre, il a pas besoin de répondre des conneries. Priscillia ?
''[Elle ne peut pas répondre, couverte par Goldo qui, prenant une voix de tête, dit des obsénités]''. Bon, moi, vous commencez à m'énerver, je vais conclure tout de suite. Bon, allez, envoie un disque.
'''Phildar''' : Envoie, envoie.
'''Chaussure''' : Vas-y, balance !
'''Gérard''' : Mets quelque chose, ils vont se calmer, parce que ça commence à bien faire.
'''Exotic''' : Moi, je te préviens, s'il y a un disque, je me casse.
'''Phildar''' : Attention Gérard, tu prends un risque. Si jamais on met un disque et qu'ils se cassent tous, qu'est-ce qu'on fait ?
'''Gérard''' : Eh ben, on arrête et c'est tout, parce que là, ça devient le bordel. C'est impossib ! C'est impossib, tu mets... Là, tu t'amuses là, donc c'est même plus la peine de faire un débat. Ça, tu dégages de la réa, toi, je te veux plus, hein. Là, c'est le bordel. Merci pour me couper le son, donc... ''[Gérard se lève, une musique se délchence. Un échange démarre pendant la musique, qui finit par être coupée pour le laisser entendre]''.
'''Manu''' : Mais non !
'''Gérard''' : Eh ! J'ai quoi, là, dans les oreilles ? J'ai rien !
'''Manu''' : Bah, c'est pas normal. Nous, c'est bon, hein.
'''Gérard''' : Non, moi, je te le dis, je continue pas.
'''Phildar''' : Mais qu'est-ce que je fais, moi, alors ?
'''Gérard''' : Non, non, tu te démerdes, tu rentres chez toi et c'est tout. Moi, c'est ce que je fais aussi. Tu envoies le disque et c'est tout.
'''Max''' : On va discuter, on va discuter. Tu mets le disque, on discute.
''[cette fois, la musique passe entièrement]''.
'''Gérard''' : Donc, c'est la suite et la fin du débat sur les parfums. Donc, c'est toujours le jeudi 11. Donc, on récupère Exotic. ''[les audituers parlent entre eux]''. Oh, vous êtes à l'antenne !
'''Phildar''' : Vous êtes à l'antenne, les auditeurs !
'''Gérard''' : Eh, vous êtes à l'antenne ! Vous êtes à l'antenne ! Oh !
'''Manu''' : Allô ? Allô, les auditeurs ? Vous m'entendez, les auditeurs ?
'''Gérard''' : Oh, vous êtes à l'antenne, je vous signale !
'''Manu''' : Vous m'entendez, les auditeurs ? Je crois que ça y est, c'est revenu. Vous entendez, Gérard.
'''Gérard''' : Vous êtes à l'antenne !
'''Priscilla''' : Manu, on va être à l'antenne, là ?
'''Manu''' : Ouais, ouais, ça y est. Vous entendez Gérard, là ?
'''Gérard''' : Vous êtes à l'antenne ! Bon, bonne nuit.
'''Phildar''' : Mais non ! Pas bonne nuit ! On va réparer. Allô, les audituers ?
'''Manu''' : Ouais donc, vous êtes à l'antenne. Oh, il faut le dire comment ? Vous êtes maintenant à l'antenne, on arrête la blague !
'''Gérard''' : Alors, Exotic !
'''Exotic''' : Eh ouais, qu'est-ce qu'il se passe ?
'''Gérard''' : Bonsoir.
'''Guitare''' : C'est tout le temps Exotic qui parle.
'''Gérard''' : Ouais, bah, oh ! Vous vous calmez, Merlin !
'''Perlant''' : Bonsoir, mon jeune ami.
'''Gérard''' : Merci de couper... Oh, mais merde !
'''Phildar''' : Mais regarde, c'est pas moi !
'''Exotic''' : Oh, est-ce qu'on m'entend, on nous entend ?
'''Manu''' : Ouais, on vous entend, ouais.
'''Gérard''' : Bon j'arrête. C'est le vrai bordel à la réa. On fait conclusion, moi, trois ans de nuit, j'arrête, j'arrête, j'arrête, j'arrête, j'arrête, j'arrête. Non, non, j'arrête, c'est tout.
'''Phildar''' : Non, Gérard, arrête pas. Excuse-moi, Exotic. Dites-le à Gérard de ne pas arrêter les auditeurs.
'''Gérard''', ''[rageur]'' : Peut-on mélanger toutes sortes de parfums ?
'''Guitare''' : Bah, je crois que t'en es la preuve vivante, Gérard.
''[Gérard s'interrompt, jette le casque, hurle]'' : Ça commence, ça vient faire maintenant !
'''Exotic''' : Gérard, calme-toi, tu deviens parano, Gérard. Eh, t'as abusé du parfum, mon copain.
'''Guitare''' : On pourrait peut-être cotiser pour payer une semaine de décontraction à Gégé, ça lui ferait du bien.
''[Ma rentre dans le studio, hilare]''
'''Gérard''' : Marre toi Je te signale. C'est la dernière question que je fais. Si, si, moi, trois heures demi, j'arrête.
'''Exotic''' : Étant donné que t'es connu, tu veux pas lancer une marque de parfum ? Je sais pas, le Gégé qui pue ou...
'''Max''' : C'est sa dernière demi-heure, après il est viré.
'''Gérard''' : Ouais, mais c'est pas la peine qu'il nous emmerde, hein. Peut-on mélanger toutes sortes de parfums ? Jeanne, tu voulais répondre.
'''Jeanne''' : Bah, écoute, je te réponds, Gégé. Donc, ça dépend des fragrances. Bah, ça dépend de.. C'est-à-dire, en fait, ça dépend ce que tu mélanges.
'''Exotic''' : Ouais, mais excuse-moi, c'est Exotic. Plus ou moins fort ou pas ? Je sais pas, moi, comment on fait.
'''Jeanne''' : Du musque, de la vanille, des trucs comme ça. Il faut que ça colle, les senteurs. Faut pas faire n'importe quoi.
'''Guitare''' : Maintenant, c'est selon les goûts, les couleurs et les odeurs, quoi. Mais de toute façon, je pense que t'en es la preuve vivante, Gégé, qu'on peut mélanger des parfums. Moi, j'ai eu l'occasion de te croiser pas loin des chiottes de la loco. Bon, je vais pas en parler.
'''Gérard''' : Ben Guitare, tu continues comme ça, tu vas dégager.
'''Guitare''' : Non, non, mais c'était juste pour te dire où je t'avais croisé, quoi. Histoire que tu vois un petit peu, je sais pas si tu te rappelles. Et quand tu es passé devant moi, j'ai senti, effectivement, qu'on pouvait mélanger des parfums, vu que j'ai pas vraiment compris ton odeur, disons. Je voulais juste te dire que ça puait toujours autant dans ma radio, quoi.
'''Gérard''' : D'accord, si ça te plaît pas, t'éteins ta radio et ça me fait de belles jambes.
'''Phildar''' : Gérard, est-ce que toi, tu mélanges plusieurs parfums ?
'''Gérard''' : Bah, attends, je finis... Je finis avec les gens, d'accord ?
'''Phildar''' : Ok, tu répondras après ?
'''Gérard''' : Je répondrai après.
'''Chaussure''' : Gérard, c'est Chaussure, je voulais savoir si le nouveau slogan de Fun Radio, c'était
« C'est fun, ça pue » ?
'''Gérard''' : Euh, et tes chaussures, elles sentent bon ?
'''Guitare''' : Que le jeudi, hein. Que le jeudi, de 1h à 4h, ok ? Et tous les jeudis, c'est pareil !
'''Merlant''' : Ouais, bah, écoute, non, c'est impossible de mélanger des parfums. C'est inconscient de poser une question comme ça. C'est inconscient.
'''Exotic''' : Moi, je crois qu'on peut pas mélanger les parfums. Et tu sais pourquoi ? Parce que quand on mélange les parfums, bah, en fait, tu formes une nouvelle forme de parfum. Et je crois que les dérivés qui ont montré que le parfum lui-même, qui est au début mélangé par les premiers parfums qui, eux, sont déjà mélangés par d'autres, ce qui fait que quand, toi, tu te vaporises de ce parfum, c'est un parfum inodore, en fait, puisque tout a été mélangé. Et moi, ce que je voulais savoir si, aujourd'hui, on pourrait vendre ou non des parfums qui ne sentent rien.
'''Gérard''' : Une question que j'ai posée, là, je pense que tout à l'heure...
'''Phildar''' : Tu réponds pas, toi. Tu réponds pas, donc, comme tu m'as dis.
'''Gérard ''' : Moi, je mélange du parfum, ça dépend des jours, c'est tout.
'''Phildar''' : Qu'est-ce que tu mélanges comme parfum ?
'''Gérard''' : De tout.
'''Exotic''' : Tu es pas d'accord avec moi, Gérard, quand je dis que quand tu mélanges des parfums, ça sent plus rien ?
'''Gérard''' : Non, pas du tout. Bon, celui qui s'amuse à faire ça... il arrête, s'il te plaît. Merci. ''[réponse à Goldo qui fait des bruits]''. Donc, alors, que pensez-vous...
'''Chaussure''' : Pensez-vous que les parfums ne sont pas à la mode ?
'''Exotic''' : En fait, toi, toi qui as posé la question, t'es pas drôle, quoi.
'''Chaussure''', ''[désormais joué par Tony]'' : Mais je cherche pas à être drôle, moi, je pose les questions, c'est tout.
'''Gérard''' : C'est pas toi qui commandes, d'accord ? Bon, ça y est, oui ?
'''Exotic''' : Ben, pose-le toi-même, la question.
'''Gérard''' : Alors, moi, la question que je pose... Que pensez-vous lorsque vous croisez une femme qui sent le parfum ?
'''Exotic''' : Ben, une belle femme, quand tu la vois, quoi, tu vois, quand t'es dans la rue, ou, je sais pas, sur une esplanade, ou sur un trottoir, ou bien encore, même sur une plage, ou tout... De toute façon, les senteurs, tu peux les avoir partout. En fait, ce que je veux dire, c'est que quand tu croises la fille et que tu ressens quelque chose pour elle, ben, le parfum, y a qu'après que tu le découvres.
'''Gérard''' : Eh, oh ! Celui qui s'amuse à m'envoyer de la musique, il arrête, s'il te plaît, merci !
'''Manu''' : Mais y a pas de musique !
''[Gérard tend son casque aux autres qui écoutent, constatent qu'il n'y a rien]''.
'''Phildar''' : Là, Gérard va mettre le casque sur les oreilles, y a rien !
'''Gérard''' : Bien sûr !
'''Merlant''' : Ben, écoute, moi, ouais, ça me fait craquer, quoi, de voir une femme qui passe avec un bon parfum, et je me retourne et je la mate, quoi, et je fais « Hey, hey ! »
'''Guitare''' : Gérard, c'est Guitare. Ben, je vais pouvoir répondre. Moi, je voulais dire que j'apprécie les femmes qui ont un bon parfum, mais surtout si elles sont bonnes, en fait.
'''Gérard''' : D'accord. Euh, Chaussure ?
'''Chaussure''' : Lâche-moi...
'''Gérard''' : Bon, ben, alors, lâche-moi, ben, dans ce cas-là, tu dégages. Voilà, comme ça, je vais te lâcher. Bonne nuit, Chaussure. Priscillia ?
'''Priscilla''' : Ben, moi, franchement, quand je croise une femme qui sent le parfum...
'''Exotic''' : Tu te touches ?
'''Priscilla''' : Non, non, je me touche pas du tout, je me dis qu'en fait, elle pue le parfum.
''(Démarre un échange entre Guitare, vexé que Gérard lui refuse de répondre, Exotic et Priscilla, laquelle finit par dire qu'elle se touche avec 4 doigts. Gérard n'arrive pas à arrêter cet échange spontané avant que Jeanne ne tente de parler]''.
'''Gérard''' : Bon, allez, hop, terminé, conclusion. Merci, Phildar.
'''Phildar''' : Merci de quoi ?
'''Gérard''' : Non, non, mais merci, tout le monde est coupé. Moi, j'ai de la musique dans mon casque. J'entends même pas ce que les gens disent. C'est super, c'est bien pour ta dernière. Tu fous bien ta merde, et ben, on fait conclusion.
'''Jeanne''' : Gégé, je peux répondre ? Euh, c'est Jeanne. Je voulais te donner une citation.
'''Exotic''' : Non, excuse-moi, tu veux pas te rapprocher de ton combiné ?
'''Jeanne''' : Ouais, voilà.
'''Exotic ''', ''[reniflant]'' : Ça, tu sens bon, ma chérie.
'''Jeanne''' : Ouais, merci.
'''Phildar''' : Gérard, tu reprends le débat là ?
'''Gérard''' : Non, mais attends, tu permets, quand on arrêtera de mettre de la musique dans le casque... Merci, voilà. Comme ça, voilà. On a France Info dans le casque ! Ouais, France Info. Allez hop. Bonne nuit à tous ! ''[il jette son casque et se lève. Max le retient]''.
'''Phildar''' : Mais, Gérard, d'un côté, tu fais ton débat, et de l'autre côté, tu t'informes.
'''Gérard''' : Attends, je travaille pas comme ça, non, non, non. Non, non, non, non, c'est fini, là. C'est terminé, c'est terminé.
'''Jeanne''' : Oui, bah, écoute, je te disais, moi, je vais te donner une... Comme disait le poète, écrivain français Montaigne, il disait que quand une femme...
'''Guitare''' : Montaigne ou Montagné ?
'''Gérard''' : Bon, bon, bon, bon, allez, allez. Au lieu de machiner là, je voudrais bien avoir les auditeurs, hein.
'''Chaussure''' : C'est possible de lui mettre rire et chansons dans le casque, pour qu'il nous raconte une blague ?
'''Exotic''' : Celui qui qui a les questions, il veut pas les poser ?
'''Gérard''' : Non, non, non, il y a... Conclusion, conclusion, conclusion ! Non, non, non, non, non, non, non, non !
'''Manu''' : 25 minutes d'émission, pas de conclusion, hein, c'est pas possible.
'''Gérard''' : Non, non, mais dans ce cas-là, moi, je continue pas à travailler avec vous, pour l'instant, moi, j'arrête.
'''Manu''' : Bon, bah, Phildar, alors, on sort, hein, on fait comment, on sort ?
'''Phildar''' : Qu'est-ce qu'il se passe, Gérard, y a quoi dans le casque ?
'''Gérard''' : Bah, attends, de la Formule 1, maintenant, y en a un qui s'amuse à mettre la radio.
'''Phildar''' : Je croyais que t'aimais bien, la Formule 1.
'''Max''' : Non, mais attendez, on est en train de passer France Info sur Fun Radio, c'est n'importe quoi ! Bon, on va écouter les infos, quand même. Mais gère ton truc, putain, ça va gueuler, mon patron va me tuer.
'''Gérard''' : Non, attends, moi, je travaille pas avec deux...
'''Manu''' : Bah, c'est de notre faute, peut-être !
'''Max''' : J'ai la honte, putain, mon patron va me tuer.
'''Gérard''' : Attends, mais c'est quoi, là, ce bordel ? Moi, je continue pas avec...
'''Phildar''' : Mais c'est la dernière, de toute façon, tu vois, je me casse.
'''Gérard''' : Non, mais tu dégages déjà, toi.
'''Manu''' : Moi aussi, alors.
'''Phildar''' : Dans 20 minutes, je me casse.
'''Gérard''' : Non, non, mais tu vas te casser tout de suite. J'arrête tout.
'''Gérard''' : Ouais, bah, tu m'envoies les auditeurs et tu la fermes.
'''Phildar''' : Et c'est terminé. Vous m'avez trop fait chier.
'''Gérard''' : Ouais, bah, toi aussi. Bon, allez. Donc, Jeanne...
'''Jeanne''' : Ouais, bah, écoute, moi, je te disais, comme disait le poète Français Montaigne... Je disais que quand une femme passe avec vous, si une femme passe à côté de vous et qu'elle sent le parfum, vous êtes perdu.
''[Le chaot du casque continue, Gérard rie, les audituers se dispersent]''.
'''Gérard''' : Bon. Bon, allez, on fait conclusion. Conclusion, d'accord ?
'''Exotic''' : Hé, Gérard, tu veux pas faire un petit quart d'heure de libre-antenne avant ?
'''Gérard''' : Non, non, non, moi j'arrête. Demandez à Max.
'''Max''' : Ouais, moi je suis d'accord, libre-antenne avec Gérard.
'''Gérard''' : Pas avec des doubles sons.
''[Le cahot du son continue, Gérard, devant Max, hilare, commence à chercher à frapper Phildar. Max l'en empêche].
'''Max''' : Attendez, parce que là, ça va finir en bagarre dans le studio. Il y a le Phildar qui va se prendre des coups pour de vrai, en plus. Arrête, Gérard, calme-toi. Non, mais c'est bien, le son, il est bon, là !
'''Phildar''' : C'est le son de tous les jours.
'''Gérard''' : Non, c'est ça, c'est le son de tous les jours, pauvre tache. Donc, conclusion.
'''Max''' : Ils veulent pas conclure, les mecs, ils ont envie d'attendre la fin du débat.
'''Max''' : Il y a encore 20 minutes de débat, là.
'''Gérard''' : Non, non, moi j'arrête, je continue pas dans des conditions comme ça.
''[Max va vers le standard et le montre à Gérard]'' : Regarde, les mecs, ils appellent, les mecs, ils appellent, relance le standard.
'''Phildar''' : Tu sais qu'il y a des mecs qui font une semaine de jeûne pour bouffer tes débats, hein.
'''Gérard''' : Alors donc, si vous voulez continuer d'appeler, vous pouvez toujours appeler au 0803 08 5000 et 08000 70 5000 et toujours 3615 code, fun, radio, rubrique, direct, on se retrouve tout à l'heure pour la suite des débats.
'''Manu''' : Ouais, attends, Gérard, Gérard. Non, écoute-moi, honnêtement, comment tu veux que les gens, ils appellent ? T'as pas le sourire, t'as l'air aigri. Fais-le avec le sourire, les numéros de téléphone.
'''Gérard''' : Vous, vous avez qu'à arrêter de nous faire, vous avez qu'à arrêter de foutre votre merde, un peu.
'''Manu''' : Ah bah, c'est nous, peut-être.
'''Gérard''' : Donc, si vous voulez toujours nous appeler...
'''Manu''', ''[engageant]'' : 0803 08 5000, c'est pas compliqué ! 0800 70 5000.
'''Gérard''' : Alors, pensez-vous que le parfum attire les gens et on se retrouve juste après.
''[Musique]''
'''Gérard''' : Voilà, c'était Pro DJ, donc on récupère Exotic. Merlant. Chaussure. Prisillia. Guitare.
'''Guitare''' : ah c'est pas Guitare, c'est Violon.
'''Gérard''' : Et Jeanne pour finir. Alors, donc... ''[écho de Max]''. Et ça recommence. Phildar, tu vas me faire chier jusqu'à 4h du matin ?
'''Guitare''' : Non, mais là, commentce à bien faire ?
'''Exotic''' : J'énerve pas, je dis non, ça sert à rien.
'''Gérard''' : Pensez-vous que le parfum attire les gens ? Ah, moi, par contre, il y a la question que j'ai pas répondu, là. Moi, je peux vous dire une chose, que dans le métro, quand vous croisez une nana, je sais pas si Guitare, Merlant et Exotic, t'as suivi.
'''PHildar''' : Ah, bah, Guitare, il en croise souvent dans le métro, des nanas.
'''Gérard''' : Moi, je peux te dire une chose, que dans le métro, quand tu croises une nana, on se demande si elle a pas vidé la bouteille de parfum sur elle.
'''Guitare''' : C'est un peu comme toi, Gérard.
'''Exotic''' : Moi, je réponds, c'est Exotic, je dis que t'as bien raison quand tu dis ça, parce qu'il y a des grosses putes, soit des meufs qui sont énormes, et bah, qui puent. Généralement, c'est les grosses qui puent.
'''Gérard''' : Non, mais, non, pas généralement, mais moi, je peux vous dire, la personne qui vient prendre ma place tout à l'heure, je viens de sentir, je sais pas ce que c'est comme parfum, mais alors...
'''Phildar''' : Marine, Marine, est-ce que tu peux sentir, Gérard, pour nous dire s'il sent bon ?
'''Gérard''' : Mais j'ai mis de l'Antarctique, hein !
'''Marine''' : Tu sens super bon, Gérard.
'''Gérard''' : Non, mais moi, j'ai mis de l'Antarctique.
'''Guitare''' : T'as mis de l'Arpique WC ?
'''PHildar''' : Gérard, il pue la merde.
'''Exotic''' : Hey Violon, est-ce qu'elle est grosse ?
'''Guitare''' : Qui ?
'''Exotic''' : Bah, Martine !
'''Guitare''' : Martine, je sais pas, je connais pas de Martine.
'''Phildar''' : Marine, je t'ai dit que l'Antarctique, c'était pour les chiottes.
''[Gérard sillotte pendant que PHildar et les audituers échangent sur son parfum et son odeur]''.
'''Phildar''' : Et là, il est en train de vous siffler ce qu'il fait quand il chie, quoi.
'''Exotic''' : Tu sais ce qu'il aime, Gérard ? Il met un coton-tige dans son cul.
'''Guitare''' : Qui a dit ça ? Qui a dit ça ?
'''Exotic''' : Bah, quand on dit, tu sais ce qu'il aime, Gérard, toi, tu réponds, un coton-tige dans son cul.<ref name="radio3"></ref> C'est ce qu'il se dit dans le 92, hein. Ah, bah, à la sortie des écoles.
'''Gérard''' : Ah, bah, c'est bien, alors. Tu me diras où.
'''Exotic''' : Qu'est-ce qu'il aime, Gérard ?
'''Guitare''' : Mettre un coton-tige dans son cul.
'''Gérard''' : Bon, alors, pour faire nir, que pensez-vous...
'''Exotic''' : Pour faire nir, il sait même pas parler.
'''Gérard''' : Si t'es pas content, c'est le même prix, merci.
'''Max''' : Bon, c'est Max, là. Gérard, tu m'entends ? Ils m'entendent pas, là. Le dernier quart d'heure, essaye de les gérer correctement, parce qu'apparemment, ils sont un peu abrutis, ce soir.
'''Gérard''' : Ouais, j'ai l'impression.
'''Max''' : Bon, on va retourner sur l'antenne. Attention, Phildar, tu peux nous remettre sur l'antenne ?
'''Phldar''' : Top antenne.
'''Max''' : Attention, top antenne.
'''Guitare et Priscillia''' : On est sur l'antenne ?
'''Gérard''' : Oui, vous êtes à l'antenne.
'''Priscillia''' : Je comprends plus rien, là.
'''Gérard''' : Ouais, mais vous êtes à l'antenne. Alors, pensez-vous que le parfum attire les gens ?
'''Priscillia''' : C'est fait pour.
'''Exotic''' : Non, c'est pas vrai. Parce que, par exemple, Gérard, lui, s'il met du parfum, c'est pour une raison bien particulière.
'''Prisicllia''' : Bon, c'est répulsif, Gérard, mais en général, c'est...
'''Guitare''' : Mais non, c'est pas répulsif. C'est que, comme je vous l'ai expliqué tout à l'heure, il est pro du mélange d'odeurs, quoi.
'''Exotic''' : Ben voilà, il y a des gens qui puent naturellement, et lui, c'est son problème. Il est obligé de mettre plusieurs parfums.
'''Max''' : Gérard, tu m'entends ?
'''Gérard''' : Oui.
'''Max''' : NOn mais parle pas, ça passe pas à l'antenne. Ouais, mais ça passe par l'antenne. Non, ne parle pas, toi. Eux, ils ne m'entendent pas. Ne te laisse pas faire par les auditeurs quand ils te parlent.
'''Guitare''' : Pourquoi il y a du blancs, là ? Qu'est-ce qui se passe ?
'''Gérard''' : Jeanne ! Jeanne, s'il te plaît, tu réponds, merci.
'''Guitare''' : Ah, c'est pour ça que ça pue dans ma radio.
'''Jeanne''' : Donc, bien sûr que ça attire le parfum, sa connotation.
'''Exotic''' : Ah, mais ça attire les animaux... Il attire les guêpes, Gérard.
'''Jeanne''' : La première fonction du parfum, Gégé... La séduction, tu vois.
'''Jeanne''' : Donc, c'est comme les abeilles qui sont attirées par le miel.
'''Prisillica''' : Tu as des miels dans les oreilles.
'''Max''' : Te laisses pas faire, Gérard, parce que là, c'est nul, le débat.
'''Jeanne''' : Et puis, donc voilà, c'est important, quoi. C'est bien, forcément, que ça attire les gens.
'''Max''' : Tu veux que je t'aide un peu ? Tu veux que je t'aide ? C'est Max.
'''Gérard''' : Ouais, ben viens, viens, parce que c'est le bordel, là-bas. Reviens, là, si tu peux, parce que c'est le bordel.
'''Max''' : Je suis tout en haut pour les émetteurs.
'''Poisson Lune''' : Ouais, Gérald, t'es une vraie tapette, hein.
'''Exotic''' : C'est pas une tapette, c'est un trou du cul.
'''Poisson Lune''' : Il n'arrive pas tout seul à gérer son débat.
'''Gérard''' : Priscilla, s'il te plaît, tu réponds. Pensez-vous que le parfum attire les gens ?
'''Priscillia''' : Oui, oui, mais je te dis, c'est fait pour... Tu le fais pour toi, mais c'est aussi pour plaire à l'autre, et donc l'attirer, en un seul mot.
'''Gérard''' : Tu crois qu'en mettant du parfum, ça attirera les gens plus que... Qu'avant ?
'''Exotic''' : Hey, Gégé, c'est Exotic. À ton avis, si le parfum que ta copine, elle se met, OK ? Et dans le métro, tu reconnais ce parfum-là, d'accord ? Et tu la vois de dos, d'accord ? Et tu fais, ah, Sandy, c'est toi. Elle se retourne, tu vois que c'est un mec...
'''Gérard''' : Eh ben, Exotic, tu retournes au standard. Salut, Exotic.
'''Exotic''' : Non, mais c'était pour prouver que le parfum...
'''Gérard''' : Salut, Exotic.
'''Jeanne''' : Gégé ? Je voulais te... Je voulais te donner une situation très simple. Imagine-toi, il y a deux nanas dans le métro. Il y en a une qui pue et l'autre qui sent bon. Vers qui tu vas aller ?
'''Gérard''' : Non, mais attends, de toute manière, la question, la question, on l'a déjà posée tout à l'heure.
'''Jeanne''' : Mais Gégé, là, tu poses bien la question. Est-ce que le parfum vous attire ?
'''Gérard''' : Ouais, mais moi, j'irais vers celle qui a plus de parfum. Ou même plus de charme.
'''Jeanne''' : Non, mais c'est une question d'odeur. C'est olphactif.
'''Gérard''' : Mais, mais, mais, je viens de te répondre.
'''Jeanne''' : Donc, tu vas aller vers celle qui pue, c'est ça ?
'''Gérard''' : Mais non, je viens de te dire, celle qui a le plus de parfum.
'''Exotic''' : Et pourquoi ?
'''Guitare''' : Gérard, c'est Trompette. Qu'est-ce qu'elle se met comme parfum, Sandy ?
'''Gérard''' : Ça te regarde pas, salut.
'''Priscillia''' : Elle se met de l'eau de toilette.
'''Exotic''' : Eh, Gégé, on voulait savoir, est-ce que tu te parfumes au parfum ?
'''Gérard''' : À ton avis ? Je me parfume à quoi ?
'''Exotic''' : Ça peut être aux toilette, ein.
'''Guitare''' : Ça peut être au déodorant comme moi.
'''Exotic''' : Ou au stick. Ou tout simplement. Ou à l'eau de colonne, ou encore des choses comme ça.
'''Gérard''' : Alors, la dernière... Ouais, c'est bon, là, vous vous calmez, c'est bon.
'''Manu''' : Pour la dernière, on accueille Lacet.
'''Lacet''' : Oui, bonsoir.
Bonsoir, Gérard, je suis pas trop content, c'est Tony, là. Je suis avec Goldorak et Arnett. Je suis pas trop content, parce que je suis obligé de prendre des faux noms pour passer dans tes débats, donc là, je descends. Je suis à côté de la radio. Je casse la tête à Enji, puis je descends. A tout de suite. ''[il raccroche]''.
'''Phildar ''' : T'as entendu ? Ils sont tellement vénères qu'ils vont venir te pécho, là, quoi.
'''Manu''' : Ils vont venir, hein.
'''Exotic''' : Qu'est-ce qu'il se passe dans la maison ?
'''Jeanne''' : Ça te fait pas peur ?
'''Gérard''', ''[indifférent]'' : C'est des conneries, puis c'est tout.
'''Phildar''' : Si ils arrivaient, là, tu ferais quoi ?
''[Max, Sandy et les trois habituels masculins arrivent en trombe dans le studio]''.
'''Phildar''' : Oh, bah, putain, les voilà.
'''Manu''' : Oh, bah, les voilà. Tu fais moins le malin.
'''Gérard''' : Pourquoi vous venez ?
'''Arnet''' : Ça m'a pas fait plaisir.
'''Gérard''' : Ouais, bah, ça t'a pas fait plaisir, c'est le même prix. Achetez-vous votre parfum dans une grande surpasse, ou pas ?
'''Exotic''' : C'est Pierre, je veux répondre.
'''Tony''' : Vous allez répondre ? Mais c'est le bordel, vous allez répondre, les auditeurs. J'aime pas trop qu'il y ait la merde, comme ça, dans le studio.
'''Guitare''' : Eh, c'est Detroit.
'''Gérard''' : Qu'est-ce que tu veux, D4 ?
'''Guitare''' : C'est D3, j'ai pas dit D4.
'''Gérard''' : Bon, tu réponds, parce que vous commencez à me gonfler.
'''Guitare''' : Alors, moi, je voulais répondre, parfaitement, c'est D4.
'''Phildar''' : T'as pas de clope, Gérard, s'il te plaît ?
''[un auditeur fait des vocalises dans le studio]''
'''Guitare''' : Gérard, tu peux faire quelque chose ?
'''Gérard''' : Bon, allez, terminé, mio j'arrête. Conclusion, conclusion, conclusion.
'''Guitare''' : Gérard, tu peux faire ta conclusion en premier ?
'''Gérard''' : Alors, vas-y, on arrête.
'''Guitare''' : Ok, donc, c'est D4. Par rapport aux parfums, je voudrais dire que... ''[Exotic fait des vocalises avec la bouche]''. J'aimerais bien que t'arrêtes, là, je sais pas qui c'est. Je voudrais dire que ça pue toujours autant dans ma radio, malgré que tu mettes du parfum.
'''Gérard''' : Eh ben, c'est bien, bonne nuit à toi. Bonne nuit à toi.
'''Exotic''' : Ça pue quoi ?
'''Guitare''' : Ça pue la merde, la chiasse, le vomi, tout en même temps, quoi.
'''Exotic''' : Comment ça se fait ?
'''Guitare''' : Je crois que c'est à cause de Gérard, ça pue que le jeudi.
'''Exotic''' : Mais pourquoi c'est Gérard qui puerait comme ça ?
'''Guitare''' : Parce que c'est lui qui est à l'antenne.
'''Gérard''', ''[battu]'' : Bande de caves.
'''Exotic''' : C'est à cause de qu'est-ce qu'il fait avec sa main droite ?
'''Max''' : Ouais, mais les mecs, merde, Gérard, tu gères tout ça, là.
'''Guitare''' : À mon avis, c'est son haleine dans le micro que je sens.
'''Exotic''' :À mon avis, c'est parce qu'il se lave pas.
'''Max''' : Phildar, Phildar.
'''Phildar''' : Moi, je dis plus rien, parce qu'à chaque fois que j'ouvre ma gueule, c'est une connerie.
'''Guitare''' : Moi, je plains l'animateur qui passe derrière Gérard et qui a le nez sur le même micro, quoi.
'''Exotic''' : À mon avis, il se lave pas.
'''Phildar''' : Ah, mais Marine, elle se le met pas sous le nez, le micro, t'inquiète.
'''Exotic''' : Eh, pourquoi Martine, elle est pas là, encore ?
'''Guitare''' : Ah, c'est peut-être pour ça que Martine, elle se parfume autant.
'''Exotic''' : Bah, pourquoi Gérard, il pue autant ?
'''Gérard''' : Eh, pourquoi t'es aussi con ?
'''Exotic''' : C'est des questions qui restent en suspens, qui ont été posées et qui ont pas de réponse.
'''Guitare''' : Voilà, prochain débat. Gérard, tu peux faire un prochain débat, comme ça : pourquoi tu pues ?
'''Gérard''' : Et pourquoi vous êtes aussi cons avec moi ?
'''Jeanne''' : Pourquoi t'es aussi con avec nous ?
'''Guitare''' : C'est surtout ça, Gérard, pourquoi t'es aussi con avec nous, quoi.
'''Phildar''' : Comme tous les jeudis, maintenant, règlement de compte. Allez, 10 minutes.
'''Manu''' : Et pourquoi tu fais pleurer les filles ?
'''Max''' : Pourquoi tu fais pleurer les filles, Gérard ?
'''Guitare''' : Ouais, Gérard, c'est honteux, là.
'''Manu''' : Tu t'es même pas excusé.
'''Guitare''' : Gérard, tu fais pleurer les femmes. Arrête de te parfumer au lacrymo.
'''Exotic''', ''[voix de tête]'' : Gérard, tu fais pleurer les hommes. Tu ne sais pas qui c'est qui peut faire la loi. C'est l'auditeur qui commande.
'''Max''' : Oh là là là là là là là là là là. Non, mais là, t'as été nul, Gérard, sur les débats.
'''Manu''' : En plus, t'écoutes même pas les critiques.
'''Guitare et Exotic''' : T'as changé, Gérard.
'''Max''', ''[Gérard posant son casque et détournant le regard]'' : Non, ton métier, tu refais ton métier, c'est ton métier.
'''Guitare''' : On m'a dit qu'il y a Tony et tout ça, ils étaient là ?
'''Max''' : Bon, allez, conclusion.
'''Exotic''' : Tony et Arnet, il paraît qu'ils puent. C'est vrai ou pas ?
'''Tony''' : Ouais, ouais, c'est vrai. Je suis à côté de Max, il peut confirmer.
'''Priscillia''' : C'est vrai que Sandy, c'est un bondin ?
'''Max''' : C'est impressionnant, vous l'avez pas devant vous.
'''Gérard''' : Jeanne, tu dégages, bonne nuit.
'''Jeanne''' : Ah non, c'est pas moi !
'''Exotic''' : Et nous, les auditeurs, on voudrait savoir comment il est.
'''Manu''' : Bon, Tony, conclusion.
'''Gérard''' : Comme t'as écouté à peu près les deux débats, comme t'es là maintenant, tu vas peut-être pouvoir nous dire ce que tu penses des deux débats.
'''Tony''' : Donc, le premier débat, c'était sur le parfum ?
'''Gérard''' : Non, sur la Saint-Valentin.
'''Tony''' : Sur la Saint-Valentin, j'ai trouvé ça très bien. Donc, j'aimerais savoir ce que tu vas faire pour ta Saint-Valentin avec Cindy.
'''Gérard''', ''[amusé]'' : Bah... tu lui demanderas tout à l'heure, parce qu'elle va sûrement t'engueuler.
'''Phildar''' : Cindy Crawford.
'''Tony''' : Pourquoi elle va m'engueuler ?
'''Gérard''' : Tu verras bien avec elle.
'''Tony''', ''[faussement inquiet]'' : Elle fait du catch ?
'''Gérard''' : Non, mais tu verras avec elle.
'''Gérard''' : Donc, moi, c'est dommage parce qu'il y en a un qui fout sa merde. Ça se voit que c'est sa dernière, mais il a foutu sa merde.
'''Phildar''' : J'ai chié dans le coin, là. J'ai chié dans le coin, là. J'ai chié sous la console et je te chie au c....
'''Gérard''' : Voilà, donc, vous allez retrouver Marine pour la nuit sans pub et Max...
'''Phildar''' : On est en avance, hein.
'''Gérard''' : Ben oui. On finit avec 5 minutes d'avance. Comme t'es aussi con que la semaine dernière, c'est pas de mal.
'''Max''' : Non, mais attends, t'as encore 2 minutes. Discute avec les gens 2 minutes.
'''Phildar''' : Tu veux pas me faire un poème pour ma dernière, en fait ?
'''Gérard''' : Non, non, là, tu vas te faire foutre.
'''Manu''' : Moi, je suis désolé, mais je pense quand même que tu devrais t'excuser auprès de la fille que t'as fait pleurer.
'''Gérard''' : Je m'excuse auprès de personne, là, c'est tout.
'''Manu''' : Et tu trouves ça poli, toi ? Tu l'as fait pleurer, tu t'excuses pas ? Après, tu veux que les gens, ils soient polis ?
'''Gérard''' : Non, mais toi, quand on vous demande quelque chose, vous foutez le bordel.
'''Phildar''' : Mais toi, ça fait combien de temps que tu fais de la radio et tu sais même pas parler devant un micro ?
'''Gérard''' : Allez, c'est bon, terminé.
'''Phildar''' : Bon, alors, ce que je disais, c'est que ce qu'on pouvait faire, c'est pour la Saint-Valentin, tu pourrais faire une déclaration à Sandy, quand même, parce que c'est samedi.
'''Gérard''' : Non, mais de toute manière, la conclusion, la déclaration, je lui ferai moi-même et tout seul, pas devant tout le monde.
'''Phildar''' : Ben oui, mais attends, je vais pas lui faire moi-même, c'est toi qui va la faire, mais fais-le devant tous les auditeurs.
'''Gérard''' : Non, mais de toute manière, elle sait ce que j'ai à lui dire, c'est tout.
'''Phildar''' : Qu'est-ce que t'as à lui dire ?
'''Goldo''' : Allez Gégé, un petit poème. Un petit poème pour Sandy ? Pour Phildar, pour Phildar ! Pour le départ de Phildar, putain, souhaite-lui bonne chance !
'''Phildar''' : Qu'est-ce que tu dirais à Sandy le jour de la Saint-Valentin ? Vas-y, Gérard.
'''Gérard''' : Non, mais elle sait très bien ce que j'ai à lui dire, c'est tout.
'''Phildar''' : Et c'est quoi ? Et c'est quoi ?
'''Gérard''' : Ben, elle le sait. Elle est derrière. Et moi, je sais pas. Ben, elle n'a qu'à venir vous le dire à l'antenne.
'''Phildar''', ''[regardant Sandy, à travers la vitre, celle-ci étant hésitante]'' : Tu sais, Sandy, ce qu'il va te dire ? Ben, viens, viens le dire, viens le dire.
'''Gérard''', ''[brutalement]'' : Viens là !
''[Timidement, Sandy rentre dans le studio, sous des ovations mi-amicales mi-sarcastiques de l'assistance]''.
'''Phildar''' : Viens, ma chérie !
''[Gérard va vers elle pour l'attirer vers lui. Il se retourne violemment vers Phildar]'' : Toi, calme-toi, sinon tu te prendre le portable dans la tranche.
'''Phildar''' : Non, mais je déconne. Je suis sorti que deux moi, avec.
'''Gérard''' : Ouais, ouais, ben, tu la laisses tranquille.
'''Sandy''', ''[timidement mais assurée]'' : Oui, je crois savoir. Il va sans moins dire qu'il m'aime et puis que moi, je vais lui dire que je l'aime aussi.
'''Phildar''' : Vous allez faire un bébé, alors ?
'''Goldo''' : Bravo. Moi aussi, je t'aime, Gégé.
'''Arnet''' : Ouais, moi, Gérard, je voudrais te faire ma déclaration d'amour, quand même, parce que j'apprécie pas. Bon, il y a Sandy qui vient tâter le terrain avant moi et je vais te déclarer ma flamme flamme pour demain, mais bon.
'''Gérard''' : Ah, ben, tu vas te démerder. Non, mais de toute manière, on a prévu quelque chose et on... Non, on a discuté ensemble avec Sandy et je pense que...
'''PHildar''' : Vous allez faire un bébé ? Un chien ?
'''Gérard''' : Un chien, toi, tu ferais mieux d'aller voir les singes.
'''Max''', ''[exité de curiosité]'' : Gérard, c'est quoi, le truc ? C'est quoi, parle dans le micro ?
'''Gérard''' : Ben, je sais pas, je pense que Sandy a peut très bien le confirmer par, comme j'ai dit tout à l'heure, pour la Saint-Valentin. Donc, ce que j'ai à lui dire, elle l'a eu. Donc, et puis, je pense qu'on a décidé quelque chose qui est normalement prévu pour, si tout se passe bien, normalement, pour l'été, le jour de l'été.
'''Max''' : C'est quoi, c'est quoi ?
'''Sandy''' : Ben, je pense qu'on va se marier. ''[ovation sarcastique du studio]''.
'''Max''' : Là, j'avoue que même moi, Max, j'étais pas du tout au courant, je l'apprends en même temps, vous !
'''Goldo''' : Oh, le choc !
'''Max''' : Alors, alors, là, je vais te dire, si tu te maries, c'est la méga teuf, là !
'''Gérard''' : Ben, ben, voilà. On en a discuté dans le courant de la semaine et puis, bon, ben, elle est d'accord, donc, moi, il n'y a pas de problème, non plus.
'''Max ''' : Le 21 juin, quoi, le jour de la fête de la musique ou le jour de quoi ? Le fête de l'été ou la fête de la musique ?
'''Gérard''' : Ben, pour les deux, le jour de l'été et puis, là, pour la fête de la musique.
'''Arnet''' : Eh, Gérard, tu nous enverras des faire-parts ?
'''Gérard''' : Ah, non, ça...
'''Goldo''' : On est tous invités, on vient tous !
'''Max''' : On fera une grosse boum, alors, on fera une grosse soirée de folie, là !
'''Phildar''' : Tu peux pas répéter la bonne nouvelle ? C'est pour avoir un souvenir.
'''Gérard''' : Non, mais toi, j'en ai rien à foutre de ta gueule.
'''Max''' : Non, mais redis, redis. Qu'est-ce qui va se passer ? Vas-y. Auditeurs, auditrices, écoutez bien. Gérard va vous le dire en direct.
'''Gérard''' : Donc, pour le jour de la fête de la musique et le jour de l'été, ben, on se mariera. Avec Sandy. Voilà. On vous laisse là-dessus, vous allez recouler Marine pour la nuit, sans pub. Voilà.
'''Gérard''' : Croyez-vous qu'en hiver, on puisse faire l'amour sur le hockey sur glace ?
== Le débat sur les sports de glisse ==
=== Contexte ===
La semaine précédente était haute en couleurs, émouvante mais aussi tendue. Une réunino, ubuesque et enregistrée quoique privée officiellement, s'est tenue dans la semaine entre Gérard et l'équipe. Gérard y a été installé comme chef, à savoir le responsable de l'émission. Il a, dans cette émission, le même statut que Max. Cette vaste plaisanterie aura un rôle clé pour la suite des choses, car l'équipe s'investira dans ce rôle à la perfection. Avec le recul, la présence de Phldar est confirmée, plus que jamais, même si officiellement, Gérard veut le remplacer pour le punir de ses lectures intempestives du courrier désagréable pour Gérard. Mais Olivier, lui, est par contre devenu l'homme indésirable. La réunion est aussi l'occasion d'entendre les questions à l'avance, tout autant amusantes qu'à la coutumée. Gérard découvre que les réunions sont enregistrées, ce qui ne l'empêchera pas d'e convoquer d'autres, nombreuses et assumées, et d'y jouer les sketchs classiques. C'est une autre preuve que Gérard, contrairement à beaucoup d'affirmations, était lucide sur le déroulé des événements et l'acceptait. Sa lucidité sur la pratique ne doit pas eê écartée. Mais il persiste et signe, porté par la passion de la radio et le lien social que cette aventure lui confère.
Mais ses démons ne sont jamais loin. De mauvaise humeur, poursuivi par ses sketchs, il n'est jamais loin du dérapage face aux provocations incessantes. L'équipe joue de mieux en mieux son rôle, notamment ici avec l'éternel sujet de l'ordre des débats, que les deux assistants discutent avec espièglerie, mais aussi celui du son et des soucis de sonorisation du casque. Il faut le dire, au fond, Gérard se montre aigri et enragé, au milieu d'une meute de gens calmes mais actifs. Un malaise semble s'installer.
Après la pétanque et le ping pong, ce sont les sports de glisse qui sont à l'honneur ce soir. La raison de ce thème est, de surcroît, assez évidente. C'est un débat d'actualité puisqu'ont lieu, dans cette période de février 1998, les Jeux Olympiques d'hiver, à Nagano. Tout un contexte de sketchs possibles en perspective.
=== Les personnages ===
* Christophe : Steve
* Cyril : Edouard, Darwin
* Franck : Denis
* Carole : Gabriela
* Rita : Jeanne
* Mégane : Delphone
* Olivier Bouchet : Olivier de la pro
* Gérard Cousin : Gérard
* Franck Bargine : Max
* Benjamin
* Phildar, Manu
=== Transcription ===
'''Gérard''' : Donc on va commencer sur le premier, les sports de glisse et après ça sera sur les aspirateurs. Donc là vous venez d'écouter, c'était quoi Manu s'il te plaît ?
'''Manu''' : Je ne sais pas du tout Gérard. Chef pardon, excuse-moi.
'''Gérard''' : Moi je ne sais pas non plus, donc j'aurais bien voulu savoir.
'''Manu''' : Pourtant c'est toi le chef, tu devrais savoir.
'''Gérard''' : C'était quoi le titre ?
'''Max''' : Pro DJ ''[prononcé Pro dji dji]''. Avec Fire Tarter.
'''Gérard''' : Donc pour l'instant on n'a pas trop grand chose, donc on va continuer de discuter un petit peu parce que pour l'instant j'attends qu'on me fasse la liste et qu'on me la donne. Donc quand ils seront décidés au standard, ça ira. On se dépêche parce qu'on ne va pas faire trop de blanc longtemps. ''[Olivier met du son dans le casque de Gérard]''. Bon, je ne sais pas, merci Olivier pour... Non, non, Olivier s'il te plaît, tu ne vas pas commencer comme ça parce que sinon moi ça va aller vite, je ne vais même pas commencer le premier débat. Olivier s'il te plaît, merci. Non, bon ben... Olivier s'il te plaît, tu ne commences pas d'accord ? Olivier tu ne commences pas, tu ne t'amuses pas.
'''Manu''' : Il règle le son Gérard, c'est son taf.
'''Gérard''' : Non, parce que là je n'ai plus rien du tout. Non, non, non, non, non, non, non, non. Non, moi là pour l'instant je n'ai rien du tout dans les oreilles. Si on commence... Non, là non plus. Si on commence les débats comme ça, ça ne va pas être bon.
'''Olivier''' : Tu ne t'entends pas là ?
'''Gérard''' : Avec du mal. Non, mais là je pense que les auditeurs, on ne va pas les entendre. Alors, on va accueillir Edouard, bonsoir. Denis. Bonsoir, Steve.
'''Steve''' : Je te souhaite un bon débat, Gérard.
'''Gérard''' : Gabriela. Delphine. Et Jeanne.
'''Jeanne''' : Comment vas-tu ce soir ?
'''Gérard''' : Je n'ai pas regardé.
'''Edouard''' : En espérant que le débat se passe bien, malgré ton mécontentement persistant et l'incompétence de l'équipe qui t'entoure.
'''Gérard''' : Voilà, j'espère de votre côté que ça va bien se passer, que je ne serai pas obligé de trois minutes de virer les gens.
'''Denis''' : Il ne tient qu'à nous de nous faire valoir et de ne pas nous faire jeter.
'''Gérard''' : Oui, ben, c'est à vous aussi d'être correct et tout.
'''Gabriela''' : Et Gérard, c'est à toi de nous montrer que tu as des couilles aussi.
'''Gérard''' : Oui, ben alors déjà, on va commencer par...
'''Steve''' : Ça dégage.
'''Gérard''' : Euh, non, on ne va pas commencer comme ça, d'accord ?
'''Phildar''' : Non, on ne dégage personne, on va tous s'écouter les uns après les autres. Ça va être magnifique ce soir, je crois qu'on va faire le plus beau débat de la nuit.
'''Gérard''' : Donc, avez-vous déjà été aux sports d'hiver ? Denis.
'''Denis''' : Oui, je suis déjà allé aux sports d'hiver. Donc, j'y vais généralement l'hiver quand il y a de la neige pour aller faire du ski, de la luge, du snowboard et des batailles de boules de neige. C'est très agréable. Gérard, c'est une question à poser, c'est Denis. Pourquoi faire un débat sur les sports d'hiver ? Tu as dû déjà y toucher pour pouvoir faire un débat.
'''Gérard''' : Disons que, vu qu'à l'heure actuelle, comme tout le monde me dit, on aurait pu le faire en deuxième, mais comme à l'heure actuelle, c'est les sports de Nagano, c'est les Jeux Olympiques de Nagano, c'est pour ça que je voulais faire un truc là-dessus.
'''Gabriela''' : Gérard, est-ce que je pourrais faire une petite parenthèse pour les auditeurs ? C'est juste pour leur informer que sur Cnal, il y a le film de cul en ce moment.
'''Gérard''' : Non, mais ça, c'est bien. Merci, Gabriela.
'''Jeanne''' : C'est hors sujet, là, Gabriela.
'''Gabriela''' : C'est une parenthèse, Gérard, je te l'ai dit, tu m'as dit oui, alors c'est bon.
'''Gérard''' : Non, non, mais attendez, on sait que sur Canal, c'est bizarre que... Ah bah oui, c'est une rediffusion du film de cul.
'''Edouard''' : Je crois qu'on s'écarte du débat. Écoute, moi, je voudrais ouvrir une parenthèse, je n'ai pas de décodeur.
'''Gérard''' : Non, mais attends, Edouard, s'il te plaît. On est aux sportx de glisse. Avez-vous déjà été aux sports d'hiver ?
'''Gabriela''' : Oui, Gabriela, je réponds, je fais souvent du sport de glisse, qu'il fasse chaud ou froid, Que ce soit dehors ou dedans. Je fais souvent du sport de glisse.
'''Gérard''' : Donc toi Edouard ? Edouard s'il te plaît ?
'''Edouard''' : Le sport de glisse c'est une chose que je pratique à l'occasion de mes vacances. Lorsque je peux financer ces vacances.
'''Gérard''' : Non mais attends Edouard. Tu vas déjà commencer par te réveiller.
'''Phildar''' : Il faut que je te signale un truc Gérard, c'est qu'en fait Edouard est étudiant en bioneurologie. Donc tu vois, il a du mal à s'exprimer rapidement parce qu'en fait il réfléchit tout le temps, Edouard. Donc c'est un étudiant...
'''Edouard''' : C'est-à-dire qu'à l'heure où je te parle, je réponds à tes questions, je suis en train de faire mes devoirs.
'''Phildar''' : Donc tu vois il faut que tu aies de la compassion.
'''Steve''' : Bah écoute moi j'ai eu la chance et j'ai encore la chance de beaucoup voyager, donc sports de glisse ouais, j'ai eu la chance de le faire à côté du Fujiyama au Japon. Excellent ! Tu parles de Nagano, bon bah c'est vrai que c'est pas loin...
'''Gérard''' : Oui mais ça on en reviendra.
'''Steve''' : On en parlera bien sûr, donc c'est vraiment les sports de glisse, j'en fais pas mal, bah surtout à l'étranger quoi.
'''Gabriela''' : Gérard ? Et toi est-ce que tu glisses beaucoup ?
'''Gérard''' : Bah, attendez, on va continuer. Je vais répondre quand même à la question après.
Delphine ? Donc, pour toi...
'''Delphine''' : Bah, moi je glisse tout le temps.
'''Denis''' : Gérard, c'est Denis, je peux te poser une question ?
'''Gérard''' : Oh là, qui c'est qui a un mauvais son, là ? Donc Jeanne, s'il te plaît.
'''Jeanne''' : Bah écoute, moi j'ai pratiqué les sports d'hiver en Alaska, à Nagano aussi. Mais c'était dans le temps, c'était avant. Et petite station ici,
'''Gabriela''' : Moi je me suis cassée la gueule en faisant du snow.
'''Dekphine''' : Est-ce que quelqu'un a le décodeur ? Parce que moi, je ne l'ai pas.
'''Gérard''' : Non, mais vous n'allez pas commencer comme ça, d'accord ?
'''Gabriela''' : Bon, et toi, Gérard, est-ce que tu aimes glisser souvent ?
'''Edouard''' : Est-ce que je peux préciser quelque chose avant de commencer ?
'''Gérard''' : Qu'est-ce que tu veux préciser, toi ?
'''Edouard''' : Est-ce que tu peux parler plus fort quand tu hurles parce qu'on ne t'entend pas ?
'''Gérard''' : Ah oui, mais là, je n'y peux rien. Là, je vais vous dire une chose, je n'y peux rien. Je n'y peux rien si vous m'entendez très mal. Même moi, j'ai du mal à... Par moment donné, j'ai du mal à vous entendre quand vous répondez à la question.
'''Phildar''' : Moi aussi, chef. Moi aussi, chef, j'ai du mal à entendre.
'''Manu''' : Moi aussi, chef, on ne m'entend pas bien.
'''Gérard''' : Alors moi je peux vous dire une chose, que jusqu'à maintenant, j'ai été qu'une fois aux sports d'hiver, et c'est tout, mais c'était très dur.
'''Delphine''' : T'as fait de la luge ?
'''Gérard''' : Euh... Même pas.
'''Jeanne''' : Mais t'as fait quoi, au juste ?
'''Gérard''' : Ben... J'ai été sur les pistes, et c'est tout. Mais je n'ai jamais fait de ski.
'''Edouard''' : T'as été médaillé ? Mais t'as ton flocon, ou je ne sais plus quoi, là ?
'''Gérard''' : Ah ben, attends. Qui c'est qui pose ce question, là ? Non, non, mais attendez, attendez, s'il vous plaît. S'il vous plaît. Il m'avait semblé avoir dit que le premier qui répondait déjà aux questions avant, ça ne servait à rien.
'''Denis''' : Mais Gérard, comment veux-tu qu'on sache que le flocon fasse partie de tes questions ? Le flocon, quand tu parles de sport d'hiver, c'est évident.
'''Gérard''' : Oui, mais alors, si vous avez écouté mardi ce qu'il s'est passé dans le bureau, vous avez très bien compris les questions. Donc, on en revient à ça. Savez-vous skier, si oui, quelle médaille avez-vous ? Or, argent, bronze, ou le flocon ?
'''Gabriela''' : Alors, moi, j'ai la médaille gode. Gold, en anglais, c'est or, Gérard. Gode.
'''Gérard''' : Ouais, ben, OK, on a compris. Bon, Edouard ?
'''Edouard''' : Ouais ? Ben, moi, non, non, je pratique juste pour m'amuser, en fait, pas plus.
'''Denis''' : Moi, je suis ceinture noire de snowboard.
'''Edouard ''' : Ça, c'est des conneries, ça n'existe pas.
'''Gérard''' : Attends, Denis, ceinture noire de snowboard ? Ouais, non, mais allez-y, allez-y, rentrez dans... Non, mais si vous commencez déjà, à la deuxième question, à vouloir jouer, à dire...
'''Manu''' : Excuse-moi, chef, ô combien magnifique, il y a une question sur Minitel. On nous dit, pourquoi tu cries alors que le débat a l'air de si bien commencer ?
'''Gérard''' : Ouais, mais pourquoi que je crie ? Parce que les auditeurs, ceux qui sont à l'antenne, ne m'entendent pas. Ils viennent de me le dire à l'instant.
'''Manu''' : Mais non, ils t'entendent.
'''Jeanne''' : Mais Gégé, il paraît que t'as cassé le matos.
'''Gérard''' : Euh... Celle qui commence à dire ça, ça va pas aller longtemps. Alors, Denis, donc, pour ta question, je vais te dire une chose, j'ai jamais vu de ceinture noire là-dessus.
'''Denis''' : Écoute, Gérard, c'est que le snowboard a été marginalisé, n'a pas été considéré comme un sport de glisse tout de suite. Alors, pour se démarquer des autres sports qui sont populaires, comme le ski, la luge, tout ça, eh bien, eux, ils n'ont pas adopté le système des flocons, ils ont adopté le système des ceintures des arts martiaux.
'''Gérard''' : Non, tu veux jouer sur le judo.
'''Denis''' : Non, non, non, pas du tout.
'''Phildar''' : Et qu'est-ce t'en penses de ça, Gérard ?
'''Delphine''' : Je ne sais vraiment pas pourquoi tu dis ça.
'''Gabriela''' : Non, je suis d'accord avec lui, parce que même quand tu fais du sport de glisse, quand ça glisse, si tu veux, ça pénètre, donc quelque part, ça fait un peu mal quand tu tombes.
'''Denis''' : De toute façon, si Manu et Gérard font leur boulot au standard, je suis sûr qu'ils arriveront à choper des snowboardeurs qui, de toute façon, confirmeront ce que je dis.
'''Gérard''' : Moi, je peux te dire une chose, c'est qu'il n'y a pas de ceinture là-dessus, d'accord ?
'''Denis''' : Bah, écoute, Gérard, je te fais... Alors, dans ces cas, je retire ce que j'ai dit et je te fais totalement confiance.
'''Gabriela''' : Oui, mais Gérard, ya aussi des ceintures godes.
'''Gérard''' : Oui, mais ça, ça, c'est des trucs de cul. D'accord ? On n'est pas sur...
'''Gabriela''' : Mais c'est pas du cul.
'''Phildar''' : Non, Gérard, il y a une différence entre les godes ceintures et les ceintures godes.
'''Denis''' : Gérard, je peux te poser une question ? Est-ce que tu connais des champions de snowboard ?
'''Gérard''' : Non.
'''Jeanne''' : Gégé ? Ouais, je réponds. Donc, moi, j'ai participé aux Jeux Olympiques en Arizona.
'''Gérard''' : Non, mais attends, Jeanne. Jeanne, s'il te plaît, tu vas pas commencé.
'''Jeanne''' : Mais écoute, Gégé, je réponds à la question.
'''Gérard''' : Ouais, ouais, mais attends, tu vas pas commencer à ramener ta fraise, OK ? Ouais, mais tu vas pas commencer à me parler des Jeux bizarroïdes.
'''Jeanne''' : Non, mais Gégé, c'est les Jeux Olympiques.
'''Gérard''' : Jeanne, s'il te plaît, tu te calmes. On se calme. Ya une question...
'''Manu''' : C'est en fait un compliment. C'est Aristo 16 qui dit, Gérard, ce soir, tes débats ont l'air mieux que d'habitude. C'est génial.
'''Denis''' : Gérard, c'est Denis. Gérard, c'est Denis. C'est normal que tes débats soient bien. Il n'y a pas Tony, il n'y a pas Arnett, il n'y a pas Ultraman.
'''Gérard''' : Non, mais c'est bon, c'est bon, c'est bon, Denis, merci.
'''Gabriela''' : Mais pour répondre à la question, est-ce que, Gérard, tu connais donc des joueurs olympiques comme Natakisha Wataka ?
'''Denis''' : Est-ce que tu connais quand même Franck Esposito ?
'''Gabriela''' : Est-ce que tu connais Natakisha Wataka ?
'''Gérard''' : Bon, Steve, s'il te plaît, je voudrais que tu te réveilles parce que tu vas pas rester longtemps.
'' '
'''Gabriela''' : Gérard, tu réponds même pas aux questions.
'''Gérard''' : Attends Jeanne, s'il te plaît ! Déjà, tu vas commencer par te taire. Tu ne vas pas me faire comme d'habitude, OK ?
'''Jeanne''' : Mais c'est pas moi qui a parlé !
'''Gérard''' : S'il te plaît !
'''Steve''' : Oui, écoute, bon, premièrement, c'est vrai qu'on t'entend assez mal. Et deuxièmement, je voyage beaucoup. J'ai un décalage horaire en pleine tête. Je suis un peu fatigué. Donc, tu peux répéter ta question, s'il te plaît ?
'''Gabriela''' : T'as été à Nagano ?
'''Gérard''' : Alors, savez-vous skier ? Si oui, quelle médaille avez-vous eue ?
'''Gabriela''' : On n'a pas répondu.
'''Gérard''' : Non, vous n'avez pas tous répondu. Je suis désolé.
'''Steve''' : Alors, moi, je sais skier avec des fidles. C'est des petits skis. Donc, je l'ai fait aussi ça en France, mais un peu partout aussi. Et j'ai simplement gagné un mouflon, quoi. C'est tout.
'''Gérard''' : C'est-à-dire, c'est quoi ça ?
'''Steve''' : C'est une médaille. C'est-à-dire, c'est une médaille avec un... On t'offre un animal, en plus. C'est une sorte de petite antilope des montagnes.
'''Denis''' : Je peux te poser une question ? Enfin, ce n'est pas vraiment une question. Je voulais simplement dire que c'est quand même bien que tu t'intéresses au passé sportif de tes auditeurs. C'est vraiment bien. Je trouve que tu es le seul à faire ça.
'''Gabriela''' : Lèche cul
'''Jeanne''' : Tu te calmes, ma mignonne.
'''Gabriela''' : Tu te calmes, la chouette.
'''Gérard''' : S'il vous plaît, là. S'il vous plaît, vous vous calmez.
'''Denis''' : Alors, attendez, c'est Denis qui parle à Gérard et qui se fait casser à longueur de débat par Tony, Ultraman, tout ça. Et à chaque fois qu'il y a des gens bien à l'antenne qui le félicitent sur son travail, il y a toujours des gens pas très sympathiques qui cassent.
'''Gérard''' : Bon, ça y est, mais c'est bon. Ce n'est pas le thème du débat.
'''Delphine''' : Moi, je ne sais pas skier, donc bon, quitte à avoir une médaille, autant avoir une médaille en or, quoi.
'''Gabriela''' : Parce que la meilleure, c'est la gode. C'est celle en or.
'''Edouard''' : C'est le sommet. Tu ne peux pas aller plus haut.
'''Gérard''' : Ah ben je suis désolé. Après la médaille d'or, chez moi, il y a le chamois.
'''Edouard''' : Oui, mais tu confonds les disciplines, Gérard.
'''Denis''' : Gérard, il y a le chamois d'or.
'''Delphine''' : Permets-moi de te dire que tu te trompes.
'''Gérard''' : Bon, celui qui s'amuse à faire du bruit comme ça, il va se calmer. Il va se calmer très vite. ''[o entend des bruits de grenouilles dans les combinés du téléphone]''.
'''Jeanne''' : Je voulais savoir, est-ce que tu as déjà rêvé... Parce que c'est le rêve de chacun, quoi, de gagner une médaille olympique ?
'''Gérard''' : Non, mais attends. Jeanne, s'il te plaît.
'''Steve''' : Et dans quelle discipline ?
'''Gérard''' : Bon, vous vous calmez déjà. Dans les meilleurs auditeurs, j'aurais voulu qu'on me laisse parler. Merci. Voilà, comme ça, ça va plus vite. Non, car moi, je te réponds, Jeanne, c'est pas du tout le thème des débats, le rêve. Non, mais fallait écouter. Fallait écouter ce soir.
'''Gabriela''' : Non, mais Gérard, excuse-moi, tu ne comprends rien à la question qu'elle t'a posée.
'''Gérard''' : Attends, mais c'est quoi, là, ce cirque ? ''[il jette son casque, les autres membres du studio s'impatientent en disant qu'il n'y a rien, Max en fait partie]''. Attends, il est où l'autre, encore ?
'''Max''' : Il n'y a rien, Gérard.
'''Gérard''' : Non, les auditeurs m'entendent très mal aussi.
'''Max''' : Vous l'entendez bien, là ? Non, mais sérieusement, vous l'entendez bien ? Tu parles trop fort, tu cries quand tu parles. Tu parles au lieu de me parler normalement, tu parles comme ça.
: ''[En hurlant] Alors, bon, alors, ça va, Max ? Ça va aujourd'hui ? Ça va, t'as passé une bonne journée ? Ça va, Gérard ? Ça va bien ? Mais non, mais tu cries quand tu parles.
'''Gérard''', ''[à Olivier, présent]'' : Mais qu'est-ce que tu fais, là, toi ? Toi, tu dégages ! Tu dégages, tu dégages, tu dégages ! Tu dégages ! Tu dégages, là ! ''[il tente de le pousser physiquement]''. Bon, maintenant, on revient au débat. ''[bruit de grenouille dans le combiné]''. Déjà, celui qui s'amuse à faire le cochon va dégager. Le ski est-il, pour vous, votre sport préféré ?
'''Denis''' : Oui, le ski, pour moi, c'est mon sport préféré, mais moi, je le pratique sous plusieurs formes. C'est-à-dire ski de fond, ski alpin, ski de bosse, saut à ski. Mais bon, le problème avec le ski, c'est que c'est saisonnier, tu ne peux pas en faire toute l'année, il faut attendre qu'il y ait de la neige, c'est vraiment dommage.
'''Steve''' : Oui, c'est Steve, là. Écoute, moi, je préfère les sports de combat, les arts martiaux séculaires qui ont traversé le temps et les époques, comme la Tewaza, tu sais, dans la Chine Antique.
'''Gérard''' : Non, mais attends, Steve ! Je vais te dire une chose, ce n'est pas la question, d'accord ? Les arts martiaux n'ont rien à voir dans les sports de glisse.
'''Denis''' : Gérard, c'est Denis.
'''Gérard''' : Non, mais attends, Denis, tu vas te calmer, s'il te plaît...
'''Edouard''' : Oh, attendez, attention, les débats partent dans un mauvais sens.
'''Gérard''' : Oui, ben, j'ai l'impression que Denis, si tu continues à vouloir mettre... trop la ramener... ton grain de sel, tu vas dégager.
'''Gabriela''' : Alors, moi, j'aime bien le ski qui va jusqu'au fond et puis le ski de glisse, surtout. Voilà.
'''Edouard''' : Ben, dans la mesure où je peux partir lorsque mon boulot me le permet et que je peux faire du ski en haute altitude, j'aime bien, je trouve,
ça amusant. Surtout à plusieurs, on peut se promener dans les différentes pistes, noires, bleues, violettes ou encore oranges.
''Gérard ''' :Non, non, attends, attends, Edouard, Edouard, j'ai jamais vu de pistes violettes et oranges.
''Edouard ''' :En Allemagne, si.
''Gérard ''' : Non, non, non, je suis désolé. Je peux vous confirmer que là, pour l'instant, Edouard, tu es en train de me sortir des pistes...
'''Edouard''' : Je suis daltonien donc... Gérard, si je pouvais me permettre une petite blague...
'''Gérard''' : Non, non, il n'y a pas de petite blague. On est dans les débats, d'accord ? Delphine, Delphine, s'il te plaît.
'''Denis''' : Ça vous avance à quoi de prendre Gérard pour un con, là ?
'''Gérard''' : Toi, ça t'avance à quoi de te taire ?
'''Phildar''' : Attends, Gérard, il te défend. Tu pourrais être aussi aimable avec lui.
'''Gérard''' : Non, mais attends, pour l'instant, je demande à Delphine. Delphine, s'il te plaît.
'''Delphine''' : Ben non, le ski n'est pas mon sport favori.
'''Gérard''' : Pourquoi ?
'''Steve''' : Elle préfère les arts martiaux.
'''Gérard''' : Non, mais attends, Edouard, s'il te plaît.
'''Edouard''' : Non, c'est Steve, mais Gérard, si je peux me permettre une petite blague ?
'''Gabriela''' : Mais Edouard, il coupe la parole à tout le monde !
'''Steve''' : Non, rappelez les habituels, parce que là, c'est du n'importe quoi.
'''Gérard''' : Moi, je sens... Phildar, s'il te plaît. Tu me calmes, Edouard et Steve, s'il te plaît, parce que là, ça commence à bien faire.
'''Edouard''' : Non, il suffit, Gérard, s'il te plaît.
'''Gérard''' : Ça commence à bien faire, ces deux-là. Donc, Delphine.
'''Delphine''' : Donc, non, le ski n'est pas mon sport favori. Mon sport favori, c'est les sports violents, comme la boxe, le karaté et des choses comme ça, où il y a du sang.
'''Gérard''' : Oui, mais attends, mais là, dans ces cas-là, c'est même plus un sport. C'est énorme... Oui, mais attends, Delphine. Delphine, dans ces cas-là, moi, je ne suis pas d'accord avec toi. Parce que le mec qui va être en sang, tu vas hurler là-dessus ?
'''Delphine''' : Ça m'excite.
'''Gérard''' : Moi, je vais te dire une chose, voir du sport ou que tu aies du sang, pour moi, ce n'est pas du sport. Ce n'est même pas un sport.
'''Denis''' : T'es contre les arts martiaux, Gérard, alors ?
'''Gérard''' : Ah oui, moi, je suis tout à fait contre.
'''Delphine''' : Gérard, tu me déçois.
'''Gabriela''' : Moi, je suis d'accord avec toi, Gérard. J'ai horreur du sang.
'''Delphine''' : Et quand Ayrton Senna, il s'est scratché, tu crois qu'il y avait pas du sang ?
'''Gérard''' : Non, mais attends. Dans ce cas-là, Ayrton Senna, c'est lui qui s'est planté à plus de 300 kilomètres. On ne sait toujours pas pourquoi il s'est planté, d'accord ?
'''Gabriela''' : Gérard, moi, je suis d'accord. Je déteste le sang. Je préfère le sperme.
'''Jeanne''' : Écoute, moi, je n'aime pas du tout le ski. Je vais t'expliquer. Pour moi, le ski, c'est un sport qui demande beaucoup d'exercices physiques. Il faut vraiment être physiquement très costaud. Il faut avoir un bon rythme vasculaire. Donc, c'est le cœur qui travaille. Si ton cœur te lâche, tu es foutu.
'''Gérard''' :Dans tous les sports, alors.
'''Jeanne''' : Non, parce que moi, j'aime bien la Formule 1. Parce que pendant trois heures, tu es sur ta chaise en train de regarder.
'''Gérard ''' :Ah oui, non, mais attends. Le ski est-il pour vous votre sport préféré, d'accord, Tu préfères regarder la Formule 1. Tu es comme moi. Moi aussi, j'adore regarder la Formule 1. Mais moi, je vais te dire une chose, la Formule 1, c'est pareil. Tu as quand même le niveau des jambes et des bras qui travaillent constamment pendant deux heures.
'''Jeanne''' :La différence, c'est que nous, on ne fait pas ce sport.
'''Gabriela''' :Il n'y a rien de sportif là-dedans.
'''Jeanne''' : C'est que nous, on reste assis.
'''Gérard''' : Oui, mais d'accord. D'accord, Jeanne. D'accord, tu préfères... Tu n'aimes pas le ski. Je suis d'accord avec toi.
'''Denis''' :Gérard, c'est Denis. Je peux te poser une question ? Alors, tu ne supportes pas de voir les gens des arts martiaux se cogner dessus et avoir du sang. Mais qu'est-ce que ça t'apporte quand tu vois un pilote comme Olivier Panisse ou Ayrton Senna se crasher à plus de 300 km/h ?
'''Jeanne''' : Non, mais arrêtez, c'est morbide.
'''Gérard''' : Non, non, non. Attends, Jeanne. Attends, moi, je vais répondre. Là, c'est quand même eux qui ont décidé de faire ce sport-là. Dans ce cas-là, pourquoi... Dans ce cas-là, on va prendre pareil. Sur le foot, il y en a quand même qui risquent leur vie. Les rugbymans, pareil. Les hockeyeurs, c'est pareil.
'''Edouard''' : Oh, je suis désolé. En patinage artistique, on n'a jamais vu personne se faire...
'''Gérard''' : Mais oui, mais attends. En patinage artistique, fais-moi confiance qu'il y en a quand même... Tu prends le patinage artistique. Dans ce cas-là, le tennis...
'''Steve''' : Si tu parles de la dangerosité des sports, c'est vrai que tous les sports sont dangereux. Moi, je me souviens d'une partie de pétanque où mon grand-père, il a pris une boule en pleine tête.
'''Gérard''' :Non, mais attends. Là, ce n'est plus du tout le thème du débat. Non, non, ce n'est plus le thème du débat. Non, non, mais...
'''Edouard''' : Peut-on dire que le débat est un débat sur le sport ?
'''Denis''' : Là, on généralise et ce n'est pas bien.
'''Edouard''' :Je crois que ce n'est pas bon de généraliser.
'''Gérard''' :Non, mais on fait un débat sur les sports de glisse. Moi, je peux vous dire que là, tout à l'heure, je reviens avec ce que disait Gabriela. Donc, moi, je ne suis pas d'accord de voir des gens qui sont en sang. Non, mais dans ce cas-là... Eh, regarde. Je ne sais pas si vous avez... Si tout le monde a suivi le match de mardi. PSG... PSG... Metz. Bon. Tu n'as qu'à regarder l'autre qui est ressorti. Il avait quand même une balafre sous le cou.
'''Edouard''' : Attention, des fois, il y a des terrains minés. Gérard, est-ce que tu ne crois pas qu'il est déjà dangereux de mettre des crampons ?
'''Gérard''' : Oui, mais ça, de toute manière, c'est...
'''Phildar''' : Il y a une question au standard. Est-ce que tu penses qu'on peut jouer au foot sans crampons ?
'''Gérard''' : Oui. Parce que tu as des salles qui sont adaptées maintenant. Tu as des salles où tu peux jouer sans crampons. Tu ne joues qu'en basket.
'''Phildar''' :Oui, mais attends. Généralement, le foot, ça se joue dehors.
'''Gérard''' : Oui, mais peut-être. Maintenant, à l'heure actuelle... À l'heure actuelle, si tu veux, Phildar, je réponds à la question que tu viens de me dire. À l'heure actuelle, tu as des gymnases qui sont adaptés pour jouer au foot en basket.
'''Phildar''' : Mais oui, mais moi, je te dis s'ils sont dehors. Est-ce qu'on peut jouer dehors au foot sans crampons ?
'''Gérard''' : Oui, tu peux. Bien sûr. Tu peux très bien jouer en basket ou au foot. Je suis désolé.
'''Gabriela''' : Et sans ballon ?
'''Gérard''' : Ah ben non, ça non. Quand même pas.
'''Edouard''' : Et sur du sable ? Est-ce qu'on peut jouer au foot ?
'''Gérard''' : Dans ce cas-là, l'été... Non, mais l'été, quand tu vas sur le sable, à la mer, tu peux très bien jouer au foot.
'''Jeanne''' : Je voulais te dire, Gégé, quelle est la tenue vestimentaire d'un footballeur ? Explique-moi, parce que moi, je connais rien à ce jeu.
'''Gérard''' : C'est une paire de chaussures avec des crampons, des chaussettes, un short et un tee-shirt. Voilà.
'''Jeanne''' : De quelle longueur le short ?
'''Gérard''' :Le short, c'est des shorts... ''[quelqu'un ronfle dans un téléphone]''. Celui qui s'amuse à romper, tout à l'heure, tu vas dégager. Bon, s'il te plaît, Phildar, tu me les calmes, là encore, parce que ça commence à faire.
'''Phildar''' : Ce que tu vas faire, Gérard, c'est que tu vas poser la question, puis on va faire une petite pause, on va mettre un disque.
'''Gérard''' : Alors, faites-vous de la glisse en faisant l'amour ?
'''Manu''' : Vous réfléchissez, on met un disque avant ?
'''Gérard''' : Oui, mais c'est quoi ?
'''Manu''' : Je t'en supplie, vas-y.
'''Phildar''' : Bah, vas-y, envoie, on va dire ce que c'est. ''[la musique est lancée]''.
'''Gérard''' : On revient, donc, c'est la suite des débats. Donc, vous pouvez toujours nous appeler au 0803 08 5000 et 0800 70 5000 et toujours le 3615 Code Fun Radio, rubrique direct. Et on récupère, donc, Edouard.
'''Jeanne''' : Gérard, c'était quoi, le disque ?
'''Gérard''' : Alors, le disque, c'était... Rachid Tata
'''Manu''' : Avec bouffe-la moi.
'''Gérard''' :Voilà, c'est Manu qui le met, parce que moi, j'ai pas les titres sous les yeux, hein, d'accord ? Donc, on récupère Edouard. Denis.
'''Denis''' : Bonsoir, Gérard. Bonsoir, Manu. Bonsoir, Phildar.
'''Steve''' : Steve le Voyageur t'adresse ses respects du soir, Gérard.
'''Gabriela''' : Ouais, Gérard, je voulais te dire que tu as fait énormément de progrès au niveau de la radio.
'''Gérard''' : Ok. Delphine. Jeanne. ''{une fille fait un bruit de jouissance stimulée]''. Le premier qui s'amuse à pousser des soupirs va dégager. Et j'ai pas l'intention de dégager quelqu'un à 1h36. Alors, donc, je pense que vous l'avez tous entendue, la question....
'''Denis''' : Gérard, avant que tu poses ta question, est-ce que je peux dire quelque chose ? Une réflexion générale. Alors, je voulais simplement dire à Goldorak, s'il nous écoute, avec ses sondages bidons, que Gérard n'a pas débité une seule insulte depuis le début du débat.
'''Steve''' : Il a dit abruti, Gérard, tout à l'heure.
'''Gérard''' : Bon, ben, c'est pas pareil. Ça, c'est parce que tu l'as cherché.
'''Phildar''' : C'est une gentille insulte.
'''Denis''' : Et tout ça pour une seule raison. Regardez, on n'a pas Tony, on n'a pas Ultraman.
'''Gérard''' : S'il vous plaît, s'il vous plaît, on revient au thème du débat. Merci. Alors, faites-vous de la glisse en faisant l'amour.
'''Gabriela''' : Oui, on fait beaucoup de glisse. Pparce que c'est normal que quand on fait du ski, ça glisse, c'est mouillé, ça sent la transpi, ça dépoile et tout, quoi. Eh bien, tu me dis en amour. Moi, je te dis, moi, je glisse souvent en amour. Surtout si tu me touches, Gérard. Moi, j'aimerais bien que tu me touches la chounette. Ça va glisser. Ça va énormément glisser avec toi, Gérard.
'''Gérard''' : Ça y est, moi, je touche déjà la founette de quelqu'un d'autre et ça glisse super.
'''Gabriela''' : La mienne, c'est la meilleure. Quand tu la toucheras, tu verras. T'arriveras à jouir.
'''Steve''' : Personnellement, je l'ai touchée, c'est du bon cru, hein. Bah, écoute, non, moi, je pense pas que ce soit possible de faire l'amour en descendant.
'''Delphine''' : Steve, faudra qu'on se rencontre.
'''Gérard''' : Non, mais attends, Steve. Oui ? Steve, tu peux répéter, parce qu'il y en a un qui s'amuse. ''[Edouard imite un auditeur qui chantait sur l'antenne de Max lorsqu'il était en duo avec Jenny, avec un accent très prononcé : Adieu joli]''. Il disait Adieu jolies... J'ai pas tellement compris ce que tu m'as dit.
'''Steve''' : Bon, bah, j'ai répété, mais c'est bien parce que c'est toi, hein. Non, je disais que c'était impossible, en fait, de pouvoir faire l'amour en descendant à fond avec tout chose, avec des skis et ta nana, quoi.
'''Gabriela''' : Toi, tu descends jamais à fond, peut-être ?
'''Gérard''' : Non, mais attendez, ça, de toute manière, je pense que ça va être sûrement une question.
'''Manu''' : Oui, il y a Jean-Michel sur Minitel qui nous dit une chose toute simple et qui est à méditer. Gérard, t'es le meilleur.
'''Gérard''' : D'accord. Je le remercie.
'''Denis''' : Je suis en entière cohabitation avec cette réflexion.
'''Gérard''' : Alors, Edouard, tu réponds ?
'''Steve''' : Avec ta blague ?
'''Edouard''' : Non, pas sur ce sujet.
'''Gérard''' : Alors, si tu veux pas répondre, Edouard, tu vas voir Phildar, tu vas lui...
'''Phildar''' : Il y a des questions à qui on peut pas...
'''Edouard''' : Cette question va dans mon intimité, j'ai vraiment pas envie de la dévoiler, ce soir.
'''Gérard''' : Ouais, mais alors, dans ces cas-là, Edouard, dans ces cas-là, pourquoi que t'as répondu...
'''Edouard''' : Non, non, hors de question, je ne veux pas... Non, non, non, il en est...
'''Gérard''' : Ok, ok, bon, mais c'est pas grave. Non, mais c'est pas grave. Il veut pas répondre, il va rester dans son coin, on lui posera plus de questions, c'est tout. Mais ta blague, ta blague, tu vas te la garder toute la nuit, parce qu'on te la fera pas passer. Tant pis, ça t'apprendra.
'''Edouard''' : Est-ce que je peux avoir le standard ?
'''Gérard''' : Oui, ben, tu vas y aller au standard. Tu prends Edouard, Phildar.
'''Denis''' : C'est pas facile de parler de notre vie sexuelle devant 24 milliards d'auditeurs.
'''Gérard''' : Oui, mais dans ces cas-là... Non, mais là, c'est sur un débat. Je vous demande pas de dévoiler votre vie sexuelle.
'''Gabriela''' : Oui, mais la question s'y rapporte.
'''Gérard''' : Mais oui, mais dans ces cas-là, c'est normal que je fasse des questions, quand même, pour... Mais dans ces cas-là, je vais vous dire une chose, sur les aspirateurs, c'est pareil, il y a des questions...
'''Steve''' : Gérard, c'est Steve, j'ai une question à te poser. Je voudrais savoir, donc, t'as posé une question, moi, je te la retourne, comment tu fais pour pouvoir faire l'amour quand tu descends tout chousse avec une nana ? Parce que moi, j'ai beaucoup voyagé, et je crois pas...
'''Delphine''' : T'as été où, Steve ?
'''Steve''' : Partout. Iles de Pâques...
'''Denis''' : Est-ce que t'as déjà été à Briou sur boutonne ?
'''Jeanne''' : Moi, dans un film que je tournais, qui s'appelait La neige au Sahara.
'''Gérard''' : Non, mais moi, je peux vous dire que c'est vrai que c'est dur de faire l'amour sur de la glisse.
'''Steve''' : T'as essayé, Gérard ? C'est Steve. T'es d'accord avec moi, c'est impossible.
'''Gérard''' : Non, mais je pense que c'est assez compliqué.
'''Gabriela''' : Non, mais Gérard, avec moi, t'y arriveras, je te promets.
'''Gérard''' : On verra, on verra, on verra, on verra, on verra. D'accord, OK.
'''Denis''' : Moi, je pense qu'on peut faire l'amour tout chousse indirectement. Avec une femme, tu découvres forcément des collines et des vallons cachés.
'''Delphine''' : Oh, c'est beau. C'est super beau.
'''Gérard''' : Oui, mais attends, des collines et des vallons cachés, c'est-à-dire ?
'''Denis''' : Tu vois pas de quoi je veux parler, Gérard ?
'''Gabriela''' : Va chercher dans le dictionnaire, Gérard.
'''Gérard''' : Oui, mais j'ai pas de dictionnaire, là.
'''Phildar''' : C'est les nichons et les culs, t'as rien compris.
'''Gérard''' : Non, mais j'attendais qu'ils le disent.
'''Phildar''' : Parce que t'avais compris, t'avais compris ?
'''Manu''' : Bah, il est pas con, le chef, hein.
'''Denis''' : Oui, j'en suis persuadé.
'''Gabriela''' : Mais là, tes questions, elles sont pas nettes.
'''Jeanne''' : Tes questions, elles ont le même champ lexical, hein.
'''Gabriale''' : Alors, oui, parce que, regarde, déjà, quand tu fais l'amour, quand tu glisses, je veux dire, dans le hockey, là, tu peux glisser aussi. Donc, forcément, tu pourras faire l'amour en même temps. Tu pourras glisser, tu pourras faire du hockey, tu pourras sauter. Tu pourras même être regardé. Tu comprends ?
'''Denis''' : Moi, je peux te dire que oui, parce que... tu promets de pas te vexer, Gérard ? J'ai simplement vu un film X, une fois, qui se passait dans une patinoire et les gens qui faisaient l'amour étaient sur des patins, c'est tout.
'''Steve''' : Écoute, je trouve cette question un peu obscène, je ne préfère pas y répondre.
'''Phildar''' : Excuse-moi, à la place d'Edouard, qui est parti, on va accueillir Darwin, qu'on a eu sur Internet, un numéro de téléphone sur Internet, et voilà.
'''Denis''' : Gérard, c'est Denis, est-ce que je pourrais faire des questions ?
'''Phildar''' ''[Gérard lève les yeux en entendant un son de mauvaise qualité, type cibie derrière téléphone, coupures, etc]'' : Ah, parce qu'il a une liaison un peu bidon.
'''Darwin''' : Oui, Gérard, c'est Darwin, à Nagano.
'''Gérard''' : Delphine ! T'as répondu, toi, non ?
'''Delphine''' : Non, non, moi, j'ai pas répondu, mais en fait... Oui, moi, j'ai déjà fait l'amour sur une patinoire, mais c'était tellement chaud que la glace a fondu.
'''Jeanne''' : Écoute, je trouve cette question particulièrement vulgaire et sans intérêt, donc je réponds pas.
'''Delphine''' : Allez, lâchez-vous, soyez pas pudiques.
'''Gérard''' : Hé, attends, hé, Jeanne. Je vais te dire une chose, que la sixième, elle est pareille. Je peux te dire une chose, que les autres, elles sont à peu près de la même façon.
'''Jeanne''' : Alors, explique-nous pourquoi tu as choisi ce champ lexical.
'''Gérard''' : Mais attends, j'ai choisi ce débat...
'''Jeanne''' : Non, non, je te parle du champ lexical.
'''Delphine''' : Oui, champ lexical. On parle pas de fond, mais de forme.
'''Steve''' : Le champ des baleines, quoi.
'''Gérard''' : Je fais mes questions en fonction... du nombre d'auditeurs que je vais avoir, comment ça va se passer, et je prends les questions en fonction du temps que j'ai. Et comme, maintenant, on est à deux à les préparer, c'est normal que, même le deuxième débat, je peux vous dire que le deuxième débat va parler aussi de sexe. On passe à la six.
'''Phildar''' : Attends, t'as pas fait répondre Darwin, le nouveau qui vient d'arriver.
'''Gérard''' : On l'entend très mal.
'''Phildar''' : Mais oui, mais ça va aller mieux, là.
'''Gérard''' : Non, mais s'il vous plaît, vous le laissez répondre, merci.
'''Darwin''' : OK. Here we go. Je crois que le patinage artistique se débrouille pas trop mal. La championne est actuellement en train de faire une bonne performance.
'''Jeanne''' : What about Philippe Candeloro ?
'''Gérard''' : Darwin. C'était pas le thème de la question, d'accord ? Alors, maintenant, on pose la sixième.
'''Darwin''' : OK, mais vu le décalage satellite...
'''Gérard''' : Ouais, le décalage satellite, tu ferais mieux d'en mettre un petit peu dans ta petite tête, aussi. ''[ovation du studio et des auditeurs]''. Aimez-vous faire l'amour sur une motoneige ?
'''Gabriela''' : Gérard, qu'est-ce qu'une motoneige ?
'''Gérard''' : Une motoneige, c'est une moto que... C'est une moto avec des skis.
'''Delphine''' : Une moto avec des skis ? Tu mets où, les roues ?
'''Gérard''' : Non, il n'y a pas de roues.
'''Steve''' : Mais non, Gérard, c'est Steve. Une motoneige, c'est une moto qui a pris la neige, basta, c'est tout, quoi. C'est recouverte de neige, quoi.
'''Gérard''' : Non, mais attends, Steve, s'il te plaît. Quand t'auras une connerie à ressortir... Non, mais moi, je vais répondre à ta question.
'''Denis''' : Moi, ça va être vite fait. Je ne suis jamais monté sur une motoneige.
'''Gabriela''' : Non, mais attends. Gérard, qu'est-ce qu'une motoneige ?
'''Gérard''' : Une motoneige, c'est une moto avec un guidon.
'''Gabriela''' : Oui, mais il est où, le guidon ? Il est placé où par rapport aux skis ?
'''Gérard''' : Ben, il est devant. Ben, il est devant sur le ski de devant, sur le seul ski devant.
'''Gabriela''' : Oui, mais le moteur, il est où, le moteur ?
'''Gérard''' : Ben, le moteur, il est derrière, il est sous les fesses.
'''Gabriela''' : Ah oui, donc en fait, c'est une moto posée sur des skis, il n'y a pas de roues, c'est ça ?
'''Darwin''', ''[accent américain]'' : Yeah ! Oui, c'est sur des skis de moto.
'''Gérard''' : Bon, ben, c'est bon, Darwin, s'il te plaît, merci. Donc, Darwin, si tu veux répondre. Vas-y, Darwin, parle. Darwin, parle !
'''Darwin''' : Ok, ici, à Nagano, c'est courant d'utiliser les véhicules motorisés.
''' ''' : Bon Darwin, c'est bon...
'''Phildar''' : Mais il t'explique, il t'explique que les motoneiges sont utilisés à Nagano.
'''Gérard''' : Il est en train de nous dire ce qu'il se passe à Nagano, on n'en a rien à foutre.
'''Phildar et Manu''' : Ben, c'est les sports de glisse !
'''Phildar''' : Mais il dit que les motoneiges sont utilisées à Nagano, c'est intéressant.
'''Gérard''' : Oui, mais attends, l'autre, il est à moitié dans le cirage, il a dû fumer, il fume la moquette, lui. Bon, Denis ?
'''Denis''' : Ben, j'ai déjà répondu tout à l'heure. Moi, je ne suis jamais monté sur une motoneige et à mon grand regret.
'''Steve''' : Ben, écoute, donc, tu m'as expliqué ce qu'était une motoneige. Bon, tu me demandes si on peut faire l'amour dessus, c'est ça la question ? Je ne l'ai jamais fait. Mais j'avoue que, tu sais, l'ancienne question, je n'ai pas voulu répondre parce que je trouvais ça obscène. Mais là, je commence à être excité grave, quoi.
'''Gérard''' : Ben, tant mieux. Ça va être comme ça...
'''Darwin''' : Here we go !
'''Gérard''' : Oh, s'il vous plaît, on se calme derrière. Merci.
'''Gabriela''' : Oui, alors, moi, j'aimerais bien savoir comment tu peux faire l'amour, toi, Gérard, sur une moto, avec les skis en dessous, et donc ta femme actuelle, tu sais qui c'est.
'''Gérard''' : Ben, je te répondrai tout à l'heure. Ne t'inquiète pas.
'''Gabriela''' : Ah, ben non, il faut répondre en direct, sinon c'est pas un débat.
'''Gérard''' : Non, non, mais moi, je vais te répondre. Dans ce cas-là, si la femme, elle est devant toi, tu peux très bien faire l'amour si elle est face au guidon.
'''Gabriela''' :Ouais, mais la moto risque de tomber, avec le poids des deux.
'''Gérard''' :Ben, non. Non, parce que si elle... Si elle... Si elle, elle est... Si elle, elle est sur... Sur le guidon.
'''Gabriela''' : Sur le guidon, les jambes écartées, c'est ça ?
'''Gérard''' : Voilà. ''[Steve est Gabriela se lancent dans un soupir obscène]''. Non, s'il vous plaît, là, derrière, vous arrêtez de... Steve, tu te calmes. S'il te plaît.
'''Steve''' : Attends, je suis excité, maintenant.
'''Gérard''' : Ouais, ben, Steve, tu te calmes, s'il te plaît. Tu te calmes.
'''Steve''' : T'as pas qu'à m'exciter.
'''Darwin''' : Ok, ici, tout est calme à Nagano.
'''Gérard''' : Oh, Darwin, s'il te plaît, c'est pas toi qui commandes, c'est moi.
'''Jeanne''' : Gérard, on aimerait bien avoir des messages de Nagano par Darwin.
'''Phildar''' : Non, mais je voudrais savoir... Gérard, je vais te poser une question. Faire l'amour sur une moto neige, ça veut dire qu'il y a de la neige, donc qu'il fait froid.
Donc, tu fais l'amour à poil.
'''Gérard''' : Ben oui. Mais ça, c'est la prochaine question. C'est la question numéro 8.
'''Gabriela''' : Mais Gérard, comment Sandi serait positionnée par rapport à la moto, aussi ?
'''Gérard''' : Ah, ben, elle serait sur le guidon.
'''Gabriela''' : Ouais, mais est-ce que ça va tenir ? Ça va tomber ?
'''Darwin''' : Ici, je suis à Nagano, en levrette.
'''Gérard''' : Bon, c'est bon, là, tu me dégages, Darwin, s'il te plaît.
'''Steve''' : Et toi, Gérard, tu seras assis où ?
'''Gérard''' : Non, mais... Moi, je suis assis... Non, mais je suis normalement assis sur mon siège.
'''Delphine''' : Ben, moi, j'ai jamais essayé, mais bon, j'attends que ça, quoi.
'''Gabriela''' : Moi, j'attends que ça avec Gérard.
'''Gérard''' : Ben, tu peux toujours attendre. ''[bruit dans le combiné de téléphone]''. Steve...
'''Phildar''' : C'est la liaison avec Darwin, j'essaie d'améliorer la liaison.
'''Gérard''' : Avec Darwin, ça commence à suffire, lui.
'''Gérard''' : Non, mais il est bien, lui, il est intéressant. Donc, Jeanne ?
'''Jeanne''' : Oui, bonsoir. Je passe cette question.
'''Darwin''', ''[avec u peu moins d'accent, la voix un peu plus aiguë]'' : Oui, Gérard, je vais répondre.
'''Gérard''' : Attends, t'es qui, toi, déjà ? Non, ben, s'il vous plaît, vous allez pas commencer à déformer les voix, parce que sinon, je vais arrêter.
'''Jeanne''' : Je passe cette question, parce que, franchement, j'ai rien à dire. Je te le dis franchement.
'''Gérard''' : Alors, donc, on va passer à la septième. Alors, peut-on... Peut-on avoir des envies de sexe avec les spatules de ski ? ''[cris et rires enthousiastes dans le studio]''. Ah, ben, ça, ça, je vous ai prévenu. La suite des questions, c'est...
'''Gabriela''' : Ouais, alors, je dis que... Quand j'ai les spatules, tu vois, dans les mains... Quand j'ai les spatules dans les mains, eh ben, j'imagine que c'est deux grosses queues que j'ai dans les mains. Et puis, comme ça, je me ferais une double pénétration avec les deux, quoi.
'''Steve''' : Putain, tu m'excites grave avec tes questions.
'''Gérard''' : Si ça te plaît pas, Steve...
'''Steve''' : Je sais pas, j'imagine, je sais pas, Pamela Anderson, tu sais, avec une spatule dans la main gauche, une autre dans la main droite, et moi je lui ferai tout.
'''Gérard''' : Eh, Steve, si ça te plaît pas, les questions comme ça, tu le dis.
'''Gabriela''' : Mais ça l'excite au contraire.
'''Steve''' : Ouais, j'ai pas voulu répondre. Maintenant, je réponds et tu me casses.
'''Denis''' : Oui, euh... Ben, déjà, vous m'excuserez de mon incompétence et de mon intelligence qui est peut-être pas à la hauteur, mais c'est quoi une spatule de ski ?
'''Gérard''' : Alors, tu sais pas ce que c'est ? T'as jamais vu des skis ?
'''Denis''' : Ben si, je sais, je sais skier, mais moi, j'emploie pas le terme spatule.
'''Gérard''' : Non, mais la spatule de ski, Denis. Je vais t'expliquer. C'est le bout du ski, d'accord ?
'''Denis''' : Euh, mais non. Ça me viendrait jamais à l'idée d'avoir ça, même pour ma copine, tu vois. C'est horrible. C'est horrible. ''[fausses larmes]''. Ça diot faire vachement mal, quand même.
'''Gérard''' : Bon, eh, Steve, s'il te plaît, tu laisses finir Denis. Si ça te plaît pas, Steve, tu vas aller au standard. Tu vas te calmer avec Phildar. Parce que tu commences à m'énerver, maintenant.
'''Denis''' : T'imagines bien, ça doit faire vachement mal, quoi. Enfin, ceci dit, non, j'ai jamais eu d'envie sexuelle avec une spatule de ski. Par contre, Gérard, toi, il y a du vécu. Il y a du vécu, quand même. Apparemment.
'''Phildar''' : Ben, toi, est-ce que t'aimerais, avec Sandy, lui faire l'amour avec des spatules ? On attend que ça, que tu répondes. Parce que chaque fois, tu dis que tu vas répondre, mais tu réponds jamais.
'''Gérard''' : Mais si, j'ai répondu à toutes les questions. Maintenant, j'attends que tout le monde réponde. Donc, Delphine ?
'''Delphine''' : Oui. Ben, moi, non, c'est en voyant plutôt les surfs. Ben, c'est plus large.
'''Gérard''' : Ouais, mais c'est à peu près... D'accord, c'est un peu plus grand, mais c'est à peu près pareil.
'''Delphine''' : C'est surtout plus large, oui.
'''Steve''' : C'est proportionnel à l'ouverture, quoi.
'''Gérard''' : Steve ? Euh Darwin, pardon ? Darwin, s'il te plaît, tu te réveilles.
'''Darwin''' : Ok, je crois qu'ici, à Nagano, en live, je crois que...
'''Gérard''' : Ouais, c'est bon.
'''Phildar''' : Écoute-le, écoute-le, mais t'es chiant.
'''Gérard''' : Il va nous parler de Nagano tout le long du débat. Ça commence à me prendre la tête, là.
'''Darwin''' : Alors, à remplir, effectivement, les sacs des sportifs, des contrôles de douane ont été effectués.
'''Manu''' : C'est d'actualité, Gérard.
'''Darwin''' : Mais je crois que le sport est aujourd'hui...
'''Gérard''' : Mais qu'est-ce qu'on en a à foutre des trucs de douane ? On parle pas des trucs de douane. C'est pas un débat sur la douane. Merde. Complètement chtarbé, Darwin.
'''Darwin''' : Mais je voulais quand même dire que le sexe était présent à Nagano, en live.
'''Max''', ''[hilare]'' : Non, mais Gérard, ce qui est intéressant, c'est Max. Attendez. Gérard, ce qui est intéressant, c'est qu'on a la chance d'avoir un mec en direct de Nagano. Tu parles... tu fais un débat sur les sports de glisse avec Nagano, puisque t'as regardé, ça t'a inspiré. Et tu profites pas d'un journaliste qui est là-bas pour nous dire un petit peu comment ça se passe. C'est dommage.
'''Gérard''' : Ouais, mais dans ce cas-là, qu'il se réveille, qu'il réponde pas un truc de douane.
'''Max''' : C'est normal qu'il y ait un décalage. Il est en satellite. Il y a une seconde de décalage. Attends. Je vais lui parler. Darwin, tu m'entends ?
'''Gérard''' : Darwin ! ''[le blanc dure 4 secondes]''.
'''Darwin''' : OK.
'''Max''' : Comment ça se passe ?
'''Darwin''' : En live à Nagano, je vous entends.
'''Max''' : Qu'est-ce qui se passe à Nagano ?
'''Darwin''', ''[réprimant difficilement un fou-rire]'' : Il y a encore des heures... Il y a des heures de neige avant que nous puissions atteindre les premières...
'''Gérard''' : Non, c'est bon, là. Non, là, c'est bon.
'''Darwin''', ''[au bord du rire]'' : Les compétitions vont débuter dès les premières...
'''Gérard''' : Là, c'est bon, tu peux le calmer. Là, il est en train de faire le con et il est en train de faire le canard. ''[protestation de Gabriela, bruitage de grenouille dans un combiné de téléphone]''. Bon, merci pour celui qui s'amuse à faire le bruit, là.
'''Gabriela''' : Mais c'est Nagano, c'est le décalage, Gérard.
'''Phildar''', ''[grand sourire dans la voix]'' : Bon, c'est Phildard. Si jamais je chope, le mec qui a le son, là. Parce que j'ai fait le tour tout à l'heure, on m'a dit que c'était personne. Là, je vais le pécho, ça va être chaud pour lui. Alors, Gérard, à toi.
'''Gérard''' : Alors, Jeanne, pour finir la question.
'''Jeanne''' : Tout d'abord, Gégé, j'aimerais que tu me dises, Gégé, où se trouve Nagano ?
'''Gérard''' : Nagano, c'est au Japon. D'accord.
'''Jeanne''' : Et c'est où, le Japon ?
'''Gérard''' : Je peux pas te dire dans quel continent, d'accord ? Mais c'est pas le thème de la question.
'''Gabriela''' : C'est l'Afrique, Gérard.
'''Gérard''', ''[sarcastique]'' : Ah ouais, c'est l'Afrique. Le Japon est en Afrique ! Ah ouais, alors attends, attends, Jeanne. Qui c'est qui vient de me dire que le Japon était en Afrique ?
'''Jeanne''' : J'en sais rien.
'''Gabriela''' : Moi non plus, hein.
'''Gérard''' : Non, mais c'est bizarre, c'est une nana qui a dit ça et vous en savez rien. Jeanne. Tu réponds à la question, s'il te plaît, merci.
'''Jeanne''' : Euh, je passe.
'''Gérard''' : Tu passes, d'accord. Alors, croyez-vous faire du ski nu sur de la glace ? Ah bah ouais, on continue sur le cul.
'''Gabriela''' : Attends, Gérard, juste un truc. Toi, tu n'as pas répondu à la question. J'aimerais bien que tu y réponds, s'il te plaît.
C'est-à-dire, vas-y. Alors, répète la question. C'est toi qui l'as, la question, c'est pas moi.
'''Delphine''' : Est-ce que c'est vrai que t'as pris une spatule dans le cul ? Non ? Tu préfères les coton-tiges ?
'''Gérard''' : Attendez, attendez. La première qui s'amuse à sortir les comptons-tiges va dégager.
'''Gabriela''' : Ah, c'est personne. Attends, là, t'as mal entendu, Gérard.
'''Darwin''' : Nagano est une petite ville à côté des comptons-tiges.
'''Gérard''' : Bon, lui, il dégage. Oh, s'il vous plaît, là. Je voudrais bien... Oh, s'il vous plaît !
'''Phildar''' : Calmez-vous, Gérard va parler. Le chef va parler. Chut.
'''Gérard''' : Donc on pose la huitième et on... Et on met un disque.
'''Phildar et Manu''' : T'as tout compris. T'as tout compris, Gérard. T'es le plus fort, t'es le meilleur. T'es magnifique.
'''Gérard''' : Croyez-vous faire du ski nu sur la glace ? Et on s'écoute... Anti Lootre. Anti-Lootre et vous pouvez toujours nous appeler au 0803 08 5000 et 0800 70 5000 et 3615 code Funradio rubrique Direct. ''[Musique]''
Voilà, donc, vous venez d'écouter Manu, s'il te plaît, tu peux rien annoncer parce que j'ai pas les titres... Vous me donnez pas les titres comme avant.
'''Phildar''' :Anti-Prout avec... T'as du beurre, chérie.
'''Gérard''' : Ah bon, c'est ça. OK. Donc, on récupère... Darwin, il est toujours là ?
'''Darwin''', ''[voix robotique dans le téléphone]'' : Ici à Nagano, en direct, il neige toujours.
'''Gérard''' : Non, mais... Là, il va falloir le calmer, hein. Il va falloir le calmer parce que... Soit qu'il dit bonsoir et c'est tout, il s'amuse pas à nous sortir n'importe quoi. Denis ?
'''Denis''' :Bonsoir et c'est tout, je m'amuse pas à sortir n'importe quoi.
'''Gérard''' :Non, mais c'est pas toi, c'est Darwin, d'accord ?
'''Denis''' :Non, excuse-moi, Gérard. Donc, bonsoir aussi à Manu et à Phildar, faut pas les oublier.
'''Jeanne''' : T'es lourd, vraiment, mec.
'''Denis''', ''[se moquant des larmes de Rita de la semaine dernière]'' : Non, mais là, j'en ai vraiment ras-le-bol que vous me traitiez de lèche-cul !
'''Gérard''' : Steve, s'il te plaît.
'''Steve''' : Ouais, c'est Steve, c'est bon, je suis moins excité avec la musique, là, ça va.
'''Gérard''' : OK, Gabriela, t'es toujours là ? Gabriela ! OK et Jeanne pour finir. Donc, alors, croyez-vous faire du ski nu sur la glace ? Alors, qui veut répondre ? Jeanne ?
'''Jeanne''' : Donc, premièrement, Gégé, être nue dans la glace, il faut vraiment le faire, quoi, parce qu'il y a quand même un phénomène d'hypothermie, hein. Donc, quand même, le chaud et le froid, ça le fait, hein. Et puis, quand même, ça le fait pas, quoi.
'''Gabriela''' : Tu devrais le savoir, Gérard.
'''Gérard''' : Pourquoi ? Qui c'est qui me pose cette question-là ?
'''Gabriela''' : C'est moi, Gabriela, tu devrais le savoir, que, bon, on peut mourir, je veux dire, si t'as vu Titanic, tu vois, quoi.
'''Gérard''' : Ah non, j'ai pas encore vu le film.
'''Gabriela''' : Ah, bah, faut aller le voir, tu vas sanglotter.
'''Gérard''' : S'il dure trois heures...
'''Gabriela''' : Mais on voit pas le temps passer, tu verras, on ira ensemble.
'''Gérard''' : Moi, je reste pas trois heures assis dans un fauteuil à regarder un film, hein. Euh, Delphine ?
'''Delphine''' : Euh, oui, alors... Je suis tout à fait d'accord avec les filles. Bon, moi, je suis infirmière de métier, et j'ai beaucoup vu de cas d'hypothermie, de cas de pneumonie provoqués par la neige, des gens fous qui se trouvaient nus dans la neige et qui en sont morts, effectivement. Donc, non, non, le sac dans la neige, mauvaise idée, hein. Ou alors mettes des capotes.
'''Gabriela''' : Oui, alors, moi, alors... Allô ? Oui ? Oui, donc, je te disais, Gérard, est-ce que toi, par exemple, tu pourrais faire l'amour nu sur la glace ?
'''Gérard''' : Eh bah, ça, ça, ça dépend, ça dépendra...
'''Gabriela''' : Je pense que oui, parce que déjà, quand tu sors, t'es toujours en t-shirt. Oui, donc, je disais que je pense que toi, t'aurais la possibilité de faire l'amour... sur une glace, tout nu, parce que t'es assez fort.
'''Delphine''' : Non, non, il aurait le kiki tout mou.
'''Gabriela''' : ... T'es toujours en t-shirt, t'as jamais froid.
'''Gérard''', ''[fier]'' : Ah, non, mais moi, de toute manière, été comme hiver, je suis en t-shirt, quand on est là, même à l'heure actuelle, je suis venu... on est venu en voiture avec Sandy et j'avais juste une veste sans pull derrière.
'''Phildar''' : Et t'as le t-shirt de quoi, Gérard ?
'''Gabriela''' : Ricky Martins !
'''Gérard''' : Non, je suis vraiment phénoménal. ''[l'équipe chante la chansons]''.
Il est vraiment... Il est vraiment... Il est vraiment phénoménal.
'''Steve''' : Ouais, bah écoute, la question, la question, c'est croyez-vous faire du ski nu, c'est ça ? D'accord, alors oui, je crois faire du ski nu sur la glace, pour répondre à ta question. Et à mon avis, ouais, ça doit être un bon délire, quoi, descendre, tu vois, dévaler une montagne à poil, quoi.
'''Gérard''' : Dévaler une montagne, chez moi, je dévale pas une montagne, je dévale les pistes.
'''Steve''' : Bon, alors, avaler une montagne, comme tu veux. On va pas chipoter.
'''Phildar''' : Je voudrais te poser une question, Gérard, parce que peut-être que l'infirmière Delphine pourrait me répondre, c'est que, généralement, on dit que quand on met son...
'''Gérard''' : Attends, l'infirmière a 17 ans ?
'''Phildar''' : Non, non, Delphine, elle a pas 17 ans. Ah, si, si, si. Elle fait des études, elle fait des études d'infirmière. Je voulais savoir, parce qu'en fait, on dit souvent que quand on se met le kiki dans du froid, il devient tout petit. Alors, comment on peut faire l'amour dans la neige si on a un kiki tout petit et qu'il peut pas être tout dur ?
'''Delphine''' : C'est pratiquement impossible.
'''Gérard''' : Ah, voilà. Et pourquoi ?
'''Delphine''' : Parce que, en fait, ton sexe, ton pénis, c'est composé d'une substance pongeuse qui est... Comment dire ? Qui est irriguée par des petites vénules qui t'envoient du sang. ''[Steve et Gabriale émettent des sons obscènes]''.
'''Gérard''' : Oh, s'il vous plaît, vous la laissez répondre, vous arrêtez vos bêtises, s'il vous plaît, merci !
'''Delphine''' : Quand ton corps est dans le froid, il ne va plus dans tes extrémités, donc plus dans ton sexe, plus dans tes doigts. C'est pour ça que t'as les doigts blancs. Et donc, tu es incapable de bander parce que t'as pas de sang. Donc, pour bander, il faut du sang.
'''Gérard''' : Ouais, mais dans ce cas-là, je vais te reposer une autre question parce que c'est pas du tout le thème du débat. Mais c'est pas grave, comme c'est Phildar qui t'a posé la question. Est-ce que, par rapport aux veines, ça a le même rapport ?
'''Delphine''' : Tu peux t'éclater des veines, ouais. Donc, en plus, c'est dangereux.
'''Phildar''' : Est-ce que tu le ferais, toi, Gérard, par rapport à ce que tu viens d'entendre ?
'''Gérard''' : Non, personnellement, non.
'''Denis''' : il prendra des stalactites dans le cul.
'''Gérard''' : Bon, alors, toi, tu dégages, merci. Alors, là, celui-là, tu cherches qui c'est, moi, je...
'''Phildar''' : C'est le lèche-cul, je vais le virer.
'''Denis''', ''[plaintif]'' : C'est pas vrai, attends.
'''Gérard''' : Non, non, mais ça y est, c'est bon pour toi, on a compris.
'''Darwin''', ''[voix synthétique]'' : Gérard, tu pues du cul !
'''Gérard''' : Oh là là ! Il commence à m'énerver, lui, hein.
'''Dekphine''' : Il pue jusqu'à Nagano, attends.
'''Gérard''' : Non, mais ça y est, tu me le saques, lui.
'''Manu''' : Excusez-moi, sur Minitel, on nous demande, l'infirmière va peut-être pouvoir nous répondre, on nous dit que le cerveau rétrécit avec le froid, c'est pour ça que Gérard, il est pas en forme.
'''Delphine''' : Non, Gérard devrait se couvrir, parce que la chaleur se diffuse par le cerveau, et il devrait se couvrir, oui. Parce que le cerveau rétrécit, en étant moins irrigué, c'est ce que je t'expliquais tout à l'heure, les extrémités.
'''Gérard''' : Alors, moi, je vais te dire une chose, Delphine, pourquoi se couvrir d'un temps comme il fait à l'heure actuelle ?
'''Delphine''' : Non, mais c'est pas le temps, c'est pas le soleil qui tape, c'est... C'est que c'est dangereux de se promener pas couvert quand il fait froid, c'est tout. Même si t'as pas froid, ton corps est froid, même si tu le ressens pas, ton corps est froid. Ton corps refroidit, et ta chaleur s'en va par le cerveau.
'''Gabriela''' : Donc, mentalement, ça fait des effets secondaires.
'''Gérard''' : C'est bon, c'est bon, on s'éloigne du débat, là.
'''Jeanne''' : Gégé, c'est Jeanne. Je vais te dire, je vais te raconter une petite anecdote. ''[soupir de réprobation de gÉRARD]''. Donc, lors d'un tournage que je faisais en Alaska...
'''gÉRARD''' : Non, mais on s'en fout, ça, de l'Alaska, d'accord ?
'''jEANNE''' : Gégé, c'est une expérience qui a rapport avec la question, alors tu me laisses parler.
'''gÉRARD''' : Ouais, s'il te plaît, tu vas te calmer, hein.
'''mANU''' : Gérard, non, c'est vrai, elle a raison, tu pourrais l'écouter.
'''jEANNE''' : Alors, je te disais, lors d'un tournage en Alaska, parce que je suis comédienne, je devais jouer une scène d'amour, et j'ai été gelée avec mon partenaire pendant trois jours. Et on nous a mis dans une baignoire pleine d'eau chaude, mais c'était affreux, Gégé, donc je ne le conseille à personne. qu'est-ce que t'en penses ?
'''gÉRARD''' : Personnellement, rien du tout.
'''jEANNE''' : Est-ce que tu le ferais, toi, sur la neige, Gégé ?
'''gÉRARD''' : Personnellement, non. Donc, vous me laissez finir, s'il vous plaît, qu'on passe le tour.
'''Gabriela''' : Oui, alors moi, je pense que ça m'exciterait beaucoup, étant donné que le froid fait bander les tétons. Donc, je pense qu'en fait, si tu suces le mec, il n'aura pas froid, donc il pourra bander. Tu es bien d'accord avec moi ? Et donc, on pourra faire l'amour, comme tu dis, là.
'''Gérard''', ''[détaché]'' : D'accord.
'''Gabriela''' : Tu n'es pas d'accord ?
'''Gérard''' : Si, je suis tout à fait d'accord avec toi. ''[la voix synthétique de Darwin]''. Ouais, c'est bon, là ! Tu vas te calmer, toi, avec Nagano, maintenant, s'il te plaît. Merci ! Mais il sort d'où, celui-là ?
'''Phildar''' : Bah, de Nagano. Mais tais-toi, il répond.
'''Gérard''' : Non, mais attends, je peux quand même demander aux gens ce qu'ils en pensent.
'''Phildar''' : Bah ouais, mais tu ne lui as jamais demandé depuis tout à l'heur.
'''Gérard''' : Ouais, non, mais pour l'instant, il va se calmer, lui. Steve ?
'''Steve''' : Ouais, la question, répète.
'''Gérard''' : Non, non, non, tu l'as entendu. Oh là là !
'''Phildar''' : Bon, je le mettrai quand tu lui poseras la question. Vas-y, pose à Steve.
'''Gérard''' : Steve ? Ouais, vas-y. Apparemment, t'es en train de me prendre pour un guignol, là. Non, non, non, pour l'instant, il est en train de se foutre de moi. Il a très bien compris la question.
'''Steve''' : Mais non, je te dis, non, ça serait lourd, sinon.
'''Gérard''' : Ça fait cinq fois qu'on l'a posée avant le disque et après le disque.
'''Steve''' : Bah je t'ai raconté quand je dévalais la montagne.
'''Gérard''' : Non, bah, alors, t'as déjà répondu. Alors, Denis.
'''Phildar''' : Mais Denis, il est parti.
Tu ne suis plus, Gérard. À la place de Denis, on accueille Benjamin.
'''Benjamin''', ''[voix guturale]'' : Bonsoir à toi, mon ami Gérard. Il y a une chaude ambiance, ce soir. ''[la voix robotique de Nagano]''.
'''Gérard''' : Oh, il commence à m'énerver. Celui-là a passé sur tout le monde ! Phildar, s'il te plaît. Il commence à m'énerver.
'''Gabriela''' : Est-ce que nous pouvons accéder à la neuvième question, s'il te plaît ?
'''Gérard''' : Il commence à m'énerver, celui de Nagano. Alors, peut-on faire du ski nautique à quatre ? ''[les auditeurs gloussent bruyamment, dont Gérard]''.
'''Benjamin''' : J'essaie de répondre sérieusement. Il y a un débat sérieux qui se fait. Oui, pourquoi pas. Moi, je pense, pourquoi même pas à huit ou à six, Gérard. Nous pourrions travailler ta question. Nous pourrions faire du ski nautique à neuf, à douze.
'''Jeanne''' : Oui, écoute, je suis tout à fait d'accord. On peut le faire à plusieurs, à cinquante même. Donc, ouais, ouais, c'est bon.
''' ''' : Eh bien, ouais, tu peux en faire. C'est deux qui skient, puis deux sur les épaules.
'''Gabriela''' : Alors, moi, j'aimerais bien faire du ski nautique avec toi, Gérard.
'''Jeanne''', ''[hilare]'' : Mais laisse tomber, Gégé, il ne veut pas de toi.
'''Gabriela''', ''[amusée]'' : T'inquiète, t'inquiète. Quand il va me voir, il va tomber dans les pommes.
'''Gérard''' : C'est ça.
'''Gabriela''' : Donc, Gérard, j'aimerais bien le faire avec toi, qu'on aille au milieu de la mer et qu'on fasse l'amour sur le ski nautique.
'''Delphine''' : T'es pas un peu scato ?
'''Gérard''' : J'ai l'impression, hein.
'''Phildar''' : Ça veut dire quoi, scato, Gérard ?
'''Gérard''' : Je n'en sais rien, mais je voudrais bien qu'elle continue, parce que je crois que, pour l'instant, depuis le début, elle n'arrête pas de parler, ouais, avec toi, avec toi, mais je vais te dire une chose. ''[La bande son ici à Nagano revient en boucle, Gérard s'énerve et pose son casque]''.
'''Manu''' : Gérard, Gérard, reprends, reprends le débat.
'''Gérard''' : Non, mais là, ça commence à me gonfler. Phildar, tu vas faire quelque chose.
'''Phildar''' : Ça y est, c'est fait.
'''Gérard''' : Tu le vires complètement, celui-là. Parce qu'il m'énerve !
'''Jeanne''' : GG ? Pour toi, Sandy, c'est la plus belle femme du monde, n'est-ce pas ?
'''Gérard''' : Voilà, bon, ça y est, on vous l'a cédé qu'elle était belle, d'accord ?
'''Jeanne''' : Ouais, mais belle comme qui ? Comme Madonna ?
'''Gabriela''' : Ou comme Pamela Anderson ?
'''Gérard''' : Non, comme Madonna. C'est pas le thème du débat. Steve ? Steve ? Pour toi ?
'''Steve''' : Pour moi, non, c'est impossible de faire du ski nautique à quatre. Parce que c'est trop.
'''Gérard''' : Mais attends, c'est faisable, je vais te dire une chose.
'''Steve''' : Moi, j'ai voyagé, j'ai visité le monde entier, des peuples complètement différents et variés. J'ai jamais vu ça. Donc, je ne sais pas d'où tu prends ces questions, mais je ne vois pas.
'''Jeanne''' : Si, moi, j'ai déjà vu ça, GG. Au cirque en plein hiver, j'ai déjà vu ça.
'''Gabriela''' : Au cirque d'hiver, à Nagano.
'''Gérard''' : Non, mais moi, je peux vous dire une chose, que du ski nautique à quatre, c'est faisable. ''[un jeu de ping pong s'installe entre Steve et gérard, en deux échanges, l'un disant non et l'autre si]''.
'''Gabriela''' : T'en as déjà fait ?
'''Gérard''' : Non, j'en ai jamais fait, mais moi, je peux vous dire que c'est faisable. Mais attendez, attendez, moi, je vais vous dire pourquoi. Parce que sur le bateau qui tire, s'il y a quatre cordes, vous êtes à quatre, et le bateau tire à quatre. Je suis désolé.
'''Gabriela''' : Parce que, maintenant, on fait du ski nautique avec un bateau qui tire.
'''Gérard''' : Ah, bah oui.
'''Phildar''' : Gérard, si on n'a que deux cordes.
'''Gérard''' : Si ya que deux cordes, on est à deux sur deux. Avec la poignée.
'''Steve''' : Gérard, c'est Steve. Tant que tu diras ça, tu me trouveras toujours contre toi. Parce que ce n'est pas vrai. C'est impossible. Je m'élèverai toujours contre cette idée de dire qu'on peut faire du ski nautique à quatre. Alors que c'est impossible, concrètement.
'''Gérard''' : Je te dis que c'est possible. On est bien d'accord.
'''Steve''' : T'en as fait. Et où ?
'''Gérard''' : Moi, je te dis que c'est possible. C'est tout. Mais moi, je peux vous dire que c'est faisable. Mais moi, je te dis que si, Steve. Ne me contredis pas parce que tu auras tort avec moi. Tu auras tort.
'''Benjamin''' : Moi, je me range du côté de Gérard. Je suis sûr que c'est possible.
'''Gabriela''' : Mais non, ce n'est pas possible.
'''Jeanne''' : Tu ne comprends rien ou quoi ?
'''Gabriela''' : Mais non, je ne comprends pas. Moi, écoute, je sors dans le froid parce que ça fait des effets secondaires.
'''Jeanne''' : Non, non mais si Gégé dit que c'est possible, c'est possible.
'''Gabriela''' : Non, mais moi, je dis... Gérard, tu confonds. Gabriela, elle a dit que c'était possible.
'''Delphine''' : Moi, je m'en fous.
'''Gérard''' : Qui c'est qui n'est pas d'accord ? Qui c'est qui n'est pas d'accord avec moi comme fille, alors ?
'''Steve''' : C'est moi, Steve.
'''Gérard''' :Non, mais toi, Steve. Steve, c'est bon. On a compris. Le ski est-il plus fatigant que de faire l'amour ? Et on continue.
'''Benjamin''' : Ça dépend de ce que tu fais comme piste. Si tu prends une piste noire avec plein de bosses dans tous les sens, c'est sûr que ça va être très dur. Mais si tu prends une piste verte, c'est sûr que ce sera beaucoup moins dur que de faire l'amour, évidemment, Gérard. Je ne sais pas ce que tu en penses, toi, d'ailleurs.
'''Gérard''' :Attends, attends, attends. Benjamin. Benjamin. T'as déjà vu des pistes vertes ?
'''Benjamin''' :Bien sûr.
'''Gérard''' : Ah bon, où ?
'''Jeanne''' : Des pistes avec du gazon, c'est vert.
'''Benjamin''', ''[déformant un peu sa voix]'' :À Nagano.
'''Gérard''' : Ah, c'est bon. Celui qui s'amuse avec Nagano, ça commence à me gonfler, hein. Ça commence à me gonfler, là. Sérieusement, hein.
'''Gabriela''' : Gérard, c'est Gabriela. Oui ? T'aurais dû poser la question comme ceci. Pensez-vous que vous pouvez faire l'amour sur un ski nautique ? C'est plus simple.
'''Benjamin''' : À quatre.
'''Darwin''' : Dans le creux d'une vague.
'''Gérard''' : Gabriela, c'est pas la question. C'est la question le ski est-il plus fatigant que de faire l'amour ? Voilà.
'''Benjamin''' : Gérard, est-ce que tu as une expérience, toi, de vécu pour nous dire ça ?
'''Gérard''' : Ah ben, ça, je vous répondrai tout à l'heure. Maintenant, vous laissez parler les gens.
'''Phildar''' : Gérard, t'as déjà fait du ski ou pas ?
'''Gérard''' : Oui.
'''Phildar''' : T'en as fait où ?
'''Gérard''' : J'étais en Savoie. ''[bande son de Nagano]''. Oh, hé ! c'est bon. Celui-là, il commence à me gonfler.
'''Phildar''' : Est-ce que tu penses que toi, est-ce que tu penses que le ski, c'est plus fatigant que faire l'amour ? Surtout avec Sandy, quoi.
'''Gérard''' : Disons, le plus chiant, c'est de faire l'amour. Ah ouais.
'''Manu''' : C'est plus chiant que de faire du ski ?
'''Gérard''' : Ah ouais, je préfère faire du ski que l'amour parce que l'amour, ça devient chiant.
'''Phildar''' : C'est sympa pour Sandy.
'''Gérard''', ''[souriant, puérilement]'' : Elle est au courant, elle.
'''Manu''' : Ça veut dire que tu préférais... On te propose, t'as un choix. T'as un billet d'avion pour partir à la montagne t'éclater sur les pistes pendant 15 jours. Et t'as une capote dans l'autre main pour faire l'amour avec Sandy. Qu'est-ce que tu choisis ?
'''Gérard''' : Attends, moi, je préfère faire l'amour avec Sandy et prendre le billet d'avion que de prendre la capote.
'''Manu''' : Non, mais... C'est pas le problème. Tu choisis entre les deux.
'''Gérard''' : Maintenant, la capote, on s'en sert plus.
'''Manu''' : Oui, bon, OK. Admettons, t'as Sandy d'un côté, le ski de l'autre. Tu choisis le ski, toi ?
'''Gérard''' : Ah non, je choisis Sandy. Ah, désolé. C'est normal.
'''Manu''' : C'est pas ce que t'as dit il y a 5 secondes.
'''Gérard''' : Ouais, mais peut-être. Mais ça, c'est... C'est pour savoir ce qu'elle va me dire tout à l'heure parce que je sens que je vais m'en prendre plein la poire. Enfin, bref. Jeanne. Oh, c'est bon, Nagano, là.
'''Gabriela''' : Gérard, c'est Gabriela. Ça veut dire qu'en fait, tu ressens plus rien avec Sandy, quoi, quand tu fais l'amour ?
'''Gérard''' : Ah si, au contraire.
'''Gabriela''' : Tu dis que t'en as marre. C'est chiant de faire l'amour.
'''Benjamin''' : T'as peine à jouir, Gérard ?
'''Gérard''' : Ça, ça te regarde pas.
'''Gabriela''' : Est-ce que tu mets des préservatifs ?
'''Gérard''' : Non.
''[Cris de stupeur des filles]'' : Tu mets pas de préservatifs ? Mais t'es fou ? Mais t'es malade ? <ref name="hist18"></ref>
'''Gérard''' : Non, mais attendez.
'''Benjamin''' : Est-ce que t'as fait le test, d'abord ?
'''Delphine''' : T'es inconscient, Gérard, là.
'''Gérard''', ''[gêné comme un enfant pris en faute]'' : Non, mais je peux vous dire une chose, qu'on a fait le test et je suis tout à fait confiant de mes actes.
'''Gabriela''' : Ouais, mais qui dit que Sandy va pas voir ailleurs ? C'est dangereux de pas mettre de préservatifs.
'''Gérard''' : Ah non, mais alors là, je peux te dire une chose, qu'elle est tellement attachée à moi, qu'elle ira pas voir ailleurs et même si on veut, on peut lui...
'''Phildar''' : Non, on peut pas. Mais ce que je veux dire, c'est que vous inquiétez pas parce que Gérard, quand il fera du ski, il mettra des capotes.
'''Jeanne''' : Gégé ? Je voulais te parler justement à propos du ski. Il y a un nouveau truc, c'est le ski sur la pelouse.
'''Gérard''' : Ouais, du ski sur neige. Non, mais ça, c'est pas du tout le thème du débat, d'accord ?
'''Jeanne''' : Non, mais c'est du ski sur neige sur pelouse.
'''Gérard''' : C'est du ski sur herbe. Avec des roulettes. Voilà. Voilà, merci. Avec des skis aussi. Oui, oui, mais je connais. C'est des skis qui sont adaptés sur des roulettes, d'accord ?
'''Gabriela''' : Gérard, tu connais le ski sur goudron ?
'''Gérard''' : Non... Ben oui, c'est avec des patins à roulettes. Merci.
'''Steve''' : Ouais, ben écoute, donc je te remercie. Donc, je pense que ça dépend donc des pistes et ça dépend du style d'amour, mais je pense que faire l'amour, c'est beaucoup plus plaisant que faire du ski. Mais faire du ski, c'est plus fatigant que faire l'amour, à moins que ce soit le contraire.
'''Gérard''' : Alors, attends, attends, attends, alors Steve, Steve, tu viens de dire que faire du ski, c'était plus fatigant que faire l'amour, c'est ça ?
'''Steve''' : Oui, à moins que ce soit le contraire ou vice-versa, en dernier lieu.
'''Gérard''' : Ah oui, mais alors maintenant, moi, je te retourne la question. Pourquoi que faire du ski, c'est plus fatigant que faire l'amour ? Parce que t'es obligé de pousser sur les bâtons ?
'''Manu ''' : Gérard, Gérard. On va accélérer un peu.
'''Gérard''' : Ben, il reste deux questions et c'est fini après. Donc, pensez-vous qu'à Nagano, ils roulent des patins ? Ça, c'est la question à Phildar.
'''Phildar''' : On peut demander à Darwin puisqu'il est à Nagano.
''[Les audituers font des bruits obscènes, des appels avec l'accent anglais mais Darwin ne répond pas]''.
'''Gérard''' : C'est bon, Darwin, il n'est plus là. Ouais, ben, c'est bon, c'est bon. C'est bien. Merci, Darwin. Darwin, bonne nuit. Steve ?
'''Steve''' : La question, c'était quoi ?
'''Gérard''' : Oh, Steve ! Steve !
'''Steve''' : J'ai entendu Nagano !
'''Gérard''' : Non, mais Steve, tu commences à me gonfler. Tu me fais répéter toutes les questions sans arrêt. Pensez-vous qu'à Nagano, il roule des patins.
'''Steve''' : Ils roulent des patins. Tu veux dire quoi ? Rouler une pelle ou... Oui, je pense qu'à Nagano, ils roulent des patins. Quelle question !
'''Gabriela''', ''[la voix sensuelle]'' : Gérard. Gérard, elle est nulle, ta question.
'''Jeanne''' : Gégé, je réponds.
''' ''' : Gabriela ?
'''Gabriela''' : Je pense qu'à Nagano, on ne peut pas rouler des patins étant donné qu'il neige, donc on ne peut pas mettre des patins à roulettes sur de la neige.
'''Delphine''' : Oui. Ben oui, quoi. Ben oui, je pense.
'''Gabriela''' : Ben oui, les soupes de langue, c'est possible.
'''Gérard''' : Delphine, je vais te dire une chose. Je ne sais pas, mais tu n'as pas l'air de...
'''Delphine''' : Je te dis que je pense que les gens échangent aussi leur fluide corporel et leur skip jaune.
'''Jeanne''' : Écoute... Ouais, tout à fait. Ouais, ils roulent des luges, des skis, des patins, tout ce que tu veux, quoi. Tout ce qui a rapport, tout ce qui glisse sur la neige. C'est pas de problème.
'''Benjamin''' : Ben oui, à mon avis, why not ? Ça doit se rouler des patins dans tous les sens, à Nagano, ça doit bien rigoler. D'ailleurs, notre ami Darwin, s'il n'était pas aussi fou, pourrait nous le confirmer, mais malheureusement...
'''Gérard''' : Non, mais c'est pas de sa faute, mais de toute manière, je... ''[La bande reparle, sacadée, et Darwin dit : ici à Nagano, on voit des patins]''.
'''Phildar''' : Voilà, il l'a signalé tout à fait. Ben voilà, tu vois, si tu le laissais parler, il n'y aurait pas de problème.
'''Gérard''' : Bon, enfin, bref. Donc, moi, je peux vous dire une chose, que je ne pense pas pour l'instant qu'on puisse rouler des patins à Nagano.
'''Benjamin''' : Est-ce que t'y es déjà allé à Nagano, en Afrique ?
'''Gérard''' : Nagano, c'est pas en Afrique, d'accord ? Apprenez votre géographie. Nagano, c'est au Japon.
'''Gabriela''' : Gérard, si t'es si fort, où c'est alors ?
'''Gérard''' : C'est au Japon.
'''Benjamin''' : Le Japon, c'est en Afrique, Gérard. Bien sûr ! À côté de Madagascar. Entre Lille et Grenoble.
'''Gérard''' : Ouais, c'est ça, entre Lille et Grenoble, pourquoi pas entre Marseille et Paris ? Entre Lyon et Nîmes.
'''Benjamin''' : Ils doivent rouler des patins aussi, là-bas.
'''Gérard''' : Bon, bon, dernière question. Et après, on fait la conclusion, parce que dans 4 minutes, on... Alors, êtes-vous pour les Jeux Olympiques d'hiver à Tahiti ? Et voilà, ce sera la dernière. ''[éclat de rire général]''. Ça, vous demandez à Phildar, c'est Phildar qui s'amuse à trouver des questions bidons.
'''Benjamin''' : Phildar, si c'est pour donner des questions à la con, ce n'était pas la peine.
'''Gérard''' : Ah ben, tant pis, c'est Phildar qui a choisi... Eh, je peux vous dire une chose, que les deux dernières questions, c'est Phildar qui me les a posées.
'''Jeanne''' : Non, je trouve que la dernière question, c'est la meilleure du débat.
'''Gérard''' : Non, mais de toute manière, je pense que vous avez... On va demander à Benjamin.
'''Benjamin''' : Déjà, à Tahiti, il n'y a pas de montagne, c'est compliqué pour tout ce qui est slalom et tout ça. Par contre, pour ce qui est de rouler des patins à Tahiti, sur le sable, je ne pense pas que ça pose beaucoup de problèmes. Je ne sais pas ce que tu en penses, toi, Gérard. Est-ce que tu es allé à Tahiti ?
'''Gérard''' : Non, jamais, mais je peux te dire une chose, que...
'''Benjamin''' : C'est à 2 km de Marseille, pourtant, c'est pas loin.
''[La voix robotique : en direct de Tahiti]''.
'''Phildar''' : Ah ! En direct de Tahiti.
'''Manu''' : Il a un jet privé.
'''Jeanne''' : Donc, je réponds. Bah, écoute, moi, je suis tout à fait d'accord, parce qu'à Tahiti, le climat est tout à fait favorable. La neige tombe tout le temps. Elle atteint des sommets. C'est une région très montagneuse, donc c'est bon pour l'équilibre, c'est bon pour la glisse.
'''Gérard''' : Attends, Jeanne ? Tu as déjà vu des montagnes à Tahiti ?
'''Jeanne''' : Bien sûr !
'''Manu''' : Gérard, je suis originaire de là-bas, et je peux te dire qu'il y a des montagnes à Tahiti.
'''Jeanne''' : Et les volcans à Tahiti,
'''Gérard''' : OK, bah... quand on m'enverra une carte postale de là-bas, je verrai s'il y a des montagnes, parce qu'à mon avis, ya que la mer.
'''Delphine''' : Bah, ouais, moi, je trouve que c'est une super idée, en fait, parce qu'à Tahiti, au moins, les gens, ils doivent faire la teuf. Il y aurait des vahinés, il y aurait de la musique, il y aurait des sterpés qui rouleraient. Enfin, bon, ça serait super, quoi. Enfin, des Jeux Olympiques intéressants.
'''Gabriela''' : Oui, alors, moi, je t'emmènerais bien à Tahiti faire du sport de glisse dans la neige.
'''Steve''' : J'ai beaucoup voyagé, je continue à beaucoup voyager. C'est vrai que c'était un projet, en fait, de faire des Jeux Olympiques d'hiver à Tahiti, mais ça a été abandonné, c'est sûr.
'''Phildar''' : On va demander à Darwin, quand même, parce que je pense qu'il a une réponse.
'''Darwin''', ''[voix robotique]'' : Ici, à Nagano, il y a aussi la mer.
'''Gérard''' : Bon, ça y est, c'est bon, on a compris. Merci. Tiens, tu le fais conclure, lui, parce que...
'''Phildar''' : Bon, Darwin, conclue. Attends, attends, on passe déjà les autres.
'''Gérard''' : Non, on fait Darwin en premier. Ça lui apprendra, parce qu'il commence à me gonfler, lui.
'''Darwin''', ''[voix robotique]'' : Nagano, Tahiti, la neige...
'''Gérard''' : Voilà, merci. OK, ben... De toute manière, ça, c'est... C'est mon point de vue. Donc chacun a son point de vue là-dessus. OK. De toute manière, tu pourras demander, le jour qu'il y aura un sportif qui viendra dans les locaux de fun, tu pourras lui demander.
'''Benjamin''' : Je suis sûr que Gérard a raison.
'''Steve''' : Très bon débat, Gérard. Très bon débat.
'''Gabriela''' : Oui, alors, pour moi, la conclusion, c'est que... C'est que, ben, écoute, ton débat s'est très, très bien déroulé. Je suis très contente de toi, très, très fière de toi. Et j'aimerais bien, un jour, pouvoir te s... la q..., voilà.
'''Gérard''' : Ben, c'est bien. Ben, ça, tu demanderas l'autorisation à...
'''Gabriela''' : Non, non, on le fera toutes les deux.
'''Phildar''' : À Phildar. Ben, j'autorise. Tu pourras lui s... la q...
'''Manu''' : Moi aussi, je permets, je suis solidaire avec Phildar.
'''Gérard''' : Delphine, pour toi ?
'''Delphine''' : Ben, moi, pareil, j'ai trouvé que c'était un super débat qui a bien avancé, intelligent. Petit bémol, également, je suis pas contente parce que tu mets pas de capote. Et puis, ben, vive Phildar, quoi.
'''Gérard''' : Non, mais attends, moi, je vais te dire une chose, je mets pas de capote parce qu'on a fait les tests. Attends, je suis libre, je suis libre, je suis libre de mon corps, c'est tout.
'''Delphine''' : Déjà, c'est pas intelligent de le dire, c'est pas un bon exemple.
'''Gérard''' : Mais alors, mais de quoi ? Mais attends, mais je suis libre de dire ce que je veux. Vous m'avez posé la question, est-ce que je mets des capotes ? Je vous ai répondu.
'''Delphine''' : Il y a des gamins qui t'écoutent.
'''Gérard''' : Mais alors ? Mais moi, je suis libre de dire ce que je veux. On m'a posé la question, est-ce que je faisais l'amour ? Mais attendez, s'il vous plaît.
'''Phildar''' : Non, mais de toute façon, Gérard, il met plus de capote, il a fait le test, donc il n'y a pas de problème, les gamins, ils font pas le test, ils mettent des capotes.
'''Gérard''' : C'est tout, chacun va midi à sa porte.
'''Benjamin''' : C'est Gérard le plus malin.
'''Gérard''' : Chacun fait ce qu'il veut de son corps. Voilà, donc Jeanne.
'''Jeanne''' : Bah écoute, moi, le débat a été fort enneigé, donc on a un peu glissé sur les pistes endiablées de Nagano. Bon débat, peu intéressant.
'''Gérard''', ''[rageur]'' : Bon bah d'accord, toi, le jour où tu vas me dire que les débats sont intéressants, tu me feras signe. Les poules, elles auront des dents. J'en parlerai à mon cheval. Benjamin, pour finir ?
'''Benjamin''' : Bah moi, Gérard, bon, j'aimerais bien te s... la q... aussi, mais bon, ça, on va pas le dire tout de suite.
'''Gérard''' : Bon, bah ça, je vais te dire une chose, pas par toi, d'accord, et puis si c'est pour me dire des conneries comme ça, c'est pas la peine.
'''Benjamin''' : C'était un débat admirablement conduit. Il n'y a pas eu beaucoup de dérapages. On a bien glissé sur les questions, ça s'est bien enchaîné, et Gérard, nous te remercions pour cette politesse dont tu as fait preuve dans ce débat qui est d'une rareté phénoménale.
'''Gérard''' : Ça j'avais prévenu l'équipe mardi, j'avais dit que si ça se passait mal, que ça allait se terminer au vinaigre.
'''Benjamin''' : Et tu as bien fait, tu as mis les points sur les i et les barrds aux t, et tu as bien fait, Gérard.
'''Gérard''' : Donc, pour moi, je peux vous dire ma conclusion. Je suis content pour une fois. J'espère que le deuxième va se passer comme celui-là, parce que si il se passe mal, je préviens d'entrée qu'à la quatrième question, je vais dormir chez moi. ''[Phildar applaudit]''.
'''Phildar''' : Donc... On écoute quoi, Gérard ?
'''Gérard''' : Là, on va s'écouter... J'aime mieux péter avec une capote, ça fait mions de bruit. Donc, voilà. Et on vous retrouve après pour le deuxième débat sur l'aspirateur.
== Le débat sur les aspirateurs ==
=== Contexte ===
Second débat de la nuit. On retrouve les mêmes personnes, auxquelles s'ajoutent Max lui-même, ainsi que Reego, particpant à la fête.
Ce débat montre que Max, dans ce rôle, n'a aucune limite. Devant un débat qui s'enlise dans l'ennui, avec l'aide de l'équipe, il n'hésitera pas à tirer violemment sur la corde sensible de Gérard, ici l'abandon, pour créer une détonation. On retrouve ainsi son côté impertinent et prêt à tout pour susciter le rire par l'excès, quitte à atteindre un point sensible de son protégé.
=== Les personnages ===
* Eddy (déjà rencontré lors du débat sur le ping pong)
* Phildar
* Manu
* Gérard
* Benjamin
* Mégane : Ludivine
* Rita : Jeanne
* Carole : Gabriela
* Maïté
* Christophe (ancien Azraël ou Gargamel)
* Franck Bargine : Jean, Ben Guigui (BGG), Max
* Cyril : Édouard
* Reego : Alberto
* OLivier Bouchet : Olivier de la pro, Jean-Charles (JC)
=== Transcription ===
'''Gérard''' : Suite des débats, il est 2h40 et vous pouvez toujours nous appeler au 0803 08 5000 et 0800 70 5000 et toujours le 3615 Code Fun Radio Rubrique Direct et j'oublie pas les belges, 033 1 49 79 5000.
'''Phildar''' : Et ouais le Minitel ça marche bien en plus Gérard, donc il faut qu'ils continuent à se connecter, c'est super. Parce qu'il y a plein de connectés, c'est les vacances, c'est génial et en plus ils sont tous contents ce soir parce que ça se passe très bien tes débats et ils sont contents, contents, contents !
'''Gérard''' : J'espère que le deuxième il va bien se passer, on récupère Benjamin. Maïté. Gabriela. Ludivine. Jeanne.
'''Jeanne''', ''[sensuelle]'' : Bonsoir.
'''Gérard''' : Jeanne s'il te plaît tu te réveilles ou sinon tu vas sortir avant la première question. Manu s'il te plaît tu me réveilles Jeanne, merci.
'''Benjamin''' : Jeanne tu vas gerber.
'''Gérard''' : Benjamin, tu vas te calmer parce que sinon c'est toi qui va gerber. Alors avez-vous un aspirateur chez vous, c'est le thème du débat. Donc c'est sur les aspirateurs. Alors oui, je vous préviens tout de suite que le thème du débat des aspirateurs risque de... il y a des questions qui risquent de se passer comme le premier. Alors je préfère prévenir Gabriela quand même.
'''Gabriela''' : Ah oui, Gérard ! S... moi la c...
'''Gérard''' : Ok, donc tu te calmes s'il te plaît, merci. Donc la première question : avez-vous un aspirateur chez vous ? Donc, Jeanne ?
'''Jeanne''' : Est-ce que j'ai un aspirateur chez moi ? Ben Gérard, excellente question : oui, j'en ai un. Mais j'en ai pas en même temps, quoi.
'''Gérard''' : Hein ? C'est-à-dire ?
'''Jeanne''' : Ben c'est-à-dire qu'il y en a un qui moisit dans le placard. Ça fait depuis des années... ça fait depuis 10 ans.
'''Gérard''' : Ah ok,.
'''Manu''' : Avant que tu interroges quelqu'un d'autre, il nous reste une ligne, on accueille Édouard. Bonsoir Édouard !
'''Edouard''', ''[en voix de tête]'' : Salut. Ouais, je t'entends.
'''Gérard''' : Ben, tu te réveilles s'il te plaît ?
'''Jeanne''' : Je crois que c'est un trav, GG.
'''Gérard''' : Ah ben, ah ben... Jeanne, tu te calmes s'il te plaît !
'''Manu''' : C'est qu'il est jeune, c'est tout.
'''Ludivine''' : Édouard, t'as Nagano ?
'''Edouard''' : Ouais.
'''gérard''' : Non mais tu me le... Réveille-le Manu, parce que là, ça va pas être possib avec lui ! Ludivine ?
'''Ludivine''' : Oui, moi j'ai un aspirateur, mais je préfère utiliser mon balai.
'''Gérard''' : Ouais, ben ça... ouais, non mais... ça, attends. Ça, je peux te dire une chose, c'est qu'on va s'amuser aussi. On va voir, ça va être pareil. D'accord. Gabriela ?
'''Gabriela''' : Ouais, ben moi c'est pareil : je préfère mon gode à l'aspirateur.
'''Gérard''' : Ah bon ? Donc t'as pas d'aspirateur, tu préfères ton gode ?
'''Gabriela''' : Oui, j'ai un aspirateur chez moi, mais j'aime bien les deux. Mais préférence, le gode, quand même.
'''Phildar''' : Mais est-ce que tu fais le ménage avec ton gode aussi ?
'''Gérard''' : Non mais attends, Phildar !
'''Manu''' : Attends Phildar, c'était la question 6 !
'''Phildar''' : Ah merde.
'''Jeanne''' : On a dit qu'on sautait pas les questions !
'''Gérard''', ''[plaisantant]'' : Oh, oh, oh, hé ! Ça m'a pas fait plaisir. ''[Les filles reprennent en chœur en riant]''.
'''M ïté''' : Oui, j'en ai deux.
'''Gérard''' : Ah, t'en as deux ? Moi aussi, j'en ai deux. ''[rire ironique du studio]''
'''Edouard''', ''[voix normale]'' : Deux fois plus de conneries.
'''Gérard''' : Non, mais moi, j'en ai deux, mais elles sont dans ma culotte. J'ai pas deux aspirateurs. ''[rire forcé en général]''.
'''Gabriela''' : On a compris, Gérard...
'''Jeanne''' : C'était vraiment drôle.
'''Phildar''' : Je voulais seulement dire qu'en ce moment, elles sont pas comme les sacs d'aspirateur : elles sont pas pleines.
'''Gérard''' : Bah si, elles sont pleines ! Parce qu'elles servent à faire des bébés, parce qu'il y en a peut-être un qui est en cours, on sait pas. ''[cris de stupeur et de rire dans le studio]''.
'''Ludivine''' : Gérard papa ! Ça va pas la tête... Faut les empêcher à tout prix d'avoir un gosse.
'''Gérard''' : Comment ? Attends, attends Maïté. Qui c'est qui vient de dire "C'est fou d'avoir un gosse" ?
'''Edouard''' : Elle a pas dit ça. Elle a dit : "Comment Sandy elle a pu faire un... de faire un gamin avec un gode ?"
'''Gérard''' : N'importe quoi.
'''Manu''' : Laisse tomber, on enchaîne, vas-y.
'''Gérard''' : Benjamin, donc toi ?
'''Benjamin''' : Moi personnellement, j'en ai deux : j'en ai un cassé et un qui ne marche pas. Ce qui m'avance donc pas vraiment d'en avoir deux. Ce qui fait que j'utilise mon balai, comme une précédente auditrice qui l'avait dit... je sais plus laquelle.
'''Gérard''' : Bon, mais ça, c'est la question que je vais poser. Édouard maintenant, s'il est réveillé ? Allô, Édouard ? Édouard ! Ouais, Édouard s'il te plaît, tu te réveilles ! Bon allez, hop, Édouard bonne nuit, allez. Non, non, il va se coucher. Il va se coucher, comme ça, ça se voit que c'est les vacances.
'''Phildar''' : Et message Minitel : j'aimerais que Gargamel raccroche.
'''Gérard''' : Gargamel, tu raccroches ton Minitel s'il te plaît, on essaye de te joindre, merci. Et on... Non, on n'a personne à la place d'Édouard ?
'''Manu''' : Ben non, pas tout de suite. Ça va arriver, ça va arriver.
'''Gérard''' : Ok. Alors : combien de fois passez-vous l'aspirateur chez vous ? Donc, Benjamin ?
'''Benjamin''' : Moi personnellement, comme je n'ai pas d'aspirateur, comme je l'ai dit précédemment... mais je vais jouer le jeu : j'ai un aspirateur qui marche, en parfait état, et je le passe environ trois fois par jour. Il y a des pièges dans tous les sens dans ma maison.Les rats, les cafards... Des oiseaux...
'''Ludivine''' : T'es pas un peu maniaque ?
'''Gérard''' : Combien de fois ?
'''Benjamin''' : Trois fois à peu près. Mais je suis payé, évidemment.
'''Gabriela''' : Ah, c'est une femme de ménage alors.
'''Gérard''' : Ah, c'est une femme de ménage, c'est pas du tout pareil.
'''Jeanne''' : T'es payé combien à l'heure ?
'''Benjamin''' : Je suis payé à peu près 50 francs le passage d'aspirateur. Ce qui n'est pas vraiment cher payé, mais bon. D'un chômage longue durée, j'ai donc accepté cet emploi.
'''Gérard''' : D'accord. Maïté ?
'''Maïté''' : J'aimerais avoir la fréquence : hebdomadaire ou mensuelle.
'''Ludivine''' : Par semaine ou par mois.
'''Gérard''' : Non mais attends, mais... la fréquence ? Quelle fréquence ?
'''Benjamin''' : Celle de Fun !
'''Maïté''' : Non mais pour l'aspirateur ! Parce que je peux te dire combien de fois je le passe par jour ou par semaine.
'''Gérard''' : Non mais par... Combien de fois passez-vous l'aspirateur chez vous ? Oui, ça se fait par jour ou autre. Comme tu veux.
'''Maïté''' : Deux à trois fois par jour.
'''Gabriela''' : Ben moi, je te passerais bien l'aspirateur, hein.
'''Jeanne''' : Lâche l'affaire !
'''Gabriela''' : Ensemble, Gérard, on passerait l'aspirateur chez moi, tout nus. Voilà. Tout nus tous les deux.
'''Gérard''' : Ouais, "tout nu et tout bronzé", d'accord. C'est ça. Ah ouais, c'est ça, tout nu et tout bronzé, d'accord. Ludivine ?
'''Ludivine''' : Ouais, moi je passe l'aspirateur une fois par semaine. Mais je me mets un coup de balai... je me mets un coup de balai au moins une fois par jour.
'''Gérard''' : Ouais, mais ça, ça... OK.
'''Phildar''' : Gérard ? J'ai une question Minitel. En fait, les auditeurs voudraient savoir si c'est toi ou Sandy qui passez l'aspirateur chez vous.
'''Gérard''' : Alors, un coup c'est moi et un coup c'est Sandy. Mais maintenant, c'est plus Sandy que moi.
'''äïté''' : Ah, le maccio !
'''Gérard''' : Ah, mais c'est normal. Ben, il faut bien faire travailler les femmes maintenant !
''[huées des auditeurs, Ludivine le traite de connard]''.
'''Gérard''' : Attends, attendez, attendez, attendez. Attendez, attendez, attendez s'il vous plaît. La prochaine que j'entends me traiter de connard va dégager.
'''Maïté''' : On t'a pas traité de connard, Gérard.
'''Gérard''' : Non, non, non, j'ai vaguement entendu.
'''Manu''' : T'as mal entendu. Ouais, Gérard, Gérard, c'est pas grave. On accueille Christophe qui est vendeur d'aspirateurs. Qui va peut-être pouvoir nous aider.
'''Christophe''' : Oui, bonsoir Gérard. Oui, effectivement. En fait, je suis vendeur d'aspirateurs à Darty...
'''Gérard''' : Non, mais c'est bien de préciser la marque du magasin.
'''Christophe''' : Ah pardon, excuse-moi.
'''Phildar''', ''[ton de la confidence]'' : Dis-leur de pas dire de marque.
'''Gérard ''' : Non, mais Christophe ? C'est pas la peine de citer les marques du magasin, d'accord ?
'''Benjamin''' : Et ça se vend bien les aspirateurs, Christophe ?
'''Gérard''' : Non, non, mais c'est bon Jeanne, s'il te plaît pour l'instant.
'''Jeanne''' : Oui, ben je réponds. Ben écoute, moi je passe l'aspirateur chez moi quotidiennement 5 fois par jour.
'''Gérard''' : 5 fois par jour ? Alors donc tu passes le lundi, le mardi, le mercredi, le jeudi et le vendredi ?
'''Jeanne''' : Ouais.
'''Christophe''' : Alors là, il faut faire attention quand même. Il faut faire attention parce que là, j'entends qu'on passe 5 fois l'aspirateur par jour, c'est quand même dangereux.
'''Gérard''' : Mais pourquoi ?
'''Christophe''' : Oui, ben moi je te dis ça parce que même si je suis vendeur d'aspirateurs, moi je sais qu'il y a des gens qui sont venus me voir en se plaignant parce qu'eux aussi ils passaient trop souvent l'aspirateur et ils ont eu un blocage de dos, quoi.
'''Gérard''' : Non, non, non, non, non, non, je suis désolé. Non, non, attends Christophe, tu permets ? J'ai jamais vu qu'on peut avoir un blocage de dos avec un aspirateur. À l'heure actuelle, il y a des aspirateurs qu'on peut se mettre sur l'épaule, qu'ils font voir à la télé en pub, ok ? Moi j'ai un aspirateur, je peux vous dire qu'il recrache 800 watts derrière.
'''Ludivine''' : C'est pas toi qui le passes, c'est Sandy qui aura mal au dos !
'''Gérard''' : Ah non, mais même ! De toute manière, il est sur roulettes le mien. Non, non, c'est pas un aspirateur en plastique... Faites-moi confiance que quand vous avez ça, quand vous entendez ça au réveil le matin, faites-moi confiance que vous avez une grosse tête toute la journée.
'''Manu''' : Gérard, excuse-moi. Excuse-moi, on a Jean qui s'est blessé avec un aspirateur.
'''Jean''' : Je tenais juste à dire que, bon, en règle générale, Gérard avait raison. Bonsoir Gérard.
'''Gérard''' : Salut.
'''Jean''' : Et donc je passais également souvent l'aspirateur parce que ma femme ne voulait jamais le passer. Et une fois, j'ai eu une sorte de luxation au dos. Et j'ai eu, en fin de compte, un claquage des vertèbres.
'''Christophe''' : Non mais Gérard, tu vois que...
'''Gérard''' : Attends, attends, attends Christophe s'il te plaît. Moi je vais poser une question à Jean maintenant. Alors Jean, comment tu peux avoir un claquage au dos avec un aspirateur ? Alors explique-moi. Non, non, mais explique-moi. Si, si, si, si, si, tu l'as dit !
'''Jean''' : Non, j'ai dit que j'avais eu un claquage aux vertèbres.
'''Gérard''' : Oui, ben alors explique-moi ! Explique-moi. Non, mais explique-moi...
'''Manu''' : Non mais Gérard. C'est pas la peine, pour lui dire qu'il t'explique, de crier. Tu peux lui dire : Jean, explique-moi s'il te plaît.
'''Gérard''' : Ouais, non, mais que les autres ils se calment aussi ! Donc moi, je peux vous dire une chose...
'''Jean''' : J'ai pas répondu, je peux t'expliquer.
'''Gérard''' : Oui mais attends Jean, s'il te plaît. Je vais répondre, je sais ce que c'est des vertèbres. Pour la nana qui a dit que je savais pas ce que c'était, j'ai quand même eu deux tassements de vertèbres. Ok ? ''[admiration générale]''
'''Phildar''' : En passant l'aspirateur ?
'''Gérard''' : Non, non, en accident.
'''Benjamin''' : Quel cascadeur ce Gérard ! Il a voulu faire des folies de son corps...
'''Gérard''' : Oui, c'est ça, c'est ça.
'''Christophe''' : C'est suite aux positions que tu pratiques ça, Gérard ?
« 'Gabriela' ''' : Alors, moi je voudrais dire que je passe l'aspirateur qu'une fois par an chez moi.
'''Gérard''' : Il doit y en avoir des moutons.
'''Gabriela''' : Je fais comme gérard hein.
'''Gérard''' : Non mais moi, attends ! L'aspirateur, il est passé pratiquement deux fois par semaine.
'''Jean''' : Aujourd'hui parce que t'as une copine, mais peut-être qu'il y a trois ans, c'était une fois par...
'''Gabriela''' : par an.
'''Gérard''' : Non.
'''Jeanne''' : Mais Gégé ? Tu passes l'aspirateur dans quel coin ? Sur la moquette ?
'''Gérard''' : Non mais moi, j'ai pas de moquette. Non mais j'ai pas de moquette !
'''Jeanne''' : Alors tu passes l'aspirateur dans quoi ? Dans le plafond ?
'''Gérard''' : Non, c'est du parquet.
'''Jeanne''' : Et pourquoi tu n'utilises pas un balai ?
'''Ludivine''' : Est-ce que tu fais les carreaux ?
'''Gabriela''' : Est-ce que tu aspires les murs ?
'''Benjamin''' : Est-ce que tu mets du Viakal sur les robinets ?
'''Phildar''' : Attendez, laissez-le répondre ! Posez pas lui 15 000 questions en même temps, quoi.
'''Jean''' : Est-ce que tu mets du Destop ?
'''Gérard''' : Non, attends ! Le Destop c'est pas fait pour passer l'aspirateur, hein.
'''Gabriela''' : C'est fait pour quoi ?
'''Gérard ''' : C'est fait pour déboucher les éviers, hein.
'''Gabriela''' : C'est aussi fait pour aspirer, hein.
'''Jean''' : Ah ouais ? Ça peut être fait aussi pour déboucher le tube ! Parce que moi, justement, quand je me suis bloqué mes vertèbres, c'est parce que le sac était plein et donc, en fin de compte, j'ai déjà passé l'aspirateur et j'ai ramassé la poussière avec les mains. Et je le mettais dans le sac. Donc à force de me baisser... puis un jour on m'a dit : "Tiens, prends du Destop, ça te fera du bien à tes vertèbres."
'''Gérard''' : Ouais, c'est ça. C'est ça. Oui. Ouais, mais donnez vos noms quand vous voulez me poser une question !
'''Jeanne''' : Je voulais te dire, ton aspirateur, est-ce qu'il est électrique ?
'''Gérard''' : Ben oui.
'''Jeanne''' : Ben écoute, moi j'en ai un au gasoil.
'''Benjamin''' : Moi, il est à piles, le mien.
'''Gérard''' : Non mais attendez, attendez ! Quelle est l'abruti qui a été me dire qu'il y avait des aspirateurs au gasoil ?
'''Jeanne''' : C'est moi. Le mien, il est au gasoil.
'''Christophe''' : Et ça, c'est un vieux, hein. C'est un vieux modèle, mais ça existe, Gérard.
'''Gérard''' : Non mais c'est bon, c'est bon, c'est bon. Stop, stop, stop ! Stop ! Stop ! Merci !
'''Manu''' : On a accueille Alberto.
'''Gérard''' : À la place ?
'''Manu''' : À la place de personne, on a accueille Alberto.
'''Gabriela''' : Moi, mon aspirateur, il est jetable.
'''Gérard''' : Alors : combien de fois passez-vous l'aspirateur chez vous ? Pour Alberto que je pose la question.
'''Alberto''' : Combien de fois quoi ? Combien de fois dans ma vie je l'ai passé, ou...
'''Gérard''' : Combien de fois passez-vous l'aspirateur chez vous ?
'''Jean''' : C'est Alberto Tomba ça, non ?
'''Gérard''' : Oh là là ! Oh ! S'il vous plaît !
'''Benjamin''' : Il arrive, il est Game Over quoi.
'''Alberto''' : Mais non, mais tout simplement, je comprends pas. Par jour, par mois, par an... tu me parles de quoi ?
'''Manu''' : Par semaine, par semaine.
'''Jeanne''' : Par semaine quotidiennement.
'''Gérard''' : Oh Jeanne, s'il te plaît, tu te calmes un peu là !
'''Alberto''' : On va dire tous les deux jours.
'''Gérard''' : Ah voilà. OK. Donc, troisième question, pardon.
'''Jean''' : Non, Jean n'a pas répondu ! Jean n'a pas répondu.
'''Gérard''' : Si, si, il a répondu.
'''Jean''' : Non, Jean n'a pas répondu !
'''Manu''' : Non, il a dit qu'il s'était blessé, il a un tassement de vertèbres.
'''Gérard''' : Bon, alors vas-y. Non mais on va pas s'amuser à faire un tassement de vertèbres, d'accord ?
'''Jean''' : Justement, j'ai dit que j'étais intervenu là-dessus, mais je n'avais pas répondu à la question.
'''Gérard''' : Bon, alors interviens. Réponds.
'''Jean''' : La question qui est sur le combien de fois par semaine, c'est ça ?
'''Gérard''' : Combien de fois passez-vous l'aspirateur chez vous, soit par semaine ou autre ? Oh là là, t'es lourd hein Jean ?
'''Gabriela''' : Tu pèses combien ?
'''Christophe''' : Gérard, Gérard, c'est quoi que tu passes sur les questions chaudes, là ?
'''Gérard''' : Bon, Manu ! Manu s'il te plaît. Tu reprends Jean, tu lui fais comprendre les questions, parce qu'apparemment il débloque. Préférez-vous. l'aspirateur ou le balai ? Alors, Jeanne ?
'''Ludivine''' : Moi je préfère le balai.
'''Jeanne''' : Écoute-moi très sincèrement Gégé... mais je te réponds très sincèrement hein ! Donc très sincèrement, je préfère le bon vieux balai. Tu vois, un bon vieux balai. Les choses les plus anciennes sont les meilleures quoi.
'''Gérard''' : Ouais mais attends, quel style de balai ? Les balais à paille de riz ?
'''Gabriela''' : Les vertical ? Les jetables ? Les portables ?
'''Gérard''' : Mais non ! Oh, attendez s'il vous plaît ! Je pose une question à Jeanne. Donc, Jeanne, quel style de balai ? Les balais à paille de riz ?
'''Jeanne''' : Euh non, à paille de pâte.
'''Christophe''' : À paille de quoi ? À paille de riz. À paille de riz. À paille de poêle et balai.
''[Jean chante les balai, les balais, les balais]''.
'''Gérard''' : Oh c'est bon là, vous n'allez pas commencer là !
'''Alberto ''' : Attends, c'est Alberto. Ouais, moi j'aime bien les balais quoi. D'autant plus que, en plus de nettoyer, pour faire des caresses c'est sympa un balai quand même. Un balai à poils mous.
'''Benjamin''' : Oui. Tu peux le foutre dans le cul aussi.
'''Alberto''' : Ouais mais d'accord. Non, non, attendez, attendez. Mais je préfère l'aspirateur ! Oui, parce que pour la masturbation, quoi.
'''Gérard''' : D'accord. OK, OK. Bon c'est bon Alberto. C'est bon, c'est bon, c'est bon Alberto.
'''Phildar''' : J'ai une question Minitel. Enfin pas une question, j'ai un mec qui réagit par rapport à cette question, Gérard. Il dit en fait : c'est mieux les balais parce qu'en fait tu dépenses moins d'énergie, surtout l'électricité.
'''Alberto''' : Et si t'aimes ça, tu peux te mettre le manche.
'''Gérard''' : Ouais mais ça je... D'accord. Mais attendez, attendez, je vais quand même répondre à la question Minitel. Donc c'est sûr, c'est vrai qu'on dépense moins d'électricité en passant le balai, ça c'est sûr. Automatiquement là-dessus, je vois très bien ce qu'il voulait dire. Mais même un aspirateur, tu peux très bien le passer une fois ou deux par semaine. C'est pas ce qui va te bouffer le plus de courant. T'es bien d'accord ?
'''Manu''' : Ouais, mais Gérard, il y a Christophe là qui est à l'antenne, qui m'a dit au standard qu'en fait, maintenant, il existait des balais électriques.
'''Phildar''' : C'est ce que j'allais te dire parce que j'avais justement sur Minitel cette sous-machin.
'''Gérard''' : J'ai jamais vu de balais électriques encore.
'''Manu''' : Bah c'est tout nouveau, ça vient de sortir en magasin. Peut-être que Christophe pourra t'en parler.
'''Benjamin''' : Oui ? Bah moi je pense que rien ne vaut un bon vieux balai pour bien nettoyer un peu partout, sauf sur la moquette. Sinon sur un parquet, rien ne vaut un bon vieux balai.
'''Jean''' : Jean n'est pas d'accord. Jean n'est pas d'accord.
'''Gérard''' : Non mais attends Jean, s'il te plaît, pour l'instant tu vas te calmer. Moi je vais répondre à Benjamin. Tu dis... c'est toi qui viens de dire "passer sur la moquette, tu peux pas le passer", c'est ça ? Oui mais attends. Oui, mais dans ce cas-là, il y a deux sortes de balais. Il y a le balai normal que tu passes régulièrement, plus le balai à brosse que...
'''Jean''' : Il y a aussi le balai de l'Opéra de Bastille hein.
'''Gérard''' : Non, non mais attends ! Attends, celui qui s'amuse à dire ça, tu vas pas commencer s'il te plaît. Merci.
'''Ludivine''' : Il y a le balai de chambre !
'''Gérard''' : Bon Maïté, Maïté.
'''Maïté''' : Oui bah moi vraiment sans hésiter, je pense que le balai c'est le mieux. C'est le plus efficace.
'''Jean''' : Bon, je suis pas d'accord. ''[bruit de fil de téléphone]''.
'''Gérard''' : Attendez s'il vous plaît, celui qui s'amuse avec son téléphone ça commence à me gonfler !
'''Alberto''' : Gérard, c'est Alberto. Tu peux dire à Maïté qu'elle aille balayer sa cuisine ?
'''Gérard''' : Ouais bah Alberto, tout à l'heure tu allais balayer ton lit, toi !
'''Alboerto''' : J'ai l'aspirateur dans le lit, je t'ai dit, pour la masturbation.
'''Gérard''' : Ouais bah tout à l'heure tu vas aller te masturber tout seul dans ton lit si tu continues ! Gabriela ?
'''Gabriela''' : Alors moi je préfère les aspirateurs à piles. Ça vibre. Donc quand je l'introduis dans ma chounette, ça vibre. Et c'est excellent, je te jure c'est excellent.
'''Gérard''' : Non mais attends, Gabriela.
'''Gabriela''' : Écoute, les aspirateurs à piles ça existe, je suis désolée. Viens voir chez moi.
'''Gérard''' : Ouais, ouais, bah j'irai jamais voir chez toi. Bon, Ludivine ?
'''Ludivine''' : Oui ? Moi j'aime les balais parce que c'est phallique.
'''Gérard''' : Oh là. Mais qui c'est qui s'amuse avec le téléphone là ? Ça m'énerve !
'''Jean''' : Les filles vous êtes quand même vachement cochonnes avec les aspirateurs.
'''Gérard''' : Ludivine ? Ludivine ? Tu réponds s'il te plaît ?
'''Ludivine''' : Je te réponds depuis tout à l'heure !
'''Gérard''' : Mais ouais, mais tout le monde passe sur toi ! J'entends pas ce que tu me dis.
'''Ludivine''' : Je t'ai dit que le balai est phallique, que le balai est excitant, que tu peux faire plein de choses avec ton balai quoi.
'''Jean''' : Qu'est-ce que tu veux faire avec un balai ?
'''Ludivine''' : Vive les balais !
'''Jeanne''' : Bah écoute moi je t'ai dit : moi je préfère le bon vieux balai et je trouve que c'est plus économique qu'un aspirateur quand même. Moi par exemple, j'ai mon deuxième aspirateur et ça marche au gasoil et ça me fait chier quoi.
'''Gérard''' : Ouais bah pour l'instant tu vas arrêter de nous parler du gasoil parce que...
'''Jeanne''' : Écoute, Gégé, ça existe.
'''Gérard''' : Ouais bah tu me diras où hein !
'''Manu''' : Non mais tu sais, tu sais Gérard, c'est comme les tondeuses : il y en a à essence et il y en a à l'électrique. Les aspirateurs c'est pareil.
'''Gérard''' : Ouais mais... des aspirateurs à essence j'en ai jamais vus encore !
'''Jeanne''' : Il appartenait à mon arrière grand-père.
'''Manu''' : Les premiers, les premiers étaient comme ça.
'''Phildar''' : Justement Gérard, par rapport à ce qu'on dit au sujet du phallique tout ça, j'ai Fred sur Minitel qui te demande si tu t'es déjà fait pomper par un aspirateur ou si t'aimerais te servir d'un balai pour faire des trucs sexuels.
'''Gérard''' : Non bah alors là, je vais dire une chose : lui il n'est même pas du tout dans le thème du débat. Il est carrément à l'opposé hein.
'''Phildar''' : D'accord, bah Fred t'es à côté du débat hein.
'''Manu''' : On peut même dire qu'il est à l'opposé.
'''Christophe''' : Écoute, moi personnellement je trouve qu'avec le balai tu vas plus dans les coins quoi. Tu ramasses plus les poils. Et moi j'ai des clientes, généralement quand même, elles m'achètent plus d'aspirateurs que de balais parce qu'apparemment, effectivement, le fait que tu vois qu'il y ait des vibrations, que ce soit électrique tout ça, qui est surtout... enfin un gros manche apparemment, elles préfèrent ça quoi.
'''Jean''', ''[prend un accent caricaturalement portugais pour toutes les répliques suivantes]'' : Oui. Je suis le compain de Jean.
'''Gérard''' : Non, Jean bonne nuit. Ce coup-là c'est plus la peine.
'''Manu''' : Mais tu peux l'écouter quand même Gérard !
'''Gérard''' : Mais non ! Tout à l'heure il parlait français, maintenant il va parler portugais !
'''Jean''' : Je suis un ami, je vais parler de l'aspirateur. C'est le balai, il est bien. Le balai il est bien pour passer la poussière. Mais nous au Portugal, on préfère l'aspirateur.
''[Jeanne est explosée de rire, bruyante et exubérante, contribuant à énerver Gérard]''.
'''Gérard''' : Oui d'accord. Oui oui oui c'est bon c'est bon c'est bon c'est bon c'est bon c'est bon ! C'est bon c'est bon c'est bon c'est bon !
'''Jean''' : Y préfère la poussière. Y préfère la poussière parce que la poussière elle est fatidique alors que l'aspirateur il est... satanique. Il est satanique.
'''Gérard''' : D'accord. Bon s'il vous plaît s'il vous plaît là on se calme, on se calme on se calme. On a compris Jean, merci. ''[Jean continue, Gérard répète plusieurs fois]''. On a compris ! Oh ! On a compris, vous me faites pas crier à la quatrième !
'''Phildar''' : Gérard tu vas poser la quatrième question puis on va mettre un disque.
'''Gérard''' : Alors : dormez-vous à côté d'un aspirateur ? Voilà. Et on se met...
'''Alberto''' : Tu peux répéter la question, gérard ?
'''Gérard''' : Non c'est "Dormez-vous..." Jean s'il te plaît tu vas te calmer, tu vas aller voir Manu au standard. Parce que là tu...
'''Jean''' : Tu peux parler en portugais s'il te plaît ?
'''Gérard''' : Oui non mais tu vas parler au standard là pour l'instant !
'''Jean''' : Que l'aspirateur est la meilleur ! Balai balai
'''Gérard''' : Donc c'est : "Dormez-vous avec..." Allez allez. Bon c'est bon Jean s'il te plaît merci. Donc : dormez-vous à côté de l'aspirateur ? Et on écout L'aspirateur c'est mieux qu'avec un doigt ou... mieux avec deux doigts où je pense.
''[Musique]''.
Donc vous pouvez toujours nous appeler au 0800 70 5000 et 0803 08 5000 et toujours le 3615 code FUN RADIO rubrique direct. Apparemment ça a l'air de bien se passer d'après ce que me dit Phildar.
'''PHildar''' : D'après ce que je dis ça se passe bien et surtout Yann, raccroche ton Minitel parce qu'on va te rappeler ! Ça fait 15 messages qu'il laisse, il veut absolument participer à tes beaux débats.
'''Gérard''' : Alors Yann dans ces cas-là raccroche ! On te le dit depuis tout à l'heure de raccrocher ton Minitel ! Alors dépêche-toi s'il te plaît merci. Et vous pouvez toujours aussi nous appeler par l'intermédiaire de la Belgique au 0... au 0... 1... 01... Oh merde je me souviens plus.
'''Phildar''' : 00 33 1 47 79 5000 ou 79 5000 si vous ne comprenez pas le français.
'''Gérard''' : Voilà. Donc on récupère Alberto. Benjamin. Maïté. Gabriela. Ludivine. Jeanne. Christophe. et Jean.
'''Manu''' : Il est parti Jean. Il est parti c'est ma faute. Mais tu m'as dit de le gérer, il n'a pas voulu se calmer je l'ai dégagé.
'''Gérard''' : Bon bah c'est bien. Alors donc : dormez-vous à côté d'un aspirateur ou de votre aspirateur, comme vous voulez ? Donc on va demander à Christophe.
'''Christophe''' : Bah écoute moi je vends déjà toute la journée des aspirateurs alors j'évite. Moi si jamais je dors à côté d'un aspirateur, il ne faut pas qu'il ronfle, parce que sinon moi je le frappe.
'''Gérard''' : Ouais mais attends, mais de toute manière un aspirateur une fois que c'est coupé ça ne ronfle pas quand même, je suis désolé.
'''Christophe''' : Enfin ça dépend. Sur les vieux modèles des fois il reste de l'énergie dans les condensateurs et ça se rallume quoi.
'''Jeanne''' : Bah écoute moi j'ai absolument besoin de mon aspirateur. C'est comme mon nounours. Donc pour dormir, moi j'ai mon nounours et j'ai mon aspirateur aussi.
'''Gérard''' : Mais Jeanne ? Je voulais te demander, il n'y a pas quelqu'un derrière toi ?
'''Jeanne''' : Euh non.
'''Gérard''' : J'ai l'impression d'entendre du monde.
'''Manu''' : Je ne crois pas que ce soit derrière Jeanne. Je cherche qui c'est.
'''Gérard''' : Non non mais d'accord, c'est pour savoir parce que depuis tout à l'heure on entend du bruit et ça commence à m'énerver là. ''[un soufflement retentit, comme un bruit de pas dans des feuilles mortes]''.
'''Jeanne''' : Oui tu ne m'as pas écouté, tu n'as pas écouté ma réponse.
'''Gérard''' : Non mais là... là j'ai un espèce de soufflement. Je ne sais pas si...
'''PHildar''' : Il y a quelqu'un qui passe le balai là, ce n'est pas possible !
'''Manu''' : Je pense que oui. Qui c'est qui fait le ménage chez lui là ?
'''Ludivine''' : Moi. Je vais débrancher l'aspirateur !
'''Phildar''' : Non elle passe le balai, mais bon si elle passes le balai elle va le faire un peu moins fort.
'''Gérard''' : D'accord. Donc Jeanne tu disais que tu préférais dormir avec ton nounours qu'un aspirateur ?
'''Jeanne''' : Non le contraire ! C'est-à-dire que je dors avec mon nounours tout le temps et j'ai besoin aussi de mon aspirateur.
'''Gérard''' : Mais attends je ne comprends pas là. Tu as besoin de ton nounours plus ton aspirateur pour dormir ? Non mais attends mais là tu as un lit de combien de places alors ?
'''Jeanne''' : Trois places.
'''Gérard''' : Ah tu as un trois places, donc c'est... c'est plus pratique.
'''Jeanne''' : Non parce que j'ai besoin de cet objet quoi. Ça me rassure. Pour moi c'est une sécurité quoi.
'''Ludivine''' : Oui ? Moi non non, je ne dors pas avec mon aspirateur.
'''Gabriela''' : Oui, alors moi j'ai absolument besoin que mon aspirateur soit à côté de mon lit parce que... parce que quand il a... quand il fait des caprices, quand il s'allume tout seul il vibre, donc je suis obligée de faire la mort avec mon aspirateur. Sinon, il veut plus aspirer après, il me fait la tête.
'''Maïté''' : Ouais ben moi non. Je le laisse au placard jusqu'au lendemain.
'''Benjamin''' : Moi perso aussi je m'en fous de mon aspirateur et puis quand bien même il vient à dormir avec moi, je le passe par la fenêtre quoi.
'''Jeanne''', ''[indignée]'' : Ah non c'est pas d'accord !
''' ''' : Non Jeanne s'il te plaît.
'''Alberto''' : Gérard c'est Alberto. OK ben moi je dors avec mon aspirateur c'est clair, non seulement pour me satisfaire mais aussi à cause des acariens quoi. Parce que souvent la nuit je suis réveillé par les acariens sur mon lit.
'''Gérard''' : D'accord. Moi je peux vous dire une chose : que je préfère dormir avec une femme que dormir avec un aspirateur parce que je m'en vois mal avec un aspirateur dans mon lit.
'''Phildar''' : À mon avis il y a des aspirateurs qui font beaucoup plus de trucs que certaines nanas hein.
'''Gérard''' : Ah ouais non mais moi pour l'instant j'ai pas à me plaindre. Yann il veut toujours pas raccrocher son Minitel.
'''Phildar''' : Bah je sais pas. Par contre j'ai une question Minitel. Je sais plus qui voulait savoir ça, mais il voulait savoir comment tu passes l'aspirateur... Dans quelle tenue tu passes l'aspirateur ?
'''Gérard''' : Moi je le passe en... Ah oui c'est vrai ! Non non mais attendez c'est vrai que j'ai... c'est vrai tu fais bien de poser cette question parce que j'ai pas répondu quand même à la question numéro 2 : combien de fois passez-vous l'aspirateur chez vous ? Donc normalement moi je le passe que le week-end. Et quand je le passe c'est en short. Ah oui je me mets en short chez moi.
'''Phildar''' : En tongs aussi non ?
'''Gérard''' : Ouais ouais ouais. En tongs et en short. Je me mets en short et en tongs hein.
'''Manu''' : Torse-nu ?
'''Benjamin''' : Bah sinon c'est pas bien passé hein.
'''Gérard''' : Ah bah peut-être mais...
'''Alberto''' : Mais Gérard c'est Alberto t'as rien compris là !
'''Gérard''' : Quoi ? Non mais attends je vous ai pas répondu à la question alors Alberto commence pas à me dire que j'ai pas compris d'accord ?
'''Alberto''' : Ben si tu me sors la 2 ça n'a rien à voir avec le débat !
'''Gérard''' : Oui mais parce que j'ai pas répondu à la question numéro 2 d'accord ? Alors Alberto si ça te plaît pas tu vas sortir !
'''Alberto''' : Ouais mais je vais pas tarder de toute façon hein.
'''Gabriela''' : Mais Gérard sois pas agressif comme ça hein !
'''Alberto''' : Gérard le souci c'est que tu gueules tout le temps Gérard ! Même quandle débat est calme, tu gueules quand même !
'''Benjamin''' : Non mais n'énerve pas Gérard parce que sinon on va pas s'en sortir.
'''Gérard''' : Non Alberto je réponds à la question numéro 2 parce que j'avais pas répondu d'accord ?
'''Phildar''' : Et en même temps il a répondu à la mienne comme ça tout le monde est content !
'''Alberto''' : Parfait merci merci tout le monde.
'''Gérard''' : Donc moi je peux vous dire que... Non je n'ai jamais dormi à côté d'un aspirateur. Alors maintenant la question... Là ça va commencer à être chaud.
'''Jeanne''' : Excuse-moi, c'est Jeanne. Excuse-moi, je voulais te poser juste une petite question. Si tu permets, merci. Je voulais savoir, mais quand... Souviens-toi quand tu dormais seul dans ton lit. Avec quoi tu te consolais ?
'''Gabriela''' : Avec un aspirateur à queue.
'''Ludivine''' : Avec un coton tige dans le ...
'''Gérard''' : Oh, ça commence à bien faire. Oh, Ludivine !
'''Manu''' : Non, c'est elle qui a dit ça.
'''Gérard''' : C'est toi qui a dit ça ?
'''Manu''' : Non mais ça y est, elle est partie.
'''Gérard''' : Voilà, c'est bien. Alors donc, la question que Gabriella attendait... Même Jeanne, je pense que là, on va s'amuser. Alors, vous me laissez poser la question ? Alors, faites-vous l'amour avec votre aspirateur ? Alors, on va demander à Alberto...
'''Christophe''' : Attends c'est Christophe.
'''Gérard''' : Non, c'est Alberto. Je demande à Alberto. Je demande pas à Christophe, mais je demande à Alberto.
'''Christophe''' : Non mais j'ai une question, Gérard.
'''Alberto''' : Ouai mais Christophe, c'est à moi de répondre là.
'''Gérard''' : Christophe, s'il te plaît, tu te tais, je demande à Alberto.
'''Alberto''' : Voilà. Eh ben, moi, je t'ai déjà dit, je pratique régulièrement la masturbation à l'aide de mon aspirateur. Mais pas le balai, quoi. Vraiment...
'''Gérard''' : Non mais attends, Alberto, est-ce que t'as compris la question ?
'''Gabriela''' : Bah oui, il l'a compris. C'est toi Gérard qui a pas compris.
'''Gérard''' : Non mais c'est... Faites-vous l'amour avec votre aspirateur.
'''Alberto''' : Toi, tu comprends quoi, en fait ?
'''Gérard''' : Non mais je te demande si tu prends ton aspirateur pour faire l'amour ? Voilà ce que je veux te poser.
'''Gérard''' : Tu remplis le sac. - Oui, tu remplis le sac de sperme, d'accord. Et après ? Tu vas mettre ça dans la foufoune d'une nana ?
'''Alberto''' : Bah après, je débranche, sinon c'est trop dangereux.
'''Benjamin''' : Bah moi, personnellement, mon aspirateur, il y a une sorte d'hélice dedans. Donc si je mets ma queue dedans, je vais me faire broyer. Donc il vaut que j'évite ce genre d'expérience.
'''Gérard''' :Attends, Benjamin ? T'as déjà vu des aspirateurs avec des hélices ?
'''Benjamin''' : Bien sûr, comment fait-il pour aspirer ? Ya des hélices au fond.
'''Gérard''' : Non mais attendez, vous allez me prendre pour un clown, là ? Non mais attendez, mais moi, j'ai jamais vu un aspirateur avec des hélices. Non, non, ça existe pas.
'''Phildar''' : Mais si, mais si, il y a le ventilateur pour le refroidir.
'''Manu''' : À l'intérieur.
'''Gérard''' : Mais non, il n'y a pas de ventilateur.
'''Manu''' : Pour refroidir le moteur.
'''Gérard''' : Dans ces cas-là trouve-moi un aspirateur avec une hélice. Moi, je démonte un aspirateur, il n'y a pas d'hélice.
'''Manu''' : Pour nettoyer les avions, je crois, dans les avions.
'''Gérard''' : Mais non, c'est pas avec des hélices, c'est des hélices des avions, tu veux me dire. Mais ça n'a rien à voir avec l'aspirateur, Manu. Parce que attendez, attendez, je vais répondre à la question à Manu. Mais Manu, si on fait tourner l'hélice, tu ne peux pas faire l'amour, ça va te couper en deux, voyons.
'''Manu''' : Bah justement, c'est pour ça qu'il faut vérifier le modèle d'aspirateur. Sinon, tu peux te blesser.
'''Gérard''' : Mais je ne vois pas le rapport avec... Faites-vous l'amour avec l'aspirateur. L'hélice, c'est pas un objet d'amour.
'''Manu''' : Gérard, je pense que peut-être Christophe qui est vendeur pourra nous répondre.
'''Phildar''' : - Oui, surtout qu'Alberto, c'est un pervers, oui, c'est tout.
'''Christophe ''' : Écoute, moi, Gérard, tout ce que je peux te dire, c'est qu'en tout cas, Manu, il n'a pas forcément tort.. Parce que bon, effectivement, sur les petits Black & Decker qu'on pose sur le mur, là, t'as une hélice, quoi. Mais c'est sûr, c'est plus difficile de faire l'amour avec un Black & Decker qu'avec un Miele. Ça, c'est sûr.
'''Phildar''' : Pas de marque, pas de marque Gérard.
'''Gérard''' : Christophe. Christophe, tu me recites encore une marque, tu dégages.
'''Jeanne''' : Il faut payer Gérard pour la pub. Écoute, je te disais, est-ce que tu peux nous décrire ton aspirateur ?
'''Gérard''' Non, pour l'instant, je ne te décrirai pas l'aspirateur. Tu réponds à la question.
'''Jeanne''' : Tu peux la répéter, s'il te plaît ?
'''Gérard''' : Oh hé, tu commences à me les gonfler, toi.
'''Jeanne''' : Bon, je laisse Alberto répondre à ma place.
'''Gérard''' : Bon, alors, Gabriela, tu réponds.
'''Gabriela''' : Alors, moi, il faut que je fasse impérativement l'amour avec mon aspirateur une fois par semaine parce que j'adore quand il aspire mon clitoris.
'''Gérard''' : Alors, moi, je vais te dire une chose. Je n'arrive pas à comprendre comment tu fais. Explique-moi, tu passes l'aspirateur une fois par semaine est tu fais l'amour une fois par semaine ?
'''Gabriela''' : Je t'explique.
'''Gérard''' : Explique-moi, parce que là, je ne comprends pas.
'''Gabriela''' : Alors, je t'explique. Mon aspirateur, il a des piles, il vibre. Donc, ce qu'il fait, le tuyau, je le rapproche de mon clitoris et ça aspire mon clitoris, ça me fait un cunilingus et je jouis parfaitement bien.
'''Gérard''', ''[hilare]'' : Attends, un cunilingus, tu sais ce que c'est ?
'''Gabriela''', ''[ton vexé]'' : Merci, Gérard.
'''Gérard''' : Tu peux me l'expliquer, parce que moi, je ne m'en souviens plus.
'''Gabriela''' : Et mon cul, tu t'en souviens ?
'''Gérare''' : Ah non, mais moi, je prendrais bien ton cul pour une tasse à café s'il y avait un hanse. ''[applaudissement]''. Hey, j'irais encore plus loin ! Je prendrais bien ton cul pour... Attends, merde, je suis en train de chercher la question... Tu ne prendrais pas mon cul pour du poulet, j'en prendrais bien une cuisse. ''[ovation ironique du studio]''.
'''Benjamin''' : Bien joué maître Capello.
'''Maïté''' : Oui, ça m'arrive, en levrette.
'''Gérard''' : En levrette ? Donc tu te mets à quatre pattes et puis l'aspirateur... Bon d'accord.
'''Jeanne''' : Est-ce qu'on pourrait écouter ce qu'Alberto a à dire ?
'''Gérard''' : Oui ben..., qu'il fasse vite, parce qu'il a déjà répondu. Bon, vas-y, Alberto. Oh Alberto, tu te réveilles s'il te plaît maintenant !
'''Alberto''' : Non, mais je suis là, je suis là.
'''Gérard''' : Bon, tu réponds ?
'''Alberto''' : Réponds, réponds, vous êtes marrant, Manu, il me parlait hors antenne.
'''Gérard''' : Maintenant, tu n'es pas hors antenne, tu es sur l'antenne. Parce que tout à l'heure, tu vas aller hors antenne.
'''Alberto''' : Mais moi, je t'ai déjà répondu, Gérard. Je t'ai dit que je fais l'amour avec mon aspirateur. C'est mon aspirateur, ma compagne. Et voilà, tout simplement. Justement, par rapport aux hélices, je voulais dire tout à l'heure, il faut faire très attention aux aspirateurs de petite taille. Pour ne pas se coincer avec l'hélice.
'''Gérard''' : Mais attends, mais moi, je vais te dire une chose, un aspirateur avec une petite taille, si tu le trouves, avec une grosse foufoune, tu...
'''Phildar''' : D'ailleurs sur Minitel, j'ai un conseil pour ça, si vous avez un petit aspirateur, il faut lui mettre une petite ficelle, parce que si vous le mettez dans la grosse foufoune, au moins, vous pourrez le retirer.
'''Gérard''' : Ouai mais ça c'est un tampax.
'''Jeanne''' : C'est crade ce que vous dites.
'''Gérard''' : Désolé, si ça te plait pas, les questions, si elles sont pas bonnes... Dans ces cas là... Tu vas passer l'aspirateur et tu nous fous la paix, tu vas voir si ton aspirateur il a envie de te prendre en levrette !
'''Christophe''' : Gérard, n'oublie pas que tu as des mineurs, quand même, qui écoutent.
'''Gérard''' : Mais alors ? De tte manière, il est 3H20 du matin...
'''Gabriela''', ''[le ton sévère]'' : Je trouve inadmissible que Gérard ait ces paroles, ce langage si familier...
'''Gérard''' : Qui dit ça ?
'''Gabriela''' : L'arrache kiri.
'''Christophe''' : Moi je dis ça pour toi Gérard, parce que comme t'as déjà reçu une lettre du commissaire, j'aimerais pas que t'en reçois une autre quoi !
'''Gérard''' : Ouais bah c'est bon alors... Êtes-vous pour ou contre la poussière chez vous ?
'''Gabriela''' : Alors moi j'adore la poussière chez moi parce qu'elle caresse mon corps !
'''Gérard''' : D'accord, dis donc... Maïté ?
'''Maïté''' : Moi je suis totalement contre, parce que qui dit poussière dit saleté, qui dit saleté dit acarien, enfin bref, la totale !
'''Jeanne''' : C'est quoi un acarien JG ?
'''Gérard''' : Jeanne, tu réponds comme tu veux jacter.
'''Gabriela''' : Mais il sait pas ce que c'est !
'''Jeanne''' : JG, avant de répondre, je voudrais que tu m'expliques c'est quoi un acarien...
'''Gérard''' : Oh s'il te plait, tu vas commencer par te calmer, c'est moi qui gère mes débats, d'accord ? Alors tu vas déjà répondre à la question, sinon tu vas retourner au standard !
'''Jeanne''' : Est-ce que j'aime la poussière ? Eh ben pas du tout ! Parce que je suis très maniaque et je déteste la poussière ! Je trouve que ça te fait éternuer, et je trouve que la poussière c'est dégueulasse ! Tu vois, ça s'envole partout, t'en as sur tes vêtements, donc il vaut mieux la supprimer avec un bon aspirateur !
'''Christophe''' : Bah écoute, moi pareil, parce que moi je suis contre, parce que je suis allergique, donc c'est pour ça que je vends des aspirateurs !
'''Benjamin''' : Moi chez moi, il y a de la poussière dans tous les sens, j'adore ça, c'est excellent ! Quand il y en a partout, tu bouges tes meubles, ça fait des nuages et tout, tu fais des dessins !
'''Jeanne''' : Non mais dans quel sens?
'''Gérard''' : Non mais attendez, attendez, je vais répondre à Benjamin ! Alors Benjamin, donc tu aimes bien vivre dans un appartement où tu ne fais jamais les poussières ?
'''Benjamin''' : Voilà, exactement !
'''Gérard''' : Mais moi je vais te dire une chose, j'ai horreur de ça ! Ah non mais moi j'ai horreur de vivre dans un appartement où c'est plein de poussière, même chez moi, je peux te dire une chose, je suis assez dur là-dessus, j'aime bien que ça soit propre ! ''[applaudissement de Phildar et bruit d'applaudissements]''.
'''Alberto''' : Gérard, c'est Alberto ! Moi en fait, j'ai un problème, c'est que je n'ai pas de poussière chez moi ! Alors s'il y a des gens qui vendent de la poussière ou quoi, qui peuvent m'en prêter, des gens qui collectionnent de la poussière, je ne sais pas comment on appelle un collectionneur de poussière, tu sais ça Gérard ? Un poussiétorophile
'''Gérard''' : Ouais ! Ok, comme vous voulez ! Donc je pense qu'on va... On se met un disque...
'''Phildar, ''[conseillant]''''' : Ah non, vas-y, vas-y, pose encore une, attends, on a le temps !
'''Jeanne''' : Gégé ? J'ai une question à te poser, s'il te plait ! Donc je voulais savoir comment se forme la poussière, parce que moi je ne connais pas du tout ce phénomène physique, alors explique-moi s'il te plait !
'''Gérard''' : De quoi ?
'''Gabriela''' : Qu'est-ce que la poussière ?
'''Jeanne''' : Bon, Gabriella s'il te plait, merci !
'''Gérard''' : Ouais, oh Jeanne, s'il te plait, tu laisses si Gabriela a l'envie de...
'''Jeanne''' : Non mais je pose à toi la question, pas à Gabriela.
'''Gérard''' : Non mais attends, si Gabriella a envie de me poser une question aussi...
'''Manu''' : Non mais elle coupe la parole, tu dis que tu ne veux pas, donc...
'''Gérard''' : Non, alors vas-y ! Alors vas-y ! La poussière se forme, ben... par l'intermédiaire du vent, c'est tout, tu peux avoir de la poussière chez toi, ou des moutons, n'importe comment !
'''Phildar''' : Tu peux avoir des moutons chez toi, par le vent ? C'est quoi des moutons, Gérard ? C'est des animaux ?
'''Gérard''' : Non, c'est des espèces de trucs en peluche, là...
'''Alberto''' : Gérard, c'est Alberto, là !
'''Gérard''' : Ouais Alberto, s'il te plait, on se calme !
'''Alberto''' : Je voulais t'expliquer ce qu'est la poussière !
'''Gérard''' : Non mais c'est bon ! C'est bon, ça y est, ça y est, ça y est ! Bon ben c'est bon, fariez-vous une teuf avec votre aspirateur !
'''Alboerto''' :Gérard, c'est Alberto encore !
'''Gérard''' : Alors toi, Alberto, tu commences à me gonfler sérieux, toi ! Ouais, tu me casses les couilles ! Et encore, je suis poli !
'''Alboerto''' : Ok, je te remercie. Alors moi, c'était par rapport à la création de la poussière. Comme je t'expliquais tout à l'heure, en fait, c'est des acariens...
'''Gérard''' : Bon, Alberto ! La question, c'est feriez-vous une teuf avec votre aspirateur, ok ? Parce que sinon, tu retournes au standard !
'''Phildar''' : Mais ça veut dire quoi ? C'est que l'aspirateur, il passerait des disques ? C'est ça ?
'''Gérard''' : Non, tu peux prendre ton aspirateur et puis faire une teuf !
'''Alboerto''' : J'ai appris le mix à mon apsirateur, il il mixe vachement bien !
'''Benjamin''' : Bah mon aspirateur, il a un deuxième prénom, c'est Laurent Garnier<ref name="hist19"></ref>, donc si tu veux, dès que je fais une fête, je l'invite et puis...
'''Gérard''' : Eh ben Benjamin ! Tu vas passer voir Manu au standard pour éviter de prononcer des noms, d'accord ?
'''Phildar''' : Il a rien dit, il a prononcé Laurent Garnier ! C'est pas une marque ça.
'''Gérard''' : Bref, feriez-vous une teuf avec votre aspirateur ?
'''Manu''' : Et on accueille Jean-Charles, au passage !
'''Maïté''' : Ouais, donc non, non, pas du tout, mais je ferais bien un petit feu de Saint-Jean, parce que t'as les... les feux d'artifice avec !
'''Gabriela''' : Oui, alors moi, comme mon aspirateur, il me demande de... Quand c'est son anniversaire, en fait, j'invite ses amis aspirateurs à faire la fête, et puis on fait la fête ensemble, et puis on danse, je danse avec mon aspirateur, avec ses amis, et c'est super !
'''Phildar''' : J'ai un message, excusez-moi, sur Minitel, ça cartonne, merci ! Est-ce que vous préférez danser un slow ou un rock avec votre aspirateur ?
'''Gérard''' : Alors attendez, on va demander à chaque... Je reprendrai tout le monde pour la septième ! Donc Alberto, tu peux répondre à la question Minitel, s'il te plaît ?
'''Phildar et Manu''' : Non, il est parti, Alberto ! Il est parti, Alberto ?
'''Benjamin''' : Bah moi, mon aspirateur, vu le bruit qu'il fait, c'est plus hardcore qu'autre chose, donc ouais, moi je veux bien danser du hardcore avec mon aspirateur, pourquoi pas !
'''Gérard''' : Non mais attends, slow ou rock ? Slow ou rock, c'est la question qui a été posée Minitel !
'''Benjamin''' : Rock alors, parce que slow, ça va pas être possible, donc rock !
'''Maïté''' : Ben quand je diminue les watt, ya pas de problème, je mets une perruque sur mon aspirateur et je lui colle une photo et y'a pas de problème !
'''Gabriela''' : Oui, alors moi, je le sers bien contre moi et on danse un slow, on s'embrasse et tout !
'''Jeanne''' : Bah je préfère le rock, parce que ça twist bien !
'''Christophe''' : Bah écoute, moi, plutôt un slow quand même !
s'''JC''' : Pourquoi pas !
'''Gérard''' : Pourquoi pas quoi ?
'''Christophe''' : C'est le titre d'un slow, Gérard !
'''Gérard''' : Non mais, moi je peux... Non mais Jean-Charles, faudrait peut-être que tu te réveilles s'il te plaît !
'''JC''' : C'est-à-dire que je suis réveillé, mais je dis pourquoi pas ! Pourquoi pas danser avec son aspirateur un slow... ?
'''Gérard''' : Ah voilà ! Moi aussi je préfère un slow.
'''Phildar''' : Tu peux embrasser ton aspirateur comme ça.
'''Gérard''' : C'est pas évident hein.
'''Gabriela''' : Gérard je peux te poser une question ?
'''Manu''' : On revient sur la question et on accueille Eddy.
'''Eddy''' : Bonsoir. Moi pour le slow ou le rock ben c'est pourquoi pas hein. Mais le rock
'''Gérard''' : D'accord. Maintenant on revient sur la question donc je la répète pour toi comme tu viens d'arriver. Feriez-vous une teuf avec votre aspirateur ? Alors attends laissez Eddy répondre s'il te plait. Merci.
'''Eddy''' : Ben ça demande pas mal de réflexion parce qu'au point de vue de l'organisation, déjà, faut faire venir les autres aspirateurs et tout, c'est pas évident. Et puis l'électricité, t'imagines le nombre de prises qu'il faut et tout, c'est la lutte.
'''Jeanne''' : Écoute, mio, chaque voisine et chaque voison apporte son aspirateur avec sa musique. Alors il y a techno, rock, slow, tout ça, et puis ben voilà, chacun sa musique, on fait une bonne teuf, ya pas de problème.
'''Christophe''' : Moi généralement, quand je fais une fête avec mon aspirateur, on la fait tous les deux, tranquilles, mais j'évite parce que lui, il tease un max, et surtout il fume. Il fume de tout.
'''JC''' : Moi souvent l'aspirateur me demande de faire des fêtes à la maison, je suis concincé, car comme tout le monde le sait très bien, l'aspirateur est égal à la racine carrée du cubique de trois, et le problème, c'est que je n'arrive absolument pas à trouver des aspirateurs qui soient aussi intelligents voire autant intelligents que le mien.
'''Phildar''' : Tain les intello, dans le débat, ça va pas.
'''Manu''' : Ça casse tout !
'''Phildar''' : Tiens j'ai une autre question sur Minitel de Coyote. Est-ce qu'on peut prendre sa douche avec son aspirateur et pourquoi ?
'''JC''' : Bien sûr !
'''Gérard''' : Alors moi je vais te dire une chose, c'est que prendre une douche avec son aspirateur, s'il est branché, tu te prends du courant.
'''Christophe''' : Avec des cocon-tiges.
'''Gérard''' : Jean-Charles ? C'est toi qui viens de dire coton-tige ?
'''JC''' : Absolument pas Gérard.
'''Gérard''' : Là vous voyez il est trois heures et demi...
'''Manu''' : Gérard c'est pas grave je gère continue.
'''Gérard''' : Alors la huitième question et je pense qu'on va se mettre un disque avant.
'''Jeanne''' : Mais Gérard je peux répondre un truc là ? Je voulais dire à propos du mec à qui a dit on peut prendre une douche avec son aspirateur. Je trouve que c'est vrai. Si c'est un aspirateur à pile, ben il n'y a pas de problème.
'''Eddy''' : Ah oui mais là l'aspirateur est mal traité. Ça ne va pas du tout là.
'''Gabriela''' : Il a bien besoin de se laver l'aspirateur.
'''Gérard''' : Non mais attendez attendez attendez attendez attendez attendez attendez attendez attendez attendez. Non mais attends moi là je suis là on s'éloigne un peu du débat. Bon la question sur Mitel c'était prenez vous une douche avec votre aspirateur. Moi je peux te dire une chose que c'est impossible.
'''Christophe''' : C'est que c'est dangereux quoi. Tu peux t'électrocuter.
'''Gabriela''' : Moi je prends une douche avec mon aspirateur parce que faut bien qu'on le lave de temps en temps. Donc je savonne, je lave le kiki, je lui lave tout... les oreilles... Je lui lave lave bien évidemment les oreilles avec des cotons tiges.
'''Gérard''' : Oui ben Gabriela tu vas te calmer avec les cotons tiges parce que c'est...
'''Gabriela''' : Moi je me lave les oreilles avec des cotons tiges, Gérard.
'''Gérard''' : Oui mais d'accord mais ça on s'en fout d'accord maintenant ? Non mais attendez on est déjà à la huitième question. Personne n'a parlé de Loco, ni de coton tige, ni d'autre. Ce n'est pas Gabriela qui va commencer. Oh s'il te plaît.
'''Gabriela''' : On peut plus parler de propreté alors.
'''Gérard''' : Non mais attendez là il est 3h30. On est à la huitième question. On ne va pas commencer à foirer le débat. Sinon je vais m'énerver. Et en plus...
'''Phildar''' : Jean-Charles deux secondes. Je veux dire que c'est quand même vachement dangereux, quand même, de prendre sa douche avec un aspirateur parce qu'on peut finir comme Frédéric François.
'''Gérard''' : Non Claude François.
'''Phildar''' : Le prochain disque est là. Gérard va vous poser la question. Vous allez réfléchir. On va s'écouter un petit disque.
'''Gérard''' : Alors la prochaine question, la huitième, c'est allez-vous vous marier avec un aspirateur.
'''Manu''' : Gérard, excuse-moi. Avant que tu poses ta question, Ben Guigui. Donc si tu peux la répéter parce qu'on accueille Ben Guigui. Donc si tu peux répéter ta question pour lui.
'''Gérard''' : Allez-vous vous marier avec un aspirateur. Et le balai ce n'est pas mal non plus quand tu fais caca avec des copains. ''[musique]''
Et violà, c'était Le balai ce n'est pas mal non plus quand tu fais caca avec des copains, et vous pouvez toujours nous appeler. Il vous reste encore une petite demi-heure pour nous appeler. Donc 0-803-08-5000 et 0-800-70-5000. Et toujours le 36-15, Code fun radio, rubrique direct. Et on récupère Christophe...
'''Benjamin''' : Et la Belgique ?
'''Gérard''' : Et la Belgique. 0-33-1 47-79-5000.
'''Christophe''' : Ça fait au mions 20 chiffres là, Gérard.
'''Gérard''' : Ouai ben c'est pas grave.
'''Gabriela''' : Gérard, je t'entends mal.
'''Phildar''' : T'as qu'à mieux écouter.
'''JC''' : T'as qu'à retirer tes coton-tiges.
'''Gérard''' : Oh, Gabriela, si tu m'entends mal... Attendez s'il vous plaît. On se calme. On ne va pas foirer les débats. Merci. Donc, Christophe. Benjamin. Maïté. Eddy. Ben Guigui.
'''BGG ''' : Oui, bonsoir, d'ailleurs. 32 ans de Nice. Je fais partie de la SPA, la Société Protechiste des Aspirateurs.
'''Gérard''' : Attends, s'il te plaît Ben Guigui. Oh, Ben Guigui ! Tu te calmes s'il te plaît, merci.
'''BGG''' : Je me présente, on n'a pas eu le temps de parler.
'''Gérard''' : Non, non, mais on dit bonsoir, c'est tout. On cherche pas à savoir si t'es président de la SPA des Aspirateurs ou autre. D'accord ?
'''Christophe''' : Je sens que je vais pas m'entendre avec Ben Guigui.
'''BGG''' : Société Protechiste des Aspirateurs.
'''Gérard''' : Oui, oui, oui. Ben Guigui, si tu commences comme ça, tu vas aller voir Manu au standard, merci. Gabriela ? Ça y est, tu m'entends mieux maintenant ? Jean-Charles ? Et Jeanne, pour finir. Allez-vous vous marier avec un aspirateur ? C'était la question. Donc, on va demander à Christophe.
'''Christophe''' : Ben écoute, question étrange, réponse étrange. Écoute, si l'aspirateur est bien membré, oui.
'''Benjamin''' : Ben si je trouve un aspirateur avec des formes avantageuses, l'aspirateur idéal, ben pourquoi pas. L'aspirateur de ma vie.
'''Maïté ''' : Ben si je flash sur un aspirateur, ça se pourrait bien.
'''Eddy''' : Je crois que le problème, ça va être la robe de mariée, donc on oublie tout de suite.
'''BGG''' : Il y a une petite étude qui a été faite sur les aspirateurs. 72% des aspirateurs souhaitent se marier, 7% divorcent et 20% des aspirateurs ne se prononcent pas. L'aspirateur est un fléau et... vous avez raison pour le mariage. Moi je suis...
''[Jeanne éclate de rire]''
'''Gérard''' : Bon, d'accord. Tu vois, pour l'instant, t'es en train de te faire foutre de toi, mon pote.
'''Gabriela''' : Ben alors écoute, franchement, tu me déçois là, parce que franchement, Gérard, est-ce qu'on se marie avec un aspirateur ?
'''Gérard''' : C'est la question.
'''BGG''' : 72% hein... 72% !
'''Gérard''' : Ben Guigui, s'il te plaît ! Non, mais 72%, pour l'instant, tu laisses parler les autres. D'accord, merci. -
'''BGG''' : Ben oui mais c'est un dialogue, c'est un débat. C'est pas la dictature, c'est pas la Deuxième Guerre Mondiale.
'''Gérard''' : Attends, pour l'instant, tu laisses...
'''JC''' : C'est un peu ça, quand même.
'''Jeanne''' : Un débat, c'est à plusieurs.
'''Christophe''' : Gérard, c'est Christophe, je voudrais bien connaître ta réponse sur cette question.
'''Gérard''' Oui, mais je vais répondre. Gabriel, donc pour toi ?
'''Gabriela''' : Oui, donc je disais que, est-ce que pour toi, on se marie avec un aspirateur ?
'''Gérard''' : Mais justement, je vais répondre après.
'''Gabriela''' : Mais c'est stupide cette question ! Reviens sur terre un peu.
'''Jeanne''' : Mais non, elle est intéressante cette question, qu'est-ce que tu racontes.
'''Gérard''' : Eh Jeanne et Gabriela, vous allez pas vous prendre la tête toutes les deux, parce que sinon, je vais vous calmer, moi. Non mais attends toi, 72%, pour l'instant je suis en train de faire l'arbitre. Alors Jeanne et gabriela, vous allez vous calmer parce que sinon, y'en a une des deux qui va gerber.
'''BGG''' : Vous allez passer sous la douche !
'''Gérard''' : Parce que pour l'instant, j'ai gerbé encore aucune nana, depuis le premier débat.
'''Manu''' : Ludivine.
'''Gérard''' : Oui Ludivine, à part qu'elle a dit une connerie, c'est tout. Mais si vous commencez à vous prendre le chignon..
'''BGG''' : On peut ne pas être d'accord, c'est de la discussion, on ne peut pas toujours être d'accord.
'''Gabriela''' : C'est de la discussion, Gérard.
'''Benjamin''' : Gérard, j'ai une question à te poser. Mais tu me promets de ne pas le prendre mal. Est-ce que tu quitterais Sandy pour un aspirateur ? Non, tu la quitterais pas ? Et qu'est-ce qu'elle a de plus qu'un aspirateur, Sandy ?
'''Jeanne''' : Gérard, je peux répondre ?
'''Gérard''' : Jean-Charles ?
'''JC''', ''[la voix exagérément pédante]'' : Oui, alors bonjour, c'est Jean-Charles.
'''Gérard''' : Bon, c'est bon, Jean-Charles, tu réponds s'il te plaît, parce qu'on a déjà fait... Tu prends ta voix normale, s'il-te-plaît, merci.
'''Phildar''' : C'est un bourge, il habite dans le 16e, il a un aspirateur en or et tout.
'''JC''' : C'est-à-dire que si l'aspirateur aime avaler... je veux bien marier avec lui.
'''Jeanne''' : Ben écoute, Gégé, moi je dis, il y a un critère important pour moi. Pour que je puisse dire oui à l'aspirateur, il faut que son regard me capte. Il faut qu'il ait un regard, mais électrisant quoi. Il faut qu'il y ait une sorte de coup de foudre, une sorte de courant électrique.
'''BGG''' : Il faut savoir que dans la Société Protectrice des Aspirateurs, 20% des aspirateurs ont les yeux bleus.
'''JC''' : Mais ils sont où les yeux sur un aspirateur ?
'''BGG''' : Sous le code-barre.
'''Gérard''' : Bon alors Ben Guigui ! Tu vas commencé par t'écraser, hein, parce que tes sondages, on n'en a rien à foutre des 72% d'aspirateurs qui ont les yeux bleus. Je n'en ai rien à foutre, je n'en ai rien à foutre, je n'en ai rien à foutre.
'''BGG''' : Il y a des aspirateurs qui sont abandonnés sur le bord de la route et qu'on écrase.
'''Gérard''' : Ben Guigui, tu me le sors, merci.
'''Jeanne''' : Gégé ? Gégé ? C'est Jeanne. Je voudrais poser une question à Ben, Guigui : Je voulais te demander, est-ce que les couples qui se marient avec les aspirateurs, est-ce que c'est le premier regard ? Est-ce que c'est ça ?
'''BGG''' : C'est-à-dire qu'en fin de compte, la première fois, c'est très important. La chose qu'il faut quand même savoir, c'est que...
''[Gérard s'agace et s'agite devant sa table, bruyamment]''
'''Jeanne''' : - Qu'est-ce qui détermine le mariage en fin de compte ?
'''BGG''' : C'est très très simple. Ce qu'il faut savoir, c'est qu'entre deux aspirateurs, à partir du moment que ça...
'''Benjamin''' : Que le courant passe...
'''Gérard''' : Bon aller Ben, Guigui, c'est bon. Attendez, attendez, attendez. Là Manu, s'il te plaît, tu me dégages, Ben Guigui, parce que ce coup-là, il n'est même pas... ''[Olivier rentre dans le studio, Gérard le foudroie du regard]''. Non, non, toi tu dégages, tu dégages, tu dégages. Tu dégages Olivier, s'il te plaît. Tu t'en vas.
'''Manu''' : Gérard, Gérard, reprends, reprends, reprends. C'est de la radio quand même, hein Gérard.
'''Gérard''' : Non, non, non, mais c'est bon, Ben Guigui, tu vas au standard. Peut-on regarder "Fantasman" avec... Ben Guigui, s'il te plaît, tu t'en vas, merci.
'''BGG''' : Je n'ai pas répondu à la question de la demoiselle.
'''Manu''' : Ça peut peut-être faire avancer le débat, remarque.
'''Gérard''' : Oui, mais de toute manière, on s'en fout. Oui, mais attends, tu permets, c'est moi qui gère mon débat, d'accord ?
'''BGG''' : Je suis d'accord.
'''Gérard''' : Bon, alors maintenant, tes histoires de sondage, on n'a rien à cirer.
'''BGG''' : Je ne donnais pas des chiffres, je répondais à une question, Gérard.
'''Gérard''' : Oui, mais de toute manière, on s'en fout.
'''BGG''' : Mais non, mais elle me pose une question. Tu lui demandes... tu lui dis d'accord, pose-lui la question et quand je pourrais répondre, tu me dis que je donne des sondages, je donne pas de chiffres.
'''Gérard''' : Non, mais dans ce cas-là... Tu réponds, tu réponds à sa question sans donner de chiffres, c'est tout.
'''BGG''' : Alors, je ne donne pas de chiffres, je voulais simplement dire que donc, par rapport au mariage, si le coup de foudre par rapport à des aspirateurs, c'est effectivement les yeux. Je tenais à dire une chose très importante, c'est que c'est la plupart des...
'''Christophe''' : Pourquoi tu l'as coupé Gérard ?
'''Gérard''' : C'est pas moi qui l'ai coupé,
'''Eddy''' : C'est Manu qui l'a coupé, non ?
'''Manu''' : Non, non, non, c'est pas Manu. C'est peut-être les essais de son, je ne sis pas.
'''Gérard''' : Bon alors : peut-on avoir des fantasmes avec u aspirateur ?
'''BGG''' : Oh ben oui !
'''Gérard''' : Qui, oui ?
'''BGG ''' : Kiwi ou banane. Ce qui est très important, c'est que, dans les fantasmes, effectivement, moi ça m'est déjà arrivé, je me souviens que j'étais avec un aspirateur, et un moment donné j'ai voulu...
'''Gérard''' : Bon Ben Guigui, ce coup-là...
'''Manu''' : Attends, Gérard. Gérard, je l'ai entendu, moi, hein. Regarde ton casque, en bas, là, le... Le machin, ouais.
'''Christophe''' : Gérard, là, elles sont où tes mains, Gérard ? Enlève les mains des boutons.
'''Manu''' : Je sais pas, ça doit venir de ton casque, parce que moi, j'ai entendu.
'''JC''' : Oui, je suis d'accord avec Ben Guigui, qui dit que...
'''Gérard''' : Ben, qu'est-ce qui se passe, là ?
'''Manu''', ''[poursuivant la conversation]'' : Ben, c'est clair, c'est clair.
'''Gérard''' : Non, non, attendez, là, ça commence à bien faire. C'est pas parce que je demande à Olivier qu'il fasse plus partie de l'équipe, qu'il s'amuse derrière, à nous faire le bordel. Non, non, mais attendez, attendez, attendez, attendez, attendez. Je repose la question. Peut-on avoir des fantasmes... Peut-on avoir des fantasmes avec un aspirateur ? On va demander à Christophe.
'''Christophe''' : Ben, écoute, moi, je pense personnellement qu'un jour, ça m'est arrivé de...
'''Gérard''' : Oh, mais qu'est-ce qui se passe, là ? Mais merde, non ! Non, mais... Non, non, attendez, là, ça commence à bien faire.
'''Benjamin''' : Ouais, là, je crois qu'il y en a marre, là.
''[Max rentre dans le studio]''.
'''Max''' : Qu'est-ce qui se passe, Gérard ?
'''Gérard''' : Non, mais tout le monde... Ça fait trois points que quelqu'un parle et qu'on lui coupe la parole. Olivier, tu t'en vas, s'il te plaît, merci. Alors, Christophe... Non, mais c'est pas possible !
'''Christophe''' : Allô, Gérard ? Oui, c'est Christophe. Donc, ben, moi, je te dis, je pense que, ouais, c'est naturel d'avoir des fantasmes envers son aspirateur, quoi.
'''Benjamin''' : Moi, me faire frapper par la prise d'un aspirateur pour qu'il me mette au courant, pourquoi pas.
'''Maïté''' : Moi, quand je me suis lancée dans la cuisine, j'ai eu besoin de l'aspirateur et au fil des années, je me suis rendue compe que ça pouvait servir à bien d'autres choses que la première fonction de l'aspirateur, qui est d'aspirer.
'''Gérard''' : Oh là, là... Là, j'ai mal compris...
'''Christophe''' : Parce qu'elle parlait en verlan, Gérard.
'''Gérard''' : Non, non, mais même, j'ai mal compris parce qu'il y a eu des coupures entre deux, c'est pas grave. Eddy ? Eddy ?
'''Eddy''' : Oui, j'étais sur une île déserte avec mon aspirateur. Et donc, c'était formidable.
'''BGG''' : Oui, moi aussi, j'ai eu un fantasme, c'est effectivement d'être avec une partouze d'aspirateurs. J'avais donc trois aspirateurs dans le cul et qui m'aspiraient le zizi. Et à ce moment-là, l'aspirateur me dit que c'était...
'''Gérard''' : Bon, d'accord. Alors, là, Ben Guigui, c'est même plus la peine. Allez, hop, ce coup-là, tu peux...
'''Manu''' : C'est pas lui, Gérard.
'''Eddy''' : C'est pas Ben Guigui ! Attends, il a raison. Moi, j'ai compris la fin de son truc.
'''Gérard''' : Non, mais moi, j'ai pas compris.
'''BGG''' : ...ils m'ont dit, ben d'accord, si tu veux, on t'e... Ouais, et donc, je me suis retrouvé...
'''Gérard''' : Non, là, c'est pas mon casque. Non, non, ça vient pas de mon casque. Non, non, là, c'est lui. Non, là, c'est lui, tu vois. Alors là, c'est même plus la peine. Bon, Gabriela, Gabriela, Gabriela.
'''Gabriale''' : Oui, alors moi, en fait mon fantasme est de...
'''Gérard''' : Oh, mais c'est pas possible ! Qu'est-ce qui se passe, Manu ? ''[les auditeurs se parlent come si Gabriela avait fini sa phrase, elle finit par reprendre à la demande de Gérard]''
'''Gabriela''' : Moi, mon fantasme est de faire l'amour avec deux aspirateurs et faire la double pénétration avec.
'''JC''', ''[voix exagérément pédante]'' : Oui, mio, Jean-Charles...
'''Gérard''' : Non mais tio tu vas prendre ta voix normale comme tout à l'heure ou sinon tu vas gerber ce coup-là !
'''Christophe''' : Lui, il habite pas à Suresnes, ça c'est sûr.
'''Jeanne''' : Oui, écoute, Gégé, moi, je te dis que... Moi, je te dis qu'en fait, l'aspirateur, ça fait partie des fantasmes de l'humain. Donc, à travers les temps, les âges...
'''BGG''' : C'est vrai pour 42 % des gens.
'''Jeanne''' : Donc, au fait, à travers les temps, la nuit des âges, l'aspirateur a... a eu une fonction dans les fantasmes de l'homme.
'''BGG''' : Oui, pour 42 % des gens, oui.
'''Gérard''' : Bon, ça y est, c'est bon, on a fait le tour.
'''Maïté''' : Gérard, c'est Maïté. J'aimerais poser une question, vite fait. J'aimerais savoir si tu donnes un petit nom à ton aspirateur. Et est-ce que tu fais l'amour avec ton aspirateur ? Est-ce que tu as des fantasmes ?
'''Eddy''' : Est-ce que tu as un aspirateur ?
'''Christophe''' : T'en as combien ?
'''Gérard''' : J'en ai un, je l'ai dit... Non, mais ça y est. J'ai déjà dit combien de fois que je passais l'aspirateur chez moi, d'accord ?
'''Eddy''' : Pourquoi il ne parle jamais, ton aspirateur ?
'''Gérard''' : Parce qu'il ne parle pas, c'est tout, abruti. Bon, ça y est, c'est tout, allez hop ! Votre aspirateur est-il un fidèle ami ?
'''Jeanne''' : Aaaah ! Question très intéressante !
'''BGG''' : Mais c'est débile !
'''Gérard''' : Bon, qui c'est qui n'est pas content, là ? ''[Chaque auditeur répète la question]''.
'''Gabriela''' : Personne. Bon, alors continuons.
'''Jeanne''' : Oui, eh ben écoute, Gérard, très bonne question. Donc, Gégé, je te réponds. Donc, tout à fait, l'aspirateur est un fidèle ami. Parce que tu vois, où que tu sois, que t'es seul dans ta maison, il y aura toujours une compagnie, il y aura toujours l'aaspirateur qui te fera la conversation et qui sera là pour toi.
''[Pendant ce temps, Eddy et BGG échangent sur Jeanne, par des paroles obscènes sur ses pratiques sexuelles]''.
'''Gérard''' : Manu, s'il te plaît, tu me calmes. Tu me calmes ceux qui s'amusent à insulter les gens comme ça, parce que ça commence à bien faire. Il est 4h moins 10. Là, le deuxième débat se passe. Comme le premier, je voudrais pas qu'on commence à foirer, parce qu'il y en a qui s'amusent à insulter les gens quand ils parlent. Ça, c'est un truc que j'ai horreur.
'''Christophe''' : Gérard, c'est Christophe, je peux répondre ?
'''Gérard''' : Pour l'instant, je demande à Gabriela.
'''Gabriela''' : Alors moi mon aspirateur, je peux pas le quitter. Il vient avec moi au travail, il dort avec moi, il se lave avec moi, il mange avec moi, il mange avec moi. C'est mon confident.
'''BGG''' : Moi, je suis très étonné, parce que Gérard, c'est une question qu'on peut se poser, parce que si les femmes sont aussi folles amoureusese de leur aspirateur, en fin de compte, elles font un peu cocu leur mec ou est-ce que leur mec devienne plus leur mec ? Je sais pas, qu'est-ce que t'en penses, Gérard ?
'''Gérard''' : Ça, personnellement, euh... ''[Gabriela essaie d'intervenir]''.
'''Jeanne''', ''[virulente]'' : Non, mais Gabriela, est-ce que tu peux laisser Gérard répondre !
'''Gérard''' : Non, mais attends, pour l'instant... Oh, s'il-vous-plaît, là, Jeanne et Gabriell, vous vous calmez, sinon vous allez vous faire calmer au standard.
'''Gabriela''' : On dialogue Gérard.
'''Gérard''' :Alors vous allez vous faire calmer au standard toutes les deux, ça commence à bien faire depuis tout à l'heure. Merci. Ben Guigui, donc...
'''BGG''' : Qu'est-ce que t'en penses, Gérard ?
'''Gérard''' : Moi, personnellement, je voudrais bien que tu me répètes ta question, parce que...
'''BGG''' : C'est-à-dire que si on entendait les femmes tout à l'heure qui disaient qu'elles mangent avec leur aspirateur, qu'elles faisaient l'amour avec, tout ça... Oui. Donc si, en plus, dans leur vie, elles ont vraiment un mec, en plus de leur aspirateur, est-ce que, quelque part, l'homme, c'est-à-dire leur mec, n'est pas un peu fait cocu à cause de leur aspirateur ?
'''Gérard''' : Personnellement, si, je pense. Je pense.
'''BGG''' : On est d'accord.
'''Jeanne''' : Mais pourquoi cocu ? Pourquoi ?
'''BGG''' : Parce que si vous êtes tout le temps avec votre mec, enfin, si vous êtes tout le temps avec votre aspirateur, vous partez, apparemment, vous allez au travail avec, vous couchez avec, vous faites la course avec, vous êtes plus souvent avec votre aspirateur qu'avec votre mec, et donc, à un moment donné, votre mec, moi, je sais que je serais votre mec, je dirais tiens, je me fais... Je suis cocu par l'aspirateur de ma femme.
'''Gérard''' : D'accord. Non, non, mais attendez, attendez, attendez, mais qui c'est qui n'est pas d'accord ?
'''Gabriela''' : Je suis pas d'accord parce que quand on n'a pas de mec, on a son aspirateur, je suis désolée.
'''Gérard''' : Non, mais attends, attends, Gabriela, moi, je vais te répondre tout de suite clair et net, parce qu'on va demander, quand même, à Eddy, Maïté, Benjamin et Christophe de répondre à la question. Mais je vais te dire une chose, attendez, attendez. Pour l'instant, vous la fermez. Gabriela, là, tu vois, ta question, je ne vois pas, je ne vois pas le rapport.
'''Gabriela''' : Je répondais à une question hein. J'ai répondu à une question.
'''BGG''' : Non, mais là, les filles, zéro, vous ne répondez pas aux questions de Gérard.
'''Gabriela''' : J'ai répondu à ta question.
'''Gérard''' : Ben Guigui, moi, je suis tout à fait d'accord avec ce qu'il a dit. C'est vrai que même si on a un mec, je ne vois pas pourquoi qu'on va prendre un aspirateur, parce que je ne vois pas du tout le rapport.
'''Gabriela''' : Mais si on n'a pas de mec ?
'''Gérard''' : Mais dans ce cas là, il n'y a pas besoin d'un aspirateur pour...
'''Jeanne''' : Je suis d'accord.
'''Gabriela''' : Ben si, sinon on est toute seule.
'''Gérard''' : Mais dans ce cas là, mais des mecs... Mais dans ce cas là, dans ce cas là, si tu n'as pas de mec, tu vas promener ton aspirateur avec toi au boulot. Tu vas pas taper. Non, mais attends, attends, Gabriela, là, tu vas pas t'amuser à taper à la machine à écrire avec ton aspirateur.
'''Gabriela''' : Mais je le pose à côté de moi, t'es bête ou quoi ?
'''Gérard''' : Non, mais attends, mais je ne vois pas. Mais attends, mais dans ce cas là, attends, le patron, tu crois qu'il va accepter ton aspirateur à côté de toi ?
'''BGG ''' : Est-ce que tu le sors un peu en laisse pour lui faire faire pipi à ton aspirateur ?
'''Gérard''' : Bon attends, Jeanne, tu me la poseras après la question, on va demander à Eddy de répondre à la question.
'''Eddy''' : Par rapport à... si je sortais mon animal en fait, parce que c'est un peu mon animal.
'''Gérard''' : Non, votre aspirateur est-il votre fidèle ami ?
'''Eddy''' : Ben oui, il est assez fidèle, oui. Il va pas se balader à droite à gauche, non ça va.
'''Maïté''' : C'est un fidèle ami, c'est clair, tu peut lui raconter tout ce que tu veux. Il répètera pas, lui.
'''Benjamin''' : Pour te répondre à toi Gérard, on peut dire qu'un aspirateur, quand tu lui confies un secret, il ne peut donc pas le répéter. Mais sinon, pour répondre à Ben Guigui, on est en droit de se poser la question, par rapport à ce qu'il a dit, si aspirer, c'est tromper.
'''Christophe''' : Ben écoute, moi il m'a toujours accompagné, mon aspirateur, il m'a jamais quitté, mais bon, moi je dis si une femme a besoin d'un aspirateur, à la limite, pourquoi un homme il aurait pas besoin d'une poupée gonflable, truc dans le genre.
'''Gérard''', ''[hilare]'' : Ben oui, ben voilà, mais ça, c'est pas le thème d'un débat. Ça ça va être le thème d'un... ah mais attendez ! Oooooh...
'''Phildar et Manu''', ''[hilares]'' : Gérard a une idée !
'''Gérard''', ''[triomphant]'' : On va faire un débat sur les poupées gonflables, bientôt !
'''Christophe''' : Là, je t'ai fait plaisir, Gérard.
'''Phildar''' : Comme quoi l'aspirateur, ça mène à tout.
'''Gérard''' : Voilà, alors, donc, Jeanne, tu voulais me poser une question ? Jean-Charles... Il est encore là, lui ?
'''Manu''' : Ben oui, je l'ai calmé, il n'a rien dit depuis tout à l'heure, il est sage.
'''Gérard''' : Jean-Charles, s'il te plaît, vite, vite, vite. Il nous reste encore deux questions à poser, alors, Jean Charles, s'il te plaît.
'''JC''' : Eh bien, tout à fait, tout à fait, je suis d'accord.
'''Jeanne''' : Oui, écoute, je voulais savoir une question un peu existentielle. Est-ce que tu penses que l'aspirateur entreacite par rapport à l'homme ?
'''Gérard''' : Bon. Je vois pas le rapport avec, votre aspi... Pensez-vous que c'est bien... Alors ça, c'est une question à Phildar. Je n'aime pas trop celle-là, mais c'est pas grave. Pensez-vous que c'est bien que les... Pensez-vous que c'est bien les gens qui abandonnent leur aspirateur sur le bord de la route ?
'''Jeanne''' : Eh ben écoute, moi, je suis... Je sais pas, je voudrais demander au mec de la SPA...
'''Gérard''' : Non, non, non, non, non. Pour l'instant, tu réponds, s'il te plaît, Jeanne.
'''Jeanne''' : Mais écoute, je suis... Je suis pas d'accord. Je suis pas d'accord parce qu'en fait, l'aspirateur, ça représente quand même quelque chose. C'est ton ami fidèle, donc tu peux pas lui faire ça.
'''Gérard''' : C'est bon, c'est bon, c'est bon. Attendez, attendez. Il me reste encore une question. Je voudrais qu'on accélère. Jean-Charles, s'il te plaît, merci.
'''JC''' : Oui, ben je pense que c'est comme les bébés. Faut les abandonner sur le bord de la route.
'''Gérard''' : D'accord. Alors là, Jean-Charles, tu peux dégager tout de suite. T'auras pas la treizième. Bonne nuit pour toi.
'''Manu''' : À chacun ses idées, Gérard. À chacun son opinion.
'''Gérard''' : Non, non, mais attends. Là, parler des bébés abandonnés sur le bord de la route, c'est pas... Ça, c'est un truc que j'aime pas entendre.<ref name="gege1"></ref> Alors c'est bon pour lui. C'est bon, c'est bon. C'est bon, Jean-Charles. C'est bon. C'est fini pour toi. Gabriela ?
'''Gabriela''' : Oui, alors moi, malheureusement, j'ai déjà perdu mon aspirateur qui s'appelait Jacouillet. J'ai dû l'enterrer et tout, et puis j'étais vraiment très malheureuse. Et là, je l'ai remplacé par mon deuxième aspirateur que j'ai appelé Omuald.
'''BGG''' : Oui, alors justement, alors là, je suis obligé de parler de pourcentage.
'''Gérard''' : Non, non, non, non, tu parles pas de pourcentage. Tu fais vite, s'il te plaît. Il me reste trois minutes. Il reste encore une question. Il reste encore une question. Il reste trois minutes. Tu te dépêches, s'il te plaît. Merci. Non, mais je m'en fous. Tu réponds. Non. Jean, s'il te plaît, tu me laisses. Non. Ben Guigui. Ben Guigui, ça commence. Ben Guigui. Tu me coupes Ben Guigui. Non, non, mais moi, pour l'instant, il me reste encore trois minutes.
'''Ben Guigui''', ''[pendant ce temps]'' : Gérard, juste quatre chiffres. 13%, sur 50 0000 aspirateurs, 2000 sont abandonnés. 13% en hiver. 13% en automne. 32% en été et 30% au printemps. Pourquoi ? Il faut pas abandonner les aspirateurs, mais plutôt les animaux. ''[il raccroche]''.
'''Eddy''' : Alors moi, c'est un peu comme Ben Guigui, mais plus les grands-mères. Je préfèrerais abandonner les grands-mères.
'''Gérard''' : n'importe quoi, toi. Maïté ?
'''Maïté''' : Je trouve ça lamentable d'abandonner son aspirateur sur le bord de la route.
'''BGG''' : C'est comme les enfants qu'on abandonne à la maternité.
'''Eddy''' : Ouais, les grands-mères, c'est pareil. Gérard, s'il vous plaît. Maïté. Oui, je disais que c'était lamentable de l'abandonner sur le bord de la route. Ça se fait pas. C'est comme un animal.
'''Maïté''' : Ça se fait pas, autant le ranger dans sa cave, dans son garage.
'''Benjamin''' : Oui, par la même occasion tu jettes ton chien et ton chat, comme ça, tu fais une économie de laisse.
'''BGG''' : Il y en a qui sont noyés dans la mer. Oui, 30 %, c'est.
'''Gérard''' : Ouais, ben 30 %, t'es un ch'tarbé, toi. Christophe.
'''Christophe''' : Bah moi, en tant que vendeur d'aspirateur, oui, moi, je suis pour qu'on abandonne ses aspirateurs à bord de la route, comme ça, ils vont en acheter d'autres quoi.
'''Gérard''' : Tu crois qu'on viendra t'acheter des aspirateurs en disant des conneries comme ça.
'''Christophe''' : Si on abandonne son aspirateur, forcément, on vient en racheter un autre.
'''Gérard''' : Moi, je pense pas. Donc, la dernière question... ''[Manu fait des signes peu discrets en rappelant qu'il reste deux minutes]''. Emmeneriez-vous votre aspirateur en vacances?
'''Christophe''' : Ça, c'était LA question.
'''Manu''' : C'est la question bonus sortie de nulle part.
'''Gérard''', ''[fier]'' : C'est une question subsidiaire.
'''Phildar''' : Non, il a changé la question. Elle était mieux, c'était pas ça, la question. Non, non, non. C'est pensez-vous...
'''BGG''' : Sur 50 000, il y en a 2000 abandonnés.
'''Gérard''' : Non, non, j'ai fait celle-là.
'''Phildar''' : Non, elle est bidon, cette question. La vraie question, c'était pensez-vous que Gérard manque d'aspiration comme un vieil aspirateur pourri? ''[cris d'approbation des auditeurs]''.
'''Christophe''' : Faut pas changer les questions, gérard.
'''Gérard''' : Mais je fais ce que je veux.
'''BGG''' : Non tu fais pas ce que tu veux.
'''Gérard''' : Attends, si t'es pas content, tu retournes au standard, alors... Bon, allez, allez, allez, vous répondez, c'est terminé, il ne reste plus qu'une minute.
'''BGG''' : Effectivement, nous, on a vraiment l'impression que tu ressembles plutôt à un vieil aspirateur, effectivement tout pourri, avec plein de merde et plein de poussière.
'''Benjamin ''' : Tu t'essouffles dans tous les sens.
'''Eddy''' : En tout cas, t'as dû bien aspirer, vu que t'as plus de dents.
'''Gérard''' : Alors, là, tu peux... Là, tu... Qui c'est qui vient de dire ça?
'''Phildar''' : C'est Ben Guigui.
'''Manu''' : C'est Jean-Charles, je crois. Mais ça y est, je l'ai viré.
'''Jeanne''' : Bah, écoute, à quelle question je réponds, à la tienne ou à l'autre?
'''Gérard''' : Non, non, non, mais allez, allez.
'''Manu''' : Celle que tu veux, mais vite.
'''Gérard''' : Vite, parce que là, c'est terminé.
'''Jeanne''' : Ben écoute, c'est vrai que tu es un vieil aspirateur et tu aspires plus.
'''Gabriela''' : Oui, alors moi, moi, j'amène pas mon aspirateur en vacances. S'il a besoin de se reposer, je lle laisse dans le placard.
'''BGG''' : C'est pas la question.
'''Gérard''' : D'accord. Eddy? Allez, non, non, mais je m'en fous, moi. Vous répondez aux deux questions, c'est tout. Bon, allez, bon, ça y est... ''[tout le monde parle en même temps, entraîné par l'excitation de Gérard sous la pression du temps.
'''Phildar''' : On va faire la conclusion, Gérard, parce qu'ils ont l'air un peu excités et toi aussi.
'''Gérard''' : Ouais, je vois. Alors, conclusion du débat, donc.
'''Christophe''' : Ben, ouais, alors, c'est Christophe, je fais ma conclusion. Ben, moi, je pense qu'effectivement, je crois que tu peux marquer ce jour-là d'une pierre blanche, parce qu'on a vraiment, c'était deux super débats. Et donc, quand même, une petite conclusion, ce qui est sûr, c'est que bon, ça, là, je me fais plaisir. Tu n'auras jamais une bite aussi longue qu'un tuyau d'aspirateur.
'''Gérard''' : D'accord, OK. Benjamin, pour toi, pour finir, la conclusion.
''Eddy ''' : Je vais la faire en même temps que lui, comme ça, ça ira plus vite.
'''Gérard''' : Non, vous vous calmez.
'''Benjamin''' : Alors, la conclusion du premier débat, j'étais là, donc je vais dire pareil que pour le deuxième débat, donc, pareil.
'''Gérard''' : Donc, pareil que sur le premier ?
'''Benjamin''' : Voilà.
'''Maïté''' : Ben, pour la conclusion, je dirais que... les débats sont mieux qu'avant et que... et vive les aspirateurs !
'''Eddy''' : Moi, la conclusion du débat, j'ai trouvé ça pas mal pour une fois. C'est vrai que ça a un peu changé. Je suis assez fier de toi. Je crois que dans les statistiques, ça se verra.
'''BGG''' : Moi, j'ai été ravi quand même, parce qu'effectivement, le débat s'est bien passé. Je vais juste donner l'adresse de la société protectrice des aspirateurs. Alors 37 rue des Handicapés.
'''Gérard''', ''[tentant de couvrir la voix de BGG]'' : Non, non, c'est bon, tu ne donneras pas d'adresse. Manu, s'il te plaît. Merci.
'''Gabriela''' : Alors, moi, je trouve que le débat s'est très, très bien passé, les deux débats, et je suis très contente que ça se soit bien passé, et puis voilà, salut.
'''Jeanne''' : Eh ben, écoute, débat fort intéressant, questions très bien, et c'était très important de parler des aspirateurs, parce que ça va être le compagnon de la femme du futur.
'''Gérard''' : D'accord. Moi, je peux vous dire une chose, je pense que ce qu'on avait discuté mardi lors de la petite réunion avec Max, Phildar et Manu, je pense que ça a... Ça a porté ses fruits.
'''Phildar''' : T'es content, chef, de nous? T'es content, chef?
'''Manu''' : C'était bien.
''[Max rentre dans le studio]''.
'''Gérard''' : Pour une fois, ça s'est bien passé, les deux dé"bats se sont super bien passés, donc j'espère que la semaine prochaine, ça sera autant.
'''Max''' : Tu peux remercier Phildar et Manu, quand même.
'''Gérard''' : Enfin, vous avez quand même fait des efforts, c'est vrai. Je reconnais, je reconnais. La semaine prochaine, les deux débats vont porter sur les grandes surpasses et sur les sports automoto. Et là, on va se quitter pour la nuit sans pub avec...
'''Phildar''' : On va leur faire plaisir, quand même.
'''Gérard''' : C'est qui, c'est Marine? Donc Marine pour la nuit sans pub et demain... vous auriez... Vous allez avoir le droit au Best of Techno, parce que Max n'est pas là pour vous faire la libre antenne du soir.
'''Max''' : Mais je serai dans le bus, quand même, en direct.
'''Gérard''' : Il sera en direct dans le bus, en direction de la Belgique. Donc il va faire une teuf là-bas, donc allez-y, nombreux surtout. Comme tout le monde a été calme, vous avez le droit à un petit remix.
== Le débat sur les fantasmes ==
=== Contexte ===
Avec l'amour, on voit bien que Gérard acquiert petit à petit une forme de stabilisation. Bien sûr, on le verra, rien ne sera linéaire, comme toute la vie de Gérard. Mais pour quelques courtes semaines, la stabilité s'installe, l'amour lui donne la force dont il a besoin pour rester solide face à ses démons.
Il reste, dans un tel état, une personnalité importante de l'émission de Max. Ce débt en est une illustration. Au lieu de le faire venir le jeudi, comme prévu, Max le rappelle dès ce lundi 23 février, premier jour de vacances scolaires. Dans une radio libre nocturne très tardive, il lance le sketch de l'imitateur de Gérard qui avait été initié mi-novembre 1997. L'effet est immédiat et Gérard, pour prouver que son imitateur est un faux, se déplace dans les studios. Quitte à être présent, Max lui offre une heure d'antenne, en sa présence, pour un débat improvisé sur les fantasmes. À moment exceptionnel, dispositif exceptionnel : si on retrouve quelques habituels comme Tony ou Rita, il est intéressant de remarquer que de nouveaux auditeurs font partie, et ce sera presque leur seule émission, des débats. L'histoire ne dit pas si ce sont des gens authentiques ou des membres de la radio.
Ce débat, rompant la régularité hebdomadaire, est un bon témoignage de l'importance qu'a cet animateur pour Max.
Sur le fond, on revient dans les thèmes de prédilection de Gérard, même s'il n'en maîtrise rien, par naïveté et pudeur. Au fond, le thème ne le met d'ailleurs pas très à l'aise quand il doit parler de lui, et il manque beaucoup d'inspiration. Sur la fin, c'est Phildar lui-même qui a écrit les questions pour Gérard, au fil de l'eau.
=== Les personnages ===
* Franck Bargine : Max
* Gérard, Manu, Phildar
* Rita : Marie
* Tony Morestin : Pierre
* Benoît (idem que Christophe la semaine dernière)
* Goldo : Gabriel
* Olviier BOUCHET : Olivier de la pro
=== Transcription ===
'''Max''' : Débat donc sur les fantasmes, ce soir, cette nuit. On va accueillir les auditeurs, gérard. Est-ce qu'on peut avoir les âges d'abord ? Pierre, tu as quel âge ?
'''Pierre''' : 28
'''Max''' : D'accord. Comment elle s'appelle ? Adélaïde ?
'''Manu''' : Adeline
'''Max''' : Adeline, quel âge as-tu ?
'''Adeline''' : 18 ans
'''Max''' : 18 ans, très bien. Qui il yh a d'autre ?
'''Gérard''' : Marie ?
'''Marie''' : Bonsoir, 20 ans
'''Gérard''' : Mathieu ?
'''Mathieu''' : Salut Gégé, salut Max, 18 ans
'''Gérard''' : Benoît ?
'''Benoît''' : Salut Gégé, 23 ans
'''Gérard''' : Maïva
'''Maëva''' : Oui, 19 ans, bonsoir
'''Gérard''' : Alors donc, on fait un débat sur les fantasmes. Alors, quel est votre... Quel est votre fantasme préféré ? Alors on va demander, ben allez-y... Benoît
'''Benoît''' : Ouais. Ben moi je trouve que c'est dans l'eau que c'est le plus agréable quoi.
'''Gérard''' : Ben dans quel sens ?
'''Benoît''' : Ben dans le sens où, enfin mon fantasme, moi mon fantasme c'est de faire ça dans l'eau. Dans la mer, dans l'océan, c'est super quoi.
'''Gérard''' : Même dans une piscine ? Dans une piscine, sous une douche, dans une baignoire ?
'''Benoît''' : Ouais, dans une baignoire, ouais mais ça c'est trop commun ça. Tu vois, un océan c'est un peu différent quoi. La piscine c'est beaucoup plus dur parce que t'as toujours trop de monde. Mais moi l'océan ça me plaît bien quoi.
'''Pierre''' : Parce que le chlore ça irrite les boules.
'''Benoît''' : Bah ouais c'est pour ça que je prends pas la piscine quoi. Voilà, le gros sel est beaucoup mieux.
'''Maëva''' : Moi je serais de mettre de la crème qu'il y a dans les Bueno sur le corps de mon mec et de le lécher.
'''Benoît''' : Moi je préfère la confiture Bonne maman, c'est plus sympa.
'''Mathieu''' : Nutella, Nutella.
'''Gérard''' : Ouais mais attends, Kinder Bueno c'est déjà tout enveloppé.
'''Maëva''' : Mais non mais à l'intérieur il y a une crème vachement bonne.
'''Gérard''' : Ah ouais !
'''Benoît''' : T'enlèves le papier Gérard.
'''Gérard''' : Ouais, ouais non mais je vois, je vois. C'est comme si tu... Non mais c'est comme si la nana prenait du chocolat puis qu'elle mette sur le gland d'une nana. Du mec.
'''Maëva''' : Mais non parce que la crème a un autre goût.
'''Gérard''' : Bah ouais mais avec du chocolat ou de la vanille ça doit pas être mauvais.
'''Pierre''' : Moi mon fantasme Gégé ça serait de fourrer ma copine avec de la béchamel.
'''Gérard''' : Mais pourquoi pas avec de la mayonnaise ou de la moutarde ?
'''Pierre''' : Ouai non, ça pique après j'ai les lèvés jersés.
'''Benoît''' : Non non la mayonnaise, ketchup. La mayonnaise mais si tu vois les femmes ont déjà des oeufs un peu. Donc avec de la mayonnaise...
'''Pierre''' : C'est pas des oeufs c'est des ovaires on me la fait pas.
'''Marie''' : Oui et ben moi mon fantasme ce serait d'enduire mon mec avec de... La crème de cacahuètes.
''Max ''' : Ton vrai fantasme Marie ce serait pas par exemple d'avoir une véritable relation sexuelle enfin.
'''Marie''' : Mais Max je t'offre ma virginité à toi seul.
'''Benoît''' : Y'en a qui ont de la chance hein Max tu me donneras la recette.
'''Max''' : Y'en a qui ont de la chance j'ai pas encore vu la gueule.
'''Benoît''' : Attends de voir, attends de voir.
'''Gérard''' : Je vais vous poser une autre question.
'''Pierre''' : Qu'est-ce que tu mets sur Sandy, toi ?
'''Gérard''' : Ah mais ça c'est trop... ça te regarde pas.
'''Max''' : Quel est ton fantasme Gérard toi ?
'''Gérard''' : Moi le mieux c'est avec du chocolat.
'''Mathieu''' : Chocolat blanc ou chocolat noir ?
'''Gérard''' : Non du chocolat normal.
'''Max ''' : Non le caca lui. C'est quand il a le chocolat au bord des lèvres.
'''Benoît''' : Gérard t'as du chocolat au lait, du chocolat noir, t'as différents chocolats.
'''Gérard''' : Mais non mais des Danette que t'achètes. Des trucs de Danette que t'achètes.
'''Max''' : Je pense que Danette normalement ils auraient rien dit. Mais là de savoir que le fantasme de Gégé c'est du Danette. A mon avis Gérard, à mon avis Danette ils vont pas bien le prendre le truc.
'''Benoît''' : Il faut se mettre debout avec Danette non Gérard ?<ref name="hist20"></ref>
''Gérard ''' : Non mais nous on n'a pas besoin d'être debout on se met couché.
'''Pierre''', ''[chantant l'air de la publicié]'' : On se met en levrette pour Danette.
'''Marie''' : Voilà. Je vois que tu es très épanoui sexuellement maintenant.
'''Gérard''' : Ah bah c'est normal.
'''Marie''' : Pourquoi explique moi ?
'''Gérard''' : Bah c'est normal maintenant que j'ai trouvé tous les points faibles de la personne. Et puis qu'elle a trouvé les miens.
'''Benoît''' : T'as trouvé la zone G Gérard ?
'''Gérard''' : Ah bah attends pour l'instant le point G j'ai pas encore trouvé.
'''Benoît''' : Bon bah dis donc c'est quoi ça ? Va falloir te réveiller Gérard, parce que là je sens qu'il y a encore des choses à découvrir.
'''Gérard''' : Non mais attendez. Non mais déjà c'était pas prévu que je vienne. Et puis comme y'en a un qui s'est fait passer pour moi, donc automatiquement j'ai été forcé de venir.
'''Max''' : Non non non c'était pas le faux Gérard.
'''Benoît''' : Gérard c'était toi. ON t'a tout de suite reconnu avec ta petite voix. Avec tes citations « bon ben... » et tout.
'''Gérard''' : La preuve que le gars qui s'est fait passer pour moi...
'''Max''' : Ça n'a rien à voir.
'''Gérard''' : À quelle heure préférez-vous avoir un fantasme ?
'''Benoît''' : Alors moi... Benoît moi ça serait le matin. À la rosée. Parce que c'est là où c'est le plus agréable. Tu sais très bien que les ébats sexuels sont le plus développés le matin. C'est dans une étude.
'''Pierre''' : Et tu roules sur l'herbe dans la rosée c'est ça ?
'''Benoît''' : Voilà tout à fait.
'''Gérard''' : De toute manière il n'y a pas d'heure pour avoir des fantasmes.
'''Mahtieu''' : Il n'y a pas d'heure pour en manger du bâton de berger.<ref name="hist21"</ref>
'''Gérard''' : Ouai mais sans trop citer de nom quand même.
'''Benoît''' : C'est selon une étude statistique de l'INSEE.
'''Gérard''' : Ouais mais on s'en fout de ça.
'''Benoît''' : Attends c'est marqué que 85% des personnes...
'''Gérard''' : Ouais mais c'est bon on va pas s'amuser à. Mais non mais on va pas s'amuser à faire des débats sur des trucs comme ça avec des statistiques. C'est pas de sondage, on s'en fout de ça. Adeline.
'''Adeline''' : Ouais ? Bah moi c'est à partir de 22h.
'''Gérard''' : Ouais jusqu'à ?
'''Benoît''' : Ouais mais attends t'écoutes plus Max là c'est pas normal.
'''Gérard''' : Eh non mais de toute manière il n'y a pas besoin. On peut faire très bien... On peut très bien avoir des fantasmes...
'''Adeline''' : Mon fantasme, ça serait de rencontrer Phildar.
'''Gérard''' : Ouais mais on peut très bien avoir des fantasmes en écoutant Max.
'''Benoît''' : T'en as des fantasmes en écoutant Max ?
'''Gérard''' : Ouais ouais moi je peux te dire... Ah oui je peux te dire une chose que même en regardant la télé, Même en regardant la télé Sandy elle met la main bien placée.
'''Benoît''' : Eh dis donc Gérard Gérard quand t'écoutes Max, est-ce que t'as ta quéquette qui bande ?
'''Gérard''' : Ah bah ça... si ça est avec Sandy oui. Surtout quand j'entends des cochonnes... Quand j'entends des cochonnes à la radio.
'''Pierre''' : Il faut dire que voir le visage de Sandy c'est un contraceptif aussi.
'''Gérard''' : Mais attends toi déjà tu vas te calmer. Marie pour toi alors ?
'''Marie''' : Bah écoute moi c'est au coucher du soleil. Et on peut...
'''Benoît''' : On peut se rejoindre.
'''Gérard''' : Ouais mais y'a pas besoin d'être au coucher du soleil pour avoir des fantasmes.
'''Marie''' : Ouais si moi ça fonctionne comme ça.
'''Benoît''' : C'est hyper bien tu vois t'as un peu... C'est comme une lumière tamisée tu vois. Le soir, t'as le reflet du soleil... Enfin je sais pas t'as jamais fait ça toi je suppose ?
'''Gérard''' : Bah non pour l'instant je sais pas.
'''Marie''' : Gégé, au coucher du soleil c'est un phénomène physique qui se passe. T'as toutes les couleurs qui se rejoignent. Et ça, ça... ça donne un coup à ton cerveau quoi.
'''Max''' : Ecoutez écoutez écoutez chut chut chut. ''[Max émet un authentique pet dans le micro, créant l'hilarité écœurée générale]''.
'''Manu''' : J'espère que la DAT tournait.
'''Max''' : Là vous pouvez archiver c'est un prout en direct live.
'''Manu''' : Dans le best-of.
'''Mathieu''' : Avant de dormir ça détend.
'''Gérard''' : Pourquoi avant de dormir ?
'''Mathieu''' : Comme ça t'as fait B.A.
'''Gérard''' : Ouais mais tu peux... Tu peux le faire... Tu peux le faire en dormant ou au réveil.
'''Mathieu''' : Ah bah ouais les deux ouais. Un petit coup avant de commencer la journée, ça fait du bien aussi.
'''Gérard''' : Et même avant d'aller travailler.
'''Benoît''' : Gérard ? Toi t'as toujours fait ça dans ton lit ou quoi ?
'''Gérard''' : Ah ouais ouais.
'''Benoît''' : Mais change un peu. Fais des choses qui sortent de la réalité quoi. Enfin je sais pas moi, c'est... C'est trop banal ce que tu fais là.
'''Mathieu''' : Mais non les bras c'est la zone souvenir.
''' ''' : Faut la faire sortir du lit, aussi, la Sandy.
'''Benoît''' : Fais ça dans un zoo ou truc comme ça quoi. T'imagines ça avec des singes ?
'''Gérard''' : Ah ouais bah avec les singes dans un zoo, moi je veux bien hein. Si tu m'invites.
'''Benoît''' : Bah voilà tu vois. Y'a plein de choses à faire. T'imagines avec un ours ?
'''Marie''' : Gérard ? Y'a un truc que j'ai pas compris, c'est pourquoi dans un zoo. Est-ce que c'est les animaux qui font un effet ou.
'''Benoît''' : Mais justement oui. Avec Sandy et Gérard, le zoo marcherait quoi. T'imagines la reproduction à travers les grilles ?
'''Mathieu''' : Ouais, phénomène de foire.
'''Benoît''' : Bah c'est clair. C'est tout un programme.
''[Gérard se fait perturber par une double voix, en écho, dans son casque, et il entend mal les auditeurs, avant de finir par donner la parole à Maëva]''.
'''Maëva''' : Bah y'a pas d'heure pour en avoir. Bah je sais pas, ça arrive n'importe quand. Je vais pas me dire : « Tiens tous les matins à 6h, je vais en avoir un.
'''Marie''' : Moi je pense qu'en fait, c'est vrai en fait. Un fantasme, tu l'as quand tu veux. C'est quand tes hormones sont en ébullition... Bah voilà quoi. C'est bon.
'''Maëva''' : Sauf le jeudi de 1-3h.
'''Phildar''' : Et toi les fantasmes, tu préfères à quelle heure ?
'''Gérard''' : Moi y'a pas d'heure, c'est toute la nuit.
'''Pierre''' :À quelle heure il passe le facteur ?
'''Gérard''' : Mais toi, fais gaffe. Ouais bah toi, tu vas aller voir Phildar au standard. Ça va t'apprendre ee parler des... ''[Olivier rentre dans le studio]'' Non non. Toi tu sors. Tu fais plus partie de l'équipe. ''[Gérard se lève pour le pousser physiquement vers la sortie]''
'''Manu''' : Jérard. Jérard. Jérard ! Devant ton micro, va t'asseoir.
'''Gérard''' : Est-ce que les fantasmes devraient être interdits par la loi ? Si oui lesquels ? Oh Marie. Attendez attendez. Marie comme tu rigoles cComme une vieille taupe, alors vas-y.
'''Maëva''' : Les taupes ne rient pas.
'''Gérard''' : Ah les taupes elles rigolent pas ? Bref, Marie.
'''Marie''' : Bah écoute, il y a plusieurs lois qui rentrent en vigueur... En fait ça dépend des... Ça dépend du code pénal quoi.
'''Gérard''' : Qu'est-ce que t'entends par là ?
'''Marie''' : C'est-à-dire que t'as certaines lois qui interdisent les fantasmes à certains...
'''Gérard''' : aAtendez... attends Marie, il y a Manu qui se marre là comme un perdu...
'''Manu''' : Non c'est parce que j'ai vu un truc sur minitel. T'es sûr que tu veux que je le lis, Gérard ? Mon fantasme : serrer les couilles de Gégé dans un étau pendant que Sandy, déguisée en oiseau, lui picore les pépites de caca prises dans les poils de son cul.
'''Phildar''', ''[pendant que Gérard rit à gorge déployée]'' : C'est tellement vrai.
'''Benoît''' : Ouais je peux répondre à ta question ? Ben selon l'article 395.1 du code pénal, nous avons une interdiction des rapports sexuels et des fantasmes selon une période donnée. Qu'est-ce que t'en penses Gérard, de tout ça ?
'''Gérard''' : Oh là, mais je vais te dire, moi je m'en fous des codes pénals, moi je fais l'amour quand je veux puis c'est tout.
''[nouveau sketch des auditeurs qui n'entendent plus Gérard]''.
'''Marie''' : Bah écoute, je te disais, ça dépend il y a certaines lois qui interdisent les fantasmes à certaines périodes et il y en a d'autres... libre à vous de faire ce que vous voulez quoi.
'''Maëva''' : Ah bah moi, je pense, comme les autres étant donné que l'article stipule toutes ces choses, on le suit hein.
'''Pierre''' : Moi c'est Pierre, j'ai répondu à aucune question.
'''Gérard''' : Bah vas-y, tu vas répondre.
'''Pierre''' : Donc moi, mon fantasme, ouais, c'est un jour avec deux filles. Deux illes mais le soir plutôt, ouais, le soir, voilà. Et puis bah, n'importe quelle heure aussi, ouais.
'''Benoît''' : Mais où ? Dans quel lieu aussi ?
'''Pierre''' : Bah j'aime bien mon lit, moi.
'''Benoît''' : Faut éviter les cabines, surtout à Suresnes, c'est pas le bon plan pareil.
'''Marie''' : GG, je voulais te demander un truc s'il te plaît. Je voulais savoir : est-ce que toi, t'es d'accord avec ces nouvelles lois-là qu'ils font, là ?
'''Benoît''' : Ouais, l'article 384-1 du code pénal.
'''Manu''', ''[à voix basse mais micro allumé et parlant distinctement]'' : Allô maman ? Ouai. Je vais rentrer plus tard, il y a un débat de Gérard, ce soir...
'''Gérard''' : Non, mais c'est bon, Manu ! Tu passeras tes coups de fil perso plus tard !
'''Manu''' : Je t'embrasse, hein ! Pardon, c'était ma mère.
'''Benoît''' : C'est dégueulasse ! Bon eh, Gérard, c'est dégueulasse, Manu il est avec sa mère !
'''Manu''' : Attends, bah oui, j'habite chez ma mère, il y a un problème ?
'''Benoît''' : Bah voilà, exactement, il a le droit de parler avec sa mère ! Eh Gérard, c'était un peu mal...
'''Phildar''' : Il a le droit d'avoir ce fantasme-là, merde !
'''Benoît''' : Voilà. Non mais c'est vrai, l'inceste c'est hyper important aussi, hein Gérard.
'''Pierre''' : T'habites chez tes parents, Manu ?
'''Pierre''' : Oui, tout à fait.
'''Pierre''' : C'est pas ce que tu m'as dit ! Toutes ces promesses que tu m'as faites, salaud !
'''Gérard''' : Pensez-vous que l'on peut avoir des mêmes...
'''Marie''' : Mais Gérard, t'as pas répondu à ma question ! Euh, t'es d'accord avec toutes les lois, toutes les lois pardon qui viennent d'être votées, qui interdisent les fantasmes ?
'''Gérard''' : Bah moi non... mais non, mais de toute manière pour l'instant moi j'ai pas entendu...
'''Pierre''' : Tu penses vraiment que Clinton il s'est s'est fait sucer ?<ref name="hist22"></ref>
'''Gérard''' : Non, mais ça je parle pas politique, tu vois.
'''Benoît''' : Il s'est fait su... par Saddam Hussein, mais bon.
'''Gérard''' : Non non non, mais ça y est, ça y est, on va pas déborder sur des thèmes bizarroïdes.
'''Marie''' : Gégé, je t'ai dit : est-ce que t'es d'accord avec ces lois qui interdisent à l'homme de fantasmer et pas la femme ?
'''Gérard''' : Non, mais de toute manière y'a pas que la femme ou l'homme, c'est les deux !
'''Benoît''' : Et Gérard, est-ce que tu es au courant que les chiens ont droit de fantasmer ?
'''Mathieu''' : Surtout les pitbulls !
'''Gérard''' : Non non non, ça on va pas s'amuser à déborder sur des trucs bidons. Bon... euh... bon bah les gars, bon, je pense qu'on va s'écouter... Il est vraiment phénoménal ?
'''Phildar''' : Ah non, c'est pas un vrai disque ça ! Tu poses la question déjà, Gérard !
'''Gérard''' : Pensez-vous que l'on peut avoir les mêmes fantasmes en France et en Europe ?
'''Manu''' : Les deux numéros de téléphone ?
'''Manu''' : Donc : 0803 08 5000 et 0800 70 5000. Et toujours le 3615 code Fun Radio, rubrique direct. La Belgique et le 03314979 5000...
'''Phildar''', ''[effronté]'' : Je m'en fous, je ne réponds pas aux Belges !
''[Musique]''.
'''Gérard''' : Voilà c'était PicMol. Vous pouvez toujours nous joindre au...
'''Manu''' : Avec Anarchie dans son froc !
'''Gérard''' : Voilà, donc c'est Manu qui vous le dit... vous pouvez toujours nous appeler au 0803 08 5000 et 0800 70 5000. On récupère Pierre. Adeline. Marie. Mathieu. Benoît. et Maëva.
'''Marie''' : Oui excuse-moi, c'était quoi le disque ? Je n'ai pas entendu...
'''Gérard''' : C'était Anarchie ! Voilà.
'''Manu''' : C'était Sexe Bitmole avec Anarchie dans son froc.
''[sketch du micro coupé]''.
'''Gérard''' : Pensez-vous que l'on peut avoir les mêmes fantasmes en France et en Europe ?
'''Marie''' : Ouais c'est Marie. Ouais je réponds : donc moi, je pense que les fantasmes c'est international, c'est intergalactique. Ça touche toutes les tranches d'âge, les humains, tout le monde, donc il n'y a pas de problème.
'''Ademine''' : Bof... Ils sont libres de faire ce qu'ils veulent tous quoi.
'''Benoît''' : Benoît là...
'''Gérard''' : Attends tu permets ?
'''Benoît''' : C'est bon, si tu ne veux pas me laisser parler moi je raccroche !
'''Gérard''' : Il y a une question minitel...
'''Manu''' : Gaberman sur minitel nous dit : "le Gégé français est scato, le Gégé italien est uro et le Gégé anglais est head fucking.
''[sketch de Gérard inaudible des auditeurs]''.
'''Phildar''', ''[simulant en sacadant ses mots des micro coupures de son micro, trahies par sa respiration sous l'effet des sacades]'' : Donc on accueille à la place de Benoît... Jim !
''[NOuveau sketch de coupure]''.
'''Jim''' : Ouais ouais je t'écoute Gérard. Bah disons que j'ai pas trop entendu vu que j'ai dû baisser la radio, alors tu pourrais me la répéter ?
'''Gérard''' : Pensez-vous que l'on peut avoir les mêmes fantasmes en France et en Europe ?
'''Jim''' : Bah c'est clair que non. Les mentalités sont pas les mêmes. Parce que d'un pays à l'autre ça change quoi, c'est pas du tout pareil. Regarde aux États-Unis, ils n'ont pas du tout la même mentalité qu'en France.
''[Gérard regarde méchamment Manu et scrute du regard le studio, cherchant l'origine du son qui s'est coupé dans son casque. Pendant ce blanc, les autres auditeurs expriment leur désaccord]''.
'''Marie''' : Je suis pas d'accord. Bah écoute, parce que les fantasmes c'est universel hein, ça touche pas à une mentalité particulière, les hommes sont les mêmes. L'humain c'est le même quoi.
'''Gérard''' : Non mais Jim, je voudrais bien qu'il aille au fond de sa pensée !
'''Jim''' : Bah je suis allé au fond de ma pensée, j'ai même touché le bout hein !
'''Pierre''' : Alors ressors !
'''Maëva''' : Ben il est pas loin hein.
'''Jim''' : Je pense quand même pas qu'un Japonais ait les mêmes fantasmes qu'un Français quoi.
'''Phildar''' : mais bon, le Japon c'est pas en Europe hein !
''[Sketch des audityeurs n'entendant pas Gérard]''.
'''Manu''' : Allo les auditeurs c'est Manu là, vous m'entendez ou pas ?
'''Gérard''' : Olivier ça commence à bien faire ton cinéma là !
'''Maëva''' : Manu, c'est quoi ton fantasme ?
'''Manu''' : Mon fantasme ? Ouais bah moi ce serait avec Phildar, mais je peux pas le dire... Non, pas là, il y a des oreilles indiscrètes !
'''Gérard''' : Bon bah c'est bien, moi Max il va pouvoir finir parce que ça va commencer à bien faire avec toi Olivier !
''[Max se place au seuil du studio]''
'''Max''' : C'est pas Olivier, il est parti. Il est parti il y a un quart d'heure c'est pas lui !
'''Gérard''' : Mais comment ça se fait que personne m'entend ?
'''Maëva''' : Mais on t'entend Gérard ! Un petit rendez-vous chez l'orthophoniste ?
'''Gérard''' : Non mais attends Maïva ! T réponds ?
'''Max''' : Voilà ! C'est elle aussi.
'''Maëva''' : Mais moi je le dis depuis tout à l'heure quoi !
'''Max''', ''[au micro]'' : Maïva elle a déjà répondu à la question !Puisque quand tu as parlé... hein Maëva, tu as déjà répondu ?
'''Maëva''' : Oui j'ai déjà répondu !
'''Max''' : Bah c'est toi qui n'entendais pas.
'''Mathieu''' : On a tous répondu et on attend la prochaine question.
'''Marie''' :Non, on attend la réponse de Gégé !
'''Gérard''' : Bah moi de toute manière mes fantasmes... ''[Max réitère le pet]''.
'''Max''', ''[fier]'' : Il fouette ! Ce qui est très rare, un peu qu'il pue et qu'il fait du bruit.
'''Pḧildar''' : C'est normal, ça sent la gitane hein !
'''Gérard''' : Oh putain ça pue dans le studio !
'''Marie''' : Gégé ça te dérange pas cette odeur ?
'''Pierre''' : Il est habitué, il couche avec Sandy !
'''Gérard''' : Eh Pierre tu vas te calmer s'il te plaît maintenant.
'''Pierre''' : Ça y est monsieur se vexe parce que Max lui a pété dans le nez !
'''Gérard''' : Oh tu commences à te calmer toi ! Alors : Pensez-vous que l'on peut acheter des fantasmes à La Redoute ?<ref name="hist23"></ref> Merci Phildar pour la pub ! Maëva ?
''[éclat de rire général des auditeurs]''.
'''Maëva''' : Ah bah je t'ai dit il y en a plein à vendre.
'''Gérard''' : À La Redoute ?
'''Jim''' : T'as jamais regardé La Redoute Gérard ? Plutôt Les Trois Suisses, toi.
'''Gérard''' : Non plus. Jim ?
'''Jim''' : Oui alors. Alors pensez-vous qu'on peut acheter des fantasmes à La Redoute ?
''[Dans le studio, micro ouvert, Manu, Phildar et Max mangent un paquet de ships, machant la pomme de terre croquante devant le micro, ce qui pterutbe gérard]''.
'''Gérard''' : Manu, tu joues à quoi là ?
'''Manu''' : Je mange des gâteaux d'apéritif !
'''Gérard''' : Jim, bon tu réponds, s'il te plaît ?
'''Jim''' : Alors tu vas me répéter la question.
'''Gérard''' : Non tu l'as bien entendue
'''Jim''' : Euh non puisqu'il y a eu du bordel derrière et je ne l'ai pas entendue. Tout à fait. Donc je te saurais gré de t'entendre redire la question. Non mais tu haches à chaque fois ! Si tu haches la question, je l'entendrai jamais.
'''Gérard''' : Bon celui qui s'amuse à mettre de la musique ça commence à bien faire ! Alors Jim ? Pensez-vous que l'on peut acheter des fantasmes à La Redoute ? Merde la musique ! ''[Gérard jette son casque sur la table]''.
'''Manu''' : Gérard remets ton casque !
'''Gérard''', ''[loin du micro, le regard tourné vers Phildar, enflammé]'' : Vous commencez à me faire chier !
'''Manu''' : Ça vient pas de nous, on sait pas d'où ça vient.
'''Gérard''' : Ça commence à bien faire cette musique !
'''Max''', ''[au seuil du studio]'' : Mais calme-toi, je suis toujours obligé de descendre, je suis là-haut !
'''Jim''' : Donc moi je pense que La Redoute n'est peut-être pas l'endroit où on peut acheter des fantasmes. Bah maintenant si tu crois qu'on peut en acheter t'es bien le seul ! Mais non, moi je pense pas qu'on puisse en acheter, non.
'''Mathieu''' : Bah si y'en a entre le rayon bricolage et le rayon strings en cuir.
'''Marie''' : Bah écoute, je pense que ça dépend, ça dépend de la taille des fantasmes.
. Que veux-tu dire par là ? MARIE : Bah ça dépend de la taille des fantasmes !
'''Gérard''' : Je sens que vous allez terminer l'émission avec Max parce que ça commence à bien faire celui qui met de la musique !
'''Jim''' : Gérard là t'assures vraiment bien quoi !
'''Phildar''' : C'est spécial vacances Gérard ! Faut que tu sois là !
'''Ademine''' : Ouais bah moi faudrait me donner les pages parce que j'ai pas encore trouvé quoi !
'''Gérard''' : Ben faudra que tu cherches alors.
'''Mathieu''' : Tu lis peut-être pas la Redoute
'''Adeline''' : Si quand même.
'''Pierre''' : Ouais moi j'ai jamais trouvé de fantasme à La Redoute ! J'ai cherché partout, dans la correspondance et tout.
'''Jim''' : Le rapport qualité-prix est pas génial.
''[Phildar et Manu se regardent et jouent à papier, feuille et ciseau, jeu de devinette de ce que l'autre fait, à haute voix, micro ouvert. Gérard les fusille du regard]''
'''Phildar''' : T'es prêt Manu ?
'''Manu''' : Ouai. 1, 2, 3. ''[Ensemble]'' : ciseaux, égalité. 1 2 3. ''[seul]'' : cidzau.
'''Phildar''' : Feuille. Mais on dérange pas on joue pendant ton débat ! Attends, Gérard, deux secondes, ya la belle là : 1, 2, 3, ceseaux.
'''Manu''' : Pierre, j'ai gagné ! Ouai !!!!
'''Marie''' : Gégé ? T'as pas répondu toi !
'''Gérard''' : Personnellement moi je vais pas chercher mes fantasmes dans un bouquin... un magazine comme ça.
'''Maëva''' : Tu vas les chercher où ?
'''Gérard''' : Nulle part !
'''Mathieu''' : Plutôt à Pygalles ?
'''Adeline''' : C'est sa propre ligne de vêtements chez Handimag.
'''Mathieu''' : Homomag !
'''Gérard''' : Comment ? J'ai mal entendu là ! Ouais c'est bizarre le mec il se casse vite là.
'''Manu''' : J'ai bien entendu, il a dit au Mahamag, c'est un magasin dans Paris.
'''Mathieu''' : C'est 37 Boulevard Victor Hugo
'''Phildar''' : Putain les adresses là Manu !
'''Manu''', ''[à Phildar]'' : Tu coupes là !
'''Phildar''' : C'est toi qui coupes !
'''Mathieu''' : C'est vrai qu'au niveau des adresses, faut faire gaffe.
'''Marie''' : Il a fait de la pub là !
'''Gérard''' : Non non mais c'est pas grave là hein... on va s'écouter...
'''Phildar''' : Gérard, pose la question, ils vont réfléchir.
'''Gérard''' : Pensez-vous qu'il faut appeler Police Secours quand on a un fantasme ? Vous réfléchissez.
'''Manu''' : Les numéros de téléphone, tout ça, Gérard ?
'''Gérard''' : donc : 0803 08 5000 et 0800 70 5000 et toujours 3615 code Funradio, rubrique Direct. On s'écoute les moumoutes vertes !
''[Musique]''.
'''Gérard''' : Donc on récupère Pierre.
''[Ne l'entendant pas, malgré leur mise en onde, les audituers discutent à bâton rompu de football]''.
Putain mais t vas me les calmer Jim et tout ça là ? Bon on récupère Adeline, Marie, Mathieu, Jim et Maëva. Pensez-vous qu'il faut appeler Police Secours quand on a un fantasme ?
'''Maëva''' : Euh oui tout de suite ! Parce que ça peut être très dangereux !
'''Gérard''' : Dans quel sens ?
'''Maëva''' : Dans beaucoup de sens... ça peut engendrer beaucoup de choses, donc dès qu'on en a un faut vite appeler.
'''Jim''' : Euh moi aussi je suis d'accord avec Maïva ! Faut carrément sauter sur le téléphone parce que ça peut devenir vraiment un gros problème quoi. Imagine t'es québlo dans la nana, bah t'appelles Police Secours et ils viennent te déverrouiller quoi ! Ça t'est jamais arrivé avec Sandy ? Bah non c'est tout à fait possible ! Même dans les journaux j'ai lu ça, des mecs qui étaient coincés dans les nanas quoi ! Ou alors un fantasme un mec qui met sa bite dans une bouteille de Coca et qui est coincé ! Dans ce cas-là t'appelles Police Secours ! Mais c'est à ça qu'ils servent, surtout !
'''Pierre''' : Il paraît que t'as fait venir l'armée GG quand t'étais coincé dans Sandy.
'''Gérard''' : Pierre tu dégages ! Alors Adeline pour toi ?
'''Mathieu''' : Trop gourmand Pierrot.
'''Adeline''' : Oh bah si vraiment on en a un gros, oui quoi !
'''Jim''' : Qu'est-ce que t'appelles gros ?
'''Maëva''' : Ben à partir de quand il est gros ?
'''Gérard''' : Tiens Marie, tiens, réponds toi.
'''Manu''' : Elle en a jamais vu Marie !
'''Marie''' : Ben pourquoi tu dis ça ?
'''Gérard''' : Ben vu que t'es pucelle on l'a entendu tout à l'heure !
'''Marie''' : Ben oui, mais alors j'ai des fantasmes hein ! Et gros comme ça GG ! Donc écoute franchement GG, appeler Police Secours ça ne le fait pas quoi... t'imagines ? Non c'est pas possible ! Tu vas casser l'imagination !
'''Jim''' : Ben attends, imagine qu'il y a un petit sapeur-pompier qui arrive chez toi ! Ça ne te fait pas quelque chose ?
'''Mathieu''' : Quand t'as le feu quelque part, faut appeler les pompiers.
'''Mathieu''' : Tout dépend s'il arrive avec sa lance ou pas quoi...
'''Gérard''' : En principe c'est avec une matraque qu'ils arrivent ! Donc y a-t-il une différence entre un fantasme et un orgasme ?
'''Marie''' : Mais Gégé, t'as pas répondu à la question...
'''Gérard''' : Moi personnellement j'appelle personne.
'''Marie''' : Alors t'as jamais eu l'occasion d'appeler Police Secours ? Et tu le ferais pas ?
'''Gérard''' : Non bah parce qu'ils vont se foutre de ta gueule tout de suite !
'''Mathieu''' : Ça, de toute manière, tu t'y attends un peu avant d'appeler.
'''Marie''' : Pourquoi ils se foutront de ma gueule, pourquoi ? GG qu'est-ce que t'en penses toi ?
'''Jim''' : Faut appeler qui alors ?
'''Gérard''' : Non mais dans ces cas-là vous appelez personne c'est tout !
'''Marie''' : Si j'ai envie de les appeler je les appelle !
'''Gérard''' : Je vais te dire une chose : ils vont pas gober déjà et puis tu vas te faire foutre de ta gueule !
'''Mathieu''' : Le mec va arriver dans la piaule il va golri comme un chien !
'''Gérard''' : Tu crois qu'ils vont se déplacer pour ça ?
'''Marie''' : Bah oui hein ! Bah c'est une urgence !
'''Gérard''' : Donc je pose la septième : Y a-t-il une différence entre un fantasme et un orgasme ?
'''Jim''' : Bah non ça finit en "asme" pour tous les deux !
'''Mathieu''' : Déjà au niveau de la rime ça le fait bien.
'''Phildar''' : C'est pas un orgasme, en plus, ce que j'ai noté c'est un anagrasme ! Gérard il sait ce que c'est un anagrasme il pourrait vous expliquer !
'''Gérard''' : Non non non je sais pas ce que c'est tu vois... malheureusement.
'''Mathieu''' : Dans fantasme y'a fanta ouais !
'''Jim''' : Et ça fait des bulles !
'''Gérard''' : C'est comme le Coca.
'''Manu''' : On a dit, pas de pub.
'''Gérard''' : C'est comme des boissons pétillantes. Adeline ?
'''Ademine''' : Bah moi les deux me conviennent très bien.
'''Mathieu''' : Pareil ouais ça me convient très bien.
'''JIM''' : Ouais j'aime bien l'orthographe des deux mots ! Faut reconnaître que ça sonne pas mal. Franchement, quand tu dis ça, ça tape quoi.
'''Maëva''' : OMoi pareil, je suis !
'''Phildar''' : C'est bon je passe. Et en même temps, j'accueille celui qui remplace Pierre c'est Gabriel, 22 ans de Paris.
'''Gérard''' : Bon Gabriel t'as entendu la question ? Y'a-t-il une différence entre un orgasme et un anagrasme ?
'''Gabriel''' : Attends quand même que je vérifie dans le dico ! On est pas aux chiffres et aux lettres<ref name="hist24"></ref>, mais je préfère vérifier.
'''Mathieu''' : Tu veux aller voir le Gros Robert ?
'''Gabriel''' : Euh le Petit Robert ça suffira !
'''Mathieu''' : Ou la Grande Rousse !
'''Marie''' : Gégé je réponds : y'a de la poésie dans tout ça hein et puis je crois que ça sonne bien quoi. Je crois que ça se passe bien, ça pétille de toute part et doit être cool.
'''Gérard''' : Bon ben on va faire la dernière.
'''Marie''' : Mais Gégé tu m'as pas expliqué c'est quoi un anagrasme ?
'''Gérard''' : Je ne sais pas ! Je te le dirai dès que...
'''Gabriel''' : Y'a peut-être pas de définition en fait.
'''Mathieu''' : Ça prend du temps et c'est plutôt chiant c'est vrai.
'''Marie''' : Gégé ? C'est quand la dernière fois que t'as ouvert un dico ?
'''Gérard''' : Ça te regarde pas Marie d'accord ?
'''Manu''' : C'est un fantasme justement pour Gérard d'ouvrir un dico !
'''Gérard''' : Bon alors la dernière : Faut-il coucher pour avoir un fantasme ? Ça sera la dernière question pour ce soir.
'''Mathieu''' : Non c'est gratuit un fantasme !
'''Jim''' : Faut déjà le penser le fantasme tu vois? Faut que ça bouillonne dans ta tête ! T'es pas obligé de passer à l'acte pour avoir un fantasme.
'''Maëva''' : Euh bah moi je suis vierge et j'ai des fantasmes, donc je ne pense pas qu'on soit obligé de coucher.
''[Phildar glisse un papier à Gérard, lequel le lit et crée un blanc de deux secondes, pendant lequel Gabriel propose de parler. Et brusquement :]''.
'''Gérard''', ''[sur le jingle du top horaire]'' : Il est 4 heures c'est Fun et c'est les tubes avec Gérard ! C'est cool !
'''Jim''' : Franchement je te vois bien animateur hein !
'''Gérard''' : Allez c'est bon ?
'''Phildar''' : Excusez-nous les auditeurs hein ! Il était 4 heures donc fallait faire le top horaire et comme c'était Gérard, on n'avait que ça sous la main, on l'a fait avec Gérard.
'''Gérard''' : Bon vous réfléchissez à la question... on va se mettre un petit disque.
'''Manu''' : Ah non pas de disque maintenant hein !
'''Phildar''' : Bon bah ce qu'on va faire... vous réfléchissez... on va refoutre le top horaire parce que c'est quand même un grand moment de radio. Manu mixe !
'''Manu''' : Je vais te dire ouais. ''[il relance le jingle. Gérard ne réagit pas, Phildar et Manu l'encouragent]''.
'''Gérard''' : Allez il est 4 heures et c'est Fun et c'est avec Gérard et c'est cool ! Et on se retrouve juste après.
''[Musique]''.
Et on retrouve Gabreil, Adeline, Marie, Mathieu, Jim. Oh c'est bon celui qui s'amuse à mettre France Info dans le casque ! Alors faut-il coucher pour avoir un fantasme ?
'''Jim''' : Évidemment que non ! Parce que sinon ça casse le truc !
'''Gabriel''' : Ouais ouais je préfère moi les fantasmes plutôt assis ou plutôt même debout carrément debout plutôt que couché.
'''Jim''' : Ou à l'envers aussi !
'''Mathieu''' : Ben les fantasmes c'est dans la tête, donc ça se fait avant de coucher quoi.
'''Adeline''' : Je dis non moi.
'''Marie''' : Bah écoute ça se mijote un fantasme !
'''Jim''' : On dirait Maïté elle, on se croirait dans une émission de cuisine, c'est halucinant.
'''Marie''' : Et pour toi, est-ce que ça se prépare un fantasme ?
'''Gérard''' : Bon bah moi de toute manière je couche pas pour...
'''Marie''' : Ah on entend plus rien !
'''Gérard''' : Non mais je sais pas ce qui se passe, c'est comme tout à l'heure, ya un problème de son.
'''Marie''' : Est-ce que c'est toi qui t'amuses avec les boutons ?
'''Gérard''' : Non c'est pas moi qui est à la réa donc...
'''Manu''' : En tout cas moi j'entends rien dans mon casque, tout est normal Gégé.
'''Marie''' : C'est bizarre Gégé parce que tout le monde entend sauf toi !
'''Jim''' : Gérard quand est-ce que tu fais gagner une voiture dans ton émission ?
'''Mathieu''' : Ah on y vient !
''[Gérard bougonne contre la technique et Manu en particulier]''.
'''Manu''' : Qu'est-ce que j'ai fait moi ?
'''Gérard''' : Manu s'il te plaît ! Ça commence à bien faire ça se voit que c'est les vacances !
'''Manu''' : Mais mène ton débat, je comprends pas, qu'est-ce qu'il se passe ?
'''Jim''' : Il y a du relâchement dans l'air là !
'''Gérard''' : Alors : les fantasmes sont-ils autorisés en Formule 1 ? C'est pas mal parce que les questions, je les refais pas jeudi hein.
'''Gabriel''' : Ça dépend : dans les virages à droite oui, dans les virages à gauche non ! Tout dépend de la voiture aussi !
'''Jim''' : TOut dépend de la voiture aussi. C'est vrai que ça peut changer beaucoup de choses quoi. T'as quoi comme voiture Gérard ?
'''Gérard''' : J'en n'ai pas !
'''Manu''' : Sur minitel on nous dit que en fait les problèmes techniques du son viennent de ton odeur qui fait brouillage !
'''Gérard''' : N'importe quoi ! Tout à l'heure, vous allez continuer moi je vais me casser chez moi, ce coup-là ! Vous allez voir si c'est moi qui vous fais chier.
'''Gabriel''' : Tu parles de fantasme en Formule 1, mais sur la piste ou dans les stands ?
'''Gérard''' : Je demande à Maïva de répondre si elle se réveille !
'''Maëva''' : Non mais je suis là depuis tout à l'heure ! ''[coupure]''. En Formule 1 tout à fait !
'''Gérard''' : Y'en a qui s'amusent à couper les gens ça commence à bien faire !
'''Manu''' : Pourtant, elle a bien répondu, je trouve, c'était clair.
'''Marie''' : C'est bizarre quand Manu arrive ça sent bon et quand Gégé parle...
'''Gérard''' : Bon alors Marie moi je t'emmerde !
'''Manu''' : Oh Gérard un peu de délicatesse et de poésie !
'''Gérard''' : Non mais moi je ferai pas jusqu'à 6h. Parce que là, c'est le vrai bordel, donc ça sert à rien de continuer.
'''Phildar''' : À la place d'Adeline on a Billy !
''[Flottement : Gérard n'entend pas et n'est pas entendu, Billy et les auditeurs réagissent avec légèreté sur le prénom de Billy, Billy boy, Nagano, etc. Quand Gérard interroge Gabriel, c'est le silence. Il menace d'arrêter encore, Max entre dans le studio]''.
'''Gérard''' : Non moi je continue pas là ! Max tu reprends !
'''Max''' : Qu'est-ce qu'il y a ? Stop, faut tout arrêter !
'''Gérard''' : Non tu reprends, moi je continue pas, c'est pas la peine.
'''Max''' : Qu'est-ce qu'il se passe ? J'entends pas, j'ai pas le casque.
''[Les coupures continuent, les invectives envers Olivier puis Manu s'enchaînent, Gérard répète qu'il arrête]''.
'''Manu''' : S'il vous plaît ! Répondez au moins à une question un par un dans le calme. Parce que là, franchement...
'''Marie''' : Putain les mecs vous vous calmez là ou quoi ?
''[Max sort du studio, à la recherche d'Olivier]''.
'''Gérard''' : Gabriel tu réponds s'il te plaît.
'''Gabriel''' : Tu peux répéter la question ?
''[Gérard soupire de frustration]''.
'''Manu''' : On reprend du départ, tu reposes la question et voilà.
'''Gérard''' : : Les fantasmes sont-ils autorisés en Formule 1 ?
'''Gabriel''' : Je pense que non parce que dans une Formule 1 tu peux mettre qu'une seule personne ! Je vois mal comment tu peux zob à deux dans une Formule 1 vu qu'il n'y a qu'une place.
'''Billy''' : Moi je pense qu'en Formule 1 ça va être dur quand même parce qu'à un tout seul à 350 km/h, ça doit être vachement dur de fantasmer. Le mec qui fantasme, il prend le mur, direct.
'''Marie''' : Écoute moi je crois que ça dépend quand même du pays où tu te trouves, parce que ça dépend de l'atmosphère, etc... Ça dépend de l'ambiance du pays, ensuite t'as le modèle de la bagnole...
'''Billy''' : Il y a des courses qui sont plus dangereuses que d'autres.
'''Marie''' : ...Et Gégé je voulais te dire un truc : c'est que Michael Schumacher moi ça me fait vraiment fantasmer !
'''Mathieu''' : Moi je pense que ça va être dur parce qu'il n'y a pas de coffre sur une Formule 1 pour ranger les fantasmes !
'''Jim''' : Moi je pense que c'est assez dangereux à 350 km/h ! Déjà, on peut pas faire deux choses à la fois...
'''Gérard''' : Attends Jim attends 5 minutes ! Il y a une question minitel.
'''Manu''' : C'est pas une question, c'est une remarque, je sais pas si ça va te faire plaisir, mais on nous dit : "oui c'est possible mais uniquement en Mercedes". J'ai pas rajouté sous le pont de l'Alma mais...
'''Gérard''' : Non mais ça je m'en doutais ! De toute manière les débats de jeudi si on s'amuse comme ça, c'est même pas la peine de faire un débat sur Automoto !
'''Phildar''' : Moto crampons ou moto revues...
'''Gérard''' : Non mais je vais trouver autre chose. Donc Jim.
'''Jim''' : Oui donc je te disais que c'était dangereux de faire deux choses à la fois : tu ne peux pas conduire et avoir un orgasme surtout à 350 km/h ! L'erreur n'est pas possible.
'''Gérard''' : Oui d'accord vous voulez parler de l'histoire d'Ayrton Senna, c'est ça ? Oui non mais lui ce n'est pas à 350 qu'il s'est tué ! ''[Olivier apparaît derrière la vitre du studio]''. Hé Olivier je te préviens tu vas arrêter ton bordel ! Ce n'est pas parce que tu ne fais plus partie de l'équipe que tu vas foutre ta merde ! ''[Olivier proteste de la tête]''. Je vais te dire une chose... tout le monde m'entendait pas, à un moment donné, c'est qui t'amuses à faire le con ! ''[Olivier rentre dans le studio]'' Non non c'est bon Olivier !
'''Olivier''' : Tu as dit que je ne faisais plus partie de l'équipe...
'''Gérard''' : ben tu n'as pas à foutre ta merde maintenant d'accord ? Alors préférez-vous les fantasmes avant ou après la coupe du monde de Nagano ? Maëva. ''[silence]''. Voilà, on a encore plus personne.
'''Manu''' : Olivier qu'est-ce que tu fous ? Remets-les !
'''Max''', ''[de loin]'' : Regarde, c'est toi là !
'''Manu''' : Oh merde pardon... c'est moi là !
'''Gérard''' : T'as envie de faire partie de l'équipe ?
'''Manu''' : Ouai, mais là c'est une erreur de ma part, je suis désolé.
'''Gérard''' : De toute manière c'est fini ! Après moi je laisse la place à Max ! Non non, je fais pas de libre antenne jusqu'à 6h. ''[protestations des auditeurs]''
'''Mathieu''', ''[ironique]'' : Si c'est fini, Fun s'arrête.
'''Gérard''' : Moi je ne continue pas jusqu'à 6h !
'''Olivier''', ''[de loin]'' : Tant mieux.
'''Jim''' : Allez il y a la soupe à l'oignon après !
'''Gérard''' : Ouai ben la soupe à l'oignon, moi j'ai envie de dormir, désolé.
'''Billy''' : Tu dormiras plus tard, ça va, tu fous rien de ta journée Gérard.
'''Maëva''' : Moi je pense qu'après les médailles c'est mieux !
'''Gérard''' : Pourquoi ?
'''Jim''' : Tu te sens plus libre. T'as l'esprit complètement dégagé, tu penses plus qu'à ça quoi. Avant il y a quand même l'esprit olympique tu vois c'est plus pareil. Ouais c'est plus sympa quand t'as la médaille et que tu baises après quoi !
'''Mathieu''' : Si tu veux... la coupe du monde là c'est l'orgasme entier quoi ! Au début tu fantasmes, pendant que tu le fais, t'atives et puis après ben... t'es arrivé au bout quoi.
'''Jim''' : En fait la médaille c'est l'éjaculation quoi !
'''Marie''' : Écoute moi je pense après quand même parce que t'es plus relax quoi.
'''Billy''' : Ouais ! Je pense que la coupe du monde de ping-pong à Nagano c'est hyper intéressant pour avoir des orgasmes.
'''Mathieu''' : Quand il y a du brouillard ou de la neige c'est pas évident quand même !
'''Gabriel''' : Ouais mon chou ! À Nagano, tu te trompes parce que le sponsor c'était pas Fantasme, c'était Coca ! Vous faites erreur !
'''Manu''', ''[à voix basse mais micro ouvert]'' : Pas de marque !
'''Gérard''' : Gabriel ?
'''Gérard''' : Oui chéri !
'''Gérard''' : Je suis pas ton chéri d'accord ! T'es prié de pas citer une marque !
''[Pendant ce temps, Phildar chuchotte, micro ouvert]''.
'''Phildar''' :Manu ? Qu'est-ce qu'il a dit comme marque ?
'''Manu''' : Je crois qu'il a dit Fanta, Coca, tout ça...
'''Phildar''' : Putain on avait dit pas les marques ! ''[les deux hommes montent d'un ton en s'échangeant des reproches sur les marques]''
'''Manu''' : Arrêtez de dire Fanta, Coca tout ça c'est lourd ! Faut pas les dire à l'antenne, Fanta et Coca.
''[les deux recommencent, Gérard jette violemment une barre chocolatée sur Manu qui crie de douleur]''.
'''Gérard''', ''[goguenard]'' : L'autre, il vient de se recevoir un...
'''Manu''' : Kinder Bueno sans citer la marque, dans les...
'''Gérard''' : roupettes ! ''[Phildar et Manu reprennent leurs invectives mutuelles sur les marques, à voix basse]''. Bon allez allez ! Je vais laisser la place à Max !
'''Phildar''' : Fais une conclusion Gérard quand même !
'''Gérard''' : On va faire une conclusion. Donc Gabriel, pour toi, qu'est-ce que t'as pensé du mini-débat qu'on devait faire et que je ne devais pas faire ce matin ?
'''Gabirel''' : Franchement le lundi ça ne te va pas du tout ! C'est beaucoup mieux le jeudi.
'''Gérard''' : Bah ouais mais le jeudi c'est normal mais là comme c'est les vacances, Max a voulu insister...
'''Max''' : Je disais que c'est normal que c'est moins bon que le jeudi parce que comme il n'a eu que 4 jours pour décompresser... Faut lui laisser le temps, le temps que les neurones se mettent en action.
'''Phildar''' : Il ne sera jamais prêt pour jeudi alors !
'''Max''' : Ben du coup on l'a mis sur surrégime là. Demain il a une journée hyper chargée ! Je sais pas si tu peux nous en parler, demain c'est quoi ton programme ?
'''Gérard''' : Demain c'est de sauter Sandy ! ''[éclat de rire]''.
'''Manu''' : En parlant de ça, Gérard une dernière question sur minitel : "est-ce vrai que Sandy crache des balles de ping-pong avec son vagin ?"
'''Phildar''' : C'est des boules de bowling qu'elle crache !
'''Gérard''', ''(hilare]'' : Toi Phildar fais gaffe parce qu'il va t'arriver une tuile ! Billy ?
'''Billy''' : Moi je suis arrivé un peu tard sur le débat, en attendant, j'attends toujours de savoir ton grand fantasme Gérard !
'''Gérard''' : Ça vous le saurez jeudi !
'''Phildar''' : Allez une exclu là Gérard ! Non mais maintenant c'est un débat sur les fantasmes !
'''Jim''' : On s'en fout du débat de Sandy, mais dis-nous au moins el tien quoi.
'''Gérard''' : Je fais ce que je veux c'est jeudi que je dirai mes fantasmes !
'''Marie''' : Mais sérieusement ta journée tu la passes qu'au lit ou quoi ?
'''Jim''' : Pratiquement ! Quand il se réveille, il va à Fun.
'''Marie''' : Genre le matin, l'aprem et le soir ? T'as aucune autre activité ?
'''Mathieu''' : T'arrives à avoir combien d'orgasmes par jour Gérard ?
'''Gérard''' : Cinq !
'''Marie ''' : Oh là là j'ai du mal à croire quand même !
'''Gérard''' : Bon tu fais la conclusion Marie s'il te plaît !
'''Marie''' : Ta journée tu la passes à l'activité sexuelle quoi y'a rien d'autre ! Tu lis pas, tu regardes pas la télé, tu cherches pas du boulot ? Rien.
'''Jim''' : il en a du boulot, il fait les débats !
'''Gérard''' : Bon ça y est mais Mathieu pour toi la conclusion du petit débat ?
'''Mathieu''' : Bah c'était bien sympa on a appris beaucoup de choses ! Y'a pas de frontières pour les fantasmes. Les fantasmes, c'est pareil que l'orgasme.
'''Jim''' : Bah moi je trouve que tu t'es vraiment décarcassé au niveau des questions ! Franchement beaucoup plus pertinentes qu'avant ! Tu deviens vraiment meilleur à la radio qu'avant quoi. Ya vraiment un changement quo. Je sais pas si tu l'as trouvé aussi ? Tu t'écoutes de temps en temps ? Tu devrais t'enregistrer parce que franchement, ça en vaut le détour.
'''Gérard''' : Bah non parce que je peux pas avoir de cassette !
'''Maëva''' : Les questions étaient originales et recherchées c'était sympa !
'''Max''' : J'espère que au niveau des questions... Dommage qu'il y a eu des problèmes techniques... J'espère que jeudi ça se passera pas comme ça parce que les débats de la semaine dernière s'étaient plutôt bien passés. Gérard, petite conclusion quand même de ce débat, qu'est-ce que tu as à rajouter ?
'''Gérard''' : Bah rien de spécial à part qu'on a eu des petits problèmes !
'''Max''' : En tout cas on a été ravis de t'accueillir dans cette radio-libre spéciale vacances ! 4h20 c'est pas encore terminé !
''[Musique]''
== Le débat sur les autos-motos ==
== Le débat sur les autos-motos ==
=== Contexte ===
Nous voilà revenus à la norme : les débats du jeudi soir, 26 février 1998. Fidèle à la coutume, Gérard arrive avant l'émission, vers 23H, et il débrief sa semaine privée avec Max et participe à sa libre antenne, dans une relation frontale avec les auditeurs. Cette fois, s'ajoute au jeu l'intervention, via des auditeurs qui imitent les voix sur le répondeur de Gérard, d'habituels de la libre antenne de Max. Ce soir-là, c'est Stéphane, dit l'alcoolo, qui est concerné. Il démentira toutefois toute implication avec une lucidité et une sincérité très inhabituelles chez lui. On retrouve, dans la libre-antenne, l'habituel Goldo et ses statistiques, les dénonciations, le courrier imaginaire, les sondages loufoques, les soirées fictives, etc. Gérard veut déchirer son courrier qu'il déteste toujours, menaçant de changer de nouveau d'équipe (ce qui est fictif car peu d'alternatives sont possibles). Ce qui est sûr, c'est que ce courrier le rend aigri et en colère, d'autant que certaines lettres insultent Sandy. Est-ce la seule raison ? On peut en douter a posteriori, parce que les semaines suivantes vont se dégrader rapidement, comme si les démons de Gérard resurgissaient. Toujours est-il que du coup, le format des débats est un savant mélange entre l'ordre apparent de la semaine d'avant et les dérapages de l'animateur en furie.
Sans ce débat pourtant, on voit se profiler un fonctionnement qui va faire tout le succès de l'émission, malgré de nombreuses variantes : Manu ou Phildar qui régulent les audituers, mais aussi Gérard. Phildar se positionne comme un vrai relai de l'autorité de Max, même s'il laisse Gérard développer son illusion de commandement. Il sera un des éléments stabilisateurs de l'émission pendant toute la période, malgré les apparents conflits permanents avec Gérard. Pour la première fois, Max est absent ce soir-là et laisse l'équipe gérer la situation.
Sur le fond, ce premier débat porte sur un des thèmes chers à Gérard, encore qu'il n'y comprend pas grand chose : le sport automobile. Nouveau thème dans la série des sports. Mais celui-ci, Gérard prétend le connaître, et il pourra donc en parler, au fil des défis et pièges tendus par l'équipe et les auditeurs. Ce déroulé posera les bases de futures émissions car Gérard, sur n'importe quel sujet, a quelque chose à dire, même si c'est limité. Reego dira, bien plus tard, que son objectif avec Gérard, c'était d'abord de le faire parler, parce que ce qu'il avait à dire était en soi surréaliste. C'est en effet quand Gérard discute et dialogue, sans vriller dans les attaques et scènes parasites, que les débats seront les plus piquants et surréalistes. Et pour l'aider dans cette tendance, l'équipe se mobilise, comme Phildar le fait dès ce soir-là en rédigeant une bonne part des questions. Là encore, cette mécanique où l'équipe rédige et l'accepte, les auditeurs le savent mais jouent le jeu et gérard s'appuie sur cette base pour jouer son potentiel surréaliste, apparaît particulièrement dans ce débat. Ce sera moins visible ensuite, parce que la méthode deviendra tacite.
On retiendra aussi, pour les nostagliques, qu'à cette époque, fumer en intérieur, même dans un studio de radio, était parfaitement admis et que les gobelets de boissons étaient tn plastique. Les préoccupations environnementales et de santé étaient beaucoup moins prégnantes qu'elles ne le seront trente ans plus tard.
Enfin, avec évidence, nous pouvons remarquer la lucidité de Gérard, beaucoup moins naïf et innocent que cela est parfois dit. Sans le dire avec certitude, on comprend parfaitement qu'il a saisi le jeu de Rita et qu'il la reconnaît derrière ses noms de personnage. À dire vrai, il semble probable qu'avec le temps, il reconnaisse souvent les gens, mais ne s'en émeut plus, montrant qu'il a compris les rouages de l'émission et n'en est pas juste le pantin qu'on présente souvent.
=== Les personnages ===
* Manu, Phildar
* Yasmine
* Christophe : Steve
* Rita : Billy Jean (BJ)
* Tony Mrestin : Marceau
* Carole : Yola
* Benji (présent aussi au dernier débat)
* Casimir
=== Transcription ===
'''Gérard''' : Bonsoir à tous, donc voilà, vous pouvez toujours nous contacter au 0803 08 5000 et 0800 70 5000 et toujours le 3615 Code Fun Radio rubrique direct. Et on va accueillir Benji. ''[silence]''. Allo ? Allo ?
'''Phildar''' : Attends, il est peut-être parti mettre la cassette.
'''Gérard''' : Oh non, attends, on commence pas des débats avec les mecs qui se cassent quand on leur demande.
'''Phildar''' : Mais non, mais il m'a dit deux minutes, je vais mettre la cassette, donc c'est bon, t'attaques le deuxième.
'''Manu''' : C'est bon, t'énerves pas tout de suite, Gérard.
'''Gérard''' : DOnc yasmine.
'''Yasmine''' : Salut la France, salut Paris.
'''Gérard''' : Salut. Steve ?
'''Steve''' : Salut Gérard, je te souhaite un bon débat, Gérard.
'''Gérard''' : Merci. Billy.
'''PHildar''' : Billy Jean.
'''Gérard''' : Bonsoir. Marceau et Yola.
'''Yola''' : Bonsoir mon chéri, bonsoir tout le monde.
'''Gérard''' : Non, je suis pas ton chéri, d'accord ?
'''Yola''' : Oulala, t'es nerveux là.
'''Gérard''' : Tu commences pas, non, non, mais tu commences pas, d'accord ?
'''Manu''' : Il est énervé ce soir, je vous préviens.
'''Gérard''' : Et bon, Benji, il est pas là ?
'''Benji''' : Si, il est là.
'''Gérard''' : Ah, quand même. Bonsoir. Donc, alors, premier débat, c'est sur le automoto. ''[cris enthousiastes du studio]''.
'''Steve''' : Et après, il y a téléfoot ?<ref name="hist25"></ref>
'''Gérard''' : Non, mais vous allez pas commencer comme ça, parce que sinon ça va très mal se terminer, d'accord ?
'''Yola''' : Gérard, je voudrais juste te dire un truc, c'est que tu es très désagréable ce soir et nous on t'a pas rien fait, s'il te plaît, alors du calme.
'''Gérard''' : Ouais, ben vous, vous allez vous calmer parce que je veux un débat comme la semaine...
'''Yola''' : Mais nous on est calmes, c'est toi qui est énervé, Gérard.
'''Gérard''' : Moi, je veux un débat comme la semaine dernière.
'''BJ''' : Sois pas aigri, s'il te plaît.
'''Manu''', ''[sérieux]'' : Gérard, écoute-moi 30 secondes. Si tu commences en gueulant et en étant aigri, c'est sûr que les auditeurs, ils vont pas être sympas avec toi, ils t'ont rien fait pour l'instant. Donc, sois cool avec eux.
'''Marceau''' : Évidemment, Manu, évidemment.
'''BJ''' : On est cool !
'''Gérard''' : Donc, alors, regardez-vous à la télé la Formule 1, la première question sur le premier débat automoto. Donc, je vous écoute.
'''Steve''' : Ouais, ben écoute, à la télé, ouais, de temps en temps, juste la fin, parce qu'après, il y a la téléfoot, en fait, mais sinon, je préfère me déplacer carrément, tu vois, dans des...
'''Gérard''' : Non, non, mais attends, c'est Steve, là, qui répond ? La Formule 1, chez moi, commence pas avant téléfoot, ça dépend des grands prix, d'accord ?
'''Steve''' : Ce que je veux dire, c'est que je préfère me déplacer, en fait, dans des lieux où il y a carrément des courses automobiles, tu vois, où t'es carrément présent, quoi, pour voir les explosions et les voitures et tout.
'''Gérard''' : Non, mais je te demande, est-ce que tu le suis à la télé, c'est tout ?
'''Steve''' : Ouais, ouais, bah, je te dis, ouais, juste avant téléfoot, ouais.
'''Gérard''' : Mais c'est pas avant, c'est pas...
'''Benji''' : Ça dépend de l'heure.
'''Gérard''' : Ouais, ça dépend de l'heure, déjà, pour commencer. Bon, Benji ?
'''Benji''' : Bah, non, moi, c'est chiant, ça tourne, ça tourne, ça n'arrête plus, hein, moi, je regarde pas ça, moi, des fois, éventuellement, je regarde la fin pour voir qui c'est qui gagne, mais sinon, je m'en fous totalement, hein.
'''Yasmine''' : Ouais, moi, je regarde pas, je trouve que c'est tout naze, y a rien à voir de voir des voitures qui tournent, y a aucun sens.
'''Gérard''' : Non, mais pourquoi ?
'''Yasmine''' : Parce que ça n'a aucun sens, ça n'a rien à voir, y a des voitures qui tournent autour d'un petit passage, comme ça, y a rien à voir.
'''Marceau''' : C'est toujours la même chose, et en plus, c'est pas marrant, ils tournent tous dans le même sens.
'''Yola''' : Non, mais c'est excitant quand ils se doublent, ouais, c'est vachement excitant quand ils se doublent, tu vois, quand ils...
'''Benji''' : Ils se rendent dedans.
'''BJ''' : Euh, ouais, moi, je regarde la Formule 1, c'est seulement pour voir les beaux garçons, quoi, Michael Schumacher, c'est fantastique, quoi.
'''Gérard''' : Attends, attends, euh, donc, euh, ça, c'est pas, c'est pas le thème de la question, de toute manière.
'''BJ''' : Non, mais oui, mais je regarde, moi, je regarde uniquement la Formule 1 à la télé, pour ça, quoi, c'est pour mater, euh, Mika Häkkinen, Schumacher, et tout, quoi.
'''Yasmine''' : Voilà, c'est des beaux gosses, c'est agréable à voir.
'''Phildar''' : Comment vous faites, comment vous faites pour voir des beaux gosses, alors qu'ils sont tous avec des casques ?
'''Yasmine''' : Non, mais quand ils gagnent, à la fin.
'''Phildar''' : Gérard, qu'est-ce que t'en penses, toi ?
'''Gérard''' : Non, mais même, euh, Phildar, il a raison sur, sur ce qu'il dit, comment vous pouvez le voir... euh, d'accord, à la fin, mais, euh, encore, euh, c'est pas évident, hein.
'''BJ''' : Mais Gérard, on voit ses yeux, j'ai... Non, on voit que ses yeux, quand ils sont en train de tourner...
'''Marceau''' : Surtout qu'il gagne un million par course, aussi, il faut le dire.
'''Gérard''' : Ouais, ouais, ouais, ça, ça, non, non, attends, attends, qui c'est, qui, qui c'est qui vient de poser cette... Ouais, mais Marceau, je vais te dire une chose, là, euh, comment tu peux savoir qu'ils gagnent un million par, euh, par course ?
'''Marceau''' : Parce que j'ai fait ça en amateur.
'''Gérard''' : Ah, ouais, c'est ça, ouais, c'est ça, c'est ça, ouais, ouais, ouais, ouais. Non, mais, on verra. Euh, donc, toi, Marceau ?
'''Marceau''' : Ouais, moi, j'aime pas trop voir, les... les courses de, de Formule 1 à la télé, je trouve ça chiant. Je m'endors toujours avant la fin.
'''Gérard''' : Hé, Marceau ? Euh, je crois que t'as, t'as un téléphone pourri.
'''BJ''' : T'as quelqu'un derrière toi.
'''Marceau''' : C'est pas possible, parce que j'appelle toutes les semaines et c'est toujours le même.
'''Gérard''' : Ah, ouais, bah, je m'en doutais. Euh, Yola ?
'''Yola''' : Oui, alors, moi, j'aime bien regarder, c'est, euh, comme, euh, Billy Jean, parce que, euh, en fait, les mecs, ils sont vachement excitants quand on les voit en train de faire le tour de la piste et tout, et surtout, j'adore quand ils se rentrent dedans. Moi, ça m'excite quand ils se rentrent dedans.
'''Gérard''' : Non, mais, non, mais, euh, euh, euh, attendez, moi, je vais, je vais répondre. Là, moi, je suis pas d'accord avec toi, Yola.
'''Yola''' : Écoute, quand tu dis que tu les vois se doubler, c'est vachement excitant, ils se frôlent et tout.
'''Gérard''' : Oui, oui, mais d'accord, mais moi, je suis pas, je suis pas tout à fait d'accord avec toi, parce que dans ces cas-là, si, si, si t'aimes bien regarder un Grand Prix de Formule 1 à la télé, pour les voir se rentrer dedans, c'est, c'est pas du tout, euh... que ça soit sur du goudron ou autre, euh, je m'en fous.
'''Yola''' : C'est sur de l'herbe, Gérard, hein.
'''Gérard''' : Ouais, mais moi, je trouve pas ça drôle de, de regarder un Grand Prix pour les voir se rentrer dedans, moi, c'est plus, c'est plus de, euh, pour moi, c'est pas un sport.
'''Yola''' : Ouais, mais quand ils tournent, à force, ma tête, elle tourne après.
'''Gérard''' : Ouais, mais ça, c'est sûr, euh, faut aimer, euh... Faut aimer, parce, euh, faut, faut aimer la, la Formule 1, déjà, euh, pour commencer, euh, faut, faut pouvoir, euh, regarder du début jusqu'à, jusqu'à la fin.
'''Marceau''' : Non, mais, Gérard, excuse-moi, mais qu'est-ce que tu trouves d'excitant à regarder ça, s'il te plaît ?
'''Gérard''' : Ouais, mais moi, moi, moi, j'adore la Formule 1, je suis désolé, je suis un passionné de Formule 1. Euh, je peux vous dire une chose, que je resterais des heures devant, devant mon poste, hein.
'''Yasmine''' : Pourquoi ? Mais qu'est-ce qui t'excites ? Qu'est-ce qui t'intéresse ? Non, mais c'est, c'est les tours, tu comptes les tours, c'est ça ?
'''Gérard''' : Non, non, ce qui m'intéresse, c'est de, déjà, en premier, c'est le départ, parce que le départ, c'est le plus, le primordial, c'est de savoir lequel qui va partir le premier.
'''Benji''' : Voilà, si t'as raté le départ, t'as tout raté.
'''Gérard''' : Oui, non, mais, euh, ça dépend, ça dépend, parce que celui qui part le premier, je suis désolé pour, euh...
'''Yola''' : Il peut faire doubler, hein.
'''Gérard''' : Non, non, mais moi, s'il prend un faux départ, pour moi, il passera, il gagnera pas.
'''Marceau''' : Et pourquoi il prend pas un vrai départ ?
'''BJ''' : Euh, ouais, c'est Billy. Je voulais te dire un truc, moi, je vais te le dire, parce que je crois qu'en fait, ils n'ont rien compris à la Formule 1. Il faut dire qu'en fait, la Formule 1, ben, c'est excitant, en fait. Il y a du suspense à mort, tu sais pas qui c'est, tu sais pas qu'est-ce qui va se passer, les accidents.
'''Yasmine''' : Quand il faut qu'il change les roues, tu vois.
'''Gérard''' : Je suis d'accord avec ce que tu dis, là, Billy, Billy Jean. Mais moi, je peux te dire que tout, tout peut jouer sur le ravitaillement et le changement de pneus, ça, c'est vrai.
'''Benji''' : Et voilà, Gérard, conseil technique.
'''Gérard''' : Ça, ça, oui, mais moi, je suis d'accord avec toi, parce que moi, je suis un passionné de Formule 1. L'année dernière, j'ai regardé tous les Grands Prix, et fais-moi confiance que le dernier Grand Prix s'est joué à quoi... À un point.
'''Benji''' : Ouais, même pas, ils étaient tous sur le même centième, hein, si je me rappelle.
'''Gérard''' : Non, non, c'est, non, non, entre Mickaël Schumacher et... ''[tout le monde cite des pilotes de l'époque (Olivier Panis, Coulthard, Ayrton Senna, etc]''.
'''Gérard''' : Non, non, non, pas Ayrton Senna, merci.
'''Gérard''' : Euh, Schumacher et Villeneuve. ''[agacé]''. Villeneuve et Schumacher. Ouais, arrêtez de dire des bêtises, là, s'il vous plaît.
'''Yola''' : Est-ce que tu aimes bien, comment il s'appelle, Pénis, c'est ça ?
'''Gérard''' : Olivier Panis. Ben, c'est un pilote français, lui, il a gagné...
'''Phildar''' : Non, il est canadien. Il est québécois.
''[Dans la cacophonie, tout le monde confirme avec enthousiqsme]''.
'''Marceau''' : Il fait un débat sur la Formule 1 et il sait même pas les nationalités.
'''Gérard''' : Bon, attends, toi, si t'es pas content, tu vas pas commencer, d'accord ?
'''Manu''' : Il y a une question sur le 3615 Fun Radio, où vous pouvez nous rejoindre. On nous dit que... Est-ce que ça t'excite tellement que tu bandes ?
'''Gérard''' : N'importe quoi.
'''Manu''' : Ben ça peut arriver. Il m'arrive quand j'écoute une zik que vraiment j'aime bien, et ben ça me fait bander.
'''PHildar''' : Par exemple, au départ, est-ce que t'as la trique ?
'''Steve''' : Tu bandes peut-être devant un changement de pneu ou un truc comme ça ?
'''Gérard''' : N'importe quoi. Bon, bon, ça y est, ça y est, ça y est, on a fait le tour de la question.
'''BJ''' : Non, mais attends, Gégé, je voulais te dire un truc, c'est Billy. Je voulais te dire, parce qu'en fait, il a raison, parce que moi, quand j'entends le... Tu vois, le... Comment on appelle ça ? Les vibrations du moteur et tout ça, moi, ça m'excite, hein.
'''Gérard''' : N'importe quoi.
'''Yola''' :Mais si, Gérard, c'est comme le vibro, on pose le vibro, tu vois ?
'''Benji''' : Ouais, mais si tu te mets une voiture de Formule 1 là où je pense, ça la fout mal, quoi. Ouais, je voulais te poser une question, là, Gérard, c'est Benjamin. Est-ce que tu m'autorises à faire un paradoxe avec la Formule 1 et le tennis ? C'est un peu toujours la même chose, regarde. Ils s'envoient la balle d'un côté, l'autre, il la renvoie, puis il se renvoie la balle de l'autre côté, c'est comme la Formule 1, c'est toujours la même chose.
'''Gérard''' : Eh ben, Benjamin, c'est bon. Non, mais moi, je te dis, ça ne m'intéresse pas du tout, tu vois.
'''Phildar''' : Gérard, je voudrais te poser une question, parce que lors de la dernière course, de la saison dernière, moi, j'ai encore entendu dire qu'il y avait un des coureurs qui avait perdu les clefs de sa Formule 1.
'''Gérard''' : Non, ils n'ont pas de clefs sur une Formule 1, je suis désolé.
'''Phildar''' : Comment ça démarre, alors ?
'''Yola''' : Si, ils en ont une, Gérard.
'''Phildar''' : Laissez Gérard qui va répondre.
'''Gérard''', ''[vendicatif]'' : Je connais mieux que vous, et je peux vous dire qu'il n'y a pas de clefs comme sur une voiture. Non, non, ça ne se démarre pas avec une clef de contact.
'''Yola''' : Gérard, je te pose une question, c'est Yola. Est-ce que c'est aussi, enfin, ça coûte combien ? Parce que moi, je n'ai jamais été dans l'hôtel Formule 1. Ça coûte combien, la nuit ?
'''Marceau''' : Moi, je te le paye, si tu veux.
'''Gérard''' : Non, mais c'est bien, parce que la pub. Là, vous êtes en train de faire de la pub, et on n'est pas là pour...
'''Manu''' : Non, mais Gérard, excuse-moi. Gérard, on pourrait se poser, est-ce qu'ils ont le droit, justement, à l'hôtel, de prendre le nom Formule 1 ? Parce que d'où ça vient ? Pourquoi ça s'appelle Formule 1 ? C'est du plagiat, ils ont pas le droit, normalement.
'''Gérard''' : Non, mais je ne sais pas d'où ça vient, et donc, automatiquement, pourquoi ils ont pris ces trucs-là, je n'en sais rien, tu vois.
'''Marceau''' : Parce que c'est automatique, aussi, c'est des boîtes automatiques.
'''Gérard''' : Bon, ben, c'est bon, toi, tu vas commencé à te calmer, toi.
'''Steve''' : Steve, j'ai une question. Steve. Ouais, tu parlais de publicité, ça ne te gêne pas, toute la pub qu'il y a à la télévision par rapport aux Formule 1, quand tu vois une course, c'est une pub.
'''Gérard''' : Ouais, non, mais ça...
'''Steve''' : Ah, tu fais moins le malin, là !
'''Gérard''' : Non, non, mais même, de toute manière, je n'aime pas... Je peux te le dire tout de suite, là-dessus, je suis d'accord avec toi. Moi, ce que j'ai horreur, c'est vrai, c'est ça, quand tu es bien passionné dans les tours,
et que d'un seul coup, tu es forcé, tu es coupé par une pub, ça, je déteste. Donc, voilà.
'''Marceau''' : Ce qu'il faut dire, Gérard, c'est que tu regardes la Formule 1 pour jouer aux jeux top position, pour acheter des meubles pour chez toi.
'''Gérard''' : Bon, alors, Marceau, tu dégages, bonne nuit.
'''Phildar''' : Non, mais c'était une petite blague comme ça, ça va, Gérard. Non, mais on ne dégage pas comme ça, Gérard.
'''Gérard''' : Marceau, il s'en va. Ou tu le calmes. Tu le calmes tout de suite.
'''Manu''' : Il n'a rien dit de mal.
'''Gérard''' : Il se calme, et tu le calmes, Phildar, s'il te plaît, j'ai dit qu'on faisait des débats comme la semaine dernière.
'''Benji''' : Gérard, Gérard, j'ai une question. Gérard, c'est Benjamin. Je ne sais pas si tu te souviens d'un slogan, Renault, qui disait « Six palmarès de champions, c'est plus qu'un palmarès, c'est un hold-up ». Qu'est-ce que tu penses de ce slogan ? C'est un vrai slogan, Gérard, c'est véridique. Je te pose une question sérieuse. Qu'est-ce que tu penses de ce slogan ?
'''Gérard''' : Attends, tu l'as vu où ?
'''Benji''' : Ah, mais si, c'est marqué partout, sur les panneaux de métro et tout ça. « Six titres de champions, Renault, c'est plus qu'un palmarès, c'est un hold-up ». C'est tellement malin, ce n'est pas moi qui ai pu l'inventer.
'''Phildar''' : C'est quoi un hold-up, Gérard ?
'''Gérard''' : On ne va pas parler de ça, s'il te plaît, d'accord ? On n'est pas là pour parler de hold-up, on est là pour faire des débats.
'''Phildar''' : Ah c'est le terme de Formule 1 qui signifie, quand tu doubles et que tu n'as pas le droit, c'est ça ?
'''Gérard''' : Non, non, hold-up, c'est autre chose.
'''BJ''' : Je voulais te dire un dernier truc, s'il te plaît. Je voulais te dire, parce qu'en fait, est-ce que tu penses que le départ, le ravitaillement, tout ça, c'est un coupe pour la pub ? Est-ce que tu crois que ça a un rapport, tout ça.
'''Gérard''' : Non, mais attends, dans quel sens ?
'''BJ''' : C'est-à-dire, le ravitaillement, tout ça, il y a la pub qui arrive, il y a...
'''Gérard''' : Attends, alors moi, excuse-moi de te couper la parole. Moi, je peux te dire une chose, que le ravitaillement et le changement de pneus se fait avant la pub. Non, non, on va en terminer là-dessus. Moi, je peux vous dire une chose, que tous les ravitaillements et les changements de pneus se font après...
'''Yola''' : Yola n'est pas d'accord. C'est pendant la course.
'''Gérard''' : Attendez, attendez, il y a Manu qui veut me poser une question.
'''Manu''' : Oui, on nous demande sur le Minitel si, au contrôle technique, toi, tu as déjà fait changer ton pot ?
'''Gérard''' : Je ne vois pas le rapport avec la Formule 1.
'''Manu''' : Tu sais, si, quand ils s'arrêtent au stand.
'''Gérard''' : Non, mais je ne vois pas le rapport avec la Formule 1.
'''Steve''' : Est-ce que ton pot brûle ?
'''Gérard''' : Non, mais, je ne vois pas du tout le rapport. Je préviens tout de suite, entre Steve, Benjamin et Marceau, vous allez vous calmer tous les trois.
'''Yola''' : Il faut rigoler un peu, Gérard.
'''Gérard''' : Oui, mais peut-être, il y a rigoler et rigoler, d'accord ? Moi, je veux faire des débats dans de meilleures conditions qu'on a fait l'année dernière. Donc, je voudrais que, cette année... la semaine dernière, le débat s'est super bien passé...
'''Phildar''' : Non, mais, Gérard, il ne faut pas non plus que ça devienne une obsession. Le débat se passe bien, donc arrête d'en parler et continue.
'''Gérard''' : Donc, alors, participez-vous à des compétitions dans ce sport ?
'''Yola''' : Oui, c'est Yola. Alors, je disais que, moi, je participe, effectivement, à la mécanique. C'est-à-dire que je change les pneus pendant les courses, après les courses et avant les courses.
'''Marceau''' : Et tu peux t'occuper de mon gicleur, il y a un problème.
'''Gérard''' : Eh, je préviens tout de suite que celui qui a...
'''Marceau''' : Non, pardon, pardon, excusez-moi.
'''Yola''' : C'est une blague, Gérard.
'''Gérard''' : Attendez, s'il vous plaît. Il y en a un qui a un téléphone pourri et ça s'entend. Il y en a un qui a avec un portab. Marceau ? Donc, toi ?
'''Marceau''' : Non, je ne m'occupe pas trop de ce sport et je ne fais pas de compétition, non. Désolé.
'''Gérard''' : Non, mais est-ce que tu participes ?
'''Marceau''' : Non, non plus, puisque je ne m'occupe pas de ce sport.
'''Yola''' : Mais est-ce que tu donnes de l'argent à la compétition, là ?
'''BJ''' : Il répond pas à la question, là.
'''Gérard''' : Non, mais attends, Marceau ? Tu as compris la question ou pas ?
'''Marceau''' : Bien sûr, bien sûr.
'''Gérard''' : Participez-vous à des compétitions ? On ne te demande pas si tu aimes ou pas.
'''Marceau''' : Non, je ne participe pas à des compétitions, ça ne m'intéresse pas. Ça ne m'intéresse pas, tu ne comprends pas ?
'''Phildar''' : Est-ce que tu as quelqu'un de ta famille, alors ?
''[Marceau répète que ça ne l'intéresse pas, de manière appuyée, et les filles éclatent de rire]''.
'''Gérard''' : Oh, vous vous calmez, là. C'est pas parce que Max n'est pas là que tu vas foutre ton bordel, toi.
'''Phildar''' : Pas de problème, Gérard, c'est toi le chef.
'''BJ''' : Oui. Oui, en fait, oui, je participe en tant qu'hôtesse. Donc, ça me permet de mater tous les beaux mecs, quoi.
'''Gérard''' : Oui, c'est ça. Non, mais attends.
'''BJ''' : J'ai fait hôtesse au circuit... J'ai fait hôtesse au circuit de Manicourt.
'''Gérard''', ''[sceptique]'' : Tu crois que je vais te croire ?
'''Manu''' : Gérard, pourquoi tu ne crois personne, jamais ?
'''Gérard''' : C'est bon, je vais voir après.
'''BJ''' : Je t'enverrai des photos, Gégé.
'''Benji''' : Tu leur donnais à boire au pilote ?
'''Yola''' : Et tu disais quoi au micro ?
'''Gérard''' : Attends, alors, vas-y, attends. Donc, tu lui donnais à boire comment au pilote ?
'''BJ''' : Par le casque.
'''Benji''' : Il passe, il tend la main et puis il l'attrape.
'''Gérard''' : Par le casque, alors comment ? Attendez, attendez, attendez. Donc, par le casque, comment ils peuvent boire ?
'''BJ''' : Avec une paille.
'''Gérard''' : Alors, tu as tout faux. Alors, je vais te dire une chose, tu vois. Déjà, là, c'est du baratin, ce que tu es en train de me dire, celle de Nice. Pour l'instant, c'est du baratin. T'es une menteuse. Parce que déjà une, ils ne boivent pas avec des pailles. Et ils sont reliés, ils ont quelque chose sur eux, relié avec un petit tuyau. Donc, dans ce cas-là.
'''Phildar''' : Non, ça, c'est la sonde. C'est la sonde pour pisser, ça.
'''BJ''' : On le place avant, Gégé. On le place dans la mécanique.
'''Gérard''' : Oui, non, non, mais c'est bon. Tu vois, je viens de te coincer. T'es une menteuse. ''[Phildar ironise en imitant les enfants d'une cour d'école se mentant entre eux, BJ rit en promettant une photo, les autres surenhérissent]''. Steve. Steve, à toi.
'''Steve''' : Bah, écoute, moi, je... Je dirais que je participe d'une façon purement symbolique. C'est-à-dire que je recense un peu, tu vois, j'ai des statistiques et puis je note un peu tout, quoi. C'est-à-dire que, bah, par exemple, je vais te poser une question. Qui a fini troisième du championnat du monde 97 ?''[silence]'' Ah, tu fais moins le malin.
'''Benji''' : C'est Metz, c'est Metz.
'''Gérard''' : Eh, on parle pas de foot, d'accord.
'''Steve''' : C'est l'Olympique de Marseille.
'''Manu''' : Gérard, si t'es un vrai fan de Formule 1, tu dois répondre.
'''Gérard''' : Non, mais attends, il parle de foot. Moi, je parle pas de foot.
'''Manu''' : Il parlait pas de foot, déjà.
'''Gérard''' : Déjà de une, le premier, ça a été Schumacher.
'''Steve''' : Non, Villeneuve.
'''Gérard''' : Schumacher, il a été déclassé.
'''Steve''' : Villeneuve 81 points, Schumacher 78 points...
'''Gérard''' : Non, Schumacher, Schumacher, il a été déclassé.
'''Marceau''' : Schumacher, c'est un gardien de but.
'''Gérard''' : Et tout à l'heure, tu vas retourné au standard, tu vas être le gardien de but aussi, toi.
'''Steve''' : Tu as raison, c'est marqué avant le déclassement de Schumacher, le 11-11-97. Pour finir, le troisième, c'est Frenzen, et le quatrième, c'est Alain Prost, qui a quand même fait un...
'''Gérard''' : Non, Alain Prost, il est directeur d'écurie.
'''BJ''' : Pourquoi il a été déclassé, moi, je veux dire, pourquoi ?
'''Gérard''' : Non, parce qu'il a voulu jouer, il a voulu faire comme AYrton Senna. Moi, je l'ai toujours dit, c'est un AYrton Senna numéro 2. Il a voulu jouer les fanjo, vis-à-vis de Jacques Villeneuve sur le dernier Grand Prix.
'''Phildar''' : C'est Fanjo ou Ayrton Senna ? Je ne comprends plus.
'''Manu''' : Sur Minitel, Gérard. Il y a une question sur Minitel, Gérard. On nous dit que toi, tu participes à des crash-tests et que depuis, on connaît la suite. Est-ce que c'est vrai ? Non, mais je ne sais pas ce que c'est des crash-tests.
'''Gérard''' : Non, mais j'ai l'impression, les gens sur Minitel, soit que vous réagissez comme il faut sur le débat, ou soit que vous n'appelez plus pour dépenser votre pognon, on va arrêter le Minitel. Parce que là, c'est complètement des conneries.
'''Manu''' : C'est quoi, Gérard, c'est quoi des crash-tests ?
'''Gérard''' : Je n'en sais rien.
'''Manu''' : Alors, si ça se trouve, ce n'est pas des conneries, comment tu peux dire ?
'''Gérard''' : De toute manière, je demande aux gens qui réagissent sur les questions qu'on pose, pas sur des conneries.
'''Manu''' : Oui, mais tu as demandé, est-ce que tu participes à des Grands Prix aux auditeurs. Et lui, il dit que tu participes à des crash-tests. Tu ne sais même pas ce que c'est des crash-tests et tu gueules, je ne comprends pas.
'''Gérard''' : Moi, je demande à ce que les gens, ceux qui ont l'habitude de regarder des Grands Prix de Formule 1 ou autre, réagissent sur Minitel.
'''Benji''' : Non, mais Gérard, c'est quand tu craches le plus loin, les crash-tests. Oui, donc moi, je voulais dire que je ne participe pas aux compétitions parce que ça va beaucoup trop vite. Mais sinon, je peux faire des compétitions de brouettes. Si ça intéresse quelqu'un, j'ai une brouette à vendre. Mais sinon, Formule 1, ça va beaucoup trop vite pour moi, c'est trop dangereux.
'''Yasmine''' : Donc, moi, je me vois mal faire de la Formule 1 au milieu de ma petite ville, là, sur une petite route, en train de m'afficher devant tout le monde avec une petite voiture et de tourner en rond.
'''Gérard''' : Eh pourtant, tu n'es pas loin, toi. Tu n'es quand même pas tellement loin, toi, de... du Grand Prix de Manicours.
'''Yasmine''' : Non, mais même, c'est tout petit. Et je n'aime pas la Formule 1. C'est nul. On tourne en rond. On ne fait que des tours et ça donne mal à la tête.
'''Benji''' : Gérard, je ne peux vraiment pas dire ma blague ?
'''Gérard''' : Non. Eh, j'ai l'impression que... C'est qui qui veut faire la blague ? Benjamin. Alors, Benjamin, tu vas voir Phildar au standard, s'il te plaît.
'''Phildar''' : Et moi, je ne veux pas la voir, la blague, je m'en fous.
'''Gérard''' : Non, mais tu lui dis que les débats, ce ne sont pas des blagues.
'''Phildar''' : Eh bien, il ne la fait pas, c'est tout.
'''Yola''' : Eh, mais Gérard, c'est Yola. Tu as l'habitude de tourner en rond, parce que tu aimes bien la Formule 1.
'''Gérard''' : Moi, je peux regarder un Grand Prix de Formule 1 toute la nuit.
''Marceau''' : Gérard, c'est Marceau, j'ai une question à te poser sur le fait... Enfin, tu m'as dit qu'ils buvaient avec un flacon, c'est une paille, mais ils pissent où ? Dans le même flacon, ou ? C'est pour ça qu'il y a des queues de poissons, ils boivent de la pisse, en fait.
'''Gérard''' : Bon, Marceau, je sens que tu vas pas fini...
'''Marceau''' : Non, mais je te pose la question, Gégé.
'''Benji''' : Il y a un bidon pour boire et un bidon pour pisser.
'''Gérard''' : Non, non, non, non, s'il vous plaît, on se calme.
'''Yasmine''' : C'est Yasmine, j'ai une question à te poser. Ça ne te donne pas trop mal à la tête de regarder pendant des heures, toute la nuit, un Paris-Dakar, comme ça, une compétition de Formule 1, tu n'as pas envie d'aspirine de temps en temps ?
'''Benji''' : Tu tiens la route, Gérard ?
'''Gérard''' : Moi, je peux te dire une chose, que la Formule 1, moi, j'adore ça. Parce que je suis un passionné de Formule 1, c'est tout. Et cette année, je... C'est Yasmine qui m'a posé la question. Moi, je peux te dire que, même cette année, je vais suivre tous les Grands Prix.
'''Marceau''' : Et Gérard, Gérard, qu'est-ce qu'elle fait, Sandy, pendant que tu te tapes tes queues devant Jean Alesi ?
'''Gérard''' : Bon, alors, c'est qui qui vient me dire ça ? Phildar, s'il te plaît. Non, non, tu me choppes ou Steve ou Marceau.
'''Steve''' : Mais ce n'est pas Steve.
'''Gérard''' : Non, mais attendez. Ce n'est jamais personne qui dit des conneries. Non, non. Là, pour l'instant, vous êtes en train de me faire chier ! Vous n'allez pas commencer comme ça.
'''Benji''' : Gérard, j'ai une question.
'''Gérard''', ''[furieux]'' : Non, on passe à la troisième. Êtes-vous pour le rallye Paris-Dakar au départ de Lyon jusqu'en Israël ? ''[il regarde Phildar, furieux]''. QUestion con hein, mais c'est pas grave...
'''Phildar''' : C'est Max qui l'a écrite, tu lui diras.
'''Benji''' : Oui, donc moi, je pense que non. Pourquoi le déplacer ? Il est très bien de Paris à Dakar. Donc pourquoi le déplacer de Lyon ? Parce que ça fera plus loin. Parce qu'avant, il fallait aller à Paris. Maintenant, il faudra aller jusqu'à Lyon. Pour ceux qui habitent à Lyon, ce sera plus près. Mais pour ceux qui habitaient à Paris, ça leur fera du chemin.
'''Gérard''' : Mais attends, Benjamin. En TGV, tu as deux heures.
'''Benji''' : Oui, mais la voiture, tu la mets où dans le TGV ?
'''Gérard''' : Mais attends. En voiture... En voiture, selon comment tu roules...
'''Benji''' : Avec une Formule 1 sur l'autoroute, pareil.
'''Manu''' : Tu es en voiture, tu le mets où, le TGV, en plus ?
'''Yasmine''' : On n'a pas tous des voitures. Moi, je dis pourquoi pas. Si on peut faire aussi Bordeaux-Bruxelles.
'''Benji''' : Non, mais là, tu vas vers le nord. Ce n'est pas bon de pas aller vers le sud.
'''Yasmine''' : Non, mais on peut faire ce qu'on veut, Paris-Dakar. Pourquoi faire tout le temps la même chose ?
'''Benji''' : Dans ces cas-là, pourquoi le Tour de France, ce ne serait pas le Tour de Suisse aussi ?
'''Yasmine''' : Oui, le Tour d'Espagne, si tu veux.
'''Yola''' : Bon Yola répond. ALlô ?
'''Gérard''' : Oui, Steve.
'''Steve''' : Putain, j'ai changé de voix. Je suis en train de muer, moi. Je te réponds, Gérard. Je suis là, oui. Donc moi, je dirais, oui, Lyon, très bien, parce que déjà, j'habite Lyon. Et en plus, pourquoi pas ? Donc c'est une bonne idée.
'''Gérard''' : Non, mais attends. Steve. Tu te fous de ma gueule ou tu prends le métro ? Tu fais les deux ?
'''Steve''' : Non, mais explique-moi pourquoi.
'''Gérard''' : Non, mais attends. Tu dis que tu habites à Lyon ? Et comment que ça se fait que moi, j'ai ta fiche et c'est marqué à Amiens ?
'''Steve''' : Parce que j'arrête pas de voyager et j'ai plusieurs fiches qui sont...
'''Gérard''' : Ah, ouais, ouais, t'as plusieurs fiches, abruti.
'''Steve''' : Ah une insulte pour Goldorak.
'''Gérard''' : Bon, ben, et alors ? J'en ai rien à foutre, Goldorak, c'est...
'''Marceau''' : Deux insultes, foutre, deux.
'''Gérard''' : Oh, hé, oh, si ça vous plaît pas, c'est le même prix, vous allez virer, vous, les mecs.
'''Yola''' : Bon, je peux répondre ?
'''Gérard''' : Bon, Billy Jean.
'''BJ''' : Oui. Écoute, Gégé, moi, je suis tout à fait d'accord. Mais je pense qu'il y aura un tout petit problème. Ce sera à propos du ravitaillement des pneus et de l'essence.
'''Gérard''' : Non, mais je te... Attends, HEY ! Tu te... Tu réponds à la question ou pas ? Non, mais êtes-vous pour le rallye de Paris-Dakar au départ de Lyon jusqu'en Israël... Non, mais attends, on te parle pas des ravitaillements de pneus ou des changements de pneus ! N'importe quoi, toi.
'''BJ''' : Il y aura des problèmes. Parce qu'à propos des pneus, ils seront usés parce que c'est une longue distance. Donc, il y aura un problème de pneus, de pub et de plein de trucs, quoi. ''[silence, Gérard regarde ailleurs]''. Gégé ?
'''Gérard''' : Oui, je t'écoute. ''[il fait des signes à Phildar lui demandant une cigarette]''
'''Phildar''' : Non, mais il s'en fout, Gérard, de ce que tu dis, hein.
''[Phildar lance une cigarette vers Gérard, elle retombe dans son gobelet en plastique contenant du café, provoquant l'hilarité générale, même de Gérard]''.
'''Marceau''' : Qu'est-ce qui se passe, là ? Qu'est-ce qui se passe ?
'''Phildar''' : Ah, mais j'ai fait un truc exceptionnel, là. Je lui lance une clope, et en fait, je lance la clope, elle tombe directement dans son gobelet de café, donc la clope est morte.
'''Manu''' : J'en profite, j'en profite, il y a une question sur Minitel. On nous dit, une Formule 1 suce 150 litres au 100. Et Gérard, c'est combien ?
'''Marceau''' : C'est pareil.
'''Gérard''' : Attends, non, mais attends, je vois... Attendez, attendez, attendez, attendez ! Je suis en train de chercher. Une Formule 1 suce 150 litres au 100 ?
'''Manu''' : Ouais, c'est ce qu'on nous dit sur Minitel, c'est Max Biaggi qui nous dit ça. Et on nous demande, toi, c'est combien ?
'''Phildar''' : Combien tu suces, toi, par jour, par exemple ?
'''Gérard''' : <jr dzid pzd<; Marceau ?
'''Marceau''' : Non, non, mais la question, elle n'est pas sérieuse, et moi, je réponds qu'aux questions sérieuses.
'''Gérard''' : Bon, alors, Marceau, Marceau, Marceau !
'''Mareau''' : J'aime pas trop qu'on déprécie l'image de la Formule 1.
'''Gérard''' : Bon, alors, Marceau, Marceau, Marceau ! Tu m'écoutes ? Eh ben, tu vas aller voir Phildar au standard si tu veux plus répondre aux questions. Soit que tu réponds correctement aux questions, ou soit que tu gerbes.
'''Manu''' : Gérard, mais ne crie pas.
'''Gérard''' : Non, mais alors, dans ce cas-là, tu prends Marceau...
'''Phildar''' : Mais attends, Gérard, quand il te pose une question que t'as pas envie de répondre, tu dis non, j'ai pas envie.
'''Gérard''' : C'est dans ce cas-là, pourquoi il participe au débat ?
'''Marceau''' : Non, mais la question, elle est débile, il faut le dire.
'''Gérard''' : Dans cescas-là, si elles sont débiles, les questions, vous faites une chose, eh ben, vous...
'''Benji''' : Non, j'ai pas dit qu'elles étaient toutes débiles, j'ai dit que celle-là, elle était débile.
'''BJ''' : Non, mais Marceau, réponds quand même.
'''Marceau''' : D'accord, ben, je trouve ça super qu'ils passent par Israël.
'''Gérard''' : Ouais, c'est bon, t'as rien compris. Yola ?
'''Yola''' : Oui, alors, moi, je préfère qu'ils démarrent à Pygalles, qu'ils fassent Barbès, et qu'ils arrivent à Boulogne.
'''Yasmine''' : Non, mais ça sera pas très long.
'''BJ''' : Non, mais t'as rien compris à la question.
'''Yola''' : Non, mais si, parce que Boulogne, ça existe en Israël, hein, vous connaissez pas Israël, désolé.
'''Yasmine''' : Ah, ben oui, on n'est pas israéliens.
'''Yola''' : Non, moi non plus, mais bon, y a la géographie.
'''BJ''' : Je voulais te demander, c'est Billie Jean qui te parle. Où se trouve Israël ? Parce que je sais pas du tout, hein.
'''Steve''' : En Écosse.
'''Gérard''' : Ouais, c'est ça. De toute manière, c'est pas le thème des débats, d'accord ? Je fais pas de débat sur la géographie.
'''Manu''' : Tu vois, tu réponds pas à la question, tu réponds jamais.
'''Gérard''' : Ben, pourquoi ? Parce que je... J'en sais rien.
'''Phildar''' : Voilà, mais dis-le, dis-le quand tu sais pas, c'est pas grave.
'''Gérard''' : C'est tout, mais moi, je dis pas que c'est une question débile, c'est que je ne sais pas, je suis pas comme Marceau qui dit ouais, mais c'est des questions débiles, c'est tout.
'''BJ''' : Israël, c'est en Afrique, c'est où ?
'''Gérard''' : Non, c'est pas en Afrique. Oh, non, mais attends, c'est pas en Afrique. Je ne sais pas, c'est tout.
'''Phildar''' : Gérard, Gérard, tu peux demander à Steve parce que c'est un grand voyageur.
'''Manu''' : Juste un truc, ce que je ne comprends pas, Gérard, c'est que tu dis ouais, c'est pas là, c'est pas là, mais après tu dis que tu sais pas, donc si ça se trouve, c'est quand même là.
'''Gérard''' : Je ne sais pas, c'est tout.
'''Manu''' : Oui, mais il te dit c'est en Afrique.
'''Gérard''' : Non, c'est pas en Afrique.
'''Manu''' : Ben, alors, c'est que tu sais où c'est, si tu dis que c'est pas en Afrique.
'''Yola''' : Bon, ben, t'es vraiment inculte.
'''Gérard''' : Bon, ça commence à bien faire, vos questions, là. Alors, pensez-vous que ce genre de sport est dangereux le matin ? Et là, on va mettre un disque. Vous allez réfléchir et on va mettre la vie, c'est bien, quand on n'a pas de caniche avec des carottes où je pense...
''[Musique]'''
VOilà toujours les débats du jduei. ON récupère Steve, Yasmine, Benji, Billy Jean, Marceau.
'''Marceau''' : Ouais, en chaîne, en chaîne.
'''Gérard''' : Marceau. Marceau, je te préviens, tu vas te calmer, tu vas pas commencer, d'accord ? Ok, parce que si j'enchaîne, tu vas enchaîner, je vais prendre quelqu'un d'autre à ta place, Marceau. Yola, pour finir. Donc, alors, la quatrième. Donc, je pense que vous avez eu le temps d'y réfléchir.
'''Marceau''' : On a fait que ça, on a fait que ça.
'''BJ''' : Tu peux la répéter, s'il te plaît ?
'''Gérard''' : Je vais pas m'amuser à répéter toutes les questions.
'''Benji''' : La quatrième, répète, il ne t'énerve pas, Gérard.
'''Gérard''' : Alors, pensez-vous que ce genre de sport est dangereux le matin ? Voilà.
'''BJ''' : Je réponds ? Donc, Billie Jean. Donc, moi, je pense que c'est dangereux quand même le matin. Parce que, écoute, comment dire, le climat n'est pas approprié. Ton physique n'est pas à point. Donc, t'es pas entraîné, tout ça. Et scientifiquement, le corps ne doit pas travailler le matin, quoi.
'''Marceau''' : Marceau, je peux répondre ? Donc, moi, le matin, comme j'ai la gaule, je conduis sans les mains.
'''Gérard''' : Bon, ben, Marceau, tu vas aller faire un petit stage...
'''Marceau''' : Mais quoi ? Mais c'est vrai !
'''Yola''' : Mais il a le droit de répondre, Gérard. Tu veux qu'il réponde, il répond.
'''Marceau''' : J'ai rien dit de méchant, c'est vrai. T'es jaloux, t'es jaloux, parce que je le conduis avec ma quéquette, c'est ça ?
'''Yola''' : Oui, alors, moi, je préfère que... Enfin, je pense que c'est plus dangereux le soir. Parce qu'étant donné que le soir, on voit rien et les routes ne sont pas éclairées.
'''Benji''' : Ouais, voilà, et puis il n'y a pas de phare sur une Formule 1. C'est mal indiqué, ça. Pour peu qu'il y ait un Grand Prix dans la nuit, une Formule 1, et paf, tout le monde dans le mur.
'''Gérard''' : Non, mais je vous parle du matin, je vous parle pas du soir.
'''Yola''' : Tu nous as dit, est-ce que c'est dangereux le matin. Moi, je te dis que c'est dangereux le soir. C'est plus dangereux le soir que le matin.
'''Marceau''' : Gégé, pourquoi est-ce qu'il n'y a pas de phares, d'allume-cigare et d'autoradio sur une Formule 1 ? Alors que ça coûte des millions.
'''Gérard''' : J'en sais rien. Steve ?
'''Steve''' : Bah, écoute, moi, je dirais que ouais, ouais, ouais. Je trouve que c'est très dangereux le matin, parce que quand tu regardes bien, Senna, il est mort le matin, et Alain Prost aussi.
'''Gérard''' : Alain Prost n'est pas mort, je te signale. Alain Prost est directeur d'écurie.
'''Phildar''' : Mais n'importe quoi ! Il n'est pas dans les chevaux.
'''Gérard''' : Il s'occupe d'une écurie de Formule 1. Je suis désolé.
'''BJ''' : Elle s'appelle comment, l'écurie de Prost ?
'''Gérard''' : Honda.
'''Phildar''' : N'importe quoi... Pas de pub en plus.
'''Yasmine''' : Moi, je suis tout à fait d'accord avec Yola. C'est plus dangereux le soir que le matin. Le soir, on ne voit rien, et c'est tout.
'''Benji''' : Si tu veux, le matin, comme tu as la tête dans le cul, si tu conduis avec le cul devant, tu risques d'avoir un accident. Je pense qu'il vaut mieux éviter de conduire le matin.
'''Phildar''' : Et toi, Gérard ?
'''Gérard''' : Personnellement, je pense que c'est plus dangereux le matin, et c'est tout.
'''Phildar''' : Est-ce que tu crois que le pilote de formule 1 doit prendre un petit déjeuner obligatoirement le matin avant de courir ?
'''Gérard''' : Ça, je ne peux pas te dire, parce que je ne sais pas ce qu'il... Je n'ai jamais été sur un circuit, donc je ne peux pas savoir ce qu'ils mangent exactement avant de partir.
'''Phildar ''' : Non, mais tu crois que c'est bien qu'ils mangent avant de prendre la route ?
'''Gérard''' : Il y en a qui mangent avant, il y en a qui mangent après.
'''Benji''' : Gérard ? J'ai une question, Benjamin. Est-ce que tu aurais voulu, quand tu étais petit, faire de la Formule 1 ?
'''Gérard''' : La Formule 1, ça se fait pas petit. Ça se fait quand même à l'âge adulte.
'''Benji''' : Quand tu étais petit, t'aurais rêvé, quand t'étais plus grand, de faire de la Formule 1 ? Tu sais, quand t'étais petit, est-ce que t'avais un rêve de te dire plus tard, quand je serai grand, que je ferai de la Formule 1 ?
'''Gérard''' : Moi, mon rêve, quand j'étais petit, c'était toujours de conduire des camions, c'est tout.
'''Manu''' : Gérard, par contre, on nous dit, sur Minitel, pas possible la Formule 1, parce que pas d'alcool au volant.
'''Gérard''' : Oui, mais je suis d'accord avec lui, c'est vrai.
'''BJ''' : Mais, Gégé, c'est Billy Jean, je voulais te dire un truc, si vraiment t'es un pro de la Formule 1, tu vas répondre à cette question. Les gamins qui vont être plus tard champions de Formule 1, ils commencent un sport, quand ils sont jeunes, ils conduisent, mais ils conduisent quoi ?
'''Gérard''' : Ben, les kartings.
'''BJ''' : Voilà, ben, excellent. Et après, ils montent en quoi ?
'''Gérard''' : Karting, Formule... Non, il n'y a pas de Formule 4, c'est Formule 3. Et après, c'est Formule 1. Donc, on continue.
'''Yasmine''' : Yasmine, elle a une question. Je voulais te demander, t'as déjà vu de la Formule 1 en direct, mais de près ?
'''Gérard''' : Non, mais justement, c'est la question. Allez-vous voir ce sport sur les circuits ou autre ?
'''Benji''' : Je peux répondre, Benjamin ? Je peux te dire que non, parce que j'y suis allé une fois et que ça fait un bruit de folie. Il faudrait mettre des sourdines là-dessus. Ou alors, il faudrait mettre un airbag ABS ou un truc comme ça. C'est trop de bruit, les Formules 1.
'''Gérard''' : Benjamin, donc, t'as été sur quel circuit, exactement ?
'''Benji''' : Sur Manicourt.
'''Gérard''' : Ah ouais, celui du côté de Nevers, là ?
'''Benji''' : Voilà, mais je le conseille à personne parce que ça fait un bruit de folie.
'''Gérard''' : Ouais, ben, ça, je suis d'accord avec toi. Même quand tu les suis pendant plus de deux heures à la télé...
'''Benji''' : Ouais, mais moi, déjà, ça me fait chier, en plus. Toi, encore, t'es un passionné, donc, à la limite, même le bruit, ça te gênerait pas trop. Alors, moi, déjà, ça me faisait chier d'y aller, en plus, avec le bruit.
'''Gérard''' : Celui de Monaco, il est quand même assez dangereux par rapport à Manicourt. Parce que celui-là, il se déroule en pleine ville.
'''Benji''' : Ouais, voilà, puis il y en a un qui s'était tué. Enfin, pas qui s'était tué, mais presque. Il avait failli, un pilote, je sais plus lequel. Tiens, Gérard Eclaircy-Malenterne. Qui c'est qui avait failli se tuer à Monaco ?
'''Gérard''' : Attends, ouais, je vois celui qui a voulu, qui a manqué de se tuer, c'est un Français, mais...
'''Benji''' : Non, non, tout le monde croyait qu'il allait mourir, et puis, en fait, au bout de 2-3 mois, il s'est remis.
'''Gérard''' : Oui, ben si, c'est Olivier Panisse, mais c'est pas sur le circuit de Manicourt. Donc, je suis d'accord avec toi, mais celui de Monaco, je vois... c'est à la sortie du pont qu'il y a un espèce de virage et que le mec qui s'est pris le... Ah, merde, comment on appelle ça ?
'''Phildar''' : Alfaïed ?
'''Gérard''' : Bon, Phildar, Phildar, la semaine prochaine, tu ne feras pas partie de l'équipe.
'''Manu''' : Excusez-moi, 30 secondes, juste pour dire à Maria Carey, sur Minitel, de me laisser son numéro de téléphone pour qu'on la rappelle après.
'''Phildar''' : Et on accueille Casimir à la place de Marceau.
'''Casimir''' : Bonsoir, tout le monde, c'est Casimir de l'île aux enfants.
''[Les auditeurs, poussés par Benji, commencent à chanter le générique de cette émission de télévision]''.
'''Casimir''' : C'est l'île aux enfants d'Angoulême.
'''Gérard''' : Ouais, ouais, bah, peut-être, mais pour l'instant, c'est automoto, d'accord ? C'est le thème du débat. Yasmine, Yasmine.
'''Yasmine''' : Ouais, alors, moi, ça me ferait trop mal à la tête d'y aller. J'aurais trop la tête qui tourne et je trouve ça trop cher et trop loin.
'''Gérard''' : Non, mais, attends. Mais, Yasmine, pourquoi tu dis que ça te fait tourner la tête ? Je vois pas. ''[Steve et les auditeurs chantent la chanson d'Edith Piaf, Tu me fais tourner la tête, mon manège à moi, c'est toi...]''. Non, mais arrêtez, s'il vous plaît ! Bon oh ! Phildar, s'il te plaît, tu vas me les calmer, là, parce que ça commence à bien faire. Yasmine, pourquoi tu dis que ça te fait mal à la tête ?
'''Yasmine''' : Parce que je trouve qu'il n'y a aucun sens à regarder des voitures qui tournent dans tous les sens. Ça me donne la tête qui tourne.
'''Casimir''' : Moi, j'ai mal à la tête quand je vois Ayrton Senna qui s'écrate contre un mur.
'''Steve''' : Tu posais deux questions. Bah, écoute, moi, je suis allé au Grand Prix du Brésil et au Grand Prix de Monaco. Donc, le Grand Prix de Monaco, tu sais, c'est quand Schumacher avait gagné devant Barrichello...
'''Gérard''' : Ah, moi, à Monaco ? À Monaco, c'est Olivier Panis qui a gagné.
'''Steve''' : Non, c'est pas ça. Mais il y a longtemps, Gérard, on parle. Il y a 4 ans.
'''Casimir''' : Non, mais tu connais rien, Gérard.
'''Steve''' : Gérard, j'y étais, Gérard.
'''Gérard''' : Non, non, attends, Steve. Tu permets ? J'y connais rien ? Je suis désolé. Mais à Monaco, il pleuvait et le seul... Le seul qui a terminé, ils sont restés à 6 voitures. Donc, Steve, je peux te dire une chose. Ils sont partis à 20. Ils étaient 20 qualifiés. Sur 20, il y avait 6 voitures à l'arrivée. Et le seul qui a gagné, c'est Olivier Panisse.
'''Casimir''' : Et tu l'as enregistré, Gérard ?
'''Steve''' : Non. Schumacher, premier.
'''Gérard''' : Non, c'est pas vrai.
'''Benji''' : Non, mais Gérard, on parle peut-être d'il y a plus longtemps, Gérard.
'''Gérard''' : Non, non, Schumacher, tu sais où qu'il a terminé ? Il a terminé dans les trucs de sécurité. Billy Jean, Billy Jean.
'''BJ''' : Oui, écoute, je dis que oui.
'''Benji''' : Non, mais attends, mais bon, tu te fous de sa gueule ou tu prends le métro, là ?
'''BJ''' : Écoute, Gégé, présentement, je suis déjà allée à un circuit. Comme je t'ai dit, j'étais hôtesse...
'''Gérard''' : Oui, c'est ça. Mais attends, tu n'as même pas été capable de me répondre tout à l'heure à la question, donc je ne te crois plus. Yola.
'''Yola''' : Oui, alors moi, j'adore aller dans les Grands Prix du Brésil, parce que j'adore me mettre à poil et courir derrière les voitures et me faire courser par les flics. Et surtout, Gérard, j'ai une question importante à te poser qui me travaille la tête depuis tout à l'heure. C'est comment font-ils pour faire caca ?
'''Gérard''' : Moi, je n'en sais rien.
'''Yola''' : J'ai l'impression qu'ils mettent des couches. Si tu connais, tu devrais y répondre, quand même.
'''Casimir''' : Oui, Gérard. Moi, j'étais au standard avec Phildar.
'''Gérard''' : Allez-vous voir ce sport sur le circuit ou autre ?
'''Casimir''' : Alors, donc, je vais répondre...
'''Gérard''' : Oh, Casimir. Casimir. Tu vas baisser ta chambre d'écho, s'il te plaît.
'''Casimir''' : Il n'y a pas de radio.
'''Benji''' : Bon, Casimir, voici venu le temps de répondre.
'''Casimir''' : Alors, voici venu le temps de répondre. Donc, à côté de chez moi, à la Rochefoucauld, il y a un centre de karting. Et une fois, j'y suis allé complètement bourré avec ma mobilette et je l'ai cassée là-bas.
'''Gérard''' : Ouais, d'accord. N'importe quoi.
'''Benji''' : Et t'avais fumé quoi avant d'y aller ?
'''Gérard''' : T'avais pas fumé la moquette, non ?
'''Benji''' : Son cul, c'est du poulet. Vous en voulez une aile ?
'''Gérard''' : Vous restez polis, s'il vous plaît. Merci.
'''BJ''' : Gérard, je voulais te dire aussi, au fait, c'est possible de voir le circuit à la télé, quoi.
'''Gérard''' : Non, mais attends, mais... C'est qui qui vient de me poser cette question ?
'''Casimir''' : C'est l'autre, là, la lèche-cul, Rita, là.
'''Gérard''' : Ouais, Billie Jean, là.
'''BJ''' : GG ? T'acceptes que les mecs insultent les nanas comme ça ?
'''Yola''' : Il s'en fout, il a Sandy, maintenant.
'''Gérard''' : Je vais te dire une... Vous vous calmez ?
'''Casimir''' : C'est une habituée, elle.
'''BJ''' : Mais qu'est-ce que tu racontes ?
'''Phildar''' : On continue le débat, là ?
'''Gérard''' : Donc, ta question, je vois pas le rapport, parce que ça revient à la première question, et on en est déjà à la sixième, hein. Eh ben, on vient déjà de... La première question, c'est regardez-vous à la télé, la Formule 1.
'''Yola''' : Non, mais Gérard, c'est Yola. Yola, c'est important. Moi, je voudrais savoir si on peut regarder des circuits à la radio.
'''Gérard''' : Non. Non, tu peux les écouter.
'''Benji''' : Ouais, mais ça perd beaucoup de son intérêt, Gérard.
'''Gérard''' : Bon, euh... Ouais, vous vous calmez, s'il vous plaît. Merci. Avez-vous un pilote dans votre famille ? Alors, Benjamin ?
'''Benji''' : Ben oui, parce que, en fait, je voulais pas le dire, parce que je voulais passer incognito, mais parce que j'ai participé à ce débat, parce qu'en fait, j'ai un oncle... Qui s'appelle Jean Alési, quoi.
'''Phildar''', ''[ravi]'' : Oh, la vache, on a eu un fils de... Enfin, un frère de star, là.
''' ''' : J'y crois pas.
'''Manu''' : C'est possible Gérard.
'''Gérard''' : Bon, Yasmine, c'est bon, ça y est, ça y est, ça y est. Yasmine.
'''Phildar''' : Ben attends, il peut nous en parler un peu, quand même, si son frère, c'est Jean Alési.
'''Gérard''' : Non, mais moi, je continue le débat, parce que...
'''Benji''' : Je peux vous dire pourquoi il perd tout le temps, Jean Alési. Parce qu'il a toujours une bouteille de brandy dans sa Formule 1.
'''Gérard''' : N'importe quoi.
'''Casimir''' : Moi, je le connais pas bien, mon père, Jean Alési, parce qu'il m'a abandonné au bord de la route.
'''Phildar''' : Mais Gérard, c'est pas forcément un pilote de F1, ça peut être un pilote de tracteur, de...
'''Gérard''' : Moi, c'est... C'est tout, moi, c'est marqué un pilote dans votre famille, je sais pas de quoi, c'est tout.
'''Yola''' : C'est Yola, moi, j'ai mon cousin, il est pilote d'aspirateur.
'''Yasmine''' : Ouais, alors moi, mon frère, c'est Schumacher.
'''Gérard''' : Non, mais là, pour l'instant, Yasmine. Yasmine, tu vas te calmer, parce que sinon, tu vas dégager. Non, mais tu vas répondre comme il faut à la question, parce que pour l'instant, je t'y crois pas. Steve ?
'''Steve''' : Ouais, bah, j'avais un pilote, enfin, dans ma famille, un pilote, quoi, et j'avais dit hors antenne avec toi qu'on n'en parlait pas, enfin, bon, c'était Alain Prost, quoi, mais maintenant, il est mort, donc...
'''Gérard''' : Steve ? Steve ? Steve ? Tu commences à me les gonfler sérieusement, tu vas dégager dans moins de deux, toi.
'''Steve''' : Attends, je rentre de voyage, je suis fatigué, il faut bien rigoler un peu.
'''Gérard''' : Eh bien, alors, dans ce cas, si tu rentres de voyage, eh bien, tu vas te coucher, ...
'''Phildar''' : Non, mais ça le détend, de participer à tes débats, c'est tellement magnifique.
'''BJ''' : Moi, c'était mon arrière-grand-père qui a fait... il était pilote de chasse, c'était pendant la Seconde Guerre mondiale.
'''Gérard''' : Ouais, c'est ça.
'''BJ''', ''[en colère]'' : Bah, écoute, Gégé, tout ce que je te dis, tu le crois jamais...
'''Gérard''', ''[explose]'' : Non, tu vas te calmer ou tu dégages, toi ? Oh, Billy Jean, tu commences à me les gonfler, là, tu vas te calmer, là. Tu vas te calmer un petit peu, Billy Jean, quand je parle, OK ?
'''BJ''' : Tu crois personne.
'''Gérard''' : Ouais, ouais, mais toi, tu participes toutes les semaines aux débats, ça commence à bien faire.
'''Casimir''' : Non, mais Gérard, Gérard, c'est une habituée, ouais, c'est Rita, après, qu'est-ce qu'elle a fait ?
'''BJ''' : Non, mais attendez, vous racontez n'importe quoi, hein.
'''Gérard''' : Ouais, ouais, c'est ça, t'inquiète pas, toutes les semaines, tu changes de bois. Yola ?
'''Yola''' : Oui, alors, moi, je disais que j'avais un... mon cousin, il était pilote d'espérateur.
'''Gérard''' : Ah, ouais, t'avais répondu.
'''Casimir''' : Eh, Gérard ? Gérard, c'est Casimir. Oui, j'ai une envie de gloubi-boulga.
'''Gérard''' : Bon, Casimir, tu réponds correctement à la question, sinon, tu vas virer, toi, ça va aller vite.
'''Casimir''' : Je réponds, ben, mon père était pilote de chasse dans l'armée de l'air avant, mais c'est tout, quoi.
'''Gérard''' : Non, mais quel est le rapport avec le débat ?
'''Casimir''' : Tu demandes si on a un pilote dans la famille.
'''Gérard''' : Non mais pilote auto-moto.
'''Casimir''' : Ah, si, j'ai un oncle qui a fait le... comment ça s'appelle, le bordel, là... Le truc du Mans, là.
'''Gérard''' : Les 24 heures du Mans ?
'''Casimir''' : Les 24 heures du Mans, ouais, mais c'était dans les années 50, ça.
'''Gérard''' : Ah, d'accord.
'''Benji''' : Non, mais Gérard, si je peux me permettre de jouer le médiateur de ce débat, c'est-à-dire qu'à chaque fois, tu poses une question, tu poses des conditions à cette question, comme quoi tu ne sais pas, pilote de quoi c'est censé être. Ben, voilà. Et après, quand les gens te disent, mon père ou mon frère ou qui que ce soit...
'''Gérard''' : Non, mais Benjamin, le débat, c'est auto, moto, d'accord ? Benjamin, quand on parle de pilote, avez-vous un pilote dans votre famille ? C'est automatiquement sur le débat.
'''Benji''' : Oui, mais au départ, à la question... Au départ, à la question, Gérard, tu as dit, je ne sais pas maintenant si c'est quel pilote, pilote de quoi. Tu as dit toi-même au départ, tu ne savais pas.
'''Gérard''' : Ah, non, non, non, non, non, non, non, non. Non, non, non, mais ça, c'est Phildar qui m'a demandé, pilote de quoi, j'ai répondu j'en sais rien, parce que ce n'est pas moi qui ai fait cette question, d'accord ? Ok ? Alors, dépensez-vous beaucoup d'argent dans les magazines de F1, etc ? Alors, attendez, je précise bien, magazine de F1, oui, etc., c'est-à-dire automoto et tout ça, sur les magazines de Formule 1, sur les magazines...
'''Benji''' : Les avions, ça ne compte pas.
cord.
'''Gérard''' : Mais non, ça, je vois, qui c'est qui dit des avions, là ?
'''Benji''' : Benjamin. Non, mais je mets tout au clair au départ, comme ça, il n'y aura pas de...
'''Gérard''' : Non, mais parce qu'il y a, tu as les magazines pour acheter des voitures, donc, auto-journal et tout ça. Attendez, il y a une question Minitel.
'''Manu''' : Non, non, ce n'est pas une question, c'est juste pour dire à Maria Carey, de tout à l'heure, qu'elle a... qu'elle raccroche, maintenant, qu'on puisse la rappeler.
'''Phildar''' : Elle est en tournée, là, elle a le temps, c'est bon.
'''Benji''' : Oui, alors, oui, ben, moi, je pense que oui.
'''Gérard''' : Oui, mais, alors, dans...
'''Benji''' : Non, non, mais, pourquoi pas, pourquoi pas, on peut bien mettre ses argents dans des accessoires sexuels, donc, pourquoi pas, dans des revues Formule 1 et des revues de cinéma, aussi, on peut mettre de son argent dans toutes les revues qu'on veut, à condition, évidemment, qu'on soit fan. Donc, Gérard, ce serait tout à fait normal que, toi, tu mettes ton argent, justement, dans ces revues-là, puisque, toi, tu en es fan, mais à partir du moment où on n'est pas fan, je ne vois pas pourquoi on mettrait son argent dans...
'''Gérard''' : Ben, disons, moi, si tu veux, moi, je ne mets pas mon... Jusqu'à maintenant, j'ai qu'un bouquin de Formule 1, c'est tout.
'''Phildar''' : C'est lequel ?
'''Gérard''' : Euh, il est vieux, je ne l'ai pas, là.
'''Benji''' : Gérard, tu ne fais pas très fan, là, parce qu'à chaque fois qu'on te pose une question, soit tu ne sais pas, soit tu dis que tu n'en as pas beaucoup, donc tu ne fais pas très fan, là.
'''Gérard''' : Non, mais attends. Je réponds à ta question, je te dis, je ne dépense pas mon fric là-dedans, si tu veux. J'en ai qu'un. J'ai celui de... je ne sais plus quelle année, et c'est tout. J'ai que celui-là comme...
'''Phildar''' : 72 ?
'''Benji''' : T'achètes quoi, comme autre magazine ?
'''BJ''' : Il y en a des quoi, des années 60 ?
'''Gérard''', ''[furieux]'' : Non, des années 60, attends. Non, mais attends, toi, Billy Jean, je sens que tu vas pas continué longtemps, toi. Yasmine ?
'''Yasmine''' : Alors, moi, en fait, je n'achète pas ces magazines parce que je trouve qu'ils gagnent assez d'argent en faisant des compétitions. Et voilà, donc je ne vois pas pourquoi je leur donnerais de l'argent parce qu'ils ne le méritent vraiment pas.
'''Gérard''' : Non, mais l'argent quand t'achètes le magazine, l'argent...
'''Casimir''' : C'est chiant, ce débat.
'''Gérard''' : Qui c'est qui vient de dire que le débat, il était chiant ?
'''Phildar''' : Personne ne va nous le dire, c'est clair. Non, mais ce que je voulais dire, moi, j'avais lu un truc comme quoi 60% des... Enfin, des recettes... Des magazines vendus étaient redonnés aux enfants des pilotes de F1.
'''Gérard''' : Non, c'est faux.
'''Benji''' : Ouais, mais pourquoi, à chaque fois, Gérard, tu ne crois pas à ce qu'on te dit ?
'''Gérard''' : Non, parce que moi, je peux te dire une chose, qu'il n'y a pas de fondation pour les...
'''Phildar''' : Non, mais pas de fondation, mais est-ce que tu penses, toi, si c'est vrai ce que je viens de dire, qu'est-ce que tu en penses ?
'''Gérard''' : Non, je te dis que c'est faux, c'est tout. Steve ?
'''Casimir''' : Gérard, est-ce que c'est vrai que tu as été réceptionné par la quête des orphelins de la Formule 1 ?
'''Gérard''' : C'est qui qui vient de dire ça ?
'''Benji''' : Là, tu vas gerber, là, celui qui a dit ça.
'''Gérard''' : Moi, je vais arrêter là, ça va être terminé.
'''Phildar''' : Mais tout va bien, là.
'''Gérard''' : Tu me calmes, celui qui vient de dire ça, s'il te plaît, merci. Je veux savoir qui c'est.
'''Phildar''' : C'est Casimir.
'''Gérard''' : Casimir, il s'en va.
'''Phildar''' : Non, je le calme.
'''Gérard''' : Non, mais tout de suite. C'est pas parce que Max est plus là qu'il va falloir foutre...
'''Phildar''' : Mais ça fait trois fois que tu le dis, on le sait, maintenant, on continue ton débat.
'''Gérard''' : Donc, Billie Jean.
'''BJ''' : Oui, écoute, moi, je dépense pratiquement tout mon fric dans les revues, parce qu'à chaque fois qu'il y a Michael Schumacher, je dois acheter.
'''Benji''' : C'est pas bête comme raison.
'''Yola''' : Oui, alors, moi, je suis pas très fan d'Automoto. Je préfère acheter les magazines du style... Parce que je suis plus fan de Playboy, Hot Shop Magazine, Sexy Boy... Partouz Boy...
'''Benji''' : Non, mais on fait pas de pub, on a dit qu'on faisait pas de pub.
'''Yola''' : Oui, mais je dis que je préfère ces magazines-là qu'aux magazines d'Automoto.
'''Gérard''' : Yola ! Quel est le rapport avec les magazines d'Automoto ?
'''Yola''' : Non, parce que tout à l'heure, tu expliquais que, bon, c'est vrai qu'il y a beaucoup de gens qui achètent les magazines d'Automoto. Mais bon, moi, je préfère dépenser mon argent dans les magazines Playboy, Homo Magazine, et des magazines plus comme ça, quoi. Tu comprends, Gérard ?
'''Phildar''' : En plus, il y a certains pilotes de F1 qui ont posé nus, déjà, dans les bouquins comme ça.
''[Manu éclate de rire, le regard rivé sur l'écran du Minitel]''.
'''Gérard''', ''[regarde Manu]'' : Oui, attendez, attendez, s'il vous plaît, s'il vous plaît.
'''Manu''' : Mais non, mais tu vas gueuler, mais j'ai rigolé, mais ça va pas te faire plaisir, quoi. Enfin, bon, tant pis. Je suis abonné à une revue qui s'appelle Gérard et ses gros cubes, et on voit tous les protos de Gégé, Christine 125 et Sandy 750.
'''Benji''' : Non, mais Manu, s'il est pour dire ça, pour tout foutre en l'air l'ambiance de Gérard, c'est pas la peine.
'''Manu''' : C'est Triceps.
'''Gérard''' : Eh ben, Triceps, tu vas te faire enculer, connard. Voilà, c'est tout, ça y est.
'''Manu''' : C'était pas la peine, l'insulte, Gérard.
'''Casimir''' : Bon, ben, moi, j'achète pas beaucoup de bouquins d'automoto, jamais, même, parce que la Formule 1, moi, j'en ai rien à péter. Mais bon, j'aime bien quand même. Ben, écoute, ouais, déjà, bien, t'as bien raison de casser le mec qui t'a envoyé un message sur Minitel, c'est bien. Je suis avec toi. Deuxième chose, donc, ben, écoute, tu sais, je speed beaucoup, je voyage pas mal, mais quand je rentre un peu chez moi, il m'arrive, ouais, d'acheter une revue comme Le Monde, ouais.
'''BJ''' : Mais en fait, Gégé, je voulais te dire un truc. Je veux te dire, le problème, c'est que ça coûte énormément, ça coûte cher, quand même. Donc, tout ton fric, il passe, en fin de compte.
'''Gérard''' : Alors, moi, je vais te dire une chose, dans ces cas-là, je vais te renvoyer la pareille. Dans ce cas-là, si ça coûte cher, un magazine de F1, moi, je vais te dire une chose, que d'acheter d'autres magazines, ça revient aussi cher que d'acheter un magazine de F1.
'''Phildar''' : Quel genre de magazine, quel genre ?
'''Gérard''' : T'as qu'à prendre n'importe quel magazine sur des chanteurs, ben, ça revient aussi cher.
'''Yasmine''' : Yasmine a une question, tu pourrais répondre, s'il te plaît ? Non, mais aux questions que tu poses, tu réponds jamais.
'''Gérard''' : Ben, c'était une question... Moi, je t'ai dit... Donc, je te réponds, Yasmine, j'ai dit tout à l'heure que j'avais qu'un bouquin sur la formula, c'est tout.
'''Benji''' : Gérard, je peux te poser une question, c'est Benjamin. Donc, je te pose la question, tu dis que tu n'as qu'un magazine, mais est-ce que tu as des accessoires, style des casques, des volants ? ''[BJ explose de rire]''. Non, mais c'est absolument sérieux, ce que je te demande, Gérard.
'''Gérard''' : Non, mais celle qui se marre, celle qui se marre, quand on pose des questions comme ça, va dégagez ! Ouais, ouais, laisse tomber, je crois que toi, si je serais toi, je me calmerais tout de suite, aussi. Donc, je réponds, c'est Benjamin qui m'avait posé cette question. Bon, donc, pour répondre à la question à Benjamin, avant qu'on pose la question et qu'on fasse une pause, donc, je réponds tout de suite, non, je n'ai pas d'accessoires, ni de casque, ni de volant, ni de gants, ni rien.
'''Benji''' : Est-ce que tu voudras en avoir, par exemple ? Parce que si, par exemple, un pilote, un jour, se voit, se dit, ah, je vous reconnais, vous êtes Gérard de Suresnes, et ça, tenez, je vous offre mon casque, par exemple.
'''Gérard''' : Bon, attends, déjà, il faudrait que les pilotes écoutent la radio, quand même.
'''Benji''' : Non, mais imagine, même, il te connaît pas, même. On dit, alors, il rentre aux vestiaires, et toi, t'étais sur le chemin des vestiaires, et tout, tu l'acclames, le pilote, et puis lui, il fait, ah, bah, vous, vous avez une bonne tête, et tout, ce qui risque pas d'arriver, et il te donne le casque.
'''Gérard''' : Non, mais moi, je le prends, moi, je le veux bien.
'''Benji''' : Et tu... est-ce que tu lui fais la bise, tu lui dis merci, tu fais quoi ?
'''Gérard''' : Non, mais je lui sers la main, c'est tout, je...
'''Phildar''', ''[micro ouvert pendant que Gérard parle]'' : Fun bonsoir.Qui ? Alain Prost ? ''[Gérard s'énerve et lui demande d'éteindre son micro]''. Attends, j'ai Alain Prost qui veut participer au débat, là.
'''Gérard''' : Non, non, s'il te plaît, t'éteins le micro, s'il te plaît !
'''Phildar''' : Qu'est-ce que je lui dis à Alain ?
'''Gérard''' : T'éteins le micro, Tu fais pas comme la semaine dernière. ''[Phildar éteint le micro mais crie qu'il parle à Alain Prost]''. J'en ai rien à foutre. Bon, feriez-vous des câlins dans une voiture de course, et on s'écoute, quand je pense à Fernand, avec ce qu'il faut, je bande.
''[Musique]''.
Voilà toujours le débat du jeudi. Donc, vous pouvez toujours nous appeler au 0803 08 5000 et 0800 70 5000, et toujours le 3615 Code, funradio, rubrique direct, et pour les Belges, 033 1...
'''Phildar''' : On s'en fout, on s'en fout.
'''Gérard''' : 49 79 5000, non, je m'en fous pas des Belges, parce qu'ils sont quand même nombreux à nous écouter aussi, d'accord, Phildar ? Donc, on dit pas qu'on s'en fout, d'accord ?
'''Manu''' : Alors, si tu t'en fous pas, c'est pas 49, mais 47.
'''Gérard''' : Ouais, 47 5000, voilà.
'''Manu''' : 47 79 5000.
'''Gérard''' : Dans ces cas-là, t'as qu'à me le marquer comme il faut, quelque part, et je m'en souviendrai pour...
'''Manu''' : Tu te connais pas encore, depuis 4 ans, Gégé ?
'''Gérard''' : Non, pas depuis 4 ans, depuis 2 ans. Disons 3, bientôt. Donc, on récupère Benjamin. Yasmine. Steve. Billy Jean. Yola. Et Casimir.
'''BJ''' : Gégé, c'est quoi le titre de la chanson, s'il te plaît ?
'''Gérard''' : Le titre, c'était... Quand je pense à Fernande avec ce qui faut, je bande. Voilà. Donc, alors, je repose la question. Donc, feriez-vous des câlins dans une voiture de course, Casimir ?
'''Casimir''' : Des câlins dans une voiture de course ? Ben, Diana et Dodi Alfaïed l'ont fait, donc...
'''Gérard''' : Alors, Casimir, tu vas aller voir Phildar, s'il te plaît.
'''Yola''' : Non, mais c'est vrai, Gérard, écoute.
'''Phildar''' : Attends, ça va, ça va, ça va, il a rien dit, il a rien dit. Bon, on enchaîne, allez, on enchaîne.
'''Gérard''' : Non, mais c'est pas comme ça, d'accord ? Bon, donc, toi ?
'''Casimir''' : Non, mais, ouais, je ferai des câlins, moi, ouais, bien sûr.
'''Benji''' : Eh ben, Gérard, c'est Benjamin. Ouais, moi, je pense que, là, tu baisses encore dans ta crédulité en tant que fan, puisque, je sais pas si t'as vu la place qu'il y a dans une Formule 1 pour le pilote, mais je vois pas comment tu peux faire des câlins dans cette petite place-là, où il y a juste la place pour tendre les jambes et mettre les pédales. Donc, là, tu baisses encore dans ta crédulité en tant que fan.
'''Gérard''' : Oh, Billy Jean, s'il te plaît, oh, Billy Jean ! Tu le laisses finir, s'il te plaît !
'''Benji''' : Voilà, non, mais ça y est, j'ai fini, Gérard. Je veux dire, pourquoi pas, mais je vois pas comment on pourrait faire ça, alors qu'il y a une toute petite place, Gérard. Le pilote, il a même pas la place de mettre ses coudes à l'horizontale.
'''Gérard''' : Ben, ça, c'est sûr.
'''Benji''' : Donc, Gérard, là, tu baisses encore dans mon estime, dans ta question, à moins que ce soit pas toi qui a écrit la question, mais sinon, bon...
'''Yasmine''' : Ouais, moi, c'est mon fantasme avec Manu.
'''Gérard''' : Manu ! Manu ! Yasmine, elle veut te faire des câlins dans une voiture de course.
'''Manu''' : Ouais, mais moi, je veux pas. Non, mais moi, je suis fidèle, je suis désolé.
'''Phildar''' : Non, mais moi, je veux bien avec toi, Gérard.
'''Benji''' : Il rentre pas dans la voiture, Manu.
'''Steve''' : Putain, ta question, elle m'excite grave, quoi. Ouais, ouais, je te disais, c'est très, très excitant. Ben, ouais, ouais, un câlin dans une voiture de Formule 1, pourquoi pas. J'ajouterais, pourquoi pas.
'''BJ''' : Écoute, moi, sincèrement, très sincèrement, je vais faire des grands fantasmes avec Michael Schumacher. On ferait plein de galipettes, vraiment, ce serait top.
'''Yola''' : Oui, alors, moi, j'aimerais bien, j'aimerais bien... te sucer dans une voiture de Formule 1. Moi, j'attends que ça.
'''Gérard''' : Bon, Yola, je vais te dire une chose que je suis déjà pris, d'accord ?
'''Yola''' : Mais c'est pas grave, on fait ça à trois.
'''Gérard''' : Non, non, moi, je partage pas.
'''Phildar''' : Est-ce que tu ferais ça avec Sandy en Formule 1 ?
'''Gérard''' : Pourquoi pas.
'''Phildar''' : Comment tu ferais ? Tu la mettrais où, Sandy ?
'''Gérard''' : Ben, je la mettrais sur mes genoux, hein.
'''Manu''' : Tu la mettrais pas dans le coffre de la Formule 1 ?
'''Gérard''' : Non, non, il y a pas de coffre dans une Formule 1, quand même.
'''Phildar''' : Non, mais ça tiendrait jamais dans le cockpit du pilote.
'''Gérard''' : Ah, ben, on sait jamais. Voilà. Donc, euh...
'''Manu''' : Ça, c'est de la réponse, hein.
'''Gérard''', ''[un auditeur éclate de rire]'' : Auriez-vous des fantasmes sur... Bon, celui qui rigole comme un perdu, il va...
'''Phildar''' : Non, parce que, à mon avis, il est en train d'imaginer la scène. Tu vois, toi, avec Sandy, dans une F1, ça devrait être extraordinaire.
'''Yola''' : En train de la sodom.
'''Gérard''' : Ah, ben, ça, ça reste à voir. Donc, avec Sandy, ben, ça va dépendre de la voiture qu'on aura, c'est tout. Si c'est une F1, si c'est une deux-pattes, je préfère dans une deux-pattes, parce que c'est quand même le mieux. Ah, ouais, ouais, parce que la deudeuche, je sais pas si tu connais, toi.<ref name="hist26"></ref>
'''Phildar''' : Ouais, je me suis déjà tapé Sandy dans une deudeuche, c'est pas mal.
'''Gérard''' : Voilà, donc, auriez-vous des fantasmes sur une moto ? Yola ?
'''Yola''' : Oui, alors, moi, j'aimerais bien... J'aimerais bien, par exemple, qu'on me fasse l'amour sur la moto, mais j'ai les jambes écartées, je suis assise sur le guidon. J'ai les jambes écartées, et puis le mec, il est assis normalement, comme s'il roulait, et puis, en fait, il me prend comme ça devant, enfin, toi de préférence, Gérard.
'''Gérard''' : Ouais, ouais, je vois. Casimir ?
'''Casimir''' : Pas de problème.
'''BJ''' : Écoute, ouais, ouais, tout à fait, ouais, sur une moto, ce serait bien.
'''Gérard''' : Question Minitel, non ?
'''Manu''' : Non, du tout. Non, pas pour l'instant.
'''Gérard''' : Donc, Steve ? Euh, Phildar ?
'''Phildar''' : Non, ça va, ma mère va bien, elle vient d'appeler. Elle t'embrasse, elle t'embrasse.
'''Manu''' : Je lui passe le bonjour, d'ailleurs, Phildar.
'''Gérard''' : Ouais, bah, c'est bon, c'est bon, s'il vous plaît, là, tous les deux.
'''BJ''' : Mais Gérard ? Je voulais te dire qu'en fait, la moto, c'est un fantasme présent dans l'esprit de l'homme.
'''Steve''' : Oh, putain, tes questions, elles m'excitent de plus en plus. Je suis très excité, quoi. Oui, attends, je rentre de voyage, je suis fatigué, je peux m'exciter.
'''Gérard''' : Bon, alors, Steve, tu vas voir Phildar au standard.
'''Phildar''' : Il va s'exciter sur moi, après.
'''Gérard''' : Hop !
'''Steve''' : Je te réponds. Je peux ?
'''Phildar''' : Bah, vas-y, vas-y.
'''Steve''' : D'accord. Non, oui, c'est vrai que la moto peut être très excitante. Et je sais pas, je vois bien une femme sur une selle. Enfin, t'enlèves la selle, quoi. Ça peut être encore mieux, même.
'''Gérard''' : Euh... Stop, stop, stop ! ''[BJ rit aux éclats]''. Oh ! On se calme, là, avec des rires de cochon. Merci.
'''Manu''' : Sur Minutel, Maria Carey, donc, raccroche. On a repris ton nouveau numéro de téléphone, donc cette fois-ci, c'est bon, on va te rappeler.
'''BJ''' : Ah ce serait cool qu'elle chante quelque chose en direct.
'''Casimir''' : J'ai une question. ''[il répète tandis que BJ explose de rire et le chaos s'installe, Gérard appelant Yasmine]''.
'''Gérard''' : Vous allez vous calmer, là, ou quoi ? Vous allez vous calmer, maintenant, s'il vous plaît. Yasmine ?
'''Yasmine''' : Ouais, moi, j'ai pas de commentaire à la question, elle me plaît pas.
'''Benji''' : Moi, je pense que, déjà, sur une selle de moto, il y a du cuir, donc le cuir, à la base... Bon, je suis un peu comme Steve, hein, tu commences à m'exciter pas mal, là, avec tes questions, là, Gérard. Je sais pas qui c'est qui les a bossées, mais elles sont vraiment bien, bien faites, hein.
'''Casimir''' : Eh, Gérard ? J'ai une question, c'est Casimir. C'est quoi, la question suivante ?
'''Gérard''' : Bah, pour l'instant, tu vas te calmer.
'''Yola''' : Gérard, je peux te poser une question ? C'est Yola. Est-ce que tu me prêterais Sandy pour lui faire l'amour dans une moto ?
'''Steve''' : Gérard, c'est Steve, est-ce que je peux me caresser, là ?
'''Gérard''' : Ben, tu fais ce que tu veux, si t'as plus envie de répondre, tu vas au standard.
'''Casimir''' : Est-ce que je peux te spermer sur la bouche ? ''[réponse de Yola par un bruit obscène]''.
'''Phildar''' : Non, non, non, on verra ça plus tard, on répond aux questions.
'''Gérard''' : Pensez-vous que les soirées rallyes du 16ème rentrent dans les catégories auto-moto-cross, Benjamin ?
'''Benjamin''' : Je vais te dire tout de suite ta question, bon, je la trouve assez idiote, il faut bien le dire.
''[Gérard répète, par une lecture hésitante, et les auditeurs affirment ne rien comprendre]''.
'''Phildar''' : Attends, je vais la lire, la question, Gérard, je vais la lire.
'''Gérard''' : Non, non, mais ça y est, j'ai très bien compris. Ils vont répondre, parce que tout à l'heure, s'ils ne veulent pas répondre, ils vont tous gerber.
'''Manu''' : Mais Gérard, s'ils n'ont pas compris, ils ne peuvent pas répondre.
'''Phildar''' : Attends, je vais le dire en français. Est-ce que vous pensez que les rallyes du 16ème entrent... quoi ? Dans la catégorie auto-moto-cross ?
'''Benji ''' : Moi, j'ai compris, Benjamin. Donc, moi, je pense qu'à mon avis, non, parce que, bon, les habitants du 16ème, ils n'ont pas trop envie d'être dérangés. Et comme les moto-cross, ben, ça fait beaucoup de bruit, ben, je ne pense pas qu'on puisse les faire rentrer dans cette catégorie-là, parce qu'après, ce serait la police qui rentrerait dans le rallye, et bon, ce ne serait pas bon, quoi.
'''Yasmine''' : Moi, je vais te dire ouais, en fait.
'''Steve''' : Ben, moi, je ne crois pas qu'au XVIème siècle, il y avait des rallies.
'''Benji''', ''[ironique]'' : Hyper constructif comme réponse.
'''BJ''' : Non, mais on ne parle pas de siècles. Écoute, moi, je dis que oui, c'est tout à fait possible, parce que les soirées, le rallye, le 16ème, tout ça, ça fait une bonne mixture, et l'explosion ne peut être que bénéfique.
'''Yola''' : Ouais, alors, moi, je préfère qu'elle rentre quand même dans le 92ème.
'''Casimir''' : Moi, je pense que le 16ème amendement de la loi, en effet, autorise...
'''BJ''' : Non, non, c'est le 15ème amendement.
'''Yola''' : Non, mais là, ça n'a aucun rapport avec la question, Gérard.
'''Gérard''' : Casimir ? T'es à côté de la question.
'''Casimir''' : Mais je ne sais même pas de quoi on parle.
'''Phildar''' : Va un peu plus vers la gauche. Vers la gauche, t'as la question, tu la vois, là ? Plus haut, plus haut, voilà. Plus haut, monte, à gauche. Ah, c'est bon, t'es dessus, là.
'''Casimir''' : Euh... surtout le dimanche.
'''Gérard''' : D'accord. Ben, t'as toujours pas compris.
'''Yola''' : Et toi, Gérard ?
'''Gérard''' : Moi, personnellement, je peux vous dire une chose que ça m'étonnerait.
'''Phildar''' : Mais est-ce que tu penses que ce serait mieux dans le 15ème ou dans le 14ème arrondissement ?
'''Gérard''' : Non plus.
'''Phildar''' : Non plus ? Pourquoi ?
'''Gérard''' : Dans aucun arrondissement. Parce que je ne vois pas le rapport des rallies dans Paris. De Formule 1 ou autre.
'''Phildar''' : Tu veux dire, en fait, qu'ils n'ont pas le droit de faire du motocross dans le 15ème, dans le 16ème ?
'''Gérard''' : Il y a des terrains pour, tu me diras. Il y en a des terrains. Si, il y en a du côté de... Banlieue parisienne.
'''Benji''' : Gérard, j'ai une question. Alors, imaginons que dans ta question, à la place de mettre le 16ème arrondissement, on ait mis Suresnes. Est-ce que toi, tu aurais été dérangé, par exemple, si tu entendais un rallye motocross dans ta ville ?
'''Casimir''' : Non, il aurait été content, Gérard.
'''Benji''' : Est-ce que tu serais gêné ? Est-ce que ça te gênerait ? Ou alors, est-ce que, bon, ça ne te gênerait pas et tu te mettrais à ta fenêtre et ça serait plutôt cool comme ça, tu paies pas...
'''Gérard''' : Non, mais personnellement, jusqu'à maintenant, je n'ai jamais vu de rallye chez moi. Donc, le jour où ça se passera, je regarderai, pourquoi pas.
'''Yola''' : Gérard, est-ce que tu as vu des motocrottes chez toi ?
'''Gérard''' : Motocross, espèce de tache !
'''Benji et Yola''' : Non, mais les motocrottes, ça existe aussi, Gérard.
'''BJ''' : Je voulais te poser une question. Donc, je voulais te dire, si en fait, la... La commission de la Fédération Française disait qu'ils voulaient construire un circuit à Suresnes. Est-ce que tu serais d'accord ?
'''Gérard''' : Non ben, ça dépend de la municipalité, déjà, pour commencer. Puis, il faudrait déjà trouver les terrains adéquats. Non, mais ça y est, c'est terminé, maintenant. On va faire le... On fait la conclusion.
'''Les auditeurs''' : Déjà ?
'''Phildar''' : On a déjà fait le tour des questions. Ça va vite avec Gérard, ce soir, comme il est fatigué et qu'il n'a pas la pêche et que c'est zéro.
'''Yola''' : Non, mais je crois que Gérard, il a plus envie de faire les débats.
'''Casimir''' : Phildar ou Manu, allez lui chercher un café pour le réveiller, je sais pas ?
'''Yola''' : Je crois qu'il a trop envie d'aller rejoindre Sandy dans son petit lit là.
'''Manu''' : Je pense que c'est ça, maintenant. Je pense qu'il se fait chier avec nous et qu'il préfère rejoindre Sandy le plus vite possible.
'''Yola''' : Et il a trop envie de rentrer dans son trou à rats, hein.
'''Phildar''' :De toute façon, elle n'est pas là, Sandy. Elle est partie faire du motocross avec Enji, là.<ref name="radio4"></ref>
'''Gérard''' : Non, mais moi, je peux répondre à vos questions si ce n'est pas des questions bidons, hein.
'''Phildar''' : C'est Phildar. Bonsoir, Gérard. Est-ce que t'as déjà fait de la moto, toi ?
'''Gérard''' : Non.
'''Benji ''' : Gérard, Gérard, une question. Est-ce que tu serais prêt à faire une course de moto, mais avec Sandy derrière toi ?
'''Yola''' : Oh, le pauvre pneu !
'''Gérard''' : Non, mais attendez. Je viens de vous dire que je n'ai jamais fait de moto, donc je ne vois pas pourquoi que vous insistez avec...
'''Benji''' : Non, mais amdettons que tu fasses de la moto et que tu fasses des rallies. Est-ce que tu serais prêt à monter avec Sandy derrière toi ?
'''Gérard''' : Pourquoi pas.
'''Manu''' : Non, moi, j'avais une question, Manu Neuilly. Est-ce que t'as réussi à convertir Sandy à la Formule 1, ou est-ce que quand tu la regardes, elle se fait chier, quoi ? Elle repasse tes slips.
'''Gérard''' : Non, elle regarde le foot, et moi, je regarde autre chose, comme on...
'''Benji''' : En même temps, vous avez deux télés, alors ?
'''Gérard''' : Ben oui.
'''Manu''' : Deux télés, le Gérard. Trop la thune, le Gégé.
''' ''' : Non, mais on me les a données.
'''Benji''' : Les télés, attention, c'est qu'ils vont venir perquisitionner, là.
'''Casimir''', ''[ironique]'' : Ah, mais M. Gérard est une star. M. Gérard a reçu une montre de Fun radio et tout. M. Gérard...
'''Yasmine''' : Tu serais prêt à devenir pilote de Formule 1 ?
'''Gérard''' : Si j'en ai l'occasion, pourquoi pas.
'''Yasmine''' : Et t'as pas peur de t'éclater contre un mur ?
'''Gérard''' : Ben ça, c'est un sport qui est comme... Ils ont choisi de faire ça. C'est leur métier. C'est comme ceux qui ont choisi de jouer au foot et qui se cassent des tibia ou autres. C'est pareil.
'''Casimir''' : C'est pour une question. Est-ce que je peux te mettre mon poids lourd dans le derrière ?
'''Gérard''' : C'est qui qui vient de dire ça ?
'''Casimir''' : C'est Steve !
'''Steve''' : Mais non, c'est pas Steve. Ta gueule, Casimir.
'''Yola''' : Oui, alors, moi, Gérard, est-ce que... Moi, je te verrais bien, en fait, faire des courses de Solex avec un slip jaune sur la tête et gagner et faire tout le tour du circuit de Boulogne. Est-ce que t'es attiré ou pas ?
'''Gérard''' : Alors, moi, je vais te répondre tout de suite à ta question qui est bête et con. Non, mais moi, je vais te dire une chose. Attendez, s'il vous plaît. Merci. Donc, moi, Yola, tu vois, ce que je verrais bien en toi, c'est de te voir... piloter une Formule 1 sans soutien-gorge.
'''Yola''' : Gérard, tu me sucerais les tétons, en même temps ?
'''Gérard''' : Non, pas du tout. Steve !
'''Steve''' : Ouais, la question est la suivante. Certaines personnes disent que Ayrton Senna est encore vivant. Qu'en penses-tu ?
'''Gérard''' : Non, c'est faux.
'''Casimir''' : C'est Diana qui te l'a dit ?
'''Gérard''' : Non. Vous arrêtez, s'il vous plaît. ON parle pas de ça. Vous arrêtez, s'il vous plaît !
'''Casimir''' : Gérard, j'ai une question. Oui, j'ai une question, moi. Est-ce que c'est vrai que t'as une fille, Gérard ?
'''Gérard''' : Alors, là, je te réponds pas, tu vas voir... Hop, tu vas voir Phildar.
'''Benji''' : C'est Benjamin. C'est pour te demander si, moi qui suis le pro de la comparaison ce soir, est-ce que tu pourrais comparer la Formule 1, niveau vitesse, je parle évidemment, au parachutisme ? Mais attention, j'ajoute parachutisme en tongs.
'''BJ''' : C'est hors-sujet.
'''Gérard''' : Bon, Billy Jean, s'il te plaît, c'est pas à toi qu'on a posé la question. Je peux te dire, là, je vois pas du tout le...
'''Benji''' : Non, mais niveau vitesse, je parle. Est-ce que tu pourrais comparer, niveau vitesse, je parle, parce que bon, tu descends vite, évidemment, quand t'es lourd, tu tombes. Et donc, tu descends vite. Est-ce que niveau vitesse, niveau sensation, est-ce qu'on pourrait comparer ça à la Formule 1 ? Voilà. C'est la question que je te pose.
'''Gérard''' : Je pense pas, hein. Je pense pas. Je pense pas, parce que déjà, en parachutisme, je sais pas combien qui descendent, eux, je sais qu'en Formule 1, ils tournent à plus de 300 dans... Dans... Sur les circuits, et même voire 200...
'''Phildar''' : Dans les stands ? Dans les stands ?
'''Gérard''' : Non, non, dans les stands, c'est limité, maintenant. C'est limité à...
'''Phildar''' : À 20 ?
'''Gérard''' : Non, à 50 kilomètres. Donc, pour te répondre à ta question, donc, je vois pas du tout... Non, je pense pas.
'''Manu''' : Gérard, quand tu tombes en parachute, comment tu fais quand il y a une chicane ?
'''Gérard''' : Mais non, il y a pas de chicane dans les parachutes.
'''Benji''' : S'il y a un feu rouge, tu peux pas t'arrêter, t'es obligé de le griller ?
'''Phildar''' : Comment tu fais pour changer de parachute quand tu es en course ?
'''Gérard''' : Mais non, mais tu peux pas changer de parachute. Dans ces cas-là, tu tombes dans le vide, et puis c'est tout, et...
'''Yola''' : Est-ce que tu aimerais qu'on t'attache les bras sur une voiture de Formule 1 ? Qu'on te fasse faire les tours... Qu'on te fasse faire les tours à 300 à l'heure ?
'''Gérard''' : Non, mais là, c'est même plus... Non, mais moi, je...
'''Yola''' : Oui ou non ?
'''Gérard''' : Oh, ça y est, oui ?
'''Yola''' : Oui ? ouais !
'''Gérard''' : Donc, moi, je vais te dire une chose, Yola, c'est même plus de... C'est même plus du sport, c'est de la rage.
'''BJ''' : Écoute, Gégé, je voulais te poser une question, c'est à propos de la réglementation de la vitesse qui va se passer cette année. Donc, est-ce que tu es d'accord avec la réglementation de la vitesse par rapport à la pub, quoi ?
'''Gérard''' : Attends, mais là, attends, attends, attends, attends, Billy Jean, Billy Jean, Billy Jean, t'as entendu ça quand ?
'''BJ''' : Ben écoute, Gégé, ils l'ont dit. Non, mais ça, c'est vrai.
'''Yola''' : Aux informations.
'''Gérard''' : Non, non, attendez, attendez, attendez, attendez, laissez-la finir parce que...
'''BJ''' : Oui, alors, je te réponds, cette année, la réglementation pour 98, il va y avoir un système de... Ils pourront pas aller à une vitesse supérieure, je sais plus combien, quoi.
'''Benji''' : Oh, mais ça gâche le sport, à ce moment-là.
'''BJ''' : Oui, mais Gégé, c'est vrai, ils disent que ça gâche le sport.
'''Gérard''' : Attendez, attendez, là, moi, pour l'instant, Billy Jean, je sais pas quand est-ce que t'as entendu parler de ça. Non, non, non, mais attends, attends, attends, tu me poses la question, maintenant, tu me laisses répondre, s'il te plaît. Donc, moi, pour l'instant, j'en n'ai pas encore entendu parler, et ça m'étonnerait qu'il y ait eu une réglementation sur la vitesse. Non, non, attendez, ça m'étonnerait... J'en ai jamais entendu parler, hein.
'''PHildar''' : Et il paraît que si ça se passe pas bien, ils feraient tous les circuits en marche arrière.
'''Benji''' : Gérard, Gérard, Gérard, Gérard, j'ai une question, c'est Benjamin.
'''Phildar''' : Dernière question pour Benjamin et conclusion.
'''Benji''' : C'est-à-dire que, par rapport à ce que vient de dire Billy Jean, là, juste avant... Pour moi, là, ça confirme ce que nous disions tout à l'heure, c'est-à-dire que, comme tu n'as pas de preuves, tu ne la crois pas. Mais peut-être que c'est vrai, tu n'as pas de preuves, donc tu ne peux pas affirmer que c'est faux.
'''Gérard''' : Non, mais Benjamin... Attends, Billy Jean, s'il te plaît, je vais répondre. Benjamin. Donc, moi, j'ai jamais dit que j'ai pas de preuves, parce que moi, j'en ai pas encore entendu parler aux informations. Vu que les Grands Prix commencent pas avant la mi-mars, donc on peut pas savoir déjà, fin février, ce qui va se produire sur les circuits de Formule 1.
'''Casimir''' : Est-ce que tu as assisté aux Grands Prix où Senna est mort ?
'''Gérard''' : Non. Je l'ai vu à la télé, oui. Ils ont arrêté la course et ils ont... Et tous les pilotes à...
'''Steve''' : Ils ont passé des pubs.
'''Gérard''' : Non, non, non, non, non, non, non, non, non, non. Ils n'ont pas fait de pub.
'''Manu''' : Oui, ça a été quoi, ta réaction, justement ?
'''Gérard''' : Disons, on ne l'a pas su sur le... Sur le coup.
'''Manu''' : Non, il est tombé sur le haut du crâne. Pas sur le cou.
'''Phildar''' : Non, il a repris la course, mais en morceaux.
'''Gérard''' : Non. Vu comme ça s'est produit, il n'a pas... On ne sait pas s'il est mort sur le coup ou pendant son transfert à l'hôpital.
'''Steve''' : Gérard, c'est dans la tête, pas sur le cou.
'''Gérard''', ''[s'emporte]'' : Steve, s'il te plaît ! Non, Steve, s'il te plaît, tu vas te calmer, merci. ''[Steve insiste]''. Tu vas te calmer ! Non, mais moi, je vais répondre à Casimir. Donc, Casimir, pour ta question, on ne sait pas exactement... Si, il a été... Nous, ça a été annoncé... Attendez, s'il vous plaît. Merci. Ça a été annoncé dans les informations très tard, pas pendant le Grand Prix. Il y a eu un deuxième départ et les pilotes avaient mis déjà pied à terre. Ils ne voulaient pas repartir. Voilà, donc sur ce, on va faire la conclusion.
'''Yasmine''' : Je voulais te demander pourquoi à chaque fois, il n'y a pas de femmes, il n'y a pas de filles dans les compétitions de Formule 1.
'''Gérard''' : Ah ben ça, c'est peut-être un sport qui n'est pas pour les filles.
'''Phildar''' : Ben non, je crois qu'il y en a eu. Il y en a eu une année.
'''Benji''' : Gérard, c'est Benjamin. J'ai juste une précision à dire. C'est sur la mort d'Ayrton Senna qu'on parlait il y a 30 secondes. On ne peut pas affirmer qu'il est mort sur le coup étant donné qu'après avoir percuté le mur, il a bougé la tête.
'''Gérard''' : Oui, mais attends, Benjamin, Benjamin, Benjamin...
'''Benji''' : Non, mais Gérard, c'est véridique ce que je te dis.
'''Gérard''' : Oui, mais maintenant, savoir où... Parce que tout le monde dit qu'il est mort sur le coup. Donc ça ne peut pas être possible. Il a été mort pendant... Il a été mort pendant son transfert à l'hôpital ou à l'hôpital. C'est tout. Conclusion là-dessus. Donc conclusion du débat. Benjamin.
'''Benji''' : Donc moi, j'en conclue que bon, c'était pas trop mal. Bon, on a bien avancé. Il y avait une bonne vitesse. Je crois que les questions ont bien répondu. Même si elles n'étaient pas toujours admirablement posées mais bon, même si tout n'a pas été tout bien assimilé. Sinon, le débat en lui-même était manifestement bien conduit. Oui, moins bien conduit que la semaine dernière. Mais pas trop mal conduit quand même. Et bien joué Gérard pour cette autorité.
'''Gérard''' : Eh bien, si. C'était à peu près comme la semaine dernière. Sauf que là, les questions, c'est vrai...
'''Phildar''' : C'est-à-dire que le débat était bidon.
'''Gérard''' : Qui c'est qui a choisi ce débat ? C'est vous. C'est vous qui avez choisi de faire des débats comme ça. C'est toi avec Max qui a décidé de faire un débat sur Automoto. Voilà. Yasmine.
'''Yasmine''' : Le débat, il s'est à peu près bien passé. Même si tes questions, elles n'avaient pas trop de sens. Et on a tous remarqué que tu n'étais pas vraiment un fan de la Formule 1. Parce qu'à chaque fois, tu répondais que tu n'en savais rien ou que c'est ça.
'''Gérard''' : Non, mais attends. Il faut dire une chose. Sur la Formule 1, vous ne m'avez pas tellement questionné.
'''Yola''' : Ah ben si, on t'a questionné Gérard.
'''Gérard''' : Je vous ai répondu. Il y a certains trucs que je ne pouvais pas vous répondre...
'''Manu''' : Gérard, quand tu réponds à une question, évite de répondre oui ou non. Essaye d'argumenter un peu parce que sinon...
'''Gérard''' : Non, mais là, comme j'ai toujours dit, sur le truc des magazines, c'est vrai que je n'en achète pas. Pourquoi ? Parce que c'est horriblement cher. Le bouquin, je peux te dire, il vaut à peu près 110 balles. Moi, je n'ai pas 110 balles à mettre dans un bouquin de Formule 1. Je suis désolé. Donc, Yasmine, pour toi, ça s'est à peu près bien passé.
'''Yasmine''' : Oui. À part que tes questions n'avaient pas trop de sens. Mais bon, ce n'est pas grave. C'est comme d'habitude.
'''Gérard''' : Oui, mais ça, il faut dire une chose. Les questions, c'est vrai qu'on n'a pas...
'''Casimir''' : C'est complètement con.
'''Gérard''' : Si ça ne te plaît pas, celui qui vient de dire ça, c'est le même prix. Ce n'est pas de ma faute. Parc que bon... Moi, les questions, personne... A chaque fois que je demande de m'envoyer des thèmes de débat, personne ne m'en envoie. Non, vous ne m'en avez pas envoyé.
'''Phildar''' : Ce n'est pas grave. On continue la conclusion.
'''Steve''' : Écoute, débat assez... bordélique en termes de gestion d'animation. Et je pense que... Non, mais plutôt quand même sympa. Mais je crois que tu ne maîtrises pas tout à fait le débat. Je suis désolé, Schumacher, il n'est pas polonais.
'''Gérard''' : Je n'ai jamais été dire ça, d'accord ?
'''Steve''' : Et Ayrton Senna est toujours vivant, c'était Steve. Tu verras. Regarde les journaux. Lis le Monde un peu plus.
'''Gérard''' : Oui, c'est ça, c'est ça. Billy Jean.
'''BJ''' : Écoute, débat fort intéressant. Nous avons été sur les circuits de toutes parts. Tu nous as fait rêver, Gérard, sur les circuits de Manicourt, du Brésil. Ça a été magnifique.
'''Gérard''' : Non, mais Brésil, ce n'est pas moi qui en ai parlé. Je crois que c'est Yola ou...
'''BJ''' : Non, mais comme d'habitude, tu nous fais rêver. Tes questions, elles te font rêver.
'''Yola''' : Oui, je suis d'accord. Oui, moi, je suis d'accord avec Billy Jean. C'est parce que j'aimerais bien faire un circuit à poil avec toi, Gérard.
'''Casimir''' : Alors, moi, j'ai deux choses à te dire. Tout d'abord, une phrase qui s'adapte au débat. Le philosophe Kant a dit, penser, c'est nuancer. Donc, ça s'adapte tout à fait au débat. Et la deuxième chose, c'est que j'ai eu plaisir à voir que, pour une fois, ce n'était pas trop con et que tu as pris plaisir à parler d'une de tes passions. Et ça, c'est bien. Ça fait plaisir, Gérard.
'''Gérard''' : Ça, la Formule 1, ça a toujours été ma passion. C'est comme le foot ou le tennis. C'est pour ça que souvent, je...
'''Casimir''' : Le tennis ?
'''Gérard''' : Oui, le tennis. Soit le tennis de table, le ping-pong, comme on a payé il n'y a pas si longtemps que ça. Il y a à peu près 15 jours. Donc, sur le ping-pong, ça a été pareil. Moi, c'est des sports que... Il y a des sports que j'aime et que je veux en parler. Il y a certains sports que je ne ferai pas de débat. Parce que c'est des débats que... Style, le rugby. Ça, c'est un sport que j'ai horreur. Sinon, il y a d'autres sports que je pourrais mettre. Le hockey sur glace, ce n'est pas tellement mon style. C'est plutôt... Quand tu vois les joueurs qui se tapent dessus, tout ça...
'''Casimir''' : Regarde, tu as vu ? Tu as vu, pour les Jeux Olympiques, la baston qui a duré 5 minutes 30 ?
'''Gérard''' : Oui oui, j'ai suivi les Jeux de Nagano. Donc, justement, tu parles de ça. Il y a aussi... Moi, il y a un débat que j'ai envie de faire. Mais ça, je ne sais pas si...
'''Manu''' : La pelote basque.
'''Gérard''' : Non, mais ça, c'est trop dangereux. C'est pour répondre à Casimir. Donc, il y a certains sports que je veux faire comme thèmes de débat. Mais ça, c'est sûr que c'est compliqué parce que j'ai... Des questions, c'est dur à trouver. Surtout que j'essaie de trouver des questions qu'on puisse mener tranquille. Et où qu'on puisse parler un peu cul. Ça, c'est vrai parce que le jeudi... Bon, ben...
'''Phildar''' : Le jeudi, c'est cul.
'''Gérard''' : On n'en parle pas trop de la libre antenne en ce moment. Je ne sais pas, ça se voit que c'est les vacances. C'est un peu caca boudin.
'''Phildar''' : Oh, dis donc !
'''Gérard''' : C'est un peu caca boudin. Ça fait deux jours que le chef il terminé à 1h du matin parce que les gens n'ont pas de sujet pour qu'ils puissent s'éclater. Je suis désolé. C'est caca boudin. Lundi, c'était super. Mardi, c'était caca boudin. Mercredi, il y avait Françoise. Sinon, après, à 1h, il a arrêté.
'''Phildar''' : En fait, Gérard, là, tu lances un message. Tu lances un message aux auditeurs. Qu'ils arrêtent d'être bêtes.
'''Gérard''' : Mais dans ce cas-là, moi, je demande une chose. C'est que si vous voulez que Max continue son émission de nous faire des trips comme il a l'habitude de faire. Dans ce cas-là, trouvez-lui des sujets que vous avez envie de parler avec lui, qu'on puisse se marrer, nous, derrière le poste, parce qu'on attend que ça, de se marrer. Mais vous nous faites pas rire, en ce moment, c'est les vacances.
''[Aplaudissements]''.
Donc moi je suis content et on va passer à la suite. ''[Musique]''.
== Le débat sur les grandes surfaces ==
=== Contexte ===
Nous arrivons au second débat de la soirée, dont le thème a probablement été inspiré par l'équipe. Il reste d'ailleurs probable qu'elle ait largement contribué à écrire les questions. Thème absurde, il contribue au surréalisme général de cette émission.
Dans ce schéma plus calme, on voit bien les efforts de l'équipe pour renouveler le panel des participants, bien que très sélectifs voire injustes. La tâche n'est pas facile à cette heure de la nuit et parce que l'esprit de l'émission n'est pas simple à appréhender, le moindre manque de dynamisme est sanctionné avec une violence comparable à celle de Max dans son émission. Il est intéressant de noter, d'ailleurs, que l'équipe des habituels présente alors, qu'on retrouvera pratiquement jusqu'à juillet 1998, diffère assez largement des classiques qu'on connaît et qui deviendront des incontournables la saison suiante. Mais leur côté irremplaçable se construit ici : quand ils interviennent, ponctuellement, comme Goldo, ils se démarquent immédiatement par l'originalité de leur humour.
Enfin, tant qu'on est sur un moment calme, on pourra aussi remarquer que Phildar et Manu s'emploient à relayer les messages du minitel, soit drôle, soit pertinents, selon l'ambiance. Il est probable qu'ils ne les inventent pas, comme ne le fera pas non plus d'ailleurs Reego, plus tard. Ce qui est évident, outre le vrai contrôle des choses assuré par l'équipe, c'est qu'ils profitent de cette accalmie pour explorer l'effet comique de laisser parler librement Gérard. Bien sûr, les dérapages sont toujours à surveiller, mais la liberté de parole lui donne un champ comique qui saute aux yeux dans ces émissions. Cette exploration aura toute sa valeur pour la suite des choses.
Fait rarissime, surtout à partir d'octobre 1998, Goldo va se présenter sous son vrai prénom. Il est très rare que Tony, Arnet et lui le fassent, c'est pour ça qu'il nous a semblé intéressant de le souligner. Tony ne le fera d'ailleurs jamais, Tony restant son nom d'artiste et il ne dérogera que très rarement à ce nom, même en se démasquant de ses personnages. Il l'a toutefois fait également, mais plutôt en 1997 en participant au débat sur les vacances sous le prénom Patrick. Bref, pour connaître le vrai prénom des habituels, il faut les détecter dans les très rares occasions où ils ne prennent pas de pseudo, notamment parce qu'ils se cherchent encore dans leurs jeux d'acteur d'improvisation.
=== Les personnages ===
* Jean-Luc (JL)
* Gérard Cousin, Phildar et Manu
* Christophe : Zack (anciennement Steve)
* Goldo : Fred
* Rita: Billy Jean (BJ)
* Franck : Laurent
* Carole : Jeannette
* Maria Carey (Maria)
* Tony Morestin : Pierre
* Igor : Reza
* Tom
=== Transcription ===
'''Gérard''' : Voilà il nous reste une petite heure à passer ensemble, 1H19 eaactement. Donc vous pouvez toujours nous appeler au 0803 08 5000 et 0800 70 5000 et toujours le 3615 Code Fun Radio rubrique direct et bien sûr j'espère qu'on va avoir cette fameuse Maria Carey depuis le temps qu'on l'attend et qu'elle s'amuse à nous laisser des messages, j'espère que ce coup là on va l'avoir. Donc le deuxième débat, c'est sur les grandes surfaces, alors on va accueillir Jean-Luc. J'espère que tu vas te réveiller parce que sinon tu vas... Tiphène. Zack. Et Billy Jean ? Janette. Laurent. Bonsoir. Donc, bonsoir à tous. Donc voilà. Alors, êtes-vous pour l'ouverture des magasins de CD le samedi et le dimanche... le samedi et le dimanche, et le week-end et les jours de fête ? Alors, on va demander à... Ben, on va demander à Tiphène, comme c’est une caissière.
'''Tiphène''', ''[la voix sourde]'' : Bon alors, en fait, moi, pour ne pas citer la marque, je suis caissière à Carrefour.
'''Gérard''' : Euh, Manu, s’il te plaît ?
'''Manu''' : Bon, Tiphène, on est dans l’obligation de te dégager. Je suis désolé.
'''Gérard''' : Alors, on va demander à Laurent, qui est vigile.
'''Laurent''' : Oui, je suis vigile mais... Ben non, ben non ! Parce que ça fait plus de boulot !
'''Gérard''' : Bah oui, mais dans ce cas-là, les week-ends, vous êtes payés plus cher.
'''Laurent''' : Bon, on est payés quatre fois plus cher, quoi, mais bon, les heures, il faut les faire. Les heures, il faut les faire, et puis c’est chiant, quoi.
'''Jeannette''' : Oui. Alors moi, je pense qu’effectivement les grandes surfaces devraient être ouvertes, parce que, je veux dire, le vendredi soir on sort en boîte, le samedi après-midi on n’a pas le temps d’aller acheter des CD... Donc ça serait bien que ça soit ouvert le dimanche quand même. T’es pas d’accord avec moi, Gérard ?
'''Laurent''' : Attends, il faut faire des concessions, hein. Faut penser à ceux qui travaillent dans les supermarchés aussi.
'''Gérard''' : Oui, mais moi je suis d’accord, je suis d’accord avec... Qui c’est qui vient de dire ça ? Oui, moi je suis tout à fait d’accord avec toi, Laurent. Bon, ben d’accord. Tu me diras, faut faire des concessions. Mais faut dire aussi que ceux qui sortent en boîte le vendredi n'ont pas le temps de... Tu me diras, il y a certaines surfaces qui restent ouvertes quand même jusqu'à 22h.
'''Zack''' : 22h30 !
'''Gérard''' : Non, 22h. Non, non, non, 22h, 22h.
'''Laurent''' : Attends Gérard, je suis vigile, moi ! Il m’arrive de bosser jusqu’à 22h30, hein. Je travaille pour "les Mousquetaires", pour ne pas citer la marque.
'''Gérard''' : Ouais, ben voyons. Les Mousquetaires ? Ouais, Inter-Mammouth, d’accord, OK. Euh, Billy Jean, pour toi ?
'''BJ''' : Écoute Gégé, j'en profite pour faire... j’aimerais faire une petite déclaration si tu me permets.
'''Gérard''' : Non, non, non, non, non ! Hey ! Tu réponds à la question, sinon tu...
'''BJ''' : Oui, oui, je réponds à la question, mais parce que je suis tout à fait pour...
'''Laurent''' : Gérard, je fais des gaufres, t’en veux une ?
'''BJ''' : Gégé, je suis tout à fait pour l’ouverture des supermarchés et des trucs de disques, quoi, parce que le samedi et le dimanche, tu t’emmerdes. Et voilà, quoi. Donc c’est pour ça que je faisais une déclaration à l’Association des Supermarchés et des Magasins de Disques, quoi.
'''Laurent''' : Ouais, mais le problème, c’est que si les magasins ouvrent le dimanche, c’est que, ben, nous...
'''Gérard''', ''[face à Manu lui faisant un signe]'' : Attendez, attendez ! Attends, Laurent, Laurent, Laurent... T’attends cinq minutes s’il te plaît. Euh...
'''Laurent''' : Cinq minutes, hein, pas plus !
'''Manu''' : On accueille donc Maria Carey.
'''Maria''' : Ça y est, t’as quand même raccroché ton Minitel depuis le temps qu’on te l’a demandé ? Alors, euh, Laurent, donc tu disais, toi...
'''Laurent''' : Moi, je disais que c’est pas bien que les magasins de CD ouvrent le dimanche parce que, déjà, nous ça nous fait faire plus de boulot, nous on s’emmerde et, comme on s’emmerde, ben ça facilite la chourre, quoi.
'''Gérard''' : Ouais, mais vous vous emmerdez, mais dans ces cas-là, c’est là où vous avez le plus de monde. C’est là où il y a le plus de monde, hein, quand même.
'''Laurent''' : Bah oui, c’est vrai. Mais... Parce que nous, si on doit travailler le lundi, le mardi, le mercredi, le jeudi, le vendredi, le samedi et le dimanche, il reste plus beaucoup de jours dans la semaine pour qu’on se repose.
'''Maria''' : Mais si, vous avez le lundi et le mardi.
'''BJ''' : Gégé ? Mais d’un côté, en fait, je suis d'accord pour le dimanche parce que le dimanche, c’est le jour du Seigneur. Donc, comme tu sais bien, il ne faut pas travailler. Et donc, d’un côté je suis d’accord et d’un autre côté je suis pas d’accord, en fin de compte.
'''Zack''' : Bah écoute, moi je pense que ça pourrait relancer l’économie. On se fait tellement chier les dimanches... Donc ça peut faire aussi un petit peu d’activité. Voilà.
'''JL''' : Alors moi, je suis plutôt pour. Ah non, non, sans... je suis plutôt contre. Parce que moi, je regarde la télévision le dimanche...
'''Laurent''' : C’est vrai que le Sandy a servi d’emblème pour faire Mammouth ?
'''Gérard''' : Qui c’est qui vient de dire ça ?
'''Phildar''' : C’est une erreur en plus.
'''JL''' : Bon, Jean-Luc, moi je vais continuer... Je peux parler ? Bah non, j’ai plus envie.
'''Phildar'' : Bon, alors c’est pas grave, j’ai des messages sur le Minitel. Donc déjà, je tiens à saluer Yvanne qui voulait que je dise son nom à l’antenne. Et surtout, on te demande, Gérard, si tu vas à BUT le dimanche pour jouer aux boules.
'''Gérard''' : Non. ''[BJ éclate de rire]''. Bah oui, la boule aux Buttes, c'est ça ? ''[rires ironiques]''.
'''Maria''' : Ouais, bah je disais que j’étais pour, parce que vraiment, le dimanche, il n’y a rien à faire.
'''Phildar''' : Tu peux le faire maintenant en étant réveillée, ça nous arrangerait, Maria ?
'''Gérard''' : Ouais, parce que là, tu t’endors complètement et ça commence à devenir très, très, très grave.
'''BJ''' : Mzis Gégé ? Euh, je voulais te dire un truc, mais c’est pas grave, je te le dirai après. Parce que sinon tu vas gueuler.
'''Gérard''' : Mais si c’est une connerie sur Sandy, c’est pas la peine !
''' BJ''' : Non, non, c’est pas une connerie sur Sandy. Non, je voulais te dire, en fait : est-ce que toi tu es d’accord pour l’ouverture des magasins et tout ça, quoi ?
'''Gérard''' : Ah bah moi, oui, oui ! Je suis d’accord tout à fait, parce que le samedi ou le dimanche, moi je suis d’accord qu’il y ait certaines grandes surfaces qui soient ouvertes pour faire les courses, ça c’est sûr.
'''BJ''' : Donc en fait, t’es d’accord parce qu’on se fait chier le dimanche ?
'''Gérard''' : Bah oui. Voilà.
'''Jeannette''' : Tout à l’heure, t’as dit non, Gérard.
'''Gérard''' : Oui mais... Ah non, non, non, non ! C’est pas moi qui ai dit non. Attention, non, non, j’ai jamais dit non, non, non, non !
'''Laurent''' : C’est Laurent, là. Je peux poser une question ? Alors, vous me faites marrer parce que vous êtes là : "On se fait chier le dimanche", "On veut les magasins ouverts"... Mais faut penser à nous qui bossons !
'''BJ''' : Ouais, mais vous êtes payés plus, hein.
'''Laurent''' : Ah ouais, mais attends ! C'est pas avec de l'argent qu'on pourra se reposer, merde !
'''Maria''' : Faut faire des choix dans la vie, hein.
'''Gérard''' : Mais attends, Laurent, dans ces cas-là, vous avez quand même des jours de repos dans la semaine, hein.
'''Laurent''' : J'ai jamais de jours de repos dans la semaine, moi !
'''Gérard''' : Comment ? Attends, attendez, attendez, calmez-vous. Comment, Laurent ? J’ai pas tellement compris là. Tu dis que t’as jamais de jours de repos ? Tu te fous de moi, là ?
'''Phildar''' : Tu te fous de Gérard, là, ou quoi ?
'''Gérard''' : Laurent, je vais te dire une chose : j'ai jamais vu un agent de sécurité bosser 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, hein !
'''JL''' : Faut pas prendre les gens pour des canards.
'''Laurent''' : Non, Gérard. Je travaille tous les jours, j’ai rarement de jours de repos, parce qu'on ose à plein régime, quoi.
'''Phildar''' : Attends, t’es bien en week-end la semaine, toi, non ? Ah ouais, bah voilà ! Donc tu travailles que le week-end, toi.
'''Laurent''' : Bah, je travaille la semaine en week-end, quoi.
'''Phildar''' : Ah ouais, mais le week-end, c’est la semaine pour toi ? Le problème, c'est que j'ai des week-ends de 7 jours.
'''Gérard''' : Non, mais ça va pas, non... Non, mais de toute manière, on va faire un débat sur les agents de sécurité un de ces jours. ''[réprobation de Billy Jean et de Jeannette]''. Ah bah si, j’ai le droit de faire ce que je veux...
'''Manu''' : Mais t’auras pas de nanas, Gérard, réfléchis !
'''Gérard''' : Il y a des nanas qui font de la sécurité, je suis désolé, maintenant.
'''Phildar''' : Non, ça s’appelle des chiens, c’est pas des nanas.
'''BJ''' : Toi qui disais tout à l'heure, tu disais : "Ouais, Max et tout, on aimerait bien qu'il nous parle de sujets qui nous fassent rire, etc."... Bah je trouve que les sujets que tu choisis, ça fait pas rire. Les agents de sécurité, y a rien de drôle.
'''Phildar''' : Pour le moment, le débat c’est "les grandes surfaces". Le cul, ça va arriver, vous inquiétez pas ! Avec Gérard, ça arrive toujours. Et j’ai un message Minitel encore, de Ben, qui demande si toi, Gérard, pour te taper un délire, t’essaierais pas les lits dans les grandes surfaces avec Sandy.
'''Gérard''' : Mais... mais... mais attends ! L’autre, il pose une question, mais il va attendre un petit peu. Il va attendre un petit peu, parce que la question va sûrement...
'''Phildar''' : Bon bah Ben, attends. Ça se trouve, la question, Gérard il l’a écrite avec ses serviteurs...
'''Gérard''' : Donc là, je pense que je vais avoir des réactions vachement très, très dures... Même bidons, je pense, sur cette question. Alors, deuxième question : qu'achetez-vous le plus en grandes surfaces ? ''[les auditeurs demandent un pardon interrogatif, l'un après l'autre]''. Oh s’il vous plaît ! Vous vous calmez ou sinon vous allez tous dégager !
'''Jeannette''' : On n'a pas compris la question, Gérard. Tu peux répondre s'il te plaît ?
'''Gérard''' : Qu'achetez-vous le plus en grandes surfaces ?
'''Jeannette''' : Ah oui, d’accord on a compris. Ouais. Moi, ce que j’achète le plus en grandes surfaces, c’est les cassettes de cul. Et surtout les ustensiles d’amour. C’est-à-dire gode, gode-ceinture... Tu vois ?
'''Phildar''' : Ouais, OK. Mais ça, tu le trouves pas en supermarché facilement. Gérard, est-ce que tu connais les supermarchés du sexe ?
'''Gérard''' : Non. Non, j’ai jamais... Je sais, à part les cassettes vidéo porno, c’est tout.
'''Jeannette''' : Tu veux que je t’emmène, Gérard ?
'''Gérard''' : Non, non, c’est bon.
'''Jeannette''' : Avec Sandy ?
'''Gérard''' : Non. Merci, Jeannette, pour...
'''Jeannette''' : Non, mais je vous emmène tous les deux pour découvrir. Si tu veux, je peux vous emmener dans une boîte d’échangisme.
'''Gérard''' : Non, non, mais j’ai pas besoin. Non, mais je te signale que je connais Paris mieux que toi ! Alors, je peux te dire que dans Paris, je connais pas mal de coins bien, OK ? Donc, on va demander à Jean-Luc.
'''JL''' : Bon ben moi, j’achète des crayons à papier rouges. Parce que c’est moins cher.
'''Gérard''', ''[dubitatif]'' : Et tu n'achètes pas des crayons à papier noirs non plus ?
'''JL''' : Non, que des rouges.
'''Gérard''' :— Parce que t’es raciste ?
'''Phildar''' : Oh, n’importe quoi Gérard ! C’est pas du tout ça... C’est nul. ''[Gérard se rétracte, penaud]''.
'''JL''' : Les rouges sont moins chers que les bleus. Bon, j’ai fait une petite comparaison : je vais plutôt chez Mammouth pour les rouges.
'''Gérard''' : Jean-Luc, s’il te plaît, tu vas arrêter de citer des...
'''Phildar''' :pas de marques, pas de pub !
'''JL''' : Je vais chez M.M.M.M. pour les crayons rouges. Pour les bleus, je vais chez M.M.M.M. ''[chantés sur le générique de l'époque des magasins Intermarché]''.
'''Phildar''' : INtermarché ?
'''Gérard''' : Et les verts ? Et les verts, tu vas où ?
'''JL''' : Alors là, les verts, j’ai du mal à en trouver parce qu’ils sont tous à peu près au même prix.
'''Laurent''' : Ben les verts, moi je te conseillerais d’aller chez M.M.M.M.
'''Phildar''' : Auchan ?
'''Manu''' : Mammouth, Leclerc, Casino...
'''Gérard''' : Non, mais c’est bon ! On a dit pas de marques, s’il vous plaît. Zack ?
'''Zack''' : Écoute, moi c’est simple. Les deux seuls produits que j’achète dans les grandes surfaces et autres, c’est les kiwis et les crevettes. Voilà. Des kiwis. Tu sais, c’est un fruit qui est tout vert. Les crevettes, c’est tout rose...
'''Gérard''' : Ouais, ben je le sais ça, c’est du poisson.
'''Zack''' : Non, c’est des crevettes. La crevette, c’est pas du poisson. C’est des crustacés.
'''Laurent''' :— Mon cul, c’est du poulet !
'''Gérard''' : Ouais, mon cul c’est du poulet, t’en veux pas une aile ? Billy Jean ?
'''BJ''' : Oui, écoute... Moi, je vais à Carrefour.
'''Gérard''' : Pas de noms ! On a dit pas de marques, s’il vous plaît.
'''BJ''' : D’accord, OK. Écoute, moi j’y vais, c’est pour acheter euh... c’est pour acheter des pots de peinture. Et euh, j’achète tout ce qui est bricolage, tout ça, et euh, et puis euh, j’achète des fruits et puis j’achète... Voilà.
'''Laurent''' : Ben écoute, moi...
'''Gérard''' : Attendez, attendez, attendez ! Il y a une question.
'''Phildar''' : Non, non, je vouslais seulement... seulement, après, n’oublie pas de répondre, toi.
'''Gérard''' : Ouais, ouais, ouais, mais je vais répondre, t’inquiète pas. Euh, Laurent ?
'''Laurent''' : Ouais. Ben moi, étant donné que je travaille dans un milieu de supermarché, j’achète rarement, quoi. On me donne. Euh... ce qu’on me donne, ce sont des denrées alimentaires, quoi. De la bouffe : café, chocolat, Corn Flakes, quoi. Voilà, de la bouffe, quoi. Euh, c’est tout. De la bouffe pour manger, quoi. Le nécessaire pour survivre.
'''JL''' : C'est périmé !
'''Laurent''' : On me le donne bien parce qu’en plus de mon salaire, et j’ai pas à investir dans de la bouffe, quoi.
'''Gérard''' : Hum. Ouais, mais ça, c’est le directeur qui te le donne.
'''Laurent''' : Ben écoute, mon directeur, Monsieur Hum-hum-hum-hum, est sympathique et, là-dessus, ben il me file déjà un bon salaire de quelques... hein, et euh, en plus j’ai de la bouffe, donc j’ai pas à me plaindre. Je me plains des horaires parce que je travaille 7 jours par week-end.
'''Gérard''' : Ouais, c’est ça, 7 jours par week-end.
'''Phildar''' : Je voudrais seulement dire un truc. Claire, qui est sur le Minitel, qui est du département 06 : qu'elle raccroche et surtout qu'elle mette son numéro parce qu’elle veut te dire un truc très, très chaud, Gérard. Et aussi, on manque de filles, donc les filles, appelez au 0803 08 5000, merci !
'''Gérard''' : Ouais, parce que là on en a, mais je crois qu’elles dorment un peu. Euh, Jeannette ?
'''Jeanette''' : Oui. Alors moi, j’essaie d’acheter tout ce qui est concombres, carottes...— Salades vertes, raclette... Tout ce qui est plutôt fruits et légumes.
'''Gérard''' : Ouais, mais Jeannette ? Dans ces cas-là, si tu vas dans une grande surface et que t’achètes que des fruits et légumes, t’achètes jamais de viande alors ?
'''Jeanette''' : Bah non, parce que je préfère les fruits et légumes. Je suis végétarienne, donc...
'''Gérard''' : Ah d’accord. Mais de toute manière, ça t’empêche pas de manger de la viande quand même.
'''Jeannette''' : Bah non ! Quand on est végétarienne, on ne mange pas de viande, Gérard.
'''BJ''' : Ça veut dire quoi "de végétarien" ?<ref name="hist27"></ref>
'''Gérard''' : Bah, ça veut dire que tu manges pas de viande, à mon avis. C’est ça ?
'''Manu''' : Donc alors, on accueille Fred à la place de Maria Carey parce qu’elle disait rien.
'''Gérard''' : Donc alors, pour toi, Fred, je pense que t’as entendu la question.
'''Fred''' : Non, pas du tout.
'''Gérard''' : Alors : qu’achetez-vous le plus en grande surface ?
'''Fred''' : Euh... des paillassons.
'''Gérard''' : Ouais, pour faire quoi ?
'''Fred''' : Bah pour m’essuyer les pieds, qu’est-ce que tu crois ?
'''Manu''' : Tu t’essuies les fesses avec des paillassons, Gérard ?
'''Gérard''' : Ah non, c’est Fred, hein, c’est pas moi !
'''Phildar''' : Il se mouche, il se mouche avec un paillasson !
'''Gérard''' : Alors moi je peux... Donc je vais quand même vous dire. Moi, j’achète en plus grande quantité... Merci pour celui qui fait du bruit derrière. Donc euh, j’achète le plus de la nourriture et, bien sûr, euh... des préservatifs. Et je pensais qu’il allait y en avoir qui allaient me parler de ça, mais je pense que là vous allez...
'''Zach''' : Des cotons-tiges ?
'''Laurent''' : Moi j’en ai parlé, Gérard ! De la bouffe.
'''Gérard''' : Oui, mais je pensais que vous alliez me dire qu’on achète aussi des préservatifs, et personne n’y a repensé.
'''Phildar''' : Il y a une question, excusez-moi, sur le Minitel, de Zeus, qui demande si c’est Gérard ou Sandy qui font les courses au supermarché.
'''Phildar''' : D’accord. Et vous achetez quoi ? Toi, qu’est-ce que tu vas acheter dans le supermarché pendant que Sandy, elle, va acheter autre chose ?
'''Laurent''' : Non mais on est tous les deux à faire ! Oh, s’il vous plaît, vous pouvez répondre ? Merci. Oh, merci. Donc ce qu’on achète : on est tous les deux, on fait tous les deux les rayons et on achète ce qu’on a besoin.
'''Fred''' : Ouais, c’est Fred. Je voulais savoir si Sandy, elle te promène dans le caddie, tu sais, comme les bébés.
'''Gérard''' : Non, non, non, non ! Quand même pas.
'''Fred''' : Tu la promènes ou pas ?
'''Gérard''' : Quand même pas. Non, non, non ! Quand même pas à ce point-là. Laurent ? Oui, tu avais une question ?
'''Laurent''' : Combien est-ce que tu dépenses en moyenne par semaine hebdomadairement pour les courses ? Tous les jours.
'''Gérard''' : Tous les jours ou par semaine ?
'''Phildar''' : Quotidiennement, par semaine, combien ?
'''Gérard''' : Quand on fait les courses, on fait les courses pour un mois.
'''Zack''' : Donc tu les fais annuellement ?
'''Fred''' : C’est comme quand il se lave : pour le mois !
'''BJ''' : C’est toi qui achètes le savon, le shampoing et tout ça ?
'''Jeannette''' : Donc vous dépensez combien par mois ?
'''Gérard''' : En tout, ça nous fait du 1000 balles.
'''JL''' : Mais le problème avec le savon, c’est qu’il s’en sert pas parce qu’il n’y a pas de notice dans l’emballage !
'''Gérard''' : Qui c'est qui dit ça, là ? Donne ton nom là s’il te plaît.
'''Phildar''' : C’est Jean-Luc.
'''Gérard''' : Jean-Luc, bonne nuit !
'''Phildar''' : Mais non ! C’est une blague, c’était pas Jean-Luc.
'''Laurent''' : Alors moi, je suis vigile, je peux raconter des anecdotes ? Alors moi je suis vigile, je vais t’expliquer comment ça se passe. Alors toute la journée je me promène dans les magasins, je fais semblant d’acheter. En fait, j’achète pas.
'''Gérard''' : Non, non, non ! Attends. Déjà, tu fais pas semblant d’acheter. Tu es là pour surveiller ceux qui volent.
'''Laurent''' : Oui, je suis là pour surveiller. Je me fais passer pour un client, je fais semblant d’acheter mais j’achète pas. Et une journée, j’ai trouvé une femme qui planquait tout au niveau de sa poitrine. Et il se trouve qu’en fait, je me suis trouvé con parce que... c’était sa poitrine. C’est pas des conneries, quoi. Je me suis trouvé con et je me suis fait virer, quoi. ''[rire forca de Phildar et sourire de Gérard]''.
'''Gérard''' : D’accord. Jean-Luc ? T’as quelque chose à rajouter sur la question ?
'''JL''' : Ah non, je suis d’accord.
'''Laurent''' : Par contre, c’est Laurent. J’ai une deuxième anecdote.
'''Gérard''' : Attends, Laurent, s’il te plaît. Laurent, s’il te plaît ! Non mais attendez s’il vous plaît. Zack, t’as quelque chose d’autre à rajouter sur la question ?
'''Zack''' : Non, non, non. Aucun, aucun.
'''Gérard''' : Bon. Billy Jean, je pense que toi t’as encore quelque chose à rajouter.
'''BJ''' : Oui, comme d’hab. Et je voulais te dire : un flacon de shampoing, ça dure combien de temps chez toi ?
'''Gérard''' : Euh... ça me fait deux mois. En te lavant pas la tête toutes les semaines.
'''Jeannette''' : Une fois par semaine ?
'''Gérard''' : Non mais déjà, il y a eu une statistique de faite : si tu te laves trop souvent la tête, après t’as des problèmes de cheveux.
'''BJ''' : Et Gégé, toi tu te laves combien de fois par semaine ?
'''Gérard''' : Je me lave tous les jours !
'''Phildar''' : Et il y a une question sur Minitel...de... je-sais plus qui, parce que le nom est passé. Et il demande si, pour faire des économies de shampoing, tu te laves pas avec les chiens d’Henri.
'''Gérard''' : Hé ! Je te préviens, le mec, il a intérêt à se calmer parce que Henri, il est là-haut. Alors il ferait mieux de se calmer.
'''Manu''' : C’est pas sympa pour les chiens d’Henri, en plus.
'''Phildar''' : Calme-toi, Lascar. Et surtout, Yvanne... Donne ton numéro de téléphone ! C’est une fille, elle veut participer au débat.
'''Gérard''' : Alors qu’elle raccroche ou qu’elle donne son numéro.
'''JeanetteJ''' : Gérard, je peux te poser une question ? C’est Jeannette. Oui, j’aimerais savoir si tu mets du shampoing pour te laver l’anus. Si tu le mets à l’intérieur du... ou si tu laves juste le tour.
'''Gérard''' : Non mais attends, là...
'''Phildar''' : Non, non ! C’est pas le thème du débat, Gérard, ce qu’elle dit là.
'''Gérard''' : C’est pas du tout le thème, donc je répondrai pas à cette question.
'''Laurent''' : Gérard, c’est Laurent. J’ai une deuxième anecdote à propos de mon métier de vigile. Et celle-là, elle est moins marrante. C’est qu’un jour j’ai pris une femme à voler. Et je voulais dire que là, c’est dégueulasse parce que je me suis trouvé con, parce qu’elle volait pour donner à manger à ses enfants.
'''Gérard''' : Mais ça, c’est souvent.
'''Laurent''' : Ouais, mais ça c’est dégueulasse et je sais pas trop quoi faire dans ces cas-là. Ça, je peux te dire que ça m’est arrivé déjà trois ou quatre fois en deux mois de métier de vigile, et je peux te dire que c’est assez dur à assumer.
'''Gérard''' : Ouais, mais ça, je peux te dire une chose, Laurent : c’est fréquent ce que tu viens de dire. C'est régulier. Parce que t’as qu’à voir... je sais pas, là, pas en ce moment parce que je prends pas le métro, mais sinon t’as pas mal de personnes qui sont là devant l’entrée des bouches de métro et qui font la manche, et qui ont un petit avec eux... ''[Bruit d'une communication coupée sur le téléphone fixe]''. Qui c’est qui vient de raccrocher ?
'''Manu''' : C’est Zack.
'''Laurent''' : Et toi, Gérard ? Est-ce que tu donnes des pièces aux gens qui font la manche ?
'''Gérard''' : J’ai donné. Au début je donnais, mais maintenant je donne plus.
'''Fred''' : Je peux te poser une question ? C’est Fred. Donc sur les grandes surfaces... Il paraît que si on regarde ta cervelle, c’est une toute petite surface, c’est vrai ?
'''Gérard''' : Non, ça c’est faux. Alors Fred, tu as... tu as... tu as... tu vas te calmer !
'''Fred''' : Non mais je pense que je recentre le débat.
'''Gérard''' : Quelle différence y a-t-il entre un supermarché et une épicerie ?
'''Les auditeurs, l'un après l'autre, une voix un peu enfantine''' : Moi je sais ! Alors, Jeannette ?
'''Jeanette''' : Alors, la différence, c’est que dans une grande surface, on peut trouver beaucoup plus de choses que dans une épicerie. Et l’épicerie, c’est beaucoup plus cher que les grandes surfaces. Et dans les épiceries, on n’a pas de caddie, on est mal servis, on est mal accueillis, et voilà.
'''Fred''' : Ouais, les épiceries, c’est pour les vieux.
'''Gérard''' : Pas spécialement ! Mais Fred, moi je peux te dire une chose : quand tu as besoin de quelque chose et que la grande surface elle est fermée, t’es bien content d’avoir une épicerie quand même à côté de chez toi.
'''Laurent''' : Fred, je l’ai reconnu, c’est Ultraman !
'''Gérard''' : Ça y est, c’est tout ? Vous vous arrêtez ? Laurent ?
'''Laurent''' : Donc la différence entre un supermarché et une épicerie, c’est que bon bah déjà, c’est un commerce, donc il n’y en a pas vraiment. Mais l’épicerie, c’est un magasin de proximité plus cher qu’un supermarché, il est vrai.
'''Gérard''' : Non, mais tu reviens à la question que Jeannette disait !
'''Laurent''' : Exactement ! Je suis tout à fait complètement d’accord avec toi, mais d’un côté je préfère le supermarché quand même.
'''Gérard''' : Oui mais... D’accord, je suis d’accord avec toi, Laurent. Je vais revenir sur cette question-là après. On va demander déjà à Billy Jean qui va répondre et je vais réagir aussitôt derrière.
'''BJ''' : Écoute Gégé, moi je crois que c’est une question surface, donc l’aire c’est pas la même chose, quoi. Premièrement en 1...
'''Laurent''', ''[à mi-voix]'' : au carré du rectangle...
'''BJ''' : ...Et en 2, c’est que les prix, ils sont multipliés par 20. Hein !
'''Gérard''' : Non, non, non, non ! Attends, Billy Jean. Je vais te dire une chose : dans une grande surface, les prix sont quand même contrôlés. Dans les épiceries aussi. Nuance ! Nuance ! Attends, attends ! Si, si, je peux te dire que les prix sont contrôlés. Désolé.
'''BJ''' : Il y a une troisième différence, c’est que le nombre de caissiers et de caissières est limité.
'''Gérard''' : Mais attends ! Dans une épicerie, tu ne vas pas mettre 50 caissières.— Oui mais attendez. Par contre, si des fois vous pouvez avoir une caissière qui pourrait... ''[Fred lance un oui de réaction, en voix de tête]''. Non, mais c’est bon là le travlo...
'''Phildar''' : Non, c’est la caissière qui te répondait là, Gérard !
'''Manu''' : On va en avoir une, caissière, si Yvanne raccroche son Minitel.
'''JL''' : Bon ben moi, la différence qu’il y a entre une épicerie et un supermarché — c’est ça la question ? — c’est que sur l’épicerie, il y a marqué "Épicerie". Et au supermarché, il n’y a pas marqué "Épicerie", mais il n’y a pas marqué "Supermarché" non plus. Il y a marqué hmmm...
'''Phildar''' : ou alors il y a marqué "Intermarché", "Auchan"...
'''Fred''' : Pas de noms ! Pas de marques !
'''Manu''' : "Casino"...
'''JL''' : ...Ou alors des fois il y a marqué aussi hmmm...
'''Fred''' : Arrêtez de dire Mammouth ! On dit pas Mammouth !
'''Laurent''' : On dit pas mamouth, on dit Sandy.
'''JL''' : C’est une bonne réponse ?
'''Gérard''' : C’est pas mal, ouais. J’ai cru entendre un truc qui m’a pas fait plaisir. Donc alors, je vais répondre. Je vais quand même répondre à Laurent et à Jeannette sur ce qu'ils m'ont dit. Sur cette question-là, moi je peux vous dire une chose : on est bien content d’avoir des épiceries quand même. Parce que si les grandes surfaces sont fermées le dimanche — comme il y en a certaines — on est bien content d’avoir une épicerie pour aller chercher ce dont on a besoin à côté de chez soi.
'''Jeannette''' : T'as qu'à faire tes courses pour le mois.
'''Gérard''' : Oui, mais d’accord, mais tu peux pas tout trouver dans une grande surface. Parce que regarde... attendez, attendez !
'''Phildar''' : C'est vrai qu'il y a beaucoup plus de trucs dans une épicerie, c’est clair.
'''Gérard''' : Non mais regarde, Jeannette. Moi je vais te dire une chose. Quand t’as eu la grève, là, des routiers qui t’ont tout bloqué... Heureusement que t’avais des épiceries pour... ''[quelqu'un souffle dans le combiné de son téléphone]''. Oh, s’il vous plaît ! Vous arrêtez de faire du bruit derrière, merci ! Quand je réponds, sinon je ne vais plus répondre aux questions. Vous allez voir, ça va aller très vite avec moi, là ! Donc, quand il y a eu... je disais donc : quand il y a eu la grève des routiers, qu’ils ont tout bloqué les grandes surfaces et tout, donc tu étais bien contente d’avoir une petite épicerie pour trouver ce que tu avais besoin.
'''Jeannette''' : Bah oui ! Surtout que dans l’épicerie, c’est beaucoup plus grand qu’une surface.
'''Gérard''' : Non mais dans l’épicerie, c’est peut-être plus cher... Ça, je le reconnais, c’est vachement cher, ça c’est sûr. Mais c’est le problème... c’est le problème qu’on pourra jamais résoudre. Une épicerie, c’est trop cher.
'''Laurent''' : Gérard, c’est Laurent. Moi, je voulais te dire que je suis pas tellement d’accord avec ce que tu dis. Parce que les épiceries, comme les supermarchés qu’on avait à la grève des routiers, n'étaient pas ravitaillées non plus, hein. Donc les épiceries étaient plus facilement dévalisées que...
'''Gérard''' : Ah non, non, non, non ! Ça a été les grandes surfaces... ça a été les grandes surfaces qui ont été dévalisées en premier ! Je suis désolé, Laurent.
'''Laurent''' : Oui, mais les épiceries n'étaient pas ravitaillées non plus.
'''Gérard''' : Ouais, mais t’avais certaines épiceries qui étaient ravitaillées.
'''JL''' : Par hélicoptère, je crois.
'''Phildar''' : Par sous-marin, je crois !
'''Manu''' : On accueille donc une caissière : Yvanne. Yvanne, bonsoir.
'''Yvanne''' : Bonsoir.
'''JL et Laurent''' : C’est un travlo !
'''Gérard''' : Oh s’il vous plaît, là, vous vous calmez derrière ! Sinon ça va gerber sec, hein, maintenant. Attends ! Tu permets, Billy Jean ? On va demander à Yvanne de répondre. Donc : quelle est la différence... quelle différence y a-t-il entre un supermarché et une épicerie ?
'''Yvanne''' : Bah, la surface.
'''Phildar''' : C'est une caissière hein.
'''Gérard''' : Bah ouais, bah ça... Hé hé, c’est le débat sur les grandes surfaces ! Ça m’aurait étonné que tu me parles des surfaces. Ça, euh...
'''BJ''' : Gégé ? Je peux dire un truc ? Je voulais te dire : en fait, c’est vrai qu’il y a aussi un autre élément. C’est que dans les épiceries, il y a des articles que tu ne trouves pas en supermarché. Il y a des trucs... je sais pas, il y a plein de choses que tu ne peux pas trouver en supermarché. Je trouve que c’est dommage.
'''Gérard''' : Ouais, mais d’accord, OK. Donc on va poser la quatrième : seriez-vous prêt à danser dans un supermarché ? Et on s’écoute "Les Rois du MC" avec : "Tiens, moi ça, ça me gratte". Et on se retrouve tout de suite après. ''[Musique]''
0803 08 5000 et 0800 70 5000. Et toujours le 3615 code Fun Radio, rubrique "Direct",
'''Phildar''' : Où il y a Pamela qui doit raccrocher car on va la rappeler.
'''Gérard''' : Et voilà, c’est parti ! On récupère Jean-Luc... Yvanne... Billy Jean... Laurent...
'''Laurent''' : Bonsoir Gérard, bonsoir Manu, bonsoir Phildar, bonsoir tout le monde !
'''Gérard''' : Jeannette et Pierre. Bon... ''[La voix d'Yvanne crie : Bisou à Phildar !]''.
'''Phildar''' : On a compris, on continue le débat, merci !
'''Pierre''' : Tu dois kiffer comme un dingue.
'''Phildar''' : Vas-y Gérard, enchaîne !
'''Gérard''' : Seriez-vous prêt à danser dans un supermarché ? Pierre.
'''Pierre''' : Oui, oui ! S’il y a de la musique, s’il y a de la bonne musique, je suis prêt à danser dans le supermarché.
'''Jeannette''' : Ouais. Moi ce que je fais, c’est que je vais dans les rayons CD, j’écoute au casque... J’écoute au casque et là, je me mets à danser comme une folle !
'''Gérard''' : Ça, c’est tout le monde je pense, à mon avis.
'''Phildar''' : Sur quel genre de musique ?
'''Jeannette''' : Sur la techno, le rap, l'opéra, le classique, tout quoi.
'''Gérard''' : Sur la musique classique, tu danses ?
'''Jeannette''' : Ouais, opéra aussi. TU veux que je te montre ?
'''Gérard''' : Non c'est bon merci. Laurent ?
'''Laurent''' : Tu sais, sur "Radio Mousquetaire",<ref name="hist28"></ref> t'as pas tellement envie de danser...
'''Gérard''' : Laurent, si tu continues, si tu cites une marque de magasin, tu vas virer. Tu vas virer grave !
'''Laurent''' : C'est une radio, c'est une radio...
'''Gérard''' : Ouais, bah même les marques de stations de radio, d'accord ? C'est la dernière fois que je te le dis, OK ? Parce qu'il y a du monde qui attend derrière, je te le dis. Billly Jean ?
'''BJ''' : Oui. Écoute, j'ai pas écouté la question.
''[Gérard va s'énerver Manu l'interrompt]''.
'''Mnu''' : Non, c'est moi, c'est moi, Gérard, Gérard... C'est moi, je lui parlais au standard.
'''Gérard''' : Ah bon ? Alors : seriez-vous prêt à danser dans un supermarché ?
'''BJ''' : Écoute, s'il y a de la musique classique, s'il y a Beethoven, Mozart... ça met de l'ambiance, j'y vais, c'est clair !
'''Gérard''' : Ouais, d'accord. Tu danses sur de la musique classique, toi ?
'''BJ''' : Bien sûr.
'''Gérard''' : T'es comme Jeannette, là.
'''BJ''' : Bah oui. Quand il y a de la valse, du tango, tout ça, y'a pas de problème.
'''Jeannette''' : La salsa et tout.
'''Pierre''', ''[à mi-voix]'' : Ça va bien changé les débats...
'''Yvanne''' : Ouais, bah moi je serais prête à danser s'il y a Phildar avec moi.
'''JL''' : Bon bah moi, quand je vais acheter mes crayons bleus, je fais : *hum hum hum*. J'adore trop la musique qu'ils mettent, quoi, ça me fait trop triper ! Alors je prends un petit "exta" et tu me verrais, quoi, c'est grave... J'adore ! Je vais tout le temps là-bas, ils mettent de la pure zik. Et puis tout le temps je fais : *hum hum hum*, parce qu'ils mettent de la zik du tonnerre, quoi, c'est grave ! Il faudrait que tu viennes, Gérard, quoi, c'est : *hum hum hum*. Tu connais ?
'''Gérard''' : Moi personnellement, j'irais jamais danser dans une grande surface.
'''Pierre''' : Jean-Luc, tu veux pas que je te *hum hum hum* dans la cave ?
'''Gérard''' : S'il vous plaît, Pierre et Jean-Luc, vous vous calmez s'il vous plaît, merci. Sinon vous allez gerber tous les deux.
'''Laurent''' : Pierre ? Pierre ? Est-ce que je peux te prendre dans les cabines d'essayage ?
'''Pierre''' : Non non.
'''Gérard''' : Bon alors, Jean-Luc et Pierre...
'''JL''' : Mais c’est pas moi !
'''Manu''' : C'était pas Pierre, c'était Laurent.
'''Gérard''' : Tu prends Laurent et Jean-Luc, tu...
'''JL''' : — Mais c'est pas moi là oh ! Mais j'ai rien dit !
'''Gérard''' : Utilisez-vous les produits que vous achetez dans une grande surface ?
'''BJ''' : Non mais Gégé, t'as pas répondu là.
'''Gérard''' :Bah moi, je vous ai dit que j'aimais pas danser dans les supermarchés. Parce que quand tu fais tes courses, t'es pas là pour danser, t'es là pour faire tes courses.
'''JL''' : En plus c'est gratos, tu rentres gratos dans les courses.
'''Jeannette''' : En fait, la grande surface, c'est une boîte, hein !
'''Yvanne''' : Mais Gérard, faut joindre l'utile à l'agréable, faut danser.
'''Gérard''' : D'accord. Alors : utilisez-vous les produits que vous achetez dans une grande surface ?
'''Yvanne''' : Bah ouais, sinon je ne les achèterais pas.
'''BJ''' : Non, mais explique. C'est-à-dire ?
'''Yvanne''' : Bah, si je vais dans un supermarché, c'est quand même que j'ai besoin des produits que je vais acheter. Donc autant les utiliser après.
'''Pierre''' : Moi c'est le contraire. Moi ce que je fais, c’est que je les stocke, parce que j'ai flippé avec la Guerre du Golfe, là...
'''Gérard''' : Bon, Pierre, bonne nuit. Pierre, bonne nuit ! Allez, hop.
'''Manu''' : Il a rien dit là, Gérard. Tu t'es braqué contre lui, je sais pas pourquoi.
'''Gérard''' : Non, non, mais euh... il répond à côté de la question.
'''Manu''' : Mais non, il a dit qu'il stockait parce qu'il avait peur de la Guerre du Golfe !
'''Gérard''' : "Utilisez-vous les produits que vous achetez dans une grande surface", c'est pas le truc pour la Guerre du Golfe !
'''Manu''' : Et bah lui, il les stocke parce qu'il a eu peur.
'''Gérard''' : Bon, OK. Bon bah pour l'instant, il est euh... C'est pas le thème du débat.— C'est pas le thème du débat, d'accord Pierre. Alors, c'est la dernière fois que je te le dis aussi, à toi.
'''Pierre''' : Il y a de la discrimination, là !
'''Jeannette''' : Oui ! Alors moi, je ne les utilise pas. Je m'en sers d'objets de décoration et je les empile au fur et à mesure dans mon cagibi.
'''Laurent''' : Oui, bah moi, pas forcément. Parce que d'une part, comme je t'ai dit tout à l'heure, je ne les utilise pas.
'''Gérard''' : Bah ouais, et toi comme t'es vigile, donc...
'''Laurent''' : Des fois, je fais des dons aux Restos du Cœur.
'''Pierre''' : Pour nourrir ta famille !
'''Gérard''' : Ça suffit derrière s'il vous plaît avec les conneries !
'''Laurent''' : C'est Tony ! Non, rappelez les habituels parce que...
'''Gérard''' : Oh, ça commence à bien faire là ! Vous laissez parler Laurent s'il vous plaît, merci.
'''Laurent''' : Bah oui, mais attends, moi je me fais casser depuis tout à l'heure !
'''Gérard''' : Non, non, mais t'inquiète pas, entre Jean-Luc et Pierre, ça va, ils vont se calmer là.
'''Laurent''' : Moi je donne aux Restos du Cœur : Croix Rouge, Emmaüs, tout ça, quoi. Parce que moi, les trucs, je ne les paye pas. Donc pourquoi j'en ferais pas profiter les autres, quoi ? L'égoïsme, c'est pas mon truc.
'''BJ''' : Je réponds ? Écoute, moi j'achète plein... je fais des provisions, je fais des stocks, tout ça. Et euh... bah je les jette. Ou je les garde. En fait, ça dépend.
'''Gérard''' : Mais attends ! Tu vas acheter les produits que tu utilises, toi ? Tu jettes les produits que tu utilises ? Mais pourquoi ?
'''BJ''' : Bah écoute, euh... c'est psychologique, hein.
'''JL''' : Bah écoute, euh... moi j'achète des produits... ''[il est interrompu et couvert par des auditeurs qui se moquent, notamment Laurent]''.
'''Gérard''' : Bon, Jean-Luc s'il te plaît, tu te réveilles parce que ça commence à devenir lourd là.
'''JL''', ''[son faible]'' : Oui, mais je suis en train de parler, là !
'''Gérard''' : Non, mais tu te réveilles un peu plus. Tu te réveilles un peu plus et tu parles plus fort devant ton combiné s'il te plaît.
'''JL''', ''[criant et saturant le combiné]'' : Comme quand je vais acheter mes crayons bleus...
'''Gérard''' : Bon allez, Jean-Luc, c'est terminé pour toi. Terminé, terminé, c'est terminé ! Je commence à en avoir ras-le-bol de tes conneries. Allez hop, pour Jean-Luc, c'est fini. Manu, s'il te plaît !
'''Gérard''' : Euh, Pamela s'il te plaît, tu raccroches...
'''Phildar''' : On va essayer de la joindre. Bon, on a son numéro.
'''Gérard''' : Tu raccroches ton Minitel s'il te plaît, merci.
'''Laurent''' : Gérard, c'est Laurent. Euh, t'as le bonjour de ma mère. ''[éclat de rire général]''.
'''Gérard''' : D'accord, c'est... c'est bien. Oh, s'il vous plaît, s'il vous plaît, s'il vous plaît ! Je vais répondre. Donc alors, euh... les produits qu'on utilise, c'est des produits qui sont de démonstration. Et ça, je pensais que tout le monde allait en parler, mais ça, personne n'y est arrivé à cette question. Et pourtant, c'était une question qui était à peu près bien, hein. C'est des produits, c'est des trucs qui sont de démonstration. C'est comme le parfum : vous vous en mettez un peu sur la main pour savoir quelle odeur il a et si vous allez le prendre. Et derrière, vous avez les produits, vous avez le flacon neuf. Au début, c'est de la démo.
'''Jeannette''' : Ah, c'était ça Gérard ? On a mal compris la question.
'''Gérard''' : Ben "Utilisez-vous les produits que vous achetez dans une grande surface", c'est les produits qui sont en démo devant les trucs.
'''Phildar''' : Est-ce que t'as déjà goûté les saucissons, là ? Tu sais, des fois il y a des stands sur les côtés où ils coupent du saucisson, t'as déjà goûté ?
'''Manu''' : Ça, ça s'appelle un *peep-show*, les mecs.
'''Gérard''' : Non, mais ça c'est des démonstrations pour acheter de la charcuterie. Il y en a souvent dans les grandes surfaces, de ça.
'''Phildar''' : Mais t'en as déjà pris, des saucissons, ou pas ?
'''Gérard''' : Euh non, pas spécialement.
'''Phildar''' : Pas cette semaine, t'en as pas pris.
'''Manu''' : Attendez, excusez-moi... excusez-moi, on accueille Pamela. Mais je préviens tout de suite : c'est de la faute à Phildar si on l'a rappelée.
'''Jeannette''', ''[miéleuse]'' : Oui, Pamela, tu réponds à la question s'il te plaît.
'''Pamela''' : Oui. Est-ce que je peux avoir la question ? Parce que j'étais au standard, j'ai pas entendu.
'''Gérard''' : Utilisez-vous les produits que vous achetez en grande surface ?
'''Pamela''' : Ah bah bien sûr ! Sinon pourquoi on les achèterait, Gérard ?
'''Gérard''' : Pamela, tu vas te réveiller s'il te plaît. Oui, mais tu parles un petit peu plus fort. Oui, mais ça commence à m'endormir là, qu'elle parle tout doucement.
'''Pamela''' : Je sais Gérard, je me suis fait opérer il y a pas longtemps.
'''Gérard''' : Ah ouais, bah moi aussi ! Alors tu vas te réveiller s'il te plaît, merci. Il n'y a pas de "mon amour" qui tienne, d'accord ?
'''JL''' : Arrêtez de faire de la lèche à Gérard, il n'en a que pour Sandy.
'''Gérard''' : Bon alors maintenant, vous vous réveillez s'il vous plaît ! Alors Pamela, pour terminer ?
'''Pamela''' : Évidemment que j'achète les produits, Gérard. Pourquoi je les achèterais sinon ?
'''Phildar''' : D'accord, merci Pamela.
'''Phildar''' : Excuse-moi Gérard, deux secondes. Sur Minitel, il y a Céline qui a 19 ans. Ouais, laisse ton numéro, on peut te rappeler.
'''Gérard''' : Qui veut réagir au débat ?
'''Phildar''' : Non, non, elle veut seulement parler avec toi.
'''Gérard''' : Mais c'est bon, moi je veux pas voir...
'''Phildar''' : Mais non, je rigole ! Bien sûr qu'elle veut participer au débat, c'est tellement passionnant ce soir.
'''Laurent''' : Les gens qui volent les produits de démonstration, je ne peux pas les arrêter, quoi.
'''Gérard''' : Non mais attends. Les produits de démonstration, on l'a dit, c'est des trucs où la bouteille n'est pas complète.
'''Phildar''' : C'est qui le vigile, c'est Laurent ? Il paraît en ce moment, Laurent, je ne sais pas si tu l'as vu dans ton supermarché, il y a un moustachu qui traîne et qui volerait pas mal de trucs. Est-ce que tu l'as repéré ?
'''Manu''' : Au rayon de la vinasse, hein, bien sûr !
'''Gérard''' : C'est un petit moustachu qui a les...
'''Phildar''' : qui n'a plus de dents, oui c'est ça. Il n'a plus de dents,
'''Manu''' : Il a des croûtes sur les cheveux...
'''Pierre''' : Avec sa complice qu'on surnomme "Grosse Bertha" dans le milieu.
'''Gérard''', ''[rit de bon cœur, détournant la question vers Phildar]'' : T'es piégé là, mon pote ! Il a même une casquette, je peux te le dire, alors faites gaffe à lui.
'''Laurent''' : Je confirme. Il se balade avec une grosse qui a un piercing.
'''Pamela''' : Gérard, est-ce que tu penses que le supermarché généraliste a quelque chose à voir avec le premier débat ?
'''Gérard''' : Alors : prenez-vous de l'importance aux dates de consommation ? On va demander à Pamela. Pamela ? Pamela ?
'''Pamela''' : Oui, bonjour Gérard.
'''Laurent''' : Pierre, je peux causer avec toi ?
'''Manu''' : Gérard, moi je te propose un truc : Pamela, ça va pas être possible, on a besoin de la ligne en plus. Donc salut !
'''Phildar''' : Allez, bonne nuit Pamela, ciao. On va rappeler Céline, elle a l'air vraiment chaude.
'''Yvanne''' : Ouais, c'est important quand même.
'''Gérard''' : Mais dans quel sens ?
'''Yvanne''' : Bah, c'est-à-dire qu'on peut tomber malade si on ne fait pas attention.
'''BJ''' : Mais ça va pas ou quoi ? Je suis pas d'accord !
'''Gérard''' : Non mais attends Billie Jean ! Je vais te dire une chose : ce que dit Yvanne est tout à fait vrai. C'est vrai.
'''BJ''' : Bah je suis pas d'accord, hein !
'''Gérard''' : Bah si t'es pas d'accord, alors tu vas me dire pourquoi maintenant. Non, mais tout de suite !
'''Yvanne''' : Écoute Gégé, euh... ça ne veut rien dire les trucs, là, les dates de consommation, tout ça. Ça ne veut rien dire, quoi ! Je veux dire euh... Écoutez, pendant toutes les années, hein, depuis que... depuis que... depuis que le monde existe, jamais personne n'a crevé parce qu'il a bouffé un truc euh... dont la date de consommation c'était un mois après. T'as déjà vu ça, où ?
'''Yvanne''' : Mais non ! Mais t'as la chiasse, tu crèves pas !
— Non mais attends, hé ! Attendez, attendez, attendez, je vais vous répondre. Laurent ? Laurent !
'''Laurent''' : Oui ?
'''Phildar''' : Vigile ?
'''Gérard''' : Oh, tu te réveilles s'il te plaît, là !
'''Laurent''' : Oui, je me réveille.
'''Phildar''' : Pense ! Pense un peu ! Essaye !
'''Laurent''' : Oui alors... mais attends, c'est dur. Je suis vigile, je suis con comme un balai.
'''Gérard''' : Bon bah, c'est dur, bah tu accouches ! Si t'es con tu vas voir, tu vas dégager vite fait, toi !
'''Laurent''' : Moi, les produits de consommation, évidemment j'y fais gaffe. Parce que si tu manges par exemple un yaourt de marque *hum hum hum hum*...
'''Gérard''' : Laurent ? Tu arrêtes avec tes conneries de *hum hum* parce que ça commence à bien faire. Tu réponds !
'''Manu''' : Vas-y, dis "Mammouth", on s'en fout.
'''Gérard''' : Tu réponds correctement à la question sinon tu vas virer.
'''Laurent''' : Écoute Gérard, si on a mis des limites de consommation, il faut en tenir compte parce que sinon on se retrouve malade, quoi.
'''Jeannette''' : Oui, alors moi je pense que ma date limite de consommation est bonne. Mais est-ce que tu penses que la tienne elle est bonne ? Hum hum ? Et c'est ce qu'on montre justement au sondage Minitel.
'''Phildar''' : C'est ce qu'on demande, justement, sur Minitel.
'''Gérard''' : Hum hum... Ben là, je vois pas... je vois pas le rapport avec la question, hein Jeannette.
'''Phildar''' : C'est surtout au niveau des toilettes que tu peux le voir, si t'es périmé ou pas.
'''Jeannette''' : Mais ça, faut demander à Sandy.
'''Pierre''' :— Oui Pierre. Donc moi je mange tout périmé, hein. Mais ça laisse des séquelles, Gégé, parce que j'ai un kyste qui me pousse dans le cou.
'''Jeannette''' : T'as les dents qui tombent ?<ref name="renvoi3"></ref>
'''Gérard''' : Tu réponds à la question correctement ou tu vas gerber.
'''Pierre''' : T'as pas entendu ? Je t'ai dit que je mangeais tout périmé, que j'ai un kyste qui me pousse dans le cou ! J'ai les dents qui tombent !
'''Gérard''' : Bon alors, Pierre, bonne nuit pour toi.
'''Manu''' : Il a rien dit, il n'a pas arrêté d'insultes... Et on accueille Reza.
'''Gérard''' : Alors ? Prenez-vous de l'importance aux dates de consommation ?
'''Reza''' : Bah ouais quand même, ouais. On peut dire ouais, ouais...
'''Gérard''' : Alors attendez, maintenant je vais répondre.
'''Laurent''' : T'as le bonjour de ma grand-mère.
'''Gérard''' : Euh Laurent s'il te plaît, t'arrêtes, parce que ça commence à devenir lourd tes conneries.
'''Resa''' : Elle est périmée ?
'''Gérard''' : Ouais, je me demande si elle n'est pas périmée sa connerie à lui, hein. Donc alors, moi je peux vous dire une chose : tout produit a une date de consommation, et ça c'est le plus important, c'est la...
'''Laurent''' : Non, ça c'est archi faux.
'''Manu''' : Laissez répondre Gérard !
'''Laurent''' : Attends Gérard, c'est Laurent !
'''Manu''' : Non mais Laurent, attends 30 secondes, laisse répondre Gérard, tu pourras faire ta question après.
'''Laurent''', ''[poursuYvannet]'' : Attends, parce que sur les mousses à raser, les shampoings, tout ça...
'''BJ''' : Non mais attends, t'as pas écouté ce que Manu te dit là ?
'''Gérard''' : Donc alors, moi je peux vous dire une chose : tout produit a une grande importance. Et pas spécialement les produits euh... bien sûr, mousses à raser, tout ça, ça n'a pas de... je ne vois pas le rapport que Laurent voulait dire. Des produits de toutes marques. Tout... tout produit a une date limite de vente. Donc une fois que c'est périmé, normalement... si, normalement, une fois que c'est périmé, normalement dans les grandes surfaces, le responsable du rayon doit les retirer, ne doit pas les laisser en vente. Et ça, c'est ce qui se passe le plus fréquemment à l'heure actuelle, c'est qu'ils remettent des nouveaux produits et si la date est passée, ils ne les retirent pas, ils les laissent dans les rayons. Et ça, je l'ai vu récemment encore. ''[applaudissement de Manu]''. Je l'ai vu à côté de chez moi... Attendez, attendez, je vais continuer. Je vais continuer. Mais je peux vous dire une chose : qu'une fois j'ai voulu prendre un poulet cuit à côté de chez moi...
'''Manu''' : Mais il était cru.
'''Gérard''' : Non ! Ouais, il était cru et en plus la date était périmée !
'''Laurent''' : C'est vrai que t'es en procès avec Oncle Ben's ?
'''Pierre''' : Ouais, mais t'aurais dû voir parce qu'il volait encore, il avait des plumes !
'''Manu''' : Mais moi Gérard, j'ai une question. Euh, ne penses-tu pas qu'on devrait mettre une date limite de validité sur tes débats ?
'''Phildar''' : Parce qu'à mon avis, ils sont périmés.
'''Manu''' : Ouais, il y en a qui sentent vraiment le moisi, quoi !
'''Pierre''' : Ouais, ça a bien changé, ça a bien changé.
'''Jeannette''' : Ouais, ça a bien changé, c'est bien périmable.
'''Laurent''' : Je me rappelle du temps où il y avait Tony, Arnett...
'''Gérard''' : Ouais, mais ça... ça je peux vous dire... eh attendez, maintenant je vais vous répondre !
'''Manu''' : Attendez, attendez, laissez répondre Gérard maintenant.
'''Gérard''' : Attendez, je vais répondre. J'ai demandé à ce que... depuis la semaine dernière, j'ai demandé à ce qu'on fasse des débats corrects, que j'évite de gueuler, c'est pour ça que maintenant, les débats seront comme ça. Et j'ai demandé à ce que l'équipe soit plus sympa qu'au départ. Maintenant ça y est, c'est fait. Donc je garde les deux mêmes, et je ne changerai pas mon équipe.
'''Pierre''' : Et Olivier ? Olivier, il est où ?
'''Gérard''' : Non, Olivier ne fait plus partie de mon équipe.
'''Resa''' : Moi, je trouve que ton équipe, elle a toujours été sympathique, c'est toi qui l'étais pas au début.
'''Phildar''' : On s'évade, on s'évade.
'''Gérard''' : Non, non, mais on s'échappe du débat.
'''Laurent''' : Alors, pourquoi tu prends plus Tony ? Parce que dans le débat sur une ping-pong, t'as dit que tu le trouvais sympa.
'''Gérard''' : Non, mais attends, parce que Tony... Et ça, c'est hors sujet, d'accord ?
'''BJ''' : Mais, GG, j'ai une question à te poser. Je voulais te dire, est-ce que vraiment, dans ta vie, il t'es jamais arrivé, par exemple, d'acheter un poulet ? Comme t'as dit que c'était périné, mais qu'est-ce que tu fais ? Tu le jettes ou tu le bouffes, quand même ?
'''Gérard''' : Donc, moi, le poulet, une fois que j'ai vu qu'il était comme ça, je l'ai viré. J'ai été voir le responsable du magasin. Tu sais ce qu'il m'a dit ? Il fallait le ramener. Alors, moi, je vais dire une chose. Une fois que le poulet, pour moi, une fois que... Déjà, je lui ai dit, vous n'avez pas à laisser ça. Il m'a dit, de toute manière, il fallait nous le ramener. Je vous aurais remboursé. Non, mais attends, le mec...
'''BJ''' : Mais c'était dans quelle surface ?
'''Gérard''' : C'est à côté de chez moi. Non, non, je ne cite pas de magasin. Non, non. Non, mais ça ne sert à rien de continuer. Je ne citerai pas la marque du magasin.
'''Jeannette''' : Je voulais te poser une question, c'est Jeanette. Est-ce que tu penses qu'on devrait mettre des dates de limitation dans les chattes et les bites ?
'''Gérard''' : Ah, ben ça, dans les chattes... Qu'est-ce que tu veux mettre une date de limite sur une chatte ?
'''Jeannette''' : Est-ce que tu penses que toi, tu devrais avoir une date de limite ?
'''Gérard''' : Moi, je te renvoie la balle.
'''Jeannette''' : Moi, je trouve que ma date de limite, elle est bonne. Mais est-ce que la tienne est bonne ?
'''Gérard''' : Alors, si tu trouves que la tienne est bonne, la mienne aussi.
'''Laurent''' : Est-ce que tu crois qu'on devrait en mettre sur les cigarettes que tu fumes ?
'''Phildar''' : Je voudrais faire seulement une petite pause par le Minitel, justement, en parlant de Céline, qu'on essayait de rappeler tout à l'heure. Si tu veux venir à la radio, ma chérie, il n'y a pas de problème, on t'attend.
'''Manu''' : Phildar, fais attention, on a eu Pamela, tout à l'heure. Je te le rappelle et je te remercie d'avance. Et je t'embrasse.
'''Phildar''' : Je l'attends au virage, celle-là.
'''Laurent''' : Gérard ? Pourquoi tu ne veux plus d'habituels ?
'''Gérard''' : Parce que je ne veux plus d'habituels, c'est tout. Ce n'est pas le thème du débat, d'accord ? Le débat, c'est les grandes surfaces. Donc, oseriez-vous faire l'amour dans un rayon d'un supermarché ?
'''Phildar''', ''[feignant la révolet]'' : Non, non, non ! Toujours du cul ! Il y en a marre du cul dans tes débats.
'''Pierre''' : Oui, j'aimerais bien au rayon alcool.
'''Jeannette''' : Oui, alors moi, j'aimerais bien faire l'amour avec toi, Gérard, dans les rayons fruits-légumes. Comme ça, on pourrait utiliser les carottes, les concombres.
'''Gérard''' : Bon ben Jeannette, je commence à en avoir marre qu'à chaque fois, vous me disiez que vous vouliez faire l'amour avec moi. Je vous ai déjà dit que mon cœur était pris.
'''Jeannette''' : Mais écoute, Gérard, je t'aime, Gérard.
'''BJ''' : Tu comprends ? C'est tellement excitant.
'''Gérard''' : Mais maintenant, il fallait vous réveiller avant.
'''Jeannette''', ''[feignant le désespoir)'' : Je n'en peux plus, Gérard !
'''Gérard''' : Mais maintenant, il fallait vous réveiller avant. Mais ce n'est pas le thème du débat. Ce n'est pas le thème du débat.
'''Laurent''' : Oui, moi, je vais dire Gérard, ça m'est déjà arrivé, quoi. Tu veux que je vous raconte, non ?
'''BJ''' : Non, non, non, non. Non, non, j'ai envie d'écouter Réza, moi.
'''Gérard''' : Non, mais attends, pour l'instant, tu vas te calmer, parce que sinon, tu vas gerber, toi.
'''Laurent''' : C'était un soir, on faisait l'inventaire. J'étais avec une caissière qui est maintenant ma copine. On s'est embrassés et on a fait l'amour dans le rayon couches, serviettes, tampax quoi.
'''Gérard''' : À mon avis, elle devait avoir ses ragnagna
'''BJ''' : Mais Gégé, ça arrive tous les jours, ce genre de situation.
Tiens, ben vas-y, comme tu veux répondre. C'est Billie Jean ? Oui, c'est Billie Jean. Comment ? Eh, question bête, réponse bête. C'est Billie Jean. Donc, pour revenir à ce que disait Garçon, c'est vrai que ces situations, ça arrive tous les jours, quoi. Donc, je te réponds, moi, moi, je te dis... Moi, c'est négatif, hein.
'''Yvanne''' : Ouais, ouais, ben moi, uniquement dans le rayon bonbon avec Phildar.
'''Gérard''' : D'accord. Eh ben, qu'est-ce que vous en voulez, à Phildar, là ?
'''Resa''' : Je peux répondre ?
'''Gérard''' : Ouais, ben, vas-y, maintenant.
'''Resa''' : Ah, ça fait longtemps que j'attendais, hein. Alors moi je voulais juste raconter une petite anegdote, parce que moi, ça m'est arrivé dans un supermarché. Donc, j'ai rencontré une femme assez belle, en fait. Parce que, comme je suis très beau gosse...
'''Gérard''' : Y'en a qui vont avoir les... Ils doivent avoir les chevilles enflées, hein.
'''Resa''' : Non, ça va, ça va, tranquillement.
'''Pierre''' : Quand on est des beaux gosses comme nous, c'est dur.
'''Gérard''' : Ouais, non, mais... Et les fleurs, elles coûtent pas cher, hein, cette année, hein.
'''Resa''' : Je peux continuer mon histoire, Gérard ?
'''Gérard''' : Ouais, ben, dépêche-toi, parce que je vais répondre. Après, on va faire une petite pause.
'''Resa''' : Je continue. Je vous explique. Donc, j'étais avec une très jolie femme et on s'est rencontrés dans un supermarché. Et, comme c'était presque l'heure de la fermeture, on s'est dirigés vers le coin camping et on s'est laissés... On s'est laissés enfermer dans le magasin toute la nuit, quoi.
'''Gérard''' : Ouais, ouais, c'est vachement bien, comme situation.
'''Phildar''' : Je reviens sur mon histoire avec Céline, là. La chaude du Minitel, là. Elle dit, je déconnecte, j'arrive, me laisses-tu rentrer si je suis mignonne ?
'''Gérard''' : Ah, ah, ah ! J'irai voir avant !
''[les auditeurs créent la cacophonie, les unes criant non, les autres sifflant, etc]''.
'''Gérard''' : Chut, chut, chut ! Céline, si t'es belle, je te laisse rentrer. Si t'es pas belle, tu resteras dehors. Ouais, je vais déjà répondre. Dans quel rayon ? Dans quel rayon que je voudrais faire l'amour ? Eh ben, c'est Jeannette qui en a parlé, je crois, du rayon. Les légumes. Voilà, parce que c'est mieux. Là, t'as les carottes, t'as les concombres, t'as les bananes.
'''Manu''' : Un concombre, c'est toujours plus gros qu'un coton-tige.
'''Reza''' : Tu préfères pas le rayon propreté avec les coton-tiges ?
'''Gérard''' : Non, mais c'est bon, ça suffit. OK ?
'''Laurent''' : Est-ce que tu peux me dire la différence entre un super et un hyper marché ?
'''Phildar''' : Il y a une différence. Non, non, il y a une différence, Gérard. Faut que tu expliques. Les auditeurs attendent la réponse, Gérard.
'''Gérard''' : Non, mais de toute manière, c'est pareil.
'''Resa''' : Non, Gérard, c'est pas pareil. Hyper, c'est pas pareil que super. Moi, je suis super métrope, c'est pas pareil que hyper métrope.
'''Gérard''' : Ah, d'accord. N'importe quoi. Auriez-vous des fantasmes avec un caddie ? Vous allez réfléchir. Donc, si vous voulez toujours nous contacter, il vous reste encore une petite demi-heure. Donc, vous pouvez toujours nous appeler au 0803 08 5000 et 0800 70 5000. Et toujours le 3615 ode FunRadio, rubrique direct. Combien qu'on a de connectés, s'il te plaît, Phildar ?
'''Phildar''' : 47, pas mal hein ?
'''Gérard''' : Ah ben c'est bien ça augmente toutes les semaines. Alors, dans la founette d'une fille avec le cochon, ça pulse...
''[Musique. Au retour, Gérard rappelle le titre et les numéros, mais les audituers se parlent entre eux. Manu doit les faire taire pour parler]''
'''Manu''' : On accueille Tom.
'''Resa''' : Je voulais féliciter le gars qui a fait le remix.
'''Gérard''' : Eh bien, c'est... C'est Rico. Auriez-vous des fantasmes avec un caddie ? On va demander ça à Reza.
'''Reza''' : Ah, ben, ça tombe bien que je commence. C'est pour en revenir à la nuit. Ce n'est pas un fantasme. Moi, c'est un fantasme que j'ai réalisé. Donc, le soir où j'ai fait l'amour avec une superbe créature dans un stand de camping. Bon, comme on a passé toute la nuit là-bas et que... Moi, je suis informaticien, électronicien. On avait débranché toutes les caméras de surveillance. J'avais répété les bandes des heures de la veille, mais je ne vais pas vous expliquer ça en détail. Donc, excusez-moi, je continue. Et, ben, comme au bout de quelques heures, on en avait marre de tester toutes les tentes, tous les matelas gonflables là-haut et différents, quoi. DOnc on a testé avec le caddie différentes positions. Je peux vous dire que la grille, ça fait mal, quand même.
'''Ian''' : Moi, avec un caddie, non, mais avec Phildar, ouais.
'''Gérard''' : D'accord. Tu l'auras tout à l'heure hors antenne Phildar, hein. Billy Jan ?
'''Jeannette''' : Oui, alors, moi, j'ai effectivement déjà fait l'amour avec un caddie. C'était avec Billy Jean, hein, chez mmmm... Et donc, en fait, je l'ai mis... Je l'ai mis, tu sais, là où on met les petits enfants, tu sais, dans le caddie. En fait, moi, j'étais en dessous et puis je lui faisais un cunnilingus.
'''Maurent''' : Euh... Moi, j'ai pas de fantasme là-dessus, tu vois, parce que je me demande comment je pourrais mettre ma copine dedans ou même, tu vois, le manipuler parce que c'est bizarre comme objet, quand même. Je trouve ça bizarre, quoi. Je sais pas, t'as des fantasmes, toi, avec ça ?
'''Gérard''' : Non, personnellement, non. Pierre ? Pierre, s'il te plaît.
'''Pierre''' : Donc, moi, j'ai jamais réussi à faire l'amour avec un caddie parce que la fente de la pièce de 10 francs, elle est trop petite.
'''Tom''' : Écoute Gérard, moi je l'ai déjà fait j'étais assis sur la petite place où on met les enfants là, et ma copine elle poussait le caddie on était dans un petit rayon sympa et c'est vrai qu'elle me faisait une petite gâterie en même temps.
'''Gérard''' : D'accord, moi je peux vous dire que j'ai jamais fait ça et ça m'étonnerait que je le fasse.
'''Pierre''' : Gérard, ce qu'il faut dire aussi c'est que quand tu mets Sandy dans un caddie elle déborde des deux côtés aussi.
'''Gérard''' : Pierre tu te calmes s'il te plaît.
'''BJ''' : Oui écoute le caddie ça fait partie des fantasmes de l'homme, c'est clair. Donc ouai, ça me plairait bien sur un caddie quoi. Avec la sensation des barreaux, c'est cool quoi, c'est clair.
'''Gérard''' : Ok, donc Laurent tu voulais dire un truc ?
'''Laurent''' : Ouais je voulais dire que depuis le début du débat sur les grandes surfaces, tu nous dis qu'il ne faut pas t citer de marque, mais pourtant caddie c'est une marque, normalement on dit un chariot.
'''Gérard''' : Oui alors ?
'''Laurent''' : Bah tu dis qu'il ne faut pas te citer de marque alors que là tu fais de la pub pour Caddie en ce moment.
'''Gérard''' : Non mais je vais te dire une chose qu'un caddie, c'est un chariot. Et alors je peux mettre très bien dire caddie parce que caddie, ya longtemps que ça n'existe plus comme surface.
'''Reza''' : Gérard, j'ai pas fait mon anecdote sur le caddie, c'est Réza.
'''Gérard''', ''[soupire de lassitude]'' : Bon Réza ça suffit, allez hop bonne nuit toi parce que tu commences à me les gonfler toi. Manu s'il te plaît, tu me retires Réza.
'''Manu''' : Tu l'aimes pas ? Il avait une anecdote
'''Gérard''' : Non mais il est déjà trois heures moins de quart, il reste encore trois... Il reste trois questions donc je voudrais qu'on active un peu.
'''BJ''' : Non mais vas-y Réza.
'''Pierre''' : Bon on peut écouter Réza ou pas ?
'''Gérard''' : Non... Allez vite fait Réza magne toi vite fait parce que ça commence à bien faire tes anecdotes.
'''Reza''' : Je voulais juste dire une chose, c'est que si vous faites l'amour dans un caddie mettez les freins.
'''Gérard''' : Voilà c'est ça que tu voulais dire...
'''Reza''' : C'est tout, c'est toi qui m'as pas laissé parler.
'''Jeannette''' : Et toi Gérard t'as le fantasme ?
'''Gérard''' : Non j'ai pas de fantasme avec un caddie.
'''Jeannette''', ''[bougonnant à voix basse]'' : De toute façon, t'as rien du tout, toi.
'''Gérard''' : Si ça te plaît pas ma petite, c'est le même prix. Pourquoi que les grandes surfaces, en CDs, ne sont pas mieux organisées ?
'''Laurent''' : Alors là je sais. C'est que les grandes surfaces sont des magasins d'alimentation, balais, tout ça. Et ils savent qu'ils auront jamais le monopole sur les magasins spécialisés de CDs. Donc ils s'en occupent pas. Ils laissent ça tomber et ils laissent ça en plan quoi. Ils en ont rien à foutre en fait.
'''Gérard''' : D'accord. Réza ? J'espère que ça va pas être avec une anecdote. Parce que sinon tu vas gerber.
'''Reza''' : Pas du tout. par rapport... Moi je voulais dire qu'on trouve de bons organisers sur CD-ROM... Déjà par rapport à ça... Et ensuite les CDs ça fait partie du marché de la musique. T'achètes des CD dans les supermarchés, vu que les CD les plus vendus, c'est de la merde quotidienne qu'on entend sur pas mal de télé on va dire...
'''Pierre''' : Et de radio aussi.
Voici une version ponctuée de ce dialogue (issu des célèbres débats de Gérard de Suresnes). J'ai ajouté les majuscules, les points, les virgules et les points d'interrogation pour rendre les échanges lisibles tout en respectant le débit haché et spontané des intervenants.
'''Gérard''' : Réza, Réza, Réza ! Dans ce cas-là, moi, je vais te poser une question.
'''Réza''' : Vas-y, je t'en prie, ça me fait plaisir.
'''Gérard''' : Donc... Attendez, attendez ! S'il vous plaît ! ''[Laurent s'en va au standard avec Manu]''. OK. Donc Réza, tu viens de dire qu'il y avait certaines radios qui passaient de la merde, c'est ça ?
'''Réza''' : Ah non ! J'ai pas dit des radios, j'ai dit des télés.
'''Gérard''' : Oui, mais t'as parlé aussi des radios.
'''Pierre''' : Oui, oui, on t'a entendu. Même j'ai entendu Fun Radio, moi !
'''Réza''' : Oui, mais attends, justement !
'''Phildar''' : Jeudi soir...
'''Gérard''' : Moi, je vais te dire une chose : dans ces cas-là, ce que passe à l'heure actuelle Phildar, tous les trucs qu'on vient d'écouter, et puis ce que passe...
'''Reza''' : Tout était bien là !
'''Pierre''' : Non, non, non ! C'est pas ce que tu as dit.
'''Gérard''' : Non mais attends ! Non mais dans ces cas-là, ce que Fun passe, alors c'est de la merde aussi pour toi ? Non mais attendez, laissez-le répondre ! Comme il a dit qu'à la télé... il a dit des radios... Donc, est-ce que sur Fun, c'est de la saloperie qu'on passe ?
'''Réza''' : Laisse-moi répondre, je vais te répondre franchement.
'''Gérard''' : Vas-y.
'''Réza''' : Moi, j'écoute pas les disques qui passent sur Fun. J'écoute pas les disques qui passent sur les grandes autres radios. Et voilà, ça me plaît pas. C'est normal, c'est les goûts et les couleurs.
'''BJ''' : On est en démocratie, hein Gégé !
'''Reza''' : Toi, Gérard, est-ce que tu aimes tout ce que Fun Radio passe ? Oui ? Bah putain, tu rentres bien dans les normes.
'''Pierre''' : Faux cul !
''Gérard''' : C'est normal. Non, mais moi j'aime toute la musique qui est passée. Je trouve que c'est pas mal. Il n'y a pas de "faux-cul" qui compte. Il n'y a pas de "faux-cul" qui compte, c'est tout.
'''Yvanne''' : Non, c'est bien organisé je trouve.
'''Gérard''' : Moi je pense pas, hein.
'''Phildar''' : Pourquoi ?
'''Gérard''' : Ah ouais, bah moi je vais te dire une chose : quand tu cherches quelque chose, tu mets facilement un quart d'heure pour trouver ce que tu veux. Attends, Billie Jean ! Je réponds à Yvanne, je suis désolé. Moi je vais te dire une chose : j'ai cherché un CD, je sais plus de quoi... Il n'y a pas si longtemps que ça, c'est pour... non, c'est pour la Saint-Valentin, je crois, pour Sandy. Je peux te dire une chose... Oh, s'il vous plaît, merci ! Donc, je peux vous dire, je peux te dire une chose : ça serait mieux organisé s'il y avait les CD qui étaient mieux rangés par lettres, par ordre alphabétique.
'''Manu''' : Ouais, mais pour ça Gérard, c'est pas bon. Faut connaître ton alphabet !
'''Phildar''' : Non, mais attends Gérard, je vais t'expliquer un truc. Ils ont inventé un truc super, qui est vachement intelligent : c'est des gens, tu vois, qui sont dans les rayons et à qui tu peux demander des renseignements. Ça s'appelle des vendeurs.
'''Manu''' : Quand ils voient Gérard, ils se barrent ! Ils se barrent en courant !
'''Gérard''' : Ils ont rien ! Ils connaissent rien ! Tu leur demandes un CD, ils te disent : « C'est là, c'est là-dedans, vous regardez. » C'est tout, c'est tout, c'est tout ! Billie Jean ?
'''Reza''' : Quand ils voient Gérard, ils l'arrêtent parce qu'ils croient qu'il a volé quelque chose.
'''BJ''' : Oui ?
'''Gérard''' : Tu réponds ?
'''BJ''' : Oui, écoute. Moi je suis... en fait, je suis d'accord et je suis pas d'accord avec toi.
'''Gérard''' : Alors pourquoi ? Pourquoi que t'es pas d'accord ? Pourquoi que t'es d'accord déjà, pour commencer ?
'''BJ''' : Je suis d'accord avec toi parce que c'est vrai que c'est le bordel. C'est vrai que c'est le bordel. Le vendeur il t'envoie balader. Il te dit : « Ouais, ouais, cherche, c'est par là. » Tu t'y retrouves pas. Et deuxièmement, je suis pas d'accord parce que, comment dire... parce que quand même, il y a le vendeur qui peut t'indiquer, quoi.
'''Gérard''' : Donc tu reviens à ce que je disais : que ça soit mieux organisé par ordre alphabétique, avec les lettres, comme je sais plus dans quel magasin j'ai lu ça récemment.
'''BJ''' : Ouais, parce qu'en fait, par exemple t'as A et ensuite t'as Z, c'est pas possible !
'''Yvanne''' : Mais en fait Gérard, il connaît pas l'alphabet...
'''Reza''' : Gérard, c'est Reza, j'ai pas fini tout à l'heure...
'''Gérard''' : Non, non, mais c'est bon Reza. Ça commence à devenir...
'''Phildar''' : Bon Reza, pas d'anecdote ! Mais si t'as une petite histoire, pourquoi pas.
'''Jeanette''' : Oui. Alors moi, je suis un peu d'accord avec toi Gérard, parce que les disques ne sont pas classés, les vendeurs sont chiants. Et par rapport au magasin FNAC, je veux dire, j'ai jamais acheté de CD en grande surface parce que je trouve que je m'y retrouve pas du tout. Les casques, ils marchent pas. Tandis qu'à la FNAC ''[prononcé en lettres, suivi de Phildar qui donne le cygle tel qu'on le dit en prononçant la marque, en un mot]'', c'est classé et tout, et les vendeurs sont hyper agréables. Ils prennent le temps de t'accueillir et puis ils te renseignent très bien.
'''Gérard''' : Jeanette ? Donc est-ce que... donc tu viens de... c'était la FNAC, maintenant on peut le dire. Est-ce que t'as...
'''Phildar''' : Pas de marque Gérard !
'''Gérard''' : Mais je m'en fous ! Est-ce que t'as été voir déjà au Virgin ?
'''Jeanette''' : Oui, bah oui, c'est pareil.
'''Gérard''' : Non mais attends, au Virgin, est-ce que tu y as déjà été ? Est-ce que t'as vu...
'''Jeanette''' : Oui, bah c'est très bien classé aussi, c'est comme la FNAC ''[en lettres détachées]''.
'''Gérard''' : Oui, bah d'accord. Tu peux le dire, on s'en fout.
'''BJ''' : Non mais attends Gégé, je voulais te dire un truc. Tu vas me dire si t'es d'accord ou pas. Est-ce que t'es d'accord, par exemple, quand t'as le classement et t'as la lettre A, et ensuite t'as la lettre E ? Est-ce que t'es d'accord ?
'''Reza''' : Tu fais un classement par voyelles, voilà !
'''BJ''' : Mais t'es d'accord ou pas ?
'''Gérard''' : Non, mais je sais que c'est vraiment bidon leur truc.
'''BJ''' : Non, mais c'est mieux si c'est ABCD. Pas AE...
'''Gérard''', ''[impatient]'' : Oui, oui, oui. D'accord.
'''Phildar''' : Petite pause Minitel. Excuse-moi Gérard. Pas mal, on a encore 57 sur le Minitel, donc allez-y !
'''Manu''' : Encore trois et il explose !
'''Phildar''' : Voilà, continuez à vous connecter. Sinon, il y a Sophie du département 33, 22 ans, qui est chaude. Alors laisse ton numéro, on va essayer de te rappeler pour la fin du débat.
'''Pierre''' : Ouais. Ouais, je suis d'accord avec toi, c'est mal classé. L'autre fois, j'ai trouvé le CD de Ricky Martins entre deux côtelettes au rayon boucherie.
'''Yvanne''' : Quoi ? Il était bien classé !
'''Pierre''' : Mais attends, Ricky Martin, c'est pas de la viande quand même, merde !
'''Phildar''' : Non, c'est pour les bœufs !
'''Gérard''' : Pierre ? Tu te calmes s'il te plaît.
'''Pierre''' : Oui, d'accord. Non mais je me calme.
'''Gérard''' : Donc tu réponds ? Tu réponds comme il faut à la question.
'''Pierre''' : Non, mais c'est vrai, c'est du vécu !
'''Tom''' : Oui, ben moi Gérard, je suis d'accord avec toi. Mais la dernière fois, c'est pareil. Je vais dans le rayon disques, puis j'arrive au bout du rayon... je sais pas, il y avait une grande poubelle. Il y avait plein de trucs dedans, tu sais, style « To Be Free », tout ça. Alors je sais pas... C'est un peu mal rangé, quoi. Parce que moi je voulais acheter le CD pour ma petite sœur et je l'ai trouvé comme ça, dans une poubelle.
'''Gérard''' : Non, mais moi ce que je demande, c'est que déjà on soit mieux accueillis dans les grandes surfaces quand on leur demande quelque chose au rayon disques, ce serait déjà mieux. Parce que si on est mal accueillis, c'est pas la peine.
'''Reza''' : C'est sûr que si tu leur demandes Dafpuk, ils vont pas te comprendre !
'''Pierre''' : Et tu te ramènes en short aussi.
'''Gérard''' : De toute manière, je vais dire une chose : que les Das Puk, je les ai maintenant ! Alors je les ai tous ! Là, j'ai même le clip. J'ai tous les clips des Daft Punk. Et je peux vous dire que là, je suis en train d'en voir un sur Fun TV à l'heure actuelle, c'est le dernier.
'''BJ''' : Mais Gégé, Gégé ?
'''Gérard''' : Quoi ?
'''BJ''' : Il paraît que t'es fan des To Be Free et G-Squad ? C'est vrai ?
'''Gérard''' : Jamais moi !
'''BJ''' : Bah si, Gégé ! C'est ce que j'entendais dire.
'''Gérard''' : Ce que t'as entendu dire, c'est des conneries, d'accord ? Ça y est !
'''Manu''' : Je crois en plus, dans l'Entrevue de ce mois-ci, t'es sous la douche avec eux. C'est ça ?
'''Gérard''' : C'est ça; Bon, ça c'est Phildar qui va être content parce que c'est lui qui l'a rectifiée : « Poussez-vous votre caddie, tout nu sans chaussettes ? ». Ça, c'est Phildar qui a posé.
'''Reza''' : Je peux répondre en premier ? Comme ça ce sera fait. Moi, ça m'est arrivé, mais comme je vous ai dit, il y avait une superbe créature dans le caddie que je poussais. Je poussais pas que le caddie, quoi.
'''Phildar''' : C'est une anecdote ?
'''Gérard''' : C'est une anecdote encore ?
'''Manu''' : C'est nul.
'''Gérard''' : Non, mais ça commence à devenir... Hé Réza ! Hé Réza !
'''Réza''' : Ouais ?
'''Gérard''' : Ça commence à devenir lourd tes réponses.
'''Tom''' : Gérard, c'est Tom. Je peux répondre ?
'''Gérard''' : Non, on va demander à Yvanne, comme elle adore Phildar.
'''Yvanne''' : C'est une belle question parce que c'est Phildar qui l'a posée. Mais non, je pousse pas mon caddie comme ça.
'''BJ''' : Oui ! Écoute, écoute Gégé. Très sincèrement, être toute nue avec des chaussettes, ça le fait quand même.
'''Gérard''' : Mais est-ce que t'as déjà poussé un caddie tout nu avec des chaussettes ?
'''BJ''' : Bien sûr ! Ça existe les supermarchés par les plages nudistes. T'as pas entendu parler de ça ?
'''Gérard''' : Non. ''[Manu et Phildar se parlent fort, hors micro, et on entend le prénom de Pierre]''. Ouais, mais ça y est, vous arrêtez de vous engueuler là tout les deux ?
'''Manu''' : Je disais juste à Phildar que Pierre c'était Tony, c'est tout.
'''Gérard''' : Voilà bah on l'a reconnu, on l'a reconnu. Alors Tony ? Maintenant tu réponds ?
'''Phildar''' : Non, mais je voulais seulement savoir si Tony, comme dans le premier débat, il poussait le caddie avec sa quéquette. Qu'il avait pas besoin de ses mains.
'''Pierre''' : C'est pas un caddie ! T'as pas suivi, Phildar ! Une Formule 1 !
'''Phildar''' : Ouais, mais maintenant c'est le débat sur les grandes surfaces.
'''Reza''' : Ouais, c'est Réza.
'''Gérard''', ''[entre agacement et sourire]'' : Oh non, mais Réza, tu commences à me les gonfler là !
'''Manu''' : Réza, Réza, Réza... Réza, reviens dans le studio si je peux me permettre.
'''Phildar ''' : Bon, Réza, t'écris un livre et puis tu reviens après.
'''Pierre''' : Ouais. Donc non, moi je pousse pas le caddie avec la quéquette, parce que ça se coince entre les barreaux.
'''Gérard''' : Ouais, c'est pas... c'est pas la question, hein ! C'est pas la question !
'''Pierre''' : Bah si, c'est Phildar qui me l'a posée !
'''Phildar''' : Bah attends, si t'es tout nu... si t'es tout nu, t'as la quéquette à l'air.
'''Tom''' : Non, parce que ça tombe bien cette question. Parce qu'hier, j'ai été justement à côté de chez moi dans un hypermarché. J'ai vu quelqu'un qui poussait un caddie tout nu. C'est peut-être Réza, je ne sais pas. ''[Gérard éclate de rire]''.
'''Gérard''', ''[hilare]'' : Oh le pauvre, il en prend plein la tronche. Moi, personnellement, non. Ah, Jeannette, au fait, oui ?
'''Jeannette''' : Ouais, alors moi, tous les samedis soirs, je pousse mon caddie tout nu autour du parking du carrouf.
'''Tom''' : Lequel ?
'''Jeannette''' : Aulnay.
'''Gérard''' : S'il vous plaît !
'''Tom''' : Attends, Gérard, on est en train de conclure un rendez-vous.
'''Reza''' : T'es jaloux, Gérard !
'''Gérard''' : Vous conclurez votre rendez-vous après l'émission, c'est-à-dire hors antenne.
'''Pierre''' : C'est comme ça que t'as rencontré Sandy, non ?
'''Manu''' : Bon, sans vouloir foutre la merde, il reste 4 minutes, donc on va essayer de finir vite.
'''Gérard''' : Oui, alors pourquoi qu'il n'y a plus de rap dans les bacs techno ou rock alternatif et fusion jazz ? Question posée par Max et Phildar.
'''BJ''' : Elle est quand même pas mal. Donc, je réponds. C'est Billie Jean. Écoute Gégé, pourquoi il n'y en a pas ? Parce qu'aujourd'hui, il y a une fusion de la musique. Donc, il y a la techno qui fuse avec la musique, le rock avec la house, avec la dance, tout ça. Et c'est pour ça qu'en fait, voilà on mélange tout. C'est pour montrer aux clients qu'il y a fusion de musique.
'''Gérard''' : OK. Tom ?
'''Tom''' : Écoute, moi je ne comprends pas. Parce que dans l'hypermarché où je vais, je trouve tout. Je trouve tout ce que je veux.
'''Gérard''' : D'accord. Pierre ?
'''Pierre''' : Pareil.
'''Gérard''' : Pareil. Jeannette ?
'''Jeannette''' : Pareil.
'''Gérard''' : Pareil. Yvanne ?
'''Yvanne''' : Pareil.
'''Gérard''' : Pareil. Et Réza ?
'''Réza''' : Pareil.
'''Manu''' : Et Phildar ?
'''Phildar''' : Pareil. Attends, Réza, peut-être une petite histoire ?
'''Gérard''' : Allez, allez, avec ses anecdotes ! Alors, vas-y.
'''Réza''' : Alors, moi déjà, en tant que Réza, moi je suis producteur de rap. Donc, comme ça parle de rap... ouais. Et je voulais dire que moi, mes disques, ils ne sont pas dans les supermarchés, tout simplement. Donc ils ne peuvent pas être mélangés avec les autres genres de musique.
'''Manu''' : Son nom de famille, à Reza, c'est Perté.
'''Gérard''', ''[hilare]'' : Non, mais c'est bien, là, au standard.
'''Phildar''' : Tu l'as compris, Gérard, celle-là ?
'''Gérard''' : Non, non. Eh, l'autre là ! Pardon. Eh, l'autre là, la "chaude" là, qui voulait participer à la fin du débat... Elle rappelle quand, celle-là ? La chaude là.
'''Phildar''' : Non, Sophie, elle a marqué "Bon bah je pars, bonne nuit, dommage Gérard, t'as qu'une grande gueule".
'''Gérard''' : Bon alors va te faire sauter, pétasse.
'''Manu''' : Gérard, les statistiques là... Tu vas tout foutre en l'air.
'''Gérard''' : J'ai dit pétasse, j'ai pas dit salope, d'accord ? Qu'elle aille se faire sauter si elle a envie de dormir. Bon, allez, stop, stop ! Conclusion.
'''Manu''' : Conclusion, deux minutes.
'''Gérard''' : On va demander... On va commencer par le monsieur de l'anecdote.
'''Réza''' : C'est moi ! Réza, Réza, Réza ! Ah, ça me fait plaisir. Alors, conclusion sur les supermarchés ?
'''Phildar''' : Non, non, sur la différence d'âge.
'''Réza''' : Alors, par rapport à la différence d'âge des supermarchés, moi je préfère aller dans les plus gros possibles, en fait... Parce que, comme ça, je peux rencontrer un maximum de jolies femmes. Et en fait, moi je voulais juste dire un truc : il y a un truc qui m'énerve dans les supermarchés, c'est tous les gens qui ont des portables.
'''Gérard''' : D'accord. Allez, c'est bon, on a compris. Bonne nuit à toi Réza, et à la semaine prochaine si tu veux continuer. OK ? Yvanne ?
'''Yvanne''' : Bah, le thème était bien trouvé. Les questions étaient égales à elles-mêmes. Et puis, il n'y avait pas trop de bordel.
'''Gérard''' : Bah non, bah depuis que j'ai... Depuis que j'ai changé mon... que j'ai fait une réunion avec l'équipe, c'est pour ça.
'''Phildar et Manu''' : Oui chef ! Oui chef !
'''Gérard''' : Donc, OK, je te remercie Yvanne. Et je te dis peut-être à la semaine prochaine pour le débat. Billie Jean ?
'''BJ''' : Écoute Gégé, débat fort intéressant.
'''Gérard''' : Ouais, tu te réveilles au lieu de sucer là, parce que... ''[il éclate de rire]''. Ah, vas-y, accouche !
'''BJ''' : Écoute Gégé, je te dis... Débat fort intéressant... Les questions, elles étaient très bien. Et tu m'as fait marrer. Dommage que t'as pas trop gueulé, quoi, c'est ça.
'''Gérard''' : Bah je gueulerai plus maintenant, c'est tout.
'''BJ''' : Et au fait, Gégé, j'avais des thèmes de débat, et je sais pas si ça t'intéresse.
'''Gérard''' : Bah tu les envoies, c'est tout.
'''Billie Jean''' : Mais je les ai envoyés, tu m'as jamais répondu, Gégé !
'''Gérard''' : Tu les as envoyés quand ? C'est pas grave, on va gérer ça à la rentrée.
'''Phildar''' : C'st pas grave, on va gérer ça hors antenne.
'''Jeannette''' : Finalement, je préfère les grandes vieilles grandes surfaces de Formule 1. Et puis je te fais une soupe de langue bien baveuse !
'''Gérard''' : D'accord, bah moi je t'en fais pas. Euh... Tony ?
'''Pierre''' : Ouais. Donc, moi je voulais dire, ouais, ça s'est bien passé. Moi c'est dommage que tu gueules beaucoup. Mais je suis pas très content parce que j'ai pas encore reçu le faire-part de mariage.
'''Gérard''' : Bon, tu vas te faire sauter, d'accord ?
'''Manu''' : C'est vrai, c'est pas sympa.
'''Phildar''' : Non, c'est pas sûr encore qu'ils se marient ! Si çase trouve, ça aura capoté avant.
'''Tony''' : Ah, d'accord.
'''Tom''' : Bah écoute moi Gérard, je suis un peu déçu, je suis arrivé le dernier. Donc j'espère que la semaine prochaine vous penserez un petit peu à moi. Sinon, bah très bien. Gérard, égal à toi-même. Impeccable, quoi.
'''Gérard''' : Bah OK, je te remercie.
'''Tom''' : De rien, ça m'a fait plaisir.
'''Gérard''' : Donc moi je peux vous dire une chose : j'espère qu'on va continuer comme ça toutes les semaines. Donc les deux thèmes de la semaine prochaine : les poupées gonflables et les dépannages. Et là, vous allez retrouver Rousseau pour la nuit sans pub. Donc je vous dis à la semaine prochaine et on s'écoute un petit remix comme tout le monde était sage.
== Le débat sur le dépannage ==
=== Contexte ===
Une des forces que l'amour donne, c'est celle de lutter contre ses démons. L'autre, c'est l'apaisement face à ce qui nous touche, face aux autres. Entre janvier et février, on a vu que Gérard s'appuyait sur son nouvel amour pour mieux gérer ses démons, même si ce n'est pas linéaire. En mars, nous asisstont à une sorte d'aboutissement d'une forme d'apaisement avec certains personnages clés de l'émission de Max. On a vu que Stéphane avait sonné l'heure de l'apaisement, en introduction à un précédent débat. Ce soir du 5 mars, c'est Françoise, dite Françoise de la Courneuve, qui entre dans cette logique.
Françoise est un personnage clé de l'émission de Max. Ancienne serveuse de bar d'une quarantaine d'années, cette personne séduit Max très rapidement par sa crédulité et son rapport à la télévision, en particulier la première chaîne. Alors, régulièrement, elle est amenée par Max à se prononcer et à s'exprimer sur l'évolution des programmes de la chaîne, voire à exprimer sa colère vis-à-vis des gens de la chaîne, directement. Parfois alcoolisée, elle a une expression à la fois franche et confuse, mais devient à l'origine de véritables canulars de par son style et sa crédulité.
Ce dernier point, mêlé à un alcoolisme certain, aura d'autres conséquences : il donnera envie aux jeunes auditeurs de la rencontrer et de jouer avec elle, comme ils le font avec Gérard. Ils finissent par réunir les deux personnages en faisant croire à l'un comme à l'autre que l'un insulte ou humilie l'autre dans son quartier ou sur d'autres radios. La crédulité des deux protagonistes conduira à une vraie conflictualité dont le paroxysme sera atteint en janvier 1009 avec un face à face, orchestré par Max, où les deux personnes sont mises face à leur réputation respective, leurs défenseurs respectifs, leurs délateurs respectifs, et Françoise, malgré tout, finit par manifester une lucidité qui lui permettra de comprendre la comédie que représente ce débat et, partant, tout ce qui précède. Lors du second face à face, elle lancera donc une démarche de réconciliation. Et Gérard suivra, versatile qu'il est, ce qui finira par réunir les deux adversaires de 1997. Ils partageront alors des avis sur les émissions de TF1, sur leurs ennuis dans la vie réelle avec les harcèlements par courrier, et aboutiront à une union des souffrances pour mieux y faire face.
C'est dans cet atmosphère qu'il faut comprendre l'apparition joyeuse, ce soir-là, de Françoise de la Courneuve, dans les débats de Gérard. Elle ne participera qu'à quelques-uns d'entre eux, celui-ci étant le premier, mais elle fera pour autant des apparitions remarquées. Pour qu'elle accepte, Max lui fait d'ailleurs croire qu'elle pourrait animer, à terme, les débats à la place de Gérard. Cette fiction aura une double conséquence : la participation de Françoise et la déstabilisation de Gérard, se voyant concurrencé dans son précarré et décidé à sauver sa place (même si elle n'est toujours pas rémunérée). Max poussera cette pression loin, deux semaines plus tard, mais nous y reviendrons le moment venu. Cette première apparition de Françoise sera accompagnée du renouvellement du panl présent depuis environ deux semaines.
Comme d'habitude, l'émission est précédée de la lecture du courrier, des statistiques de Goldo (toutefois interrompues par un hurlement de Gérard lorsqu'il provoque Sandy), de l'énervement de Gérard, emporté dans un sketch avec Max sur l'importance du courrier, l'un faisant mine de s'énerver, l'autre finissant par en rire malgré son agacement. Gérard relance ses sketchs sur les habituels, la mauvaise humeur vis-à-vis de son équipe et de son chef lui-même, les menaces d'arrêt, etc. Surprenamment, Max se livre pour la première fois à une démarche pour rassurer Gérard et lui faire prendre du recul vis-à-vis de son courrier et lui donner la valeur d'humour. Gérard a du mal à intégrer la notion, mais il s'apaise petit à petit, par les mots et les CDs offerts par son chef. L'ambiguïté fait partie du jeu de Max et de son équipe, Gérard restant dans sa versatilité due à une réelle instabilité émotionnelle, immaturité affective. L'immaturité affective de Gérard se manifeste par son rapport même à cette participation de Françoise : hostile au début, il accepte vite de bon cœur après un échange avec elle. Comme un petit enfant, il lance un « non » réflexe, avant de revenir à une réaction plus mesurée face à la modération et la gentillesse de Françoise.
Sandy est, ce soir-là, présente, associée à ces sketchs et à cette bonne humeur. À écouter Max, Gérard est néanmoins spécialement excité ce soir-là, probablement du fait d'une semaine difficile face à ses démons et les accrocs de sa vie réelle, couverts par le courrier de harcèlement visant sa copine et lui.
Sur le plan biographique, on retrouve un pan de la vie de Gérard, celui où il a conduit des camions avant son accident de 1993. À vrai dire, difficile ede parler de routier, on parlerait pltuô de chauffeur-livreur sur de courtes distances, mais le métier correspondait à sa vision des choses.
Au plan plus historique, on notera que pour la première fois, la radio évoque l'idée que les auditeurs peuvent communiquer en direct avec le studio par Internet. C'est une tendance de l'époque : Internet remplace de plus en plus le Minitel et les facilités qu'il offre commencent à inciter les médias à l'utiliser pour proposer une autre expérience à leur public. C'est donc la première fois que Gérard y est confronté, chose qui ira en grandissant petit à petit, nous y reviendrons.
=== Personnages ===
* Franck Bargine : Max
* Gérard Cousin : Gérard
* Phildar et Manu
* Françoise
* Mégane : Delphone
* Lola
* Christophe : Steve
* Cyril : Goldman, Zarbi
* Sébastien, Sucette
* Fanta
* Tony Morestin : Babysitter
* Morgan
* Sandra
* Cécile
=== Transcription ===
''[Générique]''.
'''Gérard''' : Et voilà donc bienvenue à tous. Donc vous pouvez toujours nous appeler au 0803 08 5000 0800 70 5000 et toujours le 3615 code Fun Radio rubrique direct. Et surtout sur le Minitel, évitez de me parler de la Loco, de Christine et de Sandy s'il vous plaît. Merci, on est bien d'accord. Donc vous pouvez toujours nous appeler et pour les Belges, c'est le... Manu s'il te plaît, tu rappelles le numéro des belges ? Parce que je l'écorche tout le temps...
'''Manu''' : Non non vas-y rappelle le.
'''Gérard''' : Donc 033 1 0033 1 47 79 5000 (''[soufflé par Phildar]''. Voilà donc vous pouvez toujours nous appeler à ce numéro là. Donc alors le premier débat, ça va porter sur le dépannage auto. Donc on va accueillir Françoise.
'''Françoise''' : Oui, oui, je suis là.
'''Gérard''' : Bonsoir Françoise.
'''Françoise''' : Bonsoir Gérard.
'''Gérard''' : Lola. Steve.
'''Steve''' : Bonsoir Gérard, je te souhaite un excellent débat.
'''Gérard''' : J'espère ! Parce que t'es déjà passé la semaine dernière, d'accord ?
'''Steve''' : Non, première fois, non.
'''Gérard''' : Non, non, t'es déjà passé la semaine dernière. Ok. Goldman ?
'''Goldman''', ''[voix endormie et étouffée]'' : Bonsoir Gégé. J'espère qu'on va passer ensemble un agréable débat.
'''Gérard''' : Non mais tu vas te réveiller un petit peu plus s'il te plaît.
'''Goldman''' : D'accord, je me réveille un petit peu plus. Je disais ''[avec plus d'entrain]'' : J'espère qu'on va passer un agréable débat.
'''Gérard''' : Non mais tu vas te réveiller ! Tu vas parler un petit peu plus fort devant ton combiné.
'''Goldman''' : D'accord, excuse-moi Gérard. On peut se tutoyerr ?
'''Gérard''' : Ouais, ben si tu veux. Mais pour l'instant tu vas te réveiller, tu vas parler un petit peu plus fort.
'''Goldman''' : Mais je suis en train de manger...
'''Gérard''' : Dans ces cas-là... Non mais dans ces cas-là, tu vas aller voir Phildar au standard. !
'''Phildar''' : Je n'ai pas faim. Je n'ai pas faim, Gérard.
'''Gérard''' : Non mais attends, il va déjà commencer par...
'''Phildar''' : Laisse-le manger, vas-y continue.
'''Gérard''' : Non mais il va déjà commencer à se calmer. Parce que dans ces cas-là, si on fait 11 questions et qu'il s'amuse à dire « j'ai faim » et « je mange mon fromage », il ne va pas répondre ! Bon, Babysitter ?
'''Babysitter''' : Oui, bonsoir Gérard. Je sens qu'on va bien s'amuser ce soir.
'''Goldman''' : On l'espère tous.
'''Delphine''' : Bonsoir Gérard, bonsoir à tous.
'''Gérard''' : Bonsoir. Donc alors, la première question donc, c'est : les dépannages automobiles, vous l'avez bien compris. Donc alors : combien coûte un dépannage ? Combien coûte un dépannage sur l'autoroute ?
'''Goldman''' : C'est la première question ? Elle est pas mal comme première question.
'''Gérard''' : Non mais attendez, vous n'allez pas commencer comme ça, parce que sinon moi je vais couper vite !
'''Phildar''', ''[apaisant]'' : Gérard, cool, on y va. Allez.
'''Françoise''' : 450.
'''Gérard''' : Alors, 450 francs pour toi.
'''Phildar''', ''[comme aux enchères]'' : Qui dit mieux ?
'''Lola''' : 3000 francs pour moi. Lola.
'''Babysitter''' : 3002.
''[Les gens disent des prix entre 3002 et 3007, l'un sur l'autre, comme dans une émission télé de l'époque intitulée le Juste prix où il fallait estimer la valeur d'un produit]''.
'''Babysitter''' : 3005, adjugé, vendu ! Le bof et sa pouf !
'''Gérard''' : Le bof et sa pouf, tout à l'heure, tu vas faire le bof et ton frère. ''[Phildar applaudit et acclame cette phrase]''.
'''Manu''' : Il est en forme ce soir le Gérard !
'''Steve''' : Ouais, c'est Steve, je peux répondre là ? ''[silence]''
'''Gérard''' : Alors, qui c'est qui disait 3000 balles sur l'autoroute ?
'''Lola''' : Moi. 3000 francs.
'''Gérard''' : Et pourquoi ?
'''Lola''' : Comme ça. Ça m'est déjà arrivé, j'ai payé 3000 francs.
'''Gérard''' : Hein ? Sur l'autoroute ?
'''Lola''' : Ouais.
'''Gérard''' : Attends, mais t'as pris quoi comme dépanneur ?
'''Lola''' : Je sais plus, je me rappelle plus le nom de la boîte.
'''Steve''' : Ah oui, mais faut s'en rappeler aussi.
'''Gérard''' : Non, non, mais attendez. Attendez, on ne cite pas de société de dépannage. Non mais 3000 balles ! Attends, 3000 balles ! Mais... mais y'a un problème là.
'''Lola''' : Ah bah non, non, y'a pas de problème. Et encore, c'est pas cher. 3000 francs pour te faire dépanner sur l'autoroute, j'étais loin. J'étais sur l'autoroute loin de chez moi.
'''Gérard''' : Ouais, mais où à peu près ? Grosso modo. Sans donner le nom de la ville, à peu près ?
'''Lola''' : Bah, à 800 kilomètres de chez moi j'étais.
'''Gérard''' : 800 ? Oh làlà... Attends, mais là moi je pense que c'est un peu trop cher.
'''Phildar''' : C'est de l'arnaque, non ?
'''Gérard''' : Non, là c'est de l'arnaque pure et simple. Je pense qu'à mon avis tu t'es fait avoir. Françoise ? Françoise pour toi ?
'''Françoise''' : Non, non, je t'écoute hein. Moi j'ai dit 350.
'''Gérard''' : Ouais mais d'accord, d'accord Françoise. Alors 300... 350, d'accord ok. Mais alors 350 mais... sur l'autoroute ?
'''Françoise''' : Oui, oui, sur l'autoroute.
'''Gérard''' ''[les auditeurs se parlent es uns sur les autres]'' : Non mais attendez, attendez s'il vous plaît derrière ! Non, non, mais attendez. Attendez s'il vous plaît. Là il y a Lola qui a répondu, il y a Françoise. Mais de toute manière je vais vous demander vos opinions. ''[Goldman jure]''. Non, il n'y a pas de « putain », d'accord ?
'''Goldman''' : C'est pas ça, c'est que si jamais je ne trouve pas une prise pour brancher le portable, bah jamais je vais pouvoir vous entendre parce que ça va couper, parce que j'ai plus de batterie.
'''Gérard''' : Bon alors dans ce cas-là, dans ce cas-là sur un portable je ne prends pas.
'''Goldman''' : Non mais attends, c'est les tout nouveaux !
'''Gérard''' : Non, non, non, je ne prends pas de personne sur un portable.
'''Goldman''' : Il est tout neuf le truc !
'''Gérard''' : Françoise ? Françoise, donc 350 pour toi.
'''Françoise''' : Bah 350. Tout dépend du parcours, du parcours où t'es, où t'es dépanné. Et puis bon bah, pour amuser la galerie, si tu lèves ta jupe, ça coûte encore moins cher.
'''Gérard''' : Non mais attends Françoise !
'''Françoise''' : Non mais là c'était pour déconner là...
'''Lola''' : Françoise, t'as levé ta jupe ?
'''Babysitter''' : Surtout si t'as pas de culotte, Françoise.
'''Gérard''' : Non mais attendez, attendez s'il vous plaît ! Hé Françoise, tu me dis 350 sur autoroute, mais alors comment que tu peux faire vu que t'as pas de voiture ?
'''Françoise''' : Bah... Et la voiture à mon fils ? Eh bah René, il est juste à côté, mais il faudrait que je lui demande.
'''Gérard''' : Non mais d'accord. D'accord Françoise. Non mais c'est bon. Bon, Steve ?
'''Steve''' : Ouais, ta question c'est en France ou à l'étranger ? En France ?
'''Gérard''' : Combien coûte un dépannage sur l'autoroute ? On ne cherche pas si c'est en France ou à l'étranger, d'accord ?
'''Steve''' : Moi en France j'en sais rien, parce que je suis jamais en France, je suis toujours à l'étranger.
'''Gérard''' : Bon bah alors dans ce cas-là, tu essaies... Non mais attends Steve. T'essaies de te réveiller s'il te plaît.
'''Steve''' : Je suis parfaitement réveillé là. Pour une fois cette semaine, j'ai même pas bougé... j'ai pas bougé, je suis resté en France. Mais ce que je veux dire par là, c'est que Lola en fait, ça lui a coûté 3000 balles, donc elle s'est fait vraiment arnaquer quoi. Moi ça m'a coûté 2900 francs, et nickel quoi.
'''Gérard''' : Eh bah alors ! Eh bah alors, toi aussi tu t'es fait arnaquer !
'''Steve''' : Elle ouais, moi non.
'''Lola''' : C'est déjà plus honnête.
'''Gérard''' : Non attends, attendez. Attendez, vous allez pas vous battre là. On va essayer d'éclaircir tout ça après. Goldman ? Oh, Goldman !
'''Phildar''' : Attends, il avait un problème de batterie, donc je... Je le rappelle dans 5 minutes.
'''Steve''' : Laisse-le, il bouffe Gérard.
'''Gérard''' : Non, non, Goldman c'est pas la peine.
'''Manu''' : On nous demande : c'est combien un dépannage sous un pont ? Est-ce que c'est plus cher que sur l'autoroute ?
'''Gérard''' : Non alors là... Non mais j'ai prévenu ! Je... sur Minitel...
'''Phildar''' : C'est pas le pont de l'Alma hein !
'''Gérard''' : Non mais attends, ça n'a rien à voir ! On nous demande : sous un pont.
'''Gérard''' : Sous quel pont ?
'''Phildar''' : Le pont de Billancourt, par exemple.
'''Manu''' : Sous un pont, un pont quelconque.
'''Gérard''' : Ouais, mais attends, t'as différents ponts.
'''Babysitter''' : Bah oui. Mais sous le pont de l'Alma, je crois que c'est gratuit parce que c'est un corbillard qui fait.
'''Gérard''' : Bon Steve, s'il te plaît, tu vas te calmer.
'''Babysitter''' : Steve, calme-toi ! S'il te plaît.
'''Steve''' : Mais c'est pas Steve ! Tais-toi toi !
'''Gérard''' : Vous allez vous calmer parce qu'il y a des voix que je reconnais, d'accord ? Donc Babysitter.
'''Babysitter''' : Donc oui, le dépannage... Le dépannage, moi je sais pas, j'ai pas de caisse.
'''Gérard''' : Ah, t'as pas de question ? J'ai pas de...
'''Babysitter''' : Non, j'ai pas de voiture. De voiture, non.
'''Gérard''' : Bah allez, Babysitter, attends. Tu vas faire une chose... Tu vas faire une chose...
'''Babysitter''' : Attends, parce qu'il faut avoir une voiture pour participer à tes débats aussi ? Faut être bisexuel et avoir une différence d'âge ?
'''Gérard''' : Attends, attends...
'''Max''', ''[à l'entrée du studio]'' : Attends, calme-toi. Il est une heure, t'auras plus de voix après !
'''Gérard''' : Hé Babysitter ? Pour l'instant, c'est moi qui gère le débat. Si tu veux pas répondre aux questions... C'est pas la peine.
'''Babysitter''' : Mais je te dis que j'ai pas de voiture !
'''Gérard''' : Ce n'est pas la peine ! J'ai envie de... j'ai envie de mener des débats comme il y a 15 jours, et je veux faire correctement les deux.
'''Ma
nu''' : Mais si tu cries, tu ne pourras pas y arriver.
'
''Gérard''' : Non mais attends s'il te plaît Manu, moi je veux des débats corrects. Je veux répondre sur les deux questions.
'''Goldman''' : C'est vrai, on veut des débats ! Ah au fait, j'ai fini de manger. ''[bruit de fuite électromagnétique du téléphone mobile sur une enceinte, caractéristique du portable trop près d'un appareil électronique]''.
'''Steve''' : C'était bon, ouais ?
'''Golmdan''' : Ouais. J'ai fumé une clope.
'''Steve''' : T'as bouffé quoi ?
'''Gérard''' : Bon, Delphine ?
'''Delphine''' : Oui ?
'''Gérard''' : Pour toi ?
'''Delphine''' : Ben moi je sais pas du tout, parce que je suis jamais tombée en panne sur l'autoroute.
'''Gérard''' : Ouais, mais est-ce que t'as une voiture ?
'''Delphine''' : Oui j'ai une voiture.
'''Steve''' : C'est quoi ?
'''Gérard''' : Non ! Arrêtez s'il vous plaît de demander quoi... D'accord. On ne cite pas de marque.
'''Delphine''' : Elle est rouge.
'''Gérard''' : Ouais, mais on s'en fout de la couleur ! On s'en fout.
'''Delphine''' : J'irais pas... j'irais pas payer jusqu'à 3000 balles. 2900 à la rigueur.
'''Steve''' : 2900 t'as vu ? T'as vu Gérard ? C'est Steve. 2900 c'est honnête, 3000 non.
'''Gérard''' : Non mais même ! Mais attendez, attendez. Vous croyez que vous allez payer 3000 balles un dépannage sur l'autoroute ?
'''Steve''' : 2900 Gérard, 2900.
'''Françoise''' : D'après mon fils, il faut compter à peu près 600 balles de dépannage.
'''Gérard''' : Hein ? Ouais mais d'accord, 600 balles à mon avis tu te fais arnaquer.
'''Babysitter''' : Gérard, pour les pannes sexuelles, tu prends combien ?
'''Gérard''' : Bon toi, tu dégages. Ça, les pannes sexuelles...
'''Phildar''' : Non mais est-ce que t'as besoin d'un dépannage... enfin d'une dépanneuse ?
'''Gérard''' : Non mais attends, dans ces cas-là, ils font le débat à ma place et puis c'est bon !
'''Babysitter''' : Non mais c'est le débat, c'est les pannes sexuelles.
'''Gérard''' : Non mais attends, pour l'instant c'est pas le thème du débat ! On n'est qu'à la première question.
'''Steve''' : Excuse-nous Gérard. Excuse-nous Gérard.
'''Gérard''' : Phildar, je crois que mardi on avait bien... on s'était mis d'accord et je voudrais qu'on le fasse comme la semaine dernière. Donc moi je reviens sur Lola. Donc Lola, à mon avis tu t'es fait avoir.
'''Lola''' : Bah ouais mais bon... Ça arrive hein.
'''Gérard''' : Ouais mais c'était sur autoroute ?
'''Lola''' : Ouais, sur autoroute ouais. Sur autoroute, 3000 balles, à Marseille.
'''Goldman''' : Tu roulais vite ou pas ?
'''Lola''' : Ouais.
'''Gérard''' : Non, non, non, il n'y a pas à savoir si elle roulait vite ou pas. Mais attends, tu me dis... Attends, 3000 balles à Marseille ?
'''Lola''' : À Marseille.
'''Delphine''' : À Marseille, c'est des voleurs ! Voilà.
'''Gérard''' : Attends, attendez ! J'ai peut-être une réaction... n''[une personne est entrée dans le studio]''.
'''Dépanneur''' : Oui. Alors à Marseille, moi sur l'autoroute j'ai l'habitude : c'est jamais plus de 2500. Faut être clair, sinon ils se font arnaquer.
'''Phildar''', ''[regardant Gérard, distrait]'' : Ah oui, c'est clair ! Gérard, qu'est-ce que tu en penses ?
'''Dépanneur''' : MNon mais là, on n'est pas plus voleur à Marseille qu'ailleurs. Je veux dire, 2500 c'est déjà hyper cher.
'''Gérard''' : Non mais... Non mais moi une question, une question que je vais te poser dans ces cas-là : si tu fais Paris-Marseille, tu tombes en panne admettons à Lyon, il va te prendre combien le dépanneur ?
'''Dépanneur''' : Oui, mais il va t'amener dans un garage à Lyon, il va pas te ramener à Marseille le mec.
'''Gérard''' : Ah ouais ben voilà.
'''Dépanneur''' : Il va te prendre 349 francs TTC.
'''Gérard''' : Ouais ? TTC ? Mais après...
'''Dépanneur''' : 349. Ouais, mais maintenant s'il te prend la bagnole en fourrière, c'est 600 balles plus le PV à 230 balles.
'''Gérard''' : Ah d'accord.
'''Dépanneur''' : Si tu prends la majoration, ça peut faire...
'''Phildar''' : Ça peut monter vite à 6000 balles.
'''Dépanneur''' : Non, ça peut aller à 2500.
'''Gérard''' : Ouais, mais dans ces cas-là, admettons que tu tombes... je sais pas, je sais pas si ça t'est déjà arrivé... admettons que tu tombes en panne sous le tunnel de Fourvière ?
'''Une voix d'auditeur''' : PD !
''[Max est assis, dans un coin du studio]''.
'''Gérard''' : Oh s'il vous plaît ! Vous vous calmez derrière, les mecs qui disent ça. Ok ? Là pour l'instant je suis en train de poser des questions. Donc s'il vous plaît, on se calme, merci.
'''Max''' : On se croirait en guerre ! On se croirait à la guerre, on dirait un interrogatoire. On n'a pas l'impression... Est-ce que tu viens pour t'amuser Gérard, ou est-ce que c'est une obligation ?
'''Gérard''' : Non mais moi je voudrais que Steve et...
'''Max''' : Non mais tu demandes aux gens de venir avec le crâne rasé, l'armée, et de faire leur lit au carré ! Là on est là pour s'amuser. Donc tu gueules... Il est une heure et quart, que tu t'énerveras vers 3h. Mais à une heure et quart : smile !
'''Gérard''' : Ouais mais dans ces cas-là, on demande aussi à Babysitter de se calmer, parce que c'est des habituels tout ça.
'''Max''' : Mais c'est des habituels ! Mais il faut toujours que tout le monde se calme, il faut surtout pas que les gens parlent avec toi.
'''Gérard''' : Donc, moi je repose la question. Je repose la question. Donc : sous le tunnel de Fourvière, par exemple.
'''Dépanneur''' : Si tu poses la question à quelqu'un de Marseille, le mec il ne passe pas sous le tunnel de Fourvière, il y a trop de pollution. C'est pas un endroit où on passe !
'''Gérard''' : Mais oui mais... si là on tombe en panne ! On ne peut rien faire, on est obligé d'appeler.
'''Dépanneur''' : Non, non, on ne passe plus là.
'''Gérard''' : Oui mais d'accord, il y a des contours. Mais admettons, avant qu'il y ait des contours et qu'on tombe en panne, là-dessous... Donc combien prend le dépanneur à peu près ?
'''Dépanneur''' : Moins de 2500 normalement quoi.
'''Phildar''' : Mais c'est beaucoup moins cher que sous le pont de l'Alma ? Toi qui es dépanneur, qu'est-ce que tu...
'''Gérard''' : Non, Phildar s'il te plaît.
'''Dépanneur''' : Non, c'est-à-dire qu'à l'époque, sous le pont de l'Alma c'était plus cher parce qu'ils avaient remplacé le zouave par une bouteille de Coca-Cola. Parce que « zouave d'aujourd'hui »... je ne sais pas si tu te rappelles du slogan de l'époque...
'''Manu''' : Gérard, j'ai aussi une réaction Minitel, un témoignage de Yo-Yo qui dit : « Moi j'ai eu un accident fin août avec ma Fiat Uno blanche et ça m'a coûté 2500 balles. »
'''Gérard''' : Là je vais te dire une chose, tu vois Manu... Manu s'il te plaît, tu vas calmer ces questions Minitel parce que j'en ai ras le bol ! Ou sinon le Minitel on va le couper.
'''Manu''' : Pourquoi ? Qu'est-ce qu'il y a de méchant ?
'''Gérard''' : Non parce que Fiat Uno, ça a un rapport avec lady D, d'accord ?
'''Manu''' : Je ne savais pas !
'''Gérard''' : Donc tout le monde a répondu ? Alors Goldman, maintenant si tu veux répondre...
'''Goldman''' : Non, non. Tu vas me dire encore que je suis endormi.
'''Gérard''' : Bon d'accord, merci. Comme ça ça va plus vite. Appelez-vous souvent un dépanneur pour votre voiture ou votre moto ? Alors qui non ?
'''Lola''' : Moi. Lola.
'''Gérard''' : Alors vas-y.
'''Lola''' : Ben non. Non, je me débrouille avec des copains qui savent faire de la mécanique, sinon ça coûte trop cher. 3000 francs ça coûte cher !
'''Gérard''' : Non mais attends Lola. Lola. Lola. Là je ne te demande pas combien coûte un dépannage. Je te demande : appelez-vous souvent un dépanneur pour votre voiture ou votre moto ? Alors Lola, je pense que tu n'as pas dû comprendre. C'est est-ce que tu appelles par exemple... tu te promènes dans la rue, est-ce que tu appelles un dépanneur ? Un dépanneur si tu es en panne. Merci pour celui qui s'amuse à jacter derrière, parce que là ça commence à m'énerver là !
'''Lola''' : Non, j'appelle des copains qui s'y connaissent en mécanique. Voilà.
'''Gérard''' : D'accord. Françoise ?
'''Françoise''' : Oui, oui. Moi je ne peux pas répondre parce que étant donné que mon fils est mécanicien... Alors donc c'est difficile de te répondre sur cette question-là.
'''Gérard''' : Ok, d'accord. Steve ?
'''Steve''' : Écoute, moi j'appelle souvent un dépanneur. C'est un pote, il s'appelle Thierry Henry. Et je l'appelle souvent parce qu'il est dépanneur et parce que c'est un pote à moi quoi. On joue tous ensemble.
'''Gérard''' : D'accord. T'es prié d'éviter de dire les noms s'il te plaît, merci.
'''Steve''' : Non, je t'ai donné deux prénoms, c'est pas un nom.
'''Gérard''' : Oui mais t'évites, d'accord ?
'''Steve''' : Non, je t'ai donné ses deux prénoms de son baptême et son premier prénom.
'''Gérard''' : Oui mais t'évites s'il te plaît ! Donc alors ?
'''Steve''' : Je dis même pas les prénoms ?
'''Gérard''' : Non, mais tu dis rien du tout !
'''Steve''' : Alors je l'appelles comment ? Je l'appelle comment Gérard ?
'''Gérard''' : Non mais c'est bon. Babysitter ?
'''Babysitter''' : Oui, moi aussi j'ai un pote qui est en mécanique, qui s'appelle Zidane.
'''Gérard''' : Bon alors !
'''Babysitter''' : Quoi ? Qu'est-ce qu'il y a ?
'''Steve''' : Il a dit pas de prénom...
'''Babysitter''' : Mais non, mais non ! Mais non !
'''Gérard''' : Phildar s'il te plaît ! Tu me calmes Babysitter et Steve, s'il te plaît. ''[tentant de sourire]'', Tu me les calmes tous les deux !
'''Phildar''' : Ok, ok Gérard.
'''Gérard''' : Donc Delphine ? Delphine ?
'''Delphine''' : Bah moi j'appelle un dépanneur surtout pour ma machine à laver.
'''Gérard''' : Non mais je te parle de voiture auto ! Non mais attends Delphine... On parle de dépannage auto ! On parle de dépannage auto ! On ne parle pas de machine à laver !
'''Delphine''' : Oui mais bon, ça sert aussi les dépanneurs pour les machines à laver.
'''Gérard''', ''[luttant pour rester modéré]'' : Oui mais... mais pour l'instant on fait un dépannage auto ! D'accord ?
'''Delphine''' : Non, moi je l'emmène toujours chez le garagiste dès qu'il y a un petit truc.
'''Gérard''' : Oui mais c'est-à-dire... Bah alors attends. Appelez-vous souvent un dépanneur pour votre voiture ou votre moto ? Admettons, moi je vais te poser une colle. Là je sais pas si tu vas me répondre. Est-ce que... même Lola et Françoise... Moi je vais vous poser une colle à toutes les trois. Est-ce que vous appelez un dépanneur lorsque votre batterie est en panne ?
'''Delphine''' : Ah, ça c'est une colle, hein !
'''Fraçoise''' : J'ai pas compris là.
'''Gérard''' : Bah quand... quand ta batterie de ta voiture est en panne ? Est-ce que t'appelles un dépanneur ?
'''Françoise''' : Non. Bah non ! T'es pas obligée d'appeler un dépanneur pour la bonne raison c'est que t'as des fils, et que si t'as une bagnole qui peut te dépanner à ce moment-là, tu branches tes fils. Tes fils de dépannage.
'''Gérard''' : Dans ce cas-là, moi je vais... je vais te répondre Françoise : si par exemple tu n'as pas les cosses pour dépanner la voiture ?
'''Françoise''' : Ouais, mais la voiture... la voiture que tu demandes, si elle les a, à ce moment-là elle peut te dépanner.
'''Gérard''' : Oui mais... oui mais... mais Françoise !
'''Françoise''' : Oui ?
'''Gérard''' : Françoise, admettons que la personne que tu appelles pour te dépanner, il n'a pas les cosses pour ta batterie ? Tu fais quoi ?
'''Delphine''' : Bah si c'est un dépanneur et qu'il n'a pas de cosses, c'est pas un dépanneur !
'''Gérard''' : Oui non mais attends. C'est qui ? C'est qui ? C'est Delphine ?
'''Delphine''' : Delphine.
'''Gérard''' : Oui mais Delphine, je pense que t'as suivi... ouais mais t'as subi la question que je voulais dire. Si par exemple... mais admettons que t'as pas le temps d'appeler un dépanneur, que t'aies pas la borne sur la route ?
'''Babysitter''' : Non mais Gérard, Gérard quand t'as un problème avec ta batterie, il faut appeler EDF directement.
'''Gérard''' : Non mais attends ! Mais qu'est-ce que... EDF a à voir avec... Va voir Phildar au standard !
'''Babysitter''' : C'est électrique !
'''Max''', ''[outré]'' : Il peut parler Gérard, pourquoi il n'a pas le droit de se tromper ?
'''Gérard''' : Mais qu'est-ce qu'on a foutre avec EDF ?
'''Babysitter''' : Mais parce que c'est électrique ! Je sais pas moi, je suis un peu con sur les bords, tu comprends ?
'''Gérard''' : Bah oui mais t'es con, mais tu resteras con toute ta vie !
'''Manu''' : Justement Gérard, c'est à toi de lui apprendre. Donc c'est pas la peine de gueuler, essaie de lui expliquer.
'''Gérard''' : Dans ces cas-là, moi je réponds à Françoise. Si par exemple quelqu'un vient te dépanner, que t'es en pleine cambrousse et que t'es en panne avec ta batterie, que personne n'a de cosses pour...
'''Babysitter''' : C'est quoi des cosses ?
'''Gérard''' : Oh des cosses, c'est pour faire quoi ?
'''Steve''' : Ouais c'est Steve. Moi je suis allé en Irlande du Nord, l'Écosse c'est pas mal aussi. Ah ouais ! Sauf que les gens sont un peu plus distants.
'''Phildar''' : Non Gérard, c'est quoi des cosses ? Explique.
'''Gérard''' : Les cosses c'est des trucs qui vont sur la batterie pour pouvoir la démarrer. On est bien d'accord ?
'''Steve''' : D'un autre côté, le Pays de Galles, c'est pas mal.
'''Gérard''' : Non, t'as le Pays de Galles et tout à l'heure tu vas dégager ! Tu vas voir si ça va être le Pays de Galles toi !
'''Phildar''', ''[applaudit et éacclame Gérard de sa phrase]'' : Ouais ! Gérard ! Tiens Gérard, à la place de Goldman qui est tombé en panne, on accueille Zarbi.
'''Zarbi''' : Salut Gégé ! Salut à tous.
'''Tous''' : Salut, salut.
'''Manu''' : Excusez-moi, on nous dit... il y a un témoignage sur le Minitel encore, Yo-Yo, où on nous dit qu'on peut se faire refaire le pot pour 250 balles au bois de Boulogne. Y'a pas de problème.
'''Gérard''' : Bon ! Alors le Minitel, tu sais ce que tu vas me faire ? Tu vas me le couper parce que j'en ai marre ! J'en ai marre ! C'est rien que des conneries ! C'est rien que des conneries ! Tu vas me le couper ! Tu me l'éteins.
'''Manu''' : Tu peux appeler Alan qui cherche une scie à métaux dans le local technique, on va le couper !
'''Gérard''' : Non, non, tu ne vas pas appeler Alan. Tu me refermes le Minitel, c'est tout ! Comme ça au moins je serai tranquille. On n'aura pas le pont de l'Almam.
'''Phildar''' : Le pont de l'Almam ? Non Francis Lalane.
'''Gérard''', ''[essayant de débancher la prise de l'appareil]'' : Non, non. Non, non.
'''Phildar''' : Il est coupé là...
'''Manu''', ''[ferme]'' : On ne peut pas le couper Gérard, arrête un peu !
'''Max''', ''[en colère]'' : Oh mais arrêtes un peu ! Tu fais toujours "Non, non ! Oh non, non !" 1h23... Pour l'instant tous les gens sont bien, y'a qu'une personne qui est chiante, c'est toi !
'''Gérard''' : Ouais bah dans ces cas-là, dans ces cas-là il lit pas les messages.
'''Max''' : Tu peux sourire un peu à l'antenne ? Ça fait 23 minutes que tu gueules. Ça fait 23 minutes que j'entends les auditeurs qui sont bien.
'''Gérard''' : Moi je sens que ça va aller vite.
'
''Manu''' : Ah bah je sens aussi que ça va aller vite avec toi !
'''Gérard''' : Troisième : choisissez-vous la bande ou l'autostop ?
'''Max''' : Mais rigole un peu ! Happy ! C'est des débats pour rigoler !
'''Gérard''' : Choisissez-vous la bande ou l'autostop ? Allez hop !
'''Lola''' : Quoi ? Quoi ? Tu peux répéter Gérard ?
'''Gérard''' : Choisissez-vous la bande ou l'autostop ?
'''Françoise''' : L'autostop.
'''Gérard''' : Ouais ? Pourquoi ?
'''Françoise''' : Bah parce que... parce que t'as plus de chance de te faire arnaquer comme ça. Pour aller plus vite vis-à-vis du garage.
'''Gérard''' : D'accord. Lola ?
'''Lola''' : Ouais, pareil. Moi aussi.
'''Steve''' : Choisissez-vous la bande ou l'autostop ? C'est ça ?
'''Gérard''' : Ouais.
'''Steve''' : Comme tu veux.
'''Gérard''' : Ouais, quand tu seras réveillée tu me feras signe, ok ?
'''Steve''' : Attends, je sors du resto et tu parles fort ! Tu me fais mal à la tête là.
'''Gérard''' : Ouais, si ça te plaît pas mon pote, tu dégages !
'''Steve''' : Mais si ça me plaît Gérard, ça me détend !
'''Zarbi''' : Bah je préfère l'autostop, et de loin, à la bande. Pourquoi tu vas me dire ? Bah tout simplement...
'''Gérard''' : Babysitter ? Allo ? Babysitter ?
'''Babysitter''' : L'autostop aussi. Pourquoi tu vas me dire ? Et tu vas me couper ?
'''Gérard''' : Non, vas-y !
'''Zarbi''' : Attends j'ai pas fini là !
'''Babysitter''' : Vas-y je t'en prie Zarbi.
'''Zarbi''' : Ah quand même... Putain comment il se vénère !
'''Gérard''' : Comment ? Allez hop ! Delphine ? Delphine ? Delphine ? Hop ! Delphine ?
'''Babysitter''', ''[prenant l'accent des jeunes de banlieue parisienne]'' : Et pourquoi tu laisses pas tchatcher Zarbi, lascar ?
'''Gérard''' : Ouais laisse tomber, laisse tomber. Lâche l'affaire. C'est bon. Laisse-moi au standard.
'''Delphine''' : J'ai fait pile ou face : alors je préfère la bande.
'''Gérard et Françoise''' : Et pourquoi ? Et pourquoi ?
'''Delphine''', ''[voix basse]'' : Parce que si ça avait été face, j'aurais dit autostop.
'''Gérard''' : Ouais d'accord. Quand tu parleras plus fort devant ton combiné, ça me ferait plaisir.
'''Babysitter''' : C'est Babysitter. Moi je préfère l'autostop parce que j'aime bien me faire ramasser par des routiers vicieux.
'''Gérard''' : Ouais bah dans ce cas tu donneras ton prénom, d'accord ?
'''Babysitter''' : C'est Babysitter. Mon prénom c'est Ba.
'''Gérard''' : Ouais, ouais, c'est ça, c'est ça.
'''Steve''' : C'est Ibrahim.
'''Babysitter''' : Non, non c'est Ba... Le nom c'est Bysitter !
'''Gérard''' : Non mais c'est ça, c'est ça. T'as raison.
'''Phildar''' : Et toi Gérard, tu préfères quoi ?
'''Gérard''' : Aucun des deux. Aucune des deux. COmme ça...
'''Phildar''' : Et pourquoi ? C'est bon ! C'est bon on n'a plus le temps ! C'est bon, c'est bon.
'''Gérard''' : Pensez-vous qu'il faut diminuer les... les dépanneurs ?
'''Babysitter''' : Ça va vite !
'''Manu''' : Bah là on finit à deux heures !
'''Delphine''' : Qu'est-ce que t'as dit Gérard ?
'''Gérard''' : Pensez-vous qu'il faut diminuer les dépannages ? C'est-à-dire les gens qui viennent vous chercher quand vous êtes en panne.
'''Delphine''' : Ben non, au contraire.
'''Phildar''' : Tu peux pas expliquer ta question Gérard ? Pour qu'ils comprennent, le audituers ?
'''Gérard''' : Pensez-vous qu'il faut diminuer les dépannages ?
'''Phildar''' : Non mais je t'ai pas dit de la relire, je t'ai dit de l'expliquer.
'''Zarbi''' : Les diminuer dans quel dans, en les augmentant ?
'''Gérard''' : Non, les diminuer, c'est-à-dire en supprimant des sociétés de dépannage.
'''Babisitter''' : Tu veux faire des choômeurs encore en plus, c'est ça ? C'est ça que tu veux ? C'est faire des chômeurs à la France ?
'''Zarbi''', ''[en simultané de Babysitter]'' : C'est-à-dire, tu veux dire carrément avec des bulldozers ? C'est bizarre comme histoire, ce que tu nous dis là.
'''Steve''' : Je peux balancer une théorie économique sur les fusions et les lois antitrust ?
'''Babysitter''' : On t'écoute, de toute façon on est mal barrés là.
'''Steve''' : Oui, pour lever le niveau. Je te sens agressif Gérard, aujourd'hui, qu'est-ce qu'il se passe ?
'''Zarbi''' : Je crois, Gégé, que je t'ai vu lundi dans le métro. Et si on faisait un enfant ensemble ?
''[Sur toute la séquence, Gérard boude, silencieux, laissant des blancs gênants]''.
'''Phildar''' : Allez vas-y Steve, réponds.
'''Steve''' : Je disais que si on supprime les sociétés de dépannage, comme le veut apparemment Gérard, c'(est vrai que...
'''Gérard''' : Tu vas me les calmer, d'accord ?
'''Manu''' : Mais ils sont calmes Gérard !
'''Max''' : OH !
'''Gérard''' : Quoi ?
'''Max''' : Tu te calmes.
'''Gérard''' : Donc Françoise, pour toi ?
'''Fraçoise''' : Oui, ça fera du choômage, j'ai dit.
'''Gérard''' : Mais est-ce que tu penses qu'il faut les diminuer ou pas ?
'''Françoise''' : Non justement ! Parce que si tu les diminues, automatiquement, ça fera du chômage.
'''Gérard''' : Ben voilà ! Voilà ce que je veux dire.
'''Lola''' : Non parce qu'après yaura beaucoup de gens qui seront dans la galère, les gens qui seront en panne et tout, ils pourront pas appeler les sociétés, etc etc. Non non, faut les laisser.
'''Steve''' : Je t'ai déjà répondu mais si tu veux je te réponds comme tu veux : si on supprime, c'est pas bien, parce que si on supprime et... c'est le chômage.
'''Gérard''' : Tte manière, t'as pas dû écouter ce que Françoise t'a dit.
'''Steve''' : C'est vrai que c'est très différent, ce que j'ai dit, oui.
'''Zarbi''' : Moi je tiens ça de ma grand-mère donc...
'''Gérard''' : Ah ben d'accord, ben toi Zarbi, tu peux aler te coucher hein. Il tient ça de sa grand-mure, non mais n'importe quoi... Babysitter ?
'''Steve''' : T'as pas compris, il t'a lancé un message.
'''Babysitter''' : Message dubdiminal.
'''Zarbi''' : Mais il comprend rien depuis tout à l'heure.
'''Babysitter''' : Moi je suis comme Françoise, je trouve que ça fait trop de chômeurs.
'''Françoise''' : Non j'ai pas dit que ça faisait trop de chômeurs, j'ai dit que si on les enlève, à ce moment-là, ça fera trop de chômage.
'''Zarbi''' : Non mais c'est n'importe quoi, si on les enlève, ça fera pas de chômage.
'''Gérard''' : Bon je commence à en avoir marre entre Steve et Babysitter hein !
'''Babysitter''' : Mais qu'est-ce que t'as à gueuler ? TU commences à me saoûler !
'''Gérard''' : Si t'es pas content, tu dégages, ok ?
'''Zarbi''' : Faut arrêter les anfé hein...
'''Gérard''' : Hye mais attendez ! Apparemment, je crois que vous avez pas compris, mardi.
'''Max''' : Non mais on va faire une pause, parce que sinon on va être obligé d'abréger à 3H, oarce que tu gueules, ya pas de mouvement, par rapport à ya quinze jours et une semaine tu rigolais, là ce soir c'est n'importe quoi. T'es de mauvais poil !
'''Gérard''' : Oui mais pourquoi ? Steve il était là la semaine dernière, et Babysitter c'est des habituels ! ''[hurle]'' : Alors j'en ai ras-le-bol ! Alors maintenant, on va mettre un disque, et vous me changez toute la liste. Merci. ''[silence de 3 secondes]''.
'''Max''' : ON écoute quoi ?
'''Manu''' : Les numéros de téléphone et tout, Gérard ?
'''Gérard''' : Donc 0803 08 5000 et 0800 70 5000 et toujours 3615 code Funradio, rubrique Direct.
''[Musique, puis jingle. Au retour, un blanc de deu secondes]''
'''Phildar''' : Allez c'est la fête !
'''Gérard''', ''[très loin de son micro, car debout devant le standard, en donnant des ordres]'' : Tu me changes tout, d'accord Manu ? Phildar tu prends la réa.
'''Phildar''' : Oh mais non ! J'aime bien le standard ! Non pas pour le moment, tout à l'heure. Tiens Gérard, t'as de nouveaux auditeurs, des tout frais, des tout gentils, qui t'embêteront jamais, et il t'en manque un, mais je te le ramène tout de suite. ''[Gérard va s'asseoir, bougon]''. Allô ! C'est super ! C'est les débats de Gérard !
'''Manu''', ''[le sourire forcé]'' : La bonne humeur ! 0803 08 5000, 0800 70 5000 ! Minitel 3615 Funradio.
'''Phildar''' : C'est pas ton boulot Manu, c'est celui de Gérard.
'''Manu''' : Ouai mais il le fait pas donc...
'''Gérard''' : Françoise bonsoir ! Lola ? Fanta ? Sébastien ? et Delphine. Quand vous appelez un dépanneur, attendez-vous longtemps ? ''[Olivier rentre dans le studio]''. Olivier, s'il te plaît égage ! Dégage !
'''Françoise''' : Faut compter au moins un quart d'heure, vingt minutes.
'''Fanta''' : Je dirais plutôt trente minutes moi.
'''Gérard''' : Bon attendez, on va pas s'énerver...
'''Phildar''' : Juste avant que tu reposes la question on accueille Sandra, à la place de Zarbi. Elle a 28 ans et elle habite à Royan.
'''Gérard''', ''[répondant au bonsoir de Sandra, faible]'' : Mais qu'est-ce qu'ils ont ce soir ? C'est le début du mois de mars, tout le monde dort ?
'''Phildar''' : Ils sont comme toi, ils ont leurs règles.
'''Fanta ''' : On bourgeonne.
'''Gérard''' : Ouai ben vous bourgeonnez... Ptt vous réveiller. Je répète la question : quand vous appelez un dépanneur, attendez-vous longtemps ? ''[un cri fait oui, à deux reprises]''. Bon celui qui s'amuse à dire oui oui oui, j'en n'ai rien à foutre ! ''[Pendant que Fanta et Françoise, deux personnes coupent la communication]''.
'''Max''', ''[en colère]'' : Ben les gens ils raccrochent, ils en ont marre. Je te donne cinq minutes pour te détendre, sinon on arrête.
'''Gérard''' : Bon allez hop ! Tu mets deu disques...
'''Max''' : Non tu vas où toi ? ON fait de la radio, les gens ils écoutent la radio, aies du respect pour les gens qui écoutent la radio. J'ai jamais vu ça ! Ça se passe bien, tu t'énerves tout seul. Tout seul, tout seul, tout seul. Tu fais rien de bien là. C'est zérà. J'écoute, c'est nul.
'''Gérard''', ''[tentant le sourire]'' : Fanta, t'attends une demi-heure ? Donc même si le bord de l'autoroute alors. Lola ?
'''Lola''' : Ouai cinq à dix minutes, c'est très rapide.
'''Gérard''' : Même sur le bord de l'autoroute, t'attends cinq à dix minutes ?
'''Lola''' : Ouai, ils mettent le turbo.
'''Gérard''' : Moi je peux te dire une chose, c'est que... 5 à 10 minutes, t'es généreuse hein Lola !
'''Deophine''' : Mais c'est pour ça que t'as payé 3000 balles !
'''Gérard''' : Ouais à mon avis c'est pour ça !
'''Lola''' : Service... service compris !
'''Gérard''' : Ah ouais mais non mais je pense que là, je pense que 5 à 10 minutes, tu vas vite hein ! Bon enfin bref... Donc Fanta m'a dit une demi-heure ?
'''Fanta''' : Oui.
'''Gérard''' : Euh... Sébastien ?
'''Sébastien''' : Ouais pareil.
'''Gérard''' : Combien ?
'''Sébastien''' : Bah pareil.
'''Françoise''' : Pareil quoi ?
'''Sébastien''' : Un peu plus quoi.
'''Gérard''' : Mais quoi pareil un peu plus ?
'''Sébastien''' : Pareil qu'avant quoi. 5 minutes quoi. J'attends 5 minutes, pas plus.
'''Gérard''' : Sébastien ! Sébastien ! Sébastien ! Je te demande : quand vous appelez un dépanneur, attendez-vous longtemps ? Donne-moi un chiffre !
'''Sébastien''' : 5 minutes 32 à peu près.
'''Gérard''' : Non... 5 minutes 32 ? Mais attends mais qu'est-ce qu'on en a à foutre des 32 minutes ?
'''Sébastien''' : Bah non il y a les minutes et les secondes Gérard !
'''Gérard''' : Mais en tout t'attends combien de temps ?
'''Sébastien''' : On va dire 5 minutes 30, on va arrondir.
'''Gérard''' : Bon t'attends 5 minutes c'est tout ! Tu mets pas les... tu mets 5 minutes et tu mets pas les secondes. Donc 5 minutes pour toi, le mec, il va aller rapidos.
'''Sébastien''' : Ah bah ouais, ouais ! Pour 3000 francs, vaut mieux quand même.
'''Phildar''' : On accueille, à la place de Sandra, on accueille Cécile, 22 ans, de Lille.
'''Gérard''' : Bonsoir Cécile. Donc Cécile, pour toi...
'''Cécile''' : Attendez, j'ai pas entendu la question aussi.
'''Gérard''' : — Alors, quand vous appelez un dépanneur, attendez-vous longtemps ?
'''Cécile''' : Une demi-heure en gros.
'''Gérard''' : Une demi-heure ? Donc ça dépend là où t'es en panne ? D'accord. Ok. Delphine ?
'''Delphine''' : Bah moi, une fois, j'ai touché pendant la panne avec une copine...
''[L'antenne est alors envahie de musique électronique type discothèque, pendant 4 seconde. Puis, elle disparaît. Ma, Phildar et Manu bondissent, ne comprenant pas]''.
'''Gérard''' : Je pense que le deuxième, il va pas se passer comme ça.
'''Manu''' : Ben je sais pas, c'est pas moi alors...
'''Gérard''' : Non mais tu le fais exprès ou quoi là ?
'''Manu''' : Ah bah ça, c'est clair ! Ouais, je le fais exprès, ouais. Ouais.
'''Gérard''' : Non mais continue !
''[La musique revient, comme si on changeait de plage de CD, avec le Ballet, de Céline Dion, diffusé quelqques secondes. Manu, les mains en l'air, attend]''.
'''Manu''' : C'est pas moi, c'est pas moi, vas-y ! Dis-moi de dégager ! Dis-moi de dégager, c'est pas moi !
'''Gérard''' : Non mais continue si tu veux, comme ça ça ira plus vite. Enfin ! Moi je peux vous dire une chose : c'est que j'attendrais pas moins d'un quart d'heure sur le bord de l'autoroute pour avoir un dépanneur.
'''Phildar''' : Pourquoi ? Pourquoi ?
'''Gérard''' : Ah ben moi si... sur la borne, t'es à côté de la borne... ''[interruption par la musique, cette fois plus quinzaine de secondes]''. Bon, moi je commence à en avoir marre.
'''Phildar''' : Je crois qu'on est piratés ! Arrêtez ça ! C'est Céline, arrêtez Céline !
'''Morgan''', ''[par-dessus la musique]'' : Fun Radio ! Fun Radio ! Putain, ce son ! Franchement... Fun Radio, le... Oh là là, le son est pourri ! Je peux pas travailler ! Fun Radio, c'est le meilleur mix à suivre... C'est le meilleur mix à suivre...
'''Phildar''', ''[hilare, pendant que Morgan fait des essais de micro sur le mot Fun]'' : Tais-toi Morgan !
'''Max''', ''[depuis le couloir, tourné vers un autre studio]'' : Ça passe à l'antenne.
'''Morgan''' : Ah ouai d'accord ! ''[savoix se coupe]''.
'''Manu et Phildar''', ''[soulagés]'' : Ah ! C'est merveilleux.
'''Morgan''' : Gérard ? Retourne à l'antenne.
'''Phildar''' : Vous êtes prêts les auditeurs ? ''[Lola rappelle Gérard par acclamation]''. On a cru qu'on était priatés alors qu'en fait c'est un problème de boutons.
'''Manu''' : Mais non ! Parce que tout à l'heure, il était commuté, je l'ai enlevé et ça passe quand même ! Ça passe quand même donc...
'''Gérard''', ''[à Olivier, dans le couloir]'' : Non mais oh ! Faut se calmer là ! C'est pas parce que tu fais plus partie de l'équipe que tu vas foutre ta merde !
'''Manu''' : Mais c'est pas lui !
'''Gérard''' : Oh ! Eh Morgan, c'est pareil !
'''Morgan''' : C'est pas moi !
'''Max''' : Morgan, il faisait son boulot. C'est que c'est un bouton. T'appuies sur un bouton... Ça passe là ou pas ?
'''Morgan''' : Ouais, ça passe. Allô, allô, allô ?
'''Manu''' : Ouais, Morgan est là. Oui bonjour, ça va bien ?
'''Morgan''', ''[hilare]'' : Mais qu'est-ce que je fous à l'antenne ? Je suis dans un autre studio là !
'''Manu''', ''[montrant à Max]'' : Ça passe tout. Morgan ?
'''Morgan''' : Ouais, je vais vous envoyer Céline Dion ? ''[il lance la plage CD]''.
'''Max''' : Non mais là, c'est pas normal. C'est qu'on a un problème parce qu'on a changé un truc dans le studio, ce qui fait qu'on peut plus... Faut plus allumer de tranches. Faut pas allumer de tranches.
'''Gérard''' : Alors faites-vous l'amour pendant le remorquage ? Et on met un disque. ''[réprobation générale]''.
'''Max''' : Gérard ! Professionnel !
'''Gérard''' : Ouais mais attends, c'est quoi ce bordel ?
'''Gérard''' : Bah attends, tu vas bientôt être pro ! Allez, on y va.
'''Gérard''' : Faites-vous l'amour pendant le remorquage ? Attendez, moi j'ai pas répondu ! J'ai pas répondu à la question !
'''Delphine''' : Ah oui, on voudrait savoir.
'''Gérard''' : Donc moi je peux vous dire que moi j'attends pas... pas moins d'un quart d'heure.
'''Françoise''' : Eh bah j'étais à peu près dans le même tarif que toi.
'''Gérard''' : Ouais mais moi, un quart d'heure ! Moi je vais te dire : je laisse la bagnole sur l'autoroute et je me casse !
'''Françoise''' : T'abandonnes ta bagnole ?
'''Gérard''' : Ah ouais, mais moi, si c'est une panne, que c'est trop long et que je suis à côté de la borne, et que le mec il vienne... il me dit... Donc moi, si je suis devant une borne et puis que derrière on me dise : "Bon bah on vient d'ici dix minutes à un quart d'heure", je regarde à l'heure que j'appelle... ''[un auditeur lance un Bon ben gutural, caractéristique des expressions de Gérard]''... Bon s'il te plaît derrière, tu te calmes, merci ! Hein ? Donc moi, quand j'appelle, je vai te dire une chose : j'aime bien qu'il soit rapide.
'''Delphine''' : Et s'il n'est pas là à l'heure, vraiment, comment tu fais ?
'''Gérard''' : Bah s'il n'est pas là à l'heure, bah je laisse sa bagnole sur l'autoroute et je me casse !
'''Delphine''' : Et tu rentres comment ?
'''Gérard''' : Je rentre à pied, en stop, et c'est tout !
'''Delphine''' : Et tu laisses ta bagnole ?
'''Gérard''' : Bah oui !
'''Delphine''' : Bah si elle est embarquée, tu payes je ne sais pas combien pour la fourrière !
'''Gérard''' : Et alors ? Moi, de tte manière, si c'est une vieille bagnole des années X...
'''Delphine''' : Plutôt que d'attendre cinq minutes sur l'autoroute, tu préfères laisser ta bagnole ? T'as plus de bagnole !
'''Gérard''' : Ah ouais, mais moi je préfère la laisser, c'est tout !
'''Delphone''' : T'es pété de thunes alors tu va te racheter une voiture ? Franchement...
'''Lola''' : T'es friqué comme on dit chez nous.
'''Gérard''' : Non mais moi... J'en ai rien à foutre. Moi si c'est une bagnole qui est pourrite et puis qu'il faut attendre une demi-heure le dépanneur, je suis désolé !
'''Delphine''' : Et si c'est une bagnole neuve ?
'''Gérard''' : Ah bah, si c'est une bagnole neuve... dans ces cas-là, j'appelle le numéro vert des trucs d'assistance et là, ils viennent tout de suite.
'''Delphine''' : Mais s'ils viennent après une demi-heure, tu fais comment ?
'''Gérard''' : J'attendrais, parce que la bagnole, si elle est neuve... Ouais, mais comme les voitures neuves sont sous garantie... donc c'est à leurs frais, c'est pas aux frais des gens qui appellent. C'est à leurs frais à eux.
'''Delphine''' : Bah ouais. Donc toi, tu paierais pas le dépanneur avec ta bagnole pourrite ?
'''Gérard''' : Non ! Attends, qui c'est qui me dit ça là ? Oui Delphine, mais regarde : t'achètes une voiture neuve. T'as un service dépannage ? Bon. Tu tombes en panne sur l'autoroute. Par exemple t'as un problème de batterie, je sais pas, ou autre... ou autre... Problème de batterie, de bougie, n'importe quoi. Bon. Tu vois que t'as un problème que t'arrives pas à le faire. Donc t'appelles le service dépannage, c'est à leurs frais ! Parce que ta voiture elle est sous garantie. Quand tu l'achètes, elle est sous garantie ! t'as une garantie ! tu payes la garantie sur la voiture !
'''Delphine''' : Ne t'énerve pas...
'''Gérard''' : Donc dans ces cas-là, vaut mieux attendre que la personne vienne pour savoir la panne. Si par exemple la panne est plus importante, ils l'emmènent, mais toi tu payes rien ! Parce que c'est à leurs frais. T'es d'accord avec moi ? Donc je pense que Delphine et Françoise, vous êtes d'accord avec moi toutes les deux.
'''Delphine''' : Non mais tout à fait ! Le fait sur lequel je ne suis pas d'accord, c'est que tu laisses ta bagnole pourrie... Voilà ! Imagine ta bagnole elle est plus sous garantie, mais bon elle est encore bien. Une bagnole de 5 ans, c'est bien. Toi tu la laisses parce que t'es plus sous garantie ? Tu vas payer !
'''Gérard''' : Oui mais dans ces cas-là, bon ben... je sais pas... là on peut aller loin.
'''Lola''' : Ah bah, tu vas loin ! On va loin !
'''Phildar''' : Non, si t'es en panne, tu peux pas aller loin, c'est sûr !
'''Françoise''' : De toute manière, avant de prendre la route, tu vérifies tous les niveaux ! Ton huile...
'''Sébastien''' : Tu trempes un coton-tige dans ton réservoir.
'''Gérard''' : Oh oh ! Sébastien !
'''Sébastien''' : Quoi ? Mais quand tu veux savoir le niveau du réservoir, tu trempes quelque chose dedans ?
'''Gérard''' : Non mais attends, Sébastien... Tu viens de dire "coton-tige". D'accord.
'''Sébastien''' : Mais non ! Mais un coton-tige, un truc, c'est un truc à niveaux pour mesurer !
— Oui non mais attends ! Dans ces cas-là, Sébastien, je vais faire le tour des questions et vous allez... le tour de la question que Françoise veut dire. Donc c'est moi qui vais commencer : Delphine, Françoise... tu m'excuseras si je reprends ta question. Donc, avant de partir en vacances par exemple, vous partez en vacances, Vous partez avec votre voitur. Quel niveau contrôlez-vous le premier ?
'''Delphine''' : Niveau de l'huile.
'''Sébastien''' : — Mais avec quoi tu mesures le niveau d'huile ?
'''Françoise''' : Bah t'as une tige pour ça.
'''Sébastien''' : On est d'accord.
'''Gérard''' : Sébastien ? Attends, Delphine ! Delphine ! Delphine, Françoise s'il vous plaît ! Sébastien ? T'as pas de voiture ?
'''Sébastien''' : Si si.
'''Gérard''' : Donc tu contrôles jamais ton niveau d'huile ?
'''Sébastien''' : Si, mais tu t'es emballé quand je t'ai dit avec un coton-tige ! Mais si tu perds la tige, tu peux le faire avec un coton-tige, un bout de bois, n'importe...
'''Gérard''' : Non, non, non ! Parce que dans ta voiture tu as un niveau d'huile, ça s'appelle une "jauge", une jauge à huile ! Donc tu peux savoir le minimum et le maximum d'huile qu'il te reste. D'accord ?
'''Sébastien''' : Moi j'ai une vieille voiture...
'''Gérard''' : Ouais, d'accord. Donc Delphine, tu m'as dit l'huile. Sébastien ?
'''Sébastien''' : Ouais, l'huile. L'huile et l'essence surtout. Bah si je pars faire 400 bornes, je vais pas partir sur la réserve !
'''Gérard''' : Non mais attends, d'accord ! Non mais en priorité ! En priorité tu contrôles ?
'''Sébastien''' : Bah oui, moi je te dis je contrôle l'essence, j'ai pas envie de tomber en rade au bout de 5 minutes, 50 bornes.
'''Françoise''' : L'huile. Après c'est les pneus.
'''Delphine''' : Non, après c'est l'eau !
'''Françoise''' : Ouais, t'as l'eau et t'as les pneus.
'''Cécile''' : Le niveau d'huile !
'''Fanta''' : Le niveau d'huile aussi.
'''Lola''' : L'huile aussi.
'''Gérard''' : L'huile. Donc vous avez tous bien répondu.
'''Phildar''' : Ils ont gagné quoi ?
'''Gérard''' : Non, non. Non, non ! Mais moi je vais vous répondre une chose...
'''Sébastien''' : Il va nous dire une chose.
'''gérard''' : Moi je contrôle le niveau d'huile, les bougies...
'''Cécile''' : T'as une voiture toi ?
'''Sébastien''' : Non mais il imagine qu'il a une voiture !
'''Gérard''' : Non, non ! Mais écoutez s'il vous plaît ! Allez ! Ou sinon je vais encore m'énerver ! Allez ! Vous voulez que je m'énerve ? Vous voulez que je réponde aux questions ?
'''Mau''' : Oui. Vas-y Gérard, réponds.
'''Gérard''' : Donc je contrôle le niveau d'huile, le niveau... les batteries et les bougies. Non mais la batterie, la batterie c'est important. La batterie c'est important. Sébastien, je vais te dire une chose : le jour où tu feras plus de 1000 bornes avec une batterie HS, et bah tu me diras si tu peux mettre toujours ta voiture en marche !
'''Sébastien''' : Ah non, non, mais je suis d'accord avec toi. Avant de partir, je contrôle : le niveau des batteries !
'''Gérard''' : Donc,en premier : l'huile, les bougies, la batterie, les niveaux de pneus... les pneus, les niveaux, la pression des pneus et l'eau.
'''Delphine''' : Et les bonbons à la menthe !
'''Gérard''' : Non !
'''Lola''' : C'est sympa de sucer des bonbons à la menthe quand tu conduis...
'''Sébqstien''' : Non, tu devrais en prendre, c'est bon ! Ça fait plaisir aux gens quand tu leur parles !
'''Gérard''' : Alors : faites-vous l'amour pendant le remorquage ?
'''Phildar''' : Ça commence à être chaud !
'''Manu ''' : Ça devient cul, attention !
'''Françoise''' : Oui ! Pourquoi pas, si j'ai un bon partenaire pour me dépanner... Ça peut s'imaginer si t'as un bon partenaire et un bon conducteur... l'autre il conduit et puis en attendant toi tu fais crac-crac !
'''Gérard''' : Non mais Françoise, par exemple... tu tombes sur un remorqueur qui est... tu appelles un dépanneur...
'''Sébastien''' : Et Gérard arrive pour dépanner...
'''Gérard''' : attendez s'il vous plaît ! S'il vous plaît ! Françoise, tu arrives, t'appelles un dépanneur... c'est un dépanneur qui est avec les deux... le système, tu sais, de fourrière... Le système fourrière, tu sais, les crochets là. Bon. T'es tractée. Est-ce que tu peux, même en ayant ta voiture en haut, est-ce que tu peux faire l'amour ?
'''Françoise''' : Bah oui !
'''Gérard''' : D'accord. Lola ? Lola ? Lola ?
'''Lola''' : Ah oui, moi ça m'arrive régulièrement de faire l'amour pendant que t'es remorquée ! Ouais, ouais. D'ailleurs, si tu veux venir me remorquer, y'a pas de problème !
'''Gérard''' : Ah ok. Ah mais moi, c'est quand tu veux ! Mais pas sur le tunnel...
'''Phildar''' : pas sous le pont de l'Alma ?
'''Gérard''' : Non, non ! Pas sous le pont de l'Alma ni sous le tunnel de Fourvière ! Ah parce que je ferais pas 500 kilomètres aller-retour !
'''Sébastien''' : Oh y'a bien 500 kilomètres jusqu'au pont de l'Alma !
'''Lola''' : pourquoi pas sous le pont de l'Alma ?
'''Gérard''' : Parce que j'en ai rien à foutre ! Moi je vais te dire une chose : je préfère te dépanner par exemple sous le tunnel... attendez que je me souvienne... sous le tunnel... sous le pont de Neuilly. ''[réation peu enthousiasite des auditeurs]''. Bon ! Bon ! Bon ! Bon ! Vous vous réveillez ou quoi la bande de pétasses ? ''[cris outrés des filles]''.
'''Phildar''', ''[imitant gérard]'' : Allez hop ! Tu dégages !
'''Gérard''', ''[hilare]'' : Eh y'a un tunnel au pont de Neuilly, je vous signale.
'''Delphine''' : Bah oui, mais on n'habite pas là-bas !
'''Gérard''' : Ah bah ouais ! Si vous habitez... vous habitez où ?
'''Lola''' : Bourges.
'''Gérard''' : Ouais Bourges. C'est les bourgeois !
'''Lola''' : Ouais bah ouais ! Je suis une bourgeoise !
'''Gérard''' : Ouais la bourgeoise ! On va demander à Fanta de Paris. La Parisienne !
'''Fanta''' : Non, je ferais pas l'amour, non.
'''Phildar''' : Pourquoi ?
'''Phildar''' : Parce qu'elle dépanne, c'est une dépanneuse !
'''Gérard''' : Ah tu préfères dépanner toi ? Ok. Ok. Euh... Cécile ?
'''Cécile''' : Moi ça m'est jamais arrivé, mais ça se pourrais.
'''Sébastien''' : Euh bon bah, si le dépanneur est vraiment, vraiment mignon, quoi...
'''Gérard''' : Ouais mais... hé hé hé ! Je change ! Admettons qu'on mette une nana à la place d'un mec au volant d'un camion ?
'''Sébastien''' : Je préfère un beau dépanneur à moustache, moi ! C'est mon choix !
'''Gérard''' : Ouais mais d'accord Sébastien, mais admettons qu'on mette une nana avec une grosse foufoune ?
'''Cécile''' : Ah mais s'il aime pas les filles !
'''Delphine''' : Ouais... Ouais ben je dirais au mec : "On le ferait après", et en fait je me tire.
'''Phildar''' : Et toi Gérard ? Si dans la dépanneuse il y a une grosse founette, tu fais quoi ?
'''Gérard''' : Moi ? Goulou goulou ! Goulou goulou ! Goulou goulou !
'''Manu''' : Tu ferais cocu Sandy, donc.
'''Gérard''', ''[hilare]'' : Si Sandy est avec moi pour faire goulou goulou, moi ya pas de problème ! Plus c'est bon, plus c'est bon hein !
'''Françoise''' : Si t'emmènes Sandy, automatiquement tu fais une partouze à ce moment-là.
'''Gérard''' : Bah ouai mais si on tombe en panne avec Sandy, automatiquement je suis obligé de faire goulou goulou !
'''Françoise''' : Devant l'autre partenaire ? Et tu crois que Sand elle sera d'accord ?
'''Gérard''' : Elle a pas le choix, la pauvre.
'''Lola''' : T'aimes bien quand on te regarde ?
'''Gérard''' : Ouai, j'adore ! Mais ya personne qui veut, ya que Sandy qui me regarde faire l'amour.
'''Françoise''' : T'aimes bien être filmé en faisant goulou goulou ?
'''Gérard''' : Ah non, je mate pas des films de cul.
'''Manu''' : Est-ce que tu as déjà fait des films de cul ?
'''Cécile''' : Tu devrais !
'''Gérard''' : Non mais ya pas de tu devrais. Donc la question c'est... une qustion à Phildar : avez-vous eu des problèmes avec un dépanneur sourd et muet ? On se retrouve après. Et on écoute Depech Mode avec Eau de javel aux ormones.
''[Musique]''
C'était Depech mode avec Eau de Javel aux ormones, vous pouvez toujours nous appeler au 0803 08 5000 et 0800 70 5000. Et pour les Belges, 033 1 47 79 5000 (''[le 79 prononcé à la belge, correctement, du premier coup]''. Et toujours le 3615 code Funradio rubrique Direct. Réveillez-vous, parce que là on est que 2 connectés la semaine dernière on est arrivés à presque 60, alors réveillez-vous !
'''Manu''' : Ya une différence, c'est que tu leur a crié dessus, tout à l’heure, Gérard, sur le Minitel. Donc ils n’osent plus venir te parler.
'''Gérard''' : Ouais, non mais... sur Minitel, d'accord ! Mais il y a des questions qui n’ont pas le rapport, on est bien d’accord Manu ?
'''Manu''' : On est toujours d’accord avec toi, c’est toi le chef !
'''Phildar''' : Ce qu’ils ont qu’à faire, c’est qu’ils ont qu’à mettre leur réveil. Comme ça, ils se réveilleront.
'''Gérard''' : Donc, qu’ils se réveillent ! S’il vous plaît !
'''Phildar''' : Mettez votre réveil pour 2h05, et puis comme ça, à 2h10, vous êtes sur le Minitel.
'''Gérard''' : Donc, avez-vous eu des problèmes avec un des dépanneurs sourds-muets ? Ça, c’est une question à Phildar. Donc, on va récupérer Françoise ? Lola ? Fanta ? Cécile ? Sébastien , et Delphine. Hmmm qui c'est qui a de la musique derrière ? ''[la porte du studio est ouverte, pour aérer et évacuer la forte odeur de Gérard]''
'''Phildar''' : Non, c’est parce que la porte est ouverte, Gérard. Parce que t’as besoin d’air.
'''Gérard''' : Ah ouais... Donc, avez-vous eu des problèmes avec un des dépanneurs sourds-muets ? Donc, on va... on va demander à Delphine.
'''Delphine''', ''[embarrassée]'' : Euh, ouais... Non bah non, moi je sais pas.
'''Sébastien''' : Oh la question...
'''Gérard''' : De quoi Sébastien ? Attends Delphine, avant de répondre. Qu’est-ce qu’il y a Sébastien ?
'''Sébastien''' : Non mais, il y a une chance sur un million, là, que ça arrive ton truc !
'''Gérard''' : Non mais attends Sébastien ! Sébastien, dans ces cas-là, tu vas voir Phildar ! Non mais Sébastien, s’il te plaît, tu me laisses finir ? Tu vas voir Phildar, tu vas lui demander gentiment : "Qu’est-ce que c’est que cette question ?" C’est Phildar qui me l’a demandée, d’accord ? Donc OK.
'''Phildar''', ''[voix basse mais micro allumé]'' : Ouais Sébastien, qu’est-ce qu’il y a ? Voilà, ouais.
'''Delphine''' : Oui, moi je te disais que je parle le langage des sourds et muets, donc j'ai quelques notions pour me faire comprendre, donc si tu veux que je t'apprenne, pour dire « Je suis en panne »... ''[Pendant ce temps, Phildar parle toujours à voix basse, murmurant des oui oui de discussion avec Sébastien]''.
'''Gérard''' : Phildar s'il te plaît ! Tu le prends gentiment et tu lui expliques...
'''Phildar''' : Je lui ai même fait la bise avant de le prendre !
'''Gérard''' : Non mais tu lui expliques... Non mais c'est tout !
'''Phildar''' : J'étais en train de lui expliquer !
'''Gérard''' : Si la question ne lui plaît pas, il ne veut pas répondre, dans ce cas-là il me dit "je m'abstiens" et c'est tout !
'''Phildar''' : Je lui expliquais pourquoi on peut avoir des problèmes quand on tombe sur un dépanneur sourd-muet.
'''Gérard''' : Oui mais dans ce cas-là, s'il ne veut pas répondre, s'il me dit que la question est bidon, dans ce cas-là qu'il me dise "je m'abstiens", c'est tout !
'''Phildar''' : Et puis il s'assoit aussi.
'''Delphine''' : Oui, donc je te disais que je parlais le langage des signes, machin... Et donc pour dire par exemple "je suis en panne, pouvez-vous me dépanner", tu mets ta main, tu formes un puits avec tes doigts, tu vois ? Tu le mets sous ton menton et tu montes et tu descends. Ça, c'est "pouvez-vous me dépanner". Pour dire par exemple "jauge à huile", tu mets ta main à plat, tu écartes les doigts et tu baisses le... le... l'auriculaire... non pas l'auriculaire, le majeur ! Et tu montes et tu descends. Et ça, ça veut dire "jauge à huile".
'''Gérard''' : Ah ouai mais là, je vais te dire une chose : celui-là, c'est celui que les hommes ils emploient tout le temps pour faire "va te faire"...
'''Delphine''' : Non, non ! Tu le mets vers le bas là, pas vers le haut !
'''Gérard''' : D'accord. Ok. Donc Sébastien, il s'est calmé maintenant ?
'''Phildar''' : Je lui ai expliqué, il est tout à fait prêt à répondre. Donc alors Sébastien ?
'''Sébastien''' : Donc en fait, je me suis dit : "Bon, je tombe en panne, j'appelle le dépanneur." Et donc je l'ai au téléphone, il est sourd et muet. C'est ça. Je lui explique... Donc il vient.
'''Françoise''' : Bah s'il est sourd et muet, il va pas t'entendre ! Il peut pas t'entendre !
'''Sébastien''' : Alors comment je fais pour l'appeler ?
'''Cécile''' : Bah voilà ! Et comment il fait pour venir déjà ?
'''Sébastien''' : Parce que moi je peux pas l'appeler, il va pas m'entendre au téléphone !
'''Françoise''' : Bah automatiquement !
'''Gérard''' : Mais de toute manière, attendez ! Françoise ? De toute manière, avant, tu tombes sur... t'es sur la borne. Donc automatiquement tu tombes sur le service de la gendarmerie. Donc là, ils t'envoient le dépanneur.
'''Cécile''' : Ouais d'accord, mais le dépanneur, il va pas entendre puisqu'il est sourd et muet !
'''Phildar''' : Ouais mais c'est pas grave, il peut conduire !
'''Cécile''' : Mais il n'entendra pas le message qu'on va lui donner !
'''Phildar''' : Non mais les gendarmes, ils connaissent le langage des signes !
'''Sébastien''' : Bah non ! Parce que le dépanneur, ils vont l'appeler sur son portable !<ref name="hist29"></ref> Tu vois Gérard pourquoi je te disais que c'est bizarre ?
'''Phildar''' : Explique-leur ! Explique-leur Gérard ! Explique-leur Gérard pourquoi toi tu sais que c'est possible !
'''Gérard''', ''[gêné]'' : Non mais je vais voir. Je vais continuer, je vais demander à Cécile.
'''Cécile''', ''[voix étouffée]'' : Non, ça m'est jamais arrivé.
'''Gérard''' : Ça t'est jamais arrivé ? Tu peux parler un petit peu plus fort devant ton combiné s'il te plaît ? Non mais tu retires ta main parce que là j'entends quedal, moi !
'''Fanta''' : Non, ça m'est jamais arrivé non plus.
'''Gérard''' : Moi je peux vous dire une chose... ''[Manu fait un geste de demande d eaprole]''. Non non, vas-y.
'''Manu''' : On nous dit que dans le cas d'un certain animateur du jeudi soir, ce serait bien qu'il soit sourd et muet. Et 'est Gork.
'''Françoise''' : Et si on met un cheval sur l'autoroute, comment qu'on fait ?
'''Manu''' : Ça, c'est une bonne question, Françoise.
'''Phildar''' : Bah t'appelles un dépanneur pour chevaux ! Un dépanneur de deux chevaux !
'''Gérard''' : Pourquoi il n'y a pas des dépanneurs de coccinelles ?
'''Phildar''', ''[rire forcé]'' : Parce que c'est pas la saison !
'''Gérard''' : Pour une panne de cœur, alors là je pense que ça va faire plaisir aux nanas, oui, malgré qu'on a Sébastien... Pour une panne de cœur, appelez-vous un dépanneur ?
'''Phildar''' : Ce soir, Gérard, il a réfléchi.
'''Manu''' : Pour changer d'humeur, on va chez ton coiffeur.
'''Françoise''' : SOS Détresse. Bah parce qu'au moins ils me conseillent. Ils vont me conseiller. Ils me conseillent pourquoi j'ai un gros... j'ai un gros mal de cœur. Eh bah si par exemple je suis fâchée avec mon chéri, par exemple, un exemple, alors je lui demande conseil et puis à ce moment-là ça repart aussitôt !
'''Phildar''' : Qu'est-ce que t'en penses toi, Gérard, de ce qu'elle vient de te répondre ?
'''Gérard''' : Non mais on va demander à Lola... Fanta...
'''Fanta''' : Moi j'appelle Gérard !
'''Lola''' : Bah moi aussi ! Moi je t'appelle !
'''Gérard''' : Ouais mais tu m'appelles dans quelles circonstances ?
'''Lola''' : Ah bah si ça va pas et tout avec mon mec et tout, il me largue, je t'appelle et puis après on fait crac-crac toute la nuit !
'''Fanta''' : Bah moi je t'appelle comme ça bah tu le remplaces !
'''Gérard''' : Ah bah je remplace qui ?
'''Fanta''' : Bah mon mec !
'''Gérard''' : Non mais pour une panne de cœur, appelez-vous un dépanneur ?
'''Fanta''' : Mais non, je t'appelle toi !
'''Gérard''' : Ouais mais moi... moi si je suis pas dépanneur.
'''Fanta''' : Bah tu pourras me conseiller !
'''Gérard''' : Ah ouais, mais c'est que c'est pas évident...
'''Phildar''' : Mais toi t'as ton diplôme toi pour réparer le cœur !
'''Gérard''' : Ah mais moi, moi j'ai mon diplôme pour réparer un cœur !
'''Fanta''' : Tu pourras réparer mon cœur aussi, on sait jamais !
'''Gérard''' : Ah non mais moi j'ai qu'un cœur à dépanner !
'''Fanta''' : C'est ce qu'on dit, hein ! Si je t'explique mon problème, tu pourras le réparer.
'''Gérard''' : Ah bah tu me l'expliqueras tout à l'heure à la prochaine pause. D'accord. C'est Fanta qui vient de me dire ça. Voilà. Ok. Euh... Cécile ?
'''Cécile''' : SOS Gérard ! Eh oui !
'''Fanta et Cécile''' : Parce que t'es le plus beau Gérard !
'''Gérard''' : Oh s'il vous plaît ! S'il vous plaît ! Non mais quand vous dites "SOS Gérard", dites-moi pourquoi !
'''Fanta''' : Parce que t'es le meilleur ! C'est le meilleur ! T'es le meilleur !
'''Phildar''', ''[criant du fond du studio]'' : Elles t'aiment toutes les meufs !
'''Gérard''', ''[gêné]'' : On se calme !
'''Manu''' : Elles sont folles de toi Gérard ! Elles veulent ton corps ! Elles veulent lécher ton sexe ! Lécher tes tétons ! Te mettre des mains au cul ! On te met des mains au cul ! (répétitions). Non, il répare un truc ! Laisse tomber Gérard, c'est pas grave !
'''Sébastien''' : Ouais bah moi je rappelle le dépanneur qui m'avait déjà dépanné s'il m'a plu quoi.
'''Delphine''' : Moi si j'ai une panne de cœur, j'appelle pas un dépanneur, j'appelle Fred ! C'est un copain.
'''Gérard''' : Ah ok. Bah moi je peux vous dire une chose : c'est que si j'ai un problème de cœur...
'''Fanta''' : Bah t'appelles Sandy !
'''Gérard''' : J'appelle pas un dépanneur. J'essaye d'appeler mon chef voir s'il peut faire quelque chose. J'appelle mon chef ! Ou sinon j'essaye d'aller me consoler vers les voisines.
'''Lola''' : Tu vas voir une pute ?
'''Fanta''' : Sinon tu vas me voir Gérard, ya pas de problème.
'''Gérard''' : Non non ! De toute manière n'ayez crainte, je vais m'occuper de vous tout à l'heure à la prochaine...
'''Sébastien''' : Tu commences par moi ?
''[les filles se battent oralement pour avoir la primeur de parler à Gérard, fier. La seule voix dissonnante est Delphine]''.
'''Gérard''' : Oh s'il vous plaît ! On se calme les chéries ! Qui c'est qui veut pas ? Delphine ? De toute manière j'irai pas jusqu'à Bourges !
'''Lola''' : Moi je vais venir jusqu'à Paris moi !
'''Cécile''' : Moi je viendrai à toi Gérard !
'''Gérard''' : Qui c'est qui habite Lille ? Cécile. Oh non mais moi je veux pas dans le Nord ! Et ça va pas ! Non mais même Bourges et Blois j'irai jamais vous voir !
'''Lola''' : Non mais j'habite à côté de Paris, j'y vais tout le temps moi !
'''Gérard''' : Non non mais attends ! Toi Lola, t'habites Blois et... attends !
'''Lola''' : Je monte à Paris tous les jours, je travaille là-bas !
'''Phildar''' : Gérard il monte Sandy tous les soirs ! La prochaine question Gérard !
'''Gérard''' : Ouais bah c'est bon ! Ouais ouais ouais ! Non ? Non non, moi je préfère me soulager tout seul ! Bon ça y est ! Je me fais pas dépanner par un mec ! Je me fais dépanner par... Bon : quand vous payez le dépannage, payez-vous en crédit ou carte bleue ?
'''Cécile''' : Je paye en nature !
'''Françoise''' : Ouais exactement ! Pour les filles c'est préférable de payer en nature ! Ça coûte moins cher ! Non mais : payez-vous un crédit ou aux cartes bleues ?
'''lOLA''' : Voilà, nature pour tout le monde !
'''gÉRARD''' : Donc pour toutes les femmes c'est nature ? Nature. Ouais bah ça vous êtes vraiment des cochonnes ! Vous êtes vraiment des cochonnes !
'''Lola''' : Il n'y a pas de mal à faire du bien Gérard ! On paye en nature !
'''Gérard''' : Ouais mais attendez, dans ces cas-là vous allez voir n'importe qui puis vous lui faites voir votre foufoune !
'''Françoise''' : Exactement !
'''Gérard''', ''[riant]'' : Françoise ! Je te croyais pas comme ça ma cochonne !
'''Françoise''' : Hé faut bien changer de temps en temps !
'''Gérard''' : Mais après tu vas dire : "Ouais mais Gérard il t'a insulté", mais là je te dis je te croyais pas comme ça !
'''Françoise''' : Je te signale que j'ai jamais dit ça encore !
'''Gérard''' : T'es vraiment une cochonne là Françoise ! T'es vraiment une cochonne !
'''Phildar''' : Attends Gérard, et toi si t'avais pas ta carte bleue sur toi ? Admettons que tu partes sans ta carte bleue.
'''Gérard''' : Moi je paye pas moi !
'''Manu''' : Et sans ton chéquier aussi parce que t'en as pas non plus ! Mais est-ce que tu paierais toi en nature s'il te dépannait ?
'''Gérard''' : Ah non mais moi je me casse ! Je me casse tout de suite moi ! Ah non moi je laisse les bagnoles ! Et puis je m'arrache !
'''Cécile''' :Et si c'est une nana ?
'''Gérard''' : Si c'est une nana et si elle est belle ? Qu'elle est comme Sandy ? Je fais goulou goulou goulou ! Moi quand elle va regarder dans mon moteur, si elle est belle, moi je fais goulou goulou par derrière !
'''Manu''' : Ouais mais tu sais Gérard il y en a pas beaucoup des comme Sandy ! C'est une perle rare quand même. Je ne sais pas où t'es allé la chercher mais... bien vu ! On peut dire comme une dépanneuse.
'''Gérard''' : Avez-vous des fantasmes avec un dépanneur ?
'''Fanta''' : Si c'est toi le dépanneur bah pourquoi pas !
'''Gérard''' : Ah voilà ! C'est ce que j'attendais !
'''Lola''' : C'est Lola ! Moi je t'imagine dans mes rêves en dépanneur et je rêve de toi tous les soirs !
'''Fanta''' : Moi aussi oh là là ! Si t'étais le seul dépanneur de la France, je tomberais tous les jours en panne !
'''Gérard''' : Moi je vais vous dire une chose : je suis sur l'autoroute, je suis sur le bord de l'autoroute et j'attends le dépanneur, je l'attends... Je l'ai appelé il y a à peu près... là on va prendre... Il est deux heures un quart. Et si je vois qu'à deux heures vingt il est pas là, même deux heures dix-sept il est pas là, je m'en vais !
'''Sébastien''' : Mais c'est pas la question d'il y a dix minutes ! C'est pas la question Gérard !
'''Gérard''' : Ouais mais Françoise... oui ? Françoise... Tu serais pas une cochonne si t'as déjà eu des fantasmes avec un dépanneur ? Ouais ouais ! Un petit peu quand même ! Bah tu serais pas une petite cochonne ?
'''Lola''' : Non Françoise n'est pas une cochonne ! Elle est une cochonne, elle a raison !
'''Gérard''' : Lola, Fanta ! Cécile et Delphine et Sébastien vous vous taisez ! Je rigole avec Françoise pour une fois que je l'ai dans mes débats, j'ai envie de rigoler avec elle ! Tu serais pas une petite cochonne ma petite Françoise ?
'''Françoise''' : Si Gérard.
'''Gérard''' : Ma petite Françoise adorée. T'aimes bien les framboises à la chantilly ?
'''Françoise''' : À l'annis ouais.
'''Sébastien''' : T'es vicieux quand même !
'''Gérard''' : Ouais ! C'est normal. Depuis le temps qu'elle n'a pas participé dans mes débats, faut bien que je la taquine un peu !
'''Phildar''' : Bah tu peux lui dire maintenant que tu l'aimes !
'''Gérard''' : Mais non bah moi ça y est, elle sait que mon cœur il est pris !
'''Delphine''' : Mais non ! Mais tu l'aimes Françoise ! Ça se voit !
'''Manu''' : Je crois que bientôt Sandy elle va dégager !
'''Françoise''' : Non non non ! Je ferais jamais ça à Sandy.
'''Gérard''' : Françoise, non là on rigole un petit peu, maintenant on va y aller sérieux. Avez-vous eu déjà des fantasmes avec un dépanneur ?
'''Françoise''' : Non. Bah parce que j'ai jamais eu l'occasion de tomber en panne et puis d'avoir appelé un dépanneur. Donc j'ai pas pu avoir un fantasme avec un dépanneur. Mais si l'occasion se présentait, peut-être ! Peut-être... ça serait ma chance !
'''Sébastien''' : Non je voulais savoir si Françoise avait une voiture !
'''Gérard''' : Mais non elle a pas une voiture ! C'est son fils qui conduit ! Donc tu vois, Sébastien, c'est pas la peine de couper la parole. Cécile ?
'''Gérard''' : Oui moi j'ai déjà eu des fantasmes.
'''Gérard''' : Et ça a duré combien de temps ?
'''Cécile''' : Bah, encore maintenant.
'''Gérard''' : Ok. Bah, Sébastien, t'as répondu ?
'''Sébastien''' : Ouais, ouais. J'avais dit que j'attendais 5 minutes.
'''Delphine''' : Bah moi, si c'est des dépanneurs... et un grand blond d'1m84, oui, j'ai des fantasmes.
'''Phildar''' : Gérard note ! Gérard note la taille !
'''Gérard''' : 1m84 ? Tu te rends pas compte de l'asperge ?
'''Sébastien ''' : C'est un géant pour Gérard !
'''Phildar''' : Non mais Gérard, elle parle pas de son sexe !
'''Gérard''' : Qui c'est qu'a un copain de 2m02 ?
'''Fanta''' : Moi, Fanta. Oui, 2m02. Il met du 56 aux piedd.
'''Lola''' : Oh putain !
'''Gérard''' : On dit pas "putain", hein. On dit maman travaille.
'''Sébastien''' : On dit "Gérard" !
'''Gérard''' : Sébastien, t'arrêtes s'il te plaît tes conneries. Et au standard aussi s'il vous plaît, merci. Euh, non mais vous restez calmes. 2m02, je vais te dire une chose : il fait du combien en pointure, sans indiscrétion ?
— 56.
'''Gérard''' : Attends, il va chercher... Tu lui achètes où ses pompes ?
'''Delphine''' : Mais non, il va acheter des Adidas, des sacs de sport.
'''Gérard''' : D'accord. Euh, bah moi je peux vous dire une chose : c'est que j'ai jamais eu de fantasme.
'''Cécile''' : C'est impossible !
'''Gérard''' : Non mais de toute manière, j'ai plus de voiture, donc je peux pas avoir des fantasmes.
'''Phildar''' : Est-ce que t'as eu des fantasmes quand t'étais en camion ? Est-ce que t'es déjà tombé en panne avec ton camion, en fait ? ''[Gérard fait non de la tête]''. Jamais ? Tu faisais bien les révisions et tout ?
'''Gérard''' : Non, c'est la société qui s'en occupait.
'''Phildar''' : Ah d'accord. Donc t'as jamais eu de fantasme quand tu conduisais la nuit dans ton camion ?
'''Gérard''' : La nuit, je pars, je m'arrête sur les bords d'autoroute pour manger, faire mes pauses normales...
''' Lola''' : T'as déjà pris une bonne sœur en stop ?
'''Gérard''' : Non, parce que normalement... De toute manière, c'est pas le thème du débat. Je pense que là-dessus, je vais pas faire un débat sur les chauffeurs routiers ou sur les autostoppeurs.
'''Manu''' : Oui, on nous demande si t'es déjà tombé en panne avec ton pot quand t'étais camionneur.
'''Gérard''', ''[n'a pas compris]'' : Non. Non mais je peux vous dire que là-dessus, je voudrais bien faire un truc sur les camionneurs ou l'autostop, mais j'ai peur que ça tourne mal.
'''Phildar''' : Au cul ? Ça tourne au cul, non ?
'''Gérard''' : Non, c'est pas ça. C'est que je voudrais bien faire un débat là-dessus...
'''Manu''' : Ça va tourner à droite, faut pas !
'''Gérard''' : Non, mais ce qu'il y a, c'est que si on fait un débat sur les routiers... on va voir uniquement que des...
'''Phildar''' : Que des routiers, ça va pas être possible.
'''Manu''' : C'est clair, sur des portables en CB.
'''Gérard''' : Non mais c'est pas ça, c'est qu'on va voir uniquement que des portables.
'''Lola''' : Mais non, mais non !
'''Cécile''' : Mais non, mais non, tu délires ! Y'a des routiers qui travaillent pas le jeudi soir.
'''Gérard''' : Non, non. Bah moi je peux vous dire que... je sais pas qui c'est qui vient de me poser ça, qui vient de me dire qu'il y a beaucoup de routiers qui travaillent pas le jeudi soir... Moi, je peux te démentir. Attendez, y'a une question militaire ou... ?
'''Manu''' : Non, non, Internet, pas minitel. Sur l'IRC Fun Radio. On nous demande si t'avais des fantasmes avec les routiers ou si t'en as toujours. Genre si t'as pas voulu le camion d'un autre ou...
'''Gérard''' : Non, j'ai toujours des rapports avec certains chauffeurs routiers que j'ai connus.
'''Phildar''' : Mais tu mets des préservatifs quand même ?
'''Gérard''' : Non, mais je garde contact ! Non, mais pas pour l'amour ! Je garde contact avec eux pour discuter. Non, en toute amitié, c'est-à-dire, bon bah quand je les vois : "Salut ! Salut, comment tu vas, qu'est-ce que tu deviens ?", c'est tout. Alors la dernière question, il reste plus que 8 minutes avant la conclusion et puis avant d'attaquer le deuxième débat. C'est dommage parce que je voulais que toutes les questions se passent bien. Il a fallu qu'on arrive à la septième pour que ça se passe bien, c'est dommage. Mais c'est pas grave. Donc : appelez-vous un dépanneur pour une baguette de pain, des cigarettes, un CD... ? Attendez, au lieu de rigoler ! Oh s'il vous plaît, vous vous calmez !
'''Phildar''' : Gérard, ils ont le droit de rire ! Tu peux continuer à poser ta question.
'''Gérard''' : Donc : appelez-vous un dépanneur pour une baguette de pain, des cigarettes, un CD, etc. ? Alors, on va demander à Françoise.
'''Françoise''' : Bah, moi, j'appellerais un dépanneur surtout pour mes cigarettes. Bah, euh... tu dois savoir que j'adore fumer. Alors donc, sans cigarettes, je ne sais pas comment je ferais. Alors là, je suis obligée d'appeler un dépanneur.
'''Gérard''' : Oui, mais Françoise ? Euh, par exemple, moi je sais pas, attends... Euh, je vais te répondre à ta question tout à l'heure, ça te dérange pas ?
'''Françoise''' : Non, non, pas du tout.
'''Gérard''' : Je vais demander à Lola quand même, on va faire le tour de la question là.
'''Lola''' : Bah moi, je demanderais un dépanneur pour tout : pour les cigarettes, pour des carottes, pour des petits pois... Tu vois, quand je manque de tout, quoi.
'''Gérard''' : Quand je parle de etc., c'est-à-dire fruits et légumes, viande et puis tout ça. On est d'accord ?
'''Lola''' : Ah bah oui, tout à fait d'accord.
'''Gérard''' : Françoise, au lieu de parler de cigarettes, c'est question nourriture aussi. Tu me comprends là-dessus.
'''Françoise''' : Ah bah à ce moment-là, tu achètes... euh, je prends des bananes et des oranges.
'''Cécile''' : Des préservatifs... J'ai plus de beurre !
'''Gérard''' : Non, non, bah attendez, attendez ! Euh, Fanta ?
'''Fanta''' : Des préservatifs.
'''Cécile''' : Des cigarettes. Regarde : parce que je fume, et je fume beaucoup, et ça m'arrive de plus en avoir et je suis sur les nerfs quand j'en ai plus.
'''Sébastien''' : Oh bah, pour un journal ou des cotons-tiges, je sais pas !
'''Manu''' : Gérard ? Gérard ? On nous demande... il y a Miglou sur l'IRC Fun qui nous demande encore, quand tu vas te dépanner chez un épicier ou tout ça : quand tu rapportes des fruits, tu les mets où ?
'''Gérard''' : Non, ça dépend des fruits.
'''Fanta''' : Il let met dans l'anus !
'''Manu''' : Les concombres...
'''Gérard''' : Ça, les concombres, je les fais tout de suite parce que j'adore les concombres à l'huile et au vinaigre.
'''Sébastien''' : Ca glisse mieux avec l'huile.
'''Delphine''' : Euh merde, c'était quoi déjà ? Ah oui : si j'appelais un dépanneur... Non, moi j'ai une bonne parce que je suis une bourgeoise, donc la bonne fait les courses et moi je fais rien.
'''Gérard''' : Ouais d'accord. Donc moi, Delphine, c'est dommage parce que t'as pas... je pense qu'à mon avis t'as pas tellement compris tout ça. À mon avis, t'as pas tellement compris la question. Mais appelez-vous un dépanneur ? Non mais attends, Delphine... Delphine ? Est-ce que t'as compris la question ? Appelez-vous un dépanneur pour une baguette de pain, des cigarettes, un CD, etc. ?
'''Gérard''' : Je te dis non !
'''Gérard''' : Mais si t'as une bonne, dans ces cas-là, c'est pas la peine de le dire !
'''Delphone''' : Je te dis non, j'envoie ma bonne !
'''Gérard''' : D'accord, d'accord, ok. Donc je vais répondre à Sébastien, Cécile, même toi Delphine, je vais vous répondre.
'''Sébastien''' : Attends, j'ai une question, moi ! Ouais, quand t'en es à la dixième bouteille de pinard le soir et que t'en as plus, t'appelles un dépanneur ? Non ? Bah tu fais comment alors ?
'''Sébastien''' : Non. Euh, là tu vois Sébastien ? Tu vois ta question, j'ai même pas envie d'y répondre, là.
'''Sébastien''' : Bah pourquoi ? Ah, t'as toujours du pinard en réserve ?
'''Gérard''' : Non, tu vois, je vais te dire une chose Sébastien : ta question, elle a ni queue ni tête.
'''Sébastien''' : Bah c'est pas le but de toute façon !
'''Gérard''' : Ouais, mais c'est pas le but, mais moi je te dis ta question, elle a ni queue ni tête.
'''Sébastien''' : Mais pourquoi j'en appellerais pas un pour du pinard ?
'''Gérard''' : Ouais, bah dans ces cas-là, bah tu peux raccrocher, euh, tu feras pas la conclusion dans ces cas-là.
'''Sébastien''' : Mais non, mais tu réponds pas à mes questions !
'''Sébastien''' : Bah je te dis, je te répondrai pas pourquoi ? Parce que... ta question elle a ni queue ni tête. Ta question elle a ni queue ni tête, et j'appellerais pas un dépanneur pour avoir une bouteille de vin. Alors euh, te fous pas de ma gueule, d'accord ? Alors tu vas aller voir Phildar au standard, je te dis bonne nuit, tu fais pas la conclusion.
'''Phildar''' : D'accord. Sinon Gérard, tu devais revenir sur la question de Françoise, enfin tu sais, sur la réponse de Françoise... t'as pas oublié ?
'''Gérard''' :Ouais bah donc... donc Françoise ? Donc, euh, même Lola, Fanta et Cécile et Delphine : apparemment, vous avez toutes parlé de cigarettes.
'''Fanta''' : Et de préservatif !
'''Gérard''' : Oui, euh, c'est euh, Fanta, ça. Ouais, mais je pense que Fanta, tu vois, le préservatif, tu dis : "J'appelle un dépanneur pour un préservatif"... Moi, je peux te dire, tu peux aller n'importe où à n'importe quelle heure, tu vas trouver des préservatifs parce que tu as un distributeur.
'''Fanta''' : Je peux pas sortir ! Gérard, mais tu as dit "etc.", donc je peux appeler pour n'importe quoi !
'''Gérard''' : Oui d'accord, mais euh, tu crois... tu crois que le mec, admettons par exemple, tu vois, je vais prendre une ville...— T'habites à Lyon ?— Bon, euh, le mec il habite je sais pas... tu l'appelles pour ça, il habite à 300 km de chez toi, tu crois qu'il va faire 300 bornes pour te ramener un préservatif ?
'''Fanta''' : Mais tu crois qu'il va faire 300 bornes pour me ramener des cigarettes aussi, Gérard ?
'''Gérard''' : Mais, mais ça, ça dépend ! Ça dépend... euh, si tu le connais bien. Si tu le connais bien, peut-être qu'il fera ce qu'il pourra pour toi.
'''Fanta''' : Mais si je le connais bien, il m'amènera des préservatifs puisque c'est pour me protéger !
'''Gérard''' : Oui, d'accord. D'accord, donc euh...
'''Phildar''' : Excusez-moi, on accueille à la place de Seb...
'''Gérard''' : Bah non, mais là c'est fini, on fait la conclusion !
'''Phildar''' : Non, mais c'est pas grave, il peut quand même donner sa conclusion, il a écouté le débat. Il s'appelle... c'est un pseudo, il s'appelle Sucette, et il appelle de Bordeaux.
'''Gérard''' : Allô ? Salut. Donc euh, pour toi Sucette ?
'''Sucette''' : Euh, tu peux répéter la question ?
'''Gérard''' : Oh non, mais ! Eh, ça commence à bien faire !
'''Manu''' : Ouais Gérard, c'est pas grave, tu peux la répéter une fois.
'''Gérard''' : Appelez-vous un dépanneur pour une baguette de pain, des cigarettes, un CD, etc. ?
'''Sucette''' : Euh, ouais, quand j'ai plus à boire par exemple. Euh, du vin.
'''Gérard''' : Bon allez hop ! Manu s'il te plaît.
'''Manu''' : Je peux pas, je peux pas tout gérer, Gérard !
'''Gérard''' : Phildar ! Oh non, tu dégages, lui ! Allez hop ! Phildar ! Allez hop ! Là tu me le vires, Sucette ! L'autre, il appelle pour des bouteilles de vin, c'est pas la peine ! Allez hop !
'''Phildar''' : Qu'est-ce qu'il a dit Sucette ?
'''Fanta''' : Gérard ? À quelle saison les nains sont-ils le plus heureux ? Au printemps ! Parce que l'herbe elle pousse, et ils sont contents parce que ça leur chatouille les couilles !
'''Gérard''' : Ouais, et puis ils bourgeonnent ! Donc on fait la petite conclusion. Donc euh, bon bah moi je vais vous répondre : moi j'ai jamais appelé un dépanneur pour quoi que ce soit.
'''Françoise''' : Même euh, comment euh... même pour tes cigarettes ?
'''Fanta''' : Même pour une roue de secours ?
'''Gérard''' : — Euh, même pareil. Non mais même... on parle pas de Sandy, d'accord ? Euh, quand j'ai pas de cigarettes, et ben...
'''Françoise''' : Et ben à ce moment-là, tu tapes sur les autres !
'''Gérard''' : Ben je demande aux autres, voilà.
'''Françoise''', ''[sarcastique]'' : Et ben oui, ça je sais.
'''Gérard''' : Voilà, donc on va faire la petite conclusion sur le premier débat. Donc on va demander à Françoise ce qu'elle en pense.
'''Françoise''' : Bah euh, pour le premier débat, c'était super.
'''Gérard''' : Ouais, mais à part euh, les six premières... les six premières... les six premières questions, elles ont... elles ont un petit peu foiré parce que...
'''Gérard''' : T'étais un peu énervé sur les bords, hein, quand même !
'''Gérard''' : Donc alors, Françoise, pour toi la... la conclusion du premier ? La conclusion du premier débat s'il te plaît.
'''Françoise''' : Bah je viens de te dire, euh, j'ai... j'ai trouvé ça super.
'''Lola''' : Ah, moi j'ai trouvé ça génial, fantastique ! Je trouve que t'assures, Gérard, que t'es une vraie star maintenant. Et ma conclusion, c'est que je voudrais que tu sois mon dépanneur, que tu viennes m'apporter mes cigarettes et mes préservatifs, et tu viennes nous faire l'amour et etc., etc., tu veux ? Tu veux ou pas ?
'''Gérard''' : Ok, on verra. Fanta ?
'''Fanta''' : Tu es une bête Gérard, tu es superbe ! Ouais, le meilleur !
'''Gérard''' : Non mais euh, vis-à-vis du premier débat... On s'en fout de savoir si je suis une bête ou autre.
'''Fanta''' : C'était bien Gérard, c'était superbe. Tu seras mon seul dépanneur maintenant !
'''Cécile''' : C'était très bien, et puis je suis contente d'avoir participé. J'espère participer à d'autres débats, quoi.
'''Gérard''' : Si tu te réveilles un peu plus et que tu parles plus dvant ton combiné...
'''Cécile''' : C'est mon téléphone qui est merdique !
'''Gérard''' : C'est un sans-fil ? Ouais, mais on t'entend très mal, hein Cécile. Là, moi je sais pas, tu vois, avec Phildar... Je peux rien te dire. Donc Delphine, pour toi ?
'''Delphine''' : Bah moi, ouais, c'était pas mal. Mais ça manque de mecs.
'''Gérard''' : Bah ouais, mais ça... ils vont se pencher sur... tu vois, sur certaines questions, il y a certains mecs qui vont aller parler du pont de l'Alma ou autre, des cotons-tiges... Tu vois, même la dernière question : "Appelez-vous un dépanneur pour une baguette de pain, des cigarettes ou autre... CD ou autre, etc. ?" Tout de suite, ils vont se pencher sur le vin. Mais ça, je m'en fous ! Mais d'accord, ça manque de mecs ! Mais moi je vais te dire une chose : je préfère qu'un débat se passe bien, que je puisse répondre aux questions. Bon, là les 6 premières, elles ont foiré parce que, bon, il y a eu des petits problèmes... Mais là la fin, ça a été bien. Là, moi je peux te dire une chose : j'appellerais jamais un dépanneur, même pour une baguette de pain ou un paquet de cigarettes, ou même un CD. Bon, des CD c'est différent parce que je peux en avoir. Des cigarettes, si j'en ai pas, je ne fume pas. Je ne fume pas ou je demande aux gens qui m'entourent s'ils en ont. Une baguette de pain, je peux me passer d'une baguette de pain.
'''Phildar''' : Non mais si par exemple, tu vois, tu n'as plus de capote, et qu'il y a des dépanneurs pour capote, est-ce que tu appellerais ?
'''Gérard''' : Non ! Ça là-dessus, je ne vais pas dévoiler ma vie privée là-dessus.
'''Manu''' : En revanche, peut-être qu'un dépanneur de café pour Gérard, ce serait bien. Une boîte qui monte un dépannage de café à domicile ! Ok Gérard, c'est pas grave.
'''Gérard''' : Donc on va se retrouver là, dans... d'ici un petit 10 minutes, pour le deuxième débat.
'''Phildar''' : Ah, les poupées gonflables !
'''Gérard''' : Donc on va s'écouter comme disque : "Les grosses caisses à poil", avec "J'ai une grosse vessie à vis".
'''Manu''' : Les numéros de téléphone pour que les gens puissent nous appeler ?
'''Gérard''' : Donc alors : 0803 08 5000 et 0800 70 5000. Et toujours le 3615 code Fun Radio rubrique "Direct".
'''Manu''' : Et l'Internet aussi si vous voulez.
'''Gérard''' : Et l'Internet ? Bah là, je ne le connais pas.
== Le débat sur les collections ==
=== Contexte ===
12 mars 1998. Nouvelle soirée qui s'annonce, toujours en présence de cet animateur attachant et versatile. Nous n'avons pas reproduit ici le débat sur les poupées gonflables, parce qu'il n'en existe pas d'enregistrement intégral. e reproduire que le début romprait avec l'objet d'art qu'on veut présenter ici.
Comme chaque semaine et toujours pour les mêmes raisons, Gérard arrive énervé. Il aurait reçu des livraisons de pizzas chez lui, qu'il n'a pas commandées. Autant dire que le courrier et les messages Minitel ne font qu'amplifier cet énervement. Il est aussi possible d'émettre l'hypothèse qu'en présence de Sandy dans le studio, il est surexcité, persuadé qu'il doit faire le spectacle devant elle. Or, ce soir, elle est là, justement. Active dès ce premier débat, près de son homme, elle gagne une assurance très éloignée de sa peur panique du début. Elle est dans une posture inédite et ouverte, répondant à ceux qui l'insultent avec calme et fermeté.
Ce qui est sûr, c'est que Gérard tombe dans ses démons ce soir-là. Face au courrier, il en veut à toute l'équipe, surtout Olivier, de tout, se montrant paranoïaque, insultant et violent. Cette posture assure le spectacle. Mais malgré la tentative d'atterrisage de Max et Sandy elle-même, Gérard a du mal à se poser. Il n'est pas centré, buté dans son mur de colère et de paranoïa et de crédulité excessive. Tout ce que lui dit tout le monde est réputé vrai pour lui, même si ce sont des éléments qui pourraient être repris par tout le monde en tout temps tant ils sont de notoriété publique. Pris dans son tourbillon, sous le regard un peu circonspect de l'équipe qui n'en reste pas moins dans la provocation, Gérard dit publiquement et à l'antenne, au détour d'une protestation répétée sur les livraisons de pizza à son insu, son nom de famille. Ce nom sera désormais trs souvent cité, à la rage de l'intéressé qui proteste pour sa vie privée. Mais ce soir-là, il le dévoile publiquement, malgré lui, bien qu'il soit connu depuis longtemps par ses harceleurs. On découvre aussi ce soir-là que la perspective de mariage recule, prévu désormais plutôt pour septembre.
Sur le fond des débats, l'équipe introduit ce soir un nouveau concept, pour la première fois : pour enrichir le débat, on fait lire à Gérard des sondages. Recueillis auprès de la population française par des instituts notoires, ils donnent l'avis des Français sur des questions cruciales. Le lecteur découvrira avec délice leur contenu et la portée de cette description. Ce format aura un beau succès et sera reconduit dans toutes les futures émissions, dès lors qu'elle se pérennisera. Ce premier sondage sera signé par Axel Duroux, nouveau PDG de la station.
On notera aussi le retour de Karine, au standard, après un bref essai fin décembre. Elle accompagnera l'équipe jusqu'à fin avril.
=== Les personnages ===
* Gérard
* Phildar et Manu
* Franck Bargine : Max
* Olivier Bouchet : Olivier de la pro
* Dodi, Coquelicot
* Laurent : Tir-bouchon (on découvre son vrai prénom d'acteur ce soir-là, on l'appelait Franck, ou Ultraman jusqu'ici).
* Rita : Marie Poppins (MP)
* Croissant (un futur habituel), Dodi
* Mégane : Tampon
* Tony Morestin : Tony
* Karine (standardiste)
* Sandy Threadkell : Casimir
=== Transcription ===
'''Gérard''' : Et voilà, donc bienvenue. Il est 1h15 donc vous pouvez toujours nous appeler au 0803 08 5000, et 0800 70 5000, et toujours 3615, code Fun Radio, rubrique direct. Et donc, les premiers débats vont porter sur les... le premier débat sur les collectionneurs, et le deuxième sur les ascenseurs. Donc, on accueille Tir-bouchon.
'''Tir-bouchon''' : Bonsoir Manu, bonsoir Gérard, bonsoir Phildard, bonsoir Sandy.
'''Gérard''' : Bonsoir... Sandy, elle n'est pas à mes côtés. Ok, donc on accueille aussi... Croissant.
'''Croissant''' : Oui, bonsoir Gérard, bonsoir Paris, bonsoir Stéphane Chartier.
'''Gérard''' : Croissant, s'il te plaît, il n'y a pas de... Il n'y a pas de gens que tu viens de citer. Non, non, s'il te plaît, tu vas te calmer, merci. Ok, parce que sinon tu vas aller... Au standard, vite fait. Dodi.
'''Dodi''' : Bonsoir Gérard, bonsoir Sandy, bonsoir le fils de Gérard et Sandy.
'''Gérard''' : Bon, alors Dodi, déjà, tu vas commencer par te calmer, s'il te plaît, merci. Poussin. Marie Poppins.
'''MP''' : Bonsoir Paris, bonsoir Gérard.
'''Gérard''' : 17 ans de Brest... Ouais, ben en 17 ans, les gens à cette heure-ci, ils doivent être couchés.
'''Tir-bouchon''' : T'as ton bac à passer.
'''Gérard''', ''[résginé]'' : Tampon, bonsoir. Alors, premier débat, c'est sur les collectionneurs. ''[cris d'enthousiasme artificiel de Phildar et des auditeurs]''. Alors, que vous rapporte le fait de collectionner ?
'''Dodi''' : Des sous. Des sous, et ben quand t'as une belle collection très étoffée d'un objet multi-représenté...
'''Gérard''' : Oui, mais écoute-moi, ça te dérange de donner ton nom au premier ?
'''Dodi''' : C'est Dodi, Gérard. Dodi te dit qu'une collection de timbres très, très, très étoffée et très riche peut te rapporter plusieurs millions de francs. ''[léger bruit de souffle derrière]''
'''Gérard''' : Attends, Dodi ? Dodi, t'appelles d'un portable ?
'''Dodi''' : Non, j'appelle d'un téléphone tout à fait normal.
'''Gérard''' : Non, parce que c'est bizarre, il y a des souplements.
'''Dodi''' : Ah, ça vient pas de moi.
'''Gérard''' : Ah, ça vient pas de toi... ça vient de moi, alors ?
'''Dodi''' : Non, probablement pas non plus, Gérard, je pense que t'as du matériel à la hauteur.
'''Gérard''' : Ah ben oui, mais le soufflement, j'aime pas trop, ok ?
'''Dodi''' : Ah ben, je ferais tout pour empêcher le soufflement, Gérard.
'''Gérard''' : Oui, ben, dans ces cas-là, tu vas aller voir Phildar au standard, tout de suite. Non, parce que le soufflement, j'en veux pas.
'''Phildar''' : Ok, je vais l'arrêter de souffler.
'''Tampon''' : Gérard, c'est moi, c'est moi. Non, c'est moi qui souffle.
'''Gérard''' : Non, mais, bon, ben, Manu, Phildar, s'il te plaît. Tu prends Tampon, donc, à la place de Dodi.
s'amusait à... Bon Tir-bouchon. T'as à dire quoi là-dessus ? Oui, non, mais vous répondez correctement, parce que sinon, on va aller vite, là, ce soir.
'''Tir-bouchon''' : Un sujet, un verbe à complément ?
'''Croissant''' : C'est qu'il est raide, alors...
'''Tir-bouchon''' : Non, mais ta gueule, toi, bon.
'''Gérard''' : Bon, alors, celui qui dit que je suis raide, vous allez commencer par vous calmer.
s moi, non plus. Non, c'est jamais personne.
'''MP''' : Bon, calmez-vous, les mecs.
'''Tir-bouchon''' : Bon, c'est Tir-bouchon, je vais y aller. Bon, alors, moi, je collectionne les cartes postales, les timbres et les boîtes d'allumettes. Et ce que ça m'apporte, c'est très difficile à définir, parce qu'en fait, c'est une passion. Et une passion, c'est quand même quelque chose de très abstrait. Quand quelque chose te plaît, t'as du mal à expliquer pourquoi.
'''Gérard''' : Oui, mais alors, moi, je vais te renvoyer la balle. Par exemple, tu t'achètes des camions miniatures. Ça te rapporte quoi de faire une collection ? ''[un rot dans le téléphone]''. Merci, merci pour celui qui rote !
'''Manu''' : Non, s'il vous plaît, on ne va pas commencer à crier tout de suite. Donc, dans le respect de Gérard, toujours.
'''Gérard''' : Donc, Tir-bouchon, je te demande si tu fais collection de timbres.
'''Tir-bouchon''' : Oui, de timbres, de boîtes d'allumettes et de cartes postales. ''[rot]''
'''Gérard''' : Bon, celui qui rote, il va commencer à se calmer, parce que là, ça fait deux fois et je sens... que à la troisième fois, je virerai tous les mecs.
'''Manu''' : Par contre, sur Minitel, on nous dit que toi, Gérard, tu fais collection de râteaux, c'est vrai ?
'''Gérard''' : Alors là, tu vois, sur Minitel, si c'est pour me poser des questions comme ça, je ne réponds pas.
'''Manu''' : Ça peut être sympa, des râteaux dans son salon.
'''Gérard''' : Oui, oui, des râteaux, je sais ce que ça veut dire, d'accord ? Merci. Donc, Tir-bouchon, toi, tu disais que tu faisais collection des cartes postales et tout ça ?
'''Tir-bouchon''' : De timbres et de boîtes d'allumettes.
'''Gérard''' : Mais des cartes téléphoniques, est-ce que tu en fais collection ?
'''Tir-bouchon''' : Oui, j'en fais collection, enfin, j'en ai quelques-unes. Mais tu vois, c'est des très, très, très, très rare, tiré à 10, 15 000 exemplaires.
'''Gérard''' : Oui, mais de toute manière, quand tu achètes une carte téléphonique<ref name="hist30"></ref>, tu peux très bien en trouver plusieurs. Attends, tiens, Tir-bouchon, une question que je vais te poser. Est-ce que tu as eu, je ne sais pas, si tu as eu l'occasion de... Est-ce que tu as acheté déjà la... S'il vous plaît, derrière, merci. Est-ce que tu as eu l'occasion d'acheter la carte de la Coupe du Monde ?
'''Tir-bouchon''' : Oui, et je les ai eues même avant qu'ils sortent.
'''Gérard''' : Non, ce n'est pas vrai, tu...
'''Tir-bouchon''', ''[précipitamment]'' : Oui, parce que Gérard, Gérard, j'ai des relations à France Télécom.
'''Gérard''' : Non, mais alors là, c'est bon, tu vois, ce n'est pas la peine de dire France Télécom, parce que France Télécom, ils sont bien gentils...
'''Phildar''' : Gérard, pas de pub.
'''Gérard''' : Non, non, mais ils sont bien gentils mais il faudra peut-être qu'ils arrivent à laisser le standard ouvert, OK ? Donc, Tir-bouchon... Non, non, mais c'est bon, c'est bon, d'accord, Tir-bouchon. Donc, on va demander à Croissant, maintenant.
'''Croissant''' : Oui, alors, bonsoir, Gérard.
'''Croissant''' : Non, mais c'est bon, les bonsoirs, y'en a ras-le-bol, t'accouches ?
'''Croissant''' : Gérard, oui, Gérard, j'accouche. Donc, je fais collection de trois petites choses. Les cartes magiques, de couleur bleue, c'est un jeu de rôle. Je suis le deuxième plus gros collectionneur de cartes bleues en France. Je tiens à le signaler. Et ensuite, je fais collection de tout ce qui se rapporte à Kamel. Tout ce qui se rapporte à Kamel, c'est-à-dire les vieux briquets, les vieux zipo, enfin, tout le bordel.
'''Gérard''' : Non, non, et s'il vous plaît, Croissant ! Croissant, tu vas...
'''Phildar''' : Tu vas te tremper dans ton café.
'''Gérard''' : Croissant ! Croissant ! Tu retournes au standard, s'il te plaît, merci.
'''Croissant''' : Pourquoi ? J'ai pas fini de répondre.
'''Gérard''' : Non, non, mais c'est bien, tu vas aller voir au standard...
'''Croissant''' : Pourquoi ? Dis-moi pourquoi ?
'''Gérard''' : Parce que tu fais trop de pubs, allez, c'est bon. ''[il insiste]''. Dodi, Dodi, Dodi, Dodi, Dodi, Dodi !
'''Dodi''' : Allô, oui, je t'écoute. Oui, je t'écoute, Gérard. ''[léger écho]''
'''Gérard''' : Bon, alors, Dodi, t'as de la radio derrière, toi, tu...
'''Phildar''' : Non, je vais les calmer, mais continue le débat, Gégé. Avance.
'''Poussin''' : Oui, moi, je fais la collection de bouteilles de coca vide.
'''Gérard''' : Merci pour la pub, alors, Poussin ? On a dit de pas faire de pub.
'''Poussin''' : Bah ouais, mais bon, c'est ce que je fais, donc je vais pas te dire, je fais...
'''Tampon''' : Ils ont pas besoin qu'on leur fasse de la pub.
'''Poussin''' : Si, si, si, ils ont besoin, c'est bien.
'''MP''' : Euh, oui, Gérard, moi, je fais des collections de pierres précieuses et de rouges à lèvres. C'est un trésor inestimable. Voilà. ''[Gérard a la tête tournée vers son équipe, écoutant ce qu'on lui dit hors micro, laissant l'antenne à l'ababdon. Il consulte un papier qu'on vient de lui remettre]''.
'''Gérard''' : Euh, 5 minutes, 5 minutes, s'il vous plaît, les auditeurs.
'''Phildar''' : Attends, on est en train de lui expliquer un truc, là.
'''Tir-bouchon''' : C'est toujours les auditeurs, c'est jamais les auditrices.
'''Tampon''' : Ouais, ouais, c'est clair. Jamais.
'''Gérard''' : Non, mais c'est bon, on va demander... On va demander un Tampon.
'''Tampon''' : Oui. Moi, je collectionne les grenouilles et ça m'apporte beaucoup de plaisir.
'''Gérard''', ''[les yeux sur son papier remis par l'équipe]'' : D'accord. Donc, moi, je peux... Moi, d'après un... un sondage sur Internet, il y a 30% du bien-être, 20% des femmes, 25% de l'argent et 25% rien du tout. Alors, moi, je peux vous dire une chose.
'''MP''' : Et sinon, moi mon frère, il collectionne les camions Magnum.
'''Gérard''' : Oui, mais tu vois, là, tu viens de citer une marque.
'''MP''' : Ah, excuse-moi. Les petits camions, et voilà, ils sont très jolis.
'''Tampon''' : Il a quel âge ton frère ?
'''MP''' : Oh, il a 8 ans.
'''Tampon''' : 8 ans, c'est l'âge mental pour collectionner les camions.
'''Gérard''' : Ah, ben, si, je suis désolé, il n'y a pas d'âge pour faire des collections.
'''Tampon''' : Il n'y a pas d'âge, mais il y a un âge mental, quand même.
'''Gérard''' : Non, non, non, non.
'''Tir-bouchon''' : Il n'y a pas d'heure pour en manger.
'''Dodi''' : Je voudrais juste savoir si tu collectionnes toi les camions.
'''Gérard''' : Oui.
'''Dodi''' : Ah, c'est pour ça, d'accord. Je voulais juste savoir.
'''Gérard''' : J'aurais bien voulu savoir où que je pouvais me les procurer en miniature.
'''Max''' : Quel genre de camion ? C'est lesquelles marques ? Enfin, pas... sans citer des marques, mais quels ? C'est des trucks ? C'est des quoi ? C'est des...
'''Gérard''' : C'est des 40 tonnes, sans citer de marques.
'''Phildar''' : Le Magnum ?
'''Gérard''' : Voilà.
'''Poussin''' : Eh Gérard j'en ai ! TU en veux ? Des camions.
'''MP''' : Moi, j'ai un truc à dire, c'est Marie-Popins. Je veux dire, moi, je suis pas d'accord pour les gens qui se permettent de dire que les collectionneurs, tout ça, ils ont un âge. Moi, je dis qu'il n'y a pas d'âge.
'''Gérard''' : De toute manière, il n'y a pas d'âge, mais la... Eh, attends, Marie-Popins, la question, on n'en est pas là. D'accord ? Donc...
'''Tir-bouchon''' : Gérard, est-ce que t'es beau comme un camion ?
'''Gérard''' : Oh ! Ouais, on se calme, on se calme, on se calme. Alors, dépensez-vous beaucoup d'argent. Bon, deuxième question. C'est comme tout le monde a répondu. Donc, euh...
'''Manu''' : Avant la deuxième question, non, il y a... C'est pas une question, c'est une affirmation. On nous dit que tu devrais plutôt commencer une collection de cervelles et arrêter celle des wagons Ricard. Qu'est-ce que t'en penses ?
'''Gérard''' : Alors, là, tu vois, c'est qui, c'est qui ? C'est qui ?
'''Manu''' : Euh... C'est Palmier.
'''Gérard''' : Eh ben, Palmier, tu vas aller voir dans tes Palmiers s'il y a des noix de coco. ''[ovation du studio]''.
'''Manu''' : Tu l'as cassé, là, Gérard, tu l'as cassé. Et il est mort, là.
'''Tir-bouchon''' : C'est dingue ce que les gens peuvent dépenser comme fric sur Minitel pour dire des conneries.<ref name="hist31"></ref>
'''Gérard''', ''[ironique]'' : Oh, non, mais de tte manière... Non, mais c'est pas grave.
'''Tir-bouchon''' : Je peux vous dire que le jeudi, ça m'a ruiné.
'''Gérard''' : Ben, ben, ben, dans ces cas-là, pourquoi tu appelles encore ?
'''Tampon''' : C'est gratos.
'''MP''' : Bon Gégé, tu peux te poser la question, s'il te plaît ?
'''Gérard''' : Eh oh, oh, oh, tu vas te calmer, toi ? Celle qui me dit, tu vas poser la question, tu vas te calmer, s'il te plaît, d'accord ? Non, non, mais pour l'instant, il y a encore une...
'''Manu''' : Ouais, il y a juste... Ouais, il y a une autre... Il y a une autre question. Est-ce que ta passion pour les 40 tonnes a débuté à l'époque où t'as connu Christine ?
'''Gérard''' : Je répondrai pas là-dessus. Donc, alors, dépensez-vous beaucoup d'argent dans une collection ?
'''Dodi''' : Il vaut mieux prendre une collection qui ne te coûte rien, à la rigueur.
'''Gérard''' : Ah ouais ? Alors, trouve-moi une collection que tu...
'''Dodi''' : Par exemple, je collectionne les reçus de tickets de métro, par exemple.
'''Tir-bouchon''' : Ah ouais, mais t'es bien obligé de payer le ticket de métro.
'''Gérard''' : C'est qui, là, qui parle comme ça ? ''[blanc]''
'''MP''' : Donnez vos noms, hein !
'''Manu''' : Écoute, moi, c'est Manu. On m'a dit de donner mon nom.
'''Max''' : Pas de blanc !
'''Gérard''' : Mais oui, mais j'aurais bien voulu savoir, l'abruti qui a été donner un nom comme ça, parce qu'il va dégager vite fait, celui-là. Oui, celui qui a été dire les tickets de métro.
'''Tir-bouchon''' : Je crois que c'est celui qui collectionne les cartes magiques, là.
'''Croissant''' : Ça, ouais, non, mais attends, oh, non, non, non !
'''Gérard''' : Non, tampon, allez, hop ! Je prends dans l'ordre que je veux, c'est tout. Euh, tampon ? Donc, pour toi ? Non, mais tu te réveilles quand je pose des questions, parce que...
'''Tampon''' : Oui, excuse-moi, j'avais oublié ta question, parce que tu fais tellement d'interludes, enfin, bref...
'''Gérard''' : Ah ouais, je fais de l'interlude.
'''Phildar''' : Non, de l'Internet, il fait...
'''Tampon''' : Moi, je collectionne les grenouilles, donc... Ben, ça me coûte assez cher, ouais.
'''Gérard''' : Euh... Tu payes combien pour acheter une grenouille ?
'''Tampon''' : Je mets jamais plus de 100 balles, mais bon, ça coûte cher, quoi. Il y en a partout, chez moi.
'''MP''' : Écoute, moi, ce sont des pierres précieuses, donc ça dépend... Les prix varient, quoi, ça dépend, hein, ça dépend.
'''Tampon''' : Est-ce que tu as du quartz magnétisé ?
'''Gérard''' : Ouais, mais, Mary Poppins ? Tu peux parler un petit peu plus fort devant ton combiné ?
'''Tir-bouchon''' : Tu as de la kryptonite ?
'''MP''' : Oui, euh, oui, la kryptonite, j'en ai. Gégé, donne-moi des noms de pierres et je te dirai si je les ai ou pas, hein.
'''Gérard''' : Non, non, euh, je te donne pas de noms de pierres, s'il te plaît. S'il vous plaît ! S'il vous plaît ! Ah, non, mais attendez, on va y aller, euh, calmement. Parce que, moi, si vous voulez que je vous réponde, moi, j'ai des statistiques. Donc, je pourrai vous répondre sur les deux débats. Donc, Poussin.
'''Poussin''' : Eh ben, moi, ça me coûte 6 francs 50, parce qu'une bouteille de Coca, ça coûte 6 francs 50.
'''Gérard''' : Ouais, ben alors, Poussin, Poussin ! Poussin !
'''Phildar''' : Elle a pas fait de pub, elle a dit Coca, c'est pas Coca-Cola.
'''Gérard''' : Non, presque pas, elle a dit Coca-Cola, alors.
'''Phildar''' : Non, elle a dit une bouteille de Coca.
'''Manu''' : Elle aurait pu dire Pepsi ou Virgin-Cola, ça, ça aurait été de la pub.
'''Dodi''' : Ben, moi, je collectionne les... comment dire... les couvertures du journal Libération.
'''Gérard''' : Voilà, alors là, Dodi. Bonne nuit, Dodi ! Bonne nuit, Dodi ! Bonne nuit à toi ! Merci pour celui-là. Alors, bonne nuit pour lui.
'''Croissant''' : Mais Gérard, t'avais pas remarqué que Dodi, ça voulait dire Dodi Al-Fayed ?
'''Dodi''' : Deux de tension, Gérard.
'''Gérard''' : Dehors, celui-là.
'''Phildar''' : Je vire Dodi ? Je le dégage ? Je le fous sous le pont ?
'''Gérard''' : Non, mais rigole, rigole, rigole !
'''Dodi''' : Tu me vires parce que je suis libyien, fasciste !
'''Gérard''' : Voilà, merci !
'''Manu''' : Je crois que c'était le troisième poteau de la gauche.
'''Tir-bouchon''' : Attention, il va se fâcher.
'''Gérard''' : Croissant ! Croissant !
'''Croissant''' : Oui, alors, donc, moi, mes cartes Magic, justement, c'est très bien que tu en parles, parce qu'il y en a des très, très, très, très chères. Et moi, ça me coûte très, très, très cher, effectivement.
'''Gérard''' : Non, non, attends, attends, Croissant. Non, non, il rappelle pas du tout. Non, non, il rappelle pas du tout. Il s'en va complètement. Non, non, tu t'en vas complètement, je ne te veux plus ! Je ne te veux plus !
'''Manu''' : Mais là, c'est Croissant qui parle. Croissant, il n'a rien fait.
'''Phildar''' : Dodi, je l'ai viré, il a raccroché, là.
'''Croissant''' : Oui, bon, donc, je disais que les cartes hmmm sont cotées à la bourse. C'est vrai, il y a une véritable bourse qui existe, et la plus chère de toutes les cartes coûte environ 1200 francs.
'''Manu''', ''[espiègle]'' : Attends, excuse-moi, Croissant, si je peux me permettre, c'est quoi, comme cartes ?
'''Croissant''' : C'est des cartes Magic, c'est des jeux de rôle. Enfin, c'est...
'''MP''' : T'as la flûte enchantée ?
'''Croissant''' : Non, je l'ai pas non. J'ai la lampe d'Aladin. Plus ou moins, oui, mais je peux te dire, Gérard, que c'est vraiment très cher.
'''MP''' : Ça dépend, hein.
'''Croissant''' : Ah, non, non, non, ça dépend pas, quoi.
'''MP''' : Bah, si, ça dépend de la bourse, hein. Je suis désolée, hein.
'''Tir-bouchon''' : Oui, bah, moi, ma passion, bah, entre les cartes postales, les timbres, les boîtes d'allumettes, c'est vrai que ça me revient assez cher par mois, entre 400 francs et 1 000 francs.
'''Gérard''' : Ah, attends, attends, attends, attends. Entre 400 et 1 000 balles ?
'''Tir-bouchon''' : Ah, t'as des cartes postales, Gérard, qui ont, je sais pas, moi, 125 ans, qui valent très, très cher, tu sais ? Par exemple, les cartes postales... Les cartes postales qui ont été signées à Croix, où ils dessinent le port de Onfleur.
'''Gérard''' : Ouais, bah, moi, tu permets, euh...
'''Phildar''' : Vas-y, Gérard, il a quelques... statistiques.
'''Gérard''' : Donc, moi, j'ai un petit sondage, là, qui est sous les... Les yeux. Donc, j'ai 22% qui dépensent pas plus de 25 francs par mois. J'ai 28% qui ne dépensent rien, donc, là-dessus, je vois pas pour ça. J'en ai d'autres 13% pour 1 000 francs par mois. Et 37% n'ont pas de collection, mais dépensent quand même de l'argent pour aller voir des... ''[il a du mal à lire le mot, il est aidé de Manu]''. Péripatéticiennes. Donc, moi, je peux vous dire une chose, que moi, là-dedans, je dépenserai jamais trop d'argent, parce que...
'''Phildar''' : Dans les putes ?
'''Manu''' : Pas plus de 400 balles par mois, Gérard.
'''Gérard''' : Non, même pas. Même pas, tu vois, parce que je préfère... Non, mais, tu vois, moi, je préfère mettre 500 balles pour avoir mon camion, celui que j'attends, et c'est tout. Vendriez-vous votre collection pour de l'argent, si oui, pourquoi ?
'''Tampon''' : Attends, Gérard ! J'ai rien compris !
'''Gérard''' : Ben oui ! Vendreiez-vous...
'''Phildar''' : Non, pas vendredi, on est jeudi.
'''Gérard''' : Est-ce que vous allez vendre votre collection pour de l'argent, si oui, pourquoi ? On est bien clair !
'''Croissant''' : Question que je ne te répondrai pas.
'''Phildar''' : Non, je vais lui expliquer en antenne la question. T'inquiète pas.
'''Gérard''' : Et là, on va s'écouter... Donc, on va s'écouter le petit caca du soir avec des gants, c'est plutôt propre. Et on se retrouve juste après. Et si vous voulez nous appeler... 0803 08 5000 et 0800 70 5000 ettoujours 3615 code Funradio, rubrique direct.
''[Musique]''.
Voilà, c'est toujours la suite des débats du jeudi. Il est 8h38 et là, vous venez d'écouter le petit caca du soir avec des gants, c'est plutôt propre. Donc, on récupère Tir-bouchon.
'''Tir-bouchon''' : Ouais, bonsoir Gérard, bonsoir Manu, bonsoir Phildar, bonsoir Reego.
'''Gérard''' : On récupère Croissant.
'''Croissant''' : Bonsoir Momo, lolo, bonsoir Gérard.
'''Gérard''' : S'il vous plaît, on se calme derrière, on se calme. Bonsoir Poussin.
'''Phildar''' : Et à la place de Dodi, on accueille Tony.
'''Gérard''', ''[contrarié]'' : Oui. Donc, on récupère Mary Poppins.
'''Tir-bouchon''' : Pourquoi on n'appellerait pas Ultraman ?
'''Gérard''' : Oh eh, s'il vous plaît. Ouais, on se calme. D'accord, Tony. Bon Mary Poppins. Tampon. Et Tony, pour finir.
'''Tir-bouchon''' : Comment ça va Tony ?
'''Tony''' : Muy bién. OBligado.
'''Phildar''' : Allez, on y va, on continue le débat, allez !
'''Gérard''' : Alors, donc, vous avez compris la question ? Non, vous vous foutez de ma gueule ou vous prenez le train, là ?
'''Poussin''' : On prend le train.
'''Tir-bouchon''' : On prend le métro.
'''Gérard''' : Oui, vous prenez le métro... Alors, vendriez-vous votre collection pour de l'argent ? Si oui, pourquoi ?
'''MP''' : Je réponds.
'''Gérard''' : Ouais, mais Mary Poppins, tu vas te calmer un petit peu, hein. On va demander à Tony.
'''Tony''' : Pourquoi moi ?
'''Gérard''', ''[agressif]'' : Parce que là, tu vas passer. Si t'as pas envie de répondre, tu dégages.
'''Tony''' : Ok, sois pas agressif comme ça. Donc, moi, s'il y a des acheteurs de morpions, moi, je suis un collectionneur.
'''Gérard''' : Bon, ben, Tony.
'''Tony''' : Qu'est-ce qu'il y a ? Mais j'ai le droit de collectionner ce que je veux aussi.
'''MP''' : Dégé, il faut être tolérant.
'''Tony''' : J'ai commencé tout petit. Des morpions de poils roux, des morpions de poils blonds, des morpions de poils bruns. Donc, s'il y a quelqu'un qui est intéressé, qu'il me contacte. Avis aux amateurs.
'''Tampon''' : T'habites où ?
'''Gérard''' : Si vous voulez savoir où qu'il habite, vous verrez ça hors antenne. D'accord ? Donc, Tampon. Donc, toi ?
'''Tampon''' : Moi, en aucun cas, je ne vendrais ma collection de grenouilles.
'''Gérard''' : Même pour de l'argent ?
'''Tampon''' : Surtout pour de l'argent. C'est trop ma vie. Trop moi.
'''Gérard''' : Oui, mais admettons que la personne te propose 3 000 francs pour t'acheter des grenouilles.
'''Tampon''' : 3 000 francs ? Non, mais attends. Tu te moques, là ? Non, mais attends. J'ai plus de 300 grenouilles. Je ne vais pas vendre 3 000 francs mes 300 grenouilles. T'es fou.
'''Gérard''' : Eh bien, admettons 9 000 balles.
'''Tampon''' : 9 000 ? Mais tu rêves. Et les sentiments, ça ne se vend pas.
'''Tir-bouchon''' : Eh, Tony ? Pas encore super drôle ce soir.
'''Gérard''' : Oh, s'il vous plaît, oh !
'''Tony''' : Attends, je commence, je débute.
'''Gérard''' : Non, mais vous allez vous calmer, d'accord ? Donc, Tampon. Donc, même pour 9 000 balles, tu ne voudrais pas ?
'''Tampon''' : Même pour 9 000 balles, mais même pour 90 000, jamais je ne vendrais ma collection de grenouilles.
'''MP''' : Écoute, Gégé, je crois qu'il faut quand même tenir compte de la valeur sentimentale. Donc, moi, je ne vends... Je ne vendrais, pour tout l'or du monde, je ne vendrais jamais ma collection de pierres précieuses...
'''Tampon''' : C'est parce qu'on est des filles, en fait.
'''Gérard''' : Attendez, attendez, attendez, attendez, attendez, attendez. Attends, Tampon. Tampon, c'est toi qui parles sur Marie Poppins, là ?
'''Tampon''' : Non, je parle après, je ne parle pas sur.
'''Gérard''' : Donc, Marie Poppins, donc, vas-y, tu disais...
'''MP''' : Oui, merci. Je te disais, Gégé, en fait, il y a un critère qu'il faut tenir compte, c'est que... Quand tu as une collection, tu y es très attachée. Donc, toi, tu as des sentiments, tu ne peux pas négliger cela.
'''Gérard''' : Oui, mais moi, je vais te poser la question. Si tu as vraiment besoin d'argent... Est-ce que tu vendrais ta collection pour de l'argent ?
'''MP''' : Non, jamais.
'''Gérard''' : Pourquoi ?
'''MP''' : Non, Gégé, je ne peux pas... Je ne peux pas parce que, même si j'ai un, je n'ai pas de sous, je ne vendrais pas. Je n'ai pas besoin d'argent, moi. J'ai besoin du cœur.
'''Gérard''' : Non, mais même, attends, dans ce cas-là, tu ne vas pas vendre un truc qui a de la valeur... Par exemple, si tu n'as rien à bouffer, pour bouffer ?
'''MP''' : Oui, voilà.
'''Tony''' : Gérard, excuse-moi de te couper, là, parce que je n'ai pas suivi. Tu fais collection de quoi, toi ?
'''Gérard''' : C'est qui, là ?
'''Tony''' : C'est Tony.
'''Gérard''' : Non, mais attends, Tony, pour l'instant...
'''Manu''' : De camions miniatures, Tony.
'''Poussin''' : Moi, oui, je la vendrais, ma collection de bouteilles de coca. Sans problème.
'''Gérard''' : Bon, alors, Poussin, ça commence à bien faire, tes pubs.
'''TIr-bouchon''' : Je te l'achète. Moi, j'achète tout ce qui est Orangina et Sprite.
'''Croissant''' : Eh bien, moi, non, je ne vais pas la vendre parce que je vais attendre que ça prenne de l'âge et de la valeur. Et non, c'est quelque chose... C'est quelque chose que... Pareil, quoi, j'y tiens beaucoup, quoi, c'est tout.
'''Gérard''' : Donc, dans ce cas-là, ça fait... Ouais, mais ça fait à peu près comme des... Des disques ou des cartes éphoniques.
'''MP''' : Mais, Gégé ?
'''Gérard''' : Attends, attends, Croissant. Je te réponds tout de suite après. Oui, c'est qui qui...
'''MP''' : Oui, c'est Mary Pippins : j'aurais une question, mais je la poserai après.
'''Gérard''' : Mais non, tu la poses maintenant, s'il te plaît.
'''MP''' : Oui, d'accord, ok. Je vais te poser cette question. Toi, qui fais la collection de camions en miniature... Eh bien, est-ce que tu... Si un jour, t'as pas un sou, t'as plus rien à manger, et quelqu'un qui vient te proposer 10 000 francs, est-ce que tu vas le vendre ? Réponds-moi. Tu vendrais ta collection pour bouffer ?
'''Tony''' : Gérard, j'aimerais savoir où...
'''MP''' : Ça me déchire le cœur, je...
'''Tony''' : Où ça en était, ta... ta collection de bouteilles d'alcool vides.
'''Gérard''' : C'est qui qui vient de dire ça ?
'''Tir-bouchon''' : C'est Tony, comme d'habitude.
'''MP''' : Tu m'as pas répondu pourquoi tu la vendrais.
'''Gérard''' : Attends, attends, attendez. Tony, s'il te plaît. Tu vas retourner voir la charmante...
'''Tony''' : Avec plaisir, avec plaisir. J'ai fait exprès, en plus.
'''Gérard''' : Donc, tu vas retourner voir la charmante...
'''Tony''' : Phildar, la charmante Phildar.
'''Gérard''' : Oh, Tony, s'il te plaît !
'''Karine''' : Tu me dis pas que t'as oublié mon prénom, Gérard ?
'''Gérard''' : Oh, six minutes ! Ah, voilà, tu vas retourner voir la charmante... ''[il se perd dans les mots en cherchant le prénom, donnant des cononnances arabes que Phildar reprend en chantant, tel un prédicateur]''. Phildar, s'il te plaît, tu vas te calmer. Donc, Tony, tu vas retourner voir celui qui t'a choisi au standard.
'''MP''' : Mais tu m'as pas répondu, hein !
'''Gérard''' : Non, mais moi, je t'ai dit oui, d'accord ?
'''MP''' : Non, mais tu m'as pas répondu pourquoi ?
'''Gérard''' : Parce que si j'ai besoin d'argent, je revendrais ma collection et c'est tout. Donc, Tony, tu retournes... Non, non, il n'y a pas de laisse-le. D'accord ?
'''MP''' : Bon, allez, c'est pas grave, Gégé.
'''Tir-bouchon''' : Gégé, Gégé ? Si Tony se casse, tout le monde se casse.
'''MP''' : Ouais, exactement.
'''Tony''' : Merci, collègue !
'''Gérard''' : Oh, s'il vous plaît ! Eh, je fais ce que je veux, c'est moi qui gère mes débats. D'accord ? C'est moi qui dis qui je veux que je dégage. Tony, Tony, tu retournes là-haut.
'''Phildar''' : Bon, je vais le calmer, continue ton débat.
'''Tir-bouchon''' : Oui, bah pour moi, tu vois, Gérard, ça me ferait chier de vendre ma collection. Parce que j'ai réussi à acquérir des pièces inestimables. Et en la vendant, j'aurais trop peur de me faire arnaquer, même si j'ai affaire à des professionnels.
'''Gérard''' : Oui, mais regarde ! Regarde, je prends ces... Attendez ! Euh... Ces Poussin ou Tampon qui avaient des cartes téléphoniques ? C'est qui ?
'''Tir-bouchon ''' : C'est moi. Bah, Tir-bouchon.
'''Gérard''' : Ouais, mais qui c'est qui avait des cartes aussi téléphoniques ?
'''Tir-bouchon''' : Le mec, là...
'''Croissant''' : Non, non, c'est pas moi, non, non. J'ai pas de carte téléphonique. Moi, j'ai des cartes de jeux de rôle, c'est tout.
'''Croissant''' : Non, mais c'est Dodi, mais tu l'as viré.
'''Gérard''' : Oui, non, mais... Mais par exemple, tu vois, moi, je vais t'échanger une carte téléphonique qui est tirée, admettons, à 150 000 exemplaires.
'''Tir-bouchon''' : J'en veux pas. J'en veux pas, parce que j'en ai à moins que ça.
'''Gérard''' : Attends, attends. Des cartes tirées à 150 000 exemplaires pour 200 balles, tu la prendras pas ?
'''Tir-bouchon''' : Non.
'''Gérard''' : Merci pour celui qui rote, d'accord ? Ça, c'est un truc que j'ai horreur quand je pose... Je pose la question.
'''Manu''' : C'est parce qu'il a bu du Sprite.
'''Gérard''' : Admettons qu'une carte, comme la Coupe du Monde, qui est tirée, je crois qu'elle doit être tirée à 150 000 ou 200 000 exemplaires.
'''Tir-bouchon''' : Ouai mais le foot, c'est de la merde.
'''Phildar''' : C'est un peu plus que la Cicciolina, quand même.
'''Gérard''' : Non, mais ça, on n'en a rien à foutre, d'accord, Phildar ? Et toi, tu vas commencer à te calmer, parce que tout à l'heure, tu vas rien faire de tout. Tu vas rentrer chez toi.
'''MP''' : C'est qui, ça, la Ciccio ? Je ne sais pas quoi, là.
'''Gérard''' : La Cicciolina, c'est une qui est en Italie.
'''MP''' : C'est une voiture ?
'''Tampon''' : Non, c'est dans le Muppet Show.
'''Gérard''' : Bon, d'après les sondages que j'ai sous les yeux...
'''Tampon''' : C'est quel journal, excuse-moi ?
'''Tir-bouchon''' : C'est Laurent Al-Fayed.
'''Gérard''' : Non, mais ce n'est pas un journal, c'est...
'''Tampon''' : Tu n'as pas tes sources ?
'''Gérard''' : Je préviens d'une chose, vous allez commencer à vous calmer par parler de Laurent Al Fayette, ok ? Oui, oui, de la main de ma soeur dans...
'''Manu''' : Laurent Lafaillite.
' ''Gérard''' : Il y a 30% qui disent non, parce qu'ils n'ont pas assez d'argent. Et il y a 55% qui disent collectionner les mannequins seulement de chez Prix-unique. Alors, à mon avis, tu vois, Manu, Manu, tu vois, là, là-dessus, ton truc comme ça, tu vas te le garder.
'''Manu''' : Oui, non, mais seulement, tu n'as pas bien lu, Gérard. Non, non, c'était la 4. C'était vendriez-vous votre collection pour de l'argent. 58% des gens vendent leur collection pour de l'argent. Pourquoi ? Pour de l'argent. Et 42% ne la vendraient pas, car c'est de la merde. C'est ça, là. T'as mal lu, t'as lu au-dessus. C'est la 4.
C'est bizarre, parce que la 4, on est à la question 3, et pour moi...
'''Gérard''' : C'est parce qu'ils ont inversé, c'est pas grave, Gérard.
'''Manu''' : C'est parce qu'ils ont inversé, c'est pas grave.
'''Gérard''' : Non, mais moi, des trucs comme ça, de toute manière, à mon avis, c'est toi qui t'amuses là-dessus.
'''Manu''' : Bah, écoute, tu iras t'expliquer avec le monsieur qui est noté en haut des sondages. Monsieur Axel. Tu iras t'expliquer avec lui, Gérard.
'''Gérard''' : Bon, s'il vous plaît, vous allez vous calmer, parce que tout à l'heure, ça va aller vite. Je vais couper à la 4 et je vais conclure. Alors, achetez-vous les collections de défilés de mode.
'''MP''' : Comment ?
'''Gérard''' : Ouais, comment, hé, oh. Toi, Marie Poppins, tu vas te réveiller, s'il te plaît, parce que moi, ça me les gonfler, là.
'''Poussin''' : Elle n'a rien fait.
'''Gérard''' : Ouais, elle n'a rien fait, elle ne comprend même pas les questions.
'''MP''' : Oui, écoute, Gégé, tout à fait, mais ça dépend des marques. Je ne sais pas, tu as plusieurs...
'''Tampon''' : On n'a pas le droit de dire les marques.
'''MP''' : On a le droit de donner les noms de couturiers ou pas, Gégé ?
'''Gérard''' : Non, plus.
'''Manu''' : Ce n'est pas vraiment une marque, les noms de couturiers, Gérard.
'''MP''' : Donc, en fait, ça dépend. Ouais, ouais, j'en achète, mais pas beaucoup, quand même. Donc, de temps en temps, une pièce rare, oui, ça le fait, quoi.
'''Tir-bouchon''' : Non, je n'achète pas, ça ne m'intéresse pas.
'''Gérard''' : Non, ça ne t'intéresse pas. Donc, tu achètes tes affaires où, toi ?
'''Tir-bouchon''' : Je les vole.
'''Gérard''' : Non, non, attends. Attendez, attendez. Tu les achètes où, tes affaires ?
'''Tir-bouchon''' : À Décathlon.
'''Gérard''' : Décathlon, bien sûr.
'''Tir-bouchon''' : Bah oui, pour les polos, tout ça.
'''Gérard''' : Ouai, Décathlon, à fond la forme, c'est ça ? Merci, Tir-Bouchon.
'''Tony''' : Pas de slogan, pas de slogan.
'''Croissant''' : Un peu comme Tir Bouchon, je ne sais pas trop.
'''Gérard''' : D'accord. Non, mais si vous ne voulez pas répondre aux questions, vous le dites tout de suite.
'''Poussin''' : Oui, moi, je préfère acheter chez Tati. Parce que c'est... C'est moins cher. C'est meilleur.
'''Croissant''' : C'est gentil, Tati.
'''MP''' : Oui, je t'ai déjà répondu. C'est Georges Armani, Jean-Paul Gauthier, Versace, plein de choses comme ça, oui, tout à fait.
'''Tir-bouchon''' : Emmaüs ? La Croix-Rouge ?
'''Tampon''' : Ben, moi, pas trop, parce que ça coûte un peu cher, puis bon...
'''Gérard''' : Eh, celui qui s'amuse à balancer des marques bidons, tout à l'heure, il va retourner au standard, ça va aller vite fait. Mais ce soir, vous n'allez pas commencer à me casser les burnes. C'est clair et net. Alors, Tony, comme tu veux...
'''Tony''' : Non, je trouve ça hors de prix, les collections des grands coquuriers, donc je n'achète pas. En plus, ils ne font pas de dessous-sexy, donc je ne vois pas l'intérêt.
'''MP''' : Non, mais je ne suis pas d'accord, Gégé.
'''Tony''' : Vas-y exprime-toi.
'''MP''' : Ouais, ouais, ben, je m'exprime. Gégé, c'est Marie-Popins. Je voulais dire que les vêtements haute couture, ça ne coûte pas cher. Gégé, qu'est-ce que t'en penses ? Qu'est-ce que t'en penses, Gégé ? Non, Gégé, est-ce que tu crois qu'une robe de Gauthier, ça va coûter, je ne sais pas, 30 000 francs ? ''[Gérard écoute à peine, distrait]''. Ça va pas ou quoi ?
'''Manu''' : Ben, attends, justement, il va te répondre, il a un sondage pour...
'''Gérard''' : Donc, il y a 35% qui disent non, car ils n'ont pas assez d'argent. Et 55% qui collectionnent les mannequins seulement...
'''manu''' : De chez une marque qu'on ne citera pas. C'est pas Mammouth.
'''Poussin''' : Et tu les achètes où tes fringues, Gérard ?
'''Gérard''' : Moi, mes fringues, ben, moi, je n'achète plus rien, parce que comme on me donne tout...
'''Manu''' : Sandy t'a quand même acheté un super blouson. Tu peux la remercier.
'''Poussin''' : Emmaüs ?
'''Gérard''' : Non, pas chez Emmaüs, tu vois.
'''Poussin''' : Eh, Gérard, qui c'est qui te les donne, tes fringues ?
'''Tir-bouchon''' : C'est Fijo<ref name="renvoi4"></ref> qui lui donne.
'''Gérard''' : Alors, celui qui vient de dire ça, tu le dégages. Bonne nuit à toi.
'''Tony''' : C'était Tir-Bouchon.
'''Gérard''' : Eh ben, Tir-bouchon, bonne nuit.
'''Tir-bouchon''', ''[vaincu et désespéré] : Oh non !
'''Phildar''' : Je le débouche ?
'''Tir-bouchon''' : Eh, Tony ! À tout à l'heure.
'''Gérard''' : Non, non, il n'y a pas de Tout à l'heure, tu ne repasses pas dans le deuxième débat.
'''Poussin''' : Gérard ? Tu n'as pas répondu. Qui c'est qui te les donne, tes vêtements ?
'''Gérard''' : Euh... Mes vêtements, euh... Je... On m'en donne, et comme il y a des gens qui... Qui sont à peu près de la même taille que moi, donc je peux récupérer tout ce que je veux, que ce soit en pantalons, chaussures, même t-shirts. Voilà. Et à l'heure actuelle, je peux vous dire une chose, que je tourne à plus de 400 t-shirts. ''[cris d'admiration des auditeurs]''.
'''Manu''' : pas mal, pas mal.
'''MP''' : C'est Marie-Popins. Je voulais te demander, à ton avis, un complet, ça doit coûter combien, par exemple, je ne sais pas, chez Gauthier ou chez... Un complet veston ?
'''Gérard''' : Un complet, tu veux dire, costume ?
'''MP''' : Ouais, chez Gauthier, ouais.
'''Gérard''' : Euh... Si je ne me trompe pas, j'ai dû voir un prix, normalement, ça doit te coûter pas loin de 1500 à 2000 francs. Attendez, il y a une question Minitel, s'il vous plaît, merci.
'''Manu''' : Ouais, sur Minitel, on nous dit que tu tournes à 400 t-shirts, mais par contre, tu tournes à un slip aussi.
'''Croissant''' : Jaune, jaune.
'''Gérard''' : Alors, c'est qui cet abruti ?
'''Manu''' : C'est Manu Mili. Son nom de famille, c'est Tari si tu veux le retrouver.
'''Tony''' : Gérard, je voulais te dire que les pantalons à pinces avec des tongs, c'est pas très esthétique.
'''MP''' : Non, mais c'est faux, parce que Gérard, il porte des caleçons, hein.
'''Croissant''' : Une dent en or.
'''Poussin''' : Comment tu le sais ?
'''MP''' : Gégé, tu portes des caleçons, tu l'as déjà dit ?
'''Gérard''' : Non. Non, mais c'est bon, je ne vais pas vous dévoiler ce que je porte.
'''Poisson''' : Il change de slip tous les deux jours.
'''Tampon''' : Des strings.
'''Gérard''' : Où rangez-vous votre collection ? Ça vaudra mieux que de répondre des conneries.
'''Phildar''' : Excuse-moi, avant que quelqu'un réponde, on accueille à la place de Tir-bouchon, que tu as viré, Coquelicot. Bonsoir.
'''Gérard''' : Alors, où rangez-vous votre collection ?
'''Croissant''', ''[perplexe]'' : Où rangez-vous ?
'''Gérard''' : Hé, attends ! Tu sais pas où que tu ranges ta collection, abruti ? Ouais, Coquelicot. Ouais, toi, ta collection, tu dois la ranger dans un champ. ''[ovation et applaudissements de Phildar et Manu]''.
'''Manu''' : Oh là là, c'est joli, ça.
'''Phildar''' : Un poète !
'''Coquelicot''' : Si tu veux, moi, dans ma salle de bain, si tu veux, je collectionne les pins, puis les coutons-tiges.
'''Gérard''' : Ouais, ben, Coquelicot, coton-tiges, tu vas aller voir Phildar...
'''Phildar''' : Non, mais attends. Moi je collectionne les coutons-tiges aussi,
et c'est pas pour ça que c'est envers toi.
'''Croissant''' : Moi, je collectionne les soutiens-gorges qui font 120D.
'''Gérard''' : Où rangez-vous votre collection, espèce d'abruti ?
'''Croissant''' : Abrouti ? ''[il se moque de la prononciation légèrement déformée du u par Gérard, sous l'effet de l'appui du mot par rage]''. Dans un classeur. Mes cartes sont toujours dans un classeur.
'''Gérard''' : Ah, voilà !
'''Croissant''' : T'es content ? ''[comme si on parlait à un chien ou chat]'' : Il est content le monsieur ! Il est content !
'''Phildar''' : Ouais, mais quand tu fais une collection de camions miniatures,
tu la mets pas dans un classeur, quand même ?
'''Gérard''' : Ah non, en principe, non. Je la mets dans une vitrine.
'''Croissant ''' : Moi, je les écrase sur l'autoroute, et je les mets dans le classeur.
'''Manu''' : Dans une vitrine de boulangerie, de boucherie, ou ça ?
'''Gérard''' : Alors, Croissant ? Ta réponse à ta question, je les range dans une vitrine et non comme ça a été dit, l'histoire sur ma chachouette. OK ? Donc, Poussin ?
'''Poussin''' : Ben, moi, comme j'en ai beaucoup, je commence à en avoir 5 000 des bouteilles de Coca...
'''Gérard''' : Ouais, ben alors, Poussin, avec tes bouteilles de Coca, tu vas aller voir Phildar...
'''Manu''' : C'est bon, c'est une collection. Gérard, Gérard, attends, écoute-moi, Gérard.
'''Gérard''', ''[crescendo jusqu'à l'explosion]'' : Phildar, s'il te plaît ! C'est moi qui décide, de la première jusqu'à la cinquième, elle me parle de bouteilles de Coca. C'est moi qui commande, OK ?
'''Manu''' : Mais Gérard, Gérard, c'est Manu, là, regarde-moi. ''[Olivier rentre dans le studio et Gérard se lève pour le pousser dehors et lui ordonner de dégager]'' Non, Olive. Olive, bon, je vous explique, Olive vient de rentrer dans le studio. Gérard, tu peux... Tu peux revenir à ton micro ? Non, mais c'est normal qu'elle en parle, si c'est sa collection, les bouteilles de soda.
'''Gérard''' : Non, elle dit bouteilles de Coca, je suis désolé.
'''Manu''' : Bon, ben, dorénavant, dorénavant, dit bouteilles de soda.
'''Poussin''' : Voilà, bouteilles de soda. Et où je les range ? Ben, partout, vu que j'en ai pleins, j'en mets dans la salle de bain, dans la chambre, dans le...
'''Gérard''' : Non, mais attends, je viens de demander à Marie Poppins.
'''Poussin''' : Mais oui, mais j'avais pas fini ma question.
'''MP''' : Bon, vas-y, finis Poussin, et je réponds après.
'''Poussin''' : Ça y est, ça y est, j'ai fini.
'''MP''' : Donc, ouais, Gégé, moi, sous le lit, sous mon lit et sur les étagères.
'''Gérard''' : C'est-à-dire ? Ben, sur les étagères où ?
'''MP''' : À la troisième étagère, près...
'''Tampon''' : À côté de la fenêtre.
'''MP''' : Près de la fenêtre, en face de la cheminée.
'''Tony''' : Au nord, au sud ?
'''MP''' : Non, non, sud-ouest.
'''Tampon''' : Ben, moi, tant que j'aurai de la place, j'achèterai des grenouilles, donc il y en a partout. Partout, partout, partout.
'''MP''' : Non, ça me paraît bizarre, hein.
'''Tony''' : Et ça fait quel bruit quand tu les écrases ?
'''Gérard''' : Euh, Tony ? Ça fait quel... ça fait quel bruit quand... quand je vais te poser la question ?
'''Tony''' : Eh ben, moi, effectivement, ça fait le bruit d'une... ça fait le bruit d'une réponse. Donc, moi, j'aimerais parler aussi de ma passion pour les camions miniatures. Et ce que je fais, c'est que j'ai des petites figurines. J'ai une figurine Gérard, une figurine Sandy, des figurines Star System, et je fais des crash-tests avec mes camions.
'''Gérard''' : Alors, Tony ? Tu retournes voir Phildar au standard.
'''Tony''' : Mais je suis... j'ai le droit de parler...
'''Phildar''' : Mais je veux pas jouer avec Tony, moi. Je veux pas jouer avec Tony.
'''Gérard''' : Eh ben, tu le vires. Eh ben, tu le vires.
'''Phildar''' : Mais non, il participe au débat.
'''Coquelicot''' : Moi aussi, je des crash-tests avec mes cotons-tiges, hein. Ben...
'''Gérard''' : Eh, je vous préviens ! On est à la cinquième, si vous voulez... Si vous voulez que j'arrête 8P, il va être deux heures. Si vous voulez que j'arrête tout de suite le premier débat, vous le dites, continuez à parler des cotons-tiges et tout ça. Moi, je vais arrêter tout de suite.
'''Croissant''' :Moi, j'ai des crash-tests sous les ponts.
'''Manu''' : Sur Minitel... c'est pas grave, on l'écoute pas. Sur Minitel, il y a Butterfly qui nous dit que toi, ta collection, tu la ranges dans ton bar, c'est vrai ?
'''Gérard''' : Mon... ma collection, je la range un petit peu partout, et je peux...
'''Tony''' : Ah, tu vas prélever tes bouteilles un petit peu partout, alors ?
'''Gérard''' : Euh, Tony, s'il te plaît, tu vas la fermer. Merci. Celle qui parle du congèle, tout à l'heure, elle va dégager. Ça va aller vite fait aussi. Donc, je disais que moi, ma collection, elle est rangée sur différents trucs. Par exemple, les camions sont... Mes camions sont rangés sur une étagère. Bon, parce que...
'''Phildar''' : Dans quelle pièce ?
'''Gérard''' : Dans la salle à manger et tout.
'''Manu''' : Ça doit être joli chez toi, hein. Ça doit être sympa. ''[Gérard fait oui de la tête, fier et modeste]''.
'''Phildar''' : Et ça pue pas... Ça pue pas le gasoil dans ta salle à manger ?
'''Gérard''' : Non, parce que c'est pas du tout... C'est des camions miniatures, ça pue pas le gasoil comme dans ta bagnole pourrite à toi. Ok ?
'''Manu''' : En plus, c'est du sans plomb qu'ils mettent dedans, alors.
'''Gérard''', ''[regardant ses feuilles à nouveau et les montrant à Manu]'' : Donc, c'est...
'''Manu''' : Oui, c'est la 5.
'''Gérard''' : Donc, d'après... On me dit 31% dans une chambre, 59% dans leur salon. Alors, là... Là, tu vois, les 10%, je répondrai pas.
'''Manu''' : C'est ce que les gens ont dit.
'''Phildar''' : C'est quoi, vas-y, Gérard ? C'est de l'info, c'est de l'info.
'''Manu''' : Non, il veut pas dire que les 10%, c'est sous le pont de l'Alma. On le dit pas, on le dit pas, et puis c'est tout.
'''Gérard''' : Non, mais ça, tu vois, ce truc-là, je répondrai pas. Et l'autre, 0% dans une niche à chien. Alors, je vois pas pourquoi qu'on mettrait des collections dans une niche à chien.
'''Manu''' : Justement, c'est peut-être pour ça qu'il y a 0% des gens qui répondent.
'''Gérard''' : Mais c'est pas toi qui te serais amusé à faire ça, pour dire à Max...
'''Manu''', ''[pointant du doigt sur la feuille]'' : Tu sais lire ? Là, il y a marqué quoi ? Lis-le à l'antenne, il y a marqué quoi, là ?
'''Gérard''' : Non, non, mais...
'''Phildar''' : Ah, non, pas de marque.
'''Manu''' : Au début, tout en haut, il y a marqué quoi ?
'''Gé"rard''', ''[gêné]'' : Sam X...
'''Phildar''' : Non, non, c'est pas...
'''Max''', ''[à la porte du studio]'' : Allez, reprends ton débat, putain, c'est mou. Eh, faut pas picoler avant de venir.
'''MP''' : J'ai une petite question. Oui, ben écoute, Gégé, je voulais te dire... Parce que t'as pas dit sur quelle étagère t'avais ta collection.
'''Gérard''' : C'est dans ma salle à manger, c'est clair, net, précis. ''[blanc]''. C'est bien, si vous me coupez tout le monde quand on me parle.
'''Croissant''' : Non, mais tu peux la tutoyer.
'''MP''' : Euh, Gégé ? Je voulais te dire à propos des collections, justement. ''[Gérard siffle d'impatience]''. Est-ce que t'es d'accord pour la tolérance des collections des collectionneurs ?
'''Phildar ''' : C'est une bonne question, ça, Gérard. Mais faut que tu répondes, hein.
'''Gérard''' :Tu veux dire quoi ?
'''MP''' : Est-ce que tu penses qu'il faut qu'il y ait une tolérance par rapport aux collections des collectionneurs, par rapport à leur endroit où ils mettent ça ?
'''Gérard''' : Mais chacun met sa collection où il veut.
'''MP''' : Et t'es tolérant par rapport aux collections ? Parce qu'il y en a qui collectionnent les morpions, les vers. Est-ce que t'es tolérant ?
'''Gérard''' : Mais de toute manière, les gens collectionnent ce qu'ils veulent. Ils peuvent collectionner des camions, des cartes postales ou autre. Ils les mettent où qu'ils veulent. C'est leur problème. Ils les rangent où qu'ils veulent. Là où qu'ils ont de la place. On est d'accord ? Donc, en cas d'urgence, prêteriez-vous votre collection...
'''Coquelicot''' : Et attends, Gérard. Gégé, Gégé, c'est Coqueliicot. J'ai pas répondu. J'ai toujours pas répondu à la question précédente, tu sais, pour mes pins. Alors, en fait, si tu veux, mes pins, j'enlève l'épingle, l'attache, là, et je les enfonce dans des barils de lessive, des vieux barils de lessive, que j'ai recouverts avant de papier, pour les décorer.
'''Croissant''' : Tu les mets dans ton jardin.
'''Gérard''' : Alors, attends. Attends, Coquelicot ? Je vais te dire une chose, déjà. Un, les pins, tu les mets sur un tableau en liège. Alors, t'arrêtes tes conneries, s'il te plaît. Allez, hop !
'''Manu''' : Gérard, il peut les mettre où il veut, quand même.
'''Gérard''' : Non, mais même, c'est sur un tableau en liège, chez moi.
'''Manu''' : Oui, c'est là que c'est le plus beau. Mais s'il veut les mettre sur des bidons de lessive dégueulasses, c'est son problème.
'''Gérard''' : Tu crois que le mec, il va collectionner tous les barils de lessive vides, et puis qu'il va mettre son pins dessus ?
'''Manu''' : Mais non mais pleins, ça fait comme un tableau, sauf que comme ça, il peut les mettre dans le jardin.
'''Gérard''' : Mais pourquoi qu'on ne les mettrait pas sur ta tête ?
'''Manu''' : Ouais, tu m'as cassé, Gérard.
'''MP''' : Mais, Gégé ? Tu te contredis, hein ? Par rapport à la tolérance. Parce que, en général, on fait ce qu'on veut avec nos collections. C'est ce que t'as dit, hein ?
'''Gérard''' : Oui, mais d'accord. Mais il y a certains trucs qui se mettent sur des étagères, et c'est tout.
'''Manu''' : D'ailleurs, à propos de ça, sur Minitel, on nous dit que toi, t'es collectionneur, certes, mais collectionneur analphabite. Qu'est-ce qu'on pense ?
'''Gérard''' : C'est-à-dire ? Non, mais que le mec... Que le mec, qu'il soit précis sur ce qu'il dit sur Minitel, parce que les questions ne veulent rien dire. D'accord ? En cas d'urgence, prêteriez-vous votre collection à quelqu'un ? Coquelicot ! Est-ce que tu prêtes ta collection à quelqu'un ?
'''Coquelicot''' : Ah non, jamais. Elle est toujours à côté de moi, hein ?
'''Max''', ''[assis dans un coin du studio]'' : Donne un exemple, toi !
''[Gérard est bougon, notamment par la réponse de l'auditeur]''.
Ah, mais tu la gardes à côté de toi.
Gégé, attends. Mais je t'explique, en fait, pourquoi je les colle sur des barils lessive.
'''Gérard''' : Ah non, Coquelicot, tes barrils de lessive, tu commences à me les gonfler.
'''Coquelicot''' : Non, mais attends, je t'explique pourquoi, au moins. Parce que, si tu veux, quand je les échange, ça me permet de plus facilement les transporter.
'''Gérard''' : Non, mais attends, Coquelicot. Par exemple, t'es avec quelqu'un dans la rue, tu as prêté ta collection de barrils de lessive, même...
'''Coquelicot''' : Mais non, mais il n'y en a qu'un seul. Il n'y en a qu'un seul de barril de lessive. Mais il y en a plein autour, quoi. Voilà, il y en a 200.
'''Croissant''' : C'est pratique. Il peut les transporter, comme ça.
'''Gérard''' : Attendez, attendez, Manu, comme tu te marres si bien, là.
'''Manu''' : Non, mais je ne peux pas le dire.
'''Gérard''' : Mais vas-y, vas-y !
'''Manu''' : Bon, ok, ok, d'accord. Ok, d'accord. Il y a Butterfly qui dit sur Minitel, « Moi, ma collection de photos de Sandy à poil, je la range dans mon album de singes. » Voilà, tu vas gueuler, hop là. Je ne voulais pas le dire, c'est de ta faute.
'''Coquelicot''' : Mais d'ailleurs, Butterfly m'a butiné l'autre jour, purée...
'''Tony''' : Et c'est possible d'en acheter ? C'est possible d'en acheter ?
''[Gérard boude]''.
'''Manu''' : Je ne voulais pas le dire ! Gérard, tu me forces.
'''Max''' : Il faut le virer, allez, vire-le !
'''Gérard''' : Eh Manu... Tu vas voir, moi, le Minitel, je vais le lire, moi.
'''Manu''' : Si tu veux, tu verras la même chose.
'''Croissant''' : Oui, il y a une personne de confiance, je vais donner son surnom, elle s'appelle Ouioui, et je lui prêterais bien volontiers. Voilà.
'''Gérard''' : Oui mais Croissant, je te demande en cas d'urgence prêteriez vous votre collection à quelqu'un. nNn mais réponds-moi pourquoi, pourquoi oui.
'''MP''' : Non mais tu n'as pas compris en cas d'urgence, complément d'objet direct.
'''Gérard''' : Complément d'objet direct et indirect, toi Mary Poppins, tu te calmes un petit peu s'il te plaît merci. Donc Poussin.
'''Poussin''' : Ah non, une collection, ça se prête pas. ''[sifflement de poussin]''.
'''Gérard''' : là ça va pas commencer comme ça. Manu à quoi tu joues là ?
'''Manu''' : Je fais rien.
'''Gérard''', ''[crescendo, Manu répétant sa phrase]'' : Ça va pas commencer comme ça ! ''[trois fois]''.
'''Manu''' : J'arrête de rien faire alors.
'''Gérard''' : Non parce que moi, je veux pas jouer comme ça.
'''Manu''' : C'est bien ce que je te dis, je m'excuse ! J'arrête de rien faire. Pardon.
'''MP''' : Écoute Gégé, en cas d'urgence... je sais pas, c'est une question très difficile, ça demande réflexion. En cas d'urgence, vraiment, je la confierais à ma mère, à ma maman. Oui, parce qu'elle en prendra soin.
'''Tampon''' : Oui. Est-ce que tu peux me définir un "cas d'urgence" ? Parce que franchement, je vois pas, là.
'''Phildar''' : C'est vrai Gérard, explique ce que ça veut dire pour toi, un cas d'urgence.
'''Gérard''' : Moi je vais te dire une chose, tu tu prêtes, tu prêtes quelque chose à quelqu'un. OEn cas d'urgence.
'''Tampon''' : Quoi en cas d'urgence ?
'''Gérard''' : Je sais pas, tu prêtes un CD, n'importe quoi... Est-ce que tu le prêterais en cas d'urgence ?
'''Tampon''' : Mais urgence de quoi ?
'''Gérard''' : Mais pour faire un remix !
'''Croissant''' : Urgence de l'arrivée de Gérard chez toi.
'''Tampon''' : Alors, est-ce que je prêterais ma collection de grenouilles pour faire un remix ?
'''Gérard''' : Voilà.
'''Tampon''' : Oui, si Max me demande, je prête ma collection de grenouilles pour faire un remix
'''Coquelicot''' : Ouais, mais à ce moment-là c'est chiant parce qu'il faut filer toute la bouffe et tout avec, quoi !
'''Tampon''' : Ah ouais, mais bon, ça va avec !
'''MP''' : Non mais Gégé...
'''Gérard''' : Oh Marie Poppins, on se calme s'il te plaît ! Tu as répondu, donc tu vas te calmer un petit peu toi.
'''Tony''' : En cas d'urgence, j'appelle les flics.
'''Gérard''' : Ah toi, tu appelles carrément les 22 ?
'''Tony''' : Les 22, exactement !
'''Gérard''' : Bah dis donc ! Pas moi.
'''Tony''' : Pourquoi ? T'as peur d'être embarqué ?
'''Croissant''' : Il a peur des flics Gégé.
'''Gérard''' : Non, non, pas du tout !
'''Tony''' : Mais il arrête pas de porter plainte tous les jours.
'''Gérard''' : Je porte plainte de toute façon, on m'emmerde et c'est tout !
'''Tony''' : Ils doivent bien se marrer les commissaires.
'''Gérard''' : Mais je les connais alors... Mais là je vais vous poser une question. On va essayer de répondre avant de lancer un petit disque.
'''Phildar''' : Et toi, t'as pas répondu à la question, Gérard ?
'''Gérard''', ''[regardant sa feuille]'' : En cas d'urgence, moi, d'après le... les trucs que j'ai eus : j'ai 53 % de "si la concierge est d'accord", 40 % "jamais après 21h".— Je ne vois pas pourquoi jamais après 21h.
'''Manu''' : Je sais pas moi.
'''Gérard''' : Tu n'en sais rien ? À mon avis, ça doit être toi qui dois t'amuser à ça. Mais seulement à un inconnu qui s'appelle Jean-Claude. Alors là, tu vois ? Tu vois ça ? ''[il brandit sa feuille, rageur]''.
'''Phildar''' : C'est un torchon, Manu ! C'est un torchon !
'''Manu''' : Tu feras une note à qui tu sais. ''[Manu lance la feuille vers la poubelle, faisant tomber le gobelet de café de Gérard sur la table. Rire général]''.
'''Phildar''', ''[hilare]'' : Voilà, bravo...
'''Gérard''' : Là Manu, je te remercie...
'''Manu''' : Je suis désolé, Gérard.
'''Gérard''' : Non mais moi, tu te démerdes.
'''Phildar''' : Lance le disque !
'''Manu''' : En lançant... Ma faille... j'ai renversé son café. Lance le disque.
'''Gérard''' : Les morpions, c'est bon. Et mes copains de Dauphine, voilà ! On se retrouve juste après. Manu va me nettoyer ma merde qu'il a faite devant moi. Merci.
''[Musique. Au retour, tout est rentré dans l'ordre, mais Gérard est sur un fauteuil un peu bas par rapport au micro]''
Donc, on va récupérer Coquelicot. Coquelicot ?
'''Coquelicot''' :''Coquelicot''' : Je suis là, je suis là, je suis là ! J'étais en train de fleurir, là, donc tu sais, j'étais occupé.
'''Gérard''' : Tu vas fleurir bientôt !
'''Phildar''' : Fais gaffe Gérard, il va t'arroser !
'''Gérard''' : Croissant ?
'''Croissant''' : Oui Gérard, D'Angoulême ?
'''Gérard''' : Poussin. Mary Poppins. Tampon. Et Tony. C'est bizarre, il me manque du monde là, non ? Donc : seriez-vous prêts à créer, donc, la septième ?
'''MP''' : Gégé, on t'entend pas !
'''Phildar''' : Gérard, tu peux changer de chaise ? Parce que là t'es mal installé, tu fais n'importe quoi ! Tu me vires cette chaise pourrie ! Allez, hop. ''[Gérard se lève et prend le fauteuil près de lui, réglé plus haut et plus stable]''
'''Tampon''' : Tu peux pas changer de radio ?
'''Tony''' : Change de fréquence.
'''Croissant''' : Change de bouteille !
'''Phildar''' : Merci. Ah ben voilà ! Là, t'es en face du micro, t'es bien. Voilà.
'''Gérard''' : Donc : seriez-vous prêts à créer une... à créer la FFC ?
'''Tony''' : C'est quoi ça ? C'est quoi ?
'''Gérard''' : Ah ! La Fédération Française de Collection.
'''Tampon''' : Mais elle existe, hein !
'''Croissant''' : Elle existe déjà, c'est pas la peine de la créer.
'''Gérard''', ''[excédé]'' : Et alors ? Ben je te demande si t'es prêt à la créer, abruti !
'''Tony''', ''[pendant que le studio est écroulé de rire, au bord d'applaudir]'' : Mais si elle existe déjà...
'''Gérard''' : Est-ce que t'es prêt à la créer ?
'''Tampon''' : Elle existe !
'''Gérard''', ''[agacé de honte]'' : Eh ben, si elle existe, est-ce que vous êtes prêts à la recréer une deuxième fois ? Oh, mais merde ! Vous êtes cons ou quoi ?
'''Tony''' : C'est toi ! C'est toi !
'''Gérard''' : Oh ! Si je suis con, moi, je vous emmerde !
'''Tampon''' : Eh, Gérard, t'as pas le droit !
'''Gérard''', ''[le studio est en fou rire]'' : Ouais, j'ai le droit de dire ce que je veux ! J'ai le droit de dire ce que je veux !
'''Coquelicot''' : Gérard ? Gérard ? C'est Coquelicot.— J'ai même créé, moi, la FFCPBL : c'est la Fédération Française des Collectionneurs de Pims sur les Barils de Lessive.
'''Gérard''' : Ouais, mais t'as pas collectionné la Fédération Française des... Fédération Française des Connards ?
'''Manu''' : Une insulte pour Goldo, une !
'''Coquelicot''' : C'est pas une insulte là, par hasard ?
'''Croissant''' : Qu'il est con ce débat !
'''Gérard''' : Ah ben s'il est con, tu retournes chez toi, c'est tout.
'''Coquelicot''' : Ben non, je suis déjà chez moi.
'''Gérard''' : Ben alors tu raccroches et on prend quelqu'un d'autre !
'''Coquelicot''' : Oh non, non, non ! Bon, je m'excuse.
'''Gérard''' : Bon alors, personne ne veut répondre ?
'''MP''' : Gégé, on attend que tu donnes les noms, parce que quand on se désigne nous-mêmes, tu dis qu'il faut se taire !
'''Gérard''' : Bon ben alors, répondez ! Qui ? Ben alors, Coquelicot ? Coquelicot !?
'''Coquelicot''' : Oui ! Ben c'est quoi la question ?
'''Gérard''' : Ouais, Coquelicot, tu m'énerves ! Non, non, je vais pas m'amuser à répéter les questions 50 fois !
'''COquelicot''' : Tu m'as dit... tu m'as demandé si je voulais créer la Fédération Française des Collectionneurs !
'''Gérard''' : Eh ben oui ! Ben alors tu as très bien compris !
'''Coquelicot''' : Ben oui, je la ferais bien, oui, oui !
'''Gérard''' : Ah ! Enfin !
'''Tampon''' : Elle existe déjà...
'''Coquelicot''' : Ben elle existe déjà, c'est même moi qui l'ai créée...
'''Gérard''', ''[agacé]'' : Et alors ?
'''Phildar''' : Vous la recréez !
'''Gérard''' : Putain... putain !
'''Croissant''' : Gérard, réalise que ta question n'a pas de sens !
'''Gérard''' : Si j'avais su, j'aurais jamais fait un débat sur ça, hein !
'''Coquelicot''' : Gégé, c'est Coquelicot ! J'ai même créé le site Internet !
'''Gérard''' : Ouais c'est ça, OK. Bonne nuit. Croissant ?
'''Coquelicot''' : Ben t'as qu'à vérifier !
'''Croissant''' : Euh ouais, ouais, je suis d'accord. Ben parce qu'il faut en créer un nouveau.
'''Poussin''' : Ben... euh... ouais. ''[gazouilli de poussin dans le téléphone]''.
'''Gérard''' : Eh ! Celui qui s'amuse à faire du bruit derrière, vous vous calmez !
'''Croissant''' : Il y a Phildar qui joue à la PlayStation, là.
'''MP''' : Oh, c'est mignon !
'''Poussin''' : Eh, Gérard, j'ai pas répondu !
'''Gérard''' : Ben attends, tu vas te calmer toi.
'''Poussin''' : Qui ? Qui, moi ?
'''Gérard''' : Ben j'en sais rien. Pour l'instant, vous allez... comme Mary Poppins... Comme Poussin, elle est en train de faire le con... Bon allez, hop ! Euh, 2h17, je vais faire la conclusion là.
'''Phildar et Manu''' : Oh ben non Gérard ! Ben non !
'''Gérard''', ''[crescendo]'' : Ben non, non ! Pour l'instant vous... pour l'instant tu ne gères rien toi, tu me fais chier ! D'ACCORD ?
'''Phildar''' : Qu'est-ce que j'ai fait ?
'''Gérard''' : Tu fais rien, tu fous ta merde !
'''Manu''' : T'en mets partout en plus, c'est dégueulasse !
'''Gérard''' : Allez, hop ! Tu dégages ! Tu me laisses Karine au standard ! Eh hop ! Dégage !
'''Phildar''' : Ça va être un beau bordel.
'''Gérard''' : Dégage, dégage, dégage ! Dégage, Gérard ! Phildar !
'''Max''' : ON va essayer de recoller les morceaux.
'''Manu''' : Bon, réunion. Réunion, réunion ! Je coupe les auditeurs.
'''Max''' : Coupe-moi, coupe-moi, coupe-moi ! Alors attends, qu'est-ce qui se passe Gérard ?
'''Gérard''' : J'en ai marre ! Là, il y en a un qui s'amuse à faire des...
'''Manu''' : Quoi, j'ai rien fait !
'''Gérard''' : L'autre, il suit rien du tout ! Alors il y a que Karine qui fait son boulot. Et c'est tout. Moi je commence à en avoir ras-le-bol ! Moi, c'est pas tous les jeudis que ça va être comme ça !
'''Max''' : Mais ça s'est bien passé depuis le début !
'''Gérard''' : Non, ça s'est bien passé. Tu te fous de ma gueule, toi ? ''[il brandit la feuille trempée de café devant Max]''. Regarde ! Regarde le torchon !
'''Max''', ''[apaisant]'' : Mais c'est pas à cause de ça que ça veut dire que c'est n'importe quoi, le débat ! C'est pas parce qu'il y a eu du café sur ta feuille !
'''Gérard''' : Non mais moi, je la mets où maintenant, ma feuille ?
'''Max''' : Mais c'est pas grave ! C'est pas parce qu'il y a eu du café sur ta feuille que ça veut dire que c'est le bordel !
'''Manu''' : En plus les questions, tu les as en triple, Gérard ! ''[Gérard déchire une feuille]''. Bah t'es en train de les déchirer...
'''Gérard''' : Ça, j'en veux pas de ta merde, d'accord ?
'''Manu''' : Bah c'est pas la mienne !
'''Max''' : Alors qu'est-ce qui se passait là ? J'écoutais pas. C'est quoi le problème avant qu'on reprenne la réunion ? C'est quoi ? Qu'est-ce que tu veux dire ?
'''Gérard''' : Non mais moi j'en ai ras-le-bol et c'est tout ! Moi je travaille plus avec une équipe comme ça et c'est tout ! On va changer d'équipe et c'est tout ! C'est terminé !
'''Max''' : Eh ben, c'est votre dernière, les enfants !
'''Gérard''' : Alors profitez-en, foutez votre merde, mais...
''[Manu remet les auditeurs à l'antenne, qui se parlent. Il envoie des bruits de poule]''.
'''Max''', ''[faussement excédé]'' : Arrêtez !
'''Gérard''' : Non, non, mais si tu fous ta merde, tu vois, tu vas rentrer chez toi tout de suite, toi !
'''Manu''' : Ah ! Tu m'as dit d'y aller !
'''Max''' : Mais qui va faire... qui va remplacer Phildar et Manu ?
'''Gérard''' : Ya Karine et je trouverai quelqu'un d'autre par la suite. Parce que moi je vais trouver quelqu'un pour mon standard aussi. Voilà.
'''Max''' : Des filles ! On va pas s'emmerder, hein. Avec des nanas... ''[sourire espiègle]''.
'''Gérard''' : Donc Poussin ''[les gazouillis reprennent]''. Voilà, merci ! Merci Manu !
'''Manu''' : C'est pas moi !
'''Gérard''' : Non c'est pas toi, C'est la main de ma sœur dans la culotte d'un zouave, d'accord ?
'''Philda''' : OH ! Arrêtez !
'''MP''' : Oui je te disais : par rapport au FFC, donc c'est comme... je ne sais pas, d'après la loi tu as le droit de créer toutes les associations que tu veux ! Donc le code pénal, l'article 212-24, il dit bien que si on veut créer des associations par rapport aux collectionneurs, il n'y a pas de problème.
'''Tampon''' : Ouais, mais elle existe déjà !
'''MP''' : Non mais tu n'as rien compris à la question, hein !
'''Gérard''' : Attends Mary Poppins s'il te plaît, tu vas te calmer !
'''Tampon''' : La FFC elle existe déjà ! Donc je ne vois pas pourquoi je recréerais la FFC !
'''Croissant''' : Normal ! Bravo ! Ben tu crées la "FFC Prime" !
'''Coquelicot''' : Comme Street Fighter 2 Prime Turbo et machin.
'''Croissant''' : Toi, tu es d'Angoulême, toi, hein !
'''Croissant''' : Angoulême : ville star des débats de Gérard !
'''Gérard''', ''[en bruit de fond, on entend Phildar parlerau téléphone]'' : Tony ! OH ! Je serais toi, je parlerai encore plus fort quand t'es au standard, toi !
'''Phildar''' : Attends ! Je sais que Bulldog au téléphone, elle comprend rien !
'''Gérard''' : Attends ! Bulldog elle t'emmerde, d'accord ?
'''Manu''' : Elle peut l'emmerder et rien comprendre aussi en même temps, ça n'empêche rien !
'''Tony''' : Mais c'est qui Bulldog ?
'''Manu''' : C'est Sandy ! C'est Sandy !
''[Gérard explose de colère de ce démasquage. Il jette son casque et éteins son micro]''.
'''Phildar''' : Non mais non ! Il a dit n'importe quoi, il s'est trompé Gérard !
'''Manu''' : Sur Minitel, c'est ce qu'on me met.
'''Croissant''' : C'est Christine dans l'anonymat.
'''Phildar''' : Ben Gérard, reprends le casque ! On accueille Casimir. Bonsoir Casimir.
'''Casimir''' : Bonsoir à tous.
'''Croissant''' : Ah non ! Je refuse qu'on prenne un de mes anciens surnoms !
'''Gérard''' : Vous commencez à me faire chier, sérieusement !
'''Tony''' : Ah ben c'est bon signe alors ! On continue.
'''Gérard''' : Alors, Tony, tu dégages. Bonne nuit, tu dégages.
'''Phildar''' : Bonne nuit ! Allez, bonne nuit.
'''Gérard''' : Bonne nuit Tony et au revoir ! Non je veux plus t'entendre !
'''Phildar''' : C'est pas grave, il est viré. On continue le débat, Gérard. Et toi, je te préviens, tu vas te calmer aussi ! Sinon tu vas dégager ! Et Manu ça va être pareil !
'''Manu''' : On est calmes là, on dit plus rien.
'''Gérard''' : Donc, c'est la huitième.
'''MP''' : T'as pas répondu, Gégé !
'''Casimir''' : Moi non plus j'ai pas répondu ! Bah j'ai pas tellement entendu la question que t'as...
'''Phildar''' : Oh elle est relou ! Elle est...
'''Croissant''' : Mais Casimir c'est une habituelle !
'''Manu''' : Elle est relou ! Elle est nulle ! Elle est nulle !
'''Casimir''' : Non mais vas-y, répète la question.
'''Gérard''' : Seriez-vous prêts à faire une collection... Seriez-vous prêts à créer la FFC, Fédération Française de Collection ?
'''Casimir''' : Non pas du tout, non.
'''Gérard''' : Et pourquoi ?
'''Casimir''' : Bah dison que moi-même je fais... je fais une collection de peluches de gorilles...
'''Croissant''' : Je crois que Casimir c'est une pauvre fille, là.
'''Casimir''' : Et donc je ne vais pas créer une collection !
'''Gérard''', ''[rageur]'' : Eh ! Celui qui dit "pauvre conne", tout à l'heure, ta mère c'est une grosse conne ! ''[ovations des auditeurs, hilarité du studio]''. OK ? Vous la laissez parer !
'''MP''' : C'est la première fois que Gégé il défend une auditrice hein ! Bon vas-y Casimir.
'''Poussin''' : On dirait Sandy.
'''Gérard''' : Putain ! Vous me calmez s'il vous plaît !
'''MP''' : Exprime-toi, Casimir.
'''Casimir''' : Oui donc je fais une collection de peluches de gorilles.
'''MP''' : Pourquoi particulièrement des gorilles ?
'''Casimir''' : Bah parce que j'adore les gorilles.
'''Croissant''' : Parce qu'ils ressemblent à Gérard !
'''Gérard''' : Bon, Coquelicot tu dégages ! Croissant tu dégages ! ''[Protestations]''. Vous dégagez ! Vous dégagez !
'''Coquelicot''' : Gérard, c'était Tony !
'''Gérard''' : Tony c'est pareil, tu dégages !
'''Croissant''' : Gérard, c'est Coquelicot ! Qu'est-ce que j'ai dit de mal ?
'''Gérard''' : Poussin, Mary Poppins, Tampon et Casimir alors ? Vous voulez réagir sur ce que Casimir vient de dire ?
'''Poussin''' : Non, pas spécialement.
'''Gérard''' : OK. De toute manière ça va aller vite, je vais faire la conclusion parce que vous commencez à me les gonfler !
'''Phildar''' : Il reste combien de questions ?
'''Tampon''' : Et le sondage !
'''Gérard''' : Trois.
'''Phildar''' : Trois ! Bah vas-y, pose la septième.
'''MP''' : Mais toi t'as pas répondu, toi ! T'as pas répondu toi à la question !
'''Gérard''' : Je vais pas répondre là-dessus ! Mais de toute manière il n'y a pas besoin de recréer une fédération de collectionneurs !
'''Casimir''' : Si ! À part si tu perds ta collection !
'''Gérard''' : Et alors ? Si je perds ma collection, j'en refais une ! J'en recréerais pas une ! Je rachète et c'est tout !
'''Casimir''' : Bah oui ! Mais si tu rachètes, encore il va falloir que tu rachètes, tu vas avoir plus d'argent à dépenser !
'''Coquelicot''' : Tu pourras plus acheter de vêtements !
'''Gérard''' : Et alors ? Mais toi derrière, celui qui... Moi si je perds des T-shirts, je peux toujours en avoir n'importe où !
'''Croissant''' : Non mais à ta copine, là, Sandy, tu pourras plus...
'''MP''' : ON parle pas de Sandy, Ok ?
'''Gérard''' : Vous commencez à me les gonfler ! Donc, huitième : Pensez-vous que faire une collection est une manie ?
'''MP''' : Ça veut dire quoi "manie", Gégé ?
'''Gérard''' : Une manie ! Une manie c'est... c'est l'habitude de faire des collections, c'est tout !
'''Phildar''' : Non c'est... c'est la femme du papy !
'''Gérard''' : Bah tiens Coquelicot, comme t'as une grande gueule, tu vas l'ouvrir ! Coquelicot !
'''Phildar''' : Vous vous réveillez les auditeurs là ?
'''Coquelicot''' : Oui oui, c'est une manie en fait, parce que c'est une passion. Et à la fois on peut en devenir dépendant, je pense. C'est comme le pavot, qui est de la famille du coquelicot aussi. Tu vois ? En fait, je préférerais qu'on m'appelle par mon nom latin, c'est-à-dire : *Papaver rhoeas*.
'''Croissant''' : Ouais pour moi c'est une manie aussi. Parce que... non un truc qui est très très sérieux : c'est que tous les soirs avant de me coucher, je regarde ma collection et je me dis "Putain, je suis vraiment un veinard !"
'''Gérard''' : Et quand tu regardes ta bite, t'es vraiment un veinard ?
'''Casimir''' : Ah c'est Casimir... Je crois que t'es un peu trop vulgaire quand même, hein. Calme-toi un petit peu hein !
'''Tony''', ''[dégoûté]'' : Et tu vas épouser ça !
'''Gérard''' : Alors Tony, Là tu vas t'écraser, tu vas dégager complètement toi !
'''Tony''' : Non mais je croyais que j'étais hors-antenne, c'est pour ça !
'''Gérard''', ''[cresecndo]'' : Tony ! Tu me le vires complètement s'il te plaît, PHILDAR !
'''Casimir''' : Non mais je vous rassure, je ne suis pas Sandy, je suis Casimir !
'''Croissant''' : Non mais Casimir c'était moi il y a deux semaines !
'''MP''' : Ouais ben il y a ton sosie, c'est tout ! Oh merde !
'''Croissant''' : Oh merde ! Tu parles d'un sosie toi...
'''MP''' : Oui c'est moi qui réponds ! Merci ! Je réponds Gégé ? Donc tout à fait ! Moi je pense que c'est une manie, hein. Parce que d'après... comme tu as dit dans ta définition : t'es toujours là, tu recherches toujours la pièce rare pour compléter ta collection. Donc... C'est une manie, c'est tout à fait clair. C'est clair et net.
'''Gérard''' : Tampon ? Parce qu'elle, on ne l'entend pas beaucoup par rapport aux autres !
'''Tampon''' : Ben je vous écoute !
'''Coquelicot''' : Non mais elle pompe !
'''Gérard''' : Bon toi tu t'écrases s'il te plaît ! Parce que je sens que Coquelicot, Croissant, vous allez dégager...
'''Croissant''' : Hé ! J'ai rien dit moi !
'''Coquelicot''' : Non c'est vrai ! Moi non plus ! Putain moi j'ai rien dit moi !
'''Gérard''' : Ouais ben vous allez dégager ! Vous allez pas me casser les cacahuètes !
'''Tampon''' : C'est pas une manie, c'est une obsession pour moi. Il me faut ma grenouille par jour quoi.
'''Gérard''' : Ouais mais attends mais... Mais qu'est... Je vois pas...
'''Croissant''' : Tu la mets où la grenouille ?
'''Tampon''' : C'est pourtant clair !
'''MP''' : Non mais dans quel sens ?
'''Tampon''' : Ben vertical !
'''Gérard''' : Non mais... Là je vois pas le rapport avec les questions.
'''Tampon''' : Ben j'essaie de répondre assez intelligemment pour que tu puisses comprendre ! Mais apparemment non. Donc non, c'est pas une manie.
'''Gérard''' : Ouais à la rigueur si tu veux, je veux bien !
'''Poussin''' : Ben moi c'est une manie parce qu'à chaque fois que je passe devant un magasin ou une grande surface, je suis obligée d'acheter une bouteille de... ''[Les autres auditeurs complètent avec le mot Coca, espiègles, et Gérard enrage par un soupir découragé]''.
'''Gérard''' : Non, non mais c'est bon là. On va... Je vais conclure là-dessus parce que...
'''Manu''' : C'est pas grave Gérard ! On va faire la conclusion de celui-là et on va enchaîner sur les ascenseurs, OK ?
'''Tampon''' : Ouais OK. Ouais ça va être plus intéressant !
'''Gérard''' : Je te préviens Phildar : tu dégages ! Je te veux plus dans l'équipe là ! Non t'as rien fait ! Je t'ai demandé de virer Tony, je suis sûr qu'il est encore là pour la conclusion !
'''MP''' : Tony ?
'''Croissant''' : Non, non je suis pas là !
'''Gérard''' : Non presque pas !
'''Phildar''' : Mais non c'est un mec qui dit que c'est Tony ! C'est pas lui, c'est un autre !
'''MP''' : Il n'y a pas qu'un Tony dans la vie hein !
'''Gérard''' : Bon, conclusion sur le premier débat.
'''Max''' : Eh mais tu te réveilles Gérard ! C'est que des blancs ! C'est nul hein !
'''Gérard''' : Oh ! Vous vous réveillez !
'''Max''' : Non c'est toi ! C'est toi qui vas te réveiller Gérard ! C'est toi qui es mauvais !
'''Coquelicot''' : Ben moi je pense que faire des collections c'est super génial quand on s'éclate bien dans la vie ! Et quand on n'a pas de meuf, ben ça peut servir quoi. C'est cool.
'''Gérard''' : Ouais mais attends, Coquelicot ? Donc si t'as pas de meuf, comment tu peux faire une conclusion ? Euh... une collection ?
'''Coquelicot''' : C'est vrai, c'est dur ! Je suis inapte à faire une conclusion vu que j'ai pas de meuf ! Donc je ferme ma gueule.
'''Gérard''' : Une collection ? Tu fais collection de quoi toi ?
'''Coquelicot''' : Des meufs.
'''Gérard''' : Ah des meufs ! D'accord.
'''COquelicot''' : Et des pins. Chaque meuf a son pins !
'''Gérard''' : Ah ouais ? Chaque meuf a son pins... Alors moi je vais te demander une chose... Et... attends, attends ! Il est 2h30 normalement, je peux pas le faire ! Bon ben... est-ce que t'as déjà le pins rouge ?
'''Coquelicot''' : Le pins rouge ?
'''Tampon''' : C'est une Légion d'honneur ?
'''COquelicot''' : Ah oui ! Le truc sur le Sida là ?
'''Croissant''' : C'est communiste !
'''Coquelicot''' : Oui je l'ai ! Je l'ai, je l'ai ! Mais c'est pas un pins en fait, c'est une épinglette !
'''Gérard''' : Ouais. Euh... est-ce que t'es... t'es prêt à le revendre ?
'''Coquelicot''' : Ah non ! Celui-là surtout pas ! C'est un de mes préférés !
'''Gérard''' : Ah d'accord...
'''Max''' : Parce que Gérard il était prêt à l'acheter hein !
'''Gérard''' : Non, non, non, non ! C'était pour savoir !
'''Croissant''' : Eh Coquelicot ! Maintenant que j'ai ton adresse, je vais aller chez toi ! Je vais te l'acheter moi !
'''Coquelicot''' : Ouais mais en fait j'ai une usine aussi donc...
'''Gérard''' : Croissant ? Maintenant tu fais ta conclusion !
'''Croissant''' : Pour étayer ce débat, Sartre a dit "L'enfer c'est les autres". Je pense que celui-là s'adapte tout à fait. Dans "Huis clos". Dans "Huis clos". Donc je pense que oui, je suis content de ma collection et je conseille à tout le monde de faire des collections.
'''Gérard''' : Ouais mais tu baisseras ta radio le prochain coup que je te demande de faire une conclusion !
'''Croissant''' : J'ai pas de radio Gégé !
'''Poussin''' : Eh ben ouais ! Une collection c'est génial ! Il faut continuer ! Voilà.
'''Gérard''' : Ouais mais continuer sur quoi ?
'''Poussin''' : Sur la collection.
'''MP''' : Oui Gégé. La collection est un phénomène social ! Donc c'est bien, ça fait passer le temps, tu t'amuses bien ! Et puis... questions fort intéressantes et puis voilà.
'''Tampon''' : Ouais ben moi je préfère faire une collection plutôt que... que de faire n'importe quoi ! Donc ça m'occupe.
'''Casimir''' : Oui ben donc c'est agréable de collectionner et puis moi je vais continuer à collectionner mes peluches en gorille !
''[Pendant ce temps, des bruits d'aboiement, Manu fait presuq'une vocalise avec sa bouche comme pour appeler un chien]''.
'''Gérard''' : Donc moi je peux vous dire une chose : à part des petits problèmes — et ça je vais les résoudre rapidement là pendant les deux disques — je pense que ça va pas continuer comme ça, l'équipe !
'''Manu''' : C'est vrai ? Tu t'en vas ?
'''Gérard''' : Non ! Mais on est bien clairs : on va pas continuer dans un bordel !
'''Manu''' : Ah merde !
'''Gérard''' : Ah oui mais il n'y a pas de merde ! Donc euh... pendant les deux disques on va discuter.
'''Manu''' : Je peux pas ! Faut que j'aille faire pipi !
'''Gérard''' : Non ben tu vas vider ton réservoir d'essence ! Mais je te préviens que... t'as intérêt à te manier parce que...
'''Manu''' : J'ai beaucoup envie hein ! Ça risque de prendre six minutes !
'''Gérard''' : Conclusion pour moi c'est : le premier débat s'est très mal passé !
'''Max''' : Non ! Conclusion de... conclusion du débat !
'''Gérard''' : Très mal passé ! Très mal passé !
'''Max''', ''[hilare]'' : Et sur les collections !
'''Gérard''' : Non ! Très mal passé c'est tout !
'''Phildar''' : Il fait une collection de "très mal passé", tu peux le comprendre toi !
'''Gérard ''' : Non mais euh... c'est le premier débat, ça s'est très mal passé !
'''Max''' : Non c'est bien ! Moi je trouvais ça bien !
'''Gérard''' : Bon ben peut-être toi... toi ça te fait rire !
'''Max''' : Oui mais de l'autre côté de la radio ça se passe bien !
'''Gérard''' : Oui mais toi quand t'es derrière... mais quand tu viens là, c'est bizarre, ils arrêtent leurs conneries tous les deux !
'''Phildar''' : Mais il y a 68 connectés ! Ça cartonne encore !
'''Max''' : Eh ben alors c'est bien ! Bravo !
'''Gérard''' : "La petite aisselle de mon cochon avec un soutien-gorge" et ensuite... "Les slips de Chirac sentent la rose des prés" ! Et voilà ! Donc vous pouvez toujours nous appeler au 0803 08 5000 et 0800 70 5000. Et toujours 36 15, code FUN RADIO, rubrique Direct ! Et on se retrouve d'ici un petit quart d'heure pour le deuxième débat ! Sur les ascenseurs ! Sur les ascenseurs et... on prend pas les mêmes ! Je veux que ça change ! Merci !
== Le débat sur les ascenseurs ==
=== Contexte ===
Le premier débat représentait donc déjà une glissade de Gérard face à ses démons. Certes, il est provoqué par l'équipe, tant en studio qu'en ligne, mais il en dément pas les reproches de Max quant à son ivresse, qui le rend plus irritable, versatile et instable. Pour ce second débat, Sandy participera à ses côtés, en studio. On comprend alors son rôle futur : elle va réguler, stabiliser Gérard devant ses démons. Malgré les déboirs de Gérard, il se peut qu'elle parvienne à le recentrer pour éviter la chute.
On retrouve les sondages et on comprend aussi le schéma qui se profile. Gérard, par contre, fait filtrer des rumeurs internes à la radio quant à sa future organisation, avec notamment la fin définitive de lov'in Fun, ne collant plus à l'esprit de la station depuis l'arrivée de Axel Duroux. On voit ici le malaise de l'éuipe, la difficulté à contrôler l'animateur imprudent.
=== Les personnages ===
* Phildar et Manu
* Gérard Cousin : Gérard
* Sandy Threadkell : Tulipe
- Franck Bargine : Max
* Igor : Dino
* Poirot (ancien Coquelicot), Crevette
* Babar (ancien Croissant), Martin
* Merle (ancienne Poussin)
* Rita : Fantômette
* Mégane : Serviette
* Tony Morestin : Jérôme
* Goldo : Calimero
=== Transcription ===
'''Gérard''' : C'est la suite des débats du jeudi. Donc vous pouvez toujours nous appeler au 0803 08 5000 et 0800 70 5000. En premier, excusez-nous, c'est Phildar qui a fait une petite erreur : donc ce n'était pas « les petites aisselles de mon cochon avec un soutien-gorge », mais « Alexandre et Alexandra » de Claude François.
'''Manu''' : Ah pardon, excusez-nous de cette petite erreur, c'était presque pareil !
'''Gérard''' : Non, c'est pas du tout pareil, Manu, s'il te plaît. Merci. Donc, on va récupérer Poirot.
'''Poirot''' : Salut, c'est moi.
'''Gérard''' : Oh, tu te réveilles s'il te plaît ? Non mais, tu parles un peu plus fort devant ton combiné s'il te plaît. Euh... Babar ?
'''Babar''' : Bonsoir Gérard, c'est Babar.
'''Merle''', ''[faiblement]'' : Bonsoir.
'''Gérard''' : Oh là là, réveillez-vous s'il vous plaît ! Fantômette ?
'''Fantômette''' : Bonsoir.
'''Gérard''' : Et Serviette ?
'''Serviette''' : Bonsoir.
'''Gérard''' : Oh là là, mais c'est quoi les gens que tu me prends ? Ça dort ou ça dort ? C'est moi ou quoi, là ?
'''Phildar''' : C'est vrai Manu, ça dort.
'''Gérard''' : Oh non mais oh non !
'''Manu''' : Alors quand ils crient, quand ils sont agités, tu dis que t'en veux pas...
'''Gérard''' : Oh non mais attends, là pour l'instant ça dort.
'''Fantômette''' : GG, on est tous dans la place !
'''Phildar''' : Bon allez, ils vont se réveiller GG. Pose la première question, vas-y.
'''Gérard''' : Avez-vous un ascenseur dans votre immeuble ?
'''Phildar''' : Vous allez répondre chacun votre tour avec votre prénom, merci d'avance.
'''Poirot''' : Poirot ! Poirot ! Non mais si tu veux, il n'y a que deux étages.
'''Babar''' : Pomme de terre !
'''Gérard''' : Bon, celui qui s'amuse à dire pomme de terre, tout à l'heure, tu vas dégager, ça va Aller vite fait, moi je vais pas m'emmerder.
'''Poirot''' : Je déteste qu'on me traite de pomme de terre, c'est une insulte pour moi. Bon, revenons-en au débat. Je disais donc que pour mon immeuble, il n'y a que deux étages, donc ça sert à rien un ascenseur. Les escaliers, c'est largement suffisant et puis ça coûterait trop cher. Donc, pas d'ascenseur.
'''Babar''' : Non, moi je vis dans une maison, je n'ai pas d'ascenseur Gérard.
'''Gérard''' : OK. Merle ?
'''Merle''' : Moi aussi j'habite dans une maison, donc j'ai pas d'ascenseur.
'''Gérard''' : Fantômette ?
'''Fantômette''' : J'habite dans un immeuble qui fait 7 étages et on n'a pas besoin d'ascenseur.
'''Gérard''' : Ah bon ? Au 7ème étage ? Tu vas monter 7 étages ?
'''Fantômette''' : Non, il y a un ascenseur mais qui sert pas.
'''Gérard''' : Ah d'accord.
'''Fantômette''' : Les gens ne l'utilisent pas, ils préfèrent descendre les escaliers. Ils sont bizarres.
'''Gérard''' : Serviette ?
'''Serviette''' : Moi, il y a 12 étages à mon immeuble, donc il vaut mieux qu'il y ait un ascenseur.
'''Babar''' : Serviette, tu ne serais pas une copine de Tampon ?
'''Serviette''' : Non non, je connais pas.
'''Gérard''' : Non mais s'il vous plaît ! S'il vous plaît, vous n'allez pas commencer comme ça, d'accord ? Moi je peux vous dire une chose : dans un immeuble de 7 étages, je préfère avoir un ascenseur quand on a trop de choses à porter. Alors, c'est qui qui habite au 7ème étage ?
'''Fantômette''' : C'est Fantômette.
'''Gérard''' : Fantômette, moi je vais te dire une chose : je préfère avoir un ascenseur pour monter 7 étages. Parce que je me vois mal... Mais attends, je vais te dire pourquoi ! Je me vois mal monter un caddie sur 7 étages à pied avec toutes les courses dedans.
'''Babar''' : Mais Gégé, t'es pas obligé d'emmener le caddie !
'''Fantômette''' : Mais Gégé, je te réponds ! C'est-à-dire que moi, il y a la condition physique, il faut faire du sport dans la vie !
'''Gérard''' : Oui mais... ''[Début de la petite annonce de Elie Semoun : « Bonjour, c'est un voleur à l'appareil !]''. Non mais quand vous aurez pu finir vos conneries derrière... S'il vous plaît, merci !
'''Fantômette''' : Mais Gégé, comme je disais, c'est du sport de monter ton caddie pendant 7 étages. Ça dépend si t'as envie de faire du sport dans la vie. Ben... Voilà.
'''Gérard''' : Moi je vais te dire une chose : je me vois mal monter 7 étages avec des légumes congelés ou autre.
'''Fantômette''' : Mais Gégé, t'as pas envie de faire du sport dans ta vie ?
'''Gérard''' : Ah non ! Mais tu vois, je me vois mal parti faire 7 étages à pied comme ça.
'''Fantômette''' : Ben ça passe vite, hein ! ''[bruit de piano en fond]''.
'''Babar''' : J'aime bien le piano derrière moi...
'''Gérard''' : Non mais c'est bon, celui qui s'est mis à mettre du piano !
'''Phildar''' : Non mais c'est pas le débat, on revient au débat s'il vous plaît ! Merci, on arrête de jouer du piano.
'''Gérard''' : Donc, Fantômette, je viens de répondre à ta question. Je pense que t'as eu la réponse.
'''Fantômette''' : Ouais, merci.
'''Gérard''' : Tu me diras, c'est pas évident, mais moi je préfère monter 7 étages à pied avec un ascenseur...
'''Fantômette''' : Ouais, ben oui. Ça dépend des gens, hein.
'''Gérard''' : Ben oui mais, par exemple, une personne âgée, tu la vois monter 7 étages à pied, toi ?
'''Fantômette''' : Ah non non non, pas pour les personnes âgées.
'''Gérard''' : Attendez, attendez, attendez ! Donc je réponds à Fantômette : est-ce que tu vois une personne âgée aller faire ses courses et remonter 7 étages à pied ?
'''Fantômette''' : Ben écoute, d'un côté non, pour les personnes âgées non, je veux bien qu'elles prennent l'ascenseur. Mais d'un autre côté, les personnes âgées qui sont très dynamiques, elles montent les escaliers en flèche !
'''Babar''' : Moi j'y pique son sac et je la renverse dans l'escalier !
'''Gérard''' : Bon alors toi... Toi t'es un lâche.
'''Babar''' : C'est pour rire !
'''Gérard''' : Non mais c'est peut-être pour rire, mais moi je rigole pas là-dessus. D'accord ?
'''Poirot''' : C'est dégueulasse parce que dans son sac, elle aurait pu avoir des poireaux, quoi ! En revenant des courses !
'''Babar''' : Non, je veux dire, c'est une boutade.
'''Gérard''' : Donc, êtes-vous déjà restés coincés dans un ascenseur ? On a... tiens... on a Poirot.
'''Poirot''' : Ouais, moi ça m'est arrivé une fois avec une fille et je te raconte pas la suite.
'''Gérard''' : Ouais, d'accord. Non non non non non ! Mais attendez, attendez... Oh s'il vous plaît derrière ! Manu s'il te plaît, merde !
'''Phildar''' : Tu gères un peu Manu, là ?
'''Gérard''', ''[rageur]'' : Tu vas gérer le standard ou quoi ?
'''Manu''' : Ben je le gère, là !
'''Gérard''' : Ah ouai tu le gères avec celui qui met de la musique !
'''Phildar'' : C'est quoi ce travail ?
'''Manu''' : Ça y est, il est parti.
'''Gérard''' : Euh, j'ai l'impression que la semaine prochaine tu vas dégager. Tu vas dégager, hein !
'''Manu''' : Oh non !
'''Gérard''' : Y'a pas de « non », ça va être « oui » avec moi !
'''Manu''', ''[même ton plaintif]'' : Oh oui avec toi !
'''Gérard''' : Poirot, donc tu me disais que t'étais resté coincé avec une fille ? Poirot ?
'''Poirot''' : Oui oui, c'est vrai. Ça m'est arrivé une fois mais bon, j'ai le droit de ne pas raconter ce qui m'est arrivé. Ça m'est arrivé d'être coincé dans un ascenseur, on a appuyé sur le bouton de la sonnerie et puis bon, voilà, il y a un gars qui est venu dépanner.
'''Gérard''' : D'accord, OK. Non mais la question, on va y venir aussi. Bon, celui qui s'amuse avec le piano derrière, ça commence à me gonfler !
'''Merle''' : Non mais là vous allez déranger les voisins, c'est pas sympa hein !
'''Phildar''' : Surtout à cette heure-là, c'est vrai.
'''Babar''' : Oui, alors moi je vais te raconter une anecdote très rapide, c'est du vécu. C'est une histoire vraie : il y a un mois environ, j'étais avec deux copains dans un ascenseur. On a fait les cons, on faisait semblant de se faire le cul et on a bloqué l'ascenseur !
'''Gérard''' : Bon Babar...
'''Babar''' : Non, je te jure que c'est vrai ! Je le jure sur la tête de ma mère.
'''Gérard''' : Non mais écoute-moi Babar, si c'est pour me raconter tes anecdotes... Non mais apparemment tu as changé de nom, et la semaine dernière tu nous as raconté tes anecdotes pendant tout le long. Je commence à en avoir ras le bol ! Je commence à en avoir ras le bol !
'''Babar''' : Pff, n'importe quoi.
'''Fantômette''' : Non, déjà tu confonds, hein.
'''Babar''' : Là franchement tu confonds : j'étais là il y a deux semaines, mais pas la semaine dernière. Donc voilà l'anecdote, et j'ai pas fini ! On a appuyé sur la sirène et tout ça. Ils sont venus à 5-6 et tout pour nous sortir... des libraires et tout le bordel là, des bibliothécaires et tout ! Je peux te dire qu'on s'est payé une espèce de honte quoi, parce que comme un débile, j'étais en train de me refroquer en plus.
'''Gérard''' : D'accord... Merle ?
'''Merle''' : Euh ben moi, moi ça m'est déjà arrivé. Je suis restée coincée toute la nuit. Heureusement que j'avais des bouteilles d'eau. Par contre...
'''Gérard''' : Euh, sur Minitel, y'a quoi là ? Parce que...
'''Phildar''' : Pour le moment, y'a pas beaucoup de réactions Gérard. On est encore quand même 47 connectés donc c'est pas mal pour 3 heures. Mais il y en a qui... Ah si, y'a une question de Max Biaggi qui te demande : « T'es déjà monté dans la cabine de ton camion avec l'ascenseur ? »
'''Gérard''' : Non. Non. Donc...
'''Manu''' : Je crois que quelqu'un dans le studio a un témoignage ?
'''Tulipe''' : Oui alors, moi je voulais dire...
'''Gérard''' : Non s'il vous plaît, on se calme derrière, merci.
'''Tulipe''' : Moi je voulais dire que je suis restée une journée entière, enfin je suis restée coincée dans un ascenseur une journée entière. Et j'ai appelé... enfin je pouvais pas appeler un dépanneur vu que j'étais restée coincée donc...
'''Gérard''' : Ouais, mais moi une question que je te repose...
'''Phildar''' : Pas de nom, l'invitée mystère on va l'appeler.
'''Gérard''' : Donc... la Tulipe, une question que je voulais te poser : une journée entière dans un ascenseur, d'accord. Mais au bout de combien de temps le dépanneur est venu te dépanner ?
'''La Tulipe''' : Bah il est pas venu me dépanner vu que je pouvais demander à personne de me vouloir enfin de me dépanner.
'''Gérard''' : Hum hum, d'accord.
'''Manu''' : Moi j'ai une question aussi à l'invitée mystère si je peux me permettre.
'''Phildar''' : La Tulipe...
'''Manu''' : Oui, La Tulipe pardon, c'est pareil hein. Est-ce que ça t'a laissé des séquelles ?
'''La Tulipe''' : Oui, ça m'a laissé énormément de séquelles.
'''Gérard''' : C'est-à-dire ?
'''La Tulipe''' : Bah maintenant j'ose même plus prendre un ascenseur parce que c'est un traumatisme.
'''Gérard''' : Mais pourquoi ?
'''La Tulipe''' : Bah parce que ça me fait peur de prendre un ascenseur.
'''Gérard''' : Mais pourquoi ?
'''La Tulipe''' : Mais je viens de te répondre ! Parce que ça me fait peur !
'''Gérard''' : Non mais pourquoi ?
'''Phildar''' : C'est un traumatisme !
'''Gérard''' : Non mais pourquoi que ça...
'''La Tulipe''' : Ça m'a traumatisée !
'''Gérard''' : Oui mais pourquoi ?
'''La Tulipe''' : Bah parce que ça m'a traumatisée. Je peux même plus prendre un ascenseur, je peux même plus regarder un ascenseur en face.
'''Manu''' : Ah ouais ! Mais attends, tu le regardes dans les yeux ? Ça va pas du tout !
'''La Tulipe''' : Bah oui, je le regarde comme je te regarde.
'''Gérard''' : Non mais moi j'en ai rien à foutre, je suis pas un ascenseur moi, je suis un asticot...
'''La Tulipe''' : Je t'ai pas comparé à un ascenseur !
'''Gérard''' : Hum. Donc là-dessus, moi il y a un petit truc que j'aurais voulu savoir.
'''Phildar''' : Oui, vas-y.
'''Gérard''' : Donc si ça traumatise de trop... pourquoi tu n'oses plus regarder un ascenseur en face ? Et pourquoi qut 'appelles pas un dépanneur ? Autant dans les ascenseurs, je suis désolé, hum, même si les gens... Poirot, Babar, Fantômette, Merle, Serviette, vous êtes d'accord avec moi ?
'''Tous''' : Oui, tout à fait, oui Gérard, oui.
'''Gérard''' : Donc dans les ascenseurs, je pense que tout le monde va être d'accord : je pense que dans les ascenseurs, il y a un système de sonnerie.
'''La Tulipe ''' : Moi ça marchait pas.
'''Serviette''' : Mais ça sonne chez le concierge.
'''Gérard''' : Non non, oui mais d'accord. Qui c'est qui vient de dire que ça sonnait chez le concierge ?
'''Serviette''' : Serviette !
'''Gérard''' : Non, Serviette.
'''Serviette''' : Normalement, je suis désolée, moi quand je sonne, c'est le concierge qui vient.
'''Gérard''' : Ah, c'est le concierge qui vient ?
'''Manu''' : Non, ça dépend des immeubles je crois. Dans les grosses sociétés c'est un dépanneur, et dans les immeubles de particuliers c'est la concierge.
'''Gérard''' : Mais admettons... Tu vois Manu, je vais te poser une question : par exemple, tu prends un ascenseur qui vient de se construire, sans citer la société qui l'a monté. Si c'est relié directement chez eux, comment tu fais ? Tu vas attendre que... ''[Un bruit de montre retentit]''
'''Phildar''' : Ah ya quelqu'un qui a un bruit de montre qui sonne.
'''Fantômette''' : Mais Gégé, je peux poser une question à Madame X ?
'''Phildar''' : La Tulipe.
'''Fantômette''' : Tulipe, je voulais te demander, est-ce que... comment dire... est-ce que tu as souffert psychologiquement du vide ?
'''La Tulipe''' : Comment ? J'ai pas compris.
'''Gérard''' : Est-ce que tu as souffert du vide psychologiquement ?
'''La Tulipe''' : Bah oui, disons que j'ai eu peur que l'ascenseur... l'ascenseur est resté immobile, mais il est resté quand même au 7ème étage.
'''Phildar''' : Mais il est tombé ou pas l'ascenseur ?
'''La Tulipe''' : Non non, il est pas tombé non.
'''Phildar''' : Tu l'as pas ramassé donc.
'''La Tuilpe''' : Non je l'ai pas ramassé, on. Il était trop lourd.
'''Poirot''' : Il suffit de voir *Speed* déjà, je crois que c'est un bon exemple. On voit un moment quand ils délivrent les gens qui sont dedans, il y en a une, elle a tellement peur qu'elle veut pas sortir. Elle devient claustrophobe. Alors je voulais savoir, Tulipe, qu'est-ce que tu est devenue claustrophobe ? Du claustrophobe ? C'est-à-dire que tu as peur d'être enfermée.
'''Gérard''' : De toute manière, si tu restes coincée dans un ascenseur pendant deux heures ou autre, sans lumière... je pense que tu restes bloquée...
'''Manu''' : Je pense que la question était à Tulipe.
'''La Tulipe''' : Par contre, j'ai peur du noir.
'''Fantômette''' : Mais Tulipe, t'as pas répondu. Est-ce que tu as peur d'être enfermée dans le noir ?
'''La Tulipe''' : Bah oui, vu que j'ai peur du noir, j'ai peur d'être enfermée et d'être dans l'obscurité.
'''Babar''' : Et Tulipe ? Tulipe ? Tulipe ? Je t'ai reconnue. Je peux t'avoir hors antenne après ?
'''Tulipe''' : Non pas du tout !
'''Fantômette''' : Non mais on n'a pas le droit de parler aux invités. J'avais une autre question. Donc je disais, est-ce que tu renouvellerais cette expérience ?
'''Gérard''' : Comment ça ? Non, là c'est moi qui parle.
'''Fantômette''' : Ah oui, excuse-moi Gégé.
'''Gérard''' : Donc Fantômette...
'''Fantômette''' : Oui ? Oui Gégé, quelle est ta question ?
'''Phildar''' : Quelle est ta question Gérard ?
'''Gérard''' : Non mais, êtes-vous déjà restés coincés dans un ascenseur ? Donc Fantômette, comme t'avais pas répondu...
'''Fantômette''' : Oui, écoute Gégé, très sincèrement, moi je te dis que j'ai eu une très mauvaise expérience comme Tulipe, et maintenant j'ai une phobie des ascenseurs.
'''Gérard''' : Alors pourquoi ?
'''Fantômette''' : Écoute Gégé, rester dans deux mètres carrés, dans le noir, pas de lumière, pas de sonnerie, rien... personne pour t'aider dans la nuit, personne aux alentours. Tu vois un peu le schéma ? Il faut le faire !
'''Gérard''' : Non mais c'est Fantômette là. Donc moi Fantômette, la question que je te dis : bon, est-ce que tu resterais combien de temps bloquée ?
'''Babar''' : Deux ans.
'''Gérard''' : Non non non, pas deux ans s'il te plaît.
'''Fantôme''' : Eh bien je pense, je sais pas, peut-être trois jours maximum parce qu'il y a le phénomène de déshydratation. Si tu bois pas, t'as aucune aide, c'est pas possible.
'''Manu''' : On accueille Dino au standard. à la place de personne, c'est un Belge.
'''Dino''' : Bonsoir ! Bonsoir à tous. Elle est encore là Casimir ? Parce qu'entre Dino... Je voulais la saluer.
'''Gérard''' : Non mais Dino, c'est pas le débat sur les Casimir, d'accord ?
'''Babar''' : Allô, c'est Casimir !
'''Tulipe''' : À propos de Casimir, j'en ai un chez moi !
'''Poireau''' : Tu veux nous faire le gloubi-boulga ?
'''Gérard''' : Donc Dino, s'il te plaît.
'''Dino''' : Oui, je t'écoute Gérard.
'''Gérard''' : Tu réponds à la question, merci.
'''Dino''' : Alors, la question c'est si on avait déjà été coincé dans un ascenseur, c'est ça ?
'''Gérard''' : Êtes-vous resté coincé dans un ascenseur ? Oui.
'''Dino''' : Alors ça m'est arrivé d'avoir été coincé, mais pas trop longtemps en fait. Juste quelques heures, quoi.
'''Gérard''' : Oui, mais combien de temps ?
'''Dino''' : Quelques heures ! Je viens de te le dire Gérard.
'''Gérard''' : Ouais, mais quelques heures ça me dit... tu me dis quelques heures mais attends, quelques heures c'est... vaste hein.
'''Dino ''' : Suffisamment pour avoir faim.
'''Poireau''' : Et Dino Ventura...
'''Gérard''' : D'accord, bon OK. Non mais attendez, attendez s'il vous plaît ! On va demander à Serviette.
'''Poirot''' : Dino, t'es qui ?
'''Gérard''' : S'il vous plaît ! Babar, Poirot, si vous voulez savoir qui c'est Dino, vous allez voir Manu au standard, il va vous le dire qui c'est. ''[Phildar crie non hors micro]''.
'''Fantômette''' : Non non, les téléphones et les adresses c'est au standard.
'''Gérard''' : Même les numéros de téléphone c'est au standard ! Voilà. Donc Serviette, pour toi ?
'''Serviette''' : Oui, moi j'ai été bloquée plein de fois dans mon ascenseur, mais bon je reste zen, je panique pas. J'attends.
'''Gérard''' : Donc tu vas attendre combien de temps à peu près ?
'''Serviette''' : J'attendrai le temps qu'il faudra ! Je chante :
'''Babar''', ''[sur l'air de Dalida]'' : « J'attendrai... ».
'''Gérard''' : Oui oui oui, attendez s'il vous plaît. On s'amuse pas à chanter s'il vous plaît !
'''Poirot''' : Ça m'est arrivé une fois dans un ascenseur de la TWA entre...
'''Gérard''' : STOP ! Celui de la TWA, tout à l'heure tu vas retourner à la TWA au standard ! Manu ? Manu s'il te plaît, tu essaies de savoir qui c'est qui joue avec...
'''Manu''' : Je suis en train ! J'essaie, j'essaie, j'essaie !
'''Gérard''' : OK, je te remercie.
'''Phildar''' : GG, on avait quelques petits pourcentages.
'''Gérard''' : Oui je sais, je l'ai là. ''[prend la feuille]''.
'''Phildar''' : Ah d'accord, bon tu vas les lire.
'''Gérard''' : Sur la première question...
'''Phildar''' : Ouais, bah on va passer directement à la deuxième puisqu'on est à la deuxième/
'''Gérard''' : Est-ce que vous êtes déjà restés coincés dans un ascenseur ? Donc il y a 58% des gens qui ne sont jamais restés coincés dans un ascenseur. 40% oui. Et 2% des gens sont restés coincés à l'extérieur d'un ascenseur plus de 3 jours. Oui mais alors moi, les 2% qui me disent qu'ils sont restés coincés à l'extérieur... comme c'est bien marqué, donc à l'extérieur, c'est pas à l'intérieur de l'ascenseur ! C'est dehors qu'ils ne puissent pas prendre l'ascenseur.
'''Phildar''' : Ah donc c'est pas à l'intérieur ?
'''Gérard''' : Ah oui, mais la question c'est : « Êtes-vous resté coincé DANS l'ascenseur ? ». C'est pas à l'extérieur !
'''Phildar''' : Ouais, mais on peut rester coincé à l'extérieur !
'''Gérard''' : Mais non, non !
'''Tulipe''' : Ça peut être au-dessus aussi !
'''Phildar''' : Quelqu'un a déjà été coincé à l'extérieur de l'ascenseur parmi les auditeurs ?
'''Fantômette''' : Oui, écoute, tout à fait. Je suis restée bloquée à l'extérieur bien qu'à l'intérieur, donc il n'y a pas de problème.
'''Gérard''' : Mais on doit... je demande si sur les 2% des gens, des gens sont restés coincés à l'extérieur d'un ascenseur plus de 3 jours ?
'''Fantômette''' : Ah mais oui, tout à fait ! ''[et tout le monde confirme]''.
'''Gérard''' : Attendez, attendez ! Répondez pas tous à la fois !
'''Serviette''' : Une fois il y avait quelqu'un qui était déjà bloqué dedans, donc moi j'étais obligée d'être bloquée dehors. Mais ouais, non, pas plus de 3 jours : 24 heures.
'''Manu''' : Excusez-moi les auditeurs, si vous pouviez éviter de vous parler entre vous... Je vous remercie vraiment de tout cœur.
'''Gérard''' : Alors Serviette pour toi ?
'''Serviette''' : Oui, je viens de te dire qu'une fois il y avait quelqu'un qui était déjà bloqué dans l'ascenseur, donc j'étais obligée d'être bloquée à l'extérieur et j'ai attendu 24 heures.
'''Gérard''' : D'accord. Fantômette ?
'''Fantômette''' : Écoute GG, je t'ai répondu. Pendant 3 jours je suis restée à l'extérieur.
'''Babar''' : 3 jours sans se laver !
'''Gérard''' : Non mais punaise, arrêtez de balancer des conneries comme ça !
'''Phildar''' : Il y a des salles de bains dans les ascenseurs.
'''Poirot''' : Non Gérard, Poirot il est sérieux.
'''Gérard''' : Hum hum. Merle ?
'''Merle''' : Ouais, moi je suis restée une semaine coincée à l'extérieur.
'''Gérard''' : Ouais mais une semaine... Hum... Une semaine ? Attends mais... Attends là il y a... Hum... Phildar ?
'''Phildar''' : Non mais je suis d'accord avec toi, vas-y réagis Gérard. Non parce que ça m'a interpellé comme toi qu'elle dise qu'elle soit restée une semaine dans un ascenseur...
'''Gérard''' : Non mais à l'extérieur ! Non mais c'est bizarre alors, c'est bizarre ton truc.
'''Babar''' : Moi pendant un an, mais je faisais le ramadan !
'''Gérard''' : Et GG... Oh attends, celui qui s'amuse à parler de ramadan, tu vas dégager toi ! Tu vas pas me gonfler !
'''Phildar''' : Pas de marque ! Pas de marque !
'''Dino''' : Ça m'est arrivé le jour où je suis resté coincé dans l'ascenseur également. Parce que comme j'étais coincé, j'ai essayé de m'en aller par la trappe qu'il y avait sur le plafond de l'ascenseur. Et elle était ouverte, j'ai réussi à sortir donc j'étais dans la machinerie au-dessus. Mais comme j'étais coincé entre deux étages et que je suis assez petit (je suis un petit Dino), j'ai eu du mal à récupérer l'étage du dessus. Je suis bien resté, on va dire je suis bien resté 17h quand même. Et euh, et ben j'ai eu une amende parce que j'avais très envie de chier, je vais le dire franchement.
'''Gérard''' : Non non, attendez attendez attendez attendez ! Merle ? Merle ? Poirot ? Serviette ? S'il vous plaît laissez-le finir. Attends, tu vois je vais te couper. Attends, attends Dino. Dino, moi je te coupe : pourquoi t'as eu une amende ?
'''Dino''' : Ben j'ai eu une amende parce que j'avais envie de chier, j'étais obligé de chier où j'étais : dans la machinerie de l'ascenseur. Le Syndicat des Ascenseurs Propres, le SAP...
'''Babar''' : Euh moi j'ai fait comme le rebelle dans Lorenzo Lamas : j'avais ma moto, j'ai défoncé la vitrine de l'ascenseur !
'''Gérard''' : Ouais ben Babar... Babar ? Tu sais ce que tu vas faire ? Tu vas aller défoncer ton lit tout de suite. Comme ça tu vas comprendre. Merci. Merci Babar, merci Babar. Et j'ai Poirot ? Poirot ?
'''Poirot''' : Oui bah alors moi ça m'est arrivé aussi une fois, mais si tu veux c'était dans un vieil immeuble il n'y avait pas de système de sécurité. Et j'avais mis mon bras pour entrer et la porte s'est refermée sur moi et mon bras est resté coincé. Et donc je suis resté coincé là comme ça dehors à glander pendant deux heures. Voilà, j'ai dû faire appel à un technicien.
'''Dino''' : C'est qui là ?
'''Poirot''' : C'est Poirot.
'''Dino''' : Ah bah t'es vraiment un poireau !
'''Poirot''' : Ben ouais c'est pour ça.
'''Gérard''' : Euh qui c'est ? Dino s'il te plaît tu te calmes.
'''Dino''' : Gégé ?
'''Gérard''' : Attends tu permets ?
'''Poirot''' : Non mais je ne renie pas mes origines hein Poirot !
'''Gérard''' : S'il vous plaît vous vous calmez ! Donc Poirot toi donc ça t'es arrivé ?
'''Poirot''' : Ouais.
'''Gérard''' : OK. Donc on va demander à La Tulipe ?
'''La Tulipe''' : Ben moi comme je t'ai dit tout à l'heure, oui je suis restée une journée coincée dans un ascenseur.
'''Gérard''' : Et trois jours ? Plus de trois jours ?
'''La Tulipe''' : Non non pas plus de trois jours, mais par contre une semaine oui.
'''Phildar''' : Ah oui c'est plus alors !
'''Tulipe''' : Oui donc c'est plus.
'''Fantômette''' : Et tu faisais comment pour te laver ?
'''Manu''' : Comme d'habitude.
'''Tulipe''' : C'est vrai que c'est une question.
'''Fantômette''' : Mais Gégé ? Est-ce que... j'avais une question à te poser ?
'''Gérard''' : Oui.
'''Fantômette''' : Je voulais savoir, imagine-toi cette situation : si un jour tu te retrouves bloqué hein dans un ascenseur... et tu connais la trappe qu'il y a au-dessus comme nous l'a dit euh... comme a dit Dino, est-ce que toi tu le ferais ? Hum ? Est-ce que toi tu monterais sur la trappe pour te dégager ?
'''Dino''' : Ben je lui conseille pas, je suis resté bloqué dix-sept heures !
'''Gérard''' : Bon euh Dino !
'''Dino''' : Ben ça parle de moi je m'explique !
'''Fantômette''' : Ben vas-y Gégé explique-moi, est-ce que tu le ferais ou pas ?
'''Gérard''' : Non mais euh Dino ?
'''Dino''' : Ouais ?
'''Gérard''' : Donc moi euh je peux... je peux répondre là parce qu'on me pose une question ? Moi je peux... moi je peux te dire une chose : c'est que je connais des ascenseurs et à l'heure actuelle, pour l'instant, tu n'as pas de trappe. ''[protestaion générale, y compris de Tulipe]''. Non non non non non non ! Pas dans tous les ascenseurs je suis désolé maintenant. Maintenant non non non non non ! Maintenant attendez, attendez... maintenant avec les immeubles qu'ils construisent, il faut que tu montes carrément sur la terrasse pour pouvoir être décoincé. Ou sinon pour que les pompiers y aillent, il y a un système spécial pour ouvrir les portes et savoir à quel étage est coincé l'ascenseur. Voilà c'est tout ça y est.
'''Fantômette''' : Mais attends mais Gégé, j'ai vu ça dans James Bond !
'''Gérard''' : Oui mais attends et euh... eh Fantômette ?
'''Fantômette''' : Oui ?
'''Gérard''' : Fantômette, dans ces cas-là tu regardes trop de films. Dans ces cas-là moi je vais te poser la même question : est-ce que dans la Tour Infernale tu pouvais sortir d'un ascenseur un peu ?
'''Fantômette''' : Bah c'est euh oui.
'''Gérard''' : Ah oui ? Alors tu peux me dire comment ? Attendez s'il vous plaît derrière ! Euh Poirot ?
'''Poirot''' : Oui ?
'''Gérard''' : Dino ?
'''Dino''' : Ouais ?
'''Gérard''' : Serviette et Merle, vous laissez Fantômette terminer.
'''Tous''' : OK OK.
'''Gérard''' : Alors vas-y Fantômette explique.
'''Fantômette''' : Tu me parles de quel film ? De James Bond ou de la Tour Infernale ?
'''Gérard''' : Non, la Tour Infernale. Comment tu peux sortir d'un ascenseur en feu ? Sans trappe, sans trappe ! Comment tu peux sortir d'un ascenseur en feu ? Explique-moi.
'''Fantômette''' : Ah bah alors là Gégé... tu me poses une colle.
'''Gérard''' : Alors ! Non non attendez, attendez je viens de lui poser une colle !
'''Phildar''' : Il faut la décoller maintenant Gérard !
'''Fantômette''' : Ah Gégé là tu me laisses bouche bée.
'''Gérard''' : Ah bah oui ! Non mais attends dans ces cas-là faut pas trop regarder les films parce que déjà moi le film La Tour Infernale, je l'ai vu. Et les gens il y en a beaucoup qui sont... qui sont restés euh morts dedans.
'''Fantômette''' : Mais Gégé on les a sauvés quand même non ?
'''Gérard''' : Non non non ils étaient morts ! Ils étaient morts brûlés ! Ils étaient morts vifs !
'''Phildar''' : Bah nous on nous a dit que c'était noyés par par les pompiers.
'''Manu''' : Non non ça c'est le Titanic !
'''Tulipe''', ''[micro éteint]'' : Exactement. Non non non.
'''Phildar''' : Ton micro Sandy ça ira mieux hein !
'''Tulipe''' : Tu fais pipi dessus et puis après ça bon bah...
'''Manu''' : Non non après ça pue !
'''Tulipe''' : Ça éteint le feu !
'''Manu''' : Ah oui... Donc euh... Excusez-moi 30 secondes on accueille Jérôme à la place de Babar. Bonjour Jérôme !
'''Gérard''' : Euh Manu ? Jérôme faut pas... faut pas... faut pas qu'il s'amuse à repasser euh tout le temps hein ?
'''Manu''' : On le dégage tout de suite alors.
'''Jérôme''' : Vas-y dégage-moi parce que je vais me coucher là ça me saoule.
'''Gérard''' : Bon alors va te coucher ! Bonne nuit ! Comme ça ça va plus te saouler. Si oui... si vous êtes resté coincé dans un ascenseur... Non attends, attends Poirot !
'''PHildar''' : Attends il explique.
'''Gérard''' : Donc euh je reprends la deux : « Êtes-vous déjà resté coincé dans un ascenseur ? ». Tout le monde a répondu que oui euh pendant euh le euh sur la deuxième ? Donc la troisième : « Si oui, faites-vous donc l'amour pour passer le temps tout ça alors ? ». Si vous êtes... non mais si vous êtes avec euh par exemple euh je sais pas qui c'est qui disait qu'il était coincé avec une fille ?
'''Poirot''' : C'est Poirot !
'''Gérard''' : Donc... Poirot ? Donc est-ce que tu faisais l'amour avec euh avec la personne avec qui tu étais coincé dedans ?
'''Poirot''' : Non je l'ai sodomisée ! Attends je t'explique : la sonnette, la sonnette elle marchait pas. Le seul moyen d'avertir quelqu'un c'était de pousser des gros hurlements si tu veux. On n'y arrivait pas. Et le seul moyen c'était que je la sodomise !
'''Gérard''' : Non mais attends Poirot ! Oui par exemple...
'''Poirot''' : En enfonçant le Poirot ça a bien été quoi...
'''Gérard''' : Non mais euh s'il te plaît Poirot ! Là c'est pas... c'est pas euh tu veux... tu veux... tu veux... si tu veux jouer comme ça dans ce cas-là je vais passer à une autre personne...
'''Poirot''' : C'est la réalité !
'''Fantômette''' : Non mais y'a pas assez de place hein !
'''Poirot''' : Mais c'était un grand ascenseur merde ! Y'avait vachement de place !
'''Fantômette''' : Non mais ça dépend de la surface alors.
'''Phildar''' : Justement j'ai une question sur Minitel de Navet qui habite dans le 75 qui dit : « Gérard et les auditeurs, est-ce que vous pensez que rester bloqué dans un ascenseur est un symbole érotique ? ».
'''Gérard''' : Bah justement la question elle est là : « Est-ce que vous faites l'amour pour passer le temps ? ».
'''Phildar''' : Non mais justement c'était une réaction du Minitel. Est-ce que c'est érotique si vous faites l'amour dans un ascenseur ?
'''Gérard''' : Bah oui !
'''Phildar''' : Est-ce que c'est un endroit érotique ?
'''Gérard''' : Ouais mais si y'a plusieurs personnes avec vous, comment que... comment que vous allez faire devant tous les gens ? Donc la question est là. Donc Dino ?
'''Dino''' : Ouais ? Bah euh... bah ouais !
'''Gérard''' : Ouais d'accord euh Dino...
'''Dino''' : Je peux t'expliquer mais euh...
'''Gérard''' : Non mais Dino ! Dino ! Si c'est pour me dire « euh bah ouais » dans ces cas-là moi je vais te dire ouais : tu vas aller voir Manu pour qu'il te réveille un peu plus au standard, d'accord ?
'''Dino''' : OK OK excuse-moi Gérard j'enchaîne tout de suite sur mon anecdote alors.
'''Gérard''' : Ah non bah alors là non ! Dino euh...
'''Dino''' : Je veux bien répondre... je te réponds à ta question ! Ça m'est arrivé, faut bien que je te raconte !
'''Gérard''' : Ouais mais attends... moi les anecdotes si c'est pour... non mais attends Dino s'il te plaît !
'''Dino''' : Ouais ?
'''Gérard''' : Si c'est pour avoir un mec pendant toutes les semaines pendant les débats (c'est le deuxième) qu'on s'amuse à avoir des anecdotes, le débat ne va pas avancer !
'''Dino''' : Bon bah alors je vais pas donner d'anecdotes, je vais raconter une histoire !
'''Gérard''' : Ouais bah voyons ! Après une anecdote c'est une histoire, et après ça va être un poème !
'''Dino''' : Bon alors... les poèmes je préfère te les laisser Gérard, malgré qu'on ne t'entende plus vraiment en faire...
'''Gérard''' : Ouais bah ça pour l'instant vous allez m'entendre X temps sans en faire ! Quand vous allez vous calmer quand je vous pose des questions et que vous allez me répondre correctement !
'''Fantômette''' : Moi j'ai un poème sur l'ascenseur !
'''Gérard''' : Ouais bah moi les poèmes sur les ascenseurs je peux en faire très bien chez moi rapidement.
'''Fantôme''' : Bah vas-y Gégé, improvise !
'''Gérard''' : Non mais pour l'instant... pour l'instant vous répondez aux questions c'est tout !
'''Dino''' : C'est ce que je veux faire.
'''Phildar''' : Donc Dino vas-y, raconte toute ton anecdote.
'''Dino''' : Ah merci ! Et bah en fait c'est le jour où je suis resté bloqué pplusieurs heures dans l'ascenseur. Comme je commençais à trouver le temps long et que j'étais avec ma chienne, Labrador, et bah disons que j'ai assouvi mes pulsions sur ma chienne... et depuis je le fais environ deux fois par semaine.
'''Gérard''' : Non mais attends Dino ! Tu crois... Dino ? Tu crois que tu vas faire ça avec un... avec un animal ?
'''Dino''' : Bah je l'ai fait ouais ! Avec ma chienne ouais ! Pas de problème ! Pour ceux qui aiment les poils d'ailleurs c'est génial !
'''Gérard''' : Oh c'est bon s'il te plaît ! Merci.
'''Merle''' : Moi j'aimerais bien rester coincé avec toi dans un ascenseur !
'''Gérard''' : Non mais attends pour l'instant euh...
'''Serviette''' : Non j'aurais peur hein !
'''Merle''' : Ah non moi j'ai pas peur hein !
'''Dino''' : T'as un cache-nez ?
'''Merle''' : Tu veux bien ?
'''Gérard''' : Ah ben... bah ça reste à... à désirer. Ça laisse à désirer. Ça dépend dans... dans quel ascenseur que tu te situes.
'''Merle''' : Eh bah à Paris !
'''Gérard''' : Ouais d'accord d'accord.
'''Merle''' : Donc t'es d'accord Gérard ?
'''Phildar''' : Bah qu'est-ce qu'elle va dire ta copine là ?
'''Gérard''' : On va demander à Fantômette ?
'''Fantômette''' : Oui eh bien Gégé tout à fait ! Je l'ai fait avec Michael Douglas, c'était très bien !
'''Gérard''' : Bon eh Fantômette ?
'''Fantômette''' : Oui ?
'''Gérard''' : Entre ton truc de Michael Douglas et puis l'autre, là tu commences à me les gonfler ! J'espère... j'espère que pour les six dernières questions tu ne vas pas essayer d'inventer un nouveau nom, d'accord ? STOP ! Merci !
'''Manu''' : Non c'est pas grave, y avait pas besoin de crier. On accueille Crevette !
'''Crevette''' : Bonsoir, c'est Crevette !
'''Gérard''' : Donc, t'as entendu la deuxième ?
'''Crevette''' : Non, pas du tout, Gérard.
'''Gérard''' : Ah ouais, mais voilà, je vais pas répéter les deux questions !
'''Crevette''' : Non, parce que je viens d'appeler, là. J'ai fait le 0800...
'''Gérard''' : OK. Alors, êtes-vous resté coincé dans un ascenseur ? Donc, il y a une statistique... J'ai un truc sous les yeux, donc plus de trois jours. Donc, je pense que toi, c'est quoi ?
'''Crevette''' : Non, moi, je suis jamais resté coincé dans un ascenseur. Par contre, il y a trois potes qui sont restés coincés dans un ascenseur. C'était dans une bibliothèque.
'''Gérard''' : D'accord. OK. Donc, maintenant : si oui, faites-vous donc l'amour pour passer le temps ?
'''Crevette''' : Euh... Avec une nana ?
'''Gérard''' : Bah oui.
'''Crevette''' : Avec une nana je veux bien oui, si elle est consentante.
'''Dino''' : Si t'as que ton chien, comme moi...
'''Gérard''' : Bon, celui qui s'amuse à dire « Tu tapes ton chien »...
'''Crevette''' : Ça tombe bien parce que mon chien n'a pas de dents, donc c'est bon.
'''Poirot''' : Je peux te poser une petite question ?
'''Gérard''' : Vas-y vite, vite, vite, vite. Vas-y, rapide, rapide ! Parce qu'il reste Serviette à répondre, là. Serviette et Tulipe. Vas-y.
'''Poirot''' : Est-ce que ça te ferait plaisir de rester coincé dans un ascenseur avec elle ?
'''Gérard''' : Ah, ça, c'est une question que... J'y répondrai pas.
'''Serviette''' : Moi, je fais pas l'amour, je chante.
'''Gérard''' : Non, mais Serviette... ''[Crevette tente d'appeler Poitor au téléphone]''. Attendez, s'il vous plaît. Ceux qui s'amusent à appeler les gens, vous allez dégager au standard, vous allez voir Manu. Parce que ça commence à bien faire depuis tout à l'heure ! J'entends des gens qui se disent « Ouais, Poirot ceci, cela ». Alors, vous allez voir au standard et ça va être bon, hein ?
'''Poirot''' : Ouais, mais j'aime pas qu'on m'appelle, c'est Poirot.
'''Gérard''' : Bon. Euh, Serviette ?
'''Serviette''' : Oui ? Moi, je te dis : je chante, je fais pas l'amour.
'''Fantômette''' : Mais pourquoi ?
'''Gérard''' : Euh, attends, Fantômette, s'il te plaît. Si tu veux faire les débats à ma place...
'''Fantômette''' : Non, non, mais j'essaie de...
'''Gérard''' : Non, non, mais Fantômette, s'il te plaît ! Fantômette, si tu veux faire mes débats à ma place, tu demandes à Man... Attends, Fantômette ! Si tu veux faire mes débats... Tu viens, hein ? Tu viens voir Max, tu lui présentes tes thèmes, et tu fais les débats, d'accord ? Mais tu réponds pas à ma place. Voilà. OK ?
'''Fantômette''' : Oui, chef.
'''Gérard''' : Donc, Fantômette, pourquoi ? Euh, Serviette ?
'''Fantômette''' : Excuse-moi chef, mais je posais la question à...
'''Gérard''' : Ouais, mais je suis assez grand pour lui poser la question moi-même, d'accord ?
'''Fantômette''' : Ah, ben, c'était... Ben, vas-y, ouais.
'''Gérard''' : Serviette, pourquoi ?
'''Serviette''' : Je chante parce que ça fait passer le temps.
'''Gérard''' : Oui, mais pourquoi ?
'''Serviette''' : Parce que ça fait passer le temps. Ça fait passer le temps plus vite.
'''Gérard''' : Mais attends, je te demande : pourquoi que ça fait passer le temps ? Alors... Mais t'es bouchée ou quoi ?
'''Serviette''', ''[soufflant d'impatience]'' : Ça fait passer le temps de chanter, c'est tout.
'''Gérard''' : Ben ouais, mais si t'es toute seule tu vas chanter dans un ascenseur ?
'''Serviette''' : Ben, exactement. Si je suis bloquée, je chante.
'''Merle''' : Ben, pourquoi pas, si elle est chanteuse.
'''Gérard''' : OK. Euh... Tulipe, pour toi ?
'''Tulipe''' : Non, j'ai jamais eu l'occasion de faire l'amour dans un ascenseur.
'''Gérard''' : Et pourquoi ?
'''Tulipe''' : Ben, parce que j'étais toute seule.
'''Phildar''' : Ouais, mais pourquoi ?
'''Tulipe''' : Mais j'ai jamais eu l'occasion de faire l'amour dans un ascenseur !
'''Les auditeurs''' : Ben ouais, mais pourquoi ? Pourquoi ?
'''Tulipe''' : Ben, parce que j'étais avec personne.
'''Merle''' : Ben, pourquoi t'étais toute seule ?
'''Gérard''', ''[impatient]'' : Mais pourquoi qu'elle était toute seule ? Parce qu'il n'y avait personne dans l'ascenseur, c'est tout. C'est clair et net.
'''Phildar''' : Ben, pourquoi ?
'''Gérard''' : Ben, s'il n'y a personne, si elle est toute seule, elle va pas faire l'amour avec...
'''Phildar''' : Mais non, mais pourquoi il n'y avait personne dans l'ascenseur ?
'''Tulipe''' : J'étais juste avec ma petite peluche, c'est tout. Voilà.
'''Fantômette''' : Ben, mais pourquoi t'étais seule ?
'''Phildar''' : Non, pourquoi il n'y avait personne ?
'''Tulipe''' : Bah, parce qu'il n'y avait personne.
''[Gérard fait des signes à Manu, Phildar les intercepte et lui parle à voix basse, mais micro allumé]''.
'''Phildar''', ''[voix basse]'' : Gérard, qu'est-ce qu'il y a ?
'''Manu''', ''[discret]'' : Il veut que je vire Fantômette, mais je vois pas pourquoi.
''[Gérard baisse la tête et lit sa feuille, pendant que Phildar lui demande d'expliquer, en chuchotant]''.
'''Gérard''' : Donc, d'après ce que j'ai... Faites-vous l'amour pour passer le temps ? Donc j'ai 70 % qui disent oui, surtout si on a oublié leur montre. Là, je vois pas du tout le truc. Non, parce qu'ils sont décédés... Alors là, tu vois, ça, c'est vraiment un truc con.
'''Phildar''' : Ben ouais, mais c'est des statistiques.
'''Gérard''' : ...Des gens font l'amour dans un ascenseur, mais qui n'est pas en panne. Alors là, je vois pas du tout le truc.
'''Phildar''' : Mais si, parce que regarde, Gérard : 70 % répondent oui, surtout quand ils ont oublié leur montre. C'est-à-dire que, comme ils veulent faire passer le temps, mais qu'ils n'ont pas leur montre, ils font l'amour. Tu vois ?
'''Gérard''' : Mais pourquoi ?
'''Phidar''' : Parce qu'ils n'ont pas leur montre !
'''Gérard''' : Bon, bon, bon, bon, bon. C'est pas grave. On va passer à...
'''Phildar''' : Bah si, c'est grave ! Ils n'ont pas leur montre.
'''Gérard''' : Alors, auriez-vous des fantasmes avec un réparateur d'ascenseur. Donc si vous voulez nous appeler, vous pouvez toujours nous appeler au 0803 08 50 00 et le 3615, code FUN RADIO, rubrique "Direct". Et là, on va s'écouter Ricky Martin avec « 1, 2, 3 ». Et j'espère que, Phildar, tu ne t'es pas trompé comme tout à l'heure pour me mettre du Claude François, « Alexandrie Alexandra ». Merci.
''[Musique, sur la fin de laquelle Gérard chante les paroles maladroitement et les auditeurs l'accompagnent, dans le chaot]''.
'''Gérard''' : C'était Ricky Martin avec... Oh, s'il vous plaît ! Merci.
'''Phildar''' : Je ne me suis pas trompé, Gérard, alors ?
'''Gérard''' : Non, pour une fois. Pas par rapport à tout à l'heure. Donc là, vous venez découter Ricky Martin avec « 1, 2, 3 », et il est 3h22. Donc si vous voulez encore nous appeler, il vous reste une petite demi-heure encore.
'''Manu''' : D'ailleurs, Gérard, en parlant d'appeler, il y a Calimero qui nous a appelés, qu'on accueille tout de suite.
'''Calimero''' : Bonsoir tout le monde.
'''Manu''' : C'était à la place de Jérôme.
'''Gérard''' : Non, Jérôme c'était Crevette alors.
'''Manu''' : Non, non, Crevette c'était Babar. Tu ne suis pas le débat, Gérard.
'''Gérard''' : Donc auriez-vous des fantasmes avec des réparateurs d'ascenseur ? Donc on va demander à Serviette. ''[clameur de déception de Dino]''. Non, mais attendez... 5 minutes les mecs. OK. Je peux prendre dans l'ordre que je veux. Ah bah tiens, Poirot ! Fais le malin maintenant, vas-y.
'''Poirot''' : Mais j'ai rien dit, moi.
'''Gérard''' : Eh bah alors, euh... Euh, Kelnuméro ?
'''Calimero''' : Euh, ouais. Alors le réparateur, s'il a un beau bleu de travail, ouais, à fond !
'''Gérard''' : OK. Mais c'est... Non, mais euh... ''[la musique de Ricky Martins reprend du début]''. Eh, Phildar, s'il te plaît !
'''Phildar''' : Attends, c'est pas moi !
'''Gérard''' : Non, mais celui qui s'amuse à l'enregistrer, qui le repasse... Ça va mal aller. ''[la musique continue, en fond et les auditeurs chantent, chaotiquement, dessus]''.
'''Gérard''' : Bon Dino, j t'écoute... Euh, je réponds à la question, alors ?
'''Dino''' : Bah oui. Bah, je sais pas, depuis tout à l'heure tu parles et... Bah, en fait, suite à quand je suis resté bloqué dans un ascenseur, j'ai décidé de faire des... ''[la musique repart]''. Eh, mais arrêtez de chanter là ! Je suis en train de parler !
'''Poirot''' : Ouais, un peu de respect.
'''Dino''' : Ouais, merci. Donc, bah, en fait, je me suis voué à fond dans la réparation de l'ascenseur. Et, bah, j'étais réparateur d'ascenseur pendant 6 mois. Ça paye bien, en plus. Mais j'ai été viré. Quand la Société Protectrice des Ascenseurs a vu mon nom, alors qu'ils avaient vu que j'avais chié dans un ascenseur, bah, ils m'ont viré.
'''Gérard''' : Ouais, d'accord. Dino, si c'est pour rester pendant pas loin de deux minutes à dire tes conneries comme ça, j'aurais préféré que tu t'abstiennes. Poirot ? Tu réponds, c'est à ton tour.
'''Poirot''' : Bon, alors, je voulais dire que j'ai aucun fantasme sur les réparatrices d'ascenseurs, surtout que dans mon pays, là, dans ma ville, on les surnomme les petits Discourds. Et si tu veux, c'est vraiment une sale gueule et on les aime pas du tout. C'est pour ça, quoi, j'ai aucun fantasme.
'''Gérard''' : Ok. Euh, Merle ?
'''Merle''' : Bah, moi, moi, ouais, effectivement, j'ai des fantasmes sur les réparateurs d'ascenseurs, surtout ceux qui s'appellent Gérard.
'''Phildar''' : Comme par hasard !
'''Merle''', ''[insistante crescendo]'' : C'est pas ma faute si je suis amoureuse de lui, hein ?
'''Gérard''' : Non, non, mais ça y est, mon cœur, il a déjà pris. Alors, donc, tu vas te calmer, s'il te plaît. Hein ? Merle, tu vas te calmer, tu vas arrêter de dire que t'es amoureuse de moi, d'accord ?
'''Merle''' : Je tente ma chance, hein, Gérard.
'''Gérard''' : Non, non, mais, de toute manière, ta chance, tu l'auras pas avec moi.
'''Merle''', ''[transie]'' : Bah, si, je l'aurai.
'''Gérard''' : Non, tu l'auras pas.
'''Merle''', ''[presqu'agressive]'' : Si, je vais venir.
'''Gérard ''' : Bon, bah, alors là, tu viens quand tu veux devant la radio et...
'''Merle''' : Je vais venir, je vais te coincer dans l'ascenseur.
'''Phildar ''' : Il y a pas d'ascenseur à la radio ! On t'a eu, hein !
'''Merle''' : Dans les toilettes.
'''Gérard''' : Ouais, bah, moi, je te coince entre deux portes, hein.
'''Merle''' : Je vais ouvrir ta braquette.
'''Fantômette''' : Oui ! Euh... Oui, tout à fait ! Ça m'excite, les mecs qui portent des blouses. Voilà.
'''Gérard''' : Et pourquoi ?
'''Fantômette''' : Ils sont beaux, ils sont musclés.
'''Poirot''' : Un pharmacien, par exemple, ça t'excite ?
'''Fantômette''' : J'ai pas compris.
'''Gérard''', ''[explose ]'' : Un pharmacien, les oreilles, c'est comme le cul,
ça se lave !
'''Fantômette''' : Non, pas un pharmacien ! Juste ceux qui ont la blouse bleue.
'''Serviette''' : Bah, moi, si c'est un grand blond d'un mètre quatre-vingt-quatre, ouais, ça m'excite.
'''Dino''' : Ah, je suis là.
'''Gérard ''' : Un grand blond d'un mètre quatre-vingt-quatre ? ''[La musique Mais non, mais non, commence]''. Bon, ça y est, là, celui qui met de la musique de merde ! Manu, s'il te plaît !
'''Manu''' : Je suis en train de chercher, Gérard. Mais je sais pas d'où ça vient, c'est là, le problème.
'''Gérard''' : Ah, mais ça commence à bien faire, celui-là.
'''Manu''' : Je sais bien, mais je cherche.
'''Gérard''' : Ok, euh, et puis, qui c'est qu'il me reste ?
'''Crevette''' : Crevette !
'''Gérard''' : Non, euh... Bah, attends, comment que ça se fait qu'on a Crevette alors que...
'''Manu''' : Bah, c'est normal. Bah, on a Poirot, Crevette, Caliméro, euh, Dino, Merle, Fantômette et Serviette. Voilà.
'''Crevette''' : Et là, c'est crevette. Euh, bah, non, c'est pas trop mon truc. Mais non, mais non.
'''Gérard''' : Non, mais oui, mais oui, celui qui s'amuse à mettre ça, ça commence à me gonfler.
'''Crevette''' : Ouais, moi, c'est pas trop mon truc, mais s'il a de belles fesses et une belle clé à molette, ouais.
'''Gérard''' : D'accord. Et... Ah, bah, si, il nous reste... Il nous reste quelqu'un, quand même, Manu ?
'''Phildar''' : Bah, tulipe. Bah, elle est où, Tulipe ?
'''Tulipe''' : Je suis là.
'''Dino''' : C'est plutôt un chou-fleur.
'''Gérard''' : Le chou-fleur, il t'emmerde.
'''Tulipe''' : Non, j'ai aucun fantasme avec un réparateur.
'''Phildar''' : Pourquoi ?
'''Tulipe''' : Parce que j'ai aucun fantasme avec les réparateurs, ça m'excite pas du tout.
'''Gérard''' : Non, mais attendez, attendez. Laissez-la... Elle vous dit non. Moi, dans ce cas-là, je vais lui demander si un jour... t'as un problème avec, je sais pas, un réparateur d'ascenseur qui est du côté de la radio et qui te plaît, tu fais quoi ?
'''Phildar''' : Ah, oui, question piège. Ah, Tulipe, là, t'es mal barrée.
'''Manu''', ''[ironique]'' : Ah, là, c'est clair pour répondre.
'''Tulipe''' : Bah, on verra s'il est assez mignon, pourquoi pas.
'''Manu''' : Et s'il porte un t-shirt XL ?
'''Phildar''' : Ou une moustache ?
'''Tulipe''' : Là, je suis partante.
'''Merle''' : Gérard, je suis jalouse.
'''Gérard''' : Bon, bah, attends, Merle. Merle, je vais te dire... Merle, si t'es jalouse, je vais te dire une chose... Tu te calmes, OK ?
'''Calimero''' : Eh, Gégé, Tulipe, elle sent pas la rose.
'''Gérard''' : Mais alors, il vaut mieux sentir une tulipe qu'une grosse. Eh, il vaut mieux sentir... Eh, une tulipe, tu les récupères dans un champ de coquelicots ?
'''Merle''', ''[furieuse]'' : Eh, Gégé, tu dragues pas devant moi, hein.
'''Gérard''' : Bon, attends, je fais ce que je veux, d'accord ?
'''Tulipe''' : Par contre, je sens la lavande.
'''Poirot''' : Il est parti, coquelicot.
'''Merle''' : Moi, je sens la rose.
'''Gérard''' : Ouais, bah, moi, je sens la merde.
'''Crevette''' : Moi, je sens la crevette.
'''Phildar''' : Ah, ça, je savais.
'''Manu''' : Ça, tu viens de le dire, hein. On confirme tous. On est tous d'accord avec toi.
'''Gérard''' : Bon, attends, moi, mais les crevettes, j'aime pas ça. Euh, donc, s'il vous plaît. S'il vous plaît ! Oh, putain, il commence à m'énerver, lui, avec son mais oui, mais oui, là. Maintenant, je vais vous dire à peu près le truc que j'ai sous les yeux. Il y a 38... Oh !
'''Phildar''' : Vas-y, Gérard, pose les statistiques.
'''Gérard''' : Il y a 38% des gens qui ont été interrogés, qui ont dit oui pour jouer avec son gros câble et ses poulies. Attendez, au lieu de vous marrer comme des pétasses, là, derrière, merci.
'''Merle''' : Et oh, tu te calmes, le mongolien !
'''Gérard''' : Attends, si t'es pas contente, toi, la pétasse, tu vas te faire foutre. Alors, je vais te dire une chose que... Malpoli, moi, je t'emmerde. OK ? Merci à la nana qui est... Donc, non, elle préfère se mettre directement à l'ascenseur, ça, c'est pas mal. Et 10% n'ont pas écouté la question. Alors ça, les gens qui sont...
'''Phildar''' : Ils sont bêtes, les gens.
'''Gérard''' : Non, mais ils sont complètement cons. De tte manière, moi, je vais pas continuer à lire leur saloperie.
'''Phildar''' : Non, c'est pas grave s'ils sont bêtes, Gérard.
'''Manu''' : C'est la réponse des gens dans la rue. S'ils sont bêtes, on n'y peut rien, nous.
'''Gérard''' : Donc, la cinquième. Prenez-vous l'ascenseur ou un escalier ?
'''Manu''' : T'entends rien.
'''Phildar''' : Sandy, y a un problème ? Oh, merde !
'''Manu''' : Chut ! TUlipe.
'''Phildar''' : Mais non, mais non, c'est... Non, connerie, connerie.
'''Phildar''' : Je me suis trompé, je me suis trompé. Donc, tu peux répéter la question ?
'''Gérard''', ''[boudeur]'' : Alors, prenez-vous... Prenez-vous l'ascenseur ou plutôt l'escalier ?
'''Phildar''' : Alors, répondez, réveillez-vous, les auditeurs.
'''Manu''' : Non, ils sont bien dressés, là. Ils attendent que Gérard leur demande.
'''Gérard''', ''[crescendo]'' : Poirot ! POIROT ! Tu me le dégages, lui. Allez, hop !
'''Phildar''' : Allez, tu le remets dans le panier.
'''Gérard''' : Allez, lui, il va aller chercher ses pommes de terre pour faire sa soupe demain.
'''Manu''' : Cassé, cassé, cassé.
'''Tulipe''' : T'as oublié les carottes.
'''Gérard''' : Euh... Kelnuméro ?
'''Calimero''' : Ouais, alors, j'ai le problème, c'est que chez moi, c'est très compliqué. Alors, déjà, il faut prendre un ascenseur qui descend. Et après, t'as quand même 5 étages à faire avec un escalier en collimason de travers, quoi.
'''Gérard''' : Alors, tu connais le... Non, non, tu vas pas repasser au standard. Donc, avant que Dino, Crevette, Merle, Fantômette, Serviette et Tulipe répondent. Donc, est-ce que tu connais le... La petite blague ?
'''Calimero''' : Non, vas-y. Fais-nous rire, fais-nous rire.
'''Gérard''' : On va demander à Tulipe, parce que je pense qu'elle ne l'a jamais entendue. Donc, non, mais tu peux me les mettre tous là pour qu'ils écoutent.
'''Serviette''' : Raconte-la à Tulipe si tu ne l'as jamais entendue.
'''Gérard''' : Alors, qu'est-ce qui est vert, qui monte et qui descend ?
'''Phildar''' : Ah, alors ?
'''Poirot''' : Le cul de Tarzan.
'''Tulipe''' : La petite bêbête.
'''Calimero''' : Je ne sais pas, un lombric dans le derrière de Gégé ?
'''Gérard''' : Eh, punaise, mais arrêtez vos conneries. Qu'est-ce qui est vert, qui monte et qui descend ?
'''Manu''' : Il n'avait pas tort, hein.
'''Phildar''' : Je ne sais pas, un petit pois dans un ascenseur ?
'''Gérard''' : Voilà !
'''Manu''' : Elle est bonne !
'''Serviette''' : Elle est à chier !
'''Gérard''' : Qu'est-ce qui est orange et qui se prend avec un... Un... Un... Un économe ? Et qu'on mange pour être aimable dans un ascenseur ?
'''Calimero''' : Un ballon de basket ?
'''Fantômette''' : Une orange ?
'''Manu''' : Je crois qu'il vient de l'inventer, celle-là.
'''Tulipe''' : Des carottes !
Ouais !
'''Phildar''' : Des carottes comment ? À l'eau.
'''Manu''' : Non, râpées.
'''Tulipe''' : Ouais, des carottes râpées.
'''Gérard''', ''[déçu]'' : Ouais, mais qui c'est qui a été lui souffler ?
'''Manu''' : C'est moi.
'''Gérard''' : Il ne fallait pas.
'''Phildar''' : J'ai d'ailleurs... Sur Minitel, une petite pause Minitel, il y a pas mal de connectés, toujours Gestapo qui est super sympa, il y a aussi Steph. Gestapo, un fan de fun, hein, fan de fun. Et il y a Steph qui dit que Gégé est un grand comique et qu'il aimerait que tu fasses plus souvent des blagues.
'''Manu''' : Ah, là, il a raison sur ce point.
'''Gérard''' : Donc, on va demander à Dino.
'''Dino''' : Enfin ! Enfin ! Ben, en fait, moi, Gérard, je ne prends plus que l'escalier parce que je boycotte les ascenseurs suite à... ce que la compagnie générale m'ait renvoyé.
'''Calimero''' : Non, c'est pas bien, ça.
'''Dino''' : Ah, non, écoutez, je fais ce que je veux.
'''Gérard''' : Bon, ça y est, ça y est, ça y est.
'''Dino''' : Quoi, ça y est ?
'''Gérard''' : Non, mais attends, Dino, c'est pas à toi que je dis ça y est, c'est celui qui te coupe la parole.
'''Poirot''' : C'est quoi, la question ?
'''Gérard''' : C'est quoi, la question ? Celui qui demande c'est quoi, la question, tu vas aller voir Manu au standard, s'il te plaît, merci.
'''Manu''' : Oui mais il ne peut pas me voir, on est au téléphone.
'''Dino''' : C'est pas fini, Gérard.
'''Gérard''' : Non, mais je t'écoute.
'''Dino''' : Ah, merci. Eh bien, comme je t'ai dit, comme j'ai été renvoyé, moi, maintenant, je boycotte les ascenseurs et ça me pose énormément de problèmes parce que maintenant, je suis laveur de carreaux et quand je travaille sur des grandes tours, des immeubles, il faut que je me tape des vingtaines d'étages à pied.
'''Gérard''' : Mais il y a des appareils... Non, mais attends, il y a quand même des appareils pour laver les ascenseurs ?
'''Manu''' : Il y a des ascenseurs pour laver les carreaux, c'est ça ?
'''Gérard''' : Voilà. Non, mais il y a des... Non, mais il y a... Donc, je te réponds, donc il y a des appareils maintenant pour laver les carreaux.
'''Dino''' : Mais tu n'as pas compris ce que je t'ai dit.
'''Gérard''' : Non, mais je ne comprends rien. Dis carrément que je suis con, ça vaudra mieux.
'''Manu''' : Allez, dis-le, dis-le.
'''Crevette''' : Oui, ben moi, j'ai peur des escaliers.
'''Gérard''' : Et pourquoi ?
'''Crevette''' : Parce que je me suis cassé la gueule quand j'étais gamin dans un escalier.
'''Gérard''' : Non, mais attends, Crevette. Crevette, tu réponds correct... Crevette, s'il te plaît, tu réponds... Eh, dépêchez-vous parce que là, il me reste... Non, allez. Allez. Bon, ça y est, c'est tout ? T'as peur des ascenseurs, c'est tout.
'''Manu''' : Non, des escaliers.
'''Crevette''' : Non, je ne peux même pas répondre. J'ai un peu peur des ascenseurs, mais un peu moins que les escaliers.
'''Gérard''' : D'accord. Euh, Merle.
'''Merle''' : Oui, mon amour.
'''Géard''' : Non, je ne suis pas ton amour, d'accord ? Tu restes polie, s'il te plaît, merci. ''[Gérard éructe alors bruyamment]''. Pardon.
'''Manu''' : Ah, ben, c'est joli, ça. Ah, ben, après avoir dit d'être poli, ça, c'est sympathique.
'''Crevette''' : Moi, ça fait trois mois que je rote à l'antenne et à chaque fois, je me fais engueuler.
'''Gérard''' : Moi, je peux me permettre, parce que c'est mon émission, je fais ce que je veux.
'''Manu''' : Et moi, je peux, Gérard, j'ai une dérogation ?
'''Gérard''' : Non.
'''Manu''' : Oh, s'il te plaît.
'''Poirot''' : Allez, pour Manu.
'''Gérard''' : Vas-y, fais-la, ta dérogation. ''[Manu éructe, de manière forcée mais bruyante]''. Voilà, c'est bon. Bon Merle ?
'''Merle''' : Oui, mon chéri.
'''Gérard''' : Non, il n'y a pas de ton chéri, d'accord ?
'''Merle''' : D'accord, mon canard.
'''Gérard''' : Moi, tout à l'heure... Moi, je vais te poser une question, Merle.
'''Merle''' : Oui mon poussin ?
'''Crevette''' : Gérard, Gérard, bouge pas, je te... ''[bruit d'une touche de téléphone enfoncée]'' sous la table.
'''Gérard''' : Eh, Merle, à force de dire mon poussin, mon chéri, t'es jamais resté coincé à poil dans un ascenseur, toi ?
'''Merle''' : Si, je suis restée coincée avec toi.
'''Gérard''' : Oh non, pas avec moi, parce que je ne te connais pas. Merci. Fantômette ? Oui, tu réponds à la question.
'''Fantômette''' : Moi, je prends tout le temps l'escalier, c'est pour me muscler les mollets. Pour entretenir ma forme physique.
'''Serviette''' : Moi, je prends plutôt l'escalier, plus tard l'ascenseur.
'''Gérard''' : Ok. Donc, êtes-vous... Téléphonez-vous d'un ascenseur ou autre, ou monte-charge ? Euh, attendez, il y a Tulip qui n'a pas répondu, pardon.
'''Phildar''' : On l'avait oublié.
'''Merle''' : On s'en fout.
'''Gérard''' : Alors, attends, Merle, tu dégages, voilà, merci.
'''Merle''' : C'est pas moi... ''[coupure]''.
'''Phildar''' : Bien, Manu, pour une fois.
'''Manu''' : Sur le coup, numéro un, merci.
'''Tulipe''' : Non, moi, je préfère pas prendre l'ascenseur, vu que j'ai peur des ascenseurs, alors je prends toujours les escaliers.
'''Gérard''' : Euh, attention, celui qui recommence, parce que ça va faire comme avec Merle...
'''Manu''' : Oui, attention, mais Gérard, je viens de me poser... J'ai un énorme problème. Admettons que Tulip dise une connerie énorme. Comment je fais pour la mettre... Pour la zapper ? Pour la dégager ?
'''Serviette''' : Tu lui mets une tarte dans la gueule.
'''Crevette''' : Faut 'abord l'allonger.
'''Manu''' : Oui, ça, je pourrais, je pourrais tout faire, mais comment je fais, Gérard ?
'''Gérard''', ''[pointant Phildar]'' : Tu demandes en face de moi, là-bas.
'''Phildar''' : Eh ouais, c'est moi qui va la dégager.
'''Crevette''' : Tractopelle.
'''Gérard''' : Attends, toi, tractopelle, tu dégages. Merci pour tractopelle, tu me dégages ça, Manu, s'il te plaît.
'''Manu''' : Je finis de rire et je le tèj.
'''Phildar''' : Mais il rentrera jamais le tractopelle dans le studio.
'''Fantômette''' : Oui, Tulip. Quand tu prends l'escalier, t'en profites pour faire du sport ?
'''Tulipe''' : Bah oui, ça me muscle les jambes et puis les mollets, surtout.
'''Fantômette''' : Ouais, voilà, comme moi, voilà.
'''Calimero''' : Gégé, c'est Calimero. J'ai une question, moi aussi, pour Tulip. Est-ce que je pourrais la butiner ?
'''Gérard''' : Alors, là, tu vois...
'''Manu''' : C'est mignon, Gérard.
'''Phildar''' : C'est un poète. Tulip, alors ?
'''Tulipe''' : Non, non, pas du tout.
'''Calimero''' : Pourquoi ?
'''Tulipe''' : Pourquoi ? Parce que je préfère les hommes plus âgés, c'est tout.
'''Calimero''' : Bah, je peux te chatouiller le pistil.
'''Crevette''' : Elle préfère le gland gland des chênes.
'''Tukipe''' : Non, mais t'inquiète pas, j'ai déjà quelqu'un, donc...
'''Calimero''' : Mais j'ai une grosse racine et tout.
'''Gérard''' : Donc, ça y est, t'as fini tes conneries, Kelnuméro ? ''[sévère]''. Merci. Alors, téléphonez-vous d'un ascenseur ou d'un monte-charge ?
'''Phildar''' : Attends, Gérard, t'avais pas dit les petites statistiques sur cette question.
'''Gérard''' : Non, non, là-dessus...
'''Phildar''' : Non, mais moi, je vais les dire rapidement. Alors, 45... 55% des gens préfèrent prendre l'ascenseur... Euh, l'escalier, pardon, parce que c'est gratuit. Et 55% des gens préfèrent prendre l'ascenseur car ils aiment se regarder dans la glace. Voilà.
'''Gérard''' : Dans la glace de l'ascenseur, pour préciser.
'''Tulipe''', ''[confirmée par Gérard]'' : Et s'il n'y a pas de glace ?
'''Manu''' : Bah, ils changent d'ascenseur.
'''Gérard''' : Voilà, merci, Manu.
'''Crevette''' : Sinon, il y a le rétroviseur du tractopelle.
'''Gérard''' : Qui c'est qui vient de dire ça ?
'''Crevette''' : Dino.
'''Gérard''' : Eh bah, Dino, bonne nuit.
'''Phildar''' : Non, non, non, c'est pas Dino. La sixième question.
'''Gérard''' : Non, la septième parce que... Il est trop tard, maintenant. Il y a onze questions. Téléphonez-vous d'un ascenseur ou d'un monte-charge ou autre ?
'''Dino''' : Gérard, c'est Dino, je peux répondre ? Bah, en fait, moi, je téléphone quand il y a un téléphone dans l'ascenseur. Et... Et par rapport au monte-charge, je voulais faire une petite anecdote. ''[Gérard soupire d'impatience. Fantômette est joyeuse]''.
'''Gérard''', ''[explose]'' : Oh, là, Fantômette tu vas te calmer, s'il te plaît. Qu'est-ce que j'ai dit tout à l'heure ?
'''Manu''' : Non, c'est pas elle.
'''Dino''' : Alors, en fait, je voulais déconseiller aux gens d'utiliser leur téléphone sur un monte-charge parce que ça crée des interférences suite aux signaux gamma des pistons du monte-charge, mais je vais pas rentrer dans les détails. Et, bah, en fait, faut pas utiliser les téléphones cellulaires, quoi.
'''Crevette''' : Faudrait demander à Goldorak pour ça.
'''Calimero''' : Gégé, est-ce que toi, ton monte des charges ?
'''Gérard''' : C'est qui ? Bon, alors, Calimero, tu réponds à la question correctement, s'il te plaît, merci.
'''Calimero''' : Non, mais je te demandais à toi, tu montes des charges ou pas ?
'''Dino''' : Bah, il en monte une, en tout cas.
'''Manu''' : Bon, on va reprendre la question un par un, tout le monde. Ça va être bien.
'''Calimero''' : Tu peux me répéter la question ? Est-ce que je téléphone dans les ascenseurs ou dans les monte-charge, c'est ça ? Et les escaliers, t'en fais quoi ?
'''Manu''' : C'est ou autre, les escaliers ?
'''Calimero''' : Ah, non, moi, je téléphone que dans les escaliers. Parce que t'as dit relais dans les escaliers, dans un ascenseur, tu peux pas, c'est clair, c'est pas possible.
'''Dino''' : À moins que t'aies un téléphone à pièce.
'''Gérard''' : Tte manière, je peux te dire une chose, que dans un ascenseur, tu peux pas prendre ton portable, d'accord ?
'''Calimero''' : Si t'as un téléphone à pièce, comme disait Dino, tu peux appeler, hein.
'''Crevette''' : Je pense que j'appellerais pour foutre un peu le bordel dans l'immeuble, mais c'est tout.
'''Calimero''' : T'as déjà vu une crevette téléphoner, toi ?
'''Fantômette''' : Oui, moi, j'appelle de l'ascenseur ou des escaliers, ça dépend des machines, si c'est à sous ou bien à carte.
'''Gérard''' : Ah, bah, dans un ascenseur, t'as déjà vu des machines à sous ou à carte ?
'''Fantômette''' : Non, le téléphone, s'il faut mettre des pièces ou la carte.
'''Gérard''' : Non, mais dans un ascenseur, t'as déjà vu des machines... T'as déjà vu ça ? Tu me diras où.
'''Fantômette''' : Bah, dans l'immeuble où j'habite.
'''Manu''' : Il paraît que dans l'Empire State Building, aux Etats-Unis, il y a des cabines dans tous les ascenseurs. ''[Gérard soupire, dégoûté]''. Ah, c'est vrai, je suis désolé.
'''Serviette''' : Ouais, bah, moi, je téléphone d'une cabine téléphonique.
'''Tulipe''' : Non, moi, je peux pas t'appeler avec mon portable parce que...
'''Phildar''' : Il est pas rechargé ?
'''Tulipe''' : Mon téléphone, il est toujours en dérangement.
'''Crevette''' : Ah, mais c'est hors sujet, là.
'''Gérard''' : Non, mais téléphonez-vous d'un ascenseur ou autre, ou monte-charge. Tu peux très bien avoir un portable sur toi pour téléphoner d'un ascenseur ou dans une cage d'escalier ou dans un monte-charge.
'''Manu''' : Ou autre.
'''Dino''' : Appelez pas d'un monte-charge avec un portable. Ça peut vous ruiner le cerveau.
'''Calimero''' : Ça va péter à la gueule.
'''Gérard''' : Eh tu restes poli, celui qui dit ça, d'accord ? D'accord, Dino ? Alors, donc, il y a, d'après ce que j'ai... j'ai ça sous les yeux. 20% téléphonent... ''[bruit de clavier téléphonique]''. Bon, là, ça commence à bien faire, celui-là. 20% téléphonent avec un portable. 10% téléphonent avec un téléphone avec fil et portabe.
'''Calimero''' : Portable, le.
'''Serviette''' : Il y a un L. Entre le B et le E, il y a un L.
'''Gérard''' : Et entre ta chatte et ma bite, il y a quoi ?
'''Phildar''' : Ah, bah, il y a une différence.
'''Calimero''' : Oh, les gros mots, les insultes.
'''Manu''' : Elle n'est pas grande, la différence, mais il y en a une, quand même.
'''Gérard''' : Donc, 30%, ça dépend qui l'appelle. Et 40% ne téléphonent que dans les monte-charge à cause du poids du téléphone. Alors, là, je voudrais bien savoir le petit con qui a été mettre ça, parce que...
'''Phildar''' : Je ne sais plus comment il s'appelle, mais on l'avait interviewé dans la rue, oui.
'''Gérard''' : Alors, donc, on va faire la huitième. Parce qu'il me reste encore un petit quart d'heure.
'''Phildar''' : Bah, tu vas la poser, la huitième, et puis on va mettre un petit disque.
'''Gérard''' : Trouvez-vous qu'il n'y a pas assez d'ascenseurs dans les cités, donc on va s'écouter... La vie à deux, c'est mieux quand on est seul avec quelqu'un qui pue.
''[Musique]''
'''Gérard''' : Et voilà. Et voilà. Donc, c'est la suite et la fin des débats de Gérard. On récupère Tulip. Quel numéro ? Martin. Crevette. Fantômette. Serviette. Et à la place de Merle, n n'a personne, hein.
'''Manu''' : Ben non, j'ai pas trouvé de fille au standard.
'''Gérard''' : OK, c'est bon. C'est bon, c'est bon, c'est pas grave. Donc, alors, trouvez-vous qu'il y a moins de... qu'il n'y a pas assez d'ascenseurs dans les cités, donc on va demander à Kelnuméro ?
'''Calimero''' : Bon, mais elle vient d'où, cette question, là ?
'''Gérard''' : Elle vient d'où ? Ben, tu demanderas à Phildar, c'est lui qui a...
'''Phildar''' : Ah non, non, c'est pas moi, c'est pas moi.
'''Calimero''' : C'est toujours les autres !
'''Manu''' : C'est la tienne, celle-là.
'''Calimero''' : Eh, de toute façon, je vais te dire une chose, si c'est lui, ça veut dire que tu fais pas ton travail toi-même. Donc, c'est pas mieux.
'''Gérard''' : Et alors... J'ai le droit de venir le mardi pour savoir si les questions plaisent, OK ?
'''Calimero''' : Ouais, mais si on fait ton travail à ta place et que...
'''Phildar et Manu''' : C'est pas grave ! C'est pas grave, on va essayer de répondre.
'''Calimero''' : Alors, oui, dans « Les Cités d'Or », non, il n'y avait pas d'ascenseurs à l'époque.
'''Gérard''' : D'accord. Martin ?
'''Martin''' : Oui, ben moi, les ascenseurs, je trouve que c'est une espèce en voie de prolifération. Il faut vraiment stopper leur progression avant qu'ils n'envahissent toute la Terre. Donc : moins d'ascenseurs dans les banlieues, s'il vous plaît. Il y en a trop.
'''Gérard''' : Non, attends. Non. Crevette ?
'''Crevette''' : Ouais, ben Crevette, moi je dis qu'il en faut plus parce que, comme ça, on peut taguer partout dedans.
'''Fantômette''' : Écoute, moi je suis d'accord avec le garçon qui dit qu'il y en a marre des ascenseurs.
'''Martin''' : C'est Martin qui dit ça.
'''Fantômette''' : Bon, Martin, je suis d'accord avec Martin parce qu'il y en a marre des ascenseurs. Il faut arrêter le phénomène.
'''Martin''' : Moi aussi, je t'aime.
'''Serviette''' : Je m'en fous.
'''Gérard''' : Ah bon ? Et pourquoi tu t'en fous ?
'''Serviette''' : Bah, parce que je me suis pas posé la question et je m'en fous.
'''Gérard''' : Et Tulipe ?
'''Tulipe''' : Oui, je pense qu'il n'y a pas assez d'ascenseurs dans les cités parce que, dans les vieux immeubles, il n'y a pas d'ascenseurs. Et puis c'est gênant pour les personnes âgées quand elles reviennent avec des courses.
'''Serviette''' : Elles ont qu'à aller à la maison de retraite !
'''Gérard''' : Attends ! Qui c'est qui vient de dire ça ? Ouais, mais attends, Serviette ! Je vais te dire une chose, t'as quel âge, s'il te plaît ?
'''Serviette''' : J'ai 24 ans. Mais dans les maisons de retraite, il y a des ascenseurs.
'''Gérard''' : Ouais, mais attends ! Pourquoi tu réponds comme ça à Tulipe ? Moi, je vais te dire une chose : c'est que les personnes âgées ont le droit de prendre l'ascenseur comme tout le monde, d'accord ?
'''Martin''' : Ah, et il y a les gendarmes de Suresnes sur la une, là !
'''Gérard''' : Ouais, toi, tu vas dégager tout à l'heure. Tu vas voir les gendarmes de ta sœur tout à l'heure !
'''Tulipe''' : Il y a aussi des personnes qui aiment bien rester chez elles, les personnes âgées.
'''Martin''' : Ils sont chez M. Cousin !
'''Gérard''' : Alors toi, tu dégages. Bonne nuit. Bonne nuit pour celui-là.
'''Manu''' : Faut manger un couscous, il a dit !
'''Gérard''' : Ah non, mais je veux pas savoir qui c'est. Tu le dégages. Donc, Serviette, moi je vais te dire une chose : dans ce cas-là, le jour où tu verras une personne âgée avec un caddie, avec des courses, tu ne l'aideras pas à monter jusqu'à chez elle ?
'''Serviette''' : Elle se démarde !
'''Gérard''' : Attends, alors Serviette, je vais te dire une chose...
'''Crevette''' : Je la pousse !
'''Gérard''' : Non, non, attendez, attendez !
'''Calimero''' : Les cartes vermeil, il y en a trop.
'''Gérard''' : Bon, ben, vous me laissez finir ? Alors, Serviette, je vais te dire une chose : t'as pas de cœur pour les personnes âgées. Alors prends leur place, et tu verras comment que tu vas te faire jeter par les gens plus jeunes !
'''Serviette''' :Tu verras quand tu seras vieux.
'''Gérard''' : Pour l'instant, j'ai 35 ans et jusqu'à maintenant, c'est bon.
'''Phildar''' : Gérard, t'as déjà aidé une personne âgée à monter son caddie dans l'ascenseur ?
'''Manu''' : Oui, il l'a ramené chez lui, le caddie ! Bravo.
'''Gérard''' : Non, moi j'ai aidé des personnes âgées. Attends, Fantômette s'il te plaît, je réponds à la question à Phildar. Oui, j'ai aidé des personnes âgées à monter leur caddie. Oui.
'''Fantômette''' : J'ai une question à poser à Tulipe. Je voulais te demander, Tulipe : dans quel sens tu penses que les personnes âgées ont le droit de monter dans l'ascenseur avec du cœur ? Explique-moi.
'''Gérard''' : Non, mais attends, c'est moi qui te réponds. Dans quel sens tu veux dire "avec du cœur" ?
'''Tulipe''' : C'est parce qu'elle est cardiaque, ça doit être ça.
'''Fantômette''' : Voilà, c'est ça ! Ben voilà. Il faut l'aider, sinon elle va avoir une crise cardiaque. Voilà, c'est ce que je lui demande. Alors, dans quel sens tu penses faire monter les gens dans l'ascenseur avec du cœur ?
'''Crevette''' : En la poussant dedans.
'''Tulipe''' : Non, c'est pas ça. Mais disons que les personnes âgées, pour aller prendre l'ascenseur, il n'y a pas beaucoup de marches à monter. S'il y a trois-quatre marches, elle peut prendre les trois-quatre marches et puis prendre l'ascenseur après.
'''Calimero''' : Tulipe, je peux te poser une question ? C'est Calimero.
'''Tulipe''' : Oui ?
'''Calimero''' : Est-ce que je pourrais te rempoter ? Parce que j'ai l'impression que ça a besoin d'un rempotage.
'''Gérard''' : Alors, Kelnuméro !
'''Phildar''' : Quel numéro t'es, toi ? Quel numéro ?
'''Manu''' : C'est la ligne 3 sur mon standard.
'''Gérard''' : Quel numéro ? Tu vas... la 3 ? Tu retournes à la 3 et tu retournes chez toi ! Tu ne finiras pas les débats. Merci, salut. Salut, Kelnuméro. Salut, salut, salut...
'''Manu''' : C'est pas grave, on enchaîne. On enchaîne, on enchaîne. Si, c'est Gérard qui commande ! On enchaîne.
'''Gérard''' : C'est qui, pour finir, qui veut me poser une question vite fait, là ?
'''Martin''' : C'est Martin. Je me demandais ce que tu pensais des immeubles où il n'y avait que des escaliers et des handicapés qui circulent avec des fauteuils roulants. Comment ils font, à ton avis ?
'''Gérard''' : Justement, là, c'est une très... Non, non, attendez ! Vous me laissez répondre à la question de Martin. Je peux te dire une chose : j'ai subi ça. Et pour moi... Tu permets ? Celui qui veut répondre à ma place, s'il veut prendre mes débats, il le dit ! Il vient voir le chef tout de suite, d'accord ? Alors maintenant, vous allez vous calmer. Donc, Martin, moi j'ai vécu ça. Mais je peux te dire une chose : c'est que c'est pas tellement... ''[quelqu'un siffle un air]''.
'''Calimero''' : C'est quoi ça, déjà ?
'''Gérard''' : Bon Crevette et Kelnuméro, vous dégagez !
'''Crevette''' : Non, j'ai rien fait ! Attends, non mais oh !
'''Manu''' : Non, j'avais une réponse à la question : moi, je les ai vus passer par la fenêtre.
'''Gérard''' : Non. Moi, je peux te dire une chose : une personne qui est handicapée avec un fauteuil roulant, si t'as pas de voisin à côté pour l'aider à descendre, eh bien... Elle est bien emmerdée !
'''Martin''' : Mais c'est fini maintenant.
'''Gérard''' : Oui, peut-être c'est fini, mais j'ai eu des problèmes. C'est tout. C'est tout, c'est tout. Ça y est, c'est terminé. Donc conclusion, Kelnuméro, ta conclusion du deuxième débat.
'''Phildar''' : C'est Calimero, pas "quel numéro", Gérard.
'''Calimero''' : Donc, moi je voulais dire que t'as quand même oublié de parler d'une chose : c'est qu'il y a quand même une autre solution pour les personnes âgées et pour les ascenseurs, c'est qu'elles peuvent descendre en rappel le long du mur avec le fauteuil. Il n'y a pas de problème.
'''Serviette''' : Non, mais il y a un trou pour passer le cercueil de toute façon.
'''Gérard''' : D'accord, c'est bien. Merci à toi et à la prochaine. Martin ?
'''Martin''' : Oui, moi je trouve que les ascenseurs, c'est bien, mais en abuser, ça craint.
'''Gérard''' : Comment ?
'''Martin''' : Un ascenseur, c'est bien, mais en abuser, ça craint. Et une autre chose qu'on aurait pu aborder aussi, c'est le fait que les ascenseurs jeunent. Quand ils sont jeunes, si tu veux, ils ont plein de boutons, ils ont de l'acné. Et au fur et à mesure qu'ils vieillissent, ils ont de moins en moins de boutons.
'''Manu''' : C'est sûr !
'''Manu''' : Mais plus de rides.
'''Gérard''' : Et Crevette ?
'''Crevette''' : Oui ? Donc, moi ce que je peux dire, c'est que, en fait, Laura Clanvec avait dit par rapport à ce sujet : « J'entends une vague aux eaux rouges, une vague à l'écume noire ». Ça s'adapte à la conclusion.
'''Gérard''' : Oui, d'accord. Eh bien, alors, bonne nuit.
'''Fantômette''' : Écoute, Gégé, en fait, un débat intéressant. Donc, nous avons monté, nous avons descendu l'ascenseur et les escaliers. Nous avons fait de l'exercice physique et un débat très intéressant. Je t'embrasse, j'embrasse Ringo et toute l'équipe.
'''Serviette''' : Oui. Pour moi, je dis que l'ascenseur, c'est une belle invention et que c'est le meilleur ami de l'homme.
'''Gérard''' : Donc, Tulipe ?
'''Tulipe''' : Bah, écoute, oui, c'était un débat très intéressant et je pense qu'ils devraient faire plus d'ascenseurs sur les vieux immeubles.
'''Gérard''' : OK. Moi, je peux vous dire que c'est bizarre parce que j'ai remarqué une chose par rapport à mon équipe : c'est toujours le deuxième qui marche le mieux. Donc, je voudrais que la semaine prochaine... J'ai pas encore les thèmes du débat, donc dès que je les aurai, je vous en ferai part.
'''Phildar''' : Ça veut dire quoi, Gérard, ce que tu viens de dire, là ?
'''Gérard''' : Ben, ça veut dire que la semaine prochaine, je voudrais que les deux débats se passent comme le deuxième. Pas que le premier... il foire et que le deuxième se passe le mieux. Donc, sur les ascenseurs, ma conclusion : je pense que les ascenseurs, c'est fait pour tout le monde, donc pas uniquement pour les personnes âgées ou autres. C'est fait pour tout le monde. Sinon, ben, qu'est-ce que je peux vous dire d'autre là-dessus ? Pas grand-chose. C'est qu'on a pas assez le temps pour faire toutes les questions, parce qu'on a été pris par le temps. Et les auditeurs, vous n'avez pas été tellement corrects. Par contre, il y a un coup de gueule que je vais passer, et ça, il me reste encore une minute pour le faire. ''[Pris par une violente quinte de toux]''.
'''Manu''' : Ouais, ouais ! C'est bien, les coups de gueule, hein.
'''Gérard''' : Excusez-moi. Moi, je tiens à vous dire une chose : c'est que les auditeurs, du lundi au jeudi, je vous en prie, quand vous appelez le standard, ne dites pas que Manu c'est un enculé, que Gaelle c'est ce que ce ça soit, et que Max c'est un connard. Parce que dans ce cas-là, vous allez vous démerder ! Alors, trouvez-nous des débats potables, pas des conneries. Parce que ça, j'en ai ras-le-bol de l'entendre !
'''Manu''' : Merveilleux, merveilleux ! Bravo !
'''Gérard''' : Ça, c'est toutes les semaines. Et ça, toutes les semaines, on commence à en avoir ras-le-bol. Alors, à chaque fois, Max il s'arrête à une heure à cause de vous. Alors, il finit à deux heures. Alors, je vous en supplie : trouvez des trucs sérieux. Là, vous allez retrouver Manu... non, Rousseau ! Rousseau, pardon, pour « La Nuit Sans Pub ». Et demain, vous allez retrouver Lorenzo à partir de 6 heures... Le Doc, il paraît que...
'''Phildar''' : Le Doc fait le matin ?
'''Gérard''' : Non, non, il ne fait pas le matin, le Doc. Non, il fait à partir de 20 heures. Mais j'ai entendu dire que...
'''Phildar''' : Que je me casse. Voilà.
'''Manu''', ''[affolé]'' : Non, non, on n'a rien entendu du tout. On abrège, on abrège ! Non, le disque !
'''Gérard''' : J'ai vaguement entendu un petit truc, mais ce n'est pas grave, je demanderai à mon chef.
'''Phildar''', ''[espiègle]'' : T'as entendu quoi, Gérard ? ''[un échange de signes s'amorce où Gérard fait comprendre qu'il a eu écho de départs prochains. Phildar rit, gêné]''. Hein ? J'en sais rien.
'''Gérard''' : Je ne sais pas ce que j'ai entendu dire.
'''Phildar''' : Mais non, le Doc n'est pas viré. Bon, alors tu termines ?
'''Gérard''' : Et puis demain soir, vous allez retrouver Max et le Star System. Donc demain soir, je vais écouter.
'''Phildar''' : Rebalance un petit ultimatum...
'''Gérard''' : ...à minuit, vous allez avoir le résumé de ce soir. Mais trouvez des sujets valab ! Et n'oubliez pas qu'il y a la Loco, j'y serai. Bonne nuit à tous et à la semaine prochaine !
== Le débat sur les étoiles ==
=== Contexte ===
En cette mi-mars, les semaines se suivent et se ressemblent. Gérard reste confronté à ses démons, Sandy tente de le calmer, mais il devient difficile à vivre. Se croyant un peu au-dessus de son rôle réel, il devient pénible pour l'équipe et son hébriété fréquente n'aide pas. Sa légèreté et sa naïveté l'ont amené, la semaine dernière, à révéler des secrets de la radio, dans sa grille à venir, ce qui n'aide pas à apaiser Max.
Dans l'avant-débat, Gérard reprend sur la base de la semaine d'avant, critiquant les auditeurs et la libre antenne de Max. On retrouve le courrier,le sketch du départ de Gérard, les statistiques, qui échauffent bien l'animateur. Concernant Max, il fait monter un peu la pression, reprochant à Gérard de ne pas faire ce qui lui est demandé, de ne pas travailler, de se prendre trop au sérieux. Gérard, gêné, puéril, botte en touche et compense en hurlant sur l'équipe et son travail. Celle-ci, agacée, répond en expliquant, presque réellement, le fonctionnement technique du standard.
On retrouve le projet de mariage, ramené au 20 juin. Gérard, naïf, associe Max au mariage, voire à la future parentalité dont il rêve. Reste que Max semble un peu gêné d'être autant associé à l'intimité de Gérard, mais dépasse cela par le sketch de Gérard sur ses invités, excluant l'équipe et les auditeurs.
Sur le débat lui-même, il est fort à parier que le thème soit inspiré par Max lui-même ou par Nicolas. Un autre débat était prévu, sur le tourisme. Mais comme rien n'est simple avec Gérard, ce débat n'aura pas lieu. Parce que oui, ce soir en particulier, Max et son équipe ne supportent plus l'animateur et il interrompra son premier débat, pour ne pas reprendre et être expulsé. Ivre, il faut aussi bien dire qu'il manque de cohérence et de patience lui-même. Il ne devra son retour qu'à une intermédiation de Sandy, active et aidante, illustrant la force que donne l'amour, mais qui n'interviendra pas tout de suite. Ce soir est donc plutôt un soir de chute, Gérard étant pris face à ses démons, son alcoolisme, son malêtre. Et il dérape, comme il l'avait fait en novembre 1997, face à une équipe qui, cette fois, participe de cette chute et l'assume. Mais ce dérapage, en vérité, aura lieu essentiellement hors antenne, l'animateur semblant presque sous contrôle en direct. Par contre, de manière évidente, il n'a pas écrit les questions, dont on reconnaît le style de Nicolas, et il ne les comprned pas. C'est peut-être ce qui explique, d'ailleurs, son souhait d'arrêter le débat rapidement, même s'il prétexte le travail de l'équipe et la qualité des auditeurs.
=== Les personnages ===
* Franck Bargine : Max
* Gérard Cousin : Gérard
* Olivier BOUCHET : Olivier de la pro
* Phildar et Manu
* Rita : Vega
* Tony Morestin : Jérôme
* Greg
* Heidi
* Game boy
* Flo
* Marine : Sun puis animatrice de la nuit
* Cyril : Allô
=== Transcription ===
'''Gérard''' : Ah oui, bonsoir à tous et bonsoir à toutes. Une heure huit, donc vous pouvez toujours nous appeler au 0803 08 5000 et 0800 70 5000 et toujours 3615, code Fun Radio, rubrique direct. Donc on va partir sur les étoiles, le thème du premier débat, on va accueillir Vega... Par contre, j'aurais bien voulu qu'on me donne, comme il faut, les titres de disques.
'''Manu''' : Je ne le connais pas, Phildar, c'est quoi ?
'''Gérard''' : C'est quoi qu'on vient d'écouter ?
'''Phildar''' : C'était Grand Master Flash avec The Message, Gérard. C'était la version maxi de 7 minutes. A la basse, il y avait Joe DiMambros, je me souviens bien. A la batterie, il y avait Tony Dino. A la gratte, il y avait Jean-Michel Duvivier. C'est un français, super sympa.
'''Tony''' : Et le producteur, c'était qui ?
'''Gérard''' : Le producteur, toi, tu vas commencer par te calmer, d'accord ?
'''Manu''' : Ce serait bien que tu répètes tout ça, Gérard.
'''Gérard''' : Non mais, donc, vous venez d'écouté ce que Phildar vient de nous dire,...
'''Phildar''' : Je répète, le batteur, c'était Tony DiMambros.
'''Gérard''' : Oh, Phildar ! Phildar, tu vas te calmer, parce que sinon, tu vas...
'''Manu''' : Le bassiste, c'était qui ?
'''Gérard''' : T'en es sûr de faire le standard jusqu'au bout ?
'''Phildar''' : Je ne crois pas, c'est toi qui vois.
'''Manu''' : Tu fais la réa après, Phildar, toute façon.
'''Phildar''' : Allez, on continue.
'''Gérard''' : Donc, on accueille Vega, bonsoir. Jérôme. Greg. Heidi !
'''Heidi''' : Oui, bonsoir, Gérard.
'''Gérard''' : Alors, réveille-toi, s'il te plaît. Merci.
'''Heidi''' : Oui, mais si tu prononçais mon prénom correctement.
'''Gérard''' : Oui, ben... Pour l'instant, moi, j'annonce comment on est marqué, ok ? Game Boy. Et Flo.
'''Flo''' : Salut, Candy.
'''Gérard''' : Non, Sandy, elle n'est pas là. Et Sandy, elle vous emmerde. Bon, là, ça ne va pas commencer, Manu ! Bon, moi, j'arrête.
'''Manu''' : Je règle, je règle.
'''Jérôme''' : Manu, il apprend, il apprend petit à petit.
'''Gérard''' : Attends, déjà, si ça ne te plaît pas, toi, tu vas dégager. D'accord, et Manu, tu ne vas pas commencer ta merde. OK ? Le premier, c'est sur les étoiles. ''[bruit d'une bouche qui souffle dans une paille]''Bon ben commencerzcomme ça, et vous allez voir comment ça va faire tout à l'heure. Vas-y. Alors, Phildar, tu...
'''Phildar''' : J'attends, j'attends, j'attends qu'il le refasse.
'''Gérard''' : Ah, ouais, ouais. Ouais, tu vas attendre qu'il le refasse. Moi, tu ne vas pas attendre longtemps avec moi, d'accord ? Parce que tu ne vas pas faire partie de l'équipe longtemps. Donc, connaissez-vous le nom des étoiles ?
'''Game boy''' : Alors, moi, j'en connais quelques-unes.
'''Jérôme''' : Moi, Jérôme, j'en connais, moi. Sharon Stone, Jackie Colson.
'''Gérard''' : Ouais, Sharon Stone, et pourquoi pas la main de ma sœur dans la culotte d'un zouave... D'accord ? ''[musique très faible]''. Merci pour celui qui a la musique derrière. C'est bien, parce qu'il y a un petit larsen, mais ça commence à bien faire.
'''Phildar''' : Non, je crois que c'est un portable.
'''Gérard''' : Ouais, non, mais attends, les portables, moi, je vais faire comme Max. Aucun portabe dans les débats.
'''Jérôme''' : Portable, portable. Il y a un L entre le B et le E.
'''Gérard''' : Ouais, ta connerie, elle a quoi dans la tête ? Rien, donc, si c'est toi qui joues avec un portable, tu déconnes.
'''Jérôme''' : Bon, quels sont les noms des étoiles ?
'''Gérard''' : Ben, pour l'instant, tu vas te calmer, d'accord ?
'''Vega''' : Je peux te poser une question ? Qu'est-ce que t'as mangé à dîner ce soir, là ? Qu'est-ce que t'as bu, s'il te plaît ?
'''Gérard''' : Qu'est-ce que ça peut te foutre ?
'''Vega''' : Ben, comme ça, une question.
'''Gérard''' : C'est qui ton nom ?
'''Vega''' : C'est Vega.
'''Gérard''' : Alors, Vega, tu dégages. Bonne nuit. Allez, hop, ça commence.
Vega, tu la sors.
'''Phildar''' : D'accord, Gérard.
'''Jérôme''' : Et Gérard, qu'est-ce que t'as mangé pour accompagner le pinard ?
'''Gérard''' : Toi aussi, c'est pareil. Non, mais allez-y, continuez, parce que j'ai l'impression que ça va vite se terminer ce soir. Vous allez vous calmer. Donc, Greg ? GREG ! Tu te réveilles ou quoi ?
'''Greg''' : Qu'est-ce que t'as ?
'''Phildar''' : Gérard, qu'est-ce qu'il se passe ?
'''Gérard''' : Non, non, attends, Phildar, s'il te plaît. Moi, je commence pas un débat où les mecs, ils sont à moitié endormis.
'''Greg''' : Mais il y a Phildar qui me parle.
'''Phildar''' : Non, parce que là, j'étais en train de lui dire hors antenne que ça va être à lui qu'il faut qu'il réponde bien à tes questions. Donc, vas-y, tu peux lui poser maintenant, il va t'écouter.
'''Greg''' : Vas-y, je t'écoute.
'''Gérard''' : Non, mais il y a un portabe et les portabes, j'aime pas.
'''Phildar''' : J'essaie de le trouver, continue.
'''Gérard''' : Alors, Jérôme. ''[silence. Gérard s'apprête à jeter son casque et se lever]'' Bon, ben moi...
'''Phildar''' : Mais Gérard, parle !
'''Gérard''' : Non, non, mais attends, Phildar.
'''Phildar''' : Qu'est-ce qu'il se passe ? Oh là là, tu commences mal, Gérard, encore ce soir.
'''Gérard''' : Oui, je commence mal ? Il faudrait peut-être mettre tout le monde en R.
'''Phildar''' : Mais ils sont en R, ils attendent tes questions.
'''Manu''', ''[montrant la table de mixage à Gérard]'' : C'est rouge, là, ils sont en R, Gérard.
'''Gameboy''' : Bon, alors... Bon, alors, moi, je connais trois étoiles. Je connais l'étoile La Grande Ours, tu la connais ?
'''Gérard''' : Non.
'''Gameboy''' : Non ? L'étoile du Berger, tu la connais ? Ouais, tu vois où elle se situe, un peu ?
'''Gameboy''' : Non, mais vas-y, dépêche-toi.
'''Gameboy''' : Et puis, je connais une étoile qui est dans ma classe, ça s'appelle Estelle. Et tu sais ce que ça veut dire, Estelle ? Ça veut dire étoile, aussi. Et voilà, il n'y a que celles-là que je connais.
'''Gérard''' : D'accord. Eda ?
'''Heidi''' : Ben, moi, c'est l'étoile des Grands Ours, pardon. Et celle du Berger, à peu près, c'est tout. Sinon, ouais, comme Gameboy, quoi.
'''Gérard''' : Ah ben, faut pas... essayez de trouver d'autres solutions que les auditeurs disent en premier, hein, d'accord ?
'''Greg''' : Ouais, Greg ? Ouais, moi, l'étoile de mer.
'''Gérard''' : C'est tout ? Alors, Greg, tu vas pouvoir retourner chez toi, bonne nuit. Flo ?
'''Phildar''' : Donc, non, justement, Florent, c'est celui qui avait le portable, donc je lui ai dit, désolé, il faut que tu raccroches, parce qu'il n'a pas d'autre téléphone. Donc, j'essaie de trouver quelqu'un à la place de Flo.
'''Gérard''' : Alors, Vega ?
'''Vega''' : Euh, oui, euh... Oui, je connais des étoiles interstellaires. Donc, euh... Vénus.
'''Gérard''' : Et après ?
'''Jérôme''' : Il n'y a pas d'étoile terrestre ?
'''Vega''' : Vénus, et puis, euh... Qu'est-ce qu'il y a ? Je crois qu'il y a la petite ours Et, euh... Et puis, euh... La grande étoile, je crois.
'''Gérard''' : C'est-à-dire ?
'''Vega''' : C'est une étoile qui se trouve dans l'univers intergalactique, qui s'appelle la grande étoile, c'est tout.
'''Gérard''' : D'accord. Euh, Jérôme ?
'''Jérôme''' : Ouais, moi, je connais pas beaucoup, je connais Castor, Pollux. Je connais les constellations, euh... Bah, d'étoiles, parce que je regardais quand j'étais petit, les Chevaliers du Zodiac. Mais sinon, euh... Voilà, c'est tout.
'''Vega''' : Et toi, Gégé ?
'''Gérard''' : Euh... Euh... Vega, tu vas déjà commencer à te calmer, d'accord ?
'''Jérôme''' : Attends, elle peut pas te poser une question ?
'''Gérard''' : Non, mais pour l'instant, moi, je vais vous répondre. Personne n'a été capable de me dire, euh... L'étoile filante, euh... Mars...
'''Greg''' : C'est pas vraiment une étoile, Gérard, hein, l'étoile filante.
'''Gérard''' : Ah, c'est pas une étoile, euh... C'est pas une étoile ?
'''Greg''' : C'est une marque de stylo, hein.
'''Gérard''' : Ah, oui, l'étoile filante, c'est une marque de stylo, abrouti. Bon, passons.
'''Jérôme''' : Y a quoi comme étoile, encore, Gégé ?
'''Gérard''', ''[à Phildar]'' : Oh, tu prends pas des gamins de 14 ans, hein, pour les débats.
'''Manu''' : Comme t'es grillé, Phildar.
'''Phildar''' : Qu'est-ce que je fais ? Il dort pas, qu'est-ce que je fais ?
'''Gérard''' : Non, mais attends, tu vas te réveiller, d'accord ? Parce que là, on va pas commencer, on est déjà à la première question, et apparemment, ça commence déjà à foutre la merde. Alors, euh... Il est 1h16. Je préviens tout de suite que, si c'est le bordel, il n'y aura qu'un débat. Donc, euh, l'étoile filante, c'est une étoile, je suis désolé. Euh, Mars, c'est une planète.
'''Vega''' : Oh, bah, une planète est une étoile, hein, Gégé.
'''Gérard''' : Oui, bah, dans ces cas-là, Vénus. Vénus, c'est quoi ?
'''Vega''' : Bah, c'est une étoile.
'''Gérard''' : Hum, et c'est une planète. Euh, Neptune. Aussi.
'''Vega''' : Vas-y, continue, y en a 12 encore.
'''Greg''' : Hé, Gégé, y a le soleil aussi, hein, parce qu'il brille.
'''Vega''' : Vas-y, continue. Vas-y.
'''Gérard''' : Non, mais, euh, allez-y, euh...
'''Vega''' : Non, mais moi, je me souviens plus, alors, vas-y, dis-moi.
'''Gérard''' : Non, mais attends, toi, déjà, tu vas te calmer, parce que tu vas pas commencer à couper la parole aux auditeurs quand on parle, d'accord, Véga ?
'''Greg''' : Y a personne qui parle.
'''Jérôme''' : Alors, elle a le droit de parler, non ?
'''Gérard''' : Euh, si ça vous plaît pas, je vous préviens d'une chose, si ça vous plaît pas, ça va être pareil. Vous allez gerber.
'''Jérôme''' : C'est quoi, ta deuxième, là ?
'''Gérard''' : Bon, déjà, Greg ou Jérôme, vous allez dégager.
'''Manu''', ''[à Olivier, rentré dans le studio en coup de vent]'' : Sur la plage 10, dans un boîtier ? Ok.
'''Gérard''' : Non, mais, euh, c'est bon, vous vous calmez un peu, là, tous les deux, là, entre Manu et Olivier, d'accord ?
'''Jérôme''' : Il est où, Olivier, au fait ?
'''Vega''' : Il faut appeler Max à la rescousse, hein.
'''Jérôme''' : Question numéro 2 ?
'''Vega''' : Question numéro 2, s'il te plaît ?
'''Greg''' : On attend.
'''Gérard''' : Oh, vous allez pas commencer à me prendre la tête, parce que c'est moi qui commande, et moi, je vais vous gerber vite fait.
'''Vega''' : Oui, mais on attend tes questions.
'''Gérard''', ''[explose]'' : Attends, Véga, tu vas la fermer, d'accord ?
'''Vega''' : Non.
'''Gérard''' : Non, bah, alors, tu dégages. Et hop ! Tu me dégages, Véga, pour de bon.
'''Phildar''' : Ah bon, qu'est-ce que j'en fais ?
'''Gérard''' : Hop, tu la vires. Tu la vires, je... Elle repasse pas sur un autre nom. Hop, bonne nuit à toi, Véga. Non, non, mais tu la vires complètement, celle-là. Alors, euh... Quelles sont les pla... Les pla... Les planètes les plus proches du Soleil ?
'''Greg''' : Ouais, Greg. Mercure. Et puis, la terre.
'''Jérôme''' : La terre, c'est en trois.
'''Greg''' : Et en deux, c'est quoi ?
'''Gérard''', ''[fusillant Phildar du regard et n'écoutant pas]'' : Attends, attends, attends. Euh, Phildar. Soit tu me dégages des gens proprement au standard, ou tu dégages, toi.
'''Phildar''' : Qu'est-ce que j'ai fait ?
'''Greg''' : Ne gueule pas, Gérard.
'''Jérôme''' : Vas-y, occupe-toi de ton débat, là.
'''Gérard''' : Attends, vous allez pas commencer à me casser les burnes, OK ?
'''Phildar''' : Gérard, qu'est-ce qu'il y a ? Qu'est-ce qu'il y a ?
'''Gérard''' : Tu vires, Véga, pour de bon.
'''Phildar''' : Mais elle est partie.
'''Gérard''' : Sinon, moi, je demande à Marine de venir faire le standard.
'''Phildar''' : Mais je te dis qu'elle n'est plus là.
'''Jérôme''' : Complètement parano.
'''Phildar''' : Bon, c'est pas grave. Vas-y, Gérard, continue.
'''Gérard''' : Si c'est parano, vous allez voir comment ça va faire, tout à l'heure. Vous allez voir. Il n'y aura qu'un débat.
'''Jérôme''' : Je m'en fous, j'irai me coucher, plus tôt.
'''Gérard''' : Bon, alors, toi, tu vas te calmer, aussi.
'''Heidi''' : Heidi, je peux répondre ? Alors, Mercure, Saturne, Mars, Jupiter, la Terre... En cinq, peut-être ?
'''Gérard''' : Et après ? Non, mais il y en a hein...
'''Heidi''' : Je les connais pas toutes, hein.
'''Gérard''' : Non, mais quelles sont les planètes... Les planètes, les plus proches du Soleil, je crois que... On en a, on en a. Il y en a quand même pas mal.
'''Heidi''' : Bon, ben, vas-y, on t'écoute.
'''Jérôme''' : Il y avait aussi... C'est Jérôme. Il y avait aussi Gougou Dja, mais elle a brûlé parce qu'elle était trop près.
'''Gérard''' : Bon, Jérôme, tu dégages, bonne nuit.
'''Jérôme''' : Mais c'est vrai, c'est scientifique. ''[Olivier rentre dans le studio et s'asseoit près de Phildar, devant le standard]''.
'''Gérard''' : Non, non, attends, Olivier. Olivier, s'il te plaît. Non, non. Olivier, je te dis, on a un deuxième débat. Non, non, non, non, non.
'''Phildar''' : J'ai besoin d'aide, j'arrive pas à trouver des filles.
'''Gérard''' : Non, non, alors Marine.
'''Phildar''' : Non, mais pas des filles pour faire le standard. Au standard.
'''Jérôme''' : On pourrait parler de Gougou Dja ?
'''Gérard''' : Bon, ben, continuez comme ça. Moi, ça va aller vite. Je vais arrêter à la deuxième et je vais rentrer chez moi. Comme ça, ça ira plus vite.
'''Greg''', ''[après un soupir de gêne]'' : Bon, troisième question.
'''Gameboy''' : Gérard, j'ai pris mon dictionnaire pour t'aider et j'ai les 20 étoiles les plus brillantes du ciel.
'''Heidi''' : On s'en fout, on est à la Terre
'''Gérard''' : Bon, je sens qu'on va s'envoyer un disque et vous allez réfléchir parce que là, ça commence à bien faire.
'''Gameboy''' : Repose bien la question.
'''Gérard''' : Alors donc, il est une heure vingt, on va mettre un disque et vous allez bien réfléchir.
'''Jérôme''' : C'est trop tôt, c'est trop tôt.
'''Gérard''' : Toi, si ça te plaît pas, tu dégages, d'accord ? Merci. Donc, quelles sont les planètes les plus proches du Soleil ? On va s'envoyer, je vais vous annoncer le titre. C'est Rendez-vous de Jean-Michel Jarre. Donc, c'est sur la Coupe du monde 98.
'''Manu''' : Non, du tout, il y a un truc à faire. Je suis désolé, c'est Max qui vient de me le dire.
'''Gérard''' : Non, non, non, non, non, non, non, non.
'''Manu''' : Oliver, va chercher Max, s'il te plaît.
'''Phildar''' : Qu'est-ce qu'il y a, Gérard ?
'''Manu''' : C'est une promo qu'il faut qu'on passe.
'''Phildar''' : Bon, bah, vas-y, passe la promo avant, elle dure 30 secondes.
'''Manu''' : Non, il y a un disque après.
'''Olivier''' : Ce que tu fais, c'est que tu mets d'abord le disque et après, tu passes la promo. Continue, Gérard, il faut que tu combles.
'''Gérard''' : Non, mais c'est bon, vas-y, passe ton disque.
'''Manu''' : Mais non, vas-y, continue.
'''Heidi''' : Question numéro 3.
'''Gérard''' : Non, non, pour l'instant, on reste sur la 2 et vous allez vous réveiller parce que je sens que ça ne va pas aller comme ça. Moi, je vais arrêter là, je vais rentrer chez moi.
'''Jérôme''' :Ah, mais t'es de mauvaise humeur aussi, je ne comprends pas.
'''Gérard''' : Ah, je suis de mauvaise humeur, pour l'instant, j'avais demandé au standard qu'on prenne d'autres personnes.
'''Gameboy''' : Gérard, est-ce que Gameboy peut répondre à la question, s'il te plaît ?
'''Gérard''' : Bah, si tu veux, ouais.
'''Gameboy''' : Alors, les étoiles les plus proches du Soleil sont, dans l'ordre, Mercure, Vénus...
''[Phildar parle à Manu, à voix basse et hors micro]''.
'''Gérard''', ''[menaçant Phildar du doigt]'' : Qu'est-ce q'uil y a toi ? Attends, attends, attends, attends, attends, Gameboy. Qu'est-ce qu'il y a, Phildar ? ''[Crescendo]'' Qu'est-ce qu'il y a qui ne va pas ? Qu'est-ce qu'il y a qui ne va pas ?
'''Phildar''' : J'expliquais à Manu comment il devait faire son boulot, c'est tout. Pour que le débat se passe mieux.
'''Gérard''' : Pour l'instant, c'est moi qui commande, d'accord ? Donc, Manu, t'envoies le disque.
'''Manu''' : Dans 2 minutes.
'''Olivier''' : Non, dans 2-3 minutes.
'''Phildar''' : Donc, il faut que tu... On va faire la question, maintenant.
'''Gameboy''' : Vas-y, Gérard, je réponds, après, ils envoient le disque.
'''Phildar''' : Voilà, on va faire ça. Gérard, tu te réveilles ou tu dégages ?
'''Gérard''' : Attends, toi, déjà, vous allez me prendre des gens standards, là. Il y a les 24... ''[explosion]'' Attends, au standard, vous foutez quoi ? De la merde ! Ça commence à bien faire, tous les jeudis.
'''Phildar''', ''[retenant son impatience]'' : Donc, il y a 2 nouveaux candidats à ce jeu magnifique. Il y a Xavier...
'''Gérard''' : 2 nouveaux candidats à ce jeu magnifique. Toi, tu vas dégager. Non, non, c'est bon, Manu, tu mets le disque.
'''Manu''' : Non, on ne peut pas le mettre.
'''Phildar''' : Donc, Xavier... Xavier, 23 ans, de Nulizan. Bonsoir, Xavier. Et Son, 18 ans, de Lyon. ''[pendant cette réplique, Gérard hurle en appelant Max. Ce dernier rentre dans le studio]''.
'''Gérard''' : Non, non, moi, je ne continue pas, j'arrête, tu te démerdes. Moi, j'arrête, je rentre chez moi.
'''Jérôme''' : C'est quoi, le problème ? Pourquoi tu cries comme ça ?
'''Gérard''', ''[hors de lui]'' : C'est tout ! Il ne fout rien ! Non, non, ça ne fout rien ! Ça ne fout rien ! Ça ne fout rien ! Non, non, ça ne fout rien ! Ça ne fout rien, j'arrête !
'''Max''', ''[agacé]'' : Mais t'abuses aussi, Gérard ! Mais si !
'''Gérard''' : Non, mais attends, je demande quelque chose...
'''Phildar''' : Mais non, parce qu'il voulait qu'on envoie le disque. Et comme tu dois mettre la promo...
'''Gérard''' : Non, non, pour l'instant, tout le monde dort. Vous gerbez, vous dégagez. Je veux vous voir.
'''Max''' : Oh, Gérard, t'es chiant. Oh, t'es chiant. Moi, je t'écoute, t'es chiant. Non, t'es chiant, t'es devenu trop dictateur. Tu veux trop ton truc, ça devient n'importe quoi. Donc, il faut que tu te calmes, Gérard.
'''Gérard''' : Non, moi, je ne continue pas comme ça.
'''Max''' : Non, mais nous non plus, de toute façon. Donc, ça tombe bien.
'''Gérard''' : Dans ce cas-là, tu fais ta nuit monologue et moi, je rentre chez moi. Et les deux débats, on les fera la semaine prochaine.
'''Max''' : Ah non, non, il n'y a pas de semaine prochaine. Ça sera à partir du mois de juin. Puisqu'apparemment, t'as décidé... T'es chiant, t'es chiant. Qu'est-ce qui ne va pas ? Qu'est-ce qui se passe ?
'''Gérard''' : Non, mais attends. Pour l'instant, je demande à ce qu'on vire des mecs. Les 24 lignes sonnent. Ils sont en train de me prendre qui, là.
'''Max''' : Mais ça ne sert à rien de faire sonner... Ça ne sert à rien de prendre tout le temps les 24 lignes. Il faut qu'ils se concentrent sur le standard et des gens qu'on a déjà appelés.
'''Gérard''' : Mais attends. Mais il ne fait rien. Quand je demande à quelqu'un qu'il vire, il ne vire pas.
'''Phildar''' : Mais j'ai viré les filles, regarde. J'ai rappelé des nouveaux, là.
'''Gérard''' : Ouais. Tu parles. Xavier, c'est qui ?
'''Phildar''' : Xavier, c'est Xavier, 23 ans, de Mimizan.
'''Gérard''' : Et après ?
'''Phildar''' : Et il y a Sun, une jeune fille de 18 ans qui habite à Lyon.
'''Gérard''' : Dans ces cas-là, tu vas me reprendre Vega ? Tu leur changes de nom. D'accord ?
'''Phildar''' : Bah écoute, et tu verras si c'est Vega.
'''Gérard''' : Attends, hé ho. Parce que quand je te demande de virer les mecs, les nanas ou les mecs, tu leur dis sur des autres noms. Moi, je ne marche pas.
'''Max''' : Bah oui, mais... Tu t'es fait avoir, donc voilà.
'''Gérard''' : Tu t'es fait baiser la gueule, ce n'est pas bon. Hop, on met deux disques et on reprend après. Si ça se passe bien. Si ça ne se passe pas, on arrête. Et je demande à Marine qui vient de faire le standard.
'''Max''' : D'accord. Par contre, la seule chose que je vais te demander, ce n'est pas de virer des gens, nous on écoute avec la Direction, c'est que dès qu'un mec dit un mot de travers, je crois qu'on avait dit que les gens avaient le droit de discuter, dès qu'ils disent un mot de travers, tu les vires. Donc on passe son temps à virer des gens toutes les deux minutes. Ce n'est pas une usine. On ne peut pas toutes les 30 secondes virer des gens, prendre des gens comme ça. Tu n'es pas non plus un dictateur. On n'est plus à l'époque de César, on n'est pas à l'époque de tout ça. Donc, essaie d'être un petit peu plus tolérant, de demander aux gens de se calmer, mais pas à toutes les deux minutes. Dès que quelqu'un te dit quelque chose, je le vire, j'en veux un autre. Ce n'est pas de la viande.
'''Gérard''' : D'accord. Je veux bien. Par contre, Manu, tu étais à la Réa, qu'est-ce que c'est que ce double son que j'ai entendu ?
'''Manu''' : Il n'y a pas eu de double son.
'''Gérard''' : Non, presque pas.
'''Max''' : Il me semble que non non plus. Je crois que Gérard, là, tu deviens un petit peu parano. Ça ne va plus aller. Je crois qu'on est bon pour la casse... Après, c'est terminé.
'''Gérard''' : Oh mais moi, je m'en fous.
'''Max''' : Moi aussi, parce que non plus... tu me fatigues. Tu me fatigues quand tu inventes des doubles sons, tu inventes des gens, tu inventes un petit peu de tout, n'importe quoi. On va retrouver Gérard d'ici quelques instants pour la suite de ses débats. Moi aussi, je vais faire des réunions pour demander à ce que tu te calmes un peu. Parce que pour une fois que ça se passe bien, c'est toi qui fait que ça ne se passe pas bien. Gérard, à cause de toi, c'est dommage. Dès le début du débat, ça ne se passe pas vraiment bien. On va essayer de remettre les pendules à l'heure pendant le temps d'un petit disque. 0800 70 5000 et 0803 08 5000. Et si samedi soir, vous avez envie de faire quelque chose de fort et de grand, écoutez bien ce qui arrive sur FUNRADIO.
''[Musique]''.
'''Gérard''' : Et voilà, c'était les Daft Punk avec Revolution 909. Et donc, on récupère...
'''Phildar''' : Ce n'était pas ça, Gérard. C'était Rolling & Scratching, tu sais, de la loco.
'''Gérard''' : Ah oui. Comme par hasard, ce n'était pas les Daft Punk, prends-moi pour un con.
'''Phildar''' : Si, mais c'était pas Révolution 909, c'était les Rolling & Scratching.
'''Gérard''' : Oui, mais c'est ça. D'accord.
'''Manu''' : De toute façon, on a tort.
'''Gérard''' : Qui c'est qu'on récupère ?
'''Phildar''' : Donc, on a Sun à la place de Vega. Sun, 18 ans, de Lyon, comme je t'ai dit tout à l'heure.
'''Sun''' : Salut, Gérard. Tu vas bien ? En forme ?
'''Gérard''' : Après, on récupère Jérôme.
'''Jérôme''' : Oui, bonsoir. Ça y est, ça va mieux ?
'''Gérard''' : Greg. Heidi. Gameboy. Et Flo.
'''Gameboy''' : Elle est partie.
'''Phildar''' : Non, mais Flo est parti parce que c'était celui qui avait le portable. Maintenant, c'est Xavier. Xavier, il s'appelle.
'''Gérard''', ''[rendant la fiche à Phildar]'' : Tu me fais la liste. Donc, quelles sont les planètes les plus proches du Soleil ? Gameboy.
'''Gameboy''' : Oui. Alors, je vais te les donner dans l'ordre. La plus près, c'est Mercure. Ensuite, tu as Vénus, la Terre, Mars, Jupiter, Saturne, Uranus, Neptune et Pluton.<ref name="hist32"></ref>
'''Gérard''' : Voilà. Comme moi, j'ai sous les yeux... Bon, moi, j'ai regardé un peu aussi dans le Dico.
'''Gameboy''' : Gérard, t'inquiète pas. Moi aussi, j'ai le Dico sous les yeux.
'''Xavier''' : On a regardé dans le Dico, Gégé.
'''Gérard''' : Non, mais moi, j'ai Terre et Jupiter. Je n'ai pas eu le temps de chercher toutes les planètes parce que je pense qu'on en a beaucoup.
'''Xavier''' : Ah, ben, ya Gameboy qui vient de te les donner.
'''Gérard''' : Oui, ben, je pense que toutes les planètes que tu as citées, Gameboy, je pense qu'à mon avis, c'est les mêmes.
'''Gameboy''' : Oui, à mon avis aussi. On est d'accord.
'''Gérard''' : Et Xavier ?
'''Xavier''' : Ben, qu'est-ce que je te dise de plus ? Il les a données pile poil dans l'ordre. Je ne peux pas rajouter, hein.
'''Gérard''' : Non, mais ça... Oui, mais essayez de me dire si des fois, vous en avez d'autres.
'''Jérôme''' : D'accord, on va les inventer.
'''Gameboy''' : Inventez les planètes.
'''Xavier''' : Tous les plus connus, les autres, on ne les connaît pas.
'''Sun''' : Ben, moi, si tu veux, Gérard, il y a des étoiles géantes, il y a l'étoile de...
'''Gérard''' : Oui, mais par contre... Voilà, tout à l'heure, j'ai demandé, connaissez-vous le nom des étoiles ? Tout le monde me dit, l'étoile pilante, ce n'en est pas une. Mais si, c'est une.
'''Gameboy''' : Elle est très connue, d'ailleurs, Gégé.
'''Phildar''' : Elles sont toutes filantes, les étoiles, non ? À un moment ou à un autre.
'''Sun''' : Ah, non, non, c'est un phénomène lumineux qui est quand même assez restreint, quoi. Ce n'est pas... Ça n'arrive pas toujours, quoi.
'''Gérard''' : Alors, là, une question que je vais poser. Donc, bon, je pense que je vous ai répondu sur la question, là.
'''Sun''' : Ben, on va faire avec.
'''Gérard''' : Ben, toute manière, qu'est-ce que vous voulez que je vous réponde d'autre, comme étoile ?
'''Gameboy''' : Ah, mais Gégé, c'est Gameboy. Tu sais, l'étoile filante, dans mon dictionnaire, c'est une météore. Donc, ce n'est pas vraiment une étoile, en fait, hein.
'''Gérard''' : Oui, mais elle fait partie, quand même, du style d'univers.
'''Gameboy''' : Ouais, c'est sûr. C'est comme l'étoile polaire, quoi.
'''Jérôme''' : Eh Gérard, c'est Jérôme. Il paraît que quand on voit des étoiles filantes, il faut faire des vœux. Mais moi, ça ne marche pas, parce que tu es toujours là.
'''Gérard''' : Non, mais attends. Jérôme, s'il te plaît. Déjà, Jérôme, tu vas te calmer. Hein ? Parce que j'ai déjà reconnu ta voix. Donc, tu ne t'appelles pas Jérôme, mais tu t'appelles Tony. Voilà. ''[pointant du doigt et fusillant du regard Phildar]''. Donc, qu'est-ce que j'avais précisé, mardi, à la réunion ?
'''Phildar''' : Non, mais il est là depuis le début. On n'a pas...
'''Jérôme''' : J'étais sage, hein. Il faut l'avouer.
'''Phildar''' : Donc, on a dit qu'on rappelle les habituels de temps en temps. C'est ce que je fais.
'''Gérard''' : Ah oui. Mardi, je t'ai dit qu'on rappelait les habituels ? Non, mais attends. Tu te fous de ma gueule ou tu prends le train ?
'''Phildar''' : Non, non. Je ne me fous pas de ta gueule. Je ne prends pas le train non plus.
'''Greg''' : Il prend la locomotive.
'''Gérard''' : Ouais. Tu vas prendre la loco dans les chiottes comme on a l'habitude de me dire...
'''Greg''' : Non, non, non. On ne parle pas des chiottes dans la loco, Gégé.
'''Manu''' : Gérard, excuse-moi. Il y a une question sur Minitel qui t'est directement adressée. C'est Max Biaji qui te demande. Il nous dit que toi, ce que tu connais le mieux, c'est les trous noirs.
'''Gérard''' : Tu vois ? Moi, je te préviens, Manu. Encore une question con comme ça sur Minitel, le Minitel, on le referme. Et je ne fais plus de... Je n'annonce plus de 3615.
'''Manu''' : Donc, je ne lis pas le deuxième de Max Biagy. Ce n'est pas la peine.
'''Gérard''' : Non, ce n'est pas la peine. Si c'est pour dire des conneries comme ça, ça ne sert à rien.
'''Manu''' : Il disait que c'est ta lune qui est la plus proche de la loco, je ne le dis pas.
'''Gérard''' : Non. Alors, donc, l'histoire... Ça, ça commence à me prendre la tête. D'accord ? On est bien d'accord ?
'''Manu''' : OK, je ne referai plus.
'''Gérard''' : Parce que là, cette histoire de là et puis l'histoire de Diana, ça commence à me prendre la tête. C'est bien compris. Combien il y a d'étoiles dans l'univers ? On va demander à Xavier.
'''Xavier''' : C'est gentil de me laisser parler, Gégé. Alors, il y en a, il paraît, 12 653 942.
'''Gérard''' : Non, combien d'étoiles y a-t-il dans l'univers ?
'''Xavier''' : Je viens de te le dire. 12 643 642.
'''Heidi''' : Non moi je l'ai sous les yeux, c'est 100 milliards d'étoiles.
'''Game boy''' : Alors, les scientifiques évaluent le nombre d'étoiles et...
'''Gérard''' : Non, non, mais attends, attends. Game Boy. Je te préviens, je ne veux pas savoir l'histoire des scientifiques. J'en ai rien à foutre.
'''Gameboy''' : Non, parce que moi, j'ai voulu les compter, mais je me suis endormi, quoi. Donc, ils doit y en avoir une infinité, je présume. On ne peut pas les compter, en fait.
'''Greg''' : Ouais, pareil, des milliards, ouais.
'''Gérard''' : Jérôme ? Disons, Tony ?
'''Jérôme''' : Non, non, appelle-moi Jérôme, je préfère. Plein, plein, plein, je ne sais pas. Bon, une infinité, comme disait la demoiselle.
'''Sun''' : Ben, moi, je pense qu'on ne peut pas les compter, parce que c'est qu'une illusion. Leur lumière, elle nous arrive que des années-lumière plus tard, et c'est un peu idiot de les compter, quoi. Enfin, je ne sais pas ce que tu en penses, Gérard, quoi, parce qu'on est dans un monde un peu virtuel, et ouais, la lumière, elle ne nous arrive que très tard, et ce ne sont plus les mêmes étoiles, elles sont déjà mortes depuis des années-lumière, quoi.
'''Jérôme''' : Je suis obligé de me taper les 15 saisons ?
'''Gérard''' : Bon, Jérôme, s'il te plaît, tu te calmes. Hein ? Moi, je peux vous dire une chose, que je préfère... À mon avis, je pense que c'est plutôt des milliards d'étoiles qu'il y a. On ne peut pas les compter.
'''Gameboy''' : Pourquoi pas une infinité, alors ?
'''Gérard''' : Oui, mais ça, tu ne peux pas les compter, les étoiles.
'''Jérôme''' : Oui, parce qu'une infinité, c'est une, donc tu peux la compter. Donc, il faut dire qu'il y a des milliards d'étoiles. Tu as raison, Gégé. Je suis avec toi. Vive l'illetttisme en France.
'''Gérard''' : Ça, c'est Jérôme qui vient de répondre, hein ? Oui, mais je m'en doutais que c'était toi.
'''Gameboy''' : Il y a aussi beaucoup d'étoiles d'araignées, hein ?
'''Jérôme''' : On va arrêter les jeux de mots.
'''Gérard''' : Non, mais ça, les toiles d'araignée, ça n'a pas le rapport avec les étoiles normales qu'on voit dans le ciel, d'accord ? Alors, par contre, la question, ça, c'est une question que je vais m'amuser avec vous.
'''Jérôme''', ''[obscène]'' : Ah oui, amuse-toi avec moi. Fouette-moi.
'''Gérard''' : Non, non, mais vous allez vous calmer parce que...
'''Gameboy''' : Aujourd'hui, on est calme, t'as remarqué.
'''Gérard''' : Attendez cinq minutes. ''[Max lui fait de grands signes d'impatience, depuis l'entrée du studio]''.
'''Max''' : Tu dors, tyu dors !
'''Gérard''' : Oui, mais c'est comme ça qu'on veut partir sur le premier débat, hein. Je suis désolé. Mais oui, mais même.
'''Manu''' : Là ils sont tous partis oui, c'est clair.
'''Gérard''' : Moi, je veux bien répondre aux questions qu'on me pose, mais il faudrait que... Là, déjà, une. Pour l'instant, c'est pas moi qui ai choisi les auditeurs, c'est là. Moi, si les auditeurs dorment, c'est pas la peine.
'''Phildar''' : Mais non, mais ils dorment pas, les auditeurs, Gérard.
'''Gérard''' : Non, mais attends, Manu, c'est pas à toi que je m'adresse, d'accord ?
'''Manu''' : Mais j'ai rien dit.
'''Gérard''' : Non, mais toi, pour l'instant, t'es à la réa.
'''Manu''' : Mais je t'ai rien dit, Gérard.
'''Phildar''' : Gérard, si tu penses qu'il y en a un qui dort, tu me le dis et je le réveille.
'''Gérard''' : Quand je suis des milliards... De toute manière, ça, les milliards, je sais pas... Bon. D'après vous, y a-t-il une vie sous une autre planète ?
'''Xavier''' : Xavier !
'''Gérard''' : Oh, mais merde, vous allez vous réveiller quand je parle ou pas ?
'''Xavier''' : J'allais parler, là. J'allais parler, Gégé, tu me laisses pas parler.
'''Gérard''' : Oh non, mais là, ça commence à bien faire.
'''Xavier''' : Oh, Gégé, tu me laisses parler ? Oh, Gégé, c'est Xavier, je peux parler ?
'''Gameboy''' : Et Game Boy aussi.
'''Xavier''', ''[tandis que Gérard souffle d'agacement]'' : On peut parler, Gégé, ou pas ? Alors donc, c'est Xavier. Moi, à mon avis, il y a plein de petits E.T. dans l'univers. C'est-à-dire qu'il y a plein de petites extraterrestres qui viennent nous voir, mais en fait, on les voit pas, mais ils se sentent invisibles.
'''Gérard''' : D'après vous, d'après vous, y a-t-il... y a-t-il une vie sur votre... sur notre planète ?
'''Gameboy''' : Bah, je sais que toi, t'es pas un être humain, mais... on sait qu'il y a de la vie sur Terre.
'''Greg''' : Tu t'en approches, quoi.
'''Sun''' : Ah ouais, on les effleure tous les jours, quoi, on les sent passer autour de nous et tout.
'''Xavier''' : En fait, ils sont invisibles, on peut pas les voir, Gégé.
'''Gérard''' : Mais pourquoi ?
'''Xavier''' : Bah, j'en sais rien, ils sont invisibles.
'''Sun''' : Non, parce qu'ils vivent dans une autre dimension, un autre monde, quoi. On peut pas les sentir.
'''Gérard''' : Et par exemple, si je vous dis demain, même, voire la semaine prochaine, on change de planète, d'après vous, est-ce qu'il y aura une autre étoile qui apparaîtra ?
'''Sun''' : C'est quoi le rapport, là ? C'est pas logique, ta question.
'''Gérard''' : Non, mais attends, d'après vous, y a-t-il une autre vie sur une autre planète ? Par exemple, moi, si je vous dis, sur une autre planète, si on change de planète, est-ce qu'il y aura autant d'étoiles ?
'''Xavier et Sun''' : Bah, bien sûr !
'''Phildar''' : Non, mais elles seront peut-être plus près ou plus loin, ça dépend de la planète où on est, Gérard.
'''Gameboy''' : Imagine, t'es au bout de l'univers, t'en verras que d'un côté, des étoiles.
'''Gérard''' : Tte manière, même à l'heure actuelle, t'en vois d'autres, des étoiles.
'''Xavier''' : Bah, évidemment que t'en vois d'autres, JG. Y'en a partout, des étoiles, JG. Y'en a partout autour.
'''Gameboy''' : Même sous tes pieds, y'en a, j'en suis sûr.
'''Heidi''' : Partout où tu vas, y'a des étoiles. C'est logique, quand même, tout autour de la Terre, y'a des étoiles, donc je vois pas pourquoi dans une autre planète, y'en aurait pas.
'''Gameboy''' : Même le petit prince, il a une étoile.
'''Gérard''' : Je voudrais poser une question, Gérard, tu sais, si, par exemple, tu disais qu'on pouvait être sur une autre planète, mais si, par exemple, il fait mauvais temps sur la planète. Tu sais, généralement, sur Terre, quand il fait mauvais temps, on les voit pas, les étoiles. Est-ce que tu penses qu'on peut les voir sur une autre planète, même s'il fait mauvais temps ?
'''Gérard''' : Ben, si on a un matériel adéquat, si, on peut les voir. Si on a...
'''Heidi''' : Un fer à repasser ?
'''Gérard''' : Un fer à repasser, alors toi, avec ton fer à repasser, tu dégages.
'''Jérôme''' : Ouais, c'est les périscopes, ça s'appelle.
'''Greg''' : C'est le Gégescope.
'''Phildar''' : C'est des caméscopes.
'''Gérard''' : Non, c'est des... Télé...
'''Greg''' : Des lunettes astronomiques.
'''Gérard''' : Des télescopes.
'''Phildar''' : Ben alors, vous saviez pas ? Ah, les caves, les caves, les caves !
'''Manu''' : Ils connaissent rien.
'''Gérard''' : C'est quoi, un cave ?
'''Jérôme''' : C'est toi.
'''Gérard''' : Ouais, c'est ça. Alors, les étoiles ont-elles une distance parmi nous ?
'''Gameboy''' : Ça veut dire quoi ?
'''Xavier''' : Tu peux le répéter en français, s'il te plaît ?
'''Sun''' : C'est-à-dire, Gérard ?
'''Gameboy''' : Gérard, t'as connu le CP ?
'''Gérard''' : Non, mais attendez, si c'est pour... Si c'est pour commencer à dire des conneries, vous allez dégager, et on va s'écouter...
'''Phildar''' : Attends, attends, attends... On a posé deux questions, Gégé.
'''Gérard''' : Non, mais attends, il faudrait peut-être... Déjà, quand je pose la question, qu'on me dise pas... Ouais, c'est quoi, cette question.
'''Phildar''' : Il faut que tu la répètes, parce qu'ils n'ont pas compris.
'''Gérard''' : Les étoiles ont-elles une distance parmi nous ?
'''Heidi''' : Et qu'est-ce que ça veut dire, ça ?
'''Phildar''' : Explique la question, Gérard, ils comprennent pas.
'''Gérard''' : Bon, alors, parmi nous, est-ce qu'on a une distance ?
'''Sun''' : Est-ce que les étoiles ont un sens pour nous, c'est ça que tu veux dire ?
'''Gérard''' : Oui ! Ont-elles une distance parmi nous, c'est le sens ou autre.
'''Sun''' : Écoute, elles doivent nous éclairer, quoi. Je pense que... Ouais.
'''Jérôme''' : On va pas la faire celle-là, saute.
'''Phildar''' : Donne ton avis, déjà, Gérard, ça va peut-être les inspirer.
'''Gérard''' : Non, non, mais... C'est même pas la peine qu'on le termine ce débat.
'''Phildar''' : Mais pourquoi ?
'''Jérôme''' : Mais t'as vu tes questions, aussi.
'''Phildar''' : Mais non, elles sont très bien, les questions. Vous les comprenez pas, les questions. Donc, allez, ils vont réfléchir à la question, et puis, répète-la, ils vont réfléchir, ils vont certainement trouver une solution, je suis sûr.
'''Gérard''' : Les étoiles ont-elles une distance parmi nous, et tu me dégages Jérôme, s'il te plaît, merci.
'''Heidi''' : 1,39 million de kilomètres. Eh bien, la distance entre nous et les étoiles, 1,39 million de kilomètres.
'''Greg''' : Ça dépend des étoiles. La plus près, je crois que c'est Proxima du Centaure.
'''Gérard''' : Non, attends, ça, c'est pas le nom d'une étoile...
'''Gameboy''' : Si, si, c'est Alpha Jet, aussi.
'''Gérard''' : Comment ? Alors, là, vous allez réfléchir à la question, parce que là, il y en a un qui vient de parler d'Al-Fayed, c'est pas la peine. Euh, non, mais, non, mais, jouez comme ça...
'''Manu''' : Je crois qu'il a parlé des Galeries Lafayette.
'''Gérard''' : Non, non, il a parlé d'Al-Fayed, tu vois.
'''Manu et Phildar''' : Non ALpha Jet !
'''Gameboy''' : C'est une marque d'avion.
'''Gérard''' : Oui, oui, bien sûr.
'''Gameboy''' : Gérard, il y a Game Boy qui veut répondre. Alors, en fait, ça dépend des étoiles, parce que si tu vois que l'étoile est petite, ça veut dire qu'elle est plus loin de nous. Et quand l'étoile, elle est grosse, ça veut dire qu'elle est plus près de nous. Tu comprends ce que je veux dire ou pas ? Tu vois, ça, c'est l'étoile qui est près de nous. ''[Manu envoie un effet sonore]''.
'''Gérard''' : Bon. Euh, là, Manu... Tu vois, tu viens pas d'entendre le bruit de la musique, là ?
'''Manu''' : Non. Non, non, j'ai rien entendu.
'''Heidi''' : Ouais, c'est E.T. qui arrive.
'''Manu''' : Bon, Gérard. On y va, là, parce que tout le monde s'endort, là.
'''Gérard''' : Ouais, ben, tout le monde s'endort... Vous avez qu'à pas foutre le bordel.
'''Manu''' : Mais on fout pas le bordel. Reprends ton débat, Gérard.
'''Gérard''' : Donc, prenez-vous l'ascenseur pour aller voir les étoiles ? ''[Phildar éclate de rire, discrètement]''. Non, non, attends. Euh... ''[pointant Phildar du doigt]''. Là, je veux savoir pourquoi tu te marres comme ça au standard.
'''Phildar''' : Parce qu'il y a un auditeur qui m'a dit une blague et elle était hyper drôle. Et si tu veux, il pourra te la dire. OK ? On continue. Donc, à la place de Jérôme, on accueille Allô.
'''Xavier''' : Allô, à l'huile ?
''[Nouveaux jingles]''.
'''Phildar''' : C'est quoi la musique, Manu, là ?
'''Gérard''' : Non, mais c'est bien. Il n'y a pas de musique.
'''Heidi''' : Eh non, mais tu halucines, Gérard.
'''Phildar''' : Tu poses la question, Gégé ?
'''Gérard''' : Prenez-vous l'ascenseur pour aller voir les étoiles et...
'''Phildar''' : On se retrouve après ton petit disque, là. Tu peux l'annoncer.
'''Manu''' : Pas tout de suite.
'''Gérard''' : Si, si, tout de suite. Si, si, tout de suite. Parce que je veux savoir d'où vient cette musique.
'''Phildar''' : C'est quoi ton disque, Gérard ? Annonce-le, alors.
'''Gérard''' : La question, c'est prenez-vous l'ascenseur pour aller voir les étoiles. Et on va se retrouver juste après. Et là, vous allez écouter Rendez-vous 98 de Jean-Michel Jarre.
''[Musique]''.
'''Gérard''' : Et voilà, donc, comme c'était prévu. Donc, vous venez d'écouter Jean-Michel Jarre dans Rendez-vous 98. Donc, c'est le thème... C'est le truc... La musique du film... La musique pour la Coupe du Monde 98. Et je sais qu'il y en a beaucoup qui n'aiment pas trop Jean-Michel Jarre. Mais je suis désolé. Donc, pour ceux qui n'aiment pas, ben... S'ils n'ont pas voulu écouter, tant pis pour eux. Mais moi, j'adore. Donc, on va récupérer... Sun. Greg, Heidi, Gameboy, Xavier... Celui qui s'amuse. Celui qui s'amuse derrière, va dégager.
'''Heidi''' :C'est Phildar.
'''Gérard''' : Non, c'est pas Phildar, il est au standard.
'''Sun''' : Non, il y a un extraterrestre parmi nous, je crois.
'''Gérard''' : Après, Xavier, qui c'est qu'on a ?
'''Phildar''' : Je t'ai dit, allô, tu vois, je te l'ai mis en dessous de Sun. Allô, 24 ans, de Toulouse. Et il est beau gosse. Il est beau gosse, en plus.
'''Gérard''' : Allô ? Ouais, bien sûr. Mais attends, quand je te demande de me virer les auditeurs qui ont l'habitude, c'est pas la peine de les reprendre sous un autre nom.
'''Phildar''' : Mais c'est pas le même.
'''Heidi''' : Parano, crois-nous.
'''Gérard''' : Alors, prenez-vous l'ascenseur pour aller voir les étoiles. Gameboy ?
'''Gameboy''' : Alors, t'as très bien fait de poser cette question, parce que moi, j'habite dans un immeuble qui fait 22 étages, et le soir, quand j'ai eu de voir les étoiles, bah, comme j'habite au premier étage, bah, je prends mon ascenseur, je vais tout en haut de l'immeuble, et je regarde les étoiles, et je prends le pied, quoi.
'''Allô''' : C'est allô. Précis, quel étage ?
'''Gérard''' : Non, mais attends, allô ! Tu vas déjà commencer par te taire, tu vas laisser finir Gameboy. Bah, c'est quand il dit au 22ème étage de...
'''Gameboy''' : C'est au 23ème, hein.
'''Allô''' : Ouais, mais de quel immeuble ?
'''Gameboy''' : Bah, c'est le numéro 5, en face du 4.
'''Allô''' : Ah oui, je suis beau gosse, quand même.
'''Gérard''' : Putain, vous comprenez pas, bref. Bon, allez, c'est bon, c'est bon, c'est bon, c'est bon, c'est bon. C'est bon, Gameboy et allô, vous avez répondu sur la question. Oh, c'est fini, la musique, ou quoi ? Merde !
'''Allô''' : C'est pas toi qui pose la question.
'''Gérard''' : Attends, si t'es pas content, tu dégages. Non, tu la fermes.
'''Allô''' : Non, c'est Allô qui veut répondre, Gégé.
'''Gérard''' je t'aurai appelé, tu répondras à la question, d'accord ? Alors, Xavier ?
'''Xavier''' : Ouais, donc moi, je dis, plus on est haut, plus mieux on voit les étoiles, donc vaut mieux prendre un ascenseur pour être le plus haut possible. C'est-à-dire que quand on est en bas, on voit les étoiles toutes petites, et plus on monte, plus elles grossissent, donc mieux on les voit.
'''Allô''' : Quand on prend de la hauteur.
'''Gérard''' : Non, mais donnez vos noms quand vous voulez répondre. Allô, je t'ai dit que pour l'instant, tu te la fermes.
'''Xavier''' : Vas-y, Heidi.
'''Gérard''', ''[Explosion]'' : Bon, Allô, tu LA FERMES ! Bon, tu me dégages, Allô.
'''Phildar''' : Mais il parle pas, il dit rien, Gégé.
'''Gérard''' : Non, non, non, là, c'est pas lui qui commande, d'accord ? C'est moi.
'''Phildar''' : Mais il commande pas, il le sait, c'est toi, le chef. Vas-y, continue.
'''Heidi''' : Oui, donc moi je disais, c'est un gégescope, donc j'ai pas besoin de monter dans l'ascenseur. Je vois très bien les étoiles d'où je suis, pardon. Donc voilà, quoi.
'''Manu''' : Ouais, mais pourquoi ? Bah, pourquoi, tu dois faire ça ?
'''Heidi''' : Mais pourquoi pas ?
'''Gérard''' : Oh, Heidi, tu te réveilles, s'il te plaît ? ''[regardant Phildar]''. Non, non, tu essaies pas de...
'''Sun''' : Sun, j'ai un truc à dire.
'''Allô''' : Heidi, t'es un peu dans les étoiles.
'''Manu''' : Vas-y, Sun, vas-y, parce que là, on s'endort tous.
'''Sun ''' : J'ai un ascenseur qui s'arrête jamais pour qu'on puisse vraiment... ...arriver dans le ciel complètement...
'''Xavier''' : C'est une super idée, ça, Gégé, hein.
'''ALlô''' : C'est un peu de la science-fiction, quelque part.
'''Greg''' : Bah ouais, mais bon, faut bien rêver de temps en temps, hein.
'''Gérard''' : Je sens que la réunion de mardi, vous avez pas compris, là, tous les deux, hein.
'''Sun''' : C'est qui, tous les deux ?
'''Manu''', ''[agacé]'' : C'est Phildar et Manu, on n'a pas compris.
'''Gérard''' : Non, je crois pas, hein. À mon avis, ça vous amuse, hein.
'''Manu''' : Bon, Gérard, on y va ?
'''Heidi''' : Tu peux y répondre, toi, Gérard, à ta question ?
'''Gérard''' : Personnellement, moi, je préfère aller voir les étoiles sur une terrasse d'un immeuble.
'''Xavier''' : Donc, tu prends l'ascenseur ?
'''Gérard''' : Je peux y aller aussi bien à pied.
'''Allô''' : À la campagne ou à la ville ?
'''Gérard''' : À la campagne, je me vois mal avec...
'''Gameboy''' : Ou à Suresnes ?
'''Gérard''' : Alors, celui qui vient de dire Suresnes, tu dégages, merci.
'''Allô''' : Ouais, mais précise la ville aussi, hein.
'''Gérard''' : Non, non. Y'a pas besoin de préciser de ville, d'accord ?
'''Phildar''' : Parce que, regarde, Gérard, y'a des villes qui sont en montagne, donc tu vois mieux les étoiles que si t'étais...
'''Gérard''' : Y'a pas besoin de préciser de ville.
'''Phildar''' : ...Dans le bassin parisien ou t'es dans une cuvette.
'''Gérard''' : Y'a pas besoin de préciser de ville, d'accord ?
'''Manu et Phildar''' : Pourquoi ?
'''Gérard''' : Bon, non, mais attendez, vous allez pas me faire chier quand je pose les questions, ok ?
'''Manu''' : Mais pourquoi ?
'''Gérard''' : Non, y'a pas de pourquoi, d'accord, Manu ?
'''Manu''' : Bon, d'accord, mais je vois pas pourquoi.
'''Phildar''' : Marine, elle a... Justement, Marine, Marine, elle a un truc à dire, justement, pour t'expliquer pourquoi c'est mieux de dire les villes. Vas-y, Marine.
'''Marine''' : Et la pollution, on en parle pas, on voit pas les étoiles.
'''Gérard''' : Ouais, mais je suis d'accord avec toi.
'''Sun''' : Faut un pays où il fait chaud, pour que ça soit dégagé le soir et tout, c'est bien, quoi.
'''Gérard''' : Pensez-vous que chaque étoile a des rapports sexuels, Sun ?
'''Sun''' : Alors, oui... Bah, écoute, je te dis ça plus tard, je vais voir ce que disent les autres.
'''Phildar''' : Elle veut copier, elle veut copier.
'''Sun''' : Euh, bah, je pense qu'une étoile naine et une étoile géante, ça doit donner une étoile moyenne. Mais, à part ça, sur la reproduction des étoiles, je sais pas, j'ai pas trop de notions, quoi.
'''Gérard''' : Ont-ils un rapport sexuel ?
'''Sun''' : Ouais, mais, euh, ouais, ils ont plusieurs branches, donc ça doit être pratique. Je pense que, ouais, ça le fait, quoi.
'''Allô''' : Bah, je pense que, euh, avec capote, ouais.
'''Greg''' : Euh, en fait, je sais pas du tout.
'''Gérard''' : Bon, bah, tu sais pas, alors, dans ces cas-là, tu vas aller voir Phildar au standard, comme ça, tu vas savoir.
'''Heidi''' : Bah, moi, je dis que oui, d'où les millions et milliards d'étoiles dans le ciel, quoi, ouais.
'''Gérard''' : Ouais, mais, dans ces cas-là, est-ce que t'as compris la question ?
'''Allô''' : Des rapports sexuels.
'''Heidi''' : Eh ben, oui, je disais oui. Ça l'avait, oui, elles en ont. D'où les millions et milliards d'étoiles dans le ciel, oui.
'''Manu''' : Mais pourquoi ?
'''Gérard''' : Mais y a pas de pourquoi, Manu, merde ! Putain mais arrêtez sans arrêt de me marquer... me dire, mais pourquoi ? Eh, vous commencez à me...
'''Manu''' : C'est parce que ça m'intéressait, je voulais savoir.
'''Gérard''', ''[hurle]'' : Moi, de savoir et pourquoi, sans arrêt, c'est pourquoi, moi, je commence à avoir marre, ok ? Alors, Manu, deuxième débat, tu dégages. Tu rentres chez toi, je te veux plus. Allez, hop, c'est terminé. Toi, c'est terminé, t'es rayé de la liste.<ref name="explic2"></ref> Bonne nuit.
'''Phildar''' : Gérard, Greg a la réponse, maintenant, à ta question, il va te la donner.
'''Greg''' : Ouais, j'ai trouvé. Parce qu'en fait, toutes les étoiles qui sont dans le ciel, c'est obligé qu'elles aient des relations sexuelles.
'''Gérard''' : Ouais, mais ça, c'est Phildar qui te l'a dit.
'''Phildar''' : T'as demandé que je lui dise, je lui ai dit.
'''Gérard''', ''[hors de lui]'' : Je t'ai demandé de le calmer, espèce de con ! Toi, c'est pareil, tu vas dégager du débat.
'''Phildar''' : Attends, laisse-le finir.
'''Sun''' : Ouais, je pense qu'en fait, c'est par phénomène de ventouse et tout, ça doit trop bien marcher, en fait.
'''Allô''' : Ouais, 69 avec une étoile, c'est le top.
'''Gameboy''' : Bah, moi, je pense que c'est comme tous les animaux, quoi. Pour qu'il y en ait plusieurs, il faut qu'ils fassent l'amour et qu'ils aient des enfants.
'''Gameboy''' : Bah, tu sais bien pourquoi il y a l'attraction terrestre ?
'''Gérard''', ''[explose]'' : Je parle des étoiles, je parle pas des animaux, merde !
'''Gameboy''' : Pourquoi l'attraction terrestre ?
'''Manu''' : Eh ben, c'est un animal, justement.
'''Gérard''' : Bon, de toute manière, je pense que je vais attaquer le deuxième et...
'''Phildar''' : Ah bah non, attends, il est que deux heures, Gérard.
'''Gérard''' : Non, non, non, non, non.
'''Phildar''' : Attends, ça fait qu'une heure qu'on est là.
'''Gérard''' : Non, non, pour l'instant, ça fait une heure que vous me foutez la merde, donc...
'''Phildar''' : Laisse répondre les auditeurs !
'''Gérard''' : Alors, Xavier... Attends, tu permets, c'est pas toi qui commandes, d'accord, Phildar ? Pour l'instant, c'est pas tes émissions le jeudi.
'''Manu ''' : Tu peux l'engueuler devant le micro, parce qu'on t'entend pas, Gérard.
'''Gérard''' : C'est mon émission, donc je fais ce que je veux. Alors, Xavier...
'''Xavier''' : Ouais, bah moi, je dis que c'est évident, d'ailleurs, ils devraient en avoir plein par jour, parce que sinon, il n'y aurait pas autant d'étoiles, quoi.
'''Allô''' : Elles doivent faire des partouzes dans le ciel.
'''Xavier''' : Plus il y en a, plus il y a de bébés.
'''Gérard''', ''[bondit de sa chaise, jette la feuille à Phildar, se rue vers la sortie]'' : Vas-y, tiens ! Vas-y, tiens !
'''Phildar''', ''[surpris]'' : Mais qu'est-ce qu'il se passe ? Mais j'ai rien dit, j'ai rien fait !
'''Manu''' : Ah, Gérard s'en va. Ça y est, il est parti.
'''Phildar''' : Manu, vas-y, va essayer de récupérer Gérard. Vous êtes là, les auditeurs ? Ouais, on va essayer de rechercher Gérard, parce que d'un seul coup, il a pété un plomb, il a donné les feuilles de débat à Manu. Il est parti en courant. Donc là, on est parti le chercher. Il est où, Manu ? Il cherche le chef ? Ah, il cherche le chef.
'''Manu''' : Sans le chef, il est perdu, hein, donc...
'''Phildar''' : Donc voilà, donc s'il ne trouve pas Max, ben on est en galère, quoi, parce que Gérard... Donc Manu, Manu, Manu, tu vas le chercher, tout de suite, tout de suite ! Tu vas le chercher. Ou Marine va le chercher, ou Sandy, quelqu'un... ''[Sandy, présente depuis le début, se lève, sort du studio]''. Appelez Samu, appelez tout, appelez le Samu, les pompiers, on ne sait plus où il est.
'''Manu''', ''[cherchant la feuille de Gérard au milieu d'une pile de papiers]'' : Ah non, c'est le courrier. Oh là là ! Donc il est deux heures et c'est fun, hein. ''[Olivier rentre dans le studio]''
'''Phildar''' : Olivier, t'aurais pas vu Gérard ? Parce que...
'''Manu''', ''[caricaturant Gérard]'' : Bon ben, bon ben, cinquième question.
'''Phildar''' : Non, attends, Manu, c'est pas tes débats. C'est les débats de Gérard, donc on attend Gérard, il faut aller le chercher.
'''Manu''' : Donc on en était à laquelle, là ?
'''Phildar''' : Vous avez réfléchi un peu à la question de Gérard, là ?
'''Allô''' : Est-ce que les étoiles ont de la puissance ?
'''Xavier''' : Y a-t-il des relations sexuelles entre les étoiles ?
'''Phildar''' : Donc profitez-en, il n'est pas là, donc réfléchissez à la question.
'''Manu''' : Ou sinon, pendant qu'il n'est pas là, dites des trucs intelligents, quoi.
'''Greg''' : Ouais, moi je voulais savoir si les étoiles pouvaient faire des... Faire des partouzes entre elles.
'''Manu''' : On a dit des trucs intelligents.
'''Phildar''' : Tu gardes la question, puis tu vas la poser à Gérard dès qu'il va revenir.
'''Allô''' : On peut réfléchir à haute voix ou pas ?
'''Phildar''' : Vas-y, vas-y, allô !
''[Max et gérard reviennent, dans le couloir puis vers le studio, gérard en furie, Max lui répondant avec agacement et force]''.
'''Gérard''' : Donc, vous répondez à la septième, vous faites la conclusion et on arrête là. On arrête, on arrête.
'''Manu''' : Gérard va être gentil, il va reprendre ses débats.
'''Greg''' : Ça se passe bien, Gérard, aujourd'hui ?
'''Gérard''' : Non, non, non, non. De toute manière, on fait conclusion, c'est tout, c'est terminé. C'est terminé, c'est terminé. Il n'y aura pas de deuxième débat. Il n'y aura pas de deuxième débat, c'est tout, c'est terminé. Il n'y aura pas de deuxième débat. Il n'y aura pas de deuxième débat.
'''Phildar''' : Gérard, c'est toi le meilleur dans les débats. Si t'arrêtes le jeudi soir les débats, les auditeurs, ils vont être malheureux. Donc, il faut que tu continues au moins celui-là, quoi.
'''Gérard''' : Non, non, non, non.
'''Allô''' : Gégé, c'est Allo qui te parle. T'as été beau, gosse.
'''Gérard''' : Non, non, c'est terminé, on fait conclusion. Conclusion. Non, je continue pas.
'''Greg''' : Mais si, Gérard, champion du monde.
''[Sandy fait des signes, désespérée]''.
'''Phildar''' : Même Sandy, même Sandy, elle te le demande.
'''Xavier''' : Champion du monde, Gérard.
''[Le studio et les auditeurs chantent une des chansons préférées de Gérard : il est vraiment phénoménal]''.
'''Phildar''' : Allez, Gérard, s'il te plaît, pour les auditeurs.
'''Allô''' : Allez, Gégé, au moins, prends un chewing-gum, s'il te plaît.
'''Gérard''' : Non, c'est terminé, c'est terminé. Vous faites la conclusion, vous faites conclusion, c'est terminé.
'''Sun''' : Ouais, alors, moi, je dirais que, je dirais qu'en fait, la voie lactée, c'est l'orgasme des étoiles.
'''Gérard''', ''[répondant à des signes de Sandy et de Max, en explosant]'' : Non, je veux pas le savoir !
'''Phildar''' : Ah si, quand même.
'''Gérard''' : Non, non, Phildar, tu t'écrases, c'est conclusion.
'''Phildar''' : Attends, ça t'intéresse pas ce qu'elle dit, Sun ? Tu veux pas le savoir, t'as dit.
'''Allô''' : Bon, allez, au deuxième.
'''Gérard''' : Non, non, y'a pas de deuxième débat. Non, non, il a pas à faire des signes à Phildar comme il a fait. Je suis désolé.
'''Max''', ''[crie]'' : Mais tu deviens parano ! Moi je viens pas te sortir de là hein. Non, mais attends, il faut toujours faire tout ce que tu veux.
'''Gérard''' : Non, mais attends, mardi, j'ai prévu quelque chose.
'''Max''' : Mais oui !
'''Gérard''', ''[hurle]'' : Mais pour l'instant, ils se foutent de ma gueule ! Alors, moi, c'est terminé ! Bonne nuit, je plie mes affaires. Bonne nuit. ''[Gérard range, hors de lui, sa malette]''. Allez, ciao, bonne nuit. Salut, salut, salut.
'''Allô''' : Allez, Gégé, on s'excuse.
'''Phildar''' : Ah, bah, là, à mon avis, il va partir, de toute façon. ''[Gérard et Max discutent violemment en fond de studio, se parlant surtout par gestes, Sandy tentant de jouer les médiateurs]''. Ah, ils sont en discussion avec le chef, là.
'''Manu''' : Ils parlementent.
'''Phildar''' : Ils parlementent, là. Ils sont en train de délibérer, là. Bon. Bon, Manu, tu nous as prévu un scud, là. Une bombe, encore une fois.
''[ils envoient une musique, dans la confusion]''.
'''Max''' : Voilà. C'était pile sur Fun Radio Rock Me Max au micro. Gérard a véritablement pété un peu, donc on a décidé de le mettre à la diète. Il dit qu'il peut très facilement se passer de nous, etc. Donc, on va vous dire en toute sincérité que Gérard est devenu excessivement parano dès que Manu lève un bras et est en direction de Phildar et que Phildar le regarde monter un bras, c'est forcément un signe pour foutre le bordel. Il entend des voix partout, tout le monde met des doubles voix, il ne comprend rien, etc. Alors que, bon, lui-même ne comprend pas grand-chose. Donc, ce soir, nous allons nous arrêter là pour les débats de Gérard. On en est désolé, mais c'est comme ça. Je pense qu'il vaut mieux s'arrêter ici. Gérard, je pense qu'il... enfin vous vous en êtes rendus compte depuis déjà pas mal de mois. Et vous l'avez fait remarquer dans le courrier, bien qu'on ne lui en ait pas parlé, qu'il avait déjà quand même pas mal de fois pété un plomb. Il se mettait à gueuler pour un oui, pour un non. Donc, comme monsieur veut jouer la star, nous, on peut s'en passer très facilement de Gérard sur Fond Radio. Et c'est ce que nous allons faire dès maintenant. Et je pense que c'est ce que nous ferons dans les jeudis à venir...
'''Phildar''' : Les débats de Rousseau !
''[rire général]''.
'''Max''' : Les débats de Rousseau, on va faire ça, oui. Qui, ce soir, va prendre la relève, contrairement à ce qu'on pensait. On pensait que c'était Marine, mais non.
'''Rousseau''' : Et non, c'est bien moi qui viens ce soir.
'''Manu''' : Sixième question, alors.
'''Max''' : Donc, ce qu'on va faire, c'est qu'on va te laisser la main, ce qui va nous permettre à nous de nous reposer pztce qu'on en a bien besoin. Ça ne nous fera pas de mal, d'ailleurs, d'avoir du GG en moins, parce que je peux vous assurer que ce n'est pas facile à gérer dans les studios. On en rigole, mais c'est assez éprouvant pour le cœur. Moi qui, normalement, suis censé me relaxer entre une heure et quatre heures, en fin de compte, ça devient de la gymnastique assez compliquée au niveau physique et mental. Donc, à mon avis, ça fera du bien pour tout le monde. On va se mettre un dernier petit morceau, programmation Star System, et puis ensuite, Rousseau, bien entendu, pour la nuit sans pub.
'''Rousseau''' : Ben, non problème, on va attaquer avec encore de la bonne zik, Ultimate Chaos, Silmarils, la totale.
'''Max''' : C'est ça que t'appelles la bonne zik, toi ? ''[Max lance la musique]''. Alors, voici de la merde, alors, apparemment, pour Rousseau. Future Sound of London, avec We Are Explosive. On vous souhaite une bonne fin de nuit avec Rousseau, et à demain, 22h, bien entendu, pour le Star System, sur Fun Radio.
== Notes et référence ==
{{Références|références=
<ref name="hist1">À cette époque, les fournisseurs d'accès à Internet utilisaient les enseignes de la grande distribution pour fournir des CDs qui permettaient de configurer automatiquement l'ordinateur, de passer les appels au modem, pour ensuite éventuellement s'abonner à leur service ou payer à l'heure de navigation. La tarification à la donnée ou la souscription directe n'existait pas.</ref>
<ref name="hist2">À cette époque, l'idée qu'on puisse commander un appareil par un dispositif tactile de type pad, trackpad ou autre n'était présente dans l'esprit de personne. L'idée n'émergera que quelques mois plus tard et n'avait rien de banal.</ref>
<ref name="renvoi1">Cette phrase renvoie à un des tous premiers débats de gérard, quand il construisait l'idée à propos des trous.</ref>
<ref name="hist3">Pour cette génération des années 90, parler de ce sujet était assez courant. Le Sida avait une dizaines d'années, il faisait peur, les sensibilisations se multipliaient auprès de la jeunesse de l'époque. Il n'est donc pas surprenant que le sujet soit central dans ce genre de discussion.</ref>
<ref name="hist4">Alors que les années 2010 ont introduit le téléphone comme accessoire indispensable au réveil matin, l'époque voulait que les gens aient un réveil. Tout comme les horloges, d'abord mécanique, cet objet devenait électronique, à affichage en cristaux liquides. L'innovation à succès du moment était l'introduction, sur cet accessoire, de la radio : l'alarme pouvait désormais être le déclenchement d'une statino de radio. Pour l'époque, c'était une révolution, permettant aux jeunes de s'éveiller plus doucement qu'avec une alarme brutale telle qu'elles pouvaient exister sur les réveils traditionnels.</ref>
<ref name="hist4b">Chantl Goya était une chanteuse à la mode de l'époque, dont le répertoire s'adresse plutôt aux enfants et aux jeunes enfants. Elle fait partie d'une tendance de la chanson pour enfants, incarnée aussi par Henri Dès et Dorothée, entre autres. Hugues Afray, lui, relève davantage de la génération précédente, chantant des succès des années 60-70.</ref>
<ref name="hist5">Le CD était, à cette époque, prisé par la jeunesse. D'une qualité sonore incomparaible par rapport à la cassette (qui était en définitive, une bande magnétique enroulée), il était également plus durable. Exigeant un peu de matériel pour être généré, tel qu'un graveur, dans un monde où l'ordinateur et ces outils étaient loin d'être démocratisés, il représentait une vraie valeur ajoutée.</ref>
<ref name="hist6">Souvenons-nous que nous parlions alors de Francs, de telles sommes représentant une centaine d'euros modernes environ.</ref>
<ref name="hist7">Bien que les services postaux et de télécommunication ne s'appelaient plus ainsi depuis quelques années, les gens avaient encore ce nom en tête dans la culture populaire. Les services de Poste, téléphone et télétransmission avaient cependant été séparés depuis quelque temps, en France Télécom, la Poste et France Télévision, dans une logique d'émancipation de ces services de l'État, préalable à une ouverture à la concurrence dans le contexte de l'économie de marché promue par l'Union Européenne. Depuis 1991, la France avait ratifié par référendum le traité de Maastricht qui la projetait dans le passage à l'Euro, nouvelle monnaie représentant un véritable défi économique et culturel pour la France de cette époque.</ref>
<ref name="hist8">Digital Audio Tape, à savoir une grande bande magnétique où les radios enregistraient leurs émissions en direct pour transmission à l'Institut National de l'AUdiovisuel et archivage, chose qui pouvait s'avérer indispensable en cas de contrôle ou de démêlés judiciaires. C'était un document obligatoire dans les stations.</ref>
<ref name="hist9">Quand Gérard avait 20 ans, c'était le début des années 80. La Techno n'existait pratiquement pas en France, les synthétiseurs ne faisant que leurs débuts avec l'arrivée de Daniel Balavoine ou Michel Berger.</ref>
<ref name="hist10">Charlie et Lulu sont deux animateurs, présentés comme des frères, animant un talk show de clips célèbre sur M6 à cette époque. Léonardo di Caprio est sous le feu des rampes depuis son passage, cette même année, dans Titanic.</ref>
<ref name="renvoi2">Dans la presse, le chanteur vedette français venait d'entamer une série de concerts, de mi-janvier à début février, à Bercy, devenue ensuite l'Akor Arena Arena, à Paris. C'est ce fait d'actualité, couplé au fait que Gérard prétend adorer ce chanteur, qui pousse l'auditrice à tenir ces propos absurdes. Impossible de croire dans ces propos, sauf au sens comique, d'une taquinerie envers l'amour porté par Gérard à son idole.</ref>
<ref name="hist11">Clo-clo, ou Claude François, est mort après une électrocution en changeant une ampoule dans sa salle de bain. Or EDF, ou électricité de France, était le fournisseur public et exclusif d'léectricité en France avant l'ouverture du marché à la concurrence sous l'influence de la réglementation européenne.</ref>
<ref name="hist12">Référence absurde à l'époque, où les objets connectés relevaient de la pure fiction et du fantasme. Les montres les plus modernes avaient juste un cadrant à cristaux liquides, révolutionnant l'affichage de l'heure reposant jusque-là sur des aiguilles.</ref>
<ref name="radio1">Dans la radio, un bed est un fond musical, mis à bas volume, permettant à la fois d'accompagner harmonieusement la voix du locuteur et de combler, en douceur, les blancs laissés par la voix humaine.</ref>
<ref name="hist13">Ce passage sur les voitures électriques est, à l'époque, absurde, car il ne vient à l'idée de personne que cela soit un jour possible. Nul ne sait à ce moment que telle sera la réalité près de 30 ans plus tard, faisant de cet échange un moment parfaitement avant-gardiste qui s'ignore.</ref>
<ref name="radio2">Prénom d'un des deux agents de sécurité embauchés par la station, à l'époque, pour assurer la sécurité du personnel et accueillir les visiteurs. Le second se nomme Thierry et sera un des participants aux débats, qu'on appellera Thierry de la sécu.</ref>
<ref name="hist14">Environ 3000-4000 euros. Le jeu de mot sur les licneces repose sur la réglementation française autorisant les cafés à vendre des types de boisson au prix d'une licence, en particulier les alcools.</ref>
<ref name="hist15">À cette époque, la France ne disposait que de six chaînes de télévision. Elles existaient depuis les années 80, l'État détenant un monopole jusque-là qui a lentement évolué. Outre ces six chaînes, des offres se lancent pour en avoir davantage autour de la diffusion par satellite et le câble, avec de chaînes thématiques ou à contenu exclusif. Ce modèle sera bousculé à partir du moment où Internet verra son débit augmenter, permettant aux opérateurs de télécom d'inclure à leur offre d'abonnement Internet un bouquet télévisuel, qui deviendra la norme à partir des années 2010. Ce modèle économique sera remis en cause à partir de 2025 où les postes de télévisions eux-mêmes, les chaînes de diffusion voire les sites de streaming permettent d'accéder à du contenu en ligne sans lien avec la moindre chaîne de télévision.</ref>
<ref name="hist16">Deux opérateurs français de téléphonie mobile. Itineris, filiale mobile de France Télécom, est devenu Orange.</ref>
<ref name="hist17">Dans ce monde émergeant de la radio, une règle était posée par toutes les station, jusqu'à l'autorité de régulation indépendante, le Conseil Supérieur de l'Audiovisuel, devenu plus tard Autorité de régulation des communications : pour ne pas fragiliser les modèles économiques, en émission, aucune marque ne devait être mise en avant ou citée. Ou alors, toute citation devait s'accompagner de celle de tous les concurrents. Le discours devait donc s'abstenir de citer les marques en général. Cette doctrine a fini par évoluer, car elle rendait les interventions des auditeurs, non professionnels, ridicule, et avec la démocratisation de ce média, elle n'était plus tenable.</ref>
<ref name="explic1">Le sujet, certes malaisant, n'arrive pas par hasard. Il est le fruit de longues discussions où Gérard a exprimé une gêne et une ambiguïté qui a amusé la communauté des auditeurs et l'équipe. Dans son esprit, cet position sexuelle est douloureuse pour les filles et donc, inacceptable. Mais en réalité, sa copine révélera plus tard qu'il la pratique avec elle, en contradiction avec ce qui lui semblait indépassable. C'est pour chatouiller cette gêne que le sujet prend ici sa place, malgré son caractère déplacé.</ref>
<ref name="radio3">Ce dialogue question-réponse est isse d'un échange, construit par Chrsitine, ex copie de Gérard, et Max. Cette dernière, entrant dans le jeu parodique (et sans doute par mesquinerie], entraînée par Max, a alimenté les rumeurs sur la prétendue personnalité privée de Gérard. Ses déclarations en direct et enregistrées ne lâcheront jamais l'animateur, poursuivi par des imitations de ce dialogue, des bandes son qui le reprennent, malgré sa fureur. Ce dialogue fait partie des formules les plus célèbres qui hantent l'émission et l'animateur pendant toute son histoire.</ref<
<ref name="hist18">Depuis le milieu des années 80, la France et le monde ont découvert un terrible virus : le VIH. Il se transmet par le rapport sexuel, tue en détruisant le système immunitaire et aucune thérapie n'existe. Dans les collèges et lycées, de grandes campagnes sont menées pour la protection par le préservatif, non seulement pour lutter contre la procréation non voulue mais aussi pour se protéger des maladies sexuellement transmissibles. Au moment de cette émission, le sujet est très sensible dans les médias et dans l'espace public. Même si la réaction est sans doute exagérée pour les besoins du programme, elle n'en reste pas moins existante. Elle s'est ensuite atténuée les trente années suivantes, malgré des progrès thérapeutiques limités et un risque non négligeable.</ref>
<ref name="hist19">Nom d'un DJ travaillant avec Max assez régulièrement et étant célèbre dans cette période, quoiqu'à ses débuts. Il est un des pionniers de la musique électronique mixée. On le retrouvera régulièrement cité et parfois imité lors des débats de gérard.</ref>
<ref name="gege1">Ce que l'on sait alors, et selon la propre histoire de Gérard, c'est qu'il a été abandonné à la naissance et pris en charge par l'aide sociale à l'enfance. Ce sujet, pourtant réellement sensible chez Gérard, lui sera régulièrement ramené, déclenchant de vraies fureurs parfois radicales. Pourtant, la biographie de Gérard telle que découverte par Thibaut Raisse montre qu'en réalité, sa naissance est beaucoup plus complexe : il a eu une mère, qu'il a vue régulièrement. Certes, elle fut défaillante, il fit moultes aller-retour entre les foyers de jeunes et son foyer maternel, mais il n'a pasz été abandonné, comme il l'affirmera tout au long de sa vie radiophonique. Et il n'a bien sûr rien oublié, puisque le même ouvrage raconte qu'il présente sa première femme, mère de sa fille, à sa propre mère. Cet écart entre les faits et ce qui, pourtant, semble sa vie psychique, reste un exemple troublant des défauts d'une mémoire traumatique et cassée comme celle de Gérard.</ref>
<ref name="hist20">Référence à une vieille publicité de la marque où les personnages chantaient « On se lève tous pour Danette ». Elle fait partie de ces publicités qui ont marqué le pays à cette époque.</ref>
<ref name="hist21">Autre référence publicitaire à un slogan marketing d'une marque alimentaire. Les publicités à la télévision faisaient l'objet d'un travail d'écriture et de tournage qui en ont rendues certaines très célèbres dans l'hsitoire du commerce et des produits en France.</ref
<ref name="hist22">Cette question obscène renvoie à un fait d'actualité qui a frappé le monde récemment : l'abus prétendu du président américain Bill Clinton sur une sgatiaire de la Maison Blanche. Nous développerons le sujet plus avant dans le contexte d'un débat qui se propose, précisément, d'en discuter.</ref>
<ref name="hist23">Référence connue à l'époque, il s'agit d'un magazine de vente par correspondance. Les gens recevaient un catalogue et pouvaient commander leurs articles par téléphone ou voie postale, dans divers domaines, et spécialement celui du textile.</ref>
<ref name="hist24">Référence à une célèbre émission, qui a occupé les fins d'après-midi du service public de téléviion pendant plusieurs décennies. Le jeu consiste à trouver des mots à partir de lettres tirées au hasard et à trouver un résultat à partir d'une addition ou soustraction d'une suite de chiffres tirés au sort également.</ref>
<ref name="hist25">Gérard est un adepte de TF1. Tout comme Sandy et d'autres auditeurs marginaux de l'émission. Il faut aussi dire qu'à cette époque, la plupart des Français ne dispoaient que de cinq chaînes gratuites dont seules deux étaient privées. Est-ce pour cela que Gérard a, sans trop le savoir, utilisé le nom d'une de leurs émissions phares du dimanche matin pour titrer ce débat ? L'histoire ne le dit pas. Mais ironiquement, c'est fort logiquement que Steve interroge sur le débat suivant : le dimanche matin, après Auto-motos, se déroule l'émission téléfoot. Programme emblématique de l'époque, il fait le point sur les derniers résultats et les moments forts des matchs de championnat, de coupe d'Europe ou d'internationaux de la semaine.</ref>
<ref name="hist26">Référence à une très ancienne voiture, robuste et simple, produite depuis les années 60 : la deux-chevaux. Quoique peu confortable, elle reste un emblème du XXe siècle et continua longtemps à avoir des gans inconditionnels.</ref>
<ref name="radio4">Un des deux agents de sécurité chargés de l'accueil à la station, notamment le soir. Le second se nomme Thierry, dit Thierry de la sécu. Nous y reviendrons, car il participera à des débats directement.</ref>
<ref name="hist27">Le régime végétarien était, à l'époque, beaucoup moins en vogue qu'il ne le fut près de 30 ans plus tard. Les gens qui refusaient la consommation animale étaient plutôt à la marge du mouvement social, très carnacier, et le végétalisme était une absolue rareté. Les choses ont beaucoup évolué sous différentes influences : les maladies de la viande qui ont marqué le début des années 2000, la médiatisation de l'impact de la viande sur la santé et l'environnement, l'accélération des mouvements liés au bien-être, etc.</ref>
<ref name="hist28">À cette époque, le groupe propriétaire de ces magasins alimentaires y avait accollé son nom, donnant les Mousquetaires Intermarché. Ce nom marketing et dynamique, renvoyant au roman d'Alexandre Dumas, a fait le succès du groupe et de ses marques. Dans leurs magasins, ils ont diffusé une radio interne, tant pour les salariés que pour diffuser des publicités de leurs produits. C'est de cette radio dont il s'agit ici.</ref>
<ref name="renvoi3">Ce passage sur le kyste et les dents qui tombent fait rire parce qu'il renvoie à une réalité, moins drôle, concernant l'animateur. Son hygiène étant et ayant été précaire, il a en effet une très mauvaise dentition et dégage, en partie de ce fait mais aussi pour d'autres raisons, une odeur clairement très forte. Au surplus, depuis quelques mois, il a ce kyste, dans le cou, dont il mettra plusieurs mois à s'occuper avec le soutien d'une auditrice bienfaitrice. Cette apparence lui attirera de nombreuses moqueries récurrentes, qui le suivront d'ailleurs tout au long de sa carrière radiophonique.</ref>
<ref name="hist29">Ce passage est historiquement intéressant à trois titres. D'abord, parce qu'il est un peu un clin d'œoil de Phildar à sa vie personnelle, on saura beaucoup plus tard qu'il a un oncle malentendant. Il a donc une sensibilité au handicap, étonnamment transparente ici. Ensuite, parce qu'il s'inscrit dans une époque où l'humour sur le handicap était difficile, avec de fréquents procès de parents d'enfants handicapés contre des plaisanteries d'humoristes sur le handicap, jugées insultantes. Enfin, parce qu'il s'amuse d'une réalité typique de l'époque et que les jeunes de 2026 ne peuvent pas bien comprendre : à cette époque, ni les technologies mobiles, ni la connectivité Internet, ne laissait envisager la possibilité que les discussions puissent se faire en visio. Or, sans appel vidéo, pas d'interprétariat possible en langue des signes, ni directe ni indirecte par des services dédiés. C'(est donc une représentation intéressante de l'état des connaissances de l'époque sur la déficneice auditive dans le contexte technologique qui prévalait.</ref>
<ref name="hist30">POur comprendre ce passage, il est utile de savoir comment se passer la téléphonie en mobilité à cette époque. Les téléphones portables n'étant pas encore généralisés et coûtant assez cher dans leur usage, la pratique de la cabine téléphonique ne s'était pas encore estompée. Réparties en de nombreux endroits du territoire par l'opérateur historique public, elles permettaient de téléphoner au calme depuis un autre endroit que son domicile. Ce service était payant. Pour ce faire, les anciennes cabines recueillaient des pièces de monnaie qui offraient à l'utilisateur un temps de communication à la minute. Ce système a été ensuite remplacé par un système de cartes papier : l'utilisateur les achetait dans un bureau de tabac, à un prix correspondant au nombre de minutes délivrées par la carte, puis il l'insérait dans la cabine téléphonique, laquelle la scannait et lui ouvrait les droits. Ces cartes, de format cartes à jouer, faisaient donc l'objet d'ornements, de décorations graphiques qui pouvaient être prisées des collectionneurs de raretés, de dessins, etc. D'où cette possibilité, comparable à la collection de timbres postaux.</ref>
<ref name="hist31">À cette époque, il n'existait aucun forfait de consommation illimité dans la télécommunication. Le téléphone se payait à la minute et à tarif différencié selon le moment et le lieu de son destinataire. D'autres numéros, surtaxés, appartenaient à des entreprises offrant des services interactifs ou de forum téléphoniques, de toutes sortes (y compris les rencontres, les services pornographiques, etc). Le minitel, lui, suivait ces tarifications : à la minute, voire surtaxé sur le service d'entreprises. D'ailleurs, l'usage de minitel rendait la ligne téléphonique occupée. Donc il est vrai que passer sa soirée à envoyer des messages au studio de Funradio coûtait cher en temps et donc, en argent, à une époque où tout se payait.</ref>
<ref name="renvoi4">Gérard le vit mal car comme Nicolas de Puteaux, alias Fesse de Babouin, ces gens signent des courriers et des documents drôles et mettant Gérard hors de lui sur sa vie parallèle et imaginaire, mais ils sont en même temps ses soutiens, ses amis, sans qu'il ne s'en rende trop compte ni n'identifie les frontières. Evoquer Fijo est donc une trahsion, une douleur comme parler de ses ex compagnes, Christine et Carole.</ref>
<ref name="hist32">À cette époque, Pluton était toujours considérée comme une planète avant son déclassement en 2006 par l'Union internationale de l'astronomie. Donc tous les dictionnaires, les manuels scolaires, les encyclopédies l'incluaient au listing. Pour la suite, il faut également savoir que en 1998, la population n'était pas parfaitement et universellement informée du fait qu'il existait des planètes en-dehors du système solaire. La première exoplanète a été découverte en 1995 et il faut attendre encore quelques années pour que l'idée infuse dans la population non scientifique.</ref>
<ref name="explic2">Lors des réunoins hebdomadaires du mardi, où Gérard venait briefer son équipe, lire ses questions pour les faire valider par Max et l'équipe, il décidait qui participerait à l'émission. Pour ce faire, sachant qu'en pratique Olivier était souvent exclu, il élaborait une liste de noms, rayant les exclus et écrivant les autres, tell un coach d'équipe. Jouant le jeu, les assistants d'antenne prenaient cela très au sérieux, comme des enfant. Si bien que dès la veille du débat sur les sports de glisse, ces moments ont été diffusés en direct, plus ou moins à l'insu de Gérard.</ref>
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Lionel Scheepmans
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== Quatrième de couverture ==
{{:Le mouvement Wikimédia/Quatrième de couverture}}
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== Sommaire ==
{{:Le mouvement Wikimédia/Sommaire1}}
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== Avant-propos ==
{{:Le mouvement Wikimédia/Avant-propos}}
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== Introduction : Wikimédia n’est pas Wikipédia ==
{{:Le mouvement Wikimédia/Introduction : Wikimédia n'est pas Wikipédia}}
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== Première partie : La naissance du mouvement Wikimédia ==
{{:Le mouvement Wikimédia/La naissance du mouvement Wikimédia}}
=== L'utopie Wikimédia ===
{{:Le mouvement Wikimédia/L'utopie Wikimédia}}
=== Le mouvement du logiciel libre ===
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=== Les licences et la culture libres ===
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=== Le réseau Internet ===
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=== Les platesformes Wiki ===
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=== L’encyclopédie libre et universelle ===
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=== L'arrivée des projets frères ===
{{:Le mouvement Wikimédia/L'arrivée des projets frères}}
=== La conscientisation du mouvement ===
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=== La création des organismes affiliés ===
{{:Le mouvement Wikimédia/La création des organismes affiliés}}
=== L'héritage d'une contre-culture ===
{{:Le mouvement Wikimédia/L'héritage d'une contre-culture}}
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== Deuxième partie : Cosmographie du mouvement Wikimédia ==
{{:Le mouvement Wikimédia/Cosmographie du mouvement Wikimédia}}
=== La constellation des projets en ligne ===
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=== Les projets de partage de la connaissance ===
{{:Le mouvement Wikimédia/Les projets de partage de la connaissance}}
=== Les projets de gouvernance, de gestion et de sensibilisation ===
{{:Le mouvement Wikimédia/Les projets de gouvernance, de gestion et de sensibilisation}}
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{{:Le mouvement Wikimédia/Les projets de gestion technique}}
=== Les espaces de communication et d’information ===
{{:Le mouvement Wikimédia/Les espaces de communication et d’information}}
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=== La constellation de la Fondation et de ses affiliés ===
{{:Le mouvement Wikimédia/La constellation de la Fondation et de ses affiliés}}
=== La Fondation Wikimédia ===
{{:Le mouvement Wikimédia/La Fondation Wikimédia}}
=== Le conseil d’administration de la Fondation ===
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=== Les comités, groupes de travail et conseils ===
{{:Le mouvement Wikimédia/Les comités, groupes de travail et conseils}}
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=== Les organisations thématiques, centrales et linguistiques ===
{{:Le mouvement Wikimédia/Les organisations thématiques, centrales et linguistiques }}
=== Les groupes d’usagers ===
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=== Les cycles de conférences et espaces de rencontres ===
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=== Les partenariats avec des entités externes au mouvement ===
{{:Le mouvement Wikimédia/Les partenariats externes}}
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== Conclusion : Quel avenir pour ce mouvement culturel inspirant ? ==
{{:Le mouvement Wikimédia/Conclusion : Quel avenir pour ce mouvement culturel inspirant ?}}
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== Remerciements ==
{{:Le mouvement Wikimédia/Remerciements}}
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== Notes et références ==
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== Bibliographie ==
{{:Le mouvement Wikimédia/Bibliographie}}
[[Catégorie:Livres]]
[[Catégorie:Livres]]
[[Catégorie:Étude du cyber-mouvement du logiciel libre (livre)]]
[[Catégorie:Anthropologie]]
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[[Catégorie:Livres en vitrine]]
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Lionel Scheepmans
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{{:Le mouvement Wikimédia/Avant-propos}}
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== Introduction : Wikimédia n’est pas Wikipédia ==
{{:Le mouvement Wikimédia/Introduction : Wikimédia n'est pas Wikipédia}}
{{Nouvelle page imprimée}}
== Première partie : La naissance du mouvement Wikimédia ==
{{:Le mouvement Wikimédia/La naissance du mouvement Wikimédia}}
=== L'utopie Wikimédia ===
{{:Le mouvement Wikimédia/L'utopie Wikimédia}}
=== Le mouvement du logiciel libre ===
{{:Le mouvement Wikimédia/Le mouvement du logiciel libre}}
=== Les licences et la culture libres ===
{{:Le mouvement Wikimédia/Les licences et la culture libres}}
=== Le réseau Internet ===
{{:Le mouvement Wikimédia/Le réseau Internet}}
=== Le World Wide Web ===
{{:Le mouvement Wikimédia/Le World Wide Web}}
=== Les plateformes Wiki ===
{{:Le mouvement Wikimédia/Les plateformes Wiki}}
=== L’encyclopédie libre et universelle ===
{{:Le mouvement Wikimédia/L'encyclopédie libre et universelle}}
=== L'arrivée des projets frères ===
{{:Le mouvement Wikimédia/L'arrivée des projets frères}}
=== La conscientisation du mouvement ===
{{:Le mouvement Wikimédia/La conscientisation du mouvement}}
=== La création des organismes affiliés ===
{{:Le mouvement Wikimédia/La création des organismes affiliés}}
=== L'héritage d'une contre-culture ===
{{:Le mouvement Wikimédia/L'héritage d'une contre-culture}}
{{Nouvelle page imprimée}}
== Deuxième partie : Cosmographie du mouvement Wikimédia ==
{{:Le mouvement Wikimédia/Cosmographie du mouvement Wikimédia}}
=== La constellation des projets en ligne ===
{{:Le mouvement Wikimédia/La constellation des projets en ligne}}
=== Les projets de partage de la connaissance ===
{{:Le mouvement Wikimédia/Les projets de partage de la connaissance}}
=== Les projets de gouvernance, de gestion et de sensibilisation ===
{{:Le mouvement Wikimédia/Les projets de gouvernance, de gestion et de sensibilisation}}
=== Les projets de gestion technique ===
{{:Le mouvement Wikimédia/Les projets de gestion technique}}
=== Les espaces de communication et d’information ===
{{:Le mouvement Wikimédia/Les espaces de communication et d’information}}
{{Nouvelle page imprimée}}
=== La constellation de la Fondation et de ses affiliés ===
{{:Le mouvement Wikimédia/La constellation de la Fondation et de ses affiliés}}
=== La Fondation Wikimédia ===
{{:Le mouvement Wikimédia/La Fondation Wikimédia}}
=== Le conseil d’administration de la Fondation ===
{{:Le mouvement Wikimédia/Le conseil d’administration}}
=== Les comités, groupes de travail et conseils ===
{{:Le mouvement Wikimédia/Les comités, groupes de travail et conseils}}
=== Les associations locales ===
{{:Le mouvement Wikimédia/Les associations locales}}
=== Les organisations thématiques, centrales et linguistiques ===
{{:Le mouvement Wikimédia/Les organisations thématiques, centrales et linguistiques }}
=== Les groupes d’usagers ===
{{:Le mouvement Wikimédia/Les groupes d’usagers}}
=== Les projets d’assistances ===
{{:Le mouvement Wikimédia/Les projets d’assistances}}
=== Les cycles de conférences et espaces de rencontres ===
{{:Le mouvement Wikimédia/Les cycles de conférences et espaces de rencontres}}
=== Les partenariats avec des entités externes au mouvement ===
{{:Le mouvement Wikimédia/Les partenariats externes}}
{{Nouvelle page imprimée}}
== Conclusion : Quel avenir pour ce mouvement culturel inspirant ? ==
{{:Le mouvement Wikimédia/Conclusion : Quel avenir pour ce mouvement culturel inspirant ?}}
{{Nouvelle page imprimée}}
== Remerciements ==
{{:Le mouvement Wikimédia/Remerciements}}
{{Nouvelle page imprimée}}
== Notes et références ==
[[Fichier:Qr code références livre Wikimédia.svg|alt=centrer|droite|sans_cadre|65x65px]]
<small>{{Cacher à l'impression|<references />}}</small>
== Bibliographie ==
{{:Le mouvement Wikimédia/Bibliographie}}
[[Catégorie:Livres]]
[[Catégorie:Livres]]
[[Catégorie:Étude du cyber-mouvement du logiciel libre (livre)]]
[[Catégorie:Anthropologie]]
[[Catégorie:Sciences humaines]]
[[Catégorie:Livres terminés]]
[[Catégorie:Le mouvement Wikimédia]]
[[Catégorie:Le mouvement Wikimédia (livre)]]
[[Catégorie:Livres en vitrine]]
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Lionel Scheepmans
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Le mouvement Wikimédia/Introduction : Wikimédia n'est pas Wikipédia
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Lionel Scheepmans
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<noinclude>{{Le mouvement Wikimédia}}
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Depuis le succès initial de Wikipédia, une myriade de projets de partage des connaissances, d’organisations et de groupes de soutien ont émergé pour former ce qu’on appelle aujourd’hui le mouvement Wikimédia. Même si, à ce jour, l’encyclopédie libre reste l'activité phare du mouvement, il serait regrettable de réduire l’ensemble du mouvement à cet unique projet pédagogique. Malheureusement, il arrive bien trop souvent qu'une seule version linguistique de Wikipédia suffise pour cacher l’étendue de la forêt Wikimédia.
En réalité, Wikimédia représente un mouvement social, international et interculturel complexe, au sein duquel Wikipédia n’est qu’une composante parmi d’autres. Dans le cadre d'un mémoire de master, on peut ainsi fournir en quelques mois une [[v:recherche:Culture_fr_Wikipédia|ethnographie du projet Wikipédia en français]]<ref>{{Lien web|titre=Culture fr Wikipédia, ethnographie du projet Wikipédia en français|url=https://web.archive.org/web/20250905132014/https://fr.wikiversity.org/wiki/Recherche:Culture_fr_Wikip%C3%A9dia|auteur=Lionel Scheepmans|site=Wikiversité|année=2011}}.</ref>. Alors que pour synthétiser les origines, l’organisation et les dynamiques globales du mouvement Wikimédia, une [[v:fr:Recherche:Imagine_un_monde|thèse de doctorat]]<ref>{{Ouvrage|langue=fr|prénom1=Lionel|nom1=Scheepmans|lien auteur1=user:Lionel Scheepmans|titre=Imagine un monde : quand le mouvement Wikimédia nous aide à penser de manière prospective la société globale et numérique de demain|éditeur=UCL - Université Catholique de Louvain|année=2022|date=17/06/2022|lire en ligne=https://dial.uclouvain.be/pr/boreal/object/boreal:264603|consulté le=2024-03-10|nature article=Thèse de doctorat}}</ref> et cinq années de recul supplémentaires furent nécessaires.
[[Fichier:Wikimedia project stickers.jpg|vignette|<small>Figure 1. Série d’autocollants reprenant les logos des principaux projets collaboratifs actifs au sein du mouvement Wikimédia.</small>]]
À la fin de l'année 2025, l’ampleur numérique du mouvement est effectivement impressionnante. Chaque mois, des millions de modifications bénévoles sont effectuées sur plus de 500 millions de pages<ref>{{Lien web|auteur=Stat.wikimedia.org|titre=Statistiques de Wikimédia|url=https://web.archive.org/web/20251209230902/https://stats.wikimedia.org/#/all-projects}}.</ref>, réparties sur plus d’un millier de sites web<ref>{{Lien web|url=https://web.archive.org/web/20251217134333/https://wikistats.wmcloud.org/wikimedias_html.php?s=users_asc&th=0&lines=2000|titre=All Wikimedia Projects by Size|auteur=Wikistats wmcloud}}.</ref>, dont 358 seulement, correspondent aux [[m:List_of_Wikipedias|versions linguistiques de Wikipédia]]<ref>{{Lien web|url=https://web.archive.org/web/20251208041814/https://meta.wikimedia.org/wiki/List_of_Wikipedias|titre=List_of_Wikipedias|auteur=Méta-Wiki}}.</ref>. Ce qui prouve donc clairement que les activités en ligne portées par l'ensemble du mouvement Wikimédia dépassent largement ce qui se passe au sein de l’encyclopédie.
Il existe ainsi huit autres projets pédagogiques susceptibles d'atteindre un jour l'envergure et la notoriété de Wikipédia, avec un objectif et un fonctionnement spécifiques à chacun. De manière détaillée, Wikilivres crée des livres pédagogiques, Wikiversité rassemble des supports d'enseignement et des travaux de recherche, Wikinews fait du journalisme collaboratif, Wikivoyage développe un guide touristique, pendant que Wiktionnaire apporte des définitions des mots de toutes les langues et dans toutes les langues.
Contrairement à Wikipédia, tous ces projets ne sont pas soumis à une neutralité de point de vue, ni limités à l'usage de sources secondaires reconnues, au niveau de la rédaction des articles. La plupart d'entre eux acceptent aussi la publication de travaux de recherche ou de productions personnelles, alors que cela est tout à fait interdit dans Wikipédia.
Selon l'étymologie du mot encyclopédie, le but de Wikipédia est en effet de synthétiser ou, plus précisément, d'encercler le savoir humain déjà préexistant. Cette contrainte éditoriale limite donc les contributeurs et contributrices à l'usage de sources secondaires et tertiaires présentes dans des publications externes au projet. De ce fait, Wikipédia reproduit fatalement les biais systémiques, tels que les déséquilibres et les surreprésentations de genre et de culture, présents dans un monde de l'édition majoritairement occidental. Or, cette impasse éditoriale propre à Wikipédia n'existe pas dans les autres projets pédagogiques.
Comme ces projets frères, Wikipédia n'est pas non plus un projet complètement autonome des autres projets Wikimédia. L'encyclopédie compte en effet sur le projet Wikimedia Commons pour héberger l'ensemble de sa médiathèque. Elle utilise ensuite le contenu du projet Wikidata comme base de données structurée. Quant aux personnes qui produisent l'encyclopédie, elles peuvent aussi puiser leurs sources dans la bibliothèque Wikisource, ou se référer à des citations d'auteurs collectées dans le projet Wikiquote. Tout cela sans oublier que des dizaines de sites web traitent l'archivage permanent de Wikipédia et des autres projets Wikimédia, dans le but de fournir des analyses précieuses et totalement libres d’accès.
Enfin, il faut aussi garder à l'esprit qu'au-delà de tous ces sites web, le mouvement Wikimédia, c'est aussi de nombreuses institutions et organisations affiliées dispersées dans le monde. Autour de la [[w:Fondation_Wikimédia|Fondation Wikimédia]] chargée de la gestion et de l’organisation internationales, avec près de 650 salariés de nationalités diverses<ref>{{Lien web|langue=|auteur=Wikimedia Foundation|titre=Les personnes derrière notre connaissance|url=https://web.archive.org/web/20250904032058/https://wikimediafoundation.org/fr/who-we-are/people/|site=|date=|consulté le=}}</ref>, se regroupent des centaines d'organisations satellites. Parmi celles-ci, on retrouve 2 [[m:Wikimedia_thematic_organizations/fr|associations thématiques]]<ref>{{Lien web|langue=|auteur=Méta-Wiki|titre=Wikimedia thematic organisations|url=https://web.archive.org/web/20250926235310/https://meta.wikimedia.org/wiki/Wikimedia_thematic_organizations|site=|date=|consulté le=}}.</ref>, 40 [[m:Wikimedia_chapters/fr|associations locales]]<ref>{{Lien web|langue=|auteur=Méta-Wiki|titre=Wikimedia chapters|url=https://web.archive.org/web/20251006092129/https://meta.wikimedia.org/wiki/Wikimedia_chapters}}</ref>, dont ''Wikimedia Deutschland'' qui regroupe plus de 170 employés<ref>{{Lien web|langue=|auteur=RocketReach|titre=Wikimedia Deutschlande. V. Information|url=https://web.archive.org/web/20251218034616/https://rocketreach.co/wikimedia-deutschland-e-v-profile_b5caf600f42e140f|site=|date=|consulté le=}}.</ref>, et finalement 141 [[metawiki:Wikimedia_user_groups/fr|groupes d’utilisateurs et utilisatrices]]<ref>{{Lien web|langue=|auteur=Méta-Wiki|titre=Wikimedia user groups|url=https://web.archive.org/web/20251008041452/https://meta.wikimedia.org/wiki/Wikimedia_User_Groups|site=|date=|consulté le=}}</ref>.
Tout ce qui vient d'être exposé dans cette introduction justifie donc la nécessité de distinguer le mouvement Wikimédia du projet Wikipédia. Imaginons seulement que l’on se limite à citer Paris pour décrire et comprendre un pays aussi vaste que la France. Certes, Paris est une ville mondialement connue et qui compte plus de deux millions d’habitants et un patrimoine culturel impressionnant. Mais est-ce pour autant qu'il faudrait oublier les autres villes, villages et métropoles françaises ? Sans compter que la France regroupe aussi des départements et des territoires d’outre-mer et qu'elle entretient des relations et des partenariats internationaux qui dépassent de loin ce qui se passe entre Paris et le reste du monde. Ne pas confondre le mouvement Wikimédia avec le projet Wikipédia relève donc du bon sens.
En 2019 cependant, la Fondation Wikimédia a envisagé de se renommer en Fondation Wikipédia et de remplacer le terme « Wikimédia » par celui de « Wikipédia », partout où ce terme est utilisé dans la sphère hors ligne du mouvement. Le but était d’acquérir une plus grande visibilité et d’attirer des milliards de personnes, grâce au nom de marque Wikipédia, considéré comme l’un des plus connus au monde<ref>{{Lien web|langue=|auteur=Zack McCune|titre=Leading with Wikipedia: A brand proposal for 2030|url=https://web.archive.org/web/20210117025153/https://wikimediafoundation.org/news/2019/02/26/leading-with-wikipedia-a-brand-proposal-for-2030/|site=Wikimedia Foundation News|éditeur=|date=26 February 2019|consulté le=}}.</ref>. Ce changement n’a toutefois pas été accepté par de nombreuses personnes actives au sein du mouvement Wikimédia. En janvier 2020, ces opposants ont ainsi créé une page d’[[m:Requests_for_comment/Should_the_Foundation_call_itself_Wikipedia|appel à commentaires]], qui fut le siège d’un long débat<ref name="Requests for comment">{{Lien web|langue=|auteur=Méta-Wiki|titre=Requests for comment/Should the Foundation call itself Wikipedia|url=https://web.archive.org/web/20210905054842/https://meta.wikimedia.org/wiki/Requests_for_comment/Should_the_Foundation_call_itself_Wikipedia|consulté le=}}.</ref>. À l’issue de ce dernier, 73 représentants d’organisations affiliées et 984 personnes ont signé une [[m:Community_open_letter_on_renaming/fr|lettre ouverte]] adressée à la Fondation, qui comprenait le paragraphe suivant<ref>{{Lien web|langue=|auteur=Méta-Wiki|titre=Lettre ouverte de la Communauté sur le changement de nom|url=https://web.archive.org/web/20210122162652/https://meta.wikimedia.org/wiki/Community_open_letter_on_renaming/fr|consulté le=}}.</ref> :
<blockquote>
Depuis 20 ans, les bénévoles ont bâti la réputation de Wikipédia en tant que ressource indépendante et communautaire. Les projets du mouvement Wikimédia, dont Wikipédia, se développent autour de la décentralisation et du consensus. Il est essentiel d’établir des distinctions claires entre la Fondation Wikimédia, les affiliés et les contributeurs individuels. Tout changement qui affecte cet équilibre exige le consentement éclairé et la collaboration des communautés. Il est donc très préoccupant de voir « Wikipédia » présenté pour le nom de l’organisation et du mouvement malgré le mécontentement général de la communauté.
</blockquote>
En s’opposant aux idées de la Fondation, ces membres de la communauté Wikimédia ont ainsi fait preuve de sagesse. De plus, ils ont signalé dans de nombreux commentaires que beaucoup de personnes connaissent le mouvement Wikimédia uniquement au travers de son encyclopédie. Il est même étonnant d'observer que la méconnaissance du mouvement existe au sein même de sa propre communauté. Comme exemple, on peut observer que l'[[w:en:Wikimedia_movement|article du projet Wikipédia en anglais consacré au mouvement Wikimédia]] ne s’est développé qu’à partir de 2016<ref>{{Lien web|auteur=Wikipedia|titre=Wikimedia mouvement - old revision|url=https://en.wikipedia.org/w/index.php?title=Wikimedia_movement&oldid=716240586|consulté le=}}.</ref>, tandis que ce même article dans la [[w:fr:Mouvement_Wikimédia|version francophone de l'encyclopédie]] n’est apparu qu’en 2019<ref>{{Lien web|auteur=Wikipédia|titre=Mouvement Wikimédia - version archivée|url=https://fr.wikipedia.org/w/index.php?title=Mouvement_Wikim%C3%A9dia&oldid=158268859|consulté le=}}.</ref>. Quant aux autres versions linguistiques, il est tout aussi étonnant de constater qu'en octobre 2025, seulement [[wikidata:Q3568028|39 d'entre elles sur un total de 358]] possédaient un article dédié au mouvement Wikimédia<ref>{{Lien web|auteur=Wikidata|titre=Wikimedia Movement|url=https://web.archive.org/web/20251004091239/https://www.wikidata.org/wiki/Q3568028}}.</ref>.
Tous ces éléments justifient donc la nécessité d’offrir au monde une meilleure connaissance du mouvement Wikimédia et des nombreux projets et organisations qui soutiennent leurs missions de partage du savoir. En ce sens, ce livre est une contribution importante aux défis stratégiques que doit relever le mouvement Wikimédia à l’approche de 2030. Car au-delà des [[wmf:Resolution:Next_Steps_for_Brand_Work,_2021|résolutions]] prises pour développer de nouveaux processus participatifs et délibératifs concernant les questions de marque<ref>{{Lien web|auteur=Wikimedia Foundation Wiki|titre=Resolution:Next Steps for Brand Work, 2021|url=https://web.archive.org/web/20211020232912/https://foundation.wikimedia.org/wiki/Resolution:Next_Steps_for_Brand_Work,_2021|date=|consulté le=}}.</ref>, c’est avant tout un travail d’information et de sensibilisation à destination du grand public qu'il reste à faire.
{| class="wikitable"style="margin: auto;" "text-align:center;"
|+
|[[Fichier:Qrcode Culture fr Wikipédia.svg|lien=https://fr.wikiversity.org/wiki/Recherche:Culture_fr_Wikip%C3%A9dia|100x100px|centré|sans_cadre]]
|[[Fichier:Qrcode Imagine un monde.svg|lien=https://fr.wikiversity.org/wiki/Recherche:Imagine_un_monde|centré|sans_cadre|100x100px]]
|[[Fichier:Code qr Wikiscan.svg|lien=http://wikiscan.org|100x100px|centré|sans_cadre]]
|[[Fichier:QR code Statistiques Wikimédia.png|lien=https://stats.wikimedia.org|centré|sans_cadre|100x100px]]
|[[Fichier:QR-code Wikistats wmcloud.png|lien=https://wikistats.wmcloud.org/wikimedias_html.php?s=users_asc&th=0&lines=2000|centré|sans cadre|100x100px]]
|-
|<small>Q 5 : Ethnographie fr Wikipédia</small>
|<small>Q 2 : Thèse ''Imagine un monde''</small>
|{{Centrer|<small>Q 2 : Wikiscan</small>}}
|<small>QStatistiques de Wikimédia</small>
|<small>Wikistats wmcloud</small>
|}
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Lionel Scheepmans
20012
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text/x-wiki
<noinclude>{{Le mouvement Wikimédia}}
</noinclude>
Depuis le succès initial de Wikipédia, une myriade de projets de partage des connaissances, d’organisations et de groupes de soutien ont émergé pour former ce qu’on appelle aujourd’hui le mouvement Wikimédia. Même si, à ce jour, l’encyclopédie libre reste l'activité phare du mouvement, il serait regrettable de réduire l’ensemble du mouvement à cet unique projet pédagogique. Malheureusement, il arrive bien trop souvent qu'une seule version linguistique de Wikipédia suffise pour cacher l’étendue de la forêt Wikimédia.
En réalité, Wikimédia représente un mouvement social, international et interculturel complexe, au sein duquel Wikipédia n’est qu’une composante parmi d’autres. Dans le cadre d'un mémoire de master, on peut ainsi fournir en quelques mois une [[v:recherche:Culture_fr_Wikipédia|ethnographie du projet Wikipédia en français]]<ref>{{Lien web|titre=Culture fr Wikipédia, ethnographie du projet Wikipédia en français|url=https://web.archive.org/web/20250905132014/https://fr.wikiversity.org/wiki/Recherche:Culture_fr_Wikip%C3%A9dia|auteur=Lionel Scheepmans|site=Wikiversité|année=2011}}.</ref>. Alors que pour synthétiser les origines, l’organisation et les dynamiques globales du mouvement Wikimédia, une [[v:fr:Recherche:Imagine_un_monde|thèse de doctorat]]<ref>{{Ouvrage|langue=fr|prénom1=Lionel|nom1=Scheepmans|lien auteur1=user:Lionel Scheepmans|titre=Imagine un monde : quand le mouvement Wikimédia nous aide à penser de manière prospective la société globale et numérique de demain|éditeur=UCL - Université Catholique de Louvain|année=2022|date=17/06/2022|lire en ligne=https://dial.uclouvain.be/pr/boreal/object/boreal:264603|consulté le=2024-03-10|nature article=Thèse de doctorat}}</ref> et cinq années de recul supplémentaires furent nécessaires.
[[Fichier:Wikimedia project stickers.jpg|vignette|<small>Figure 1. Série d’autocollants reprenant les logos des principaux projets collaboratifs actifs au sein du mouvement Wikimédia.</small>]]
À la fin de l'année 2025, l’ampleur numérique du mouvement est effectivement impressionnante. Chaque mois, des millions de modifications bénévoles sont effectuées sur plus de 500 millions de pages<ref>{{Lien web|auteur=Stat.wikimedia.org|titre=Statistiques de Wikimédia|url=https://web.archive.org/web/20251209230902/https://stats.wikimedia.org/#/all-projects}}.</ref>, réparties sur plus d’un millier de sites web<ref>{{Lien web|url=https://web.archive.org/web/20251217134333/https://wikistats.wmcloud.org/wikimedias_html.php?s=users_asc&th=0&lines=2000|titre=All Wikimedia Projects by Size|auteur=Wikistats wmcloud}}.</ref>, dont 358 seulement, correspondent aux [[m:List_of_Wikipedias|versions linguistiques de Wikipédia]]<ref>{{Lien web|url=https://web.archive.org/web/20251208041814/https://meta.wikimedia.org/wiki/List_of_Wikipedias|titre=List_of_Wikipedias|auteur=Méta-Wiki}}.</ref>. Ce qui prouve donc clairement que les activités en ligne portées par l'ensemble du mouvement Wikimédia dépassent largement ce qui se passe au sein de l’encyclopédie.
Il existe ainsi huit autres projets pédagogiques susceptibles d'atteindre un jour l'envergure et la notoriété de Wikipédia, avec un objectif et un fonctionnement spécifiques à chacun. De manière détaillée, Wikilivres crée des livres pédagogiques, Wikiversité rassemble des supports d'enseignement et des travaux de recherche, Wikinews fait du journalisme collaboratif, Wikivoyage développe un guide touristique, pendant que Wiktionnaire apporte des définitions des mots de toutes les langues et dans toutes les langues.
Contrairement à Wikipédia, tous ces projets ne sont pas soumis à une neutralité de point de vue, ni limités à l'usage de sources secondaires reconnues, au niveau de la rédaction des articles. La plupart d'entre eux acceptent aussi la publication de travaux de recherche ou de productions personnelles, alors que cela est tout à fait interdit dans Wikipédia.
Selon l'étymologie du mot encyclopédie, le but de Wikipédia est en effet de synthétiser ou, plus précisément, d'encercler le savoir humain déjà préexistant. Cette contrainte éditoriale limite donc les contributeurs et contributrices à l'usage de sources secondaires et tertiaires présentes dans des publications externes au projet. De ce fait, Wikipédia reproduit fatalement les biais systémiques, tels que les déséquilibres et les surreprésentations de genre et de culture, présents dans un monde de l'édition majoritairement occidental. Or, cette impasse éditoriale propre à Wikipédia n'existe pas dans les autres projets pédagogiques.
Comme ces projets frères, Wikipédia n'est pas non plus un projet complètement autonome des autres projets Wikimédia. L'encyclopédie compte en effet sur le projet Wikimedia Commons pour héberger l'ensemble de sa médiathèque. Elle utilise ensuite le contenu du projet Wikidata comme base de données structurée. Quant aux personnes qui produisent l'encyclopédie, elles peuvent aussi puiser leurs sources dans la bibliothèque Wikisource, ou se référer à des citations d'auteurs collectées dans le projet Wikiquote. Tout cela sans oublier que des dizaines de sites web traitent l'archivage permanent de Wikipédia et des autres projets Wikimédia, dans le but de fournir des analyses précieuses et totalement libres d’accès.
Enfin, il faut aussi garder à l'esprit qu'au-delà de tous ces sites web, le mouvement Wikimédia, c'est aussi de nombreuses institutions et organisations affiliées dispersées dans le monde. Autour de la [[w:Fondation_Wikimédia|Fondation Wikimédia]] chargée de la gestion et de l’organisation internationales, avec près de 650 salariés de nationalités diverses<ref>{{Lien web|langue=|auteur=Wikimedia Foundation|titre=Les personnes derrière notre connaissance|url=https://web.archive.org/web/20250904032058/https://wikimediafoundation.org/fr/who-we-are/people/|site=|date=|consulté le=}}</ref>, se regroupent des centaines d'organisations satellites. Parmi celles-ci, on retrouve 2 [[m:Wikimedia_thematic_organizations/fr|associations thématiques]]<ref>{{Lien web|langue=|auteur=Méta-Wiki|titre=Wikimedia thematic organisations|url=https://web.archive.org/web/20250926235310/https://meta.wikimedia.org/wiki/Wikimedia_thematic_organizations|site=|date=|consulté le=}}.</ref>, 40 [[m:Wikimedia_chapters/fr|associations locales]]<ref>{{Lien web|langue=|auteur=Méta-Wiki|titre=Wikimedia chapters|url=https://web.archive.org/web/20251006092129/https://meta.wikimedia.org/wiki/Wikimedia_chapters}}</ref>, dont ''Wikimedia Deutschland'' qui regroupe plus de 170 employés<ref>{{Lien web|langue=|auteur=RocketReach|titre=Wikimedia Deutschlande. V. Information|url=https://web.archive.org/web/20251218034616/https://rocketreach.co/wikimedia-deutschland-e-v-profile_b5caf600f42e140f|site=|date=|consulté le=}}.</ref>, et finalement 141 [[metawiki:Wikimedia_user_groups/fr|groupes d’utilisateurs et utilisatrices]]<ref>{{Lien web|langue=|auteur=Méta-Wiki|titre=Wikimedia user groups|url=https://web.archive.org/web/20251008041452/https://meta.wikimedia.org/wiki/Wikimedia_User_Groups|site=|date=|consulté le=}}</ref>.
Tout ce qui vient d'être exposé dans cette introduction justifie donc la nécessité de distinguer le mouvement Wikimédia du projet Wikipédia. Imaginons seulement que l’on se limite à citer Paris pour décrire et comprendre un pays aussi vaste que la France. Certes, Paris est une ville mondialement connue et qui compte plus de deux millions d’habitants et un patrimoine culturel impressionnant. Mais est-ce pour autant qu'il faudrait oublier les autres villes, villages et métropoles françaises ? Sans compter que la France regroupe aussi des départements et des territoires d’outre-mer et qu'elle entretient des relations et des partenariats internationaux qui dépassent de loin ce qui se passe entre Paris et le reste du monde. Ne pas confondre le mouvement Wikimédia avec le projet Wikipédia relève donc du bon sens.
En 2019 cependant, la Fondation Wikimédia a envisagé de se renommer en Fondation Wikipédia et de remplacer le terme « Wikimédia » par celui de « Wikipédia », partout où ce terme est utilisé dans la sphère hors ligne du mouvement. Le but était d’acquérir une plus grande visibilité et d’attirer des milliards de personnes, grâce au nom de marque Wikipédia, considéré comme l’un des plus connus au monde<ref>{{Lien web|langue=|auteur=Zack McCune|titre=Leading with Wikipedia: A brand proposal for 2030|url=https://web.archive.org/web/20210117025153/https://wikimediafoundation.org/news/2019/02/26/leading-with-wikipedia-a-brand-proposal-for-2030/|site=Wikimedia Foundation News|éditeur=|date=26 February 2019|consulté le=}}.</ref>. Ce changement n’a toutefois pas été accepté par de nombreuses personnes actives au sein du mouvement Wikimédia. En janvier 2020, ces opposants ont ainsi créé une page d’[[m:Requests_for_comment/Should_the_Foundation_call_itself_Wikipedia|appel à commentaires]], qui fut le siège d’un long débat<ref name="Requests for comment">{{Lien web|langue=|auteur=Méta-Wiki|titre=Requests for comment/Should the Foundation call itself Wikipedia|url=https://web.archive.org/web/20210905054842/https://meta.wikimedia.org/wiki/Requests_for_comment/Should_the_Foundation_call_itself_Wikipedia|consulté le=}}.</ref>. À l’issue de ce dernier, 73 représentants d’organisations affiliées et 984 personnes ont signé une [[m:Community_open_letter_on_renaming/fr|lettre ouverte]] adressée à la Fondation, qui comprenait le paragraphe suivant<ref>{{Lien web|langue=|auteur=Méta-Wiki|titre=Lettre ouverte de la Communauté sur le changement de nom|url=https://web.archive.org/web/20210122162652/https://meta.wikimedia.org/wiki/Community_open_letter_on_renaming/fr|consulté le=}}.</ref> :
<blockquote>
Depuis 20 ans, les bénévoles ont bâti la réputation de Wikipédia en tant que ressource indépendante et communautaire. Les projets du mouvement Wikimédia, dont Wikipédia, se développent autour de la décentralisation et du consensus. Il est essentiel d’établir des distinctions claires entre la Fondation Wikimédia, les affiliés et les contributeurs individuels. Tout changement qui affecte cet équilibre exige le consentement éclairé et la collaboration des communautés. Il est donc très préoccupant de voir « Wikipédia » présenté pour le nom de l’organisation et du mouvement malgré le mécontentement général de la communauté.
</blockquote>
En s’opposant aux idées de la Fondation, ces membres de la communauté Wikimédia ont ainsi fait preuve de sagesse. De plus, ils ont signalé dans de nombreux commentaires que beaucoup de personnes connaissent le mouvement Wikimédia uniquement au travers de son encyclopédie. Il est même étonnant d'observer que la méconnaissance du mouvement existe au sein même de sa propre communauté. Comme exemple, on peut observer que l'[[w:en:Wikimedia_movement|article du projet Wikipédia en anglais consacré au mouvement Wikimédia]] ne s’est développé qu’à partir de 2016<ref>{{Lien web|auteur=Wikipedia|titre=Wikimedia mouvement - old revision|url=https://en.wikipedia.org/w/index.php?title=Wikimedia_movement&oldid=716240586|consulté le=}}.</ref>, tandis que ce même article dans la [[w:fr:Mouvement_Wikimédia|version francophone de l'encyclopédie]] n’est apparu qu’en 2019<ref>{{Lien web|auteur=Wikipédia|titre=Mouvement Wikimédia - version archivée|url=https://fr.wikipedia.org/w/index.php?title=Mouvement_Wikim%C3%A9dia&oldid=158268859|consulté le=}}.</ref>. Quant aux autres versions linguistiques, il est tout aussi étonnant de constater qu'en octobre 2025, seulement [[wikidata:Q3568028|39 d'entre elles sur un total de 358]] possédaient un article dédié au mouvement Wikimédia<ref>{{Lien web|auteur=Wikidata|titre=Wikimedia Movement|url=https://web.archive.org/web/20251004091239/https://www.wikidata.org/wiki/Q3568028}}.</ref>.
Tous ces éléments justifient donc la nécessité d’offrir au monde une meilleure connaissance du mouvement Wikimédia et des nombreux projets et organisations qui contribuent à sa mission de partage du savoir. En ce sens, ce livre est une contribution importante aux défis stratégiques que doit relever le mouvement Wikimédia à l’approche de 2030. Car au-delà des [[wmf:Resolution:Next_Steps_for_Brand_Work,_2021|résolutions]] prises pour développer de nouveaux processus participatifs et délibératifs concernant les questions de marque<ref>{{Lien web|auteur=Wikimedia Foundation Wiki|titre=Resolution:Next Steps for Brand Work, 2021|url=https://web.archive.org/web/20211020232912/https://foundation.wikimedia.org/wiki/Resolution:Next_Steps_for_Brand_Work,_2021|date=|consulté le=}}.</ref>, c’est avant tout un travail d’information et de sensibilisation à destination du grand public qu'il reste à faire.
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|<small>Q 5 : Ethnographie fr Wikipédia</small>
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Lionel Scheepmans
20012
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wikitext
text/x-wiki
<noinclude>{{Le mouvement Wikimédia}}
</noinclude>
Depuis le succès initial de Wikipédia, une myriade de projets de partage des connaissances, d’organisations et de groupes de soutien ont émergé pour former ce qu’on appelle aujourd’hui le mouvement Wikimédia. Même si l’encyclopédie libre reste l'activité phare du mouvement à ce jour, il serait regrettable de réduire l’ensemble du mouvement à cet unique projet pédagogique. Malheureusement, il arrive bien trop souvent qu'une seule version linguistique de Wikipédia suffise pour cacher l’étendue de la forêt Wikimédia.
En réalité, Wikimédia représente un mouvement social, international et interculturel complexe, au sein duquel Wikipédia n’est qu’une composante parmi d’autres. Dans le cadre d'un mémoire de master, on peut ainsi fournir en quelques mois une [[v:recherche:Culture_fr_Wikipédia|ethnographie du projet Wikipédia en français]]<ref>{{Lien web|titre=Culture fr Wikipédia, ethnographie du projet Wikipédia en français|url=https://web.archive.org/web/20250905132014/https://fr.wikiversity.org/wiki/Recherche:Culture_fr_Wikip%C3%A9dia|auteur=Lionel Scheepmans|site=Wikiversité|année=2011}}.</ref>. Alors que pour synthétiser les origines, l’organisation et les dynamiques globales du mouvement Wikimédia, une [[v:fr:Recherche:Imagine_un_monde|thèse de doctorat]]<ref>{{Ouvrage|langue=fr|prénom1=Lionel|nom1=Scheepmans|lien auteur1=user:Lionel Scheepmans|titre=Imagine un monde : quand le mouvement Wikimédia nous aide à penser de manière prospective la société globale et numérique de demain|éditeur=UCL - Université Catholique de Louvain|année=2022|date=17/06/2022|lire en ligne=https://dial.uclouvain.be/pr/boreal/object/boreal:264603|consulté le=2024-03-10|nature article=Thèse de doctorat}}</ref> et cinq années de recul supplémentaires furent nécessaires.
[[Fichier:Wikimedia project stickers.jpg|vignette|<small>Figure 1. Série d’autocollants reprenant les logos des principaux projets collaboratifs actifs au sein du mouvement Wikimédia.</small>]]
À la fin de l'année 2025, l’ampleur numérique du mouvement est effectivement impressionnante. Chaque mois, des millions de modifications bénévoles sont effectuées sur plus de 500 millions de pages<ref>{{Lien web|auteur=Stat.wikimedia.org|titre=Statistiques de Wikimédia|url=https://web.archive.org/web/20251209230902/https://stats.wikimedia.org/#/all-projects}}.</ref>, réparties sur plus d’un millier de sites web<ref>{{Lien web|url=https://web.archive.org/web/20251217134333/https://wikistats.wmcloud.org/wikimedias_html.php?s=users_asc&th=0&lines=2000|titre=All Wikimedia Projects by Size|auteur=Wikistats wmcloud}}.</ref>, dont 358 seulement, correspondent aux [[m:List_of_Wikipedias|versions linguistiques de Wikipédia]]<ref>{{Lien web|url=https://web.archive.org/web/20251208041814/https://meta.wikimedia.org/wiki/List_of_Wikipedias|titre=List_of_Wikipedias|auteur=Méta-Wiki}}.</ref>. Ce qui prouve donc clairement que les activités en ligne portées par l'ensemble du mouvement Wikimédia dépassent largement ce qui se passe au sein de l’encyclopédie.
Il existe ainsi huit autres projets pédagogiques susceptibles d'atteindre un jour l'envergure et la notoriété de Wikipédia, avec un objectif et un fonctionnement spécifiques à chacun. De manière détaillée, Wikilivres crée des livres pédagogiques, Wikiversité rassemble des supports d'enseignement et des travaux de recherche, Wikinews fait du journalisme collaboratif, Wikivoyage développe un guide touristique, pendant que Wiktionnaire apporte des définitions des mots de toutes les langues et dans toutes les langues.
Contrairement à Wikipédia, tous ces projets ne sont pas soumis à une neutralité de point de vue, ni limités à l'usage de sources secondaires reconnues, au niveau de la rédaction des articles. La plupart d'entre eux acceptent aussi la publication de travaux de recherche ou de productions personnelles, alors que cela est tout à fait interdit dans Wikipédia.
Selon l'étymologie du mot encyclopédie, le but de Wikipédia est en effet de synthétiser ou, plus précisément, d'encercler le savoir humain déjà préexistant. Cette contrainte éditoriale limite donc les contributeurs et contributrices à l'usage de sources secondaires et tertiaires présentes dans des publications externes au projet. De ce fait, Wikipédia reproduit fatalement les biais systémiques, tels que les déséquilibres et les surreprésentations de genre et de culture, présents dans un monde de l'édition majoritairement occidental. Or, cette impasse éditoriale propre à Wikipédia n'existe pas dans les autres projets pédagogiques.
Comme ces projets frères, Wikipédia n'est pas non plus un projet complètement autonome des autres projets Wikimédia. L'encyclopédie compte en effet sur le projet Wikimedia Commons pour héberger l'ensemble de sa médiathèque. Elle utilise ensuite le contenu du projet Wikidata comme base de données structurée. Quant aux personnes qui produisent l'encyclopédie, elles peuvent aussi puiser leurs sources dans la bibliothèque Wikisource, ou se référer à des citations d'auteurs collectées dans le projet Wikiquote. Tout cela sans oublier que des dizaines de sites web traitent l'archivage permanent de Wikipédia et des autres projets Wikimédia, dans le but de fournir des analyses précieuses et totalement libres d’accès.
Enfin, il faut aussi garder à l'esprit qu'au-delà de tous ces sites web, le mouvement Wikimédia, c'est aussi de nombreuses institutions et organisations affiliées dispersées dans le monde. Autour de la [[w:Fondation_Wikimédia|Fondation Wikimédia]] chargée de la gestion et de l’organisation internationales, avec près de 650 salariés de nationalités diverses<ref>{{Lien web|langue=|auteur=Wikimedia Foundation|titre=Les personnes derrière notre connaissance|url=https://web.archive.org/web/20250904032058/https://wikimediafoundation.org/fr/who-we-are/people/|site=|date=|consulté le=}}</ref>, se regroupent des centaines d'organisations satellites. Parmi celles-ci, on retrouve 2 [[m:Wikimedia_thematic_organizations/fr|associations thématiques]]<ref>{{Lien web|langue=|auteur=Méta-Wiki|titre=Wikimedia thematic organisations|url=https://web.archive.org/web/20250926235310/https://meta.wikimedia.org/wiki/Wikimedia_thematic_organizations|site=|date=|consulté le=}}.</ref>, 40 [[m:Wikimedia_chapters/fr|associations locales]]<ref>{{Lien web|langue=|auteur=Méta-Wiki|titre=Wikimedia chapters|url=https://web.archive.org/web/20251006092129/https://meta.wikimedia.org/wiki/Wikimedia_chapters}}</ref>, dont ''Wikimedia Deutschland'' qui regroupe plus de 170 employés<ref>{{Lien web|langue=|auteur=RocketReach|titre=Wikimedia Deutschlande. V. Information|url=https://web.archive.org/web/20251218034616/https://rocketreach.co/wikimedia-deutschland-e-v-profile_b5caf600f42e140f|site=|date=|consulté le=}}.</ref>, et finalement 141 [[metawiki:Wikimedia_user_groups/fr|groupes d’utilisateurs et utilisatrices]]<ref>{{Lien web|langue=|auteur=Méta-Wiki|titre=Wikimedia user groups|url=https://web.archive.org/web/20251008041452/https://meta.wikimedia.org/wiki/Wikimedia_User_Groups|site=|date=|consulté le=}}</ref>.
Tout ce qui vient d'être exposé dans cette introduction justifie donc la nécessité de distinguer le mouvement Wikimédia du projet Wikipédia. Imaginons seulement que l’on se limite à citer Paris pour décrire et comprendre un pays aussi vaste que la France. Certes, Paris est une ville mondialement connue et qui compte plus de deux millions d’habitants et un patrimoine culturel impressionnant. Mais est-ce pour autant qu'il faudrait oublier les autres villes, villages et métropoles françaises ? Sans compter que la France regroupe aussi des départements et des territoires d’outre-mer et qu'elle entretient des relations et des partenariats internationaux qui dépassent de loin ce qui se passe entre Paris et le reste du monde. Ne pas confondre le mouvement Wikimédia avec le projet Wikipédia relève donc du bon sens.
En 2019 cependant, la Fondation Wikimédia a envisagé de se renommer en Fondation Wikipédia et de remplacer le terme « Wikimédia » par celui de « Wikipédia », partout où ce terme est utilisé dans la sphère hors ligne du mouvement. Le but était d’acquérir une plus grande visibilité et d’attirer des milliards de personnes, grâce au nom de marque Wikipédia, considéré comme l’un des plus connus au monde<ref>{{Lien web|langue=|auteur=Zack McCune|titre=Leading with Wikipedia: A brand proposal for 2030|url=https://web.archive.org/web/20210117025153/https://wikimediafoundation.org/news/2019/02/26/leading-with-wikipedia-a-brand-proposal-for-2030/|site=Wikimedia Foundation News|éditeur=|date=26 February 2019|consulté le=}}.</ref>. Ce changement n’a toutefois pas été accepté par de nombreuses personnes actives au sein du mouvement Wikimédia. En janvier 2020, ces opposants ont ainsi créé une page d’[[m:Requests_for_comment/Should_the_Foundation_call_itself_Wikipedia|appel à commentaires]], qui fut le siège d’un long débat<ref name="Requests for comment">{{Lien web|langue=|auteur=Méta-Wiki|titre=Requests for comment/Should the Foundation call itself Wikipedia|url=https://web.archive.org/web/20210905054842/https://meta.wikimedia.org/wiki/Requests_for_comment/Should_the_Foundation_call_itself_Wikipedia|consulté le=}}.</ref>. À l’issue de ce dernier, 73 représentants d’organisations affiliées et 984 personnes ont signé une [[m:Community_open_letter_on_renaming/fr|lettre ouverte]] adressée à la Fondation, qui comprenait le paragraphe suivant<ref>{{Lien web|langue=|auteur=Méta-Wiki|titre=Lettre ouverte de la Communauté sur le changement de nom|url=https://web.archive.org/web/20210122162652/https://meta.wikimedia.org/wiki/Community_open_letter_on_renaming/fr|consulté le=}}.</ref> :
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Depuis 20 ans, les bénévoles ont bâti la réputation de Wikipédia en tant que ressource indépendante et communautaire. Les projets du mouvement Wikimédia, dont Wikipédia, se développent autour de la décentralisation et du consensus. Il est essentiel d’établir des distinctions claires entre la Fondation Wikimédia, les affiliés et les contributeurs individuels. Tout changement qui affecte cet équilibre exige le consentement éclairé et la collaboration des communautés. Il est donc très préoccupant de voir « Wikipédia » présenté pour le nom de l’organisation et du mouvement malgré le mécontentement général de la communauté.
</blockquote>
En s’opposant aux idées de la Fondation, ces membres de la communauté Wikimédia ont ainsi fait preuve de sagesse. De plus, ils ont signalé dans de nombreux commentaires que beaucoup de personnes connaissent le mouvement Wikimédia uniquement au travers de son encyclopédie. Il est même étonnant d'observer que la méconnaissance du mouvement existe au sein même de sa propre communauté. Comme exemple, on peut observer que l'[[w:en:Wikimedia_movement|article du projet Wikipédia en anglais consacré au mouvement Wikimédia]] ne s’est développé qu’à partir de 2016<ref>{{Lien web|auteur=Wikipedia|titre=Wikimedia mouvement - old revision|url=https://en.wikipedia.org/w/index.php?title=Wikimedia_movement&oldid=716240586|consulté le=}}.</ref>, tandis que ce même article dans la [[w:fr:Mouvement_Wikimédia|version francophone de l'encyclopédie]] n’est apparu qu’en 2019<ref>{{Lien web|auteur=Wikipédia|titre=Mouvement Wikimédia - version archivée|url=https://fr.wikipedia.org/w/index.php?title=Mouvement_Wikim%C3%A9dia&oldid=158268859|consulté le=}}.</ref>. Quant aux autres versions linguistiques, il est tout aussi étonnant de constater qu'en octobre 2025, seulement [[wikidata:Q3568028|39 d'entre elles sur un total de 358]] possédaient un article dédié au mouvement Wikimédia<ref>{{Lien web|auteur=Wikidata|titre=Wikimedia Movement|url=https://web.archive.org/web/20251004091239/https://www.wikidata.org/wiki/Q3568028}}.</ref>.
Tous ces éléments justifient donc la nécessité d’offrir au monde une meilleure connaissance du mouvement Wikimédia et des nombreux projets et organisations qui contribuent à sa mission de partage du savoir. En ce sens, ce livre est une contribution importante aux défis stratégiques que doit relever le mouvement Wikimédia à l’approche de 2030. Car au-delà des [[wmf:Resolution:Next_Steps_for_Brand_Work,_2021|résolutions]] prises pour développer de nouveaux processus participatifs et délibératifs concernant les questions de marque<ref>{{Lien web|auteur=Wikimedia Foundation Wiki|titre=Resolution:Next Steps for Brand Work, 2021|url=https://web.archive.org/web/20211020232912/https://foundation.wikimedia.org/wiki/Resolution:Next_Steps_for_Brand_Work,_2021|date=|consulté le=}}.</ref>, c’est avant tout un travail d’information et de sensibilisation à destination du grand public qu'il reste à faire.
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|[[Fichier:Qrcode Culture fr Wikipédia.svg|lien=https://fr.wikiversity.org/wiki/Recherche:Culture_fr_Wikip%C3%A9dia|100x100px|centré|sans_cadre]]
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Lionel Scheepmans
20012
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wikitext
text/x-wiki
<noinclude>{{Le mouvement Wikimédia}}
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Depuis le succès initial de Wikipédia, une myriade de projets de partage des connaissances, d’organisations et de groupes de soutien ont émergé pour former ce qu’on appelle aujourd’hui le mouvement Wikimédia. Même si l’encyclopédie libre reste l'activité phare du mouvement à ce jour, il serait regrettable de réduire l’ensemble du mouvement à cet unique projet pédagogique. Malheureusement, il arrive bien trop souvent qu'une seule version linguistique de Wikipédia suffise pour cacher l’étendue de la forêt Wikimédia.
En réalité, Wikimédia représente un mouvement social, international et interculturel complexe, au sein duquel Wikipédia n’est qu’une composante parmi d’autres. Dans le cadre d'un mémoire de master, on peut ainsi fournir en quelques mois une [[v:recherche:Culture_fr_Wikipédia|ethnographie du projet Wikipédia en français]]<ref>{{Lien web|titre=Culture fr Wikipédia, ethnographie du projet Wikipédia en français|url=https://web.archive.org/web/20250905132014/https://fr.wikiversity.org/wiki/Recherche:Culture_fr_Wikip%C3%A9dia|auteur=Lionel Scheepmans|site=Wikiversité|année=2011}}.</ref>. Alors que pour synthétiser les origines, l’organisation et les dynamiques globales du mouvement Wikimédia, une [[v:fr:Recherche:Imagine_un_monde|thèse de doctorat]]<ref>{{Ouvrage|langue=fr|prénom1=Lionel|nom1=Scheepmans|lien auteur1=user:Lionel Scheepmans|titre=Imagine un monde : quand le mouvement Wikimédia nous aide à penser de manière prospective la société globale et numérique de demain|éditeur=UCL - Université Catholique de Louvain|année=2022|date=17/06/2022|lire en ligne=https://dial.uclouvain.be/pr/boreal/object/boreal:264603|consulté le=2024-03-10|nature article=Thèse de doctorat}}</ref> et cinq années de recul supplémentaires furent nécessaires.
[[Fichier:Wikimedia project stickers.jpg|vignette|<small>Figure 1. Série d’autocollants reprenant les logos des principaux projets collaboratifs actifs au sein du mouvement Wikimédia.</small>]]
À la fin de l'année 2025, l’ampleur numérique du mouvement est effectivement impressionnante. Chaque mois, des millions de modifications bénévoles sont effectuées sur plus de 500 millions de pages<ref>{{Lien web|auteur=Stat.wikimedia.org|titre=Statistiques de Wikimédia|url=https://web.archive.org/web/20251209230902/https://stats.wikimedia.org/#/all-projects}}.</ref>, réparties sur plus d’un millier de sites web<ref>{{Lien web|url=https://web.archive.org/web/20251217134333/https://wikistats.wmcloud.org/wikimedias_html.php?s=users_asc&th=0&lines=2000|titre=All Wikimedia Projects by Size|auteur=Wikistats wmcloud}}.</ref>, dont 358 seulement, correspondent aux [[m:List_of_Wikipedias|versions linguistiques de Wikipédia]]<ref>{{Lien web|url=https://web.archive.org/web/20251208041814/https://meta.wikimedia.org/wiki/List_of_Wikipedias|titre=List_of_Wikipedias|auteur=Méta-Wiki}}.</ref>. Ce qui prouve donc clairement que les activités en ligne portées par l'ensemble du mouvement Wikimédia dépassent largement ce qui se passe au sein de l’encyclopédie.
Il existe ainsi cinq autres espaces collaboratifs d'écriture susceptibles d'atteindre un jour l'envergure et la notoriété de Wikipédia, avec un objectif et un fonctionnement spécifiques à chacun. De manière détaillée, Wikilivres crée des livres pédagogiques ; Wikiversité rassemble des supports d'enseignement et des travaux de recherche ; Wikivoyage développe un guide touristique mondial ; Wikispecies établit un répertoire du vivant, tandis que Wiktionnaire définit des mots de toutes les langues, dans toutes les langues.
Contrairement à Wikipédia, tous ces projets ne sont pas soumis à une neutralité de point de vue, ni limités à l'usage de sources secondaires reconnues, au niveau de la rédaction des articles. La plupart d'entre eux acceptent aussi la publication de travaux de recherche ou de productions personnelles, alors que cela est tout à fait interdit dans Wikipédia.
Selon l'étymologie du mot encyclopédie, le but de Wikipédia est en effet de synthétiser ou, plus précisément, d'encercler le savoir humain déjà préexistant. Cette contrainte éditoriale limite donc les contributeurs et contributrices à l'usage de sources secondaires et tertiaires présentes dans des publications externes au projet. De ce fait, Wikipédia reproduit fatalement les biais systémiques, tels que les déséquilibres et les surreprésentations de genre et de culture, présents dans un monde de l'édition majoritairement occidental. Or, cette impasse éditoriale propre à Wikipédia n'existe pas dans les autres projets pédagogiques.
Comme ces projets frères, Wikipédia n'est pas non plus un projet complètement autonome des autres projets Wikimédia. L'encyclopédie compte en effet sur le projet Wikimedia Commons pour héberger l'ensemble de sa médiathèque. Elle utilise ensuite le contenu du projet Wikidata comme base de données structurée. Quant aux personnes qui produisent l'encyclopédie, elles peuvent aussi puiser leurs sources dans la bibliothèque Wikisource, ou se référer à des citations d'auteurs collectées dans le projet Wikiquote. Tout cela sans oublier que des dizaines de sites web traitent l'archivage permanent de Wikipédia et des autres projets Wikimédia, dans le but de fournir des analyses précieuses et totalement libres d’accès.
Enfin, il faut aussi garder à l'esprit qu'au-delà de tous ces sites web, le mouvement Wikimédia, c'est aussi de nombreuses institutions et organisations affiliées dispersées dans le monde. Autour de la [[w:Fondation_Wikimédia|Fondation Wikimédia]] chargée de la gestion et de l’organisation internationales, avec près de 650 salariés de nationalités diverses<ref>{{Lien web|langue=|auteur=Wikimedia Foundation|titre=Les personnes derrière notre connaissance|url=https://web.archive.org/web/20250904032058/https://wikimediafoundation.org/fr/who-we-are/people/|site=|date=|consulté le=}}</ref>, se regroupent des centaines d'organisations satellites. Parmi celles-ci, on retrouve 2 [[m:Wikimedia_thematic_organizations/fr|associations thématiques]]<ref>{{Lien web|langue=|auteur=Méta-Wiki|titre=Wikimedia thematic organisations|url=https://web.archive.org/web/20250926235310/https://meta.wikimedia.org/wiki/Wikimedia_thematic_organizations|site=|date=|consulté le=}}.</ref>, 40 [[m:Wikimedia_chapters/fr|associations locales]]<ref>{{Lien web|langue=|auteur=Méta-Wiki|titre=Wikimedia chapters|url=https://web.archive.org/web/20251006092129/https://meta.wikimedia.org/wiki/Wikimedia_chapters}}</ref>, dont ''Wikimedia Deutschland'' qui regroupe plus de 170 employés<ref>{{Lien web|langue=|auteur=RocketReach|titre=Wikimedia Deutschlande. V. Information|url=https://web.archive.org/web/20251218034616/https://rocketreach.co/wikimedia-deutschland-e-v-profile_b5caf600f42e140f|site=|date=|consulté le=}}.</ref>, et finalement 141 [[metawiki:Wikimedia_user_groups/fr|groupes d’utilisateurs et utilisatrices]]<ref>{{Lien web|langue=|auteur=Méta-Wiki|titre=Wikimedia user groups|url=https://web.archive.org/web/20251008041452/https://meta.wikimedia.org/wiki/Wikimedia_User_Groups|site=|date=|consulté le=}}</ref>.
Tout ce qui vient d'être exposé dans cette introduction justifie donc la nécessité de distinguer le mouvement Wikimédia du projet Wikipédia. Imaginons seulement que l’on se limite à citer Paris pour décrire et comprendre un pays aussi vaste que la France. Certes, Paris est une ville mondialement connue et qui compte plus de deux millions d’habitants et un patrimoine culturel impressionnant. Mais est-ce pour autant qu'il faudrait oublier les autres villes, villages et métropoles françaises ? Sans compter que la France regroupe aussi des départements et des territoires d’outre-mer et qu'elle entretient des relations et des partenariats internationaux qui dépassent de loin ce qui se passe entre Paris et le reste du monde. Ne pas confondre le mouvement Wikimédia avec le projet Wikipédia relève donc du bon sens.
En 2019 cependant, la Fondation Wikimédia a envisagé de se renommer en Fondation Wikipédia et de remplacer le terme « Wikimédia » par celui de « Wikipédia », partout où ce terme est utilisé dans la sphère hors ligne du mouvement. Le but était d’acquérir une plus grande visibilité et d’attirer des milliards de personnes, grâce au nom de marque Wikipédia, considéré comme l’un des plus connus au monde<ref>{{Lien web|langue=|auteur=Zack McCune|titre=Leading with Wikipedia: A brand proposal for 2030|url=https://web.archive.org/web/20210117025153/https://wikimediafoundation.org/news/2019/02/26/leading-with-wikipedia-a-brand-proposal-for-2030/|site=Wikimedia Foundation News|éditeur=|date=26 February 2019|consulté le=}}.</ref>. Ce changement n’a toutefois pas été accepté par de nombreuses personnes actives au sein du mouvement Wikimédia. En janvier 2020, ces opposants ont ainsi créé une page d’[[m:Requests_for_comment/Should_the_Foundation_call_itself_Wikipedia|appel à commentaires]], qui fut le siège d’un long débat<ref name="Requests for comment">{{Lien web|langue=|auteur=Méta-Wiki|titre=Requests for comment/Should the Foundation call itself Wikipedia|url=https://web.archive.org/web/20210905054842/https://meta.wikimedia.org/wiki/Requests_for_comment/Should_the_Foundation_call_itself_Wikipedia|consulté le=}}.</ref>. À l’issue de ce dernier, 73 représentants d’organisations affiliées et 984 personnes ont signé une [[m:Community_open_letter_on_renaming/fr|lettre ouverte]] adressée à la Fondation, qui comprenait le paragraphe suivant<ref>{{Lien web|langue=|auteur=Méta-Wiki|titre=Lettre ouverte de la Communauté sur le changement de nom|url=https://web.archive.org/web/20210122162652/https://meta.wikimedia.org/wiki/Community_open_letter_on_renaming/fr|consulté le=}}.</ref> :
<blockquote>
Depuis 20 ans, les bénévoles ont bâti la réputation de Wikipédia en tant que ressource indépendante et communautaire. Les projets du mouvement Wikimédia, dont Wikipédia, se développent autour de la décentralisation et du consensus. Il est essentiel d’établir des distinctions claires entre la Fondation Wikimédia, les affiliés et les contributeurs individuels. Tout changement qui affecte cet équilibre exige le consentement éclairé et la collaboration des communautés. Il est donc très préoccupant de voir « Wikipédia » présenté pour le nom de l’organisation et du mouvement malgré le mécontentement général de la communauté.
</blockquote>
En s’opposant aux idées de la Fondation, ces membres de la communauté Wikimédia ont ainsi fait preuve de sagesse. De plus, ils ont signalé dans de nombreux commentaires que beaucoup de personnes connaissent le mouvement Wikimédia uniquement au travers de son encyclopédie. Il est même étonnant d'observer que la méconnaissance du mouvement existe au sein même de sa propre communauté. Comme exemple, on peut observer que l'[[w:en:Wikimedia_movement|article du projet Wikipédia en anglais consacré au mouvement Wikimédia]] ne s’est développé qu’à partir de 2016<ref>{{Lien web|auteur=Wikipedia|titre=Wikimedia mouvement - old revision|url=https://en.wikipedia.org/w/index.php?title=Wikimedia_movement&oldid=716240586|consulté le=}}.</ref>, tandis que ce même article dans la [[w:fr:Mouvement_Wikimédia|version francophone de l'encyclopédie]] n’est apparu qu’en 2019<ref>{{Lien web|auteur=Wikipédia|titre=Mouvement Wikimédia - version archivée|url=https://fr.wikipedia.org/w/index.php?title=Mouvement_Wikim%C3%A9dia&oldid=158268859|consulté le=}}.</ref>. Quant aux autres versions linguistiques, il est tout aussi étonnant de constater qu'en octobre 2025, seulement [[wikidata:Q3568028|39 d'entre elles sur un total de 358]] possédaient un article dédié au mouvement Wikimédia<ref>{{Lien web|auteur=Wikidata|titre=Wikimedia Movement|url=https://web.archive.org/web/20251004091239/https://www.wikidata.org/wiki/Q3568028}}.</ref>.
Tous ces éléments justifient donc la nécessité d’offrir au monde une meilleure connaissance du mouvement Wikimédia et des nombreux projets et organisations qui contribuent à sa mission de partage du savoir. En ce sens, ce livre est une contribution importante aux défis stratégiques que doit relever le mouvement Wikimédia à l’approche de 2030. Car au-delà des [[wmf:Resolution:Next_Steps_for_Brand_Work,_2021|résolutions]] prises pour développer de nouveaux processus participatifs et délibératifs concernant les questions de marque<ref>{{Lien web|auteur=Wikimedia Foundation Wiki|titre=Resolution:Next Steps for Brand Work, 2021|url=https://web.archive.org/web/20211020232912/https://foundation.wikimedia.org/wiki/Resolution:Next_Steps_for_Brand_Work,_2021|date=|consulté le=}}.</ref>, c’est avant tout un travail d’information et de sensibilisation à destination du grand public qu'il reste à faire.
{| class="wikitable"style="margin: auto;" "text-align:center;"
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|[[Fichier:Qrcode Culture fr Wikipédia.svg|lien=https://fr.wikiversity.org/wiki/Recherche:Culture_fr_Wikip%C3%A9dia|100x100px|centré|sans_cadre]]
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|<small>Q 5 : Ethnographie fr Wikipédia</small>
|<small>Q 2 : Thèse ''Imagine un monde''</small>
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|<small>QStatistiques de Wikimédia</small>
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2026-04-30T04:22:36Z
Lionel Scheepmans
20012
765505
wikitext
text/x-wiki
<noinclude>{{Le mouvement Wikimédia}}
</noinclude>
Depuis le succès initial de Wikipédia, une myriade de projets de partage des connaissances, d’organisations et de groupes de soutien ont émergé pour former ce qu’on appelle aujourd’hui le mouvement Wikimédia. Même si l’encyclopédie libre reste l'activité phare du mouvement à ce jour, il serait regrettable de réduire l’ensemble du mouvement à cet unique projet pédagogique. Malheureusement, il arrive bien trop souvent qu'une seule version linguistique de Wikipédia suffise pour cacher l’étendue de la forêt Wikimédia.
En réalité, Wikimédia représente un mouvement social, international et interculturel complexe, au sein duquel Wikipédia n’est qu’une composante parmi d’autres. Dans le cadre d'un mémoire de master, on peut ainsi fournir en quelques mois une [[v:recherche:Culture_fr_Wikipédia|ethnographie du projet Wikipédia en français]]<ref>{{Lien web|titre=Culture fr Wikipédia, ethnographie du projet Wikipédia en français|url=https://web.archive.org/web/20250905132014/https://fr.wikiversity.org/wiki/Recherche:Culture_fr_Wikip%C3%A9dia|auteur=Lionel Scheepmans|site=Wikiversité|année=2011}}.</ref>. Alors que pour synthétiser les origines, l’organisation et les dynamiques globales du mouvement Wikimédia, une [[v:fr:Recherche:Imagine_un_monde|thèse de doctorat]]<ref>{{Ouvrage|langue=fr|prénom1=Lionel|nom1=Scheepmans|lien auteur1=user:Lionel Scheepmans|titre=Imagine un monde : quand le mouvement Wikimédia nous aide à penser de manière prospective la société globale et numérique de demain|éditeur=UCL - Université Catholique de Louvain|année=2022|date=17/06/2022|lire en ligne=https://dial.uclouvain.be/pr/boreal/object/boreal:264603|consulté le=2024-03-10|nature article=Thèse de doctorat}}</ref> et cinq années de recul supplémentaires furent nécessaires.
[[Fichier:Wikimedia project stickers.jpg|vignette|<small>Figure 1. Série d’autocollants reprenant les logos des principaux projets collaboratifs actifs au sein du mouvement Wikimédia.</small>]]
À la fin de l'année 2025, l’ampleur numérique du mouvement est effectivement impressionnante. Chaque mois, des millions de modifications bénévoles sont effectuées sur plus de 500 millions de pages<ref>{{Lien web|auteur=Stat.wikimedia.org|titre=Statistiques de Wikimédia|url=https://web.archive.org/web/20251209230902/https://stats.wikimedia.org/#/all-projects}}.</ref>, réparties sur plus d’un millier de sites web<ref>{{Lien web|url=https://web.archive.org/web/20251217134333/https://wikistats.wmcloud.org/wikimedias_html.php?s=users_asc&th=0&lines=2000|titre=All Wikimedia Projects by Size|auteur=Wikistats wmcloud}}.</ref>, dont 358 seulement, correspondent aux [[m:List_of_Wikipedias|versions linguistiques de Wikipédia]]<ref>{{Lien web|url=https://web.archive.org/web/20251208041814/https://meta.wikimedia.org/wiki/List_of_Wikipedias|titre=List_of_Wikipedias|auteur=Méta-Wiki}}.</ref>. Ce qui prouve donc clairement que les activités en ligne portées par l'ensemble du mouvement Wikimédia dépassent largement ce qui se passe au sein de l’encyclopédie.
Il existe ainsi cinq autres espaces collaboratifs d'écriture susceptibles d'atteindre un jour l'envergure et la notoriété de Wikipédia, avec un objectif et un fonctionnement spécifiques à chacun. De manière détaillée, Wikilivres crée des livres pédagogiques ; Wikiversité rassemble des supports d'enseignement et des travaux de recherche ; Wikivoyage développe un guide touristique mondial ; Wikispecies établit un répertoire du vivant, tandis que Wiktionnaire définit des mots de toutes les langues, dans toutes les langues.
Contrairement à Wikipédia, tous ces projets ne sont pas soumis à une neutralité de point de vue, ni limités à l'usage de sources secondaires reconnues, au niveau de la rédaction des articles. La plupart d'entre eux acceptent aussi la publication de travaux de recherche ou de productions personnelles, alors que cela est tout à fait interdit dans Wikipédia.
Selon l'étymologie du mot encyclopédie, le but de Wikipédia est en effet de synthétiser ou, plus précisément, d'encercler le savoir humain déjà préexistant. Cette contrainte éditoriale limite donc les contributeurs et contributrices à l'usage de sources secondaires et tertiaires présentes dans des publications externes au projet. De ce fait, Wikipédia reproduit fatalement les biais systémiques, tels que les déséquilibres et les surreprésentations de genre et de culture, présents dans un monde de l'édition majoritairement occidental. Or, cette impasse éditoriale propre à Wikipédia n'existe pas dans les autres projets pédagogiques.
Comme ces projets frères, Wikipédia n'est pas non plus un projet complètement autonome des autres projets Wikimédia. L'encyclopédie compte en effet sur le projet Wikimedia Commons pour héberger l'ensemble de sa médiathèque. Elle utilise ensuite le contenu du projet Wikidata comme base de données structurée. Quant aux personnes qui produisent l'encyclopédie, elles peuvent aussi puiser leurs sources dans la bibliothèque Wikisource, ou se référer à des citations d'auteurs collectées dans le projet Wikiquote. Tout cela sans oublier que des dizaines de sites web traitent l'archivage permanent de Wikipédia et des autres projets Wikimédia, dans le but de fournir des analyses précieuses et totalement libres d’accès.
Enfin, il faut aussi garder à l'esprit qu'au-delà de tous ces sites web, Wikimédia, c'est aussi de nombreuses institutions et organisations affiliées au mouvement et dispersées dans le monde. Autour de la [[w:Fondation_Wikimédia|Fondation Wikimédia]] chargée de la gestion et de l’organisation internationales, avec près de 650 salariés de nationalités diverses<ref>{{Lien web|langue=|auteur=Wikimedia Foundation|titre=Les personnes derrière notre connaissance|url=https://web.archive.org/web/20250904032058/https://wikimediafoundation.org/fr/who-we-are/people/|site=|date=|consulté le=}}</ref>, se regroupent des centaines d'organisations satellites. Parmi celles-ci, on retrouve 2 [[m:Wikimedia_thematic_organizations/fr|associations thématiques]]<ref>{{Lien web|langue=|auteur=Méta-Wiki|titre=Wikimedia thematic organisations|url=https://web.archive.org/web/20250926235310/https://meta.wikimedia.org/wiki/Wikimedia_thematic_organizations|site=|date=|consulté le=}}.</ref>, 40 [[m:Wikimedia_chapters/fr|associations locales]]<ref>{{Lien web|langue=|auteur=Méta-Wiki|titre=Wikimedia chapters|url=https://web.archive.org/web/20251006092129/https://meta.wikimedia.org/wiki/Wikimedia_chapters}}</ref>, dont ''Wikimedia Deutschland'' qui regroupe plus de 170 employés<ref>{{Lien web|langue=|auteur=RocketReach|titre=Wikimedia Deutschlande. V. Information|url=https://web.archive.org/web/20251218034616/https://rocketreach.co/wikimedia-deutschland-e-v-profile_b5caf600f42e140f|site=|date=|consulté le=}}.</ref>, et finalement 141 [[metawiki:Wikimedia_user_groups/fr|groupes d’utilisateurs et utilisatrices]]<ref>{{Lien web|langue=|auteur=Méta-Wiki|titre=Wikimedia user groups|url=https://web.archive.org/web/20251008041452/https://meta.wikimedia.org/wiki/Wikimedia_User_Groups|site=|date=|consulté le=}}</ref>.
Tout ce qui vient d'être exposé dans cette introduction justifie donc la nécessité de distinguer le mouvement Wikimédia du projet Wikipédia. Imaginons seulement que l’on se limite à citer Paris pour décrire et comprendre un pays aussi vaste que la France. Certes, Paris est une ville mondialement connue et qui compte plus de deux millions d’habitants et un patrimoine culturel impressionnant. Mais est-ce pour autant qu'il faudrait oublier les autres villes, villages et métropoles françaises ? Sans compter que la France regroupe aussi des départements et des territoires d’outre-mer et qu'elle entretient des relations et des partenariats internationaux qui dépassent de loin ce qui se passe entre Paris et le reste du monde. Ne pas confondre le mouvement Wikimédia avec le projet Wikipédia relève donc du bon sens.
En 2019 cependant, la Fondation Wikimédia a envisagé de se renommer en Fondation Wikipédia et de remplacer le terme « Wikimédia » par celui de « Wikipédia », partout où ce terme est utilisé dans la sphère hors ligne du mouvement. Le but était d’acquérir une plus grande visibilité et d’attirer des milliards de personnes, grâce au nom de marque Wikipédia, considéré comme l’un des plus connus au monde<ref>{{Lien web|langue=|auteur=Zack McCune|titre=Leading with Wikipedia: A brand proposal for 2030|url=https://web.archive.org/web/20210117025153/https://wikimediafoundation.org/news/2019/02/26/leading-with-wikipedia-a-brand-proposal-for-2030/|site=Wikimedia Foundation News|éditeur=|date=26 February 2019|consulté le=}}.</ref>. Ce changement n’a toutefois pas été accepté par de nombreuses personnes actives au sein du mouvement Wikimédia. En janvier 2020, ces opposants ont ainsi créé une page d’[[m:Requests_for_comment/Should_the_Foundation_call_itself_Wikipedia|appel à commentaires]], qui fut le siège d’un long débat<ref name="Requests for comment">{{Lien web|langue=|auteur=Méta-Wiki|titre=Requests for comment/Should the Foundation call itself Wikipedia|url=https://web.archive.org/web/20210905054842/https://meta.wikimedia.org/wiki/Requests_for_comment/Should_the_Foundation_call_itself_Wikipedia|consulté le=}}.</ref>. À l’issue de ce dernier, 73 représentants d’organisations affiliées et 984 personnes ont signé une [[m:Community_open_letter_on_renaming/fr|lettre ouverte]] adressée à la Fondation, qui comprenait le paragraphe suivant<ref>{{Lien web|langue=|auteur=Méta-Wiki|titre=Lettre ouverte de la Communauté sur le changement de nom|url=https://web.archive.org/web/20210122162652/https://meta.wikimedia.org/wiki/Community_open_letter_on_renaming/fr|consulté le=}}.</ref> :
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Depuis 20 ans, les bénévoles ont bâti la réputation de Wikipédia en tant que ressource indépendante et communautaire. Les projets du mouvement Wikimédia, dont Wikipédia, se développent autour de la décentralisation et du consensus. Il est essentiel d’établir des distinctions claires entre la Fondation Wikimédia, les affiliés et les contributeurs individuels. Tout changement qui affecte cet équilibre exige le consentement éclairé et la collaboration des communautés. Il est donc très préoccupant de voir « Wikipédia » présenté pour le nom de l’organisation et du mouvement malgré le mécontentement général de la communauté.
</blockquote>
En s’opposant aux idées de la Fondation, ces membres de la communauté Wikimédia ont ainsi fait preuve de sagesse. De plus, ils ont signalé dans de nombreux commentaires que beaucoup de personnes connaissent le mouvement Wikimédia uniquement au travers de son encyclopédie. Il est même étonnant d'observer que la méconnaissance du mouvement existe au sein même de sa propre communauté. Comme exemple, on peut observer que l'[[w:en:Wikimedia_movement|article du projet Wikipédia en anglais consacré au mouvement Wikimédia]] ne s’est développé qu’à partir de 2016<ref>{{Lien web|auteur=Wikipedia|titre=Wikimedia mouvement - old revision|url=https://en.wikipedia.org/w/index.php?title=Wikimedia_movement&oldid=716240586|consulté le=}}.</ref>, tandis que ce même article dans la [[w:fr:Mouvement_Wikimédia|version francophone de l'encyclopédie]] n’est apparu qu’en 2019<ref>{{Lien web|auteur=Wikipédia|titre=Mouvement Wikimédia - version archivée|url=https://fr.wikipedia.org/w/index.php?title=Mouvement_Wikim%C3%A9dia&oldid=158268859|consulté le=}}.</ref>. Quant aux autres versions linguistiques, il est tout aussi étonnant de constater qu'en octobre 2025, seulement [[wikidata:Q3568028|39 d'entre elles sur un total de 358]] possédaient un article dédié au mouvement Wikimédia<ref>{{Lien web|auteur=Wikidata|titre=Wikimedia Movement|url=https://web.archive.org/web/20251004091239/https://www.wikidata.org/wiki/Q3568028}}.</ref>.
Tous ces éléments justifient donc la nécessité d’offrir au monde une meilleure connaissance du mouvement Wikimédia et des nombreux projets et organisations qui contribuent à sa mission de partage du savoir. En ce sens, ce livre est une contribution importante aux défis stratégiques que doit relever le mouvement Wikimédia à l’approche de 2030. Car au-delà des [[wmf:Resolution:Next_Steps_for_Brand_Work,_2021|résolutions]] prises pour développer de nouveaux processus participatifs et délibératifs concernant les questions de marque<ref>{{Lien web|auteur=Wikimedia Foundation Wiki|titre=Resolution:Next Steps for Brand Work, 2021|url=https://web.archive.org/web/20211020232912/https://foundation.wikimedia.org/wiki/Resolution:Next_Steps_for_Brand_Work,_2021|date=|consulté le=}}.</ref>, c’est avant tout un travail d’information et de sensibilisation à destination du grand public qu'il reste à faire.
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|[[Fichier:Qrcode Culture fr Wikipédia.svg|lien=https://fr.wikiversity.org/wiki/Recherche:Culture_fr_Wikip%C3%A9dia|100x100px|centré|sans_cadre]]
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Lionel Scheepmans
20012
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wikitext
text/x-wiki
<noinclude>{{Le mouvement Wikimédia}}
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Depuis le succès initial de Wikipédia, une myriade de projets de partage des connaissances, d’organisations et de groupes de soutien ont émergé pour former ce qu’on appelle aujourd’hui le mouvement Wikimédia. Même si l’encyclopédie libre reste l'activité phare du mouvement à ce jour, il serait regrettable de réduire l’ensemble du mouvement à cet unique projet pédagogique. Malheureusement, il arrive bien trop souvent qu'une seule version linguistique de Wikipédia suffise pour cacher l’étendue de la forêt Wikimédia.
En réalité, Wikimédia représente un mouvement social, international et interculturel complexe, au sein duquel Wikipédia n’est qu’une composante parmi d’autres. Dans le cadre d'un mémoire de master, on peut ainsi fournir en quelques mois une [[v:recherche:Culture_fr_Wikipédia|ethnographie du projet Wikipédia en français]]<ref>{{Lien web|titre=Culture fr Wikipédia, ethnographie du projet Wikipédia en français|url=https://web.archive.org/web/20250905132014/https://fr.wikiversity.org/wiki/Recherche:Culture_fr_Wikip%C3%A9dia|auteur=Lionel Scheepmans|site=Wikiversité|année=2011}}.</ref>. Alors que pour synthétiser les origines, l’organisation et les dynamiques globales du mouvement Wikimédia, une [[v:fr:Recherche:Imagine_un_monde|thèse de doctorat]]<ref>{{Ouvrage|langue=fr|prénom1=Lionel|nom1=Scheepmans|lien auteur1=user:Lionel Scheepmans|titre=Imagine un monde : quand le mouvement Wikimédia nous aide à penser de manière prospective la société globale et numérique de demain|éditeur=UCL - Université Catholique de Louvain|année=2022|date=17/06/2022|lire en ligne=https://dial.uclouvain.be/pr/boreal/object/boreal:264603|consulté le=2024-03-10|nature article=Thèse de doctorat}}</ref> et cinq années de recul supplémentaires furent nécessaires.
[[Fichier:Wikimedia project stickers.jpg|vignette|<small>Figure 1. Série d’autocollants reprenant les logos des principaux projets collaboratifs actifs au sein du mouvement Wikimédia.</small>]]
À la fin de l'année 2025, l’ampleur numérique du mouvement est effectivement impressionnante. Chaque mois, des millions de modifications bénévoles sont effectuées sur plus de 500 millions de pages<ref>{{Lien web|auteur=Stat.wikimedia.org|titre=Statistiques de Wikimédia|url=https://web.archive.org/web/20251209230902/https://stats.wikimedia.org/#/all-projects}}.</ref>, réparties sur plus d’un millier de sites web<ref>{{Lien web|url=https://web.archive.org/web/20251217134333/https://wikistats.wmcloud.org/wikimedias_html.php?s=users_asc&th=0&lines=2000|titre=All Wikimedia Projects by Size|auteur=Wikistats wmcloud}}.</ref>, dont 358 seulement, correspondent aux [[m:List_of_Wikipedias|versions linguistiques de Wikipédia]]<ref>{{Lien web|url=https://web.archive.org/web/20251208041814/https://meta.wikimedia.org/wiki/List_of_Wikipedias|titre=List_of_Wikipedias|auteur=Méta-Wiki}}.</ref>. Ce qui prouve donc clairement que les activités en ligne portées par l'ensemble du mouvement Wikimédia dépassent largement ce qui se passe au sein de l’encyclopédie.
Il existe ainsi cinq autres espaces collaboratifs d'écriture susceptibles d'atteindre un jour l'envergure et la notoriété de Wikipédia, avec un objectif et un fonctionnement spécifiques à chacun. De manière détaillée, Wikilivres crée des livres pédagogiques ; Wikiversité rassemble des supports d'enseignement et des travaux de recherche ; Wikivoyage développe un guide touristique mondial ; Wikispecies établit un répertoire du vivant, tandis que Wiktionnaire définit des mots de toutes les langues, dans toutes les langues.
Contrairement à Wikipédia, tous ces projets ne sont pas soumis à une neutralité de point de vue, ni limités à l'usage de sources secondaires reconnues, au niveau de la rédaction des articles. La plupart d'entre eux acceptent aussi la publication de travaux de recherche ou de productions personnelles, alors que cela est tout à fait interdit dans Wikipédia.
Selon l'étymologie du mot encyclopédie, le but de Wikipédia est en effet de synthétiser ou, plus précisément, d'encercler le savoir humain déjà préexistant. Cette contrainte éditoriale limite donc les contributeurs et contributrices à l'usage de sources secondaires et tertiaires présentes dans des publications externes au projet. De ce fait, Wikipédia reproduit fatalement les biais systémiques, tels que les déséquilibres et les surreprésentations de genre et de culture, présents dans un monde de l'édition majoritairement occidental. Or, cette impasse éditoriale propre à Wikipédia n'existe pas dans les autres projets pédagogiques.
Comme ces projets frères, Wikipédia n'est pas non plus un projet complètement autonome des autres projets Wikimédia. L'encyclopédie compte en effet sur le projet Wikimedia Commons pour héberger l'ensemble de sa médiathèque. Elle utilise ensuite le contenu du projet Wikidata comme base de données structurée. Quant aux personnes qui produisent l'encyclopédie, elles peuvent aussi puiser leurs sources dans la bibliothèque Wikisource, ou se référer à des citations d'auteurs collectées dans le projet Wikiquote. Tout cela sans oublier que des dizaines de sites web traitent l'archivage permanent de Wikipédia et des autres projets Wikimédia, dans le but de fournir des analyses précieuses et totalement libres d’accès.
Enfin, il faut aussi garder à l'esprit qu'au-delà de tous ces sites web, Wikimédia, c'est aussi de nombreuses institutions et organisations affiliées au mouvement et dispersées dans le monde. Autour de la [[w:Fondation_Wikimédia|Fondation Wikimédia]] chargée de la gestion et de l’organisation internationales, avec près de 650 salariés de nationalités diverses<ref>{{Lien web|langue=|auteur=Wikimedia Foundation|titre=Les personnes derrière notre connaissance|url=https://web.archive.org/web/20250904032058/https://wikimediafoundation.org/fr/who-we-are/people/|site=|date=|consulté le=}}</ref>, se regroupent des centaines d'organisations satellites. Parmi celles-ci, on retrouve 2 [[m:Wikimedia_thematic_organizations/fr|associations thématiques]]<ref>{{Lien web|langue=|auteur=Méta-Wiki|titre=Wikimedia thematic organisations|url=https://web.archive.org/web/20250926235310/https://meta.wikimedia.org/wiki/Wikimedia_thematic_organizations|site=|date=|consulté le=}}.</ref>, 40 [[m:Wikimedia_chapters/fr|associations locales]]<ref>{{Lien web|langue=|auteur=Méta-Wiki|titre=Wikimedia chapters|url=https://web.archive.org/web/20251006092129/https://meta.wikimedia.org/wiki/Wikimedia_chapters}}</ref>, dont ''Wikimedia Deutschland'' qui regroupe plus de 170 employés<ref>{{Lien web|langue=|auteur=RocketReach|titre=Wikimedia Deutschlande. V. Information|url=https://web.archive.org/web/20251218034616/https://rocketreach.co/wikimedia-deutschland-e-v-profile_b5caf600f42e140f|site=|date=|consulté le=}}.</ref>, et finalement 141 [[metawiki:Wikimedia_user_groups/fr|groupes d’utilisateurs et utilisatrices]]<ref>{{Lien web|langue=|auteur=Méta-Wiki|titre=Wikimedia user groups|url=https://web.archive.org/web/20251008041452/https://meta.wikimedia.org/wiki/Wikimedia_User_Groups|site=|date=|consulté le=}}</ref>.
Tout ce qui vient d'être exposé dans cette introduction justifie donc la nécessité de distinguer le mouvement Wikimédia du projet Wikipédia. Imaginons seulement que l’on se limite à citer Paris pour décrire et comprendre un pays aussi vaste que la France. Certes, Paris est une ville mondialement connue et qui compte plus de deux millions d’habitants et un patrimoine culturel impressionnant. Mais est-ce pour autant qu'il faudrait oublier les autres villes, villages et métropoles françaises ? Sans compter que la France regroupe aussi des départements et des territoires d’outre-mer et qu'elle entretient des relations et des partenariats internationaux qui dépassent de loin ce qui se passe entre Paris et le reste du monde. Ne pas confondre le mouvement Wikimédia avec le projet Wikipédia relève donc du bon sens.
En 2019 cependant, la Fondation Wikimédia a envisagé de se renommer en Fondation Wikipédia et de remplacer le terme « Wikimédia » par celui de « Wikipédia » partout où ce terme est utilisé dans la sphère hors ligne du mouvement. Le but était d’acquérir une plus grande visibilité et d’attirer des milliards de personnes, grâce au nom de marque Wikipédia, considéré comme l’un des plus connus au monde<ref>{{Lien web|langue=|auteur=Zack McCune|titre=Leading with Wikipedia: A brand proposal for 2030|url=https://web.archive.org/web/20210117025153/https://wikimediafoundation.org/news/2019/02/26/leading-with-wikipedia-a-brand-proposal-for-2030/|site=Wikimedia Foundation News|éditeur=|date=26 February 2019|consulté le=}}.</ref>. Ce changement n’a toutefois pas été accepté par de nombreuses personnes actives au sein du mouvement Wikimédia. En janvier 2020, ces opposants ont ainsi créé une page d’[[m:Requests_for_comment/Should_the_Foundation_call_itself_Wikipedia|appel à commentaires]], qui fut le siège d’un long débat<ref name="Requests for comment">{{Lien web|langue=|auteur=Méta-Wiki|titre=Requests for comment/Should the Foundation call itself Wikipedia|url=https://web.archive.org/web/20210905054842/https://meta.wikimedia.org/wiki/Requests_for_comment/Should_the_Foundation_call_itself_Wikipedia|consulté le=}}.</ref>. À l’issue de ce dernier, 73 représentants d’organisations affiliées et 984 personnes ont signé une [[m:Community_open_letter_on_renaming/fr|lettre ouverte]] adressée à la Fondation, qui comprenait le paragraphe suivant<ref>{{Lien web|langue=|auteur=Méta-Wiki|titre=Lettre ouverte de la Communauté sur le changement de nom|url=https://web.archive.org/web/20210122162652/https://meta.wikimedia.org/wiki/Community_open_letter_on_renaming/fr|consulté le=}}.</ref> :
<blockquote>
Depuis 20 ans, les bénévoles ont bâti la réputation de Wikipédia en tant que ressource indépendante et communautaire. Les projets du mouvement Wikimédia, dont Wikipédia, se développent autour de la décentralisation et du consensus. Il est essentiel d’établir des distinctions claires entre la Fondation Wikimédia, les affiliés et les contributeurs individuels. Tout changement qui affecte cet équilibre exige le consentement éclairé et la collaboration des communautés. Il est donc très préoccupant de voir « Wikipédia » présenté pour le nom de l’organisation et du mouvement malgré le mécontentement général de la communauté.
</blockquote>
En s’opposant aux idées de la Fondation, ces membres de la communauté Wikimédia ont ainsi fait preuve de sagesse. De plus, ils ont signalé dans de nombreux commentaires que beaucoup de personnes connaissent le mouvement Wikimédia uniquement au travers de son encyclopédie. Il est même étonnant d'observer que la méconnaissance du mouvement existe au sein même de sa propre communauté. Comme exemple, on peut observer que l'[[w:en:Wikimedia_movement|article du projet Wikipédia en anglais consacré au mouvement Wikimédia]] ne s’est développé qu’à partir de 2016<ref>{{Lien web|auteur=Wikipedia|titre=Wikimedia mouvement - old revision|url=https://en.wikipedia.org/w/index.php?title=Wikimedia_movement&oldid=716240586|consulté le=}}.</ref>, tandis que ce même article dans la [[w:fr:Mouvement_Wikimédia|version francophone de l'encyclopédie]] n’est apparu qu’en 2019<ref>{{Lien web|auteur=Wikipédia|titre=Mouvement Wikimédia - version archivée|url=https://fr.wikipedia.org/w/index.php?title=Mouvement_Wikim%C3%A9dia&oldid=158268859|consulté le=}}.</ref>. Quant aux autres versions linguistiques, il est tout aussi étonnant de constater qu'en octobre 2025, seulement [[wikidata:Q3568028|39 d'entre elles sur un total de 358]] possédaient un article dédié au mouvement Wikimédia<ref>{{Lien web|auteur=Wikidata|titre=Wikimedia Movement|url=https://web.archive.org/web/20251004091239/https://www.wikidata.org/wiki/Q3568028}}.</ref>.
Tous ces éléments justifient donc la nécessité d’offrir au monde une meilleure connaissance du mouvement Wikimédia et des nombreux projets et organisations qui contribuent à sa mission de partage du savoir. En ce sens, ce livre est une contribution importante aux défis stratégiques que doit relever le mouvement Wikimédia à l’approche de 2030. Car au-delà des [[wmf:Resolution:Next_Steps_for_Brand_Work,_2021|résolutions]] prises pour développer de nouveaux processus participatifs et délibératifs concernant les questions de marque<ref>{{Lien web|auteur=Wikimedia Foundation Wiki|titre=Resolution:Next Steps for Brand Work, 2021|url=https://web.archive.org/web/20211020232912/https://foundation.wikimedia.org/wiki/Resolution:Next_Steps_for_Brand_Work,_2021|date=|consulté le=}}.</ref>, c’est avant tout un travail d’information et de sensibilisation à destination du grand public qu'il reste à faire.
{| class="wikitable"style="margin: auto;" "text-align:center;"
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|[[Fichier:Qrcode Culture fr Wikipédia.svg|lien=https://fr.wikiversity.org/wiki/Recherche:Culture_fr_Wikip%C3%A9dia|100x100px|centré|sans_cadre]]
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|<small>Q 5 : Ethnographie fr Wikipédia</small>
|<small>Q 2 : Thèse ''Imagine un monde''</small>
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|<small>QStatistiques de Wikimédia</small>
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Lionel Scheepmans
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<noinclude>{{Le mouvement Wikimédia}}
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Depuis le succès initial de Wikipédia, une myriade de projets de partage des connaissances, d’organisations et de groupes de soutien ont émergé pour former ce qu’on appelle aujourd’hui le mouvement Wikimédia. Même si l’encyclopédie libre reste l'activité phare du mouvement à ce jour, il serait regrettable de réduire l’ensemble du mouvement à cet unique projet pédagogique. Malheureusement, il arrive bien trop souvent qu'une seule version linguistique de Wikipédia suffise pour cacher l’étendue de la forêt Wikimédia.
En réalité, Wikimédia représente un mouvement social, international et interculturel complexe, au sein duquel Wikipédia n’est qu’une composante parmi d’autres. Dans le cadre d'un mémoire de master, on peut ainsi fournir en quelques mois une [[v:recherche:Culture_fr_Wikipédia|ethnographie du projet Wikipédia en français]]<ref>{{Lien web|titre=Culture fr Wikipédia, ethnographie du projet Wikipédia en français|url=https://web.archive.org/web/20250905132014/https://fr.wikiversity.org/wiki/Recherche:Culture_fr_Wikip%C3%A9dia|auteur=Lionel Scheepmans|site=Wikiversité|année=2011}}.</ref>. Alors que pour synthétiser les origines, l’organisation et les dynamiques globales du mouvement Wikimédia, une [[v:fr:Recherche:Imagine_un_monde|thèse de doctorat]]<ref>{{Ouvrage|langue=fr|prénom1=Lionel|nom1=Scheepmans|lien auteur1=user:Lionel Scheepmans|titre=Imagine un monde : quand le mouvement Wikimédia nous aide à penser de manière prospective la société globale et numérique de demain|éditeur=UCL - Université Catholique de Louvain|année=2022|date=17/06/2022|lire en ligne=https://dial.uclouvain.be/pr/boreal/object/boreal:264603|consulté le=2024-03-10|nature article=Thèse de doctorat}}</ref> et cinq années de recul supplémentaires furent nécessaires.
[[Fichier:Wikimedia project stickers.jpg|vignette|<small>Figure 1. Série d’autocollants reprenant les logos des principaux projets collaboratifs actifs au sein du mouvement Wikimédia.</small>]]
À la fin de l'année 2025, l’ampleur numérique du mouvement est effectivement impressionnante. Chaque mois, des millions de modifications bénévoles sont effectuées sur plus de 500 millions de pages<ref>{{Lien web|auteur=Stat.wikimedia.org|titre=Statistiques de Wikimédia|url=https://web.archive.org/web/20251209230902/https://stats.wikimedia.org/#/all-projects}}.</ref>, réparties sur plus d’un millier de sites web<ref>{{Lien web|url=https://web.archive.org/web/20251217134333/https://wikistats.wmcloud.org/wikimedias_html.php?s=users_asc&th=0&lines=2000|titre=All Wikimedia Projects by Size|auteur=Wikistats wmcloud}}.</ref>, dont 358 seulement, correspondent aux [[m:List_of_Wikipedias|versions linguistiques de Wikipédia]]<ref>{{Lien web|url=https://web.archive.org/web/20251208041814/https://meta.wikimedia.org/wiki/List_of_Wikipedias|titre=List_of_Wikipedias|auteur=Méta-Wiki}}.</ref>. Ce qui prouve donc clairement que les activités en ligne portées par l'ensemble du mouvement Wikimédia dépassent largement ce qui se passe au sein de l’encyclopédie.
Il existe ainsi cinq autres espaces collaboratifs d'écriture susceptibles d'atteindre un jour l'envergure et la notoriété de Wikipédia, avec un objectif et un fonctionnement spécifiques à chacun. De manière détaillée, Wikilivres crée des livres pédagogiques ; Wikiversité rassemble des supports d'enseignement et des travaux de recherche ; Wikivoyage développe un guide touristique mondial ; Wikispecies établit un répertoire du vivant, tandis que Wiktionnaire définit des mots de toutes les langues, dans toutes les langues.
Contrairement à Wikipédia, tous ces projets ne sont pas soumis à une neutralité de point de vue, ni limités à l'usage de sources secondaires reconnues, au niveau de la rédaction des articles. La plupart d'entre eux acceptent aussi la publication de travaux de recherche ou de productions personnelles, alors que cela est tout à fait interdit dans Wikipédia.
Selon l'étymologie du mot encyclopédie, le but de Wikipédia est en effet de synthétiser ou, plus précisément, d'encercler le savoir humain déjà préexistant. Cette contrainte éditoriale limite donc les contributeurs et contributrices à l'usage de sources secondaires et tertiaires présentes dans des publications externes au projet. De ce fait, Wikipédia reproduit fatalement les biais systémiques, tels que les déséquilibres et les surreprésentations de genre et de culture, présents dans un monde de l'édition majoritairement occidental. Or, cette impasse éditoriale propre à Wikipédia n'existe pas dans les autres projets pédagogiques.
Comme ces projets frères, Wikipédia n'est pas non plus un projet complètement autonome des autres projets Wikimédia. L'encyclopédie compte en effet sur le projet Wikimedia Commons pour héberger l'ensemble de sa médiathèque. Elle utilise ensuite le contenu du projet Wikidata comme base de données structurée. Quant aux personnes qui produisent l'encyclopédie, elles peuvent aussi puiser leurs sources dans la bibliothèque Wikisource, ou se référer à des citations d'auteurs collectées dans le projet Wikiquote. Tout cela sans oublier que des dizaines de sites web traitent l'archivage permanent de Wikipédia et des autres projets Wikimédia, dans le but de fournir des analyses précieuses et totalement libres d’accès.
Enfin, il faut aussi garder à l'esprit qu'au-delà de tous ces sites web, Wikimédia, c'est aussi de nombreuses institutions et organisations affiliées au mouvement et dispersées dans le monde. Autour de la [[w:Fondation_Wikimédia|Fondation Wikimédia]] chargée de la gestion et de l’organisation internationales, avec près de 650 salariés de nationalités diverses<ref>{{Lien web|langue=|auteur=Wikimedia Foundation|titre=Les personnes derrière notre connaissance|url=https://web.archive.org/web/20250904032058/https://wikimediafoundation.org/fr/who-we-are/people/|site=|date=|consulté le=}}</ref>, se regroupent des centaines d'organisations satellites. Parmi celles-ci, on retrouve 2 [[m:Wikimedia_thematic_organizations/fr|associations thématiques]]<ref>{{Lien web|langue=|auteur=Méta-Wiki|titre=Wikimedia thematic organisations|url=https://web.archive.org/web/20250926235310/https://meta.wikimedia.org/wiki/Wikimedia_thematic_organizations|site=|date=|consulté le=}}.</ref>, 40 [[m:Wikimedia_chapters/fr|associations locales]]<ref>{{Lien web|langue=|auteur=Méta-Wiki|titre=Wikimedia chapters|url=https://web.archive.org/web/20251006092129/https://meta.wikimedia.org/wiki/Wikimedia_chapters}}</ref>, dont ''Wikimedia Deutschland'' qui regroupe plus de 170 employés<ref>{{Lien web|langue=|auteur=RocketReach|titre=Wikimedia Deutschlande. V. Information|url=https://web.archive.org/web/20251218034616/https://rocketreach.co/wikimedia-deutschland-e-v-profile_b5caf600f42e140f|site=|date=|consulté le=}}.</ref>, et finalement 141 [[metawiki:Wikimedia_user_groups/fr|groupes d’utilisateurs et utilisatrices]]<ref>{{Lien web|langue=|auteur=Méta-Wiki|titre=Wikimedia user groups|url=https://web.archive.org/web/20251008041452/https://meta.wikimedia.org/wiki/Wikimedia_User_Groups|site=|date=|consulté le=}}</ref>.
Tout ce qui vient d'être exposé dans cette introduction justifie donc la nécessité de distinguer le mouvement Wikimédia du projet Wikipédia. Imaginons seulement que l’on se limite à citer Paris pour décrire et comprendre un pays aussi vaste que la France. Certes, Paris est une ville mondialement connue et qui compte plus de deux millions d’habitants et un patrimoine culturel impressionnant. Mais est-ce pour autant qu'il faudrait oublier les autres villes, villages et métropoles françaises ? Sans compter que la France regroupe aussi des départements et des territoires d’outre-mer et qu'elle entretient des relations et des partenariats internationaux qui dépassent de loin ce qui se passe entre Paris et le reste du monde. Ne pas confondre le mouvement Wikimédia avec le projet Wikipédia relève donc du bon sens.
En 2019 cependant, la Fondation Wikimédia a envisagé de se renommer en Fondation Wikipédia et de remplacer le terme « Wikimédia » par celui de « Wikipédia » partout où ce terme est utilisé dans la sphère hors ligne du mouvement. Le but était d’acquérir une plus grande visibilité et d’attirer des milliards de personnes, grâce au nom de marque Wikipédia, considéré comme l’un des plus connus au monde<ref>{{Lien web|langue=|auteur=Zack McCune|titre=Leading with Wikipedia: A brand proposal for 2030|url=https://web.archive.org/web/20210117025153/https://wikimediafoundation.org/news/2019/02/26/leading-with-wikipedia-a-brand-proposal-for-2030/|site=Wikimedia Foundation News|éditeur=|date=26 February 2019|consulté le=}}.</ref>. Ce changement n’a toutefois pas été accepté par de nombreuses personnes actives au sein du mouvement Wikimédia. En janvier 2020, ces opposants ont ainsi créé une page d’[[m:Requests_for_comment/Should_the_Foundation_call_itself_Wikipedia|appel à commentaires]], qui fut le siège d’un long débat<ref name="Requests for comment">{{Lien web|langue=|auteur=Méta-Wiki|titre=Requests for comment/Should the Foundation call itself Wikipedia|url=https://web.archive.org/web/20210905054842/https://meta.wikimedia.org/wiki/Requests_for_comment/Should_the_Foundation_call_itself_Wikipedia|consulté le=}}.</ref>. À l’issue de ce dernier, 73 représentants d’organisations affiliées et 984 personnes ont signé une [[m:Community_open_letter_on_renaming/fr|lettre ouverte]] adressée à la Fondation, qui comprenait le paragraphe suivant<ref>{{Lien web|langue=|auteur=Méta-Wiki|titre=Lettre ouverte de la Communauté sur le changement de nom|url=https://web.archive.org/web/20210122162652/https://meta.wikimedia.org/wiki/Community_open_letter_on_renaming/fr|consulté le=}}.</ref> :
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Depuis 20 ans, les bénévoles ont bâti la réputation de Wikipédia en tant que ressource indépendante et communautaire. Les projets du mouvement Wikimédia, dont Wikipédia, se développent autour de la décentralisation et du consensus. Il est essentiel d’établir des distinctions claires entre la Fondation Wikimédia, les affiliés et les contributeurs individuels. Tout changement qui affecte cet équilibre exige le consentement éclairé et la collaboration des communautés. Il est donc très préoccupant de voir « Wikipédia » présenté pour le nom de l’organisation et du mouvement malgré le mécontentement général de la communauté.
</blockquote>
En s’opposant aux idées de la Fondation, ces membres de la communauté Wikimédia ont ainsi fait preuve de sagesse. De plus, ils ont signalé dans de nombreux commentaires que beaucoup de personnes connaissent le mouvement Wikimédia uniquement au travers de son encyclopédie. Il est même étonnant d'observer que la méconnaissance du mouvement existe au sein même de sa propre communauté. Comme exemple, on peut observer que l'[[w:en:Wikimedia_movement|article Wikipédia en anglais]], consacré au mouvement Wikimédia, ne s’est développé qu’à partir de 2016<ref>{{Lien web|auteur=Wikipedia|titre=Wikimedia mouvement - old revision|url=https://en.wikipedia.org/w/index.php?title=Wikimedia_movement&oldid=716240586|consulté le=}}.</ref>, tandis que celui de la [[w:fr:Mouvement_Wikimédia|version francophone de l'encyclopédie]], n’est apparu qu’en 2019<ref>{{Lien web|auteur=Wikipédia|titre=Mouvement Wikimédia - version archivée|url=https://fr.wikipedia.org/w/index.php?title=Mouvement_Wikim%C3%A9dia&oldid=158268859|consulté le=}}.</ref>. Quant aux autres versions linguistiques, il est tout aussi étonnant de constater qu'en octobre 2025, seulement [[wikidata:Q3568028|39 d'entre elles sur un total de 358]], possédaient un article dédié au mouvement Wikimédia<ref>{{Lien web|auteur=Wikidata|titre=Wikimedia Movement|url=https://web.archive.org/web/20251004091239/https://www.wikidata.org/wiki/Q3568028}}.</ref>.
Tous ces éléments justifient donc la nécessité d’offrir au monde, une meilleure connaissance du mouvement Wikimédia et des nombreux projets et organisations, qui participent à sa mission de partage du savoir. En ce sens, ce livre est une contribution importante aux défis stratégiques que doit relever le mouvement Wikimédia à l’approche de 2030. Car au-delà des [[wmf:Resolution:Next_Steps_for_Brand_Work,_2021|résolutions]] prises pour développer de nouveaux processus participatifs et délibératifs concernant les questions de marque<ref>{{Lien web|auteur=Wikimedia Foundation Wiki|titre=Resolution:Next Steps for Brand Work, 2021|url=https://web.archive.org/web/20211020232912/https://foundation.wikimedia.org/wiki/Resolution:Next_Steps_for_Brand_Work,_2021|date=|consulté le=}}.</ref>, c’est avant tout un travail d’information et de sensibilisation à destination du public qu'il reste à faire.
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|[[Fichier:Qrcode Culture fr Wikipédia.svg|lien=https://fr.wikiversity.org/wiki/Recherche:Culture_fr_Wikip%C3%A9dia|100x100px|centré|sans_cadre]]
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Le mouvement Wikimédia/La naissance du mouvement Wikimédia
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Lionel Scheepmans
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wikitext
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<noinclude>{{Le mouvement Wikimédia}}</noinclude>
Il existe dans l'espace web une multitude d’archives permettant de retracer les événements qui ont conduit à la naissance du mouvement Wikimédia. Cette « préhistoire » du mouvement peut notamment être explorée grâce au réseau d’éducation populaire [[w:Framasoft|Framasoft]], dont le site est apparu environ un an avant la création de la version francophone de Wikipédia. On trouve sur cette plateforme une mine d’informations concernant les [[logiciels libres]] et la [[w:Culture_libre|culture libre]]. Deux épisodes majeurs de l’histoire de l’informatique et d’Internet, malheureusement méconnus du grand public.
[[Fichier:Wikipedia Michelangelo.JPG|alt=Le tableau La création d'Adam de Michel-Ange retouché par un Wikimédien de telle sorte à faire apparaitre le logo de Wikipédia entre le doigt de Dieu et celui d'Adam|gauche|vignette|<small>Figure 2. [[w:La_Création_d'Adam_(Michel-Ange)|''La création d’Adam'']] de [[w:Michel-Ange|Michel-Ange]] revisitée par un contributeur de Wikipédia.</small>|300x300px]]
Grâce à Framasoft et bien d’[[w:Catégorie:Association_ou_organisme_lié_au_logiciel_libre_en_France|autres associations]], il est possible de découvrir l’organisation et les motivations des millions de personnes qui participent au [[w:fr:mouvement du logiciel libre|mouvement du logiciel libre]]. On y apprend que ce mouvement politique et social a été initié en 1983 par [[w: fr: Richard Stallman|Richard Stallman]], un programmeur du Massachusetts Institute of Technology ([[w:Massachusetts_Institute_of_Technology|MIT]]), qui a eu l’idée d’offrir à chacun une alternative à la marchandisation du secteur informatique.
Cette philosophie de libre partage, concrétisée par le projet de Stallman, permit l’essor d’une organisation et d’une éthique de travail originales, développées au sein d’une [[w:Sous-culture|sous-culture]] en vogue dans le milieu informatique depuis les années 1950. Celle-ci fut documentée dans de nombreux ouvrages, dont « ''[[w:L'Éthique_hacker|L’éthique hacker]]'' »<ref>{{Ouvrage|prénom1=Pekka|nom1=Himanen|titre=The Hacker Ethic and the Spirit of the Information Age|éditeur=Vintage|date=2001|isbn=978-0-09-942692-9|consulté le=}}.</ref>, un livre remarquable, dans lequel le philosophe finlandais, [[w:Pekka_Himanen|Pekka Himanen]], analyse en détail les origines de la [[w:Hacker_(sous-culture)|culture hacker]]. Un simple extrait de sa quatrième de couverture<ref>{{Ouvrage|prénom1=Pekka|nom1=Himanen|titre=L'éthique hacker et l'esprit de l'ère de l'information|éditeur=Exils|date=2001|isbn=2-912969-29-8|isbn2=978-2-912969-29-3|oclc=51085264|lire en ligne=|consulté le=}}.</ref>, repris ci-dessous, permet d’appréhender la manière de penser de ces informaticiens, rejoints par Richard Stallman durant ses études universitaires, avant d'en devenir l’une des figures les plus charismatiques.
<blockquote>
On considérait jusqu’à présent le « hacker » comme un voyou d’Internet, responsable d’actes de piratage et de vols de numéros de cartes bancaires. Le philosophe Pekka Himanen voit au contraire les hackers comme des citoyens modèles de l’ère de l’information. Il les considère comme les véritables moteurs d’une profonde mutation sociale. Leur éthique, leur rapport au travail, au temps ou à l’argent, sont fondés sur la passion, le plaisir ou le partage. Cette éthique est radicalement opposée à l’[[w:Éthique_protestante_du_travail|éthique protestante]], telle qu’elle est définie par [[w:Max_Weber|Max Weber]], du travail comme devoir, comme valeur en soi, une morale qui domine encore le monde aujourd’hui.
</blockquote>
En introduisant cette première partie d'ouvrage de la sorte, nous pouvons déjà comprendre que le mouvement Wikimédia plonge ses racines dans une transition culturelle remplie d’utopie<ref>{{Article|langue=fr|prénom1=Anne|nom1=Bellon|titre=Qu’est devenue l’utopie d’Internet ?|périodique=Revue Projet|volume=371|numéro=4|date=2019-08-27|issn=0033-0884|doi=10.3917/pro.371.0006|lire en ligne=https://web.archive.org/web/20241209072859/https://shs.cairn.info/revue-projet-2019-4-page-6?lang=fr|consulté le=2025-12-21|pages=6–11}}</ref>. Une utopie qui s’oppose notamment à ce que l’historien et anthropologue [[w:Karl_Polanyi|Karl Polanyi]]<ref>{{Ouvrage|langue=|prénom1=Karl|nom1=Polanyi|prénom2=Fred|nom2=Block|prénom3=Joseph E|nom3=Stiglitz|titre=The great transformation: the political and economic origins of our time|éditeur=Beacon press|date=2001|isbn=978-0-8070-5643-1|oclc=1277370048}}.</ref> désignait, en 1944 déjà, comme un [[w:Libéralisme_économique|libéralisme économique]] qui « subordonne les objectifs humains à la logique d’un mécanisme de marché impersonnel »<ref>Texte original avant sa traduction par www.deepl.com/translator : « ''subordinates human purposes to the logic of an impersonal market mechanism ».''</ref>. Étape par étape et en commençant par analyser cette utopie spécifiquement au niveau du mouvement Wikimédia, voyons maintenant ce qui s'est passé tout au long de cette révolution culturelle numérique.
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Lionel Scheepmans
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<noinclude>{{Le mouvement Wikimédia}}</noinclude>
Il existe dans l'espace web, une multitude d’archives permettant de retracer les événements, qui ont conduit à la naissance du mouvement Wikimédia. Cette « préhistoire » du mouvement peut notamment être explorée grâce au réseau d’éducation populaire [[w:Framasoft|Framasoft]], dont le site est apparu environ un an avant la création de la version francophone de Wikipédia. On trouve sur cette plateforme une mine d’informations concernant les [[logiciels libres]] et la [[w:Culture_libre|culture libre]], soit deux épisodes majeurs de l’histoire de l’informatique et d’Internet, malheureusement méconnus du grand public.
[[Fichier:Wikipedia Michelangelo.JPG|alt=Le tableau La création d'Adam de Michel-Ange retouché par un Wikimédien de telle sorte à faire apparaitre le logo de Wikipédia entre le doigt de Dieu et celui d'Adam|gauche|vignette|<small>Figure 2. [[w:La_Création_d'Adam_(Michel-Ange)|''La création d’Adam'']] de [[w:Michel-Ange|Michel-Ange]] revisitée par un contributeur de Wikipédia.</small>|300x300px]]
Grâce à Framasoft et bien d’[[w:Catégorie:Association_ou_organisme_lié_au_logiciel_libre_en_France|autres associations]], il est possible de découvrir l’organisation et les motivations des millions de personnes qui participent au [[w:fr:mouvement du logiciel libre|mouvement du logiciel libre]]. On peut apprendre par exemple, que ce mouvement politique et social, apparut au sein du milieu informatique, a été initié en 1983 par [[w: fr: Richard Stallman|Richard Stallman]]. Programmeur du [[w:Massachusetts_Institute_of_Technology|MIT]] à cette époque, c'est en effet lui qui fut le premier à proposer une alternative à la marchandisation du secteur informatique.
La philosophie de libre partage, concrétisée par le projet de Stallman, reflétait une certaine éthique et une organisation de travail originale, développées au sein d’une [[w:Sous-culture|sous-culture]], en vogue dans le milieu informatique depuis les années 1950. Celle-ci fut documentée dans de nombreux ouvrages, dont « ''[[w:L'Éthique_hacker|L’éthique hacker]]'' »<ref>{{Ouvrage|prénom1=Pekka|nom1=Himanen|titre=The Hacker Ethic and the Spirit of the Information Age|éditeur=Vintage|date=2001|isbn=978-0-09-942692-9|consulté le=}}.</ref>, un livre remarquable, dans lequel le philosophe finlandais, [[w:Pekka_Himanen|Pekka Himanen]], analyse en détail les origines de la [[w:Hacker_(sous-culture)|culture hacker]].
Un simple extrait de sa quatrième de couverture<ref>{{Ouvrage|prénom1=Pekka|nom1=Himanen|titre=L'éthique hacker et l'esprit de l'ère de l'information|éditeur=Exils|date=2001|isbn=2-912969-29-8|isbn2=978-2-912969-29-3|oclc=51085264|lire en ligne=|consulté le=}}.</ref>, repris ci-dessous, permet d’appréhender la manière de penser de ces informaticiens, rejoints par Richard Stallman durant ses études universitaires, avant d'en devenir l’une des figures les plus charismatiques.
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On considérait jusqu’à présent le « hacker » comme un voyou d’Internet, responsable d’actes de piratage et de vols de numéros de cartes bancaires. Le philosophe Pekka Himanen voit au contraire les hackers comme des citoyens modèles de l’ère de l’information. Il les considère comme les véritables moteurs d’une profonde mutation sociale. Leur éthique, leur rapport au travail, au temps ou à l’argent, sont fondés sur la passion, le plaisir ou le partage. Cette éthique est radicalement opposée à l’[[w:Éthique_protestante_du_travail|éthique protestante]], telle qu’elle est définie par [[w:Max_Weber|Max Weber]], du travail comme devoir, comme valeur en soi, une morale qui domine encore le monde aujourd’hui.
</blockquote>
En introduisant cette première partie d'ouvrage de la sorte, nous pouvons déjà comprendre que le mouvement Wikimédia plonge ses racines dans une transition culturelle remplie d’utopie<ref>{{Article|langue=fr|prénom1=Anne|nom1=Bellon|titre=Qu’est devenue l’utopie d’Internet ?|périodique=Revue Projet|volume=371|numéro=4|date=2019-08-27|issn=0033-0884|doi=10.3917/pro.371.0006|lire en ligne=https://web.archive.org/web/20241209072859/https://shs.cairn.info/revue-projet-2019-4-page-6?lang=fr|consulté le=2025-12-21|pages=6–11}}</ref>. Une utopie qui s’oppose notamment à ce que l’historien et anthropologue [[w:Karl_Polanyi|Karl Polanyi]]<ref>{{Ouvrage|langue=|prénom1=Karl|nom1=Polanyi|prénom2=Fred|nom2=Block|prénom3=Joseph E|nom3=Stiglitz|titre=The great transformation: the political and economic origins of our time|éditeur=Beacon press|date=2001|isbn=978-0-8070-5643-1|oclc=1277370048}}.</ref> désignait, en 1944 déjà, comme un [[w:Libéralisme_économique|libéralisme économique]] qui « subordonne les objectifs humains à la logique d’un mécanisme de marché impersonnel »<ref>Texte original avant sa traduction par www.deepl.com/translator : « ''subordinates human purposes to the logic of an impersonal market mechanism ».''</ref>. Étape par étape et en commençant par analyser cette utopie spécifiquement au niveau du mouvement Wikimédia, voyons maintenant ce qui s'est passé tout au long de cette révolution culturelle et numérique.
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Le mouvement Wikimédia/Quatrième de couverture
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Lionel Scheepmans
20012
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text/x-wiki
Quel est ce seul acteur à but non lucratif présent dans le top 100 des sites les plus visités sur le Web ?
Comment incarne-t-il l’expression la plus visible des valeurs de liberté, d’égalité et de partage, héritées de la révolution numérique et des mouvements sociaux des années 1960 ?
Comment, à partir de Wikipédia et suite à la création d’une quinzaine de projets frères distribués en centaines de versions linguistiques, le mouvement social Wikimédia a imaginé un monde dans lequel le savoir se produit et se partage librement ?
Et comment, en toute autonomie, des dizaines de projets pédagogiques, édités par des millions de bénévoles, soutenus par une fondation et près de 200 associations et groupes locaux, produisent-ils la plus grande intelligence collective au monde ?
Avec de nombreux codes QR, cet ouvrage répond à ces questions, tout en permettant de mieux comprendre le monde global et numérique qui nous entoure.
----
[[Utilisateur:Lionel Scheepmans|Lionel Scheepmans]] est docteur en sciences politiques et sociales, militant de la culture libre et professeur d’anthropologie numérique. Il occupe plusieurs postes d’administrateur au sein du mouvement Wikimédia qu’il observe de manière participative depuis 2011. Ses travaux universitaires, du master à la thèse de doctorat, furent consacrés à l’organisation et aux enjeux de Wikipédia et du mouvement Wikimédia.
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Lionel Scheepmans
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'''Le mouvement Wikimédia, l'aventure inspirante d'une organisation mondiale au service du savoir libre.'''
Quel est ce seul acteur à but non lucratif présent dans le top 100 des sites les plus visités sur le Web ?
Comment incarne-t-il l’expression la plus visible des valeurs de liberté, d’égalité et de partage, héritées de la révolution numérique et des mouvements sociaux des années 1960 ?
Comment, à partir de Wikipédia et suite à la création d’une quinzaine de projets frères distribués en centaines de versions linguistiques, le mouvement social Wikimédia a imaginé un monde dans lequel le savoir se produit et se partage librement ?
Et comment, en toute autonomie, des dizaines de projets pédagogiques, édités par des millions de bénévoles, soutenus par une fondation et près de 200 associations et groupes locaux, produisent-ils la plus grande intelligence collective au monde ?
Avec de nombreux codes QR, cet ouvrage répond à ces questions, tout en permettant de mieux comprendre le monde global et numérique qui nous entoure.
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[[Utilisateur:Lionel Scheepmans|Lionel Scheepmans]] est docteur en sciences politiques et sociales, militant de la culture libre et professeur d’anthropologie numérique. Il occupe plusieurs postes d’administrateur au sein du mouvement Wikimédia qu’il observe de manière participative depuis 2011. Ses travaux universitaires, du master à la thèse de doctorat, furent consacrés à l’organisation et aux enjeux de Wikipédia et du mouvement Wikimédia.
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Lionel Scheepmans
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'''Le mouvement Wikimédia, l'aventure inspirante d'une organisation mondiale et altruiste au service du savoir libre et vérifiable.'''
Quel est ce seul acteur à but non lucratif présent dans le top 100 des sites les plus visités sur le Web ?
Comment incarne-t-il l’expression la plus visible des valeurs de liberté, d’égalité et de partage, héritées de la révolution numérique et des mouvements sociaux des années 1960 ?
Comment, à partir de Wikipédia et suite à la création d’une quinzaine de projets frères distribués en centaines de versions linguistiques, le mouvement social Wikimédia a imaginé un monde dans lequel le savoir se produit et se partage librement ?
Et comment, en toute autonomie, des dizaines de projets pédagogiques, édités par des millions de bénévoles, soutenus par une fondation et près de 200 associations et groupes locaux, produisent-ils la plus grande intelligence collective au monde ?
Avec de nombreux codes QR, cet ouvrage répond à ces questions, tout en permettant de mieux comprendre le monde global et numérique qui nous entoure.
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[[Utilisateur:Lionel Scheepmans|Lionel Scheepmans]] est docteur en sciences politiques et sociales, militant de la culture libre et professeur d’anthropologie numérique. Il occupe plusieurs postes d’administrateur au sein du mouvement Wikimédia qu’il observe de manière participative depuis 2011. Ses travaux universitaires, du master à la thèse de doctorat, furent consacrés à l’organisation et aux enjeux de Wikipédia et du mouvement Wikimédia.
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Lionel Scheepmans
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'''Le mouvement Wikimédia, l'aventure inspirante d'une organisation mondiale et altruiste au service d'un savoir libre et vérifiable.'''
Quel est ce seul acteur à but non lucratif présent dans le top 100 des sites les plus visités sur le Web ?
Comment incarne-t-il l’expression la plus visible des valeurs de liberté, d’égalité et de partage, héritées de la révolution numérique et des mouvements sociaux des années 1960 ?
Comment, à partir de Wikipédia et suite à la création d’une quinzaine de projets frères distribués en centaines de versions linguistiques, le mouvement social Wikimédia a imaginé un monde dans lequel le savoir se produit et se partage librement ?
Et comment, en toute autonomie, des dizaines de projets pédagogiques, édités par des millions de bénévoles, soutenus par une fondation et près de 200 associations et groupes locaux, produisent-ils la plus grande intelligence collective au monde ?
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Lionel Scheepmans
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'''Le mouvement Wikimédia, l'aventure inspirante d'une organisation mondiale et altruiste, au service d'un savoir libre et vérifiable.'''
Quel est ce seul acteur à but non lucratif présent dans le top 100 des sites les plus visités sur le Web ?
Comment incarne-t-il l’expression la plus visible des valeurs de liberté, d’égalité et de partage, héritées de la révolution numérique et des mouvements sociaux des années 1960 ?
Comment, à partir de Wikipédia et suite à la création d’une quinzaine de projets frères distribués en centaines de versions linguistiques, le mouvement social Wikimédia a imaginé un monde dans lequel le savoir se produit et se partage librement ?
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[[Utilisateur:Lionel Scheepmans|Lionel Scheepmans]] est docteur en sciences politiques et sociales, militant de la culture libre et professeur d’anthropologie numérique. Il occupe plusieurs postes d’administrateur au sein du mouvement Wikimédia qu’il observe de manière participative depuis 2011. Ses travaux universitaires, du master à la thèse de doctorat, furent consacrés à l’organisation et aux enjeux de Wikipédia et du mouvement Wikimédia.
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Lionel Scheepmans
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'''Le mouvement Wikimédia, l'aventure inspirante d'une organisation mondiale et altruiste, au service d'un savoir libre et vérifiable.'''
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[[Fichier:QR code Wikilivre Le mouvement Wikimédia.svg|droite|sans_cadre|100x100px]]
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Lionel Scheepmans
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'''Le mouvement Wikimédia, l'aventure inspirante d'une organisation mondiale et altruiste, au service d'un savoir libre et vérifiable.'''
Quel est ce seul acteur à but non lucratif présent dans le top 100 des sites les plus visités sur le Web ?
Comment incarne-t-il l’expression la plus visible des valeurs de liberté, d’égalité et de partage, héritées de la révolution numérique et des mouvements sociaux des années 1960 ?
Comment, à partir de Wikipédia et suite à la création d’une quinzaine de projets frères distribués en centaines de versions linguistiques, le mouvement social Wikimédia a imaginé un monde dans lequel le savoir se produit et se partage librement ?
Et comment, en toute autonomie, des dizaines de projets pédagogiques, édités par des millions de bénévoles, soutenus par une fondation et près de 200 associations et groupes locaux, produisent-ils la plus grande intelligence collective au monde ?
Avec de nombreux codes QR, cet ouvrage répond à ces questions, tout en permettant de mieux comprendre le monde global et numérique qui nous entoure.
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[[Utilisateur:Lionel Scheepmans|Lionel Scheepmans]] est docteur en sciences politiques et sociales, militant de la culture libre et professeur d’anthropologie numérique. Il occupe plusieurs postes d’administrateur au sein du mouvement Wikimédia qu’il observe de manière participative depuis 2011. Ses travaux universitaires, du master à la thèse de doctorat, furent consacrés à l’organisation et aux enjeux de Wikipédia et du mouvement Wikimédia.
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Ce livre est publié sous licence CC.SA-BY
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Lionel Scheepmans
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'''Le mouvement Wikimédia, l'aventure inspirante d'une organisation mondiale et altruiste, au service d'un savoir libre et vérifiable.'''
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Comment incarne-t-il l’expression la plus visible des valeurs de liberté, d’égalité et de partage, héritées de la révolution numérique et des mouvements sociaux des années 1960 ?
Comment, à partir de Wikipédia et suite à la création d’une quinzaine de projets frères distribués en centaines de versions linguistiques, le mouvement social Wikimédia a imaginé un monde dans lequel le savoir se produit et se partage librement ?
Et comment, en toute autonomie, des dizaines de projets pédagogiques, édités par des millions de bénévoles, soutenus par une fondation et près de 200 associations et groupes locaux, produisent-ils la plus grande intelligence collective au monde ?
Avec de nombreux codes QR, cet ouvrage répond à ces questions, tout en permettant de mieux comprendre le monde global et numérique qui nous entoure.
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[[Utilisateur:Lionel Scheepmans|Lionel Scheepmans]] est docteur en sciences politiques et sociales, militant de la culture libre et professeur d’anthropologie numérique. Il occupe plusieurs postes d’administrateur au sein du mouvement Wikimédia qu’il observe de manière participative depuis 2011. Ses travaux universitaires, du master à la thèse de doctorat, furent consacrés à l’organisation et aux enjeux de Wikipédia et du mouvement Wikimédia.
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Lionel Scheepmans
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'''Le mouvement Wikimédia, l'aventure inspirante d'une organisation mondiale et altruiste, au service d'un savoir libre et vérifiable.'''
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Comment incarne-t-il l’expression la plus visible des valeurs de liberté, d’égalité et de partage, héritées de la révolution numérique et des mouvements sociaux des années 1960 ?
Comment, à partir de Wikipédia et suite à la création d’une quinzaine de projets frères distribués en centaines de versions linguistiques, le mouvement social Wikimédia a imaginé un monde dans lequel le savoir se produit et se partage librement ?
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'''Le mouvement Wikimédia, l'aventure inspirante d'une organisation mondiale et altruiste, au service d'un savoir libre et vérifiable.'''
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[[Utilisateur:Lionel Scheepmans|Lionel Scheepmans]] est docteur en sciences politiques et sociales, militant de la culture libre et professeur d’anthropologie numérique. Il occupe plusieurs postes d’administrateur au sein du mouvement Wikimédia qu’il observe de manière participative depuis 2011. Ses travaux universitaires, du master à la thèse de doctorat, furent consacrés à l’organisation et aux enjeux de Wikipédia et du mouvement Wikimédia.
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Lionel Scheepmans
20012
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text/x-wiki
'''Le mouvement Wikimédia, l'aventure inspirante d'une organisation mondiale et altruiste, au service d'un savoir libre et vérifiable.'''
Quel est ce seul acteur à but non lucratif présent dans le top 100 des sites les plus visités sur le Web ?
Comment incarne-t-il l’expression la plus visible des valeurs de liberté, d’égalité et de partage, héritées de la révolution numérique et des mouvements sociaux des années 1960 ?
Comment, à partir de Wikipédia et suite à la création d’une quinzaine de projets frères distribués en centaines de versions linguistiques, le mouvement social Wikimédia a imaginé un monde dans lequel le savoir se produit et se partage librement ?
Et comment, en toute autonomie, des dizaines de projets pédagogiques, édités par des millions de bénévoles, soutenus par une fondation et près de 200 associations et groupes locaux, produisent-ils la plus grande intelligence collective au monde ?
Avec de nombreux codes QR, cet ouvrage répond à ces questions, tout en permettant de mieux comprendre le monde global et numérique qui nous entoure.
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[[Utilisateur:Lionel Scheepmans|Lionel Scheepmans]] est docteur en sciences politiques et sociales, militant de la culture libre et professeur d’anthropologie numérique. Il occupe plusieurs postes d’administrateur au sein du mouvement Wikimédia qu’il observe de manière participative depuis 2011. Ses travaux universitaires, du master à la thèse de doctorat, furent consacrés à l’organisation et aux enjeux de Wikipédia et du mouvement Wikimédia.
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Ce livre est publié sous [[ccorg:licenses/by-sa/4.0/legalcode.fr|licence CC.SA-BY 4.0]]
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Le mouvement Wikimédia/Avant-propos
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Lionel Scheepmans
20012
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text/x-wiki
<noinclude>{{Le mouvement Wikimédia}}</noinclude>
Pour offrir un confort de lecture sur papier sans perdre la puissance du numérique, des [[w:Codes_QR|codes QR]] sont affichés tout au long de cet ouvrage. À l’aide d’une tablette ou d’un smartphone, ils offrent un accès direct à ce qui serait coûteux ou impossible à imprimer.
Par exemple, le code QR 1, affiché en fin de page, donne accès directement à la page web qui reprend l’intégralité de l’ouvrage. Une fois sur celle-ci, on peut alors visionner les illustrations en couleur ou les enregistrements qui s’y trouvent et consulter ensuite leurs pages de descriptions en cas de besoin. Cette version numérique comprend aussi de nombreux hyperliens pointant vers Wikipédia et d’autres sites du mouvement Wikimédia, où se trouvent des compléments d’informations et leurs mises à jour.
Pour économiser du papier lors de l’impression, la section regroupant les notes et les références de l’ouvrage n’est disponible qu’au format numérique, mais est directement accessible via le code QR 2 repris ci-dessous. Grâce aux indices de renvoi chiffrés et placés en exposant dans le texte imprimé, il est alors possible, au départ d'un smartphone ou d'une tablette, de retrouver les notes et les références en fonction de leur numérotation. Lorsque la référence correspond à une page web, un lien pointant vers le projet [[w:Internet_Archive|Internet Archive]] s’y trouve repris, pour garantir un accès aux archives des pages citées dans l’ouvrage, si jamais elles avaient disparu du web. Quant aux pages toujours existantes, elles restent accessibles via leurs hyperliens originels, pour consulter leurs éventuelles évolutions.
Étant donné que ce livre est produit sur une plateforme collaborative, tout le monde est invité à améliorer les prochaines versions. On peut le faire en corrigeant des fautes d’orthographe ou de syntaxe sur les pages web qui constituent les différents chapitres de l’ouvrage, ou encore en apportant des commentaires sur les pages de discussion qui leur sont associées. Cela peut se faire très simplement en cliquant sur « Modifier », quand on est sur une page de chapitre, et sur « Ajouter un sujet » , lorsque l'on est sur une page de discussion.
Une page de discussion générale est aussi accessible grâce au code QR 3. Elle permet de commenter le livre dans son ensemble, ou de poser une question à son sujet. Il suffit pour cela d’indiquer un titre dans le champ « Démarrer un nouveau sujet », d’écrire le contenu du message dans l’encadré situé juste en dessous, puis de cliquer sur le bouton « Ajouter un sujet de manière anonyme » pour publier son message.
Enfin, pour ceux qui voudraient agrémenter leur lecture d’un fond sonore relaxant et original, le code QR 4 donne accès à une page web qui diffuse une musique mélodieuse. Celle-ci est composée de sons spécifiquement produits chaque fois qu’une modification est apportée sur un projet Wikimédia, ou qu’un nouveau compte y est créé. Ce dispositif ingénieux offre ainsi aux lecteurs qui le souhaitent une ambiance sonore particulièrement confortable, ainsi qu’une nouvelle expérience immersive au sein du mouvement Wikimédia.
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|[[Fichier:Code_qr_version_complète_Le_mouvement_Wikimédia.svg|centré|sans_cadre|100x100px|lien=https://fr.wikibooks.org/wiki/Le_mouvement_Wikim%C3%A9dia/Version_compl%C3%A8te]]
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|[[Fichier:Qr_code_page_discussion_livre_Le_mouvement_Wikimédia.svg|centré|sans_cadre|100x100px|lien=https://fr.wikibooks.org/wiki/Discussion:Le_mouvement_Wikim%C3%A9dia]]
|[[Fichier:Qr_code_Listen_to_Wikipedia.svg|lien=https://listen.hatnote.com/|centré|sans_cadre|100x100px]]
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|<small>QR 1 : Livre complet</small>
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|<small>QR 3 : Page de discussion générale</small>
|<small>QR 4 : Ambiance sonore</small>
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Lionel Scheepmans
20012
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<noinclude>{{Le mouvement Wikimédia}}</noinclude>
Pour offrir un confort de lecture sur papier sans perdre la puissance du numérique, des [[w:Codes_QR|codes QR]] sont affichés tout au long de cet ouvrage. À l’aide d’une tablette ou d’un smartphone, ils offrent un accès direct à ce qui serait coûteux ou impossible à imprimer.
Par exemple, le code QR 1, présent à la fin de cette page, donne accès directement à la page web qui reprend l’intégralité de l’ouvrage. Une fois sur celle-ci, on peut alors visionner les illustrations en couleur ou les enregistrements qui s’y trouvent et consulter ensuite leurs pages de descriptions en cas de besoin. Cette version numérique comprend aussi de nombreux hyperliens pointant vers Wikipédia et d’autres sites du mouvement Wikimédia, où se trouvent des compléments d’informations et leurs mises à jour.
Pour économiser du papier lors de l’impression, la section regroupant les notes et les références de l’ouvrage n’est disponible qu’au format numérique, mais est directement accessible via le code QR 2 repris ci-dessous. Grâce aux indices de renvoi chiffrés et placés en exposant dans le texte imprimé, il est alors possible, au départ d'un smartphone ou d'une tablette, de retrouver les notes et les références en fonction de leur numérotation. Lorsque la référence correspond à une page web, un lien pointant vers le projet [[w:Internet_Archive|Internet Archive]] s’y trouve repris, pour garantir un accès aux archives des pages citées dans l’ouvrage, si jamais elles avaient disparu du web. Quant aux pages toujours existantes, elles restent accessibles via leurs hyperliens originels, pour consulter leurs éventuelles évolutions.
Étant donné que ce livre est produit sur une plateforme collaborative, tout le monde est invité à améliorer les prochaines versions. On peut le faire en corrigeant des fautes d’orthographe ou de syntaxe sur les pages web qui constituent les différents chapitres de l’ouvrage, ou encore en apportant des commentaires sur les pages de discussion qui leur sont associées. Cela peut se faire très simplement en cliquant sur « Modifier », quand on est sur une page de chapitre, et sur « Ajouter un sujet » , lorsque l'on est sur une page de discussion.
Une page de discussion générale est aussi accessible grâce au code QR 3. Elle permet de commenter le livre dans son ensemble, ou de poser une question à son sujet. Il suffit pour cela d’indiquer un titre dans le champ « Démarrer un nouveau sujet », d’écrire le contenu du message dans l’encadré situé juste en dessous, puis de cliquer sur le bouton « Ajouter un sujet de manière anonyme » pour publier son message.
Enfin, pour ceux qui voudraient agrémenter leur lecture d’un fond sonore relaxant et original, le code QR 4 donne accès à une page web qui diffuse une musique mélodieuse. Celle-ci est composée de sons spécifiquement produits chaque fois qu’une modification est apportée sur un projet Wikimédia, ou qu’un nouveau compte y est créé. Ce dispositif ingénieux offre ainsi aux lecteurs qui le souhaitent une ambiance sonore particulièrement confortable, ainsi qu’une nouvelle expérience immersive au sein du mouvement Wikimédia.
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Lionel Scheepmans
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Par exemple, le code QR 1, présent à la fin de cette page, donne accès directement à la page web qui reprend l’intégralité de l’ouvrage. Une fois sur celle-ci, on peut alors visionner les illustrations en couleur ou les enregistrements qui s’y trouvent et consulter ensuite leurs pages de descriptions en cas de besoin. Cette version numérique comprend aussi de nombreux hyperliens pointant vers Wikipédia et d’autres sites du mouvement Wikimédia, où se trouvent des compléments d’informations et leurs mises à jour.
Pour économiser du papier lors de l’impression, la section regroupant les notes et les références de l’ouvrage n’est disponible qu’au format numérique, mais est directement accessible via le code QR 2 repris ci-dessous. Grâce aux indices de renvoi chiffrés et placés en exposant dans le texte imprimé, il est alors possible, au départ d'un smartphone ou d'une tablette, de retrouver les notes et les références en fonction de leur numérotation. Lorsque la référence correspond à une page web, un lien pointant vers le projet [[w:Internet_Archive|Internet Archive]] s’y trouve repris, pour garantir un accès aux archives des pages citées dans l’ouvrage, si jamais elles avaient disparu du web. Quant aux pages toujours existantes, elles restent accessibles via leurs hyperliens originels, pour consulter leurs éventuelles évolutions.
Étant donné que ce livre est produit sur une plateforme collaborative, tout le monde est invité à améliorer les prochaines versions. On peut le faire en corrigeant des fautes d’orthographe ou de syntaxe sur les pages web qui constituent les différents chapitres de l’ouvrage, ou encore en apportant des commentaires sur les pages de discussion qui leur sont associées. Cela peut se faire très simplement en cliquant sur « Modifier », quand on est sur une page de chapitre, et sur « Ajouter un sujet » , lorsque l'on est sur une page de discussion.
Une page de discussion générale est aussi accessible grâce au code QR 3. Elle permet de commenter le livre dans son ensemble, ou de poser une question à son sujet. Il suffit pour cela d’indiquer un titre dans le champ « Démarrer un nouveau sujet », avant d'écrire le contenu de son message dans l’encadré situé juste en dessous, et de cliquer finalement sur le bouton « Ajouter un sujet de manière anonyme », pour publier celui-ci.
Enfin, pour ceux qui voudraient agrémenter leur lecture d’un fond sonore relaxant et original, le code QR 4 donne accès à une page web qui diffuse une musique mélodieuse. Celle-ci est composée de sons spécifiquement produits chaque fois qu’une modification est apportée sur un projet Wikimédia, ou qu’un nouveau compte y est créé. Ce dispositif ingénieux offre ainsi aux lecteurs qui le souhaitent une ambiance sonore particulièrement confortable, ainsi qu’une nouvelle expérience immersive au sein du mouvement Wikimédia.
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Lionel Scheepmans
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Pour économiser du papier lors de l’impression, la section regroupant les notes et les références de l’ouvrage n’est disponible qu’au format numérique, mais est directement accessible via le code QR 2 repris ci-dessous. Grâce aux indices de renvoi chiffrés et placés en exposant dans le texte imprimé, il est alors possible, au départ d'un smartphone ou d'une tablette, de retrouver les notes et les références en fonction de leur numérotation. Lorsque la référence correspond à une page web, un lien pointant vers le projet [[w:Internet_Archive|Internet Archive]] s’y trouve repris, pour garantir un accès aux archives des pages citées dans l’ouvrage, si jamais elles avaient disparu du web. Quant aux pages toujours existantes, elles restent accessibles via leurs hyperliens originels, pour consulter leurs éventuelles évolutions.
Étant donné que ce livre est produit sur une plateforme collaborative, tout le monde est invité à améliorer les prochaines versions. On peut le faire en corrigeant des fautes d’orthographe ou de syntaxe sur les pages web qui constituent les différents chapitres de l’ouvrage, ou encore en apportant des commentaires sur les pages de discussion qui leur sont associées. Cela peut se faire très simplement en cliquant sur « Modifier », quand on est sur une page de chapitre, et sur « Ajouter un sujet » , lorsque l'on est sur une page de discussion.
Une page de discussion générale est aussi accessible grâce au code QR 3. Elle permet de commenter le livre dans son ensemble, ou de poser une question à son sujet. Il suffit pour cela d’indiquer un titre dans le champ « Démarrer un nouveau sujet », avant d'écrire le contenu de son message dans l’encadré situé juste en dessous, et de cliquer finalement sur le bouton « Ajouter un sujet de manière anonyme », pour publier celui-ci.
Enfin, pour ceux qui voudraient agrémenter leur lecture d’un fond sonore relaxant et original, le code QR 4 donne accès à une page web qui diffuse une musique mélodieuse. Celle-ci est composée de sons spécifiquement produits chaque fois qu’une modification est apportée sur un projet Wikimédia, ou qu’un nouveau compte y est créé. Ce dispositif ingénieux offre ainsi aux lecteurs qui le souhaitent, une ambiance sonore particulièrement confortable, ainsi qu’une nouvelle expérience immersive au sein du mouvement Wikimédia.
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Lionel Scheepmans
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Par exemple, le code QR 1, présent à la fin de cette page, donne accès directement à la page web qui reprend l’intégralité de l’ouvrage. Une fois sur celle-ci, on peut alors visionner les illustrations en couleur ou les enregistrements qui s’y trouvent et consulter ensuite leurs pages de descriptions en cas de besoin. Cette version numérique comprend aussi de nombreux hyperliens pointant vers Wikipédia et d’autres sites du mouvement Wikimédia, où se trouvent des compléments d’informations et leurs mises à jour.
Pour économiser du papier lors de l’impression, la section regroupant les notes et les références de l’ouvrage n’est disponible qu’au format numérique, mais est directement accessible via le code QR 2 repris ci-dessous. Grâce aux indices de renvoi chiffrés et placés en exposant dans le texte imprimé, il est alors possible, au départ d'un smartphone ou d'une tablette, de retrouver les notes et les références en fonction de leur numérotation. Lorsque la référence correspond à une page web, un lien pointant vers le projet [[w:Internet_Archive|Internet Archive]] s’y trouve repris, pour garantir un accès aux archives des pages citées dans l’ouvrage, si jamais elles avaient disparu du web. Quant aux pages toujours existantes, elles restent accessibles via leurs hyperliens originels, pour consulter leurs éventuelles évolutions.
Étant donné que ce livre est produit sur une plateforme collaborative, tout le monde est invité à améliorer les prochaines versions. On peut le faire en corrigeant des fautes d’orthographe ou de syntaxe sur les pages web qui constituent les différents chapitres de l’ouvrage, ou encore en apportant des commentaires sur les pages de discussion qui leur sont associées. Cela peut se faire très simplement en cliquant sur « Modifier », quand on est sur une page de chapitre, et sur « Ajouter un sujet » , lorsque l'on est sur une page de discussion.
Une page de discussion générale est aussi accessible grâce au code QR 3. Elle permet de commenter le livre dans son ensemble, ou de poser une question à son sujet. Il suffit pour cela d’indiquer un titre dans le champ « Démarrer un nouveau sujet », avant d'écrire le contenu de son message dans l’encadré situé juste en dessous, et de cliquer finalement sur le bouton « Ajouter un sujet de manière anonyme », pour publier celui-ci.
Enfin, pour ceux qui voudraient agrémenter leur lecture d’un fond sonore relaxant et original, le code QR 4 donne accès à une page web qui diffuse une musique mélodieuse. Celle-ci est composée de sons spécifiquement produits chaque fois qu’une modification est apportée sur un projet Wikimédia, ou qu’un nouveau compte y est créé. Ce dispositif ingénieux offre ainsi, aux lecteurs qui le souhaitent, une ambiance sonore particulièrement confortable, ainsi qu’une nouvelle expérience immersive au sein du mouvement Wikimédia.
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Le mouvement Wikimédia/L'utopie Wikimédia
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Lionel Scheepmans
20012
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text/x-wiki
<noinclude>{{Le mouvement Wikimédia}}</noinclude>
Au fil du temps, Wikipédia fut perçu comme une utopie en marche<ref>{{Article|langue=|prénom1=Christian|nom1=Vandendorpe|titre=Le phénomène Wikipédia: une utopie en marche|périodique=Le Débat|volume=148|numéro=1|éditeur=Gallimard|date=2008|issn=0246-2346|pages=17}}.</ref>, puis comme une utopie réalisée<ref>{{Ouvrage|prénom1=Théo|nom1=Henri|directeur1=|titre=Wikipédia : une utopie réalisée ?|lieu=Université de Poitier|date=juillet 2013|pages totales=98|lire en ligne=https://web.archive.org/web/20211103122912/https://www.seies.net/sites/theo/doc/HENRI_theo_-_master_1_-_memoire.pdf}}.</ref>, et finalement comme la dernière utopie collective du Web<ref>{{Lien web|langue=fr-FR|nom1=Dupont-Besnard|prénom1=Marcus|titre=Wikipédia, la dernière utopie collective du web ?|url=https://web.archive.org/web/20250516050814/https://www.numerama.com/tech/805447-wikipedia-la-derniere-utopie-collective-du-web.html|site=Numerama|date=2021-12-29|consulté le=2025-12-21}}</ref>. Mais qu'en est-il de l'ensemble du mouvement Wikimédia ? Pour nous aider à comprendre ce qui se passe dans la dimension numérique de ce mouvement, voici une métaphore qui décrit un quartier établi au sein d'une ville, imaginée au départ de l'espace web ». Dans cette ville imaginaire, Internet représenterait le réseau routier, pendant que des serveurs informatiques feraient office de bâtiments, et que les pages web qu'ils hébergent, constitueraient les différentes pièces de ces édifices.
Le quartier Wikimédia rassemblerait ainsi plus d’un millier de bâtiments. Au sein de ceux-ci et à l’exception de quelques lieux administratifs, chaque pièce peut être visitée gratuitement, mais aussi modifiée au niveau de son contenu. On peut ainsi y ajouter de nouvelles choses, telles que du texte, des photos, des vidéos ou des documents sonores, et même changer ou supprimer ce qui a été créé ou modifié par d’autres. Tout cela, bien sûr, dans le but de rendre ces endroits plus esthétiques, ou plus authentiques et en tenant compte des différentes idées et des éventuelles oppositions de point de vue concernant les aménagements. Pour faciliter l'entente entre les personnes qui s'investissent dans les modifications, chaque pièce des bâtiments Wikimédia possède un espace annexe dédié à la discussion.
Dans la plupart des bâtiments Wikimédia, une personne malintentionnée peut même faire disparaitre tout le contenu d'une pièce. Néanmoins, dans la seconde qui suit, un robot remettra tout en place, avant de transmettre un message concernant le traitement du vandalisme. Lorsqu'une action plus discrète n'est pas détectée par un robot, c'est alors quelqu'un qui surveille la pièce qui prendra le relais pour annuler les changements malveillants et contacter la personne responsable. En cas de multirécidive, celle-ci peut se voir privée de sa capacité de modifier les pièces, soit dans le bâtiment vandalisé, soit dans tout le quartier quand cela se justifie. Après discussion, cette sanction sera mise en application par un administrateur ou une administratrice bénévole, choisi ou choisie par l'ensemble des autres bénévoles qui prennent soin des bâtiments.
[[Fichier:The Digital City, Riyadh 191957.jpg|vignette|<small>Figure 3. Photo de la ''Digital City'' de [[w:Riyad|Riyadh]] et son aspect visuel en lien avec la métaphore du quartier Wikimédia.</small>|300x300px]]
On comprend donc que tout le monde peut enrichir, mais également surveiller et protéger les richesses partagées dans le quartier Wikimédia. Il suffit pour cela de rejoindre le mouvement en se créant un compte. Cela permet de profiter de nombreux outils, dont notamment un système qui envoie des notifications, dès qu'une pièce que l'on veut surveiller est modifiée.
Pour créer ce compte, pas besoin de fournir une adresse ou un numéro de téléphone. Les seules informations personnelles indispensables au bon fonctionnement du quartier Wikimédia sont les [[w:Adresses_IP|adresses IP]] des visiteurs. Lors des visites et contrairement à ce qui se passe dans les quartiers commerciaux de la grande ville numérique, tels que les [[w:GAFAM|GAFAM]], [[w:NATU_(Netflix,_Airbnb,_Tesla_et_Uber)|NATU]], [[w:BATX|BATX]], le quartier Wikimédia ne récolte et ne vend aucune donnée à des fins d'exploitation.
Même les adresses IP enregistrées par le système ne sont pas visibles par les autres visiteurs. Elles sont remplacées par les noms et les pseudonymes fournis lors de la création des comptes, ou masquées par des comptes temporaires pour les modifications faites par des personnes non connectées. Seules quelques personnes accréditées par la communauté pour effectuer des contrôles d’usurpation d’identité ont accès à ces informations<ref>{{Lien web|auteur=MédiaWiki|titre=Produit de confiance et de sécurité/Comptes temporaires|url=https://web.archive.org/web/20250813140004/https://www.mediawiki.org/wiki/Trust_and_Safety_Product/Temporary_Accounts/fr}}.</ref>. C’est là une précaution nécessaire au bon déroulement des votes qui succèdent parfois aux recherches de [[w:Consensus|consensus]] concernant l'aménagement du quartier Wikimédia.
Dans cette ville numérique que constituerait l'espace web, Wikimédia apparait ainsi comme le plus grand quartier dédié au partage de la connaissance. Tout d'abord, il y a les plus de 350 bâtiments [[w:Wikipédia:Accueil_principal|Wikipédia]], chacun dédié à une version linguistique de l'encyclopédie. Puis, toujours séparés en versions linguistiques, on trouve ensuite les bibliothèques [[:en:fr:accueil|Wikilivres]] et [[s:fr:Wikisource:Accueil|Wikisource]], les bâtiments lexicaux multilingues [[wikt:fr:Wiktionnaire:Page_d’accueil|Wiktionnaire]], le centre journalistique [[n:fr:accueil|Wikinews]], le centre pédagogique et de recherche [[v:fr:accueil|Wikiversité]], le centre d'informations touristique [[voy:fr:accueil|Wikivoyage]], le répertoire des êtres vivants [[species:main page|Wikispecies]] et enfin l'institut des citations d’auteurs [[q:fr:accueil|Wikiquote]]. Cela sans oublier le musée médiatique [[commons:main page|Wikimedia Commons]] et la banque [[wikidata:wikidata:main_page|Wikidata]], reconnue comme étant la plus grande banque d’informations structurées au monde. Deux bâtiments dont l'une des fonctions principales communes est d’enrichir les pièces situées dans les autres buildings du quartier Wikimédia.
Dans tous ces immeubles, il arrive souvent que plus de la moitié des étages soient uniquement attribués à l'organisation des activités qui s'y déroulent. Chaque bâtiment peut aussi compter sur le soutien d'autres édifices tels que [[mw:main page|MediaWiki]], [[wikitech:Main_Page|Wikitech]], [[w:fr:phabricator|Phabricator]], qui sont trois lieux entièrement dédiés aux maintenances techniques sur l'ensemble du quartier. Concernant les aspects administratifs, c'est dans le bâtiment [[metawiki:main page|Méta-Wiki]] que s'opère la gouvernance générale du quartier, alors que les courriers adressés à ce dernier sont traités en première ligne dans le bâtiment [[otrswiki:Main page|Wikimedia VRT]]. À la suite de quoi, il ne reste plus qu'à citer le bâtiment ''[[outreach:main page|Wikimedia Outreach]],'' pour des initiatives de sensibilisation, et le bâtiment du journal [https://diff.wikimedia.org Diff Wikimedia], comme lieu de publication d'actualités sur le mouvement.
En dehors de certains aspects techniques, tous ces bâtiments sont exclusivement régis par des communautés bénévoles, qui sont toujours prêtes à accueillir de nouveaux membres. Les seuls immeubles du quartier qui diffèrent de ce principe sont les bâtiments vitrines de la Fondation Wikimédia et des autres associations Wikimédia qui engagent du personnel. Quant au bâtiment du conseil d'administration de la Fondation, des raisons officielles justifient le fait que la modification de ses pièces est réservée à ces membres et aux employés qui les soutiennent.
Face à tant d'utopies, il devient légitime de vouloir comprendre comment tout cela fut rendu possible. Or, pour répondre à cette question, il faut alors parcourir tout un pan de l'histoire de la révolution numérique, depuis la [[w:Contre-culture_des_années_1960|contre-culture des années 1960]] jusqu'à nos jours. On y découvre que les pionniers du réseau Internet étaient des chercheurs et étudiants en informatique, fortement influencés par de nouvelles idéologies, telles que celles qui furent à la source des évènements de [[w:mai_68|mai 68]] en France. C'est donc de là que naîtra la philosophie de partage, de liberté, de décentralisation et ce mode d’organisation tout à fait spécifique, que l'on observe aujourd'hui au sein du mouvement Wikimédia.
Il y eut tout d'abord la création d'[[w:Internet|Internet]], comme réseau mondial de communication en libre accès, puis le développement du ''[[w:World_Wide_Web|World Wide Web]]'', qui a grandement facilité les interactions humaines à l’échelle planétaire. Par la suite, ce fut l'arrivée du [[w:Web_2.0|Web 2.0]], caractérisé par l'apparition de nouveaux sites web directement modifiables à l'aide d’un simple navigateur. Or, parmi ceux-ci se trouvent les [[w:fr:Moteur de Wiki|moteurs de Wiki]], dont le plus puissant d’entre eux, [[w:MediaWiki|MediaWiki]], est un [[Logiciels libres|logiciel libre]] développé par la Fondation Wikimédia. Le moment est donc venu d'en savoir plus sur ce type de programme informatique, ainsi que sur le [[w:Mouvement_du_logiciel_libre|mouvement du logiciel libre]], qui a fortement influencé la philosophie et les valeurs véhiculées au sein du mouvement Wikimédia.{{AutoCat}}
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<noinclude>{{Le mouvement Wikimédia}}</noinclude>
Au fil du temps, Wikipédia fut perçu comme une utopie en marche<ref>{{Article|langue=|prénom1=Christian|nom1=Vandendorpe|titre=Le phénomène Wikipédia: une utopie en marche|périodique=Le Débat|volume=148|numéro=1|éditeur=Gallimard|date=2008|issn=0246-2346|pages=17}}.</ref>, puis comme une utopie réalisée<ref>{{Ouvrage|prénom1=Théo|nom1=Henri|directeur1=|titre=Wikipédia : une utopie réalisée ?|lieu=Université de Poitier|date=juillet 2013|pages totales=98|lire en ligne=https://web.archive.org/web/20211103122912/https://www.seies.net/sites/theo/doc/HENRI_theo_-_master_1_-_memoire.pdf}}.</ref>, et finalement comme la dernière utopie collective du Web<ref>{{Lien web|langue=fr-FR|nom1=Dupont-Besnard|prénom1=Marcus|titre=Wikipédia, la dernière utopie collective du web ?|url=https://web.archive.org/web/20250516050814/https://www.numerama.com/tech/805447-wikipedia-la-derniere-utopie-collective-du-web.html|site=Numerama|date=2021-12-29|consulté le=2025-12-21}}</ref>. Mais qu'en est-il de l'ensemble du mouvement Wikimédia ? Pour nous aider à comprendre ce qui se passe dans la dimension numérique de ce mouvement, voici une métaphore qui décrit un quartier établi au sein d'une ville, imaginée au départ de l'espace web ». Dans cette ville imaginaire, Internet représenterait le réseau routier, pendant que des serveurs informatiques feraient office de bâtiments, et que les pages web qu'ils hébergent, constitueraient les différentes pièces de ces édifices.
En visitant le quartier Wikimédia, on découvrirait donc plus d’un millier de bâtiments. Au sein de ceux-ci et à l’exception de quelques lieux administratifs, chaque pièce peut être visitée gratuitement, mais aussi modifiée au niveau de son contenu. On peut ainsi y ajouter de nouvelles choses, telles que du texte, des photos, des vidéos ou des documents sonores, et même changer ou supprimer ce qui a été créé ou modifié par d’autres. Tout cela, bien sûr, dans le but de rendre ces endroits plus esthétiques, ou plus authentiques et en tenant compte des différentes idées et des éventuelles oppositions de point de vue concernant les aménagements. Pour faciliter l'entente entre les personnes qui s'investissent dans les modifications, chaque pièce des bâtiments Wikimédia possède un espace annexe dédié à la discussion.
Dans la plupart des bâtiments Wikimédia, une personne malintentionnée peut même faire disparaitre tout le contenu d'une pièce. Néanmoins, dans la seconde qui suit, un robot remettra tout en place, avant de transmettre un message concernant le traitement du vandalisme. Lorsqu'une action plus discrète n'est pas détectée par un robot, une personne qui surveille la pièce prendra certainement le relais pour annuler les changements malveillants, et contacter la personne responsable. En cas de multirécidive, celle-ci peut se voir privée de sa capacité de modifier les pièces, soit dans le bâtiment vandalisé, soit dans tout le quartier quand cela se justifie. Après discussion, cette sanction sera mise en application par un administrateur ou une administratrice bénévole, choisi ou choisie par l'ensemble des autres bénévoles qui prennent soin des bâtiments.
[[Fichier:The Digital City, Riyadh 191957.jpg|vignette|<small>Figure 3. Photo de la ''Digital City'' de [[w:Riyad|Riyadh]] et son aspect visuel en lien avec la métaphore du quartier Wikimédia.</small>|300x300px]]
On comprend donc que tout le monde peut enrichir, mais également surveiller et protéger les richesses partagées dans le quartier Wikimédia. Il suffit pour cela de rejoindre le mouvement en se créant un compte et de profiter de nombreux outils, dont un système qui envoie des notifications dès qu'une pièce que l'on veut surveiller est modifiée. Pour créer ce compte, il n'est pas nécessaire de fournir une adresse ou un numéro de téléphone. Les seules informations personnelles indispensables au bon fonctionnement du quartier Wikimédia sont les [[w:Adresses_IP|adresses IP]] des visiteurs. Car contrairement à ce qui se passe dans les quartiers commerciaux de la grande ville numérique, tels que les [[w:GAFAM|GAFAM]], [[w:NATU_(Netflix,_Airbnb,_Tesla_et_Uber)|NATU]], [[w:BATX|BATX]], le quartier Wikimédia ne récolte et ne vend aucune donnée à des fins d'exploitation.
Même les adresses IP enregistrées par le système ne sont pas visibles par les autres visiteurs. Elles sont remplacées par les noms et les pseudonymes fournis lors de la création des comptes, ou masquées par des comptes temporaires pour les modifications faites par des personnes non connectées. Seules quelques personnes accréditées par la communauté pour effectuer des contrôles d’usurpation d’identité ont accès à ces informations<ref>{{Lien web|auteur=MédiaWiki|titre=Produit de confiance et de sécurité/Comptes temporaires|url=https://web.archive.org/web/20250813140004/https://www.mediawiki.org/wiki/Trust_and_Safety_Product/Temporary_Accounts/fr}}.</ref>. C’est là une précaution nécessaire au bon déroulement des votes qui succèdent parfois aux recherches de [[w:Consensus|consensus]] concernant l'aménagement du quartier Wikimédia.
Dans cette ville numérique que constituerait l'espace web, Wikimédia apparait ainsi comme le plus grand quartier dédié au partage de la connaissance. Tout d'abord, il y a les plus de 350 bâtiments [[w:Wikipédia:Accueil_principal|Wikipédia]], chacun dédié à une version linguistique de l'encyclopédie. Puis, toujours séparés en versions linguistiques, on trouve ensuite les bibliothèques [[:en:fr:accueil|Wikilivres]] et [[s:fr:Wikisource:Accueil|Wikisource]], les bâtiments lexicaux multilingues [[wikt:fr:Wiktionnaire:Page_d’accueil|Wiktionnaire]], le centre journalistique [[n:fr:accueil|Wikinews]], le centre pédagogique et de recherche [[v:fr:accueil|Wikiversité]], le centre d'informations touristique [[voy:fr:accueil|Wikivoyage]], le répertoire des êtres vivants [[species:main page|Wikispecies]] et enfin l'institut des citations d’auteurs [[q:fr:accueil|Wikiquote]]. Cela sans oublier le musée médiatique [[commons:main page|Wikimedia Commons]] et la banque [[wikidata:wikidata:main_page|Wikidata]], reconnue comme étant la plus grande banque d’informations structurées au monde. Deux bâtiments dont l'une des fonctions principales communes est d’enrichir les pièces situées dans les autres buildings du quartier Wikimédia.
Dans tous ces immeubles, il arrive souvent que plus de la moitié des étages soient uniquement attribués à l'organisation des activités qui s'y déroulent. Chaque bâtiment peut aussi compter sur le soutien d'autres édifices tels que [[mw:main page|MediaWiki]], [[wikitech:Main_Page|Wikitech]], [[w:fr:phabricator|Phabricator]], qui sont trois lieux entièrement dédiés aux maintenances techniques sur l'ensemble du quartier. Concernant les aspects administratifs, c'est dans le bâtiment [[metawiki:main page|Méta-Wiki]] que s'opère la gouvernance générale du quartier, alors que les courriers adressés à ce dernier sont traités en première ligne dans le bâtiment [[otrswiki:Main page|Wikimedia VRT]]. À la suite de quoi, il ne reste plus qu'à citer le bâtiment ''[[outreach:main page|Wikimedia Outreach]],'' pour des initiatives de sensibilisation, et le bâtiment du journal [https://diff.wikimedia.org Diff Wikimedia], comme lieu de publication d'actualités sur le mouvement.
En dehors de certains aspects techniques, tous ces bâtiments sont exclusivement régis par des communautés bénévoles, qui sont toujours prêtes à accueillir de nouveaux membres. Les seuls immeubles du quartier qui diffèrent de ce principe sont les bâtiments vitrines de la Fondation Wikimédia et des autres associations Wikimédia qui engagent du personnel. Quant au bâtiment du conseil d'administration de la Fondation, des raisons officielles justifient le fait que la modification de ses pièces est réservée à ces membres et aux employés qui les soutiennent.
Face à tant d'utopies, il devient légitime de vouloir comprendre comment tout cela fut rendu possible. Or, pour répondre à cette question, il faut alors parcourir tout un pan de l'histoire de la révolution numérique, depuis la [[w:Contre-culture_des_années_1960|contre-culture des années 1960]] jusqu'à nos jours. On y découvre que les pionniers du réseau Internet étaient des chercheurs et étudiants en informatique, fortement influencés par de nouvelles idéologies, telles que celles qui furent à la source des évènements de [[w:mai_68|mai 68]] en France. C'est donc de là que naîtra la philosophie de partage, de liberté, de décentralisation et ce mode d’organisation tout à fait spécifique, que l'on observe aujourd'hui au sein du mouvement Wikimédia.
Il y eut tout d'abord la création d'[[w:Internet|Internet]], comme réseau mondial de communication en libre accès, puis le développement du ''[[w:World_Wide_Web|World Wide Web]]'', qui a grandement facilité les interactions humaines à l’échelle planétaire. Par la suite, ce fut l'arrivée du [[w:Web_2.0|Web 2.0]], caractérisé par l'apparition de nouveaux sites web directement modifiables à l'aide d’un simple navigateur. Or, parmi ceux-ci se trouvent les [[w:fr:Moteur de Wiki|moteurs de Wiki]], dont le plus puissant d’entre eux, [[w:MediaWiki|MediaWiki]], est un [[Logiciels libres|logiciel libre]] développé par la Fondation Wikimédia. Le moment est donc venu d'en savoir plus sur ce type de programme informatique, ainsi que sur le [[w:Mouvement_du_logiciel_libre|mouvement du logiciel libre]], qui a fortement influencé la philosophie et les valeurs véhiculées au sein du mouvement Wikimédia.{{AutoCat}}
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Lionel Scheepmans
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<noinclude>{{Le mouvement Wikimédia}}</noinclude>
Au fil du temps, Wikipédia fut perçu comme une utopie en marche<ref>{{Article|langue=|prénom1=Christian|nom1=Vandendorpe|titre=Le phénomène Wikipédia: une utopie en marche|périodique=Le Débat|volume=148|numéro=1|éditeur=Gallimard|date=2008|issn=0246-2346|pages=17}}.</ref>, puis comme une utopie réalisée<ref>{{Ouvrage|prénom1=Théo|nom1=Henri|directeur1=|titre=Wikipédia : une utopie réalisée ?|lieu=Université de Poitier|date=juillet 2013|pages totales=98|lire en ligne=https://web.archive.org/web/20211103122912/https://www.seies.net/sites/theo/doc/HENRI_theo_-_master_1_-_memoire.pdf}}.</ref>, et finalement comme la dernière utopie collective du Web<ref>{{Lien web|langue=fr-FR|nom1=Dupont-Besnard|prénom1=Marcus|titre=Wikipédia, la dernière utopie collective du web ?|url=https://web.archive.org/web/20250516050814/https://www.numerama.com/tech/805447-wikipedia-la-derniere-utopie-collective-du-web.html|site=Numerama|date=2021-12-29|consulté le=2025-12-21}}</ref>. Mais qu'en est-il de l'ensemble du mouvement Wikimédia ? Pour nous aider à comprendre ce qui se passe dans la dimension numérique de ce mouvement, voici une métaphore qui décrit un quartier établi au sein d'une ville, imaginée au départ de l'espace web ». Dans cette ville imaginaire, Internet représenterait le réseau routier, pendant que des serveurs informatiques feraient office de bâtiments, et que les pages web qu'ils hébergent, constitueraient les différentes pièces de ces édifices.
En visitant le quartier Wikimédia, on découvrirait donc plus d’un millier de bâtiments. Au sein de ceux-ci et à l’exception de quelques lieux administratifs, chaque pièce peut être visitée gratuitement, mais aussi modifiée au niveau de son contenu. On peut ainsi y ajouter de nouvelles choses, telles que du texte, des photos, des vidéos ou des documents sonores, et même changer ou supprimer ce qui a été créé ou modifié par d’autres. Tout cela, bien sûr, dans le but de rendre ces endroits plus esthétiques, ou plus authentiques et en tenant compte des différentes idées et des éventuelles oppositions de point de vue concernant les aménagements. Pour faciliter l'entente entre les personnes qui s'investissent dans les modifications, chaque pièce des bâtiments Wikimédia possède un espace annexe dédié à la discussion.
Dans la plupart des bâtiments Wikimédia, une personne malintentionnée peut même faire disparaitre tout le contenu d'une pièce. Néanmoins, dans la seconde qui suit, un robot remettra tout en place, avant de transmettre un message concernant le traitement du vandalisme. Lorsqu'une action plus discrète n'est pas détectée par un robot, une personne qui surveille la pièce prendra certainement le relais pour annuler les changements malveillants, et contacter la personne responsable. En cas de multirécidive, celle-ci peut se voir privée de sa capacité de modifier les pièces, soit dans le bâtiment vandalisé, soit dans tout le quartier quand cela se justifie. Après discussion, cette sanction sera mise en application par un administrateur ou une administratrice bénévole, choisi ou choisie par l'ensemble des autres bénévoles qui prennent soin des bâtiments.
[[Fichier:The Digital City, Riyadh 191957.jpg|vignette|<small>Figure 3. Photo de la ''Digital City'' de [[w:Riyad|Riyadh]] et son aspect visuel en lien avec la métaphore du quartier Wikimédia.</small>|300x300px]]
On comprend donc que tout le monde peut enrichir, mais également surveiller et protéger les richesses partagées dans le quartier Wikimédia. Il suffit pour cela de rejoindre le mouvement en se créant un compte et de profiter de nombreux outils, dont un système de notifications qui envoie des messages lorsqu'une pièce que l'on veut surveiller est modifiée. Pour créer ce compte, il n'est pas nécessaire de fournir une adresse ou un numéro de téléphone. Les seules informations personnelles indispensables au bon fonctionnement du quartier Wikimédia sont les [[w:Adresses_IP|adresses IP]] des visiteurs. Car contrairement à ce qui se passe dans les quartiers commerciaux de la grande ville numérique, tels que les [[w:GAFAM|GAFAM]], [[w:NATU_(Netflix,_Airbnb,_Tesla_et_Uber)|NATU]], [[w:BATX|BATX]], le quartier Wikimédia ne récolte et ne vend aucune donnée à des fins d'exploitation.
Même les adresses IP enregistrées par le système ne sont pas visibles par les autres visiteurs. Elles sont remplacées par les noms et les pseudonymes fournis lors de la création des comptes, ou masquées par des comptes temporaires pour les modifications faites par des personnes non connectées. Seules quelques personnes accréditées par la communauté pour effectuer des contrôles d’usurpation d’identité ont accès à ces informations<ref>{{Lien web|auteur=MédiaWiki|titre=Produit de confiance et de sécurité/Comptes temporaires|url=https://web.archive.org/web/20250813140004/https://www.mediawiki.org/wiki/Trust_and_Safety_Product/Temporary_Accounts/fr}}.</ref>. C’est là une précaution nécessaire au bon déroulement des votes qui succèdent parfois aux recherches de [[w:Consensus|consensus]] concernant l'aménagement du quartier Wikimédia.
Dans cette ville numérique que constituerait l'espace web, Wikimédia apparait ainsi comme le plus grand quartier dédié au partage de la connaissance. Tout d'abord, il y a les plus de 350 bâtiments [[w:Wikipédia:Accueil_principal|Wikipédia]], chacun dédié à une version linguistique de l'encyclopédie. Puis, toujours séparés en versions linguistiques, on trouve ensuite les bibliothèques [[:en:fr:accueil|Wikilivres]] et [[s:fr:Wikisource:Accueil|Wikisource]], les bâtiments lexicaux multilingues [[wikt:fr:Wiktionnaire:Page_d’accueil|Wiktionnaire]], le centre journalistique [[n:fr:accueil|Wikinews]], le centre pédagogique et de recherche [[v:fr:accueil|Wikiversité]], le centre d'informations touristique [[voy:fr:accueil|Wikivoyage]], le répertoire des êtres vivants [[species:main page|Wikispecies]] et enfin l'institut des citations d’auteurs [[q:fr:accueil|Wikiquote]]. Cela sans oublier le musée médiatique [[commons:main page|Wikimedia Commons]] et la banque [[wikidata:wikidata:main_page|Wikidata]], reconnue comme étant la plus grande banque d’informations structurées au monde. Deux bâtiments dont l'une des fonctions principales communes est d’enrichir les pièces situées dans les autres buildings du quartier Wikimédia.
Dans tous ces immeubles, il arrive souvent que plus de la moitié des étages soient uniquement attribués à l'organisation des activités qui s'y déroulent. Chaque bâtiment peut aussi compter sur le soutien d'autres édifices tels que [[mw:main page|MediaWiki]], [[wikitech:Main_Page|Wikitech]], [[w:fr:phabricator|Phabricator]], qui sont trois lieux entièrement dédiés aux maintenances techniques sur l'ensemble du quartier. Concernant les aspects administratifs, c'est dans le bâtiment [[metawiki:main page|Méta-Wiki]] que s'opère la gouvernance générale du quartier, alors que les courriers adressés à ce dernier sont traités en première ligne dans le bâtiment [[otrswiki:Main page|Wikimedia VRT]]. À la suite de quoi, il ne reste plus qu'à citer le bâtiment ''[[outreach:main page|Wikimedia Outreach]],'' pour des initiatives de sensibilisation, et le bâtiment du journal [https://diff.wikimedia.org Diff Wikimedia], comme lieu de publication d'actualités sur le mouvement.
En dehors de certains aspects techniques, tous ces bâtiments sont exclusivement régis par des communautés bénévoles, qui sont toujours prêtes à accueillir de nouveaux membres. Les seuls immeubles du quartier qui diffèrent de ce principe sont les bâtiments vitrines de la Fondation Wikimédia et des autres associations Wikimédia qui engagent du personnel. Quant au bâtiment du conseil d'administration de la Fondation, des raisons officielles justifient le fait que la modification de ses pièces est réservée à ces membres et aux employés qui les soutiennent.
Face à tant d'utopies, il devient légitime de vouloir comprendre comment tout cela fut rendu possible. Or, pour répondre à cette question, il faut alors parcourir tout un pan de l'histoire de la révolution numérique, depuis la [[w:Contre-culture_des_années_1960|contre-culture des années 1960]] jusqu'à nos jours. On y découvre que les pionniers du réseau Internet étaient des chercheurs et étudiants en informatique, fortement influencés par de nouvelles idéologies, telles que celles qui furent à la source des évènements de [[w:mai_68|mai 68]] en France. C'est donc de là que naîtra la philosophie de partage, de liberté, de décentralisation et ce mode d’organisation tout à fait spécifique, que l'on observe aujourd'hui au sein du mouvement Wikimédia.
Il y eut tout d'abord la création d'[[w:Internet|Internet]], comme réseau mondial de communication en libre accès, puis le développement du ''[[w:World_Wide_Web|World Wide Web]]'', qui a grandement facilité les interactions humaines à l’échelle planétaire. Par la suite, ce fut l'arrivée du [[w:Web_2.0|Web 2.0]], caractérisé par l'apparition de nouveaux sites web directement modifiables à l'aide d’un simple navigateur. Or, parmi ceux-ci se trouvent les [[w:fr:Moteur de Wiki|moteurs de Wiki]], dont le plus puissant d’entre eux, [[w:MediaWiki|MediaWiki]], est un [[Logiciels libres|logiciel libre]] développé par la Fondation Wikimédia. Le moment est donc venu d'en savoir plus sur ce type de programme informatique, ainsi que sur le [[w:Mouvement_du_logiciel_libre|mouvement du logiciel libre]], qui a fortement influencé la philosophie et les valeurs véhiculées au sein du mouvement Wikimédia.{{AutoCat}}
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<noinclude>{{Le mouvement Wikimédia}}</noinclude>
Au fil du temps, Wikipédia fut perçu comme une utopie en marche<ref>{{Article|langue=|prénom1=Christian|nom1=Vandendorpe|titre=Le phénomène Wikipédia: une utopie en marche|périodique=Le Débat|volume=148|numéro=1|éditeur=Gallimard|date=2008|issn=0246-2346|pages=17}}.</ref>, puis comme une utopie réalisée<ref>{{Ouvrage|prénom1=Théo|nom1=Henri|directeur1=|titre=Wikipédia : une utopie réalisée ?|lieu=Université de Poitier|date=juillet 2013|pages totales=98|lire en ligne=https://web.archive.org/web/20211103122912/https://www.seies.net/sites/theo/doc/HENRI_theo_-_master_1_-_memoire.pdf}}.</ref>, et finalement comme la dernière utopie collective du Web<ref>{{Lien web|langue=fr-FR|nom1=Dupont-Besnard|prénom1=Marcus|titre=Wikipédia, la dernière utopie collective du web ?|url=https://web.archive.org/web/20250516050814/https://www.numerama.com/tech/805447-wikipedia-la-derniere-utopie-collective-du-web.html|site=Numerama|date=2021-12-29|consulté le=2025-12-21}}</ref>. Mais qu'en est-il de l'ensemble du mouvement Wikimédia ? Pour nous aider à comprendre ce qui se passe dans la dimension numérique de ce mouvement, voici une métaphore qui décrit un quartier établi au sein d'une ville, imaginée au départ de l'espace web ». Dans cette ville imaginaire, Internet représenterait le réseau routier, pendant que des serveurs informatiques feraient office de bâtiments, et que les pages web qu'ils hébergent, constitueraient les différentes pièces de ces édifices.
En visitant le quartier Wikimédia, on découvrirait donc plus d’un millier de bâtiments. Au sein de ceux-ci et à l’exception de quelques lieux administratifs, chaque pièce peut être visitée gratuitement, mais aussi modifiée au niveau de son contenu. On peut ainsi y ajouter de nouvelles choses, telles que du texte, des photos, des vidéos ou des documents sonores, et même changer ou supprimer ce qui a été créé ou modifié par d’autres. Tout cela, bien sûr, dans le but de rendre ces endroits plus esthétiques, ou plus authentiques et en tenant compte des différentes idées et des éventuelles oppositions de point de vue concernant les aménagements. Pour faciliter l'entente entre les personnes qui s'investissent dans les modifications, chaque pièce des bâtiments Wikimédia possède un espace annexe dédié à la discussion.
Dans la plupart des bâtiments Wikimédia, une personne malintentionnée peut même faire disparaitre tout le contenu d'une pièce. Néanmoins, dans la seconde qui suit, un robot remettra tout en place, avant de transmettre un message concernant le traitement du vandalisme. Lorsqu'une action plus discrète n'est pas détectée par un robot, une personne qui surveille la pièce prendra certainement le relais pour annuler les changements malveillants, et contacter la personne responsable. En cas de multirécidive, celle-ci peut se voir privée de sa capacité de modifier les pièces, soit dans le bâtiment vandalisé, soit dans tout le quartier quand cela se justifie. Après discussion, cette sanction sera mise en application par un administrateur ou une administratrice bénévole, choisi ou choisie par l'ensemble des autres bénévoles qui prennent soin des bâtiments.
[[Fichier:The Digital City, Riyadh 191957.jpg|vignette|<small>Figure 3. Photo de la ''Digital City'' de [[w:Riyad|Riyadh]] et son aspect visuel en lien avec la métaphore du quartier Wikimédia.</small>|300x300px]]
On comprend donc que tout le monde peut enrichir, mais également surveiller et protéger les richesses partagées dans le quartier Wikimédia. Il suffit pour cela de rejoindre le mouvement en se créant un compte et de profiter de nombreux outils, dont un système de notifications qui envoie des messages lorsqu'une pièce que l'on veut surveiller est modifiée. Pour créer ce compte, il n'est pas nécessaire de fournir une adresse ou un numéro de téléphone. Les seules informations personnelles indispensables au bon fonctionnement du quartier Wikimédia sont les [[w:Adresses_IP|adresses IP]] des visiteurs. Car contrairement à ce qui se passe dans les quartiers commerciaux de la grande ville numérique, tels que les [[w:GAFAM|GAFAM]], [[w:NATU_(Netflix,_Airbnb,_Tesla_et_Uber)|NATU]], [[w:BATX|BATX]], le quartier Wikimédia ne récolte et ne vend aucune donnée à des fins d'exploitation.
Même les adresses IP enregistrées par le système ne sont pas visibles par les autres visiteurs. Elles sont remplacées par les noms et les pseudonymes fournis lors de la création des comptes, ou masquées par des comptes temporaires pour les modifications faites par des personnes non connectées. Seules quelques personnes accréditées par la communauté pour effectuer des contrôles d’usurpation d’identité ont accès à ces informations<ref>{{Lien web|auteur=MédiaWiki|titre=Produit de confiance et de sécurité/Comptes temporaires|url=https://web.archive.org/web/20250813140004/https://www.mediawiki.org/wiki/Trust_and_Safety_Product/Temporary_Accounts/fr}}.</ref>. C’est là une précaution nécessaire au bon déroulement des votes qui succèdent parfois aux recherches de [[w:Consensus|consensus]] concernant l'aménagement du quartier Wikimédia.
Dans cette ville numérique que constituerait l'espace web, Wikimédia apparait ainsi comme le plus grand quartier dédié au partage de la connaissance. Tout d'abord, il y a les plus de 350 bâtiments [[w:Wikipédia:Accueil_principal|Wikipédia]], chacun dédié à une version linguistique de l'encyclopédie. Toujours séparés en versions linguistiques, on trouve ensuite : les bibliothèques [[:en:fr:accueil|Wikilivres]] et [[s:fr:Wikisource:Accueil|Wikisource]], les bâtiments lexicaux [[wikt:fr:Wiktionnaire:Page_d’accueil|Wiktionnaire]], les journaux [[n:fr:accueil|Wikinews]], les centres pédagogiques et de recherche [[v:fr:accueil|Wikiversité]], les syndicats d’initiative [[voy:fr:accueil|Wikivoyage]], le répertoire des êtres vivants [[species:main page|Wikispecies]] et enfin les instituts de citations d’auteurs [[q:fr:accueil|Wikiquote]]. Cela sans oublier le musée médiatique [[commons:main page|Wikimedia Commons]] et la banque [[wikidata:wikidata:main_page|Wikidata]], reconnue comme étant la plus grande banque d’informations structurées au monde. Deux bâtiments dont l'une des fonctions principales communes est d’enrichir les pièces situées dans les autres buildings du quartier Wikimédia.
Dans tous ces immeubles, il arrive souvent que plus de la moitié des étages soient uniquement attribués à l'organisation des activités qui s'y déroulent. Chaque bâtiment peut aussi compter sur le soutien d'autres édifices tels que [[mw:main page|MediaWiki]], [[wikitech:Main_Page|Wikitech]], [[w:fr:phabricator|Phabricator]], qui sont trois lieux entièrement dédiés aux maintenances techniques sur l'ensemble du quartier. Concernant les aspects administratifs, c'est dans le bâtiment [[metawiki:main page|Méta-Wiki]] que s'opère la gouvernance générale du quartier, alors que les courriers adressés à ce dernier sont traités en première ligne dans le bâtiment [[otrswiki:Main page|Wikimedia VRT]]. À la suite de quoi, il ne reste plus qu'à citer le bâtiment ''[[outreach:main page|Wikimedia Outreach]],'' pour des initiatives de sensibilisation, et le bâtiment du journal [https://diff.wikimedia.org Diff Wikimedia], comme lieu de publication d'actualités sur le mouvement.
En dehors de certains aspects techniques, tous ces bâtiments sont gérés exclusivement par des communautés bénévoles, qui sont toujours prêtes à accueillir de nouveaux membres. Les seuls immeubles du quartier qui diffèrent de ce principe sont les bâtiments vitrines de la Fondation Wikimédia et des autres associations Wikimédia qui engagent du personnel. Quant au bâtiment du conseil d'administration de la Fondation, des raisons officielles justifient le fait que la modification de ses pièces est réservée à ces membres et aux employés qui les soutiennent.
Face à tant d'utopies, on en vient donc à se demander comment tout cela fut rendu possible. Mais pour répondre à cette question, il faut alors parcourir tout un pan de l'histoire de la révolution numérique, depuis la [[w:Contre-culture_des_années_1960|contre-culture des années 1960]] jusqu'à nos jours. On y découvre que les pionniers du réseau Internet étaient des chercheurs et étudiants en informatique, fortement influencés par de nouvelles idéologies, telles que celles qui furent à la source des évènements de [[w:mai_68|mai 68]] en France. C'est donc de là que naîtra la philosophie de partage, de liberté, de décentralisation et ce mode d’organisation tout à fait spécifique, que l'on observe aujourd'hui au sein du mouvement Wikimédia.
Il y eut tout d'abord la création d'[[w:Internet|Internet]], comme réseau mondial de communication en libre accès, puis le développement du ''[[w:World_Wide_Web|World Wide Web]]'', qui a grandement facilité les interactions humaines à l’échelle planétaire. Par la suite, ce fut l'arrivée du [[w:Web_2.0|Web 2.0]], caractérisé par l'apparition de nouveaux sites web directement modifiables à l'aide d’un simple navigateur. Or, parmi ceux-ci se trouvent les [[w:fr:Moteur de Wiki|moteurs de Wiki]], dont le plus puissant d’entre eux, [[w:MediaWiki|MediaWiki]], est un [[Logiciels libres|logiciel libre]] développé par la Fondation Wikimédia. Le moment est donc venu d'en savoir plus sur ce type de programme informatique, ainsi que sur le [[w:Mouvement_du_logiciel_libre|mouvement du logiciel libre]], qui a fortement influencé la philosophie et les valeurs véhiculées au sein du mouvement.{{AutoCat}}
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Lionel Scheepmans
20012
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text/x-wiki
<noinclude>{{Le mouvement Wikimédia}}</noinclude>
Au fil du temps, Wikipédia fut perçu comme une utopie en marche<ref>{{Article|langue=|prénom1=Christian|nom1=Vandendorpe|titre=Le phénomène Wikipédia: une utopie en marche|périodique=Le Débat|volume=148|numéro=1|éditeur=Gallimard|date=2008|issn=0246-2346|pages=17}}.</ref>, puis comme une utopie réalisée<ref>{{Ouvrage|prénom1=Théo|nom1=Henri|directeur1=|titre=Wikipédia : une utopie réalisée ?|lieu=Université de Poitier|date=juillet 2013|pages totales=98|lire en ligne=https://web.archive.org/web/20211103122912/https://www.seies.net/sites/theo/doc/HENRI_theo_-_master_1_-_memoire.pdf}}.</ref>, et finalement comme la dernière utopie collective du Web<ref>{{Lien web|langue=fr-FR|nom1=Dupont-Besnard|prénom1=Marcus|titre=Wikipédia, la dernière utopie collective du web ?|url=https://web.archive.org/web/20250516050814/https://www.numerama.com/tech/805447-wikipedia-la-derniere-utopie-collective-du-web.html|site=Numerama|date=2021-12-29|consulté le=2025-12-21}}</ref>. Mais qu'en est-il de l'ensemble du mouvement Wikimédia ? Pour nous aider à comprendre ce qui se passe dans la dimension numérique de ce mouvement, voici une métaphore qui décrit un quartier établi au sein d'une ville, imaginée au départ de l'espace web ». Dans cette ville imaginaire, Internet représenterait le réseau routier, pendant que des serveurs informatiques feraient office de bâtiments, et que les pages web qu'ils hébergent, constitueraient les différentes pièces de ces édifices.
[[Fichier:The Digital City, Riyadh 191957.jpg|vignette|<small>Figure 3. Photo de la ''Digital City'' de [[w:Riyad|Riyadh]] et son aspect visuel en lien avec la métaphore du quartier Wikimédia.</small>|300x300px]]
En visitant le quartier Wikimédia, on découvrirait donc plus d’un millier de bâtiments. Au sein de ceux-ci et à l’exception de quelques lieux administratifs, chaque pièce peut être visitée gratuitement, mais aussi modifiée au niveau de son contenu. On peut ainsi y ajouter de nouvelles choses, telles que du texte, des photos, des vidéos ou des documents sonores, et même changer ou supprimer ce qui a été créé ou modifié par d’autres. Tout cela, bien sûr, dans le but de rendre ces endroits plus esthétiques, ou plus authentiques et en tenant compte des différentes idées et des éventuelles oppositions de point de vue concernant les aménagements. Pour faciliter l'entente entre les personnes qui s'investissent dans les modifications, chaque pièce des bâtiments Wikimédia possède un espace annexe dédié à la discussion.
Dans la plupart des bâtiments Wikimédia, une personne malintentionnée peut même faire disparaitre tout le contenu d'une pièce. Néanmoins, dans la seconde qui suit, un robot remettra tout en place, avant de transmettre un message concernant le traitement du vandalisme. Lorsqu'une action plus discrète n'est pas détectée par un robot, une personne qui surveille la pièce prendra certainement le relais pour annuler les changements malveillants, et contacter la personne responsable. En cas de multirécidive, celle-ci peut se voir privée de sa capacité de modifier les pièces, soit dans le bâtiment vandalisé, soit dans tout le quartier quand cela se justifie. Après discussion, cette sanction sera mise en application par un administrateur ou une administratrice bénévole, choisi ou choisie par l'ensemble des autres bénévoles qui prennent soin des bâtiments.
On comprend donc que tout le monde peut enrichir, mais également surveiller et protéger les richesses partagées dans le quartier Wikimédia. Il suffit pour cela de rejoindre le mouvement en se créant un compte et de profiter de nombreux outils, dont un système de notifications qui envoie des messages lorsqu'une pièce que l'on veut surveiller est modifiée. Pour créer ce compte, il n'est pas nécessaire de fournir une adresse ou un numéro de téléphone. Les seules informations personnelles indispensables au bon fonctionnement du quartier Wikimédia sont les [[w:Adresses_IP|adresses IP]] des visiteurs. Car contrairement à ce qui se passe dans les quartiers commerciaux de la grande ville numérique, tels que les [[w:GAFAM|GAFAM]], [[w:NATU_(Netflix,_Airbnb,_Tesla_et_Uber)|NATU]], [[w:BATX|BATX]], le quartier Wikimédia ne récolte et ne vend aucune donnée à des fins d'exploitation.
[[Fichier:Comment rejoindre le mouvement de connaissance libre Wikimédia – A WIKI MINUTE 16-9.webm|gauche|vignette|Vidéo 1 : La minute Wiki, Comment rejoindre le mouvement de connaissance libre Wikimédia]]
Même les adresses IP enregistrées par le système ne sont pas visibles par les autres visiteurs. Elles sont remplacées par les noms et les pseudonymes fournis lors de la création des comptes, ou masquées par des comptes temporaires pour les modifications faites par des personnes non connectées. Seules quelques personnes accréditées par la communauté pour effectuer des contrôles d’usurpation d’identité ont accès à ces informations<ref>{{Lien web|auteur=MédiaWiki|titre=Produit de confiance et de sécurité/Comptes temporaires|url=https://web.archive.org/web/20250813140004/https://www.mediawiki.org/wiki/Trust_and_Safety_Product/Temporary_Accounts/fr}}.</ref>. C’est là une précaution nécessaire au bon déroulement des votes qui succèdent parfois aux recherches de [[w:Consensus|consensus]] concernant l'aménagement du quartier Wikimédia.
Dans cette ville numérique que constituerait l'espace web, Wikimédia apparait ainsi comme le plus grand quartier dédié au partage de la connaissance. Tout d'abord, il y a les plus de 350 bâtiments [[w:Wikipédia:Accueil_principal|Wikipédia]], chacun dédié à une version linguistique de l'encyclopédie. Toujours séparés en versions linguistiques, on trouve ensuite : les bibliothèques [[:en:fr:accueil|Wikilivres]] et [[s:fr:Wikisource:Accueil|Wikisource]], les bâtiments lexicaux [[wikt:fr:Wiktionnaire:Page_d’accueil|Wiktionnaire]], les journaux [[n:fr:accueil|Wikinews]], les centres pédagogiques et de recherche [[v:fr:accueil|Wikiversité]], les syndicats d’initiative [[voy:fr:accueil|Wikivoyage]], le répertoire des êtres vivants [[species:main page|Wikispecies]] et enfin les instituts de citations d’auteurs [[q:fr:accueil|Wikiquote]]. Cela sans oublier le musée médiatique [[commons:main page|Wikimedia Commons]] et la banque [[wikidata:wikidata:main_page|Wikidata]], reconnue comme étant la plus grande banque d’informations structurées au monde. Deux bâtiments dont l'une des fonctions principales communes est d’enrichir les pièces situées dans les autres buildings du quartier Wikimédia.
Dans tous ces immeubles, il arrive souvent que plus de la moitié des étages soient uniquement attribués à l'organisation des activités qui s'y déroulent. Chaque bâtiment peut aussi compter sur le soutien d'autres édifices tels que [[mw:main page|MediaWiki]], [[wikitech:Main_Page|Wikitech]], [[w:fr:phabricator|Phabricator]], qui sont trois lieux entièrement dédiés aux maintenances techniques sur l'ensemble du quartier. Concernant les aspects administratifs, c'est dans le bâtiment [[metawiki:main page|Méta-Wiki]] que s'opère la gouvernance générale du quartier, alors que les courriers adressés à ce dernier sont traités en première ligne dans le bâtiment [[otrswiki:Main page|Wikimedia VRT]]. À la suite de quoi, il ne reste plus qu'à citer le bâtiment ''[[outreach:main page|Wikimedia Outreach]],'' pour des initiatives de sensibilisation, et le bâtiment du journal [https://diff.wikimedia.org Diff Wikimedia], comme lieu de publication d'actualités sur le mouvement.
En dehors de certains aspects techniques, tous ces bâtiments sont gérés exclusivement par des communautés bénévoles, qui sont toujours prêtes à accueillir de nouveaux membres. Les seuls immeubles du quartier qui diffèrent de ce principe sont les bâtiments vitrines de la Fondation Wikimédia et des autres associations Wikimédia qui engagent du personnel. Quant au bâtiment du conseil d'administration de la Fondation, des raisons officielles justifient le fait que la modification de ses pièces est réservée à ces membres et aux employés qui les soutiennent.
Face à tant d'utopies, on en vient donc à se demander comment tout cela fut rendu possible. Mais pour répondre à cette question, il faut alors parcourir tout un pan de l'histoire de la révolution numérique, depuis la [[w:Contre-culture_des_années_1960|contre-culture des années 1960]] jusqu'à nos jours. On y découvre que les pionniers du réseau Internet étaient des chercheurs et étudiants en informatique, fortement influencés par de nouvelles idéologies, telles que celles qui furent à la source des évènements de [[w:mai_68|mai 68]] en France. C'est donc de là que naîtra la philosophie de partage, de liberté, de décentralisation et ce mode d’organisation tout à fait spécifique, que l'on observe aujourd'hui au sein du mouvement Wikimédia.
Il y eut tout d'abord la création d'[[w:Internet|Internet]], comme réseau mondial de communication en libre accès, puis le développement du ''[[w:World_Wide_Web|World Wide Web]]'', qui a grandement facilité les interactions humaines à l’échelle planétaire. Par la suite, ce fut l'arrivée du [[w:Web_2.0|Web 2.0]], caractérisé par l'apparition de nouveaux sites web directement modifiables à l'aide d’un simple navigateur. Or, parmi ceux-ci se trouvent les [[w:fr:Moteur de Wiki|moteurs de Wiki]], dont le plus puissant d’entre eux, [[w:MediaWiki|MediaWiki]], est un [[Logiciels libres|logiciel libre]] développé par la Fondation Wikimédia. Le moment est donc venu d'en savoir plus sur ce type de programme informatique, ainsi que sur le [[w:Mouvement_du_logiciel_libre|mouvement du logiciel libre]], qui a fortement influencé la philosophie et les valeurs véhiculées au sein du mouvement.{{AutoCat}}
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Lionel Scheepmans
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<noinclude>{{Le mouvement Wikimédia}}</noinclude>
Au fil du temps, Wikipédia fut perçu comme une utopie en marche<ref>{{Article|langue=|prénom1=Christian|nom1=Vandendorpe|titre=Le phénomène Wikipédia: une utopie en marche|périodique=Le Débat|volume=148|numéro=1|éditeur=Gallimard|date=2008|issn=0246-2346|pages=17}}.</ref>, puis comme une utopie réalisée<ref>{{Ouvrage|prénom1=Théo|nom1=Henri|directeur1=|titre=Wikipédia : une utopie réalisée ?|lieu=Université de Poitier|date=juillet 2013|pages totales=98|lire en ligne=https://web.archive.org/web/20211103122912/https://www.seies.net/sites/theo/doc/HENRI_theo_-_master_1_-_memoire.pdf}}.</ref>, et finalement comme la dernière utopie collective du Web<ref>{{Lien web|langue=fr-FR|nom1=Dupont-Besnard|prénom1=Marcus|titre=Wikipédia, la dernière utopie collective du web ?|url=https://web.archive.org/web/20250516050814/https://www.numerama.com/tech/805447-wikipedia-la-derniere-utopie-collective-du-web.html|site=Numerama|date=2021-12-29|consulté le=2025-12-21}}</ref>. Mais qu'en est-il de l'ensemble du mouvement Wikimédia ? Pour nous aider à comprendre ce qui se passe dans la dimension numérique de ce mouvement, voici une métaphore qui décrit un quartier établi au sein d'une ville, imaginée au départ de l'espace web ». Dans cette ville imaginaire, Internet représenterait le réseau routier, pendant que des serveurs informatiques feraient office de bâtiments, et que les pages web qu'ils hébergent, constitueraient les différentes pièces de ces édifices.
En visitant le quartier Wikimédia, on découvrirait donc plus d’un millier de bâtiments. Au sein de ceux-ci et à l’exception de quelques lieux administratifs, chaque pièce peut être visitée gratuitement, mais aussi modifiée au niveau de son contenu. On peut ainsi y ajouter de nouvelles choses, telles que du texte, des photos, des vidéos ou des documents sonores, et même changer ou supprimer ce qui a été créé ou modifié par d’autres. Tout cela, bien sûr, dans le but de rendre ces endroits plus esthétiques, ou plus authentiques et en tenant compte des différentes idées et des éventuelles oppositions de point de vue concernant les aménagements. Pour faciliter l'entente entre les personnes qui s'investissent dans les modifications, chaque pièce des bâtiments Wikimédia possède un espace annexe dédié à la discussion.
Dans la plupart des bâtiments Wikimédia, une personne malintentionnée peut même faire disparaitre tout le contenu d'une pièce. Néanmoins, dans la seconde qui suit, un robot remettra tout en place, avant de transmettre un message concernant le traitement du vandalisme. Lorsqu'une action plus discrète n'est pas détectée par un robot, une personne qui surveille la pièce prendra certainement le relais pour annuler les changements malveillants, et contacter la personne responsable. En cas de multirécidive, celle-ci peut se voir privée de sa capacité de modifier les pièces, soit dans le bâtiment vandalisé, soit dans tout le quartier quand cela se justifie. Après discussion, cette sanction sera mise en application par un administrateur ou une administratrice bénévole, choisi ou choisie par l'ensemble des autres bénévoles qui prennent soin des bâtiments.
[[Fichier:The Digital City, Riyadh 191957.jpg|vignette|<small>Figure 3. Photo de la ''Digital City'' de [[w:Riyad|Riyadh]] et son aspect visuel en lien avec la métaphore du quartier Wikimédia.</small>|300x300px]]
On comprend donc que tout le monde peut enrichir, mais également surveiller et protéger les richesses partagées dans le quartier Wikimédia. Il suffit pour cela de rejoindre le mouvement en se créant un compte et de profiter de nombreux outils, dont un système de notifications qui envoie des messages lorsqu'une pièce que l'on veut surveiller est modifiée. Pour créer ce compte, il n'est pas nécessaire de fournir une adresse ou un numéro de téléphone. Les seules informations personnelles indispensables au bon fonctionnement du quartier Wikimédia sont les [[w:Adresses_IP|adresses IP]] des visiteurs. Car contrairement à ce qui se passe dans les quartiers commerciaux de la grande ville numérique, tels que les [[w:GAFAM|GAFAM]], [[w:NATU_(Netflix,_Airbnb,_Tesla_et_Uber)|NATU]], [[w:BATX|BATX]], le quartier Wikimédia ne récolte et ne vend aucune donnée à des fins d'exploitation.
Même les adresses IP enregistrées par le système ne sont pas visibles par les autres visiteurs. Elles sont remplacées par les noms et les pseudonymes fournis lors de la création des comptes, ou masquées par des comptes temporaires pour les modifications faites par des personnes non connectées. Seules quelques personnes accréditées par la communauté pour effectuer des contrôles d’usurpation d’identité ont accès à ces informations<ref>{{Lien web|auteur=MédiaWiki|titre=Produit de confiance et de sécurité/Comptes temporaires|url=https://web.archive.org/web/20250813140004/https://www.mediawiki.org/wiki/Trust_and_Safety_Product/Temporary_Accounts/fr}}.</ref>. C’est là une précaution nécessaire au bon déroulement des votes qui succèdent parfois aux recherches de [[w:Consensus|consensus]] concernant l'aménagement du quartier Wikimédia.
Dans cette ville numérique que constituerait l'espace web, Wikimédia apparait ainsi comme le plus grand quartier dédié au partage de la connaissance. Tout d'abord, il y a les plus de 350 bâtiments [[w:Wikipédia:Accueil_principal|Wikipédia]], chacun dédié à une version linguistique de l'encyclopédie. Toujours séparés en versions linguistiques, on trouve ensuite : les bibliothèques [[:en:fr:accueil|Wikilivres]] et [[s:fr:Wikisource:Accueil|Wikisource]], les bâtiments lexicaux [[wikt:fr:Wiktionnaire:Page_d’accueil|Wiktionnaire]], les journaux [[n:fr:accueil|Wikinews]], les centres pédagogiques et de recherche [[v:fr:accueil|Wikiversité]], les syndicats d’initiative [[voy:fr:accueil|Wikivoyage]], le répertoire des êtres vivants [[species:main page|Wikispecies]] et enfin les instituts de citations d’auteurs [[q:fr:accueil|Wikiquote]]. Cela sans oublier le musée médiatique [[commons:main page|Wikimedia Commons]] et la banque [[wikidata:wikidata:main_page|Wikidata]], reconnue comme étant la plus grande banque d’informations structurées au monde. Deux bâtiments dont l'une des fonctions principales communes est d’enrichir les pièces situées dans les autres buildings du quartier Wikimédia.
Dans tous ces immeubles, il arrive souvent que plus de la moitié des étages soient uniquement attribués à l'organisation des activités qui s'y déroulent. Chaque bâtiment peut aussi compter sur le soutien d'autres édifices tels que [[mw:main page|MediaWiki]], [[wikitech:Main_Page|Wikitech]], [[w:fr:phabricator|Phabricator]], qui sont trois lieux entièrement dédiés aux maintenances techniques sur l'ensemble du quartier. Concernant les aspects administratifs, c'est dans le bâtiment [[metawiki:main page|Méta-Wiki]] que s'opère la gouvernance générale du quartier, alors que les courriers adressés à ce dernier sont traités en première ligne dans le bâtiment [[otrswiki:Main page|Wikimedia VRT]]. À la suite de quoi, il ne reste plus qu'à citer le bâtiment ''[[outreach:main page|Wikimedia Outreach]],'' pour des initiatives de sensibilisation, et le bâtiment du journal [https://diff.wikimedia.org Diff Wikimedia], comme lieu de publication d'actualités sur le mouvement.
En dehors de certains aspects techniques, tous ces bâtiments sont gérés exclusivement par des communautés bénévoles, qui sont toujours prêtes à accueillir de nouveaux membres. Les seuls immeubles du quartier qui diffèrent de ce principe sont les bâtiments vitrines de la Fondation Wikimédia et des autres associations Wikimédia qui engagent du personnel. Quant au bâtiment du conseil d'administration de la Fondation, des raisons officielles justifient le fait que la modification de ses pièces est réservée à ces membres et aux employés qui les soutiennent.
Face à tant d'utopies, on en vient donc à se demander comment tout cela fut rendu possible. Mais pour répondre à cette question, il faut alors parcourir tout un pan de l'histoire de la révolution numérique, depuis la [[w:Contre-culture_des_années_1960|contre-culture des années 1960]] jusqu'à nos jours. On y découvre que les pionniers du réseau Internet étaient des chercheurs et étudiants en informatique, fortement influencés par de nouvelles idéologies, telles que celles qui furent à la source des évènements de [[w:mai_68|mai 68]] en France. C'est donc de là que naîtra la philosophie de partage, de liberté, de décentralisation et ce mode d’organisation tout à fait spécifique, que l'on observe aujourd'hui au sein du mouvement Wikimédia.
Il y eut tout d'abord la création d'[[w:Internet|Internet]], comme réseau mondial de communication en libre accès, puis le développement du ''[[w:World_Wide_Web|World Wide Web]]'', qui a grandement facilité les interactions humaines à l’échelle planétaire. Par la suite, ce fut l'arrivée du [[w:Web_2.0|Web 2.0]], caractérisé par l'apparition de nouveaux sites web directement modifiables à l'aide d’un simple navigateur. Or, parmi ceux-ci se trouvent les [[w:fr:Moteur de Wiki|moteurs de Wiki]], dont le plus puissant d’entre eux, [[w:MediaWiki|MediaWiki]], est un [[Logiciels libres|logiciel libre]] développé par la Fondation Wikimédia. Le moment est donc venu d'en savoir plus sur ce type de programme informatique, ainsi que sur le [[w:Mouvement_du_logiciel_libre|mouvement du logiciel libre]], qui a fortement influencé la philosophie et les valeurs véhiculées au sein du mouvement.{{AutoCat}}
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Lionel Scheepmans
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<noinclude>{{Le mouvement Wikimédia}}</noinclude>
Au fil du temps, Wikipédia fut perçu comme une utopie en marche<ref>{{Article|langue=|prénom1=Christian|nom1=Vandendorpe|titre=Le phénomène Wikipédia: une utopie en marche|périodique=Le Débat|volume=148|numéro=1|éditeur=Gallimard|date=2008|issn=0246-2346|pages=17}}.</ref>, puis comme une utopie réalisée<ref>{{Ouvrage|prénom1=Théo|nom1=Henri|directeur1=|titre=Wikipédia : une utopie réalisée ?|lieu=Université de Poitier|date=juillet 2013|pages totales=98|lire en ligne=https://web.archive.org/web/20211103122912/https://www.seies.net/sites/theo/doc/HENRI_theo_-_master_1_-_memoire.pdf}}.</ref>, et finalement comme la dernière utopie collective du Web<ref>{{Lien web|langue=fr-FR|nom1=Dupont-Besnard|prénom1=Marcus|titre=Wikipédia, la dernière utopie collective du web ?|url=https://web.archive.org/web/20250516050814/https://www.numerama.com/tech/805447-wikipedia-la-derniere-utopie-collective-du-web.html|site=Numerama|date=2021-12-29|consulté le=2025-12-21}}</ref>. Mais qu'en est-il de l'ensemble du mouvement Wikimédia ? Pour nous aider à comprendre ce qui se passe dans la dimension numérique de ce mouvement, voici une métaphore qui décrit un quartier établi au sein d'une ville, imaginée au départ de l'espace web ». Dans cette ville imaginaire, Internet représenterait le réseau routier, pendant que des serveurs informatiques feraient office de bâtiments, et que les pages web qu'ils hébergent, constitueraient les différentes pièces de ces édifices.
En visitant le quartier Wikimédia, on découvrirait donc plus d’un millier de bâtiments. Au sein de ceux-ci et à l’exception de quelques lieux administratifs, chaque pièce peut être visitée gratuitement, mais aussi modifiée au niveau de son contenu. On peut ainsi y ajouter de nouvelles choses, telles que du texte, des photos, des vidéos ou des documents sonores, et même changer ou supprimer ce qui a été créé ou modifié par d’autres. Tout cela, bien sûr, dans le but de rendre ces endroits plus esthétiques, ou plus authentiques et en tenant compte des différentes idées et des éventuelles oppositions de point de vue concernant les aménagements. Pour faciliter l'entente entre les personnes qui s'investissent dans les modifications, chaque pièce des bâtiments Wikimédia possède un espace annexe dédié à la discussion.
Dans la plupart des bâtiments Wikimédia, une personne malintentionnée peut même faire disparaitre tout le contenu d'une pièce. Néanmoins, dans la seconde qui suit, un robot remettra tout en place, avant de transmettre un message concernant le traitement du vandalisme. Lorsqu'une action plus discrète n'est pas détectée par un robot, une personne qui surveille la pièce prendra certainement le relais pour annuler les changements malveillants, et contacter la personne responsable. En cas de multirécidive, celle-ci peut se voir privée de sa capacité de modifier les pièces, soit dans le bâtiment vandalisé, soit dans tout le quartier quand cela se justifie. Après discussion, cette sanction sera mise en application par un administrateur ou une administratrice bénévole, choisi ou choisie par l'ensemble des autres bénévoles qui prennent soin des bâtiments.
[[Fichier:The Digital City, Riyadh 191957.jpg|vignette|<small>Figure 3. Photo de la ''Digital City'' de [[w:Riyad|Riyadh]] et son aspect visuel en lien avec la métaphore du quartier Wikimédia.</small>|300x300px]]
On comprend donc que tout le monde peut enrichir, mais également surveiller et protéger les richesses partagées dans le quartier Wikimédia. Il suffit pour cela de rejoindre le mouvement en se créant un compte et de profiter de nombreux outils, dont un système de notifications qui envoie des messages lorsqu'une pièce que l'on veut surveiller est modifiée. Pour créer ce compte, il n'est pas nécessaire de fournir une adresse ou un numéro de téléphone. Les seules informations personnelles indispensables au bon fonctionnement du quartier Wikimédia sont les [[w:Adresses_IP|adresses IP]] des visiteurs. Car contrairement à ce qui se passe dans les quartiers commerciaux de la grande ville numérique, tels que les [[w:GAFAM|GAFAM]], [[w:NATU_(Netflix,_Airbnb,_Tesla_et_Uber)|NATU]], [[w:BATX|BATX]], le quartier Wikimédia ne récolte et ne vend aucune donnée à des fins d'exploitation.
Même les adresses IP enregistrées par le système ne sont pas visibles par les autres visiteurs. Elles sont remplacées par les noms et les pseudonymes fournis lors de la création des comptes, ou masquées par des comptes temporaires pour les modifications faites par des personnes non connectées. Seules quelques personnes accréditées par la communauté pour effectuer des contrôles d’usurpation d’identité ont accès à ces informations<ref>{{Lien web|auteur=MédiaWiki|titre=Produit de confiance et de sécurité/Comptes temporaires|url=https://web.archive.org/web/20250813140004/https://www.mediawiki.org/wiki/Trust_and_Safety_Product/Temporary_Accounts/fr}}.</ref>. C’est là une précaution nécessaire au bon déroulement des votes qui succèdent parfois aux recherches de [[w:Consensus|consensus]] concernant l'aménagement du quartier Wikimédia.
Dans cette ville numérique que constituerait l'espace web, Wikimédia apparait ainsi comme le plus grand quartier dédié au partage de la connaissance. Tout d'abord, il y a les plus de 350 bâtiments [[w:Wikipédia:Accueil_principal|Wikipédia]], chacun dédié à une version linguistique de l'encyclopédie. Toujours séparés en versions linguistiques, on trouve ensuite : les bibliothèques [[:en:fr:accueil|Wikilivres]] et [[s:fr:Wikisource:Accueil|Wikisource]], les bâtiments lexicaux [[wikt:fr:Wiktionnaire:Page_d’accueil|Wiktionnaire]], les journaux [[n:fr:accueil|Wikinews]], les centres pédagogiques et de recherche [[v:fr:accueil|Wikiversité]], les syndicats d’initiative [[voy:fr:accueil|Wikivoyage]], le répertoire des êtres vivants [[species:main page|Wikispecies]] et enfin les instituts de citations d’auteurs [[q:fr:accueil|Wikiquote]]. Cela sans oublier le musée médiatique [[commons:main page|Wikimedia Commons]] et la banque [[wikidata:wikidata:main_page|Wikidata]], reconnue comme étant la plus grande banque d’informations structurées au monde. Deux bâtiments dont l'une des fonctions principales communes est d’enrichir les pièces situées dans les autres buildings du quartier Wikimédia.
Dans tous ces immeubles, il arrive souvent que plus de la moitié des étages soient uniquement attribués à l'organisation des activités qui s'y déroulent. Chaque bâtiment peut aussi compter sur le soutien d'autres édifices tels que [[mw:main page|MediaWiki]], [[wikitech:Main_Page|Wikitech]], [[w:fr:phabricator|Phabricator]], qui sont trois lieux entièrement dédiés aux maintenances techniques sur l'ensemble du quartier. Concernant les aspects administratifs, c'est dans le bâtiment [[metawiki:main page|Méta-Wiki]] que s'opère la gouvernance générale du quartier, alors que les courriers adressés à ce dernier sont traités en première ligne dans le bâtiment [[otrswiki:Main page|Wikimedia VRT]]. À la suite de quoi, il ne reste plus qu'à citer le bâtiment ''[[outreach:main page|Wikimedia Outreach]],'' pour des initiatives de sensibilisation, et le bâtiment du journal [https://diff.wikimedia.org Diff Wikimedia], comme lieu de publication d'actualités sur le mouvement.
En dehors de certains aspects techniques, tous ces bâtiments sont gérés exclusivement par des communautés bénévoles, qui sont toujours prêtes à accueillir de nouveaux membres. Les seuls immeubles du quartier qui diffèrent de ce principe sont les bâtiments vitrines de la Fondation Wikimédia et des autres associations Wikimédia qui engagent du personnel. Quant au bâtiment du conseil d'administration de la Fondation, des raisons officielles justifient le fait que la modification de ses pièces est réservée à ces membres et aux employés qui les soutiennent.
Face à tant d'utopies, on en vient donc à se demander comment tout cela fut rendu possible. Mais pour répondre à cette question, il faut alors parcourir tout un pan de l'histoire de la révolution numérique, depuis la [[w:Contre-culture_des_années_1960|contre-culture des années 1960]] jusqu'à nos jours. On y découvre que les pionniers du réseau Internet étaient des chercheurs et étudiants en informatique, fortement influencés par de nouvelles idéologies, telles que celles qui furent à la source des évènements de [[w:mai_68|mai 68]] en France. C'est donc de là que naîtra la philosophie de partage, de liberté, de décentralisation et ce mode d’organisation tout à fait spécifique, que l'on observe aujourd'hui au sein du mouvement Wikimédia.
Il y eut tout d'abord la création d'[[w:Internet|Internet]], comme réseau mondial de communication en libre accès, et le développement du ''[[w:World_Wide_Web|World Wide Web]]'', qui a grandement facilité les interactions humaines à l’échelle planétaire. Puis, ce fut l'arrivée du [[w:Web_2.0|Web 2.0]], caractérisé par l'apparition de nouveaux sites web directement modifiables à l'aide d’un simple navigateur. Or, parmi ceux-ci se trouvent les [[w:fr:Moteur de Wiki|moteurs de Wiki]], dont le plus puissant d’entre eux, [[w:MediaWiki|MediaWiki]], est un [[Logiciels libres|logiciel libre]] développé par la Fondation Wikimédia. Le moment est donc venu d'en savoir plus sur ce type de programme informatique, ainsi que sur le [[w:Mouvement_du_logiciel_libre|mouvement du logiciel libre]], qui a fortement influencé la philosophie et les valeurs véhiculées au sein du mouvement.{{AutoCat}}
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Le mouvement Wikimédia/Les plateformes Wiki
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Lionel Scheepmans
20012
Lionel Scheepmans a déplacé la page [[Le mouvement Wikimédia/Les platesformes Wiki]] vers [[Le mouvement Wikimédia/Les plateformes Wiki]] sans laisser de redirection
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<noinclude>{{Le mouvement Wikimédia}}</noinclude>
Un [[w:Wiki|wiki]], ou un [[w:Moteur_de_wiki|moteur de wiki]], est un logiciel que l'on installe sur un serveur informatique pour permettre la création d’un site web éditable et configurable à l’aide d’un simple navigateur. Plus précisément, c’est un [[w:Système_de_gestion_de_contenu|système de gestion de contenu]], dans lequel le code [[Le langage HTML|HTML]], [[Le langage CSS|CSS]], [[Programmation JavaScript|JavaScript]] et [[v:Lua|Lua]], ainsi que certains paramètres, peuvent être modifiés par tous les internautes. Cela peut se faire en se connectant à un compte utilisateur, afin de bénéficier des droits de modification et d’administration qui lui sont accordés, ou en utilisant la configuration attribuée par défaut aux personnes non connectées.
Sur les pages web d'un wiki, chaque modification provoque un nouvel enregistrement complet du [[w:Code_source|code source]] qui la compose. De la sorte, il est toujours possible, à partir d’une page reprenant l’[[w:Historique_(informatique)|historique]] des modifications, de rétablir l'une de ses anciennes versions. Grâce à ce système, on peut ainsi savoir quelle personne, ou quelle [[w:Adresse_IP|adresse IP]] est à l’origine d’un changement, et même voir l’endroit où la modification a été faite, et à quel moment celle-ci a été réalisée.
[[Fichier:Ward_Cunningham_1.jpg|alt=Logo du logiciel MediaWiki, le logiciel Wiki utilisé par les projets Wikimédia et dont le développement est soutenu par la fondation Wikimédia.|gauche|vignette|<small>Figure 12. Ward Cunningham en 2011.</small>|300x300px]]
Le premier logiciel Wiki, qui portait le nom de [[w:fr: WikiWikiWeb|WikiWikiWeb]], a été créé et placé sous licence libre GPL par [[w:fr: Ward Cunningham|Ward Cunningham]] en mars 1995<ref>{{Lien web|auteur=Wiki.c2|titre=Wiki Wiki Web Faq|url=http://web.archive.org/web/20170106225231/http://wiki.c2.com/?WikiWikiWebFaq}}.</ref>. Grâce à la licence, d’autres programmes wiki ont vu le jour en copiant ou s’inspirant du code source de WikiWikiWeb, ou des autres projets wiki qui l'avaient fait auparavant. Cette émulation récursive qui donna naissance à toute une panoplie de projets wiki, est donc à nouveau, une belle illustration des retombées positives, que peut susciter l'application d'une licence libre.
Parmi les différents logiciels Wiki disponibles, [[w:en:UseModWiki|UseModWiki]] fut choisi par la société [[w:fr: Bomis|Bomis]] qui finança la création du premier projet Wikipédia en anglais. C'était un choix judicieux, car l’éclatement de la [[w:Bulle_Internet|bulle spéculative d’Internet]] en fin des années 2000, confrontait l'entreprise à de grosses difficultés financières. Un programme gratuit, simple d’utilisation et peu gourmand en ressources informatiques, convenait donc parfaitement dans ce cadre. UseModWiki fut par après remplacé par un autre moteur de Wiki sans nom, mais plus performant et toujours produit sous licence libre<ref>{{Lien web|langue=|auteur=Brion Vibber|titre=MediaWiki's big code & usability code & usability push|url=http://web.archive.org/web/20120517072350/http://leuksman.com/images/8/80/Brion-fosdem2009.pdf|site=Leuksman|date=2009|consulté le=}}.</ref>. Ce dernier fut ensuite amélioré par plusieurs programmeurs, dont Brion Vibber, le premier employé de la [[w:fr: Fondation Wikimédia|Fondation Wikimédia]], avant d’être finalement intitulé [[MediaWiki pour débutants|MediaWiki]].
Avec l’aide de nouveaux employés et des bénévoles actifs sur le site [[mw:Mediawiki|mediawiki.org]], ce système de gestion de contenu finit par apparaitre en tête du classement des wikis les plus utilisés<ref>{{Lien web|auteur=Wiki.c2|titre=Top Ten Wiki Engines|url=https://web.archive.org/web/20201127014153/http://wiki.c2.com/?TopTenWikiEngines|consulté le=}}.</ref>. Grâce à la licence libre, des milliers d'autres personnes et projets ont pu en effet développer des sites Web, sans nécessairement faire partie du mouvement Wikimédia<ref>{{Lien web|langue=|auteur=MediaWiki|titre=Main page|url=https://web.archive.org/web/20201203135522/https://www.mediawiki.org/wiki/MediaWiki|site=|date=|consulté le=}}.</ref>. Ce succès a par ailleurs justifié l'organisation de rassemblements annuels entre 2016 et 2020<ref>{{Lien web|titre=Category:EMWCon|url=https://web.archive.org/web/20200319063245/https://www.mediawiki.org/wiki/Category:EMWCon|site=|date=|consulté le=|auteur=MediaWiki}}.</ref>, entre personnes et organisations qui utilisent le programme, pour discuter de son développement et de ses usages<ref>{{Lien web|langue=|auteur=David Strine|titre=MediaWiki is the software that underpins Wikipedia. This conference shows all the other ways it can be used|url=https://web.archive.org/web/20200313181919/https://wikimediafoundation.org/news/2019/05/01/mediawiki-is-the-software-that-underpins-wikipedia-this-conference-shows-all-the-other-ways-it-can-be-used/|site=Wikimedia Foundation News|lieu=|éditeur=|date=1 May 2019|consulté le=}}.</ref>.
Ceci étant dit, il existe dans la [[w:fr:Liste de logiciels wiki|liste des Wikis]] d’autres logiciels libres intéressants, tel que [[w:Dokuwiki|DokuWiki]], qui fut rendu populaire par sa simplicité d’installation et d’usage. Mais jusqu’à ce jour, seul MediaWiki semble suffisamment stable et puissant pour permettre le développement optimal de l’ensemble des projets Wikimédia. Avec parmi ceux-ci, bien sûr, Wikipédia, l'encyclopédie libre et universelle, dont nous allons enfin découvrir la mise en place dans ce prochain chapitre.
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<noinclude>{{Le mouvement Wikimédia}}</noinclude>
Un [[w:Wiki|wiki]], ou un [[w:Moteur_de_wiki|moteur de wiki]], est un logiciel que l'on installe sur un serveur informatique pour permettre la création d’un site web éditable et configurable à l’aide d’un simple navigateur. Plus précisément, c’est un [[w:Système_de_gestion_de_contenu|système de gestion de contenu]], dans lequel le code [[Le langage HTML|HTML]], [[Le langage CSS|CSS]], [[Programmation JavaScript|JavaScript]] et [[v:Lua|Lua]], ainsi que certains paramètres, peuvent être modifiés par tous les internautes. Cela peut se faire en se connectant à un compte utilisateur, afin de bénéficier des droits de modification et d’administration qui lui sont accordés, ou en utilisant la configuration attribuée par défaut aux personnes non connectées.
Sur les pages web d'un wiki, chaque modification provoque un nouvel enregistrement complet du [[w:Code_source|code source]] qui la compose. De la sorte, il est toujours possible, à partir d’une page reprenant l’[[w:Historique_(informatique)|historique]] des modifications, de rétablir l'une de ses anciennes versions. Grâce à ce système, on peut ainsi savoir quelle personne, ou quelle [[w:Adresse_IP|adresse IP]] est à l’origine d’un changement, et même voir l’endroit où la modification a été faite, et à quel moment celle-ci a été réalisée.
[[Fichier:Ward_Cunningham_1.jpg|alt=Logo du logiciel MediaWiki, le logiciel Wiki utilisé par les projets Wikimédia et dont le développement est soutenu par la fondation Wikimédia.|gauche|vignette|<small>Figure 12. Ward Cunningham en 2011.</small>|300x300px]]
Le premier logiciel Wiki, qui portait le nom de [[w:fr: WikiWikiWeb|WikiWikiWeb]], a été créé et placé sous licence libre GPL par [[w:fr: Ward Cunningham|Ward Cunningham]] en mars 1995<ref>{{Lien web|auteur=Wiki.c2|titre=Wiki Wiki Web Faq|url=http://web.archive.org/web/20170106225231/http://wiki.c2.com/?WikiWikiWebFaq}}.</ref>. Grâce à la licence, d’autres programmes wiki ont vu le jour en copiant ou s’inspirant du code source de WikiWikiWeb, ou des autres projets wiki qui l'avaient fait auparavant. Cette émulation récursive, qui donna naissance à toute une panoplie de projets wiki est donc à nouveau une belle illustration des retombées positives que peut susciter l'application d'une licence libre.
Parmi les différents logiciels Wiki disponibles, [[w:en:UseModWiki|UseModWiki]] fut choisi par la société [[w:fr: Bomis|Bomis]] qui finança la création du premier projet Wikipédia en anglais. C'était un choix judicieux, car l’éclatement de la [[w:Bulle_Internet|bulle spéculative d’Internet]], à la fin des années 2000, confrontait l'entreprise à de grosses difficultés financières. Un programme gratuit, simple d’utilisation et peu gourmand en ressources informatiques, convenait donc parfaitement dans ce cadre. UseModWiki fut par après remplacé par un autre moteur de Wiki sans nom, mais plus performant et toujours produit sous licence libre<ref>{{Lien web|langue=|auteur=Brion Vibber|titre=MediaWiki's big code & usability code & usability push|url=http://web.archive.org/web/20120517072350/http://leuksman.com/images/8/80/Brion-fosdem2009.pdf|site=Leuksman|date=2009|consulté le=}}.</ref>. Ce dernier fut ensuite amélioré par plusieurs programmeurs, dont Brion Vibber, le premier employé de la [[w:fr: Fondation Wikimédia|Fondation Wikimédia]], avant d’être finalement intitulé [[MediaWiki pour débutants|MediaWiki]].
Avec l’aide de nouveaux employés et des bénévoles actifs sur le site [[mw:Mediawiki|mediawiki.org]], ce système de gestion de contenu finit par apparaitre en tête du classement des wikis les plus utilisés<ref>{{Lien web|auteur=Wiki.c2|titre=Top Ten Wiki Engines|url=https://web.archive.org/web/20201127014153/http://wiki.c2.com/?TopTenWikiEngines|consulté le=}}.</ref>. Grâce à la licence libre, des milliers d'autres personnes et projets ont pu en effet développer des sites Web, sans nécessairement faire partie du mouvement Wikimédia<ref>{{Lien web|langue=|auteur=MediaWiki|titre=Main page|url=https://web.archive.org/web/20201203135522/https://www.mediawiki.org/wiki/MediaWiki|site=|date=|consulté le=}}.</ref>. Ce succès a par ailleurs justifié l'organisation de rassemblements annuels entre 2016 et 2020<ref>{{Lien web|titre=Category:EMWCon|url=https://web.archive.org/web/20200319063245/https://www.mediawiki.org/wiki/Category:EMWCon|site=|date=|consulté le=|auteur=MediaWiki}}.</ref>, entre personnes et organisations qui utilisent le programme, pour discuter de son développement et de ses usages<ref>{{Lien web|langue=|auteur=David Strine|titre=MediaWiki is the software that underpins Wikipedia. This conference shows all the other ways it can be used|url=https://web.archive.org/web/20200313181919/https://wikimediafoundation.org/news/2019/05/01/mediawiki-is-the-software-that-underpins-wikipedia-this-conference-shows-all-the-other-ways-it-can-be-used/|site=Wikimedia Foundation News|lieu=|éditeur=|date=1 May 2019|consulté le=}}.</ref>.
Ceci étant dit, il existe dans la [[w:fr:Liste de logiciels wiki|liste des Wikis]] d’autres logiciels libres intéressants, tels que [[w:Dokuwiki|DokuWiki]], rendu populaire par sa simplicité d’installation et d’usage. Mais jusqu’à ce jour, seul MediaWiki semble suffisamment stable et puissant pour permettre le développement optimal de l’ensemble des projets Wikimédia. Avec parmi ceux-ci, bien sûr, Wikipédia, l'encyclopédie libre et universelle, dont nous allons enfin découvrir la mise en place dans ce prochain chapitre.
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<noinclude>{{Le mouvement Wikimédia}}</noinclude>
Un [[w:Wiki|wiki]], ou un [[w:Moteur_de_wiki|moteur de wiki]], est un logiciel que l'on installe sur un serveur informatique pour permettre la création d’un site web éditable et configurable à l’aide d’un simple navigateur. Plus précisément, c’est un [[w:Système_de_gestion_de_contenu|système de gestion de contenu]], dans lequel le code [[Le langage HTML|HTML]], [[Le langage CSS|CSS]], [[Programmation JavaScript|JavaScript]] et [[v:Lua|Lua]], ainsi que certains paramètres, peuvent être modifiés par tous les internautes. Cela peut se faire en se connectant à un compte utilisateur, afin de bénéficier des droits de modification et d’administration qui lui sont accordés, ou en utilisant la configuration attribuée par défaut aux personnes non connectées.
Sur les pages web d'un wiki, chaque modification provoque un nouvel enregistrement complet du [[w:Code_source|code source]] qui la compose. De la sorte, il est toujours possible, à partir d’une page reprenant l’[[w:Historique_(informatique)|historique]] des modifications, de rétablir l'une de ses anciennes versions. Grâce à ce système, on peut ainsi savoir quelle personne, ou quelle [[w:Adresse_IP|adresse IP]] est à l’origine d’un changement, et même voir l’endroit où la modification a été faite, et à quel moment celle-ci a été réalisée.
[[Fichier:Ward_Cunningham_1.jpg|alt=Logo du logiciel MediaWiki, le logiciel Wiki utilisé par les projets Wikimédia et dont le développement est soutenu par la fondation Wikimédia.|gauche|vignette|<small>Figure 12. Ward Cunningham en 2011.</small>|300x300px]]
Le premier logiciel Wiki, qui portait le nom de [[w:fr: WikiWikiWeb|WikiWikiWeb]], a été créé et placé sous licence libre GPL par [[w:fr: Ward Cunningham|Ward Cunningham]] en mars 1995<ref>{{Lien web|auteur=Wiki.c2|titre=Wiki Wiki Web Faq|url=http://web.archive.org/web/20170106225231/http://wiki.c2.com/?WikiWikiWebFaq}}.</ref>. Grâce à la licence, d’autres programmes wiki ont vu le jour en copiant ou s’inspirant du code source de WikiWikiWeb, ou des autres projets wiki qui l'avaient fait auparavant. Cette émulation récursive, qui donna naissance à toute une panoplie de projets wiki est donc à nouveau une belle illustration des retombées positives que peut susciter l'application d'une licence libre.
Parmi les différents logiciels Wiki disponibles, [[w:en:UseModWiki|UseModWiki]] fut choisi par la société [[w:fr: Bomis|Bomis]] qui finança la création du premier projet Wikipédia en anglais. C'était un choix judicieux, car l’éclatement de la [[w:Bulle_Internet|bulle spéculative d’Internet]], à la fin des années 2000, confrontait l'entreprise à de grosses difficultés financières. Un programme gratuit, simple d’utilisation et peu gourmand en ressources informatiques, convenait donc parfaitement dans ce cadre. UseModWiki fut par après remplacé par un autre moteur de Wiki sans nom, mais plus performant et toujours produit sous licence libre<ref>{{Lien web|langue=|auteur=Brion Vibber|titre=MediaWiki's big code & usability code & usability push|url=http://web.archive.org/web/20120517072350/http://leuksman.com/images/8/80/Brion-fosdem2009.pdf|site=Leuksman|date=2009|consulté le=}}.</ref>. Ce dernier fut ensuite amélioré par plusieurs programmeurs, dont Brion Vibber, le premier employé de la [[w:fr: Fondation Wikimédia|Fondation Wikimédia]], avant d’être finalement intitulé [[MediaWiki pour débutants|MediaWiki]].
Avec l’aide de nouveaux employés et des bénévoles actifs sur le site [[mw:Mediawiki|mediawiki.org]], ce système de gestion de contenu finit par apparaitre en tête du classement des wikis les plus utilisés<ref>{{Lien web|auteur=Wiki.c2|titre=Top Ten Wiki Engines|url=https://web.archive.org/web/20201127014153/http://wiki.c2.com/?TopTenWikiEngines|consulté le=}}.</ref>. Grâce à la licence libre, des milliers d'autres personnes et projets ont pu en effet développer des sites Web, sans nécessairement faire partie du mouvement Wikimédia<ref>{{Lien web|langue=|auteur=MediaWiki|titre=Main page|url=https://web.archive.org/web/20201203135522/https://www.mediawiki.org/wiki/MediaWiki|site=|date=|consulté le=}}.</ref>. Ce succès a par ailleurs justifié l'organisation de rassemblements annuels entre 2016 et 2020<ref>{{Lien web|titre=Category:EMWCon|url=https://web.archive.org/web/20200319063245/https://www.mediawiki.org/wiki/Category:EMWCon|site=|date=|consulté le=|auteur=MediaWiki}}.</ref>, entre personnes et organisations qui utilisent le programme, pour discuter de son développement et de ses usages<ref>{{Lien web|langue=|auteur=David Strine|titre=MediaWiki is the software that underpins Wikipedia. This conference shows all the other ways it can be used|url=https://web.archive.org/web/20200313181919/https://wikimediafoundation.org/news/2019/05/01/mediawiki-is-the-software-that-underpins-wikipedia-this-conference-shows-all-the-other-ways-it-can-be-used/|site=Wikimedia Foundation News|lieu=|éditeur=|date=1 May 2019|consulté le=}}.</ref>.
Ceci étant dit, il existe dans la [[w:fr:Liste de logiciels wiki|liste des Wikis]] d’autres logiciels libres intéressants, tels que [[w:Dokuwiki|DokuWiki]], rendu populaire par sa simplicité d’installation et d’usage. Jusqu’à ce jour cependant, seul MediaWiki semble suffisamment stable et puissant pour permettre le développement optimal de l’ensemble des projets Wikimédia. Avec parmi ceux-ci, bien sûr, Wikipédia, l'encyclopédie libre et universelle, dont nous allons enfin découvrir la mise en place dans ce prochain chapitre.
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Lionel Scheepmans
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<noinclude>{{Le mouvement Wikimédia}}</noinclude>
Un [[w:Wiki|wiki]], ou un [[w:Moteur_de_wiki|moteur de wiki]], est un logiciel que l'on installe sur un serveur informatique pour permettre la création d’un site web éditable et configurable à l’aide d’un simple navigateur. Plus précisément, c’est un [[w:Système_de_gestion_de_contenu|système de gestion de contenu]], dans lequel le code [[Le langage HTML|HTML]], [[Le langage CSS|CSS]], [[Programmation JavaScript|JavaScript]] et [[v:Lua|Lua]], ainsi que certains paramètres, peuvent être modifiés par tous les internautes. Cela peut se faire en se connectant à un compte utilisateur, afin de bénéficier des droits de modification et d’administration qui lui sont accordés, ou en utilisant la configuration attribuée par défaut aux personnes non connectées.
Sur les pages web d'un wiki, chaque modification provoque un nouvel enregistrement complet du [[w:Code_source|code source]] qui la compose. De la sorte, il est toujours possible, à partir d’une page reprenant l’[[w:Historique_(informatique)|historique]] des modifications, de rétablir l'une de ses anciennes versions. Grâce à ce système, on peut ainsi savoir quelle personne, ou quelle [[w:Adresse_IP|adresse IP]] est à l’origine d’un changement, et même voir l’endroit où la modification a été faite, et à quel moment celle-ci a été réalisée.
[[Fichier:Ward_Cunningham_1.jpg|alt=Logo du logiciel MediaWiki, le logiciel Wiki utilisé par les projets Wikimédia et dont le développement est soutenu par la fondation Wikimédia.|gauche|vignette|<small>Figure 12. Ward Cunningham en 2011.</small>|300x300px]]
Le premier logiciel Wiki, qui portait le nom de [[w:fr: WikiWikiWeb|WikiWikiWeb]], a été créé et placé sous licence libre GPL par [[w:fr: Ward Cunningham|Ward Cunningham]] en mars 1995<ref>{{Lien web|auteur=Wiki.c2|titre=Wiki Wiki Web Faq|url=http://web.archive.org/web/20170106225231/http://wiki.c2.com/?WikiWikiWebFaq}}.</ref>. Grâce à la licence, d’autres programmes wiki ont vu le jour en copiant ou s’inspirant du code source de WikiWikiWeb, ou des autres projets wiki qui l'avaient fait auparavant. Cette émulation récursive, qui donna naissance à toute une panoplie de projets wiki est donc à nouveau une belle illustration des retombées positives que peut susciter l'application d'une licence libre.
Parmi les différents logiciels Wiki disponibles, [[w:en:UseModWiki|UseModWiki]] fut choisi par la société [[w:fr: Bomis|Bomis]] qui finança la création du premier projet Wikipédia en anglais. C'était un choix judicieux, car l’éclatement de la [[w:Bulle_Internet|bulle spéculative d’Internet]], à la fin des années 2000, confrontait l'entreprise à de grosses difficultés financières. Un programme gratuit, simple d’utilisation et peu gourmand en ressources informatiques, convenait donc parfaitement dans ce cadre. UseModWiki fut par après remplacé par un autre moteur de Wiki sans nom, mais plus performant et toujours produit sous licence libre<ref>{{Lien web|langue=|auteur=Brion Vibber|titre=MediaWiki's big code & usability code & usability push|url=http://web.archive.org/web/20120517072350/http://leuksman.com/images/8/80/Brion-fosdem2009.pdf|site=Leuksman|date=2009|consulté le=}}.</ref>. Ce dernier fut ensuite amélioré par plusieurs programmeurs, dont Brion Vibber, le premier employé de la [[w:fr: Fondation Wikimédia|Fondation Wikimédia]], avant d’être finalement intitulé [[MediaWiki pour débutants|MediaWiki]].
Avec l’aide de nouveaux employés et des bénévoles actifs sur le site [[mw:Mediawiki|mediawiki.org]], ce système de gestion de contenu finit par apparaitre en tête du classement des wikis les plus utilisés<ref>{{Lien web|auteur=Wiki.c2|titre=Top Ten Wiki Engines|url=https://web.archive.org/web/20201127014153/http://wiki.c2.com/?TopTenWikiEngines|consulté le=}}.</ref>. Toujours grâce à sa licence libre, des milliers d'autres personnes et projets ont effectivement pu développer des sites Web, sans nécessairement faire partie du mouvement Wikimédia<ref>{{Lien web|langue=|auteur=MediaWiki|titre=Main page|url=https://web.archive.org/web/20201203135522/https://www.mediawiki.org/wiki/MediaWiki|site=|date=|consulté le=}}.</ref>. Ce succès a par ailleurs justifié la programmation de rassemblements annuels entre 2016 et 2020<ref>{{Lien web|titre=Category:EMWCon|url=https://web.archive.org/web/20200319063245/https://www.mediawiki.org/wiki/Category:EMWCon|site=|date=|consulté le=|auteur=MediaWiki}}.</ref>, entre personnes et organismes qui utilisent le programme, pour discuter de son développement et de ses usages<ref>{{Lien web|langue=|auteur=David Strine|titre=MediaWiki is the software that underpins Wikipedia. This conference shows all the other ways it can be used|url=https://web.archive.org/web/20200313181919/https://wikimediafoundation.org/news/2019/05/01/mediawiki-is-the-software-that-underpins-wikipedia-this-conference-shows-all-the-other-ways-it-can-be-used/|site=Wikimedia Foundation News|lieu=|éditeur=|date=1 May 2019|consulté le=}}.</ref>.
Ceci étant dit, il existe dans la [[w:fr:Liste de logiciels wiki|liste des Wikis]] d’autres logiciels libres intéressants, tels que [[w:Dokuwiki|DokuWiki]], rendu populaire par sa simplicité d’installation et d’usage. Jusqu’à ce jour cependant, seul MediaWiki semble suffisamment stable et puissant pour permettre le développement optimal de l’ensemble des projets Wikimédia. Avec parmi ceux-ci, bien sûr, Wikipédia, l'encyclopédie libre et universelle, dont nous allons enfin découvrir la mise en place dans ce prochain chapitre.
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Le mouvement Wikimédia/L'encyclopédie libre et universelle
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<noinclude>{{Le mouvement Wikimédia}}</noinclude>
Dans les chapitres précédents, nous avons découvert toutes les innovations techniques et culturelles sans lesquelles Wikipédia n’aurait jamais pu devenir la plus grande encyclopédie libre et universelle connue au monde. Son objectif est de synthétiser la totalité du savoir humain. Ce qui n’est autre, finalement, qu’un vieux rêve de notre humanité. Trois cents ans avant Jésus-Christ et durant la création de la bibliothèque d’Alexandrie, ce désir était aussi celui de [[w:fr: Ptolémée_Ier|Ptolémée <abbr>Iᵉʳ</abbr>]]. C'était deux siècles avant que [[w:Denis Diderot|Denis Diderot]] publie, avec [[w:Jean_Le_Rond_d'Alembert|Jean Le Rond d'Alembert]] et [[w:Louis_de_Jaucourt|Louis de]] Jaucourt en 1751, la première édition de l’''[[w:Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers|Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers]]''. Quant à [[w:fr: Paul Otlet|Paul Otlet]], qui a créé avec Henri La Fontaine la [[w:fr: Classification décimale universelle|classification décimale universelle]] en usage depuis 1905, il s’était mis en tête de répertorier l’ensemble du savoir humain au sein d'un seul édifice.
Peu connu à ce jour, ce [[w:Documentaliste|documentaliste]] belge rêvait pourtant de cataloguer le monde et de rassembler toutes les connaissances humaines, sous la forme d’un gigantesque [[w:Répertoire_bibliographique_universel|répertoire bibliographique universel]], situé à l'intérieur d'un [[w:Mundaneum|Mundaneum]]<ref>{{Ouvrage|prénom1=Alex|nom1=Wright|titre=Cataloging the world : Paul Otlet and the birth of the information age|éditeur=Oxford University Press|date=2014|isbn=978-0-19-993141-5|oclc=861478071}}.</ref>. En 1934, dans le [[s:fr: Traité de documentation|''Traité de documentation'']] écrit par celui qui voulait « classer le monde<ref>{{Ouvrage|langue=|auteur=|prénom1=Françoise|nom1=Levie|titre=L' homme qui voulait classer le monde: Paul Otlet et le Mundaneum|passage=|lieu=|éditeur=Impressions Nouvelles|date=2008|pages totales=|isbn=978-2-87449-022-4|oclc=699650184}}.</ref> », Otlet décrit, de manière particulièrement visionnaire, un possible partage du savoir et de l’information''<ref>{{ouvrage|langue=|auteur=|prénom1=Paul|nom1=Otlet|titre=[[w: fr: Traité de documentation|Traité de documentation]]|sous-titre=Le Livre sur le livre, théorie et pratique|passage=428|lieu=Bruxelles|éditeur=Editions Mundaneum|année=1934|date=|pages totales=431|isbn=}}.</ref>''.
<blockquote>
Ici, la Table de Travail n’est plus chargée d’aucun livre. À leur place se dresse un écran et à portée un téléphone. Là-bas, au loin, dans un édifice immense, sont tous les livres et tous les renseignements, avec tout l’espace que requiert leur enregistrement et leur manutention…
De là, on fait apparaître sur l’écran la page à lire pour connaître la question posée par téléphone avec ou sans fil. Un écran serait double, quadruple ou décuple s’il s’agissait de multiplier les textes et les documents à confronter simultanément ; il y aurait un haut-parleur si la vue devrait être aidée par une audition. Une telle hypothèse, un [[w:fr: H. G. Wells|Wells]] certes l’aimerait. Utopie aujourd’hui parce qu’elle n’existe encore nulle part, mais elle pourrait devenir la réalité de demain pourvu que se perfectionnent encore nos méthodes et notre instrumentation.
</blockquote>
[[Fichier:Le_Répertoire_Bibliographique_Universel_vers_1900.jpg|vignette|<small>Figure 13. Photographie de l’intérieur du Répertoire Bibliographique Universel prise aux alentours de 1900.</small>|400x400px]]
À peu de choses près, cette utopie décrite en 1934 par Otlet correspond à l'usage que l'on fait du réseau Internet et de son espace web, lorsqu'on recherche de l'information aujourd'hui. Premièrement, allumer un système informatique, avec ou sans fil, muni d'un écran ; ensuite, poser une question dans un moteur de recherche ; puis, comme cela arrive très souvent, être redirigé vers l'une des versions linguistiques de Wikipédia<ref>{{Lien web|langue=|auteur=Alexa|titre=Wikipedia.org Competitive Analysis, Marketing Mix and Traffic|url=https://web.archive.org/web/20201002021753/https://www.alexa.com/siteinfo/wikipedia.org|site=|date=|consulté le=}}.</ref>.
Ce scénario, dans lequel les moteurs de recherche jouent un rôle central, explique la popularité de l'encyclopédie libre. D'autres projets similaires étaient pourtant apparus sur le Web avant l'arrivée de Wikipédia. Environ trois ans avant sa création, [[w:fr: Aaron Swartz|Aaron Swartz]], un activiste de la culture libre qui avait juste douze ans à l'époque, avait par exemple lancé une sorte de site encyclopédique produit et régi par ses usagers<ref>Brian Knappenberger, {{Lien web|titre=The Internet's own boy: The Story of Aaron Swartz{{!}}The Internet's own boy: The Story of Aaron Swartz|url=https://archive.org/details/youtube-gpvcc9C8SbM|éditeur=[[w:fr:Participant Media|Participant Medi]]|année=2014|passage=6:29 - 7:31 min|Auteur1=Brian Knappenberger}}.</ref>. Appelé ''The Info Network,'' ce site web avait d'ailleurs permis à son auteur de recevoir l'''[[w:en:ArsDigita|ArsDigita]] Prize'', un prix décerné aux jeunes créateurs de projets « utiles, éducatifs, collaboratifs et non commerciaux »<ref>{{Lien web|auteur=David Amsden|titre=The Brilliant Life and Tragic Death of Aaron Swarz|url=https://web.archive.org/web/20211010013454/https://www.rollingstone.com/culture/culture-news/the-brilliant-life-and-tragic-death-of-aaron-swartz-177191/|site=Penske Media Corporation|éditeur=|date=28/02/2013|consulté le=}}.</ref>.
Il faut savoir ensuite que l'expression « encyclopédie libre et universelle » fut ounliée pour la première fois au cours de l'année 2000 par Richard Stallman, soit l'année qui précéda celle de la naissance de Wikipédia. C'était dans un essai intitulé ''[[metawiki:The Free Universal Encyclopedia and Learning Resource|The Free Universal Encyclopedia and Learning Resource]]''<ref>{{Lien web|auteur=Richard Stallman|titre=The Free Universal Encyclopedia and Learning Resource (1998 draft)|url=https://web.archive.org/web/20211029155052/https://www.gnu.org/encyclopedia/free-encyclopedia-1998-draft.html|site=GNU|date=2021/01/04}}.</ref>, qui, selon son auteur, avait été rédigé deux ans avant sa publication sur la liste de diffusion du projet GNU<ref name="Stallman">{{Lien web|langue=|auteur=Richard Stallman|titre=The Free Universal Encyclopedia and Learning Resource|url=https://web.archive.org/web/20090201021222/http://www.gnu.org:80/encyclopedia/anencyc.txt|site=GNU|date=18 décembre 2000|consulté le=}}.</ref>. Repris ci-dessous, un extrait de ce texte, présente les particularités du projet.
<blockquote>
Le World Wide Web a le potentiel de devenir une encyclopédie universelle couvrant tous les domaines de la connaissance et une bibliothèque complète de cours d’enseignement. Ce résultat pourrait être atteint sans effort particulier, si personne n’intervient. Mais les entreprises se mobilisent aujourd’hui pour orienter l’avenir vers une voie différente, dans laquelle elles contrôlent et limitent l’accès au matériel pédagogique, afin de soutirer de l’argent aux personnes qui veulent apprendre.
Nous ne pouvons pas empêcher les entreprises de restreindre l’information qu’elles mettent à disposition ; ce que nous pouvons faire, c’est proposer une alternative. Nous devons lancer un mouvement pour développer une encyclopédie libre universelle, tout comme le mouvement des logiciels libres nous a donné le système d’exploitation libre GNU/Linux. L’encyclopédie libre fournira une alternative aux encyclopédies restreintes que les entreprises de médias rédigeront<ref>Texte original avant sa traduction par www.deepl.com/translator : ''The World Wide Web has the potential to develop into a universal encyclopedia covering all areas of knowledge, and a complete library of instructional courses. This outcome could happen without any special effort, if no one interferes. But corporations are mobilizing now to direct the future down a different track--one in which they control and restrict access to learning materials, so as to extract money from people who want to learn. […] We cannot stop business from restricting the information it makes available ; what we can do is provide an alternative. We need to launch a movement to develop a universal free encyclopedia, much as the Free Software movement gave us the free software operating system GNU/Linux. The free encyclopedia will provide an alternative to the restricted ones that media corporations will write.''</ref>.
</blockquote>
[[Fichier:Wikimania_2016_-_Press_conference_with_Jimmy_Wales_and_Katherine_Maher_01_(centred_crop).jpg|vignette|<small>Figure 14. Jimmy Wales en 2016.</small>|gauche]]
En parlant d'un « mouvement pour développer une encyclopédie libre universelle », Stallman anticipait donc, sans le savoir, l'arrivée du mouvement Wikimédia, qui ne se concrétisa que bien des années plus tard. Quant à la soixantaine de paragraphes qui décrivent son projet, on y retrouve, dans une forme presque identique, les cinq principes fondateurs qui ont guidé la création de Wikipédia et qui sont toujours actifs à ce jour<ref>{{Lien web|langue=|auteur=Wikipédia|titre=Principes fondateurs|url=https://web.archive.org/web/20230610010746/https://fr.wikipedia.org/wiki/Wikip%C3%A9dia:Principes_fondateurs|site=|date=|consulté le=}}.</ref>.
Le premier consiste bien sûr à [[w:fr:Wikipédia:Wikipédia est une encyclopédie|créer une encyclopédie]] ; le deuxième réclame une [[w:fr: wikipédia: Neutralité de point de vue|neutralité de point de vue]]<ref>{{Lien web|langue=|auteur=Wikipedia|titre=Information for "Wikipedia: Neutral point of view"|url=https://web.archive.org/web/20201115191610/https://en.wikipedia.org/w/index.php?title=Wikipedia%3ANeutral_point_of_view&action=info|site=|date=|consulté le=}}.</ref>, chose que Stallman expliquait déjà en écrivant qu’« en cas de controverse, plusieurs points de vue seront représentés » ; le troisième implique le respect des droits d’auteur et l’adoption d'une [[w:fr:Wikipédia:Droit d'auteur|licence libre]], celle précisément dont Stallman avait été l'initiateur ; le quatrième inscrit le projet dans une [[w:fr:Wikipédia:Règles de savoir-vivre|démarche collaborative]], alors que Stallman précisait déjà que « tout le monde est le bienvenu pour écrire des articles » ; et le cinquième enfin, stipule qu’il n’y a [[w:fr:Wikipédia:Interprétation créative des règles|pas d’autres règles fixes]], une position très courante dans le milieu des hackers dont Stallman faisait partie.
[[Fichier:L_Sanger.jpg|vignette|<small>Figure 15. Larry Sanger en 2010.</small>]]
Il apparaît donc clairement que le projet Wikipédia n'était pas une idée originale en soi, mais plutôt une opportunité saisie par la société [[w:fr:Bomis|Bomis]] pour enrichir sa propre encyclopédie commerciale, [[w:fr: Nupedia|Nupedia]]. Cette dernière avait été lancée en avril 2000, soit environ dix mois avant Wikipédia, et sa rédaction était assurée par des experts engagés au sein d’un processus éditorial strict et formel<ref>{{Cite book|first1=Ned|last1=Kock|first2=Yusun|last2=Jung|first3=Thant|last3=Syn|title=Wikipedia and e-Collaboration Research: Opportunities and Challenges|journal=[[International Journal of e-Collaboration]]|volume=12|issue=2|publisher=IGI Global|date=2016|issn=1548-3681|doi=10.4018/IJeC.2016040101|url=http://cits.tamiu.edu/kock/pubs/journals/2016JournalIJeC_WikipediaEcollaboration/Kock_etal_2016_IJeC_WikipediaEcollaboration.pdf|archive-url=https://web.archive.org/web/20160927001627/https://cits.tamiu.edu/kock/pubs/journals/2016JournalIJeC_WikipediaEcollaboration/Kock_etal_2016_IJeC_WikipediaEcollaboration.pdf|archive-date=September 27, 2016|pages=1–8|author1-link=Ned Kock|url-status=live}}.</ref>. Malheureusement pour la firme Bomis, le nombre d’articles ne progressait que très lentement.
Dans le but d'accélérer le processus, [[w:fr: Larry Sanger|Larry Sanger]], un docteur en philosophie employé par Bomis pour assurer le rôle de rédacteur en chef de Nupedia, eut l'idée d'installer un logiciel wiki sur les serveurs de son entreprise. L'objectif était d'ouvrir un site web participatif, dans lequel des volontaires pourraient créer des articles encyclopédiques, pour qu'ils soient ensuite intégrés dans le projet commercial. Malgré le manque d’enthousiasme de son employeur [[w:fr: Jimmy Wales|Jimmy Wales]]<ref>{{Lien web|langue=|auteur=|nom1=Sanger|prénom1=Larry|titre=Let's make a wiki|url=https://web.archive.org/web/20030822044513/www.nupedia.com/pipermail/nupedia-l/2001-January/000676.html|site=Nupedia-l|lieu=|date=10 janvier 2001|consulté le=}}.</ref>, Sanger mit ses idées en application, et c'est ainsi que débuta l’[[w:fr:Histoire de Wikipédia|histoire de Wikipédia]]<ref>{{Lien web|langue=|auteur=Geere Duncan|titre=Timeline:Wikipedia's history and milestones|url=http://archive.wikiwix.com/cache/index2.php?url=https://www.wired.co.uk/news/archive/2011-01/11/wikipedia-timeline|site=Wired UK|date=11 janvier 2011|consulté le=}}.</ref>, avec sa toute première version en anglais.
C’était le 15 janvier 2001, précisément le même mois où Richard Stallman mit en ligne son propre projet d’encyclopédie libre et universelle, qu'il souhaitait intituler [[w:fr: GNUPedia|GNUPedia]]. Étonnamment, les noms de domaine gnupedia .com .net et .org avaient déjà été enregistrés au nom de Jimmy Wales<ref>{{Lien web|auteur=Jimmy Wales|titre=Re: [Bug-gnupedia] gnupedia.org resolves to nupedia|url=https://web.archive.org/web/20210302175447/https://lists.gnu.org/archive/html/bug-gne/2001-01/msg00472.html|site=GNU Mailing Lists|date=21 janvier 2001|consulté le=}}.</ref>, ce qui obligea Stallman à rebaptiser son projet GNE. Ce fait est d'autant plus surprenant que Wales affirma des années plus tard<ref name="Poe">{{Lien web|langue=|auteur=Marshall Poe|titre=The Hive|url=https://web.archive.org/web/20210427075913/https://www.theatlantic.com/magazine/archive/2006/09/the-hive/305118/?single_page=true|site=The Atlantic|date=27-04-2021|consulté le=}}.</ref> : « n’avoir eu aucune connaissance directe de l’essai de Stallman lorsqu’il s’est lancé dans son projet d’encyclopédie »<ref>Texte original avant sa traduction par www.deepl.com/translator : ''« had no direct knowledge of Stallman’s essay when he embarked on his encyclopedia project »''</ref>.
Le site GNE ne ressemblait cependant pas vraiment à une encyclopédie, mais plutôt à un blog collectif<ref>{{Cite book|title=The Future of the Internet--And How to Stop It|last=Zittrain|first=Jonathan|authorlink=Jonathan Zittrain|publisher=Yale University Press|year=2008|isbn=9780300145342|pages=140|url=https://archive.org/details/futureoftheinternetandhow00zitt}}.</ref> ou une [[w:fr:Base de connaissance|base de connaissance]]<ref>{{Cite book|title=Good Faith Collaboration: The Culture of Wikipedia|last=Reagle|first=Joseph Michael|publisher=MIT Press|year=2010|isbn=9780262014472|pages=54|url=https://archive.org/details/goodfaithcol_reag_2010_000_10578531|url-access=registration}}.</ref>, tandis que sa page d’accueil précisait clairement qu’il s’agissait d’une bibliothèque d’opinion<ref>{{Lien web|titre=Home|url=https://web.archive.org/web/20210307060715/http://gne.sourceforge.net/eng/|date=|consulté le=|auteur=GNE}}.</ref>. Quant à sa modération, elle avait demandé d'engager un employé, car elle s'est avérée bien plus compliquée que prévu. À côté de cela, et probablement grâce aux spécificités de l’environnement wiki et aux soutiens apportés par Jimmy Wales et Larry Sanger, Wikipédia réussit à mettre en place une organisation efficace au sein d'une communauté d'éditeurs grandissante.
[[Fichier:En_Wikipedia_Articles.png|vignette|<small>Figure 16. Évolution graphique du nombre d’articles sur Wikipédia.</small>|gauche|300x300px]]
[[Fichier:Citizendium_number_of_articles_graph.png|vignette|<small>Figure 17. Évolution graphique du nombre d’articles sur Citizendium.</small>|gauche|300x300px]]
Peut-être en raison de la concurrence libre faite par le projet GNE, Jimmy Wales décida d'abandonner le copyright que Bomis détenait sur son encyclopédie commerciale Nupedia, pour le remplacer par une licence Nupedia Open Content<ref>{{Ouvrage|langue=|prénom1=Andrew|nom1=Lih|titre=The Wikipedia revolution: how a bunch of nobodies created the world's greatest encyclopedia|passage=35|éditeur=Aurum|date=2010|isbn=978-1-84513-516-4|oclc=717360697|consulté le=}}.</ref>. Peu de temps après, il décida finalement d'adopter la [[w:fr: Licence de documentation libre GNU|licence de documentation libre GNU]] conçue pour protéger les textes de documentation des logiciels libres. Ce dernier choix fut une stratégie payante, puisque cela incita Richard Stallman à transférer tout le contenu de son projet GNE vers Nupedia, et à encourager tout le monde à contribuer sur Wikipédia<ref>{{Lien web|langue=|auteur=GNU|titre=Le projet d'encyclopédie libre|url=https://web.archive.org/web/20201031191252/http://www.gnu.org/encyclopedia/encyclopedia.fr.html|site=|date=|consulté le=}}.</ref>.
Parmi les autres actions de Jimmy Wales qui ont contribué au succès de Wikipédia, il y eut cette idée d'ouvrir le projet aux « gens ordinaires<ref>{{Lien web|langue=|auteur=Timothy|titre=The Early History of Nupedia and Wikipedia : A Memoir|url=https://web.archive.org/web/20201002023421/https://features.slashdot.org/story/05/04/18/164213/the-early-history-of-nupedia-and-wikipedia-a-memoir|site=Slashdot|lieu=|date=2005|consulté le=}}.</ref> ». C’était un choix qui s’opposait aux idéaux de Larry Sanger, qui de loin préférait le modèle de Nupedia avec son système de relecture par des experts. Cependant, Jimmy Wales, en tant qu'homme d’affaires, visait une croissance plus rapide du contenu de l'encyclopédie<ref name="Poe" />.
Cette croissance ne s'est toutefois pas faite sans difficulté. Le 26 février 2002, en effet, l'[[w:Enciclopedia_Libre_Universal_en_Español|Enciclopedia Libre Universal en Español]], un projet dissident du projet Wikipédia, fit son apparition. C'était une réaction à de la censure, à l'existence d'une ligne éditoriale et à la possibilité de voir apparaitre des publicités dans Wikipédia<ref>{{Lien web|titre=Good luck with your WikiPAIDia: Reflections on the 2002 Fork of the Spanish Wikipedia|url=https://web.archive.org/web/20250927011327/https://networkcultures.org/cpov/2011/01/15/spanish_fork/|auteur1=Institute of network cultures}}</ref>. En raison des remises en question que cette séparation suscitait parmi les bénévoles actifs dans les projets, Jimmy Wales renonça finalement à l'usage de la publicité et mit de côté ses visions en matière de profit.
Il faut aussi tenir compte du fait que cet évènement est survenu lors de l'éclatement de la [[w:Bulle spéculative (Internet)|bulle spéculative Internet]] et du [[w:fr:Krach boursier de 2001-2002|krach boursier de 2001-2002]]. Une conjoncture qui plaçait la société Bomis dans des difficultés financières, et surtout, dans l'incapacité de payer le salaire de Larry Sanger, son seul employé. En mars 2002 et après un mois d’activité bénévole, l’ex-employé décida alors de quitter les fonctions, qu'il occupait depuis un peu plus d'un an, dans Nupedia et Wikipédia<ref>{{Lien web|auteur=Meta-Wiki|titre=My resignation|url=https://web.archive.org/web/20210226005328/https://meta.wikimedia.org/w/index.php?title=My_resignation--Larry_Sanger&oldid=23899|site=|consulté le=}}.</ref>. Avec le seul soutien de Jimmy Wales, les deux encyclopédies purent toutefois poursuivre leurs développements, toujours avec le concours d'experts dans Nupedia et d'une communauté bénévole au niveau de Wikipédia. Néanmoins, en septembre 2003 et vu l'écart qui se creusait entre les deux projets, l'encyclopédie Nupedia fut fermée et ses quelques dizaines d'articles transférées vers les milliers d'autres que comprenait déjà le projet Wikipédia.
Trois ans plus tard, Larry Sanger n’avait pas dit son dernier mot. En septembre 2006, il décida en effet de lancer sur fonds propres une encyclopédie intitulée [[w:Citizendium|Citizendium]]. Cette plateforme écrite en anglais uniquement et toujours active à ce jour, repose sur un système d’expertise, dans lequel les contributrices et les contributeurs doivent déclarer leur identité réelle. En avril 2026 cependant, Citizendium reprenait moins de 2000 articles<ref>{{Lien web|url=https://web.archive.org/web/20260414234905/https://www.citizendium.org/|titre=Welcome to Cityzendium|auteur=Cityzendium}}</ref>, tout avancement confondu, tandis que le projet Wikipédia en anglais en regroupait déjà plus de 7 millions<ref>{{Lien web|url=https://web.archive.org/web/20260423065306/https://en.wikipedia.org/wiki/Main_Page|titre=Welcome to Wikipedia|auteur=Wikipedia}}</ref>
Voici donc comment est née la plus grande encyclopédie au monde, dont la taille et la visibilité n'avaient jamais été égalées auparavant. Une encyclopédie qui, de plus, s'est rapidement déclinée en de nombreuses versions linguistiques, à l'instar de sa version francophone, lancée moins de quatre mois après le projet original en anglais<ref>{{Lien web|langue=|auteur=Jason Richey|titre=new language wikis|url=https://web.archive.org/web/20210131074026/https://lists.wikimedia.org/pipermail/wikipedia-l/2001-May/000116.html|site=Wikipedia-l|lieu=|date=11 mai 2001|consulté le=}}.</ref>. Toutes ces versions ont formé les premières bases d’une organisation mondiale, bientôt chapeautée par une fondation. Avant cela, d'autres projets pédagogiques et collaboratifs ont vu le jour au côté de Wikipédia. Intitulés « projets frères », ceux-ci se constituent à leur tour, en de nombreuses versions linguistiques, tout en poursuivant le processus de création du mouvement Wikimédia.{{AutoCat}}
j079d3nuszut5dtxjahpsmw4s48pvow
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2026-04-30T09:19:25Z
Lionel Scheepmans
20012
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text/x-wiki
<noinclude>{{Le mouvement Wikimédia}}</noinclude>
Dans les chapitres précédents, nous avons découvert toutes les innovations techniques et culturelles, sans lesquelles Wikipédia n’aurait jamais pu devenir la plus grande encyclopédie libre et universelle connue au monde. Son objectif est de synthétiser la totalité du savoir humain. Ce qui n’est autre, finalement, qu’un vieux rêve de notre humanité. Trois cents ans avant Jésus-Christ et durant la création de la bibliothèque d’Alexandrie, ce désir était aussi celui de [[w:fr: Ptolémée_Ier|Ptolémée <abbr>Iᵉʳ</abbr>]]. Puis, deux siècles [[w:Denis Diderot|Denis Diderot]] publie, avec [[w:Jean_Le_Rond_d'Alembert|Jean Le Rond d'Alembert]] et [[w:Louis_de_Jaucourt|Louis de]] Jaucourt en 1751, la première édition de l’''[[w:Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers|Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers]]''. Quant à [[w:fr: Paul Otlet|Paul Otlet]], qui a créé avec Henri La Fontaine la [[w:fr: Classification décimale universelle|classification décimale universelle]] en usage depuis 1905, il s’était mis en tête de répertorier l’ensemble du savoir humain au sein d'un seul édifice.
Peu connu à ce jour, ce [[w:Documentaliste|documentaliste]] belge rêvait pourtant de cataloguer le monde et de rassembler toutes les connaissances humaines, sous la forme d’un gigantesque [[w:Répertoire_bibliographique_universel|répertoire bibliographique universel]], situé à l'intérieur d'un [[w:Mundaneum|Mundaneum]]<ref>{{Ouvrage|prénom1=Alex|nom1=Wright|titre=Cataloging the world : Paul Otlet and the birth of the information age|éditeur=Oxford University Press|date=2014|isbn=978-0-19-993141-5|oclc=861478071}}.</ref>. En 1934, dans le [[s:fr: Traité de documentation|''Traité de documentation'']] écrit par celui qui voulait « classer le monde<ref>{{Ouvrage|langue=|auteur=|prénom1=Françoise|nom1=Levie|titre=L' homme qui voulait classer le monde: Paul Otlet et le Mundaneum|passage=|lieu=|éditeur=Impressions Nouvelles|date=2008|pages totales=|isbn=978-2-87449-022-4|oclc=699650184}}.</ref> », Otlet décrit, de manière particulièrement visionnaire, un possible partage du savoir et de l’information''<ref>{{ouvrage|langue=|auteur=|prénom1=Paul|nom1=Otlet|titre=[[w: fr: Traité de documentation|Traité de documentation]]|sous-titre=Le Livre sur le livre, théorie et pratique|passage=428|lieu=Bruxelles|éditeur=Editions Mundaneum|année=1934|date=|pages totales=431|isbn=}}.</ref>''.
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Ici, la Table de Travail n’est plus chargée d’aucun livre. À leur place se dresse un écran et à portée un téléphone. Là-bas, au loin, dans un édifice immense, sont tous les livres et tous les renseignements, avec tout l’espace que requiert leur enregistrement et leur manutention…
De là, on fait apparaître sur l’écran la page à lire pour connaître la question posée par téléphone avec ou sans fil. Un écran serait double, quadruple ou décuple s’il s’agissait de multiplier les textes et les documents à confronter simultanément ; il y aurait un haut-parleur si la vue devrait être aidée par une audition. Une telle hypothèse, un [[w:fr: H. G. Wells|Wells]] certes l’aimerait. Utopie aujourd’hui parce qu’elle n’existe encore nulle part, mais elle pourrait devenir la réalité de demain pourvu que se perfectionnent encore nos méthodes et notre instrumentation.
</blockquote>
[[Fichier:Le_Répertoire_Bibliographique_Universel_vers_1900.jpg|vignette|<small>Figure 13. Photographie de l’intérieur du Répertoire Bibliographique Universel prise aux alentours de 1900.</small>|400x400px]]
À peu de choses près, cette utopie décrite en 1934 par Otlet correspond à l'usage que l'on fait du réseau Internet et de son espace web, lorsqu'on recherche de l'information aujourd'hui. Premièrement, allumer un système informatique, avec ou sans fil et muni d'un écran, ensuite, poser une question dans un moteur de recherche, puis finalement, être redirigé, comme cela arrive très souvent, vers l'une des versions linguistiques de Wikipédia.<ref>{{Lien web|langue=|auteur=Alexa|titre=Wikipedia.org Competitive Analysis, Marketing Mix and Traffic|url=https://web.archive.org/web/20201002021753/https://www.alexa.com/siteinfo/wikipedia.org|site=|date=|consulté le=}}.</ref>.
Ce scénario, dans lequel les moteurs de recherche jouent un rôle central, explique la popularité de l'encyclopédie libre. D'autres projets similaires étaient pourtant apparus sur le Web avant l'arrivée de Wikipédia. Environ trois ans avant sa création, [[w:fr: Aaron Swartz|Aaron Swartz]], un activiste de la culture libre qui avait juste douze ans à l'époque, avait par exemple lancé une sorte de site encyclopédique produit et régi par ses usagers<ref>Brian Knappenberger, {{Lien web|titre=The Internet's own boy: The Story of Aaron Swartz{{!}}The Internet's own boy: The Story of Aaron Swartz|url=https://archive.org/details/youtube-gpvcc9C8SbM|éditeur=[[w:fr:Participant Media|Participant Medi]]|année=2014|passage=6:29 - 7:31 min|Auteur1=Brian Knappenberger}}.</ref>. Appelé ''The Info Network,'' ce site web avait d'ailleurs permis à son auteur de recevoir l'''[[w:en:ArsDigita|ArsDigita]] Prize'', un prix décerné aux jeunes créateurs de projets « utiles, éducatifs, collaboratifs et non commerciaux »<ref>{{Lien web|auteur=David Amsden|titre=The Brilliant Life and Tragic Death of Aaron Swarz|url=https://web.archive.org/web/20211010013454/https://www.rollingstone.com/culture/culture-news/the-brilliant-life-and-tragic-death-of-aaron-swartz-177191/|site=Penske Media Corporation|éditeur=|date=28/02/2013|consulté le=}}.</ref>.
Il faut savoir ensuite que l'expression « encyclopédie libre et universelle » fut ounliée pour la première fois au cours de l'année 2000 par Richard Stallman, soit l'année qui précéda celle de la naissance de Wikipédia. C'était dans un essai intitulé ''[[metawiki:The Free Universal Encyclopedia and Learning Resource|The Free Universal Encyclopedia and Learning Resource]]''<ref>{{Lien web|auteur=Richard Stallman|titre=The Free Universal Encyclopedia and Learning Resource (1998 draft)|url=https://web.archive.org/web/20211029155052/https://www.gnu.org/encyclopedia/free-encyclopedia-1998-draft.html|site=GNU|date=2021/01/04}}.</ref>, qui, selon son auteur, avait été rédigé deux ans avant sa publication sur la liste de diffusion du projet GNU<ref name="Stallman">{{Lien web|langue=|auteur=Richard Stallman|titre=The Free Universal Encyclopedia and Learning Resource|url=https://web.archive.org/web/20090201021222/http://www.gnu.org:80/encyclopedia/anencyc.txt|site=GNU|date=18 décembre 2000|consulté le=}}.</ref>. Repris ci-dessous, un extrait de ce texte, présente les particularités du projet.
<blockquote>
Le World Wide Web a le potentiel de devenir une encyclopédie universelle couvrant tous les domaines de la connaissance et une bibliothèque complète de cours d’enseignement. Ce résultat pourrait être atteint sans effort particulier, si personne n’intervient. Mais les entreprises se mobilisent aujourd’hui pour orienter l’avenir vers une voie différente, dans laquelle elles contrôlent et limitent l’accès au matériel pédagogique, afin de soutirer de l’argent aux personnes qui veulent apprendre.
Nous ne pouvons pas empêcher les entreprises de restreindre l’information qu’elles mettent à disposition ; ce que nous pouvons faire, c’est proposer une alternative. Nous devons lancer un mouvement pour développer une encyclopédie libre universelle, tout comme le mouvement des logiciels libres nous a donné le système d’exploitation libre GNU/Linux. L’encyclopédie libre fournira une alternative aux encyclopédies restreintes que les entreprises de médias rédigeront<ref>Texte original avant sa traduction par www.deepl.com/translator : ''The World Wide Web has the potential to develop into a universal encyclopedia covering all areas of knowledge, and a complete library of instructional courses. This outcome could happen without any special effort, if no one interferes. But corporations are mobilizing now to direct the future down a different track--one in which they control and restrict access to learning materials, so as to extract money from people who want to learn. […] We cannot stop business from restricting the information it makes available ; what we can do is provide an alternative. We need to launch a movement to develop a universal free encyclopedia, much as the Free Software movement gave us the free software operating system GNU/Linux. The free encyclopedia will provide an alternative to the restricted ones that media corporations will write.''</ref>.
</blockquote>
[[Fichier:Wikimania_2016_-_Press_conference_with_Jimmy_Wales_and_Katherine_Maher_01_(centred_crop).jpg|vignette|<small>Figure 14. Jimmy Wales en 2016.</small>|gauche]]
En parlant d'un « mouvement pour développer une encyclopédie libre universelle », Stallman anticipait donc, sans le savoir, l'arrivée du mouvement Wikimédia, qui ne se concrétisa que bien des années plus tard. Quant à la soixantaine de paragraphes qui décrivent son projet, on y retrouve, dans une forme presque identique, les cinq principes fondateurs qui ont guidé la création de Wikipédia et qui sont toujours actifs à ce jour<ref>{{Lien web|langue=|auteur=Wikipédia|titre=Principes fondateurs|url=https://web.archive.org/web/20230610010746/https://fr.wikipedia.org/wiki/Wikip%C3%A9dia:Principes_fondateurs|site=|date=|consulté le=}}.</ref>.
Le premier consiste bien sûr à [[w:fr:Wikipédia:Wikipédia est une encyclopédie|créer une encyclopédie]] ; le deuxième réclame une [[w:fr: wikipédia: Neutralité de point de vue|neutralité de point de vue]]<ref>{{Lien web|langue=|auteur=Wikipedia|titre=Information for "Wikipedia: Neutral point of view"|url=https://web.archive.org/web/20201115191610/https://en.wikipedia.org/w/index.php?title=Wikipedia%3ANeutral_point_of_view&action=info|site=|date=|consulté le=}}.</ref>, chose que Stallman expliquait déjà en écrivant qu’« en cas de controverse, plusieurs points de vue seront représentés » ; le troisième implique le respect des droits d’auteur et l’adoption d'une [[w:fr:Wikipédia:Droit d'auteur|licence libre]], celle précisément dont Stallman avait été l'initiateur ; le quatrième inscrit le projet dans une [[w:fr:Wikipédia:Règles de savoir-vivre|démarche collaborative]], alors que Stallman précisait déjà que « tout le monde est le bienvenu pour écrire des articles » ; et le cinquième enfin, stipule qu’il n’y a [[w:fr:Wikipédia:Interprétation créative des règles|pas d’autres règles fixes]], une position très courante dans le milieu des hackers dont Stallman faisait partie.
[[Fichier:L_Sanger.jpg|vignette|<small>Figure 15. Larry Sanger en 2010.</small>]]
Il apparaît donc clairement que le projet Wikipédia n'était pas une idée originale en soi, mais plutôt une opportunité saisie par la société [[w:fr:Bomis|Bomis]] pour enrichir sa propre encyclopédie commerciale, [[w:fr: Nupedia|Nupedia]]. Cette dernière avait été lancée en avril 2000, soit environ dix mois avant Wikipédia, et sa rédaction était assurée par des experts engagés au sein d’un processus éditorial strict et formel<ref>{{Cite book|first1=Ned|last1=Kock|first2=Yusun|last2=Jung|first3=Thant|last3=Syn|title=Wikipedia and e-Collaboration Research: Opportunities and Challenges|journal=[[International Journal of e-Collaboration]]|volume=12|issue=2|publisher=IGI Global|date=2016|issn=1548-3681|doi=10.4018/IJeC.2016040101|url=http://cits.tamiu.edu/kock/pubs/journals/2016JournalIJeC_WikipediaEcollaboration/Kock_etal_2016_IJeC_WikipediaEcollaboration.pdf|archive-url=https://web.archive.org/web/20160927001627/https://cits.tamiu.edu/kock/pubs/journals/2016JournalIJeC_WikipediaEcollaboration/Kock_etal_2016_IJeC_WikipediaEcollaboration.pdf|archive-date=September 27, 2016|pages=1–8|author1-link=Ned Kock|url-status=live}}.</ref>. Malheureusement pour la firme Bomis, le nombre d’articles ne progressait que très lentement.
Dans le but d'accélérer le processus, [[w:fr: Larry Sanger|Larry Sanger]], un docteur en philosophie employé par Bomis pour assurer le rôle de rédacteur en chef de Nupedia, eut l'idée d'installer un logiciel wiki sur les serveurs de son entreprise. L'objectif était d'ouvrir un site web participatif, dans lequel des volontaires pourraient créer des articles encyclopédiques, pour qu'ils soient ensuite intégrés dans le projet commercial. Malgré le manque d’enthousiasme de son employeur [[w:fr: Jimmy Wales|Jimmy Wales]]<ref>{{Lien web|langue=|auteur=|nom1=Sanger|prénom1=Larry|titre=Let's make a wiki|url=https://web.archive.org/web/20030822044513/www.nupedia.com/pipermail/nupedia-l/2001-January/000676.html|site=Nupedia-l|lieu=|date=10 janvier 2001|consulté le=}}.</ref>, Sanger mit ses idées en application, et c'est ainsi que débuta l’[[w:fr:Histoire de Wikipédia|histoire de Wikipédia]]<ref>{{Lien web|langue=|auteur=Geere Duncan|titre=Timeline:Wikipedia's history and milestones|url=http://archive.wikiwix.com/cache/index2.php?url=https://www.wired.co.uk/news/archive/2011-01/11/wikipedia-timeline|site=Wired UK|date=11 janvier 2011|consulté le=}}.</ref>, avec sa toute première version en anglais.
C’était le 15 janvier 2001, précisément le même mois où Richard Stallman mit en ligne son propre projet d’encyclopédie libre et universelle, qu'il souhaitait intituler [[w:fr: GNUPedia|GNUPedia]]. Étonnamment, les noms de domaine gnupedia .com .net et .org avaient déjà été enregistrés au nom de Jimmy Wales<ref>{{Lien web|auteur=Jimmy Wales|titre=Re: [Bug-gnupedia] gnupedia.org resolves to nupedia|url=https://web.archive.org/web/20210302175447/https://lists.gnu.org/archive/html/bug-gne/2001-01/msg00472.html|site=GNU Mailing Lists|date=21 janvier 2001|consulté le=}}.</ref>, ce qui obligea Stallman à rebaptiser son projet GNE. Ce fait est d'autant plus surprenant que Wales affirma des années plus tard<ref name="Poe">{{Lien web|langue=|auteur=Marshall Poe|titre=The Hive|url=https://web.archive.org/web/20210427075913/https://www.theatlantic.com/magazine/archive/2006/09/the-hive/305118/?single_page=true|site=The Atlantic|date=27-04-2021|consulté le=}}.</ref> : « n’avoir eu aucune connaissance directe de l’essai de Stallman lorsqu’il s’est lancé dans son projet d’encyclopédie »<ref>Texte original avant sa traduction par www.deepl.com/translator : ''« had no direct knowledge of Stallman’s essay when he embarked on his encyclopedia project »''</ref>.
Le site GNE ne ressemblait cependant pas vraiment à une encyclopédie, mais plutôt à un blog collectif<ref>{{Cite book|title=The Future of the Internet--And How to Stop It|last=Zittrain|first=Jonathan|authorlink=Jonathan Zittrain|publisher=Yale University Press|year=2008|isbn=9780300145342|pages=140|url=https://archive.org/details/futureoftheinternetandhow00zitt}}.</ref> ou une [[w:fr:Base de connaissance|base de connaissance]]<ref>{{Cite book|title=Good Faith Collaboration: The Culture of Wikipedia|last=Reagle|first=Joseph Michael|publisher=MIT Press|year=2010|isbn=9780262014472|pages=54|url=https://archive.org/details/goodfaithcol_reag_2010_000_10578531|url-access=registration}}.</ref>, tandis que sa page d’accueil précisait clairement qu’il s’agissait d’une bibliothèque d’opinion<ref>{{Lien web|titre=Home|url=https://web.archive.org/web/20210307060715/http://gne.sourceforge.net/eng/|date=|consulté le=|auteur=GNE}}.</ref>. Quant à sa modération, elle avait demandé d'engager un employé, car elle s'est avérée bien plus compliquée que prévu. À côté de cela, et probablement grâce aux spécificités de l’environnement wiki et aux soutiens apportés par Jimmy Wales et Larry Sanger, Wikipédia réussit à mettre en place une organisation efficace au sein d'une communauté d'éditeurs grandissante.
[[Fichier:En_Wikipedia_Articles.png|vignette|<small>Figure 16. Évolution graphique du nombre d’articles sur Wikipédia.</small>|gauche|300x300px]]
[[Fichier:Citizendium_number_of_articles_graph.png|vignette|<small>Figure 17. Évolution graphique du nombre d’articles sur Citizendium.</small>|gauche|300x300px]]
Peut-être en raison de la concurrence libre faite par le projet GNE, Jimmy Wales décida d'abandonner le copyright que Bomis détenait sur son encyclopédie commerciale Nupedia, pour le remplacer par une licence Nupedia Open Content<ref>{{Ouvrage|langue=|prénom1=Andrew|nom1=Lih|titre=The Wikipedia revolution: how a bunch of nobodies created the world's greatest encyclopedia|passage=35|éditeur=Aurum|date=2010|isbn=978-1-84513-516-4|oclc=717360697|consulté le=}}.</ref>. Peu de temps après, il décida finalement d'adopter la [[w:fr: Licence de documentation libre GNU|licence de documentation libre GNU]] conçue pour protéger les textes de documentation des logiciels libres. Ce dernier choix fut une stratégie payante, puisque cela incita Richard Stallman à transférer tout le contenu de son projet GNE vers Nupedia, et à encourager tout le monde à contribuer sur Wikipédia<ref>{{Lien web|langue=|auteur=GNU|titre=Le projet d'encyclopédie libre|url=https://web.archive.org/web/20201031191252/http://www.gnu.org/encyclopedia/encyclopedia.fr.html|site=|date=|consulté le=}}.</ref>.
Parmi les autres actions de Jimmy Wales qui ont contribué au succès de Wikipédia, il y eut cette idée d'ouvrir le projet aux « gens ordinaires<ref>{{Lien web|langue=|auteur=Timothy|titre=The Early History of Nupedia and Wikipedia : A Memoir|url=https://web.archive.org/web/20201002023421/https://features.slashdot.org/story/05/04/18/164213/the-early-history-of-nupedia-and-wikipedia-a-memoir|site=Slashdot|lieu=|date=2005|consulté le=}}.</ref> ». C’était un choix qui s’opposait aux idéaux de Larry Sanger, qui de loin préférait le modèle de Nupedia avec son système de relecture par des experts. Cependant, Jimmy Wales, en tant qu'homme d’affaires, visait une croissance plus rapide du contenu de l'encyclopédie<ref name="Poe" />.
Cette croissance ne s'est toutefois pas faite sans difficulté. Le 26 février 2002, en effet, l'[[w:Enciclopedia_Libre_Universal_en_Español|Enciclopedia Libre Universal en Español]], un projet dissident du projet Wikipédia, fit son apparition. C'était une réaction à de la censure, à l'existence d'une ligne éditoriale et à la possibilité de voir apparaitre des publicités dans Wikipédia<ref>{{Lien web|titre=Good luck with your WikiPAIDia: Reflections on the 2002 Fork of the Spanish Wikipedia|url=https://web.archive.org/web/20250927011327/https://networkcultures.org/cpov/2011/01/15/spanish_fork/|auteur1=Institute of network cultures}}</ref>. En raison des remises en question que cette séparation suscitait parmi les bénévoles actifs dans les projets, Jimmy Wales renonça finalement à l'usage de la publicité et mit de côté ses visions en matière de profit.
Il faut aussi tenir compte du fait que cet évènement est survenu lors de l'éclatement de la [[w:Bulle spéculative (Internet)|bulle spéculative Internet]] et du [[w:fr:Krach boursier de 2001-2002|krach boursier de 2001-2002]]. Une conjoncture qui plaçait la société Bomis dans des difficultés financières, et surtout, dans l'incapacité de payer le salaire de Larry Sanger, son seul employé. En mars 2002 et après un mois d’activité bénévole, l’ex-employé décida alors de quitter les fonctions, qu'il occupait depuis un peu plus d'un an, dans Nupedia et Wikipédia<ref>{{Lien web|auteur=Meta-Wiki|titre=My resignation|url=https://web.archive.org/web/20210226005328/https://meta.wikimedia.org/w/index.php?title=My_resignation--Larry_Sanger&oldid=23899|site=|consulté le=}}.</ref>. Avec le seul soutien de Jimmy Wales, les deux encyclopédies purent toutefois poursuivre leurs développements, toujours avec le concours d'experts dans Nupedia et d'une communauté bénévole au niveau de Wikipédia. Néanmoins, en septembre 2003 et vu l'écart qui se creusait entre les deux projets, l'encyclopédie Nupedia fut fermée et ses quelques dizaines d'articles transférées vers les milliers d'autres que comprenait déjà le projet Wikipédia.
Trois ans plus tard, Larry Sanger n’avait pas dit son dernier mot. En septembre 2006, il décida en effet de lancer sur fonds propres une encyclopédie intitulée [[w:Citizendium|Citizendium]]. Cette plateforme écrite en anglais uniquement et toujours active à ce jour, repose sur un système d’expertise, dans lequel les contributrices et les contributeurs doivent déclarer leur identité réelle. En avril 2026 cependant, Citizendium reprenait moins de 2000 articles<ref>{{Lien web|url=https://web.archive.org/web/20260414234905/https://www.citizendium.org/|titre=Welcome to Cityzendium|auteur=Cityzendium}}</ref>, tout avancement confondu, tandis que le projet Wikipédia en anglais en regroupait déjà plus de 7 millions<ref>{{Lien web|url=https://web.archive.org/web/20260423065306/https://en.wikipedia.org/wiki/Main_Page|titre=Welcome to Wikipedia|auteur=Wikipedia}}</ref>
Voici donc comment est née la plus grande encyclopédie au monde, dont la taille et la visibilité n'avaient jamais été égalées auparavant. Une encyclopédie qui, de plus, s'est rapidement déclinée en de nombreuses versions linguistiques, à l'instar de sa version francophone, lancée moins de quatre mois après le projet original en anglais<ref>{{Lien web|langue=|auteur=Jason Richey|titre=new language wikis|url=https://web.archive.org/web/20210131074026/https://lists.wikimedia.org/pipermail/wikipedia-l/2001-May/000116.html|site=Wikipedia-l|lieu=|date=11 mai 2001|consulté le=}}.</ref>. Toutes ces versions ont formé les premières bases d’une organisation mondiale, bientôt chapeautée par une fondation. Avant cela, d'autres projets pédagogiques et collaboratifs ont vu le jour au côté de Wikipédia. Intitulés « projets frères », ceux-ci se constituent à leur tour, en de nombreuses versions linguistiques, tout en poursuivant le processus de création du mouvement Wikimédia.{{AutoCat}}
34ztwxrur39s0d9vkkwg1eerqxluo2k
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2026-04-30T10:46:11Z
Lionel Scheepmans
20012
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wikitext
text/x-wiki
<noinclude>{{Le mouvement Wikimédia}}</noinclude>
Dans les chapitres précédents, nous avons découvert toutes les innovations techniques et culturelles, sans lesquelles Wikipédia n’aurait jamais pu devenir la plus grande encyclopédie libre et universelle connue au monde. Son objectif est de synthétiser la totalité du savoir humain. Ce qui n’est autre, finalement, qu’un vieux rêve de notre humanité. Trois cents ans avant Jésus-Christ et durant la création de la bibliothèque d’Alexandrie, ce désir était aussi celui de [[w:fr: Ptolémée_Ier|Ptolémée <abbr>Iᵉʳ</abbr>]]. Puis, deux siècles [[w:Denis Diderot|Denis Diderot]] publie, avec [[w:Jean_Le_Rond_d'Alembert|Jean Le Rond d'Alembert]] et [[w:Louis_de_Jaucourt|Louis de]] Jaucourt en 1751, la première édition de l’''[[w:Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers|Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers]]''. Quant à [[w:fr: Paul Otlet|Paul Otlet]], qui a créé avec Henri La Fontaine la [[w:fr: Classification décimale universelle|classification décimale universelle]] en usage depuis 1905, il s’était mis en tête de répertorier l’ensemble du savoir humain au sein d'un seul édifice.
Peu connu à ce jour, ce [[w:Documentaliste|documentaliste]] belge rêvait pourtant de cataloguer le monde et de rassembler toutes les connaissances humaines, sous la forme d’un gigantesque [[w:Répertoire_bibliographique_universel|répertoire bibliographique universel]], situé à l'intérieur d'un [[w:Mundaneum|Mundaneum]]<ref>{{Ouvrage|prénom1=Alex|nom1=Wright|titre=Cataloging the world : Paul Otlet and the birth of the information age|éditeur=Oxford University Press|date=2014|isbn=978-0-19-993141-5|oclc=861478071}}.</ref>. En 1934, dans le [[s:fr: Traité de documentation|''Traité de documentation'']] écrit par celui qui voulait « classer le monde<ref>{{Ouvrage|langue=|auteur=|prénom1=Françoise|nom1=Levie|titre=L' homme qui voulait classer le monde: Paul Otlet et le Mundaneum|passage=|lieu=|éditeur=Impressions Nouvelles|date=2008|pages totales=|isbn=978-2-87449-022-4|oclc=699650184}}.</ref> », Otlet décrit, de manière particulièrement visionnaire, un possible partage du savoir et de l’information''<ref>{{ouvrage|langue=|auteur=|prénom1=Paul|nom1=Otlet|titre=[[w: fr: Traité de documentation|Traité de documentation]]|sous-titre=Le Livre sur le livre, théorie et pratique|passage=428|lieu=Bruxelles|éditeur=Editions Mundaneum|année=1934|date=|pages totales=431|isbn=}}.</ref>''.
<blockquote>
Ici, la Table de Travail n’est plus chargée d’aucun livre. À leur place se dresse un écran et à portée un téléphone. Là-bas, au loin, dans un édifice immense, sont tous les livres et tous les renseignements, avec tout l’espace que requiert leur enregistrement et leur manutention…
De là, on fait apparaître sur l’écran la page à lire pour connaître la question posée par téléphone avec ou sans fil. Un écran serait double, quadruple ou décuple s’il s’agissait de multiplier les textes et les documents à confronter simultanément ; il y aurait un haut-parleur si la vue devrait être aidée par une audition. Une telle hypothèse, un [[w:fr: H. G. Wells|Wells]] certes l’aimerait. Utopie aujourd’hui parce qu’elle n’existe encore nulle part, mais elle pourrait devenir la réalité de demain pourvu que se perfectionnent encore nos méthodes et notre instrumentation.
</blockquote>
[[Fichier:Le_Répertoire_Bibliographique_Universel_vers_1900.jpg|vignette|<small>Figure 13. Photographie de l’intérieur du Répertoire Bibliographique Universel prise aux alentours de 1900.</small>|400x400px]]
À peu de choses près, cette utopie décrite en 1934 par Otlet correspond à l'usage que l'on fait du réseau Internet et de son espace web, lorsqu'on recherche de l'information aujourd'hui. Premièrement, allumer un système informatique, avec ou sans fil et muni d'un écran, ensuite, poser une question dans un moteur de recherche, puis finalement, être redirigé, comme cela arrive très souvent, vers l'une des versions linguistiques de Wikipédia.<ref>{{Lien web|langue=|auteur=Alexa|titre=Wikipedia.org Competitive Analysis, Marketing Mix and Traffic|url=https://web.archive.org/web/20201002021753/https://www.alexa.com/siteinfo/wikipedia.org|site=|date=|consulté le=}}.</ref>.
Ce scénario, dans lequel les moteurs de recherche jouent un rôle central, explique la popularité de l'encyclopédie libre. D'autres projets similaires étaient pourtant apparus sur le Web avant l'arrivée de Wikipédia. Environ trois ans avant sa création, [[w:fr: Aaron Swartz|Aaron Swartz]], un activiste de la culture libre qui avait juste douze ans à l'époque, avait par exemple lancé une sorte de site encyclopédique produit et régi par ses usagers<ref>Brian Knappenberger, {{Lien web|titre=The Internet's own boy: The Story of Aaron Swartz{{!}}The Internet's own boy: The Story of Aaron Swartz|url=https://archive.org/details/youtube-gpvcc9C8SbM|éditeur=[[w:fr:Participant Media|Participant Medi]]|année=2014|passage=6:29 - 7:31 min|Auteur1=Brian Knappenberger}}.</ref>. Appelé ''The Info Network,'' ce site web avait d'ailleurs permis à son auteur de recevoir l'''[[w:en:ArsDigita|ArsDigita]] Prize'', un prix décerné aux jeunes créateurs de projets « utiles, éducatifs, collaboratifs et non commerciaux »<ref>{{Lien web|auteur=David Amsden|titre=The Brilliant Life and Tragic Death of Aaron Swarz|url=https://web.archive.org/web/20211010013454/https://www.rollingstone.com/culture/culture-news/the-brilliant-life-and-tragic-death-of-aaron-swartz-177191/|site=Penske Media Corporation|éditeur=|date=28/02/2013|consulté le=}}.</ref>.
Il faut savoir ensuite que l'expression « encyclopédie libre et universelle » apparut pour la première fois sur le Net sous la plume de Richard Stallman et durant l'année 2000, soit approximativement un an avant la naissance de Wikipédia. C'était dans un essai intitulé ''[[metawiki:The Free Universal Encyclopedia and Learning Resource|The Free Universal Encyclopedia and Learning Resource]]''<ref>{{Lien web|auteur=Richard Stallman|titre=The Free Universal Encyclopedia and Learning Resource (1998 draft)|url=https://web.archive.org/web/20211029155052/https://www.gnu.org/encyclopedia/free-encyclopedia-1998-draft.html|site=GNU|date=2021/01/04}}.</ref>, qui, selon son auteur, avait été rédigé deux ans avant sa publication sur la liste de diffusion du projet GNU<ref name="Stallman">{{Lien web|langue=|auteur=Richard Stallman|titre=The Free Universal Encyclopedia and Learning Resource|url=https://web.archive.org/web/20090201021222/http://www.gnu.org:80/encyclopedia/anencyc.txt|site=GNU|date=18 décembre 2000|consulté le=}}.</ref>. Repris ci-dessous, un extrait de ce texte, présente les particularités du projet.
<blockquote>
Le World Wide Web a le potentiel de devenir une encyclopédie universelle couvrant tous les domaines de la connaissance et une bibliothèque complète de cours d’enseignement. Ce résultat pourrait être atteint sans effort particulier, si personne n’intervient. Mais les entreprises se mobilisent aujourd’hui pour orienter l’avenir vers une voie différente, dans laquelle elles contrôlent et limitent l’accès au matériel pédagogique, afin de soutirer de l’argent aux personnes qui veulent apprendre.
Nous ne pouvons pas empêcher les entreprises de restreindre l’information qu’elles mettent à disposition ; ce que nous pouvons faire, c’est proposer une alternative. Nous devons lancer un mouvement pour développer une encyclopédie libre universelle, tout comme le mouvement des logiciels libres nous a donné le système d’exploitation libre GNU/Linux. L’encyclopédie libre fournira une alternative aux encyclopédies restreintes que les entreprises de médias rédigeront<ref>Texte original avant sa traduction par www.deepl.com/translator : ''The World Wide Web has the potential to develop into a universal encyclopedia covering all areas of knowledge, and a complete library of instructional courses. This outcome could happen without any special effort, if no one interferes. But corporations are mobilizing now to direct the future down a different track--one in which they control and restrict access to learning materials, so as to extract money from people who want to learn. […] We cannot stop business from restricting the information it makes available ; what we can do is provide an alternative. We need to launch a movement to develop a universal free encyclopedia, much as the Free Software movement gave us the free software operating system GNU/Linux. The free encyclopedia will provide an alternative to the restricted ones that media corporations will write.''</ref>.
</blockquote>
[[Fichier:Wikimania_2016_-_Press_conference_with_Jimmy_Wales_and_Katherine_Maher_01_(centred_crop).jpg|vignette|<small>Figure 14. Jimmy Wales en 2016.</small>|gauche]]
En parlant d'un « mouvement pour développer une encyclopédie libre universelle », Stallman anticipait donc, sans le savoir, l'arrivée du mouvement Wikimédia, qui ne se concrétisa que des années plus tard. Quant à la soixantaine de paragraphes qui décrivent son projet, on y retrouve, dans une forme presque identique, les cinq principes fondateurs qui ont guidé la création de Wikipédia et qui sont toujours actifs à ce jour<ref>{{Lien web|langue=|auteur=Wikipédia|titre=Principes fondateurs|url=https://web.archive.org/web/20230610010746/https://fr.wikipedia.org/wiki/Wikip%C3%A9dia:Principes_fondateurs|site=|date=|consulté le=}}.</ref>.
Le premier consiste bien sûr à [[w:fr:Wikipédia:Wikipédia est une encyclopédie|créer une encyclopédie]] ; le deuxième réclame une [[w:fr: wikipédia: Neutralité de point de vue|neutralité de point de vue]]<ref>{{Lien web|langue=|auteur=Wikipedia|titre=Information for "Wikipedia: Neutral point of view"|url=https://web.archive.org/web/20201115191610/https://en.wikipedia.org/w/index.php?title=Wikipedia%3ANeutral_point_of_view&action=info|site=|date=|consulté le=}}.</ref>, chose que Stallman expliquait déjà en écrivant qu’« en cas de controverse, plusieurs points de vue seront représentés » ; le troisième implique le respect des droits d’auteur et l’adoption d'une [[w:fr:Wikipédia:Droit d'auteur|licence libre]], celle précisément dont Stallman avait été l'initiateur ; le quatrième inscrit le projet dans une [[w:fr:Wikipédia:Règles de savoir-vivre|démarche collaborative]], alors que Stallman précisait déjà que « tout le monde est le bienvenu pour écrire des articles » ; et le cinquième enfin, stipule qu’il n’y a [[w:fr:Wikipédia:Interprétation créative des règles|pas d’autres règles fixes]], une position très courante dans le milieu des hackers dont Stallman faisait partie.
[[Fichier:L_Sanger.jpg|vignette|<small>Figure 15. Larry Sanger en 2010.</small>]]
Contrairement à ce que l'on peut croire, le projet d'encyclopédie libre et universelle n'était donc pas une idée originale de [[w:fr: Jimmy Wales|Jimmy Wales]] et [[w:fr: Larry Sanger|Larry Sanger]], tous deux reconnus à ce jour comme les deux fondateurs de Wikipédia. Ce qu'ils firent en revanche, c'est d'exploiter l'idée au sein de la société [[w:fr:Bomis|Bomis]], détenue par Wales, pour enrichir son encyclopédie commerciale [[w:fr: Nupedia|Nupedia]]. Cette dernière avait été lancée en avril 2000, soit environ dix mois avant Wikipédia, et sa rédaction était assurée par des experts engagés au sein d’un processus éditorial strict et formel<ref>{{Cite book|first1=Ned|last1=Kock|first2=Yusun|last2=Jung|first3=Thant|last3=Syn|title=Wikipedia and e-Collaboration Research: Opportunities and Challenges|journal=[[International Journal of e-Collaboration]]|volume=12|issue=2|publisher=IGI Global|date=2016|issn=1548-3681|doi=10.4018/IJeC.2016040101|url=http://cits.tamiu.edu/kock/pubs/journals/2016JournalIJeC_WikipediaEcollaboration/Kock_etal_2016_IJeC_WikipediaEcollaboration.pdf|archive-url=https://web.archive.org/web/20160927001627/https://cits.tamiu.edu/kock/pubs/journals/2016JournalIJeC_WikipediaEcollaboration/Kock_etal_2016_IJeC_WikipediaEcollaboration.pdf|archive-date=September 27, 2016|pages=1–8|author1-link=Ned Kock|url-status=live}}.</ref>. Malheureusement pour la firme Bomis, le nombre d’articles ne progressait que très lentement.
Dans le but d'accélérer le processus, Larry Sanger, docteur en philosophie et employé par Bomis pour assurer le rôle de rédacteur en chef de Nupedia, eut l'idée d'installer un logiciel wiki sur les serveurs de son entreprise. L'objectif était d'ouvrir un site web participatif, dans lequel des volontaires pourraient créer des articles encyclopédiques, pour qu'ils soient ensuite intégrés dans le projet commercial. Malgré le manque d’enthousiasme de son employeur<ref>{{Lien web|langue=|auteur=|nom1=Sanger|prénom1=Larry|titre=Let's make a wiki|url=https://web.archive.org/web/20030822044513/www.nupedia.com/pipermail/nupedia-l/2001-January/000676.html|site=Nupedia-l|lieu=|date=10 janvier 2001|consulté le=}}.</ref>, Sanger mit ses idées en application, et c'est ainsi que débuta l’[[w:fr:Histoire de Wikipédia|histoire de Wikipédia]]<ref>{{Lien web|langue=|auteur=Geere Duncan|titre=Timeline:Wikipedia's history and milestones|url=http://archive.wikiwix.com/cache/index2.php?url=https://www.wired.co.uk/news/archive/2011-01/11/wikipedia-timeline|site=Wired UK|date=11 janvier 2011|consulté le=}}.</ref>, avec sa toute première version en anglais.
C’était le 15 janvier 2001, précisément le même mois où Richard Stallman mit en ligne son propre projet d’encyclopédie libre et universelle, qu'il souhaitait intituler [[w:fr: GNUPedia|GNUPedia]]. Étonnamment, les noms de domaine gnupedia .com .net et .org avaient déjà été enregistrés au nom de Jimmy Wales<ref>{{Lien web|auteur=Jimmy Wales|titre=Re: [Bug-gnupedia] gnupedia.org resolves to nupedia|url=https://web.archive.org/web/20210302175447/https://lists.gnu.org/archive/html/bug-gne/2001-01/msg00472.html|site=GNU Mailing Lists|date=21 janvier 2001|consulté le=}}.</ref>, ce qui obligea Stallman à rebaptiser son projet GNE. Ce fait est d'autant plus surprenant que Wales affirma des années plus tard<ref name="Poe">{{Lien web|langue=|auteur=Marshall Poe|titre=The Hive|url=https://web.archive.org/web/20210427075913/https://www.theatlantic.com/magazine/archive/2006/09/the-hive/305118/?single_page=true|site=The Atlantic|date=27-04-2021|consulté le=}}.</ref> : « n’avoir eu aucune connaissance directe de l’essai de Stallman lorsqu’il s’est lancé dans son projet d’encyclopédie »<ref>Texte original avant sa traduction par www.deepl.com/translator : ''« had no direct knowledge of Stallman’s essay when he embarked on his encyclopedia project »''</ref>.
Le site GNE ne ressemblait cependant pas vraiment à une encyclopédie, mais plutôt à un blog collectif<ref>{{Cite book|title=The Future of the Internet--And How to Stop It|last=Zittrain|first=Jonathan|authorlink=Jonathan Zittrain|publisher=Yale University Press|year=2008|isbn=9780300145342|pages=140|url=https://archive.org/details/futureoftheinternetandhow00zitt}}.</ref> ou une [[w:fr:Base de connaissance|base de connaissance]]<ref>{{Cite book|title=Good Faith Collaboration: The Culture of Wikipedia|last=Reagle|first=Joseph Michael|publisher=MIT Press|year=2010|isbn=9780262014472|pages=54|url=https://archive.org/details/goodfaithcol_reag_2010_000_10578531|url-access=registration}}.</ref>, tandis que sa page d’accueil précisait clairement qu’il s’agissait d’une bibliothèque d’opinion<ref>{{Lien web|titre=Home|url=https://web.archive.org/web/20210307060715/http://gne.sourceforge.net/eng/|date=|consulté le=|auteur=GNE}}.</ref>. Quant à sa modération, elle avait demandé d'engager un employé, car elle s'est avérée bien plus compliquée que prévu. À côté de cela, et probablement grâce aux spécificités de l’environnement wiki et aux soutiens apportés par Jimmy Wales et Larry Sanger, Wikipédia réussit à mettre en place une organisation efficace au sein d'une communauté d'éditeurs grandissante.
[[Fichier:En_Wikipedia_Articles.png|vignette|<small>Figure 16. Évolution graphique du nombre d’articles sur Wikipédia.</small>|gauche|300x300px]]
[[Fichier:Citizendium_number_of_articles_graph.png|vignette|<small>Figure 17. Évolution graphique du nombre d’articles sur Citizendium.</small>|gauche|300x300px]]
Peut-être en raison de la concurrence libre faite par le projet GNE, Jimmy Wales décida d'abandonner le copyright que Bomis détenait sur son encyclopédie commerciale Nupedia, pour le remplacer par une licence Nupedia Open Content<ref>{{Ouvrage|langue=|prénom1=Andrew|nom1=Lih|titre=The Wikipedia revolution: how a bunch of nobodies created the world's greatest encyclopedia|passage=35|éditeur=Aurum|date=2010|isbn=978-1-84513-516-4|oclc=717360697|consulté le=}}.</ref>. Peu de temps après, il décida finalement d'adopter la [[w:fr: Licence de documentation libre GNU|licence de documentation libre GNU]] conçue pour protéger les textes de documentation des logiciels libres. Ce dernier choix fut une stratégie efficace, puisque cela incita Richard Stallman à transférer tout le contenu de son projet GNE vers Nupedia, et à encourager tout le monde à contribuer sur Wikipédia<ref>{{Lien web|langue=|auteur=GNU|titre=Le projet d'encyclopédie libre|url=https://web.archive.org/web/20201031191252/http://www.gnu.org/encyclopedia/encyclopedia.fr.html|site=|date=|consulté le=}}.</ref>.
Parmi les autres actions de Jimmy Wales qui ont contribué au succès de Wikipédia, il y eut cette idée d'ouvrir le projet aux « gens ordinaires<ref>{{Lien web|langue=|auteur=Timothy|titre=The Early History of Nupedia and Wikipedia : A Memoir|url=https://web.archive.org/web/20201002023421/https://features.slashdot.org/story/05/04/18/164213/the-early-history-of-nupedia-and-wikipedia-a-memoir|site=Slashdot|lieu=|date=2005|consulté le=}}.</ref> ». C’était un choix qui s’opposait aux idéaux de Larry Sanger, qui de loin préférait le modèle de Nupedia avec son système de relecture par des experts. Cependant, Jimmy Wales, en tant qu'homme d’affaires, visait une croissance plus rapide du contenu de l'encyclopédie<ref name="Poe" />.
Cette croissance ne s'est toutefois pas faite sans difficulté. Le 26 février 2002, en effet, l'[[w:Enciclopedia_Libre_Universal_en_Español|Enciclopedia Libre Universal en Español]], un projet dissident du projet Wikipédia, fit son apparition. C'était une réaction à de la censure, à l'existence d'une ligne éditoriale et à la possibilité de voir apparaitre des publicités dans Wikipédia<ref>{{Lien web|titre=Good luck with your WikiPAIDia: Reflections on the 2002 Fork of the Spanish Wikipedia|url=https://web.archive.org/web/20250927011327/https://networkcultures.org/cpov/2011/01/15/spanish_fork/|auteur1=Institute of network cultures}}</ref>. En raison des remises en question que cette séparation suscitait parmi les bénévoles actifs dans les projets, Jimmy Wales renonça finalement à l'usage de la publicité et mit de côté ses visions en matière de profit.
Il faut aussi tenir compte du fait que cet évènement est survenu lors de l'éclatement de la [[w:Bulle spéculative (Internet)|bulle spéculative Internet]] et du [[w:fr:Krach boursier de 2001-2002|krach boursier de 2001-2002]]. Une conjoncture qui plaçait la société Bomis dans des difficultés financières, et surtout, dans l'incapacité de payer le salaire de Larry Sanger, son seul employé. En mars 2002 et après un mois d’activité bénévole, l’ex-employé décida alors de quitter les fonctions, qu'il occupait depuis un peu plus d'un an, dans Nupedia et Wikipédia<ref>{{Lien web|auteur=Meta-Wiki|titre=My resignation|url=https://web.archive.org/web/20210226005328/https://meta.wikimedia.org/w/index.php?title=My_resignation--Larry_Sanger&oldid=23899|site=|consulté le=}}.</ref>. Avec le seul soutien de Jimmy Wales, les deux encyclopédies purent toutefois poursuivre leurs développements, toujours avec le concours d'experts dans Nupedia et d'une communauté bénévole au niveau de Wikipédia. Néanmoins, en septembre 2003 et vu l'écart qui se creusait entre les deux projets, l'encyclopédie Nupedia fut fermée et ses quelques dizaines d'articles transférées vers les milliers d'autres que comprenait déjà le projet Wikipédia.
Trois ans plus tard, Larry Sanger n’avait pas dit son dernier mot. En septembre 2006, il décida en effet de lancer sur fonds propres une encyclopédie intitulée [[w:Citizendium|Citizendium]]. Cette plateforme écrite en anglais uniquement et toujours active à ce jour, repose sur un système d’expertise, dans lequel les contributrices et les contributeurs doivent déclarer leur identité réelle. En avril 2026 cependant, Citizendium reprenait moins de 2000 articles<ref>{{Lien web|url=https://web.archive.org/web/20260414234905/https://www.citizendium.org/|titre=Welcome to Cityzendium|auteur=Cityzendium}}</ref>, tout avancement confondu, tandis que le projet Wikipédia en anglais en regroupait déjà plus de 7 millions<ref>{{Lien web|url=https://web.archive.org/web/20260423065306/https://en.wikipedia.org/wiki/Main_Page|titre=Welcome to Wikipedia|auteur=Wikipedia}}</ref>
Voici donc comment est née la plus grande encyclopédie du monde, dont la taille et la visibilité n'avaient jamais été égalées auparavant. Une encyclopédie qui, de plus, s'est rapidement déclinée en de nombreuses versions linguistiques, à l'instar de sa version francophone, lancée moins de quatre mois après le projet original en anglais<ref>{{Lien web|langue=|auteur=Jason Richey|titre=new language wikis|url=https://web.archive.org/web/20210131074026/https://lists.wikimedia.org/pipermail/wikipedia-l/2001-May/000116.html|site=Wikipedia-l|lieu=|date=11 mai 2001|consulté le=}}.</ref>. Toutes ces versions ont formé les premières bases d’une organisation mondiale, bientôt chapeautée par une fondation. Avant cela, d'autres projets pédagogiques et collaboratifs ont vu le jour au côté de Wikipédia. Intitulés « projets frères », ceux-ci se constituent à leur tour, en de nombreuses versions linguistiques, tout en poursuivant le processus de création du mouvement Wikimédia.{{AutoCat}}
23958o6q85iff4iug5n1ns6rhox5kzw
765550
765549
2026-04-30T10:46:43Z
Lionel Scheepmans
20012
765550
wikitext
text/x-wiki
<noinclude>{{Le mouvement Wikimédia}}</noinclude>
Dans les chapitres précédents, nous avons découvert toutes les innovations techniques et culturelles, sans lesquelles Wikipédia n’aurait jamais pu devenir la plus grande encyclopédie libre et universelle connue au monde. Son objectif est de synthétiser la totalité du savoir humain. Ce qui n’est autre, finalement, qu’un vieux rêve de notre humanité. Trois cents ans avant Jésus-Christ et durant la création de la bibliothèque d’Alexandrie, ce désir était aussi celui de [[w:fr: Ptolémée_Ier|Ptolémée <abbr>Iᵉʳ</abbr>]]. Puis, deux siècles [[w:Denis Diderot|Denis Diderot]] publie, avec [[w:Jean_Le_Rond_d'Alembert|Jean Le Rond d'Alembert]] et [[w:Louis_de_Jaucourt|Louis de]] Jaucourt en 1751, la première édition de l’''[[w:Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers|Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers]]''. Quant à [[w:fr: Paul Otlet|Paul Otlet]], qui a créé avec Henri La Fontaine la [[w:fr: Classification décimale universelle|classification décimale universelle]] en usage depuis 1905, il s’était mis en tête de répertorier l’ensemble du savoir humain au sein d'un seul édifice.
Peu connu à ce jour, ce [[w:Documentaliste|documentaliste]] belge rêvait pourtant de cataloguer le monde et de rassembler toutes les connaissances humaines, sous la forme d’un gigantesque [[w:Répertoire_bibliographique_universel|répertoire bibliographique universel]], situé à l'intérieur d'un [[w:Mundaneum|Mundaneum]]<ref>{{Ouvrage|prénom1=Alex|nom1=Wright|titre=Cataloging the world : Paul Otlet and the birth of the information age|éditeur=Oxford University Press|date=2014|isbn=978-0-19-993141-5|oclc=861478071}}.</ref>. En 1934, dans le [[s:fr: Traité de documentation|''Traité de documentation'']] écrit par celui qui voulait « classer le monde<ref>{{Ouvrage|langue=|auteur=|prénom1=Françoise|nom1=Levie|titre=L' homme qui voulait classer le monde: Paul Otlet et le Mundaneum|passage=|lieu=|éditeur=Impressions Nouvelles|date=2008|pages totales=|isbn=978-2-87449-022-4|oclc=699650184}}.</ref> », Otlet décrit, de manière particulièrement visionnaire, un possible partage du savoir et de l’information''<ref>{{ouvrage|langue=|auteur=|prénom1=Paul|nom1=Otlet|titre=[[w: fr: Traité de documentation|Traité de documentation]]|sous-titre=Le Livre sur le livre, théorie et pratique|passage=428|lieu=Bruxelles|éditeur=Editions Mundaneum|année=1934|date=|pages totales=431|isbn=}}.</ref>''.
<blockquote>
Ici, la Table de Travail n’est plus chargée d’aucun livre. À leur place se dresse un écran et à portée un téléphone. Là-bas, au loin, dans un édifice immense, sont tous les livres et tous les renseignements, avec tout l’espace que requiert leur enregistrement et leur manutention…
De là, on fait apparaître sur l’écran la page à lire pour connaître la question posée par téléphone avec ou sans fil. Un écran serait double, quadruple ou décuple s’il s’agissait de multiplier les textes et les documents à confronter simultanément ; il y aurait un haut-parleur si la vue devrait être aidée par une audition. Une telle hypothèse, un [[w:fr: H. G. Wells|Wells]] certes l’aimerait. Utopie aujourd’hui parce qu’elle n’existe encore nulle part, mais elle pourrait devenir la réalité de demain pourvu que se perfectionnent encore nos méthodes et notre instrumentation.
</blockquote>
[[Fichier:Le_Répertoire_Bibliographique_Universel_vers_1900.jpg|vignette|<small>Figure 13. Photographie de l’intérieur du Répertoire Bibliographique Universel prise aux alentours de 1900.</small>|400x400px]]
À peu de choses près, cette utopie décrite en 1934 par Otlet correspond à l'usage que l'on fait du réseau Internet et de son espace web, lorsqu'on recherche de l'information aujourd'hui. Premièrement, allumer un système informatique, avec ou sans fil et muni d'un écran, ensuite, poser une question dans un moteur de recherche, puis finalement, être redirigé, comme cela arrive très souvent, vers l'une des versions linguistiques de Wikipédia.<ref>{{Lien web|langue=|auteur=Alexa|titre=Wikipedia.org Competitive Analysis, Marketing Mix and Traffic|url=https://web.archive.org/web/20201002021753/https://www.alexa.com/siteinfo/wikipedia.org|site=|date=|consulté le=}}.</ref>.
Ce scénario, dans lequel les moteurs de recherche jouent un rôle central, explique la popularité de l'encyclopédie libre. D'autres projets similaires étaient pourtant apparus sur le Web avant l'arrivée de Wikipédia. Environ trois ans avant sa création, [[w:fr: Aaron Swartz|Aaron Swartz]], un activiste de la culture libre qui avait juste douze ans à l'époque, avait par exemple lancé une sorte de site encyclopédique produit et régi par ses usagers<ref>Brian Knappenberger, {{Lien web|titre=The Internet's own boy: The Story of Aaron Swartz{{!}}The Internet's own boy: The Story of Aaron Swartz|url=https://archive.org/details/youtube-gpvcc9C8SbM|éditeur=[[w:fr:Participant Media|Participant Medi]]|année=2014|passage=6:29 - 7:31 min|Auteur1=Brian Knappenberger}}.</ref>. Appelé ''The Info Network,'' ce site web avait d'ailleurs permis à son auteur de recevoir l'''[[w:en:ArsDigita|ArsDigita]] Prize'', un prix décerné aux jeunes créateurs de projets « utiles, éducatifs, collaboratifs et non commerciaux »<ref>{{Lien web|auteur=David Amsden|titre=The Brilliant Life and Tragic Death of Aaron Swarz|url=https://web.archive.org/web/20211010013454/https://www.rollingstone.com/culture/culture-news/the-brilliant-life-and-tragic-death-of-aaron-swartz-177191/|site=Penske Media Corporation|éditeur=|date=28/02/2013|consulté le=}}.</ref>.
Il faut savoir ensuite que l'expression « encyclopédie libre et universelle » apparut pour la première fois sur le Net sous la plume de Richard Stallman et durant l'année 2000, soit approximativement un an avant la naissance de Wikipédia. C'était dans un essai intitulé ''[[metawiki:The Free Universal Encyclopedia and Learning Resource|The Free Universal Encyclopedia and Learning Resource]]''<ref>{{Lien web|auteur=Richard Stallman|titre=The Free Universal Encyclopedia and Learning Resource (1998 draft)|url=https://web.archive.org/web/20211029155052/https://www.gnu.org/encyclopedia/free-encyclopedia-1998-draft.html|site=GNU|date=2021/01/04}}.</ref>, qui, selon son auteur, avait été rédigé deux ans avant sa publication sur la liste de diffusion du projet GNU<ref name="Stallman">{{Lien web|langue=|auteur=Richard Stallman|titre=The Free Universal Encyclopedia and Learning Resource|url=https://web.archive.org/web/20090201021222/http://www.gnu.org:80/encyclopedia/anencyc.txt|site=GNU|date=18 décembre 2000|consulté le=}}.</ref>. Repris ci-dessous, un extrait de ce texte, présente les particularités du projet.
<blockquote>
Le World Wide Web a le potentiel de devenir une encyclopédie universelle couvrant tous les domaines de la connaissance et une bibliothèque complète de cours d’enseignement. Ce résultat pourrait être atteint sans effort particulier, si personne n’intervient. Mais les entreprises se mobilisent aujourd’hui pour orienter l’avenir vers une voie différente, dans laquelle elles contrôlent et limitent l’accès au matériel pédagogique, afin de soutirer de l’argent aux personnes qui veulent apprendre.
Nous ne pouvons pas empêcher les entreprises de restreindre l’information qu’elles mettent à disposition ; ce que nous pouvons faire, c’est proposer une alternative. Nous devons lancer un mouvement pour développer une encyclopédie libre universelle, tout comme le mouvement des logiciels libres nous a donné le système d’exploitation libre GNU/Linux. L’encyclopédie libre fournira une alternative aux encyclopédies restreintes que les entreprises de médias rédigeront<ref>Texte original avant sa traduction par www.deepl.com/translator : ''The World Wide Web has the potential to develop into a universal encyclopedia covering all areas of knowledge, and a complete library of instructional courses. This outcome could happen without any special effort, if no one interferes. But corporations are mobilizing now to direct the future down a different track--one in which they control and restrict access to learning materials, so as to extract money from people who want to learn. […] We cannot stop business from restricting the information it makes available ; what we can do is provide an alternative. We need to launch a movement to develop a universal free encyclopedia, much as the Free Software movement gave us the free software operating system GNU/Linux. The free encyclopedia will provide an alternative to the restricted ones that media corporations will write.''</ref>.
</blockquote>
[[Fichier:Wikimania_2016_-_Press_conference_with_Jimmy_Wales_and_Katherine_Maher_01_(centred_crop).jpg|vignette|<small>Figure 14. Jimmy Wales en 2016.</small>|gauche]]
En parlant d'un « mouvement pour développer une encyclopédie libre universelle », Stallman anticipait donc, sans le savoir, l'arrivée du mouvement Wikimédia, qui ne se concrétisa que des années plus tard. Quant à la soixantaine de paragraphes qui décrivent son projet, on y retrouve, dans une forme presque identique, les cinq principes fondateurs qui ont guidé la création de Wikipédia et qui sont toujours actifs à ce jour<ref>{{Lien web|langue=|auteur=Wikipédia|titre=Principes fondateurs|url=https://web.archive.org/web/20230610010746/https://fr.wikipedia.org/wiki/Wikip%C3%A9dia:Principes_fondateurs|site=|date=|consulté le=}}.</ref>.
Le premier consiste bien sûr à [[w:fr:Wikipédia:Wikipédia est une encyclopédie|créer une encyclopédie]] ; le deuxième réclame une [[w:fr: wikipédia: Neutralité de point de vue|neutralité de point de vue]]<ref>{{Lien web|langue=|auteur=Wikipedia|titre=Information for "Wikipedia: Neutral point of view"|url=https://web.archive.org/web/20201115191610/https://en.wikipedia.org/w/index.php?title=Wikipedia%3ANeutral_point_of_view&action=info|site=|date=|consulté le=}}.</ref>, chose que Stallman expliquait déjà en écrivant qu’« en cas de controverse, plusieurs points de vue seront représentés » ; le troisième implique le respect des droits d’auteur et l’adoption d'une [[w:fr:Wikipédia:Droit d'auteur|licence libre]], celle précisément dont Stallman avait été l'initiateur ; le quatrième inscrit le projet dans une [[w:fr:Wikipédia:Règles de savoir-vivre|démarche collaborative]], alors que Stallman précisait déjà que « tout le monde est le bienvenu pour écrire des articles » ; et le cinquième enfin, stipule qu’il n’y a [[w:fr:Wikipédia:Interprétation créative des règles|pas d’autres règles fixes]], une position très courante dans le milieu des hackers dont Stallman faisait partie.
[[Fichier:L_Sanger.jpg|vignette|<small>Figure 15. Larry Sanger en 2010.</small>]]
Contrairement à ce que l'on peut croire, le projet d'encyclopédie libre et universelle n'était donc pas une idée originale de [[w:fr: Jimmy Wales|Jimmy Wales]] et [[w:fr: Larry Sanger|Larry Sanger]], tous deux reconnus à ce jour comme les deux fondateurs de Wikipédia. Ce qu'ils firent en revanche, c'est d'exploiter l'idée au sein de la société [[w:fr:Bomis|Bomis]], détenue par Wales, pour enrichir son encyclopédie commerciale [[w:fr: Nupedia|Nupedia]]. Cette dernière avait été lancée en avril 2000, soit environ dix mois avant Wikipédia, et sa rédaction était assurée par des experts engagés au sein d’un processus éditorial strict et formel<ref>{{Cite book|first1=Ned|last1=Kock|first2=Yusun|last2=Jung|first3=Thant|last3=Syn|title=Wikipedia and e-Collaboration Research: Opportunities and Challenges|journal=[[International Journal of e-Collaboration]]|volume=12|issue=2|publisher=IGI Global|date=2016|issn=1548-3681|doi=10.4018/IJeC.2016040101|url=http://cits.tamiu.edu/kock/pubs/journals/2016JournalIJeC_WikipediaEcollaboration/Kock_etal_2016_IJeC_WikipediaEcollaboration.pdf|archive-url=https://web.archive.org/web/20160927001627/https://cits.tamiu.edu/kock/pubs/journals/2016JournalIJeC_WikipediaEcollaboration/Kock_etal_2016_IJeC_WikipediaEcollaboration.pdf|archive-date=September 27, 2016|pages=1–8|author1-link=Ned Kock|url-status=live}}.</ref>. Malheureusement pour la firme Bomis, le nombre d’articles ne progressait que très lentement.
Dans le but d'accélérer le processus, Larry Sanger, docteur en philosophie et employé par Bomis pour assurer le rôle de rédacteur en chef de Nupedia, eut l'idée d'installer un logiciel wiki sur les serveurs de son entreprise. L'objectif était d'ouvrir un site web participatif, dans lequel des volontaires pourraient créer des articles encyclopédiques, pour qu'ils soient ensuite intégrés dans le projet commercial. Malgré le manque d’enthousiasme de son employeur<ref>{{Lien web|langue=|auteur=|nom1=Sanger|prénom1=Larry|titre=Let's make a wiki|url=https://web.archive.org/web/20030822044513/www.nupedia.com/pipermail/nupedia-l/2001-January/000676.html|site=Nupedia-l|lieu=|date=10 janvier 2001|consulté le=}}.</ref>, Sanger mit ses idées en application, et c'est ainsi que débuta l’[[w:fr:Histoire de Wikipédia|histoire de Wikipédia]]<ref>{{Lien web|langue=|auteur=Geere Duncan|titre=Timeline:Wikipedia's history and milestones|url=http://archive.wikiwix.com/cache/index2.php?url=https://www.wired.co.uk/news/archive/2011-01/11/wikipedia-timeline|site=Wired UK|date=11 janvier 2011|consulté le=}}.</ref>, avec sa toute première version en anglais.
C’était le 15 janvier 2001, précisément le même mois où Richard Stallman mit en ligne son propre projet d’encyclopédie libre et universelle, qu'il souhaitait intituler [[w:fr: GNUPedia|GNUPedia]]. Étonnamment, les noms de domaine gnupedia .com .net et .org avaient déjà été enregistrés au nom de Jimmy Wales<ref>{{Lien web|auteur=Jimmy Wales|titre=Re: [Bug-gnupedia] gnupedia.org resolves to nupedia|url=https://web.archive.org/web/20210302175447/https://lists.gnu.org/archive/html/bug-gne/2001-01/msg00472.html|site=GNU Mailing Lists|date=21 janvier 2001|consulté le=}}.</ref>, ce qui obligea Stallman à rebaptiser son projet GNE. Ce fait est d'autant plus surprenant que Wales affirma des années plus tard<ref name="Poe">{{Lien web|langue=|auteur=Marshall Poe|titre=The Hive|url=https://web.archive.org/web/20210427075913/https://www.theatlantic.com/magazine/archive/2006/09/the-hive/305118/?single_page=true|site=The Atlantic|date=27-04-2021|consulté le=}}.</ref> : « n’avoir eu aucune connaissance directe de l’essai de Stallman lorsqu’il s’est lancé dans son projet d’encyclopédie »<ref>Texte original avant sa traduction par www.deepl.com/translator : ''« had no direct knowledge of Stallman’s essay when he embarked on his encyclopedia project »''</ref>.
Le site GNE ne ressemblait cependant pas vraiment à une encyclopédie, mais plutôt à un blog collectif<ref>{{Cite book|title=The Future of the Internet--And How to Stop It|last=Zittrain|first=Jonathan|authorlink=Jonathan Zittrain|publisher=Yale University Press|year=2008|isbn=9780300145342|pages=140|url=https://archive.org/details/futureoftheinternetandhow00zitt}}.</ref> ou une [[w:fr:Base de connaissance|base de connaissance]]<ref>{{Cite book|title=Good Faith Collaboration: The Culture of Wikipedia|last=Reagle|first=Joseph Michael|publisher=MIT Press|year=2010|isbn=9780262014472|pages=54|url=https://archive.org/details/goodfaithcol_reag_2010_000_10578531|url-access=registration}}.</ref>, tandis que sa page d’accueil précisait clairement qu’il s’agissait d’une bibliothèque d’opinion<ref>{{Lien web|titre=Home|url=https://web.archive.org/web/20210307060715/http://gne.sourceforge.net/eng/|date=|consulté le=|auteur=GNE}}.</ref>. Quant à sa modération, elle avait demandé d'engager un employé, car elle s'est avérée bien plus compliquée que prévu. À côté de cela, et probablement grâce aux spécificités de l’environnement wiki et aux soutiens apportés par Jimmy Wales et Larry Sanger, Wikipédia réussit à mettre en place une organisation efficace au sein d'une communauté d'éditeurs grandissante.
[[Fichier:En_Wikipedia_Articles.png|vignette|<small>Figure 16. Évolution graphique du nombre d’articles sur Wikipédia.</small>|gauche|300x300px]]
[[Fichier:Citizendium_number_of_articles_graph.png|vignette|<small>Figure 17. Évolution graphique du nombre d’articles sur Citizendium.</small>|gauche|300x300px]]
Peut-être en raison de la concurrence libre faite par le projet GNE, Jimmy Wales décida d'abandonner le copyright que Bomis détenait sur son encyclopédie commerciale Nupedia, pour le remplacer par une licence Nupedia Open Content<ref>{{Ouvrage|langue=|prénom1=Andrew|nom1=Lih|titre=The Wikipedia revolution: how a bunch of nobodies created the world's greatest encyclopedia|passage=35|éditeur=Aurum|date=2010|isbn=978-1-84513-516-4|oclc=717360697|consulté le=}}.</ref>. Peu de temps après, il décida finalement d'adopter la [[w:fr: Licence de documentation libre GNU|licence de documentation libre GNU]] conçue pour protéger les textes de documentation des logiciels libres. Ce dernier choix fut une stratégie efficace, puisque cela incita Richard Stallman à transférer tout le contenu de son projet GNE vers Nupedia, et à encourager tout le monde à contribuer sur Wikipédia<ref>{{Lien web|langue=|auteur=GNU|titre=Le projet d'encyclopédie libre|url=https://web.archive.org/web/20201031191252/http://www.gnu.org/encyclopedia/encyclopedia.fr.html|site=|date=|consulté le=}}.</ref>.
Parmi les autres actions de Jimmy Wales qui ont contribué au succès de Wikipédia, il y eut cette idée d'ouvrir le projet aux « gens ordinaires<ref>{{Lien web|langue=|auteur=Timothy|titre=The Early History of Nupedia and Wikipedia : A Memoir|url=https://web.archive.org/web/20201002023421/https://features.slashdot.org/story/05/04/18/164213/the-early-history-of-nupedia-and-wikipedia-a-memoir|site=Slashdot|lieu=|date=2005|consulté le=}}.</ref> ». C’était un choix qui s’opposait aux idéaux de Larry Sanger, qui de loin préférait le modèle de Nupedia avec son système de relecture par des experts. Cependant, Jimmy Wales, en tant qu'homme d’affaires, visait une croissance plus rapide du contenu de l'encyclopédie<ref name="Poe" />.
Cette croissance ne s'est toutefois pas faite sans difficulté. Le 26 février 2002, en effet, l'[[w:Enciclopedia_Libre_Universal_en_Español|Enciclopedia Libre Universal en Español]], un projet dissident du projet Wikipédia, fit son apparition. C'était une réaction à de la censure, à l'existence d'une ligne éditoriale et à la possibilité de voir apparaitre des publicités dans Wikipédia<ref>{{Lien web|titre=Good luck with your WikiPAIDia: Reflections on the 2002 Fork of the Spanish Wikipedia|url=https://web.archive.org/web/20250927011327/https://networkcultures.org/cpov/2011/01/15/spanish_fork/|auteur1=Institute of network cultures}}</ref>. En raison des remises en question que cette séparation suscitait parmi les bénévoles actifs dans les projets, Jimmy Wales renonça finalement à l'usage de la publicité et mit de côté ses visions en matière de profit.
Il faut aussi tenir compte du fait que cet évènement est survenu lors de l'éclatement de la [[w:Bulle spéculative (Internet)|bulle spéculative Internet]] et du [[w:fr:Krach boursier de 2001-2002|krach boursier de 2001-2002]]. Une conjoncture qui plaçait la société Bomis dans des difficultés financières, et surtout, dans l'incapacité de payer le salaire de Larry Sanger, son seul employé. En mars 2002 et après un mois d’activité bénévole, l’ex-employé décida alors de quitter les fonctions, qu'il occupait depuis un peu plus d'un an, dans Nupedia et Wikipédia<ref>{{Lien web|auteur=Meta-Wiki|titre=My resignation|url=https://web.archive.org/web/20210226005328/https://meta.wikimedia.org/w/index.php?title=My_resignation--Larry_Sanger&oldid=23899|site=|consulté le=}}.</ref>. Avec le seul soutien de Jimmy Wales, les deux encyclopédies purent toutefois poursuivre leurs développements, toujours avec le concours d'experts dans Nupedia et d'une communauté bénévole au niveau de Wikipédia. Néanmoins, en septembre 2003 et vu l'écart qui se creusait entre les deux projets, l'encyclopédie Nupedia fut fermée et ses quelques dizaines d'articles transférées vers les milliers d'autres que comprenait déjà le projet Wikipédia.
Trois ans plus tard, Larry Sanger n’avait pas dit son dernier mot. En septembre 2006, il décida en effet de lancer sur fonds propres une encyclopédie intitulée [[w:Citizendium|Citizendium]]. Cette plateforme écrite en anglais uniquement et toujours active à ce jour, repose sur un système d’expertise, dans lequel les contributrices et les contributeurs doivent déclarer leur identité réelle. En avril 2026 cependant, Citizendium reprenait moins de 2000 articles<ref>{{Lien web|url=https://web.archive.org/web/20260414234905/https://www.citizendium.org/|titre=Welcome to Cityzendium|auteur=Cityzendium}}</ref>, tout avancement confondu, tandis que le projet Wikipédia en anglais en regroupait déjà plus de 7 millions<ref>{{Lien web|url=https://web.archive.org/web/20260423065306/https://en.wikipedia.org/wiki/Main_Page|titre=Welcome to Wikipedia|auteur=Wikipedia}}</ref>
Voici donc comment est née la plus grande encyclopédie du monde, dont la taille et la visibilité n'avaient jamais été égalées auparavant. Une encyclopédie qui, de plus, s'est rapidement déclinée en de nombreuses versions linguistiques, à l'instar de sa version francophone, lancée moins de quatre mois après le projet original en anglais<ref>{{Lien web|langue=|auteur=Jason Richey|titre=new language wikis|url=https://web.archive.org/web/20210131074026/https://lists.wikimedia.org/pipermail/wikipedia-l/2001-May/000116.html|site=Wikipedia-l|lieu=|date=11 mai 2001|consulté le=}}.</ref>. Toutes ces versions ont formé les premières bases d’une organisation mondiale, bientôt chapeautée par une fondation. Avant cela, d'autres projets pédagogiques et collaboratifs ont vu le jour au côté de Wikipédia. Intitulés « projets frères », ceux-ci se constituent à leur tour en de nombreuses versions linguistiques, tout en poursuivant le processus de création du mouvement Wikimédia.{{AutoCat}}
ga6z8f25okgidk8z5lw2n20f1vfnc39
Le mouvement Wikimédia/L'arrivée des projets frères
0
79273
765464
765217
2026-04-29T14:23:10Z
Lionel Scheepmans
20012
765464
wikitext
text/x-wiki
<noinclude>{{Le mouvement Wikimédia}}</noinclude>
Dans le but de développer des contenus pédagogiques qui ne trouvaient pas leur place dans Wikipédia, d’autres projets pédagogiques et collaboratifs ont vu le jour, pour former ce que l'on appelle couramment aujourd'hui : l’écosystème Wikimedia. La naissance de tous ces projets, ainsi que les évènements importants qui ont contribué au développement du mouvement, ont été repris dans une [[c:File:WikipediaTimeline.png|ligne du temps]] réalisée par [[m:user:Guillom|Guillaume Paumier]], à l’occasion du dixième anniversaire de Wikipédia. Grâce à ce graphique, on peut voir en détail l'évolution du nombre de projets, de versions linguistiques, de contributeurs et d'articles, et se faire ainsi une idée sur la vitesse à laquelle s'est développé le mouvement Wikimédia.[[Fichier:Wikimedia logo family complete-2022.svg|alt=Logo du mouvement Wikimédia entouré de 15 autres logos de projets actifs en son sein|vignette|<small>Figure 18. Logo de la Fondation Wikimédia entouré de 15 autres logos de projets actifs au sein du mouvement.</small>|300x300px]]Parmi tous les projets frères de Wikipédia, le premier à apparaître fut Méta-Wiki, une plateforme de référence pour centraliser la gestion de l'ensemble des sites web hébergés par la fondation Wikimédia. Dans un premier temps, cet espace communautaire en ligne a répondu à la nécessité de traiter en un seul lieu les questions communes aux différentes versions linguistiques de Wikipédia. Aujourd'hui, le site web est le principal endroit de coordination et de gestion de l'ensemble du mouvement Wikimédia. On y retrouve énormément d'informations au sujet des projets en ligne, et peut-être plus encore, concernant la Fondation et les organismes affiliés.
Après Méta-Wiki, sept autres projets de partage de la connaissance ont fait leur apparition, avant d'être déclinés à leur tour en plusieurs versions linguistiques. Tous ces projets émergent en général sur l’initiative d’un petit groupe de personnes actives au sein d’un projet préexistant. Ce fut le cas du projet Wiktionnaire en anglais, le deuxième projet à voir le jour après Méta-Wiki, en décembre 2002, soit deux ans avant la version francophone apparue en mars 2004<ref>{{Lien web|auteur=Wiktionnaire|titre=Wiktionnaire:Historique du Wiktionnaire|url=https://web.archive.org/web/20200416091043/https://fr.wiktionary.org/wiki/Wiktionnaire:Historique_du_Wiktionnaire|consulté le=}}.</ref>.
Il est intéressant d'observer que la version francophone du Wiktionnaire n’a pas été créée à partir du projet anglophone, mais bien depuis le projet Wikipédia en français. D'ailleurs, on peut retrouver dans les archives de ce dernier projet, un débat concernant la pertinence de cette création, dont voici un extrait.
<blockquote>
En fait, ce qui me peine vraiment avec le projet Wiktionary, c’est que alors qu’on essaie de rassembler les gens (pas facile) pour créer une sorte de tour de Babel de la connaissance (tâche bien longue et difficile), ce nouveau projet va disperser les énergies pour une raison qui ne me semble pas valable. C’est la création de Wiktionary qui va créer des redondances. À mon avis il existera rapidement des pages sur le même mot, mais ne contenant pas les mêmes informations. Pour quelle raison ces connaissances devraient-elles être séparées ? Les encyclopédies sur papier devaient faire des choix à cause du manque de place, mais nous, pourquoi le ferions-nous ??? "Wikipédia n’est pas un dictionnaire" n’est pas un argument à mon avis... si vraiment c’était pas un dictionnaire, il faudrait virer tout un tas d’article. Je ne comprends vraiment pas cette volonté de séparer la connaissance entre ce qui est "encyclopédique" et ce qui n’est "qu’une définition".
[Réponse]
Pour moi ce qu’est Wiktionary, c’est une partie de Wikipédia s’intéressant plus particulièrement aux aspects linguistiques des mots. La différence que je verrais entre la partie ''dictionnaire'' de Wikipédia et sa partie dite encyclopédique, c’est que la partie dictionnaire s’intéresserait au sens des mots eux-mêmes alors que la partie encyclopédie s’attache plus à faire ressortir un état des connaissances à un moment donné. Le pourquoi de la séparation d’avec la partie encyclopédie tient plus à des raisons techniques qu’à une volonté de monter un projet indépendant, en effet, à mon humble avis, un dictionnaire nécessite une plus grande rigueur (de présentation) qu’une encyclopédie. Ceci entraîne beaucoup de problème et entre autres le choix de la mise en forme des articles du dictionnaire.<ref>{{Lien web|auteur=Wiktionnaire|titre=Wiktionnaire:Historique du Wiktionnaire/Discussion Wikipédia:Wiktionary|url=https://web.archive.org/web/20140831102908/http://fr.wiktionary.org/wiki/Wiktionnaire:Historique_du_Wiktionnaire/Discussion_Wikip%C3%A9dia:Wiktionary|date=|consulté le=}}.</ref>
</blockquote>
Créer un nouveau projet, c’est effectivement créer un nouveau site web, qui devra faire l’objet d’une nouvelle gestion, tant pour les serveurs de la Fondation, que pour la nouvelle communauté de contributeurs. L’importation de pages d’un projet à l'autre ou la traduction de celles-ci sont bien sûr toujours possibles, mais cela duplique alors aussi la maintenance et les mises à jour. Le choix de scinder un projet, en faveur d’une plus grande liberté, comporte donc certains coûts humains et financiers.
Ce prix à payer n'a pour autant pas empêché le projet anglophone Wikibooks de faire son apparition le 10 juin 2003, soit près d’un an avant Wikilivres, la version francophone du projet, apparue le 22 juillet 2004. Cette dernière création avait de nouveau été débattue au sein de la communauté Wikipédia en français, et non pas dans le Wikibooks en anglais. Quant à l'objectif commun aux deux projets linguistiques, il était de créer une « bibliothèque de livres pédagogiques libres que chacun peut améliorer »<ref>{{Lien web|auteur=Wikilivres|url=https://fr.wikibooks.org/w/index.php?title=Accueil&oldid=586825|titre=Acceuil|consulté le=}}.</ref>.
Environ un an après la création du projet en anglais, un nouvel [[w:fr:Espace de noms|espace de noms]] intitulé Wikijunior fut mis en place au sein de la bibliothèque en ligne. Ce sous-projet avait été créé pour répondre à un financement de la fondation ''[[w:en:Graham_Beck|Beck]],'' qui cherchait à promouvoir la production de nouvelles littératures pour des enfants de huit à onze ans<ref>{{Lien web|auteur=Méta-Wiki|titre=Wikijunior/proposal to Beck Foundation|url=https://web.archive.org/web/20150925041619/https://meta.wikimedia.org/wiki/Wikijunior/proposal_to_Beck_Foundation|consulté le=}}.</ref>. Peu de temps après, cette tranche d’âge fut toutefois élargie de zéro à douze ans au niveau du projet francophone, quand le sous-projet y fut adopté<ref>{{Lien web|auteur=Wikilivres|titre=Wikijunior|url=https://web.archive.org/web/20210414045051/https://fr.wikibooks.org/wiki/Wikijunior|consulté le=}}.</ref>.
Ces deux évènements témoignent ainsi qu'il est toujours possible qu'un sous-projet apparaisse dans un projet Wikimédia. Comme autre exemple, il y a aussi le WikiJournal, un sous-projet développé au sein du projet Wikiversité en anglais et qui reçu le prix de l’''Open Publishing Awards'' en 2019<ref>{{Lien web|langue=|auteur=Open Publishing Awards|titre=Results|url=https://web.archive.org/web/20201125093419/https://openpublishingawards.org/|site=|consulté le=}}.</ref>. Une demande fut faite pour qu'il puisse bénéficier d'un nouveau site web dans le but de pouvoir se développer en dehors de Wikiversité. Malheureusement pour les initiateurs, la demande est restée sans suite jusqu'à ce jour<ref>{{Lien web|langue=|auteur1=Wikimedia Foundation Wiki|titre=Minutes/2020-02|url=https://web.archive.org/web/20201015115053/https://foundation.wikimedia.org/wiki/Minutes/2020-02#WikiJournal|site=|éditeur=|date=|consulté le=}}.</ref>, après que le conseil d’administration de la Fondation, chargé de répondre à leur demande, considéra que le projet n’était pas suffisamment abouti.
Il faut savoir qu'avant cela, le projet Wikiversité, dans lequel est né Wikijournal, avait lui-même été un sous-projet du projet Wikibook<ref>{{Lien web|auteur=Méta-Wiki|titre=Talk:Wikiversity/Old|url=https://web.archive.org/web/20130723232149/http://meta.wikimedia.org/wiki/Talk:Wikiversity/Old|date=|consulté le=}}.</ref>. Initialement, il visait à « créer une communauté de personnes qui se soutiennent mutuellement dans leurs efforts éducatifs<ref>Texte original avant sa traduction par www.deepl.com/translator : « ''create a community of people who support each other in their educational endeavors »''</ref> »<ref>{{Lien web|auteur=Wikibooks|titre=Wikiversity|url=https://web.archive.org/web/20210506184146/https://en.wikibooks.org/wiki/Wikiversity|date=|consulté le=}}.</ref>. Cependant, en août 2005, une longue discussion remit en question l’existence du sous-projet Wikiversité dans Wikibooks. Au terme de celle-ci, la décision fut prise de transférer Wikiversité et son contenu sur le site Méta-Wiki<ref name="Wikibooks">{{Lien web|titre=Wikibooks:Requests for deletion/Wikiversity|url=https://en.wikibooks.org/w/index.php?title=Wikibooks:Requests_for_deletion/Wikiversity&oldid=3490139|auteur=Wikibooks|consulté le=}}.</ref>, là où de nouvelles discussions ont abouti à l’idée de faire de Wikiversité un nouveau projet indépendant<ref>{{Lien web|titre=Wikiversity|url=https://meta.wikimedia.org/w/index.php?title=Wikiversity&oldid=232819|auteur=Méta-Wiki|date=|consulté le=}}.</ref>.
Déjà à l'époque, le conseil d’administration de la Fondation Wikimédia se montrait réticent à l'ouverture de nouveaux projets, et sa réaction fut de demander l'ouverture d'un sondage au sein de la communauté. Celui-ci devait rassembler une majorité des deux tiers en faveur de l'ouverture du nouveau site web<ref>{{Lien web|titre=Wikiversity/Vote/fr|url=https://meta.wikimedia.org/w/index.php?title=Wikiversity/Vote/fr&oldid=316555|consulté le=|auteur=Méta-Wiki}}.</ref>. Un résultat qui fut finalement obtenu, mais pas sans de longs débats, dont voici un extrait<ref name="Wikibooks" />.
<blockquote>
La principale raison pour laquelle la Fondation Wikimédia ne veut pas "lâcher le morceau" est une simple question de bureaucratie et la crainte que le projet ne devienne une autre Wikispecies [un projet de répertoire du vivant]. Wikispecies est une idée cool, mais les "fondateurs" du projet se sont dégonflés à mi-chemin de la mise en place du contenu et ont décidé de faire une révision majeure qui a pris plus de temps que ce que tout le monde était prêt à mettre.
Le même problème s’applique à Wikiversity en ce qui concerne la Fondation, parce que les objectifs et les buts de ce projet ne sont pas clairement définis, et il semble que les participants essaient de mordre plus qu’ils ne peuvent mâcher en proposant une université de recherche multi-collèges entière (avec un statut de recherche et une accréditation) à former de toutes pièces plutôt qu’un simple centre d’éducation pour adultes avec quelques classes.<ref>Texte original avant sa traduction par deepl.com/translator : « ''The main reason why the Wikimedia Foundation doesn't want to "turn it loose" is pure bureaucratic BS and a fear that it will turn into another Wikispecies. Wikispecies is a cool idea, but the "founders" of the project got cold feet part-way into putting in content and decided to do a major revision that took more time than anybody was willing to put into it. The same issue applies to Wikiversity so far as the Foundation is concerned, because the goals and purposes of this project are not clearly defined, and it seems like the participants are trying to bite off more than they can chew by proposing an entire multi-college research university (with Carnegie-Mellon research status and accreditation as well) to be formed out of whole cloth rather than a simple adult education center with a few classes. If more thought is done on how to "bootstrap" this whole project, perhaps some thoughts on how to convince the Foundation board to let a separate wiki be kicked loose to let this project try to develop on its own can be made''.--Rob Horning 11:21, 14 August 2005 (UTC) »</ref>
</blockquote>
En novembre 2005 et malgré les résultats du sondage, l'indépendance du projet Wikiversité ne fut toutefois pas acceptée par cinq membres du conseil. Ceux-ci réclamaient une « réécriture de la proposition pour en exclure la remise de titre de compétence, la conduite de cours en ligne, et de clarifier le concept de plate-forme ''e-learning''<ref>Texte original avant sa traduction par www.deepl.com/translator : « ''rewriting the proposal to'' ''exclude credentials, exclude online-courses and clarify the concept of elearning platform'' »</ref> »<ref>{{Lien web|auteur=Wikimedia Foundation Wiki|titre=Meetings/November 13, 2005|url=https://foundation.wikimedia.org/w/index.php?title=Meetings/November_13,_2005&oldid=118181|consulté le=}}.</ref>. Quand ces rectifications furent faites, le projet bénéficia d'une période d’essai de plusieurs mois, jusqu'à ce que les amendements apportés au projet de départ soient enfin acceptés, le 31 juillet 2006. Ce long temps d'attente était justifié par la création du ''[[m:Special_projects_committee|special projects committee]]''<ref>{{Lien web|titre=Wikiversity/Modified project proposal|url=https://meta.wikimedia.org/w/index.php?title=Wikiversity/Modified_project_proposal&oldid=395364#Scope_of_Wikiversity%20scope|auteur=Méta-Wiki|consulté le=}}.</ref>'','' qui, jusqu'en décembre 2021, fut chargé de soulager le conseil d’administration de la fondation, par rapport aux demandes de création de nouveaux projets Wikimédia<ref>{{Lien web|titre=Difference between revisions of "Special projects committee/Resolutions" - Meta|url=https://meta.wikimedia.org/w/index.php?title=Special_projects_committee/Resolutions&diff=prev&oldid=418944&diffmode=source|auteur=Méta-Wiki|consulté le=}}.</ref>.
Un nouveau site, nommé Beta-Wikiversity, fut ainsi créé pour assister le lancement des différentes versions linguistiques de Wikiversité<ref>{{Lien web|titre=Wikiversité|url=https://fr.wikiversity.org/w/index.php?title=Wikiversité:Accueil&oldid=787344|auteur=Wikiversité|consulté le=}}.</ref>. Durant six mois, son premier objectif a d'abord été l'élaboration des lignes directrices concernant la potentialité de produire des recherches collaboratives au sein du projet<ref>Texte original avant sa traduction par www.deepl.com/translator : « ''six months, during which guidelines for further potential uses of the site, including collaborative research, will be developed'' »</ref>. Par la suite, chaque nouvelle version linguistique, développée dans le projet Beta, devait avoir plus de 10 modifications par mois, réalisées par au moins trois personnes distinctes, avant de pouvoir bénéficier de son propre site web.
À l'image de Beta-Wikiversity, le projet Wikisource<ref>{{Lien web|auteur=Wikisource|titre=Wikisource|url=https://web.archive.org/web/20210303213629/https://wikisource.org/wiki/Main_Page|date=|consulté le=}}.</ref> possède lui aussi un site indépendant pour lancer ces nouvelles déclinaisons linguistiques. Tandis que pour tous les autres projets pédagogiques, ce lancement s'effectue sur la plateforme [[incubator:Main_Page|Wikimedia Incubator]]<ref>{{Lien web|auteur=Wikimédia Incubator|titre=Welcome to Wikimedia Incubator!|url=https://web.archive.org/web/20210227091859/https://incubator.wikimedia.org/wiki/Incubator:Main_Page|date=|consulté le=}}.</ref>'','' créée à la même époque que Beta-Wikiversity. Ces trois plateformes de lancement ne concernent pas les nouveaux projets, qui doivent faire l'objet d'une acceptation par le conseil d'administration de la Fondation Wikimédia, et qui peuvent avoir pour origines des processus de création divers.
Le projet Wikivoyage, par exemple, fut initialement créé en 2003 dans un Wiki extérieur au mouvement Wikimédia, là où il portait le nom de Wikitravel<ref>{{Lien web|auteur=Giles Turnbull|titre=The DIY travel guide|url=https://web.archive.org/web/20210116050802/http://news.bbc.co.uk/2/hi/uk_news/magazine/3614517.stm|site=BBC News|éditeur=|date=12 avril 2004|consulté le=}}.</ref>. Comme cela arrive parfois, ce projet sans but lucratif fut acheté par une entreprise commerciale en 2006. Mais en raison du changement de gouvernance et de l'apparition de publicités, une scission est apparue au sein de la communauté d’éditeurs. Les personnes désireuses de quitter Wikitravel lancèrent alors un nouveau site appelé Wikivoyage, qui reçut en 2007, le [[w:fr:Webby Award|''Webby Award'']] du meilleur guide de voyage Internet<ref>{{Lien web|auteur=Jake Coyle|titre=On the Net: Web Sites to Travel By|url=https://web.archive.org/web/20210121071600/https://www.foxnews.com/printer_friendly_wires/2007May30/0,4675,OntheNet,00.html|site=Fox News|date=30 mai 2007|consulté le=}}.</ref>.
L'intégration de Wikivoyage dans l'écosystème Wikimédia n'a cependant été faite qu'en 2012, à la suite d'un appel à commentaires durant lequel 540 personnes furent en faveur de l’intégration du projet, 153 contre, pendant que 6 restèrent sans avis <ref>{{Lien web|url=https://web.archive.org/web/20210311055050/https://meta.wikimedia.org/wiki/Requests_for_comment/Travel_Guide|titre=Requests for comment/Travel Guide|auteur=Méta-Wiki|consulté le=}}.</ref>. Comme cette nouvelle déclencha une migration importante depuis Wikitravel vers Wikivoyage, une plainte fut déposée par la société commerciale en charge du premier projet. Celle-ci fut toutefois rejetée et le projet Wikivoyage continua à prendre de l’ampleur au sein du mouvement Wikimédia, avec la création de nouvelles versions linguistiques<ref>{{Lien web|auteur=Steven Musil|titre=Wikimedia, Internet Brands settle Wikivoyage lawsuits|url=https://web.archive.org/web/20211116013544/https://www.cnet.com/tech/services-and-software/wikimedia-internet-brands-settle-wikivoyage-lawsuits/|site=CNET|éditeur=|date=17 février 2013|consulté le=}}.</ref>.[[Fichier:WikiMOOC - vidéo 23 - Les projets frères.webm|vignette|<small>Vidéo 1. Présentation des projets frères dans le cadre du WIKIMOOC 2016.</small>|300x300px|gauche]]Le cas de Wikivoyage apparait toutefois comme une exception, car en général les nouveaux projets émergent des centaines de candidatures déposées sur le projet [[m:Proposals_for_new_projects|Méta-Wiki]]<ref>{{Lien web|auteur=Méta-Wiki|titre=Proposals for new projects|url=https://web.archive.org/web/20211019173812/https://meta.wikimedia.org/wiki/Proposals_for_new_projects|date=|consulté le=}}.</ref>. Celles-ci se soldent bien souvent par un refus, comme ce fut le cas pour le projet WikiLang dont le but était de lancer un laboratoire linguistique<ref>{{Lien web|langue=|auteur=Méta-Wiki|titre=WikiLang|url=https://web.archive.org/web/20210109011449/https://meta.wikimedia.org/wiki/WikiLang|consulté le=}}</ref>. Quelques rares projets ont pourtant la chance d'être élus. Ce fut notamment le cas en octobre 2012, avec le lancement de la base de données structurée et sémantique [[w:Wikidata|Wikidata]] et de ses extensions [[w:Wikibase|Wikibase]], ou plus récemment, en 2020, avec l'arrivée du projet [[w:Abstract_Wikipedia|Abstract Wikipedia]]<ref>{{Lien web|langue=|auteur=Wikimedia Foundation Wiki|titre=Resolution:Abstract Wikipedia|url=https://web.archive.org/web/20201026191716/https://foundation.wikimedia.org/wiki/Resolution:Abstract_Wikipedia|date=|consulté le=}}.</ref> et [[w:Wikifunctions|Wikifunctions]]<ref>{{Lien web|langue=|auteur=Wikimedia Fundation|titre=Resolution:Abstract Wikipedia|url=https://web.archive.org/web/20200703234853/https://foundation.wikimedia.org/wiki/Resolution:Abstract_Wikipedia}}</ref>.
Sans vouloir entrer dans les détails, il est intéressant de savoir que l'interconnexion entre ces trois projets permet de traduire automatiquement des articles encyclopédiques dans tous les langages naturels pris en charge par le mouvement Wikimédia. Plus précisément, les phrases des articles publiées sur Abstract Wikipédia, sont formulées par des fonctions informatiques produites dans le projet Wikifunctions, dans le but de traiter les informations de la base de données sémantique Wikidata. Autrement dit, un article dans Abstract Wikipédia ne possède qu'une seule page pour toutes les langues, pareillement aux pages d'entités de Wikidata, qui ont pour titre une lettre suivie d'un chiffre<ref>{{Lien web|langue=|auteur=Thomas Douillard|titre=Abstract Wikipédia - LinuxFr.org|url=https://web.archive.org/web/20200923155546/https://linuxfr.org/news/abstract-wikipedia#fn1|site=Linux Fr|lieu=|date=05/09/20|consulté le=}}.</ref>.
À la suite de ces explications, on observe donc que ce n'est pas la complexité qui détermine le refus projet, mais plutôt une série de critères comparables à ceux retenus pour supprimer des projets ou versions linguistiques déjà existants. À ce propos, il existe sur Méta-Wiki une liste mise à jour des différents sites hébergés par la Fondation Wikimédia dont l'existence est remise en cause<ref>{{Lien web|auteur=Méta-Wiki|titre=Proposals for closing projects|url=https://web.archive.org/web/20210126030311/https://meta.wikimedia.org/wiki/Proposals_for_closing_projects|date=|consulté le=}}.</ref>. Dans celle-ci, on retrouve essentiellement des versions linguistiques de projets qui n’ont pas réussi à poursuivre leurs développements, bien qu'un projet entier soit toujours susceptible d'être mis à l'arrêt. C'est d'ailleurs ce qui est arrivé aux 31 versions linguistiques du projet Wikinews, qui, en date du 4 mai 2026, soit 22 ans après le lancement du site anglophone, sont accessibles [[n:fr:Wikinews_ne_sera_plus_mis_à_jour_à_partir_du_4_mai_2026|en mode lecture uniquement]]<ref>{{Lien web|auteur=Wikinews|titre=Wikinews ne sera plus mis à jour à partir du 4 mai 2026|url=https://web.archive.org/web/20260413082226/https://fr.wikinews.org/wiki/Wikinews_ne_sera_plus_mis_%C3%A0_jour_%C3%A0_partir_du_4_mai_2026}}.</ref>.
Dans le cas de Wikinews, ce fut le manque d'activité qui apparut comme principale justification de la suspension du projet. Cependant, d'autres raisons pourraient être invoquées, comme le prouve cet épisode de 2005, où, peu de temps après son lancement, la version francophone du recueil de citations [[w:Wikiquote|Wikiquote]] a bien risqué de disparaitre. Le projet fut effectivement accusé d’avoir récupéré le contenu d’une base de données soumise à un droit d’auteur, incompatible avec la licence Creative Commons appliquée sur l’ensemble des projets pédagogiques Wikimédia. Lorsqu'une plainte fut adressée à l’association Wikimédia France, pour être ensuite relayée sur le site Méta-Wiki, il fut bien question de fermer le projet<ref>{{Lien web|auteur1=Méta-Wiki|titre=Wikiquote FR/Closure of French Wikiquote|url=https://web.archive.org/web/20210204052058/https://meta.wikimedia.org/wiki/Wikiquote_FR/Closure_of_French_Wikiquote|date=}}.</ref>. Après de longues discussions, celui-ci fut maintenu, mais avec pour conditions de repartir de zéro, et d’établir une charte pour garantir la traçabilité des citations reprises par le projet<ref>{{Lien web|auteur1=Jean-Baptiste Soufron|titre=Redémarrage du Wikiquote Francophone / French Wikiquote Relaunch|url=https://web.archive.org/web/20200506074856/https://lists.wikimedia.org/pipermail/foundation-l/2006-March/019857.html|site=Foundation-l|lieu=|date=30 mars 2006}}.</ref>.
Voici donc de quoi se faire une idée sur la manière dont les projets pédagogiques et leurs déclinaisons linguistiques apparaissent et disparaissent au sein du mouvement. Les exemples repris ci-dessus suffisent effectivement pour comprendre les principes généraux qui sous-tendent leurs créations. En dehors de Méta-Wiki, Wikidata, Wikifunctions'','' Abstract Wikipédia et Wikimedia Commons, qui ne sont pas des projets de contenu pédagogique à proprement parler, tous les autres projets semblent effectivement provenir d’un désir de spécialisation d’un projet préexistant.
L'idée est généralement débattue dans un projet de même langue, avant de relayer la discussion vers le site Méta-Wiki. Si le projet y est jugé pertinent, il fait alors l'objet d'une candidature qui doit actuellement être soumise au [[m:Wikimedia_Foundation_Community_Affairs_Committee/Sister_Projects_Task_Force/fr|groupe de travail des projets frères]] du [[m:Wikimedia_Foundation_Community_Affairs_Committee/fr|comité des affaires communautaires de la Fondation Wikimédia]]. Quant aux nouvelles versions linguistiques, elles doivent être aujourd'hui soumises à l'approbation du [[m:Language_committee/fr|comité des langues]], avant d'être testées sur les plateformes Incubator, Beta-Wikiversité ou Wikisource Multilingue, dans le but de bénéficier d’un site web indépendant.
Après ces explications concernant les projets frères et leurs variations linguistiques, il nous reste encore à parler des sites qui ont un lien avec le mot Wiki, soit par leur nom, soit par le logiciel utilisé. En 2024 effectivement, plus de 22 600 d'entre eux étaient répertoriés, dont plus de 95 % sans aucun lien avec le mouvement Wikimédia, en dehors du fait, peut-être, qu’ils utilisaient le logiciel MediaWiki développé par la Fondation Wikimédia<ref>{{Lien web|langue=|auteur=WikiIndex|titre=the index of all wiki|url=https://web.archive.org/web/20240906224607/https://wikiindex.org/Category:All|site=|date=|consulté le=}}.</ref>.
[[w:fr:WikiLeaks|WikiLeaks]] par exemple, créé par [[w:fr:Julian Assange|Julian Assange]] dans le but de publier des documents classifiés provenant de sources anonymes, n’est ni un projet Wikimédia, ni un site collaboratif. Quant au recueil universel et multilingue de guides illustrés [[w:fr:WikiHow|WikiHow]], si celui-ci fonctionne pour sa part de manière collaborative et avec le logiciel MediaWiki<ref>{{Lien web|auteur=WikiHow|titre=wikiHow:Powered and Inspired by MediaWiki|url=https://web.archive.org/web/20211030092737/https://www.wikihow.com/wikiHow:Powered-and-Inspired-by-MediaWiki|date=|consulté le=}}.</ref>, il n'a pourtant aucun lien avec le mouvement Wikimédia. D'ailleurs, son ergonomie, radicalement différente de celle des projets Wikimédia, permet de le comprendre au premier coup d’œil.
En revanche, Wikimini, l'encyclopédie libre pour les enfants, a une apparence tout à fait comparable à celle des projets Wikimédia, alors que le projet n’a jamais été accepté par la Fondation. Quant aux projets [[w:fr:WikiTribune|WikiTribune]] et [[w:fr:Wikia|Fandom]], l'ambiguïté qu'ils entretiennent avec le mouvement est d'autant plus grande qu'ils ont été créés par [[w:fr:Jimmy Wales|Jimmy Wales]], le fondateur de Wikipédia et de la [[w:fr:Wikimedia Foundation|Fondation Wikimédia]]<ref>{{Lien web|langue=|auteur=Terry Collins|titre=Wikipedia co-founder launches project to fight fake news|url=https://web.archive.org/web/20201014061304/https://www.cnet.com/news/wikipedia-jimmy-wales-wikitribune-fighting-fake-news/|site=CNET|date=24 avril 2017|consulté le=}}.</ref>. Cependant, comme ce sont des projets commerciaux, ils ne peuvent en aucun cas être soutenus par une fondation sans but lucratif.
Au terme de cette présentation, il ne reste plus qu'à signaler que le mouvement Wikimédia ne fut conscientisé que tardivement par rapport à l'apparition des projets Wikimédia et de leurs différentes versions linguistiques. Pour qu'un sentiment de collectivité se manifeste entre tous ceux-ci, il fallut certainement attendre qu'une coordination se développe sur la plateforme Méta-Wiki, mais également que de nombreuses rencontres et associations apparaissent en dehors de l'espace numérique. En ce sens, la naissance du mouvement ne fut pas un événement ponctuel, mais plutôt la réalisation d’un long processus de conscientisation.
{| class="wikitable"style="margin: auto;" "text-align:center;"
|+Codes QR
|[[Fichier:QR code page meta news.png|centré|sans_cadre|100x100px|lien=https://meta.wikimedia.org/wiki/Wikimedia_News]]
|[[Fichier:QR-Code ligne du temps projets Wikimédia.png|centré|sans_cadre|100x100px|lien=https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/b/b0/WikipediaTimeline.png]]
|[[Fichier:Code QR vidéo présentation projets frères WikiMooc 2016.svg|centré|sans_cadre|100x100px]]
|-
|<small>Meta-Wiki</small>
|<small>Ligne du temps</small>
|<small>Vidéo projets frères</small>
|}
{{AutoCat}}
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765552
765464
2026-04-30T11:17:34Z
Lionel Scheepmans
20012
765552
wikitext
text/x-wiki
<noinclude>{{Le mouvement Wikimédia}}</noinclude>
Dans le but de développer des contenus pédagogiques qui ne trouvaient pas leur place dans Wikipédia, d’autres projets pédagogiques et collaboratifs ont vu le jour, pour former ce que l'on appelle couramment aujourd'hui : l’écosystème Wikimedia. La naissance de tous ces projets, ainsi que les évènements importants qui ont contribué au développement du mouvement, ont été repris dans une [[c:File:WikipediaTimeline.png|ligne du temps]] réalisée par [[m:user:Guillom|Guillaume Paumier]], à l’occasion du dixième anniversaire de Wikipédia. Grâce à ce graphique, on peut voir en détail l'évolution du nombre de projets, de versions linguistiques, de contributeurs et d'articles, et se faire une idée sur la vitesse à laquelle s'est développé le mouvement Wikimédia.[[Fichier:Wikimedia logo family complete-2022.svg|alt=Logo du mouvement Wikimédia entouré de 15 autres logos de projets actifs en son sein|vignette|<small>Figure 18. Logo de la Fondation Wikimédia entouré de 15 autres logos de projets actifs au sein du mouvement.</small>|300x300px]]Parmi tous les projets frères, le premier à apparaître fut Méta-Wiki, une plateforme de référence pour centraliser la gestion de l'ensemble des sites web hébergés par la fondation Wikimédia. Dans un premier temps, cet espace communautaire en ligne a répondu à la nécessité de traiter en un seul lieu les questions communes aux différentes versions linguistiques de Wikipédia. Aujourd'hui, le site web est le principal endroit de coordination et de gestion de l'ensemble du mouvement Wikimédia. On y retrouve énormément d'informations au sujet des projets en ligne, et peut-être plus encore, concernant la Fondation et les organismes affiliés.
Après Méta-Wiki, sept autres projets de partage de la connaissance ont fait leur apparition, avant d'être déclinés à leur tour en plusieurs versions linguistiques. Tous ces projets émergent en général sur l’initiative d’un petit groupe de personnes actives au sein d’un projet préexistant. Ce fut le cas du projet Wiktionnaire en anglais, le deuxième projet à voir le jour après Méta-Wiki, en décembre 2002, soit deux ans avant la version francophone apparue en mars 2004<ref>{{Lien web|auteur=Wiktionnaire|titre=Wiktionnaire:Historique du Wiktionnaire|url=https://web.archive.org/web/20200416091043/https://fr.wiktionary.org/wiki/Wiktionnaire:Historique_du_Wiktionnaire|consulté le=}}.</ref>.
Il est intéressant d'observer que la version francophone du Wiktionnaire n’a pas été créée à partir du projet anglophone, mais bien depuis le projet Wikipédia en français. D'ailleurs, on peut retrouver dans les archives de ce dernier projet, un débat concernant la pertinence de cette création, dont voici un extrait.
<blockquote>
En fait, ce qui me peine vraiment avec le projet Wiktionary, c’est que alors qu’on essaie de rassembler les gens (pas facile) pour créer une sorte de tour de Babel de la connaissance (tâche bien longue et difficile), ce nouveau projet va disperser les énergies pour une raison qui ne me semble pas valable. C’est la création de Wiktionary qui va créer des redondances. À mon avis il existera rapidement des pages sur le même mot, mais ne contenant pas les mêmes informations. Pour quelle raison ces connaissances devraient-elles être séparées ? Les encyclopédies sur papier devaient faire des choix à cause du manque de place, mais nous, pourquoi le ferions-nous ??? "Wikipédia n’est pas un dictionnaire" n’est pas un argument à mon avis... si vraiment c’était pas un dictionnaire, il faudrait virer tout un tas d’article. Je ne comprends vraiment pas cette volonté de séparer la connaissance entre ce qui est "encyclopédique" et ce qui n’est "qu’une définition".
[Réponse]
Pour moi ce qu’est Wiktionary, c’est une partie de Wikipédia s’intéressant plus particulièrement aux aspects linguistiques des mots. La différence que je verrais entre la partie ''dictionnaire'' de Wikipédia et sa partie dite encyclopédique, c’est que la partie dictionnaire s’intéresserait au sens des mots eux-mêmes alors que la partie encyclopédie s’attache plus à faire ressortir un état des connaissances à un moment donné. Le pourquoi de la séparation d’avec la partie encyclopédie tient plus à des raisons techniques qu’à une volonté de monter un projet indépendant, en effet, à mon humble avis, un dictionnaire nécessite une plus grande rigueur (de présentation) qu’une encyclopédie. Ceci entraîne beaucoup de problème et entre autres le choix de la mise en forme des articles du dictionnaire.<ref>{{Lien web|auteur=Wiktionnaire|titre=Wiktionnaire:Historique du Wiktionnaire/Discussion Wikipédia:Wiktionary|url=https://web.archive.org/web/20140831102908/http://fr.wiktionary.org/wiki/Wiktionnaire:Historique_du_Wiktionnaire/Discussion_Wikip%C3%A9dia:Wiktionary|date=|consulté le=}}.</ref>
</blockquote>
Créer un nouveau projet, c’est effectivement créer de nouveaux sites web, qui devront faire l’objet d’une nouvelle gestion, tant pour les serveurs de la Fondation, que pour la nouvelle communauté de contributeurs. L’importation de pages d’un projet à l'autre ou la traduction de celles-ci sont bien sûr toujours possibles, mais cela duplique alors aussi la maintenance et les mises à jour. Le choix de scinder un projet, en faveur d’une plus grande liberté, comporte donc certains coûts humains et financiers.
Ce prix à payer n'a pour autant pas empêché le projet anglophone Wikibooks de faire son apparition le 10 juin 2003, soit près d’un an avant Wikilivres, la version francophone du projet, apparue le 22 juillet 2004. Cette dernière création avait de nouveau été débattue au sein de la communauté Wikipédia en français, et non pas dans le Wikibooks en anglais. Quant à l'objectif commun aux deux projets linguistiques, il était de créer une « bibliothèque de livres pédagogiques libres que chacun peut améliorer »<ref>{{Lien web|auteur=Wikilivres|url=https://fr.wikibooks.org/w/index.php?title=Accueil&oldid=586825|titre=Acceuil|consulté le=}}.</ref>.
Environ un an après la création du projet en anglais, un nouvel [[w:fr:Espace de noms|espace de noms]] intitulé Wikijunior fut mis en place au sein de la bibliothèque en ligne. Ce sous-projet avait été créé pour répondre à un financement de la fondation ''[[w:en:Graham_Beck|Beck]],'' qui cherchait à promouvoir la production de nouvelles littératures pour des enfants de huit à onze ans<ref>{{Lien web|auteur=Méta-Wiki|titre=Wikijunior/proposal to Beck Foundation|url=https://web.archive.org/web/20150925041619/https://meta.wikimedia.org/wiki/Wikijunior/proposal_to_Beck_Foundation|consulté le=}}.</ref>. Peu de temps après, cette tranche d’âge fut toutefois élargie de zéro à douze ans au niveau du projet francophone, quand le sous-projet y fut adopté<ref>{{Lien web|auteur=Wikilivres|titre=Wikijunior|url=https://web.archive.org/web/20210414045051/https://fr.wikibooks.org/wiki/Wikijunior|consulté le=}}.</ref>.
Ces deux évènements témoignent ainsi qu'il est toujours possible qu'un sous-projet apparaisse dans un projet Wikimédia. Comme autre exemple, il y a aussi le WikiJournal, un sous-projet développé au sein du projet Wikiversité en anglais et qui reçu le prix de l’''Open Publishing Awards'' en 2019<ref>{{Lien web|langue=|auteur=Open Publishing Awards|titre=Results|url=https://web.archive.org/web/20201125093419/https://openpublishingawards.org/|site=|consulté le=}}.</ref>. Une demande fut faite pour qu'il puisse bénéficier d'un nouveau site web dans le but de pouvoir se développer en dehors de Wikiversité. Malheureusement pour les initiateurs, la demande est restée sans suite jusqu'à ce jour<ref>{{Lien web|langue=|auteur1=Wikimedia Foundation Wiki|titre=Minutes/2020-02|url=https://web.archive.org/web/20201015115053/https://foundation.wikimedia.org/wiki/Minutes/2020-02#WikiJournal|site=|éditeur=|date=|consulté le=}}.</ref>, après que le conseil d’administration de la Fondation, chargé de répondre à celle-ci, considéra que le projet n’était pas suffisamment abouti.
Il faut savoir qu'avant cela, le projet Wikiversité, dans lequel est né Wikijournal, avait lui-même été un sous-projet du projet Wikibook<ref>{{Lien web|auteur=Méta-Wiki|titre=Talk:Wikiversity/Old|url=https://web.archive.org/web/20130723232149/http://meta.wikimedia.org/wiki/Talk:Wikiversity/Old|date=|consulté le=}}.</ref>. Initialement, il visait à « créer une communauté de personnes qui se soutiennent mutuellement dans leurs efforts éducatifs<ref>Texte original avant sa traduction par www.deepl.com/translator : « ''create a community of people who support each other in their educational endeavors »''</ref> »<ref>{{Lien web|auteur=Wikibooks|titre=Wikiversity|url=https://web.archive.org/web/20210506184146/https://en.wikibooks.org/wiki/Wikiversity|date=|consulté le=}}.</ref>. Cependant, en août 2005, une longue discussion remit en question l’existence du sous-projet Wikiversité dans Wikibooks. Au terme de celle-ci, la décision fut prise de transférer Wikiversité et son contenu sur le site Méta-Wiki<ref name="Wikibooks">{{Lien web|titre=Wikibooks:Requests for deletion/Wikiversity|url=https://en.wikibooks.org/w/index.php?title=Wikibooks:Requests_for_deletion/Wikiversity&oldid=3490139|auteur=Wikibooks|consulté le=}}.</ref>, là où de nouvelles discussions ont abouti à l’idée de faire de Wikiversité un nouveau projet indépendant<ref>{{Lien web|titre=Wikiversity|url=https://meta.wikimedia.org/w/index.php?title=Wikiversity&oldid=232819|auteur=Méta-Wiki|date=|consulté le=}}.</ref>.
Déjà à l'époque, le conseil d’administration de la Fondation Wikimédia se montrait réticent à l'ouverture de nouveaux projets, et sa réaction fut de demander l'ouverture d'un sondage au sein de la communauté. Celui-ci devait rassembler une majorité des deux tiers en faveur de l'ouverture du nouveau site web<ref>{{Lien web|titre=Wikiversity/Vote/fr|url=https://meta.wikimedia.org/w/index.php?title=Wikiversity/Vote/fr&oldid=316555|consulté le=|auteur=Méta-Wiki}}.</ref>. Un résultat qui fut finalement obtenu, mais pas sans de longs débats, dont voici un extrait<ref name="Wikibooks" />.
<blockquote>
La principale raison pour laquelle la Fondation Wikimédia ne veut pas "lâcher le morceau" est une simple question de bureaucratie et la crainte que le projet ne devienne une autre Wikispecies [un projet de répertoire du vivant]. Wikispecies est une idée cool, mais les "fondateurs" du projet se sont dégonflés à mi-chemin de la mise en place du contenu et ont décidé de faire une révision majeure qui a pris plus de temps que ce que tout le monde était prêt à mettre.
Le même problème s’applique à Wikiversity en ce qui concerne la Fondation, parce que les objectifs et les buts de ce projet ne sont pas clairement définis, et il semble que les participants essaient de mordre plus qu’ils ne peuvent mâcher en proposant une université de recherche multi-collèges entière (avec un statut de recherche et une accréditation) à former de toutes pièces plutôt qu’un simple centre d’éducation pour adultes avec quelques classes.<ref>Texte original avant sa traduction par deepl.com/translator : « ''The main reason why the Wikimedia Foundation doesn't want to "turn it loose" is pure bureaucratic BS and a fear that it will turn into another Wikispecies. Wikispecies is a cool idea, but the "founders" of the project got cold feet part-way into putting in content and decided to do a major revision that took more time than anybody was willing to put into it. The same issue applies to Wikiversity so far as the Foundation is concerned, because the goals and purposes of this project are not clearly defined, and it seems like the participants are trying to bite off more than they can chew by proposing an entire multi-college research university (with Carnegie-Mellon research status and accreditation as well) to be formed out of whole cloth rather than a simple adult education center with a few classes. If more thought is done on how to "bootstrap" this whole project, perhaps some thoughts on how to convince the Foundation board to let a separate wiki be kicked loose to let this project try to develop on its own can be made''.--Rob Horning 11:21, 14 August 2005 (UTC) »</ref>
</blockquote>
En novembre 2005 et malgré les résultats positifs du sondage, l'indépendance du projet Wikiversité ne fut toutefois pas acceptée par cinq membres du conseil. Ceux-ci réclamaient une « réécriture de la proposition pour en exclure la remise de titre de compétence, la conduite de cours en ligne, et de clarifier le concept de plate-forme ''e-learning''<ref>Texte original avant sa traduction par www.deepl.com/translator : « ''rewriting the proposal to'' ''exclude credentials, exclude online-courses and clarify the concept of elearning platform'' »</ref> »<ref>{{Lien web|auteur=Wikimedia Foundation Wiki|titre=Meetings/November 13, 2005|url=https://foundation.wikimedia.org/w/index.php?title=Meetings/November_13,_2005&oldid=118181|consulté le=}}.</ref>. Quand ces rectifications furent faites, le projet bénéficia d'une période d’essai de plusieurs mois, jusqu'à ce que les amendements apportés au projet de départ soient enfin acceptés, le 31 juillet 2006. Ce long temps d'attente était justifié par la création du ''[[m:Special_projects_committee|special projects committee]]''<ref>{{Lien web|titre=Wikiversity/Modified project proposal|url=https://meta.wikimedia.org/w/index.php?title=Wikiversity/Modified_project_proposal&oldid=395364#Scope_of_Wikiversity%20scope|auteur=Méta-Wiki|consulté le=}}.</ref>'','' qui, jusqu'en décembre 2021, fut chargé de soulager le conseil d’administration de la fondation, par rapport aux demandes de création de nouveaux projets Wikimédia<ref>{{Lien web|titre=Difference between revisions of "Special projects committee/Resolutions" - Meta|url=https://meta.wikimedia.org/w/index.php?title=Special_projects_committee/Resolutions&diff=prev&oldid=418944&diffmode=source|auteur=Méta-Wiki|consulté le=}}.</ref>.
Un nouveau site, nommé Beta-Wikiversity, fut ainsi créé pour assister le lancement des différentes versions linguistiques de Wikiversité<ref>{{Lien web|titre=Wikiversité|url=https://fr.wikiversity.org/w/index.php?title=Wikiversité:Accueil&oldid=787344|auteur=Wikiversité|consulté le=}}.</ref>. Durant six mois, son premier objectif a d'abord été l'élaboration des lignes directrices concernant la potentialité de produire des recherches collaboratives au sein du projet<ref>Texte original avant sa traduction par www.deepl.com/translator : « ''six months, during which guidelines for further potential uses of the site, including collaborative research, will be developed'' »</ref>. Par la suite, chaque nouvelle version linguistique, développée dans le projet Beta, devait avoir plus de 10 modifications par mois, réalisées par au moins trois personnes distinctes, avant de pouvoir bénéficier de son propre site web.
À l'image de Beta-Wikiversity, le projet Wikisource<ref>{{Lien web|auteur=Wikisource|titre=Wikisource|url=https://web.archive.org/web/20210303213629/https://wikisource.org/wiki/Main_Page|date=|consulté le=}}.</ref> possède lui aussi un site indépendant pour lancer ces nouvelles déclinaisons linguistiques. Tandis que pour tous les autres projets pédagogiques, ce lancement s'effectue sur la plateforme [[incubator:Main_Page|Wikimedia Incubator]]<ref>{{Lien web|auteur=Wikimédia Incubator|titre=Welcome to Wikimedia Incubator!|url=https://web.archive.org/web/20210227091859/https://incubator.wikimedia.org/wiki/Incubator:Main_Page|date=|consulté le=}}.</ref>'','' créée à la même époque que Beta-Wikiversity. Ces trois plateformes de lancement ne concernent pas les nouveaux projets, qui doivent faire l'objet d'une acceptation par le conseil d'administration de la Fondation Wikimédia, et qui peuvent avoir pour origines des processus de création divers.
Le projet Wikivoyage, par exemple, fut initialement créé en 2003 dans un Wiki extérieur au mouvement Wikimédia, là où il portait le nom de Wikitravel<ref>{{Lien web|auteur=Giles Turnbull|titre=The DIY travel guide|url=https://web.archive.org/web/20210116050802/http://news.bbc.co.uk/2/hi/uk_news/magazine/3614517.stm|site=BBC News|éditeur=|date=12 avril 2004|consulté le=}}.</ref>. Comme cela arrive parfois, ce projet sans but lucratif fut acheté par une entreprise commerciale en 2006. Mais en raison du changement de gouvernance et de l'apparition de publicités, une scission est apparue au sein de la communauté d’éditeurs. Les personnes désireuses de quitter Wikitravel lancèrent alors un nouveau site appelé Wikivoyage, qui reçut en 2007, le [[w:fr:Webby Award|''Webby Award'']] du meilleur guide de voyage Internet<ref>{{Lien web|auteur=Jake Coyle|titre=On the Net: Web Sites to Travel By|url=https://web.archive.org/web/20210121071600/https://www.foxnews.com/printer_friendly_wires/2007May30/0,4675,OntheNet,00.html|site=Fox News|date=30 mai 2007|consulté le=}}.</ref>.
L'intégration de Wikivoyage dans l'écosystème Wikimédia n'a cependant été faite qu'en 2012, à la suite d'un appel à commentaires durant lequel 540 personnes sur 699 furent en faveur de l’intégration du projet<ref>{{Lien web|url=https://web.archive.org/web/20210311055050/https://meta.wikimedia.org/wiki/Requests_for_comment/Travel_Guide|titre=Requests for comment/Travel Guide|auteur=Méta-Wiki|consulté le=}}.</ref>. Comme cette nouvelle déclencha une migration importante depuis Wikitravel vers Wikivoyage, une plainte fut déposée par la société commerciale en charge du premier projet. Celle-ci fut toutefois rejetée et le projet Wikivoyage continua à prendre de l’ampleur au sein du mouvement Wikimédia, avec la création de nouvelles versions linguistiques<ref>{{Lien web|auteur=Steven Musil|titre=Wikimedia, Internet Brands settle Wikivoyage lawsuits|url=https://web.archive.org/web/20211116013544/https://www.cnet.com/tech/services-and-software/wikimedia-internet-brands-settle-wikivoyage-lawsuits/|site=CNET|éditeur=|date=17 février 2013|consulté le=}}.</ref>.[[Fichier:WikiMOOC - vidéo 23 - Les projets frères.webm|vignette|<small>Vidéo 1. Présentation des projets frères dans le cadre du WIKIMOOC 2016.</small>|300x300px|gauche]]Le cas de Wikivoyage apparait toutefois comme une exception, car en général les nouveaux projets émergent des centaines de candidatures déposées sur le projet [[m:Proposals_for_new_projects|Méta-Wiki]]<ref>{{Lien web|auteur=Méta-Wiki|titre=Proposals for new projects|url=https://web.archive.org/web/20211019173812/https://meta.wikimedia.org/wiki/Proposals_for_new_projects|date=|consulté le=}}.</ref>. Celles-ci se soldent bien souvent par un refus, comme ce fut le cas pour le projet WikiLang dont le but était de lancer un laboratoire linguistique<ref>{{Lien web|langue=|auteur=Méta-Wiki|titre=WikiLang|url=https://web.archive.org/web/20210109011449/https://meta.wikimedia.org/wiki/WikiLang|consulté le=}}</ref>. Quelques rares projets ont pourtant eu la chance d'être élus. Ce fut notamment le cas en octobre 2012, avec le lancement de la base de données structurée et sémantique [[w:Wikidata|Wikidata]] et de ses extensions [[w:Wikibase|Wikibase]], ou plus récemment, en 2020, avec l'arrivée du projet [[w:Abstract_Wikipedia|Abstract Wikipedia]]<ref>{{Lien web|langue=|auteur=Wikimedia Foundation Wiki|titre=Resolution:Abstract Wikipedia|url=https://web.archive.org/web/20201026191716/https://foundation.wikimedia.org/wiki/Resolution:Abstract_Wikipedia|date=|consulté le=}}.</ref> et [[w:Wikifunctions|Wikifunctions]]<ref>{{Lien web|langue=|auteur=Wikimedia Fundation|titre=Resolution:Abstract Wikipedia|url=https://web.archive.org/web/20200703234853/https://foundation.wikimedia.org/wiki/Resolution:Abstract_Wikipedia}}</ref>.
Sans vouloir entrer dans les détails, il est intéressant de savoir que l'interconnexion entre ces trois projets permet de traduire automatiquement des articles encyclopédiques dans tous les langages naturels pris en charge par le mouvement Wikimédia. Plus précisément, les phrases des articles publiées sur Abstract Wikipédia, sont formulées par des fonctions informatiques produites dans le projet Wikifunctions, dans le but de traiter les informations de la base de données sémantique Wikidata. Autrement dit, un article dans Abstract Wikipédia ne possède qu'une seule page pour toutes les langues, pareillement aux pages d'entités de Wikidata, qui ont pour titre une lettre suivie d'un chiffre<ref>{{Lien web|langue=|auteur=Thomas Douillard|titre=Abstract Wikipédia - LinuxFr.org|url=https://web.archive.org/web/20200923155546/https://linuxfr.org/news/abstract-wikipedia#fn1|site=Linux Fr|lieu=|date=05/09/20|consulté le=}}.</ref>.
À la suite de ces explications, on observe donc que ce n'est pas la complexité qui détermine le refus projet, mais plutôt une série de critères comparables à ceux retenus pour supprimer des projets ou versions linguistiques déjà existants. À ce propos, il existe sur Méta-Wiki une liste mise à jour des différents sites hébergés par la Fondation Wikimédia, dont l'existence est remise en cause<ref>{{Lien web|auteur=Méta-Wiki|titre=Proposals for closing projects|url=https://web.archive.org/web/20210126030311/https://meta.wikimedia.org/wiki/Proposals_for_closing_projects|date=|consulté le=}}.</ref>. Dans celle-ci, on retrouve essentiellement des versions linguistiques de projets, qui n’ont pas réussi à poursuivre leurs développements, bien qu'un projet entier soit toujours susceptible d'être mis à l'arrêt. C'est d'ailleurs ce qui est arrivé aux 31 versions linguistiques du projet Wikinews, qui, en date du 4 mai 2026, soit 22 ans après le lancement du site anglophone, sont accessibles [[n:fr:Wikinews_ne_sera_plus_mis_à_jour_à_partir_du_4_mai_2026|en mode lecture uniquement]]<ref>{{Lien web|auteur=Wikinews|titre=Wikinews ne sera plus mis à jour à partir du 4 mai 2026|url=https://web.archive.org/web/20260413082226/https://fr.wikinews.org/wiki/Wikinews_ne_sera_plus_mis_%C3%A0_jour_%C3%A0_partir_du_4_mai_2026}}.</ref>.
Dans le cas de Wikinews, ce fut le manque d'activité qui apparut comme principale justification de la suspension du projet. Cependant, d'autres raisons pourraient être invoquées, comme le prouve cet épisode de 2005, où, peu de temps après son lancement, la version francophone du recueil de citations [[w:Wikiquote|Wikiquote]] a bien risqué de disparaitre. Le projet fut effectivement accusé d’avoir récupéré le contenu d’une base de données soumise à un droit d’auteur, incompatible avec la licence Creative Commons appliquée sur l’ensemble des projets pédagogiques Wikimédia. Lorsqu'une plainte fut adressée à l’association Wikimédia France, pour être ensuite relayée sur le site Méta-Wiki, il fut bien question de fermer le projet<ref>{{Lien web|auteur1=Méta-Wiki|titre=Wikiquote FR/Closure of French Wikiquote|url=https://web.archive.org/web/20210204052058/https://meta.wikimedia.org/wiki/Wikiquote_FR/Closure_of_French_Wikiquote|date=}}.</ref>. Après de longues discussions, celui-ci fut toutefois maintenu, mais avec pour conditions de repartir de zéro, et d’établir une charte pour garantir la traçabilité des citations reprises par le projet<ref>{{Lien web|auteur1=Jean-Baptiste Soufron|titre=Redémarrage du Wikiquote Francophone / French Wikiquote Relaunch|url=https://web.archive.org/web/20200506074856/https://lists.wikimedia.org/pipermail/foundation-l/2006-March/019857.html|site=Foundation-l|lieu=|date=30 mars 2006}}.</ref>.
Voici donc de quoi se faire une idée sur la manière dont les projets pédagogiques et leurs déclinaisons linguistiques apparaissent et disparaissent au sein du mouvement. Les exemples repris ci-dessus suffisent effectivement pour comprendre les principes généraux qui sous-tendent leurs créations. En dehors de Méta-Wiki, Wikidata, Wikifunctions'','' Abstract Wikipédia et Wikimedia Commons, qui ne sont pas des projets de contenu pédagogique à proprement parler, tous les autres projets semblent effectivement provenir d’un désir de spécialisation d’un projet préexistant.
L'idée est généralement débattue dans un projet de même langue, avant de relayer la discussion vers le site Méta-Wiki. Si le projet y est jugé pertinent, il fait alors l'objet d'une candidature, qui doit actuellement être soumise au [[m:Wikimedia_Foundation_Community_Affairs_Committee/Sister_Projects_Task_Force/fr|groupe de travail des projets frères]] du [[m:Wikimedia_Foundation_Community_Affairs_Committee/fr|comité des affaires communautaires de la Fondation Wikimédia]]. Quant aux nouvelles versions linguistiques, elles doivent être aujourd'hui soumises à l'approbation du [[m:Language_committee/fr|comité des langues]], avant d'être testées sur les plateformes Incubator, Beta-Wikiversité ou Wikisource Multilingue, dans le but de bénéficier d’un site web indépendant.
Après ces explications concernant les projets frères et leurs variations linguistiques, il nous reste encore à parler des sites qui ont un lien avec le mot Wiki, soit par leur nom, soit par le logiciel utilisé. En 2024 effectivement, plus de 22 600 d'entre eux étaient répertoriés, dont plus de 95 % sans aucun lien avec le mouvement Wikimédia, en dehors du fait, peut-être, qu’ils utilisaient le logiciel MediaWiki développé par la Fondation Wikimédia<ref>{{Lien web|langue=|auteur=WikiIndex|titre=the index of all wiki|url=https://web.archive.org/web/20240906224607/https://wikiindex.org/Category:All|site=|date=|consulté le=}}.</ref>.
[[w:fr:WikiLeaks|WikiLeaks]] par exemple, créé par [[w:fr:Julian Assange|Julian Assange]] dans le but de publier des documents classifiés provenant de sources anonymes, n’est ni un projet Wikimédia, ni un site collaboratif. Quant au recueil universel et multilingue de guides illustrés [[w:fr:WikiHow|WikiHow]], si celui-ci fonctionne pour sa part de manière collaborative et avec le logiciel MediaWiki<ref>{{Lien web|auteur=WikiHow|titre=wikiHow:Powered and Inspired by MediaWiki|url=https://web.archive.org/web/20211030092737/https://www.wikihow.com/wikiHow:Powered-and-Inspired-by-MediaWiki|date=|consulté le=}}.</ref>, il n'a pourtant aucun lien avec le mouvement Wikimédia. D'ailleurs, son ergonomie, radicalement différente de celle des projets Wikimédia, permet de le comprendre au premier coup d’œil.
En revanche, Wikimini, l'encyclopédie libre pour les enfants, a une apparence tout à fait comparable à celle des projets Wikimédia, alors que le projet n’a jamais été accepté par la Fondation. Quant aux projets [[w:fr:WikiTribune|WikiTribune]] et [[w:fr:Wikia|Fandom]], l'ambiguïté qu'ils entretiennent avec le mouvement est d'autant plus grande qu'ils ont été créés par [[w:fr:Jimmy Wales|Jimmy Wales]], le fondateur de Wikipédia et de la [[w:fr:Wikimedia Foundation|Fondation Wikimédia]]<ref>{{Lien web|langue=|auteur=Terry Collins|titre=Wikipedia co-founder launches project to fight fake news|url=https://web.archive.org/web/20201014061304/https://www.cnet.com/news/wikipedia-jimmy-wales-wikitribune-fighting-fake-news/|site=CNET|date=24 avril 2017|consulté le=}}.</ref>. Cependant, comme ce sont des projets commerciaux, ils ne peuvent en aucun cas être soutenus par une fondation sans but lucratif.
Au terme de cette présentation, il ne reste plus qu'à signaler que le mouvement Wikimédia ne fut conscientisé que tardivement par rapport à l'apparition des projets Wikimédia et de leurs différentes versions linguistiques. Pour qu'un sentiment de collectivité se manifeste entre tous ceux-ci, il fallut effectivement attendre qu'une coordination se développe sur la plateforme Méta-Wiki, mais également que de nombreuses rencontres et associations apparaissent en dehors de l'espace numérique. En ce sens, la naissance du mouvement ne fut pas un événement ponctuel, mais plutôt la réalisation d’un long processus de conscientisation.
{| class="wikitable"style="margin: auto;" "text-align:center;"
|+Codes QR
|[[Fichier:QR code page meta news.png|centré|sans_cadre|100x100px|lien=https://meta.wikimedia.org/wiki/Wikimedia_News]]
|[[Fichier:QR-Code ligne du temps projets Wikimédia.png|centré|sans_cadre|100x100px|lien=https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/b/b0/WikipediaTimeline.png]]
|[[Fichier:Code QR vidéo présentation projets frères WikiMooc 2016.svg|centré|sans_cadre|100x100px]]
|-
|<small>Meta-Wiki</small>
|<small>Ligne du temps</small>
|<small>Vidéo projets frères</small>
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Le mouvement Wikimédia/La conscientisation du mouvement
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Lionel Scheepmans
20012
765440
wikitext
text/x-wiki
<noinclude>{{Le mouvement Wikimédia}}</noinclude>
Avant d'aborder la question de la conscientisation du mouvement, il peut être intéressant de découvrir l'origine étymologique du mot « Wikim''é''dia ». Celui-ci est un [[w:fr:mot-valise|mot-valise]] composé du suffixe « média » et du préfixe « wiki » que l’on doit à cette expression hawaïenne « [[wikt:wikiwiki|wiki wiki]] », qui se traduit en français par l'expression : « vite, vite »<ref>{{Lien web|langue=|auteur=Wiktionnaire|titre=wiki|url=https://web.archive.org/web/20200905104709/https://fr.wiktionary.org/wiki/wiki|site=|date=|consulté le=}}.</ref>. Celle-ci fut récupérée une première fois par Ward Cunningham, le créateur du premier moteur Wiki, avant d'être réutilisée dans les noms inventés pour d'autres logiciels de cette même famille. UseModWiki en est un bel exemple, puisqu'il fut le premier programme utilisé par la firme Bomis pour héberger son projet d’encyclopédie collaborative. Raison pour laquelle, sans doute, le terme « wiki » fut utilisé pour créer le mot Wikipédia, en l'associant au suffixe « pedia » qui fait référence au mot anglais ''encyclopedia'', selon un principe qui fut ensuite repris pour tous les autres projets du mouvement.
[[Fichier:Florence_Devouard_Wiki_Indaba_2017.jpg|vignette|<small>Figure 19. Florence Devouard en 2017.</small>|300x300px]]
Le mot Wikimédia, pour sa part, n’est apparu que le seize mars 2003, lors d’une discussion concernant la déclinaison possible de l’encyclopédie en d’autres types de projets éditoriaux participatifs. Durant celle-ci, l’écrivain américain [[w:fr:Sheldon Rampton|Sheldon Rampton]] eu l’idée d’associer au terme wiki à celui de « média », afin de mettre en évidence la variété des médias produits et partagés par Wikipédia et ses projets frères<ref>{{Lien web|langue=|auteur=Sheldon Rampton|titre=WikiEN-l Re:Current events|url=https://web.archive.org/web/20201029044620/https://lists.wikimedia.org/pipermail/wikien-l/2003-March/001887.html|site=Wikimedia-l|date=16 mars 2003|consulté le=}}.</ref>. Toutefois, c'est seulement en juin 2008 que [[w:fr:Florence Devouard|Florence Devouard]], présidente de la Fondation à cette époque, associe le mot Wikimédia à un mouvement social qu’elle voyait apparaître au sein des projets Wikimédia et de leurs communautés d'usagers.
Affirmer pour autant que ce moment précis coïncide avec la naissance du mouvement Wikimédia serait quelque peu arbitraire. Car si l’on peut déterminer plus ou moins facilement l’apparition d’une expression dans des archives, tout le monde sait qu’un mouvement social ne se forme pas en un seul instant. Dans le contexte du mouvement Wikimédia, sa naissance est bien sûr liée à celle du projet Wikipédia, mais également à tout ce qui permit la création de cette encyclopédie libre. Dans une autre perspective encore, on peut dater l'apparition du mouvement Wikimédia au 20 juin 2003<ref name="Création">{{Lien web|langue=|auteur=Division of Corporations - State of Florida|titre=Wikimedia Foundation, INC.|url=https://web.archive.org/web/20201021023841/http://search.sunbiz.org/Inquiry/CorporationSearch/SearchResultDetail?inquirytype=EntityName&directionType=Initial&searchNameOrder=WIKIMEDIAFOUNDATION%20N030000053230&aggregateId=domnp-n03000005323-6dc7ff3a-b7ba-4c97-9b9e-4545cef1ca0a&searchTerm=Wikimedia%20Foundation&listNameOrder=WIKIMEDIAFOUNDATION%20N030000053230|site=|consulté le=}}.</ref>, date de la création de la fondation qui porte le même nom. Ou pourquoi pas, associer la création du mouvement à la mise en ligne de la plate-forme Méta-Wiki, qui en représente le principal lieu de coordination.
Toujours est-il que l’expression « ''Wikimedia movement'' » est bien apparue en juin 2008, sous la plume de Florence Devouard. Cela s'est passé sur la liste de diffusion de la Fondation et peu de temps avant qu'elle quitte son poste de présidente<ref>{{Lien web|langue=|auteur=Florence Devouard|titre=Candidacy to the board of WMF|url=https://web.archive.org/web/20201106192308/https://lists.wikimedia.org/pipermail/foundation-l/2008-May/043117.html|site=Foundation-l|date=19 mai 2008|consulté le=}}.</ref>. Dans son message, elle partageait l'idée de placer sous le nom de domaine Wikimedia.org un site vitrine de présentation du mouvement Wikimédia qu'elle concevait de la sorte<ref>{{Lien web|langue=|auteur=Méta-Wiki|titre=Talk:Www.wikimedia.org template/2008|url=https://web.archive.org/web/20201103025847/https://meta.wikimedia.org/w/index.php?title=Talk%3AWww.wikimedia.org_template%2F2008|site=|date=|consulté le=}}.</ref>.
<blockquote>
Le mouvement Wikimédia, comme je l’entends est
– une collection de valeurs partagées par les individus (liberté d’expression, connaissance pour tous, partage communautaire, etc.)
– un ensemble d’activités (conférences, ateliers, wikiacadémies, etc.)
– un ensemble d’organisations (''Wikimedia Foundation'', Wikimedia Allemagne, Wikimedia Taïwan, etc.), ainsi que quelques électrons libres (individus sans chapitres) et des organisations aux vues similaires<ref>Texte original avant sa traduction par deepl.com/translator : « ''The Wikimedia Movement, as I understand it, is a collection of values shared by individuals (freedom of speech, knowledge for everyone, community sharing, etc.) a collection of activities (conferences, workshops, wikiacademies, etc.) a collection of organizations (Wikimedia Foundation, Wikimedia Germany, Wikimedia Taiwan, etc.), as well as some free electrons (individuals without chapters) and similar-minded organizations.'' »</ref>
</blockquote>
Avec autant de détails et d'explications, un tel message ne pouvait qu'accélérer la prise de conscience au sein du mouvement. Dans tous les cas, il mettait en évidence que les personnes actives dans les projets éditoriaux en ligne ou dans les organismes affiliés, faisaient partie de ce que [[w:fr:Ralf Dahrendorf|Ralf Dahrendorf]] appelle un « quasi-groupe<ref>{{Ouvrage|langue=|prénom1=Ralf|nom1=Dahrendorf|titre=Classes et conflits de classes dans la société industrielle.|éditeur=Mouton|date=1972|oclc=299690912}}.</ref> ». Ou autrement dit, un ensemble d’individus qui ont un mode de vie semblable, une culture commune, mais dont les points communs ne gravitent pas autour d’une prise de conscience de leur position commune dans la relation d’autorité<ref>{{Ouvrage|langue=|auteur=|prénom1=Pierre|nom1=Desmarez|titre=Sociologie générale (syllabus)|passage=34|lieu=Bruxelles|éditeur=Presses universitaires de Bruxelles|date=2006|numéro d'édition=10|pages totales=194|isbn=|lire en ligne=}}.</ref>.
Après la naissance de Wikipédia et de nombreux projets frères, une dizaine d’années a donc été nécessaire pour que le mouvement Wikimédia prenne conscience de son existence. Aujourd’hui encore, et comme cela a déjà été vu, de nombreuses personnes actives dans les projets pédagogiques ne réalisent toujours pas qu’elles participent aux activités d’un mouvement social. Cela, contrairement aux personnes investies dans les activités en présentiel organisées au sein du mouvement, qui sont généralement plus conscientes de leur engagement. C’est là une raison de croire que le développement de la Fondation Wikimédia et de ses organismes affiliés a joué un rôle important dans l'apparition d'un sentiment d’appartenance.
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Lionel Scheepmans
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<noinclude>{{Le mouvement Wikimédia}}</noinclude>
Avant d'aborder la question de la conscientisation du mouvement, il peut être intéressant de découvrir l'origine étymologique du mot « Wikim''é''dia ». Celui-ci est un [[w:fr:mot-valise|mot-valise]] composé du suffixe « média » et du préfixe « wiki » que l’on doit à cette expression hawaïenne « [[wikt:wikiwiki|wiki wiki]] », qui se traduit en français par l'expression : « vite, vite »<ref>{{Lien web|langue=|auteur=Wiktionnaire|titre=wiki|url=https://web.archive.org/web/20200905104709/https://fr.wiktionary.org/wiki/wiki|site=|date=|consulté le=}}.</ref>. Celle-ci fut récupérée une première fois par Ward Cunningham, le créateur du premier moteur Wiki, avant d'être réutilisée dans les noms inventés pour d'autres logiciels de cette même famille. UseModWiki en est un bel exemple, puisqu'il fut le premier programme utilisé par la firme Bomis pour héberger son projet d’encyclopédie collaborative. Raison pour laquelle, sans doute, le terme « wiki » fut utilisé pour créer le mot Wikipédia, en l'associant au suffixe « pedia » qui fait référence au mot anglais ''encyclopedia'', selon un principe qui fut ensuite repris pour tous les autres projets du mouvement.
[[Fichier:Florence_Devouard_Wiki_Indaba_2017.jpg|vignette|<small>Figure 19. Florence Devouard en 2017.</small>|300x300px]]
Le mot Wikimédia, pour sa part, n’est apparu que le seize mars 2003, lors d’une discussion concernant la déclinaison possible de l’encyclopédie en d’autres types de projets éditoriaux participatifs. Durant celle-ci, l’écrivain américain [[w:fr:Sheldon Rampton|Sheldon Rampton]] eut l’idée d’associer au terme wiki à celui de « média », afin de mettre en évidence la variété des médias produits et partagés par Wikipédia et ses projets frères<ref>{{Lien web|langue=|auteur=Sheldon Rampton|titre=WikiEN-l Re:Current events|url=https://web.archive.org/web/20201029044620/https://lists.wikimedia.org/pipermail/wikien-l/2003-March/001887.html|site=Wikimedia-l|date=16 mars 2003|consulté le=}}.</ref>. Toutefois, c'est seulement en juin 2008 que [[w:fr:Florence Devouard|Florence Devouard]], présidente de la Fondation à cette époque, associe le mot Wikimédia à un mouvement social qu’elle voyait apparaître au sein des projets Wikimédia et de leurs communautés d'usagers.
Affirmer pour autant que ce moment précis coïncide avec la naissance du mouvement Wikimédia serait quelque peu arbitraire. Car si l’on peut déterminer plus ou moins facilement l’apparition d’une expression dans des archives, tout le monde sait qu’un mouvement social ne se forme pas en un seul instant. Dans le contexte du mouvement Wikimédia, sa naissance est bien sûr liée à celle du projet Wikipédia, mais également à tout ce qui permit la création de cette encyclopédie libre. Dans une autre perspective encore, on peut dater l'apparition du mouvement Wikimédia au 20 juin 2003<ref name="Création">{{Lien web|langue=|auteur=Division of Corporations - State of Florida|titre=Wikimedia Foundation, INC.|url=https://web.archive.org/web/20201021023841/http://search.sunbiz.org/Inquiry/CorporationSearch/SearchResultDetail?inquirytype=EntityName&directionType=Initial&searchNameOrder=WIKIMEDIAFOUNDATION%20N030000053230&aggregateId=domnp-n03000005323-6dc7ff3a-b7ba-4c97-9b9e-4545cef1ca0a&searchTerm=Wikimedia%20Foundation&listNameOrder=WIKIMEDIAFOUNDATION%20N030000053230|site=|consulté le=}}.</ref>, date de la création de la fondation qui porte le même nom. Ou pourquoi pas, associer la création du mouvement à la mise en ligne de la plate-forme Méta-Wiki, qui en représente le principal lieu de coordination.
Toujours est-il que l’expression « ''Wikimedia movement'' » est bien apparue en juin 2008, sous la plume de Florence Devouard. Cela s'est passé sur la liste de diffusion de la Fondation et peu de temps avant qu'elle quitte son poste de présidente<ref>{{Lien web|langue=|auteur=Florence Devouard|titre=Candidacy to the board of WMF|url=https://web.archive.org/web/20201106192308/https://lists.wikimedia.org/pipermail/foundation-l/2008-May/043117.html|site=Foundation-l|date=19 mai 2008|consulté le=}}.</ref>. Dans son message, elle partageait l'idée de placer sous le nom de domaine Wikimedia.org un site vitrine de présentation du mouvement Wikimédia qu'elle concevait de la sorte<ref>{{Lien web|langue=|auteur=Méta-Wiki|titre=Talk:Www.wikimedia.org template/2008|url=https://web.archive.org/web/20201103025847/https://meta.wikimedia.org/w/index.php?title=Talk%3AWww.wikimedia.org_template%2F2008|site=|date=|consulté le=}}.</ref>.
<blockquote>
Le mouvement Wikimédia, comme je l’entends est
– une collection de valeurs partagées par les individus (liberté d’expression, connaissance pour tous, partage communautaire, etc.)
– un ensemble d’activités (conférences, ateliers, wikiacadémies, etc.)
– un ensemble d’organisations (''Wikimedia Foundation'', Wikimedia Allemagne, Wikimedia Taïwan, etc.), ainsi que quelques électrons libres (individus sans chapitres) et des organisations aux vues similaires<ref>Texte original avant sa traduction par deepl.com/translator : « ''The Wikimedia Movement, as I understand it, is a collection of values shared by individuals (freedom of speech, knowledge for everyone, community sharing, etc.) a collection of activities (conferences, workshops, wikiacademies, etc.) a collection of organizations (Wikimedia Foundation, Wikimedia Germany, Wikimedia Taiwan, etc.), as well as some free electrons (individuals without chapters) and similar-minded organizations.'' »</ref>
</blockquote>
Avec autant de détails et d'explications, un tel message ne pouvait qu'accélérer la prise de conscience au sein du mouvement. Dans tous les cas, il mettait en évidence que les personnes actives dans les projets éditoriaux en ligne ou dans les organismes affiliés, faisaient partie de ce que [[w:fr:Ralf Dahrendorf|Ralf Dahrendorf]] appelle un « quasi-groupe<ref>{{Ouvrage|langue=|prénom1=Ralf|nom1=Dahrendorf|titre=Classes et conflits de classes dans la société industrielle.|éditeur=Mouton|date=1972|oclc=299690912}}.</ref> ». Ou autrement dit, un ensemble d’individus qui ont un mode de vie semblable, une culture commune, mais dont les points communs ne gravitent pas autour d’une prise de conscience de leur position commune dans la relation d’autorité<ref>{{Ouvrage|langue=|auteur=|prénom1=Pierre|nom1=Desmarez|titre=Sociologie générale (syllabus)|passage=34|lieu=Bruxelles|éditeur=Presses universitaires de Bruxelles|date=2006|numéro d'édition=10|pages totales=194|isbn=|lire en ligne=}}.</ref>.
Après la naissance de Wikipédia et de nombreux projets frères, une dizaine d’années a donc été nécessaire pour que le mouvement Wikimédia prenne conscience de son existence. Aujourd’hui encore, et comme cela a déjà été vu, de nombreuses personnes actives dans les projets pédagogiques ne réalisent toujours pas qu’elles participent aux activités d’un mouvement social. Cela, contrairement aux personnes investies dans les activités en présentiel organisées au sein du mouvement, qui sont généralement plus conscientes de leur engagement. C’est là une raison de croire que le développement de la Fondation Wikimédia et de ses organismes affiliés a joué un rôle important dans l'apparition d'un sentiment d’appartenance.
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Lionel Scheepmans
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text/x-wiki
<noinclude>{{Le mouvement Wikimédia}}</noinclude>
Avant d'aborder la question de la conscientisation du mouvement, il peut être intéressant de découvrir l'origine étymologique du mot « Wikim''é''dia ». Celui-ci est un [[w:fr:mot-valise|mot-valise]] composé du suffixe « média » et du préfixe « wiki » que l’on doit à cette expression hawaïenne « [[wikt:wikiwiki|wiki wiki]] », qui se traduit en français par l'expression : « vite, vite »<ref>{{Lien web|langue=|auteur=Wiktionnaire|titre=wiki|url=https://web.archive.org/web/20200905104709/https://fr.wiktionary.org/wiki/wiki|site=|date=|consulté le=}}.</ref>. Celle-ci fut récupérée une première fois par Ward Cunningham, le créateur du premier moteur Wiki, avant d'être réutilisée dans les noms inventés pour d'autres logiciels de cette même famille. UseModWiki en est un bel exemple, puisqu'il fut le premier programme utilisé par la firme Bomis pour héberger son projet d’encyclopédie collaborative. Raison pour laquelle, sans doute, le terme « wiki » fut utilisé pour créer le mot Wikipédia, en l'associant au suffixe « pedia » qui fait référence au mot anglais ''encyclopedia'', selon un principe qui fut ensuite repris pour tous les autres projets du mouvement.
[[Fichier:Florence_Devouard_Wiki_Indaba_2017.jpg|vignette|<small>Figure 19. Florence Devouard en 2017.</small>|300x300px]]
Le mot Wikimédia, pour sa part, n’est apparu que le seize mars 2003, lors d’une discussion concernant la déclinaison possible de l’encyclopédie en d’autres types de projets éditoriaux participatifs. Durant celle-ci, l’écrivain américain [[w:fr:Sheldon Rampton|Sheldon Rampton]] eut l’idée d’associer au terme wiki à celui de « média », afin de mettre en évidence la variété des médias produits et partagés par Wikipédia et ses projets frères<ref>{{Lien web|langue=|auteur=Sheldon Rampton|titre=WikiEN-l Re:Current events|url=https://web.archive.org/web/20201029044620/https://lists.wikimedia.org/pipermail/wikien-l/2003-March/001887.html|site=Wikimedia-l|date=16 mars 2003|consulté le=}}.</ref>. Toutefois, c'est seulement en juin 2008 que [[w:fr:Florence Devouard|Florence Devouard]], présidente de la Fondation à cette époque, associe le mot Wikimédia à un mouvement social qu’elle voyait apparaître au sein des projets Wikimédia et de leurs communautés d'usagers.
Affirmer pour autant que ce moment précis coïncide avec la naissance du mouvement serait quelque peu arbitraire. Car si l’on peut déterminer plus ou moins facilement l’apparition d’une expression dans des archives, tout le monde sait qu’un mouvement social ne se forme pas en un seul instant. Dans le contexte de Wikimédia, sa naissance est bien sûr liée à celle du projet Wikipédia, mais également à tout ce qui permit la création de cette encyclopédie libre. Dans une autre perspective encore, on peut dater l'apparition du mouvement Wikimédia au 20 juin 2003<ref name="Création">{{Lien web|langue=|auteur=Division of Corporations - State of Florida|titre=Wikimedia Foundation, INC.|url=https://web.archive.org/web/20201021023841/http://search.sunbiz.org/Inquiry/CorporationSearch/SearchResultDetail?inquirytype=EntityName&directionType=Initial&searchNameOrder=WIKIMEDIAFOUNDATION%20N030000053230&aggregateId=domnp-n03000005323-6dc7ff3a-b7ba-4c97-9b9e-4545cef1ca0a&searchTerm=Wikimedia%20Foundation&listNameOrder=WIKIMEDIAFOUNDATION%20N030000053230|site=|consulté le=}}.</ref>, date de la création de la fondation qui porte le même nom. Ou pourquoi pas, associer la création du mouvement à la mise en ligne de la plate-forme Méta-Wiki, qui en représente le principal lieu de coordination.
Toujours est-il que l’expression « ''Wikimedia movement'' » est bien apparue en juin 2008, sous la plume de Florence Devouard. Cela s'est passé sur la liste de diffusion de la Fondation et peu de temps avant qu'elle quitte son poste de présidente<ref>{{Lien web|langue=|auteur=Florence Devouard|titre=Candidacy to the board of WMF|url=https://web.archive.org/web/20201106192308/https://lists.wikimedia.org/pipermail/foundation-l/2008-May/043117.html|site=Foundation-l|date=19 mai 2008|consulté le=}}.</ref>. Dans son message, elle partageait l'idée de placer sous le nom de domaine wikimedia.org un site vitrine de présentation du mouvement Wikimédia qu'elle concevait de la sorte<ref>{{Lien web|langue=|auteur=Méta-Wiki|titre=Talk:Www.wikimedia.org template/2008|url=https://web.archive.org/web/20201103025847/https://meta.wikimedia.org/w/index.php?title=Talk%3AWww.wikimedia.org_template%2F2008|site=|date=|consulté le=}}.</ref>.
<blockquote>
Le mouvement Wikimédia, comme je l’entends est
– une collection de valeurs partagées par les individus (liberté d’expression, connaissance pour tous, partage communautaire, etc.)
– un ensemble d’activités (conférences, ateliers, wikiacadémies, etc.)
– un ensemble d’organisations (''Wikimedia Foundation'', Wikimedia Allemagne, Wikimedia Taïwan, etc.), ainsi que quelques électrons libres (individus sans chapitres) et des organisations aux vues similaires<ref>Texte original avant sa traduction par deepl.com/translator : « ''The Wikimedia Movement, as I understand it, is a collection of values shared by individuals (freedom of speech, knowledge for everyone, community sharing, etc.) a collection of activities (conferences, workshops, wikiacademies, etc.) a collection of organizations (Wikimedia Foundation, Wikimedia Germany, Wikimedia Taiwan, etc.), as well as some free electrons (individuals without chapters) and similar-minded organizations.'' »</ref>
</blockquote>
Avec autant de détails et d'explications, un tel message ne pouvait qu'accélérer la prise de conscience au sein du mouvement. Dans tous les cas, il mettait en évidence que les personnes actives dans les projets éditoriaux en ligne ou dans les organismes affiliés, faisaient partie de ce que [[w:fr:Ralf Dahrendorf|Ralf Dahrendorf]] appelle un « quasi-groupe<ref>{{Ouvrage|langue=|prénom1=Ralf|nom1=Dahrendorf|titre=Classes et conflits de classes dans la société industrielle.|éditeur=Mouton|date=1972|oclc=299690912}}.</ref> ». Autrement dit, un ensemble d’individus qui ont un mode de vie semblable, une culture commune, mais dont les points communs ne gravitent pas autour d’une prise de conscience de leur position commune dans la relation d’autorité<ref>{{Ouvrage|langue=|auteur=|prénom1=Pierre|nom1=Desmarez|titre=Sociologie générale (syllabus)|passage=34|lieu=Bruxelles|éditeur=Presses universitaires de Bruxelles|date=2006|numéro d'édition=10|pages totales=194|isbn=|lire en ligne=}}.</ref>.
Après la naissance de Wikipédia et de nombreux projets frères, une dizaine d’années a donc été nécessaire pour que le mouvement Wikimédia prenne conscience de son existence. Aujourd’hui encore, et comme cela a déjà été vu, de nombreuses personnes actives dans les projets pédagogiques ne réalisent toujours pas qu’elles participent aux activités d’un mouvement social. Cela, contrairement aux personnes investies dans les activités en présentiel organisées au sein du mouvement, qui sont généralement plus conscientes de leur engagement. C’est là une raison de croire que le développement de la Fondation Wikimédia et de ses organismes affiliés a joué un rôle important dans l'apparition d'un sentiment d’appartenance.
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Le mouvement Wikimédia/La création des organismes affiliés
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Lionel Scheepmans
20012
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text/x-wiki
<noinclude>{{Le mouvement Wikimédia}}</noinclude>
Si c’est grâce à l’arrivée des groupes et des organismes affiliés à la Fondation Wikimédia que l’idée d’un mouvement est probablement apparue, il est alors intéressant d'en décrire les processus de création. Mais puisque cela représente plusieurs centaines d’instances spécifiques, regroupées en plusieurs catégories détaillées en seconde partie d'ouvrage, aborder ici l’histoire de chacune d’entre elles serait une entreprise beaucoup trop fastidieuse.
De plus, s’il existe énormément d’archives numériques concernant la naissance des sites Wikimédia, ce n’est pas le cas pour ces organismes affiliés. Un bon nombre de ceux-ci se sont effectivement formés durant des rencontres ou des réunions hors ligne qui n'ont fait l’objet d’aucun enregistrement. Du reste, une bonne part des échanges effectués au sein de ces associations s'organise par des canaux de communication privés auxquels seuls les membres actifs ont accès.
Puisque je suis l'un des membres fondateurs, je me limiterai donc ici à parler de l’association [[w:fr:Wikimédia Belgique|Wikimédia Belgique]]. Celle-ci fut fondée le huit octobre 2014 en tant qu’association sans but lucratif, avant d'être reconnue le six août 2015 par le conseil d’administration de la Fondation Wikimédia<ref>{{Lien web|url=https://web.archive.org/web/20211106193619/https://foundation.wikimedia.org/wiki/Resolution:Recognition_of_Wikimedia_Belgium|titre=Resolution:Recognition of Wikimedia Belgium|auteur=Wikimedia foundation Wiki|consulté le=}}.</ref>. Après plus de trois ans d’activités et de rencontres<ref>{{Lien web|titre=History|url=https://web.archive.org/web/20230324232839/https://be.wikimedia.org/wiki/History|auteur=Wikimedia Belgium}}.</ref> et sous l’impulsion de Maarten Deneckere qui assuma le premier mandat de présidence, nous étions 8 personnes à signer la première version des statuts de l’association<ref>{{Lien web|url=https://web.archive.org/web/20210711060039/http://www.ejustice.just.fgov.be/tsv_pdf/2014/10/17/14190820.pdf|titre=Wikimedia Belgium vzw|auteur=Moniteur Belge|consulté le=}}.</ref>.
Jusqu’à ce jour, l’objet social de Wikimedia Belgique est d'« impliquer tout un chacun dans la connaissance libre<ref>{{Lien web|auteur=Wikimédia Belgique|titre=Wikimédia Belgique|url=https://web.archive.org/web/20211104105257/https://wikimedia.be/fr/|consulté le=}}.</ref> ». Contrairement à l'association Wikimédia Deutchland, la première à voir le jour en 2004 et qui rassemblait déjà en 2021 plus de 85 000 membres et près de 150 employés<ref name="Medieninsider">{{Lien web|url=https://web.archive.org/web/20210603013514/https://medieninsider.com/christian-humburg-wird-vorstandschef-von-wikimedia-deutschland/4846/|titre=Christian Humborg wird Vorstandschef von Wikimedia Deutschland|date=10 mai 2021|auteur1=Medieninsider|site=Medieninsider}}.</ref>, l’association belge n'a qu'une seule employée à temps partiel et 150 membres en 2025<ref>{{Lien web|url=https://meta.wikimedia.org/wiki/Wikimedia_chapters/Reports/Wikimedia_Belgium/Financial/2025|titre=Activity report of Wikimedia Belgium over 2025|auteur=Wikimédia Belgique|consulté le=}}.</ref>.
[[Fichier:At Wikimania 2025 127.jpg|vignette|Figure 20. Les membres du comité d’affiliation en 2025.|gauche|350x350px]]
Avant d’être reconnues par le comité d’affiliations chargé de seconder le conseil d’administration de la Fondation, toutes les associations nationales, dites « ''chapters'' » en anglais et toutes les autres organisations affiliées, doivent réaliser un bon nombre de démarches. Celles-ci consistent à répondre à un ensemble de prérequis qui ont évolué suite à la création d'un comité décisionnel en avril 2006<ref>{{Lien web|url=https://web.archive.org/web/20060913000000/http://wikimediafoundation.org:80/wiki/Resolutions|titre=Resolution chapters committee|auteur1=Wikimedia Foundation Wiki}}.</ref>. Ces obligations diffèrent entre les groupes d’utilisateurs et d'utilisatrices et les associations locales ou thématiques. Parmi ceux-ci, on retrouve toutefois : un nombre minimum de membres et de référents, une mission et un règlement d’ordre intérieur conformes aux attentes du mouvement, la remise de plans et de rapports d’activités annuels, etc.<ref>{{Lien web|url=https://web.archive.org/web/20210307041150/https://meta.wikimedia.org/wiki/Template:Wikimedia_movement_affiliates/Requirements_comparison|titre=Template:Wikimedia movement affiliates/Requirements comparison|auteur=Méta-Wiki|consulté le=}}.</ref>.
On comprend donc qu’il n’est pas évident de créer une nouvelle instance au sein du mouvement. Pour bénéficier du soutien logistique et financier de la Fondation réservé aux organismes affiliés, c’est ainsi toute une série de rapports qu’il faut alors transmettre à divers comités et commissions chargés de leurs évaluations. Cela représente une quantité de tâches administratives qu’il n’est pas toujours facile d’assumer, surtout lorsque les membres de l’organisme affilié sont tous des bénévoles. D’où sans doute cette régulière disparition d’affiliations, pendant que d’autres se créent ou réapparaissent en fonction des énergies et du dynamisme disponibles dans les équipes.
Les activités liées à la récolte et à la redistribution des dons offerts au mouvement, ainsi que les autorisations d’usage de marques déposées, contrastent donc avec les valeurs de libre partage et d’autonomie décrites dans les projets pédagogiques. Cela semble confirmer que la partie hors ligne du mouvement est plus influencée par les habitudes d’un système économique dominant, contrairement à la partie en ligne qui semble plus fidèle à l’héritage de la contre-culture.
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Lionel Scheepmans
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<noinclude>{{Le mouvement Wikimédia}}</noinclude>
Si c’est grâce à l’arrivée des groupes et des organismes affiliés à la Fondation Wikimédia que l’idée d’un mouvement est probablement apparue, il est alors intéressant d'en décrire les processus de création. Mais puisque cela représente plusieurs centaines d’instances spécifiques, regroupées en plusieurs catégories détaillées en seconde partie d'ouvrage, aborder ici l’histoire de chacune d’entre elles serait une entreprise beaucoup trop fastidieuse.
De plus, s’il existe énormément d’archives numériques concernant la naissance des sites Wikimédia, ce n’est pas le cas pour ces organismes affiliés. Un bon nombre de ceux-ci se sont effectivement formés durant des rencontres ou des réunions hors ligne qui n'ont fait l’objet d’aucun enregistrement. Du reste, une bonne part des échanges effectués au sein de ces associations s'organise par des canaux de communication privés auxquels seuls les membres actifs ont accès.
Puisque je suis l'un des membres fondateurs, je me limiterai donc ici à parler de l’association [[w:fr:Wikimédia Belgique|Wikimédia Belgique]]. Celle-ci fut fondée le huit octobre 2014 en tant qu’association sans but lucratif, avant d'être reconnue le six août 2015 par le conseil d’administration de la Fondation Wikimédia<ref>{{Lien web|url=https://web.archive.org/web/20211106193619/https://foundation.wikimedia.org/wiki/Resolution:Recognition_of_Wikimedia_Belgium|titre=Resolution:Recognition of Wikimedia Belgium|auteur=Wikimedia foundation Wiki|consulté le=}}.</ref>. Après plus de trois ans d’activités et de rencontres<ref>{{Lien web|titre=History|url=https://web.archive.org/web/20230324232839/https://be.wikimedia.org/wiki/History|auteur=Wikimedia Belgium}}.</ref> et sous l’impulsion de Maarten Deneckere qui assuma le premier mandat de présidence, nous étions 8 personnes à signer la première version des statuts de l’association<ref>{{Lien web|url=https://web.archive.org/web/20210711060039/http://www.ejustice.just.fgov.be/tsv_pdf/2014/10/17/14190820.pdf|titre=Wikimedia Belgium vzw|auteur=Moniteur Belge|consulté le=}}.</ref>.
Jusqu’à ce jour, l’objet social de Wikimedia Belgique est d'« impliquer tout un chacun dans la connaissance libre<ref>{{Lien web|auteur=Wikimédia Belgique|titre=Wikimédia Belgique|url=https://web.archive.org/web/20211104105257/https://wikimedia.be/fr/|consulté le=}}.</ref> ». Contrairement à l'association Wikimédia Deutchland, la première à voir le jour en 2004 et qui rassemblait déjà en 2021 plus de 85 000 membres et près de 150 employés<ref name="Medieninsider">{{Lien web|url=https://web.archive.org/web/20210603013514/https://medieninsider.com/christian-humburg-wird-vorstandschef-von-wikimedia-deutschland/4846/|titre=Christian Humborg wird Vorstandschef von Wikimedia Deutschland|date=10 mai 2021|auteur1=Medieninsider|site=Medieninsider}}.</ref>, l’association belge n'a qu'une seule employée à temps partiel et 150 membres en 2025<ref>{{Lien web|url=https://meta.wikimedia.org/wiki/Wikimedia_chapters/Reports/Wikimedia_Belgium/Financial/2025|titre=Activity report of Wikimedia Belgium over 2025|auteur=Wikimédia Belgique|consulté le=}}.</ref>.
[[Fichier:At Wikimania 2025 127.jpg|vignette|Figure 20. Les membres du comité d’affiliation en 2025.|gauche|350x350px]]
Avant d’être reconnues par le comité d’affiliations chargé de seconder le conseil d’administration de la Fondation, toutes les associations nationales, dites « ''chapters'' » en anglais, et toutes les autres organisations affiliées doivent réaliser de nombreuses démarches. Celles-ci consistent à répondre à un ensemble de prérequis qui ont évolué suite à la création d'un comité décisionnel en avril 2006<ref>{{Lien web|url=https://web.archive.org/web/20060913000000/http://wikimediafoundation.org:80/wiki/Resolutions|titre=Resolution chapters committee|auteur1=Wikimedia Foundation Wiki}}.</ref>. Ces obligations diffèrent entre les groupes d’utilisateurs et d'utilisatrices et les associations locales ou thématiques. Parmi ceux-ci, on retrouve toutefois : un nombre minimum de membres et de référents, une mission et un règlement d’ordre intérieur conformes aux attentes du mouvement, la remise de plans et de rapports d’activités annuels, etc.<ref>{{Lien web|url=https://web.archive.org/web/20210307041150/https://meta.wikimedia.org/wiki/Template:Wikimedia_movement_affiliates/Requirements_comparison|titre=Template:Wikimedia movement affiliates/Requirements comparison|auteur=Méta-Wiki|consulté le=}}.</ref>.
On comprend donc qu’il n’est pas évident de créer une nouvelle instance au sein du mouvement. Pour bénéficier du soutien logistique et financier de la Fondation réservé aux organismes affiliés, c’est ainsi toute une série de rapports qu’il faut alors transmettre à divers comités et commissions chargés de leurs évaluations. Cela représente une quantité de tâches administratives qu’il n’est pas toujours facile d’assumer, surtout lorsque les membres de l’organisme affilié sont tous des bénévoles. D’où sans doute cette régulière disparition d’affiliations, pendant que d’autres se créent ou réapparaissent en fonction des énergies et du dynamisme disponibles dans les équipes.
Les activités liées à la récolte et à la redistribution des dons offerts au mouvement, ainsi que les autorisations d’usage de marques déposées, contrastent donc avec les valeurs de libre partage et d’autonomie décrites dans les projets pédagogiques. Cela semble confirmer que la partie hors ligne du mouvement est plus influencée par les habitudes d’un système économique dominant, contrairement à la partie en ligne qui semble plus fidèle à l’héritage de la contre-culture.
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Lionel Scheepmans
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<noinclude>{{Le mouvement Wikimédia}}</noinclude>
Si c’est grâce à l’arrivée des groupes et des organismes affiliés à la Fondation Wikimédia que l’idée d’un mouvement est probablement apparue, il est alors intéressant d'en décrire les processus de création. Mais puisque cela représente plusieurs centaines d’instances spécifiques, regroupées en plusieurs catégories détaillées en seconde partie d'ouvrage, aborder ici l’histoire de chacune d’entre elles serait une entreprise beaucoup trop fastidieuse.
De plus, s’il existe énormément d’archives numériques concernant la naissance des sites Wikimédia, ce n’est pas le cas pour ces organismes affiliés. Un bon nombre de ceux-ci se sont effectivement formés durant des rencontres ou des réunions hors ligne qui n'ont fait l’objet d’aucun enregistrement. Du reste, une bonne part des échanges effectués au sein de ces associations s'organise par des canaux de communication privés auxquels seuls les membres actifs ont accès.
Puisque je suis l'un des membres fondateurs, je me limiterai donc ici à parler de l’association [[w:fr:Wikimédia Belgique|Wikimédia Belgique]]. Celle-ci fut fondée le huit octobre 2014 en tant qu’association sans but lucratif, avant d'être reconnue le six août 2015 par le conseil d’administration de la Fondation Wikimédia<ref>{{Lien web|url=https://web.archive.org/web/20211106193619/https://foundation.wikimedia.org/wiki/Resolution:Recognition_of_Wikimedia_Belgium|titre=Resolution:Recognition of Wikimedia Belgium|auteur=Wikimedia foundation Wiki|consulté le=}}.</ref>. Après plus de trois ans d’activités et de rencontres<ref>{{Lien web|titre=History|url=https://web.archive.org/web/20230324232839/https://be.wikimedia.org/wiki/History|auteur=Wikimedia Belgium}}.</ref> et sous l’impulsion de Maarten Deneckere, qui assuma le premier mandat de présidence, nous étions 8 personnes à signer la première version des statuts de l’association<ref>{{Lien web|url=https://web.archive.org/web/20210711060039/http://www.ejustice.just.fgov.be/tsv_pdf/2014/10/17/14190820.pdf|titre=Wikimedia Belgium vzw|auteur=Moniteur Belge|consulté le=}}.</ref>.
Jusqu’à ce jour, l’objet social de Wikimedia Belgique est d'« impliquer tout un chacun dans la connaissance libre<ref>{{Lien web|auteur=Wikimédia Belgique|titre=Wikimédia Belgique|url=https://web.archive.org/web/20211104105257/https://wikimedia.be/fr/|consulté le=}}.</ref> ». Contrairement à l'association Wikimédia Deutchland, la première à voir le jour en 2004 et qui rassemblait déjà en 2021 plus de 85 000 membres et près de 150 employés<ref name="Medieninsider">{{Lien web|url=https://web.archive.org/web/20210603013514/https://medieninsider.com/christian-humburg-wird-vorstandschef-von-wikimedia-deutschland/4846/|titre=Christian Humborg wird Vorstandschef von Wikimedia Deutschland|date=10 mai 2021|auteur1=Medieninsider|site=Medieninsider}}.</ref>, l’association belge n'a qu'une seule employée à temps partiel et 150 membres en 2025<ref>{{Lien web|url=https://meta.wikimedia.org/wiki/Wikimedia_chapters/Reports/Wikimedia_Belgium/Financial/2025|titre=Activity report of Wikimedia Belgium over 2025|auteur=Wikimédia Belgique|consulté le=}}.</ref>.
[[Fichier:At Wikimania 2025 127.jpg|vignette|Figure 20. Les membres du comité d’affiliation en 2025.|gauche|350x350px]]
Avant d’être reconnues par le comité d’affiliations chargé de seconder le conseil d’administration de la Fondation, toutes les associations nationales, dites « ''chapters'' » en anglais, et toutes les autres organisations affiliées doivent réaliser de nombreuses démarches. Celles-ci consistent à répondre à un ensemble de prérequis qui ont évolué suite à la création d'un comité décisionnel en avril 2006<ref>{{Lien web|url=https://web.archive.org/web/20060913000000/http://wikimediafoundation.org:80/wiki/Resolutions|titre=Resolution chapters committee|auteur1=Wikimedia Foundation Wiki}}.</ref>. Ces obligations diffèrent entre les groupes d’utilisateurs et d'utilisatrices et les associations locales ou thématiques. Parmi ceux-ci, on retrouve toutefois : un nombre minimum de membres et de référents, une mission et un règlement d’ordre intérieur conformes aux attentes du mouvement, la remise de plans et de rapports d’activités annuels, etc.<ref>{{Lien web|url=https://web.archive.org/web/20210307041150/https://meta.wikimedia.org/wiki/Template:Wikimedia_movement_affiliates/Requirements_comparison|titre=Template:Wikimedia movement affiliates/Requirements comparison|auteur=Méta-Wiki|consulté le=}}.</ref>.
On comprend donc qu’il n’est pas évident de créer une nouvelle instance au sein du mouvement. Pour bénéficier du soutien logistique et financier de la Fondation réservé aux organismes affiliés, c’est ainsi toute une série de rapports qu’il faut alors transmettre à divers comités et commissions chargés de leurs évaluations. Cela représente une quantité de tâches administratives qu’il n’est pas toujours facile d’assumer, surtout lorsque les membres de l’organisme affilié sont tous des bénévoles. D’où sans doute cette régulière disparition d’affiliations, pendant que d’autres se créent ou réapparaissent en fonction des énergies et du dynamisme disponibles dans les équipes.
Les activités liées à la récolte et à la redistribution des dons offerts au mouvement, ainsi que les autorisations d’usage de marques déposées, contrastent donc avec les valeurs de libre partage et d’autonomie décrites dans les projets pédagogiques. Cela confirme sans doute que la partie hors ligne du mouvement est plus influencée par le système économique qui l'entoure, pendant que la partie en ligne reste plus fidèle à l’héritage transmis depuis la contre-culture des années 1960. Voyons donc à présent comment cela se manifeste au sein du mouvement.
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Lionel Scheepmans
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<noinclude>{{Le mouvement Wikimédia}}</noinclude>
Si c’est grâce à l’arrivée des groupes et des organismes affiliés à la Fondation Wikimédia que l’idée d’un mouvement est probablement apparue, il est alors intéressant d'en décrire les processus de création. Mais puisque cela représente plusieurs centaines d’instances spécifiques, regroupées en plusieurs catégories détaillées en seconde partie d'ouvrage, aborder ici l’histoire de chacune d’entre elles serait une entreprise beaucoup trop fastidieuse.
De plus, s’il existe énormément d’archives numériques concernant la naissance des sites Wikimédia, ce n’est pas le cas pour ces organismes affiliés. Un bon nombre de ceux-ci se sont effectivement formés durant des rencontres ou des réunions hors ligne qui n'ont fait l’objet d’aucun enregistrement. Du reste, une bonne part des échanges effectués au sein de ces associations s'organise par des canaux de communication privés auxquels seuls les membres actifs ont accès.
Puisque je suis l'un des membres fondateurs, je me limiterai donc ici à parler de l’association [[w:fr:Wikimédia Belgique|Wikimédia Belgique]]. Celle-ci fut fondée le huit octobre 2014 en tant qu’association sans but lucratif, avant d'être reconnue le six août 2015 par le conseil d’administration de la Fondation Wikimédia<ref>{{Lien web|url=https://web.archive.org/web/20211106193619/https://foundation.wikimedia.org/wiki/Resolution:Recognition_of_Wikimedia_Belgium|titre=Resolution:Recognition of Wikimedia Belgium|auteur=Wikimedia foundation Wiki|consulté le=}}.</ref>. Après plus de trois ans d’activités et de rencontres<ref>{{Lien web|titre=History|url=https://web.archive.org/web/20230324232839/https://be.wikimedia.org/wiki/History|auteur=Wikimedia Belgium}}.</ref> et sous l’impulsion de Maarten Deneckere, qui assuma le premier mandat de présidence, nous étions 8 personnes à signer la première version des statuts de l’association<ref>{{Lien web|url=https://web.archive.org/web/20210711060039/http://www.ejustice.just.fgov.be/tsv_pdf/2014/10/17/14190820.pdf|titre=Wikimedia Belgium vzw|auteur=Moniteur Belge|consulté le=}}.</ref>.
Jusqu’à ce jour, l’objet social de Wikimedia Belgique est d'« impliquer tout un chacun dans la connaissance libre<ref>{{Lien web|auteur=Wikimédia Belgique|titre=Wikimédia Belgique|url=https://web.archive.org/web/20211104105257/https://wikimedia.be/fr/|consulté le=}}.</ref> ». Contrairement à l'association Wikimédia Deutchland, la première à voir le jour en 2004 et qui rassemblait déjà en 2021 plus de 85 000 membres et près de 150 employés<ref name="Medieninsider">{{Lien web|url=https://web.archive.org/web/20210603013514/https://medieninsider.com/christian-humburg-wird-vorstandschef-von-wikimedia-deutschland/4846/|titre=Christian Humborg wird Vorstandschef von Wikimedia Deutschland|date=10 mai 2021|auteur1=Medieninsider|site=Medieninsider}}.</ref>, l’association belge n'a qu'une seule employée à temps partiel et 150 membres en 2025<ref>{{Lien web|url=https://meta.wikimedia.org/wiki/Wikimedia_chapters/Reports/Wikimedia_Belgium/Financial/2025|titre=Activity report of Wikimedia Belgium over 2025|auteur=Wikimédia Belgique|consulté le=}}.</ref>.
[[Fichier:At Wikimania 2025 127.jpg|vignette|Figure 20. Les membres du comité d’affiliation en 2025.|gauche|350x350px]]
Avant d’être reconnues par le comité d’affiliations chargé de seconder le conseil d’administration de la Fondation, toutes les associations nationales, dites « ''chapters'' » en anglais, et toutes les autres organisations affiliées doivent réaliser de nombreuses démarches. Celles-ci consistent à répondre à un ensemble de prérequis qui ont évolué suite à la création d'un comité décisionnel en avril 2006<ref>{{Lien web|url=https://web.archive.org/web/20060913000000/http://wikimediafoundation.org:80/wiki/Resolutions|titre=Resolution chapters committee|auteur1=Wikimedia Foundation Wiki}}.</ref>. Ces obligations diffèrent entre les groupes d’utilisateurs et d'utilisatrices et les associations locales ou thématiques. Parmi ceux-ci, on retrouve toutefois : un nombre minimum de membres et de référents, une mission et un règlement d’ordre intérieur conformes aux attentes du mouvement, la remise de plans et de rapports d’activités annuels, etc.<ref>{{Lien web|url=https://web.archive.org/web/20210307041150/https://meta.wikimedia.org/wiki/Template:Wikimedia_movement_affiliates/Requirements_comparison|titre=Template:Wikimedia movement affiliates/Requirements comparison|auteur=Méta-Wiki|consulté le=}}.</ref>.
On comprend donc qu’il n’est pas évident de créer une nouvelle instance au sein du mouvement. Pour bénéficier du soutien logistique et financier de la Fondation réservé aux organismes affiliés, c’est ainsi toute une série de rapports qu’il faut alors transmettre à divers comités et commissions chargés de leurs évaluations. Cela représente une quantité de tâches administratives qu’il n’est pas toujours facile d’assumer, surtout lorsque les membres de l’organisme affilié sont tous des bénévoles. D’où sans doute cette régulière disparition d’affiliations, pendant que d’autres se créent ou réapparaissent en fonction des énergies et du dynamisme disponibles dans les équipes.
Les activités liées à la récolte et à la redistribution des dons offerts au mouvement, ainsi que les autorisations d’usage de marques déposées, contrastent donc avec les valeurs de libre partage et d’autonomie décrites dans les projets pédagogiques. Cela confirme sans doute que la partie hors ligne du mouvement est plus influencée par le système économique qui l'entoure, pendant que la partie en ligne reste plus fidèle à l’héritage transmis depuis la contre-culture des années 1960. Pour conclure cette première partie d'ouvrage, voici donc quelques dernières considérations concernant cet héritage.
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Le mouvement Wikimédia/L'héritage d'une contre-culture
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2026-04-29T14:29:50Z
Lionel Scheepmans
20012
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wikitext
text/x-wiki
<noinclude>{{Le mouvement Wikimédia}}</noinclude>
[[Fichier:Wikimedia-logo black.svg|vignette|150x150px|<small>Figure 21. Logos du mouvement Wikimédia et de sa Fondation.</small>]]
[[Fichier:Peace sign.svg|vignette|150x150px|<small>Figure 22. Logo du mouvement hippie et de la contre-culture.</small>]]
Au terme de cette première partie d’ouvrage, il devient évident que la révolution numérique, que l’on considère généralement comme une révolution technique, fut aussi, et peut-être avant tout, une révolution sociale et culturelle. Quant à l'histoire de Wikimédia, reprise ici depuis les origines de son encyclopédie jusqu'à l'apparition de ses organismes affiliés, elle nous fit découvrir comment les idées de [[w:Contre-culture_des_années_1960|la contre-culture des années 1960]] furent transmises au mouvement.
En cas de doute, observons encore que Richard Stallman, celui qui a créé les concepts de licence et d'encyclopédie libre, fut désigné par certains comme le gourou de la contre-culture hacker<ref>{{Ouvrage|auteur=|prénom1=Divers|nom1=auteurs|titre=L'Éthique Hacker|passage=11|éditeur=U.C.H Pour la Liberté|date=Version 9.3|pages totales=56|lire en ligne=https://web.archive.org/web/20211031170831/https://repo.zenk-security.com/Others/L%20Ethique%20Hacker.pdf}}.</ref> et le père du système d’exploitation hippie<ref>{{Lien web|langue=|auteur=Gavin Clarke|titre=Stallman's GNU at 30: The hippie OS that foresaw the rise of Apple — and is now trying to take it on|url=https://web.archive.org/web/20230602214539/https://www.theregister.com/2013/10/07/stallman_thiry_years_gnu/|site=Theregister|date=7 Oct 2013|consulté le=}}.</ref>. Une culture hippie, dont il est aussi troublant de constater que le renversement de son logo ressemble étrangement à celui du mouvement Wikimédia.
Incontestablement et au travers du mouvement des logiciels libres, le mouvement Wikimédia a donc bien hérité des valeurs produites par les mouvements sociaux des années 1960. Des valeurs qui aujourd'hui contrastent fortement avec la marchandisation et la capitalisation du monde, dont l'espace web ne fait jamais que refléter ce qui se passe dans le reste de la société humaine. Or, ce phénomène ne date pas d'hier. En 2008 déjà, [[w:fr: André Gorz|André Gorz]], ce philosophe parmi les pères de la [[w:fr: Décroissance|décroissance]]<ref>{{Ouvrage|langue=|prénom1=David|nom1=Murray|prénom2=Cédric|nom2=Biagini|prénom3=Pierre|nom3=Thiesset|prénom4=Cyberlibris|nom4=ScholarVox International|titre=Aux origines de la décroissance: cinquante penseurs|date=2017|isbn=978-2-89719-329-4|isbn2=978-2-89719-330-0|isbn3=978-2-89719-331-7|oclc=1248948596}}.</ref> et théoricien de l’[[w:fr: Écologie politique|écologie politique]]<ref>{{Ouvrage|langue=|prénom1=André|nom1=Gorz|titre=Ecologie et politique: nouv. ed. et remaniee.|éditeur=Éditions du Seuil|date=1978|isbn=978-2-02-004771-5|oclc=796186896}}.</ref>, constatait déjà que :
<blockquote>
La lutte engagée entre les "logiciels propriétaires" et les "logiciels libres" [...] a été le coup d’envoi du conflit central de l’époque. Il s’étend et se prolonge dans la lutte contre la marchandisation de richesses premières – la terre, les semences, le génome, les biens culturels, les savoirs et compétences communs, constitutifs de la culture du quotidien et qui sont les préalables de l’existence d’une société. De la tournure que prendra cette lutte dépend la forme civilisée ou barbare que prendra la sortie du capitalisme. <ref>{{Lien web|langue=|auteur=André Gorz|titre=Le travail dans la sortie du capitalisme|url=https://web.archive.org/web/20200921155055/http://ecorev.org/spip.php?article641|site=Revue Critique d'Écologie Politique|lieu=|date=7 janvier 2008}}.</ref>
</blockquote>
[[Fichier:Wikimania_stallman_keynote2.jpg|alt=Photo de Richard Stallman lors du premier rassemblement Wikimania de 2005|vignette|<small>Figure 23. Photo de Richard Stallman lors du premier rassemblement internationnal du mouvement Wikimédia en 2005.</small>|gauche|300x300px]]
Dans cette lutte et avec le seul [[w:fr: Nom de domaine|nom de domaine]] non commercial parmi le top 100 des sites les plus fréquentés du Web<ref>{{Lien web|auteur=Alexa|titre=Top sites|url=https://www.alexa.com/topsites|consulté le=}}.</ref>, la galaxie Wikimédia apparait donc comme un des derniers lieux numériques de liberté, de partage et d'égalité. Un lieu qui, de plus, est connu mondialement, grâce au succès des plus de 350 déclinaisons linguistiques de Wikipédia, et sans pour autant récolter d'informations sur l’identité et le comportement des internautes. Cela alors que cette pratique est considérée, par certains, comme un « nouvel or noir » pompé du Web, pendant que d’autres préfèrent parler de « capitalisme 3.0<ref>{{Ouvrage|langue=|prénom1=Philippe|nom1=Escande|prénom2=Sandrine|nom2=Cassini|titre=Bienvenue dans le capitalisme 3.0|éditeur=Albin Michel|date=2015|isbn=978-2-226-31914-2|oclc=954080043}}.</ref> » ou de « capitalisme de surveillance<ref>{{Ouvrage|langue=|prénom1=Christophe|nom1=Masutti|prénom2=Francesca|nom2=Musiani|titre=Affaires privées : aux sources du capitalisme de surveillance|éditeur=Caen : C&F éditions|collection=Société numérique|date=2020|isbn=978-2-37662-004-4|oclc=1159990604|consulté le=}}.</ref><ref>{{Ouvrage|langue=|prénom1=Shoshana|nom1=Zuboff|titre=L'âge du capitalisme de surveillance|éditeur=Zulma|date=2020|isbn=978-2-84304-926-2|oclc=1199962619}}.</ref> » .
Évidemment, les enjeux de cette lutte sont difficiles à comprendre. La complexité de l’infrastructure informatique, mais également le fait que tout cela s'inscrit dans une révolution que [[w:fr: Rémy Rieffel|Rémy Rieffel]] décrit comme « instable et ambivalente, simultanément porteuse de promesse, et lourde de menaces », ne facilitent pas les choses. Cela d'autant plus que tout cela se place « dans un contexte où s’affrontent des valeurs d’émancipation, et d’ouverture d’un côté et des stratégies de contrôle et de domination de l’autre<ref>{{Ouvrage|langue=|auteur=|prénom1=Rémy|nom1=Rieffel|titre=Révolution numérique, révolution culturelle ?|passage=20|lieu=|éditeur=Folio|date=2014|pages totales=|isbn=978-2-07-045172-2|oclc=953333541|lire en ligne=|consulté le=}}.</ref> » .
En fait d’ambivalence, il est surprenant d'apprendre, par exemple, que Jimmy Wales, fondateur de Wikipédia et de la fondation Wikimédia, est un adepte de l’[[w:fr:Objectivisme (Ayn Rand)|objectivisme]], alors que cette philosophie voit le capitalisme comme un idéal de société<ref>{{Ouvrage|langue=|prénom1=Ayn|nom1=Rand|prénom2=Nathaniel|nom2=Branden|prénom3=Alan|nom3=Greenspan|prénom4=Robert|nom4=Hessen|titre=Capitalism: the unknown ideal|date=2013|isbn=978-0-451-14795-0|oclc=1052843511|consulté le=}}.</ref> et l’égoïsme rationnel, comme une morale. Puis, concernant l'instabilité du numérique, il y a ces appels répétés de [[w:fr:Tim Berners-Lee|Tim Berners-Lee]] au sujet de la « [[w:fr:Redécentralisation d'Internet|redécentralisation]]<ref>{{Lien web|langue=|auteur=Liat Clark|titre=Tim Berners-Lee : we need to re-decentralise the web|url=https://web.archive.org/web/20201111164058/https://www.wired.co.uk/article/tim-berners-lee-reclaim-the-web|site=Wired UK|éditeur=|date=6 February 2014|consulté le=}}.</ref> » et de la « régulation<ref>{{Lien web|auteur=Elsa Trujillo|titre=Tim Berners-Lee, inventeur du Web, appelle à la régulation de Facebook, Google et Twitter|url=https://web.archive.org/web/20201129111413/https://www.lefigaro.fr/secteur/high-tech/2018/03/12/32001-20180312ARTFIG00179-tim-berners-lee-inventeur-du-web-appelle-a-la-regulation-de-facebook-google-et-twitter.php|site=Le figaro|éditeur=|date=12/03/2018|consulté le=}}.</ref> » d'un espace web qu'il avait conçu dans un esprit tout à fait opposé. Quant aux pionniers d'Internet, ils n'ont probablement pas imaginé que leur création permettrait un jour, à des milliards d’[[w:Internet des objets|objets connectés]], de rapporter, rien qu'en France et en 2021, plus de 2,6 milliards d’euros<ref>{{Lien web|langue=|auteur=Tristan Gaudiaut|titre=Infographie: L'essor de l'Internet des objets|url=https://web.archive.org/web/20211004110619/https://fr.statista.com/infographie/24353/chiffre-affaires-marche-iot-objets-connectes-france/|site=Statista Infographies|date=30 sept. 2021|consulté le=}}.</ref>.
Quant à la question du contrôle et au-delà de ce qui est opéré par les firmes commerciales, c'est bien sûr du côté des États qu'il faut porter son attention. Face à un mouvement qui veut s’émanciper des contrôles, par moins de 18 pays ont déjà [[w:Censure_de_Wikipédia|censuré Wikipédia]] et parfois même l'ensemble des projets frères. Ce fut le cas par exemple pour la Turquie, la Russie, l'Iran, mais également le Royaume-Uni, la France et l'Allemagne, et c'est même le cas de manière permanente en Chine, depuis 2004<ref>{{Lien web|langue=|auteur=Christine Siméone|titre=Censurée en Turquie et en Chine, remise en cause en Russie, ces pays qui en veulent à Wikipédia|url=https://web.archive.org/web/20200225091639/https://www.franceinter.fr/societe/censuree-en-turquie-et-en-chine-remise-en-cause-en-russe-ces-pays-qui-remettent-wikipedia-en-cause|site=France Inter|lieu=|date=2019-12-26|consulté le=}}.</ref>.
Dans certains cas, des procédures juridiques ont été utilisées pour intimider les membres du mouvement. C'est arrivé en France lorsque le directeur de l'association Wikimédia fut menacé de poursuites pénales par la [[w:Direction_générale_de_la_Sécurité_intérieure|Direction Centrale du Renseignement Intérieur]], après un refus de supprimer un article qui traitait d’une station militaire dans Wikipédia<ref>{{Lien web|langue=|auteur=Stéphane Moccozet|titre=Une station hertzienne militaire du Puy-de-Dôme au cœur d'un désaccord entre Wikipédia et la DCRI|url=https://web.archive.org/web/20201124101244/https://france3-regions.francetvinfo.fr/auvergne-rhone-alpes/2013/04/06/un-station-hertzienne-militaire-du-puy-de-dome-au-coeur-d-un-desaccord-entre-wipikedia-et-la-dcri-229791.html|site=France 3 Auvergne-Rhône-Alpes|lieu=|date=06/04/2013|consulté le=}}.</ref>. Par chance, ce qui s'est passé en France ne dépassa pas le stade de l'intimidation. En [[w:Biélorussie|Biélorussie]] cependant, [[w:Mark_Bernstein|Mark Bernstein]], un contributeur aux projets Wikimédia, fut condamné à quinze jours de prison ferme, assortis de trois ans d’assignation à résidence, pour des propos tenus au sujet de la guerre en Ukraine<ref>{{Lien web|titre=Entrepreneur, Activist Mark Bernstein Detained In Minsk - Charter'97 :: News from Belarus - Belarusian News - Republic of Belarus - Minsk|url=https://web.archive.org/web/20220312011414/https://charter97.org/en/news/2022/3/11/458592/|site=Charter97|date=2022-03-11|consulté le=|auteur=Charter97}}.</ref>. Cela sans oublier qu'actuellement, ce sont les conservateurs à la tête des États-Unis qui « veulent la peau de Wikipédia » en cherchant à obtenir l'identité réelle de certains contributeurs<ref>{{Lien web|langue=fr|titre=Les conservateurs veulent la peau de Wikipédia|url=https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/veille-sanitaire/veille-sanitaire-du-mardi-09-septembre-2025-3262622|site=France Inter|date=2025-09-09|consulté le=2026-04-23}}</ref>.
[[Fichier:Davide_Dormino_-_Anything_to_say.jpg|alt=Davide Dormino prenant place sur sa sculpture debout sur une chaise à côté de trois lanceurs d'alertes|vignette|<small>Figure 24. Sculpture en bronze de Davide Dormino intitulée ''[[w:Anything_to_say?|Anything to say?]]'' à l’honneur des trois lanceurs d’alertes que sont de gauche à droite : Edward Snowden, Julian Assange et Chelsea Manning.</small>|350x350px]]
Le contrôle et le non-respect de la vie privée font ainsi appel à la figure emblématique du [[w:fr:Lanceur d'alerte|lanceur ou de la lanceuse d'alerte]], dont la posture contestataire fait penser à celle des personnes actives dans la contre-culture des années 1960. Parmi ceux-ci, on dit de [[w:Julian Assange|Julian Assange]], [[w:Edward Snowden|Edward Snowden]] et [[w:Chelsea Manning|Chelsea Manning]], qu'ils « ont perdu leur liberté pour défendre la nôtre<ref>{{Lien web|titre=Berlin: Des statues à l'effigie des lanceurs d'alerte Snowden, Manning et Assange|url=https://web.archive.org/web/20230326124921/https://www.20minutes.fr/insolite/1601039-20150504-berlin-statues-effigie-lanceurs-alerte-snowden-manning-assange|site=20minutes.fr|date=04/05/2015|consulté le=|auteur=B.D.}}.</ref> ». De manière similaire, on pourrait donc aussi dire que les Wikimédiens [[w:Aaron Swartz|Aaron Swartz]], [[w:Bassel Khartabil|Bassel Khartabil]], [[w:Pavel_Pernikov|Pavel Pernikov]], [[w:Ihor_Kostenko|Ihor Kostenko]] et [[w:Mark_Bernstein|Mark Bernstein]], se sont sacrifiés pour la liberté, le partage et la vérité.
Dans Wikimédia et comme ce fut expliqué dans l'introduction de cet ouvrage, une alerte peut prendre la forme d'un [[m:Requests_for_comment/fr|appel à commentaires]] en réaction à une décision ou une situation observée au sein du mouvement. C'est même là une pratique institutionnalisée, qui fait l'objet d'une procédure d'accompagnement et de suivi<ref>{{Lien web|langue=|titre=Appels à commentaires|url=https://meta.wikimedia.org/wiki/Requests_for_comment/fr|site=|consulté le=|auteur=Meta-Wiki}}</ref>. Toutes ces alertes concernent les dérives de certains projets, mais également de certaines associations dont la proximité avec le système économique n'aide pas au respect des pratiques et des valeurs développées en ligne.
Dans ce qui apparait aux yeux de certains comme un « bazar libertaire<ref>{{Lien web|langue=|auteur=Frédéric Joignot|titre=Wikipédia, bazar libertaire|url=https://web.archive.org/web/20170630065818/http://www.lemonde.fr/technologies/article/2012/01/14/wikipedia-bazar-libertaire_1629135_651865.html|site=Le Monde|lieu=|date=2012|consulté le=}}.</ref> », les choix et règles édictés dans la sphère hors ligne du mouvement ne plaisent pas toujours aux membres des communautés en ligne. Ce qui n'empêche toutefois pas les projets éditoriaux d'avoir leurs propres [[w:Wikipédia:Règles_et_recommandations|règles et des recommandations]], ni de voir apparaitre, en 2020 et dans l'ensemble du mouvement, un [[m:Universal_Code_of_Conduct/fr|code de conduite universel]], qui détermine le « référentiel minimum des comportements acceptables et inacceptables »<ref>{{Lien web|titre=Policy:Universal Code of Conduct/fr|url=https://web.archive.org/web/20251007061014/https://foundation.wikimedia.org/wiki/Policy:Universal_Code_of_Conduct/fr|site=|date=|consulté le=|auteur=Wikimedia Foundation Governance Wiki}}.</ref>.
L'idéologie transmise à Wikimédia, décrite en partie par Steven Levy dans son ouvrage ''L’Éthique des hackers''<ref>{{Ouvrage|langue=|prénom1=Steven|nom1=Levy|prénom2=Gilles|nom2=Tordjman|titre=L'éthique des hackers|éditeur=Globe|date=2013|isbn=978-2-211-20410-1|oclc=844898302}}.</ref> est donc plus subtile qu'un simple refus d'autorité. Dans un esprit de partage, d'ouverture, de transparence, de liberté, d'égalité et d'autonomie, c'est une structure très complexe, tout en étant cosmopolite et mondiale, que le mouvement réussit à mettre en place. Une organisation qui, finalement, apparait très inspirante dans la manière de faire communauté aujourd'hui, et au sein d'un monde toujours plus global et numérique.{{AutoCat}}
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Le mouvement Wikimédia/Conclusion : Quel avenir pour ce mouvement culturel inspirant ?
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Lionel Scheepmans
20012
Lionel Scheepmans a déplacé la page [[Le mouvement Wikimédia/Conclusion : Un mouvement culturel inspirant]] vers [[Le mouvement Wikimédia/Conclusion : Quel avenir pour ce mouvement culturel inspirant]] sans laisser de redirection
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<noinclude>{{Le mouvement Wikimédia}}</noinclude>
Tout au long de cet ouvrage, le mouvement Wikimédia fut présenté comme un vaste [[w:fr:Système ouvert|système ouvert]], dans lequel se côtoient une sphère d’activités numériques, mondialement connue, grâce à Wikipédia, et une sphère d’organisation hors ligne nettement moins populaire. Celle-ci s’articule autour de la Fondation Wikimédia et des différents organismes affiliés au mouvement. Au niveau des projets éditoriaux, les activités se font essentiellement sur base bénévole, tandis que certains organismes affiliés, peuvent avoir des personnes rémunérées.
Au sein du mouvement, les personnes employées sont toutefois minoritaires par rapport aux bénévoles. Celles actives dans la Fondation ont pour tâche de gérer, à l’échelle du mouvement, l'infrastructure informatique, la logistique, les questions administratives, juridiques, financières, et parfois organisationnelles, lorsqu’il s'agit d'événements d’envergure internationale. Les organismes affiliés, quant à eux, ont plutôt pour mission d'aider les bénévoles dans leurs activités contributives et de promouvoir les activités au sein du mouvement, cela à un niveau local ou thématique.
Durant leur temps de travail, les salariés du mouvement ne contribuent pas aux projets pédagogiques, sauf éventuellement pour y diffuser des messages d’information ou intervenir dans des espaces de discussion, en réponse à des questions posées par exemple. Ils peuvent aussi participer aux élections des membres du conseil d’administration de la Fondation, ainsi qu’à d’autres activités en lien avec la stratégie du mouvement et sa gestion politique.
Les personnes bénévoles, quant à elles, peuvent s'investir dans toutes les activités de promotion, de formation, de gestion, de coordination ou de prise de décision. Elles peuvent le faire en rejoignant un conseil d'administration, un comité ou un groupe de travail, ou encore en participant à l’élaboration des stratégies du mouvement. Ceci bien sûr en plus de leurs activités dans les espaces pédagogiques, là où leur participation est grandement sollicitée. Ce qui est interdit aux personnes salariées durant leur temps rémunéré, sans quoi leur employeur, la Fondation ou un organisme affilié, risquerait de se voir attribuer une responsabilité éditoriale non désirée, en raison des risques juridiques que cela engendre. Actuellement et en matière de responsabilité, seule la Fondation Wikimédia est reconnue en tant qu'hébergeur du contenu en ligne produit au sein du mouvement, et sans responsabilité éditoriale.
Cela ne veut pas dire qu’en dehors de leurs activités professionnelles, les employés du mouvement sont incapables de modifier le contenu des projets Wikimédia, mais à la moindre dérive, cela peut aboutir à un licenciement<ref>{{Lien web|langue=|auteur=Romain Geoffroy|titre=Une employée de Wikipédia débarquée pour avoir monnayé ses articles|url=https://web.archive.org/web/20210511221033/https://www.lesinrocks.com/actu/employee-wikipedia-debarquee-monnaye-articles-120135-16-01-2014/|site=[[w:fr:Les Inrockuptibles|Les Inrockuptibles]]|lieu=|date=16 janvier 2014|consulté le=}}.</ref>. D’ailleurs, toutes les personnes rémunérées pour éditer les projets pédagogiques Wikimédia, y compris par une entité extérieure au mouvement, doivent respecter une règle de divulgation d’identité ou de fonction, reprise dans les conditions générales d’utilisation des projets<ref>{{Lien web|url=https://web.archive.org/web/20211117220335/https://meta.wikimedia.org/wiki/Terms_of_use|titre=Terms of use|auteur=Méta-Wiki|consulté le=}}.</ref>.
Contrairement à cela, il est tout à fait banal que les bénévoles, un minimum actifs au sein des projets et en possession d’un compte, aient accès à la quasi-totalité des activités du mouvement. Cela y compris les prises de décision les plus importantes, puisque tous les membres des conseils d’administration des organismes actifs à l'intérieur du mouvement, cela y compris la Fondation, sont bénévoles. Que ce soit au niveau des comités, des groupes de travail et autres lieux de gestion et de prise de décision, des volontaires travaillent ainsi côte à côte avec le personnel engagé, y compris dans les directions.
Wikimédia apparaît donc comme une organisation très horizontale, dans laquelle se mélangent équitablement les différents statuts contractuels et bénévoles avec la possibilité de passer de l'un à l'autre. Une personne peut par exemple être employée pendant un an par l’Institut international pour la Francophonie de Lyon, dans le but de travailler sur le Dictionnaire des francophones. Puis, lorsque son mandat se termine, redevenir active comme bénévole et poster ce message à l’attention de la communauté des éditeurs du projet Wiktionnaire francophone<ref>{{Lien web|auteur=Wiktionnaire|titre=Wiktionnaire:Wikidémie/janvier 2021|url=https://web.archive.org/web/20210502052436/https://fr.wiktionary.org/wiki/Wiktionnaire:Wikid%C3%A9mie/janvier_2021#Fin_de_r%25C3%25A9sidence_2020|date=|consulté le=}}.</ref> :
<blockquote>
Tout au long de cette année, j’espère avoir été à l’écoute de la communauté et j’espère que mes modifications ne sont pas allées à l’encontre des usages en vigueur. N’hésitez pas à me faire part de toute remarque ou question sur des choses que j’aurais pu faire ou ne pas faire, je me tiens disponible pour en assurer le suivi. J’ai appris énormément de choses sur les façons de faire, la lexicographie en général et j’ai aujourd’hui une vision assez précise de ce qu’est une bonne entrée, une bonne définition. Aujourd’hui, avec mon compte personnel Sebleouf, j’ai l’ambition de continuer ces missions d’amélioration de la qualité à titre bénévole.
</blockquote>
[[Fichier:Enseigner Wikipedia Par Les Anecdotes.ogv|thumb|[[Fichier:Lien_vers_Enseigner_Wikipedia_Par_Les_Anecdotes.svg|lien=https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/6/64/Enseigner_Wikipedia_Par_Les_Anecdotes.ogv|gauche|sans_cadre|50x50px]]<small>Vidéo 4. Introduction à une série de vidéos produite par Alexandre Hocquet dans le but d’enseigner Wikipédia par les anecdotes.<ref>{{Lien web|nom1=Hocquet|prénom1=Alexandre|titre=Enseigner Wikipedia Par Les Anecdotes|url=https://web.archive.org/web/20220221033935/https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Enseigner_Wikipedia_Par_Les_Anecdotes.ogv?uselang=fr|site=Wikimedia Commons|date=2017-03-14}}.</ref></small>|gauche|300x300px]]
En paraphrasant [[w:Michel_Foucault|Michel Foucault]], Alexandre Hocquet voit ainsi dans le projet Wikipédia, une sorte d'[[w:Hétérotopie|hétérotopie]], ou autrement dit, comme un espace différent au regard de ce qui est habituellement observé au sein des sociétés. Une telle analyse, telle que reprise dans la vidéo ci-contre, peut tout à fait se transposer au mouvement dans son ensemble. La liberté de ses acteurs et l’esprit de transparence, d'égalité et de partage qui y règnent divergent en effet fortement de ce que l’on a l’habitude de voir dans le monde politique ou marchand.
Rappelons-nous ensuite que la vision de Wikimédia est de développer un système de partage de la connaissance humaine à un niveau planétaire. Dans ce cadre, le mouvement semble avoir tenu compte, certainement de manière inconsciente, du [[w:fr:Nombre de Dunbar|nombre de Dunbar]]. Selon les capacités cognitives de chacun, ce nombre indique en effet qu'au delà de 100 à 200 individus, il devient compliqué d’établir des relations de confiance au sein d’un groupe<ref>{{Ouvrage|langue=|prénom1=R. I. M|nom1=Dunbar|titre=How many friends does one person need?: Dunbar's number and other evolutionary quirks|date=2010|isbn=978-0-674-05932-0|oclc=680039068|consulté le=}}.</ref>. En sachant cela, le fait de développer et de maintenir à l'intérieur de l’immense structure Wikimédia, de nombreux petits groupes autonomes et interdépendants, apparait comme un fait remarquable.
Au contraire des États-nations ou des religions qui divisent l'humanité en établissant des hiérarchies statutaires, le mouvement Wikimédia, pour sa part, développe une organisation cosmopolite, où cohabitent autour d’une mission commune, de nombreuses entités autonomes et peu hiérarchisées. Il s’agit là d’une manière très ingénieuse de penser l’organisation du monde, basée sur une [[w:fr:Sociocratie|sociocratie]]<ref>{{Ouvrage|prénom1=Gerard|nom1=Endenburg|titre=Sociocracy as social design: its characteristics and course of development, as theoretical design and practical project|date=1998|isbn=978-90-5166-604-5|oclc=1250360148}}.</ref> et une [[w:fr:Holacratie|holacratie]] planétaire, dans laquelle les différents groupes autonomes fonctionnent tels des « [[w:fr:Holon (philosophie)|holons]]<ref>{{cite book|last=Koestler|first=Arthur|authorlink=Arthur Koestler|title=The Ghost in the Machine|year=1967|edition=1990 reprint|publisher=Penguin Group|isbn=0-14-019192-5}}.</ref> » sociaux. Ou autrement dit, un ensemble d’organismes autosuffisants capables de gérer des imprévus, sans forcément ou obligatoirement se référer à une autorité supérieure.
[[Fichier:Wikimania 2016 - group photo 03.jpg|vignette|<small>Figure 32. Une foule de participants lors de la rencontre Wikimania 2016.</small>|400x400px]]
Encore une fois et suite à ces analyses, le mouvement Wikimédia apparait donc comme quelque chose de plus vaste, de plus complexe et surtout plus intéressant qu’une simple encyclopédie. Parce qu'au sein de l’[[v:L'écoumène_numérique|écoumène numérique]] et après un refus catégorique de toute forme de publicité, c’est finalement l’espace du savoir que le mouvement a réussi à maintenir à l’écart de l’espace des marchandises<ref name=":2">{{Ouvrage|langue=|prénom1=Pierre|nom1=Lévy|titre=L'intelligence collective: pour une anthropologie du cyberspace|éditeur=Ed. La Découverte|date=2000|isbn=978-2-7071-2693-1|oclc=717897859}}.</ref>. Cela pendant que, dans le reste de l’espace Web initialement conçu comme lieu d’émancipation, des entreprises commerciales ne cessent de créer des espaces à but lucratif pourvoyeurs d’exclusions sociales<ref>{{Article|auteur=|prénom1=Périne|nom1=Brotcorne|prénom2=Patricia|nom2=Vendramin|titre=Une société en ligne productrice d'exclusion ?|périodique=Sociétés en changement n°11|numéro=11|lieu=iacchos|éditeur=UCLouvain|date=mars 2021|lire en ligne=https://web.archive.org/web/20210531134527/https://cdn.uclouvain.be/groups/cms-editors-iacchos/societes-en-changement-note-thematique/IACCHOS-Vulnerabilite%CC%81numerique-WEB.pdf}}.</ref>.
Cela étant dit, et de manière moins flagrante sans doute, des inégalités existent aussi dans le mouvement Wikimédia. Ce qui explique peut-être pourquoi la majorité des membres qui ont participé à l’élaboration de sa [[m:Strategy/Wikimedia_movement/2017/fr|stratégie à l’approche de 2030]], ont décidé d’orienter celle-ci vers un partage plus équitable des connaissances humaines selon deux grands principes<ref>{{Lien web|auteur=Méta-Wiki|titre=Stratégie/Mouvement Wikimédia/2017|url=https://web.archive.org/web/20211105084807/https://meta.wikimedia.org/wiki/Strategy/Wikimedia_movement/2017/fr|éditeur=|consulté le=}}.</ref> :
<blockquote>
'''La connaissance en tant que service''' : Pour servir nos utilisateurs, nous deviendrons une plate-forme offrant des connaissances libres à travers le monde, sans limites d’interfaces ni de communautés. Nous bâtirons des outils pour que nos alliés et partenaires puissent organiser et partager des connaissances libres au-delà de Wikimédia. Notre infrastructure permettra que nous et d’autres puissions rassembler et organiser différentes formes de connaissances libres crédibles.<br/><br/>'''L’équité au sein de la connaissance''' : En tant que mouvement social, nous focaliserons nos efforts sur les connaissances et les communautés qui ont été exclues des structures de pouvoir et de privilège. Nous accueillerons des personnes de toutes les origines pour construire des communautés fortes et diverses. Nous surmonterons les obstacles sociaux, politiques et techniques qui bloquent l’accès et la contribution des personnes aux connaissances libres.
</blockquote>
Bien sûr, il ne s’agit là que d’affirmations théoriques formulées dans un mouvement social qui n’est pas épargné par les inégalités sociales et économiques qui caractérisent notre époque. Il va de soi qu’entre les bénévoles et les personnes actives dans certains postes statutaires, tels que celui d'employé ou d'élu dans un conseil ou un comité, certaines inégalités existent au sein du mouvement. C’est d'ailleurs là un paradoxe qui, au-delà de Wikimédia, nous invite à réfléchir sur la meilleure façon d’organiser notre société humaine, dont l'étude nous enseigne que jamais rien n'est figé dans le temps.
Les projets et associations Wikimédia vont donc très certainement continuer leurs développements, avec de nouvelles apparitions et de nouvelles disparitions, pendant que les États nationaux peuvent changer de régime ou de vision politiques lors de nouvelles législatures. Quant aux entreprises commerciales, telles que les [[w:GAFAM|GAFAM]], [[w:BATX|BATX]], [[w:Natu|NATU]] et autres [[w:Géants_du_Web|géants du web]], qui font du réseau Internet leur terrain de jeu et de profit, rien ne dit que les choses ne changeront pas à leur niveau.
À l'image du projet Nupedia qui aboutit à la création de Wikipédia et de la fondation Wikimédia, certains projets commerciaux peuvent effectivement et étonnamment donner naissance à des projets de partage sans but lucratif. C'est d'ailleurs précisément ce qui s'est produit pour le logiciel [[Firefox]] développé par la [[w:Mozilla_Foundation|fondation Mozilla]], suite au placement sous licence libre du navigateur web de la société [[w:Netscape_Communications|Netscape Communications]] qui avait fait faillite. Un scénario qui, dans toute forme de projet et d'organisation qui place sous licence libre ou ''Creative Commons'' ce qu'elle produit ou partage, a peu de chances d'être inversé.
Techniquement et à la suite d'une décision de son conseil d'administration, la vente des noms de domaines, des noms de marques et de tout autre avoir de la fondation Wikimédia est toujours possible. Néanmoins, les bénéfices de la vente devraient impérativement être réinvestis dans le secteur non lucratif et donc non marchand, alors que toute l'activité bénévole qui donne la valeur aux biens vendus, disparaitrait certainement au profit d'autres projets. L'histoire du projet Wikitravel, acheté par une firme commerciale, et qui n'a pas survécu au développement du projet libre et concurrent Wikivoyage, est un exemple déjà présenté en première partie de cet ouvrage. D'ailleurs, aucun projet commercial, que ce soit [[w:Encarta|Encarta]] de [[w:Microsoft|Microsoft]], [[w:Knol|Knoll]] de [[w:Google|Google]], ou [[w:Grokipedia|Grokipedia]] d'[[w:Elon_Musk|Elon Musk]], n'a jamais réussi à détrôner Wikipédia.
Ensuite, si un succès commercial tel que [[w:fr:MSN Messenger|MSN Messenger]] a servi d'inspiration à d'autres succès commerciaux apparus dans les réseaux sociaux, d'autres émulations s'observent aussi dans le milieu du libre et non lucratif. Le projet Wikipédia a de fait inspiré la création d’autres projets collaboratifs sans but lucratif, tels qu'[[w:fr:OpenStreetMap|OpenStreetMap]], dédié à la cartographie sous licence libre, et [[w:Open_Food_Facts|OpenFoodFacts]], une base de données libre et ouverte sur les produits alimentaires.
Finalement, la seule question restante concerne ce nouveau bouleversement qu'apporte l'apparition des [[w:Intelligence_artificielle_générative|intelligences artificielles génératives]] dans le déroulement de la révolution numérique. Cependant, même à ce niveau, le mouvement a déjà réagi, voire anticipé les choses. Tout d'abord, au niveau des projets collaboratifs, là où des directives d'encadrement et de surveillance de l'usage de l'intelligence artificielle ont été mises en place<ref>{{Lien web|titre=Wikipédia:Intelligence artificielle générative|auteur=Wikipédia|url=https://web.archive.org/web/20260420093109/https://fr.wikipedia.org/wiki/Wikip%C3%A9dia:Intelligence_artificielle_g%C3%A9n%C3%A9rative}}</ref>. Mais également au niveau de la Fondation, qui en 2021 déjà, soit un an avant le lancement de ChatGPT, avait lancé le projet [[w:Wikimedia_Entreprise|Wikimedia Enterprise]], destiné à fournir un service privilégié et payant aux plus grands amateurs des contenus Wikimédia.
Parmi ceux-ci figurent en effet les grandes entreprises, avides d'informations, pour vérifier leur propre contenu ou l'apparition de [[w:Infox|fake news]]<ref>{{Lien web|langue=|prénom=Sarki|nom=Multimedia|titre=Les géants du Web face aux « Fake News »|url=https://web.archive.org/web/20260429112551/https://bases-netsources.com/articles-netsources/titres-netsources/les-geants-du-web-face-aux-fake-news|site=Bases & Netsources|consulté le=}}</ref>, indexer leurs [[w:Moteur_de_recherche|moteurs de recherche]], faire parler leurs [[w:Chatbot|agents conversationnels]], et plus récemment, entrainer leurs intelligences artificielles. Afin de les aider dans ces tâches tout en soulageant les serveurs du mouvement, Wikimedia Enterprise loue l'accès à une [[w:Interface_de_programmation|interface de programmation]] qui facilite l'exploitation des informations contenues dans les projets Wikimédia. Il en résulte ainsi un gain financier transmis à la fondation Wikimédia qui a atteint les 4 % de l'ensemble de ses revenus repris dans l'exercice financier 2024-2025<ref>{{Lien web|langue=|prénom=Wikimedia|nom=Foundation|titre=Wikimedia Enterprise Financial Report: Fiscal Year 2024 – 2025|url=https://web.archive.org/web/20260306210730/https://diff.wikimedia.org/2025/11/24/wikimedia-enterprise-financial-report-fiscal-year-2024-2025/|site=Diff|date=|consulté le=}}</ref>.
Il en résulte que
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0nuhykaa4zo0c5vycctigjnqz6vxkht
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2026-04-29T12:47:40Z
Lionel Scheepmans
20012
Lionel Scheepmans a déplacé la page [[Le mouvement Wikimédia/Conclusion : Quel avenir pour ce mouvement culturel inspirant]] vers [[Le mouvement Wikimédia/Conclusion : Quel avenir pour ce mouvement culturel inspirant ?]] sans laisser de redirection
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wikitext
text/x-wiki
<noinclude>{{Le mouvement Wikimédia}}</noinclude>
Tout au long de cet ouvrage, le mouvement Wikimédia fut présenté comme un vaste [[w:fr:Système ouvert|système ouvert]], dans lequel se côtoient une sphère d’activités numériques, mondialement connue, grâce à Wikipédia, et une sphère d’organisation hors ligne nettement moins populaire. Celle-ci s’articule autour de la Fondation Wikimédia et des différents organismes affiliés au mouvement. Au niveau des projets éditoriaux, les activités se font essentiellement sur base bénévole, tandis que certains organismes affiliés, peuvent avoir des personnes rémunérées.
Au sein du mouvement, les personnes employées sont toutefois minoritaires par rapport aux bénévoles. Celles actives dans la Fondation ont pour tâche de gérer, à l’échelle du mouvement, l'infrastructure informatique, la logistique, les questions administratives, juridiques, financières, et parfois organisationnelles, lorsqu’il s'agit d'événements d’envergure internationale. Les organismes affiliés, quant à eux, ont plutôt pour mission d'aider les bénévoles dans leurs activités contributives et de promouvoir les activités au sein du mouvement, cela à un niveau local ou thématique.
Durant leur temps de travail, les salariés du mouvement ne contribuent pas aux projets pédagogiques, sauf éventuellement pour y diffuser des messages d’information ou intervenir dans des espaces de discussion, en réponse à des questions posées par exemple. Ils peuvent aussi participer aux élections des membres du conseil d’administration de la Fondation, ainsi qu’à d’autres activités en lien avec la stratégie du mouvement et sa gestion politique.
Les personnes bénévoles, quant à elles, peuvent s'investir dans toutes les activités de promotion, de formation, de gestion, de coordination ou de prise de décision. Elles peuvent le faire en rejoignant un conseil d'administration, un comité ou un groupe de travail, ou encore en participant à l’élaboration des stratégies du mouvement. Ceci bien sûr en plus de leurs activités dans les espaces pédagogiques, là où leur participation est grandement sollicitée. Ce qui est interdit aux personnes salariées durant leur temps rémunéré, sans quoi leur employeur, la Fondation ou un organisme affilié, risquerait de se voir attribuer une responsabilité éditoriale non désirée, en raison des risques juridiques que cela engendre. Actuellement et en matière de responsabilité, seule la Fondation Wikimédia est reconnue en tant qu'hébergeur du contenu en ligne produit au sein du mouvement, et sans responsabilité éditoriale.
Cela ne veut pas dire qu’en dehors de leurs activités professionnelles, les employés du mouvement sont incapables de modifier le contenu des projets Wikimédia, mais à la moindre dérive, cela peut aboutir à un licenciement<ref>{{Lien web|langue=|auteur=Romain Geoffroy|titre=Une employée de Wikipédia débarquée pour avoir monnayé ses articles|url=https://web.archive.org/web/20210511221033/https://www.lesinrocks.com/actu/employee-wikipedia-debarquee-monnaye-articles-120135-16-01-2014/|site=[[w:fr:Les Inrockuptibles|Les Inrockuptibles]]|lieu=|date=16 janvier 2014|consulté le=}}.</ref>. D’ailleurs, toutes les personnes rémunérées pour éditer les projets pédagogiques Wikimédia, y compris par une entité extérieure au mouvement, doivent respecter une règle de divulgation d’identité ou de fonction, reprise dans les conditions générales d’utilisation des projets<ref>{{Lien web|url=https://web.archive.org/web/20211117220335/https://meta.wikimedia.org/wiki/Terms_of_use|titre=Terms of use|auteur=Méta-Wiki|consulté le=}}.</ref>.
Contrairement à cela, il est tout à fait banal que les bénévoles, un minimum actifs au sein des projets et en possession d’un compte, aient accès à la quasi-totalité des activités du mouvement. Cela y compris les prises de décision les plus importantes, puisque tous les membres des conseils d’administration des organismes actifs à l'intérieur du mouvement, cela y compris la Fondation, sont bénévoles. Que ce soit au niveau des comités, des groupes de travail et autres lieux de gestion et de prise de décision, des volontaires travaillent ainsi côte à côte avec le personnel engagé, y compris dans les directions.
Wikimédia apparaît donc comme une organisation très horizontale, dans laquelle se mélangent équitablement les différents statuts contractuels et bénévoles avec la possibilité de passer de l'un à l'autre. Une personne peut par exemple être employée pendant un an par l’Institut international pour la Francophonie de Lyon, dans le but de travailler sur le Dictionnaire des francophones. Puis, lorsque son mandat se termine, redevenir active comme bénévole et poster ce message à l’attention de la communauté des éditeurs du projet Wiktionnaire francophone<ref>{{Lien web|auteur=Wiktionnaire|titre=Wiktionnaire:Wikidémie/janvier 2021|url=https://web.archive.org/web/20210502052436/https://fr.wiktionary.org/wiki/Wiktionnaire:Wikid%C3%A9mie/janvier_2021#Fin_de_r%25C3%25A9sidence_2020|date=|consulté le=}}.</ref> :
<blockquote>
Tout au long de cette année, j’espère avoir été à l’écoute de la communauté et j’espère que mes modifications ne sont pas allées à l’encontre des usages en vigueur. N’hésitez pas à me faire part de toute remarque ou question sur des choses que j’aurais pu faire ou ne pas faire, je me tiens disponible pour en assurer le suivi. J’ai appris énormément de choses sur les façons de faire, la lexicographie en général et j’ai aujourd’hui une vision assez précise de ce qu’est une bonne entrée, une bonne définition. Aujourd’hui, avec mon compte personnel Sebleouf, j’ai l’ambition de continuer ces missions d’amélioration de la qualité à titre bénévole.
</blockquote>
[[Fichier:Enseigner Wikipedia Par Les Anecdotes.ogv|thumb|[[Fichier:Lien_vers_Enseigner_Wikipedia_Par_Les_Anecdotes.svg|lien=https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/6/64/Enseigner_Wikipedia_Par_Les_Anecdotes.ogv|gauche|sans_cadre|50x50px]]<small>Vidéo 4. Introduction à une série de vidéos produite par Alexandre Hocquet dans le but d’enseigner Wikipédia par les anecdotes.<ref>{{Lien web|nom1=Hocquet|prénom1=Alexandre|titre=Enseigner Wikipedia Par Les Anecdotes|url=https://web.archive.org/web/20220221033935/https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Enseigner_Wikipedia_Par_Les_Anecdotes.ogv?uselang=fr|site=Wikimedia Commons|date=2017-03-14}}.</ref></small>|gauche|300x300px]]
En paraphrasant [[w:Michel_Foucault|Michel Foucault]], Alexandre Hocquet voit ainsi dans le projet Wikipédia, une sorte d'[[w:Hétérotopie|hétérotopie]], ou autrement dit, comme un espace différent au regard de ce qui est habituellement observé au sein des sociétés. Une telle analyse, telle que reprise dans la vidéo ci-contre, peut tout à fait se transposer au mouvement dans son ensemble. La liberté de ses acteurs et l’esprit de transparence, d'égalité et de partage qui y règnent divergent en effet fortement de ce que l’on a l’habitude de voir dans le monde politique ou marchand.
Rappelons-nous ensuite que la vision de Wikimédia est de développer un système de partage de la connaissance humaine à un niveau planétaire. Dans ce cadre, le mouvement semble avoir tenu compte, certainement de manière inconsciente, du [[w:fr:Nombre de Dunbar|nombre de Dunbar]]. Selon les capacités cognitives de chacun, ce nombre indique en effet qu'au delà de 100 à 200 individus, il devient compliqué d’établir des relations de confiance au sein d’un groupe<ref>{{Ouvrage|langue=|prénom1=R. I. M|nom1=Dunbar|titre=How many friends does one person need?: Dunbar's number and other evolutionary quirks|date=2010|isbn=978-0-674-05932-0|oclc=680039068|consulté le=}}.</ref>. En sachant cela, le fait de développer et de maintenir à l'intérieur de l’immense structure Wikimédia, de nombreux petits groupes autonomes et interdépendants, apparait comme un fait remarquable.
Au contraire des États-nations ou des religions qui divisent l'humanité en établissant des hiérarchies statutaires, le mouvement Wikimédia, pour sa part, développe une organisation cosmopolite, où cohabitent autour d’une mission commune, de nombreuses entités autonomes et peu hiérarchisées. Il s’agit là d’une manière très ingénieuse de penser l’organisation du monde, basée sur une [[w:fr:Sociocratie|sociocratie]]<ref>{{Ouvrage|prénom1=Gerard|nom1=Endenburg|titre=Sociocracy as social design: its characteristics and course of development, as theoretical design and practical project|date=1998|isbn=978-90-5166-604-5|oclc=1250360148}}.</ref> et une [[w:fr:Holacratie|holacratie]] planétaire, dans laquelle les différents groupes autonomes fonctionnent tels des « [[w:fr:Holon (philosophie)|holons]]<ref>{{cite book|last=Koestler|first=Arthur|authorlink=Arthur Koestler|title=The Ghost in the Machine|year=1967|edition=1990 reprint|publisher=Penguin Group|isbn=0-14-019192-5}}.</ref> » sociaux. Ou autrement dit, un ensemble d’organismes autosuffisants capables de gérer des imprévus, sans forcément ou obligatoirement se référer à une autorité supérieure.
[[Fichier:Wikimania 2016 - group photo 03.jpg|vignette|<small>Figure 32. Une foule de participants lors de la rencontre Wikimania 2016.</small>|400x400px]]
Encore une fois et suite à ces analyses, le mouvement Wikimédia apparait donc comme quelque chose de plus vaste, de plus complexe et surtout plus intéressant qu’une simple encyclopédie. Parce qu'au sein de l’[[v:L'écoumène_numérique|écoumène numérique]] et après un refus catégorique de toute forme de publicité, c’est finalement l’espace du savoir que le mouvement a réussi à maintenir à l’écart de l’espace des marchandises<ref name=":2">{{Ouvrage|langue=|prénom1=Pierre|nom1=Lévy|titre=L'intelligence collective: pour une anthropologie du cyberspace|éditeur=Ed. La Découverte|date=2000|isbn=978-2-7071-2693-1|oclc=717897859}}.</ref>. Cela pendant que, dans le reste de l’espace Web initialement conçu comme lieu d’émancipation, des entreprises commerciales ne cessent de créer des espaces à but lucratif pourvoyeurs d’exclusions sociales<ref>{{Article|auteur=|prénom1=Périne|nom1=Brotcorne|prénom2=Patricia|nom2=Vendramin|titre=Une société en ligne productrice d'exclusion ?|périodique=Sociétés en changement n°11|numéro=11|lieu=iacchos|éditeur=UCLouvain|date=mars 2021|lire en ligne=https://web.archive.org/web/20210531134527/https://cdn.uclouvain.be/groups/cms-editors-iacchos/societes-en-changement-note-thematique/IACCHOS-Vulnerabilite%CC%81numerique-WEB.pdf}}.</ref>.
Cela étant dit, et de manière moins flagrante sans doute, des inégalités existent aussi dans le mouvement Wikimédia. Ce qui explique peut-être pourquoi la majorité des membres qui ont participé à l’élaboration de sa [[m:Strategy/Wikimedia_movement/2017/fr|stratégie à l’approche de 2030]], ont décidé d’orienter celle-ci vers un partage plus équitable des connaissances humaines selon deux grands principes<ref>{{Lien web|auteur=Méta-Wiki|titre=Stratégie/Mouvement Wikimédia/2017|url=https://web.archive.org/web/20211105084807/https://meta.wikimedia.org/wiki/Strategy/Wikimedia_movement/2017/fr|éditeur=|consulté le=}}.</ref> :
<blockquote>
'''La connaissance en tant que service''' : Pour servir nos utilisateurs, nous deviendrons une plate-forme offrant des connaissances libres à travers le monde, sans limites d’interfaces ni de communautés. Nous bâtirons des outils pour que nos alliés et partenaires puissent organiser et partager des connaissances libres au-delà de Wikimédia. Notre infrastructure permettra que nous et d’autres puissions rassembler et organiser différentes formes de connaissances libres crédibles.<br/><br/>'''L’équité au sein de la connaissance''' : En tant que mouvement social, nous focaliserons nos efforts sur les connaissances et les communautés qui ont été exclues des structures de pouvoir et de privilège. Nous accueillerons des personnes de toutes les origines pour construire des communautés fortes et diverses. Nous surmonterons les obstacles sociaux, politiques et techniques qui bloquent l’accès et la contribution des personnes aux connaissances libres.
</blockquote>
Bien sûr, il ne s’agit là que d’affirmations théoriques formulées dans un mouvement social qui n’est pas épargné par les inégalités sociales et économiques qui caractérisent notre époque. Il va de soi qu’entre les bénévoles et les personnes actives dans certains postes statutaires, tels que celui d'employé ou d'élu dans un conseil ou un comité, certaines inégalités existent au sein du mouvement. C’est d'ailleurs là un paradoxe qui, au-delà de Wikimédia, nous invite à réfléchir sur la meilleure façon d’organiser notre société humaine, dont l'étude nous enseigne que jamais rien n'est figé dans le temps.
Les projets et associations Wikimédia vont donc très certainement continuer leurs développements, avec de nouvelles apparitions et de nouvelles disparitions, pendant que les États nationaux peuvent changer de régime ou de vision politiques lors de nouvelles législatures. Quant aux entreprises commerciales, telles que les [[w:GAFAM|GAFAM]], [[w:BATX|BATX]], [[w:Natu|NATU]] et autres [[w:Géants_du_Web|géants du web]], qui font du réseau Internet leur terrain de jeu et de profit, rien ne dit que les choses ne changeront pas à leur niveau.
À l'image du projet Nupedia qui aboutit à la création de Wikipédia et de la fondation Wikimédia, certains projets commerciaux peuvent effectivement et étonnamment donner naissance à des projets de partage sans but lucratif. C'est d'ailleurs précisément ce qui s'est produit pour le logiciel [[Firefox]] développé par la [[w:Mozilla_Foundation|fondation Mozilla]], suite au placement sous licence libre du navigateur web de la société [[w:Netscape_Communications|Netscape Communications]] qui avait fait faillite. Un scénario qui, dans toute forme de projet et d'organisation qui place sous licence libre ou ''Creative Commons'' ce qu'elle produit ou partage, a peu de chances d'être inversé.
Techniquement et à la suite d'une décision de son conseil d'administration, la vente des noms de domaines, des noms de marques et de tout autre avoir de la fondation Wikimédia est toujours possible. Néanmoins, les bénéfices de la vente devraient impérativement être réinvestis dans le secteur non lucratif et donc non marchand, alors que toute l'activité bénévole qui donne la valeur aux biens vendus, disparaitrait certainement au profit d'autres projets. L'histoire du projet Wikitravel, acheté par une firme commerciale, et qui n'a pas survécu au développement du projet libre et concurrent Wikivoyage, est un exemple déjà présenté en première partie de cet ouvrage. D'ailleurs, aucun projet commercial, que ce soit [[w:Encarta|Encarta]] de [[w:Microsoft|Microsoft]], [[w:Knol|Knoll]] de [[w:Google|Google]], ou [[w:Grokipedia|Grokipedia]] d'[[w:Elon_Musk|Elon Musk]], n'a jamais réussi à détrôner Wikipédia.
Ensuite, si un succès commercial tel que [[w:fr:MSN Messenger|MSN Messenger]] a servi d'inspiration à d'autres succès commerciaux apparus dans les réseaux sociaux, d'autres émulations s'observent aussi dans le milieu du libre et non lucratif. Le projet Wikipédia a de fait inspiré la création d’autres projets collaboratifs sans but lucratif, tels qu'[[w:fr:OpenStreetMap|OpenStreetMap]], dédié à la cartographie sous licence libre, et [[w:Open_Food_Facts|OpenFoodFacts]], une base de données libre et ouverte sur les produits alimentaires.
Finalement, la seule question restante concerne ce nouveau bouleversement qu'apporte l'apparition des [[w:Intelligence_artificielle_générative|intelligences artificielles génératives]] dans le déroulement de la révolution numérique. Cependant, même à ce niveau, le mouvement a déjà réagi, voire anticipé les choses. Tout d'abord, au niveau des projets collaboratifs, là où des directives d'encadrement et de surveillance de l'usage de l'intelligence artificielle ont été mises en place<ref>{{Lien web|titre=Wikipédia:Intelligence artificielle générative|auteur=Wikipédia|url=https://web.archive.org/web/20260420093109/https://fr.wikipedia.org/wiki/Wikip%C3%A9dia:Intelligence_artificielle_g%C3%A9n%C3%A9rative}}</ref>. Mais également au niveau de la Fondation, qui en 2021 déjà, soit un an avant le lancement de ChatGPT, avait lancé le projet [[w:Wikimedia_Entreprise|Wikimedia Enterprise]], destiné à fournir un service privilégié et payant aux plus grands amateurs des contenus Wikimédia.
Parmi ceux-ci figurent en effet les grandes entreprises, avides d'informations, pour vérifier leur propre contenu ou l'apparition de [[w:Infox|fake news]]<ref>{{Lien web|langue=|prénom=Sarki|nom=Multimedia|titre=Les géants du Web face aux « Fake News »|url=https://web.archive.org/web/20260429112551/https://bases-netsources.com/articles-netsources/titres-netsources/les-geants-du-web-face-aux-fake-news|site=Bases & Netsources|consulté le=}}</ref>, indexer leurs [[w:Moteur_de_recherche|moteurs de recherche]], faire parler leurs [[w:Chatbot|agents conversationnels]], et plus récemment, entrainer leurs intelligences artificielles. Afin de les aider dans ces tâches tout en soulageant les serveurs du mouvement, Wikimedia Enterprise loue l'accès à une [[w:Interface_de_programmation|interface de programmation]] qui facilite l'exploitation des informations contenues dans les projets Wikimédia. Il en résulte ainsi un gain financier transmis à la fondation Wikimédia qui a atteint les 4 % de l'ensemble de ses revenus repris dans l'exercice financier 2024-2025<ref>{{Lien web|langue=|prénom=Wikimedia|nom=Foundation|titre=Wikimedia Enterprise Financial Report: Fiscal Year 2024 – 2025|url=https://web.archive.org/web/20260306210730/https://diff.wikimedia.org/2025/11/24/wikimedia-enterprise-financial-report-fiscal-year-2024-2025/|site=Diff|date=|consulté le=}}</ref>.
Il en résulte que
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: [[Le mouvement Wikimédia/Version_complète#Avant-propos|Avant-propos]]
: [[Le mouvement Wikimédia/Version_complète#Introduction : Wikimédia n’est pas Wikipédia|Introduction : Wikimédia n’est pas Wikipédia]]
: [[Le mouvement Wikimédia/Version_complète#Première partie : La naissance du mouvement Wikimédia|Première partie : La naissance du mouvement Wikimédia]]
:: [[Le mouvement Wikimédia/Version_complète#L'utopie Wikimédia|L'utopie Wikimédia]]
:: [[Le mouvement Wikimédia/Version_complète#Le mouvement du logiciel libre|Le mouvement du logiciel libre]]
:: [[Le mouvement Wikimédia/Version_complète#Les licences et la culture libres|Les licences et la culture libres]]
:: [[Le mouvement Wikimédia/Version_complète#Le réseau Internet|Le réseau Internet]]
:: [[Le mouvement Wikimédia/Version_complète#Le World wide Web|Le World Wide Web]]
:: [[Le mouvement Wikimédia/Version_complète#Les platesformes Wiki|Les platesformes Wiki]]
:: [[Le mouvement Wikimédia/Version_complète#L’encyclopédie libre et universelle|L’encyclopédie libre et universelle]]
:: [[Le mouvement Wikimédia/Version_complète#L'arrivée des projets frères|L'arrivée des projets frères]]
:: [[Le mouvement Wikimédia/Version complète#La conscientisation du mouvement|La conscientisation du mouvement]]
:: [[Le mouvement Wikimédia/Version_complète#La création des organismes affiliés|La création des organismes affiliés]]
:: [[Le mouvement Wikimédia/Version_complète#L'héritage d'une contre-culture|L'héritage d'une contre-culture]]
: [[Le mouvement Wikimédia/Version_complète#Deuxième partie : Cosmographie du mouvement Wikimédia|Deuxième partie : Cosmographie du mouvement Wikimédia]]
:: [[Le mouvement Wikimédia/Version_complète#La constellation des projets en ligne|La constellation des projets en ligne]]
:: [[Le mouvement Wikimédia/Version_complète#Les projets de partage de la connaissance|Les projets de partage de la connaissance]]
:: [[Le mouvement Wikimédia/Version_complète#Les projets de gouvernance, de gestion et de sensibilisation|Les projets de gouvernance, de gestion et de sensibilisation]]
:: [[Le mouvement Wikimédia/Version_complète#Les projets de gestion technique|Les projets de gestion technique]]
:: [[Le mouvement Wikimédia/Version_complète#Les espaces de communication et d’information|Les espaces de communication et d’information]]
:: [[Le mouvement Wikimédia/Version_complète#La constellation de la Fondation et de ses affiliés|La constellation de la Fondation et de ses affiliés]]
:: [[Le mouvement Wikimédia/Version_complète#La Fondation Wikimédia|La Fondation Wikimédia]]
:: [[Le mouvement Wikimédia/Version_complète#Le conseil d’administration de la Fondation|Le conseil d’administration de la Fondation]]
:: [[Le mouvement Wikimédia/Version_complète#Les comités, groupes de travail et conseils|Les comités, groupes de travail et conseils]]
:: [[Le mouvement Wikimédia/Version_complète#Les associations locales|Les associations locales]]
:: [[Le mouvement Wikimédia/Version_complète#Les organisations thématiques et centrales régionales ou linguistiques|Les organisations thématiques et centrales régionales ou linguistiques]]
:: [[Le mouvement Wikimédia/Version_complète#Les groupes d’usagers|Les groupes d’usagers]]
:: [[Le mouvement Wikimédia/Version_complète#Les projets d’assistances|Les projets d’assistances]]
:: [[Le mouvement Wikimédia/Version_complète#Les cycles de conférences et espaces de rencontres|Les cycles de conférences et espaces de rencontres]]
:: [[Le mouvement Wikimédia/Version_complète#Les partenariats avec des entités externes au mouvement|Les partenariats avec des entités externes au mouvement]]
: [[Le mouvement Wikimédia/Version_complète#Conclusion : Quel avenir pour ce mouvement culturel inspirant ?|Conclusion : Quel avenir pour ce mouvement culturel inspirant ?]]
: [[Le mouvement Wikimédia/Version_complète#Remerciements|Remerciements]]
: [[Le mouvement Wikimédia/Version_complète#Notes et références|Notes et références]]
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Le mouvement Wikimédia/Le mouvement du logiciel libre
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Lionel Scheepmans
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<noinclude>{{Le mouvement Wikimédia}}</noinclude>
L’un des premiers épisodes de la préhistoire de Wikipédia et du mouvement Wikimédia débuta en septembre 1983, lorsqu’un programmeur du ''[[w:fr:Massachusetts Institute of Technology|Massachusetts Institute of Technology]]'', appelé [[w:fr:Richard Stallman|Richard Stallman]], déposa un message sur la liste de diffusion net.unix-wizards. C’était un appel d’aide pour la création de [[w:Projet GNU|GNU]], un nouveau [[w:fr:Système d'exploitation|système d’exploitation]] qui devait réunir une suite de programmes que tout le monde pourrait utiliser librement sur son ordinateur personnel<ref>{{Ouvrage|langue=|prénom1=Richard M|nom1=Stallman|prénom2=Sam|nom2=Williams|titre=Richard Stallman et la révolution du logiciel libre - Une biographie autorisée|éditeur=Eyrolles|date=2013|oclc=708380925|lire en ligne=https://framabook.org/docs/stallman/framabook6_stallman_v1_gnu-fdl.pdf|consulté le=}}.</ref>. Dans son message transmis via [[w:Arpanet|ARPANET]], le premier réseau informatique à grande échelle qui précéda Internet, Stallman s’exprimait de la sorte<ref>{{Lien web|langue=|auteur=Richard Stallman|titre=Système d'exploitation GNU – Annonce initiale|url=https://web.archive.org/web/20010106133800/http://www.gnu.org:80/gnu/initial-announcement.fr.html|site=GNU|date=3 décembre 2000|consulté le=}}.</ref> :
<blockquote>
Je considère comme une [[w:Règle d'or|règle d’or]] que si j’apprécie un programme je dois le partager avec d’autres personnes qui l’apprécient. Je ne peux pas en bonne conscience signer un accord de non-divulgation ni un accord de licence de logiciel. Afin de pouvoir continuer à utiliser les ordinateurs sans violer mes principes, j’ai décidé de rassembler une quantité suffisante de logiciels libres, de manière à pouvoir m’en tirer sans aucun logiciel qui ne soit pas libre.
</blockquote>
Le projet de Stallman, qui reçut le soutien nécessaire à son accomplissement, marqua ainsi le début de l’[[w:Histoire_du_logiciel_libre|histoire du logiciel libre]]. Quant à la quantité d’aide fournie, elle permet de croire que Richard Stallman n’était pas seul à voir l’arrivée des [[w:Logiciel propriétaire|logiciels propriétaires]] d’un mauvais œil. Car pour les membres du projet GNU et du mouvement du logiciel libre en général, un bon programme informatique doit respecter ces quatre libertés fondamentales<ref>{{Lien web|langue=|auteur=Karl Pradène|titre=Qu'est-ce que le logiciel libre ?|url=https://web.archive.org/web/20000511101640/http://www.gnu.org/philosophy/free-sw.fr.html|site=GNU|date=6 mai 2000|consulté le=}}.</ref> :
<blockquote>
1. La liberté d’exécuter le programme, pour tous les usages.
2. La liberté d’étudier le fonctionnement du programme, et de l’adapter à vos besoins.
3. La liberté de redistribuer des copies, donc d’aider votre voisin.
4. La liberté d’améliorer le programme, et de publier vos améliorations, pour en faire profiter toute la communauté.
</blockquote>
[[w:Histoire_du_logiciel_libre|Lors de l'apparition du logiciel libre]], le marché de l’informatique était de fait en pleine mutation. L'habituel partage des codes informatiques entre les rares étudiants ou chercheurs qui bénéficiaient d’un accès à un ordinateur faisait l'objet d'une remise en question. Ce changement faisait notamment suite au [[w:Copyright_Act_(1976)|Copyright Act]] de 1976, une nouvelle loi qui autorisait l'application d'un [[w:Droit_d'auteur|droit d'auteur]] sur le code informatique, et donc qui permettait d'en interdire le partage ou la réutilisation sans autorisation. Des [[w:Clause_de_confidentialité|clauses de confidentialité]] ont ainsi fait leur apparition, pendant que les employés des firmes informatiques étaient nouvellement soumis à des contrats de confidentialité. C'était la fin de l’entraide et de la solidarité pratiquées chez les pionniers de l’informatique. À sa place s'installaient la concurrence et la compétitivité, bien connues dans le système capitaliste marchand.
[[Fichier:Commodore64withdisk.jpg|alt=Commodore 64 avec disquette et lecteur|gauche|vignette|<small>Figure 4. Commodore 64 avec disquette et lecteur.</small>|300x300px]]
Cette mutation coïncidait avec l’arrivée des premiers ordinateurs de taille réduite. Grâce à l’apparition des premiers [[w:Circuits_intégrés|circuits intégrés]], les premiers exemplaires avaient en effet été créés par l’industrie aérospatiale au début des années 1960. Cependant, il fallut attendre le début des années 1980 pour que le prix d’un ordinateur soit suffisamment bas pour en faire un [[w:Bien_de_grande_consommation|bien de grande consommation]].
C’est ainsi qu’en 1982, le [[w:Commodore 64|Commodore 64]] entrait dans le [[w:Livre_Guinness_des_records|livre Guinness des records]], avec plus de 17 millions d’exemplaires vendus dans le monde<ref>{{Lien web|langue=|auteur=Brandon Griggs|titre=The Commodore 64, that '80 s computer icon, lives again|url=https://web.archive.org/web/20200706161515/http://edition.cnn.com/2011/TECH/gaming.gadgets/05/09/commodore.64.reborn|site=CNN|date=May 9, 2011|consulté le=}}.</ref>. Juste avant cela, en 1981, l’''[[w:fr:IBM PC|IBM Personal Computer]]'' avait déjà fait son apparition, en proposant une [[w:Architecture_(informatique)|architecture]] ouverte qui allait servir de modèle pour toute une gamme d’ordinateurs que l’on désigne toujours aujourd’hui par l’acronyme « PC ».
Pour faire fonctionner ses nouveaux modèles d'ordinateurs, la société IBM avait confié à l’entreprise [[w:Microsoft|Microsoft]], créée en 1975, la mission de les équiper d’un système d’exploitation. Le contrat signé entre les deux firmes fut une véritable aubaine pour le fournisseur des programmes informatiques. Car sans s'en apercevoir, et sans jamais anticiper que son matériel serait cloné à grande échelle, celle-ci avait en effet permis à Microsoft d'établir un monopole dans la vente de logiciels. Cela fut condamné pour [[w:Abus_de_position_dominante|abus de position dominante]]<ref name="Combier_2018_01_24">{{Lien web|langue=fr|auteur=Étienne Combier|titre=Abus de position dominante : les plus grosses amendes de la Commission européenne|url=https://web.archive.org/web/20230511110018/https://www.lesechos.fr/2018/01/abus-de-position-dominante-les-plus-grosses-amendes-de-la-commission-europeenne-982719|périodique=[[w:Les Échos|Les Échos]]|date=2018-01-24|consulté le=}}.</ref> et [[w:Vente_liée_de_logiciels_avec_du_matériel_informatique|vente liée du logiciel avec le matériel informatique]]<ref>{{Lien web|langue=fr|auteur=Marc Rees|titre=Pourquoi la justice européenne a sanctuarisé la vente liée PC et OS|url=https://web.archive.org/web/20230209112015/https://www.nextinpact.com/article/23625/101268-la-justice-europeenne-sanctuarise-vente-liee-pc-et-os|site=nextinpact.com|éditeur=[[w:Next INpact|Next INpact]]|date=2016-07-09|consulté le=}}.</ref>, mais sans pour autant empêcher [[w:Bill_Gates|Bill Gates]], le principal actionnaire de Microsoft, d'être l'homme le plus riche du monde en 1994.
[[Fichier:GNU_and_Tux.svg|alt=Mascotte du projet GNU à gauche et du projet Linux à droite.|vignette|<small>Figure 5. À gauche la mascotte du projet GNU ; à droite celle du projet Linux, appelée Tux.</small>]]
Toutefois, pendant que Microsoft renforçait sa position dominante, un nouvel événement majeur allait marquer l’histoire du logiciel libre. Celui-ci fut de nouveau déclenché par un appel à contribution, qui fut cette fois posté le vingt-cinq août 1991 par un jeune étudiant en informatique de 21 ans, appelé [[w:fr:Linus Torvalds|Linus Torvalds]]. Via le système de messagerie [[w:fr:Usenet|Usenet]], sa demande avait été postée dans une liste de diffusion consacrée au système d’exploitation [[w:fr:Minix|Minix]], une sorte d’[[w:UNIX|UNIX]] simplifié et développé dans un but didactique, par le programmeur [[w:fr:Andrew Tanenbaum|Andrew Tanenbaum]].
Loin d’imaginer que cela ferait de lui une nouvelle célébrité dans le monde du Libre<ref>{{Ouvrage|langue=|prénom1=Linus|nom1=Torvalds|prénom2=David|nom2=Diamond|prénom3=Olivier|nom3=Engler|titre=Il était une fois Linux|éditeur=Osman Eyrolles Multimédia|date=2001|isbn=978-2-7464-0321-5|oclc=48059105}}.</ref>, Torvalds entama son message par le paragraphe suivant<ref>{{Ouvrage|langue=|prénom1=Linus|nom1=Torvalds|prénom2=David|nom2=Diamond|titre=Just for fun : the story of an accidental revolutionary|éditeur=HarperBusiness|date=2002|isbn=978-0-06-662073-2|oclc=1049937833}}.</ref> :
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Je fais un système d’exploitation (gratuit) (juste un hobby, ne sera pas grand et professionnel comme gnu) pour les clones 386 (486) AT. Ce projet est en cours depuis avril et commence à se préparer. J’aimerais avoir un retour sur ce que les gens aiment ou n’aiment pas dans minix, car mon système d’exploitation lui ressemble un peu (même disposition physique du système de fichiers (pour des raisons pratiques) entre autres choses)<ref>Texte original avant sa traduction par www.deepl.com/translator : « ''I'm doing a (free) operating system (just a hobby, won't be big and professional like gnu) for 386(486) AT clones. This has been brewing since april, and is starting to get ready. I'd like any feedback on things people like/dislike in minix, as my OS resembles it somewhat (same physical layout of the file-system (due to practical reasons)among other things) ».''</ref>.
</blockquote>
Bien qu’il fût présenté comme un passe-temps, le projet qui répondait au nom de « [[w:fr:Noyau Linux|Linux]] », fut rapidement soutenu par des milliers de programmeurs du monde entier, avant de devenir la pièce manquante du projet GNU. En effet, les contributeurs au projet de Stallman n’avaient pas encore terminé l’écriture du code informatique du [[w:noyau_de_système_d'exploitation|noyau]] [[w:GNU Hurd|Hurd]], alors qu'il était censé établir la communication entre la [[w:Suite_logicielle|suite logicielle]] produite par GNU et le [[w:Matériel informatique|matériel informatique]]. C'est donc la fusion des codes produits par les projets GNU et Linux qui permit la création du premier système complet, stable et entièrement libre baptisé [[w:GNU/Linux|GNU/Linux]].
[[Fichier:Debian-OpenLogo.svg|gauche|vignette|<small>Figure 6. Logo du système d’exploitation Debian.</small>|264x264px]]
Au départ de ce nouveau système informatique, de nombreuses variantes, que l’on nomme communément « [[w:Distribution_Linux|distributions]] », furent créées par des programmeurs de tous horizons. L’une de celles-ci s’intitule [[w:fr:Debian|Debian]] et tire sa réputation d'être simultanément libre, gratuite, très fiable et produite par une communauté sans lien direct avec une société commerciale<ref>{{Ouvrage|langue=|auteur=|prénom1=Christophe|nom1=Lazaro|titre=La liberte logicielle|passage=|lieu=|éditeur=Academia Bruylant|collection=Anthropologie Prospective|date=2012|pages totales=56|isbn=978-2-87209-861-3|oclc=1104281978}}.</ref>. Quatre qualités qui expliquent pourquoi, Debian est à la base de plus de 150 distributions dérivées, et que de nombreuses organisations l'utilisent, comme le fait la [[w:Wikimedia_Foundation|Fondation Wikimédia]] sur [[metawiki:Wikimedia_servers/fr|les serveurs]] qui hébergent les projets qu'elle supporte<ref>{{Lien web|langue=|auteur=Méta-Wiki|titre=Serveurs Wikimedia|url=https://web.archive.org/web/20251113214321/https://meta.wikimedia.org/wiki/Wikimedia_servers/fr|site=|date=|consulté le=}}.</ref>.
Grâce à la naissance des logiciels libres, le mouvement Wikimédia a donc la possibilité de faire tourner ses serveurs informatiques, avec un système d’exploitation fiable, libre et gratuit. Comme son [[w:Code_source|code source]] est ouvert, cela permet aussi à la Fondation Wikimédia de le modifier pour répondre aux besoins spécifiques du mouvement. À la suite de quoi, et selon les règles formulées par la [[w:Communauté_du_logiciel_libre|communauté du logiciel libre]], les modifications faites par la Fondation deviennent à leur tour, gratuitement et librement, utilisables par d’autres personnes ou organismes.
À ce premier héritage reçu par le mouvement Wikimédia et toujours en provenance des logiciels libres, s’ajoute une innovation méthodologique. Dans son article ''[[w:La_Cathédrale_et_le_Bazar|La Cathédrale et le Bazar]]''<ref>{{Ouvrage|langue=|auteur=|prénom1=Eric Steven|nom1=Raymond|titre=Cathedral and the bazaar|titre original=Cathedral and the bazaar|traduction titre=La cathédrale et le bazar|passage=|lieu=|éditeur=SnowBall Publishing|date=2010|pages totales=|isbn=978-1-60796-228-1|oclc=833142152|lire en ligne=}}.</ref>, [[w:Eric_Raymond|Eric Raymond]] mobilise en effet le terme « [[w:Cathédrale|cathédrale]] » pour désigner le mode de production des logiciels propriétaires, en opposition au mot « [[w:fr:Bazar|bazar]] », qu'il utilise pour qualifier le mode de développement des logiciels libres. D’un côté, il décrit une organisation pyramidale, rigide et statutairement hiérarchisée, comme on peut la voir souvent au sein des entreprises. Tandis que de l’autre, il parle d’une organisation horizontale, flexible et peu hiérarchisée, qu’il a lui-même expérimentée en adoptant le style de développement de Linus Torvalds, à savoir : « distribuez vite et souvent, déléguez tout ce que vous pouvez déléguer, soyez ouvert jusqu’à la promiscuité »<ref>{{Lien web|langue=|auteur=Eric S. Raymond|traducteur=Sébastien Blondeel|titre=La cathédrale et le bazar|url=https://web.archive.org/web/20200203054716/http://www.linux-france.org/article/these/cathedrale-bazar/cathedrale-bazar-1.html|site=Linux France|lieu=|date=1998|consulté le=}}.</ref>.
À l’instar de la métaphore du quartier numérique présentée dans le précédent chapitre, cette manière de décrire les projets open source nous aide donc ici à mieux comprendre ce qui se passe dans le mouvement Wikimédia. D'un côté, on retrouve effectivement cette « ouverture jusqu’à la promiscuité », dans le libre accès accordé aux projets Wikimédia, alors que de l'autre, tout le monde peut participer aux projets Wikimédia, qu'ils soient en ligne ou hors ligne.
Ces deux observations corroborent donc l’existence d’un deuxième héritage en provenance du mouvement du logiciel libre. Néanmoins, il nous reste encore à découvrir un phénomène négligé par Eric Raymond durant ses observations, et qui pourtant, a considérablement influencé l'histoire de la révolution numérique. Il s’agit de l’apparition de la licence libre, de la philosophie qu'elle sous-tend, et du mouvement de la [[w:Culture_libre|culture libre]], dont elle fut à l’origine.
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Lionel Scheepmans
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<noinclude>{{Le mouvement Wikimédia}}</noinclude>
L’un des premiers épisodes de la préhistoire de Wikipédia et du mouvement Wikimédia débuta en septembre 1983, lorsqu’un programmeur du ''[[w:fr:Massachusetts Institute of Technology|Massachusetts Institute of Technology]]'', appelé [[w:fr:Richard Stallman|Richard Stallman]], déposa un message sur la liste de diffusion net.unix-wizards. C’était un appel d’aide pour la création de [[w:Projet GNU|GNU]], un nouveau [[w:fr:Système d'exploitation|système d’exploitation]] qui devait réunir une suite de programmes que tout le monde pourrait utiliser librement sur son ordinateur personnel<ref>{{Ouvrage|langue=|prénom1=Richard M|nom1=Stallman|prénom2=Sam|nom2=Williams|titre=Richard Stallman et la révolution du logiciel libre - Une biographie autorisée|éditeur=Eyrolles|date=2013|oclc=708380925|lire en ligne=https://framabook.org/docs/stallman/framabook6_stallman_v1_gnu-fdl.pdf|consulté le=}}.</ref>. Dans son message transmis via [[w:Arpanet|ARPANET]], le premier réseau informatique à grande échelle qui précéda Internet, Stallman s’exprimait de la sorte<ref>{{Lien web|langue=|auteur=Richard Stallman|titre=Système d'exploitation GNU – Annonce initiale|url=https://web.archive.org/web/20010106133800/http://www.gnu.org:80/gnu/initial-announcement.fr.html|site=GNU|date=3 décembre 2000|consulté le=}}.</ref>.
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Je considère comme une [[w:Règle d'or|règle d’or]] que si j’apprécie un programme je dois le partager avec d’autres personnes qui l’apprécient. Je ne peux pas en bonne conscience signer un accord de non-divulgation ni un accord de licence de logiciel. Afin de pouvoir continuer à utiliser les ordinateurs sans violer mes principes, j’ai décidé de rassembler une quantité suffisante de logiciels libres, de manière à pouvoir m’en tirer sans aucun logiciel qui ne soit pas libre.
</blockquote>
Le projet de Stallman, qui reçut le soutien nécessaire à son accomplissement, marqua ainsi le début de l’[[w:Histoire_du_logiciel_libre|histoire du logiciel libre]]. Quant à la quantité d’aide fournie, elle permet de croire que Richard Stallman n’était pas seul à voir l’arrivée des [[w:Logiciel propriétaire|logiciels propriétaires]] d’un mauvais œil. Car pour les membres du projet GNU et du mouvement du logiciel libre en général, un bon programme informatique doit respecter ces quatre libertés fondamentales<ref>{{Lien web|langue=|auteur=Karl Pradène|titre=Qu'est-ce que le logiciel libre ?|url=https://web.archive.org/web/20000511101640/http://www.gnu.org/philosophy/free-sw.fr.html|site=GNU|date=6 mai 2000|consulté le=}}.</ref> :
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1. La liberté d’exécuter le programme, pour tous les usages.
2. La liberté d’étudier le fonctionnement du programme, et de l’adapter à vos besoins.
3. La liberté de redistribuer des copies, donc d’aider votre voisin.
4. La liberté d’améliorer le programme, et de publier vos améliorations, pour en faire profiter toute la communauté.
</blockquote>
[[w:Histoire_du_logiciel_libre|Lors de l'apparition du logiciel libre]], le marché de l’informatique était de fait en pleine mutation. L'habituel partage des codes informatiques entre les rares étudiants ou chercheurs, qui bénéficiaient d’un accès à un ordinateur, faisait l'objet d'une remise en question. Ce changement faisait notamment suite au [[w:Copyright_Act_(1976)|Copyright Act]] de 1976, une nouvelle loi qui autorisait l'application d'un [[w:Droit_d'auteur|droit d'auteur]] sur le code informatique, et donc qui permettait d'en interdire le partage ou la réutilisation sans autorisation. Des [[w:Clause_de_confidentialité|clauses de confidentialité]] ont ainsi fait leur apparition, pendant que les employés des firmes informatiques étaient nouvellement soumis à des contrats de confidentialité. C'était la fin de l’entraide et de la solidarité pratiquées chez les pionniers de l’informatique. À sa place s'installaient la concurrence et la compétitivité, bien connues dans le système capitaliste marchand.
[[Fichier:Commodore64withdisk.jpg|alt=Commodore 64 avec disquette et lecteur|gauche|vignette|<small>Figure 4. Commodore 64 avec disquette et lecteur.</small>|300x300px]]
Cette mutation coïncidait avec l’arrivée des premiers ordinateurs de taille réduite. Grâce à l’apparition des premiers [[w:Circuits_intégrés|circuits intégrés]], les premiers exemplaires avaient en effet été créés par l’industrie aérospatiale au début des années 1960. Cependant, il fallut attendre le début des années 1980 pour que le prix d’un ordinateur soit suffisamment bas pour en faire un [[w:Bien_de_grande_consommation|bien de grande consommation]]. En 1982, le [[w:Commodore 64|Commodore 64]] entrait ainsi dans le [[w:Livre_Guinness_des_records|livre Guinness des records]], avec plus de 17 millions d’exemplaires vendus dans le monde<ref>{{Lien web|langue=|auteur=Brandon Griggs|titre=The Commodore 64, that '80 s computer icon, lives again|url=https://web.archive.org/web/20200706161515/http://edition.cnn.com/2011/TECH/gaming.gadgets/05/09/commodore.64.reborn|site=CNN|date=May 9, 2011|consulté le=}}.</ref>. Mais avant cela, en 1981, l’''[[w:fr:IBM PC|IBM Personal Computer]]'' avait déjà fait son apparition, en proposant une [[w:Architecture_(informatique)|architecture]] ouverte qui allait servir de modèle pour toute une gamme d’ordinateurs que l’on désigne toujours aujourd’hui par l’acronyme « PC ».
Pour faire fonctionner ses nouveaux modèles d'ordinateurs, la société IBM avait confié à l’entreprise [[w:Microsoft|Microsoft]], créée en 1975, la mission de les équiper d’un système d’exploitation. Le contrat signé entre les deux firmes fut une véritable aubaine pour le fournisseur des programmes informatiques. Car sans s'en apercevoir, et sans jamais anticiper que son matériel serait cloné à grande échelle, IBM avait en effet permis à Microsoft d'établir un monopole dans la vente de logiciels. Cela fut condamné pour [[w:Abus_de_position_dominante|abus de position dominante]]<ref name="Combier_2018_01_24">{{Lien web|langue=fr|auteur=Étienne Combier|titre=Abus de position dominante : les plus grosses amendes de la Commission européenne|url=https://web.archive.org/web/20230511110018/https://www.lesechos.fr/2018/01/abus-de-position-dominante-les-plus-grosses-amendes-de-la-commission-europeenne-982719|périodique=[[w:Les Échos|Les Échos]]|date=2018-01-24|consulté le=}}.</ref> et [[w:Vente_liée_de_logiciels_avec_du_matériel_informatique|vente liée du logiciel avec le matériel informatique]]<ref>{{Lien web|langue=fr|auteur=Marc Rees|titre=Pourquoi la justice européenne a sanctuarisé la vente liée PC et OS|url=https://web.archive.org/web/20230209112015/https://www.nextinpact.com/article/23625/101268-la-justice-europeenne-sanctuarise-vente-liee-pc-et-os|site=nextinpact.com|éditeur=[[w:Next INpact|Next INpact]]|date=2016-07-09|consulté le=}}.</ref>, mais sans pour autant empêcher [[w:Bill_Gates|Bill Gates]], le principal actionnaire de Microsoft, d'être l'homme le plus riche du monde en 1994.
[[Fichier:GNU_and_Tux.svg|alt=Mascotte du projet GNU à gauche et du projet Linux à droite.|vignette|<small>Figure 5. À gauche la mascotte du projet GNU ; à droite celle du projet Linux, appelée Tux.</small>]]
Toutefois, pendant que Microsoft renforçait sa position dominante, un nouvel événement majeur allait marquer l’histoire du logiciel libre. Celui-ci fut de nouveau déclenché par un appel à contribution, qui fut cette fois posté le vingt-cinq août 1991 par un jeune étudiant en informatique de 21 ans, appelé [[w:fr:Linus Torvalds|Linus Torvalds]]. Via le système de messagerie [[w:fr:Usenet|Usenet]], sa demande avait été postée dans une liste de diffusion consacrée au système d’exploitation [[w:fr:Minix|Minix]], une sorte d’[[w:UNIX|UNIX]] simplifié et développé dans un but didactique, par le programmeur [[w:fr:Andrew Tanenbaum|Andrew Tanenbaum]].
Loin d’imaginer que cela ferait de lui une nouvelle célébrité dans le monde du Libre<ref>{{Ouvrage|langue=|prénom1=Linus|nom1=Torvalds|prénom2=David|nom2=Diamond|prénom3=Olivier|nom3=Engler|titre=Il était une fois Linux|éditeur=Osman Eyrolles Multimédia|date=2001|isbn=978-2-7464-0321-5|oclc=48059105}}.</ref>, Torvalds entama son message par le paragraphe suivant<ref>{{Ouvrage|langue=|prénom1=Linus|nom1=Torvalds|prénom2=David|nom2=Diamond|titre=Just for fun : the story of an accidental revolutionary|éditeur=HarperBusiness|date=2002|isbn=978-0-06-662073-2|oclc=1049937833}}.</ref> :
<blockquote>
Je fais un système d’exploitation (gratuit) (juste un hobby, ne sera pas grand et professionnel comme gnu) pour les clones 386 (486) AT. Ce projet est en cours depuis avril et commence à se préparer. J’aimerais avoir un retour sur ce que les gens aiment ou n’aiment pas dans minix, car mon système d’exploitation lui ressemble un peu (même disposition physique du système de fichiers (pour des raisons pratiques) entre autres choses)<ref>Texte original avant sa traduction par www.deepl.com/translator : « ''I'm doing a (free) operating system (just a hobby, won't be big and professional like gnu) for 386(486) AT clones. This has been brewing since april, and is starting to get ready. I'd like any feedback on things people like/dislike in minix, as my OS resembles it somewhat (same physical layout of the file-system (due to practical reasons)among other things) ».''</ref>.
</blockquote>
Bien qu’il fût présenté comme un passe-temps, le projet qui répondait au nom de « [[w:fr:Noyau Linux|Linux]] », fut rapidement soutenu par des milliers de programmeurs du monde entier, avant de devenir la pièce manquante du projet GNU. En effet, les contributeurs au projet de Stallman n’avaient pas encore terminé l’écriture du code informatique du [[w:noyau_de_système_d'exploitation|noyau]] [[w:GNU Hurd|Hurd]], alors qu'il était censé établir la communication entre la [[w:Suite_logicielle|suite logicielle]] produite par GNU et le [[w:Matériel informatique|matériel informatique]]. C'est donc la fusion des codes produits par les projets GNU et Linux qui permit la création du premier système complet, stable et entièrement libre baptisé [[w:GNU/Linux|GNU/Linux]].
[[Fichier:Debian-OpenLogo.svg|gauche|vignette|<small>Figure 6. Logo du système d’exploitation Debian.</small>|264x264px]]
Au départ de ce nouveau système informatique, de nombreuses variantes, que l’on nomme communément « [[w:Distribution_Linux|distributions]] », furent créées par des programmeurs de tous horizons. L’une de celles-ci s’intitule [[w:fr:Debian|Debian]] et tire sa réputation d'être simultanément libre, gratuite, très fiable et produite par une communauté sans lien direct avec une société commerciale<ref>{{Ouvrage|langue=|auteur=|prénom1=Christophe|nom1=Lazaro|titre=La liberte logicielle|passage=|lieu=|éditeur=Academia Bruylant|collection=Anthropologie Prospective|date=2012|pages totales=56|isbn=978-2-87209-861-3|oclc=1104281978}}.</ref>. Quatre qualités qui expliquent pourquoi, Debian est à la base de plus de 150 distributions dérivées, et que de nombreuses organisations l'utilisent, comme le fait la [[w:Wikimedia_Foundation|Fondation Wikimédia]] sur [[metawiki:Wikimedia_servers/fr|les serveurs]] qui hébergent les projets qu'elle supporte<ref>{{Lien web|langue=|auteur=Méta-Wiki|titre=Serveurs Wikimedia|url=https://web.archive.org/web/20251113214321/https://meta.wikimedia.org/wiki/Wikimedia_servers/fr|site=|date=|consulté le=}}.</ref>.
Grâce à la naissance des logiciels libres, le mouvement Wikimédia a donc la possibilité de faire tourner ses serveurs informatiques, avec un système d’exploitation fiable, libre et gratuit. Comme son [[w:Code_source|code source]] est ouvert, cela permet aussi à la Fondation Wikimédia de le modifier pour répondre aux besoins spécifiques du mouvement. À la suite de quoi, et selon les règles formulées par la [[w:Communauté_du_logiciel_libre|communauté du logiciel libre]], les modifications faites par la Fondation deviennent à leur tour, gratuitement et librement, utilisables par d’autres personnes ou organismes.
À ce premier héritage reçu par le mouvement Wikimédia, et toujours en provenance des logiciels libres, s’ajoute encore une innovation méthodologique. Dans son article ''[[w:La_Cathédrale_et_le_Bazar|La Cathédrale et le Bazar]]''<ref>{{Ouvrage|langue=|auteur=|prénom1=Eric Steven|nom1=Raymond|titre=Cathedral and the bazaar|titre original=Cathedral and the bazaar|traduction titre=La cathédrale et le bazar|passage=|lieu=|éditeur=SnowBall Publishing|date=2010|pages totales=|isbn=978-1-60796-228-1|oclc=833142152|lire en ligne=}}.</ref>, [[w:Eric_Raymond|Eric Raymond]] mobilise en effet le terme « [[w:Cathédrale|cathédrale]] » pour désigner le mode de production des logiciels propriétaires, en opposition au mot « [[w:fr:Bazar|bazar]] », qu'il utilise pour qualifier le mode de développement des logiciels libres. D’un côté, il décrit une organisation pyramidale, rigide et statutairement hiérarchisée, comme on peut la voir souvent au sein des entreprises. Tandis que de l’autre, il parle d’une organisation horizontale, flexible et peu hiérarchisée, qu’il a lui-même expérimentée en adoptant le style de développement de Linus Torvalds, à savoir : « distribuez vite et souvent, déléguez tout ce que vous pouvez déléguer, soyez ouvert jusqu’à la promiscuité »<ref>{{Lien web|langue=|auteur=Eric S. Raymond|traducteur=Sébastien Blondeel|titre=La cathédrale et le bazar|url=https://web.archive.org/web/20200203054716/http://www.linux-france.org/article/these/cathedrale-bazar/cathedrale-bazar-1.html|site=Linux France|lieu=|date=1998|consulté le=}}.</ref>.
À l’instar de la métaphore du quartier numérique présentée dans le précédent chapitre, cette manière de décrire les projets open source nous aide donc ici à mieux comprendre ce qui se passe dans le mouvement Wikimédia. D'un côté, on retrouve effectivement cette « ouverture jusqu’à la promiscuité », dans le libre accès accordé aux projets Wikimédia, alors que de l'autre, tout le monde peut rejoindre les projets et associations Wikimédia. Ces deux observations corroborent ainsi l’existence d’un deuxième héritage en provenance du mouvement du logiciel libre. Néanmoins, il nous reste encore à découvrir un phénomène négligé par Eric Raymond durant ses observations, et qui pourtant, a considérablement influencé l'histoire de la révolution numérique. Découvrons donc à présent, la licence libre et le mouvement de la [[w:Culture_libre|culture libre]], dont elle fut à l’origine.{{AutoCat}}
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Le mouvement Wikimédia/Les licences et la culture libres
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Lionel Scheepmans
20012
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text/x-wiki
<noinclude>{{Le mouvement Wikimédia}}</noinclude>
Dans une biographie autorisée<ref name="Williams">{{Ouvrage|langue=|prénom1=Sam|nom1=Williams|prénom2=Richard M|nom2=Stallman|prénom3=Christophe|nom3=Masutti|titre=Richard Stallman et la révolution du logiciel libre : une biographie autorisée|passage=180|lieu=|éditeur=Livio éditions|date=2020|pages totales=|isbn=978-2-35455-034-9|oclc=1163855816}}.</ref>, Christophe Masutti explique à quel point la création de la [[w:Licence_publique_générale_GNU|Licence publique générale GNU]], en tant que première [[w:Licence_libre|licence libre]] créée par Richard Stallman, représente un épisode majeur de la révolution numérique. Selon lui :
<blockquote>
La GPL apparaît comme l’un des meilleurs ''hacks'' de Stallman. Elle a créé un système de propriété collective à l’intérieur même des habituels murs du copyright. Surtout, elle a mis en lumière la possibilité de traiter de façon similaire « code » juridique et code logiciel.
</blockquote>[[Fichier:GreenCopyleft.svg|alt=Classification des licences d'exploitation des œuvres de l'esprit.|vignette|<small>Figure 7. Symbole du copyleft</small> que l’on traduit par « gauche d’auteur » en français<small>.</small>|150x150px]]Le concept de distribution associé à ce nouveau type de licence fut baptisé « ''[[w:fr : Copyleft|copyleft]]'' », par inspiration d’un jeu de mots que Richard Stallman avait trouvé dans un courrier transmis par son collègue [[w:fr : Don Hopkins|Don Hopkins]]<ref>{{Lien web|langue=|auteur=Richard Stallman|titre=Le projet GNU|url=https://web.archive.org/web/20001207151100/http://www.gnu.org:80/gnu/thegnuproject.fr.html|site=GNU|date=3 décembre 2000|consulté le=}}.</ref>. Le principe novateur de ce concept est d'obliger toute production de code dérivé à se soumettre à la même licence libre que le code d’origine<ref>{{Ouvrage|langue=|auteur=|prénom1=Andrew M|nom1=St. Laurent|titre=Understanding open source & free software licensing [guide to navigating licensing issues in existing & new software|passage=157|lieu=|éditeur=Sebastopol, Ca : O'Reilly Media Inc.|date=2004|pages totales=|isbn=978-0-596-00581-8|oclc=314704943}}.</ref>. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle beaucoup de gens parlent de licence « virale » ou « récursive » en faisant référence à celle-ci. Quant à l'importance de cette clause, elle repose sur le fait d'interdire toute privatisation d'un code informatique produit sous licence libre. Sans celle-ci, un tel code risque en effet d'être récupéré, puis modifié, avant d’être placé sous un habituel copyright de type « tous droits réservés », dans le but de commercialiser son usage.
En 2001 et dans la mouvance provoquée par l'arrivée des premières licences libres, une organisation internationale sans but lucratif, intitulée [[w:Creative_Commons|Creative Commons]], a entamé la promotion du « partage et la réutilisation de la créativité et des connaissances grâce à la fourniture d’outils juridiques gratuits ». Pour ce faire, elle met régulièrement à jour une panoplie de licences inspirées par la GNU, mais spécialement adaptées aux œuvres de l'esprit<ref>{{Lien web|auteur=Creative Commons|titre=Foire aux questions|url=https://web.archive.org/web/20251210070542/https://creativecommons.org/faq/fr/}}.</ref>, telles que les productions littéraires, musicales, photographiques et vidéo, ainsi que les bases de données.
[[Fichier:Creative_commons_license_spectrum_fr.svg|alt=Classement des différentes licences, de la plus ouverte à la moins ouverte.|gauche|vignette|<small>Figure 8. Classement des différentes licences, de la plus ouverte à la moins ouverte.</small>]]
Contrairement aux licences libres fournies par la ''[[w:Free_Software_Foundation|Free Software Foundation]],'' conçues pour protéger du code informatique, les licences produites par Creative Commons offrent la possibilité de sélectionner différentes clauses pour protéger une [[w:Œuvre_libre|œuvre libre]]. Avec le label CC, pour Creative Commons, on peut ainsi appliquer, ou ne pas appliquer, la clause « BY », qui oblige à créditer l'auteur, et la clause « SA », pour ''Share Alike'', qui ordonne le partage à l’identique comme décrit précédemment. Après quoi il est encore possible d'ajouter la clause « NC », qui impose un usage non commercial, et finalement, la clause « ND », pour ''Non Derivative'', qui exige que l’œuvre soit utilisée ou reproduite dans son intégralité et sans modification.
Le mouvement Wikimédia a choisi la licence CC.BY-SA pour protéger les contenus publiés dans tous ses projets. Cela à l'exception de la banque de données [[w:fr:Wikidata|Wikidata]], qui au même titre que les descriptions apportées aux fichiers téléchargés dans la médiathèque [[c:Commons:Licensing/fr#Text_(structured_data,_descriptions,_etc.)|Wikimedia Commons]]<ref>{{Lien web|titre=À propos des licences - Wikimedia Commons|url=https://web.archive.org/web/20250906064542/https://commons.wikimedia.org/wiki/Commons:Licensing/fr#Text_(structured_data,_descriptions,_etc.)|auteur=Wikimedia Commons}}</ref>, publie ses [[w:Informations_structurées|informations structurées]] sous [[w:Licence_CC0|licence CC0]]. Cette dernière licence est ainsi ce qui se rapproche le plus du [[w:domaine_public_(propriété_intellectuelle)|domaine public]], et octroie comme avantage de ne pas devoir mentionner les auteurs dans le traitement et la réutilisation du contenu de la base de données.
Cependant, il en résulte que les informations en question peuvent être réutilisées par des tiers qui ne sont plus obligés de citer leurs sources, comme le font les agents conversationnels des [[w:Intelligence_artificielle_générative|intelligences artificielles génératives]], appelés couramment [[w:Chatbot|chatbots]]. Contrairement à la licence CC.BY-SA, la licence CC0 est donc moins apte à pérenniser les projets Wikimédia, puisqu'elle permet d'invisibiliser ces derniers au risque de réduire les chances d'arrivée de nouveaux contributeurs et contributrices. De plus, sans la clause SA qui assure l'application du copyleft, toutes les informations récupérées au sein de Wikidata et de Wikimedia Commons sont aussi susceptibles de quitter le monde du libre, une fois traitées par des entreprises commerciales.
Quoi qu’il en soit, les licences Creative Commons, inspirées par la licence libre de Richard Stallman, apparaissent finalement comme un troisième héritage en provenance du mouvement du logiciel libre et de la [[w:Culture_libre|culture libre]] qui en est issue. Grâce à la licence CC.BY-SA, les éditeurs des projets Wikimédia bénéficient effectivement d'une certaine reconnaissance, tout en étant assurés qu'aucun copyright sur leurs travaux ne puisse profiter exclusivement à une personne ou une compagnie. Cela pendant que la licence libre appliquée au système d'exploitation installé sur les serveurs Wikimédia garantit, pour sa part, un certain respect des contributeurs, puisqu'elle permet de vérifier si le code informatique ne compromet pas leurs vies privées.
Avec tous les autres apports en provenance du logiciel libre, ce sont là deux choses importantes qui ont permis l'apparition du mouvement Wikimédia. Toutefois, cela ne pouvait pas suffire à la création du projet Wikipédia qui en fut le point de départ. Car sans l'espace numérique, mondial et libre d’accès, créé par Internet et l'espace web, aucune encyclopédie collaborative de cette envergure n'aurait pu voir le jour.{{AutoCat}}
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Lionel Scheepmans
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<noinclude>{{Le mouvement Wikimédia}}</noinclude>
Dans une biographie autorisée<ref name="Williams">{{Ouvrage|langue=|prénom1=Sam|nom1=Williams|prénom2=Richard M|nom2=Stallman|prénom3=Christophe|nom3=Masutti|titre=Richard Stallman et la révolution du logiciel libre : une biographie autorisée|passage=180|lieu=|éditeur=Livio éditions|date=2020|pages totales=|isbn=978-2-35455-034-9|oclc=1163855816}}.</ref>, Christophe Masutti explique à quel point la création de la [[w:Licence_publique_générale_GNU|Licence publique générale GNU]], en tant que première [[w:Licence_libre|licence libre]] créée par Richard Stallman, représente un épisode majeur de la révolution numérique. Selon lui :
<blockquote>
La GPL apparaît comme l’un des meilleurs ''hacks'' de Stallman. Elle a créé un système de propriété collective à l’intérieur même des habituels murs du copyright. Surtout, elle a mis en lumière la possibilité de traiter de façon similaire « code » juridique et code logiciel.
</blockquote>[[Fichier:GreenCopyleft.svg|alt=Classification des licences d'exploitation des œuvres de l'esprit.|vignette|<small>Figure 7. Symbole du copyleft</small> que l’on traduit par « gauche d’auteur » en français<small>.</small>|150x150px]]Le concept de distribution associé à ce nouveau type de licence fut baptisé « ''[[w:fr : Copyleft|copyleft]]'' », par inspiration d’un jeu de mots que Richard Stallman avait trouvé dans un courrier transmis par son collègue [[w:fr : Don Hopkins|Don Hopkins]]<ref>{{Lien web|langue=|auteur=Richard Stallman|titre=Le projet GNU|url=https://web.archive.org/web/20001207151100/http://www.gnu.org:80/gnu/thegnuproject.fr.html|site=GNU|date=3 décembre 2000|consulté le=}}.</ref>. Le principe novateur de ce concept est d'obliger toute production de code dérivé à se soumettre à la même licence libre que le code d’origine<ref>{{Ouvrage|langue=|auteur=|prénom1=Andrew M|nom1=St. Laurent|titre=Understanding open source & free software licensing [guide to navigating licensing issues in existing & new software|passage=157|lieu=|éditeur=Sebastopol, Ca : O'Reilly Media Inc.|date=2004|pages totales=|isbn=978-0-596-00581-8|oclc=314704943}}.</ref>. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle beaucoup de gens parlent de licence « virale » ou « récursive » en faisant référence à celle-ci. Quant à l'importance de cette clause, elle repose sur le fait d'interdire toute privatisation d'un code informatique produit sous licence libre. Sans celle-ci, un tel code risque en effet d'être récupéré, puis modifié, avant d’être placé sous un habituel copyright de type « tous droits réservés », dans le but de commercialiser son usage.
En 2001 et dans la mouvance provoquée par l'arrivée des premières licences libres, une organisation internationale sans but lucratif, intitulée [[w:Creative_Commons|Creative Commons]], a entamé la promotion du « partage et la réutilisation de la créativité et des connaissances grâce à la fourniture d’outils juridiques gratuits ». Pour ce faire, elle met régulièrement à jour une panoplie de licences inspirées par la GNU, mais spécialement adaptées aux œuvres de l'esprit<ref>{{Lien web|auteur=Creative Commons|titre=Foire aux questions|url=https://web.archive.org/web/20251210070542/https://creativecommons.org/faq/fr/}}.</ref>, telles que les productions littéraires, musicales, photographiques et vidéo, ainsi que les bases de données.
[[Fichier:Creative_commons_license_spectrum_fr.svg|alt=Classement des différentes licences, de la plus ouverte à la moins ouverte.|gauche|vignette|<small>Figure 8. Classement des différentes licences Creative Commons, de la plus ouverte à la moins ouverte.</small>]]
Contrairement aux licences libres fournies par la ''[[w:Free_Software_Foundation|Free Software Foundation]],'' conçues pour protéger du code informatique, les licences produites par Creative Commons offrent la possibilité de sélectionner de nombreuses clauses pour protéger une [[w:Œuvre_libre|œuvre libre]]. Avec le label CC, pour Creative Commons, on peut ainsi appliquer, ou ne pas appliquer, la clause « BY », qui oblige à créditer l'auteur, et la clause « SA », pour ''Share Alike'', qui ordonne le partage à l’identique comme décrit précédemment. Après quoi il est encore possible d'ajouter la clause « NC », qui impose un usage non commercial, et finalement, la clause « ND », pour ''Non Derivative'', qui exige que l’œuvre soit utilisée ou reproduite dans son intégralité et sans modification.
Le mouvement Wikimédia a choisi la licence CC.BY-SA pour protéger les contenus publiés dans tous ses projets. Cela à l'exception de la banque de données [[w:fr:Wikidata|Wikidata]], qui au même titre que les descriptions apportées aux fichiers téléchargés dans la médiathèque [[c:Commons:Licensing/fr#Text_(structured_data,_descriptions,_etc.)|Wikimedia Commons]]<ref>{{Lien web|titre=À propos des licences - Wikimedia Commons|url=https://web.archive.org/web/20250906064542/https://commons.wikimedia.org/wiki/Commons:Licensing/fr#Text_(structured_data,_descriptions,_etc.)|auteur=Wikimedia Commons}}</ref>, publie ses [[w:Informations_structurées|informations structurées]] sous [[w:Licence_CC0|licence CC0]]. Cette dernière licence est ainsi ce qui se rapproche le plus du [[w:domaine_public_(propriété_intellectuelle)|domaine public]], avec cet avantage de ne pas devoir mentionner les auteurs dans le traitement et la réutilisation du contenu de la base de données.
Cependant, il en résulte que les informations en question peuvent être réutilisées par des tiers qui ne sont plus obligés de citer leurs sources, comme le font les agents conversationnels des [[w:Intelligence_artificielle_générative|intelligences artificielles génératives]], appelés couramment [[w:Chatbot|chatbots]]. Contrairement à la licence CC.BY-SA, la licence CC0 est donc moins apte à pérenniser les projets Wikimédia, puisqu'elle permet d'invisibiliser ces derniers au risque de réduire les chances d'arrivée de nouveaux contributeurs et contributrices. De plus, sans la clause SA qui assure l'application du copyleft, toutes les informations récupérées au sein de Wikidata et de Wikimedia Commons sont aussi susceptibles de quitter le monde du libre.
Quoi qu’il en soit, les licences Creative Commons, inspirées par la licence libre de Richard Stallman, apparaissent finalement comme un troisième héritage en provenance du mouvement du logiciel libre et de la [[w:Culture_libre|culture libre]] qui en est issue. Grâce à la licence CC.BY-SA, les éditeurs des projets Wikimédia bénéficient effectivement d'une certaine reconnaissance, tout en étant assurés qu'aucun copyright sur leurs travaux ne puisse profiter exclusivement à une personne ou une compagnie. De plus la licence libre appliquée au système d'exploitation installé sur les serveurs Wikimédia, garantit aussi un certain respect des contributeurs, puisqu'elle permet de vérifier si le code informatique ne compromet pas leurs vies privées.
Avec tous les autres apports en provenance du logiciel libre, ce sont là deux choses importantes qui ont permis l'apparition du mouvement Wikimédia. Toutefois, cela ne pouvait pas suffire à la création du projet Wikipédia qui en fut le point de départ. Car sans un espace numérique, mondial et libre d’accès, tel qu'il fut créé par Internet et l'espace web, aucune encyclopédie collaborative de cette envergure n'aurait pu voir le jour.{{AutoCat}}
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Le mouvement Wikimédia/Le réseau Internet
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Lionel Scheepmans
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text/x-wiki
<noinclude>{{Le mouvement Wikimédia}}</noinclude>
L’[[w:fr : Histoire d'Internet|histoire du réseau Internet]] constitue un nouvel épisode captivant de la révolution numérique, sans lequel le mouvement Wikimédia n’aurait jamais pu émerger. D’un point de vue purement technique, ce réseau informatique a été mis au point dans les années 1970, avant l’adoption généralisée du protocole [[w:fr : Suite des protocoles Internet|TCP/IP]], toujours en usage à ce jour. Ce dernier fut inventé par [[w:Vint_Cerf|Vint Cerf]] et [[w:fr : Bob Kahn|Robert Elliot Kahn]], quand ils travaillaient pour la ''[[w:fr : Defense Advanced Research Projects Agency|Defense Advanced Research Projects Agency]]'', rattachée au département de la Défense américaine<ref name="Chemla">{{Ouvrage|langue=|auteur=Laurent Chemla|prénom1=Djilali|nom1=Benamrane|nom2=Biens publics à l'échelle mondiale|nom3=Coopération solidarité développement aux PTT|titre=Les télécommunications, entre bien public et marchandise|passage=73 & 63 (par ordre de citation)|lieu=Une histoire d'Internet|éditeur=ECLM (Charles Leopold Mayer)|date=2005|pages totales=|isbn=978-2-84377-111-8|oclc=833154536|lire en ligne=|consulté le=}}.</ref>. L'une des premières présentations de leur projet fut, entre autres, réalisée lors d’une conférence organisée par l’[[w:fr : International Network Working Group|International Network Working Group]], une instance créée pour assurer la gouvernance mondiale du réseau informatique.
Sur base de ces informations, on peut penser qu’Internet a été créé par des militaires. Cependant, ''[[w:Une_contre-histoire_de_l'Internet|Une contre-histoire de l’Internet]]''<ref>{{Ouvrage|éditeur=Premieres Lignes Television|titre=Une contre-histoire de l'Internet|année=2013|auteur=[[w:Sylvain Bergère|]]}}</ref>, nous révèle que les créateurs et les premiers utilisateurs d’[[w:ARPANET|ARPANET]], considéré comme l’ancêtre d’Internet, étaient davantage des étudiants [[w:Hippies|hippies]] et amateurs de [[w:LSD|LSD]], que des militaires bien drillés. D’ailleurs, avant la standardisation du protocole TCP/IP, ARPANET fonctionnait depuis plus d’un an avec un autre protocole de transition intitulé [[w:Network_Control_Program_(Arpanet)|''Network Control Program'']]. Or, celui-ci avait été mis au point, en février 1969, par le [[w:fr : Network Working Group|''Network Working Group'']], un groupe informel d’étudiants rassemblés autour de [[w:Steve_Crocker|Steve Crocker]], lorsqu’il ne détenait encore qu’une simple licence.
[[Fichier:Internet_map_1024.jpg|alt=Nuage filandreux de lignes multicolores|vignette|<small>Figure 10. Carte partielle d’Internet, créée sur base des données d’opte.org en date du 15 juin 2005.</small>|gauche|300x300px]]
Bien que rarement cité dans l’histoire d’Internet, ce groupe a pourtant mis en place la procédure RFC, pour ''[[w:Request_for_comments|Request For Comments]],'' reconnue comme « l’un des symboles forts de la "culture technique" de l’Internet, marquée par l’égalitarisme, l’autogestion et la recherche collective de l’efficience »<ref name="Serres">{{Article|auteur=|prénom1=Alexandre|nom1=Serres|prénom2=Christian|nom2=Le Moënne|prénom3=Jean-Max|nom3=Noyer|nom4=|titre=Aux sources d'internet : l'émergence d'Arpanet : exploration du processus d'émergence d'une infrastructure informationnelle : description des trajectoires des acteurs et actants, des filières et des réseaux constitutifs de la naissance d'Arpanet : problèmes critiques et épistémologiques posés par l'histoire des innovations|périodique=Thèse de doctorat|éditeur=Université Rennes 2|date=2000|issn=|lire en ligne=https://tel.archives-ouvertes.fr/tel-00312005/document|pages=481 & 488 (par ordre de citation)}}.</ref>. Soit trois principes et une procédure, qui aujourd’hui encore sont appliqués sur le site Méta-Wiki, dans lequel s'organise la gestion communautaire du mouvement Wikimédia. Cela alors qu'au sein des projets pédagogiques, d’autres processus similaires de recherche de consensus ont fait leur apparition.
Il faut ensuite savoir que les liens entre ARPANET et l’armée ont disparu avec l’apparition du [[w:en : MILNET|MILNET]], un réseau entièrement dédié aux activités militaires, rebaptisé [[w:en:NIPRNet|NIPRNet]], pour Non-classified Internet Protocol Router Network, en 1990. Après une séparation définitive en 1983, précisément l’année où [[w:Richard_Stallman|Richard Stallman]] postait sa demande d’aide pour le [[w:Projet_GNU|projet GNU]], le réseau ARPANET resta uniquement dédié à la recherche et au développement<ref>{{Ouvrage|langue=|auteur=|prénom1=Stephen|nom1=Denneti|titre=ARPANET Information Brochure|passage=4|lieu=|éditeur=Defense Communications Agency|date=1978|pages totales=46|isbn=|oclc=476024876|lire en ligne=https://web.archive.org/web/20200710174908/https://apps.dtic.mil/dtic/tr/fulltext/u2/a164353.pdf}}.</ref>. À cette époque, le réseau ne comprenait pas plus de 600 machines connectées<ref>{{Ouvrage|langue=|auteur=|prénom1=Solange|nom1=Ghernaouti-Hélie|prénom2=Arnaud|nom2=Dufour|titre=Internet|passage=|lieu=|éditeur=Presses universitaires de France|date=2012|pages totales=|isbn=978-2-13-058548-0|oclc=795497443|lire en ligne=|consulté le=}}.</ref>, ce qui n'a donc rien de comparable avec ce vaste réseau informatique mondial que nous connaissons aujourd’hui, et qui fut fortement développé au cours des années 1990.
Pour en assurer l’entretien technique, une [[w:Organisation_non_gouvernementale|organisation non gouvernementale]], a été créée en 1992, sous l'appellation d’''[[w:fr : Internet Society|Internet Society]]''. Celle-ci devait aussi veiller au respect des valeurs fondamentales liées au bon fonctionnement du réseau<ref>{{Lien web|langue=|auteur=Étienne Combier|titre=Les leçons de l’Internet Society pour sauver la Toile|url=https://web.archive.org/web/20201024101959/https://www.lesechos.fr/2017/09/les-lecons-de-linternet-society-pour-sauver-la-toile-182263|site=Les Echos|éditeur=|date=2017-09-19|consulté le=}}.</ref>. Car avant d'atteindre des milliards d’appareils connectés, il a d’abord fallu réglementer les nombreuses [[w:Dorsale Internet|dorsales internet]] intercontinentales, sans lesquelles la transmission du protocole TCP/IP partout dans le monde n'aurait pas été possible.
Pour en revenir à l’état d’esprit des créateurs d'Internet, un article intitulé ''Quarante ans après : mais qui donc créa l’internet ?'' apporte un éclairage particulièrement intéressant au sujet des liens que l'on peut établir entre le mouvement Wikimédia et l'[[w:Histoire_d'Internet|histoire d'Internet]]. Dans son témoignage, [[w:fr:Michel Elie|Michel Elie]], cet ingénieur en informatique, membre du ''Network Working Group'' cité précédemment, et responsable de l’[[w:fr : Observatoire des usages de l'Internet|Observatoire des Usages de l’Internet]], nous explique effectivement ceci.
<blockquote>
Le succès de l’internet, nous le devons aux bons choix initiaux et à la dynamique qui en est résultée : la collaboration de dizaines de milliers d’étudiants, ou de bénévoles apportant leur expertise, tels par exemple ces centaines de personnes qui enrichissent continuellement des encyclopédies en ligne telles que Wikipédia.''<ref>{{Lien web|langue=|auteur=Michel Elie|titre=Quarante ans après : mais qui donc créa l'internet ?|url=https://web.archive.org/web/20200131180536/https://vecam.org/archives/article1123.html|site=Vecam|lieu=|date=2009|consulté le=}}.</ref>''
</blockquote>
Au courant des années 1990, le milieu informatique universitaire semblait donc toujours fortement imprégné des idéaux de la [[w:Contre-culture des années 1960|contre-culture des années 1960]], produit par les [[w:Baby_boomer|''baby boomers'']] dans le contexte de la [[w:Guerre_du_Vietnam|guerre du Vietnam]]. Afin d'illustrer les idées véhiculées à cette époque, voici un paragraphe extrait d'un ouvrage publié en 1970 et intitulé ''Vers une contre-culture : Réflexions sur la société technocratique et l’opposition de la jeunesse''<ref>{{Ouvrage|langue=|prénom1=Theodore|nom1=Roszak|prénom2=Claude|nom2=Elsen|titre=Vers une contre-culture. Réflexions sur la société technocratique et l'opposition de la jeunesse|passage=266-267|lieu=Paris|éditeur=Stock|date=1970|pages totales=318|isbn=978-2-234-01282-0|oclc=36236326}}.</ref>. Dans celui-ci, [[w:fr : Theodore Roszak|Théodore Roszak]] explique que :
<blockquote>
Le projet essentiel de notre contre-culture : proclamer un nouveau ciel et une nouvelle terre, si vastes, si merveilleux que les prétentions démesurées de la technique soient réduites à n’occuper dans la vie humaine qu’une place inférieure et marginale. Créer et répandre une telle conception de la vie n’implique rien de moins que l’acceptation de nous ouvrir à l’imagination visionnaire. Nous devons être prêts à soutenir ce qu’affirment des personnes telles que [[w:fr : William Blake|Blake]], à savoir que certains yeux ne voient pas le monde comme le voient le regard banal ou l’œil scientifique, mais le voient transformé, dans une lumière éclatante et, ce faisant, le voient tel qu’il est vraiment.
</blockquote>
À la suite de cette lecture, il peut sembler paradoxal de penser qu’une contre-culture, voyant la technique comme « inférieure » et assimilant la science au « banal », puisse avoir un lien avec le milieu scientifique universitaire qui fut à l'origine d'Internet. Cependant, une réponse à cette énigme fut apportée par [[w:Fred_Turner_(professeur)|Fred Turner]], par la publication de son livre intitulé : « ''Aux sources de l’utopie numérique : De la contre-culture à la cyberculture, [[w:Stewart_Brand|Stewart Brand]], un homme d’influence »''<ref>{{Ouvrage|langue=fr|prénom1=Fred|nom1=Turner|titre=Aux sources de l'utopie numérique: De la contre-culture à la cyberculture, Stewart Brand, un homme d'influence|éditeur=C & F Éditions|date=2021-07-07|isbn=978-2-37662-032-7}}.</ref>.
Grâce à cet ouvrage, on découvre en effet que le mouvement Hippie utilisera tout ce qui était à sa disposition à l’époque pour parvenir à ses fins : LSD, spiritualités alternatives, mais également, objets technologiques les plus en pointe. Cela grâce notamment à l’influence de Steward Brand, le créateur d'un catalogue interactif, qui peut être considéré comme l'ancêtre analogique des groupes de discussions numériques apparus des années plus tard<ref>{{Lien web|auteur=Guillaume de Lamérie|titre=Aux sources de l’utopie numérique, de la contre-culture à la cyberculture|url=https://web.archive.org/web/20211021183032/https://www.afis.org/Aux-sources-de-l-utopie-numerique|site=Association française pour l’Information Scientifique|éditeur=|date=18 septembre 2013|consulté le=}}.</ref>.
Comme autre indication, il y a ensuite les propos tenus en 1992, lors d’une plénière de la 24ᵉ réunion du groupe de travail sur l’ingénierie Internet, par [[w:fr : David D. Clark|David D. Clark]], un autre pionnier d’Internet. Durant cette rencontre, ce chef de projet prononça des paroles<ref>{{Article|prénom1=Andrew L.|nom1=Russell|titre='Rough Consensus and Running Code' and the Internet-OSI Standards War|périodique=IEEE Annals Hist. Comput. IEEE Annals of the History of Computing|volume=28|numéro=3|date=2006|issn=1058-6180|pages=48–61}}.</ref> restées dans les annales. « Nous récusons rois, présidents et votes. Nous croyons au consensus et aux programmes qui tournent »<ref>Texte original avant sa traduction par www.deepl.com/translator : « ''We reject: kings, presidents and voting. We believe: in rough consensus and running code »''</ref>. Deux phrases seulement, mais qui, dans le cadre du milieu informatique, permettent de croire que le mépris de la contre-culture envers la technique et la science, s'est transformé en un refus d’autorité et une recherche de consensus.
Dans tous les cas, le développement du réseau Internet ne s'est pas fait sans conflits idéologiques importants. On peut d'ailleurs se demander aujourd'hui à quoi ressemblerait Internet s'il n'avait jamais été [[w:en:Commercialization_of_the_Internet|commercialisé]]<ref>{{Ouvrage|langue=en|prénom1=Shane|nom1=Greenstein|titre=How the Internet Became Commercial: Innovation, Privatization, and the Birth of a New Network|passage=79|éditeur=Princeton University Press|date=2017-09-26|isbn=978-0-691-17839-4|consulté le=2025-12-27}}</ref>. Cela s'est passé en novembre 1994, lorsque l’association sans but lucratif ''[[w:en:Advanced_Network_and_Services|Advanced Network and Services,]] chargée de g''érer les accès à Internet, a fait le choix de vendre ses activités. Cette décision faisait suite à un appel à des fonds privés pour financer d'importants changements dans l'infrastructure du réseau. Profitant de l'occasion, la société commerciale ''[[w:AOL|America Online]]'' a ainsi repris à son compte la gestion des connexions à Internet, après avoir effectué un versement de 35 millions de dollars<ref>{{Lien web|titre=ANS sold to America On-line|url=https://web.archive.org/web/20110927083123/http://www.merit.edu/mail.archives/mjts/1994-11/msg00023.html|site=www.merit.edu|auteur=Jeff.Ogden}}</ref>.
Trente ans plus tard, Internet est devenu ce réseau que nous expérimentons aujourd'hui, à savoir : un réseau dominé par des sociétés privées les plus riches au monde. Dans ce contexte et parmi les 100 [[w:_Liste_des_sites_web_les_plus_visités|sites web les plus visités au monde]], seul le [[w:Nom_de_domaine|nom de domaine]] Wikipédia appartient à une organisation non lucrative<ref>{{Lien web|titre=Top 100 Most Visited Websites Worldwide (August 2025)|url=https://web.archive.org/web/20250923022332/https://www.similarweb.com/blog/research/market-research/most-visited-websites/|auteur=Similarweb}}</ref>. Cela explique donc pourquoi le mouvement Wikimédia, via son encyclopédie et la fondation qui l'héberge, représente à ce jour, et dans l'espace web, l'expression la plus visible de la philosophie des pionniers d’Internet.
Plus qu'un héritage, cette situation peut être vue comme une mission perpétuée au sein d'un espace envahi par une culture marchande et capitaliste. C'est là une information importante qu'il faut retenir au sujet du mouvement Wikimédia. Elle ne clôture pas pour autant tout ce qu'il faut savoir au sujet des évènements qui ont permis la création d’une encyclopédie mondiale, libre et collaborative. Mais en revanche, elle nous invite à découvrir l'histoire du World Wide Web, un espace numérique sans lequel la création de Wikipédia n'aurait jamais été possible.{{AutoCat}}
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Lionel Scheepmans
20012
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wikitext
text/x-wiki
<noinclude>{{Le mouvement Wikimédia}}</noinclude>
L’[[w:fr : Histoire d'Internet|histoire du réseau Internet]] constitue un nouvel épisode captivant de la révolution numérique, sans lequel le mouvement Wikimédia n’aurait jamais pu émerger. D’un point de vue purement technique, ce réseau informatique a été mis au point dans les années 1970, avant l’adoption généralisée du protocole [[w:fr : Suite des protocoles Internet|TCP/IP]], toujours en usage à ce jour. Ce dernier fut inventé par [[w:Vint_Cerf|Vint Cerf]] et [[w:fr : Bob Kahn|Robert Elliot Kahn]], quand ils travaillaient pour la ''[[w:fr : Defense Advanced Research Projects Agency|Defense Advanced Research Projects Agency]]'', rattachée au département de la Défense américaine<ref name="Chemla">{{Ouvrage|langue=|auteur=Laurent Chemla|prénom1=Djilali|nom1=Benamrane|nom2=Biens publics à l'échelle mondiale|nom3=Coopération solidarité développement aux PTT|titre=Les télécommunications, entre bien public et marchandise|passage=73 & 63 (par ordre de citation)|lieu=Une histoire d'Internet|éditeur=ECLM (Charles Leopold Mayer)|date=2005|pages totales=|isbn=978-2-84377-111-8|oclc=833154536|lire en ligne=|consulté le=}}.</ref>. L'une des premières présentations de leur projet fut ainsi réalisée lors d’une conférence organisée par l’[[w:fr : International Network Working Group|International Network Working Group]], une instance créée pour assurer la gouvernance mondiale du réseau informatique.
Sur base de ces informations, on peut penser qu’Internet a été créé par des militaires. Cependant, ''[[w:Une_contre-histoire_de_l'Internet|Une contre-histoire de l’Internet]]''<ref>{{Ouvrage|éditeur=Premieres Lignes Television|titre=Une contre-histoire de l'Internet|année=2013|auteur=[[w:Sylvain Bergère|]]}}</ref>, nous révèle que les créateurs et les premiers utilisateurs d’[[w:ARPANET|ARPANET]], considéré comme l’ancêtre d’Internet, étaient davantage des étudiants [[w:Hippies|hippies]] et amateurs de [[w:LSD|LSD]], que des militaires bien drillés. D’ailleurs, avant la standardisation du protocole TCP/IP, ARPANET fonctionnait depuis plus d’un an avec un autre protocole de transition intitulé [[w:Network_Control_Program_(Arpanet)|''Network Control Program'']]. Or, celui-ci avait été mis au point, en février 1969, par le [[w:fr : Network Working Group|''Network Working Group'']], un groupe informel d’étudiants rassemblés autour de [[w:Steve_Crocker|Steve Crocker]], lorsqu’il ne détenait encore qu’une simple licence, au niveau de sa formation universitaire.
[[Fichier:Internet_map_1024.jpg|alt=Nuage filandreux de lignes multicolores|vignette|<small>Figure 10. Carte partielle d’Internet, créée sur base des données d’opte.org en date du 15 juin 2005.</small>|gauche|300x300px]]
Bien que rarement cité dans l’histoire d’Internet, ce groupe a pourtant mis en place la procédure RFC, pour ''[[w:Request_for_comments|Request For Comments]],'' reconnue comme « l’un des symboles forts de la "culture technique" de l’Internet, marquée par l’égalitarisme, l’autogestion et la recherche collective de l’efficience »<ref name="Serres">{{Article|auteur=|prénom1=Alexandre|nom1=Serres|prénom2=Christian|nom2=Le Moënne|prénom3=Jean-Max|nom3=Noyer|nom4=|titre=Aux sources d'internet : l'émergence d'Arpanet : exploration du processus d'émergence d'une infrastructure informationnelle : description des trajectoires des acteurs et actants, des filières et des réseaux constitutifs de la naissance d'Arpanet : problèmes critiques et épistémologiques posés par l'histoire des innovations|périodique=Thèse de doctorat|éditeur=Université Rennes 2|date=2000|issn=|lire en ligne=https://tel.archives-ouvertes.fr/tel-00312005/document|pages=481 & 488 (par ordre de citation)}}.</ref>. Soit trois principes et une procédure, qui aujourd’hui encore sont appliqués sur le site Méta-Wiki, dans lequel s'organise la gestion communautaire du mouvement Wikimédia. Cela alors qu'au sein des autres projets dédiés à la production de contenus pédagogiques, des processus similaires de recherche de consensus ont fait leur apparition.
Il faut ensuite savoir que les liens entre ARPANET et l’armée ont disparu avec l’apparition du [[w:en : MILNET|MILNET]], un réseau entièrement dédié aux activités militaires, rebaptisé [[w:en:NIPRNet|NIPRNet]], pour Non-classified Internet Protocol Router Network, en 1990. Après une séparation définitive en 1983, précisément l’année où [[w:Richard_Stallman|Richard Stallman]] postait sa demande d’aide pour le [[w:Projet_GNU|projet GNU]], le réseau ARPANET resta uniquement dédié à la recherche et au développement<ref>{{Ouvrage|langue=|auteur=|prénom1=Stephen|nom1=Denneti|titre=ARPANET Information Brochure|passage=4|lieu=|éditeur=Defense Communications Agency|date=1978|pages totales=46|isbn=|oclc=476024876|lire en ligne=https://web.archive.org/web/20200710174908/https://apps.dtic.mil/dtic/tr/fulltext/u2/a164353.pdf}}.</ref>. À cette époque, le réseau ne comprenait pas plus de 600 machines connectées<ref>{{Ouvrage|langue=|auteur=|prénom1=Solange|nom1=Ghernaouti-Hélie|prénom2=Arnaud|nom2=Dufour|titre=Internet|passage=|lieu=|éditeur=Presses universitaires de France|date=2012|pages totales=|isbn=978-2-13-058548-0|oclc=795497443|lire en ligne=|consulté le=}}.</ref>, ce qui n'a donc rien de comparable avec ce vaste réseau informatique mondial que nous connaissons aujourd’hui et qui fut fortement développé au cours des années 1990.
Pour en assurer l’entretien technique, une [[w:Organisation_non_gouvernementale|organisation non gouvernementale]], a été créée en 1992, sous l'appellation d’''[[w:fr : Internet Society|Internet Society]]''. Celle-ci devait aussi veiller au respect des valeurs fondamentales liées au bon fonctionnement du réseau<ref>{{Lien web|langue=|auteur=Étienne Combier|titre=Les leçons de l’Internet Society pour sauver la Toile|url=https://web.archive.org/web/20201024101959/https://www.lesechos.fr/2017/09/les-lecons-de-linternet-society-pour-sauver-la-toile-182263|site=Les Echos|éditeur=|date=2017-09-19|consulté le=}}.</ref>. Car avant d'atteindre des milliards d’appareils connectés, il a d’abord fallu réglementer les nombreuses [[w:Dorsale Internet|dorsales internet]] intercontinentales, sans lesquelles la transmission du protocole TCP/IP partout dans le monde n'aurait pas été possible.
Quant à l’état d’esprit des créateurs d'Internet, un article intitulé ''Quarante ans après : mais qui donc créa l’internet ?'' apporte un éclairage particulièrement intéressant au sujet des liens que l'on peut établir entre le mouvement Wikimédia et l'[[w:Histoire_d'Internet|histoire d'Internet]]. Dans son témoignage, [[w:fr:Michel Elie|Michel Elie]], cet ingénieur en informatique, membre du ''Network Working Group'' cité précédemment, et responsable de l’[[w:fr : Observatoire des usages de l'Internet|Observatoire des Usages de l’Internet]], nous explique en effet ceci.
<blockquote>
Le succès de l’internet, nous le devons aux bons choix initiaux et à la dynamique qui en est résultée : la collaboration de dizaines de milliers d’étudiants, ou de bénévoles apportant leur expertise, tels par exemple ces centaines de personnes qui enrichissent continuellement des encyclopédies en ligne telles que Wikipédia.''<ref>{{Lien web|langue=|auteur=Michel Elie|titre=Quarante ans après : mais qui donc créa l'internet ?|url=https://web.archive.org/web/20200131180536/https://vecam.org/archives/article1123.html|site=Vecam|lieu=|date=2009|consulté le=}}.</ref>''
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Au courant des années 1990, le milieu informatique universitaire semblait donc toujours fortement imprégné des idéaux de la [[w:Contre-culture des années 1960|contre-culture des années 1960]], produit par les [[w:Baby_boomer|''baby boomers'']] dans le contexte de la [[w:Guerre_du_Vietnam|guerre du Vietnam]]. Afin d'illustrer les idées véhiculées à cette époque, voici un paragraphe extrait d'un ouvrage publié en 1970, et intitulé ''Vers une contre-culture : Réflexions sur la société technocratique et l’opposition de la jeunesse''<ref>{{Ouvrage|langue=|prénom1=Theodore|nom1=Roszak|prénom2=Claude|nom2=Elsen|titre=Vers une contre-culture. Réflexions sur la société technocratique et l'opposition de la jeunesse|passage=266-267|lieu=Paris|éditeur=Stock|date=1970|pages totales=318|isbn=978-2-234-01282-0|oclc=36236326}}.</ref>. Dans celui-ci, [[w:fr : Theodore Roszak|Théodore Roszak]] explique ceci :
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Le projet essentiel de notre contre-culture : proclamer un nouveau ciel et une nouvelle terre, si vastes, si merveilleux que les prétentions démesurées de la technique soient réduites à n’occuper dans la vie humaine qu’une place inférieure et marginale. Créer et répandre une telle conception de la vie n’implique rien de moins que l’acceptation de nous ouvrir à l’imagination visionnaire. Nous devons être prêts à soutenir ce qu’affirment des personnes telles que [[w:fr : William Blake|Blake]], à savoir que certains yeux ne voient pas le monde comme le voient le regard banal ou l’œil scientifique, mais le voient transformé, dans une lumière éclatante et, ce faisant, le voient tel qu’il est vraiment.
</blockquote>
À la suite de cette lecture, il peut sembler paradoxal qu’une contre-culture, qui voit la technique comme « inférieure » et assimile la science au « banal », puisse avoir un lien avec le milieu scientifique universitaire qui fut à l'origine d'Internet. Cependant, une réponse à cette énigme fut apportée par [[w:Fred_Turner_(professeur)|Fred Turner]], par la publication de son livre intitulé : « ''Aux sources de l’utopie numérique : De la contre-culture à la cyberculture, [[w:Stewart_Brand|Stewart Brand]], un homme d’influence »''<ref>{{Ouvrage|langue=fr|prénom1=Fred|nom1=Turner|titre=Aux sources de l'utopie numérique: De la contre-culture à la cyberculture, Stewart Brand, un homme d'influence|éditeur=C & F Éditions|date=2021-07-07|isbn=978-2-37662-032-7}}.</ref>.
Grâce à cet ouvrage, on découvre que le mouvement Hippie utilisera tout ce qui était à sa disposition à l’époque pour parvenir à ses fins : LSD, spiritualités alternatives, mais également, objets technologiques les plus en pointe. Cela grâce notamment à l’influence de Steward Brand, le créateur d'un catalogue interactif, qui peut être considéré comme l'ancêtre analogique des groupes de discussions numériques apparus des années plus tard<ref>{{Lien web|auteur=Guillaume de Lamérie|titre=Aux sources de l’utopie numérique, de la contre-culture à la cyberculture|url=https://web.archive.org/web/20211021183032/https://www.afis.org/Aux-sources-de-l-utopie-numerique|site=Association française pour l’Information Scientifique|éditeur=|date=18 septembre 2013|consulté le=}}.</ref>.
Comme autre indication, il y a ensuite les propos tenus en 1992, lors d’une plénière de la 24ᵉ réunion du groupe de travail sur l’ingénierie Internet, par [[w:fr : David D. Clark|David D. Clark]], un autre pionnier d’Internet. Durant cette rencontre, ce chef de projet prononça des paroles<ref>{{Article|prénom1=Andrew L.|nom1=Russell|titre='Rough Consensus and Running Code' and the Internet-OSI Standards War|périodique=IEEE Annals Hist. Comput. IEEE Annals of the History of Computing|volume=28|numéro=3|date=2006|issn=1058-6180|pages=48–61}}.</ref> restées dans les annales. « Nous récusons rois, présidents et votes. Nous croyons au consensus et aux programmes qui tournent »<ref>Texte original avant sa traduction par www.deepl.com/translator : « ''We reject: kings, presidents and voting. We believe: in rough consensus and running code »''</ref>. Deux phrases seulement, mais qui, dans le cadre du milieu informatique, permettent de croire que le mépris de la contre-culture envers la technique et la science, s'est transformé en un refus d’autorité et une recherche de consensus.
Quoi qu'il en soit, le développement du réseau Internet ne s'est pas fait sans conflits idéologiques importants. On peut d'ailleurs se demander aujourd'hui à quoi ressemblerait Internet, s'il n'avait jamais été [[w:en:Commercialization_of_the_Internet|commercialisé]]<ref>{{Ouvrage|langue=en|prénom1=Shane|nom1=Greenstein|titre=How the Internet Became Commercial: Innovation, Privatization, and the Birth of a New Network|passage=79|éditeur=Princeton University Press|date=2017-09-26|isbn=978-0-691-17839-4|consulté le=2025-12-27}}</ref>. Cela s'est passé en novembre 1994, lorsque l’association sans but lucratif ''[[w:en:Advanced_Network_and_Services|Advanced Network and Services,]] chargée de g''érer les accès à Internet, a fait le choix de vendre ses activités. Cette décision faisait suite à un appel à des fonds privés pour financer d'importants changements dans l'infrastructure du réseau. Profitant de l'occasion, la société commerciale ''[[w:AOL|America Online]]'' a ainsi repris à son compte la gestion des connexions à Internet, après avoir effectué un versement de 35 millions de dollars<ref>{{Lien web|titre=ANS sold to America On-line|url=https://web.archive.org/web/20110927083123/http://www.merit.edu/mail.archives/mjts/1994-11/msg00023.html|site=www.merit.edu|auteur=Jeff.Ogden}}</ref>.
Trente ans plus tard, Internet est devenu ce réseau que nous expérimentons aujourd'hui, à savoir : un réseau dominé par des sociétés privées les plus riches au monde. Dans ce contexte et parmi les 100 [[w:_Liste_des_sites_web_les_plus_visités|sites web les plus visités]], seul le [[w:Nom_de_domaine|nom de domaine]] Wikipédia appartient à une organisation non lucrative<ref>{{Lien web|titre=Top 100 Most Visited Websites Worldwide (August 2025)|url=https://web.archive.org/web/20250923022332/https://www.similarweb.com/blog/research/market-research/most-visited-websites/|auteur=Similarweb}}</ref>. Cela explique donc pourquoi le mouvement Wikimédia, via son encyclopédie et la fondation qui l'héberge, représente à ce jour, et dans l'espace web, l'expression la plus visible de la philosophie des pionniers d’Internet.
Plus qu'un héritage, cette situation peut être vue comme une mission perpétuée au sein d'un espace envahi par une culture marchande et capitaliste. Il s'agit là d'une information importante qu'il faut retenir au sujet du mouvement Wikimédia. Elle ne clôture pas pour autant tout ce qu'il faut savoir au sujet des évènements qui ont permis la création d’une encyclopédie mondiale, libre et collaborative. Car avant cela, il nous reste encore à découvrir l'histoire du World Wide Web, un espace numérique sans lequel la création de Wikipédia n'aurait jamais été possible.{{AutoCat}}
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Le mouvement Wikimédia/Sommaire
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Lionel Scheepmans
20012
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text/x-wiki
:[[Le mouvement Wikimédia/Avant-propos|Avant-propos]]
:[[Le mouvement Wikimédia/Introduction : Wikimédia n'est pas Wikipédia|Introduction : Wikimédia n’est pas Wikipédia]]
:[[Le mouvement Wikimédia/La naissance du mouvement Wikimédia|Première partie : La naissance du mouvement Wikimédia]]
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Lionel Scheepmans
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Lionel Scheepmans
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{{DicoPhilo|Aristote}}
Aristote (en grec ancien Ἀριστοτέλης, ''Aristotélēs'', 384-322 av. J.-C.) est un philosophe grec dont l'œuvre conservée couvre la logique, la philosophie de la nature, la biologie, la métaphysique, l'éthique, la politique, la rhétorique et la poétique. Né à Stagire en Chalcidique, il fut élève de Platon à l'Académie d'Athènes pendant une vingtaine d'années, puis précepteur d'Alexandre de Macédoine, avant de fonder à Athènes sa propre école, le Lycée. La transmission de ses écrits, complexe et partiellement lacunaire, a fortement conditionné l'ordre dans lequel ils nous sont parvenus ainsi que les modalités de leur interprétation : les dialogues exotériques publiés de son vivant ne subsistent qu'à l'état de fragments, tandis que les traités acroamatiques que nous lisons aujourd'hui ont été édités, organisés et titrés au Ier siècle av. J.-C. par Andronicos de Rhodes<ref>Sur l'histoire de la transmission, voir Pierre Pellegrin, ''Dictionnaire Aristote'', Paris, Ellipses, 2007, p. 5-7 ; Annick Jaulin, ''Aristote. La métaphysique'', Paris, PUF, 1999, Introduction.</ref>.
L'œuvre conservée a exercé une influence durable sur la philosophie ancienne tardive, sur les traditions arabe et latine médiévales, ainsi que sur plusieurs renaissances modernes de l'aristotélisme. Sa réception se fait selon des angles variables : les commentateurs néoplatoniciens en font une propédeutique au platonisme, les théologiens médiévaux y voient « le philosophe » par excellence (''Philosophus''), tandis que la science moderne se construit en partie en réaction à la physique péripatéticienne, sans pour autant rompre toujours avec elle de manière unilatérale<ref>Sur la pluralité des « Aristote » selon les époques, voir Daniel Larose, ''Aristote de A à Z'', Paris, PUF, « Que sais-je ? », 2021, Introduction.</ref>. Au {{XXe siècle}}, le projet « génétique » de Werner Jaeger – qui distinguait trois périodes (platonicienne, critique, empirique) dans la pensée du Stagirite – a été largement abandonné par la recherche universitaire, qui aborde aujourd'hui le corpus comme un ensemble cohérent sans être pour autant systématique<ref>Daniel Larose, ''Aristote de A à Z'', op. cit. ; voir aussi Pellegrin, ''Dictionnaire Aristote'', p. 6-8.</ref>.
Le présent article expose successivement la vie et le contexte historique d'Aristote, la constitution et la transmission de son œuvre, son rapport à Platon, puis ses doctrines en logique (l{{'}}''Organon''), philosophie de la nature, biologie, métaphysique et philosophie pratique (éthique, politique, rhétorique et poétique). Une dernière section traite de la réception et de la postérité de la pensée aristotélicienne.
== Vie et contexte historique ==
=== Origines familiales et contexte macédonien ===
Aristote naquit en 384 av. J.-C. à Stagire<ref>Stagire, l'actuelle Stavro, était une colonie grecque de la Chalcidique de Thrace, située sur la côte septentrionale de la mer Égée, à proximité de la Macédoine. Voir Werner Jaeger, ''Aristote. Fondements pour une histoire de son évolution'', trad. fr. O. Sedeyn, Paris, L'Éclat, 1997 (1923), p. 103-104.</ref>, petite cité de la Chalcidique en Macédoine, d'où son surnom de Stagirite<ref>Ce patronyme sera employé tout au long de l'Antiquité pour le désigner. Cf. Ingemar Düring, ''Aristotle in the Ancient Biographical Tradition'', Göteborg, Almqvist & Wiksell, 1957, p. 253-257.</ref>. Son père, Nicomaque, était médecin et appartenait à la corporation des Asclépiadés, dont les membres prétendaient descendre du dieu de la médecine, Asclépios<ref>Les Asclépiadés formaient une famille sacerdotale de médecins héritiers d'une tradition hippocratique. Voir Diogène Laërce, ''Vies et doctrines des philosophes illustres'', V, 1, trad. sous la dir. de M.-O. Goulet-Cazé, Paris, Le Livre de Poche, 1999, p. 573.</ref>. Nicomaque exerçait la fonction de médecin personnel et ami (''philos'') du roi Amyntas III de Macédoine<ref>Cette position à la cour macédonienne conférait à la famille d'Aristote un statut privilégié et des relations avec la maison royale. Voir Jean Brun, ''Aristote et le Lycée'', Paris, PUF, « Que sais-je ? », 1961, p. 7-8.</ref><ref>Diogène Laërce, ''Vies'', V, 1, op. cit., p. 573.</ref>.
Sa mère, Phæstias (ou Phaestis), originaire de Chalcis en Eubée, était sage-femme<ref>Certaines sources antiques indiquent qu'elle descendait d'une famille chalcidienne de notables. Voir Ingemar Düring, ''Aristotle in the Ancient Biographical Tradition'', op. cit., p. 259.</ref>. La famille d'Aristote s'inscrivait ainsi dans un milieu cultivé, marqué à la fois par la pratique médicale rationnelle et par des ascendances ioniennes<ref>Selon Werner Jaeger, ces origines ioniennes pourraient avoir favorisé son goût pour l'investigation scientifique de la nature (''physis''), caractéristique des premiers Physiciens d'Ionie. Voir Werner Jaeger, ''Aristote'', op. cit., p. 105-106. Cette thèse, défendue par Jaeger dans le cadre de son interprétation génétique de la pensée d'Aristote, est aujourd'hui discutée par les historiens.</ref><ref>Ernest Barker, ''The Politics of Aristotle'', Oxford, Clarendon Press, 1946, Introduction, p. XI.</ref>.
Aristote devint orphelin à un âge précoce, perdant son père alors qu'il était encore enfant<ref>Sa mère mourut également jeune, laissant Aristote orphelin de ses deux parents avant ses dix-sept ans. Voir Werner Jaeger, ''Aristote'', op. cit., p. 104.</ref>. Il fut dès lors élevé par Proxène d'Atarnée, un ami de sa famille, originaire d'Atarnée en Mysie<ref>Atarnée était une cité située en Asie Mineure, en Troade. Diogène Laërce, ''Vies'', V, 3, op. cit., p. 574.</ref>. En reconnaissance, Aristote adoptera plus tard Nicanor, le fils de Proxène, et lui destinera sa propre fille Pythias par son testament<ref>Le testament d'Aristote, conservé par Diogène Laërce (V, 11-16), témoigne de ces liens familiaux durables. Voir l'édition dans Pierre Pellegrin (dir.), ''Aristote. Œuvres complètes'', Paris, Flammarion, 2014, p. 2597-2600.</ref><ref>Ces nouvelles attaches familiales constitueront les premiers rapports qu'Aristote entretiendra avec la région d'Atarnée, où il rencontrera plus tard Hermias, le futur tyran du lieu. Voir Ingemar Düring, ''Aristotle in the Ancient Biographical Tradition'', op. cit., p. 272-277.</ref>.
=== Formation à l'Académie de Platon (367-347 av. J.-C.) ===
À l'âge de dix-sept ans, en 367-366 av. J.-C., Aristote se rend à Athènes, qui demeure alors, malgré son déclin politique et économique après les Guerres du Péloponnèse, l'un des principaux foyers intellectuels du monde grec<ref>Sous l'archontat de Polyzélos (selon Denys d'Halicarnasse) ou de Nausigénès (selon d'autres sources). Apollodore d'Athènes, cité par Diogène Laërce, V, 9, op. cit., p. 577.</ref>. Il entre à l'Académie de Platon, école philosophique fondée vers 387 av. J.-C.<ref>L'Académie tirait son nom du gymnase d'Académos, situé dans un faubourg d'Athènes. Voir Harold Cherniss, ''The Riddle of the Early Academy'', Berkeley, University of California Press, 1945, p. 1-72.</ref>. Cette institution dispensait un enseignement encyclopédique en mathématiques, astronomie, musique, dialectique, politique et philosophie<ref>Léon Robin, ''Aristote'', Paris, PUF, 1944, p. 3.</ref>.
Aristote y demeura vingt ans, jusqu'à la mort de Platon en 348-347 av. J.-C.<ref>Apollodore d'Athènes, cité par Diogène Laërce (V, 9-10), fournit cette chronologie. Voir Diogène Laërce, ''Vies'', op. cit., p. 577-578.</ref>. La tradition antique rapporte que Platon l'aurait surnommé le Liseur (''anagnôstês'') ou l'Intelligence de l'école (''ho nous tês scholês'')<ref>Ces surnoms, qui pourraient attester la reconnaissance par le Maître des dons de son élève, sont rapportés par les sources biographiques tardives. Voir Ingemar Düring, ''Aristotle in the Ancient Biographical Tradition'', op. cit., p. 325-327.</ref><ref>''Vita Marciana'', dans Valentin Rose, ''Aristoteles Pseudepigraphus'', Leipzig, Teubner, 1863, p. 428 ; Jean Philopon, dans Proclus, ''De aeternitate mundi'', VI, 27, éd. Hugo Rabe, Leipzig, Teubner, 1899, p. 145.</ref>.
La tradition d'une rupture violente entre Aristote et Platon, attestée par certaines sources tardives, est aujourd'hui considérée par la critique moderne comme issue probablement des polémiques ultérieures entre épicuriens et péripatéticiens<ref>Les récits de Diogène Laërce évoquant une rupture violente sont jugés peu fiables par la plupart des biographes modernes. Voir Werner Jaeger, ''Aristote'', op. cit., p. 113-128.</ref>. Plusieurs éléments suggèrent au contraire des liens durables entre les deux philosophes : Aristote composa une élégie en l'honneur de son ami Eudème de Chypre, où il évoque Platon comme un maître<ref>Fragment 623 (Rose), conservé par Olympiodore. Voir Valentin Rose, ''Aristotelis qui ferebantur librorum fragmenta'', Leipzig, Teubner, 1886, p. 42-43.</ref>. Dans l{{'}}''Éthique à Nicomaque'', Aristote écrit : « Une recherche de ce genre est rendue difficile du fait que ce sont des amis qui ont introduit la doctrine des Idées. Mais on admettra peut-être qu'il est préférable, et c'est aussi pour nous une obligation, si nous voulons du moins sauvegarder la vérité, de sacrifier même nos sentiments personnels, surtout quand on est philosophe : vérité et amitié nous sont chères l'une et l'autre, mais c'est pour nous un devoir sacré d'accorder la préférence à la vérité »<ref>Aristote, ''Éthique à Nicomaque'', I, 4, 1096 a 12-17, trad. J. Tricot, Paris, Vrin, 1959, p. 44.</ref><ref>Cette phrase a été condensée en latin par l'adage ''Amicus Plato, sed magis amica veritas'' : « ami de Platon, mais plus encore ami de la vérité ». Voir Ammonius, ''In Categorias'', éd. Busse, Berlin, Reimer, 1895, p. 79.</ref>.
Aristote participa à l'enseignement de l'Académie. On lui attribue notamment la charge du cours de rhétorique, qu'il aurait inauguré, selon certains témoignages, par cette formule : « Il serait honteux de se taire et de laisser parler Isocrate »<ref>Cette boutade visait Isocrate, le rival de Platon en matière d'enseignement rhétorique. Voir Werner Jaeger, ''Aristote'', op. cit., p. 180-182.</ref><ref>Philodème, ''Volumina rhetorica'', II, 36, 3-5, éd. Siegfried Sudhaus, Leipzig, Teubner, 1892-1896, vol. II, p. 50 ; Cicéron, ''De Oratore'', III, 35, 141 ; Quintilien, ''Institutio oratoria'', III, 1, 14.</ref>. Cette période fut également celle de ses premières publications, sous forme de dialogues à la manière platonicienne, dont la plupart sont aujourd'hui perdus<ref>Cicéron loua plus tard la qualité littéraire de ces dialogues, parlant d'un ''flumen orationis aureum'' : « un fleuve d'or de paroles ». Cicéron, ''Academica priora'', II, 38, 119.</ref>.
=== Voyages et maturation (348-335 av. J.-C.) ===
À la mort de Platon en 347, c'est le neveu du Maître, Speusippe, qui prend la direction de l'Académie. Aristote quitte alors Athènes — selon certaines hypothèses parce qu'il aurait espéré la succession, selon d'autres en raison du climat politique antimacédonien<ref>Voir Pierre Pellegrin, ''Dictionnaire Aristote'', op. cit., p. 5.</ref>. Il se rend à Atarnée et Assos, en Troade (Asie Mineure), auprès de son ami Hermias, ancien condisciple de l'Académie devenu tyran d'Atarnée<ref>Hermias avait été esclave, puis affranchi, avant de devenir maître d'Atarnée et d'Assos. Voir Ingemar Düring, ''Aristotle in the Ancient Biographical Tradition'', op. cit., p. 272-277.</ref>. Aristote y séjourne trois ans (347-345), accompagné probablement de Xénocrate<ref>Strabon, ''Géographie'', XIII, 1, 57, trad. F. Lasserre, Paris, Les Belles Lettres, 1981, p. 84-85.</ref>. Il y poursuit ses recherches philosophiques et biologiques<ref>C'est durant ce séjour qu'Aristote aurait entrepris des observations sur la faune marine de la côte d'Asie Mineure, dont témoignent l{{'}}''Histoire des Animaux'' et d'autres traités zoologiques. Voir David M. Balme, « The Place of Biology in Aristotle's Philosophy », dans Allan Gotthelf & James G. Lennox (éd.), ''Philosophical Issues in Aristotle's Biology'', Cambridge, Cambridge University Press, 1987, p. 9-20.</ref>.
Hermias, pris dans les luttes entre la Macédoine et la Perse, fut capturé en 341 av. J.-C. par trahison sur ordre d'Artaxerxès III, le roi de Perse, torturé et exécuté<ref>Selon les sources antiques, Hermias refusa, malgré les tortures, de trahir ses liens avec Philippe II de Macédoine. Voir Werner Jaeger, ''Aristote'', op. cit., p. 138-142.</ref><ref>Diodore de Sicile, ''Bibliothèque historique'', XVI, 52, trad. P. Goukowsky, Paris, Les Belles Lettres, 1976, p. 164-165.</ref>. Aristote composa un Hymne à la Vertu en son honneur et fit ériger une statue à Delphes portant une épigramme à sa mémoire<ref>Fragments 624 et 625 (Rose), conservés par Diogène Laërce (V, 7-8) et Athénée (''Deipnosophistes'', XV, 696 a-c). Voir Valentin Rose, ''Aristotelis qui ferebantur librorum fragmenta'', op. cit., p. 43-44.</ref>. Il épousa également Pythias, nièce ou fille adoptive d'Hermias, dont il aura une fille du même nom<ref>Dans son testament, Aristote prescrit que ses cendres soient mêlées à celles de Pythias. Diogène Laërce, ''Vies'', V, 16, op. cit., p. 582.</ref>.
Après la mort d'Hermias, Aristote quitte Assos pour Mytilène, sur l'île de Lesbos, en 345-344 av. J.-C. Il y poursuit pendant deux à trois ans ses observations biologiques et zoologiques, notamment sur les lagunes de Pyrrha<ref>De nombreuses observations précises de l{{'}}''Histoire des Animaux'' se rapportent à la faune de Lesbos. Voir Pierre Louis, « Introduction », dans Aristote, ''Histoire des Animaux'', tome I, Paris, Les Belles Lettres, 1964, p. XIV-XVIII.</ref>.
=== Précepteur d'Alexandre le Grand (343-336 av. J.-C.) ===
En 343-342 av. J.-C., Philippe II de Macédoine, qui avait connu Aristote dans sa jeunesse grâce à Nicomaque, appelle le philosophe à la cour de Pella pour devenir le précepteur de son fils, le jeune prince Alexandre, alors âgé de treize ans<ref>Voir Werner Jaeger, ''Aristote'', op. cit., p. 145-148.</ref><ref>Plutarque, ''Vie d'Alexandre'', 7-8, trad. R. Flacelière & É. Chambry, Paris, Les Belles Lettres, 1975, p. 33-34.</ref>. Aristote enseigne au prince pendant deux ou trois ans, probablement à Miéza<ref>Miéza était située à l'ouest de Pella, dans un environnement champêtre propice aux études. Voir Jean Brun, ''Aristote et le Lycée'', op. cit., p. 15-16.</ref>.
L'enseignement donné à Alexandre portait essentiellement sur la politique, l'éthique, la poésie et les lettres grecques<ref>Selon Plutarque, Aristote aurait fait connaître à Alexandre une édition annotée de l{{'}}''Iliade''. Plutarque, ''Vie d'Alexandre'', 8, op. cit., p. 34.</ref><ref>Plutarque rapporte également un mot d'Alexandre selon lequel il aimait Aristote autant que son père : « si je dois la vie à l'un, je dois à l'autre de savoir bien vivre ». Plutarque, ''Vie d'Alexandre'', 8, op. cit., p. 34.</ref>. Aristote composa peut-être à cette époque un traité ''Sur la Royauté'' (''Peri basileias''), aujourd'hui perdu<ref>Voir Paul Moraux, ''Les listes anciennes des ouvrages d'Aristote'', Louvain, Éditions universitaires, 1951, p. 157-158.</ref>.
Les relations entre le maître et l'élève demeurent difficiles à reconstituer avec certitude. Alors qu'Aristote, dans ses ''Politiques'', prône une distinction entre Grecs et Barbares<ref>Aristote considère, dans certains passages, que les Barbares sont naturellement faits pour être gouvernés par les Grecs. Aristote, ''Politique'', I, 2, 1252 b 5-9, trad. J. Aubonnet, Paris, Les Belles Lettres, 1960, p. 10-11.</ref>, Alexandre adopta une politique d'intégration des peuples conquis et de fusion entre Grecs et Orientaux<ref>Sur ces divergences, voir Werner Jaeger, ''Aristote'', op. cit., p. 148-152.</ref>. En 335 av. J.-C., lors du départ d'Alexandre pour la conquête de l'Asie, Aristote propose son neveu Callisthène pour l'accompagner comme conseiller et historiographe<ref>Voir Felix Jacoby, ''Die Fragmente der griechischen Historiker'', Berlin, Weidmann, 1923-1958, 124 F 1.</ref>. Callisthène, refusant d'adopter la proskynèse exigée par Alexandre, encourut sa disgrâce et fut exécuté vers 327 av. J.-C.<ref>Diogène Laërce (V, 5) et Plutarque (''Vie d'Alexandre'', 55) rapportent cette fin. Voir Diogène Laërce, ''Vies'', op. cit., p. 575-576 ; Plutarque, ''Vie d'Alexandre'', op. cit., p. 81-83.</ref>.
=== Fondation du Lycée et enseignement à Athènes (335-323 av. J.-C.) ===
En 335-334 av. J.-C., après la défaite athénienne face à la Macédoine à Chéronée (338 av. J.-C.), Aristote retourne à Athènes. Il y fonde sa propre école, le Lycée (''Lykeion''), nommé d'après le temple d'Apollon Lycien situé à proximité<ref>Le Lycée était un gymnase entouré de jardins et de promenoirs couverts (''peripatoi''), d'où le nom d'« école péripatéticienne » donné aux disciples d'Aristote. Voir Jean Brun, ''Aristote et le Lycée'', op. cit., p. 21-24.</ref><ref>Le site archéologique du Lycée fut découvert fortuitement en 1996 lors de travaux au centre d'Athènes. Voir Effi Lygouri, « The Lyceum of Aristotle in Athens », dans ''Acta Musei Nationalis Pragae. Series A – Historia'', 60, 1-2, 2006, p. 47-52.</ref>.
Aristote y enseigne pendant douze ou treize ans, de 335 à 323 av. J.-C., période durant laquelle il rédige la plupart des traités systématiques (''pragmateiai'') qui nous sont parvenus<ref>Ces traités, dits « acroamatiques » ou « ésotériques », étaient destinés à l'enseignement interne, par opposition aux dialogues « exotériques » écrits pour un large public. Voir Paul Moraux, ''Les listes anciennes des ouvrages d'Aristote'', op. cit., p. 3-85.</ref>. Selon Aulu-Gelle, son enseignement comportait deux modalités : le matin, des leçons approfondies sur la philosophie, la physique et la métaphysique, réservées aux disciples avancés ; l'après-midi, des cours plus accessibles de rhétorique et de dialectique, ouverts à un public plus large<ref>Aulu-Gelle, ''Nuits attiques'', XX, 5, trad. R. Marache, Paris, Les Belles Lettres, 1978, tome IV, p. 185-186.</ref>.
Aristote professait, selon la tradition, en se promenant (''peripatein'') avec ses disciples dans les allées du gymnase, d'où le nom d'école péripatéticienne donné à son école<ref>Diogène Laërce, ''Vies'', V, 2, op. cit., p. 574.</ref>. Il constitua au Lycée une bibliothèque et des collections d'histoire naturelle (animaux, plantes, minéraux, cartes géographiques)<ref>Selon Pline l'Ancien, Alexandre aurait aidé son ancien maître en lui envoyant d'Asie des spécimens zoologiques et botaniques. Pline l'Ancien, ''Histoire naturelle'', VIII, 17, trad. A. Ernout, Paris, Les Belles Lettres, 1952, p. 23. Cette tradition est cependant tardive et son authenticité est discutée.</ref>. Il entreprit également avec ses collaborateurs la rédaction des 158 Constitutions (''Politeiai'') des cités grecques et barbares, dont seule la ''Constitution d'Athènes'' nous est parvenue<ref>Cette œuvre fut probablement un travail collectif sous la direction d'Aristote. Voir Mortimer Chambers, « Aristotle's Forms of Democracy », dans ''Transactions and Proceedings of the American Philological Association'', 92, 1961, p. 20-36.</ref>.
=== Exil et mort (323-322 av. J.-C.) ===
À la mort d'Alexandre le Grand, survenue à Babylone en juin 323 av. J.-C., une réaction antimacédonienne éclate à Athènes<ref>Voir Werner Jaeger, ''Aristote'', op. cit., p. 387-390.</ref>. Aristote, en tant que métèque proche de la Macédoine, se trouve menacé<ref>En tant que métèque, Aristote n'avait jamais eu le droit de cité athénien. Voir Jean Brun, ''Aristote et le Lycée'', op. cit., p. 32-33.</ref>. Un certain Démophile, peut-être prêtre d'Éleusis, l'accuse d'impiété (''asebeia''), lui reprochant d'avoir composé l'Hymne à la Vertu en l'honneur d'Hermias, honneur normalement réservé aux dieux<ref>Cette accusation rappelle évidemment le procès de Socrate en 399 av. J.-C. Voir Ingemar Düring, ''Aristotle in the Ancient Biographical Tradition'', op. cit., p. 346-350.</ref><ref>Diogène Laërce, ''Vies'', V, 5-6, op. cit., p. 575-576.</ref>.
Sans attendre le jugement, Aristote quitte Athènes et se réfugie à Chalcis, en Eubée, ville natale de sa mère<ref>Selon Aulu-Gelle, Aristote aurait déclaré vouloir « empêcher les Athéniens de commettre un second crime contre la philosophie », allusion au procès de Socrate. Aulu-Gelle, ''Nuits attiques'', III, 3, 10, op. cit., tome I, p. 151.</ref>. Il confie la direction du Lycée à Théophraste d'Érèse<ref>Théophraste dirigera le Lycée pendant trente-cinq ans, jusqu'en 288-287 av. J.-C. Voir Diogène Laërce, ''Vies'', V, 36-57, op. cit., p. 590-601.</ref>.
Aristote meurt à Chalcis en 322 av. J.-C., à l'âge de soixante-deux ans, probablement des suites d'une maladie d'estomac<ref>La légende d'un suicide par absorption de ciguë, rapportée par certaines sources tardives, n'est pas retenue par les historiens modernes. Voir Ingemar Düring, ''Aristotle in the Ancient Biographical Tradition'', op. cit., p. 350-355.</ref><ref>Son testament, conservé par Diogène Laërce (V, 11-16), prescrit notamment que ses cendres soient mêlées à celles de sa première épouse Pythias. Voir Diogène Laërce, ''Vies'', op. cit., p. 579-582.</ref>. Ses cendres furent inhumées à Stagire<ref>Voir Ingemar Düring, ''Aristotle in the Ancient Biographical Tradition'', op. cit., p. 355-358.</ref>.
Aristote laissait deux enfants : Pythias, née de son premier mariage, destinée à épouser Nicanor, le fils adoptif du philosophe, et Nicomaque, né de son second mariage avec Herpyllis d'Assos<ref>C'est à ce dernier que fut dédiée l'''Éthique à Nicomaque'' — sans qu'il soit certain que ce titre traduise une dédicace personnelle plutôt qu'un choix éditorial postérieur. Voir Jean Brun, ''Aristote et le Lycée'', op. cit., p. 35-36.</ref><ref>Dans son testament, Aristote témoigne d'une grande reconnaissance envers Herpyllis. Diogène Laërce, ''Vies'', V, 12-13, op. cit., p. 580.</ref>.
== L'œuvre aristotélicienne : constitution et transmission ==
La constitution et la transmission de l'œuvre d'Aristote représentent l'un des dossiers les plus complexes de l'histoire de la philosophie antique. L'accès à la pensée du Stagirite est tributaire d'un processus historique long, marqué par des péripéties qui ont conditionné la forme sous laquelle nous lisons aujourd'hui ses écrits<ref>Pour une synthèse récente, voir Pierre Pellegrin, ''Dictionnaire Aristote'', op. cit., p. 5-7 ; Annick Jaulin, ''Aristote. La métaphysique'', op. cit., Introduction.</ref>.
=== La double nature de l'œuvre aristotélicienne ===
L'œuvre d'Aristote se composait à l'origine de deux types d'écrits distincts. D'une part, les écrits exotériques (ἐξωτερικοὶ λόγοι), destinés à un public extérieur à l'école et composés sous forme de dialogues à la manière platonicienne entre 360 et 345 av. J.-C.<ref>Voir Diogène Laërce, ''Vies et doctrines des philosophes illustres'', V, 22-27.</ref>. Ces dialogues de jeunesse, dont Cicéron louait les qualités littéraires en qualifiant le style d'Aristote de « fleuve d'or » (''flumen aureum'')<ref>Cicéron, ''Academica'', II, 38, 119.</ref>, comprenaient notamment le ''Gryllos ou De la rhétorique'', l'''Eudème ou De l'âme'' sur l'immortalité de l'âme, le ''Protreptique'' et le traité ''Sur la philosophie''<ref>Fragments rassemblés dans V. Rose, ''Aristotelis qui ferebantur librorum fragmenta'', Leipzig, Teubner, 1886.</ref>. Ces œuvres ne nous sont parvenues que sous forme de fragments.
D'autre part, les écrits acroamatiques ou ésotériques (ἀκροαματικοί, ἐσωτερικοί), réservés aux disciples du Lycée et destinés à un usage interne à l'école<ref>Sur cette distinction, voir Aulu-Gelle, ''Nuits attiques'', XX, 5 ; Plutarque, ''Vie d'Alexandre'', 7.</ref>. Ces textes constituent l'essentiel du corpus aristotélicien tel que nous le connaissons aujourd'hui. Ils prennent vraisemblablement la forme de notes de cours, de résumés ou de mémoires de recherche élaborés par Aristote et ses collaborateurs. Selon Pierre Pellegrin, on pourrait considérer en termes modernes que « le texte aristotélicien que nous lisons aujourd'hui est plutôt le compte-rendu d'un séminaire donné par Aristote, qu'un ouvrage rédigé en bonne et due forme »<ref>Pierre Pellegrin, ''Dictionnaire Aristote'', op. cit., p. 6.</ref>.
=== Le sort de la bibliothèque d'Aristote ===
L'histoire de la transmission est intimement liée au destin de la bibliothèque personnelle d'Aristote. À sa mort en 322 av. J.-C., Aristote légua sa bibliothèque à son successeur à la tête du Lycée, Théophraste d'Érèse<ref>Diogène Laërce, ''Vies'', V, 51-52.</ref>. Selon le récit de Strabon, à la mort de Théophraste vers 288 av. J.-C., la bibliothèque fut léguée à Nélée de Scepsis, fils de Coriscos et disciple d'Aristote et de Théophraste<ref>Strabon, ''Géographie'', XIII, 1, 54 (608-609 C) ; voir aussi Plutarque, ''Sylla'', 26, 1-3.</ref>.
Nélée, en quittant Athènes pour retourner à Scepsis en Troade, emporta avec lui les manuscrits autographes d'Aristote et de Théophraste. Ses descendants, peu instruits selon Strabon, auraient caché ces livres dans une cave pour éviter qu'ils ne soient confisqués par les rois Attalides de Pergame<ref>Strabon, ''Géographie'', XIII, 1, 54.</ref>. Les ouvrages auraient ainsi été enfouis pendant près de deux siècles. Ce récit de Strabon, longtemps accepté tel quel, est aujourd'hui partiellement contesté : la recherche moderne souligne qu'il ne faut pas conclure de la dispersion d'une partie des manuscrits autographes que les œuvres d'Aristote auraient été totalement inaccessibles avant Andronicos<ref>Voir P. Moraux, ''Der Aristotelismus bei den Griechen'', vol. I, Berlin-New York, De Gruyter, 1973, p. 3-31. La critique moderne souligne que les philosophes hellénistiques (stoïciens, épicuriens) connaissaient et discutaient certaines thèses aristotéliciennes, ce qui suppose un accès au moins partiel aux écrits du Stagirite.</ref>.
Ce n'est qu'au début du Ier siècle av. J.-C. que ces textes furent redécouverts et achetés par Apellicon de Téos, un riche bibliophile athénien<ref>Athénée, ''Deipnosophistes'', V, 214d = Posidonios, FGrHist 87 F 36.</ref>. Apellicon entreprit de restaurer les manuscrits endommagés, mais aurait, selon Strabon, commis de nombreuses erreurs en comblant les lacunes<ref>Strabon, ''Géographie'', XIII, 1, 54.</ref>.
=== Le transfert à Rome et l'édition d'Andronicos ===
En 86 av. J.-C., lors de la prise d'Athènes, le général Sylla s'empara de la bibliothèque d'Apellicon et la fit transporter à Rome<ref>Plutarque, ''Sylla'', 26, 2 ; Strabon, ''Géographie'', XIII, 1, 54.</ref>. À Rome, ces manuscrits furent confiés au grammairien Tyrannion d'Amisos<ref>Strabon, ''Géographie'', XIII, 1, 54 ; Cicéron, ''Lettres à Atticus'', IV, 10, 1.</ref>.
C'est finalement Andronicos de Rhodes, onzième scholarque du Lycée et philosophe péripatéticien actif vers 60 av. J.-C., qui établit la première édition systématique des œuvres d'Aristote et de Théophraste<ref>Porphyre, ''Vie de Plotin'', 24 ; voir aussi David l'Arménien, ''Prolégomènes'', CAG XVIII, 2, p. 32-33.</ref>. Andronicos ne se contenta pas de publier les textes : il les organisa selon un ordre thématique probablement différent de celui voulu par Aristote, en regroupant les traités par affinité de contenu. La division traditionnelle du corpus en écrits logiques (réunis plus tard sous le titre d'Organon), physiques, biologiques, métaphysiques, éthiques et politiques en résulte<ref>Voir Simplicius, ''In Categorias'', CAG VIII, p. 4, 28-5, 4 ; Alexandre d'Aphrodise, ''In Metaphysica'', CAG I, p. 171, 5-8.</ref>. Comme le souligne Pellegrin, Andronicos « a uni des passages qui étaient originairement disjoints, gommé des contradictions, ménagé des transitions », et il a probablement « introduit dans le texte des matériaux issus de discussions et de critiques » faites en marge des cours du Lycée<ref>Pierre Pellegrin, ''Dictionnaire Aristote'', op. cit., p. 6.</ref>.
C'est également à Andronicos que l'on doit le titre de Métaphysique (τὰ μετὰ τὰ φυσικά), qui signifie littéralement « ce qui vient après les [livres] physiques »<ref>Voir ''Métaphysique'', éd. W.D. Ross, Oxford, Clarendon Press, 1924, vol. I, p. XXXII-XLIII ; Annick Jaulin, ''Aristote. La métaphysique'', op. cit., Introduction.</ref>. Aristote lui-même n'utilisait jamais ce terme, préférant parler de « philosophie première » (πρώτη φιλοσοφία) ou de « science théologique » (θεολογική)<ref>Aristote, ''Métaphysique'', E (VI), 1, 1026a19-23 ; K (XI), 7, 1064b1-3.</ref>.
=== Les conséquences pour notre accès au texte ===
Cette histoire éditoriale a eu des conséquences majeures pour notre connaissance de la pensée d'Aristote. La perte quasi totale des écrits exotériques nous prive d'un pan de son œuvre, celui qui était le mieux connu dans l'Antiquité<ref>Sur l'« autre » Aristote perdu, voir Pierre Pellegrin, ''Dictionnaire Aristote'', op. cit., p. 6.</ref>. L'état fragmentaire des manuscrits retrouvés et leur restauration introduisent des incertitudes textuelles. L'organisation systématique imposée par Andronicos, bien qu'elle ait permis la préservation et la diffusion de l'œuvre, ne correspond probablement pas à l'ordre de composition ni à l'organisation originelle voulue par Aristote.
La reconstruction d'une chronologie relative des œuvres pose des difficultés méthodologiques. Werner Jaeger, dans son ouvrage ''Aristoteles. Grundlegung einer Geschichte seiner Entwicklung'' (1923), a proposé de dater les textes selon leur plus ou moins grande proximité avec le platonisme<ref>Werner Jaeger, ''Aristote. Fondements pour une histoire de son évolution'', op. cit.</ref>. Cette « approche génétique » a été largement critiquée et n'est plus acceptée dans son ensemble : le « degré de platonicité » d'un texte est difficile à évaluer, et le corpus aristotélicien se prête mal aux examens stylométriques utilisés pour le corpus platonicien<ref>Pour une critique de l'approche génétique de Jaeger, voir Pierre Pellegrin, ''Dictionnaire Aristote'', op. cit., p. 6-8 ; Daniel Larose, ''Aristote de A à Z'', op. cit., Introduction. La recherche actuelle aborde l'œuvre comme un tout cohérent sans pour autant la juger systématique.</ref>.
Le texte d'Aristote tel que nous le connaissons est ainsi le produit d'une longue chaîne de transmission, qui passe par les commentateurs néoplatoniciens (Alexandre d'Aphrodise, Simplicius, Philopon), la tradition arabe médiévale (Al-Fârâbî, Avicenne, Averroès), puis la redécouverte occidentale à partir du XIIIe siècle<ref>Pour l'histoire de la transmission médiévale, voir F.E. Peters, ''Aristoteles Arabus'', Leiden, Brill, 1968 ; L. Minio-Paluello, ''Opuscula. The Latin Aristotle'', Amsterdam, Hakkert, 1972.</ref>.
== Aristote et Platon : continuité et rupture ==
La relation entre Aristote et Platon a fait l'objet d'interprétations divergentes dans l'histoire de la philosophie. Les commentateurs néoplatoniciens, de Porphyre à Simplicius, ont insisté sur l'harmonie fondamentale entre les deux philosophes<ref>Simplicius, ''In Categorias'', CAG VIII, éd. K. Kalbfleisch, Berlin, Reimer, 1907, p. 7, 23-32.</ref>. À l'inverse, une partie de la tradition occidentale, depuis la Renaissance, a mis l'accent sur leurs divergences. Coleridge résume cette opposition dans la formule : « Tout homme est né aristotélicien ou platonicien »<ref>Samuel Taylor Coleridge, ''Table Talk'', 2 juillet 1830, dans ''The Table Talk and Omniana of Samuel Taylor Coleridge'', Londres, Oxford University Press, 1917, p. 90.</ref>.
La recherche contemporaine privilégie une approche plus nuancée, qui examine simultanément les points de continuité et de rupture. Aristote s'oppose à Platon sur des questions ontologiques fondamentales, tout en demeurant tributaire de l'héritage académicien. Comme il l'écrit lui-même : « Une recherche de ce genre est rendue difficile du fait que ce sont des amis qui ont introduit la doctrine des Idées. Mais on admettra peut-être qu'il est préférable, et c'est aussi pour nous une obligation, si nous voulons du moins sauvegarder la vérité, de sacrifier même nos sentiments personnels »<ref>Aristote, ''Éthique à Nicomaque'', I, 4, 1096a11-17, trad. J. Tricot, op. cit., p. 44.</ref>.
=== La critique aristotélicienne des Idées platoniciennes ===
==== Le rejet de la séparation (''chôrismos'') ====
L'un des points de rupture entre Aristote et Platon concerne le statut ontologique des Idées ou Formes (''eidos''). Pour Platon, les Idées constituent un monde intelligible séparé (''chôristos'') du monde sensible. Elles sont immuables, éternelles, et possèdent une existence autonome et transcendante. Les choses sensibles ne sont que des copies imparfaites qui participent (''methexis'') aux Idées ou les imitent (''mimêsis'')<ref>Platon, ''Phédon'', 74a-75d, 100c-102a ; ''République'', VI, 509d-511e, trad. É. Chambry, Paris, Les Belles Lettres, 1932-1934.</ref>. Dans le ''Phédon'', Platon affirme ainsi que « rien d'autre ne rend belle une chose que la présence ou la communion (on ne sait comment elle se fait) avec le Beau en soi »<ref>Platon, ''Phédon'', 100d, trad. M. Dixsaut, Paris, Flammarion, 1991, p. 315.</ref>.
Aristote refuse cette séparation des Idées. Dans la ''Métaphysique'', il consacre plusieurs chapitres à une critique systématique de la théorie platonicienne<ref>Aristote, ''Métaphysique'', A, 6, 987a29-988a17 ; A, 9, 990a34-993a10 ; M, 4-5, 1078b7-1080a11 ; N, 2, 1088b35-1090a2.</ref>. Ses objections portent sur trois points principaux<ref>Pour une analyse détaillée de ces critiques, voir Vasilis Politis, ''Routledge Philosophy GuideBook to Aristotle and the Metaphysics'', Londres-New York, Routledge, 2004, chap. 3-4.</ref>.
Premièrement, l'inutilité explicative des Idées séparées. Aristote soutient que les Idées ne peuvent rendre compte ni de l'existence ni du devenir des choses sensibles : « Dire que les Idées sont des paradigmes et que les autres choses y participent, c'est prononcer des mots vides et faire des métaphores poétiques »<ref>Aristote, ''Métaphysique'', A, 9, 991a20-22, trad. J. Tricot, Paris, Vrin, 1953, t. I, p. 61.</ref>. Les Idées platoniciennes, étant immobiles et éternelles, ne peuvent expliquer le mouvement et le changement observés. Selon Aristote, Platon n'a pas identifié la cause efficiente (''archê tês kinêseôs'')<ref>Aristote, ''Métaphysique'', A, 9, 992a24-29.</ref>.
Deuxièmement, l'argument du « Troisième Homme ». Aristote reprend ici une objection déjà formulée dans le ''Parménide'' de Platon lui-même<ref>Platon, ''Parménide'', 132a-b.</ref>. Si l'on postule une Idée séparée de l'Homme pour expliquer ce que plusieurs hommes ont en commun, alors on doit également postuler une troisième Idée pour expliquer ce que l'Idée de l'Homme et les hommes particuliers ont en commun, et ainsi à l'infini<ref>Aristote, ''Métaphysique'', A, 9, 990b15-17 ; Z, 13, 1039a2-3 ; ''De la Sophistique'', 22, 178b36-179a10.</ref>.
Troisièmement, le dédoublement inutile du monde. Postuler un monde intelligible d'Idées séparées revient, selon Aristote, à « doubler les difficultés » sans les résoudre<ref>Aristote, ''Métaphysique'', A, 9, 990b1-4.</ref>. « Les Platoniciens font exister autant de substances séparées qu'il y a de choses naturelles, comme si quelqu'un, voulant compter des objets, estimait qu'il ne le pourrait pas quand ils sont en petit nombre, et croyait y parvenir en les multipliant »<ref>Aristote, ''Métaphysique'', A, 9, 990b4-8, trad. J. Tricot, op. cit., p. 60.</ref>.
==== L'hylémorphisme aristotélicien ====
À la théorie platonicienne de la participation, Aristote oppose la théorie hylémorphique. Selon cette conception, les êtres sensibles ne sont pas des copies imparfaites d'Idées transcendantes, mais des composés (''sunolon'') de matière (''hulê'') et de forme (''morphê'' ou ''eidos'')<ref>Aristote, ''Métaphysique'', Z, 3, 1029a1-7 ; H, 1-3, 1042a24-1043b23 ; ''Physique'', II, 1-2, 192b8-194a12.</ref>.
La forme aristotélicienne n'est pas séparée des choses sensibles : elle est immanente à la matière qu'elle informe. La forme du cheval n'existe pas dans un monde intelligible séparé, mais uniquement dans les chevaux individuels concrets. La forme est ce qui fait qu'une chose est ce qu'elle est, son essence (''to ti ên einai'')<ref>Aristote, ''Métaphysique'', Z, 4-6, 1029b13-1031b14 ; Z, 7, 1032b1-2.</ref>. « Par forme, j'entends l'essence de chaque chose et sa substance première »<ref>Aristote, ''Métaphysique'', Z, 7, 1032b1-2, trad. J. Tricot, op. cit., t. I, p. 372.</ref>.
Cette conception hylémorphique permet de répondre à plusieurs problèmes posés par la théorie platonicienne. Elle explique le devenir : la génération d'une substance est le passage de la puissance (''dunamis'') à l'acte (''energeia''), l'actualisation d'une forme dans une matière. Elle sauvegarde l'individualité des substances premières, c'est-à-dire des individus concrets (''tode ti'')<ref>Aristote, ''Catégories'', 5, 2a11-19 ; ''Métaphysique'', Z, 13, 1038b23-1039a3.</ref>. Elle unifie enfin forme et finalité : la forme est à la fois cause formelle et cause finale, ce vers quoi tend le développement naturel de la chose<ref>Aristote, ''Physique'', II, 1, 193b12-13 ; II, 7, 198a24-27.</ref>.
=== La critique de la participation et de l'imitation ===
Platon utilise principalement deux concepts pour expliquer la relation entre les choses sensibles et les Idées : la participation (''methexis'') et l'imitation (''mimêsis''). Aristote critique ces notions, qu'il juge métaphoriques et non explicatives<ref>Aristote, ''Métaphysique'', A, 9, 991a20-22 ; M, 5, 1079b24-26.</ref>.
La notion de participation pose des problèmes conceptuels que Platon lui-même a identifiés dans le ''Parménide''<ref>Platon, ''Parménide'', 130e-134e.</ref>. Si l'Idée tout entière est présente en chaque chose qui y participe, alors l'Idée se trouve séparée d'elle-même. Mais si c'est seulement une partie de l'Idée qui est présente en chaque chose, alors l'Idée se divise<ref>Platon, ''Parménide'', 131a-e.</ref>.
Selon Aristote, Platon n'a pas résolu ces difficultés : « Dire que les Idées sont des paradigmes et que les autres choses y participent, c'est ne rien dire, car participer, qu'est-ce que c'est ? »<ref>Aristote, ''Métaphysique'', A, 9, 991a20-21.</ref>. Pour Aristote, « ce que les Pythagoriciens appelaient "imitation", les Platoniciens l'ont appelé "participation", mais tous se bornent à changer le nom sans expliquer ce que peut bien être cette participation ou cette imitation des Idées »<ref>Aristote, ''Métaphysique'', A, 6, 987b10-13, trad. J. Tricot, op. cit., t. I, p. 49.</ref>.
Pour Aristote, la ressemblance entre les individus d'une même espèce s'explique par la possession d'une même forme immanente, transmise dans la génération naturelle : « L'homme engendre l'homme » (''anthrôpos anthrôpon genna'')<ref>Aristote, ''Métaphysique'', Z, 7, 1032a25 ; Z, 8, 1033b32-1034a2 ; Λ, 3, 1070a8.</ref>. Trois facteurs interviennent dans la génération : la matière (fournie par la femelle, selon Aristote), la forme (transmise par le mâle) et la privation (l'absence initiale de la forme dans la matière)<ref>Aristote, ''Physique'', I, 7, 190b10-191a7 ; ''De la Génération des Animaux'', I, 20-21, 729a9-730a32. Cette doctrine de la « contribution » respective des sexes reflète des préjugés de l'époque qu'il importe de signaler ; voir, pour une mise au point critique, Sophia M. Connell (éd.), ''The Cambridge Companion to Aristotle's Biology'', Cambridge, Cambridge University Press, 2021.</ref>.
=== Substance, essence et ''ousia'' ===
Le terme grec ''ousia'', traduit en latin par ''substantia'' ou ''essentia'', possède des significations différentes chez Platon et Aristote. Comme le note Pellegrin, ''ousia'' est en fait « difficile à traduire, car le terme représente, chez Aristote, trois choses différentes : la forme, la matière, et le composé des deux »<ref>Pierre Pellegrin, ''Dictionnaire Aristote'', op. cit., article « Ousia / Substance », p. 175-176, citant ''Métaphysique'', Z, 3, 1029a27-33.</ref>.
Chez Platon, l{{'}}''ousia'' désigne principalement l'Idée, la réalité véritable, immuable et éternelle, par opposition aux choses sensibles<ref>Platon, ''Phédon'', 78c-d ; ''République'', V, 477a-478e ; VI, 484b-486d.</ref>. Chez Aristote, l{{'}}''ousia'' désigne avant tout, dans les ''Catégories'', la substance première : l'individu concret qui existe par lui-même<ref>Aristote, ''Catégories'', 5, 2a11-19 ; ''Métaphysique'', Z, 3, 1028b33-1029a7.</ref>. Aristote distingue alors la substance première de la substance seconde, qui désigne l'espèce ou le genre auquel appartient l'individu<ref>Aristote, ''Catégories'', 5, 2a14-17.</ref>.
Le rapport entre cette doctrine des ''Catégories'' et la théorie de la substance développée dans les livres centraux de la ''Métaphysique'' (Z, H, Θ) est l'un des points les plus discutés de l'aristotélisme contemporain. Annick Jaulin souligne que la « doctrine » aristotélicienne de la substance n'est pas une donnée stabilisée mais l'objet d'une recherche : Aristote « invente une théorie de la forme qui intègre le mouvement »<ref>Annick Jaulin, ''Aristote. La métaphysique'', op. cit., Introduction.</ref>. Dans la ''Métaphysique'', la forme (''eidos'') apparaît comme le meilleur candidat au titre de substance, mais cette identification soulève à son tour la question de l'unité du composé hylémorphique<ref>Pour un panorama des débats, voir Christof Rapp et Klaus Corcilius (dir.), ''Aristoteles-Handbuch'', Stuttgart, Metzler, 2011, chap. IV.18 ; Vasilis Politis, ''Routledge Philosophy GuideBook to Aristotle and the Metaphysics'', op. cit., chap. 5-7.</ref>. Comme le résume Pellegrin, « ''ousia'' signifie donc la chose (la substance) et ses causes internes, la matière et la forme ; la forme est ce qui correspond à l'essence »<ref>Pierre Pellegrin, ''Dictionnaire Aristote'', op. cit., p. 176.</ref>.
=== Éléments de continuité entre Platon et Aristote ===
Au-delà des divergences ontologiques, Platon et Aristote partagent plusieurs convictions communes. La première est la primauté de la forme sur la matière dans l'ordre de l'intelligibilité, de la réalité et de la perfection. Pour Platon comme pour Aristote, la matière pure, prise en elle-même, est indéterminée<ref>Platon, ''Timée'', 49a-52d ; Aristote, ''Métaphysique'', Z, 10, 1036a8-9.</ref>.
La deuxième est la finalité dans la nature. Platon présente le cosmos comme l'œuvre d'un Démiurge qui organise la matière en regardant vers les Idées<ref>Platon, ''Timée'', 28a-30c.</ref>. Aristote intériorise et naturalise cette téléologie : la nature elle-même agit en vue d'une fin (''hê phusis heneka tou poiei''), sans qu'il soit besoin de postuler un Démiurge extérieur ou des Idées transcendantes<ref>Aristote, ''Physique'', II, 8, 198b10-199a8 ; ''Des Parties des Animaux'', I, 1, 639b14-640a9. Pour une discussion détaillée de la téléologie aristotélicienne, voir Allan Gotthelf, ''Teleology, First Principles, and Scientific Method in Aristotle's Biology'', Oxford, Oxford University Press, 2012 ; James G. Lennox, ''Aristotle's Philosophy of Biology'', Cambridge, Cambridge University Press, 2001.</ref>.
La troisième est la connaissance par les causes : pour les deux philosophes, la véritable connaissance scientifique consiste à connaître les causes (''aitiai'') des choses<ref>Platon, ''Phédon'', 96a-99d ; Aristote, ''Physique'', II, 3, 194b16-195b30 ; ''Seconds Analytiques'', I, 13, 78a22-b4.</ref>. Aristote reproche cependant à Platon d'avoir négligé la cause efficiente et la cause finale<ref>Aristote, ''Métaphysique'', A, 6, 988a8-17 ; A, 9, 992a24-29 ; Λ, 10, 1075b37-1076a4.</ref>.
La quatrième concerne la définition et l'universel. Platon et Aristote s'accordent sur le fait que la définition (''horismos'' ou ''logos'') porte sur l'universel et non sur le particulier<ref>Platon, ''Théétète'', 201c-210b ; Aristote, ''Métaphysique'', Z, 15, 1039b27-1040a7.</ref>. Mais Aristote opère une distinction fondamentale entre l'ordre de l'être (où le particulier est premier) et l'ordre de la connaissance (où l'universel est premier)<ref>Aristote, ''Métaphysique'', Z, 13, 1038b8-16 ; ''Seconds Analytiques'', I, 2, 71b33-72a5.</ref>.
=== La dialectique et le rôle de l'expérience sensible ===
Platon et Aristote sont tous deux héritiers de la méthode dialectique inaugurée par Socrate, qui consiste à examiner les opinions par le dialogue argumenté<ref>Platon, ''République'', VII, 533c-534e ; Aristote, ''Topiques'', I, 1-2, 100a18-101b4.</ref>. Aristote conserve cette approche : il commence presque toujours par recenser les opinions des prédécesseurs (''doxographia''), examine les difficultés (''aporiai''), avant de proposer sa propre solution<ref>Aristote, ''Éthique à Nicomaque'', VII, 1, 1145b2-7.</ref>. Cependant, pour Aristote, la dialectique est un outil préparatoire et non une science apodictique<ref>Aristote, ''Topiques'', I, 2, 101a25-b4 ; ''Métaphysique'', Γ, 2, 1004b17-26.</ref>.
Une divergence importante porte sur le rôle de l'expérience sensible. Pour Platon, les sens nous maintiennent dans l'opinion (''doxa'')<ref>Platon, ''Phédon'', 66b ; ''République'', VII, 514a-517c.</ref>. Aristote accorde au contraire une place fondamentale à l'expérience sensible : la science porte sur l'universel, mais cet universel est abstrait à partir des données sensibles par un processus d'induction (''epagôgê'')<ref>Aristote, ''Seconds Analytiques'', II, 19, 100b3-5, trad. J. Tricot, Paris, Vrin, 1947, p. 242 ; ''De l'Âme'', III, 8, 432a3-10.</ref>.
=== Bilan : continuité et rupture ===
Une partie de l'historiographie contemporaine décrit l'aristotélisme comme une reformulation immanentiste des problèmes hérités du platonisme : la forme « descend » du ciel des Idées pour s'incarner dans les choses, le Bien se réalise dans l'accomplissement de la nature propre de chaque être, la philosophie reconnaît que seuls existent les individus concrets dans lesquels l'universel se réalise. Cette caractérisation, parfois résumée par l'expression « naturalisation du platonisme », demeure toutefois une thèse interprétative dont la portée varie selon les commentateurs ; elle ne fait pas consensus dans la recherche universitaire et doit être attribuée à des travaux secondaires précis<ref>Cette interprétation est défendue notamment par certains chercheurs proches de la tradition de Pierre Aubenque ; voir ''Le problème de l'être chez Aristote'', Paris, PUF, 1962. D'autres travaux, notamment Annick Jaulin, ''Aristote. La métaphysique'', op. cit., insistent au contraire sur l'originalité radicale de la démarche aristotélicienne et son enracinement dans la tradition des penseurs de la nature, plus que dans une « naturalisation » du platonisme.</ref>.
Plus généralement, la querelle entre Platon et Aristote est l'une des plus discutées de l'histoire de la métaphysique occidentale. La tradition philosophique ultérieure n'a jamais tranché définitivement, oscillant entre tentatives de conciliation (néoplatoniciens, Thomas d'Aquin) et radicalisations de l'opposition (nominalistes médiévaux, empiristes modernes).
== La logique : l’''Organon''==
===Présentation générale===
L’''Organon'' désigne le groupe des six traités logiques d’Aristote : les ''Catégories'', le ''De interpretatione'' (ou ''Peri hermeneias''), les ''Premiers Analytiques'', les ''Seconds Analytiques'', les ''Topiques'' et les ''Réfutations sophistiques''. Ces ouvrages couvrent l’étude des termes simples, celle des propositions, la théorie générale du syllogisme, la théorie de la science démonstrative, l’art de la dialectique et la critique des raisonnements fallacieux. Ils ont fourni à la pensée occidentale, pendant deux millénaires, le cadre dominant pour analyser les conditions du raisonnement valide, l’architecture du savoir scientifique et les règles du débat rationnel.
L’importance historique de l’ensemble est grande. C’est dans ces traités qu’Aristote dégage pour la première fois la notion de syllogisme, distingue formellement la validité d’un raisonnement de la vérité de ses prémisses, élabore les instruments logiques liés à la contradiction, au tiers exclu et à la bivalence, et propose une théorie de l’explication scientifique fondée sur la connaissance des causes. La défense philosophique du principe de non-contradiction se trouve, elle, surtout dans la ''Métaphysique'' (livre Γ), et non dans l’''Organon'' lui-même. La syllogistique aristotélicienne a été enseignée dans les écoles et les universités jusqu’au XIX{{e}} siècle, et ses concepts continuent de nourrir des débats contemporains en philosophie de la logique, en métaphysique modale et en philosophie des sciences.
L’unité de l’ensemble est cependant problématique. Aristote n’a jamais composé un ouvrage intitulé ''Organon'' ; le terme et le regroupement sont des opérations éditoriales tardives, attribuées à la tradition péripatéticienne et notamment à Andronicos de Rhodes au I{{er}} siècle avant notre ère. L’ordre traditionnel des traités, qui place la théorie de la science démonstrative au cœur du dispositif, traduit un choix interprétatif qui n’est probablement pas celui d’Aristote lui-même : la recherche contemporaine tend à attribuer aux ''Topiques'' une ancienneté relative et à voir dans la syllogistique formelle un développement plus tardif. Lire la logique aristotélicienne demande donc de tenir compte simultanément de la lettre des traités, de la tradition exégétique qui les a reçus et organisés, et des hypothèses de la recherche actuelle qui en renouvelle les enjeux.
===Architecture et destinée de l’''Organon''===
====Le titre « ''Organon'' » : une création tardive====
Le terme grec ''organon'' signifie « instrument », « outil ». La désignation des six traités logiques sous ce titre commun obéit à une tradition qui ne remonte pas, semble-t-il, à Aristote lui-même.<ref>Pellegrin, P., « Introduction générale à l’''Organon'' », dans Aristote, ''Catégories'' / ''Sur l’interprétation'', GF Flammarion, 2007, p. 7-50.</ref> Pierre Pellegrin rappelle, dans son introduction générale à l’''Organon'' paru chez Flammarion, que « "logique", "instrument" sont des termes qu’Aristote emploie en leurs acceptions ordinaires », et non au sens technique que leur ont donné les commentateurs néo-platoniciens. Quand le biologiste Aristote parle d’''organon'', il pense d’abord à l’organe corporel et accessoirement à l’instrument artificiel ; c’est avec la lecture stoïcienne et péripatéticienne que cet « instrument » devient l’instrument ''par excellence'' de la philosophie, c’est-à-dire la logique.
L’enjeu de cette précision dépasse l’érudition. Si la qualification de « logique » et le regroupement des six traités sous l’étiquette « Organon » sont des opérations posthumes, l’ordre traditionnel dans lequel on lit aujourd’hui ces textes (''Catégories'', ''De interpretatione'', ''Premiers Analytiques'', ''Seconds Analytiques'', ''Topiques'', ''Réfutations sophistiques'') n’a rien d’évident ni de nécessaire. Cet ordre s’impose à partir du IV{{e}} siècle de notre ère, et il porte la marque d’un choix interprétatif fondamental.
====L’intervention d’Andronicos de Rhodes====
Vers le milieu du I{{er}} siècle avant notre ère, Andronicos de Rhodes entreprend une édition systématique du corpus aristotélicien à laquelle nous devons en grande partie le texte que nous possédons aujourd’hui. Selon une lecture défendue notamment par Pellegrin et Brunschwig, et qui doit être présentée comme une interprétation forte plutôt que comme un fait définitivement établi, l’intervention d’Andronicos aurait avant tout consisté à réduire la part de la dialectique au profit de celle de l’analytique.<ref>Voir Pellegrin, P., « Introduction générale à l’''Organon'' », dans Aristote, ''Catégories'' / ''Sur l’interprétation'', GF Flammarion, 2007, p. 26-44 ; Brunschwig, J., introduction à Aristote, ''Topiques'' (livres I-IV), Les Belles Lettres, 1967, rééd. 2007, p. XXXIII-XLVIII.</ref> Pellegrin résume ainsi ce travail : la « logique » d’Aristote, qu’il n’appelait peut-être pas ainsi mais qui reçut très rapidement ce nom sous l’influence de la division stoïcienne de la philosophie, était avant Andronicos principalement un ensemble de traités consacrés à des activités dialectiques et notamment réfutatives.
Cette réorganisation, si on l’admet, a des conséquences théoriques importantes. En plaçant les ''Seconds Analytiques'' (la théorie du syllogisme scientifique) au centre de gravité de l’''Organon'', Andronicos oriente la lecture de la logique aristotélicienne vers une épistémologie de la science démonstrative à laquelle tous les autres traités servent de propédeutique. Les ''Catégories'' préparent à l’étude des termes, le ''De interpretatione'' à celle des propositions, les ''Premiers Analytiques'' à l’analyse formelle du syllogisme en général ; les ''Topiques'' et les ''Réfutations sophistiques'' apparaissent comme un appendice consacré aux formes secondaires du raisonnement (raisonnements à partir de prémisses simplement probables, raisonnements fallacieux). Or, comme l’a soutenu Brunschwig dans son édition des ''Topiques'', il est très probable que la chronologie de la composition aristotélicienne aille en partie dans le sens inverse : les ''Topiques'' seraient un traité ancien, écrit du temps où Aristote était encore membre de l’Académie platonicienne, et la syllogistique formelle des ''Premiers Analytiques'' représenterait un développement théorique postérieur, élaboré à partir des problèmes rencontrés dans la pratique dialectique. Pellegrin écrit, en synthétisant cette hypothèse : « Le syllogisme scientifique serait alors une forme particulière du syllogisme en général qui aurait des contraintes supplémentaires, au moins au nombre de deux : avoir des prémisses vraies, antérieures à la conclusion et plus connues qu’elle, et donner dans le moyen terme la cause de la conclusion. »
Si cette hypothèse est correcte, ce que nous appelons la « logique aristotélicienne » serait, dans son projet originel, une codification de l’affrontement dialectique, c’est-à-dire d’une pratique d’argumentation entre un ''questionneur'' et un ''répondant'' ; la théorie du syllogisme scientifique en constituerait une spécification ultérieure. Comme l’écrit Brunschwig, cité par Pellegrin, le questionneur dialectique « doit construire une argumentation formellement contraignante, ayant pour prémisses des propositions auxquelles le répondant ne puisse refuser son assentiment, et pour conclusion la proposition contradictoire de celle que soutient le répondant. » Toute la logique aristotélicienne, dans cette perspective, naîtrait du souci de codifier cet exercice argumentatif et de distinguer les bons arguments des mauvais.
====Logique : partie de la philosophie ou instrument ?====
Une question agitée dès l’Antiquité, et sur laquelle Aristote lui-même ne se prononce jamais explicitement, est celle du statut de la logique. Est-elle une ''partie'' de la philosophie, comme le soutiendront les Stoïciens (qui distinguent éthique, physique et logique), ou en est-elle un ''instrument'' (organon), c’est-à-dire un outil méthodologique préalable à toute investigation philosophique ? La tradition péripatéticienne, et notamment Alexandre d’Aphrodise, défend la seconde thèse : la logique n’est pas une science indépendante avec son propre objet, mais une discipline formelle qui prépare à l’étude de tout objet. Cette conception coïncide avec le statut subordonné qu’Aristote accorde lui-même à l’analyse logique : la logique étudie les ''formes'' du raisonnement valide, indépendamment du ''contenu'' particulier des propositions.
Cette caractérisation appelle une nuance. La logique aristotélicienne n’est pas purement formelle au sens contemporain du terme. Comme l’a montré Paolo Crivelli, « bien qu’on puisse créditer Aristote de la thèse selon laquelle la logique est formelle, la manière dont elle est formelle pour lui diffère de celle dont elle l’est pour beaucoup de philosophes et logiciens modernes ».<ref>Crivelli, P., « Truth and Formal Validity in the Prior Analytics », dans A. P. Mesquita et R. Santos (dir.), ''New Essays on Aristotle’s Organon'', Routledge, 2024, chap. 4.</ref> La forme du raisonnement, chez Aristote, n’est pas une pure structure syntaxique substituable à n’importe quelle matière : elle implique des relations sémantiques entre les termes, des relations qui présupposent une certaine ontologie. La logique aristotélicienne est traversée, du début à la fin, par des questions qui, du point de vue moderne, relèvent plutôt de la sémantique, de l’ontologie et de la métaphysique.
====Ce qu’il faut retenir====
L’''Organon'' n’est pas un livre composé par Aristote mais un regroupement éditorial dû à la tradition péripatéticienne. L’ordre traditionnel des traités traduit une lecture orientée vers la science démonstrative, contre laquelle la recherche contemporaine (Brunschwig, Pellegrin) propose une hypothèse alternative selon laquelle la dialectique des ''Topiques'' serait antérieure et la syllogistique formelle un développement postérieur. La logique aristotélicienne se présente comme un instrument plutôt qu’une partie de la philosophie, mais elle reste, dans son fonctionnement même, traversée par des questions sémantiques et ontologiques.
===Chapitre I. ''Les Catégories'' : les genres suprêmes de l’être===
====Le titre, l’objet et l’authenticité du traité====
Le traité que la tradition désigne sous le titre de ''Catégories'' (en grec ''Katêgoriai'', plus rarement ''Pro tôn topôn'', « Préliminaire aux ''Topiques'' ») se présente comme une œuvre brève, divisée en deux parties hétérogènes.<ref>Sur le titre ''Pro tôn topôn'' et son sens, voir Bodéüs, R., introduction à Aristote, ''Catégories'', Les Belles Lettres, 2002.</ref> La première (chapitres 1 à 9) traite des « antéprédicaments » (homonymes, synonymes, paronymes ; choses dites avec ou sans combinaison) puis des dix catégories proprement dites, avec une attention particulière portée à la substance, à la quantité, à la relation et à la qualité. La seconde partie (chapitres 10 à 15), appelée « post-prédicaments », traite de notions plus diverses : les opposés, l’antériorité, la simultanéité, le mouvement et les sens du verbe « avoir ». L’authenticité de cette seconde partie a été contestée dès Andronicos, et elle continue de l’être.
L’authenticité même de la première partie a été discutée dès l’Antiquité. Pellegrin, à la fin de son introduction au traité, conclut prudemment que le fait, indéniable, que la philosophie d’Aristote serait inintelligible sans la doctrine des catégories n’établit nullement l’authenticité du traité éponyme.<ref>Pellegrin, P., « Présentation des ''Catégories'' », dans Aristote, ''Catégories'' / ''Sur l’interprétation'', GF Flammarion, 2007, p. 67-92, ici p. 90-92.</ref> Que la doctrine soit aristotélicienne, et qu’elle soit centrale pour l’aristotélisme, est indubitable ; mais cela ne prouve pas que ce traité particulier ait été composé par Aristote en personne. Il pourrait s’agir d’un manuel péripatéticien tardif fidèle à la pensée du maître. Pour notre propos, peu importe : nous nous attacherons à exposer la doctrine telle qu’elle se présente dans le texte canonique.
====Les antéprédicaments : homonymes, synonymes, paronymes====
Le traité s’ouvre sur trois définitions qui paraissent, au premier abord, purement linguistiques mais qui ont en réalité une portée ontologique réelle.
Sont dits homonymes, écrit Aristote, « les objets dont le nom seul est commun, alors que l’énonciation correspondant à ce nom est différente ».<ref>Aristote, ''Catégories'' 1, 1a1-2.</ref> L’exemple canonique est celui du mot grec ''zôion'', qui désigne aussi bien l’animal vivant que la figure peinte ou dessinée (le peintre, en grec, se dit ''zôgraphos'', de ''graphein'' qui peut signifier écrire, tracer, dessiner ou peindre). Un homme et la représentation peinte d’un homme reçoivent l’un et l’autre le nom ''zôion'', mais la définition de ce qu’est, pour chacun, « être un ''zôion'' » est radicalement différente : pour l’homme, ''zôion'' signifie « être animé doué de sensation » ; pour la peinture, ''zôion'' signifie « figure représentée sur une surface ». L’homonymie n’est donc pas seulement un fait linguistique : elle révèle que ce qui partage un même nom peut relever d’essences entièrement distinctes.
Sont dits synonymes au contraire « les objets dont le nom est commun, et pour lesquels l’énonciation correspondant à ce nom est la même ».<ref>Aristote, ''Catégories'' 1, 1a6-12.</ref> Un homme et un bœuf sont tous deux « animal », et l’énonciation de ce que c’est, pour eux, qu’être animal (vivant doué de sensation) est identique. L’usage aristotélicien de ''sunônumon'' est donc presque l’inverse du nôtre : la synonymie ne désigne pas deux mots qui ont le même sens, mais deux objets qui appartiennent à la même espèce ou au même genre.
Sont dits enfin paronymes « les objets qui tiennent leur appellation d’un certain objet, alors qu’ils en diffèrent par la dérivation » : ''grammatikos'' (le lettré) tient son nom de ''grammatikê'' (le savoir-lire), ''andreios'' (le courageux) tient son nom de ''andreia'' (le courage).<ref>Aristote, ''Catégories'' 1, 1a12-15.</ref> Le paronyme partage la racine du nom de la qualité dont il est porteur, mais il s’en distingue par sa flexion morphologique.
Ces trois catégories ne sont pas de simples préliminaires : elles structurent toute la suite du traité. L’homonymie permettra de distinguer entre des emplois irréductibles d’un même mot ; la synonymie sera invoquée pour caractériser le rapport entre la substance première et la substance seconde ; la paronymie permettra de comprendre comment des qualités donnent lieu à des qualifications. La question de l’« unité de l’être », sur laquelle nous reviendrons, prend également racine dans cette opposition entre homonymie et synonymie : si l’être est dit en plusieurs sens, est-il homonyme purement et simplement, ou s’agit-il d’une ''homonymie focale'' (selon la terminologie introduite par G.E.L. Owen) où plusieurs sens se rapportent à un sens premier ?
====Termes dits avec et sans combinaison ; les quatre classes d’étants====
Au chapitre 2, Aristote introduit deux distinctions importantes. La première oppose ce qui « est dit selon une combinaison » (par exemple « un homme court », « un homme gagne ») à ce qui « est dit sans combinaison » (par exemple « homme », « bœuf », « court », « gagne »). Cette distinction prépare l’analyse des catégories qui, comme termes simples, sont précisément ce qui est dit ''sans combinaison''. L’analyse des combinaisons (c’est-à-dire des propositions) sera réservée au ''De interpretatione''.
La seconde distinction est plus subtile et constitue l’épine dorsale de la doctrine ontologique du traité. Aristote distingue, parmi les étants, ceux qui « se disent d’un sujet » et ceux qui « sont dans un sujet ».<ref>Aristote, ''Catégories'' 2, 1a20-1b9.</ref> Il en résulte quatre classes :
(1) Ce qui se dit d’un sujet ''et'' est dans un sujet : par exemple le ''savoir'' (en général), qui se dit d’un sujet (par exemple le savoir-lire dont il est le genre) et qui est dans l’âme (sujet d’inhérence). Ce sont les universels non substantiels.
(2) Ce qui se dit d’un sujet mais n’est dans aucun sujet : par exemple l’''homme'' en tant qu’espèce, qui se dit de tel homme particulier (Socrate) mais n’est pas une qualité ou un accident ''inhérent'' à un substrat. Ce sont les universels substantiels.
(3) Ce qui est dans un sujet mais ne se dit d’aucun sujet : par exemple ''tel savoir-lire particulier'' qui réside dans une âme particulière, ou ''tel blanc particulier'' présent dans un corps particulier. Ce sont les individus accidentels (parfois appelés « tropes » dans la philosophie analytique contemporaine).
(4) Ce qui ne se dit d’aucun sujet et n’est dans aucun sujet : c’est ''Socrate'', ''tel cheval'', ''tel arbre'', les substances premières au sens strict.
La distinction fondamentale est ici celle entre prédication (« se dire de ») et inhérence (« être dans »). La prédication transporte avec elle la définition : si « animal » se dit de Socrate, alors la définition d’« animal » s’applique à Socrate (Socrate est un être animé doué de sensation). L’inhérence, en revanche, ne transporte pas la définition : « blanc » est dans Socrate, mais Socrate n’est pas la définition de « blanc ». Cette différence est centrale pour comprendre comment les genres et les espèces sont des « substances secondes » alors que la couleur ou la qualité ne le sont pas.
====Les dix catégories : une liste, deux interprétations====
Le chapitre 4 livre la liste canonique des dix « genres suprêmes ». Aristote écrit que « chacun des termes qui sont dits sans aucune combinaison indique soit une substance (''ousia''), soit une certaine quantité (''poson''), soit une certaine qualité (''poion''), soit un rapport à quelque chose (''pros ti''), soit quelque part (''pou''), soit un certain moment (''pote''), soit être dans une position (''keisthai''), soit posséder (''echein''), soit faire (''poiein''), soit subir (''paschein'') ».<ref>Aristote, ''Catégories'' 4, 1b25-27.</ref> Les exemples qu’il donne sont volontairement concrets : un homme, un cheval (substance) ; long de deux coudées, long de trois coudées (quantité) ; blanc, instruit (qualité) ; double, moitié (relation) ; au Lycée, sur l’Agora (lieu) ; hier, l’an dernier (temps) ; couché, assis (position) ; chaussé, armé (possession) ; couper, brûler (action) ; être coupé, être brûlé (passion).
Cette liste a posé, dès l’Antiquité, deux types de problèmes. Premièrement, elle n’est pas systématiquement reprise par Aristote : dans plusieurs autres traités, on trouve des listes plus courtes (à huit ou six catégories), et Aristote ne fournit nulle part une justification rigoureuse du nombre dix. Deuxièmement, son objet même est contesté : s’agit-il de divisions du langage, de divisions de la pensée, ou de divisions de la réalité ?
Pellegrin rappelle dans son introduction la pluralité des interprétations historiques. Friedrich Trendelenburg, au XIX{{e}} siècle, a soutenu une interprétation grammaticale : les catégories correspondraient aux parties du discours grec, les quatre premières (substance, quantité, qualité, relation) aux noms et adjectifs, les quatre dernières (action, passion, position, possession) aux verbes, les deux intermédiaires (lieu, temps) aux adverbes. Cette lecture a l’avantage de réduire l’apparent désordre de la liste, mais elle a été critiquée par Émile Benveniste qui a objecté que la grammaire grecque ne propose pas exactement cette division. Une lecture ontologique, au contraire, voit dans les catégories les genres suprêmes de l’étant : Franz Brentano, dans sa thèse de 1862 ''Von der mannigfachen Bedeutung des Seienden nach Aristoteles'' (''De la diversité des acceptions de l’être d’après Aristote''), en a donné l’exposition la plus achevée. Mais cette lecture, comme le note Pellegrin, peine à expliquer le rapport étroit entre catégories et prédication.
La solution la plus juste consiste sans doute à reconnaître, avec Pellegrin, que les catégories sont à l’intersection d’une analyse logique du discours et d’une décomposition ontologique de la réalité. Elles sont à la fois des types de prédication et des genres de l’être : la double dimension est constitutive de la doctrine, et toute tentative de réduire l’une à l’autre manque l’originalité du projet aristotélicien.
Un éclairage supplémentaire vient des ''Topiques'' (I, 9), où Aristote distingue ce que ''katègoria'' peut désigner : tantôt les dix « catégories » (ce que c’est, qualité, quantité, etc.), tantôt les quatre prédicables (accident, genre, propre, définition), tantôt encore les catégories que l’on signifie quand on signifie une essence. Comme l’explique Pellegrin, quand on dit d’un homme particulier qu’il est un homme, on lui donne comme prédicat essentiel une substance ; quand on dit de telle couleur blanche qu’elle est du blanc, on lui donne comme prédicat essentiel une qualité. La doctrine des catégories articule indissociablement une typologie des relations prédicatives et une typologie des genres d’être : elle est au croisement de la logique et de la métaphysique.
====La substance première et la substance seconde====
Parmi les dix catégories, l’une occupe une position privilégiée : la substance (''ousia''). Aristote écrit, au début du chapitre 5 : « La substance est ce qui se dit proprement, premièrement et avant tout ; ce qui à la fois ne se dit pas d’un certain sujet et n’est pas dans un certain sujet ; par exemple tel homme ou tel cheval ».<ref>Aristote, ''Catégories'' 5, 2a11-14.</ref> La substance première est donc l’individu concret, ce que la tradition appellera plus tard ''tode ti'', « ceci », « ce quelque chose-ci ». Elle se distingue par une double caractéristique négative : elle n’est ni dite d’un sujet (elle n’est pas un prédicat) ni dans un sujet (elle n’est pas une qualité ou un accident inhérent à un substrat).
Cette définition a une conséquence ontologique importante : sans les substances premières, rien d’autre ne pourrait exister. « Tous les autres termes, ou bien se disent de sujets qui sont les substances premières, ou bien sont dans des sujets qui sont ces mêmes substances ».<ref>Aristote, ''Catégories'' 5, 2a34-2b6.</ref> Si l’on supprime les hommes et les chevaux particuliers, on supprime du même coup l’espèce « homme » et l’espèce « cheval », qui se disent d’eux ; on supprime également les couleurs, les qualités, les actions, qui sont dans eux. La substance première est le substrat ultime (''hypokeimenon''), ce dont tout se dit mais qui n’est dit de rien d’autre.<ref>Cf. Aristote, ''Métaphysique'' Z, 3, 1028b36-37.</ref>
Mais Aristote reconnaît également l’existence de substances secondes : ce sont les espèces et les genres auxquels appartiennent les substances premières. L’homme (espèce) et l’animal (genre) sont des substances secondes parce qu’ils se disent des substances premières. Aristote précise que « parmi les substances secondes, l’espèce est plus substance que le genre, car elle est plus proche de la substance première » : un homme particulier est plus immédiatement reconnu comme « un homme » que comme « un animal », et la définition d’« homme » est plus précise que celle d’« animal ».
Cette articulation entre substance première et substance seconde est l’une des thèses les plus originales du traité. D’un côté, Aristote affirme la primauté ontologique de l’individu sur l’universel, ce qui le distingue du Platon des dialogues médians, pour qui les Idées (universelles) sont plus réelles que les choses sensibles. D’un autre côté, il reconnaît à l’espèce et au genre une réalité substantielle, ce qui ne les réduit pas à de purs concepts mentaux. La synonymie y joue un rôle important : la substance et ses différences se disent de façon synonyme de la substance première, c’est-à-dire avec partage de la définition. Quand je dis que « Socrate est homme » et que « Socrate est animal », je transporte sur Socrate les définitions complètes de « homme » et d’« animal » ; ce n’est pas le cas quand je dis « Socrate est blanc », car je n’attribue pas à Socrate la définition de la blancheur (Socrate n’est pas la couleur blanche).
Il faut signaler que la doctrine de la substance présentée dans les ''Catégories'' n’est pas identique à celle que développeront les livres centraux de la ''Métaphysique'' (Z, H, Θ). Dans la ''Métaphysique'', Aristote cherche dans la forme ou l’essence (''eidos'') le principe de substantialité de l’individu : la forme n’est pas simplement identifiée à un universel au sens d’un genre ou d’une espèce ; elle est ce qui, dans l’individu lui-même, en fait ce qu’il est et le rend connaissable. Cette recherche d’un principe immanent de substantialité crée une tension avec la doctrine des ''Catégories'', qui assignait la primauté à l’individu concret comme totalité indivise. Cette tension nourrit l’un des grands débats interprétatifs de l’aristotélisme contemporain : la doctrine des ''Catégories'' est-elle une étape antérieure et moins mûre, qu’Aristote dépasse dans la ''Métaphysique'' ? Ou bien les deux doctrines coexistent-elles dans le système, chacune ayant son domaine de validité ? Bodéüs, dans son introduction de l’édition des Belles Lettres, défend une lecture compatibiliste où la substance première des ''Catégories'' (l’individu) reste première en un sens, tandis que la ''Métaphysique'' cherche, à l’intérieur de l’individu, ce qui en fait la substantialité (sa forme).
====Les propriétés caractéristiques de la substance====
Les chapitres 5 à 9 des ''Catégories'' dégagent ensuite plusieurs propriétés permettant d’identifier la substance et de la distinguer des accidents. Ces « propriétés topiques » ne visent pas à donner une définition de la substance, mais, comme le précise une note de l’édition Flammarion, à préparer le lecteur à construire et à utiliser les lieux appropriés à un type de prédication donné. Elles sont des outils dialectiques utiles dans la discussion.
Première propriété : toute substance n’est pas dans un sujet. Cette propriété ne lui est cependant pas exclusive ; les différences (''diaphorai'') ne sont pas non plus dans un sujet, sans être pour autant des substances. Aristote précise aussi que les parties des substances (la main, le pied) sont elles-mêmes des substances, contre une objection qui pourrait les considérer comme des qualités du tout.
Deuxième propriété : la substance et ses différences se disent de façon synonyme. Quand je dis que « Socrate est homme » et que « Socrate est bipède » (où « bipède » est une différence spécifique de l’homme), je transporte la définition complète de chacun de ces termes sur Socrate.
Troisième propriété : toute substance « indique un certain ceci » (''tode ti''). Cette caractéristique vaut éminemment pour les substances premières, qui sont des individus numériquement uns. Pour les substances secondes (espèce, genre), Aristote précise qu’elles désignent plutôt « une certaine sorte d’objet » (''poion ti'') : non pas un individu particulier, mais le type auquel des individus appartiennent. Les substances secondes sont substances en ce qu’elles fondent l’identité essentielle des substances premières, mais elles ne sont pas des « ceci » au même titre.
Quatrième propriété : la substance n’admet pas le plus ou le moins. On ne dit pas qu’un homme est « plus homme » qu’un autre, ni qu’un cheval est « moins cheval » : être homme ou être cheval ne souffre pas de degrés. Au contraire, les qualités admettent le plus ou le moins (un homme peut être plus blanc qu’un autre, plus instruit, plus juste).
Cinquième propriété, la plus remarquable : la substance est capable de recevoir les contraires tout en restant la même et numériquement une. Le même Socrate peut être tantôt assis, tantôt debout ; tantôt en bonne santé, tantôt malade ; tantôt joyeux, tantôt triste. Cette capacité à supporter le changement tout en demeurant identique à soi-même constitue, selon Aristote, le « caractère le plus propre » de la substance ; c’est ce qui en fait précisément le substrat (''hypokeimenon'') du devenir. Une qualité particulière ne peut pas recevoir les contraires : telle blancheur ne peut devenir noirceur (elle est remplacée par une noirceur, qui est une autre qualité). Seule la substance traverse le changement sans cesser d’être ce qu’elle est.
====L’être n’est pas un genre : l’unité problématique de l’étant====
La doctrine des catégories soulève une difficulté philosophique : si l’être se dit en plusieurs sens irréductibles (être substance, être qualité, être quantité, etc.), comment préserver l’unité de son concept ? Cette question, qu’Aristote pose dans la ''Métaphysique'' (B, 3, 998b22), reçoit une réponse qui structure son ontologie : l’être n’est pas un genre.
La raison en est, comme l’explique l’''Aristoteles-Handbuch'', un argument technique sous forme de ''reductio ad absurdum'' : si l’être était un genre, alors les différences spécifiques qui le diviseraient en espèces seraient elles-mêmes des étants ; or aucun genre ne peut être prédiqué de ses différences spécifiques (sinon les différences seraient déjà comprises dans le genre, et la division spécifique serait impossible) ; donc, si l’être était un genre, ses différences ne seraient pas des étants, ce qui est absurde.<ref>Rapp, C., et Corcilius, K. (dir.), ''Aristoteles-Handbuch'', Stuttgart, J. B. Metzler, 2021, partie IV.</ref> L’être ne peut donc pas être un genre au sens propre.
Mais alors, l’être est-il purement homonyme ? Aristote refuse cette conséquence. Il développe, principalement dans le livre Γ de la ''Métaphysique'', une troisième voie : les différentes acceptions de l’être ne sont ni univoques (comme à l’intérieur d’un genre) ni purement équivoques (comme dans le cas de l’homonymie au sens strict), mais elles se rapportent toutes à un terme premier, la substance. « L’être se dit en multiples acceptions, mais toujours relativement à un terme unique, à une nature déterminée » (Γ, 2, 1003a33-b10). Une qualité ne peut être qu’en tant qu’elle est ''qualité d’une substance'' ; une quantité ne peut être qu’en tant qu’elle est ''quantité d’une substance''. La substance constitue le pôle de référence par rapport auquel les autres significations de l’être se définissent.
Cette structure est ce que la tradition appelle ''homonymie focale'' ou ''signification focale'' (''focal meaning'', dans la formulation de G.E.L. Owen). L’''Aristoteles-Handbuch'' l’illustre par un exemple aristotélicien : la santé est dite, en sens divers, du teint, de la gymnastique, de la médecine, et de l’homme. Ces sens ne sont pas univoques (un teint sain et un homme sain ne sont pas « sains » de la même façon), mais ils ne sont pas non plus purement homonymes : tous se rapportent à la santé de l’homme (le teint ''signe'' cette santé, la gymnastique la ''préserve'', la médecine la ''produit''). De même pour l’être : tous les modes d’être se rapportent à la substance, qui constitue le « cas privilégié » par rapport auquel les autres se définissent.
====Ce qu’il faut retenir====
Les ''Catégories'' opèrent au croisement de la logique, de la grammaire et de l’ontologie. Le traité distingue homonymes, synonymes et paronymes ; il présente quatre classes d’étants articulées par les relations de prédication et d’inhérence ; il dresse la liste des dix catégories ; il accorde la primauté à la substance première (l’individu concret) tout en reconnaissant l’existence des substances secondes (espèces et genres). La doctrine de l’''homonymie focale'' permet à Aristote de préserver une unité conceptuelle de l’être sans en faire un genre univoque, ouvrant ainsi la voie à la métaphysique.
===Chapitre II. ''Le De interpretatione'' (Peri hermeneias) : le jugement et la proposition===
====Titre, objet et méthode du traité====
Le titre grec du traité, ''Peri hermeneias'', désigne « ce qui concerne l’interprétation », mais avec une nuance importante : ''hermeneia'' ne renvoie pas à un ''acte'' (qui serait ''hermeneusis''), mais à ''son produit'' ; non pas l’interpréter, mais l’interprété. Catherine Dalimier, dans son introduction à l’édition Flammarion, propose d’y voir un traité « sur l’expression de la proposition déclarative » (''Peri tou logou apophantikou hermeneias''), c’est-à-dire sur cette forme particulière de discours qui est susceptible d’être vraie ou fausse.<ref>Dalimier, C., introduction au ''De l’interprétation'', dans Aristote, ''Catégories'' / ''Sur l’interprétation'', GF Flammarion, 2007.</ref>
L’objet du traité, à la différence des ''Catégories'' qui s’intéressaient aux termes simples (atomes logiques), est la proposition déclarative comme unité minimale de la connaissance et de la communication. Aristote y examine la structure du discours qui peut être validé comme vrai ou faux, les conditions du jugement, les rapports entre langage, pensée et réalité.
C.W.A. Whitaker, dans une interprétation que Pellegrin et Dalimier trouvent éclairante, a proposé de lire l’ensemble du traité comme une exploration systématique de la contradiction (''antiphasis''), du « couple de contradictoires ».<ref>Whitaker, C.W.A., ''Aristotle’s'' De Interpretatione: ''Contradiction and Dialectic'', Oxford, Clarendon Press, 1996.</ref> La proposition serait étudiée non pas pour elle-même, mais en tant qu’elle s’inscrit dans un couple affirmation/négation qui constitue l’unité minimale de toute évaluation logique. Cette lecture restitue au ''De interpretatione'' sa cohérence interne et le rattache aux ''Topiques'' et aux ''Réfutations sophistiques'', où la contradiction joue un rôle central.
====Le triangle sémiotique : choses, pensées, mots====
Le traité s’ouvre, au chapitre 1, sur une réflexion sur le statut du langage qui constitue l’un des textes fondateurs de la philosophie occidentale du signe. Aristote y établit un triangle sémiotique à trois étages.
Les sons émis par la voix (''ta en tê phonê'') sont des symboles (''symbola'') des affections de l’âme (''ta en tê psychê pathêmata''), c’est-à-dire des pensées, des concepts mentaux. Les mots écrits sont à leur tour des symboles des mots prononcés. Les pensées, enfin, sont des ressemblances (''homoiômata'') des choses (''pragmata'').<ref>Aristote, ''De l’interprétation'' 1, 16a3-8.</ref>
On obtient donc trois niveaux : les choses ; les concepts mentaux qui leur ressemblent ; les sons et les écritures qui symbolisent ces concepts. Ce qui importe, c’est la ''différence de relation'' entre les niveaux. La relation entre les sons (ou les écritures) et les pensées est conventionnelle (''kata sunthêkên'') : « De même que l’écriture n’est pas la même pour tous les hommes, les mots parlés ne sont pas non plus les mêmes ». La diversité des langues humaines manifeste précisément ce caractère conventionnel : il n’y a pas de raison naturelle pour laquelle telle pensée devrait être exprimée par tel son plutôt que par tel autre. En revanche, la relation entre les pensées et les choses est une relation de ressemblance : les états de l’âme « sont identiques chez tous », parce qu’ils reflètent la structure même du réel, qui est, elle, universelle.
Cette doctrine a plusieurs conséquences. D’abord, elle prend ses distances avec le naturalisme cratylien : aucun mot n’est par nature le nom de telle chose, c’est l’institution sociale qui assigne tel signe à tel signifié. Ensuite, elle fonde la possibilité d’une communication véridique : si les pensées sont des reflets fidèles des choses, alors la traduction et la compréhension interlinguistique sont possibles, parce qu’au-delà de la diversité des conventions linguistiques, on retrouve une communauté de concepts mentaux qui est elle-même garantie par l’unité du réel. Enfin, elle implique une certaine subordination du langage à la pensée : ce que le langage fait, c’est exprimer (par signes conventionnels) des pensées qui, elles, ressemblent aux choses ; le langage n’est pas le lieu primaire de la vérité, mais sa manifestation extérieure.
Aristote précise immédiatement, au chapitre 1, que la vérité et la fausseté n’apparaissent qu’avec la composition ou la séparation. Un mot isolé (« homme », « blanc », « cheval ») ne peut être ni vrai ni faux. Même un mot qui désigne quelque chose d’inexistant (« bouc-cerf », hybride imaginaire) signifie quelque chose, mais n’est ni vrai ni faux : il faut, pour qu’un énoncé soit susceptible d’être vrai ou faux, qu’on y ajoute « être » ou « ne pas être », qu’on attribue ou qu’on nie quelque chose de quelque chose. La vérité est d’abord propositionnelle.
====Le nom (''onoma'')====
Avant d’examiner la proposition, Aristote analyse ses constituants. Le nom (''onoma'') est défini, au chapitre 2, comme « un vocable signifiant par convention, sans référence à un temps, et dont aucune partie, considérée séparément, n’est signifiante ».<ref>Aristote, ''De l’interprétation'' 2, 16a19-21.</ref>
Cette définition condense quatre caractères :
(1) Le nom est un vocable (''phonê''), une réalité phonique. Cette précision exclut, par exemple, les sons des animaux (qui ne sont pas des mots) ou les bruits inarticulés.
(2) Il est signifiant : il a un sens, il indique quelque chose.
(3) Il signifie par convention (''kata sunthêkên'') : aucun vocable n’est nom par nature ; il ne le devient que lorsqu’il est institué comme symbole.
(4) Il est sans référence au temps : c’est précisément ce qui le distingue du verbe. « Santé » est un nom, parce qu’il signifie quelque chose sans indiquer si cette chose existe maintenant, a existé ou existera ; « est-en-bonne-santé » est un verbe, parce qu’il consignifie le temps présent.
(5) Aucune de ses parties n’est signifiante prise séparément. Aristote prend l’exemple grec ''Kalippos'' (« Beaucheval », un nom propre) : ''kalos'' (beau) signifie quelque chose hors du nom composé, ''hippos'' (cheval) aussi ; mais dans ''Kalippos'', ces parties ne signifient plus rien : le nom propre est une unité signifiante qui n’est pas la somme de ses constituants apparents.
Aristote introduit également deux notions dérivées. Les noms indéfinis (''aoriston onoma''), comme « non-homme », ne sont pas des noms à proprement parler, mais ils ont une fonction logique importante (notamment dans la négation et dans certaines opérations de la syllogistique). Les noms fléchis (''ptôseis''), comme « de Philon », « à Philon », formes casuelles du nom propre, ne sont pas non plus des noms au sens strict, parce qu’ils n’entrent pas dans une affirmation ou une négation simple : « est-Philon » est susceptible de vrai ou de faux ; « est-à-Philon » ne l’est pas (il manque quelque chose).
====Le verbe (''rhêma'')====
Le verbe (''rhêma''), examiné au chapitre 3, se distingue du nom par deux caractères spécifiques :
(1) Il consignifie le temps : « Santé est un nom, est-en-bonne-santé est un verbe ; car il signifie en plus que c’est un attribut maintenant. »<ref>Aristote, ''De l’interprétation'' 3, 16b6-8.</ref> Le terme « consignifier » (''prossêmainein'') est important : le verbe ne signifie pas le temps comme son objet propre (sinon « hier » serait un verbe), mais il signifie quelque chose ''en plus'' de ce qu’il signifie principalement, et ce supplément est le temps. Ce qu’un verbe signifie principalement, c’est une action ou un état (la santé, le fait de marcher) ; ce qu’il consignifie, c’est l’ancrage temporel de cette action ou de cet état dans le présent.
(2) Il est toujours signe d’attribution : « il est toujours signe d’attributs, par exemple de choses qu’on dit d’un sujet ». Le verbe, autrement dit, indique toujours quelque chose qu’on attribue à autre chose ; il a une fonction prédicative inscrite dans sa nature même.
Catherine Dalimier note dans ses commentaires à l’édition Flammarion que le terme grec ''rhêma'' ne recouvre pas exactement notre concept de « verbe ». Pour Aristote, « marcher » à l’infinitif est encore un nom (parce qu’il n’a, à lui seul, ni valeur temporelle déterminée, ni valeur d’attribution effective) ; il faut « marche » (présent de l’indicatif) pour avoir un ''rhêma'' au sens strict. C’est pourquoi certains traducteurs renoncent à traduire ''rhêma'' par « verbe » et préfèrent calquer le grec.
Aristote distingue, comme pour les noms, des rhèmes indéfinis (« n’est-pas-en-bonne-santé », « n’est-pas-malade ») et des rhèmes fléchis (« était-en-bonne-santé », « sera-en-bonne-santé », formes au passé ou au futur). Les rhèmes indéfinis ne sont pas des verbes proprement dits parce qu’ils peuvent appartenir indifféremment à un être existant ou à un non-existant ; ils manquent de la détermination ontologique du verbe authentique. Les rhèmes fléchis ne sont pas des verbes au sens strict parce qu’ils n’ancrent pas l’attribution dans le présent.
====Le verbe « être » : la copule problématique====
Un cas particulier mérite une attention spéciale : le verbe « être » (''einai''), examiné à la fin du chapitre 3.
Aristote affirme que « être ou ne pas être n’est pas un signe de la chose réelle, pas même si tu dis "étant" tout court ; car en soi, ce n’est rien, mais il consignifie une certaine composition qu’on ne peut concevoir sans les composants ».<ref>Aristote, ''De l’interprétation'' 3, 16b22-25.</ref> Cette phrase fait l’objet de débats interprétatifs intenses. Selon la lecture traditionnelle (Waitz, Sisson), Aristote suggérerait que le verbe « être » est purement copulatif, c’est-à-dire vide de signifié conceptuel propre : il n’aurait qu’une fonction grammaticale de liaison entre sujet et prédicat. Selon Ammonius et la lecture néo-platonicienne, « être » aurait une signification propre (la « participation » ou la « privation » de l’étant) mais seulement en seconde place ; en première place, il signale la composition qui constitue la proposition.
Cette difficulté est centrale pour deux raisons. Premièrement, elle touche à la nature même de la proposition prédicative : qu’est-ce qui se passe, ontologiquement, quand je dis « Socrate est blanc » ? Le « est » ajoute-t-il quelque chose au monde ou est-il un pur outil syntaxique ? Deuxièmement, elle prépare la doctrine, développée dans la ''Métaphysique'', selon laquelle « être » se dit en plusieurs sens (sens copulatif, sens existentiel, sens véritatif), et selon laquelle ces différents sens correspondent à autant de modalités différentes de l’analyse.
====La proposition déclarative (''logos apophantikos'')====
Aristote distingue, au chapitre 4, plusieurs sortes de discours (''logos''). Tout discours n’est pas susceptible d’être vrai ou faux : la prière, l’ordre, la question, l’exclamation sont des discours signifiants mais qui ne se prêtent pas à l’évaluation alèthique. Seul le discours déclaratif (''logos apophantikos''), celui qui ''manifeste'' (du verbe ''apophainein'') un état de choses, peut être vrai ou faux. Aristote précise que les autres formes de discours relèvent plutôt de la rhétorique ou de la poétique.
La proposition déclarative se divise en deux espèces : l’affirmation (''kataphasis'') et la négation (''apophasis''). L’affirmation est « la déclaration de quelque chose au sujet de quelque chose » (''apophansis tinos kata tinos'') ; la négation est « la déclaration de quelque chose séparé de quelque chose » (''apophansis tinos apo tinos'').<ref>Aristote, ''De l’interprétation'' 5, 17a25-26.</ref> Ce qui distingue donc une affirmation d’une négation, ce n’est pas simplement la présence d’une particule négative : c’est l’opération mentale de composition (''synthesis'') ou de division (''diairesis'') qui s’y effectue. Affirmer, c’est ''unir'' mentalement deux termes ; nier, c’est ''séparer'' mentalement deux termes.
C’est cette opération qui rend possible la vérité ou la fausseté, comme l’expliquera plus tard la ''Métaphysique'' (Γ, 7, 1011b26-27) : « dire que ce qui est est et que ce qui n’est pas n’est pas, c’est le vrai ; dire que ce qui est n’est pas ou que ce qui n’est pas est, c’est le faux ». La vérité est une ''correspondance'' entre la composition mentale et la composition réelle ; quand l’âme unit ce qui, dans le réel, est uni, elle dit vrai ; quand elle sépare ce qui, dans le réel, est uni, ou unit ce qui, dans le réel, est séparé, elle dit faux.
====La contradiction (''antiphasis'')====
Le chapitre 6 introduit la notion de contradiction, au cœur du traité selon l’interprétation de Whitaker. La contradiction, c’est précisément le couple formé par une affirmation et la négation qui lui correspond, où l’on affirme et nie « la même chose de la même chose », sans homonymie, et avec toutes les précisions nécessaires « pour nous défendre des sophistes ».<ref>Aristote, ''De l’interprétation'' 6, 17a33-37.</ref>
Cette définition technique cache une thèse philosophique de fond : pour qu’il y ait débat rationnel, il faut que les énoncés qu’on confronte forment un véritable couple de contradictoires, c’est-à-dire qu’ils portent vraiment sur le même sujet sous le même rapport. Aristote précise les conditions à respecter : il faut affirmer et nier la même chose, du même sujet, au même moment, sous le même rapport, et selon le même sens des termes. Si ces conditions ne sont pas réunies, l’apparente contradiction n’en est pas une véritable, et le débat risque de tomber dans le sophisme. Par exemple, « Socrate est assis » et « Socrate n’est pas assis » ne sont pas réellement contradictoires si l’une concerne hier et l’autre aujourd’hui ; ils ne le sont pas non plus si « assis » est pris dans deux sens différents (assis sur une chaise / assis comme on dit d’un raisonnement bien « assis »).
La doctrine de la contradiction n’est pas une simple règle formelle : elle est le fondement de la possibilité même d’une discussion rationnelle, et elle structure aussi bien la dialectique que la science.
====Quantité, qualité et le carré logique====
Le chapitre 7 introduit deux distinctions qui, croisées, donneront naissance au carré logique de la tradition scolastique.
La première distinction concerne la quantité des propositions. Une proposition peut être universelle (« tout homme est blanc », « aucun homme n’est blanc »), particulière (« quelque homme est blanc », « quelque homme n’est pas blanc »), singulière (« Callias est blanc »), ou indéterminée (« l’homme est blanc », sans préciser tous, certains, ou tel homme particulier).
La seconde distinction concerne la qualité : affirmative ou négative.
En croisant les deux distinctions principales (universelle/particulière × affirmative/négative), on obtient quatre formes de propositions catégoriques que la tradition désignera par les voyelles A, E, I, O (désignations qui ne sont pas aristotéliciennes mais scolastiques, dérivées des verbes latins ''Affirmo'' et ''Nego'') : A pour l’universelle affirmative (« tout homme est mortel ») ; E pour l’universelle négative (« aucun homme n’est immortel ») ; I pour la particulière affirmative (« quelque homme est juste ») ; O pour la particulière négative (« quelque homme n’est pas juste »).
Aristote établit, au chapitre 7, les relations qui existent entre ces formes. A et O sont contradictoires : elles ne peuvent être simultanément vraies ni simultanément fausses. E et I sont également contradictoires. A et E sont contraires : elles ne peuvent être simultanément vraies, mais elles peuvent être simultanément fausses (« tout homme est juste » et « aucun homme n’est juste » sont peut-être toutes deux fausses). I et O sont sub-contraires : elles ne peuvent être simultanément fausses, mais elles peuvent être simultanément vraies. Enfin, A entraîne I (et E entraîne O) : c’est la subalternation. Si tous les hommes sont mortels, alors quelque homme est mortel.
Ce dispositif, qui paraît élémentaire, est la base de toute la logique des propositions catégoriques et préfigure une bonne partie de la syllogistique des ''Premiers Analytiques''.
====Les futurs contingents : le chapitre 9====
Le chapitre 9 du ''De interpretatione'' est, comme l’écrit Catherine Dalimier, l’objet de spéculations qui mobilisent depuis l’Antiquité « des générations de logiciens ». Il pose l’une des questions les plus profondes de la logique modale : le principe de bivalence (toute proposition est vraie ou fausse) s’applique-t-il aux propositions portant sur des événements futurs contingents ?
Le problème se formule avec une grande clarté. Considérons deux propositions contradictoires : « Il y aura demain une bataille navale » et « Il n’y aura pas demain une bataille navale ». D’après le principe du tiers exclu, l’une de ces deux propositions est vraie et l’autre est fausse. Or, si l’une d’elles est ''dès maintenant'' vraie, alors l’événement qu’elle décrit est ''dès maintenant'' déterminé : il ''doit'' se produire (ou ne pas se produire) demain. Mais cela conduit à un fatalisme logique : tout ce qui doit arriver est déjà fixé, la délibération humaine est illusoire, le hasard et la liberté sont supprimés. Or il est manifeste, pour Aristote, que certains événements à venir sont contingents (ils peuvent se produire comme ne pas se produire) et que la délibération a un sens.
L’''Aristoteles-Handbuch'' résume avec précision la structure de l’argument fataliste. La prémisse en est une version ''temporalisée'' du principe de bivalence : tout énoncé est, ''à tout moment'', soit vrai soit faux ; donc, dès aujourd’hui, l’énoncé « il y aura demain une bataille navale » est vrai ou faux. Si cet énoncé est dès aujourd’hui vrai, alors sa vérité est déjà ''advenue'' aujourd’hui ; or ce qui est advenu est immuable (« nécessaire » en un certain sens) ; donc il est nécessaire que demain ait lieu une bataille navale. Le raisonnement, généralisé à tous les énoncés sur l’avenir, conduit à la nécessité de tout ce qui doit arriver, c’est-à-dire au déterminisme intégral.
La solution d’Aristote est, comme le note Dalimier, subtile. Il maintient le principe de bivalence pour les propositions portant sur le présent et le passé : ce qui est, est ; ce qui n’est pas, n’est pas ; le passé est immuable. Mais pour les futurs contingents, il propose une distinction délicate : « il est nécessaire que l’affirmation ou la négation soit vraie, mais non que celle-ci déterminément ou celle-là déterminément soit vraie ».<ref>Aristote, ''De l’interprétation'' 9, 19a36-39.</ref> La disjonction « il y aura ou il n’y aura pas demain une bataille navale » est nécessairement vraie (parce que l’un des deux disjoints doit être vrai) ; mais aucun des disjoints pris séparément n’est encore ''déterminément'' vrai ou faux. Selon l’interprétation classique, cette thèse revient à ''suspendre'' l’application déterminée de la bivalence aux futurs contingents, sans pour autant abandonner le principe du tiers exclu pour leur disjonction.
L’interprétation de cette doctrine reste discutée. Certains commentateurs (Hintikka) ont contesté que le chapitre 9 ait pour objet de réfuter le fatalisme et ont vu dans Aristote un partisan d’un certain principe de plénitude (selon lequel tout ce qui est possible doit s’actualiser à un moment ou à un autre). D’autres (Crivelli, Weidemann) maintiennent l’interprétation classique : Aristote rejette la version temporalisée de la bivalence pour les énoncés sur les contingents futurs. La logique formelle contemporaine a élaboré, à partir de cette discussion, des logiques plurivalentes (Łukasiewicz) et des logiques temporelles (Prior) qui formalisent cette thèse de la suspension de la bivalence pour le futur.
L’enjeu philosophique est important : la doctrine aristotélicienne des futurs contingents prépare une articulation entre logique, métaphysique de la causalité, et philosophie de l’action. Elle préserve la possibilité du hasard, de la délibération, et de la liberté humaine, sans pour autant renoncer aux principes de la rationalité.
====Les propositions modales====
Les chapitres 12 et 13 du ''De interpretatione'' examinent les propositions modales, c’est-à-dire les propositions qui ne se contentent pas d’affirmer ou de nier qu’un prédicat appartient à un sujet, mais qui qualifient cette appartenance comme nécessaire, possible, contingente ou impossible. Aristote distingue quatre modalités fondamentales. Le ''possible'' (''dynaton'', ''endechomenon'') désigne ce qui peut être ; l’''impossible'' (''adynaton''), ce qui ne peut pas être ; le ''contingent'', ce qui peut être ou ne pas être (possibilité bilatérale, dont on dira plus loin un mot) ; le ''nécessaire'' (''anankaion''), ce qui ne peut pas ne pas être.
L’analyse aristotélicienne des modalités présente plusieurs particularités sur lesquelles Richard Patterson a particulièrement insisté.<ref>Patterson, R., ''Aristotle’s Modal Logic: Essence and Entailment in the Organon'', Cambridge, Cambridge University Press, 1995.</ref> La première est la distinction entre ''possibilité unilatérale'' et ''possibilité bilatérale'' (ou contingence). Quand je dis « il est possible que S soit P » au sens unilatéral, je veux dire seulement que S peut être P, sans exclure que S soit nécessairement P (la possibilité unilatérale est compatible avec la nécessité). Quand je dis « il est possible que S soit P » au sens bilatéral (la contingence proprement dite), je veux dire à la fois que S peut être P ''et'' que S peut ne pas être P : la chose est possible mais pas nécessaire, elle peut tomber d’un côté ou de l’autre. Cette distinction est cruciale parce qu’elle commande des règles d’inférence et de conversion différentes : « Tout S peut être P » au sens unilatéral n’a pas la même force logique que « Tout S peut être P » au sens bilatéral, et certains syllogismes valides dans un cas ne le sont plus dans l’autre.
Aristote observe également que les propositions modales ne se convertissent pas comme les propositions assertoriques. Une proposition assertorique de type I (« quelque S est P ») se convertit simplement en « quelque P est S ». Mais une proposition modale du type « il est possible que quelque S soit P » ne se convertit pas toujours, ou ne se convertit qu’à condition de spécifier le mode de possibilité. Aristote consacre de longs développements, dans les ''Premiers Analytiques'', à examiner ces règles particulières.
Patterson met également en évidence la dimension essentialiste de la logique modale aristotélicienne. Quand Aristote dit qu’un énoncé est nécessaire, il ne pense pas, comme la logique modale contemporaine, à un opérateur abstrait s’appliquant à une proposition entière (« il est nécessaire que P »). Il pense à une relation entre des termes qui exprime une connexion essentielle. « Il est nécessaire que tout homme soit animal » ne signifie pas seulement que dans tous les mondes possibles, tout homme est animal ; cela signifie qu’« être animal » fait partie de l’''essence'' de « être homme », et que cette appartenance à l’essence rend la prédication nécessaire. La nécessité est ancrée dans la nature même des choses, dans leur ''quiddité''. Cette caractéristique rend délicate la transposition de la logique modale aristotélicienne dans les langages formels modernes, qui utilisent des opérateurs propositionnels faisant abstraction de la structure essentielle des termes.
Les propositions modales jouent un rôle important dans la théorie de la science, comme l’expliqueront les ''Seconds Analytiques'' : la science porte sur le nécessaire, non sur le contingent. Une démonstration scientifique part de prémisses nécessaires et conclut à des nécessités, parce qu’elle vise des vérités universelles et invariables. La théorie modale s’articule ainsi à l’épistémologie aristotélicienne, et les chapitres 12-13 du ''De interpretatione'' préparent les développements plus techniques que livrera Aristote dans la syllogistique modale des ''Premiers Analytiques''.
====Portée philosophique du ''De interpretatione''====
L’importance du ''De interpretatione'' dépasse son objet apparent. Catherine Dalimier souligne, en conclusion de son introduction, que le traité dessine le cadre logique de toute science possible pour Aristote. En établissant que la vérité réside dans la composition et la division opérées par l’intellect, et non dans les choses isolées ni dans les concepts isolés, Aristote fait du jugement le lieu propre de la manifestation de l’être. Cette doctrine sera reprise et développée par toute la philosophie occidentale jusqu’à Kant (qui en fera la base de sa logique transcendantale) et au-delà.
Le traité a également une portée pour la philosophie du langage. La distinction entre nom et verbe, l’analyse du caractère conventionnel du signe linguistique, la théorie de la signification et de la référence, la doctrine des futurs contingents : autant de thèmes qui ont nourri la philosophie analytique contemporaine, comme l’a montré Suzanne Husson dans ''Interpréter le De Interpretatione''.<ref>Husson, S. (éd.), ''Interpréter le'' De Interpretatione, Paris, Vrin, 2009.</ref>
====Ce qu’il faut retenir====
Le ''De interpretatione'' fixe l’unité minimale du jugement, la proposition déclarative, et en analyse les composants (nom, verbe, copule). Il définit la contradiction comme couple affirmation/négation et établit les quatre formes catégoriques A, E, I, O. Il pose deux problèmes qui occuperont la postérité : celui des futurs contingents (suspension de la bivalence pour les énoncés sur l’avenir) et celui des modalités (nécessaire, possible, contingent, impossible), avec des règles de conversion propres. La théorie aristotélicienne y montre son caractère sémantique, ancré dans une métaphysique des essences plutôt que dans un formalisme abstrait.
===Chapitre III. ''Les Premiers Analytiques'' : la théorie formelle du syllogisme===
====Le projet des ''Premiers Analytiques''====
Les ''Premiers Analytiques'' (''Analytica priora'') exposent la théorie du syllogisme dans sa généralité. Leur objet, comme l’explique Aristote dès la première phrase du livre I, est la ''démonstration'', et plus particulièrement le ''syllogisme'' en tant qu’instrument de toute démonstration. Ce qui distingue les ''Premiers'' des ''Seconds Analytiques'', c’est que l’analyse y porte sur la ''forme'' du syllogisme indépendamment de la vérité de ses prémisses. Un syllogisme valide est un syllogisme dont la conclusion suit nécessairement des prémisses, ''que ces prémisses soient vraies ou fausses''. La théorie est donc, en un certain sens, formelle : elle s’intéresse à la structure du raisonnement, non à son contenu particulier.
Comme l’observe Pellegrin, cette caractérisation des ''Premiers Analytiques'' comme étude formelle ne doit pas être prise au sens contemporain, où la formalité signifie généralement la possibilité de substituer n’importe quel contenu à une structure syntaxique. Pour Aristote, le formalisme est plus mesuré : il s’agit de dégager les règles qui permettent de dire qu’un raisonnement ''conclut'' à partir de ses prémisses, et ces règles présupposent encore une certaine sémantique des termes.
====La définition du syllogisme====
Aristote définit le syllogisme (''syllogismos''), au chapitre 1 du livre I, dans une formule devenue célèbre : « un discours dans lequel, certaines choses étant posées, quelque chose d’autre que ces données en résulte nécessairement par le seul fait de ces données ».<ref>Aristote, ''Premiers Analytiques'' I, 1, 24b18-20.</ref>
Cette définition condense plusieurs conditions qu’il faut prendre soin de distinguer.
Première condition : pluralité des prémisses. Un syllogisme suppose au moins deux propositions posées (les prémisses). Aristote ne considère pas comme syllogisme l’inférence à partir d’une seule prémisse.
Deuxième condition : la conclusion doit être ''autre chose'' que les prémisses (« quelque chose d’autre que ces données »). Cette clause exclut, en principe, les raisonnements purement tautologiques.
Troisième condition : la conclusion doit suivre nécessairement. La nécessité du syllogisme est essentielle : il ne suffit pas que la conclusion soit en fait vraie quand les prémisses sont vraies, il faut qu’elle ne ''puisse pas'' ne pas être vraie quand les prémisses le sont.
Quatrième condition, la plus subtile, mise en lumière par Crivelli : la conclusion doit suivre « par le seul fait de ces données » (''tô tauta einai''). Cette clause ajoute à la nécessité une exigence supplémentaire : non seulement la conclusion suit nécessairement, mais elle suit ''en vertu'' des prémisses elles-mêmes, et non d’une autre raison. Crivelli interprète cette clause comme exigeant que le caractère d’avoir la conclusion résultant nécessairement des prémisses devrait être partagé par toutes les inférences de la même structure, ou « forme ». C’est une exigence de ''formalité'' : le syllogisme conclut non pas accidentellement (parce qu’il se trouve, par hasard, que ces prémisses-là ont cette conclusion-là), mais en vertu de la structure formelle du raisonnement.
Cette clause permet à Aristote de distinguer le syllogisme d’autres formes d’inférence nécessaire. Comme le rappelle Orna Harari, Aristote affirme explicitement, en ''Premiers Analytiques'' I, 32 (47a31-35) : « tout syllogisme est nécessaire, mais tout ce qui suit nécessairement n’est pas un syllogisme ».<ref>Harari, O., ''Knowledge and Demonstration: Aristotle’s Posterior Analytics'', Dordrecht, Springer / Kluwer, 2004, chap. 3.</ref> Il existe des inférences valides (par exemple les déductions hypothétiques, ou les raisonnements ''par l’absurde'') qui ne sont pas des syllogismes parce qu’elles ne respectent pas la structure formelle requise.
====Termes, prémisses et structure du syllogisme====
Le syllogisme aristotélicien possède une structure rigoureusement délimitée. Il comprend trois termes : le grand terme (ou ''majeur''), le petit terme (ou ''mineur''), et le moyen terme (''mesos'') qui assure la liaison entre les deux extrêmes. Il comporte deux prémisses : la ''majeure'' (qui contient le grand terme) et la ''mineure'' (qui contient le petit terme). Chaque prémisse contient également le moyen terme. Il aboutit enfin à une conclusion qui relie le petit terme au grand terme, sans contenir le moyen terme.
L’exemple le plus connu, repris par toute la tradition scolastique, est celui qui prend Socrate comme petit terme : « Tout homme est mortel ; or Socrate est un homme ; donc Socrate est mortel ». Il faut noter qu’il s’agit là d’un exemple à terme singulier, scolaire et postérieur à Aristote ; la syllogistique aristotélicienne traite d’abord des propositions catégoriques entre termes généraux. Une formulation plus conforme à l’analyse aristotélicienne serait : « Tout animal est mortel ; tout homme est animal ; donc tout homme est mortel », où les trois termes (animal, homme, mortel) sont tous généraux et se prêtent aux quantifications universelles.
Le moyen terme joue, dans cette structure, un rôle central. Il est ce ''par quoi'' la conclusion est établie. Comme le résume Pellegrin, l’analytique tout entière peut se comprendre comme une technique de recherche du moyen terme : trouver des termes qui permettent de relier deux extrêmes de manière universelle et nécessaire.
====Les trois figures du syllogisme====
Aristote distingue, selon la position du moyen terme dans les prémisses, trois figures syllogistiques. Dans la première figure, le moyen terme est sujet dans la majeure et prédicat dans la mineure : « M est P ; S est M ; donc S est P ». Exemple (Barbara) : « Tout animal est mortel ; tout homme est animal ; donc tout homme est mortel ». Dans la deuxième figure, le moyen terme est prédicat dans les deux prémisses : « P est M ; S est M » (avec l’une des deux prémisses négative). Exemple (Cesare) : « Aucune pierre n’est animée ; tout cheval est animé ; donc aucun cheval n’est une pierre ». Dans la troisième figure, le moyen terme est sujet dans les deux prémisses : « M est P ; M est S ». Exemple (Darapti) : « Tout homme est rationnel ; tout homme est animal ; donc quelque animal est rationnel ».
Aristote considère la première figure comme la plus parfaite, et il faut bien comprendre pourquoi. Une figure est dite « parfaite » quand la nécessité de la conclusion est immédiatement évidente, sans qu’il soit besoin de justifier cette nécessité par un détour. Or la première figure exprime de manière directe le principe que la tradition scolastique appellera le ''dictum de omni et nullo'' (« le dit du tout et du rien ») : ce qui est affirmé (ou nié) de tout un genre est affirmé (ou nié) de tout ce qui tombe sous ce genre. Si « tout animal est mortel » et « tout homme est un animal », alors on voit immédiatement que « tout homme est mortel », parce que les hommes, étant des animaux, héritent de tout ce qu’on dit de tous les animaux. Le moyen terme « animal », en se trouvant entre le grand terme (mortel) et le petit terme (homme), permet à la propriété « mortel » de descendre par transitivité jusqu’aux hommes.
Les syllogismes des deuxième et troisième figures, en revanche, sont qualifiés d’« imparfaits » non parce qu’ils seraient invalides, mais parce que leur validité ne se voit pas immédiatement : on doit la ''dériver''. Pour cela, Aristote les ramène, par diverses opérations (notamment la conversion des prémisses), à des syllogismes parfaits de la première figure. Démontrer la validité d’un syllogisme de la deuxième figure, c’est montrer qu’il peut être traduit en un syllogisme équivalent de la première figure, où la nécessité de la conclusion est immédiatement saisie.
====Les modes valables : Barbara, Celarent, Darii, Ferio====
À l’intérieur de chaque figure, Aristote détermine les modes qui permettent de conclure validement, en croisant les quantités (universelle/particulière) et les qualités (affirmative/négative) des prémisses. La tradition scolastique a inventé des noms mnémotechniques (Barbara, Celarent, Darii, Ferio pour la première figure ; Cesare, Camestres, Festino, Baroco pour la deuxième ; Darapti, Felapton, Disamis, Datisi, Bocardo, Ferison pour la troisième), où les voyelles indiquent les types des prémisses et de la conclusion (A, E, I, O).
Pour la première figure, les quatre modes valables sont : Barbara (AAA), « Tout M est P ; tout S est M ; donc tout S est P » ; Celarent (EAE), « Aucun M n’est P ; tout S est M ; donc aucun S n’est P » ; Darii (AII), « Tout M est P ; quelque S est M ; donc quelque S est P » ; et Ferio (EIO), « Aucun M n’est P ; quelque S est M ; donc quelque S n’est pas P ».
Aristote considère également les autres combinaisons et montre lesquelles ne concluent pas (par la méthode des contre-exemples : on trouve une combinaison de termes qui rend les prémisses vraies et la conclusion fausse).
====La conversion et l’ekthèse====
Pour ramener les modes des deuxième et troisième figures à la première, Aristote emploie principalement deux techniques.
La conversion (''antistrophê'') consiste à transformer une prémisse en interchangeant son sujet et son prédicat. Aristote établit, au début du livre I, des règles de conversion. La E (universelle négative) se convertit simplement : « Aucun S n’est P » se convertit en « Aucun P n’est S ». La I (particulière affirmative) se convertit simplement aussi : « Quelque S est P » se convertit en « Quelque P est S ». La A (universelle affirmative) se convertit ''par accident'' : « Tout S est P » se convertit en « Quelque P est S » (mais non en « Tout P est S »). La O (particulière négative), enfin, ne se convertit pas. Ces règles permettent de transformer un syllogisme imparfait en un syllogisme parfait de la première figure, et donc de prouver sa validité.
L’''ekthèse'' (''ekthesis'', mot grec qui signifie littéralement « exposition », au sens d’« exposer », « mettre en avant ») est une technique plus rare, utilisée notamment pour valider Baroco et Bocardo, deux modes que la conversion ne suffit pas à ramener à la première figure. Le procédé consiste à introduire un terme supplémentaire, plus restreint, qui ''exemplifie'' la condition exprimée par une prémisse particulière. Si l’on a, par exemple, « quelque S n’est pas P », l’ekthèse pose un terme N qui désigne précisément cette portion de S qui n’est pas P, puis raisonne sur N comme sur un nouveau sujet. Le syllogisme se trouve ainsi reformulé sous une forme qui se prête à un raisonnement direct. Comme l’a montré Jonathan Lear, l’ekthèse n’implique pas une « imagination » au sens moderne, ni un appel à l’intuition sensible : c’est une procédure logique rigoureuse qui pose un cas particulier auquel s’appliquent les conditions de la prémisse, et qui permet de rendre manifeste une nécessité qui était implicitement contenue dans les prémisses originales.<ref>Lear, J., ''Aristotle and Logical Theory'', Cambridge, Cambridge University Press, 1980, chap. 1.</ref> Sa parenté avec certaines techniques de preuve mathématique (raisonner sur un cas particulier représentatif) est manifeste.
====La syllogistique modale (Patterson)====
Aux chapitres 3 et 8 à 22 du livre I, Aristote étend la syllogistique aux propositions modales (nécessaires, possibles, contingentes). Cette extension a été l’un des grands chantiers de l’aristotélisme contemporain, et Richard Patterson a proposé une lecture qui permet de comprendre la cohérence d’un système qui a souvent paru aux interprètes (Łukasiewicz, McCall, Hintikka) traversé de contradictions internes.
La thèse centrale de Patterson est qu’Aristote fait usage de ce qu’il appelle un ''modal copula'' : la modalité ne s’applique pas à la proposition entière (''de dicto'' : « il est nécessaire que tout homme soit animal »), ni au seul prédicat (''de re'' : « tout homme est nécessairement-animal »), mais à la copule elle-même qui relie sujet et prédicat. Au lieu de dire « tout homme ''est'' animal » (forme assertorique), on dirait « tout homme ''est-nécessairement'' animal » : c’est le « est » lui-même, la liaison prédicative, qui est qualifié modalement. Cette structure est elle-même ambiguë entre deux lectures : une lecture forte (''strong cop'') et une lecture faible (''weak cop'').
Dans la lecture forte, la proposition « Animal Ns (nécessaire selon copule forte) Tout-Homme » signifie qu’il existe une connexion ''per se'', c’est-à-dire essentielle, entre les termes : « animal » entre dans la définition d’« homme », c’est sa nature même d’être animal. Les propositions de la science démonstrative, telles que les ''Seconds Analytiques'' les caractérisent, sont des propositions à ''strong cop necessity''.
Dans la lecture faible, « Animal Nw Tout-Blanc » par exemple signifie seulement que tout ce qui est blanc est nécessairement animal, non pas parce qu’il y aurait une connexion essentielle entre blancheur et animalité, mais parce que ''de fait'', dans le monde considéré, tout ce qui est blanc se trouve être animal. Cette lecture ''de re'' étendue est plus large : elle inclut des cas où le prédicat appartient nécessairement au sujet sans pour autant entrer dans son essence.
Patterson montre que cette dualité éclaire une foule de difficultés que Łukasiewicz avait considérées comme des incohérences. La validité des syllogismes modaux dépend de la lecture qu’on adopte : certains modes sont valides en lecture forte mais non en lecture faible, et inversement. La syllogistique modale aristotélicienne n’est pas un système formel inconsistant ; c’est un système ancré dans une métaphysique essentialiste où la distinction entre essence et accident détermine les règles d’inférence valides.
Cette interprétation a également l’intérêt de montrer comment les ''Premiers Analytiques'' préparent les ''Seconds Analytiques''. Les syllogismes scientifiques de la démonstration sont ''par excellence'' des syllogismes modaux à ''strong cop necessity'', où les termes sont liés par des connexions ''per se''. La logique modale n’est pas une curiosité périphérique chez Aristote : elle est l’instrument logique de sa théorie de la science.
====Syllogisme et déduction : une équivalence problématique====
Un point souvent débattu, sur lequel Harari et Crivelli ont apporté des éclairages utiles, concerne la prétention d’Aristote à identifier syllogisme et déduction. Aristote affirme, en ''Premiers Analytiques'' I, 23 (40b20), que tous les syllogismes se forment dans les trois figures, et il ajoute que toute déduction est en principe réductible à un syllogisme. Cette thèse, que Lear appelle « la thèse d’Aristote », est plus forte qu’il n’y paraît.
D’un côté, Aristote reconnaît certaines exceptions : les déductions hypothétiques (« si A alors B ; or A ; donc B ») et les raisonnements ''par l’absurde'' ne se ramènent pas à la forme syllogistique standard. D’un autre côté, il maintient que toute ''démonstration scientifique'' directe, dans la mesure où elle vise à établir une connexion essentielle entre des termes, peut être recoulée dans une forme syllogistique.
Comme le montre Harari, la logique syllogistique aristotélicienne n’est pas une logique des propositions au sens contemporain (où les prémisses peuvent être de structures variées), mais une logique des prédications. Elle suppose que toute proposition se laisse analyser en sujet-prédicat (« A appartient à B », « A n’appartient pas à B », etc.), et que la combinaison des termes via un moyen terme est l’opération fondamentale du raisonnement valide. C’est précisément cette restriction qui fait sa puissance et son intérêt, mais aussi ses limites par rapport aux logiques modernes plus expressives.
====Ce qu’il faut retenir====
Les ''Premiers Analytiques'' fournissent la théorie générale du syllogisme. Aristote en donne la définition technique (trois termes, deux prémisses, conclusion nécessaire), distingue trois figures (selon la position du moyen terme), identifie les modes valides à l’intérieur de chacune, et propose des techniques (conversion, ekthèse) pour ramener les figures imparfaites à la première, considérée comme parfaite parce qu’elle exprime directement le principe ''dictum de omni et nullo''. La syllogistique modale, lue avec Patterson, révèle une logique ancrée dans une métaphysique essentialiste. Aristote prétend identifier syllogisme et déduction, mais il reconnaît des inférences valides qui ne sont pas des syllogismes (déductions hypothétiques, raisonnements par l’absurde).
===Chapitre IV. ''Les Seconds Analytiques'' : la science démonstrative===
====Le projet des ''Seconds Analytiques'' et la définition de la science====
Les ''Seconds Analytiques'' (''Analytica posteriora'') prolongent les ''Premiers Analytiques'' mais opèrent un déplacement important. Là où les ''Premiers'' étudiaient le syllogisme dans sa forme générale, les ''Seconds'' s’attachent à une espèce particulière du syllogisme : le syllogisme démonstratif ou scientifique (''apodeixis''). C’est cette espèce qui produit la science, c’est-à-dire la connaissance véritable.
Aristote ouvre le traité, au chapitre 2 du livre I, par une définition triple de la science : « Nous estimons posséder la science d’une chose d’une manière absolue quand nous croyons que nous connaissons la cause par laquelle la chose est, que nous savons que cette cause est celle de la chose, et qu’en outre il n’est pas possible que la chose soit autre qu’elle n’est ».<ref>Aristote, ''Seconds Analytiques'' I, 2, 71b9-12.</ref>
Cette définition condense trois exigences. Premièrement, la science est connaissance ''par les causes''. Savoir qu’il pleut n’est pas avoir la science de la pluie ; savoir ''pourquoi'' il pleut, ''par quelle cause'', c’est avoir la science. Deuxièmement, cette connaissance doit être ''certaine'' : il faut savoir que la cause est ''bien'' la cause, et non se contenter d’opinions plausibles. Troisièmement, elle porte sur des nécessités : ce qui est connu scientifiquement « ne peut pas être autrement ». La science ne porte pas sur le contingent (qui peut être ou ne pas être), mais sur ce qui est nécessairement ce qu’il est.
Orna Harari soulève une question importante quant au sens du terme ''epistêmê''. La traduction traditionnelle par « science » ou « connaissance » a été contestée : certains commentateurs contemporains soutiennent que le sens d’''epistêmê'' chez Aristote serait plus proche de l’''understanding'' (compréhension) que de la ''knowledge'' (connaissance) au sens moderne, parce qu’Aristote serait moins préoccupé par le problème de la justification que par celui de la saisie des structures explicatives. Harari elle-même propose de distinguer deux types de compréhension chez Aristote : une compréhension perceptuelle, liée à l’expérience sensible, et une compréhension conceptuelle, qui saisit les essences universelles. La science aristotélicienne intègre ces deux dimensions : elle part de la perception pour aboutir à la saisie de structures essentielles.
====La démonstration : structure et conditions des prémisses====
La démonstration est, selon Aristote, le syllogisme qui produit la science. Mais tout syllogisme valide n’est pas une démonstration : il faut, pour cela, que les prémisses satisfassent à des exigences supplémentaires. Aristote en énumère six, dans le chapitre 2 du livre I (71b20-25). Les prémisses de la démonstration doivent être vraies (une démonstration ne peut produire la science si elle part du faux : ce serait une démonstration apparente, non réelle). Elles doivent être premières (''prôta'') et immédiates (''amesa'') : elles ne dérivent pas elles-mêmes d’une démonstration, et il n’y a pas de moyen terme entre leur sujet et leur prédicat. Ce sont les principes (''archai'') à partir desquels toute démonstration procède. Elles doivent être plus connues que la conclusion : la connaissance de la conclusion repose sur la connaissance des prémisses ; il faut donc que celles-ci soient mieux connues, faute de quoi nous expliquerions l’obscur par le plus obscur. Elles doivent être antérieures à la conclusion (antériorité non chronologique mais ontologique et explicative : les prémisses sont ce qui rend la conclusion vraie, ce qui la fonde). Elles doivent être causes de la conclusion (''aitia tou symperasmatos'') : la démonstration ne se contente pas de prouver que quelque chose est ; elle explique ''pourquoi'' c’est. Cette exigence, qui distingue la démonstration scientifique du simple syllogisme valide, est ce qu’Aristote oppose au « syllogisme du fait » (''syllogismos tou hoti'') : un syllogisme du fait peut prouver qu’un état de choses existe, mais s’il ne donne pas la cause, il n’est pas un syllogisme du ''pourquoi'' (''syllogismos tou dioti''), et il n’est pas démonstration. Elles doivent être enfin mieux connaissables par nature, même si elles peuvent être moins connues par nous. La science consiste à passer de ce qui nous est plus familier (les phénomènes sensibles, les conclusions immédiates) à ce qui est plus connaissable en soi (les principes universels, les essences).
Comme le montre David Bronstein, ces conditions sont liées entre elles : c’est parce que les prémisses sont causes de la conclusion qu’elles lui sont antérieures, et c’est parce qu’elles sont premières qu’elles sont mieux connaissables par nature.<ref>Bronstein, D., ''Aristotle on Knowledge and Learning: The Posterior Analytics'', Oxford, Oxford University Press, 2016.</ref>
====Le rôle du moyen terme : prouver le pourquoi====
Le moyen terme joue, dans la démonstration scientifique, un rôle qui dépasse celui qu’il a dans le syllogisme général. Aristote affirme, en ''Seconds Analytiques'' II, 2 (90a6) : « le moyen terme est la cause ». Cette identification a des implications importantes.
L’exemple classique qu’Aristote donne, dans le livre II, est celui de l’éclipse de la lune. Si l’on cherche à ''démontrer'' que la lune subit des éclipses, on construit un syllogisme : tout ce qui est privé de lumière par interposition de la Terre subit une éclipse ; la lune est privée de lumière par interposition de la Terre ; donc la lune subit des éclipses.
Le moyen terme (« être privé de lumière par interposition de la Terre ») n’est pas seulement un ''lien logique'' qui permet de relier le sujet (la lune) au prédicat (subir une éclipse). Il est la cause physique réelle de l’éclipse. C’est l’interposition de la Terre qui ''fait'' qu’il y a éclipse ; le syllogisme, pour être démonstratif, doit identifier cette cause et la mettre dans le moyen terme.
Pellegrin a souligné, dans son étude des ''Seconds Analytiques'', que connaître scientifiquement les choses, c’est les connaître sous la forme ou dans l’ordre où elles se trouvent dans la démonstration. La démonstration n’est pas une procédure heuristique pour découvrir des explications nouvelles ; elle est plutôt la forme canonique du savoir scientifique, où les relations causales sont déployées de la manière la plus claire et la plus explicite.
Aristote distingue, en ''Seconds Analytiques'' II, 11, quatre types de causes correspondant aux quatre causes de la ''Physique'' (II, 3) : la cause matérielle, la cause formelle, la cause efficiente (ou motrice) et la cause finale. La démonstration scientifique peut faire intervenir l’une ou l’autre de ces causes selon la nature de l’explication recherchée. Pellegrin a consacré un article remarqué à l’analyse de ce chapitre, soulignant les difficultés particulières que pose la démonstration de la cause finale, où le syllogisme doit faire intervenir un ''en vue de quoi'' qui ne se laisse pas réduire à un simple lien logique.<ref>Pellegrin, P., « Causal Explanation and Demonstration in ''Posterior Analytics'' II 11 », dans A. P. Mesquita et R. Santos (dir.), ''New Essays on Aristotle’s Organon'', Routledge, 2024, chap. 7.</ref>
====Les principes : axiomes, hypothèses et définitions====
Toute démonstration présuppose, comme on l’a vu, des principes (''archai'') qui ne peuvent être eux-mêmes démontrés. Aristote rejette à la fois la possibilité d’une régression infinie (qui ferait de chaque prémisse l’objet d’une démonstration ultérieure, sans terme) et celle d’une démonstration circulaire (où A serait démontré par B et B par A). Il faut donc admettre l’existence de principes premiers connus ''sans'' démonstration.
Aristote distingue trois catégories de principes.
Les axiomes (''axiômata'') ou principes communs sont des principes qui s’appliquent à toutes les sciences. Le plus fondamental est le principe de non-contradiction (« il est impossible que le même attribut appartienne et n’appartienne pas en même temps au même sujet et sous le même rapport », ''Métaphysique'' Γ, 3, 1005b19-20). Vient ensuite le principe du tiers exclu (« entre deux contradictoires, il n’y a pas de moyen terme »). Aristote considère ces axiomes comme des principes que toute pensée rationnelle présuppose nécessairement : les contester reviendrait à contester la possibilité même de penser et de parler. Il défend le principe de non-contradiction, dans le livre Γ de la ''Métaphysique'', par une ''réfutation dialectique'' de ses adversaires : dès lors que celui qui le conteste « dit quelque chose de déterminé », il présuppose le principe qu’il prétend nier.
Les hypothèses (''hypotheseis'') et les thèses (''theseis'') sont des principes propres à chaque science. Aristote distingue les hypothèses, qui affirment l’existence de certaines entités (les points en géométrie, les unités en arithmétique), et les thèses, qui prennent position sans nécessairement affirmer une existence. En géométrie, l’hypothèse selon laquelle « il existe des points » est un principe que la science ne démontre pas, mais qu’elle pose comme condition de possibilité de ses démonstrations.
Les définitions (''horoi'') sont des énoncés qui disent ce qu’est une chose, son essence (''ti esti''). Aristote consacre une grande partie du livre II des ''Seconds Analytiques'' à examiner si l’essence peut être démontrée. Il conclut négativement : la définition n’est pas une démonstration, parce qu’elle ne procède pas par syllogisme et qu’elle pose plutôt qu’elle ne prouve. Toutefois, certaines définitions peuvent ''découler'' de démonstrations : c’est le cas des définitions causales. La définition du tonnerre, par exemple (« bruit dans les nuages causé par l’extinction du feu »), peut être obtenue à partir d’une démonstration qui établit la cause (l’extinction du feu) du phénomène (le bruit dans les nuages).
====L’unité et la diversité des sciences====
Une thèse importante des ''Seconds Analytiques'' est l’interdiction du passage d’un genre à un autre (''metabasis eis allo genos''). Chaque science se définit par son genre propre (le genre des objets dont elle traite), et elle ne peut emprunter ses principes ou ses démonstrations à une autre science. La géométrie ne peut démontrer une vérité d’arithmétique ; la physique ne peut démontrer une vérité de biologie en utilisant des principes physiques.
Cette règle, expliquée en ''Seconds Analytiques'' I, 7, garantit l’autonomie des sciences. Chaque science a ses propres principes, son propre objet, ses propres méthodes adaptées à la nature de son objet. Comme l’écrira Aristote dans l’''Éthique à Nicomaque'' (I, 3) : il faut chercher dans chaque domaine la précision que cet objet permet ; il serait absurde d’exiger d’un mathématicien la rigueur d’un orateur, et tout aussi absurde d’exiger d’un orateur la précision du mathématicien.
Aristote admet cependant trois exceptions à cette règle d’autonomie. La première est la subordination d’une science à une autre : l’optique est subordonnée à la géométrie, en ce qu’elle utilise les théorèmes géométriques mais les applique à un objet particulier (la lumière). Il ne s’agit pas d’un transfert illicite, parce que la science subordonnée prend ses principes d’une science supérieure dont elle dépend. La deuxième est le partage des axiomes communs : le principe de non-contradiction n’est pas le monopole d’une science particulière, il est utilisé par toutes. Aristote précise toutefois que chaque science l’utilise « dans la mesure » où son objet l’exige. La troisième est l’existence des sciences mixtes (''metaxu'') : l’astronomie mathématique, la mécanique, l’harmonique sont des sciences qui utilisent les mathématiques pour étudier des phénomènes physiques. Ce sont des cas particuliers où la transition d’un genre à un autre est légitime parce que les phénomènes étudiés ont une structure mathématique intrinsèque.
Cette théorie de l’unité-diversité des sciences fonde l’organisation aristotélicienne du savoir. Chaque science possède une méthode adaptée à son objet : les mathématiques procèdent par démonstration nécessaire à partir d’axiomes ; la physique tient compte du changement et des causes naturelles ; la biologie observe les régularités qui se produisent « dans la plupart des cas » (''hôs epi to poly''), formule importante parce qu’elle reconnaît que le vivant n’obéit pas à une nécessité aussi rigoureuse que la matière inerte ; l’éthique et la politique se contentent de vérités qui valent « pour la plupart », parce que leur objet (l’action humaine) est essentiellement contingent.
====La connaissance des principes : induction et intellection====
Si toute science procède de principes indémontrables, comment pouvons-nous connaître ces principes eux-mêmes ? Cette question, posée dès le chapitre 3 du livre I, reçoit sa réponse dans le dernier chapitre des ''Seconds Analytiques'' (II, 19), l’un des textes les plus discutés de l’aristotélisme.
La réponse d’Aristote articule plusieurs étapes. La connaissance des principes ne peut pas être innée (comme le voudrait Platon avec sa théorie de la réminiscence), parce qu’il serait absurde que nous possédions une connaissance plus exacte que la science et que nous l’ignorions. Mais elle ne peut pas non plus naître de rien, parce que toute connaissance présuppose une certaine connaissance préalable.
La solution est qu’il existe en nous une ''capacité'' (''dynamis'') de connaître les principes, capacité qui n’est pas elle-même une connaissance déterminée mais qui se déploie progressivement à partir de la sensation. Aristote décrit ce processus en plusieurs étapes. La sensation (''aisthêsis'') est la base : elle saisit les choses singulières. La sensation laisse des traces qui constituent la mémoire (''mnêmê'') : nous nous souvenons des choses perçues. L’accumulation et l’organisation des souvenirs produisent l’expérience (''empeiria'') : nous reconnaissons des régularités, des cas semblables. À partir de l’expérience se forme l’universel (''katholou'') qui « se repose dans l’âme » et constitue l’art (''technê'') ou la science (''epistêmê'').<ref>Aristote, ''Seconds Analytiques'' II, 19, 100a3-9.</ref>
Aristote compare ce processus, dans une image célèbre, à une armée en déroute : « comme dans une bataille, quand une déroute se produit, un soldat fait halte, puis un autre, puis un autre, jusqu’à ce que se reconstitue le rang originel ». De même, à partir d’une multitude d’impressions sensorielles d’abord confuses, l’âme construit progressivement la saisie de l’universel.
Le terme qu’Aristote emploie pour ce processus est ''epagôgê'', qu’on traduit traditionnellement par induction. Mais Orna Harari a montré, dans une analyse minutieuse, que ce terme a chez Aristote (au moins) deux sens distincts.
Dans un premier sens, l’induction argumentative, ''epagôgê'' désigne un type d’inférence qui établit (ou justifie) une proposition universelle à partir de cas particuliers. C’est l’usage qu’on trouve dans les ''Topiques'' et dans les ''Premiers Analytiques'' II, 23. Cette induction est une ''forme de raisonnement'' qui peut être confrontée au syllogisme.
Dans un second sens, l’induction cognitive ou perceptuelle, ''epagôgê'' désigne un acte cognitif par lequel l’esprit reconnaît dans le particulier l’aspect universel. C’est cet usage qu’on trouve, selon Harari, en ''Seconds Analytiques'' II, 19 et I, 1. Quand Aristote dit que nous saisissons les principes par induction, il ne veut pas dire que nous les ''prouvons'' à partir de cas particuliers ; il veut dire que la perception elle-même, en saisissant un cas particulier, nous ouvre l’accès à l’universel qui s’y manifeste.
La saisie ultime des principes premiers relève d’une faculté qu’Aristote nomme intellect (''nous'') ou intuition intellectuelle. C’est, écrit-il en ''Seconds Analytiques'' II, 19 (100b12), « la disposition par laquelle nous connaissons les principes ». Le ''nous'' est, selon Aristote, supérieur même à la science démonstrative, parce qu’il saisit ce qui rend la science possible. Comme le formule l’''Éthique à Nicomaque'' VI, 6 : « l’intellect a pour objet les principes, dont aucune définition ne peut rendre compte ».
Cette doctrine soulève des difficultés notoires que les commentateurs ont longuement débattues. Comment l’intellect peut-il être à la fois une ''capacité innée'' (en puissance, depuis la naissance) et le ''résultat d’un apprentissage'' (en acte, à partir de l’expérience) ? Comment articuler le rôle de l’induction (qui est un processus discursif) et celui de l’intellect (qui est, selon l’''Éthique à Nicomaque'', ''non discursif'') ? Harari propose une articulation : l’induction est la ''procédure'' qui prépare la saisie ; l’intellect est l’''état cognitif'' qui résulte de cette préparation et qui ''saisit'' effectivement les principes. Les deux sont nécessaires : l’induction sans intellect est aveugle ; l’intellect sans induction n’a pas de matière à saisir.
====Le statut épistémologique des ''Seconds Analytiques'' : démonstration ou méthode ?====
Une question importante, sur laquelle Pellegrin et d’autres commentateurs (Brunschwig, Bronstein) ont insisté, concerne le statut même de la démonstration aristotélicienne. La démonstration est-elle une méthode de découverte, un instrument heuristique pour trouver des vérités nouvelles ? Ou est-elle plutôt la forme canonique du savoir établi, c’est-à-dire la manière dont une science déjà constituée s’expose et se transmet ?
La lecture traditionnelle, dominante depuis l’Antiquité jusqu’à la Renaissance, voyait dans la démonstration une méthode de découverte. La science moderne, à partir de Bacon et de Descartes, a critiqué cette lecture : la démonstration syllogistique, disait Bacon, ne fait que tirer ce qu’on a déjà mis dans les prémisses ; elle ne produit pas de connaissance nouvelle.
La lecture contemporaine, esquissée par Pellegrin et défendue par Bronstein, propose une autre interprétation. La démonstration n’est pas une méthode de ''découverte'', mais la ''forme du savoir scientifique constitué''. Une fois qu’une science a identifié ses principes (par induction et intellection) et a établi les connexions causales entre les phénomènes qu’elle étudie, elle peut ''exposer'' ce savoir sous la forme d’une chaîne de syllogismes démonstratifs. La démonstration est l’organisation rationnelle d’un savoir, son architecture logique, et non pas la procédure par laquelle ce savoir a été acquis.
Cette interprétation a deux mérites. D’abord, elle dissout l’objection baconienne-cartésienne : si la démonstration n’est pas une méthode de découverte, elle ne peut pas être critiquée pour ne pas en être une. Ensuite, elle restitue l’unité du projet aristotélicien : les ''Topiques'' (méthode dialectique de découverte des prémisses), les ''Premiers Analytiques'' (forme générale du syllogisme) et les ''Seconds Analytiques'' (forme spécifique du syllogisme scientifique) ne sont pas des projets disjoints, mais les pièces d’un dispositif où la dialectique fournit les matériaux que la science organise sous forme démonstrative.
====Ce qu’il faut retenir====
Les ''Seconds Analytiques'' développent la théorie de la science démonstrative. La science est connaissance par les causes, certaine et nécessaire ; la démonstration est le syllogisme qui la produit, à six conditions ; le moyen terme est la cause. Les principes (axiomes, hypothèses, définitions) ne sont pas démontrables, et chaque science a son genre propre (interdiction de la ''metabasis''). La connaissance des principes procède par induction sensorielle et culmine dans l’intellect (''nous''). La démonstration s’entend mieux, selon une lecture contemporaine, comme forme du savoir constitué que comme méthode heuristique de découverte.
===Chapitre V. ''Les Topiques'' : l’art de la dialectique===
====La dialectique : définition et statut====
Les ''Topiques'' constituent, selon l’hypothèse défendue notamment par Brunschwig, le traité chronologiquement parmi les plus anciens de l’''Organon'' (bien que l’arrangement andronicien l’ait relégué à la fin). Ils sont consacrés à l’art de la dialectique (''dialektikê''), c’est-à-dire à la pratique de la discussion réglée entre deux interlocuteurs.
Aristote distingue dès le premier chapitre du livre I trois types de raisonnement selon la nature de leurs prémisses. Le syllogisme démonstratif part de prémisses ''vraies et premières'', ou de prémisses qui sont elles-mêmes connues par des prémisses vraies et premières : c’est l’objet des ''Seconds Analytiques''. Le syllogisme dialectique part de prémisses qui sont des opinions valables (''endoxa''), c’est-à-dire « des opinions qui sont admises par tous, ou par la plupart, ou par les sages, et parmi les sages, par tous, ou par la plupart, ou par les plus connus et les plus reconnus ».<ref>Aristote, ''Topiques'' I, 1, 100a29-b23.</ref> Le syllogisme éristique ou sophistique, enfin, part de prémisses qui ''paraissent'' être des opinions valables sans l’être réellement : c’est l’objet des ''Réfutations sophistiques''.
La distinction entre démonstration et dialectique n’est pas une distinction de ''forme'' (les deux sont des syllogismes au sens des ''Premiers Analytiques'') mais de ''matière'' : ce qui les distingue, c’est la nature des prémisses qu’elles utilisent. Cette différence a néanmoins des conséquences importantes. La démonstration vise la connaissance scientifique ; la dialectique vise une argumentation rationnelle dans les domaines où la certitude scientifique n’est pas accessible, c’est-à-dire la grande majorité des domaines de la pensée et de la vie humaine.
====La structure du débat dialectique====
Le débat dialectique aristotélicien possède une structure formellement très précise. Comme l’a montré Brunschwig dans son introduction à l’édition des ''Topiques'' (Belles Lettres), il met en présence deux protagonistes : le questionneur et le répondant.
Le répondant (en grec, ''apokrinomenos'') commence par défendre une thèse, c’est-à-dire une proposition à laquelle il s’engage. Cette thèse peut être affirmative ou négative ; le répondant est libre de la choisir. Une fois la thèse posée, son rôle consiste à la ''défendre'' contre les attaques du questionneur, en accordant ou en refusant les prémisses que celui-ci lui propose.
Le questionneur (en grec, ''erôtôn'') a la tâche la plus lourde : il doit, écrit Brunschwig, « construire une argumentation formellement contraignante, ayant pour prémisses des propositions auxquelles le répondant ne puisse refuser son assentiment, et pour conclusion la proposition contradictoire de celle que soutient le répondant ».<ref>Brunschwig, J., introduction à Aristote, ''Topiques'' (livres I-IV), Les Belles Lettres, 1967, rééd. 2007, p. XXXVIII.</ref> Autrement dit, le questionneur doit ''réfuter'' la thèse du répondant en tirant, à partir de prémisses que le répondant ne peut refuser, la contradictoire de cette thèse.
Cette structure n’est pas un simple jeu : elle est le modèle aristotélicien du débat rationnel. Toute discussion philosophique sérieuse, toute confrontation intellectuelle où l’on cherche à éprouver la solidité d’une opinion, peut être analysée selon ce modèle. Et la fonction des ''Topiques'' est de fournir au questionneur (et secondairement au répondant) un manuel pratique pour mener ce type de discussion avec efficacité.
====Les quatre prédicables====
Avant de présenter les ''topoi'' eux-mêmes, Aristote introduit, au livre I, une distinction importante : celle des quatre prédicables. Quand on attribue un prédicat à un sujet, on peut le faire de quatre manières.
Par accident (''sumbebêkos''), le prédicat n’est ni essentiel au sujet ni de même extension que lui : « Socrate est blanc » ; « blanc » est un accident de Socrate, qui peut être remplacé par un autre attribut sans que Socrate cesse d’être Socrate. Par genre (''genos''), le prédicat est essentiel au sujet mais d’une extension plus large que lui : « Socrate est animal » ; « animal » est le genre auquel appartient l’espèce « homme », et Socrate, en tant qu’homme, hérite de tout ce qui appartient à l’animal. Par propre (''idion''), le prédicat n’est pas essentiel au sujet mais lui est coextensif (il s’applique à tout le sujet et seulement à lui) : « L’homme est rieur » ; être rieur n’entre pas dans la définition de l’homme, mais tout homme est rieur et tout rieur est homme. Par définition (''horos''), enfin, le prédicat est à la fois essentiel et coextensif au sujet : « L’homme est animal raisonnable » ; la définition exprime l’essence de manière exhaustive, en composant le genre et la différence spécifique.
Cette classification fournit un cadre pour organiser les ''topoi''. Les livres II et III des ''Topiques'' sont consacrés aux topoi de l’accident, le livre IV aux topoi du genre, le livre V à ceux du propre, les livres VI et VII à ceux de la définition. Pour chaque type de prédication, on dispose d’arguments qui permettent soit de l’établir soit de la réfuter. Pour démontrer qu’un prédicat est ''accidentel'' à un sujet, par exemple, on n’utilisera pas les mêmes outils que pour démontrer qu’il en constitue le ''genre'' : la stratégie argumentative dépend du type de relation prédicative qu’on cherche à établir ou à contester.
Cette classification aristotélicienne en quatre prédicables sera reprise par Porphyre dans son ''Isagoge'' (introduction aux ''Catégories''), qui en proposera une version à cinq prédicables (genre, espèce, différence, propre, accident). La version à cinq prédicables, qu’on appelle souvent les « cinq voix de Porphyre », a dominé la tradition logique médiévale ; mais le découpage proprement aristotélicien est bien celui à quatre prédicables.
====Les ''topoi'' : qu’est-ce qu’un lieu commun ?====
Le mot grec ''topos'' signifie « lieu », et l’''Aristoteles-Handbuch'' explique l’image : comme un général doit identifier le « lieu » à partir duquel attaquer son adversaire, le dialecticien doit identifier les ''lieux'' d’argumentation à partir desquels il pourra construire ses prémisses. Aristote ne donne nulle part une définition précise du ''topos'', mais on peut le caractériser comme un schéma général d’argumentation sous lequel tombent plusieurs arguments concrets.
Un exemple permet de saisir : le topos du plus et du moins (II, 10). Si ce qui est plus susceptible d’appartenir à quelque chose ne lui appartient pas, ce qui l’est moins ne lui appartiendra pas non plus. À partir de ce schéma général, on peut construire une multitude d’arguments concrets : si même la mer ne te paraît pas froide, comment l’eau de la rivière le serait-elle ? si même Socrate, qui est sage, ne sait pas la solution, comment quelqu’un de moins sage la saurait-il ? Le ''topos'' n’est pas un argument particulier, c’est une matrice qui permet d’engendrer des arguments adaptés à chaque cas.
Aristote présente, dans les ''Topiques'', plusieurs centaines de ''topoi''. Le projet est moins celui d’une théorie systématique que celui d’un manuel pratique : on y trouve des conseils stratégiques (livre VIII) sur la manière de poser les questions, de cacher ses intentions, d’amener progressivement le répondant à accorder les prémisses dont on a besoin.
====Les trois utilités de la dialectique====
Aristote précise, au chapitre 2 du livre I, à quoi sert la dialectique. Il distingue trois utilités. La première est l’entraînement intellectuel (''gymnasia'') : le débat dialectique est un exercice qui forme l’esprit, comme le sport forme le corps ; il habitue à formuler clairement ses idées, à anticiper les objections, à raisonner rapidement. La deuxième concerne les rencontres avec autrui : pour discuter efficacement avec ceux qui n’ont pas reçu de formation philosophique (« les Plusieurs »), il faut pouvoir argumenter à partir de leurs propres opinions, c’est-à-dire à partir des ''endoxa''. La dialectique fournit les outils pour ce type de discussion. La troisième utilité concerne les sciences philosophiques elles-mêmes ; c’est la plus importante et la plus subtile. Aristote affirme que la dialectique permet d’examiner ''critiquement'' (''peirastikê'') les principes des sciences, en confrontant les opinions opposées. Elle permet aussi de parcourir les difficultés (''aporiai'') et de dégager progressivement les principes véritables. Cette méthode est mise en œuvre par Aristote lui-même dans la quasi-totalité de ses traités : il commence presque toujours par exposer les opinions de ses prédécesseurs (les ''endoxa''), il en montre les insuffisances et les contradictions (les ''aporiai''), et il dégage progressivement sa propre position en cherchant à ''préserver'' ce qui était vrai dans les opinions reçues tout en évitant leurs erreurs.
Cette troisième utilité a un poids philosophique particulier. Elle implique que la dialectique n’est pas seulement un instrument de discussion publique, mais un instrument de recherche philosophique. Elle permet d’aborder les principes que la science démonstrative ne peut pas elle-même fonder : comme l’écrit Aristote en ''Topiques'' I, 2, les principes des sciences ne peuvent être tirés des sciences elles-mêmes (puisque les principes sont premiers dans chaque science), mais ce sont seulement les ''endoxa'' qui peuvent y conduire. La dialectique, par son examen critique des opinions reçues, fournit un chemin vers les principes ; chemin qui ne remplace pas l’intuition intellectuelle (''nous'') mais qui la prépare et l’éclaire.
L’''Aristoteles-Handbuch'' formule cette idée de la manière suivante : l’argumentation à partir des ''endoxa'', exercée dans la dialectique, ouvre la seule voie vers la consolidation argumentative des principes, quand bien même ceux-ci auraient été d’abord saisis par voie inductive et noétique. La dialectique aristotélicienne n’est pas une simple sous-discipline de la logique : elle est un mode d’accès à la vérité qui complète la démonstration par le bas (en approchant les principes) et la science par le haut (en discutant leurs présupposés).
====Ce qu’il faut retenir====
Les ''Topiques'' codifient l’art du débat dialectique entre questionneur et répondant. Le syllogisme dialectique part de prémisses simplement probables (''endoxa'') et non de prémisses vraies. Aristote distingue quatre prédicables (accident, genre, propre, définition) qui organisent les centaines de ''topoi'' du traité. La dialectique a trois utilités : entraînement intellectuel, discussion avec autrui, recherche philosophique. Cette dernière utilité est philosophiquement importante : elle permet d’approcher les principes que la science démonstrative présuppose sans pouvoir les fonder.
===Chapitre VI. ''Les Réfutations sophistiques'' : les paralogismes et leur démasquage===
====Le projet des ''Réfutations sophistiques''====
Les ''Réfutations sophistiques'' (''Peri sophistikôn elenchôn'') sont parfois considérées comme un appendice (ou même comme un neuvième livre) des ''Topiques''. Leur projet est complémentaire : alors que les ''Topiques'' enseignent à construire des syllogismes dialectiques ''valides'', les ''Réfutations sophistiques'' étudient les syllogismes qui ''paraissent'' valides sans l’être. Aristote y entreprend une typologie systématique des paralogismes (raisonnements fallacieux) pour permettre au dialecticien de les détecter et de les démasquer.
L’''Aristoteles-Handbuch'' précise le projet : il s’agit pour Aristote de fournir une analyse critique de la pratique argumentative des sophistes. Le sophiste est, pour Aristote (à la suite de Platon), celui qui « se donne l’apparence de la sagesse sans l’être réellement » et qui « gagne son argent avec l’apparence de la sagesse ». Pour produire cette apparence, le sophiste utilise des paralogismes, c’est-à-dire des raisonnements qui ressemblent à des syllogismes valides sans en être réellement.
====Les six sophismes liés au langage====
Aristote distingue treize types de sophismes, qu’il classe en deux catégories. Six dépendent du langage (''para tên lexin''), sept en sont indépendants.<ref>Aristote, ''Réfutations sophistiques'' 4, 165b23-166b19. Voir Dorion, L.-A., ''Les Réfutations Sophistiques d’Aristote'', Paris, Vrin, 1995.</ref>
Les six sophismes liés au langage sont d’abord l’''homonymie'', qui exploite l’ambiguïté d’un mot ayant plusieurs sens : « Le chien aboie ; or la canicule est un chien (en grec, ''kuôn'' signifie à la fois le chien et la constellation du Chien) ; donc la canicule aboie. » Vient ensuite l’''amphibologie'', qui repose sur l’ambiguïté syntaxique d’une phrase : « Je veux que vous capturiez les ennemis » peut signifier « je veux que ce soit vous qui capturiez les ennemis » ou « je veux que les ennemis soient capturés par vous ». Le sophisme de la ''composition'' consiste à confondre un sens où plusieurs termes sont pris ensemble et un sens où ils sont pris séparément. L’exemple d’Aristote : « Il est possible de se tenir debout pendant qu’on est assis » peut signifier soit qu’il est possible d’être à la fois assis et debout au même moment (sens composé, faux), soit qu’il est possible, pour quelqu’un actuellement assis, de se tenir debout à un autre moment (sens divisé, vrai). Le sophisme de la ''division'' procède à la confusion inverse, en prenant séparément ce qui doit être pris ensemble. Le sophisme de l’''accentuation'' joue sur une ambiguïté qui repose sur la prononciation, l’accent ou la quantité des syllabes. Enfin, le sophisme de la ''forme de l’expression'' confond des expressions qui ont la même forme grammaticale mais relèvent de catégories différentes : on peut par exemple traiter « courir » comme s’il désignait une qualité quand il désigne en réalité une action.
====Les sept sophismes hors du langage====
Les sept sophismes qui ne dépendent pas du langage sont les suivants.
Le sophisme de l’''accident'' confond ce qui est attribué à un sujet de manière essentielle et ce qui ne lui est attribué que de manière accidentelle. L’exemple classique d’Aristote : « Coriskos est différent de Socrate ; or Socrate est un homme ; donc Coriskos est différent d’un homme. » Le paralogisme consiste à transférer la différence entre Coriskos et Socrate (en tant qu’individus) à la relation entre Coriskos et l’humanité, comme si le fait que Socrate soit un homme rendait toute différence d’avec Socrate une différence d’avec l’humanité.
Le ''passage du qualifié à l’absolu'' (''secundum quid'') confond ce qui est vrai sous un certain rapport et ce qui est vrai absolument : « L’Éthiopien est blanc des dents ; donc l’Éthiopien est blanc. »
L’''ignorance de la réfutation'' (''ignoratio elenchi'') consiste à produire une réfutation qui ne réfute pas vraiment la thèse adverse, parce qu’elle ne porte pas exactement sur la même chose, ou ne respecte pas les conditions de la véritable contradiction.
La ''pétition de principe'' (''petitio principii'') suppose dans les prémisses ce qu’on prétend démontrer dans la conclusion.
Le ''faux enchaînement'' consiste à prendre pour cause ce qui n’est pas la cause. C’est le sophisme du ''non causa pro causa'', particulièrement répandu dans les ''reductio ad impossibile'' mal conduits.
La ''prise de l’antécédent comme conséquent'' infère « si A alors B ; or B ; donc A » (qui est formellement invalide). L’''Aristoteles-Handbuch'' en donne un exemple éclairant : si l’interlocuteur a admis que la terre est mouillée, le sophiste en conclut faussement qu’il a plu ; il a tacitement renversé la véritable relation de conséquence (« s’il a plu, la terre est mouillée ») en la pseudo-relation (« si la terre est mouillée, il a plu »).
La ''réunion de plusieurs questions en une'', enfin, consiste à poser une question complexe (« Avez-vous cessé de battre votre femme ? ») où une réponse unique implique des concessions sur plusieurs points distincts.
====La réduction à l’''ignoratio elenchi''====
Un point important, souvent négligé, est qu’Aristote affirme, au chapitre 6 des ''Réfutations'', que tous les treize types de sophismes peuvent être ramenés à un seul : l’ignorance de la réfutation (''ignoratio elenchi''). Pour chacune des treize espèces, la cause de la tromperie peut être analysée comme une méconnaissance de ce qu’est une véritable réfutation.
Une réfutation authentique exige que le syllogisme conclue à la ''contradictoire exacte'' de la thèse adverse, c’est-à-dire qu’il porte sur le même sujet, sous le même rapport, dans le même sens des termes, etc. Les sophismes manquent toujours, d’une manière ou d’une autre, à l’une de ces conditions : ils produisent une apparente contradiction qui n’est pas une véritable contradiction. C’est pourquoi la définition rigoureuse de la contradiction (que le ''De interpretatione'' avait déjà élaborée) est la clef de la détection de tous les paralogismes.
====Logique et défense de la rationalité====
Au-delà de son utilité technique, l’étude des sophismes a une portée philosophique propre. Elle implique qu’il existe des règles objectives du raisonnement correct, indépendantes de l’habileté rhétorique de celui qui argumente. Cette thèse a été souvent lue, dans la tradition interprétative, comme une réponse au relativisme attribué aux sophistes (relativisme dont Protagoras est le représentant emblématique).
Une partie de la recherche contemporaine nuance cependant cette lecture. Comme l’a montré L.-A. Dorion dans son étude sur la dialectique aristotélicienne, la « réponse aux sophistes » n’est pas un combat frontal contre des adversaires identifiés, mais une délimitation du domaine de la science par rapport à celui de l’argumentation persuasive. Aristote ne prétend pas réfuter le sophiste ; il prétend établir les conditions minimales pour qu’un discours rationnel soit possible. Comme dans la défense du principe de non-contradiction au livre Γ de la ''Métaphysique'', il s’agit moins de démontrer une thèse que de montrer que toute pensée présuppose certains principes faute de quoi elle s’effondre dans l’inintelligibilité.
C’est en ce sens que les ''Réfutations sophistiques'' ne sont pas un appendice mineur, mais une pièce nécessaire de l’''Organon'' : elles défendent la rationalité elle-même contre ses propres dégradations possibles. La logique aristotélicienne n’est pas seulement une théorie du raisonnement valide ; elle est aussi une éthique du raisonnement, qui distingue la recherche honnête de la vérité de la manipulation rhétorique des esprits.
====Ce qu’il faut retenir====
Les ''Réfutations sophistiques'' classent treize types de paralogismes (six liés au langage, sept indépendants du langage) et les ramènent tous à un seul, l’ignorance de la réfutation. Le traité défend les conditions minimales du discours rationnel et complète, par leur démasquage, la théorie du raisonnement valide exposée dans les autres traités de l’''Organon''.
===Conclusion. Postérité et lectures contemporaines de l’''Organon''===
====Continuités et transformations====
L’''Organon'' a fourni, pendant deux millénaires, le modèle dominant de la rationalité occidentale. Les ''Éléments'' d’Euclide, avec leur méthode axiomatique-déductive, ont été lus dans la tradition comme un exemple privilégié d’organisation déductive du savoir, en consonance avec l’idéal aristotélicien de science (sans qu’il faille pour autant supposer qu’Euclide ait composé son ouvrage en application directe du programme aristotélicien). La théologie scolastique médiévale, des grands commentateurs arabes (Al-Farabi, Avicenne, Averroès) à Thomas d’Aquin, a fait du syllogisme et de la démonstration les instruments fondamentaux de la pensée rationnelle. Les universités européennes, jusqu’au XVII{{e}} siècle, ont enseigné la logique sur la base des traités aristotéliciens.
La révolution scientifique moderne a ébranlé cet édifice. Bacon, dans le ''Novum Organum'' (1620, dont le titre même est un défi à Aristote), dénonce la stérilité de la logique syllogistique : elle ne fait que tirer ce qu’on a déjà mis dans les prémisses, elle ne produit pas de connaissance nouvelle. Descartes, dans le ''Discours de la méthode'', reproche au syllogisme de servir « plutôt à expliquer à autrui les choses qu’on sait, ou même à parler sans jugement de celles qu’on ignore, qu’à les apprendre ». La science moderne, avec son recours à l’expérimentation, à l’hypothèse provisoire, à la méthode hypothético-déductive, semble s’écarter résolument du modèle aristotélicien.
Cette rupture, longtemps présentée comme totale, est aujourd’hui nuancée par la recherche contemporaine. Comme le rappelle Pellegrin, la transition vers la science moderne combine continuités, relectures et oppositions plutôt qu’une opposition unilatérale. Les scolastiques tardifs (Zabarella, Pacius) avaient déjà élaboré, à l’intérieur du cadre aristotélicien, des distinctions méthodologiques (entre démonstration ''quia'' et démonstration ''propter quid'', entre méthode résolutive et méthode compositive) qui annoncent les analyses modernes.
====Les apports durables de la logique aristotélicienne====
Quelles que soient les critiques adressées à la logique aristotélicienne, son apport historique reste considérable.
Premièrement, Aristote a établi pour la première fois les règles de la déduction valide. Il a distingué clairement la ''forme'' du raisonnement (qui détermine sa validité) de sa ''matière'' (qui détermine la vérité de ses prémisses). Cette distinction, qui paraît aujourd’hui évidente, a constitué un acquis durable de la philosophie.
Deuxièmement, Aristote a montré la nécessité des principes premiers. Toute chaîne de justification doit s’arrêter quelque part, faute de quoi elle régresse à l’infini ou se mord la queue. Cette analyse du « trilemme d’Agrippa » avant l’heure est l’une des contributions les plus profondes des ''Seconds Analytiques'' à la théorie de la connaissance.
Troisièmement, sa conception de l’explication scientifique comme connaissance des causes (''hoti'' contre ''dioti'') continue de nourrir la réflexion contemporaine en philosophie des sciences. Les analyses contemporaines de l’explication scientifique (Hempel, Salmon, Woodward) peuvent être mises en dialogue avec les distinctions aristotéliciennes.
Quatrièmement, sa logique modale, longtemps négligée, a connu un renouveau avec le développement des logiques modales contemporaines (Kripke, Hintikka). La distinction entre modalité ''de dicto'' et ''de re'', déjà esquissée chez Aristote selon Patterson, est au cœur des débats actuels en métaphysique modale.
Cinquièmement, sa réflexion sur les futurs contingents a inspiré toute une famille de logiques non classiques (Łukasiewicz, Prior, logiques temporelles) qui formalisent l’idée d’une suspension de la bivalence pour les énoncés sur l’avenir.
====Aristote dans la philosophie analytique contemporaine====
La philosophie analytique du XX{{e}} siècle, après une longue phase de scepticisme à l’égard de la logique aristotélicienne (Russell, dans ses premiers travaux, jugeait la syllogistique aristotélicienne sans intérêt logique réel), a redécouvert la richesse de l’''Organon''. Les travaux de Łukasiewicz, Patzig, Lear, Patterson, Crivelli, Malink, Bronstein, Harari ont rendu à la logique aristotélicienne sa profondeur conceptuelle.
Plusieurs lignes de recherche méritent d’être signalées. La première concerne les rapports entre logique et métaphysique chez Aristote. Comme le montrent Patterson pour la logique modale et Harari pour la théorie de la démonstration, la logique aristotélicienne n’est pas une logique formelle abstraite, mais une logique ancrée dans une métaphysique des essences, des substances et des causes. Cette articulation, longtemps tenue pour une faiblesse, apparaît aujourd’hui comme une originalité féconde, en consonance avec les essentialismes contemporains (Kripke, Putnam, Fine).
La deuxième concerne les rapports entre dialectique et science. Pellegrin, Brunschwig, Berti, Crubellier ont montré que la dialectique aristotélicienne n’est pas une simple discipline subordonnée à la science, mais un mode d’accès à la vérité qui complète la démonstration et qui prépare la saisie des principes. Cette réhabilitation de la dialectique a des résonances avec les approches contemporaines de l’épistémologie, qui reconnaissent le rôle des présuppositions, des controverses et de la discussion dans l’élaboration des connaissances.
La troisième concerne les rapports entre langage, pensée et réalité. Le triangle sémiotique du ''De interpretatione'', la doctrine des catégories comme genres de l’être, l’analyse de la prédication, ont été réexaminés par la philosophie analytique du langage et par l’ontologie contemporaine.
====Bilan====
L’''Organon'' d’Aristote n’est pas un monument figé : c’est un ensemble vivant de questions, de distinctions et d’arguments qui continue de nourrir la pensée philosophique. Sa lecture exige une triple attention : à la ''lettre'' du texte, qui est souvent dense et elliptique ; à la ''tradition'' interprétative, qui en a sédimenté les significations ; et à la ''recherche contemporaine'', qui en renouvelle les enjeux. C’est par cette triple attention que l’''Organon'' peut être restitué dans sa fécondité, comme l’œuvre d’un penseur qui, plus de vingt-trois siècles après sa mort, continue de nous apprendre comment penser.
== La philosophie de la nature ==
=== Introduction générale : qu'est-ce que la « philosophie de la nature » chez Aristote ? ===
Avant d'entrer dans le détail des doctrines, il convient de poser ce que recouvre, chez Aristote, l'expression de « philosophie de la nature ». Le malentendu est en effet grand pour le lecteur moderne, habitué à entendre par « physique » une science mathématisée des phénomènes matériels, héritière de Galilée et de Newton. Or la ''phusikê'' aristotélicienne ne procède ni par mathématisation des phénomènes, ni par expérimentation provoquée. Elle se présente comme une enquête conceptuelle sur les êtres qui possèdent en eux-mêmes un principe interne de mouvement et de repos, ce qu'Aristote appelle les ''phusei onta'' ou « êtres par nature »<ref>Aristote, ''Physique'', II, 1, 192b13-23. Pour une introduction d'ensemble : Christopher Shields (éd.), ''The Oxford Handbook of Aristotle'', Oxford, Oxford University Press, 2012, partie III ; Andrea Falcon, ''Aristotle and the Science of Nature : Unity Without Uniformity'', Cambridge, Cambridge University Press, 2005.</ref>.
Cette enquête forme un ensemble cohérent qui s'organise selon une hiérarchie de généralité. La ''Physique'' en huit livres pose les principes les plus généraux : la définition même de la nature, des causes, du mouvement, du temps, du lieu, de l'infini ; le livre VIII conduit, par voie de raisonnement, à un principe immobile du mouvement<ref>Aristote, ''Physique'', VIII, 1-10 ; sur l'unité du livre VIII et sa relation avec la ''Métaphysique'' Λ, voir Sarah Broadie, « Que fait le premier moteur d'Aristote ? », ''Revue philosophique de la France et de l'étranger'', 1993, et l'article « Aristotle's Natural Philosophy » de la ''Stanford Encyclopedia of Philosophy''.</ref>. Le ''De caelo'' ou ''Du ciel'' descend d'un degré et étudie le cosmos dans sa structure générale : la sphère céleste et son cinquième élément, la Terre au centre du monde, les quatre éléments sublunaires et leurs mouvements naturels. Le ''De generatione et corruptione'' poursuit en examinant les transformations mutuelles des éléments et la naissance des corps composés. Les ''Météorologiques'' étudient tous les phénomènes qui se produisent entre la Terre et la sphère lunaire : pluie, vents, comètes, tremblements de terre, mers et fleuves. Le ''De anima'' traite enfin de l'âme comme principe des êtres vivants, et les ''Parva naturalia'' développent les fonctions vitales particulières (sensation, mémoire, sommeil, longévité, respiration). La biologie d'Aristote (''Histoire des animaux'', ''Parties des animaux'', ''Génération des animaux'', ''Mouvement des animaux'') constitue le sommet appliqué de cet édifice, mais elle a fait l'objet d'un commentaire séparé qui n'est pas repris ici.
Comme le souligne Pierre-Marie Morel dans son introduction au volume ''Aristote et la notion de nature'', la recherche contemporaine prête une attention renouvelée aux différents aspects de la philosophie aristotélicienne de la nature comme science et à sa place, centrale, dans l'ensemble du système<ref name="morel">Pierre-Marie Morel (éd.), ''Aristote et la notion de nature : Enjeux épistémologiques et pratiques'', Bordeaux, Presses Universitaires de Bordeaux, 1997, introduction.</ref>. La ''phusis'' n'est pas chez Aristote un domaine régional : elle constitue le paradigme à partir duquel se pense l'unité du réel, ce que confirme le fait que la métaphysique elle-même, dans les livres centraux, prenne pour modèle d'analyse la substance naturelle. Comme le rappelle encore Morel, reconnaître l'unité première du concept de ''phusis'' permet d'en apprécier la polysémie et la portée, en adoptant une pluralité d'approches<ref name="morel" />.
L'intérêt philosophique de l'entreprise dépasse son intérêt historique. La philosophie de la nature aristotélicienne offre un modèle d'intelligibilité non réductionniste : elle prend les phénomènes au sérieux dans leur complexité propre, refuse de les ramener à un substrat homogène, et reconnaît à chaque niveau de réalité ses principes propres. Cette posture explique le retour contemporain à Aristote dans des domaines aussi divers que la philosophie de la biologie, la philosophie de l'esprit ou l'éthique des vertus<ref>Sur l'actualité de la philosophie naturelle d'Aristote, voir Mariska Leunissen, ''Explanation and Teleology in Aristotle's Science of Nature'', Cambridge, Cambridge University Press, 2010, ainsi que James G. Lennox, ''Aristotle's Philosophy of Biology'', Cambridge, Cambridge University Press, 2001.</ref>.
=== Première partie. La ''Physique'' : les principes du mouvement et du changement ===
==== Chapitre I. La nature (''phusis'') comme principe interne de mouvement ====
===== 1.1. Le texte fondateur : ''Physique'' II, 1 =====
C'est au début du livre II de la ''Physique'' qu'Aristote livre sa définition canonique de la nature : « la nature est principe et cause de mouvement et de repos pour la chose en laquelle elle se trouve immédiatement, par soi et non par accident »<ref>Aristote, ''Physique'', II, 1, 192b21-23. Pour une analyse détaillée du chapitre, voir William Charlton, ''Aristotle's Physics, Books I and II'', Oxford, Clarendon Press, 1992, p. 88-92, ainsi que les essais réunis par Lindsay Judson, ''Aristotle's Physics : A Collection of Essays'', Oxford, Clarendon Press, 1991.</ref>. Cette formule, d'apparence simple, contient en germe toute la philosophie de la nature aristotélicienne. Il faut en peser chaque mot.
« Principe et cause » : la nature n'est pas une chose, mais un ''principe'', c'est-à-dire un point de départ, une source intelligible des phénomènes. Elle est « cause » au sens où Aristote distingue quatre types de causalité, sur lesquels nous reviendrons.
« De mouvement et de repos » : la ''kinêsis'' aristotélicienne ne se restreint pas au déplacement local, mais englobe toutes les formes de changement : génération, corruption, croissance, altération, déplacement. Le repos n'en est pas le simple contraire ; il est l'état d'achèvement où la nature se trouve enfin pleinement actualisée, ou l'état précaire d'un être qui ne peut plus changer.
« Pour la chose en laquelle elle se trouve immédiatement » : ce qui est par nature porte en soi son principe de changement. Une plante ne croît pas parce qu'on la pousse à croître, mais parce qu'elle possède en elle-même la capacité de croître. Les graines, à condition de trouver les éléments matériels nécessaires, deviennent par elles-mêmes des arbres.
« Par soi et non par accident » : un médecin peut, certes, se soigner lui-même ; mais il le fait alors « par accident », au sens où ce n'est pas en tant que médecin (en tant que possédant son art à l'extérieur de soi) qu'il se soigne, mais en tant que matière passible de l'art médical. Au contraire, un être naturel se modifie de l'intérieur, en vertu de ce qu'il est essentiellement.
===== 1.2. L'opposition naturel / artificiel =====
L'exemple classique du lit éclaire cette définition. Si l'on plante en terre un lit en bois et qu'il en sorte quelque chose, ce sera du bois (un rejeton naturel issu de la matière du lit), non un autre lit<ref>Aristote, ''Physique'', II, 1, 193a12-17.</ref>. Le bois, en effet, possède en lui-même un principe de croissance ; le lit, en revanche, n'est qu'un agencement extérieur imposé par l'art du menuisier. Cet exemple, qu'Aristote reprend de manière insistante, ne vise pas à dévaloriser l'art (la ''technè'' a une dignité propre) mais à délimiter avec netteté le champ de la nature.
Dans les ''phusei onta'', le principe du mouvement est intérieur ; dans les artefacts, il est extérieur. Cette distinction commande l'autonomie de la science physique : si tous les changements étaient l'effet de causes externes (un démiurge, des Idées séparées), il n'y aurait pas de physique au sens propre, mais une cosmologie théologique. La physique aristotélicienne ne nie pas l'existence d'un principe immobile (le livre VIII y conduira inéluctablement), mais elle commence par reconnaître la consistance propre du domaine naturel.
===== 1.3. L'homologie nature / art et la formule « l'art imite la nature » =====
Aristote n'oppose toutefois pas brutalement nature et art. Une homologie subtile les rapproche : tous deux produisent des choses, tous deux mettent en œuvre des fins, tous deux articulent matière et forme. C'est pourquoi la formule fameuse « l'art imite la nature » (''hê technê mimeitai tên phusin'') peut, sans paradoxe, faire de la ''phusis'' le modèle de toute ''technè''<ref>Aristote, ''Physique'', II, 8, 199a15-17. La formulation complète distingue deux fonctions de l'art par rapport à la nature : l'achèvement et l'imitation.</ref>. La formule complète d'Aristote est d'ailleurs plus nuancée : « l'art tantôt achève ce que la nature est incapable de mener à terme, tantôt l'imite ». L'art n'est donc pas pure imitation, mais collaboration et continuation de la nature.
L'analyse fine de cette formule, comme le montre Alain Petit dans le volume Morel<ref>Alain Petit, « Forme et nature, ou comment l'art imite la nature », dans P.-M. Morel (éd.), ''Aristote et la notion de nature'', op. cit., p. 51-66.</ref>, soulève une difficulté centrale : Aristote prête-t-il à la nature une finalité « objective », sur le modèle d'une démiurgie cachée, ou bien la « ressemblance » de l'art et de la nature signifie-t-elle simplement que la nature, en tant qu'elle s'achemine régulièrement vers un état d'achèvement, présente une intelligibilité analogue à celle de l'art ? Les commentateurs récents ont insisté sur le caractère non-intentionnel de la téléologie aristotélicienne : la nature ne se ''propose'' pas une fin, comme un artisan se proposerait de fabriquer une statue ; elle s'achemine vers un état d'achèvement qui ''est'' sa fin.
Cette précision importe pour le lecteur moderne : ne projetons pas sur Aristote une « finalité divine » externe, comme celle du Dieu artisan platonicien du ''Timée''. Chez Aristote, la finalité est immanente à chaque être ; elle s'identifie à sa forme et coïncide, dans l'achèvement, avec elle. Comme l'écrit Morel, « la nature ne tend pas seulement vers une fin, elle réalise une fin »<ref name="morel" />, mais elle la réalise sans représentation, sans visée intentionnelle, par sa seule structure interne.
===== 1.4. La nature : forme ou matière ? =====
''Physique'' II, 1 pose une autre question : faut-il identifier la nature à la matière (comme le voulaient les premiers physiologues, Thalès, Anaximène, Héraclite) ou à la forme ? Aristote tranche en faveur de la forme, mais n'élimine pas la matière. Il y a deux raisons à cela.
D'une part, la matière est ce qui sous-tend (''hupokeimenon'') tout changement : sans matière, pas de génération possible. La matière est principe au sens où elle est cette part d'indétermination grâce à laquelle un être peut devenir autre.
D'autre part, et plus profondément, la nature comme principe est davantage la forme que la matière, car c'est la forme qui définit ce qu'une chose ''est'' et vers quoi elle s'achemine. La graine n'est pas pleinement la nature du chêne ; le chêne adulte, qui réalise pleinement sa forme spécifique, l'est davantage. Comme l'indique Aristote, « la nature entendue comme devenir est un passage à la nature en tant que telle » (''hê phusis hê legomenê hôs genesis hodos estin eis phusin'')<ref>Aristote, ''Physique'', II, 1, 193b12-13.</ref>. Le devenir est mouvement ''vers'' la nature pleinement réalisée.
Cette tension entre nature comme forme et nature comme processus fait toute la richesse de la notion. Elle commande aussi l'organisation des recherches ultérieures. Si la nature était simple matière, il faudrait s'en tenir à un examen quantitatif. Si elle était pure forme, il faudrait s'en tenir à un examen logique des essences. Mais parce qu'elle est forme ''en train de se réaliser dans la matière'', la science physique requiert une articulation des deux points de vue.
===== 1.5. La nature, principe « passif » de mouvement ? =====
Bernard Besnier a soulevé, dans le volume Morel, une question subtile mais qui pèse lourd dans l'économie du système : si la nature est principe de mouvement, est-elle pour autant l'agent du mouvement ? Une lecture rapide laisserait croire que tout être naturel est ''automoteur'', c'est-à-dire qu'il se meut lui-même. Mais Aristote refuse cette conséquence : les êtres naturels ne se meuvent pas tous eux-mêmes, et notamment les éléments simples ne se meuvent pas eux-mêmes (un caillou ne décide pas de tomber).
D'où la suggestion de Besnier : la nature serait principe ''passif'' de mouvement, c'est-à-dire principe par lequel un être est ''susceptible'' de subir tel ou tel mouvement conforme à sa nature, lorsqu'un agent extérieur le met en branle<ref>Bernard Besnier, « La nature comme principe passif de mouvement », dans P.-M. Morel (éd.), ''Aristote et la notion de nature'', op. cit., p. 27-49.</ref>. Le caillou, par sa nature, ''est apte à'' tomber ; quand on retire ce qui le retenait, il tombe. Cette lecture, qui sauve la cohérence avec le principe « tout ce qui est mû est mû par autre chose » (livre VII), explique aussi pourquoi la définition aristotélicienne du mouvement, au livre III, recourt aux concepts d'acte et de puissance plutôt qu'à celui de simple agent.
==== Chapitre II. Les principes du devenir : substrat, forme, privation ====
===== 2.1. Le programme de ''Physique'' I =====
Avant de définir le mouvement, Aristote consacre le livre I de la ''Physique'' à élucider les principes du devenir. La question est ancienne : depuis Parménide, qui niait toute génération au nom du principe que rien ne saurait venir du non-être, la philosophie grecque butait sur l'aporie du changement. Aristote ne cherche pas à réfuter Parménide par l'expérience (ce serait, dit-il, comme tenter de prouver à un aveugle l'existence des couleurs) : Parménide se place hors du domaine de la physique. Il s'agit plutôt de montrer que la notion de changement est cohérente, dès lors qu'on distingue convenablement ses principes<ref>Aristote, ''Physique'', I, 2, 184b25-185a20. Pour une discussion approfondie, voir le volume collectif Katerina Ierodiakonou, Paul Kalligas et Vassilis Karasmanis (éd.), ''Aristotle's Physics Alpha : Symposium Aristotelicum'', Oxford, Oxford University Press, 2019.</ref>.
L'analyse aristotélicienne, déployée aux chapitres 6 à 9 du livre I, identifie trois principes pour rendre compte de tout changement : le substrat (''hupokeimenon''), la forme (''morphê'' ou ''eidos'') et la privation (''sterêsis''). Lorsqu'un homme devient musicien, c'est l'homme qui est le substrat ; la musicalité est la forme acquise ; et la non-musicalité antérieure est la privation. Sans le substrat, on ne pourrait dire « cet homme est devenu musicien » : il n'y aurait que substitution, et non changement véritable. Sans la privation, la forme nouvelle ne serait pas « nouvelle ». Sans la forme, il n'y aurait rien de gagné.
===== 2.2. Comment échapper à Parménide =====
La force de cette analyse tient à la solution qu'elle apporte au paradoxe éléate. Parménide demandait : quand quelque chose vient à l'être, vient-il du non-être (auquel cas il vient de rien) ou de l'être (auquel cas il était déjà) ? Aristote répond par une distinction. Le devenir ne procède pas du non-être absolu, mais du non-être ''relatif'' à une forme déterminée, c'est-à-dire de la privation. Le musicien ne vient pas de rien : il vient de l'homme non-musicien. Et il ne vient pas non plus de quelque chose qui était déjà actuellement musicien : il vient d'un substrat qui était musicien ''en puissance''. Voilà introduit, en filigrane, le couple acte / puissance qui sera développé en détail au livre III et au livre IX de la ''Métaphysique''<ref>Aristote, ''Physique'', III, 1-3 ; ''Métaphysique'', Θ (IX). Voir l'édition Tricot (Paris, Vrin, plusieurs rééditions).</ref>.
===== 2.3. La matière connue par analogie =====
Mais qu'est-ce, plus précisément, que ce substrat ? Aristote distingue deux acceptions. Dans le cas où le changement n'est qu'accidentel (un homme devient musicien), le substrat est la chose elle-même (l'homme), qui demeure dans son essence. Dans le cas où le changement est substantiel (un être nouveau apparaît, comme dans la naissance), le substrat est plus difficile à saisir : c'est la matière elle-même, considérée non comme tel ou tel matériau particulier (le bronze, le bois) mais comme ce qui, n'étant pas encore tel ou tel être déterminé, est en puissance d'être déterminé.
Cette « matière première » est connue, dit Aristote, ''par analogie''<ref>Aristote, ''Physique'', I, 7, 191a8-12.</ref> : ce que la matière est pour la forme dans le devenir d'une statue, c'est ce qu'elle est, plus généralement, dans tout devenir. Le concept échappe ainsi à la saisie directe, comme tout ce qui n'est pas pleinement actuel. Cette indétermination fait scandale aux modernes, qui aimeraient tenir entre leurs mains une matière première mesurable. Mais elle est la condition même de la possibilité du changement : si la matière était dès le départ pleinement déterminée, elle ne pourrait recevoir de nouvelles déterminations.
==== Chapitre III. Les quatre causes ====
===== 3.1. La doctrine canonique : ''Physique'' II, 3 et 7 =====
Comprendre un être naturel, c'est en connaître les causes. Or il y a, selon Aristote, quatre acceptions du mot « cause ». Cette doctrine, exposée en ''Physique'' II, 3 et reprise en ''Métaphysique'' A, 3 et Δ, 2, structure toute la pensée aristotélicienne de la nature<ref>Aristote, ''Physique'', II, 3, 194b16-195a3 ; ''Métaphysique'', A, 3, 983a24-b6. Voir R. J. Hankinson, ''Cause and Explanation in Ancient Greek Thought'', Oxford, Clarendon Press, 1998, chap. 4-5.</ref>.
La cause matérielle est ce dont une chose est faite : le bronze pour la statue, le bois pour le lit, les briques et les pierres pour la maison. Elle répond à la question : « de quoi ? »
La cause formelle est l'essence ou la définition de la chose, ce qui fait qu'elle est ce qu'elle est. La forme de la statue d'Hermès n'est pas le bronze, mais la configuration qui lui donne sa figure et sa signification. Elle répond à la question : « qu'est-ce que c'est ? »
La cause efficiente est le « ce d'où vient le commencement du changement » : le sculpteur qui produit la statue, le père qui engendre l'enfant, le médecin qui guérit. Elle répond à la question : « par qui ? » ou « par quoi ? »
La cause finale est « ce en vue de quoi » la chose existe ou s'opère : la santé pour la promenade, l'ornement du temple pour la statue, la maturité pour la croissance. Elle répond à la question : « pour quoi ? »
===== 3.2. La coïncidence des causes formelle, efficiente et finale =====
Ces quatre causes ne sont pas mutuellement exclusives. Au contraire, dans bien des cas, plusieurs causes coïncident. Aristote insiste sur ce point : dans la génération naturelle, la cause formelle, la cause efficiente et la cause finale se rejoignent dans la même forme spécifique<ref>Aristote, ''Physique'', II, 7, 198a24-27.</ref>. C'est l'homme adulte (forme actuelle) qui engendre l'homme à venir (cause efficiente), et c'est vers la forme d'homme adulte que tend l'embryon (cause finale). On pourrait dire, avec une formulation contemporaine, que la forme spécifique fonctionne comme une ''attractrice'' du processus génératif : elle est ce qui structure le développement à chaque étape.
Seule la cause matérielle reste, en un sens, distincte : elle est ce dans quoi la forme s'inscrit, mais elle est dirigée par elle. Dans le vocabulaire aristotélicien, la matière est « en puissance » ce que la forme est « en acte ».
===== 3.3. La nécessité hypothétique =====
Cette subordination de la matière à la forme commande une thèse de portée durable : la nécessité dans la nature n'est pas pure nécessité matérielle, mais nécessité ''hypothétique'' (''ex hupotheseôs''). La formule signifie ceci : si une fin doit être atteinte, alors certaines conditions matérielles doivent être remplies. Une scie, pour scier, doit être en fer ou en un matériau dur ; non parce que le fer engendre la scie, mais parce que la fonction (scier) requiert un matériau capable de la remplir. De même, un œil, pour voir, doit avoir telle structure de l'humeur cristalline ; non parce que cette structure produit la vision, mais parce que la vision la requiert<ref>Aristote, ''Physique'', II, 9, 199b34-200b8 ; ''Parties des animaux'', I, 1, 639b21-640a10. Voir Allan Gotthelf, ''Teleology, First Principles, and Scientific Method in Aristotle's Biology'', Oxford, Oxford University Press, 2012, chap. 1, pour une analyse rigoureuse de la finalité aristotélicienne comme thèse explicative.</ref>.
La nécessité hypothétique inverse ainsi la lecture matérialiste : ce n'est pas la matière qui détermine la forme, mais la forme qui détermine ce qu'il faut de matière. Cela ne signifie pas que la matière soit indifférente, ni que la nécessité matérielle ne joue aucun rôle. Aristote reconnaît qu'il y a, dans la nature, des effets qui résultent des seules propriétés de la matière (la couleur des yeux, par exemple, peut être indifférente à la fonction visuelle). Mais le schéma général est celui d'une finalité qui sélectionne et oriente la matière.
===== 3.4. La téléologie aristotélicienne et ses interprétations =====
La téléologie aristotélicienne a été l'objet de débats acharnés, depuis l'Antiquité jusqu'à nos jours. Trois grandes interprétations s'affrontent.
L'interprétation forte, traditionnelle, prête à la nature une finalité « objective » qui structure réellement les processus, sans pour autant impliquer une intention consciente. C'est la position que défendent, parmi les contemporains, Allan Gotthelf et Mariska Leunissen<ref>Voir notamment Mariska Leunissen, ''Explanation and Teleology in Aristotle's Science of Nature'', op. cit., et son article dans Christof Rapp, Klaus Corcilius (dir.), ''Aristoteles-Handbuch'', Stuttgart, J. B. Metzler, 2021. Pour Gotthelf, voir l'ouvrage déjà cité.</ref>. Pour eux, la téléologie n'est pas une simple façon de parler, mais la meilleure explication des régularités observables dans la nature, en particulier dans le vivant.
L'interprétation déflationniste, défendue par Wolfgang Wieland dans son ouvrage classique de 1962, voit dans la téléologie aristotélicienne un « facteur d'intelligibilité » plutôt qu'une thèse métaphysique forte : Aristote n'attribuerait pas à la nature une visée au sens propre, mais utiliserait le vocabulaire finaliste comme cadre d'explication<ref>Wolfgang Wieland, ''Die aristotelische Physik'', Göttingen, Vandenhoeck & Ruprecht, 1962.</ref>. Cette lecture, qui a longtemps dominé l'aristotélisme allemand, est aujourd'hui largement contestée par les études anglo-saxonnes, qui voient dans la téléologie aristotélicienne une thèse réaliste sur la structure des processus naturels.
Une voie intermédiaire, défendue notamment par Alain Petit dans le volume Morel, refuse à la fois la psychologisation de la finalité (la nature ne « vise » pas) et la déflation totale (la finalité n'est pas qu'une métaphore). Comme l'écrit Morel : « la nature réalise des fins qu'elle ne se propose pas, et ainsi, si l'on peut dire, et sans ajouter au paradoxe, elle les réalise mieux »<ref name="morel" />. La finalité naturelle est ''immanente'' et ''non-intentionnelle'', mais elle est ''réelle''.
Cette discussion n'a rien d'académique : elle commande la possibilité même d'une biologie qui ne se réduise pas à la mécanique sans pour autant verser dans le créationnisme. C'est précisément ce que cherchent les biologistes des systèmes contemporains lorsqu'ils parlent de « causalité descendante » ou de « contraintes formelles ».
==== Chapitre IV. Le mouvement (''kinêsis'') : définition et espèces ====
===== 4.1. La définition canonique : ''Physique'' III, 1 =====
Au début du livre III, Aristote propose ce qui est sans doute la définition la plus discutée de toute la ''Physique'' : le mouvement est « l'entéléchie de ce qui est en puissance, en tant que tel » (''hê tou dunamei ontos entelecheia hêi toiouton'')<ref>Aristote, ''Physique'', III, 1, 201a10-11. Voir Edward Hussey, ''Aristotle's Physics, Books III and IV'', Oxford, Clarendon Press, 1983, p. 55-65.</ref>.
Cette définition est notoirement obscure. Charlton, dans son commentaire de ''Physique'' I et II, juge qu'elle est l'une des phrases les plus ardues d'Aristote<ref>William Charlton, ''Aristotle's Physics, Books I and II'', op. cit., préface ; comparer avec l'analyse de Hussey, op. cit., qui souligne le caractère paradoxal de la formule.</ref>. Elle articule trois concepts : l'entéléchie (''energeia'' / ''entelecheia'', terme aristotélicien désignant l'actualité), la puissance (''dunamis''), et la qualification « en tant que tel ». Il importe de souligner que l'entéléchie en question, dans la définition du mouvement, n'est pas une actualité achevée : Aristote vise précisément une actualité incomplète, paradoxalement en cours de réalisation.
Pour comprendre cette formule, il faut suivre l'analyse que propose Bernard Besnier dans le volume Morel<ref>Bernard Besnier, dans P.-M. Morel (éd.), ''Aristote et la notion de nature'', op. cit.</ref>. Le mouvement, dit Aristote, est l'acte d'un être qui n'est pas encore pleinement actualisé. Prenons l'exemple de la construction d'une maison. Tant que la maison est encore à construire, elle est en puissance ; quand elle est construite, elle est en acte. Mais la ''construction'', l'activité même par laquelle la maison passe de la puissance à l'acte, n'est ni la pure puissance (sinon rien ne se passerait) ni l'acte achevé (sinon la maison serait déjà construite) : elle est l'acte de la maison-en-puissance ''en tant qu'elle est en puissance''. Voilà ce que vise la formule.
La précision « en tant que tel » mérite l'attention. La pierre du chantier est aussi « en puissance d'être brisée » ; mais ce n'est pas en tant que telle qu'elle est en train d'être construite. Le mouvement est l'actualisation d'une puissance déterminée, considérée précisément dans sa puissance.
Comme le souligne Besnier, cette définition « consiste à appliquer la relation acte/puissance […] au spectre des catégories ». Le mouvement n'est pas une réalité indépendante ; il est toujours mouvement ''de quelque chose'' selon une catégorie déterminée. Cela conduit aux quatre espèces de changement.
===== 4.2. Les quatre espèces de changement =====
Aristote distingue quatre types de changement, selon les catégories de la substance, de la qualité, de la quantité et du lieu<ref>Aristote, ''Physique'', V, 1, 225a34-225b9.</ref>.
Le changement substantiel correspond à la génération et à la corruption : c'est la naissance ou la mort d'une substance. Une plante naît, un animal meurt. Aristote considère que c'est un cas-limite : à proprement parler, ce n'est pas un mouvement (''kinêsis'' au sens strict), car il n'y a pas de substrat qui demeurerait identique à lui-même tout au long du processus. C'est plutôt un ''metabolê'', un changement absolu.
Le changement qualitatif ou altération (''alloiôsis'') est la transformation d'une qualité dans un substrat qui demeure : un fruit qui mûrit change de couleur et de saveur sans changer d'essence ; un homme apprend la grammaire et devient grammairien.
Le changement quantitatif est l'accroissement (''auxêsis'') ou la diminution (''phthisis'') : la croissance d'un enfant, l'amaigrissement d'un malade.
Le changement local ou translation (''phora'') est le déplacement d'un être d'un lieu à un autre.
===== 4.3. Le primat du mouvement local =====
Parmi ces quatre espèces, Aristote établit que le mouvement local est ''premier''<ref>Aristote, ''Physique'', VIII, 7, 260a26-260b7.</ref>. Cette priorité a plusieurs sens. Logiquement, le mouvement local peut exister sans les autres : un caillou peut être déplacé sans changer ni de forme, ni de qualité, ni de quantité. À l'inverse, les autres mouvements présupposent des transports locaux : la croissance suppose l'absorption d'aliments, qui sont déplacés. Ontologiquement, c'est le mouvement le plus pur, parce qu'il n'altère pas ce qu'il meut. Cosmologiquement enfin, c'est le mouvement local circulaire éternel des sphères célestes qui sera, au livre VIII, l'effet immédiat du moteur immobile.
Cette hiérarchie n'est pas indifférente. Elle prépare le passage de la ''Physique'' au ''De caelo'' : si le mouvement local est premier, alors la science du ciel, qui étudie le mouvement local par excellence (le mouvement circulaire éternel des astres), occupe une place stratégique dans la philosophie de la nature.
==== Chapitre V. Le lieu (''topos'') et le vide (''kenon'') ====
===== 5.1. La théorie du lieu : ''Physique'' IV, 1-5 =====
Le mouvement local suppose un lieu. Mais qu'est-ce qu'un lieu ? La question n'a rien d'évident. Le lieu n'est ni la matière qui le remplit (puisque la matière peut changer de lieu) ni la forme de ce qui s'y trouve (puisque le lieu lui survit quand la chose s'en va). Il faut donc, pour le définir, dégager une dimension propre.
Aristote y procède en quatre étapes<ref>Aristote, ''Physique'', IV, 1-5. Pour une analyse détaillée, voir Hussey, ''Aristotle's Physics, Books III and IV'', op. cit., p. 99-121, ainsi que Benjamin Morison, ''On Location : Aristotle's Concept of Place'', Oxford, Clarendon Press, 2002.</ref>. D'abord, il établit que le lieu existe : la simple observation du transport (l'eau qui s'évapore et l'air qui prend sa place) montre qu'il y a quelque chose qui demeure, indépendant des corps qui s'y succèdent. Ensuite, il discute les conceptions reçues : le lieu n'est ni la matière ni la forme. Puis il pose sa propre définition : le lieu est « la limite immobile première du contenant » (''to peras tou periechontos akinêton prôton'')<ref>Aristote, ''Physique'', IV, 4, 212a20-21.</ref>. Enfin, il en déduit les propriétés : le lieu n'est pas un point, ni un corps, ni un intervalle vide entre les corps.
L'idée fondamentale est que le lieu d'un corps est défini par les surfaces du corps qui l'enveloppe immédiatement. Mon lieu, en ce moment, est défini par la surface intérieure de l'air qui m'entoure. Quand je me déplace, je quitte un lieu (cette surface) pour un autre.
Cette conception, étrange à nos yeux, présente trois traits caractéristiques. Elle est ''relationnelle'' : le lieu n'existe pas indépendamment des corps qui s'enveloppent les uns les autres ; il n'y a pas, comme chez Newton, un espace absolu préexistant. Elle est ''finitiste'' : le cosmos a une limite extérieure (la sphère des fixes), au-delà de laquelle il n'y a rien, pas même de l'espace vide. Et elle est ''anisotrope'' : il y a, dans le cosmos, des lieux privilégiés (le centre, la périphérie), qui ne sont pas équivalents et qui orientent les mouvements naturels.
===== 5.2. Le refus du vide =====
La question du vide reçoit, en ''Physique'' IV, 6-9, une réponse négative tranchée. Contre les Atomistes (Leucippe, Démocrite), qui faisaient du vide la condition même du mouvement, Aristote soutient que le vide est impossible<ref>Aristote, ''Physique'', IV, 6-9, 213a12-217b28.</ref>.
Ses arguments sont multiples. Le plus célèbre porte sur la vitesse. Aristote soutient (à tort, comme l'établira Galilée) que la vitesse de chute d'un grave est inversement proportionnelle à la résistance du milieu. Or si le milieu était nul (dans le vide), la vitesse serait infinie, ce qui est absurde. Donc le vide n'existe pas. Cet argument, fragile à nos yeux, repose sur la conception aristotélicienne du mouvement comme requérant un milieu pour s'effectuer.
D'autres arguments viennent de la cohérence de la doctrine du lieu. Si le lieu est défini par la surface du contenant, alors un vide serait un lieu sans contenu, ce qui est contradictoire (le lieu existe par et pour son contenu). Si le mouvement requiert une orientation (haut, bas, droite, gauche), alors un vide pur, indifférencié, ne pourrait orienter aucun mouvement.
Le refus du vide commande toute la dynamique aristotélicienne, et il sera l'un des points les plus contestés à la Renaissance, puis dans la première moitié du XVII{{e}} siècle. Torricelli, en 1643, démontre par son expérience du tube de mercure que le « vide barométrique » est physiquement réalisable ; Pascal, par les expériences sur le Puy-de-Dôme en 1648, en confirme l'existence et établit la pression atmosphérique. La doctrine aristotélicienne, défendue jusque-là par les scolastiques sous la forme de la « horreur du vide », s'effondre alors progressivement. Mais il faut situer la position d'Aristote dans son cadre : pour lui, la nature est un ''plein'' continu, où chaque mouvement est transmis de proche en proche par contact.
==== Chapitre VI. Le temps (''chronos'') ====
===== 6.1. Le temps, « nombre du mouvement » =====
La question du temps occupe les chapitres 10 à 14 du livre IV de la ''Physique''. Comme le souligne Chelsea C. Harry dans son ouvrage ''Chronos in Aristotle's Physics'', ces chapitres ont retrouvé une attention soutenue dans les études contemporaines, notamment depuis les commentaires de Couloubaritsis, Coope et Roark<ref>Chelsea C. Harry, ''Chronos in Aristotle's Physics : On the Nature of Time'', Springer, 2015. Voir aussi Ursula Coope, ''Time for Aristotle : Physics IV.10-14'', Oxford, Clarendon Press, 2005, et Tony Roark, ''Aristotle on Time : A Study of the Physics'', Cambridge, Cambridge University Press, 2011.</ref>.
Aristote commence par poser une aporie : le temps existe-t-il, et comment ? Le passé n'est plus, le futur n'est pas encore, le présent est un instant indivisible : où donc le temps trouve-t-il son être ? La solution aristotélicienne consiste à lier intrinsèquement le temps au mouvement, sans pour autant les identifier. Le temps n'est pas le mouvement (un mouvement est dans un mobile particulier, alors que le temps est partout présent), mais il est « quelque chose du mouvement » (''ti tês kinêseôs'').
Plus précisément, le temps est « le nombre du mouvement selon l'antérieur et le postérieur » (''arithmos kinêseôs kata to proteron kai husteron'')<ref>Aristote, ''Physique'', IV, 11, 219b1-2.</ref>. « Nombre » signifie ici : ce par quoi nous comptons et mesurons. Quand nous discernons des phases successives dans un mouvement et que nous les mettons en série, nous comptons le temps. Le « maintenant » (''to nun'') joue, dans le temps, le rôle que joue le mobile dans le mouvement : il est ce qui assure la continuité tout en marquant les divisions.
===== 6.2. Le temps et l'âme =====
Aristote pose ensuite une question délicate : si le temps est nombre, et que le nombre suppose quelqu'un qui compte, le temps existerait-il sans l'âme<ref>Aristote, ''Physique'', IV, 14, 223a16-29. Sur ce passage, voir Harry, ''Chronos in Aristotle's Physics'', op. cit., chap. 5, et Coope, ''Time for Aristotle'', op. cit.</ref> ? Sa réponse est nuancée : sans l'âme, il y aurait bien le mouvement, mais le temps comme nombre actuellement compté n'existerait pas. Il y aurait du « numérable », mais pas de « numéré ».
Cette thèse n'implique pas un idéalisme du temps, comme on pourrait être tenté de le lire à la lumière de Kant. Pour Aristote, le mouvement est réel indépendamment de l'âme ; c'est seulement la ''mensuration'' du temps qui requiert un esprit qui compte. La distinction est subtile : il y a, dans le réel, des successions et des durées, indépendamment de toute conscience ; mais le temps mesuré, scandé en intervalles déterminés, requiert un sujet capable de comparer les phases et de les nombrer. C'est par cette ouverture que la psychologie pourra rejoindre la cosmologie : le « sens du temps » dont parlent les ''Parva naturalia'' (notamment le ''De memoria'') trouve ici son fondement physique.
===== 6.3. Le temps et le mouvement céleste =====
Aristote insiste enfin sur le lien entre le temps et le mouvement uniforme. Le temps est nombre du mouvement, mais c'est par référence au mouvement le plus régulier qu'il se mesure. Or le mouvement le plus régulier, le plus simple et le plus continu est le mouvement circulaire des sphères célestes. Le temps « universel » se mesure donc par référence au mouvement de la sphère des fixes, qui accomplit une révolution en un jour. Cette articulation conduit naturellement aux thèses du livre VIII et au ''De caelo''.
==== Chapitre VII. L'éternité du mouvement et le moteur immobile ====
===== 7.1. Le mouvement est-il éternel ? ''Physique'' VIII, 1 =====
Le livre VIII de la ''Physique'' aborde la question la plus haute : le mouvement a-t-il commencé, ou est-il éternel ? Aristote argumente en faveur de son éternité par un raisonnement de réduction à l'absurde<ref>Aristote, ''Physique'', VIII, 1, 251a8-252b6. Voir l'analyse de Sarah Broadie, ''Nature, Change, and Agency in Aristotle's Physics'', Oxford, Clarendon Press, 1982.</ref>. Supposons que le mouvement ait eu un commencement. Avant ce commencement, il n'y avait pas de mouvement. Mais alors, pour que le mouvement commence, il fallait qu'un agent agisse sur un patient. Or cet agent, pour agir, devait passer de l'inactivité à l'activité, ce qui suppose un mouvement antérieur. Régression à l'infini, qui contredit l'hypothèse. Donc le mouvement n'a jamais commencé.
Le même raisonnement vaut pour la fin du mouvement : si le mouvement devait cesser, il faudrait un agent qui le fasse cesser, donc un nouveau mouvement, etc. Le mouvement est ainsi éternel dans les deux sens.
Cette thèse heurte de front le créationnisme judéo-chrétien. Au Moyen Âge, elle posera l'un des problèmes les plus aigus aux théologiens. Thomas d'Aquin tentera de la concilier avec la création ''ex nihilo'' en distinguant le commencement ''philosophique'' (que la raison ne peut établir avec certitude) du commencement ''révélé'' (que la foi atteste). Bonaventure, plus radical, cherchera à démontrer rationnellement, contre Aristote, que le monde a nécessairement eu un commencement temporel : il avance plusieurs arguments, dont le plus célèbre soutient qu'un nombre infini de jours révolus est impossible, puisqu'on ne saurait ajouter à l'infini ni le parcourir effectivement. La condamnation parisienne de 1277, par l'évêque Étienne Tempier, frappera entre autres les thèses aristotéliciennes sur l'éternité du monde, montrant à quel point cette doctrine fut perçue comme dangereuse.
===== 7.2. Le principe : « tout ce qui est mû est mû par autre chose » =====
Aux livres VII et VIII, Aristote pose le principe fondateur de sa dynamique : « tout ce qui est mû est mû par autre chose » (''pan to kinoumenon hupo tinos kineitai'')<ref>Aristote, ''Physique'', VII, 1, 241b24-242a15 ; VIII, 4-5.</ref>. Ce principe soutient toute la mécanique aristotélicienne : il n'y a pas d'auto-mouvement absolu au sens strict ; tout mouvement requiert un principe moteur distinct de ce qui est mû en tant que mû.
Cette thèse semble contredite par les êtres vivants, qui paraissent se mouvoir d'eux-mêmes. Aristote distingue alors, à l'intérieur du vivant, ce qui est moteur et ce qui est mû : l'âme, comme forme du corps vivant, joue le rôle de principe moteur ; le corps, en tant que matière, est ce qui est mû. Cette distinction n'introduit pas un moteur extérieur au vivant (l'âme n'est pas séparée du corps), mais un principe moteur interne, distinct toutefois du corps en tant que mû. Au sein de l'âme elle-même, il faut encore distinguer les facultés qui agissent et celles qui sont actualisées. Le principe « tout ce qui est mû est mû par autre chose » est ainsi sauvé.
Comme le note l'introduction de Moraux à l'édition Belles Lettres du ''Du ciel'', le rapport entre le corps premier (l'éther) et le moteur immobile reste cependant problématique chez Aristote<ref>Paul Moraux, introduction à Aristote, ''Du ciel'', Paris, Les Belles Lettres, 1965, p. xxx-lxxxv.</ref>. Si l'éther se meut naturellement en cercle, pourquoi aurait-il besoin d'un moteur supplémentaire ? Mais si tout mobile requiert un moteur distinct, alors l'éther ne peut s'auto-mouvoir, et il faut un moteur extérieur. La tension entre ces deux thèses traverse toute la cosmologie d'Aristote, et a donné lieu à des « hypothèses génétiques » (Jaeger, Solmsen) qui tentent d'y voir l'effet d'une évolution doctrinale<ref>Werner Jaeger, ''Aristoteles : Grundlegung einer Geschichte seiner Entwicklung'', Berlin, Weidmann, 1923 ; Friedrich Solmsen, ''Aristotle's System of the Physical World'', Ithaca, Cornell University Press, 1960.</ref>.
===== 7.3. Le moteur immobile =====
Pour éviter la régression à l'infini, Aristote pose donc l'existence d'un moteur immobile (''prôton kinoun akinêton'') qui meut sans être mû. Ce moteur ne peut mouvoir par contact ou par poussée, comme le ferait un agent ordinaire ; sinon il serait lui-même affecté, donc mû. Il meut « comme l'objet du désir meut le désirant »<ref>Aristote, ''Physique'', VIII, 6, 259b20 sq. ; voir aussi ''Métaphysique'', Λ, 7, 1072a25-b3.</ref>, c'est-à-dire comme cause finale plutôt que comme cause efficiente immédiate.
Cette doctrine, esquissée à la fin du livre VIII de la ''Physique'', sera développée en ''Métaphysique'' Λ, 6 et suivants. Le moteur immobile y est caractérisé comme acte pur, sans matière ni puissance, donc immuable, indivisible et éternel. Sa vie consiste tout entière en l'acte le plus haut qui se puisse concevoir : la pensée. Mais comme il ne peut penser que l'objet le plus parfait, et que l'objet le plus parfait est lui-même, le moteur immobile est « pensée de la pensée » (''noêsis noêseôs noêsis'')<ref>Aristote, ''Métaphysique'', Λ, 9, 1074b34. Voir l'édition Tricot ou la traduction commentée de Marie-Paule Duminil et Annick Jaulin, ''Aristote. Métaphysique : Livre Lambda'', GF Flammarion, 2008.</ref>. Cette formule fait du divin aristotélicien une activité réflexive et autosuffisante, infiniment éloignée du Dieu créateur biblique. Le moteur immobile n'a pas conscience du monde qu'il meut ; il ne le providencialise pas ; il se contente d'être ce vers quoi le monde tend par amour. C'est par leur désir d'imiter sa perfection que les sphères célestes accomplissent leur révolution éternelle.
La question du nombre exact des moteurs immobiles fait elle-même problème. Le livre Λ, 8 de la ''Métaphysique'' évoque, à côté du Premier Moteur, des moteurs immobiles supplémentaires associés aux mouvements particuliers des sphères célestes. Aristote envisage ainsi 47 ou 55 moteurs distincts, selon qu'on suit le compte d'Eudoxe ou celui de Calippe. La compatibilité de cette pluralité avec la primauté radicale du Premier Moteur reste l'un des débats les plus discutés de l'aristotélisme contemporain<ref>Aristote, ''Métaphysique'', Λ, 8, 1073a13-1074b14. Sur la pluralité des moteurs, voir l'article « Aristotle's Natural Philosophy » de la ''Stanford Encyclopedia of Philosophy'', section sur la cosmologie ; ainsi que Lindsay Judson, « Heavenly Motion and the Unmoved Mover », dans Mary Louise Gill et James G. Lennox (éd.), ''Self-Motion : From Aristotle to Newton'', Princeton, Princeton University Press, 1994, p. 155-171.</ref>. La doctrine n'envisage donc pas un moteur strictement unique, mais une hiérarchie de principes immobiles, dominée par un premier d'entre eux.
La doctrine pose aussi des problèmes sur la nature exacte de la causalité du moteur. Enrico Berti a soutenu, dans une longue série d'articles, que le Premier Moteur aristotélicien doit être compris comme une ''cause efficiente'', et non simplement comme une cause finale, contre l'interprétation traditionnelle<ref>Enrico Berti, ''Nuovi studi aristotelici. II : Fisica, antropologia e metafisica'', Brescia, Morcelliana, 2005, en particulier les chapitres sur le Premier Moteur. Voir aussi le débat entre Berti et Aryeh Kosman dans les actes du ''Symposium Aristotelicum'' consacré à la ''Métaphysique'' Λ.</ref>. Sa thèse repose sur une relecture de plusieurs passages où le Premier Moteur paraît agir réellement, et non simplement attirer. La question reste ouverte.
Pour notre propos, retenons que le Premier Moteur est éternel, immatériel, immobile, et qu'il meut éternellement la sphère des fixes par l'amour qu'il suscite. Il n'est pas le « créateur » du monde au sens biblique : il ne tire rien du néant, et le monde existe éternellement. Il rend compte de la permanence du mouvement cosmique : c'est à lui qu'Aristote rapporte, en dernière instance, l'éternité de la révolution céleste, dont le rythme régule à son tour celui des autres sphères et la vie sublunaire tout entière.
=== Deuxième partie. Le ''De caelo'' : la structure du cosmos ===
==== Chapitre I. Le cinquième élément (l'éther) et le mouvement circulaire ====
===== 1.1. La déduction du corps premier =====
Le ''De caelo'' s'ouvre par l'une des constructions doctrinales les plus marquantes de la philosophie ancienne. Aristote y déduit, à partir de considérations sur les mouvements simples, l'existence d'un cinquième élément, l'éther (''aithêr''), distinct des quatre éléments empédocléens (terre, eau, air, feu).
Le raisonnement, qu'on lit en ''De caelo'' I, 2, procède ainsi<ref>Aristote, ''Du ciel'', I, 2, 269a2-269b17. Édition de référence : trad. Paul Moraux, Paris, Les Belles Lettres, 1965 ; nouvelle édition par Michel Federspiel, ''Du ciel'', Paris, Les Belles Lettres, 2016.</ref>. Il existe deux types de mouvements simples : le rectiligne (centripète ou centrifuge) et le circulaire. À chaque type de mouvement simple doit correspondre un corps simple dont ce mouvement est naturel. Or les quatre éléments traditionnels ont des mouvements rectilignes (vers le centre pour la terre et l'eau, vers la périphérie pour l'air et le feu). Il manque donc un cinquième corps, dont le mouvement naturel soit circulaire. Ce corps existe : c'est l'éther, dont sont faites les sphères célestes et les astres.
Comme le souligne Federspiel dans son introduction à l'édition Belles Lettres de 2016, ce raisonnement « déductif » repose sur des prémisses qui ne sont pas elles-mêmes démontrées : que tout mouvement simple correspond à un corps simple, et que le mouvement circulaire est simple<ref>Michel Federspiel, introduction à Aristote, ''Du ciel'', Paris, Les Belles Lettres, 2016.</ref>. La force du système tient à sa cohérence interne, non à son enracinement empirique.
===== 1.2. Les propriétés de l'éther =====
De la nature même du mouvement circulaire, Aristote déduit les propriétés du cinquième corps. Le mouvement circulaire n'a pas de contraire (alors que le rectiligne ascendant a pour contraire le rectiligne descendant) ; il peut donc être éternel, sans avoir à craindre la corruption qu'engendrerait son contraire. Le cinquième corps est ainsi inengendré et incorruptible. Il ne croît ni ne diminue, ne s'altère pas qualitativement. Il n'a ni pesanteur ni légèreté, ces qualités étant propres aux corps mus en ligne droite.
Comme le note Federspiel, ce « bijou doctrinal du ''Traité du ciel'' » est l'un des philosophèmes d'Aristote dont l'influence fut la plus durable, comparable, en portée historique, à la théorie des Idées de Platon<ref name="federspiel-intro">Michel Federspiel, introduction à Aristote, ''Du ciel'', op. cit.</ref>. Le terme et certaines représentations d'un milieu subtil et incorruptible connaîtront en effet une longue postérité : repris par les commentateurs, intégré aux doctrines de l'âme dans le néoplatonisme (où il devient le « véhicule subtil » de l'âme), incorporé à l'angélologie chrétienne comme substance des puissances célestes, repris par l'alchimie de la Renaissance comme « quinte essence ». L'« éther luminifère » dont les physiciens du XIX{{e}} siècle supposeront l'existence pour expliquer la transmission des ondes lumineuses et électromagnétiques ne reprend pas la doctrine aristotélicienne du cinquième corps, dont il est doctrinalement très éloigné, mais hérite par certains traits l'idée d'un milieu pénétrant, sans pesanteur, et omniprésent. Il faudra l'expérience de Michelson-Morley en 1887 et la relativité d'Einstein pour le chasser définitivement de la physique.
===== 1.3. Confirmations « endoxiques » =====
Aristote ne se contente pas de la déduction. En ''De caelo'' I, 3, il confirme la théorie par trois arguments « endoxiques », c'est-à-dire fondés sur les opinions admises. D'abord, le ''consensus gentium'' : tous les peuples ont placé le divin dans le lieu le plus élevé, ce qui suggère que ce lieu est d'une nature supérieure. Ensuite, l'observation traditionnelle : « durant tout le passé, à en croire les souvenirs qui se sont transmis d'âge en âge, il n'est jamais apparu de changement, ni dans le dernier ciel dans son ensemble, ni dans aucune de ses parties propres »<ref>Aristote, ''Du ciel'', I, 3, 270b13-15.</ref>. Enfin, l'étymologie : les Anciens auraient nommé ce lieu « éther » (''aithêr'') parce qu'il « parcourt sans cesse » (''aei thein'') le temps sans bornes, étymologie reprise de Platon (''Cratyle'', 410b).
Ces arguments montrent qu'Aristote, malgré la rigueur de sa méthode, accorde une place considérable aux ''endoxa'', les opinions reçues, dans la confirmation de ses thèses cosmologiques. Comme le remarque Federspiel, les premiers chapitres du livre I forment un ensemble où se construit, selon son expression, un véritable ''mythologoumène'' aristotélicien<ref name="federspiel-intro" />. La cosmologie aristotélicienne, à son sommet, mêle déduction conceptuelle et adhésion aux représentations traditionnelles.
==== Chapitre II. La structure du cosmos ====
===== 2.1. La cosmologie géocentrique =====
Le cosmos aristotélicien est sphérique, fini, géocentrique et anisotrope. La Terre, sphérique elle aussi, est immobile au centre. Aristote argumente longuement en faveur de cette immobilité, contre les pythagoriciens qui plaçaient la Terre sur une orbite autour d'un « feu central »<ref>Aristote, ''Du ciel'', II, 13-14, 293a18-298a20.</ref>. Ses arguments mêlent observation (les graves tombent vers le centre du monde, ce qui suggère que la Terre, étant elle-même grave, occupe ce centre) et raisonnement (un corps situé sur une trajectoire ne pourrait être en repos absolu, ce qui contredit la stabilité observable de notre demeure).
La sphéricité de la Terre, sur laquelle Aristote insiste également, est démontrée par plusieurs arguments restés classiques. D'abord, l'ombre que la Terre projette sur la Lune lors des éclipses lunaires est toujours circulaire, ce qui n'est possible que si l'astre projetant l'ombre est sphérique. Ensuite, à mesure que les voyageurs se déplacent vers le sud, ils découvrent des étoiles méridionales jusque-là invisibles, et les constellations changent de hauteur sur l'horizon : Aristote cite à cet égard les exemples de l'Égypte et de la région de Chypre, où l'on observe des étoiles non perceptibles plus au nord. Enfin, la chute des graves vers le centre, si elle est universelle, ne peut produire qu'un agglomérat sphérique. Aristote rapporte aussi le chiffre, attribué aux mathématiciens de son temps, d'une circonférence terrestre de 400 000 stades, soit environ 70 000 kilomètres : surestimation par rapport au chiffre réel (environ 40 000 km), mais témoignage d'un effort de mensuration sérieux qu'Ératosthène affinera au siècle suivant.
Autour de la Terre se déploient les sphères concentriques. D'abord les quatre éléments sublunaires, en couches étagées : l'eau au-dessus de la terre, l'air au-dessus de l'eau, le feu au-dessus de l'air. Puis, à partir de la sphère de la Lune, le domaine de l'éther, divisé en sphères qui portent les astres : la sphère de la Lune, celle de Mercure, celle de Vénus, celle du Soleil, celles de Mars, Jupiter, Saturne, et enfin la sphère des fixes, qui ferme le monde.
===== 2.2. Le système des sphères =====
Aristote, suivant Eudoxe et Calippe, complique cette image simple en multipliant les sphères pour rendre compte des irrégularités apparentes du mouvement des planètes. Selon le compte standard, Eudoxe avait posé 27 sphères au total (3 pour le Soleil, 3 pour la Lune, 4 pour chacune des cinq planètes alors connues, plus 1 pour la sphère des fixes) ; Calippe avait porté ce nombre à 34, en ajoutant des sphères pour mieux ajuster certaines anomalies observées. Aristote, pour sa part, en pose un nombre supérieur<ref>Aristote, ''Métaphysique'', Λ, 8, 1073b17-1074a14.</ref> : il introduit en effet des sphères « déroulantes » destinées à neutraliser, sur les sphères inférieures, l'effet des sphères extérieures qui les enveloppent, ce qui porte le total, selon les calculs et les manuscrits, à 47 ou 55 sphères. Chaque planète n'est donc pas mue par une seule sphère, mais par plusieurs, dont les axes diffèrent et qui se composent pour produire le mouvement observé.
Cette astronomie, dérivée d'Eudoxe, vise à « sauver les phénomènes », c'est-à-dire à rendre compte des trajectoires apparentes des astres errants (les planètes, les ''planêta astra'') à partir de mouvements circulaires uniformes. La règle est ferme : aucun corps céleste ne peut avoir un autre mouvement naturel que circulaire ; si l'on observe des trajectoires en boucle, c'est qu'elles résultent de la composition de plusieurs mouvements circulaires. Cette exigence dictera l'astronomie pendant deux millénaires : elle conduira Ptolémée à introduire ses « épicycles » et ses « équants », et Copernic lui-même, au XVI{{e}} siècle, refusera encore l'idée d'orbites non circulaires. Il faudra Kepler, en 1609, pour briser cette contrainte par sa première loi (les orbites sont elliptiques).
===== 2.3. Anisotropie du cosmos =====
Le cosmos aristotélicien n'est pas isotrope. Contre Platon (''Timée'', 62c), qui défendait un univers où le « haut » et le « bas » seraient relatifs, Aristote insiste sur l'existence de directions absolues. Le centre et la périphérie sont des lieux privilégiés, et les couples haut/bas, droite/gauche, devant/derrière structurent l'espace cosmique.
Cette anisotropie n'est pas une simple curiosité culturelle : elle commande la dynamique aristotélicienne. C'est parce qu'il y a un centre absolu vers lequel tendent les graves, et une périphérie absolue vers laquelle tendent les corps légers, que les mouvements naturels rectilignes sont possibles. Sans centre ni périphérie, les éléments simples n'auraient pas de lieu propre, et leur mouvement naturel serait inintelligible.
==== Chapitre III. Les quatre éléments sublunaires et leurs mouvements naturels ====
===== 3.1. Le couple lourd / léger =====
Dans le monde sublunaire, les quatre éléments d'Empédocle (terre, eau, air, feu) se distinguent par leurs mouvements naturels. La terre et l'eau sont ''lourdes'' : elles tendent vers le centre. L'air et le feu sont ''légers'' : ils tendent vers la périphérie du monde sublunaire (la sphère intérieure de la Lune).
Aristote distingue deux acceptions de la pesanteur. Le lourd et le léger ''relatifs'' : l'eau est plus lourde que l'air, mais plus légère que la terre. Et le lourd et le léger ''absolus'' : la terre est purement lourde (elle se dirige toujours vers le centre), le feu est purement léger (il se dirige toujours vers la périphérie). Cette distinction, explicite en ''De caelo'' IV, 1, conditionne toute la dynamique des transformations élémentaires<ref>Aristote, ''Du ciel'', IV, 1-4, 308a13-312a21.</ref>.
===== 3.2. Une dynamique des qualités, non des quantités =====
Comme le souligne Pierre Pellegrin, Aristote attache une grande importance à l'évidence sensible dans son traitement des questions physiques<ref name="pellegrin">Pierre Pellegrin, ''Le Vocabulaire d'Aristote'', Paris, Ellipses, 2001 ; voir aussi son ''Dictionnaire Aristote'', Paris, Ellipses, 2007.</ref>. Aristote écrit lui-même : « le résultat final […] pour la science physique c'est l'évidence sensible qui toujours l'emporte »<ref>Aristote, ''Du ciel'', III, 7, 306a11.</ref>. Cette confiance dans l'expérience commune explique en partie pourquoi sa physique privilégie les qualités (chaud, froid, sec, humide ; lourd, léger) sur les quantités mathématisables.
Comme le rappelle Federspiel à la suite de Carteron, Koyré et Clavelin, la physique aristotélicienne est essentiellement non mathématique, et l'on ne peut la mathématiser sans en fausser l'esprit<ref>Henri Carteron, ''La Notion de force dans le système d'Aristote'', Paris, Vrin, 1923 ; Alexandre Koyré, ''Études galiléennes'', Paris, Hermann, 1939 ; Maurice Clavelin, ''La Philosophie naturelle de Galilée'', Paris, Armand Colin, 1968.</ref>. La vitesse, par exemple, n'est pas chez Aristote une grandeur indépendante mesurable : elle est une qualité du mouvement, qui dépend du mobile. Il n'y a pas de cinématique aristotélicienne au sens moderne. Quand Aristote utilise des proportions (par exemple en ''Phys.'' VII, 5 ou en ''De caelo'' I, 6), c'est dans le cadre étroit de la théorie euclidienne des grandeurs homogènes, non d'une mécanique mathématisée.
===== 3.3. La cause des mouvements naturels =====
La question est : qu'est-ce qui fait que le caillou tombe et que la flamme monte ? Aristote refuse l'explication mécanique pure (un ''vis impressa'' qui pousserait les corps) ; pour lui, le mouvement naturel est l'expression d'une tendance interne du corps à rejoindre son lieu propre. Comme le souligne Moraux dans son introduction à ''Du ciel'', Aristote « croyait découvrir une propriété intrinsèque du corps. Même s'il n'y avait rien au centre de l'univers, les lourds s'y rendraient, dit-il, en vertu de leur nature propre »<ref>Paul Moraux, introduction à Aristote, ''Du ciel'', op. cit.</ref>.
Mais cette tendance interne suppose un agent. Et l'agent, selon le livre VIII de la ''Physique'', est ce qui a provoqué le passage de la puissance à l'acte. Quand l'eau (lourde en acte, légère en puissance) se transforme en air (léger en acte) sous l'action de la chaleur, l'ascension de cet air vers son lieu naturel n'est que le dernier épisode d'une série de changements. La cause véritable du transport est l'agent qui a provoqué le passage à la nouvelle entéléchie. C'est ce que Moraux résume ainsi : « la cause véritable de ce transport réside donc dans l'agent qui a provoqué le passage à l'entéléchie ».
===== 3.4. Le rôle du milieu et la critique galiléenne =====
La dynamique aristotélicienne est fondée sur l'hypothèse d'une résistance proportionnelle du milieu. La vitesse de chute d'un grave est, selon Aristote, proportionnelle à son poids et inversement proportionnelle à la résistance du milieu. C'est cette dernière clause qui rend le vide impossible : dans le vide, la vitesse serait infinie.
Cette dynamique sera contestée par Galilée. Le résultat le plus connu est que, dans le vide, tous les corps tombent à la même vitesse (loi de la chute libre). Mais comme le souligne Federspiel, il faut éviter une lecture simpliste de cette « révolution scientifique »<ref name="federspiel-intro" />. La transition entre la physique aristotélicienne et la mécanique moderne s'est opérée par étapes, à travers de nombreuses relectures internes au cadre péripatéticien (théorie de l'''impetus'' chez Jean Philopon puis Buridan, distinctions médiévales entre vitesse et accélération). On ne saurait dater d'un événement unique le passage à la modernité.
=== Troisième partie. Le ''De generatione et corruptione'' : génération, corruption et transformation ===
==== Chapitre I. Les deux espèces de génération ====
===== 1.1. La génération absolue et la génération relative =====
Le traité ''De la génération et de la corruption'' prolonge l'examen des transformations dans le domaine sublunaire<ref>Édition française de référence : Aristote, ''De la génération et de la corruption'', éd. et trad. Marwan Rashed, Paris, Les Belles Lettres, 2005.</ref>. Sa question centrale est : qu'est-ce qui se passe lorsqu'un être nouveau apparaît ?
Aristote distingue deux types de génération<ref>Aristote, ''De la génération et de la corruption'', I, 3, 317a17-b18.</ref>. La génération absolue (''genesis haplôs'') est le passage du non-être à l'être d'une substance : un homme naît, un arbre meurt. La génération relative (''genesis ti'') est l'altération d'une substance qui demeure : un homme devient musicien, un fruit mûrit.
La distinction, qui peut paraître scolastique, joue en réalité un rôle considérable. Elle permet de répondre à un double péril : l'éléatisme de Parménide, qui niait toute génération au nom du principe que le non-être ne peut produire l'être, et l'atomisme de Démocrite, qui réduisait toute génération à l'agrégation et la dissociation d'atomes éternels. Aristote, comme dans la ''Physique'', sauve la possibilité du devenir en distinguant ses degrés et ses modalités.
===== 1.2. Critique de l'atomisme =====
Le ''De caelo'' III, 4 et le ''De gen. corr.'' I, 8 contiennent les principales critiques aristotéliciennes de l'atomisme<ref>Aristote, ''Du ciel'', III, 4, 303a3-303b8 ; ''De la génération et de la corruption'', I, 8, 324b25-326b6.</ref>. Ces critiques sont nombreuses et techniques, mais on peut en dégager trois grandes lignes.
D'abord, Aristote conteste la possibilité physique d'une « génération » qui serait simple agrégation : si les atomes sont éternels et immuables, il n'y a pas véritablement de naissance ni de mort, mais seulement des arrangements et des séparations. Ce qui apparaît comme génération est, dans cette perspective, illusion subjective.
Ensuite, il conteste la cohérence interne du système. Si les atomes sont indivisibles, comment se fait-il que les corps puissent paraître plus ou moins denses ? Si la division s'arrête à un certain seuil, pourquoi à celui-ci plutôt qu'à un autre ?
Enfin, il conteste la pertinence explicative de l'atomisme. Réduire toute qualité à des arrangements géométriques d'atomes, c'est manquer la spécificité des qualités sensibles : la chaleur, le froid, le doux, l'amer ne se laissent pas réduire à des configurations spatiales.
==== Chapitre II. Action et passion ====
===== 2.1. L'unité d'action et de passion =====
Une question centrale du ''De gen. corr.'' est : comment l'agent agit-il sur le patient ? Aristote refuse une lecture qui les séparerait : l'action n'est pas dans l'agent et la passion dans le patient, comme deux processus distincts. Au contraire, action et passion sont ''un seul et même mouvement'', considéré sous deux aspects<ref>Aristote, ''De la génération et de la corruption'', I, 7, 323b18-324a19.</ref>.
Cette thèse, qui paraît étrange, est commandée par la doctrine du mouvement de ''Physique'' III. Le mouvement, on l'a vu, est l'entéléchie du mobile en tant que mobile. Or cet acte est ''dans le patient'', non dans l'agent. C'est dans la chose chauffée, et non dans le feu, que se trouve l'acte du chauffage. L'agent n'est, par rapport à cet acte, que le porteur antérieur de la forme à transmettre.
Comme l'écrit Besnier dans le volume Morel : « il n'a [le moteur] pour privilège que l'antériorité de l'actualité de cette forme de mobilité (il a cette mobilité en acte, avant que la puissance sur laquelle il agit dans le mobile ne soit, à son tour, actualisée) »<ref>Bernard Besnier, dans P.-M. Morel (éd.), ''Aristote et la notion de nature'', op. cit.</ref>. Cette doctrine, qu'on appelle parfois la « théorie de la cinésis dans le patient », explique pourquoi le maître peut, en enseignant, ne pas apprendre lui-même : c'est dans l'élève, et non dans le maître, que se trouve l'acte d'apprendre.
===== 2.2. Le contact comme condition de l'action =====
Pour qu'il y ait action, il faut qu'il y ait contact (''haphê'') entre l'agent et le patient. Cette thèse exclut toute action à distance dans l'ordre physique ordinaire ; il faut une transmission de proche en proche. Elle commande la cohérence du système physique aristotélicien : les sphères célestes meuvent les sphères inférieures par contact, l'éther environne les éléments sublunaires, et la chaîne de transmission se poursuit jusqu'aux mouvements observables.
Aristote distingue cependant le contact réciproque (entre deux corps qui se touchent et s'affectent mutuellement) du contact unilatéral (où l'agent affecte le patient sans en être affecté). Cette distinction prépare la conception d'une action sans réciprocité, dont l'analogie sera mobilisée pour penser l'action du moteur immobile. Il faut toutefois être prudent : le moteur immobile, immatériel et incorporel, ne meut pas comme un corps qui en pousserait un autre. La référence au contact ne fournit ici qu'une analogie limitée, et la lecture traditionnelle privilégie l'interprétation du moteur immobile comme cause finale plutôt que comme agent au sens physique du terme. Le « contact sans réciprocité » est donc une notion locale, valide pour certaines actions sublunaires, plutôt qu'un modèle direct pour la causalité du moteur immobile.
==== Chapitre III. Le mélange (''mixis'') ====
===== 3.1. Qu'est-ce qu'un véritable mélange ? =====
L'analyse du mélange compte parmi les moments les plus techniques et les plus féconds du traité<ref>Aristote, ''De la génération et de la corruption'', I, 10, 327a30-328b22. Voir Marwan Rashed, introduction à son édition, op. cit., pour une analyse fine.</ref>. Aristote distingue le véritable mélange (''mixis'') de la simple juxtaposition (''sunthesis'').
Dans la juxtaposition, les composants conservent leur identité : un tas de blé et un tas d'orge, mêlés mécaniquement, restent un tas de grains de blé et de grains d'orge, identifiables séparément. Dans le mélange véritable, les composants forment un nouveau corps homogène, dont les qualités ne sont plus celles des composants pris à part.
Mais comment une telle fusion est-elle possible ? Si les composants disparaissaient totalement, on aurait une corruption suivie d'une génération, et non un mélange. Si les composants subsistaient inchangés, on aurait une simple juxtaposition. Il faut donc une troisième voie : les composants subsistent ''en puissance'', leurs qualités s'unissant pour former une qualité intermédiaire.
===== 3.2. La doctrine de la « subsistance en puissance » =====
Cette doctrine est subtile : les composants d'un mélange ne sont ni totalement présents (en acte) ni totalement absents. Ils subsistent en puissance, au sens où l'on peut, par analyse, les retrouver. C'est ce qui distingue le mélange véritable de la simple corruption : un alliage, par exemple, peut être décomposé pour retrouver les métaux qui le composent ; un mélange de cuivre et d'étain donne du bronze, mais le bronze peut être analysé pour redonner cuivre et étain.
Cette analyse a des implications considérables pour la chimie aristotélicienne. Tous les corps composés (les ''homéomères'' d'Aristote, c'est-à-dire la chair, l'os, le sang, la pierre, le métal) sont des mélanges des quatre éléments en proportions diverses. La diversité des corps naturels résulte de cette combinatoire élémentaire, mais d'une combinatoire qualitative (un certain équilibre du chaud, du froid, du sec, de l'humide) plutôt que quantitative au sens moderne. Cette doctrine permet en outre de penser l'unité substantielle des composés sans tomber dans le dilemme entre, d'un côté, l'atomisme (qui ramène toute unité à une simple agrégation extrinsèque), et, de l'autre, l'éléatisme (qui ne reconnaît aucune réalité aux mixtes). Le bronze n'est pas un cuivre-et-étain superposés, ni une nouvelle substance qui aurait absorbé le cuivre et l'étain ; il est une réalité une, dont les composants subsistent à titre de potentialités récupérables. Cette conception influencera profondément la chimie médiévale et la pensée alchimique, qui voient dans la transmutation des métaux la possibilité de réorganiser ces équilibres qualitatifs internes.
=== Quatrième partie. Les ''Météorologiques'' : les phénomènes du monde sublunaire ===
==== Chapitre I. Le programme de la science naturelle ====
===== 1.1. La place des ''Météorologiques'' dans le système =====
Les ''Météorologiques'' occupent une place stratégique dans la philosophie naturelle aristotélicienne<ref>Édition française : Aristote, ''Les Météorologiques'', éd. et trad. Pierre Louis, Paris, Les Belles Lettres, 1982 ; nouvelle édition partielle par Jocelyn Groisard. Voir aussi l'introduction du ''Aristoteles-Handbuch'' sur la place de ce traité dans le système.</ref>. Après la ''Physique'' (principes généraux du mouvement), le ''De caelo'' (cosmologie générale) et le ''De generatione et corruptione'' (transformations élémentaires), les ''Météorologiques'' étudient les phénomènes qui résultent de l'action du ciel sur le monde sublunaire<ref>Aristote, ''Les Météorologiques'', I, 1, 338a20-339a5.</ref>.
Le terme « météorologique » a chez Aristote un sens beaucoup plus large que celui qu'il a en français contemporain. Il désigne tous les phénomènes qui se produisent entre la surface de la Terre et la sphère de la Lune. Il englobe donc les phénomènes atmosphériques (pluie, neige, grêle, vent, tonnerre, éclair, foudre), mais aussi des phénomènes que nous classerions ailleurs : les comètes, la Voie lactée, les tremblements de terre, les marées, le cours des fleuves, la formation des minéraux et des métaux dans la terre.
Ce vaste champ s'organise selon un principe explicatif fondateur : tout ce qui se produit dans le monde sublunaire dépend, en dernier ressort, de l'action des corps célestes (principalement du Soleil) sur les éléments terrestres.
===== 1.2. La dépendance du sublunaire au supralunaire =====
Cette dépendance n'est pas une astrologie au sens vulgaire. Aristote n'attribue pas aux astres une influence sur les destinées individuelles. Il s'agit plutôt d'une doctrine cosmologique cohérente : le mouvement éternel du ciel, par sa régularité, communique au monde sublunaire la chaleur et l'organisation qui rendent possible la génération et la corruption.
Comme le souligne le ''Aristoteles-Handbuch'', cette articulation entre les deux mondes (éternel et corruptible, supralunaire et sublunaire) est la marque distinctive de la philosophie naturelle aristotélicienne<ref>Christof Rapp, Klaus Corcilius (dir.), ''Aristoteles-Handbuch'', op. cit., section sur les ''Météorologiques''.</ref>. L'unité du système ne repose ni sur une homogénéité matérielle (l'éther est radicalement distinct des quatre éléments) ni sur une géométrie commune, mais sur une chaîne causale qui descend du ciel à la terre.
==== Chapitre II. Les deux exhalaisons ====
===== 2.1. La doctrine des deux exhalaisons =====
Au cœur des ''Météorologiques'' se trouve la théorie des deux exhalaisons<ref>Aristote, ''Les Météorologiques'', I, 3-4, 340b14-342a33.</ref>. Sous l'effet de la chaleur solaire, la Terre émet deux types d'évaporations : une exhalaison humide (vapeur d'eau, issue principalement des mers et des fleuves) et une exhalaison sèche (émanation chaude et combustible, issue de la terre elle-même).
Ces deux exhalaisons, en montant vers les régions supérieures de l'atmosphère, donnent naissance à la plupart des phénomènes météorologiques. L'exhalaison humide, refroidie par les régions élevées, retombe sous forme de pluie, de neige ou de grêle. L'exhalaison sèche, enflammée au contact de la sphère du feu (immédiatement sous la sphère de la Lune), produit les phénomènes ignés : étoiles filantes, comètes, Voie lactée.
===== 2.2. Limites et fécondité de la doctrine =====
Ces explications, bien souvent fausses au regard de la science moderne, témoignent d'une démarche véritablement naturaliste. Aristote ne fait pas appel aux dieux pour expliquer le tonnerre ou la comète, comme le faisaient encore les théogonies de son temps. Il propose des explications par causes naturelles, qui mettent en jeu des principes universels (la chaleur, l'humidité, la transformation des éléments).
Comme l'observe Pellegrin, ces explications restent contraintes par les moyens techniques de leur époque<ref name="pellegrin" />. L'absence de microscope, de chimie quantitative, de météorologie instrumentale, limite radicalement la portée des théories. Mais la ''démarche'' (expliquer le naturel par le naturel) inaugure ce qui deviendra la science moderne.
===== 2.3. Le livre IV des ''Météorologiques'' : vers une chimie qualitative =====
Le livre IV des ''Météorologiques'' (dont l'authenticité aristotélicienne est aujourd'hui débattue) propose une véritable chimie qualitative, en s'appuyant sur les couples chaud/froid et sec/humide<ref>Sur la question de l'authenticité du livre IV, voir Hans Baltussen, « Philology or Philosophy ? Simplicius on the Use of Quotations », ''Apeiron'', 2003 ; ainsi que les introductions des éditions récentes du traité.</ref>. Toute substance se caractérise par une combinaison de ces qualités, et ses transformations s'expliquent par des modifications de cette combinaison. Cette approche, prolongée par les commentateurs antiques et médiévaux, fournira à l'alchimie son cadre conceptuel jusqu'au XVII{{e}} siècle. Elle ne sera renversée que par la chimie de Lavoisier, qui substituera aux quatre éléments une nomenclature des corps simples fondée sur l'analyse pondérale.
=== Cinquième partie. Le ''De anima'' : l'âme, forme du corps vivant ===
==== Chapitre I. La définition de l'âme ====
===== 1.1. Le statut du ''De anima'' =====
Le ''De anima'' occupe une place singulière dans le corpus aristotélicien<ref>Édition française : Aristote, ''De l'âme'', éd. A. Jannone, trad. E. Barbotin, Paris, Les Belles Lettres, 1966 ; voir aussi la traduction de Richard Bodéüs, ''De l'âme'', Paris, GF Flammarion, 1993.</ref>. Il appartient en partie à la philosophie naturelle (puisque l'âme est principe de mouvement du vivant, et que le vivant est un être naturel), mais il déborde sur ce qu'on appellerait aujourd'hui psychologie ou philosophie de l'esprit. Aristote l'annonce dès le début (I, 1) : la connaissance de l'âme est l'une des plus précieuses parmi celles qui contribuent à toute vérité, et particulièrement à la connaissance de la nature.
Le traité s'ouvre par un long examen des opinions des prédécesseurs (livre I), avant de proposer la définition aristotélicienne de l'âme (livre II, 1) puis d'analyser les facultés (livres II, 2 à III, 8) et enfin l'intellect (III, 4-8).
===== 1.2. La définition canonique : ''De anima'' II, 1 =====
La définition aristotélicienne de l'âme est posée en ''De anima'' II, 1 : l'âme est « l'entéléchie première d'un corps naturel ayant la vie en puissance » (''hê psuchê estin entelecheia hê prôtê sômatos phusikou dunamei zôên echontos'')<ref>Aristote, ''De l'âme'', II, 1, 412a27-28. Sur cette définition et les difficultés de sa traduction, voir Christopher Shields, ''Aristotle : De Anima'', Oxford, Clarendon Press, 2016, p. 162-176.</ref>.
Décortiquons cette formule, qui condense toute la doctrine.
« Entéléchie » : l'âme est l'actualité (''entelecheia'') correspondante d'un corps qui possède la vie en puissance. Le terme désigne ici un état d'achèvement et de réalisation, à distinguer du simple processus.
« Première » : Aristote distingue l'entéléchie première de l'entéléchie seconde. La science possédée est entéléchie première par rapport à l'apprentissage qui y conduit ; l'exercice actuel de la science est entéléchie seconde par rapport à la science possédée. De même, l'âme est entéléchie première : elle est la ''capacité actuelle'' de vivre, la ''disposition stable'' à la vie, et non l'exercice de telle ou telle fonction vitale particulière. Quand un homme dort, il a son âme en entéléchie première (il vit), mais ses fonctions sensorielles ne sont pas en entéléchie seconde (il ne sent pas actuellement).
« D'un corps naturel » : l'âme est l'entéléchie d'un corps. Elle n'est pas séparable du corps comme une chose distincte (contre Platon), mais elle est aussi distincte du corps en ce qu'elle en est la forme (contre les matérialistes). Le corps n'est pas l'instrument extérieur de l'âme, ni l'âme une partie du corps : ils forment ensemble la substance vivante.
« Ayant la vie en puissance » : le corps doit être déjà disposé à la vie. Un cadavre n'a plus la vie en puissance : son âme l'a quitté, et il n'est plus un corps naturel au sens propre, mais un agrégat en voie de décomposition. L'œil mort n'est plus un œil que par homonymie, dit Aristote : il en garde l'apparence, mais non l'essence.
===== 1.3. L'analogie de la hache et de l'œil =====
Pour rendre cette définition intuitive, Aristote propose deux analogies célèbres<ref>Aristote, ''De l'âme'', II, 1, 412b10-413a3.</ref>. Si la hache était un être naturel, son essence serait son aptitude à trancher : la « tranche » serait son âme, le bois et le fer, sa matière. Quand la hache n'est plus capable de trancher, elle n'est plus une hache que de nom. De même, si l'œil était un animal complet, sa vue en serait l'âme : l'œil est la matière de la vue, et quand celle-ci disparaît, l'œil n'est plus un œil sinon par homonymie, comme un œil de pierre ou d'image.
Ces analogies illustrent l'hylémorphisme : l'âme est à la matière vivante ce que la fonction est à l'organe. Elle n'est pas une chose à part, mais elle n'est pas non plus la simple matière organisée : elle est le principe formel et fonctionnel qui fait que cette matière est une matière ''vivante''.
===== 1.4. L'hylémorphisme contemporain =====
La doctrine hylémorphique de l'âme connaît un regain d'intérêt dans la philosophie de l'esprit contemporaine. Elle est invoquée comme alternative à la fois au dualisme cartésien (qui sépare âme et corps) et au réductionnisme matérialiste (qui identifie l'âme à des processus cérébraux). Des philosophes comme Christopher Shields, Sophia Connell ou Jennifer Whiting voient dans l'hylémorphisme aristotélicien une voie féconde pour penser l'unité du vivant<ref>Christopher Shields, ''Aristotle : De Anima'', op. cit. ; Sophia M. Connell, ''Aristotle on Female Animals'', Cambridge, Cambridge University Press, 2016 ; Jennifer Whiting, « Living Bodies », dans Martha Nussbaum et Amélie Rorty (éd.), ''Essays on Aristotle's De Anima'', Oxford, Clarendon Press, 1992.</ref>. Dans les sciences cognitives, des courants comme la cognition incarnée (''embodied cognition'') ou l'énactivisme présentent certaines analogies avec l'hylémorphisme aristotélicien : l'esprit n'y est pas un programme abstrait susceptible de s'incarner dans n'importe quel support, mais une activité d'un corps spécifique, dont la structure et la fonction sont indissociables. Ces rapprochements doivent toutefois être pris avec prudence : les sciences cognitives contemporaines travaillent dans un cadre biologique, neurologique et expérimental très différent de celui d'Aristote, et la psychologie aristotélicienne reste, fondamentalement, une théorie de l'âme comme principe général du vivant, et non une psychologie du mental au sens moderne.
==== Chapitre II. Les trois âmes et leurs facultés ====
===== 2.1. La hiérarchie des âmes =====
Aristote distingue trois niveaux de vie, et donc trois niveaux d'âme<ref>Aristote, ''De l'âme'', II, 2-3, 413a20-415a13.</ref>. Cette hiérarchie n'est pas une stratification en couches séparées, mais une ''inclusion'' : chaque niveau supérieur intègre les niveaux inférieurs.
L'âme végétative ou nutritive (''threptikon'') est le niveau le plus simple. Elle est commune à tous les vivants : plantes, animaux, hommes. Elle assure les trois fonctions fondamentales de la vie : la nutrition (assimilation des aliments), la croissance (augmentation de la masse vivante) et la reproduction (génération d'un être semblable). C'est elle qui définit la vie au sens minimal : sans nutrition ni reproduction, il n'y a pas de vivant.
L'âme sensitive (''aisthêtikon'') ajoute, chez les animaux, la sensation, le désir et le mouvement local. Elle suppose toujours l'âme nutritive (un animal doit manger pour vivre), mais l'enrichit de fonctions nouvelles. La sensation permet à l'animal de discriminer son environnement ; le désir lui fait poursuivre ce qui est bon et fuir ce qui est mauvais ; le mouvement local lui permet d'agir sur cet environnement.
L'âme intellective (''dianoêtikon'' ou ''noetikon'') est propre à l'homme. Elle ajoute, aux fonctions précédentes, la pensée rationnelle : le concept, le jugement, le raisonnement.
===== 2.2. La géométrie des âmes =====
Pour penser cette inclusion, Aristote propose une analogie avec les figures géométriques<ref>Aristote, ''De l'âme'', II, 3, 414b28-32.</ref>. Le triangle est inclus dans le quadrilatère au sens où le quadrilatère, en se définissant, présuppose et utilise les propriétés du triangle ; mais le triangle ne se confond pas avec un cas particulier du quadrilatère. De même, l'âme sensitive présuppose l'âme nutritive (sans nutrition, pas de sensation), mais elle n'est pas un cas particulier de la nutrition.
Cette analogie a une portée méthodologique : Aristote rappelle, à la fin du chapitre, que c'est de chaque âme séparément qu'il faut traiter. Il n'y a pas d'« âme en général » dont les âmes particulières seraient des espèces : il y a des modes de vie qui s'enchaînent en complexité croissante.
===== 2.3. La triple causalité de l'âme =====
Au chapitre 4 du livre II, Aristote précise que l'âme est ''triplement'' cause du vivant : elle en est la cause formelle (elle est la forme du corps), la cause efficiente (elle initie les mouvements vitaux) et la cause finale (le corps est en vue de l'âme)<ref>Aristote, ''De l'âme'', II, 4, 415b8-28.</ref>. Cette concentration des causes dans l'âme illustre, au plus haut degré, la coïncidence des causes formelle, efficiente et finale dans la nature, déjà indiquée en ''Physique'' II, 7.
==== Chapitre III. La sensation et l'intellection ====
===== 3.1. La théorie de la sensation =====
Au livre II, chapitre 5 et suivants, Aristote propose sa théorie de la sensation. La sensation est définie comme « la réception de la forme sensible sans la matière »<ref>Aristote, ''De l'âme'', II, 12, 424a17-21.</ref>. L'analogie célèbre est celle de la cire qui reçoit l'empreinte du sceau : la cire prend la forme du sceau (le motif gravé) sans recevoir le métal dont il est fait (l'or, le bronze).
Cette analogie a une portée propre : elle indique que la sensation n'est ni une simple modification physique (comme le matérialisme ancien le voulait), ni une création spirituelle pure (comme le platonisme l'envisageait), mais une réception qualitative qui suppose à la fois une affection corporelle et une saisie formelle. C'est la doctrine que les scolastiques résumeront par la formule ''sensus est susceptivus formarum sine materia''. Concrètement, lorsque je vois un objet rouge, mon œil reçoit la « rougeur » au sens où il est actualisé selon cette qualité, mais il ne devient pas physiquement rouge comme un tissu teinté : il accueille la forme sans la matière qui la portait. Ce double caractère (physique parce que l'organe est affecté, formel parce que ce qui est reçu est l'aspect intelligible et non la matière du sensible) explique en grande partie le caractère cognitif de la sensation, qui n'est pas une simple réaction mécanique mais déjà un acte de discrimination.
===== 3.2. Les cinq sens et le sens commun =====
Aristote distingue les cinq sens externes (vue, ouïe, odorat, goût, toucher), chacun ayant son objet propre (la couleur pour la vue, le son pour l'ouïe, etc.). Mais il y a aussi un ''sens commun'' (''koinê aisthêsis''), qui n'est pas un sixième sens mais une faculté que partagent les cinq sens : elle perçoit ce qui n'est pas réductible à un sens particulier (le mouvement, le repos, la figure, le nombre, la grandeur). C'est elle aussi qui nous permet de comparer les sensations de différents sens (ce que je vois et ce que je touche est-il la même chose ?), et qui nous donne conscience de sentir<ref>Aristote, ''De l'âme'', III, 1-2, 424b22-427a16. Pour une étude approfondie, voir Pavel Gregorić, ''Aristotle on the Common Sense'', Oxford, Oxford University Press, 2007.</ref>.
Comme le note Morel à propos du ''De memoria'', le sens commun est, en dernière instance, logé dans le cœur<ref>Pierre-Marie Morel, ''Aristote. Petits traités d'histoire naturelle'', Paris, GF Flammarion, 2000, introduction.</ref>. Aristote, comme on le verra plus loin, défend une doctrine cardiocentrique, contre l'encéphalocentrisme déjà entrevu par Alcméon de Crotone et qui sera défendu par les médecins hippocratiques puis par Galien.
===== 3.3. L'imagination et la mémoire =====
Outre la sensation, l'âme dispose d'une faculté qu'Aristote appelle ''phantasia'', traduite traditionnellement par « imagination » mais dont le sens est plus large. La ''phantasia'' est la capacité de produire et de retenir des images (''phantasmata'') qui sont comme des « affections » résiduelles des sensations passées. Elle joue un rôle médiateur entre la sensation et la pensée : sans ''phantasia'', il n'y aurait ni mémoire (qui retient les images du passé) ni pensée (qui s'exerce sur des images abstraites).
Aristote pose à ce propos une formule fameuse : « jamais l'âme ne pense sans ''phantasme'' »<ref>Aristote, ''De l'âme'', III, 7, 431a16-17. Voir Pierre-Marie Morel, ''De la mémoire et de la réminiscence'', Paris, GF Flammarion, 2000, et Caston Victor, « Why Aristotle needs Imagination », ''Phronesis'', 1996.</ref>. Cette thèse soulève une difficulté majeure : comment l'intellect, qui est immatériel, peut-il dépendre d'images sensibles, qui sont matérielles ? L'enquête sur ce point traverse l'aristotélisme arabe et latin, et nourrit encore les débats contemporains sur la phénoménologie de la pensée.
===== 3.4. L'intellect (''nous'') : le passage le plus controversé =====
Au livre III, chapitre 5, Aristote consacre un texte d'une vingtaine de lignes à l'intellect, qui est l'un des plus brefs et des plus controversés de toute son œuvre<ref>Aristote, ''De l'âme'', III, 5, 430a10-25. Pour une analyse historique des interprétations, voir F. Brentano, ''Die Psychologie des Aristoteles'', Mainz, 1867 ; H. Davidson, ''Alfarabi, Avicenna, and Averroes on Intellect'', Oxford, Oxford University Press, 1992.</ref>. Il y distingue deux moments de l'intellect : un intellect ''patient'' (''pathêtikos''), qui reçoit les formes intelligibles, et un intellect ''agent'' (''poiêtikos''), comparé à la lumière qui « fait passer à l'acte » les couleurs en puissance. Le texte aristotélicien lui-même est extrêmement elliptique : il ne contient pas explicitement le vocabulaire de l'« abstraction » des formes à partir des images sensibles. Cette formulation, qui dominera la scolastique latine, est principalement héritée des lectures avicennienne et thomiste, qui ont systématisé ce qu'Aristote suggérait à peine.
L'intellect agent est-il une partie de l'âme humaine, ou bien une réalité séparée et divine ? Est-il immortel, ou périt-il avec le corps ? Sur ces questions, la tradition commentatoriale a divergé profondément. Alexandre d'Aphrodise (vers 200 ap. J.-C.) y voyait un intellect divin, séparé, identifié au Premier Moteur. Avicenne et Averroès, dans la tradition arabe, en faisaient un intellect séparé unique pour toute l'humanité. Thomas d'Aquin, contre Averroès, défendait l'individualité de l'intellect agent en chaque âme humaine.
Cette discussion, qui a façonné toute la métaphysique de l'esprit médiévale, dépasse le strict cadre de la philosophie de la nature. Mais elle illustre comment, à la frontière de la psychologie naturelle et de la métaphysique, Aristote ouvre des questions qui vont structurer la pensée occidentale pour des siècles.
=== Sixième partie. Les ''Parva naturalia'' : les fonctions vitales ===
==== Chapitre I. Organisation des « Petits traités d'histoire naturelle » ====
===== 1.1. Un corpus complémentaire au ''De anima'' =====
Les ''Parva naturalia'' forment un ensemble de courts traités qui étudient en détail les fonctions vitales examinées plus généralement dans le ''De anima''<ref>Édition française : Aristote, ''Petits traités d'histoire naturelle'', éd. et trad. Pierre-Marie Morel, Paris, GF Flammarion, 2000 ; voir aussi l'édition de René Mugnier, Paris, Les Belles Lettres, 1953.</ref>. Là où le ''De anima'' posait la définition de l'âme et la hiérarchie de ses facultés, les ''Parva naturalia'' descendent au niveau des opérations particulières et de leurs organes.
Aristote lui-même indique le programme au début du ''De sensu''<ref>Aristote, ''De la sensation'', 1, 436a1-17.</ref>. Le corpus comprend principalement les traités suivants : ''De sensu et sensibilibus'' (sur la sensation et les sensibles), ''De memoria et reminiscentia'' (sur la mémoire et la réminiscence), ''De somno et vigilia'' (sur le sommeil et la veille), ''De insomniis'' (sur les rêves), ''De divinatione per somnum'' (sur la divination dans les songes), ''De longitudine et brevitate vitae'' (sur la longue et la brève durée de la vie), ''De juventute et senectute'' (sur la jeunesse et la vieillesse), ''De respiratione'' (sur la respiration), ''De vita et morte'' (sur la vie et la mort).
===== 1.2. Sensibles propres, sensibles communs et sensibles par accident =====
Le ''De sensu'' précise et complète la doctrine de la sensation du ''De anima''. Aristote y distingue trois types de sensibles. Les sensibles propres sont propres à un sens particulier : la couleur pour la vue, le son pour l'ouïe, l'odeur pour l'odorat, la saveur pour le goût, la texture (chaud, froid, dur, mou) pour le toucher. Les sensibles communs sont perceptibles par plusieurs sens : le mouvement, le repos, la figure, la grandeur, le nombre. Les sensibles par accident ne sont sensibles qu'indirectement : je vois cet homme blanc, où la blancheur est sensible ''par soi'' (sensible propre) et l'homme est sensible ''par accident'' (à travers la blancheur que je vois).
===== 1.3. Le sommeil et le rêve =====
Le ''De somno'' propose une analyse remarquable du sommeil. Pourquoi dormons-nous ? La réponse aristotélicienne mêle physiologie et finalité<ref>Aristote, ''Du sommeil et de la veille'', 2-3, 455a4-458a32.</ref>. Physiologiquement, le sommeil résulte d'un cycle complexe : les évaporations issues de la digestion s'élèvent vers la région de la tête, où elles se refroidissent ; refroidies, elles redescendent ensuite vers la région du cœur, siège de la sensation. C'est cet afflux refroidi autour du cœur qui empêche, temporairement, l'exercice des facultés sensorielles. La doctrine du sommeil s'inscrit donc dans le cadre cardiocentrique : ce n'est pas la « lourdeur » céphalique en tant que telle qui produit le sommeil, mais la modification thermique qu'elle entraîne au niveau du principe sensitif, situé dans le cœur. Finalement, le sommeil sert au repos des facultés sensorielles, qui ne pourraient exercer leur fonction continûment sans s'épuiser.
Le ''De insomniis'' analyse les rêves comme des persistances de mouvements sensoriels après la disparition des stimuli externes. Les images sensorielles, conservées par la ''phantasia'', sont activées pendant le sommeil sans être contrôlées par l'intellect ni recoupées par les sensations actuelles, d'où leur caractère parfois absurde ou fantasmagorique.
Quant au ''De divinatione per somnum'', il aborde une question délicate dans la culture grecque : les rêves prophétisent-ils l'avenir ? Aristote répond avec une prudence sceptique. Certains rêves peuvent annoncer un événement futur, mais c'est par hasard ou par une cause naturelle, non par une révélation divine. La position est subtile : Aristote ne nie pas le phénomène, mais en refuse l'interprétation surnaturelle.
==== Chapitre II. Le cardiocentrisme et la chaleur innée ====
===== 2.1. Le cœur, principe de la vie =====
Aristote défend, contre la tradition médicale qui plaçait le siège des fonctions intellectuelles dans le cerveau (les médecins hippocratiques), une doctrine cardiocentrique : c'est dans le cœur que résident le principe vital, le sens commun et l'origine du mouvement<ref>Aristote, ''Parties des animaux'', III, 4, 665b9-667b13. Édition française : Aristote, ''Les Parties des animaux'', éd. et trad. Pierre Louis, Paris, Les Belles Lettres, 1956.</ref>.
Cette doctrine est argumentée dans les ''Parties des animaux'' (notamment III, 4) et reprise dans plusieurs traités des ''Parva naturalia''. Le cœur est le premier organe à se former dans l'embryon, et c'est par lui que partent les vaisseaux qui irriguent tout le corps. Il est le siège de la chaleur innée (''emphuton thermon''), source de toute vie. Le cerveau, froid et humide, n'a qu'une fonction subalterne : il sert à modérer la chaleur excessive du cœur, comme un système de refroidissement.
Comme le détaille le ''Aristoteles-Handbuch'', le cœur est le siège et l'origine des fonctions fondamentales de l'âme : la nutrition et la croissance, la perception sensorielle et le mouvement<ref>Christof Rapp, Klaus Corcilius (dir.), ''Aristoteles-Handbuch'', op. cit., section sur les ''Parties des animaux''.</ref>. Dans le ''De motu animalium'', Aristote ajoute que c'est dans la région cardiaque qu'agit le ''pneuma symphyton'' (souffle congénital), instrument du mouvement volontaire<ref>Aristote, ''Mouvement des animaux'', éd. et trad. Pierre-Marie Morel, Paris, GF Flammarion, 2013.</ref>.
===== 2.2. Une erreur féconde =====
Du point de vue de l'anatomie moderne, cette doctrine est fausse : c'est le cerveau, et non le cœur, qui est le siège de la sensation et du mouvement volontaire. Galien, au II{{e}} siècle, le démontrera expérimentalement par ses fameuses vivisections, en montrant notamment que la section du nerf laryngé récurrent provoque la perte de la voix : c'est donc bien le cerveau, et non le cœur, qui contrôle les fonctions motrices et sensorielles. Mais comme le note Pellegrin, aucune observation n'a amené Aristote à renverser l'une quelconque des conceptions fantaisistes qu'il a sur le fonctionnement du corps vivant<ref name="pellegrin" />.
Cette erreur n'est pas anecdotique : elle révèle les contraintes méthodologiques de la science aristotélicienne. Aristote pratique la dissection (notamment dans l'''Histoire des animaux''), mais l'anatomie comparée ne lui permet pas de discerner la fonction nerveuse du cerveau. Il interprète les phénomènes selon des cadres préconçus (la primauté de la chaleur, l'analogie entre les fonctions vitales et les processus de cuisson) qui orientent l'observation.
L'erreur est cependant féconde. Le cardiocentrisme aristotélicien, repris par les commentateurs, sera contesté à partir du XVI{{e}} siècle par les anatomistes modernes : Vésale (1543) renouvelle l'anatomie par la dissection systématique des cadavres humains ; Harvey (1628) découvre la circulation du sang et donne au cœur son rôle de pompe musculaire, dégagé de toute fonction cognitive ; Willis (1664) jette les bases de la neurologie moderne avec son ''Cerebri anatome''. La fausse doctrine d'Aristote, en provoquant la critique, a contribué au progrès de la science.
===== 2.3. La chaleur innée et le pneuma =====
La notion de chaleur innée occupe une place centrale dans la physiologie aristotélicienne. C'est elle qui distingue le vivant du non-vivant, la respiration servant à la maintenir et à la modérer. Cette chaleur est associée à un ''pneuma'' (souffle), véhicule des opérations vitales et organe de communication entre l'âme et le corps.
Le pneuma aristotélicien n'est pas l'air ordinaire : il est un « corps subtil » apparenté, par ses propriétés, à l'éther céleste. Aristote suggère, dans le ''De generatione animalium'', que la chaleur de la semence n'est pas identique à celle du feu, mais s'apparente à la nature des astres : « ce souffle chaud que charrie la semence n'est pas identique au feu, mais il présente une certaine analogie avec l'élément des astres, la chaleur solaire étant, elle aussi, principe de vie »<ref>Aristote, ''De la génération des animaux'', II, 3, 736b29-737a7. Édition française : éd. et trad. Pierre Louis, Paris, Les Belles Lettres, 1961.</ref>. Cette suggestion, que Moraux qualifie de « curieuse allusion à l'élément astral », a donné lieu à de longs développements dans la tradition (Théophraste, Cicéron, Cléanthe), où le pneuma devient le véhicule de l'âme et le pont entre cosmologie et psychologie.
Comme le note Morel, l'analyse du pneuma engage la spécificité même de la ''phusis'' : « le sperme n'apporte donc pas simplement la chaleur mais une chaleur qui vient de l'âme »<ref name="morel" />. La biologie aristotélicienne se distingue ainsi à la fois du matérialisme (la matière seule n'engendre pas la vie) et du dualisme (l'âme n'est pas un esprit séparé venant animer un corps mort), en posant un ''intermédiaire'' qui est à la fois matériel et porteur de forme.
=== Conclusion : la philosophie de la nature aristotélicienne aujourd'hui ===
Le parcours qui vient d'être proposé permet de mesurer l'ampleur et la cohérence de la philosophie de la nature aristotélicienne. Quatre traits caractéristiques méritent d'être soulignés en conclusion.
Premier trait : l'autonomie de la nature. Aristote refuse à la fois la réduction de la nature à un substrat homogène (matière des Présocratiques, atomes des Atomistes) et son absorption dans une cause extérieure (Idées platoniciennes, Démiurge du ''Timée''). La nature a en elle-même son principe ; elle constitue un domaine propre, irréductible aux mathématiques comme à la théologie. Cette autonomie fonde la possibilité même d'une science de la nature.
Deuxième trait : l'articulation matière/forme. L'hylémorphisme aristotélicien fournit un cadre qui permet de penser l'unité du vivant et la continuité du devenir sans les réduire ni à la matière brute ni à un esprit pur. Ce cadre, tombé en disgrâce avec la révolution mécaniste, retrouve aujourd'hui une actualité dans la philosophie de la biologie et de l'esprit.
Troisième trait : la téléologie immanente. La nature aristotélicienne est ''finalisée'', mais sans intentionnalité. Elle s'achemine vers des états d'achèvement qui sont à la fois ses formes propres et ses fins. Cette téléologie immanente, qui ne suppose ni dessein divin ni conscience naturelle, offre une voie médiane entre le mécanisme aveugle et le créationnisme.
Quatrième trait : la hiérarchie des sciences. La philosophie de la nature s'organise en une hiérarchie cohérente, qui descend des principes les plus généraux (''Physique'') aux phénomènes les plus particuliers (biologie). Chaque niveau a ses principes propres, sans se réduire au niveau inférieur. Cette hiérarchie n'est pas une stratification, mais une articulation d'ordre dans l'unité d'un système.
L'enquête contemporaine, telle qu'elle se déploie dans des travaux de référence comme ceux de Morel, Judson, Ierodiakonou-Kalligas-Karasmanis, Harry, ou dans l'édition de Federspiel, met en lumière des aspects nouveaux de cette construction. La philosophie de la nature d'Aristote conserve une portée philosophique réelle, où des questions importantes continuent à être posées et reformulées.
Comme le rappelle Federspiel à propos du seul ''Traité du ciel'', l'œuvre aristotélicienne « a été une matrice où puisèrent pendant près de deux mille ans les philosophes, les physiciens et les théologiens, païens, chrétiens, juifs ou musulmans »<ref name="federspiel-intro" />. Cette fortune historique tient à la profondeur conceptuelle de l'analyse aristotélicienne, qui a articulé avec rigueur les grandes questions du devenir, de la matière, de la forme, de la causalité et de la finalité.
Lire Aristote, ce n'est donc pas seulement étudier un système scientifique périmé ; c'est comprendre la formation de concepts qui ont durablement structuré la pensée occidentale de la nature.
== La biologie et la connaissance du vivant ==
=== Préliminaire : situer le corpus biologique d’Aristote ===
Avant d’entrer dans le détail, il importe de mesurer la place qu’occupe l’œuvre biologique dans le corpus aristotélicien et le renouveau qu’elle a connu dans la recherche du dernier demi-siècle. Pendant des siècles, on a tenu les traités zoologiques pour une compilation de curiosités, marginale par rapport aux écrits proprement « philosophiques » (la ''Métaphysique'', l’''Éthique à Nicomaque'', l’''Organon''). Étienne Gilson le rappelait dès l’ouverture de ''D’Aristote à Darwin... et retour'' : l’''Histoire des animaux'' est « l’un des moins fréquentés des philosophes » modernes, qui « ne le considèrent pas comme philosophique au sens moderne du mot », tandis que les savants le tiennent « pour scientifiquement démodé ». Or, ajoute-t-il, « il est pourtant indiscutablement aristotélicien, ce qui suggère que la manière dont Aristote lui-même concevait science et philosophie n’est plus exactement la nôtre »<ref>Étienne Gilson, ''D’Aristote à Darwin... et retour'', Paris, Vrin, 1971, chap. I.</ref>.
Cette désaffection a été retournée par les travaux pionniers de David Balme, Allan Gotthelf, James G. Lennox et Pierre Pellegrin, à partir des années 1960-1980. Le ''Cambridge Companion to Aristotle’s Biology'', dirigé par Sophia Connell (2021), et le volume ''Aristotle’s Parts of Animals : A Critical Guide'' (2026) attestent l’ampleur prise par ce champ : la biologie n’est plus une annexe, mais un lieu où se met à l’épreuve la philosophie première, c’est-à-dire la théorie de la substance, de la causalité, de la définition et de l’âme. Étudier les vivants, ce n’est plus chez Aristote sortir du domaine philosophique, c’est y entrer pleinement<ref>Sophia M. Connell (éd.), ''The Cambridge Companion to Aristotle’s Biology'', Cambridge, Cambridge University Press, 2021 ; Sophia M. Connell (éd.), ''Aristotle’s Parts of Animals : A Critical Guide'', Cambridge, Cambridge University Press, 2026.</ref>.
Trois grandes œuvres en constituent le noyau, articulées selon une division de tâches scrupuleusement réfléchie : l’''Histoire des animaux'', qui collecte et organise les faits ; les ''Parties des animaux'', qui en cherche les causes du point de vue de la structure adulte ; la ''Génération des animaux'', qui les explique du point de vue du devenir embryonnaire. Autour de ce noyau gravitent les ''Petits Traités d’histoire naturelle'' (''Parva naturalia''), le ''De motu animalium'' et le ''De incessu animalium'' (locomotion), ainsi que le ''De anima'', qui pose les principes psychologiques sans lesquels le projet biologique resterait inintelligible. L’unité de cet ensemble n’est pas accidentelle ; elle reflète la division même que dresse Aristote entre l’enquête sur le « fait » (''hoti'') et l’enquête sur le « pourquoi » (''dihoti''), inscrite au cœur des ''Seconds Analytiques''<ref>Sur les éditions : les références aux traités d’Aristote suivent la pagination Bekker. Pour les éditions et traductions françaises de référence, voir Pierre Louis (éd.), ''Histoire des animaux'', 3 vol., Paris, Belles Lettres (CUF), 1964-1969 ; ''Les Parties des animaux'', Paris, Belles Lettres, 1956 ; ''De la génération des animaux'', Paris, Belles Lettres, 1961 ; pour le ''De anima'', Richard Bodéüs (éd.), ''De l’âme'', Paris, GF-Flammarion, 1993 ; pour le ''De motu animalium'' et le ''De incessu animalium'', Pierre-Marie Morel (éd.), ''Petits traités d’histoire naturelle'', Paris, GF-Flammarion, 2000 ; édition critique de Klaus Corcilius et Oliver Primavesi, ''De motu animalium'', Hambourg, Meiner, 2018.</ref>.
=== L’''Histoire des animaux'' : l’enquête empirique ===
==== Méthode et organisation : le sens de l’''historia'' ====
Le mot grec ''historia'' ne signifie pas « histoire » au sens temporel, mais « enquête », « recherche » ; il désigne une investigation par laquelle l’esprit prend connaissance de ce qui est, avant d’en chercher les causes. Le terme apparaît déjà dans des emplois pré-aristotéliciens, par exemple chez Hérodote, qui annonce son ouvrage comme une ''epideixis historiês'', ou dans le traité hippocratique ''De vetere medicina''. Mais Aristote précise et restreint l’emploi du mot. Selon Lennox, « Aristote tend à restreindre la portée du terme ''historia'' à la première étape de l’enquête naturelle, c’est-à-dire à un type particulier d’investigation pré-démonstrative »<ref>James G. Lennox, ''Aristotle’s Philosophy of Biology : Studies in the Origins of Life Science'', Cambridge, Cambridge University Press, 2001, chap. 2 (« Between Data and Demonstration : The ''Analytics'' and the ''Historia Animalium'' »).</ref>. L’''Historia animalium'' n’est donc pas une fin en soi, mais une étape dans une démarche qui culmine dans l’explication causale.
Dans un passage devenu classique (HA I, 6, 491a7-14), Aristote annonce d’abord saisir « les différences et les attributs qui appartiennent à tous les animaux », puis « en découvrir les causes ». Comme l’a souligné Balme, ce passage emploie le vocabulaire technique de la théorie de la démonstration : il distingue l’enquête qui établit les ''différences'' propres à chaque genre d’animal, et la recherche des causes qui s’appuie sur cette première enquête. Lue à la lumière des ''Seconds Analytiques'' II, l’''Historia animalium'' apparaît alors comme une enquête méthodique destinée à organiser l’information empirique de manière à faciliter la découverte des moyens termes des démonstrations causales<ref>David M. Balme, « ''Genos'' and ''eidos'' in Aristotle’s Biology », ''Classical Quarterly'' 12, 1962, p. 81-98 ; voir aussi son édition de l’''Historia animalium'' (Cambridge, 2002).</ref>.
Cette lecture transforme la perception du traité. Considéré comme une taxinomie au sens linnéen, l’ouvrage serait, selon Balme, « hopelessly inadequate » : son vocabulaire taxinomique se réduit aux deux termes ''genos'' et ''eidos'', sans hiérarchie fixe, et aucune classification exhaustive n’y apparaît. Considéré comme une collection de monographies sur chaque espèce, le traité est plus décevant encore. Mais lu comme l’assise empirique d’une science démonstrative, il prend cohérence : ce n’est pas un dictionnaire des animaux, c’est une enquête qui rassemble ''des différences'' en convoquant les animaux comme témoins.
L’œuvre, dont l’authenticité de plusieurs livres est discutée (les livres VII, VIII, IX et X soulèvent des questions philologiques distinctes, notamment le livre X sur la stérilité, généralement tenu pour inauthentique), couvre un programme exposé en HA I, 6. Le ''Aristoteles-Handbuch'' de Rapp et Corcilius en récapitule la structure : caractéristiques morphologiques (les ''moria'', parties du corps), différences de mode de vie (''bioi''), de caractère (''êthê'') et d’activités (''praxeis''). Aristote y décrit l’anatomie externe et interne, la reproduction, le régime alimentaire, l’habitat et le comportement de plusieurs centaines d’espèces, depuis les poissons et céphalopodes méditerranéens, dont la connaissance présuppose des observations directes ou des informations recueillies auprès de pêcheurs, jusqu’aux insectes sociaux et aux mammifères domestiques. La précision de certaines descriptions, comme celle du placenta du requin lisse, longtemps tenue pour fabuleuse avant que la zoologie moderne n’en confirme la véracité, témoigne d’un travail empirique d’une ampleur considérable<ref>Sur la qualité des observations aristotéliciennes en zoologie marine, voir D’Arcy Wentworth Thompson, ''A Glossary of Greek Fishes'', Londres, Oxford University Press, 1947 ; et Geoffrey E. R. Lloyd, ''Science, Folklore and Ideology'', Cambridge, Cambridge University Press, 1983, chap. 1.</ref>.
==== L’homogène et l’hétérogène : la distinction fondatrice ====
Le traité s’ouvre sur une distinction qu’Étienne Gilson tient pour l’une des « constantes de la philosophie de la nature » : « Des parties dont se composent les animaux, certaines sont simples, d’autres sont composées. Celles qui sont simples se divisent elles-mêmes en parties de nature uniforme ; par exemple, la chair est faite de chairs ; les parties composées se divisent en parties qui ne sont pas uniformes entre elles. Ainsi, par exemple, la main ne se divise pas en mains ni le visage en visages »<ref>Aristote, ''Histoire des animaux'', I, 1, 486a5-14 ; voir le commentaire de Gilson, ''op. cit.'', chap. I.</ref>.
C’est la distinction entre les ''homéomères'' (''homoiomerê'', parties homogènes) et les ''anhoméomères'' (''anomoiomerê'', parties hétérogènes ou non-uniformes), qui anticipe la distinction moderne entre tissus et organes, sans toutefois s’y superposer exactement. Les homéomères englobent la chair, l’os, le tendon, le nerf, mais aussi les fluides comme le sang, le lait, la bile, la moelle. Le critère est simple : si l’on coupe un fragment d’os, on obtient encore de l’os ; si l’on coupe un fragment de chair, on obtient encore de la chair. Les anhoméomères, à l’inverse, sont composés de plusieurs homéomères agencés en vue d’une fonction : main, visage, jambe, cœur, foie, poumon. Comme le précise Aristote en une formule lapidaire, « la main ne se divise pas en mains, ni le visage en visages ».
Cette distinction n’est pas qu’une commodité descriptive ; elle structure tout l’édifice. Dans les ''Parties des animaux'', le livre II est consacré aux homéomères, les livres III et IV aux anhoméomères. Et c’est dans ce qui est « hétérogène » que se trouve le siège propre de la finalité, car une partie hétérogène ne se définit pas par sa matière mais par sa fonction. Une main, par exemple, n’est pas seulement un outil de préhension : elle est, selon la formule de PA IV, 10, 687a19-23, « l’instrument des instruments » (''organon organôn''), liée chez l’homme à la station droite, à l’intelligence pratique et à la polyvalence technique. Sa définition fonctionnelle est ainsi à plusieurs niveaux : saisir, manipuler, fabriquer. Le passage du discours sur la matière au discours sur la fonction est inscrit dans la nature même des parties hétérogènes : les homéomères sont « pour » les anhoméomères, et leur composition est subordonnée aux fonctions que ces derniers ont à remplir.
==== La classification : la thèse Balme-Pellegrin et ses débats ====
L’idée d’une classification linnéenne avant la lettre, où ''genos'' signifierait « genre » et ''eidos'' « espèce » au sens taxinomique fixe, a longtemps dominé la lecture d’Aristote. Pierre Pellegrin, dans ''La classification des animaux chez Aristote'', et David Balme, dans plusieurs études, ont contesté cette projection rétrospective. Selon eux, dans les œuvres zoologiques, ''genos'' et ''eidos'' ne désignent pas des rangs taxinomiques fixes, mais sont des termes ''relationnels'' : un même groupe d’animaux peut être appelé ''eidos'' d’un ''genos'' plus large, et ''genos'' contenant plusieurs ''eidê'' à un niveau inférieur. Les crabes, par exemple, sont à la fois un ''eidos'' de crustacés et un ''genos'' contenant plusieurs ''eidê'' de crabes (HA I, 6, 490b14-19 ; PA IV, 8, 683b25-29). Pellegrin résume la conséquence : « ''genos'' et ''eidos'' sont des notions qui voyagent trop pour fournir une base stable à une taxinomie animale »<ref>Pierre Pellegrin, ''Aristotle’s Classification of Animals : Biology and the Conceptual Unity of the Aristotelian Corpus'', Berkeley, University of California Press, 1986, p. 82 et 121.</ref>.
Cette thèse a une conséquence importante : Aristote n’a pas tenté de construire une taxinomie complète et hiérarchisée à la manière de Linné. Sa classification n’est pas une taxinomie hiérarchique mais une démarche comparative, différentielle et explicative, qui combine critères morphologiques, fonctionnels et écologiques. Pour Pellegrin, ce qu’Aristote vise n’est pas tant les espèces-tout que les ''parties fonctionnelles'' : la division aristotélicienne « ne peut nous donner comme « dernières espèces » la définition d’un animal entier, mais est nécessairement limitée à la définition des fonctions organiques ou des parties fonctionnelles ».
L’interprétation a rencontré des objections. Le ''Aristoteles-Handbuch'' (article « ''Art und Gattung'' », par K. Cho et W. Kullmann) souligne que les chapitres méthodologiques de PA I et HA I distinguent ''eidos'' et ''genos'' avec netteté : les animaux dont les parties sont identiques en forme tombent sous un même ''eidos'', ceux dont les parties ne diffèrent que selon le « plus ou moins » tombent sous un même ''genos'' (HA I, 1, 486a14-b8 ; PA I, 3, 644a23-25). En pratique, des groupes désignés comme ''eidos'' (l’homme, la chèvre, le cerf) ne sont jamais subdivisés à leur tour. Aristote semble donc disposer d’un concept d’espèce-tout (''atomon eidos'', ''eschaton eidos''), distinct de l’usage relationnel des termes pour les groupes intermédiaires<ref>Christof Rapp et Klaus Corcilius (dir.), ''Aristoteles-Handbuch'', Stuttgart, J. B. Metzler, 2021, chap. IV.26 « Art und Gattung ».</ref>. La position aujourd’hui équilibrée, dans le sillage de Lennox et de Mary Louise Gill, reconnaît la justesse partielle de la thèse Balme-Pellegrin pour les niveaux supérieurs et intermédiaires, tout en maintenant que pour les espèces atomiques (l’homme, le lion, le cheval), Aristote dispose d’un concept d’espèce robuste, qui constitue l’unité ontologique fondamentale de sa zoologie.
L’enjeu n’est pas seulement philologique ; il engage la question du ''réalisme'' d’Aristote. Les anti-réalistes (Balme, Pellegrin) lisent la zoologie comme une science des différences et des fonctions, sans engagement ontologique fort sur les espèces. Les réalistes (Lennox, Henry, Charles) maintiennent que les espèces atomiques sont les véritables substances de la science aristotélicienne du vivant.
==== Les grands groupes : sang et non-sang, ''megista genê'' ====
À l’intérieur de l’enquête, Aristote établit de grandes divisions opératoires. La division fondamentale oppose ''enaima'' (animaux à sang) et ''anaima'' (animaux sans sang), qui correspondent globalement, mais imparfaitement, à ce que la zoologie moderne nomme vertébrés et invertébrés. La correspondance est imparfaite parce qu’Aristote sait que certains animaux sans sang, notamment les céphalopodes et les crustacés, possèdent un fluide analogue au sang, simplement plus pâle ou différemment coloré : il refuse pourtant de l’appeler du sang à proprement parler, et fonde la grande coupure sur cette distinction qualitative. Cette division n’est pas dichotomique au sens platonicien : elle opère à un seul niveau et ne prétend pas épuiser les distinctions pertinentes.
Au sein des ''enaima'', Aristote reconnaît plusieurs « plus grands genres » (''megista genê''). Pour faciliter le repérage, on peut indiquer leurs équivalents modernes approximatifs, en gardant à l’esprit qu’il s’agit d’équivalences pédagogiques et non d’identifications taxinomiques strictes : oiseaux, poissons, ce que nous appelons aujourd’hui les cétacés (qu’il distingue avec finesse des poissons, en raison notamment de leur respiration pulmonaire et de leur viviparité), vivipares quadrupèdes (proches de nos mammifères), ovipares quadrupèdes (qui regroupent ce que nous appelons amphibiens et reptiles, sans qu’Aristote les distingue), et l’homme. Au sein des ''anaima'', il identifie les coquillages (''ostrakoderma''), les crustacés (''malakostraka''), les céphalopodes (''malakia'', dont il étudie la pieuvre avec une précision remarquable, notamment l’hectocotyle, organe reproducteur dont la fonction ne sera comprise qu’au {{s-|XIX}}), et les insectes (''entoma'', catégorie large qui englobe les arachnides).
Cette grille apparaît à HA II, 15, 505b26 ; elle annonce, sans le construire, l’esprit de la systématique moderne. Aristote ne définit pas avec rigueur les groupes intermédiaires, et l’on ne trouve pas chez lui de classification ''complète'' des mammifères ou des oiseaux. Il introduit cependant des concepts d’ordre essentiels : la division des vivipares à pieds en multifides (à plusieurs doigts), bisulques (à pied fendu) et solipèdes (à sabot unique) (HA II, 1, 499b6 ; PA IV, 10, 690a5) anticipe certaines distinctions encore reconnues. Sa connaissance précise du sang du dauphin, de la respiration pulmonaire des cétacés, de la viviparité de certains squales, témoigne d’une attention biologique remarquable pour son temps.
==== Continuité, degrés du vivant et limites de la ''scala naturae'' ====
Aristote reconnaît que les espèces forment un continuum. Entre les plantes et les animaux, certains êtres comme les éponges, les ascidies ou les actinies occupent des positions intermédiaires : ils sont fixés au substrat à la manière des plantes, mais montrent des signes de sensibilité qui les apparentent aux animaux. Aristote en tire une formule selon laquelle « la nature passe si graduellement du sans-vie au vivant qu’on ne peut, du fait de la continuité, trouver de limite, ni de quel côté tombe l’intermédiaire » (HA VIII, 1, 588b4-12)<ref>Sur la portée de ce passage et la prudence à observer dans son interprétation, voir Geoffrey E. R. Lloyd, « Aristotle’s Zoology and his Metaphysics », dans D. Devereux et P. Pellegrin (éd.), ''Biologie, logique et métaphysique chez Aristote'', Paris, CNRS Éditions, 1990, p. 7-35.</ref>. Cette intuition d’une « échelle de la nature » (''scala naturae''), structurée selon le degré de chaleur vitale et d’humidité (GA II, 1, 732b15), aura une fortune considérable, jusqu’à Lamarck et Darwin.
Il faut cependant nuancer : parler d’« échelle » suggère une hiérarchie linéaire unique, ce que la recherche récente discute. Aristote constate plutôt des continuités multiples (entre plantes et animaux, entre animaux à sang et sans sang, entre modes de reproduction) et des gradations selon plusieurs paramètres (chaleur, humidité, complexité organique, mode de vie), sans construire d’axe unique de perfection. Et il faut, comme y insistent Pellegrin, Lennox et Connell, se garder de projeter sur Aristote des conceptions évolutionnistes qui lui sont étrangères : pour lui, les espèces sont éternelles ; le devenir n’affecte que les individus. La continuité qu’il observe est statique, non phylogénétique.
Aristote soutient sans ambiguïté que les espèces sont éternelles : « la nature de ce genre [les vivants] ne peut être éternelle [individuellement], donc ce qui devient est éternel à la manière qui lui est possible. Numériquement ce n’est pas possible (...) ; selon la forme c’est possible » (GA II, 1, 731b31-732a1). C’est par la reproduction que chaque espèce participe à l’éternité. Le transformisme des espèces est incompatible avec les principes centraux de sa biologie, en particulier avec l’éternité des formes spécifiques : Aristote connaissait des modèles présocratiques de formation et de transformation, notamment chez Empédocle, mais il les rejette en raison de leur incompatibilité avec la stabilité des essences. Changer d’espèce, dans son cadre conceptuel, ce serait cesser d’être pour devenir autre chose.
=== Les ''Parties des animaux'' : la causalité dans le vivant ===
==== Le livre I : enjeux méthodologiques et épistémologiques ====
Le livre I des ''Parties des animaux'' est singulier dans le corpus : il est moins un texte de zoologie qu’un ''prolégomène'' méthodologique à la science du vivant. Wolfgang Kullmann y voit un complément concret à la méthodologie abstraite des ''Seconds Analytiques''<ref>Wolfgang Kullmann, ''Aristoteles. Über die Teile der Lebewesen'', Berlin, Akademie Verlag, 2007, introduction.</ref>. Le livre aborde successivement onze points : la disposition des écrits, la distinction entre l’établissement des phénomènes (''phainomena'', ''hoti'') et la recherche des causes (''aitiai'', ''dihoti''), la priorité de la cause finale sur la cause efficiente, celle de l’être sur le devenir, celle de la forme sur la matière, celle de l’âme sur la matière, l’exclusion de la mathématique du domaine naturel, la nécessité hypothétique, la nature de l’''apodéixis'', la critique de la division dichotomique platonicienne, et enfin la légitimité de la zoologie face à l’astronomie.
Ce dernier point mérite mention. En PA I, 5, Aristote justifie l’étude des humbles vivants contre une hiérarchie spontanée qui placerait l’astronomie au-dessus. Le passage est souvent cité : « S’il y a parmi les animaux qui n’ont rien pour charmer les sens, la nature, qui les a façonnés, offre néanmoins, pour qui sait remonter aux causes et est philosophe par nature, des plaisirs immenses dans leur étude. (...) Il faut s’approcher de l’étude de chaque animal sans dégoût, sachant qu’en chacun il y a quelque chose de naturel et de beau ». L’anecdote d’Héraclite invitant des étrangers hésitants à entrer dans sa cuisine, « car les dieux sont là aussi », vient illustrer cette dignité de l’humble. Tipton, dans ''Philosophical Biology in Aristotle’s Parts of Animals'', y voit l’une des marques de la philosophie biologique d’Aristote : un mode de contemplation qui se déploie dans la matière la plus quotidienne<ref>Jason A. Tipton, ''Philosophical Biology in Aristotle’s Parts of Animals'', Cham, Springer, 2014, chap. 1.</ref>.
==== Quatre causes et la place du final ====
Aristote établit que pour expliquer un être naturel, il faut faire intervenir quatre causes : matérielle (ce de quoi), formelle (ce que c’est), efficiente (ce par quoi le mouvement) et finale (ce en vue de quoi). Dans le vivant, la cause finale joue un rôle organisateur, mais elle ne supplante pas les autres. La cause finale et la cause formelle sont chez Aristote étroitement liées, parfois presque convertibles dans le cas du vivant : la fin d’un organe est sa fonction, et sa fonction est ce qui le constitue comme tel. La finalité ne se substitue donc pas à la matière ni au mouvement ; elle leur donne leur intelligibilité. Comme l’écrit Gilson en commentant PA I, 1 : « La cause finale, qui est la cause première de toute opération, constitue la nature de l’animal bien plus que ne fait sa matière. »
Le raisonnement est clair. Si l’on ne considère qu’un fait, par exemple que les dents de devant des mammifères carnivores sont tranchantes alors que leurs molaires sont larges et plates, on doit pouvoir l’expliquer. L’explication par la cause matérielle est insuffisante : les mêmes éléments matériels (calcium, dentine, émail) auraient pu donner d’autres formes. L’explication par la cause efficiente, c’est-à-dire les processus de croissance qui produisent les dents, est nécessaire, mais elle ne dit pas pourquoi ''ce'' processus a lieu plutôt que tel autre. La cause finale, en revanche, l’explique : les dents tranchantes servent à couper, les molaires à broyer ; ces fonctions sont ce dont l’animal a besoin, étant donné son régime alimentaire et son mode de vie. La forme des dents est ''en vue de'' leur fonction nutritive (PA III, 1, 661b23-662a8)<ref>Sur la structure de l’explication téléologique dans ce passage, voir le commentaire de James G. Lennox, ''Aristotle : On the Parts of Animals I-IV'', Oxford, Clarendon Press, 2001, ad loc.</ref>.
L’argument est plus profond qu’il n’y paraît. Il ne consiste pas à dire que la nature « voulait » que l’animal eût telles dents ; il consiste à dire qu’on ne peut comprendre la dent qu’en la rapportant à l’animal entier dont elle est la dent, et que cet entier, par sa forme et sa manière de vivre, ''requiert'' tels organes. La fin n’est pas un projet conscient de la nature ; c’est la totalité organisée qui détermine ses parties. Comme Gilson l’exprime avec netteté : « La nature ne fait pas des plantes ou des animaux avec des organes, elle fait des organes en produisant des animaux et des plantes. »
==== La critique du mécanisme : Empédocle et Démocrite ====
Aristote consacre des passages importants à la critique des philosophes qui prétendaient expliquer le vivant sans la cause finale. Empédocle, dans la doctrine que rapporte Aristote, expliquait la formation des organes par des rencontres fortuites de particules : ainsi les vertèbres seraient les morceaux d’un os primitivement continu, brisé par l’exiguïté de l’utérus et la contorsion du fœtus. Plus généralement, la doctrine empédocléenne des « rencontres » prétendait engendrer le vivant à partir de la pure nécessité matérielle. L’image fameuse des combinaisons monstrueuses, où têtes humaines et corps de bœufs surgissent d’abord pêle-mêle avant que ne se conservent seulement les assemblages capables de vivre, illustre cette doctrine. Cette logique, parfois rapprochée par les commentateurs modernes des théories darwiniennes, n’est pourtant pas une « sélection naturelle » au sens contemporain : elle décrit la simple survie des combinaisons viables au sein d’une production aveugle, sans transmission héréditaire ni adaptation graduelle<ref>Sur la doctrine empédocléenne et son interprétation par Aristote, voir David Sedley, ''Creationism and its Critics in Antiquity'', Berkeley, University of California Press, 2007, chap. 1.</ref>. Démocrite, dans la lecture qu’en propose Aristote, identifiait l’essence des animaux à leur configuration extérieure, sans recours à la finalité ; cette lecture est elle-même discutable, car les fragments démocritéens conservés sont trop pauvres pour qu’on puisse trancher, mais elle représente fidèlement ce qu’Aristote tient à combattre : un atomisme qui réduit le vivant à une figure géométrique.
Aristote leur oppose trois objections, que Gilson met en lumière. Premièrement, les vivants ne sont pas des produits du hasard : ils proviennent de semences douées de propriétés formatives définies, dont les produits sont eux-mêmes déterminés. Deuxièmement, les parents préexistent aux enfants et prédéterminent leur développement futur ; un homme n’est pas engendré « par hasard », mais par un homme. Troisièmement, l’art imite la nature : si la production artisanale d’objets articulés requiert un ordre de production orienté vers une forme, à plus forte raison l’engendrement de touts vivants infiniment plus complexes implique un ordre comparable, sans que cet ordre soit nécessairement celui d’une délibération consciente. Aristote prend bien soin de souligner que la nature n’est pas un artisan qui calcule : elle produit en vue d’une fin sans réfléchir, sans choisir, sans se tromper.
L’objection à Démocrite, plus subtile, vise sa réduction de l’animal à sa configuration. Aristote relève qu’« un corps mort a exactement la même configuration qu’un corps vivant, néanmoins ce n’est plus un homme ». La différence entre vivant et cadavre ne peut s’expliquer par la seule forme géométrique : il y manque ce principe interne d’organisation et de mouvement qu’Aristote nommera l’âme (''psychê''). Le cadavre garde tous les organes en place, et pourtant aucun ne fonctionne plus ; ce n’est donc pas la configuration spatiale qui définit le vivant, mais la capacité actuelle d’exercer les fonctions vitales. La biologie aristotélicienne se distingue ainsi du mécanisme par sa thèse fondamentale : ''la forme du vivant n’est pas réductible à sa configuration''. Cette thèse, que Gilson remarque avoir été constamment réinventée par les biologistes critiques du réductionnisme (Bichat, Bernard, Elsasser, Polanyi), constitue l’une des « constantes biophilosophiques » qui font la fortune contemporaine d’Aristote.
==== La nécessité hypothétique : la subordination de la matière à la fin ====
Une notion capitale, sans laquelle la téléologie aristotélicienne reste mal comprise, est celle de ''nécessité hypothétique'' (''ex hypotheseôs anankê''). Aristote distingue deux types de nécessité dans la nature : la nécessité absolue ou matérielle (le feu, par sa nature, monte ; cela serait vrai indépendamment de toute considération organique) et la nécessité hypothétique. Cette dernière s’énonce ainsi : ''si'' l’animal doit être tel et tel, ''alors'' il doit nécessairement avoir telle composition matérielle. L’os est dur parce que ''si'' l’animal doit pouvoir se tenir debout et résister à la pression, ''alors'' il faut un matériau de cette résistance. De même, la peau est imperméable parce que sans cela l’animal perdrait ses humeurs vitales ; les vaisseaux sont creux parce qu’ils doivent transporter le sang ; et ainsi de suite.
Cette structure conditionnelle subordonne la matière à la fin, sans nier la nécessité de la matière. Aristote ne dit pas que la matière est sans rôle ; il dit que son rôle est ''au service'' de la forme. C’est ce que Mariska Leunissen a particulièrement développé dans ''Explanation and Teleology in Aristotle’s Science of Nature''<ref>Mariska Leunissen, ''Explanation and Teleology in Aristotle’s Science of Nature'', Cambridge, Cambridge University Press, 2010, en particulier chap. 3.</ref>. La nécessité hypothétique permet à Aristote d’intégrer la causalité matérielle et efficiente, c’est-à-dire les processus chimiques, mécaniques, thermiques qui se déroulent dans le corps, sans pour autant en faire le tout de l’explication. La biologie aristotélicienne n’est donc pas anti-mécaniste : elle est anti-réductionniste. Elle reconnaît la nécessité du mécanisme, mais le subordonne à une intelligibilité finale.
Gilson exprime ce point avec une formule éclairante : « Le mécanisme exclut le finalisme, mais le finalisme n’exclut pas le mécanisme, au contraire il l’implique nécessairement. » Cette implication est nécessaire parce que toute fin requiert des moyens, et que les moyens, dans la nature, sont les structures et les processus matériels.
==== Quelle téléologie ? Le débat contemporain ====
La nature précise de la téléologie aristotélicienne fait l’objet, depuis quarante ans, d’un débat suivi. Plusieurs lectures s’affrontent. La lecture ''anthropocentrique'' attribue à Aristote l’idée que la nature est organisée pour le bien de l’homme. Elle s’appuie sur quelques passages, notamment de la ''Politique'' I, 8, 1256b15-22, où Aristote semble dire que les plantes existent en vue des animaux et les animaux en vue de l’homme. Cette lecture, dominante dans la tradition stoïcienne et chrétienne, a longtemps coloré la réception d’Aristote.
La lecture ''cosmique'' étend la finalité à l’univers entier : tout le cosmos serait orienté vers une fin unique, qui pourrait être l’imitation, par chaque vivant, de l’éternité divine. Elle s’appuie sur des passages de la ''Métaphysique'' Lambda et de ''De anima'' II, 4, où Aristote explique que la reproduction est ce par quoi les vivants mortels participent à l’éternel et au divin.
La lecture ''locale'', défendue notamment par Allan Gotthelf, James G. Lennox et Mariska Leunissen, et résumée par Pellegrin dans la formule selon laquelle « la téléologie aristotélicienne a comme horizon fondamental les espèces animales elles-mêmes », soutient que chaque espèce ou chaque organe a sa fin propre, sans qu’il y ait une finalité globale du vivant. Cette lecture est aujourd’hui largement partagée dans la recherche savante. Elle a l’avantage de coller au texte des traités biologiques eux-mêmes, où l’on voit Aristote expliquer chaque structure (la trompe de l’éléphant, les pattes des oiseaux, le poumon, le foie) en référence à la fonction ''de l’animal en question'', sans recours à une fin cosmique externe.
Cette lecture locale a une conséquence importante : elle aristotélise la biologie sans la théologiser. Là où William Paley, dans sa ''Théologie naturelle'' (1802), faisait de l’horloger divin l’argument central de la finalité (ce que Darwin retournera contre lui), Aristote n’a pas besoin de Dieu pour comprendre que la patte du homard est faite pour pincer. Comme l’écrit Gilson, citant Cuénot : « les pinces du homard sont faites pour pincer », et c’est une « finalité de fait ». Le finalisme aristotélicien est immanent : la nature, mue du dedans vers un but qu’elle ignore mais qu’elle porte en elle, ne se trompe pas. « Avec elle, pas de prototypes ni d’essais, elle réussit du premier coup ou elle échoue définitivement. »
==== L’unité fonctionnelle de l’organisme ====
L’organisme est une totalité où chaque partie coopère à la vie de l’ensemble. Cette intuition systémique, particulièrement développée dans PA III, articule deux mouvements complémentaires. Du point de vue de la fin, on peut dire que les poumons existent en vue de la respiration, qui existe en vue du refroidissement du cœur, qui existe en vue de la vie. Mais réciproquement, posséder des poumons impose certaines autres caractéristiques : un animal pourvu de poumons doit avoir un sang et un cœur, doit respirer, donc doit posséder des voies aériennes (PA III, 6, 668b33-669a13). Le réseau des dépendances fonctionnelles est dense.
Aristote distingue à ce propos plusieurs niveaux de fonction. Au niveau le plus bas, les éléments (terre, eau, air, feu) et leurs qualités primaires (chaud/froid, sec/humide) entrent en composition pour former les homéomères. Les homéomères sont ''pour'' les anhoméomères : leur composition est subordonnée aux fonctions des organes qu’ils constituent. Les anhoméomères ou organes sont à leur tour ''pour'' l’âme et les activités vitales : « les fonctions (''erga'') et les activités (''praxeis'') des vivants en dépendent » (PA II, 1, 646b13). Et le corps tout entier est ''pour'' l’âme : « le corps en un certain sens est en vue de l’âme, et ses parties en vue des fonctions auxquelles chacune est par nature destinée » (PA I, 5, 645b14-20).
L’organe est conçu, étymologiquement et conceptuellement, comme ''organon'', c’est-à-dire instrument. Le corps vivant est un instrument de l’âme, et chacune de ses parties est un instrument du tout. Cette vision se reflète dans une formule centrale de PA IV, 12, 694b12-14 : « la nature adapte les organes à la fonction, et non la fonction aux organes ». Le principe oriente l’enquête naturelle vers la fonction comme principe explicatif premier, la matière n’étant intelligible que par et pour elle.
Le cœur (''kardia'') occupe dans cette architecture une place privilégiée. Pour Aristote, contre Alcméon de Crotone, contre la tradition hippocratique tardive (notamment ''Sur la maladie sacrée'') et contre Platon (''Timée'' 73c-d), qui plaçaient déjà le centre de la vie ou de la sensation dans le cerveau, le cœur est l’organe principal du vivant : il apparaît le premier dans l’embryon, il est l’origine (''archê'') du système circulatoire, le siège de la chaleur vitale, le lieu où s’effectue la « cuisson » finale du sang, et c’est de lui que partent les mouvements liés au plaisir, à la douleur et à la sensation (PA III, 4, 666a11-13 ; ''De juventute'' 3)<ref>Sur le cardiocentrisme aristotélicien et son contexte médical, voir Friedrich Solmsen, « Greek Philosophy and the Discovery of the Nerves », ''Museum Helveticum'' 18, 1961, p. 150-167 ; et Philip van der Eijk, ''Medicine and Philosophy in Classical Antiquity'', Cambridge, Cambridge University Press, 2005, chap. 4.</ref>. Le cerveau, dans la physiologie d’Aristote, n’est pas le siège de la pensée ni de la sensation, mais une sorte d’organe de refroidissement qui contre-balance la chaleur du cœur. La thèse, longtemps reconduite par la tradition, est l’une des principales erreurs anatomiques d’Aristote ; mais elle s’inscrit dans un système physiologique cohérent, dont l’idée centrale, la régulation thermique comme fonction vitale, n’est pas, en elle-même, fausse.
=== La ''Génération des animaux'' : reproduction, embryogenèse, hérédité ===
==== Pourquoi un traité distinct sur la génération ? ====
Si les ''Parties des animaux'' étudient l’animal adulte sous l’angle synchronique (''ce qu’il est''), la ''Génération des animaux'' l’étudie sous l’angle diachronique (''comment il vient à être''). Cette division reflète une thèse aristotélicienne explicite : l’être est antérieur au devenir, et la connaissance du tout adulte précède celle de la formation embryonnaire. C’est ce que Gilson souligne en évoquant la « préférence » d’Aristote pour décrire d’abord les animaux complètement formés et ne décrire qu’ensuite le processus de leur formation.
La ''Génération des animaux'' est complexe et a fait l’objet de nombreuses discussions. Elle traite des modes de reproduction, de la formation de l’embryon, de l’hérédité, des monstruosités, et de la différence des sexes. Elle est aussi celle qui a soulevé les critiques modernes les plus vives, notamment féministes, en raison de la théorie aristotélicienne du rôle différencié du mâle et de la femelle.
==== Les modes de génération ====
Aristote distingue plusieurs modes de génération. La majorité des animaux sont engendrés par accouplement sexué entre un mâle et une femelle, distincts ou parfois réunis dans un même individu (cas qu’il observe chez certains coquillages). Il distingue ensuite les vivipares (qui engendrent des petits semblables aux parents adultes), les ovipares (à œufs achevés ou inachevés selon les espèces), et ceux qu’il appelle « ovipares en interne, vivipares en externe », équivalent fonctionnel de ce que la zoologie moderne nomme ovovivipares, qu’il identifie chez certains squales avec une finesse remarquable.
D’autres animaux paraissent naître par génération spontanée à partir de la matière en putréfaction ou de la vase : c’est le cas, selon Aristote, de certains insectes, de coquillages comme les huîtres, et notamment des anguilles, chez lesquelles il constate qu’on ne peut observer ni organes reproducteurs ni œufs. Cette doctrine, qui paraît aujourd’hui curieuse, repose chez Aristote sur des observations réelles : on voit effectivement apparaître des larves d’insectes dans la viande qui se décompose ou des organismes inférieurs dans la vase, et il faudra attendre les expériences de Francesco Redi (1668) sur les viandes protégées de mouches, puis surtout celles de Louis Pasteur (1859-1864) avec ses ballons à col de cygne, pour la réfuter expérimentalement. Pour Aristote, la génération spontanée s’inscrit dans un cadre cohérent : la nature, quand elle ne peut produire un genre par engendrement à partir d’un parent, le produit néanmoins en activant la chaleur vitale (''thermon'') et le pneuma dans une matière préformée par putréfaction. Le processus est analogue, à ses yeux, à la fermentation ou à la coction.
D’autres modes existent encore : reproduction par bourgeonnement chez certaines plantes ; cas particulier des œufs « du vent » (''hupênemia''), produits par certaines volailles femelles sans accouplement, qu’Aristote ne tient pas pour une véritable parthénogenèse mais pour des œufs imparfaits, incapables de se développer en raison de l’absence du principe formateur masculin ; cas enfin de certains insectes où la femelle dépose son matériau près d’un mâle qui agit sur lui directement, sans introduction de semence proprement dite.
==== Le rôle du mâle et de la femelle ====
Le cœur de la théorie aristotélicienne de la génération sexuée tient en une formule : le mâle apporte la ''forme'' et le ''principe du mouvement'', la femelle apporte la ''matière''. Le mâle contribue à la génération par sa semence (''sperma''), qui est un résidu de sang particulièrement « cuit » (concentré et raffiné par la chaleur vitale) ; la femelle contribue par les menstrues (''katamenia''), résidu de sang moins « cuit » parce que la femelle est, en moyenne, plus froide que le mâle. Cette doctrine de la « froideur » féminine s’inscrit dans le cadre de la physiologie humorale grecque, qui caractérise les vivants par leur degré de chaleur et d’humidité ; elle est donc moins une remarque morale qu’une thèse physiologique, fausse dans ses présupposés, mais cohérente dans son cadre. Le rôle du mâle est de ''mouvoir'' la matière fournie par la femelle, lui imprimer la forme spécifique de l’espèce.
Cette théorie a deux dimensions qu’il faut distinguer. La première est ''physiologique'' : Aristote s’oppose à la « théorie des deux semences » (pangenèse) défendue par certains hippocratiques et par Démocrite, selon laquelle mâle et femelle contribuent tous deux par une semence prélevée sur l’ensemble des parties du corps. Aristote critique cette théorie avec des arguments empiriques précis : si le sperme provenait de chaque partie du corps, comment expliquer que des parents mutilés engendrent des enfants entiers ? Comment expliquer que les caractères acquis ne se transmettent pas ? Sa propre théorie, qui voit dans la semence un résidu nutritif transformé, est plus économique et fait place à un mécanisme génératif articulé. Sur ces points, sa critique de la pangenèse hippocratique a été jugée largement justifiée par l’histoire des sciences ; il est notable que la pangenèse provisoirement adoptée par Darwin (la théorie hypothétique des « gemmules ») ait elle-même été abandonnée pour des raisons proches de celles avancées par Aristote.
La seconde dimension est ''métaphysique'' : pour Aristote, la séparation des sexes a une justification téléologique. Comme le résume GA II, 1, 732a4-9 : « Puisque la première cause motrice, à laquelle appartiennent la définition et la forme, est plus haute et plus divine que la matière, il est meilleur que le supérieur soit séparé de l’inférieur ; c’est pourquoi, partout où c’est possible et autant que c’est possible, le mâle est séparé de la femelle. » Le mâle est ''supérieur'' parce qu’il est principe actif ; la femelle est principe matériel.
==== La critique féministe et la réponse contemporaine ====
Cette dimension métaphysique a fait l’objet, depuis trente ans, d’une discussion intense. Sophia Connell, dans ''Aristotle on Female Animals'' (2016), a montré que la critique féministe s’est articulée autour de plusieurs niveaux<ref>Sophia M. Connell, ''Aristotle on Female Animals : A Study of the Generation of Animals'', Cambridge, Cambridge University Press, 2016.</ref>. Au niveau le plus immédiat, on a accusé Aristote de réduire la femelle à un simple substrat passif et de naturaliser une hiérarchie sociale. Au niveau plus subtil, on a relevé que sa théorie du « manque » féminin, selon laquelle la femelle serait un mâle qui n’a pas atteint son achèvement en raison d’un défaut de chaleur, fait reposer la différence des sexes sur un déficit, non sur une différence positive.
La recherche contemporaine, sans absoudre Aristote, a nuancé ces accusations. Trois points méritent d’être retenus. Premièrement, la matière fournie par la femelle n’est pas, dans les textes aristotéliciens, un substrat inerte et passif : elle est elle-même un produit hautement spécialisé de la nutrition féminine, structurée pour devenir les organes de l’espèce concernée. Deuxièmement, dans certains modes de génération (œufs incubés, gestation interne, lactation), la femelle a un rôle actif au-delà de la simple fourniture de matière : elle assure la chaleur, le logement, la nourriture du futur petit pendant des périodes prolongées. Troisièmement, Aristote attribue à la femelle des pouvoirs causaux qu’il ne reconnaît pas explicitement comme tels : dans GA IV, 3, il explique la ressemblance d’un enfant à sa mère plutôt qu’à son père par la résistance victorieuse de la matière maternelle aux mouvements paternels, ce qui suppose, en réalité, que cette matière possède elle-même des capacités formatives<ref>Sur ce point, voir Devin Henry, « How Sexist Is Aristotle’s Developmental Biology ? », ''Phronesis'' 52, 2007, p. 251-269.</ref>.
Cette analyse, particulièrement développée par Devin Henry, conduit à une lecture moins univoque de la théorie aristotélicienne. La hiérarchie qu’Aristote affirme entre mâle et femelle est réelle, mais elle ne se réduit pas à une opposition entre principe actif et matière inerte. Reste qu’il s’agit d’une hiérarchie, et que les présuppositions empiriques et sociales qui l’inspirent sont contestables, notamment l’idée que la femelle est plus froide que le mâle, qui repose sur des analogies non vérifiées.
==== L’épigenèse et le préformationnisme ====
La théorie aristotélicienne de l’embryogenèse est l’une de ses contributions les plus notables. Aristote la fonde sur l’observation directe d’œufs de poulet ouverts à différents stades d’incubation (HA VI, 3, 561a4-561b13). Il décrit ce qu’il voit : d’abord se forme le cœur, qui bat dès le troisième jour comme un point rouge ; puis progressivement les autres organes apparaissent, chacun à son tour, en commençant par les parties supérieures. Aristote reconnaît avec acuité que les yeux sont une excroissance du cerveau (GA II, 6). Cette observation lui permet de fonder ce qu’on a nommé, à partir de Harvey, la doctrine de l’''épigenèse'' : l’embryon n’est pas une miniature préformée qui ne ferait que croître, il se constitue par différenciation graduelle, parties après parties, à partir d’une matière initialement indifférenciée.
L’opposition entre épigenèse et préformationnisme traverse l’histoire de la biologie occidentale. Au {{s-|XVIII}}, à mesure que les microscopistes (Swammerdam, Malpighi, Bonnet) crurent voir dans le germe les linéaments de l’organisme adulte, le préformationnisme connut une longue fortune. Charles Bonnet, dans sa ''Palingénésie philosophique'' (1769), soutient que l’embryon est entièrement préformé dès l’origine, et que tous les organismes futurs sont contenus emboîtés dans l’œuf premier (la doctrine de l’« emboîtement des germes »). Cette conception offre un avantage théologique : elle rend la création unique, instantanée, sans nouveauté ultérieure. La controverse, qui occupe encore l’Académie des sciences vers 1860, oppose les héritiers de Bonnet aux héritiers d’Aristote et de Harvey. Comme l’écrit Gilson, « M. Serres assimile la doctrine de l’évolution selon Bonnet à l’Ancien Testament de la biologie, et celle de l’épigénèse au Nouveau Testament de la biologie ». Ce qui est aujourd’hui largement admis, c’est l’idée générale d’une différenciation progressive de l’embryon ; les mécanismes aristotéliciens proprement dits, eux, sont faux. La biologie du développement contemporaine a remplacé la chaleur vitale et le ''pneuma'' par l’étude des réseaux de régulation génétique, des signaux cellulaires, des gradients morphogénétiques et des interactions entre cellules et milieu, dans un cadre conceptuel qui n’a plus rien d’aristotélicien, mais qui en partage l’intuition fondatrice : un embryon se construit, il n’est pas livré tout fait.
Comment Aristote conçoit-il le mécanisme de cette différenciation progressive ? Sa réponse mêle observation et analogie. Le principe actif est la ''chaleur vitale'' (''thermon'') contenue dans la semence, qui « cuit » et façonne progressivement la matière menstruelle. L’analogie qu’Aristote propose est célèbre : la semence agit sur les menstrues comme la ''présure'' fait cailler le lait (GA II, 4, 739b22-740a4). De la même façon que la présure ne reste pas mêlée au lait mais en organise la transformation, la semence n’apporte pas matériellement quelque chose à l’embryon, mais imprime un ''mouvement'' (''kinêsis'') qui structure la matière maternelle. Aristote propose aussi une autre analogie, celle des marionnettes mécaniques : les premières impulsions données déclenchent une cascade de mouvements préprogrammés (GA II, 1, 734b9). Ces analogies, par leur précision technique, témoignent de l’effort d’Aristote pour penser la génération comme un processus ''intelligible'', sans recours au mystère ni à la divinité<ref>Sur les analogies aristotéliciennes du développement, voir Devin Henry, ''Aristotle on the Mechanism of Inheritance'', ''Journal of the History of Biology'' 39, 2006, p. 425-455.</ref>.
Un point notable de la théorie embryologique d’Aristote est la place du ''pneuma'', souffle vital chaud présent dans la semence. En GA II, 3, 736b29, Aristote affirme que ce pneuma est « analogue à l’élément des astres », c’est-à-dire au cinquième corps céleste que la tradition postérieure appellera éther (''aithêr''), bien qu’Aristote lui-même n’emploie ce terme que rarement et préfère parler simplement du « premier corps » ou « premier élément ». Cette comparaison, dont Kullmann souligne l’importance, confère à la chaleur vitale une dignité ontologique particulière : elle n’est pas la chaleur ordinaire, mais une force formatrice apparentée au plus noble des principes naturels. Cette doctrine sera reprise et développée par toute la tradition stoïcienne et médicale, notamment par Galien, avant de connaître diverses fortunes dans la Renaissance et chez les iatromécaniciens du {{s-|XVII}}.
==== L’hérédité et la ressemblance ====
Pourquoi les enfants ressemblent-ils à leurs parents, et plus précisément, pourquoi parfois au père, parfois à la mère, parfois à un grand-parent, parfois à personne ? Aristote consacre à cette question un chapitre fameux (GA IV, 3, 767b15-768a14). Sa réponse fait jouer trois variables : le degré de cuisson de la semence (mieux cuite, elle imprime mieux la forme paternelle), la résistance de la matière menstruelle (plus elle résiste, plus l’enfant ressemble à la mère), et le « relâchement » des mouvements paternels, qui peut faire ressurgir une ressemblance grand-parentale.
Cette explication, rudimentaire au regard de la génétique mendélienne, témoigne d’un effort réel pour penser scientifiquement un phénomène que d’autres cultures expliquaient par le mythe ou l’intervention divine. Elle pose les questions fondamentales de la biologie héréditaire (comment les caractères sont-ils transmis ? pourquoi varient-ils dans une certaine fourchette autour d’un type spécifique ?) et propose un cadre conceptuel rigoureux, même si les paramètres en sont, du point de vue moderne, faux.
L’un des points les plus notables est la ''stabilité'' de l’espèce malgré les variations individuelles. Pour Aristote, les variations relèvent de la matière (qui résiste plus ou moins au mouvement formateur), tandis que la forme spécifique se maintient parce qu’elle est précisément ce qui définit l’espèce. Le « semblable engendre le semblable », principe que Linné citera encore, est ici fondé non sur une mystérieuse fixité, mais sur la primauté ontologique de la forme dans l’engendrement.
=== Le mouvement animal : ''De motu animalium'' et ''De incessu animalium'' ===
==== La place de ces traités dans le projet biologique ====
Les deux petits traités consacrés au mouvement animal, ''De motu animalium'' (Le mouvement des animaux) et ''De incessu animalium'' (La marche des animaux), sont parmi les plus denses du corpus. Klaus Corcilius, dans le ''Cambridge Companion'', et la grande édition Corcilius/Primavesi (2018), suivie du commentaire collectif dirigé par Rapp et Primavesi (2020), ont récemment renouvelé la recherche sur ces textes<ref>Klaus Corcilius et Oliver Primavesi (éd.), ''Aristoteles. De motu animalium / Über die Bewegung der Lebewesen'', Hambourg, Meiner, 2018 ; Christof Rapp et Oliver Primavesi (éd.), ''Aristotle’s De motu animalium'', Oxford, Oxford University Press, 2020.</ref>. Ils achèvent et complètent les analyses de ''De anima'' III, 9-11, où Aristote pose les principes psychologiques du mouvement, en montrant comment ces principes s’incarnent concrètement dans les processus physiologiques des animaux.
Le partage des tâches est clair : ''De anima'' identifie les facultés psychiques responsables du mouvement (désir, perception, imagination, intellect) ; le ''De motu animalium'' explique comment l’activation de ces facultés produit effectivement, dans le corps, le mouvement animal ; le ''De incessu animalium'' analyse les contraintes anatomiques et la mécanique du déplacement propres aux différents modes de locomotion.
==== Le principe du mouvement volontaire : désir et représentation ====
L’apport propre d’Aristote, dans ces traités, est de ''psychologiser'' l’explication du mouvement animal sans la ''spiritualiser'' abusivement. Tout mouvement animal, pour Aristote, est un mouvement vers un objet désiré, et l’objet désiré opère comme cause finale. Mais cette cause finale n’agit qu’à travers une représentation : l’animal doit ''percevoir'' ou ''imaginer'' l’objet désiré pour que le mouvement s’enclenche.
L’analyse de ''De anima'' III, 10, 433b11-12, telle que Pellegrin la reprend dans ''Animals in the World'', distingue clairement les facteurs : « l’objet du désir » (a), sa « perception » par l’animal (b), le « désir » lui-même (c), « l’organe corporel par lequel le corps est mû » (d), et enfin « le mouvement de l’animal » (e). La chaîne articule donc cause finale (a), médiations cognitives (b et c), et mécanisme corporel (d) qui produit le mouvement effectif (e)<ref>Pierre Pellegrin, ''Animals in the World : Five Essays on Aristotle’s Biology'', traduit par Anthony Preus, Albany, SUNY Press, 2023.</ref>.
Une thèse centrale, sur laquelle Aristote insiste, est que la pensée seule ne suffit pas à mettre l’animal en mouvement. Comme le souligne Pellegrin en commentant ''De anima'' III, 9 : « Connaître ce qui est juste, bon ou beau ne met pas un individu en mouvement : il faut ''désirer'' la chose qui est juste, bonne ou belle. » L’analyse cognitive d’une situation peut éclairer la décision, mais ne la produit pas. Ce point est lourd de conséquences : il marque une rupture avec la tradition socratique, pour laquelle la connaissance du bien suffirait à le faire vouloir. Aristote inaugure une analyse de l’agir qui fait place à la ''faiblesse de la volonté'' (''akrasia''), c’est-à-dire au cas où l’on agit contre ce que l’on sait être le mieux.
==== Le rôle du ''pneuma symphyton'' ====
Comment le désir, qui est une affection de l’âme, se traduit-il en mouvement corporel ? La réponse d’Aristote, particulièrement développée dans le ''De motu animalium'' chapitres 7-10, fait intervenir un organe spécifique : le ''pneuma symphyton'' (souffle inné, ou pneuma connaturel). Localisé dans la région du cœur, ce pneuma est un corps subtil, susceptible d’expansion et de contraction sous l’effet de la chaleur produite par l’affection désirante. Lorsque l’animal perçoit ou imagine un objet désirable, son cœur s’échauffe ; ce réchauffement se communique au pneuma, qui se dilate ou se contracte ; cette dilatation et cette contraction tirent ou poussent les tendons et les os, qui transmettent à leur tour le mouvement aux membres. Le ''pneuma symphyton'' sert ainsi de relais physiologique entre l’affection désirante et le mouvement corporel.
Cette doctrine, dont Martha Nussbaum a montré l’importance dans son édition du ''De motu''<ref>Martha C. Nussbaum, ''Aristotle’s De Motu Animalium : Text with Translation, Commentary, and Interpretive Essays'', Princeton, Princeton University Press, 1978.</ref>, est la pièce manquante de la psychologie aristotélicienne du mouvement. Sans elle, le passage de l’âme au corps reste un mystère ; avec elle, il devient un processus physique articulé. On notera qu’Aristote, dans ce contexte, qualifie d’''organa'' (organes-instruments) les os et les tendons, qu’il classe ailleurs comme homéomères : signe de la souplesse conceptuelle dont il fait preuve quand il s’agit d’analyser des fonctions précises.
==== La nécessité d’un point d’appui externe ====
Un argument simple mais éclairant du ''De motu animalium'' (chapitre 2, 698b7-699a11) établit qu’un animal, pour se mouvoir, doit s’appuyer sur quelque chose d’immobile à lui. De même qu’on ne peut pousser un bateau depuis l’intérieur du bateau (l’effort serait absorbé par le bateau lui-même), un animal doit prendre appui sur le sol, l’eau ou l’air. C’est ce qui distingue le mouvement animal du mouvement des astres : ces derniers, mus par les sphères, ont un point d’appui dans la structure cosmique ; ceux-là doivent s’appuyer extérieurement à eux-mêmes.
Cet argument a une portée plus large qu’il n’y paraît. Il fonde la possibilité même de l’étude mécanique du mouvement animal : étudier comment un animal marche, vole ou nage, c’est étudier comment il transmet une force interne (musculaire) à un milieu externe (sol, eau, air) qui lui résiste. La résistance n’est pas un obstacle au mouvement, c’est sa condition de possibilité.
==== Les modes de locomotion ====
Le ''De incessu animalium'' est, par anticipation, un traité de mécanique du mouvement animal. Aristote y établit des principes généraux qui frappent parfois encore par leur justesse. Les animaux sanguins terrestres pourvus de membres locomoteurs ne peuvent en avoir plus de quatre : la nature ne fait rien en vain, et quatre suffisent à assurer la stabilité. Les vertébrés terrestres ne marchent jamais sur six pattes ; quand un quadrupède en a une cassée, il se tient sur trois ; les insectes, pour des raisons de constitution différente (animaux sans sang, plus petits, à structure segmentaire), peuvent en avoir six ou plus.
L’analyse des oiseaux est développée. Aristote distingue les oiseaux de proie, qui ont de grandes ailes et un corps relativement réduit (parce que la matière nutritive disponible a été investie dans les ailes, instrument principal de leur mode de vie) ; les oiseaux aquatiques échassiers, qui ont de longues pattes (parce que leur mode de vie le requiert) et donc, par compensation, des plumes caudales moins développées. Le principe sous-jacent est exprimé en une formule lapidaire : « la nature adapte les organes à la fonction qu’ils ont à exercer, et non la fonction aux organes » (PA IV, 12, 694b12-14). Le principe oriente toute l’enquête : les pattes sont ''en vue de'' la marche, les ailes ''en vue de'' le vol, les nageoires ''en vue de'' la nage. Et c’est la fonction qui, dans chaque cas, dicte la structure.
=== La place du ''De anima'' dans le projet biologique ===
Le ''De anima'', traditionnellement classé parmi les œuvres « psychologiques », est étroitement lié au cycle biologique, même si son inclusion dans ce cycle reste débattue. C’est un point sur lequel insistent David Balme et plusieurs commentateurs récents : la psychologie aristotélicienne n’est pas une métaphysique de l’esprit, c’est l’étude des principes du vivant en tant que vivant.
L’âme, dans la fameuse définition de ''De anima'' II, 1, est « la première entéléchie d’un corps naturel ayant la vie en puissance », ou encore « la première entéléchie d’un corps naturel organique ». Cette définition est étroitement biologique. Elle ne fait pas de l’âme une substance séparée, ni une force ajoutée au corps : elle en fait la ''forme'' du corps vivant, son principe d’organisation et d’activité. Vivre, pour un corps organique, c’est avoir telle structure et exercer telles fonctions. La comparaison qu’Aristote propose éclaire le propos : si la hache était un être naturel, sa forme (le « pouvoir-couper ») serait son âme ; si l’œil était un animal complet, la vue en serait l’âme.
Aristote distingue trois niveaux fondamentaux de fonctions vitales, qui définissent autant de niveaux d’âme. La ''fonction nutritive'' (''threptikon'') ou végétative est commune à tous les vivants, plantes incluses : elle inclut la nutrition, la croissance et la reproduction. La ''fonction sensitive'' (''aisthêtikon'') est commune à tous les animaux : elle inclut la perception, et avec elle l’imagination (''phantasia''), la mémoire, le désir, et la locomotion qui en dépend. La ''fonction noétique'' (''dianoêtikon'') ou intellective n’appartient qu’à l’homme : elle inclut la pensée discursive et l’intellection des principes.
Cette gradation n’est pas une hiérarchie d’âmes séparées, mais une structure d’inclusion : l’âme animale comprend la fonction nutritive ; l’âme humaine comprend les fonctions nutritive et sensitive. Comme Aristote le formule dans une comparaison célèbre, c’est comme dans la série des figures géométriques : le quadrilatère contient le triangle, mais le triangle existe aussi indépendamment.
Cette structure biologique de la psychologie aristotélicienne explique pourquoi l’étude du vivant ne peut être séparée de l’étude de l’âme : comprendre une plante, c’est comprendre la fonction nutritive ; comprendre un animal, c’est comprendre la fonction sensitive ; comprendre un homme, c’est comprendre les trois fonctions, et la manière particulière dont la fonction noétique se conjugue, dans son cas, aux fonctions inférieures.
L’activité humaine de penser dépend, dans son exercice ordinaire, des sens et de l’imagination : il n’y a pas pour Aristote de pensée sans image (''phantasma''), et le ''De anima'' insiste sur cette dépendance. Le statut exact de l’intellect, et notamment de l’''intellect agent'' (''nous poiêtikos'') évoqué dans le difficile chapitre III, 5, reste cependant l’un des problèmes les plus discutés du corpus : la question de savoir si cet intellect est séparable du corps, et en quel sens, a divisé la tradition aristotélicienne depuis Alexandre d’Aphrodise et les commentateurs grecs jusqu’aux interprétations contemporaines. Sur ce point précis, les frontières entre psychologie biologique et métaphysique deviennent moins nettes.
=== Conclusion : la fortune de la biologie aristotélicienne ===
La biologie d’Aristote a connu, comme l’écrit Gilson, une fortune singulière. Pendant des siècles, elle a été éclipsée par les œuvres « plus philosophiques » du corpus. Pendant les {{s2-|XIX|XX}}, elle a été tenue pour démodée, jugée à l’aune de la biologie expérimentale et évolutionniste. Et c’est seulement à partir des années 1960-1980, par la convergence de la philologie classique (Balme, Pellegrin) et de la philosophie analytique de la biologie (Lennox, Gotthelf, Charles, Henry, Connell, Leunissen), qu’elle a retrouvé sa place dans la philosophie naturelle.
Le retournement témoigne d’une prise de conscience : ce qu’Aristote a réalisé n’est pas simplement une compilation de faits, c’est une ''philosophie de la biologie'', une réflexion sur les conditions de possibilité d’une connaissance scientifique du vivant. Cette réflexion articule des distinctions qui restent opératoires : l’enquête empirique préalable et l’explication causale ; l’individu et l’espèce ; la matière et la forme ; la cause efficiente et la cause finale ; la nécessité absolue et la nécessité hypothétique ; le tout et la partie ; la fonction et l’organe.
Ces distinctions, comme l’a montré Gilson dans son essai, sont des « constantes biophilosophiques » : elles réapparaissent, sous d’autres noms, chez Bichat, Cuvier, Claude Bernard, Cuénot, Canguilhem, Elsasser, Polanyi, Monod. Le mot de « finalité » est aujourd’hui souvent remplacé par celui de « téléonomie », mais la question demeure : peut-on comprendre un vivant sans comprendre la fonction de ses parties ? La biologie contemporaine, fût-elle moléculaire, n’a pas cessé de la rencontrer.
C’est en ce sens, et non en celui d’une zoologie historique, qu’Aristote reste une référence pour la philosophie de la biologie. Les espèces qu’il décrit ont parfois disparu ou ont été reclassées ; ses thèses physiologiques sur le cœur, le cerveau ou les menstrues sont obsolètes. Mais ses questions (qu’est-ce qu’un vivant ? qu’est-ce qu’une fonction ? qu’est-ce que l’unité d’un organisme ?) sont toujours posées. Et les outils conceptuels qu’il a forgés pour y répondre (entéléchie, nécessité hypothétique, division des causes, primauté de la forme) demeurent utiles, ne fût-ce qu’à titre de repères critiques, pour la philosophie de la biologie.
== La philosophie première : la métaphysique ==
=== Objet et divisions de la métaphysique ===
==== La science de l'être en tant qu'être ====
La métaphysique, qu'Aristote nomme « philosophie première » ou « sagesse », est définie comme la science de l'être en tant qu'être (''on hêi on'') et de ce qui lui appartient essentiellement<ref>Aristote, ''Métaphysique'', Γ, 1, 1003a21-22. Sur l'unité (et la possible disparité) du projet métaphysique aristotélicien, voir Annick Jaulin, ''Aristote. La métaphysique'', op. cit., Introduction et chap. « La science recherchée » ; Vasilis Politis, ''Routledge Philosophy GuideBook to Aristotle and the Metaphysics'', op. cit.</ref>. Cette formulation distingue la métaphysique des sciences particulières qui étudient un aspect de l'être : la géométrie l'étudie en tant que continu, la biologie en tant que vivant. Seule la métaphysique considérerait l'être dans sa totalité.
Comme le souligne Annick Jaulin, le terme « métaphysique » lui-même n'apparaît jamais dans les traités aristotéliciens : il s'agit d'un titre éditorial donné par Andronicos<ref>Annick Jaulin, ''Aristote. La métaphysique'', op. cit., Introduction.</ref>. Pellegrin recense quant à lui plusieurs définitions concurrentes de cette science chez Aristote : recherche des premiers principes et des premières causes, science de l'être en tant qu'être, science de la substance, science théologique<ref>Pierre Pellegrin, ''Dictionnaire Aristote'', op. cit., article « Métaphysique », p. 136-137.</ref>.
Cette science est dite « première » en deux sens : elle porte sur ce qui est premier dans l'ordre de l'être (les principes et causes premiers), et elle examine les principes communs à toutes les sciences, comme le principe de non-contradiction<ref>Aristote, ''Métaphysique'', Γ, 3, 1005a19-b8.</ref>. Elle est aussi qualifiée de « science théologique » car elle porte sur ce qu'il y a de plus divin, le Premier Moteur immobile<ref>Aristote, ''Métaphysique'', Α, 2, 983a5-10.</ref>.
==== La question de l'unité de la métaphysique ====
Comment la métaphysique peut-elle être à la fois ontologie générale, étude de l'être en tant qu'être, et théologie, étude d'un être particulier (Dieu) ? Cette tension a donné lieu à plusieurs interprétations dans l'histoire de la philosophie<ref>Pour un état de la question, voir Annick Jaulin, ''Aristote. La métaphysique'', op. cit. ; Vasilis Politis, ''Routledge Philosophy GuideBook to Aristotle and the Metaphysics'', op. cit., chap. 1-2.</ref>.
Une lecture, défendue notamment par Werner Jaeger, voit dans le corpus de la ''Métaphysique'' deux projets juxtaposés correspondant à deux périodes différentes de la pensée d'Aristote : une métaphysique ontologique générale, plus tardive, et une métaphysique théologique d'inspiration platonicienne, plus ancienne<ref>Werner Jaeger, ''Aristote. Fondements pour une histoire de son évolution'', op. cit. Cette lecture est cependant aujourd'hui largement contestée ; voir Annick Jaulin, ''Aristote. La métaphysique'', op. cit.</ref>.
Une autre lecture, défendue par Thomas d'Aquin et reprise par toute une tradition, soutient que l'unité est assurée par le fait que Dieu est principe de tout être<ref>Thomas d'Aquin, ''In Metaphysicam Aristotelis Commentaria'', Prooemium.</ref>. C'est ce que la tradition appellera l'« onto-théologie ».
Une troisième lecture, plus récente, défendue notamment par Pierre Aubenque, considère que la synthèse entre ontologie et théologie est en fait impossible et que la ''Métaphysique'' aristotélicienne reste inachevée comme problème<ref>Pierre Aubenque, ''Le problème de l'être chez Aristote'', op. cit. Voir aussi Pierre Pellegrin, ''Dictionnaire Aristote'', op. cit., p. 137.</ref>. Une quatrième lecture, présente notamment dans le travail d'Annick Jaulin, refuse de lire l'expression « substance séparée » au sens transcendant et soutient qu'Aristote, plutôt que d'opérer une rupture avec la physique, « réinscrit la substance immobile dans la tradition des penseurs de la nature »<ref>Annick Jaulin, ''Aristote. La métaphysique'', op. cit., chap. « Les principes et les causes ».</ref>. Le débat reste ouvert.
==== Les apories de la métaphysique ====
Le livre Β de la ''Métaphysique'' expose méthodiquement les apories, c'est-à-dire les difficultés que rencontre toute tentative de construire une science de l'être et des principes premiers : Y a-t-il une science unique de toutes les causes ? La science de l'être porte-t-elle aussi sur les principes de la démonstration ? Y a-t-il seulement des substances sensibles, ou existe-t-il aussi des substances séparées ? Les principes sont-ils universels ou particuliers ? En acte ou en puissance ?<ref>Aristote, ''Métaphysique'', Β, 1, 995b4-996a17.</ref>
Cette méthode aporétique est caractéristique de la démarche aristotélicienne : « Il faut, pour bien rechercher, avoir auparavant développé les apories »<ref>Aristote, ''Métaphysique'', Β, 1, 995a24-27.</ref>.
=== La substance (livres Z-H) ===
==== Qu'est-ce que la substance ? ====
Si l'être se dit en plusieurs sens, et si la substance est le sens premier de l'être, la question centrale de la métaphysique devient : qu'est-ce que la substance (''ousia'') ?<ref>Aristote, ''Métaphysique'', Ζ, 1, 1028a10-1028b2.</ref> Quatre candidats se présentent : l'essence (''to ti ên einai''), l'universel (''to katholou''), le genre (''to genos''), et le substrat (''to hupokeimenon''). Ce dernier peut être entendu en trois sens : la matière, la forme, ou le composé des deux.
Aristote élimine d'abord l'universel et le genre : ils ne peuvent être substances parce qu'ils se prédiquent de plusieurs choses, alors que la substance de chaque chose lui est propre<ref>Aristote, ''Métaphysique'', Ζ, 13, 1038b8-16.</ref>. Cette exclusion vise notamment la théorie platonicienne des Idées.
L'interprétation de cet examen, et la question de savoir lequel des trois candidats restants (matière, forme, composé) Aristote retient finalement comme substance première, fait l'objet de débats considérables dans la recherche contemporaine. Comme le résume Christof Rapp, « les controverses interprétatives concernant l'interprétation des livres pertinents s'étendent de la question de savoir jusqu'où s'étend le traitement de l{{'}}''ousia'' (seulement le livre Z, ZH ou même ZHΘ), à la question de la structuration interne du traité de l{{'}}''ousia'', en passant par les questions sur l'objectif précis et la finalité philosophique de ces livres, jusqu'à la question de la nature de l'''eidos'' (la forme) – qui est au cours du traité plusieurs fois désignée comme ''ousia'' – et enfin la question du rapport entre matière et forme et l'unité de l{{'}}''ousia'' qui y est liée »<ref>Christof Rapp et Klaus Corcilius (dir.), ''Aristoteles-Handbuch'', op. cit., chap. IV.18 (traduction libre).</ref>.
==== La forme, candidat à la substantialité ====
Le substrat semble avoir des titres à être appelé substance, puisqu'il est ce dont tout le reste se dit. Mais si l'on identifiait la substance à la matière pure, support ultime de toutes les déterminations, on aboutirait au paradoxe qu'une substance pourrait exister sans aucune détermination<ref>Aristote, ''Métaphysique'', Ζ, 3, 1029a10-26.</ref>.
C'est donc la forme (''morphê'', ''eidos'') qui apparaît, dans plusieurs passages des livres centraux, comme substance au sens propre. La forme est ce qui fait qu'une chose est ce qu'elle est, son essence. Elle est aussi acte (''energeia'') par opposition à la matière qui est puissance (''dynamis''). Un morceau d'airain est en puissance une statue ; quand le sculpteur lui a donné la forme de l'Hermès, il est en acte une statue. La forme actualise la matière et lui confère l'être déterminé<ref>Aristote, ''Métaphysique'', Η, 2, 1042b9-1043a28.</ref>.
==== Le composé de matière et de forme ====
La substance concrète, l'individu réel, n'est ni la matière seule ni la forme seule, mais leur composé (''synolon''). Callias n'est ni simplement de la chair et des os, ni simplement la forme de l'homme, mais cet homme-ci composé de cette chair-ci et de ces os-ci structurés selon la forme humaine<ref>Aristote, ''Métaphysique'', Ζ, 10, 1035b14-27.</ref>.
La forme demeure cependant première en un sens, car c'est elle qui confère l'unité au composé. Sans la forme, la matière ne serait qu'un amas d'éléments disparates. C'est l'âme, forme du corps vivant, qui fait que ce corps est un organisme uni et non un simple agrégat. Dans l'ordre de la connaissance aussi, c'est par la forme qu'on définit et connaît la substance : on définit l'homme par sa forme (animal rationnel), non par sa matière (chair et os)<ref>Aristote, ''Métaphysique'', Ζ, 11, 1037a21-33. Pour une discussion approfondie, voir Annick Jaulin, ''Aristote. La métaphysique'', op. cit., chap. « La substance ».</ref>.
=== Puissance et acte (livre Θ) ===
==== La distinction de la puissance et de l'acte ====
La distinction entre puissance (''dynamis'') et acte (''energeia'', ''entelecheia'') est l'une des contributions majeures d'Aristote à la philosophie. Elle permet de répondre aux apories de Parménide et de Platon concernant le devenir. Comment une chose peut-elle devenir ce qu'elle n'est pas ? En étant en puissance ce qu'elle devient en acte. Le bronze n'est pas une statue, mais il est en puissance une statue, de sorte qu'il peut le devenir sans passer du non-être à l'être<ref>Aristote, ''Métaphysique'', Θ, 6, 1048a30-1048b17.</ref>.
Une chose en puissance n'a pas encore telle propriété, mais elle a la capacité de l'acquérir. La capacité n'est ni l'absence pure (le bronze ne peut pas devenir homme), ni la présence actuelle (ce qui est actuellement chaud n'a plus la capacité de le devenir). Elle est un mode d'être intermédiaire<ref>Aristote, ''Métaphysique'', Θ, 7, 1049a1-18.</ref>.
==== La priorité de l'acte sur la puissance ====
Aristote établit que l'acte est antérieur à la puissance en plusieurs sens : dans l'ordre de la définition (on définit la puissance par l'acte correspondant), dans l'ordre de la connaissance, dans l'ordre de l'essence et du temps<ref>Aristote, ''Métaphysique'', Θ, 8, 1049b10-1050a3.</ref>.
Plus profondément, ce qui est éternellement en acte est antérieur à ce qui peut être tantôt en acte, tantôt en puissance. Or les substances divines sont éternellement en acte, tandis que les substances sensibles passent de la puissance à l'acte et de l'acte à la puissance. Les substances immobiles éternelles sont donc absolument premières<ref>Aristote, ''Métaphysique'', Θ, 8, 1050b6-28.</ref>.
Comme le souligne Annick Jaulin, cette primauté de l'acte sur la puissance n'est pas un simple point doctrinal mais structure l'ensemble de la philosophie première : « la primauté de l'acte sur la puissance permet de poser l'antériorité de la forme sur la matière », et elle « ouvre également la possibilité d'une interprétation positive du devenir »<ref>Annick Jaulin, ''Aristote. La métaphysique'', op. cit., chap. « La science recherchée ».</ref>.
=== L'Un et le Multiple (livres I-K) ===
==== L'un se dit en plusieurs sens ====
Parallèlement à l'être, l'un aussi se dit en plusieurs sens. Il y a l'un par accident (le musicien et l'homme sont un quand le musicien est homme). Il y a l'un par soi, qui se divise en un par continuité (une route), un par indivisibilité en espèce (tout homme est un par l'espèce), un par le concept et la définition<ref>Aristote, ''Métaphysique'', Ι, 1, 1052a15-1052b14.</ref>.
Les pythagoriciens et Platon avaient fait de l'Un un principe suprême, antérieur même à l'être. Aristote critique cette position : l'un n'est pas une substance séparée, mais une propriété convertible avec l'être<ref>Aristote, ''Métaphysique'', Ι, 2, 1053b16-1054a13.</ref>. Dire qu'une chose est et dire qu'elle est une, c'est la même chose.
==== La pluralité et le nombre ====
La pluralité s'oppose à l'un comme le divisible à l'indivisible. Le nombre est une pluralité mesurée par l'un<ref>Aristote, ''Métaphysique'', Ι, 1, 1053a18-24.</ref>. Cette analyse fonde la possibilité des mathématiques et des sciences quantitatives.
=== Le Premier Moteur immobile (livre Λ) ===
==== La démonstration de l'existence du Premier Moteur ====
Le livre Λ de la ''Métaphysique'' constitue le sommet de la philosophie première aristotélicienne. Après avoir établi que les substances sont premières parmi les êtres, Aristote examine quelles substances existent. Il y a évidemment les substances sensibles, soumises au changement. Mais existe-t-il aussi une substance éternelle immobile ?<ref>Aristote, ''Métaphysique'', Λ, 6, 1071b3-5.</ref>
La démonstration procède à partir du mouvement. Il existe du mouvement, cela est manifeste. Or tout ce qui est mû est mû par autre chose. Ou bien il y a un premier moteur immobile, ou bien la série des moteurs remonte à l'infini. Mais une série infinie de causes ne peut rien expliquer, car en l'absence d'un premier il n'y aurait ni intermédiaire ni dernier<ref>Aristote, ''Métaphysique'', Λ, 7, 1072a19-1072b4.</ref>. Il doit donc exister un premier moteur qui meut sans être mû.
==== La nature du Premier Moteur ====
Ce Premier Moteur est substance, acte pur, éternel, sans parties, sans grandeur. Il meut comme objet de désir et d'intellection : l'intellect désire le bien et se meut vers lui. Le Premier Moteur, étant le bien suprême et l'intelligible suprême, attire vers lui le premier ciel qui l'imite par son mouvement circulaire éternel<ref>Aristote, ''Métaphysique'', Λ, 7, 1072a23-1072b4.</ref>.
Quelle est la vie de ce Premier Moteur ? Il est Pensée, mais que pense-t-il ? Il doit penser ce qu'il y a de plus excellent, donc lui-même. Il est donc Pensée de la Pensée (''noêsis noêseôs noêsis''), intellection qui se pense elle-même dans une contemplation éternellement bienheureuse<ref>Aristote, ''Métaphysique'', Λ, 9, 1074b33-35.</ref>.
==== Les moteurs des sphères ====
Le mouvement des astres requiert, outre le Premier Moteur qui meut la sphère des fixes, une pluralité de moteurs immobiles pour les sphères des planètes. Aristote, se fondant sur l'astronomie d'Eudoxe et de Callippe, compte cinquante-cinq sphères, donc cinquante-cinq moteurs<ref>Aristote, ''Métaphysique'', Λ, 8, 1073a14-1074b14.</ref>. Ces moteurs ne sont pas subordonnés les uns aux autres dans une hiérarchie, mais chacun meut directement sa sphère.
Cette pluralité d'intelligences motrices a posé un problème théologique au Moyen Âge : la tradition péripatéticienne et la scolastique médiévale ont tenté de la concilier avec l'unité divine en faisant des moteurs des substances secondes subordonnées au Premier Moteur. La recherche contemporaine, notamment Annick Jaulin, propose une lecture moins théologique : il s'agirait pour Aristote de fournir une explication causale du mouvement astronomique, sans projet théologique transcendant<ref>Annick Jaulin, ''Aristote. La métaphysique'', op. cit., chap. « Les principes et les causes ».</ref>.
=== Critique de la théorie platonicienne des Idées (livres M-N) ===
==== Les arguments contre les Idées séparées ====
Les livres M et N de la ''Métaphysique'' reprennent et développent la critique de la théorie platonicienne des Idées, déjà amorcée dans le livre A. Aristote reconnaît à Platon le mérite d'avoir affirmé l'existence de réalités intelligibles éternelles, mais lui reproche d'avoir séparé ces formes des choses sensibles et d'en avoir fait des substances subsistant par elles-mêmes<ref>Aristote, ''Métaphysique'', Μ, 4-5, 1078b7-1080a8.</ref>.
Cette séparation est, selon Aristote, inutile et impossible. Inutile, car les Idées ne servent ni à la connaissance des sensibles, ni à leur existence, ni à leur devenir<ref>Aristote, ''Métaphysique'', Α, 9, 991a8-991b9.</ref>. Impossible, car elle conduit à des apories comme l'argument du Troisième Homme<ref>Aristote, ''Métaphysique'', Α, 9, 990b17-991a8.</ref>.
==== Le statut des êtres mathématiques ====
Platon situait les êtres mathématiques (nombres, figures) dans un plan intermédiaire entre les Idées et les sensibles. Aristote refuse cette ontologie tripartite. Les objets mathématiques n'existent pas séparément, mais par abstraction<ref>Aristote, ''Métaphysique'', Μ, 3, 1078a21-31.</ref>. Le mathématicien considère les sensibles non en tant que sensibles mais en tant que continus ou quantifiés, faisant abstraction de leurs autres propriétés.
Cette solution préserve l'objectivité des mathématiques sans multiplier les êtres. Les vérités mathématiques sont nécessaires et universelles parce qu'elles portent sur des propriétés que les choses sensibles possèdent nécessairement, même si ces propriétés ne sont jamais réalisées dans les sensibles avec la perfection qu'étudie le mathématicien<ref>Aristote, ''Métaphysique'', Μ, 2, 1077a9-1077b17.</ref>.
== La philosophie pratique : éthique, politique, rhétorique, poétique ==
=== L'''Éthique à Nicomaque'' – La vie bonne ===
==== Le souverain bien et le bonheur ====
L'''Éthique à Nicomaque'' s'ouvre sur l'affirmation que toute action et toute recherche vise un bien. Parmi les biens, il y en a un qui est visé pour lui-même et en vue duquel tous les autres sont poursuivis : c'est le souverain bien, que tous appellent bonheur (''eudaimonia'')<ref>Aristote, ''Éthique à Nicomaque'', I, 4, 1095a14-26. Pour une introduction d'ensemble à l'éthique aristotélicienne, voir Gerard J. Hughes, ''Routledge Philosophy Guidebook to Aristotle on Ethics'', Londres, Routledge, 2001 ; Ronald Polansky (éd.), ''The Cambridge Companion to Aristotle's Nicomachean Ethics'', Cambridge, Cambridge University Press, 2014.</ref>.
Comme le note Pellegrin, Aristote, dans le premier livre de l'''Éthique à Nicomaque'', « donne l'un des exemples les plus caractéristiques et les plus aboutis du traitement d'une notion léguée par la tradition »<ref>Pierre Pellegrin, ''Dictionnaire Aristote'', op. cit., article « Bonheur (eudaimonia) », p. 37.</ref> : il commence par exposer les opinions reçues sur le bonheur (plaisir, honneurs, richesse, vertu, contemplation), puis examine ce qu'il peut conserver de chacune.
Pour déterminer le bonheur véritable, Aristote recourt à la notion de fonction (''ergon'') : le bien pour chaque être réside dans l'accomplissement de sa fonction propre. La fonction propre de l'homme est l'activité de l'âme rationnelle selon l'excellence. Le bonheur est donc « une activité de l'âme selon la vertu parfaite, dans une vie complète »<ref>Aristote, ''Éthique à Nicomaque'', I, 7, 1098a16-18.</ref>.
L'interprétation de cette définition fait l'objet d'un débat important dans la recherche contemporaine, qui oppose une lecture « inclusiviste » à une lecture « dominante »<ref>Sur ce débat, voir Gerard J. Hughes, ''Routledge Philosophy Guidebook to Aristotle on Ethics'', op. cit. ; Ronald Polansky (éd.), ''The Cambridge Companion to Aristotle's Nicomachean Ethics'', op. cit. La question fait l'objet d'une discussion approfondie dans la littérature anglo-saxonne, notamment depuis les travaux de J.L. Ackrill et T.H. Irwin.</ref>. Selon la lecture inclusiviste, le bonheur consiste en l'exercice de toutes les vertus, morales et intellectuelles, dans une vie complète. Selon la lecture dominante, le bonheur s'identifie à l'activité de la vertu la plus haute, c'est-à-dire la contemplation, comme le suggère le livre X. Cette tension entre deux perspectives au sein même de l'''Éthique à Nicomaque'' (entre les premiers livres, qui semblent privilégier une vie pratique vertueuse, et le livre X, qui exalte la vie contemplative) reste l'objet d'interprétations divergentes.
==== Les vertus éthiques et la doctrine du juste milieu ====
Aristote distingue les vertus intellectuelles (sagesse théorique, prudence) des vertus éthiques ou morales (courage, tempérance, justice). Les vertus morales sont des dispositions acquises par l'habitude à choisir le juste milieu entre deux extrêmes vicieux<ref>Aristote, ''Éthique à Nicomaque'', II, 6, 1106b36-1107a2.</ref>.
Ainsi, le courage est le juste milieu entre la lâcheté (défaut de crainte) et la témérité (excès d'audace). La tempérance est le milieu entre l'insensibilité et l'intempérance. La libéralité est le milieu entre l'avarice et la prodigalité<ref>Aristote, ''Éthique à Nicomaque'', II, 7, 1107a33-1108b10.</ref>. Ce milieu n'est pas arithmétique mais relatif à nous : il dépend des circonstances et de l'agent. Toute l'œuvre de la vertu consiste à trouver ce milieu, guidée par la droite raison (''orthos logos'') qu'incarne la prudence<ref>Aristote, ''Éthique à Nicomaque'', II, 6, 1107a1-2.</ref>.
Cette doctrine du juste milieu a connu une fortune durable dans la philosophie morale. Elle est aujourd'hui au centre du renouveau de l'éthique des vertus en philosophie morale contemporaine, à la suite des travaux d'Anscombe, MacIntyre et Nussbaum<ref>Voir les contributions à Ronald Polansky (éd.), ''The Cambridge Companion to Aristotle's Nicomachean Ethics'', op. cit.</ref>.
==== L'amitié ====
Les livres VIII et IX de l'''Éthique à Nicomaque'' traitent de l'amitié (''philia''). Aristote distingue trois espèces d'amitié : l'amitié utile, fondée sur l'intérêt réciproque ; l'amitié agréable, fondée sur le plaisir ; et l'amitié parfaite, celle des hommes vertueux qui s'aiment pour eux-mêmes<ref>Aristote, ''Éthique à Nicomaque'', VIII, 3, 1156a6-1156b7.</ref>.
Seule la dernière est véritablement amitié au sens plein, car elle est durable et réciproque. Les deux premières sont instables, car elles cessent quand cesse l'utilité ou le plaisir. L'amitié parfaite requiert du temps et de l'intimité<ref>Aristote, ''Éthique à Nicomaque'', VIII, 6, 1158a10-15.</ref>.
L'amitié n'est pas seulement agréable, elle est nécessaire à la vie bonne. L'homme est un animal politique qui ne peut s'accomplir dans l'isolement. L'ami est, selon Aristote, un autre soi-même : en conversant avec lui, en partageant ses joies et ses peines, nous nous connaissons et nous accomplissons nous-mêmes<ref>Aristote, ''Éthique à Nicomaque'', IX, 9, 1169b16-1170a4.</ref>.
==== La vie contemplative ====
Le livre X conclut l'éthique en affirmant que le bonheur suprême réside dans la vie contemplative. L'activité théorétique de l'intellect serait la plus haute et la plus autosuffisante. Elle nous apparente aux dieux, qui passent l'éternité dans la contemplation<ref>Aristote, ''Éthique à Nicomaque'', X, 7, 1177a12-18.</ref>. Aristote reconnaît que cette vie purement intellectuelle dépasse les forces humaines prises isolément, mais affirme que dans la mesure où il y a en nous quelque chose de divin, nous devons tendre vers cette vie<ref>Aristote, ''Éthique à Nicomaque'', X, 7, 1177b30-34.</ref>.
Comme le souligne Pellegrin, ce passage du livre X introduit la notion de « bonheur achevé » (''teleia eudaimonia'') et déclare que « le bonheur pratique, celui du citoyen vertueux, n'est bonheur "qu'à titre secondaire" »<ref>Pierre Pellegrin, ''Dictionnaire Aristote'', op. cit., p. 39, citant ''Éthique à Nicomaque'', X, 8, 1178a9.</ref>. La cohérence entre cette thèse et l'analyse de l'''eudaimonia'' développée dans les premiers livres est l'une des questions les plus discutées de l'aristotélisme moral contemporain.
=== Les ''Politiques'' – La cité et les constitutions ===
==== L'homme, animal politique ====
Les ''Politiques'' commencent par affirmer que la cité (''polis'') existe par nature et que l'homme est par nature un animal politique<ref>Aristote, ''Politiques'', I, 2, 1252b27-1253a3. Pour une vue d'ensemble de la pensée politique aristotélicienne, voir Marguerite Deslauriers et Pierre Destrée (éd.), ''The Cambridge Companion to Aristotle's Politics'', Cambridge, Cambridge University Press, 2013.</ref>. Cette affirmation s'oppose à la fois aux sophistes, qui faisaient de la société une convention artificielle, et à la tradition cynique, qui prônait l'autarcie individuelle.
L'homme ne peut, selon Aristote, ni vivre ni bien vivre en dehors de la cité, car il a besoin des autres pour satisfaire ses besoins matériels et pour actualiser sa nature rationnelle et morale. La cité n'est pas une simple alliance défensive ou commerciale, mais une communauté de vie bonne, ayant pour fin le bonheur de ses membres<ref>Aristote, ''Politiques'', III, 9, 1280b39-1281a4.</ref>.
Il faut signaler ici que les ''Politiques'' contiennent également des thèses aujourd'hui rejetées : la justification de l'esclavage par nature (livre I) et la subordination des femmes ont fait l'objet de critiques nombreuses, déjà au {{XIXe siècle}} et plus encore dans la philosophie féministe contemporaine. Comme le note Larose, « certains des textes [d'Aristote] choqueront à juste titre le lecteur, en particulier ceux qui traitent du statut de la femme et de l'esclavage. Tout philosophe qu'il soit, Aristote est bien un homme de son temps »<ref>Daniel Larose, ''Aristote de A à Z'', op. cit., Introduction.</ref>.
==== Les formes de constitution ====
Aristote distingue six formes de constitution selon deux critères : le nombre de gouvernants (un seul, quelques-uns, la multitude) et la fin poursuivie (l'intérêt commun ou l'intérêt privé des gouvernants). Les formes droites sont la royauté (gouvernement d'un seul pour le bien commun), l'aristocratie (gouvernement de quelques-uns pour le bien commun), et la république ou ''politeia'' (gouvernement de la multitude pour le bien commun). Les formes déviées sont la tyrannie, l'oligarchie et la démocratie au sens péjoratif de démagogie<ref>Aristote, ''Politiques'', III, 7, 1279a22-1279b10.</ref>.
Comme le souligne Pellegrin, l'originalité d'Aristote ne réside pas dans la quête d'une constitution idéale unique, mais dans l'idée qu'« une constitution est dite droite si elle gouverne la cité en vue de "l'avantage commun" »<ref>Pierre Pellegrin, ''Dictionnaire Aristote'', op. cit., article « Politique », p. 57.</ref>. Aucune constitution n'est absolument la meilleure en tout lieu et en tout temps : la meilleure constitution pour une cité donnée dépend des circonstances – étendue du territoire, richesses, mœurs des habitants. Aristote fait preuve ici d'un réalisme politique qui contraste avec l'utopisme de la ''République'' de Platon.
==== La constitution mixte et la classe moyenne ====
La constitution la plus stable, selon le livre IV, est celle qui mêle des éléments oligarchiques et démocratiques, donnant le pouvoir à la classe moyenne<ref>Aristote, ''Politiques'', IV, 11, 1295a25-1295b1.</ref>. Les classes moyennes ne sont ni assez pauvres pour envier les riches, ni assez riches pour mépriser les pauvres. Elles recherchent la stabilité et l'égalité plutôt que les révolutions<ref>Aristote rappelle aussi que « les bons législateurs sont sortis de la classe moyenne », citant l'exemple de Solon, Lycurgue et Charondas. Voir Daniel Larose, ''Aristote de A à Z'', op. cit., article « Constitution mixte ».</ref>.
Cette théorie de la classe moyenne et de la constitution mixte a influencé la pensée politique occidentale, de Polybe à Montesquieu. La méthode aristotélicienne, comme le souligne Pellegrin, ne se contente pas d'observer la diversité des constitutions, mais « rend la diversité intelligible en en construisant un modèle théorique » à partir d'un nombre fini de paramètres<ref>Pierre Pellegrin, ''Dictionnaire Aristote'', op. cit., p. 60.</ref>.
==== L'éducation ====
Les derniers livres des ''Politiques'' sont consacrés à l'éducation. Celle-ci ne peut être laissée aux familles privées, car la cité a pour fin de rendre les citoyens vertueux. Il doit donc y avoir une éducation publique commune, qui forme le caractère et l'intelligence des jeunes en vue de la vie civique et de la vie bonne<ref>Aristote, ''Politiques'', VIII, 1, 1337a11-21.</ref>.
Cette éducation comprend la gymnastique pour le corps, la musique pour l'âme, les lettres pour l'usage pratique, et le dessin pour apprécier la beauté des œuvres. Mais son but ultime n'est pas l'utilité mais le loisir bien employé (''scholê''), c'est-à-dire l'activité libre de l'esprit<ref>Aristote, ''Politiques'', VIII, 3, 1337b28-1338a13.</ref>.
=== La ''Rhétorique'' – L'art de persuader ===
==== La rhétorique comme art ====
La ''Rhétorique'' étudie les moyens de persuasion dans tous les genres de discours. Elle est l'homologue (''antistrophos'') de la dialectique : de même que la dialectique enseigne à raisonner sur toute question à partir de prémisses probables, la rhétorique enseigne à persuader tout auditoire sur tout sujet<ref>Aristote, ''Rhétorique'', I, 1, 1354a1-11.</ref>.
Aristote prend ses distances avec la critique platonicienne de la rhétorique formulée dans le ''Gorgias''. Bien utilisée, la rhétorique est un art (''technê'') légitime. Elle sert à défendre la vérité et la justice, car « il serait absurde que l'incapacité de se servir de ses forces corporelles soit honteuse, mais non l'incapacité de se servir de la parole »<ref>Aristote, ''Rhétorique'', I, 1, 1355a20-24.</ref>.
==== Les trois genres rhétoriques ====
Aristote distingue trois genres de rhétorique. Le genre délibératif conseille ou dissuade concernant l'avenir (devons-nous faire la guerre ?). Le genre judiciaire accuse ou défend concernant le passé (X a-t-il commis ce crime ?). Le genre épidictique loue ou blâme concernant le présent (célébrons la vertu du héros)<ref>Aristote, ''Rhétorique'', I, 3, 1358b2-29.</ref>.
Chaque genre a ses lieux propres. Le délibératif porte sur l'utile et le nuisible. Le judiciaire porte sur le juste et l'injuste. L'épidictique porte sur le beau et le laid moral<ref>Aristote, ''Rhétorique'', I, 3, 1358b29-1359a5.</ref>.
==== Les preuves rhétoriques : ethos, pathos, logos ====
Aristote distingue trois moyens de persuasion : l'''ethos'' (le caractère de l'orateur), le ''pathos'' (les émotions de l'auditoire), et le ''logos'' (le raisonnement lui-même)<ref>Aristote, ''Rhétorique'', I, 2, 1356a1-13.</ref>.
L'''ethos'' persuade en inspirant confiance : l'orateur doit paraître prudent, vertueux et bienveillant. Le ''pathos'' persuade en suscitant des émotions favorables à la thèse défendue. Le livre II étudie systématiquement les émotions (colère, pitié, crainte, envie), leurs causes et leurs manifestations. Le ''logos'' persuade par les raisonnements, notamment l'enthymème (syllogisme rhétorique à partir de prémisses probables) et l'exemple (induction rhétorique)<ref>Aristote, ''Rhétorique'', I, 2, 1356a35-1356b5.</ref>.
Cette analyse fonde la rhétorique comme discipline rationnelle et systématique. Elle constituera la base de l'enseignement rhétorique jusqu'à l'époque moderne et nourrit aujourd'hui des recherches actives en philosophie de l'argumentation et théorie de la communication.
=== La ''Poétique'' – La création artistique ===
==== La ''mimêsis'' et la ''catharsis'' ====
La ''Poétique'' étudie l'art poétique, principalement la tragédie et l'épopée. La poésie, comme tous les arts, est imitation (''mimêsis''). Mais elle n'imite pas les choses telles qu'elles sont (c'est le rôle de l'histoire), mais telles qu'elles pourraient ou devraient être selon la vraisemblance ou la nécessité<ref>Aristote, ''Poétique'', 9, 1451a36-1451b5.</ref>. C'est pourquoi la poésie est, selon Aristote, plus philosophique que l'histoire : elle dit l'universel, alors que l'histoire dit le particulier.
La tragédie représente une action sérieuse et complète, en suscitant pitié et crainte, pour opérer la purification (''catharsis'') de ces émotions<ref>Aristote, ''Poétique'', 6, 1449b24-28.</ref>. La doctrine de la ''catharsis'' est l'une des plus discutées de toute la philosophie ancienne. L'interprétation médicale (la tragédie « purge » les émotions excessives) a été défendue notamment par Jacob Bernays au {{XIXe siècle}} ; d'autres interprétations y voient plutôt une « clarification » morale ou cognitive des émotions<ref>Sur ces interprétations divergentes, voir Stephen Halliwell, ''Aristotle's Poetics'', Londres, Duckworth, 1986 ; Christof Rapp, « Katharsis der Emotionen », dans B. Seidensticker et M. Vöhler (éd.), ''Katharsiskonzeptionen vor Aristoteles'', Berlin, De Gruyter, 2007 ; Christof Rapp, « Aristoteles über das Wesen und die Wirkung der Tragödie », dans O. Höffe (éd.), ''Aristoteles. Poetik'', Berlin, Akademie Verlag, 2009. La question demeure ouverte dans la recherche contemporaine.</ref>.
==== La structure de la tragédie ====
Aristote analyse avec précision la structure de la tragédie. Celle-ci doit former un tout avec commencement, milieu et fin. L'intrigue (''mythos'') est l'âme de la tragédie, plus importante que les caractères<ref>Aristote, ''Poétique'', 11, 1452a15-32.</ref>. L'intrigue idéale comprend une péripétie (''peripeteia''), renversement de l'action en sens contraire, et une reconnaissance (''anagnôrisis''), passage de l'ignorance à la connaissance.
Le héros tragique ne doit être ni parfaitement vertueux ni complètement vicieux, mais occuper une position intermédiaire. Son malheur doit résulter non d'un vice mais d'une erreur (''hamartia'')<ref>Aristote, ''Poétique'', 13, 1453a7-10.</ref>. Ainsi Œdipe qui, sans le savoir, tue son père et épouse sa mère, inspire-t-il pitié plutôt que répulsion.
Comme le rappelle Pellegrin, la ''Poétique'' que nous connaissons est une œuvre incomplète : « nous ne possédons qu'une partie, celle qu'Aristote a consacrée à la tragédie, et en partie à l'épopée »<ref>Pierre Pellegrin, ''Dictionnaire Aristote'', op. cit., p. 109.</ref>. La partie consacrée à la comédie est perdue. Ces analyses ont profondément influencé la théorie littéraire occidentale, notamment à la Renaissance avec la redécouverte du traité, et nourrissent encore les débats en théorie littéraire et esthétique contemporaine.
== Réception et postérité ==
L'œuvre d'Aristote a connu une transmission complexe et une réception multiforme dans l'histoire de la pensée. Dans l'Antiquité tardive, les commentateurs néoplatoniciens (Porphyre, Alexandre d'Aphrodise, Simplicius, Philopon) étudient et expliquent ses œuvres, en cherchant souvent à les harmoniser avec le platonisme.
Au IXe siècle, les philosophes et savants du monde arabo-musulman traduisent Aristote en syriaque puis en arabe. Al-Fârâbî (872-950), Avicenne (980-1037) et Averroès (1126-1198), surnommé « le Commentateur », développent un aristotélisme islamique qui sera lui-même reçu en Occident latin. À partir du XIIe siècle, les œuvres d'Aristote, accompagnées des commentaires arabes, sont traduites en latin et transforment l'enseignement universitaire médiéval.
Albert le Grand (1200-1280) et Thomas d'Aquin (1225-1274) intègrent largement Aristote dans la théologie chrétienne, montrant la possibilité d'une articulation entre la philosophie péripatéticienne et la foi. Le thomisme deviendra une philosophie de référence dans l'Église catholique. Cette domination scolastique provoquera, à la Renaissance et à l'époque moderne, des remises en cause variées.
La science moderne, de Galilée à Newton, se construit en partie en réaction à la physique aristotélicienne, mais sans en constituer la simple négation : la recherche récente sur la philosophie naturelle de la Renaissance et la scolastique tardive décrit un tableau plus nuancé, fait à la fois de continuités, de relectures et d'oppositions<ref>Voir notamment, pour les débats sur la transition entre l'aristotélisme tardif et la science moderne, A.C. Bowen et C. Wildberg (éd.), ''New Perspectives on Aristotle's De Caelo'', op. cit. ; et l'entrée « Aristotle's Natural Philosophy » de la ''Stanford Encyclopedia of Philosophy''.</ref>.
Au {{XXe siècle}} et au début du {{XXIe siècle}}, plusieurs domaines de la pensée aristotélicienne ont fait l'objet d'un regain d'attention universitaire. En philosophie morale, le renouveau de l'éthique des vertus (Anscombe, MacIntyre, Nussbaum) a remis au premier plan les analyses de l'''Éthique à Nicomaque''<ref>Voir Ronald Polansky (éd.), ''The Cambridge Companion to Aristotle's Nicomachean Ethics'', op. cit. ; Gerard J. Hughes, ''Routledge Philosophy Guidebook to Aristotle on Ethics'', op. cit.</ref>. En philosophie de l'esprit, certains philosophes ont vu dans l'hylémorphisme aristotélicien une alternative aux apories du dualisme cartésien et du réductionnisme matérialiste. En métaphysique, la conception de la substance et des catégories nourrit les débats sur l'ontologie réaliste. En philosophie de la biologie, la téléologie et la conception de l'organisme comme totalité fonctionnelle font l'objet de relectures<ref>Voir notamment Allan Gotthelf, ''Teleology, First Principles, and Scientific Method in Aristotle's Biology'', op. cit. ; James G. Lennox, ''Aristotle's Philosophy of Biology'', op. cit. ; Sophia M. Connell (éd.), ''The Cambridge Companion to Aristotle's Biology'', op. cit.</ref>.
Au-delà de ces actualisations, l'œuvre d'Aristote demeure un objet d'étude central de l'histoire de la philosophie. Comme le rappelle Daniel Larose, « il existe ainsi plusieurs "Aristote" selon les époques » : la pluralité des lectures (logicienne, physicienne, métaphysicienne, théologienne, éthicienne) reflète à la fois la richesse interne de son œuvre et la diversité des projets philosophiques qui s'en sont nourris<ref>Daniel Larose, ''Aristote de A à Z'', op. cit., Introduction.</ref>. La recherche universitaire actuelle aborde le corpus aristotélicien comme un ensemble cohérent sans pour autant le juger systématique au sens classique du terme.
== Notes et références ==
{{Références|colonnes = 2}}
== Bibliographie ==
=== Éditions et traductions de référence ===
* Pierre Pellegrin (dir.), ''Aristote. Œuvres complètes'', Paris, Flammarion, 2014.
* Bekker, Immanuel (éd.), ''Aristotelis Opera'', Berlin, Reimer, 1831-1870.
* Jonathan Barnes (éd.), ''The Complete Works of Aristotle. The Revised Oxford Translation'', Princeton, Princeton University Press, 1984.
* Aristote, ''Catégories'', éd. et trad. R. Bodéüs, Paris, Les Belles Lettres, 2001.
* Aristote, ''Topiques I-IV'', éd. et trad. J. Brunschwig, Paris, Les Belles Lettres, 1967 et 2007.
* Aristote, ''Poétique'', éd. et trad. J. Hardy, Paris, Les Belles Lettres.
* Aristote, ''De l'Âme'', éd. et trad. A. Jannone et E. Barbotin, Paris, Les Belles Lettres.
* Aristote, ''Politique'', éd. et trad. J. Aubonnet, Paris, Les Belles Lettres, 1960 et suiv.
=== Synthèses générales ===
* Pierre Aubenque, ''Le problème de l'être chez Aristote'', Paris, PUF, 1962.
* Jonathan Barnes (éd.), ''The Cambridge Companion to Aristotle'', Cambridge, Cambridge University Press, 1995.
* Werner Jaeger, ''Aristote. Fondements pour une histoire de son évolution'', trad. fr. O. Sedeyn, Paris, L'Éclat, 1997 (1923).
* Daniel Larose, ''Aristote de A à Z'', Paris, PUF, « Que sais-je ? », 2021.
* Pierre Pellegrin, ''Dictionnaire Aristote'', Paris, Ellipses, 2007.
* Pierre Pellegrin, ''Aristote'', Paris, Bordas, 1990.
* David Ross, ''Aristotle'', London, Methuen, 1923.
=== Études spécialisées par domaine ===
* Logique et épistémologie : Suzanne Husson (éd.), ''Interpréter le De Interpretatione'', Paris, Vrin, 2009 ; Jan Lukasiewicz, ''La syllogistique d'Aristote'', trad. fr., Paris, Vrin ; J. Brunschwig, ''Aristote: Topiques I-IV'', Paris, Les Belles Lettres, 1967 et 2007 ; L.A. Dorion, ''Les Réfutations Sophistiques d'Aristote'', Paris, Vrin, 1995.
* Métaphysique : Vasilis Politis, ''Routledge Philosophy GuideBook to Aristotle and the Metaphysics'', Londres-New York, Routledge, 2004 ; Annick Jaulin, ''Aristote. La métaphysique'', Paris, PUF, 1999 ; Maddalena Bonelli (dir.), ''Physique et métaphysique chez Aristote'', Paris, Vrin ; Michel Narcy et Alonso Tordesillas (dir.), ''La « Métaphysique » d'Aristote. Perspectives contemporaines'', Paris, Vrin ; Richard Bodéüs, ''Aristote et la théologie des vivants immortels'', Montréal-Paris, Bellarmin-Les Belles Lettres, 1992.
* Philosophie de la nature et biologie : Sophia M. Connell (éd.), ''The Cambridge Companion to Aristotle's Biology'', Cambridge, Cambridge University Press, 2021 ; James G. Lennox, ''Aristotle's Philosophy of Biology: Studies in the Origins of Life Science'', Cambridge, Cambridge University Press, 2001 ; Allan Gotthelf, ''Teleology, First Principles, and Scientific Method in Aristotle's Biology'', Oxford, Oxford University Press, 2012 ; Allan Gotthelf et James G. Lennox (éd.), ''Philosophical Issues in Aristotle's Biology'', Cambridge, Cambridge University Press, 1987 ; A.C. Bowen et C. Wildberg (éd.), ''New Perspectives on Aristotle's De Caelo'', Leiden, Brill, 2009.
* Éthique et politique : Ronald Polansky (éd.), ''The Cambridge Companion to Aristotle's Nicomachean Ethics'', Cambridge, Cambridge University Press, 2014 ; Gerard J. Hughes, ''Routledge Philosophy Guidebook to Aristotle on Ethics'', Londres, Routledge, 2001 ; Marguerite Deslauriers et Pierre Destrée (éd.), ''The Cambridge Companion to Aristotle's Politics'', Cambridge, Cambridge University Press, 2013 ; Pierre-Marie Morel, ''Aristote. Une philosophie de l'activité'', Paris, Flammarion, 2003.
* Synthèses de référence en langue allemande et anglaise : Christopher Shields (éd.), ''The Oxford Handbook of Aristotle'', Oxford, Oxford University Press, 2012 ; Christof Rapp et Klaus Corcilius (dir.), ''Aristoteles-Handbuch. Leben – Werk – Wirkung'', Stuttgart, Metzler, 2011.
===L{{'}}''Organon''===
*Bronstein, David, ''Aristotle on Knowledge and Learning: The Posterior Analytics'', Oxford, Oxford University Press, 2016.
*Dorion, Louis-André, ''Les Réfutations Sophistiques d’Aristote'', Paris, Vrin, 1995.
*Harari, Orna, ''Knowledge and Demonstration: Aristotle’s Posterior Analytics'', Dordrecht, Springer / Kluwer, 2004.
*Husson, Suzanne (éd.), ''Interpréter le'' De Interpretatione, Paris, Vrin, 2009.
*Lear, Jonathan, ''Aristotle and Logical Theory'', Cambridge, Cambridge University Press, 1980.
*Mesquita, António Pedro, et Santos, Ricardo (éd.), ''New Essays on Aristotle’s Organon'', Abingdon-Oxon, Routledge, 2024 (contributions notamment de Crivelli, Pellegrin, Bronstein/Zuppolini, Fait).
*Patterson, Richard, ''Aristotle’s Modal Logic: Essence and Entailment in the Organon'', Cambridge, Cambridge University Press, 1995.
*Whitaker, C. W. A., ''Aristotle’s'' De Interpretatione: ''Contradiction and Dialectic'', Oxford, Clarendon Press, 1996.
=== Ressources en ligne ===
* ''Stanford Encyclopedia of Philosophy'', entrées : « Aristotle » ; « Aristotle's Categories » ; « Aristotle's Logic » ; « Aristotle's Metaphysics » ; « Aristotle's Ethics » ; « Aristotle's Political Philosophy » ; « Aristotle's Natural Philosophy » ; « Aristotle's Biology » ; « Aristotle's Aesthetics ». [https://plato.stanford.edu/]
* ''Internet Encyclopedia of Philosophy'', entrée « Aristotle ». [https://iep.utm.edu/aristotle/]
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<noinclude>{{Le mouvement Wikimédia}}</noinclude>Maintenant que le lien entre la création d'Internet et le mouvement Wikimédia est établi, découvrons à présent l'application la plus connue du réseau, que l'on nomme le ''[[w:World Wide Web|World Wide Web]]'', ou plus simplement ''« Web »''. C'est [[w:fr : Tim Berners-Lee|Tim Berners-Lee]] qui en fut l’inventeur, lorsqu’il était encore actif à l'[[w:Organisation_européenne_pour_la_recherche_nucléaire|Organisation européenne pour la recherche nucléaire]]. Il avait pour idée de créer un espace d’échange public par l’intermédiaire d'Internet, et pour y parvenir, il mit au point le logiciel « [[w:fr:WorldWideWeb|''WorldWideWeb'']] », rebaptisé Nexus pour éviter toute confusion avec le ''World Wide Web''<ref>{{Lien web|langue=|auteur=W3C|titre=Tim Berners-Lee : WorldWideWeb, the first Web client|url=https://web.archive.org/web/20201104024350/http://www.w3.org/People/Berners-Lee/WorldWideWeb.html|site=|consulté le=}}.</ref>[[Fichier:Sir Tim Berners-Lee (cropped).jpg|vignette|<small>Figure 11. Tim Berners-Lee en 2014.</small>]]
Grâce à un système d’indexation appelé [[w:Hypertexte|hypertexte]], ce programme informatique a permis de produire et de connecter des espaces numériques intitulés sites Web. Ceux-ci sont composés de pages web, hébergées sur des ordinateurs distants, mais connectés entre eux au travers du réseau Internet. Pour permettre ce type de connexion, Berners-Lee mit au point le ''[[w:fr : Hypertext Transfer Protocol|Hypertext Transfer Protocol]]'' ou HTTP, un nouveau protocole de communication simple en soi, mais dont la mise en œuvre technique est compliquée.
Pour veiller au bon fonctionnement et au bon usage de l'espace web, des règles de standardisation ont tout d'abord été édictées par l’association ''[[w:fr : Internet Society|Internet Society]]''. Après quoi, Berners-Lee fonda le [[w:W3C|W3C]], un consortium international dont la devise est : « un seul Web partout et pour tous »<ref>{{Lien web|langue=|auteur=W3C|titre=La mission du W3C|url=https://web.archive.org/web/20201031040456/https://www.w3c.fr/a-propos-du-w3c-france/la-mission-du-w3c/|site=|date=|consulté le=}}.</ref>. Si ce slogan nous apparaît très naturel aujourd’hui, il faut toutefois savoir que l'espace Web a bien failli être régi séparément par des acteurs commerciaux, avec tous les droits d'accès que cela aurait pu engendrer.
À partir du trente avril 1993, jour du dépôt du logiciel WorldWideWeb dans le [[Le domaine public|domaine public]] par [[w:Robert Cailliau|Robert Cailliau]], un collègue de Berners-Lee chargé de la promotion de son projet, un tel scénario était en effet possible. Sauf qu'après le départ de Berners-Lee, devenu président du W3C, [[w:François Flückiger|François Flückiger]], qui avait repris son poste au sein du [[w:Organisation_européenne_pour_la_recherche_nucléaire|CERN]]<ref>{{Ouvrage|auteur1=James Gillies|auteur2=Robert Cailliau|titre=How the Web Was Born – The Story of the World Wide Web|éditeur=Oxford University Press|date=septembre 2000|pages totales=372|isbn=978-0-19-286207-5}}.</ref>, eut la présence d'esprit de réagir à temps. Selon le livre ''Alexandria'' qui parcourt l'histoire de Robert Caillau''<ref>{{Ouvrage|langue=|auteur=|prénom1=Quentin|nom1=Jardon|titre=Alexandria : les pionniers oubliés du web : récit|passage=154|lieu=Paris|éditeur=Gallimard|date=2019|pages totales=|isbn=978-2-07-285287-9|oclc=1107518440}}.</ref>'', voici ce qui aurait pu se passer si le code de l’éditeur HTML n'avait finalement pas été placé sous licence libre.
<blockquote>
La philanthropie de Robert, c’est très sympa, mais ça expose le Web à d’horribles dangers. Une entreprise pourrait s’emparer du code source, corriger un minuscule bug, s’approprier le « nouveau » logiciel et enfin faire payer une licence à ses utilisateurs. L’ogre Microsoft, par exemple, serait du genre à flairer le bon plan pour écraser son ennemi Macintosh. Les détenteurs d’un PC devraient alors débourser un certain montant pour profiter des fonctionnalités du Web copyrighté Microsoft. Les détenteurs d’un Macintosh, eux, navigueraient sur un Web de plus en plus éloigné de celui vendu par Bill Gates, d’abord gratuit peut-être, avant d’être soumis lui aussi à une licence.
</blockquote>
Face à un tel scénario, nous découvrons de nouveau à quel point le concept de licence libre a fondamentalement changé le cours de la révolution numérique. Sans cela, nos expériences et nos usages de l'espace numérique auraient été totalement différents. L'utopie Wikipédia, par exemple, n'aurait certainement pas vu le jour, en raison de l'éclatement des espaces numériques et des coûts d'accès auxquels seraient confrontés les bénévoles qui ont construit le projet. Quoi qu'il en soit, et au niveau technique, une fois l'espace web apparu, il ne manquait plus qu'une chose pour permettre la création d'une encyclopédie collaborative au format numérique.{{AutoCat}}
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Lionel Scheepmans
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<noinclude>{{Le mouvement Wikimédia}}</noinclude>Maintenant que le lien entre la création d'Internet et le mouvement Wikimédia est établi, découvrons à présent l'application la plus connue du réseau, que l'on nomme le ''[[w:World Wide Web|World Wide Web]]'', ou plus simplement ''« Web »''. C'est [[w:fr : Tim Berners-Lee|Tim Berners-Lee]] qui en fut l’inventeur, lorsqu’il était encore actif à l'[[w:Organisation_européenne_pour_la_recherche_nucléaire|Organisation européenne pour la recherche nucléaire]]. Il avait pour idée de créer un espace d’échange public par l’intermédiaire d'Internet, et pour y parvenir, il mit au point le logiciel « [[w:fr:WorldWideWeb|''WorldWideWeb'']] », rebaptisé Nexus pour éviter toute confusion entre les deux termes<ref>{{Lien web|langue=|auteur=W3C|titre=Tim Berners-Lee : WorldWideWeb, the first Web client|url=https://web.archive.org/web/20201104024350/http://www.w3.org/People/Berners-Lee/WorldWideWeb.html|site=|consulté le=}}.</ref>[[Fichier:Sir Tim Berners-Lee (cropped).jpg|vignette|<small>Figure 11. Tim Berners-Lee en 2014.</small>]]
Grâce à un système d’indexation appelé [[w:Hypertexte|hypertexte]], ce programme informatique a permis de produire et de connecter des espaces numériques, que l'on intitule sites Web. Ceux-ci sont composés de pages web, hébergées sur des ordinateurs distants, mais connectés entre eux au travers du réseau Internet. Pour permettre ce type de connexion, Berners-Lee mit au point le ''[[w:fr : Hypertext Transfer Protocol|Hypertext Transfer Protocol]]'' ou HTTP, un nouveau protocole de communication simple en soi, mais dont la mise en œuvre technique est compliquée.
Pour veiller au bon fonctionnement et au bon usage de l'espace web, des règles de standardisation ont tout d'abord été édictées par l’association ''[[w:fr : Internet Society|Internet Society]]''. Après quoi, Berners-Lee fonda le [[w:W3C|W3C]], un consortium international dont la devise est : « un seul Web partout et pour tous »<ref>{{Lien web|langue=|auteur=W3C|titre=La mission du W3C|url=https://web.archive.org/web/20201031040456/https://www.w3c.fr/a-propos-du-w3c-france/la-mission-du-w3c/|site=|date=|consulté le=}}.</ref>. Si ce slogan nous apparaît très naturel aujourd’hui, il faut toutefois savoir que l'espace Web a bien failli être régi séparément par des acteurs commerciaux, avec tous les droits d'accès que cela aurait pu engendrer.
À partir du trente avril 1993, jour du dépôt du logiciel Nexus dans le [[Le domaine public|domaine public]] par [[w:Robert Cailliau|Robert Cailliau]], un collègue de Berners-Lee chargé de la promotion de son projet, un tel scénario était en effet possible. Sauf qu'après le départ de Berners-Lee, devenu président du W3C, [[w:François Flückiger|François Flückiger]], qui avait repris son poste au sein du [[w:Organisation_européenne_pour_la_recherche_nucléaire|CERN]]<ref>{{Ouvrage|auteur1=James Gillies|auteur2=Robert Cailliau|titre=How the Web Was Born – The Story of the World Wide Web|éditeur=Oxford University Press|date=septembre 2000|pages totales=372|isbn=978-0-19-286207-5}}.</ref>, eut la présence d'esprit de réagir à temps. Selon le livre ''Alexandria'' qui parcourt l'histoire de Robert Caillau''<ref>{{Ouvrage|langue=|auteur=|prénom1=Quentin|nom1=Jardon|titre=Alexandria : les pionniers oubliés du web : récit|passage=154|lieu=Paris|éditeur=Gallimard|date=2019|pages totales=|isbn=978-2-07-285287-9|oclc=1107518440}}.</ref>'', voici ce qui aurait pu se passer si le code de l’éditeur HTML n'avait finalement pas été placé sous licence libre.
<blockquote>
La philanthropie de Robert, c’est très sympa, mais ça expose le Web à d’horribles dangers. Une entreprise pourrait s’emparer du code source, corriger un minuscule bug, s’approprier le « nouveau » logiciel et enfin faire payer une licence à ses utilisateurs. L’ogre Microsoft, par exemple, serait du genre à flairer le bon plan pour écraser son ennemi Macintosh. Les détenteurs d’un PC devraient alors débourser un certain montant pour profiter des fonctionnalités du Web copyrighté Microsoft. Les détenteurs d’un Macintosh, eux, navigueraient sur un Web de plus en plus éloigné de celui vendu par Bill Gates, d’abord gratuit peut-être, avant d’être soumis lui aussi à une licence.
</blockquote>
Face à un tel scénario, nous découvrons de nouveau à quel point le concept de licence libre a fondamentalement changé le cours de la révolution numérique. Sans cela, nos expériences et nos usages de l'espace numérique auraient été totalement différents. L'utopie Wikipédia, par exemple, n'aurait certainement pas vu le jour, en raison de l'éclatement des espaces numériques et des coûts d'accès auxquels seraient confrontés les bénévoles qui ont construit le projet. Quoi qu'il en soit, et au niveau technique, une fois l'espace web apparu, il ne manquait plus que l'apparition des plateformes wiki pour permettre la création d'une encyclopédie collaborative au format numérique.{{AutoCat}}
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Wikilivres:Le Bistro/2026
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<noinclude>{{Wikilivres:Le Bistro/En-tête}}</noinclude>
== Le meilleur à Wikilivres pour 2026 ! ==
Je crée la page du bistrot 2026 en transmettant mes vœux. Bonne année éditoriale à tous ! [[User:Lionel Scheepmans|Lionel Scheepmans]] <sup><big>✉</big> [[User talk:Lionel Scheepmans|Contact]]</sup> <sub>Désolé pour ma [[w:dysorthographie|dysorthographie]], [[w:dyslexie|dyslexie]] et [[wikt:distraction|"dys"traction]].</sub> 16 janvier 2026 à 06:05 (CET)
:Merci, meilleurs vœux ! [[Utilisateur:JackPotte|JackPotte]] ([[Discussion utilisateur:JackPotte|<span style="color:#FF6600">$</span>♠]]) 16 janvier 2026 à 09:53 (CET)
::Meilleurs vœux pour 2026 !
::-- ◄ [[Utilisateur:DavidL|'''D'''avid '''L''']] • [[Discussion Utilisateur:DavidL|discuter]] ► 16 janvier 2026 à 20:13 (CET)
:::Meilleurs vœux pour 2026
:::[[Utilisateur:Xhungab|Xhungab]] ([[Discussion utilisateur:Xhungab|discussion]]) 17 janvier 2026 à 11:56 (CET)
::::Bonne année et bonnes lectures et écritures !
::::[[Utilisateur:Matthius|Matthius]]
== Page orpheline du livre : États généraux du multilinguisme dans les outre-mer ==
Bonjour,
Le livre "États généraux du multilinguisme dans les outre-mer" a laissé quelques pages orphelines. Ces pages orphelines ont été recopiées ou regroupé dans le texte du livre. Elles font donc doublons.
Je montre dans ce livre [[feuilles dupliquées orphelines|feuilles dupliquées orphelines]] cette suite de pages orphelines accompagnée par la page où elles ont été recopiées.
Merci [[Utilisateur:Xhungab|Xhungab]] ([[Discussion utilisateur:Xhungab|discussion]]) [[Utilisateur:Xhungab|Xhungab]] ([[Discussion utilisateur:Xhungab|discussion]]) 10 février 2026 à 19:57 (CET)
:@[[Utilisateur:Xhungab|Xhungab]], @[[Utilisateur:JackPotte|JackPotte]], @[[Utilisateur:DavidL|DavidL]], bonjour. Je vois que l'on est en campagne de gestion de pages orphelines et je me pose la question de savoir si on doit les supprimer une fois réintégrées ailleurs ou les supprimer ? Je vois que les deux cas de figure ont été mis en œuvre précédemment. L'avantage de la fusion est de conserver l'historique des modifications, mais je ne suis pas habitué à le faire. Si quelqu'un d'entre vous pouvait m'indiquer une page d'explication, cela m'aiderait à m'y mettre. Ensuite, je me demande si la fusion a vraiment un sens lorsque c'est la même personne qui a créé la page orpheline et la nouvelle au contenu copié collé pour insertion ? Qu'en pensez-vous ? [[User:Lionel Scheepmans|Lionel Scheepmans]] <sup><big>✉</big> [[User talk:Lionel Scheepmans|Contact]]</sup> <sub>Désolé pour ma [[w:dysorthographie|dysorthographie]], [[w:dyslexie|dyslexie]] et [[wikt:distraction|"dys"traction]].</sub> 13 février 2026 à 16:02 (CET)
::Petit complément. J'ai créé ce livre
::* [[feuilles volantes orphelines|Feuilles Volantes Orphelines]]
::dans lequel je met
::* les feuilles volantes qui sont dans les pages orphelines.
::* les mini livres qui sont dans les pages orphelines.
::* les livres abandonnés sur une feuille. qui sont dans les pages orphelines.
::Mon intention est d'indiquer si c'est un mini livre, si c'est une feuille sans contenue, et rien si c'est une simple feuille volante. [[Utilisateur:Xhungab|Xhungab]] ([[Discussion utilisateur:Xhungab|discussion]]) 13 février 2026 à 16:16 (CET)
:::Ça fait plaisir de voir une personne s'investir dans la maintenance de Wikilivres =). Soit le ou la bienvenu.e. J'attends les avis des autres administrateurs pour te donner mon soutien @[[Utilisateur:Xhungab|Xhungab]]. @ bientôt. [[User:Lionel Scheepmans|Lionel Scheepmans]] <sup><big>✉</big> [[User talk:Lionel Scheepmans|Contact]]</sup> <sub>Désolé pour ma [[w:dysorthographie|dysorthographie]], [[w:dyslexie|dyslexie]] et [[wikt:distraction|"dys"traction]].</sub> 13 février 2026 à 16:27 (CET)
:::: @[[Utilisateur:Lionel Scheepmans|Lionel Scheepmans]] bonjour, je n'ai pas compris en quoi "deux cas de figure ont été mis en œuvre précédemment" : si la page est vide on la supprime et si elle a au moins une phrase valable on la fusionne. [[Utilisateur:JackPotte|JackPotte]] ([[Discussion utilisateur:JackPotte|<span style="color:#FF6600">$</span>♠]]) 13 février 2026 à 16:26 (CET)
::::Concernant l'auteur pour moi cela importe peu, car on souhaite conserver chaque élément permettant de prouver une primauté du droit d'auteur (par exemple pour ne pas accuser un contributeur d'avoir copié un site miroir de sa page supprimée). [[Utilisateur:JackPotte|JackPotte]] ([[Discussion utilisateur:JackPotte|<span style="color:#FF6600">$</span>♠]]) 13 février 2026 à 16:30 (CET)
:::::Désolé [[Utilisateur:JackPotte|JackPotte]], je n'avais pas vu que les pages que tu as supprimées étaient vides. La règle est donc supprimer si vide et fusionner si non. Tu peux me conseiller une page d'aide pour oppérer les fusions ? [[User:Lionel Scheepmans|Lionel Scheepmans]] <sup><big>✉</big> [[User talk:Lionel Scheepmans|Contact]]</sup> <sub>Désolé pour ma [[w:dysorthographie|dysorthographie]], [[w:dyslexie|dyslexie]] et [[wikt:distraction|"dys"traction]].</sub> 13 février 2026 à 16:34 (CET)
::::::Salut,
::::::Pour la fusion d'historique :
::::::* soit [[Wikilivres:Le guide de l'administrateur#Fusionner deux pages|Utiliser la page spéciale pour cela]] (cependant ne fonctionne pas toujours),
::::::* soit [https://fr.wikibooks.org/w/index.php?title=Wikilivres:Le_guide_de_l%27administrateur&oldid=588957#Fusionner_deux_pages utiliser l'ancienne méthode] qui reste toujours valable quand la première ne fonctionne pas.
::::::-- ◄ [[Utilisateur:DavidL|'''D'''avid '''L''']] • [[Discussion Utilisateur:DavidL|discuter]] ► 13 février 2026 à 19:34 (CET)
:::::::Salut @[[Utilisateur:DavidL|DavidL]]. Je viens de tester l'outil fusionner avec les deux pages suivantes
:::::::[[États généraux du multilinguisme dans les outre-mer/Annexes/Contexte]]
:::::::vers
:::::::[[États généraux du multilinguisme dans les outre-mer/Annexes]]
:::::::Et j'ai le message suivant :
:::::::« La période spécifiée chevauche les versions préexistantes de la page de destination. »
:::::::Tu peux m'expliquer si tu as le temps ? [[User:Lionel Scheepmans|Lionel Scheepmans]] <sup><big>✉</big> [[User talk:Lionel Scheepmans|Contact]]</sup> <sub>Désolé pour ma [[w:dysorthographie|dysorthographie]], [[w:dyslexie|dyslexie]] et [[wikt:distraction|"dys"traction]].</sub> 16 février 2026 à 00:19 (CET)
::::::::Salut @[[Utilisateur:Lionel Scheepmans|Lionel Scheepmans]]
::::::::Dans ce cas, j'utilise [https://fr.wikibooks.org/w/index.php?title=Wikilivres:Le_guide_de_l%27administrateur&oldid=588957#Fusionner_deux_pages l'ancienne méthode].
::::::::# Renommer A (page qui n'existera plus) vers B, sans laisser de redirection, et en cochant la case de suppression de B (case qui apparait après 1er clic sur le bouton Renommer) (→ l'historique de A est sur B, celui de B est supprimé)
::::::::# Supprimer B (→ l'historique de A et B sont supprimés)
::::::::# Restaurer B et cocher toutes les cases des versions (bouton "Inverser la sélection") (→ restaurer l'historique de A et B)
::::::::# Effectuer une modification de la version finale de la page à afficher, trouvée dans l'historique.
::::::::-- ◄ [[Utilisateur:DavidL|'''D'''avid '''L''']] • [[Discussion Utilisateur:DavidL|discuter]] ► 16 février 2026 à 08:29 (CET)
:::::::::Merci @[[Utilisateur:DavidL|DavidL]]. Ça m'a l'air bien compliqué tout ça. Et avec toute les pages qu'il faut faire, ça risque de prendre un certain temps. Je manque de courage en pensant que c'est juste pour ajouter une ligne dans l'historique des versions. [[User:Lionel Scheepmans|Lionel Scheepmans]] <sup><big>✉</big> [[User talk:Lionel Scheepmans|Contact]]</sup> <sub>Désolé pour ma [[w:dysorthographie|dysorthographie]], [[w:dyslexie|dyslexie]] et [[wikt:distraction|"dys"traction]].</sub> 16 février 2026 à 14:51 (CET)
== archive.today ==
''Voir [[:w:Wikipédia:Le Bistro/21 février 2026#archive.today]].''
Ce site pose apparemment des problèmes de sécurité, il faudrait le remplacer au plus vite si possible, et sinon désactiver les liens.
[[Utilisateur:SyntaxTerror|SyntaxTerror]] ([[Discussion utilisateur:SyntaxTerror|discussion]]) 21 février 2026 à 13:07 (CET)
:Salut SyntaxTerror,
:* 0 liens vers archive.today : [https://fr.wikibooks.org/wiki/Sp%C3%A9cial:Recherche_de_lien?target=archive.today]
:* <s>18</s> 0 liens vers archive.is [https://fr.wikibooks.org/wiki/Sp%C3%A9cial:Recherche_de_lien?target=archive.is]
:* 0 liens vers archive.li [https://fr.wikibooks.org/wiki/Sp%C3%A9cial:Recherche_de_lien?target=archive.li]
:* 0 liens vers archive.ec [https://fr.wikibooks.org/wiki/Sp%C3%A9cial:Recherche_de_lien?target=archive.ec]
:* 0 liens vers archive.ph [https://fr.wikibooks.org/wiki/Sp%C3%A9cial:Recherche_de_lien?target=archive.ph]
:* 0 liens vers archive.fo [https://fr.wikibooks.org/wiki/Sp%C3%A9cial:Recherche_de_lien?target=archive.fo]
:* 0 liens vers archive.md [https://fr.wikibooks.org/wiki/Sp%C3%A9cial:Recherche_de_lien?target=archive.md]
:* <s>1</s> 0 liens vers archive.vn [https://fr.wikibooks.org/wiki/Sp%C3%A9cial:Recherche_de_lien?target=archive.vn]
:* 0 liens vers archive.closed.social [https://fr.wikibooks.org/wiki/Sp%C3%A9cial:Recherche_de_lien?target=archive.closed.social]
:-- ◄ [[Utilisateur:DavidL|'''D'''avid '''L''']] • [[Discussion Utilisateur:DavidL|discuter]] ► 21 février 2026 à 16:14 (CET)
== demande aide pour sortir du mode "ébauche" ==
je viens de terminer mon livre ... ci dessous. J'ai compris qu'il fallait le signaler comme n'étant plus au stade "ébauche" commente faire Merci
https://fr.wikibooks.org/w/index.php?title=Essai_pour_un_mod%C3%A8le_de_psychisme_objectif&action=info#mw-pageinfo-header-basic [[Utilisateur:Clopeau|Clopeau]] ([[Discussion utilisateur:Clopeau|discussion]]) 17 mars 2026 à 08:20 (CET)
:Bonjour, quand je regarde ''[[Essai pour un modèle de psychisme objectif]]'', sa complétude permettrait en effet de le sortir des ébauches, mais il semble plutôt d'agir d'un travail de recherche que d'un livre pédagogique sur un sujet sourcé comme reconnu.
:Donc en vertu de [[Wikilivres:Principes fondateurs|notre charte]], je propose de le déplacer sur {{WV|Recherche:Accueil}}. [[Utilisateur:JackPotte|JackPotte]] ([[Discussion utilisateur:JackPotte|<span style="color:#FF6600">$</span>♠]]) 18 mars 2026 à 09:06 (CET)
jxtl6zctbv9o5yxcym77wvf77dylnr5
Fonctionnement d'un ordinateur/Les premiers processeurs Intel
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2026-04-29T16:11:09Z
Mewtow
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/* L'Intel 486 : un pipeline fortement couplé */
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wikitext
text/x-wiki
Les chapitres précédents ont été assez chargés, et nous ont appris comment fonctionne un pipeline simple. Découper un processeur en étape, gérer les branchements, découpler les étages avec des FIFOs, gérer les dépendances de données, implémenter le contournement. De nombreux processeurs RISC intègrent un pipeline similaire à celui décrit dans les chapitres précédents, souvent implémenté afin d'avoir de bonnes performances. L'implémentation est claire, classique, assez propre. En comparaison, les premiers processeurs Intel avaient des pipeline bien différents, suffisamment pour les aborder dans un chapitre dédié.
Par premiers CPU Intel, nous voulons parler des processeurs avant le Pentium. Il s'agit du 8086, du 286, du 386 et du 486. Le Pentium est un peu particulier, car c'est un processeur superscalaire, ce qui fait qu'on n'en parlera pas ici. Les premiers CPU Intel avaient un pipeline très simple, assez semblable à un pipeline ''Fetch-Decode-Exec''. Cependant, l'implémentation de ce pipeline a été compliquée par plusieurs point de blocage. Le premier est le fait que ce soit des processeurs CISC, avec beaucoup d'instructions microcodées. Le second est l'absence de mémoire cache intégrée (sauf pour le 486) et le fait que ce ne soient pas des architectures Harvard. Il est intéressant de voir les premiers CPU Intel pour voir comment les processeurs CISC se sont débrouillés pour surmonter ces problèmes.
==Les pipelines faiblement et fortement couplés==
L'évolution des processeurs Intel a été une lente transition d'un type de pipeline vers un autre. Le 8086, le 286 et le 386 utilisaient des '''pipelines faiblement couplés''', alors que le 486 utilisait un '''pipeline fortement couplé'''. Les pipelines fortement couplés équilibrent leurs étages au mieux, afin que chaque étage prennent approximativement le même temps. Le résultat est que chaque étage fait son travail en un cycle d'horloge, pas plus. À l'opposé, les pipelines faiblement couplés ont des étages inégaux, dont certains font plusieurs cycles d'horloge.
Précisons que la définition n'interdit pas d'avoir des instructions multicycles. Les accès mémoire et quelques instructions complexes peuvent passer plusieurs cycles dans le même étage. Mais pour les instructions simples, à savoir les additions/soustractions/décalages/opérations bit à bit ; qui ne font pas d'accès mémoire et agissent uniquement sur des registres. Elles doivent idéalement s'exécuter en un seul cycle sur un pipeline fortement couplé. De même, il est possible d'avoir des instructions simples qui prennent plusieurs cycles, à condition qu'elles soient pipelinées. Par exemple, si une addition prend deux cycles, alors elle s'exécute en deux étapes qui peuvent exécuter deux calculs différents en même temps : un dans le premier étage, un autre dans le second étage.
Pour donner un exemple, sur le 286 et le 386, beaucoup d'opérations basiques prenaient plusieurs cycles. Les additions, soustractions, opérations bit à bit et décalages prenaient toutes 2 cycles d'horloge. Et elles n'étaient pas pipelinées, ce qui fait que l'unité de calcul bloquait le pipeline quand une instruction s'exécutait dedans. Et il en est de même avec l'étage de décodage : il pouvait décoder une instructions simples en un seul cycle d'horloge, mais les instructions complexes prenaient plus de temps à décoder.
Les pipelines fortement couplés peuvent exécuter plusieurs instructions en même temps sans trop de problèmes, mais il est fréquent que certains étages soient inutilisés, même dans des circonstances optimales. Au contraire, un pipeline fortement couplé s'approche plus facilement de son optimum théorique. Un pipeline fortement couplé à N étages s'approchera des N instructions exécutées en même temps, alors qu'un pipeline faiblement couplé aura tendance à avoir des étages inutilisés.
===Les pipelines à registres et à FIFO===
Dans les implémentations les plus simples, les pipelines fortement couplés utilisent des registres entre chaque étage, alors que les faiblement couplés n'ont pas de choix : ils doivent utiliser des FIFOs entre chaque étage. L'implémentation est alors plus simple sur les pipelines fortement couplés, mais cela a un prix : au moindre problème (dépendance de données, branchements), le pipeline stalle pour éviter tout problème. Un pipeline faiblement couplé n'a pas ce problème, certains étages peuvent prendre de l'avance au lieu de se bloquer.
Et cette flexibilité en cas de stall explique que le 286 et le 386 utilisaient des pipelines faiblement couplés, comme nous allons le voir. Sans compter que l'implémentation était aussi plus simple. Avoir des étages déséquilibrés permettait une implémentation simple. Il suffisait de placer une file d'instructions et une file de micro-opérations pour obtenir un pipeline ''fetch-decode-exec''. Pas besoin de découper le décodeur pour le pipeliner, pas besoin de pipeliner l'ALU, on les laisse intacts.
Mais il s'agit là des implémentations les plus simples. De nos jours, de nombreux pipelines fortement couplés utilisent des FIFOs pour découpler leurs étages, ce qui permet d'avoir le meilleur des deux mondes. L'usage de files d'instruction et de files de micro-opérations est courante sur les processeurs haute performance modernes. Mais ils combinent celles-ci avec des pipelines équilibrés, où chaque étage fait un cycle d'horloge. Les deux détails, équilibrage des étages et découplage avec des FIFOs, entrainent un gain de performance, qui s'additionne quand on les combine.
==La ''prefetch input queue'' : une file d'instruction==
Les premiers processeurs Intel intégraient une file d’instruction quelque peu particulière, appelée la '''''Prefetch Input Queue''''', terme abrévié en PIQ. Elle a été utilisée sur tous les processeurs avant le Pentium, à savoir les processeurs Intel 8 et 16 bits, ainsi que sur le 286 et le 386.
Avec la PIQ, pendant qu'une instruction est en cours de décodage/exécution, le processeur précharge les instructions suivantes, jusqu'à une limite de 4/6/16/32 octets (la limite dépend du processeur). La ''prefetch input queue'' permet donc d'implémenter une forme de pipeline ''Fetch + Decode/Exec''. Mais il est aussi possible de dire qu'il s'agit d'une technique de préchargement d'instructions, vu qu'elle permet de précharger plusieurs instructions si les circonstances le permettent. La différence entre les deux est assez subtile et les frontières sont assez floues.
La PIQ permet de précharger l'instruction suivante à condition qu'aucun autre accès mémoire n'ait lieu. Les CPU Intel avant le 486 n'avaient pas de cache, ni d'architecture Harvard. La conséquence est qu'il n'est pas possible de lire une instruction et faire un accès mémoire en même temps. Si l'instruction en cours d'exécution effectue des accès mémoire, ceux-ci sont prioritaires sur tout le reste, le préchargement de l'instruction suivante est mis en pause. Le préchargement n'est possible que si l'instruction en cours d'exécution ne travaille que sur des registres.
La PIQ faisait 6 octets sur le 8086 et le 286, puis est montée à 16 octets sur le 386, pour atteindre 32 octets sur le 486. Le 8088, une version simplifiée du 8086, avait une PIQ de 4 octets seulement. La taille idéale de la FIFO dépend de nombreux paramètres. On pourrait croire que plus elle peut contenir d'instructions, mieux c'est, mais ce n'est pas le cas, pour des raisons que nous allons expliquer dans quelques paragraphes.
Vous remarquerez que j'ai exprimé la capacité de la PIQ en octets et non en instructions. La raison est que la PIQ s'est adaptée au fait que le jeu d'instruction x86 a des instructions de taille variable. Ce n'est donc pas tellement une file d'instruction au sens strict. Le jeu d'instruction x86 a des instructions dont la taille varie entre un octet et 15 octets. Vous noterez que la PIQ est mieux exploitée quand les instructions sont courtes, ce qui permet de précharger plus d'instructions.
===L'interaction avec le décodage d'instruction===
La PIQ dispose d'un port d'écriture sur lequel les instructions préchargées sont envoyées, et un port de lecture où le décodeur lit la prochaine instruction à décoder.
La PIQ du 8088 était la plus simple, niveau implémentation. Sur le 8088, tout faisait un octet : le bus de données, les ports de la PIQ, et j'en passe. La PIQ du 8088 était composée de 4 registres de 8 bits, avec un port d'écriture de 8 bits pour précharger les instructions octet par octet, et un port de lecture de 8 bits pour alimenter le décodeur. En clair, tout faisait 8 bits.
Le 8086 était quant à lui un processeur 16 bits, ce qui changeait un peu les choses. Sa PIQ était adaptée à un bus de données de 16 bits, à savoir qu'elle mémorisait ses 6 octets avec 3 registres de 16 bits. Le préchargement des instructions se faisait deux octets à la fois, un registre à la fois, grâce à un port d'écriture de 16 bits. Un détail important est que le préchargement était aligné sur 16 bits en mémoire. Si l'instruction à charger n'était pas alignée sur 16 bits, elle doit être chargée en plusieurs fois. Par exemple, une instruction de 2 octets non-alignée sera chargée en deux fois : un premier accès qui charge deux octets, dont un est oublié, et un second accès pour l'octet restant, dont l'autre octet aussi est oublié.
Par contre, le décodage se faisait un octet à la fois. Le décodeur lit un octet, puis éventuellement le suivant, et ainsi de suite jusqu'à atteindre la fin de l'instruction. Le port de lecture faisait ainsi un octet sur le 8086, comme sur le 8088. Le port de lecture incorporait pour cela un multiplexeur, qui sélectionnait l'octet adéquat dans un registre 16 bits. L'avantage est que le préchargement est plus efficace, car il préchargeait plus d'octets par cycle. Vu que la PIQ ne peut pas précharger d'instruction à chaque cycle, du fait des accès mémoire, le fait de précharger plus à chaque accès compense.
[[File:80186 arch.png|centre|vignette|700px|upright=2|Architecture du 8086, du 80186 et de ses variantes.]]
Le 386 était un processeur 32 bits, ce qui fait que sa PIQ contenait 4 registres de 32 bits et un port d'écriture de 32 bits. Et le port de lecture pour le décodeur d'instruction faisait lui aussi 32 bits. Il était cependant capable de gérer des instructions de 8 et 16 bits. Il pouvait dépiler entre 1 et 4 octets dans la PIQ, suivant la taille de l'instruction voulue. De plus, les instructions préchargées n'étaient pas parfaitement alignées sur 32 bits : une instruction pouvait être à cheval sur deux registres 32 bits. Le processeur incorporait donc des circuits d'alignement, semblables à ceux utilisés pour gérer des instructions de longueur variable avec un registre d'instruction.
===Les signaux de commande entre décodeur et PIQ===
Les instructions varient entre 1 et 15 octets, mais tous ne sont pas utiles au décodeur d'instruction. Le décodeur d'instruction n'a besoin que de deux octets : l'opcode et l'octet Mod/RM qui précise le mode d'adressage et les registres. Les octets de préfixe sont aussi utiles au décodeur, mais la plupart des instructions n'en ont pas. Les constantes immédiates, adresses absolues et décalages, ne passent pas par le décodeur d'instruction. Ils sont lus depuis la PIQ, mais sont copiées dans des registres dédiés, sous la commande du décodeur d'instruction. En clair, le décodeur a besoin de lire deux octets maximum depuis la PIQ, avant de passer à l’instruction suivante. Les autres octets étaient envoyés ailleurs, typiquement dans le chemin de données.
Par exemple, prenons le cas d'une addition entre le registre AX et une constante immédiate. L'opcode était envoyé au décodeur, mais pas la constante immédiate. Elle était lue octet par octet et mémorisée dans un registre temporaire placé en entrée de l'ALU. Idem avec les adresses immédiates, qui étaient envoyées dans un registre d'interfaçage mémoire sans passer par le décodeur d'instruction. Pour cela, la PIQ était connectée au bus interne du processeur. De plus, le décodeur dispose d'une micro-opération pour lire un octet depuis la PIQ et le copier ailleurs dans le chemin de données. Ainsi, l'instruction d'addition entre le registre AX et une constante immédiate était composée de plusieurs micro-opérations : une qui lisait la constante immédiate depuis la PIQ, une seconde qui commande l'ALU et fait le calcul.
Le décodeur devait attendre que qu'un moins un octet soit disponible dans la PIQ, pour la lire. Il lisait alors cet octet et déterminait s'il contenait une instruction complète ou non. Si c'est une instruction complète, il la décodait et l'exécutait, puis passait à l'instruction suivante. Sinon, il lit un second octet depuis la PIQ et continue le décodage. Là encore, le décodeur vérifie s'il a une instruction complète, et lit un troisième octet si besoin, puis rebelote avec un quatrième octet lu, etc.
Un circuit appelé le ''loader'' synchronisait le décodeur d'instruction et la PIQ. Il fournissait deux bits : un premier bit pour indiquer que le premier octet d'une instruction était disponible dans la PIQ, un second bit pour le second octet. Le ''loader'' recevait aussi des signaux de la part du décodeur d'instruction. Le signal ''Run Next Instruction'' entrainait la lecture d'une nouvelle instruction, d'un premier octet, qui était alors dépilé de la PIQ. Le décodeur d'instruction pouvait aussi envoyer un signal ''Next-to-last (NXT)'', un cycle avant que l'instruction en cours ne termine. Le ''loader'' réagissait en préchargeant l'octet suivant. En clair, ce signal permettait de précharger l'instruction suivante avec un cycle d'avance, si celle-ci n'était pas déjà dans la PIQ.
Le décodeur d'instruction dispose aussi de trois micro-opérations SUSP, FLUSH, and CORR, qui agissent sur la PIQ. La micro-opération SUSP stoppe le préchargement des instructions dans la ''Prefetch input queue''. La micro-opération FLUSH réinitialise la PIQ et le préchargement reprend comme avant. Elle sert dans diverses situations. Par exemple, la PIQ était réinitialisée lors du passage du mode réel au mode protégé, et réciproquement. Quelques instructions sont décodées entre les deux modes, ce qui fait que l'on doit vider la PIQ entre les deux modes. L'instruction CORR sert pour gérer les branchements, et expliquer pourquoi demande une section complète, que voici.
===Les problèmes liés aux branchements===
Les branchements posent des problèmes avec la PIQ : si un branchement est pris, toutes les instructions préchargées après sont invalides. Pour éviter cela, la PIQ est réinitialisée quand le processeur détecte un branchement. Le microcode utilise pour cela la micro-opération qui réinitialise la PIQ. Les interruptions posent le même genre de problèmes. Il faut impérativement vider la PIQ quand une interruption survient, avant de la traiter.
La PIQ précharge les instructions séquentiellement, une après l'autre. Pour savoir où elle en est rendue, elle devrait mémoriser l'adresse de la prochaine instruction à précharger dans un '''registre de préchargement''' dédié. Il est censé être séparé du ''program counter'', mais ce n'est pas la solution qui a été utilisée par les ingénieurs d'Intel. À la place, le registre de préchargement remplace le ''program counter''. Après tout, le registre de préchargement n'est qu'un ''program counter'' ayant pris une avance de quelques cycles d'horloge, qui a été incrémenté en avance.
Mais cela pose problème, avec les branchements. Par exemple, certains branchements relatifs demandent de connaitre la véritable valeur du ''program counter'', pas celle calculée en avance. Idem avec les instructions d'appel de fonction, qui demandent de sauvegarder l'adresse de retour exacte, donc le vrai ''program counter''. De telles situations demandent de connaitre la valeur réelle du ''program counter'', celle sans préchargement. Pour cela, le décodeur d'instruction dispose d'une instruction pour reconstituer le ''program counter'', à savoir corriger le ''program coutner'' et éliminer l'effet du préchargement.
La micro-opération de correction se contente de soustraire le nombre d'octets préchargés au registre de préchargement. Le nombre d'octets préchargés est déduit à partir des deux pointeurs intégré à la FIFO, qui indiquent la position du premier et du dernier octet préchargé. Le bit qui indique si la FIFO est vide était aussi utilisé. Les deux pointeurs sont lus depuis la FIFO, et sont envoyés à un circuit qui détermine le nombre d'octets préchargés. Sur le 8086, ce circuit était implémenté non pas par un circuit combinatoire, mais par une mémoire ROM équivalente. La petite taille de la FIFO faisait que les pointeurs étaient très petits et la ROM l'était aussi.
===L'interaction avec le code automodifiant===
Un autre défaut est que la ''Prefetch input queue'' se marie assez mal avec du code auto-modifiant. Un code auto-modifiant est un programme qui se modifie lui-même, en remplaçant certaines instructions par d'autres, en en retirant, en en ajoutant, lors de sa propre exécution. De tels programmes sont rares, mais la technique était utilisée dans quelques cas au tout début de l'informatique sur des ordinateurs rudimentaires. Ceux-ci avaient des modes d'adressages tellement limités que gérer des tableaux de taille variable demandait d'utiliser du code auto-modifiant pour écrire des boucles.
Le problème avec la ''Prefetch input queue'' survient quand des instructions sont modifiées immédiatement après avoir été préchargées. Les instructions dans la ''Prefetch input queue'' sont l'ancienne version, alors que la mémoire RAM contient les instructions modifiées. Gérer ce genre de cas est quelque peu complexe. Il faut en effet vider la ''Prefetch input queue'' si le cas arrive, ce qui demande d'identifier les écritures qui écrasent des instructions préchargées. C'est parfaitement possible, mais demande de transformer la ''Prefetch input queue'' en une mémoire hybride, à la fois mémoire associative et mémoire FIFO. Cela ne vaut que très rarement le coup, aussi les ingénieurs ne s’embêtent pas à mettre ce correctif en place, le code automodifiant est alors buggé.
==Les processeurs 286 et 386 : le découplage du décodage==
Les processeurs 286, 386 et 486 avaient des possibilités de pipeline plus élaborées, qui dépassaient l'usage d'une ''Prefetch Input Queue''. Cependant, ce pipeline est fortement contrarié à cause d'un point : il n'y a pas de mémoire cache sur ces processeurs. La conséquence est que le processeur ne peut pas lire une instruction en même temps qu'il accède à des données. Le pipeline fonctionne donc bien si le processeur n'exécute pas d'accès mémoire, ou que ceux-ci sont peu fréquents. Le CPU peut alors précharger des instructions dans la PIQ, et le pipeline fonctionne. Mais si les accès mémoire sont trop nombreux, le pipeline n'est presque pas utilisé, car il n'y a pas assez d'instructions dans la PIQ.
===La ''Decoded Instruction Queue''===
L'Intel 286 et 386 ont séparé l'étage de décodage et d'exécution, en plus de rajouter des étages pour le calcul d'adresse. Ils avaient un pipeline à 3-6 étages : 3 pour les instructions classiques, 6 pour les instructions mémoire. Il avait un pipeline ''Fetch-Decode-Exec'' pour les instructions classiques, auxquelles il fallait rajouter 3 cycles supplémentaires pour les accès mémoire. Les 3 cycles supplémentaires s'occupaient de la segmentation, de la pagination, et de l'accès au cache lui-même.
Pour cela, les processeurs 286 et 386 ajoutaient une mémoire FIFO en sortie de l'unité de décodage. Du moins, c'est ainsi que l'on peut présenter les choses pour faire simple. Mais je rappelle que les CPU Intel de l'époque avaient un décodeur hybride, mélangeant un séquenceur câblé et un séquenceur microcodé. Et la FIFO était en quelque sorte en plein milieu du décodeur, avant le microcode, mais après le reste.
[[File:Intel i80286 arch.svg|centre|vignette|upright=3|Intel 286, microarchitecture.]]
Pour rappel, les CPU 286/386/486 avaient un décodeur coupé en deux : un prédécodeur alimentait un séquenceur microcodé. Le prédécodeur peut décoder des instructions simples, et peut envoyer les autres instructions au microcode. Le prédécodeur est appelé la ''Group Decode ROM'', bien que ce ne soit pas une ROM. Il fournit 15 signaux qui configurent le séquenceur et disent si le décodage doit utiliser ou non le microcode. Il permet aussi de configurer le microcode pour gérer les différents modes d'adressage, ou encore de configurer les circuits câblés en aval du microcode.
Les instructions qui s’exécutent en un seul cycle d'horloge sont décodés sans utiliser le microcode. Leur opcode et les noms de registre sont simplement extraits par le prédécodeur, il n'y a rien de plus à faire. Le prédécodeur les envoie à la file de micro-opérations, et elles sont immédiatement exécutées dans le chemin de données. Les instructions microcodées passent aussi par cette file, mais elles sont envoyés au microcode en sortant de la file. La file en question n'est donc pas tout à fait une file de micro-opérations, ni une file d'instruction. C'est une sorte d'intermédiaire entre les deux, qui peut mémoriser soit des micro-opérations basiques, soit des instructions partiellement décodées à destination du microcode.
[[File:80486DX2 arch.svg|centre|vignette|upright=3|Intel 486 DX, microarchitecture.]]
Le résultat est un pipeline très simpliste et très peu efficace. Le pipeline fonctionne avec des instructions qui ne passent pas par le microcode. Mais pour les instructions microcodées, le pipeline stalle, il se bloque. Le décodeur, qui sert d'unité d'émission, gèle le pipeline quand il exécute une instruction multicycle. Et cela vaut pour les multiplications et divisions, mais aussi pour tout accès mémoire, instruction ''load-op'' inclues. En pratique, le pipeline n'était presque pas utilisé...
Tout cela montre la difficulté d'intégrer un pipeline sur un processeur microcodé. C'est parfaitement possible en pratique, et nous verrons de nombreux exemples dans la suite. Un chapitre entier sera consacré aux processeurs superscalaires x86, qui ont des pipelines particulièrement complexes. Cependant, le 386 et le 486 avaient peu de transistors et devaient microcoder la plupart de leurs instructions. Cela s'est arrangé avec le temps, notamment avec l'intégration de circuits multiplieur/diviseurs, l'augmentation du nombre de registres, et d'autres optimisations.
===L'''early start'' des CPU Intel 386===
Le 386 avait un système de contournement très rudimentaire, bien différent de tout ce qu'on a vu précédemment. Le contournement était appelé l'''early start'', et faisait du contournement uniquement pour les calculs d'adresse. L'idée est de fournir en avance les opérandes des calculs d'adresse.
Les calculs d'adresse sont réalisés soit par les instructions mémoire, soit par les instructions ''load-op''. Ces instructions ont besoin d'une adresse, éventuellement d'un indice et/ou d'un décalage. Et l'adresse, l'indice ou le décalage peut être calculé par l'instruction qui précède l'accès mémoire. Dans cette situation bien précise, un système de contournement permet de démarrer l'instruction mémoire/''load-op'' un cycle en avance.
Un problème est que l'implémentation était buguée, ce qui a donné naissance au '''''POPAD bug'''''. Après une instruction POPAD, le registre EAX est modifié. Si l'instruction suivante souhaite utiliser ce registre pour un calcul d'adresse, il est possible qu'elle ne voit pas la valeur d'EAX correcte.
==L'Intel 486 : un pipeline fortement couplé==
Les processeurs précédents avaient des pipelines un peu particuliers, dans le sens où ils utilisaient des mémoires FIFOs entre chaque étape pour découpler les étages du pipeline, le pipeline était faiblement couplé. Le 486 est passé à un pipeline fortement couplé, avec des étages séparés par des registres.
L'usage d'un pipeline faiblement couplé était un moyen de compenser l'absence de mémoire cache et d'architecture Harvard. De tels processeurs ne pouvaient pas charger une instruction et lire/écrire une donnée en même temps, ce qui absolument nécessaire avec un pipeline fortement couplé. Par contre, un pipeline faiblement couplé était assez flexible pour fonctionner dans un tel environnement. Le résultat était loin du maximum théorique qu'on aurait pu obtenir sans ces contraintes, mais le gain en performance était là.
===L'intégration du cache et l'amélioration du CPI===
Le passage à un pipeline fortement couplé a été rendu possible, ou du moins accompagné, par de nombreux changement dans l'architecture du 486.
La première optimisation est l'intégration d'une mémoire cache dans le processeur. Il n'y avait pas encore de cache séparé pour les instructions et les données. Mais le cache était multiport, ce qui permettait de lire/écrire une donnée en chargeant une instruction en même temps. Il n'y a plus besoin de ''prefetch input queue'', et c'est pour cette raison qu'elle a disparue sur le 486.
L'intégration du cache a été complétée par de nombreuses optimisations de l'interface mémoire. Par exemple, le processeur peut effectuer des accès en rafale, chose que les EDO-DRAM de l'époque supportaient. Il avait aussi un ''write buffer'' en sortie du cache, dans l'interface mémoire elle-même. Le ''write buffer'' supportait la combinaison d'écriture, à savoir que plusieurs écritures consécutives étaient exécutées en une seule rafale. De même, plusieurs écritures à la même adresse étaient fusionnées en une seule écriture, qui écrivait la donnée la plus récente.
Une seconde optimisation est que les instructions sont maintenant plus rapides. Les opérations simples, comme les additions/soustractions, opérations bit à bit et décalages, font maintenant un seul cycle d'horloge. Du moins, à condition qu'elles manipulent uniquement des registres ou des constantes immédiates. Les opérations ''load-op'' ne sont pas concernées, elles stallent le pipeline. L'étage d'exécution passe donc à un seul cycle d'horloge, ce qui permet une meilleure utilisation du pipeline et réduit le nombre de stalls.
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Les chapitres précédents ont été assez chargés, et nous ont appris comment fonctionne un pipeline simple. Découper un processeur en étape, gérer les branchements, découpler les étages avec des FIFOs, gérer les dépendances de données, implémenter le contournement. De nombreux processeurs RISC intègrent un pipeline similaire à celui décrit dans les chapitres précédents, souvent implémenté afin d'avoir de bonnes performances. L'implémentation est claire, classique, assez propre. En comparaison, les premiers processeurs Intel avaient des pipeline bien différents, suffisamment pour les aborder dans un chapitre dédié.
Par premiers CPU Intel, nous voulons parler des processeurs avant le Pentium. Il s'agit du 8086, du 286, du 386 et du 486. Le Pentium est un peu particulier, car c'est un processeur superscalaire, ce qui fait qu'on n'en parlera pas ici. Les premiers CPU Intel avaient un pipeline très simple, assez semblable à un pipeline ''Fetch-Decode-Exec''. Cependant, l'implémentation de ce pipeline a été compliquée par plusieurs point de blocage. Le premier est le fait que ce soit des processeurs CISC, avec beaucoup d'instructions microcodées. Le second est l'absence de mémoire cache intégrée (sauf pour le 486) et le fait que ce ne soient pas des architectures Harvard. Il est intéressant de voir les premiers CPU Intel pour voir comment les processeurs CISC se sont débrouillés pour surmonter ces problèmes.
==Les pipelines faiblement et fortement couplés==
L'évolution des processeurs Intel a été une lente transition d'un type de pipeline vers un autre. Le 8086, le 286 et le 386 utilisaient des '''pipelines faiblement couplés''', alors que le 486 utilisait un '''pipeline fortement couplé'''. Les pipelines fortement couplés équilibrent leurs étages au mieux, afin que chaque étage prennent approximativement le même temps. Le résultat est que chaque étage fait son travail en un cycle d'horloge, pas plus. À l'opposé, les pipelines faiblement couplés ont des étages inégaux, dont certains font plusieurs cycles d'horloge.
Précisons que la définition n'interdit pas d'avoir des instructions multicycles. Les accès mémoire et quelques instructions complexes peuvent passer plusieurs cycles dans le même étage. Mais pour les instructions simples, à savoir les additions/soustractions/décalages/opérations bit à bit ; qui ne font pas d'accès mémoire et agissent uniquement sur des registres. Elles doivent idéalement s'exécuter en un seul cycle sur un pipeline fortement couplé. De même, il est possible d'avoir des instructions simples qui prennent plusieurs cycles, à condition qu'elles soient pipelinées. Par exemple, si une addition prend deux cycles, alors elle s'exécute en deux étapes qui peuvent exécuter deux calculs différents en même temps : un dans le premier étage, un autre dans le second étage.
Pour donner un exemple, sur le 286 et le 386, beaucoup d'opérations basiques prenaient plusieurs cycles. Les additions, soustractions, opérations bit à bit et décalages prenaient toutes 2 cycles d'horloge. Et elles n'étaient pas pipelinées, ce qui fait que l'unité de calcul bloquait le pipeline quand une instruction s'exécutait dedans. Et il en est de même avec l'étage de décodage : il pouvait décoder une instructions simples en un seul cycle d'horloge, mais les instructions complexes prenaient plus de temps à décoder.
Les pipelines fortement couplés peuvent exécuter plusieurs instructions en même temps sans trop de problèmes, mais il est fréquent que certains étages soient inutilisés, même dans des circonstances optimales. Au contraire, un pipeline fortement couplé s'approche plus facilement de son optimum théorique. Un pipeline fortement couplé à N étages s'approchera des N instructions exécutées en même temps, alors qu'un pipeline faiblement couplé aura tendance à avoir des étages inutilisés.
===Les pipelines à registres et à FIFO===
Dans les implémentations les plus simples, les pipelines fortement couplés utilisent des registres entre chaque étage, alors que les faiblement couplés n'ont pas de choix : ils doivent utiliser des FIFOs entre chaque étage. L'implémentation est alors plus simple sur les pipelines fortement couplés, mais cela a un prix : au moindre problème (dépendance de données, branchements), le pipeline stalle pour éviter tout problème. Un pipeline faiblement couplé n'a pas ce problème, certains étages peuvent prendre de l'avance au lieu de se bloquer.
Et cette flexibilité en cas de stall explique que le 286 et le 386 utilisaient des pipelines faiblement couplés, comme nous allons le voir. Sans compter que l'implémentation était aussi plus simple. Avoir des étages déséquilibrés permettait une implémentation simple. Il suffisait de placer une file d'instructions et une file de micro-opérations pour obtenir un pipeline ''fetch-decode-exec''. Pas besoin de découper le décodeur pour le pipeliner, pas besoin de pipeliner l'ALU, on les laisse intacts.
Mais il s'agit là des implémentations les plus simples. De nos jours, de nombreux pipelines fortement couplés utilisent des FIFOs pour découpler leurs étages, ce qui permet d'avoir le meilleur des deux mondes. L'usage de files d'instruction et de files de micro-opérations est courante sur les processeurs haute performance modernes. Mais ils combinent celles-ci avec des pipelines équilibrés, où chaque étage fait un cycle d'horloge. Les deux détails, équilibrage des étages et découplage avec des FIFOs, entrainent un gain de performance, qui s'additionne quand on les combine.
==La ''prefetch input queue'' : une file d'instruction==
Les premiers processeurs Intel intégraient une file d’instruction quelque peu particulière, appelée la '''''Prefetch Input Queue''''', terme abrévié en PIQ. Elle a été utilisée sur tous les processeurs avant le Pentium, à savoir les processeurs Intel 8 et 16 bits, ainsi que sur le 286 et le 386.
Avec la PIQ, pendant qu'une instruction est en cours de décodage/exécution, le processeur précharge les instructions suivantes, jusqu'à une limite de 4/6/16/32 octets (la limite dépend du processeur). La ''prefetch input queue'' permet donc d'implémenter une forme de pipeline ''Fetch + Decode/Exec''. Mais il est aussi possible de dire qu'il s'agit d'une technique de préchargement d'instructions, vu qu'elle permet de précharger plusieurs instructions si les circonstances le permettent. La différence entre les deux est assez subtile et les frontières sont assez floues.
La PIQ permet de précharger l'instruction suivante à condition qu'aucun autre accès mémoire n'ait lieu. Les CPU Intel avant le 486 n'avaient pas de cache, ni d'architecture Harvard. La conséquence est qu'il n'est pas possible de lire une instruction et faire un accès mémoire en même temps. Si l'instruction en cours d'exécution effectue des accès mémoire, ceux-ci sont prioritaires sur tout le reste, le préchargement de l'instruction suivante est mis en pause. Le préchargement n'est possible que si l'instruction en cours d'exécution ne travaille que sur des registres.
La PIQ faisait 6 octets sur le 8086 et le 286, puis est montée à 16 octets sur le 386, pour atteindre 32 octets sur le 486. Le 8088, une version simplifiée du 8086, avait une PIQ de 4 octets seulement. La taille idéale de la FIFO dépend de nombreux paramètres. On pourrait croire que plus elle peut contenir d'instructions, mieux c'est, mais ce n'est pas le cas, pour des raisons que nous allons expliquer dans quelques paragraphes.
Vous remarquerez que j'ai exprimé la capacité de la PIQ en octets et non en instructions. La raison est que la PIQ s'est adaptée au fait que le jeu d'instruction x86 a des instructions de taille variable. Ce n'est donc pas tellement une file d'instruction au sens strict. Le jeu d'instruction x86 a des instructions dont la taille varie entre un octet et 15 octets. Vous noterez que la PIQ est mieux exploitée quand les instructions sont courtes, ce qui permet de précharger plus d'instructions.
===L'interaction avec le décodage d'instruction===
La PIQ dispose d'un port d'écriture sur lequel les instructions préchargées sont envoyées, et un port de lecture où le décodeur lit la prochaine instruction à décoder.
La PIQ du 8088 était la plus simple, niveau implémentation. Sur le 8088, tout faisait un octet : le bus de données, les ports de la PIQ, et j'en passe. La PIQ du 8088 était composée de 4 registres de 8 bits, avec un port d'écriture de 8 bits pour précharger les instructions octet par octet, et un port de lecture de 8 bits pour alimenter le décodeur. En clair, tout faisait 8 bits.
Le 8086 était quant à lui un processeur 16 bits, ce qui changeait un peu les choses. Sa PIQ était adaptée à un bus de données de 16 bits, à savoir qu'elle mémorisait ses 6 octets avec 3 registres de 16 bits. Le préchargement des instructions se faisait deux octets à la fois, un registre à la fois, grâce à un port d'écriture de 16 bits. Un détail important est que le préchargement était aligné sur 16 bits en mémoire. Si l'instruction à charger n'était pas alignée sur 16 bits, elle doit être chargée en plusieurs fois. Par exemple, une instruction de 2 octets non-alignée sera chargée en deux fois : un premier accès qui charge deux octets, dont un est oublié, et un second accès pour l'octet restant, dont l'autre octet aussi est oublié.
Par contre, le décodage se faisait un octet à la fois. Le décodeur lit un octet, puis éventuellement le suivant, et ainsi de suite jusqu'à atteindre la fin de l'instruction. Le port de lecture faisait ainsi un octet sur le 8086, comme sur le 8088. Le port de lecture incorporait pour cela un multiplexeur, qui sélectionnait l'octet adéquat dans un registre 16 bits. L'avantage est que le préchargement est plus efficace, car il préchargeait plus d'octets par cycle. Vu que la PIQ ne peut pas précharger d'instruction à chaque cycle, du fait des accès mémoire, le fait de précharger plus à chaque accès compense.
[[File:80186 arch.png|centre|vignette|700px|upright=2|Architecture du 8086, du 80186 et de ses variantes.]]
Le 386 était un processeur 32 bits, ce qui fait que sa PIQ contenait 4 registres de 32 bits et un port d'écriture de 32 bits. Et le port de lecture pour le décodeur d'instruction faisait lui aussi 32 bits. Il était cependant capable de gérer des instructions de 8 et 16 bits. Il pouvait dépiler entre 1 et 4 octets dans la PIQ, suivant la taille de l'instruction voulue. De plus, les instructions préchargées n'étaient pas parfaitement alignées sur 32 bits : une instruction pouvait être à cheval sur deux registres 32 bits. Le processeur incorporait donc des circuits d'alignement, semblables à ceux utilisés pour gérer des instructions de longueur variable avec un registre d'instruction.
===Les signaux de commande entre décodeur et PIQ===
Les instructions varient entre 1 et 15 octets, mais tous ne sont pas utiles au décodeur d'instruction. Le décodeur d'instruction n'a besoin que de deux octets : l'opcode et l'octet Mod/RM qui précise le mode d'adressage et les registres. Les octets de préfixe sont aussi utiles au décodeur, mais la plupart des instructions n'en ont pas. Les constantes immédiates, adresses absolues et décalages, ne passent pas par le décodeur d'instruction. Ils sont lus depuis la PIQ, mais sont copiées dans des registres dédiés, sous la commande du décodeur d'instruction. En clair, le décodeur a besoin de lire deux octets maximum depuis la PIQ, avant de passer à l’instruction suivante. Les autres octets étaient envoyés ailleurs, typiquement dans le chemin de données.
Par exemple, prenons le cas d'une addition entre le registre AX et une constante immédiate. L'opcode était envoyé au décodeur, mais pas la constante immédiate. Elle était lue octet par octet et mémorisée dans un registre temporaire placé en entrée de l'ALU. Idem avec les adresses immédiates, qui étaient envoyées dans un registre d'interfaçage mémoire sans passer par le décodeur d'instruction. Pour cela, la PIQ était connectée au bus interne du processeur. De plus, le décodeur dispose d'une micro-opération pour lire un octet depuis la PIQ et le copier ailleurs dans le chemin de données. Ainsi, l'instruction d'addition entre le registre AX et une constante immédiate était composée de plusieurs micro-opérations : une qui lisait la constante immédiate depuis la PIQ, une seconde qui commande l'ALU et fait le calcul.
Le décodeur devait attendre que qu'un moins un octet soit disponible dans la PIQ, pour la lire. Il lisait alors cet octet et déterminait s'il contenait une instruction complète ou non. Si c'est une instruction complète, il la décodait et l'exécutait, puis passait à l'instruction suivante. Sinon, il lit un second octet depuis la PIQ et continue le décodage. Là encore, le décodeur vérifie s'il a une instruction complète, et lit un troisième octet si besoin, puis rebelote avec un quatrième octet lu, etc.
Un circuit appelé le ''loader'' synchronisait le décodeur d'instruction et la PIQ. Il fournissait deux bits : un premier bit pour indiquer que le premier octet d'une instruction était disponible dans la PIQ, un second bit pour le second octet. Le ''loader'' recevait aussi des signaux de la part du décodeur d'instruction. Le signal ''Run Next Instruction'' entrainait la lecture d'une nouvelle instruction, d'un premier octet, qui était alors dépilé de la PIQ. Le décodeur d'instruction pouvait aussi envoyer un signal ''Next-to-last (NXT)'', un cycle avant que l'instruction en cours ne termine. Le ''loader'' réagissait en préchargeant l'octet suivant. En clair, ce signal permettait de précharger l'instruction suivante avec un cycle d'avance, si celle-ci n'était pas déjà dans la PIQ.
Le décodeur d'instruction dispose aussi de trois micro-opérations SUSP, FLUSH, and CORR, qui agissent sur la PIQ. La micro-opération SUSP stoppe le préchargement des instructions dans la ''Prefetch input queue''. La micro-opération FLUSH réinitialise la PIQ et le préchargement reprend comme avant. Elle sert dans diverses situations. Par exemple, la PIQ était réinitialisée lors du passage du mode réel au mode protégé, et réciproquement. Quelques instructions sont décodées entre les deux modes, ce qui fait que l'on doit vider la PIQ entre les deux modes. L'instruction CORR sert pour gérer les branchements, et expliquer pourquoi demande une section complète, que voici.
===Les problèmes liés aux branchements===
Les branchements posent des problèmes avec la PIQ : si un branchement est pris, toutes les instructions préchargées après sont invalides. Pour éviter cela, la PIQ est réinitialisée quand le processeur détecte un branchement. Le microcode utilise pour cela la micro-opération qui réinitialise la PIQ. Les interruptions posent le même genre de problèmes. Il faut impérativement vider la PIQ quand une interruption survient, avant de la traiter.
La PIQ précharge les instructions séquentiellement, une après l'autre. Pour savoir où elle en est rendue, elle devrait mémoriser l'adresse de la prochaine instruction à précharger dans un '''registre de préchargement''' dédié. Il est censé être séparé du ''program counter'', mais ce n'est pas la solution qui a été utilisée par les ingénieurs d'Intel. À la place, le registre de préchargement remplace le ''program counter''. Après tout, le registre de préchargement n'est qu'un ''program counter'' ayant pris une avance de quelques cycles d'horloge, qui a été incrémenté en avance.
Mais cela pose problème, avec les branchements. Par exemple, certains branchements relatifs demandent de connaitre la véritable valeur du ''program counter'', pas celle calculée en avance. Idem avec les instructions d'appel de fonction, qui demandent de sauvegarder l'adresse de retour exacte, donc le vrai ''program counter''. De telles situations demandent de connaitre la valeur réelle du ''program counter'', celle sans préchargement. Pour cela, le décodeur d'instruction dispose d'une instruction pour reconstituer le ''program counter'', à savoir corriger le ''program coutner'' et éliminer l'effet du préchargement.
La micro-opération de correction se contente de soustraire le nombre d'octets préchargés au registre de préchargement. Le nombre d'octets préchargés est déduit à partir des deux pointeurs intégré à la FIFO, qui indiquent la position du premier et du dernier octet préchargé. Le bit qui indique si la FIFO est vide était aussi utilisé. Les deux pointeurs sont lus depuis la FIFO, et sont envoyés à un circuit qui détermine le nombre d'octets préchargés. Sur le 8086, ce circuit était implémenté non pas par un circuit combinatoire, mais par une mémoire ROM équivalente. La petite taille de la FIFO faisait que les pointeurs étaient très petits et la ROM l'était aussi.
===L'interaction avec le code automodifiant===
Un autre défaut est que la ''Prefetch input queue'' se marie assez mal avec du code auto-modifiant. Un code auto-modifiant est un programme qui se modifie lui-même, en remplaçant certaines instructions par d'autres, en en retirant, en en ajoutant, lors de sa propre exécution. De tels programmes sont rares, mais la technique était utilisée dans quelques cas au tout début de l'informatique sur des ordinateurs rudimentaires. Ceux-ci avaient des modes d'adressages tellement limités que gérer des tableaux de taille variable demandait d'utiliser du code auto-modifiant pour écrire des boucles.
Le problème avec la ''Prefetch input queue'' survient quand des instructions sont modifiées immédiatement après avoir été préchargées. Les instructions dans la ''Prefetch input queue'' sont l'ancienne version, alors que la mémoire RAM contient les instructions modifiées. Gérer ce genre de cas est quelque peu complexe. Il faut en effet vider la ''Prefetch input queue'' si le cas arrive, ce qui demande d'identifier les écritures qui écrasent des instructions préchargées. C'est parfaitement possible, mais demande de transformer la ''Prefetch input queue'' en une mémoire hybride, à la fois mémoire associative et mémoire FIFO. Cela ne vaut que très rarement le coup, aussi les ingénieurs ne s’embêtent pas à mettre ce correctif en place, le code automodifiant est alors buggé.
==Les processeurs 286 et 386 : le découplage du décodage==
Les processeurs 286, 386 et 486 avaient des possibilités de pipeline plus élaborées, qui dépassaient l'usage d'une ''Prefetch Input Queue''. Cependant, ce pipeline est fortement contrarié à cause d'un point : il n'y a pas de mémoire cache sur ces processeurs. La conséquence est que le processeur ne peut pas lire une instruction en même temps qu'il accède à des données. Le pipeline fonctionne donc bien si le processeur n'exécute pas d'accès mémoire, ou que ceux-ci sont peu fréquents. Le CPU peut alors précharger des instructions dans la PIQ, et le pipeline fonctionne. Mais si les accès mémoire sont trop nombreux, le pipeline n'est presque pas utilisé, car il n'y a pas assez d'instructions dans la PIQ.
===La ''Decoded Instruction Queue''===
L'Intel 286 et 386 ont séparé l'étage de décodage et d'exécution, en plus de rajouter des étages pour le calcul d'adresse. Ils avaient un pipeline à 3-6 étages : 3 pour les instructions classiques, 6 pour les instructions mémoire. Il avait un pipeline ''Fetch-Decode-Exec'' pour les instructions classiques, auxquelles il fallait rajouter 3 cycles supplémentaires pour les accès mémoire. Les 3 cycles supplémentaires s'occupaient de la segmentation, de la pagination, et de l'accès au cache lui-même.
Pour cela, les processeurs 286 et 386 ajoutaient une mémoire FIFO en sortie de l'unité de décodage. Du moins, c'est ainsi que l'on peut présenter les choses pour faire simple. Mais je rappelle que les CPU Intel de l'époque avaient un décodeur hybride, mélangeant un séquenceur câblé et un séquenceur microcodé. Et la FIFO était en quelque sorte en plein milieu du décodeur, avant le microcode, mais après le reste.
[[File:Intel i80286 arch.svg|centre|vignette|upright=3|Intel 286, microarchitecture.]]
Pour rappel, les CPU 286/386/486 avaient un décodeur coupé en deux : un prédécodeur alimentait un séquenceur microcodé. Le prédécodeur peut décoder des instructions simples, et peut envoyer les autres instructions au microcode. Le prédécodeur est appelé la ''Group Decode ROM'', bien que ce ne soit pas une ROM. Il fournit 15 signaux qui configurent le séquenceur et disent si le décodage doit utiliser ou non le microcode. Il permet aussi de configurer le microcode pour gérer les différents modes d'adressage, ou encore de configurer les circuits câblés en aval du microcode.
Les instructions qui s’exécutent en un seul cycle d'horloge sont décodés sans utiliser le microcode. Leur opcode et les noms de registre sont simplement extraits par le prédécodeur, il n'y a rien de plus à faire. Le prédécodeur les envoie à la file de micro-opérations, et elles sont immédiatement exécutées dans le chemin de données. Les instructions microcodées passent aussi par cette file, mais elles sont envoyés au microcode en sortant de la file. La file en question n'est donc pas tout à fait une file de micro-opérations, ni une file d'instruction. C'est une sorte d'intermédiaire entre les deux, qui peut mémoriser soit des micro-opérations basiques, soit des instructions partiellement décodées à destination du microcode.
[[File:80386DX arch.png|centre|vignette|upright=3|Intel 486 DX, microarchitecture.]]
Le résultat est un pipeline très simpliste et très peu efficace. Le pipeline fonctionne avec des instructions qui ne passent pas par le microcode. Mais pour les instructions microcodées, le pipeline stalle, il se bloque. Le décodeur, qui sert d'unité d'émission, gèle le pipeline quand il exécute une instruction multicycle. Et cela vaut pour les multiplications et divisions, mais aussi pour tout accès mémoire, instruction ''load-op'' inclues. En pratique, le pipeline n'était presque pas utilisé...
Tout cela montre la difficulté d'intégrer un pipeline sur un processeur microcodé. C'est parfaitement possible en pratique, et nous verrons de nombreux exemples dans la suite. Un chapitre entier sera consacré aux processeurs superscalaires x86, qui ont des pipelines particulièrement complexes. Cependant, le 386 et le 486 avaient peu de transistors et devaient microcoder la plupart de leurs instructions. Cela s'est arrangé avec le temps, notamment avec l'intégration de circuits multiplieur/diviseurs, l'augmentation du nombre de registres, et d'autres optimisations.
===L'''early start'' des CPU Intel 386===
Le 386 avait un système de contournement très rudimentaire, bien différent de tout ce qu'on a vu précédemment. Le contournement était appelé l'''early start'', et faisait du contournement uniquement pour les calculs d'adresse. L'idée est de fournir en avance les opérandes des calculs d'adresse.
Les calculs d'adresse sont réalisés soit par les instructions mémoire, soit par les instructions ''load-op''. Ces instructions ont besoin d'une adresse, éventuellement d'un indice et/ou d'un décalage. Et l'adresse, l'indice ou le décalage peut être calculé par l'instruction qui précède l'accès mémoire. Dans cette situation bien précise, un système de contournement permet de démarrer l'instruction mémoire/''load-op'' un cycle en avance.
Un problème est que l'implémentation était buguée, ce qui a donné naissance au '''''POPAD bug'''''. Après une instruction POPAD, le registre EAX est modifié. Si l'instruction suivante souhaite utiliser ce registre pour un calcul d'adresse, il est possible qu'elle ne voit pas la valeur d'EAX correcte.
==L'Intel 486 : un pipeline fortement couplé==
Les processeurs précédents avaient des pipelines un peu particuliers, dans le sens où ils utilisaient des mémoires FIFOs entre chaque étape pour découpler les étages du pipeline, le pipeline était faiblement couplé. Le 486 est passé à un pipeline fortement couplé, avec des étages séparés par des registres.
L'usage d'un pipeline faiblement couplé était un moyen de compenser l'absence de mémoire cache et d'architecture Harvard. De tels processeurs ne pouvaient pas charger une instruction et lire/écrire une donnée en même temps, ce qui absolument nécessaire avec un pipeline fortement couplé. Par contre, un pipeline faiblement couplé était assez flexible pour fonctionner dans un tel environnement. Le résultat était loin du maximum théorique qu'on aurait pu obtenir sans ces contraintes, mais le gain en performance était là.
===L'intégration du cache et l'amélioration du CPI===
Le passage à un pipeline fortement couplé a été rendu possible, ou du moins accompagné, par de nombreux changement dans l'architecture du 486.
La première optimisation est l'intégration d'une mémoire cache dans le processeur. Il n'y avait pas encore de cache séparé pour les instructions et les données. Mais le cache était multiport, ce qui permettait de lire/écrire une donnée en chargeant une instruction en même temps. Il n'y a plus besoin de ''prefetch input queue'', et c'est pour cette raison qu'elle a disparue sur le 486.
L'intégration du cache a été complétée par de nombreuses optimisations de l'interface mémoire. Par exemple, le processeur peut effectuer des accès en rafale, chose que les EDO-DRAM de l'époque supportaient. Il avait aussi un ''write buffer'' en sortie du cache, dans l'interface mémoire elle-même. Le ''write buffer'' supportait la combinaison d'écriture, à savoir que plusieurs écritures consécutives étaient exécutées en une seule rafale. De même, plusieurs écritures à la même adresse étaient fusionnées en une seule écriture, qui écrivait la donnée la plus récente.
Une seconde optimisation est que les instructions sont maintenant plus rapides. Les opérations simples, comme les additions/soustractions, opérations bit à bit et décalages, font maintenant un seul cycle d'horloge. Du moins, à condition qu'elles manipulent uniquement des registres ou des constantes immédiates. Les opérations ''load-op'' ne sont pas concernées, elles stallent le pipeline. L'étage d'exécution passe donc à un seul cycle d'horloge, ce qui permet une meilleure utilisation du pipeline et réduit le nombre de stalls.
[[File:80486DX2 arch.svg|centre|vignette|upright=3|486 DX2 microarchitecture.]]
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/* La Decoded Instruction Queue */
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text/x-wiki
Les chapitres précédents ont été assez chargés, et nous ont appris comment fonctionne un pipeline simple. Découper un processeur en étape, gérer les branchements, découpler les étages avec des FIFOs, gérer les dépendances de données, implémenter le contournement. De nombreux processeurs RISC intègrent un pipeline similaire à celui décrit dans les chapitres précédents, souvent implémenté afin d'avoir de bonnes performances. L'implémentation est claire, classique, assez propre. En comparaison, les premiers processeurs Intel avaient des pipeline bien différents, suffisamment pour les aborder dans un chapitre dédié.
Par premiers CPU Intel, nous voulons parler des processeurs avant le Pentium. Il s'agit du 8086, du 286, du 386 et du 486. Le Pentium est un peu particulier, car c'est un processeur superscalaire, ce qui fait qu'on n'en parlera pas ici. Les premiers CPU Intel avaient un pipeline très simple, assez semblable à un pipeline ''Fetch-Decode-Exec''. Cependant, l'implémentation de ce pipeline a été compliquée par plusieurs point de blocage. Le premier est le fait que ce soit des processeurs CISC, avec beaucoup d'instructions microcodées. Le second est l'absence de mémoire cache intégrée (sauf pour le 486) et le fait que ce ne soient pas des architectures Harvard. Il est intéressant de voir les premiers CPU Intel pour voir comment les processeurs CISC se sont débrouillés pour surmonter ces problèmes.
==Les pipelines faiblement et fortement couplés==
L'évolution des processeurs Intel a été une lente transition d'un type de pipeline vers un autre. Le 8086, le 286 et le 386 utilisaient des '''pipelines faiblement couplés''', alors que le 486 utilisait un '''pipeline fortement couplé'''. Les pipelines fortement couplés équilibrent leurs étages au mieux, afin que chaque étage prennent approximativement le même temps. Le résultat est que chaque étage fait son travail en un cycle d'horloge, pas plus. À l'opposé, les pipelines faiblement couplés ont des étages inégaux, dont certains font plusieurs cycles d'horloge.
Précisons que la définition n'interdit pas d'avoir des instructions multicycles. Les accès mémoire et quelques instructions complexes peuvent passer plusieurs cycles dans le même étage. Mais pour les instructions simples, à savoir les additions/soustractions/décalages/opérations bit à bit ; qui ne font pas d'accès mémoire et agissent uniquement sur des registres. Elles doivent idéalement s'exécuter en un seul cycle sur un pipeline fortement couplé. De même, il est possible d'avoir des instructions simples qui prennent plusieurs cycles, à condition qu'elles soient pipelinées. Par exemple, si une addition prend deux cycles, alors elle s'exécute en deux étapes qui peuvent exécuter deux calculs différents en même temps : un dans le premier étage, un autre dans le second étage.
Pour donner un exemple, sur le 286 et le 386, beaucoup d'opérations basiques prenaient plusieurs cycles. Les additions, soustractions, opérations bit à bit et décalages prenaient toutes 2 cycles d'horloge. Et elles n'étaient pas pipelinées, ce qui fait que l'unité de calcul bloquait le pipeline quand une instruction s'exécutait dedans. Et il en est de même avec l'étage de décodage : il pouvait décoder une instructions simples en un seul cycle d'horloge, mais les instructions complexes prenaient plus de temps à décoder.
Les pipelines fortement couplés peuvent exécuter plusieurs instructions en même temps sans trop de problèmes, mais il est fréquent que certains étages soient inutilisés, même dans des circonstances optimales. Au contraire, un pipeline fortement couplé s'approche plus facilement de son optimum théorique. Un pipeline fortement couplé à N étages s'approchera des N instructions exécutées en même temps, alors qu'un pipeline faiblement couplé aura tendance à avoir des étages inutilisés.
===Les pipelines à registres et à FIFO===
Dans les implémentations les plus simples, les pipelines fortement couplés utilisent des registres entre chaque étage, alors que les faiblement couplés n'ont pas de choix : ils doivent utiliser des FIFOs entre chaque étage. L'implémentation est alors plus simple sur les pipelines fortement couplés, mais cela a un prix : au moindre problème (dépendance de données, branchements), le pipeline stalle pour éviter tout problème. Un pipeline faiblement couplé n'a pas ce problème, certains étages peuvent prendre de l'avance au lieu de se bloquer.
Et cette flexibilité en cas de stall explique que le 286 et le 386 utilisaient des pipelines faiblement couplés, comme nous allons le voir. Sans compter que l'implémentation était aussi plus simple. Avoir des étages déséquilibrés permettait une implémentation simple. Il suffisait de placer une file d'instructions et une file de micro-opérations pour obtenir un pipeline ''fetch-decode-exec''. Pas besoin de découper le décodeur pour le pipeliner, pas besoin de pipeliner l'ALU, on les laisse intacts.
Mais il s'agit là des implémentations les plus simples. De nos jours, de nombreux pipelines fortement couplés utilisent des FIFOs pour découpler leurs étages, ce qui permet d'avoir le meilleur des deux mondes. L'usage de files d'instruction et de files de micro-opérations est courante sur les processeurs haute performance modernes. Mais ils combinent celles-ci avec des pipelines équilibrés, où chaque étage fait un cycle d'horloge. Les deux détails, équilibrage des étages et découplage avec des FIFOs, entrainent un gain de performance, qui s'additionne quand on les combine.
==La ''prefetch input queue'' : une file d'instruction==
Les premiers processeurs Intel intégraient une file d’instruction quelque peu particulière, appelée la '''''Prefetch Input Queue''''', terme abrévié en PIQ. Elle a été utilisée sur tous les processeurs avant le Pentium, à savoir les processeurs Intel 8 et 16 bits, ainsi que sur le 286 et le 386.
Avec la PIQ, pendant qu'une instruction est en cours de décodage/exécution, le processeur précharge les instructions suivantes, jusqu'à une limite de 4/6/16/32 octets (la limite dépend du processeur). La ''prefetch input queue'' permet donc d'implémenter une forme de pipeline ''Fetch + Decode/Exec''. Mais il est aussi possible de dire qu'il s'agit d'une technique de préchargement d'instructions, vu qu'elle permet de précharger plusieurs instructions si les circonstances le permettent. La différence entre les deux est assez subtile et les frontières sont assez floues.
La PIQ permet de précharger l'instruction suivante à condition qu'aucun autre accès mémoire n'ait lieu. Les CPU Intel avant le 486 n'avaient pas de cache, ni d'architecture Harvard. La conséquence est qu'il n'est pas possible de lire une instruction et faire un accès mémoire en même temps. Si l'instruction en cours d'exécution effectue des accès mémoire, ceux-ci sont prioritaires sur tout le reste, le préchargement de l'instruction suivante est mis en pause. Le préchargement n'est possible que si l'instruction en cours d'exécution ne travaille que sur des registres.
La PIQ faisait 6 octets sur le 8086 et le 286, puis est montée à 16 octets sur le 386, pour atteindre 32 octets sur le 486. Le 8088, une version simplifiée du 8086, avait une PIQ de 4 octets seulement. La taille idéale de la FIFO dépend de nombreux paramètres. On pourrait croire que plus elle peut contenir d'instructions, mieux c'est, mais ce n'est pas le cas, pour des raisons que nous allons expliquer dans quelques paragraphes.
Vous remarquerez que j'ai exprimé la capacité de la PIQ en octets et non en instructions. La raison est que la PIQ s'est adaptée au fait que le jeu d'instruction x86 a des instructions de taille variable. Ce n'est donc pas tellement une file d'instruction au sens strict. Le jeu d'instruction x86 a des instructions dont la taille varie entre un octet et 15 octets. Vous noterez que la PIQ est mieux exploitée quand les instructions sont courtes, ce qui permet de précharger plus d'instructions.
===L'interaction avec le décodage d'instruction===
La PIQ dispose d'un port d'écriture sur lequel les instructions préchargées sont envoyées, et un port de lecture où le décodeur lit la prochaine instruction à décoder.
La PIQ du 8088 était la plus simple, niveau implémentation. Sur le 8088, tout faisait un octet : le bus de données, les ports de la PIQ, et j'en passe. La PIQ du 8088 était composée de 4 registres de 8 bits, avec un port d'écriture de 8 bits pour précharger les instructions octet par octet, et un port de lecture de 8 bits pour alimenter le décodeur. En clair, tout faisait 8 bits.
Le 8086 était quant à lui un processeur 16 bits, ce qui changeait un peu les choses. Sa PIQ était adaptée à un bus de données de 16 bits, à savoir qu'elle mémorisait ses 6 octets avec 3 registres de 16 bits. Le préchargement des instructions se faisait deux octets à la fois, un registre à la fois, grâce à un port d'écriture de 16 bits. Un détail important est que le préchargement était aligné sur 16 bits en mémoire. Si l'instruction à charger n'était pas alignée sur 16 bits, elle doit être chargée en plusieurs fois. Par exemple, une instruction de 2 octets non-alignée sera chargée en deux fois : un premier accès qui charge deux octets, dont un est oublié, et un second accès pour l'octet restant, dont l'autre octet aussi est oublié.
Par contre, le décodage se faisait un octet à la fois. Le décodeur lit un octet, puis éventuellement le suivant, et ainsi de suite jusqu'à atteindre la fin de l'instruction. Le port de lecture faisait ainsi un octet sur le 8086, comme sur le 8088. Le port de lecture incorporait pour cela un multiplexeur, qui sélectionnait l'octet adéquat dans un registre 16 bits. L'avantage est que le préchargement est plus efficace, car il préchargeait plus d'octets par cycle. Vu que la PIQ ne peut pas précharger d'instruction à chaque cycle, du fait des accès mémoire, le fait de précharger plus à chaque accès compense.
[[File:80186 arch.png|centre|vignette|700px|upright=2|Architecture du 8086, du 80186 et de ses variantes.]]
Le 386 était un processeur 32 bits, ce qui fait que sa PIQ contenait 4 registres de 32 bits et un port d'écriture de 32 bits. Et le port de lecture pour le décodeur d'instruction faisait lui aussi 32 bits. Il était cependant capable de gérer des instructions de 8 et 16 bits. Il pouvait dépiler entre 1 et 4 octets dans la PIQ, suivant la taille de l'instruction voulue. De plus, les instructions préchargées n'étaient pas parfaitement alignées sur 32 bits : une instruction pouvait être à cheval sur deux registres 32 bits. Le processeur incorporait donc des circuits d'alignement, semblables à ceux utilisés pour gérer des instructions de longueur variable avec un registre d'instruction.
===Les signaux de commande entre décodeur et PIQ===
Les instructions varient entre 1 et 15 octets, mais tous ne sont pas utiles au décodeur d'instruction. Le décodeur d'instruction n'a besoin que de deux octets : l'opcode et l'octet Mod/RM qui précise le mode d'adressage et les registres. Les octets de préfixe sont aussi utiles au décodeur, mais la plupart des instructions n'en ont pas. Les constantes immédiates, adresses absolues et décalages, ne passent pas par le décodeur d'instruction. Ils sont lus depuis la PIQ, mais sont copiées dans des registres dédiés, sous la commande du décodeur d'instruction. En clair, le décodeur a besoin de lire deux octets maximum depuis la PIQ, avant de passer à l’instruction suivante. Les autres octets étaient envoyés ailleurs, typiquement dans le chemin de données.
Par exemple, prenons le cas d'une addition entre le registre AX et une constante immédiate. L'opcode était envoyé au décodeur, mais pas la constante immédiate. Elle était lue octet par octet et mémorisée dans un registre temporaire placé en entrée de l'ALU. Idem avec les adresses immédiates, qui étaient envoyées dans un registre d'interfaçage mémoire sans passer par le décodeur d'instruction. Pour cela, la PIQ était connectée au bus interne du processeur. De plus, le décodeur dispose d'une micro-opération pour lire un octet depuis la PIQ et le copier ailleurs dans le chemin de données. Ainsi, l'instruction d'addition entre le registre AX et une constante immédiate était composée de plusieurs micro-opérations : une qui lisait la constante immédiate depuis la PIQ, une seconde qui commande l'ALU et fait le calcul.
Le décodeur devait attendre que qu'un moins un octet soit disponible dans la PIQ, pour la lire. Il lisait alors cet octet et déterminait s'il contenait une instruction complète ou non. Si c'est une instruction complète, il la décodait et l'exécutait, puis passait à l'instruction suivante. Sinon, il lit un second octet depuis la PIQ et continue le décodage. Là encore, le décodeur vérifie s'il a une instruction complète, et lit un troisième octet si besoin, puis rebelote avec un quatrième octet lu, etc.
Un circuit appelé le ''loader'' synchronisait le décodeur d'instruction et la PIQ. Il fournissait deux bits : un premier bit pour indiquer que le premier octet d'une instruction était disponible dans la PIQ, un second bit pour le second octet. Le ''loader'' recevait aussi des signaux de la part du décodeur d'instruction. Le signal ''Run Next Instruction'' entrainait la lecture d'une nouvelle instruction, d'un premier octet, qui était alors dépilé de la PIQ. Le décodeur d'instruction pouvait aussi envoyer un signal ''Next-to-last (NXT)'', un cycle avant que l'instruction en cours ne termine. Le ''loader'' réagissait en préchargeant l'octet suivant. En clair, ce signal permettait de précharger l'instruction suivante avec un cycle d'avance, si celle-ci n'était pas déjà dans la PIQ.
Le décodeur d'instruction dispose aussi de trois micro-opérations SUSP, FLUSH, and CORR, qui agissent sur la PIQ. La micro-opération SUSP stoppe le préchargement des instructions dans la ''Prefetch input queue''. La micro-opération FLUSH réinitialise la PIQ et le préchargement reprend comme avant. Elle sert dans diverses situations. Par exemple, la PIQ était réinitialisée lors du passage du mode réel au mode protégé, et réciproquement. Quelques instructions sont décodées entre les deux modes, ce qui fait que l'on doit vider la PIQ entre les deux modes. L'instruction CORR sert pour gérer les branchements, et expliquer pourquoi demande une section complète, que voici.
===Les problèmes liés aux branchements===
Les branchements posent des problèmes avec la PIQ : si un branchement est pris, toutes les instructions préchargées après sont invalides. Pour éviter cela, la PIQ est réinitialisée quand le processeur détecte un branchement. Le microcode utilise pour cela la micro-opération qui réinitialise la PIQ. Les interruptions posent le même genre de problèmes. Il faut impérativement vider la PIQ quand une interruption survient, avant de la traiter.
La PIQ précharge les instructions séquentiellement, une après l'autre. Pour savoir où elle en est rendue, elle devrait mémoriser l'adresse de la prochaine instruction à précharger dans un '''registre de préchargement''' dédié. Il est censé être séparé du ''program counter'', mais ce n'est pas la solution qui a été utilisée par les ingénieurs d'Intel. À la place, le registre de préchargement remplace le ''program counter''. Après tout, le registre de préchargement n'est qu'un ''program counter'' ayant pris une avance de quelques cycles d'horloge, qui a été incrémenté en avance.
Mais cela pose problème, avec les branchements. Par exemple, certains branchements relatifs demandent de connaitre la véritable valeur du ''program counter'', pas celle calculée en avance. Idem avec les instructions d'appel de fonction, qui demandent de sauvegarder l'adresse de retour exacte, donc le vrai ''program counter''. De telles situations demandent de connaitre la valeur réelle du ''program counter'', celle sans préchargement. Pour cela, le décodeur d'instruction dispose d'une instruction pour reconstituer le ''program counter'', à savoir corriger le ''program coutner'' et éliminer l'effet du préchargement.
La micro-opération de correction se contente de soustraire le nombre d'octets préchargés au registre de préchargement. Le nombre d'octets préchargés est déduit à partir des deux pointeurs intégré à la FIFO, qui indiquent la position du premier et du dernier octet préchargé. Le bit qui indique si la FIFO est vide était aussi utilisé. Les deux pointeurs sont lus depuis la FIFO, et sont envoyés à un circuit qui détermine le nombre d'octets préchargés. Sur le 8086, ce circuit était implémenté non pas par un circuit combinatoire, mais par une mémoire ROM équivalente. La petite taille de la FIFO faisait que les pointeurs étaient très petits et la ROM l'était aussi.
===L'interaction avec le code automodifiant===
Un autre défaut est que la ''Prefetch input queue'' se marie assez mal avec du code auto-modifiant. Un code auto-modifiant est un programme qui se modifie lui-même, en remplaçant certaines instructions par d'autres, en en retirant, en en ajoutant, lors de sa propre exécution. De tels programmes sont rares, mais la technique était utilisée dans quelques cas au tout début de l'informatique sur des ordinateurs rudimentaires. Ceux-ci avaient des modes d'adressages tellement limités que gérer des tableaux de taille variable demandait d'utiliser du code auto-modifiant pour écrire des boucles.
Le problème avec la ''Prefetch input queue'' survient quand des instructions sont modifiées immédiatement après avoir été préchargées. Les instructions dans la ''Prefetch input queue'' sont l'ancienne version, alors que la mémoire RAM contient les instructions modifiées. Gérer ce genre de cas est quelque peu complexe. Il faut en effet vider la ''Prefetch input queue'' si le cas arrive, ce qui demande d'identifier les écritures qui écrasent des instructions préchargées. C'est parfaitement possible, mais demande de transformer la ''Prefetch input queue'' en une mémoire hybride, à la fois mémoire associative et mémoire FIFO. Cela ne vaut que très rarement le coup, aussi les ingénieurs ne s’embêtent pas à mettre ce correctif en place, le code automodifiant est alors buggé.
==Les processeurs 286 et 386 : le découplage du décodage==
Les processeurs 286, 386 et 486 avaient des possibilités de pipeline plus élaborées, qui dépassaient l'usage d'une ''Prefetch Input Queue''. Cependant, ce pipeline est fortement contrarié à cause d'un point : il n'y a pas de mémoire cache sur ces processeurs. La conséquence est que le processeur ne peut pas lire une instruction en même temps qu'il accède à des données. Le pipeline fonctionne donc bien si le processeur n'exécute pas d'accès mémoire, ou que ceux-ci sont peu fréquents. Le CPU peut alors précharger des instructions dans la PIQ, et le pipeline fonctionne. Mais si les accès mémoire sont trop nombreux, le pipeline n'est presque pas utilisé, car il n'y a pas assez d'instructions dans la PIQ.
===La ''Decoded Instruction Queue''===
L'Intel 286 et 386 ont séparé l'étage de décodage et d'exécution, en plus de rajouter des étages pour le calcul d'adresse. Ils avaient un pipeline à 3-6 étages : 3 pour les instructions classiques, 6 pour les instructions mémoire. Il avait un pipeline ''Fetch-Decode-Exec'' pour les instructions classiques, auxquelles il fallait rajouter 3 cycles supplémentaires pour les accès mémoire. Les 3 cycles supplémentaires s'occupaient de la segmentation, de la pagination, et de l'accès au cache lui-même.
Pour cela, les processeurs 286 et 386 ajoutaient une mémoire FIFO en sortie de l'unité de décodage. Du moins, c'est ainsi que l'on peut présenter les choses pour faire simple. Mais je rappelle que les CPU Intel de l'époque avaient un décodeur hybride, mélangeant un séquenceur câblé et un séquenceur microcodé. Et la FIFO était en quelque sorte en plein milieu du décodeur, avant le microcode, mais après le reste.
[[File:Intel i80286 arch.svg|centre|vignette|upright=3|Intel 286, microarchitecture.]]
Pour rappel, les CPU 286/386/486 avaient un décodeur coupé en deux : un prédécodeur alimentait un séquenceur microcodé. Le prédécodeur peut décoder des instructions simples, et peut envoyer les autres instructions au microcode. Le prédécodeur est appelé la ''Group Decode ROM'', bien que ce ne soit pas une ROM. Il fournit 15 signaux qui configurent le séquenceur et disent si le décodage doit utiliser ou non le microcode. Il permet aussi de configurer le microcode pour gérer les différents modes d'adressage, ou encore de configurer les circuits câblés en aval du microcode.
Les instructions qui s’exécutent en un seul cycle d'horloge sont décodés sans utiliser le microcode. Leur opcode et les noms de registre sont simplement extraits par le prédécodeur, il n'y a rien de plus à faire. Le prédécodeur les envoie à la file de micro-opérations, et elles sont immédiatement exécutées dans le chemin de données. Les instructions microcodées passent aussi par cette file, mais elles sont envoyés au microcode en sortant de la file. La file en question n'est donc pas tout à fait une file de micro-opérations, ni une file d'instruction. C'est une sorte d'intermédiaire entre les deux, qui peut mémoriser soit des micro-opérations basiques, soit des instructions partiellement décodées à destination du microcode.
[[File:80386DX arch.png|centre|vignette|upright=3|Microarchitecture du 386.]]
Le résultat est un pipeline très simpliste et très peu efficace. Le pipeline fonctionne avec des instructions qui ne passent pas par le microcode. Mais pour les instructions microcodées, le pipeline stalle, il se bloque. Le décodeur, qui sert d'unité d'émission, gèle le pipeline quand il exécute une instruction multicycle. Et cela vaut pour les multiplications et divisions, mais aussi pour tout accès mémoire, instruction ''load-op'' inclues. En pratique, le pipeline n'était presque pas utilisé...
Tout cela montre la difficulté d'intégrer un pipeline sur un processeur microcodé. C'est parfaitement possible en pratique, et nous verrons de nombreux exemples dans la suite. Un chapitre entier sera consacré aux processeurs superscalaires x86, qui ont des pipelines particulièrement complexes. Cependant, le 386 et le 486 avaient peu de transistors et devaient microcoder la plupart de leurs instructions. Cela s'est arrangé avec le temps, notamment avec l'intégration de circuits multiplieur/diviseurs, l'augmentation du nombre de registres, et d'autres optimisations.
===L'''early start'' des CPU Intel 386===
Le 386 avait un système de contournement très rudimentaire, bien différent de tout ce qu'on a vu précédemment. Le contournement était appelé l'''early start'', et faisait du contournement uniquement pour les calculs d'adresse. L'idée est de fournir en avance les opérandes des calculs d'adresse.
Les calculs d'adresse sont réalisés soit par les instructions mémoire, soit par les instructions ''load-op''. Ces instructions ont besoin d'une adresse, éventuellement d'un indice et/ou d'un décalage. Et l'adresse, l'indice ou le décalage peut être calculé par l'instruction qui précède l'accès mémoire. Dans cette situation bien précise, un système de contournement permet de démarrer l'instruction mémoire/''load-op'' un cycle en avance.
Un problème est que l'implémentation était buguée, ce qui a donné naissance au '''''POPAD bug'''''. Après une instruction POPAD, le registre EAX est modifié. Si l'instruction suivante souhaite utiliser ce registre pour un calcul d'adresse, il est possible qu'elle ne voit pas la valeur d'EAX correcte.
==L'Intel 486 : un pipeline fortement couplé==
Les processeurs précédents avaient des pipelines un peu particuliers, dans le sens où ils utilisaient des mémoires FIFOs entre chaque étape pour découpler les étages du pipeline, le pipeline était faiblement couplé. Le 486 est passé à un pipeline fortement couplé, avec des étages séparés par des registres.
L'usage d'un pipeline faiblement couplé était un moyen de compenser l'absence de mémoire cache et d'architecture Harvard. De tels processeurs ne pouvaient pas charger une instruction et lire/écrire une donnée en même temps, ce qui absolument nécessaire avec un pipeline fortement couplé. Par contre, un pipeline faiblement couplé était assez flexible pour fonctionner dans un tel environnement. Le résultat était loin du maximum théorique qu'on aurait pu obtenir sans ces contraintes, mais le gain en performance était là.
===L'intégration du cache et l'amélioration du CPI===
Le passage à un pipeline fortement couplé a été rendu possible, ou du moins accompagné, par de nombreux changement dans l'architecture du 486.
La première optimisation est l'intégration d'une mémoire cache dans le processeur. Il n'y avait pas encore de cache séparé pour les instructions et les données. Mais le cache était multiport, ce qui permettait de lire/écrire une donnée en chargeant une instruction en même temps. Il n'y a plus besoin de ''prefetch input queue'', et c'est pour cette raison qu'elle a disparue sur le 486.
L'intégration du cache a été complétée par de nombreuses optimisations de l'interface mémoire. Par exemple, le processeur peut effectuer des accès en rafale, chose que les EDO-DRAM de l'époque supportaient. Il avait aussi un ''write buffer'' en sortie du cache, dans l'interface mémoire elle-même. Le ''write buffer'' supportait la combinaison d'écriture, à savoir que plusieurs écritures consécutives étaient exécutées en une seule rafale. De même, plusieurs écritures à la même adresse étaient fusionnées en une seule écriture, qui écrivait la donnée la plus récente.
Une seconde optimisation est que les instructions sont maintenant plus rapides. Les opérations simples, comme les additions/soustractions, opérations bit à bit et décalages, font maintenant un seul cycle d'horloge. Du moins, à condition qu'elles manipulent uniquement des registres ou des constantes immédiates. Les opérations ''load-op'' ne sont pas concernées, elles stallent le pipeline. L'étage d'exécution passe donc à un seul cycle d'horloge, ce qui permet une meilleure utilisation du pipeline et réduit le nombre de stalls.
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text/x-wiki
Les chapitres précédents ont été assez chargés, et nous ont appris comment fonctionne un pipeline simple. Découper un processeur en étape, gérer les branchements, découpler les étages avec des FIFOs, gérer les dépendances de données, implémenter le contournement. De nombreux processeurs RISC intègrent un pipeline similaire à celui décrit dans les chapitres précédents, souvent implémenté afin d'avoir de bonnes performances. L'implémentation est claire, classique, assez propre. En comparaison, les premiers processeurs Intel avaient des pipeline bien différents, suffisamment pour les aborder dans un chapitre dédié.
Par premiers CPU Intel, nous voulons parler des processeurs avant le Pentium. Il s'agit du 8086, du 286, du 386 et du 486. Le Pentium est un peu particulier, car c'est un processeur superscalaire, ce qui fait qu'on n'en parlera pas ici. Les premiers CPU Intel avaient un pipeline très simple, assez semblable à un pipeline ''Fetch-Decode-Exec''. Cependant, l'implémentation de ce pipeline a été compliquée par plusieurs point de blocage. Le premier est le fait que ce soit des processeurs CISC, avec beaucoup d'instructions microcodées. Le second est l'absence de mémoire cache intégrée (sauf pour le 486) et le fait que ce ne soient pas des architectures Harvard. Il est intéressant de voir les premiers CPU Intel pour voir comment les processeurs CISC se sont débrouillés pour surmonter ces problèmes.
==Les pipelines faiblement et fortement couplés==
L'évolution des processeurs Intel a été une lente transition d'un type de pipeline vers un autre. Le 8086, le 286 et le 386 utilisaient des '''pipelines faiblement couplés''', alors que le 486 utilisait un '''pipeline fortement couplé'''. Les pipelines fortement couplés équilibrent leurs étages au mieux, afin que chaque étage prennent approximativement le même temps. Le résultat est que chaque étage fait son travail en un cycle d'horloge, pas plus. À l'opposé, les pipelines faiblement couplés ont des étages inégaux, dont certains font plusieurs cycles d'horloge.
Précisons que la définition n'interdit pas d'avoir des instructions multicycles. Les accès mémoire et quelques instructions complexes peuvent passer plusieurs cycles dans le même étage. Mais pour les instructions simples, à savoir les additions/soustractions/décalages/opérations bit à bit ; qui ne font pas d'accès mémoire et agissent uniquement sur des registres. Elles doivent idéalement s'exécuter en un seul cycle sur un pipeline fortement couplé. De même, il est possible d'avoir des instructions simples qui prennent plusieurs cycles, à condition qu'elles soient pipelinées. Par exemple, si une addition prend deux cycles, alors elle s'exécute en deux étapes qui peuvent exécuter deux calculs différents en même temps : un dans le premier étage, un autre dans le second étage.
Pour donner un exemple, sur le 286 et le 386, beaucoup d'opérations basiques prenaient plusieurs cycles. Les additions, soustractions, opérations bit à bit et décalages prenaient toutes 2 cycles d'horloge. Et elles n'étaient pas pipelinées, ce qui fait que l'unité de calcul bloquait le pipeline quand une instruction s'exécutait dedans. Et il en est de même avec l'étage de décodage : il pouvait décoder une instructions simples en un seul cycle d'horloge, mais les instructions complexes prenaient plus de temps à décoder.
Les pipelines fortement couplés peuvent exécuter plusieurs instructions en même temps sans trop de problèmes, mais il est fréquent que certains étages soient inutilisés, même dans des circonstances optimales. Au contraire, un pipeline fortement couplé s'approche plus facilement de son optimum théorique. Un pipeline fortement couplé à N étages s'approchera des N instructions exécutées en même temps, alors qu'un pipeline faiblement couplé aura tendance à avoir des étages inutilisés.
===Les pipelines à registres et à FIFO===
Dans les implémentations les plus simples, les pipelines fortement couplés utilisent des registres entre chaque étage, alors que les faiblement couplés n'ont pas de choix : ils doivent utiliser des FIFOs entre chaque étage. L'implémentation est alors plus simple sur les pipelines fortement couplés, mais cela a un prix : au moindre problème (dépendance de données, branchements), le pipeline stalle pour éviter tout problème. Un pipeline faiblement couplé n'a pas ce problème, certains étages peuvent prendre de l'avance au lieu de se bloquer.
Et cette flexibilité en cas de stall explique que le 286 et le 386 utilisaient des pipelines faiblement couplés, comme nous allons le voir. Sans compter que l'implémentation était aussi plus simple. Avoir des étages déséquilibrés permettait une implémentation simple. Il suffisait de placer une file d'instructions et une file de micro-opérations pour obtenir un pipeline ''fetch-decode-exec''. Pas besoin de découper le décodeur pour le pipeliner, pas besoin de pipeliner l'ALU, on les laisse intacts.
Mais il s'agit là des implémentations les plus simples. De nos jours, de nombreux pipelines fortement couplés utilisent des FIFOs pour découpler leurs étages, ce qui permet d'avoir le meilleur des deux mondes. L'usage de files d'instruction et de files de micro-opérations est courante sur les processeurs haute performance modernes. Mais ils combinent celles-ci avec des pipelines équilibrés, où chaque étage fait un cycle d'horloge. Les deux détails, équilibrage des étages et découplage avec des FIFOs, entrainent un gain de performance, qui s'additionne quand on les combine.
==La ''prefetch input queue'' : une file d'instruction==
Les premiers processeurs Intel intégraient une file d’instruction quelque peu particulière, appelée la '''''Prefetch Input Queue''''', terme abrévié en PIQ. Elle a été utilisée sur tous les processeurs avant le Pentium, à savoir les processeurs Intel 8 et 16 bits, ainsi que sur le 286 et le 386.
Avec la PIQ, pendant qu'une instruction est en cours de décodage/exécution, le processeur précharge les instructions suivantes, jusqu'à une limite de 4/6/16/32 octets (la limite dépend du processeur). La ''prefetch input queue'' permet donc d'implémenter une forme de pipeline ''Fetch + Decode/Exec''. Mais il est aussi possible de dire qu'il s'agit d'une technique de préchargement d'instructions, vu qu'elle permet de précharger plusieurs instructions si les circonstances le permettent. La différence entre les deux est assez subtile et les frontières sont assez floues.
La PIQ permet de précharger l'instruction suivante à condition qu'aucun autre accès mémoire n'ait lieu. Les CPU Intel avant le 486 n'avaient pas de cache, ni d'architecture Harvard. La conséquence est qu'il n'est pas possible de lire une instruction et faire un accès mémoire en même temps. Si l'instruction en cours d'exécution effectue des accès mémoire, ceux-ci sont prioritaires sur tout le reste, le préchargement de l'instruction suivante est mis en pause. Le préchargement n'est possible que si l'instruction en cours d'exécution ne travaille que sur des registres.
La PIQ faisait 6 octets sur le 8086 et le 286, puis est montée à 16 octets sur le 386, pour atteindre 32 octets sur le 486. Le 8088, une version simplifiée du 8086, avait une PIQ de 4 octets seulement. La taille idéale de la FIFO dépend de nombreux paramètres. On pourrait croire que plus elle peut contenir d'instructions, mieux c'est, mais ce n'est pas le cas, pour des raisons que nous allons expliquer dans quelques paragraphes.
Vous remarquerez que j'ai exprimé la capacité de la PIQ en octets et non en instructions. La raison est que la PIQ s'est adaptée au fait que le jeu d'instruction x86 a des instructions de taille variable. Ce n'est donc pas tellement une file d'instruction au sens strict. Le jeu d'instruction x86 a des instructions dont la taille varie entre un octet et 15 octets. Vous noterez que la PIQ est mieux exploitée quand les instructions sont courtes, ce qui permet de précharger plus d'instructions.
===L'interaction avec le décodage d'instruction===
La PIQ dispose d'un port d'écriture sur lequel les instructions préchargées sont envoyées, et un port de lecture où le décodeur lit la prochaine instruction à décoder.
La PIQ du 8088 était la plus simple, niveau implémentation. Sur le 8088, tout faisait un octet : le bus de données, les ports de la PIQ, et j'en passe. La PIQ du 8088 était composée de 4 registres de 8 bits, avec un port d'écriture de 8 bits pour précharger les instructions octet par octet, et un port de lecture de 8 bits pour alimenter le décodeur. En clair, tout faisait 8 bits.
Le 8086 était quant à lui un processeur 16 bits, ce qui changeait un peu les choses. Sa PIQ était adaptée à un bus de données de 16 bits, à savoir qu'elle mémorisait ses 6 octets avec 3 registres de 16 bits. Le préchargement des instructions se faisait deux octets à la fois, un registre à la fois, grâce à un port d'écriture de 16 bits. Un détail important est que le préchargement était aligné sur 16 bits en mémoire. Si l'instruction à charger n'était pas alignée sur 16 bits, elle doit être chargée en plusieurs fois. Par exemple, une instruction de 2 octets non-alignée sera chargée en deux fois : un premier accès qui charge deux octets, dont un est oublié, et un second accès pour l'octet restant, dont l'autre octet aussi est oublié.
Par contre, le décodage se faisait un octet à la fois. Le décodeur lit un octet, puis éventuellement le suivant, et ainsi de suite jusqu'à atteindre la fin de l'instruction. Le port de lecture faisait ainsi un octet sur le 8086, comme sur le 8088. Le port de lecture incorporait pour cela un multiplexeur, qui sélectionnait l'octet adéquat dans un registre 16 bits. L'avantage est que le préchargement est plus efficace, car il préchargeait plus d'octets par cycle. Vu que la PIQ ne peut pas précharger d'instruction à chaque cycle, du fait des accès mémoire, le fait de précharger plus à chaque accès compense.
[[File:80186 arch.png|centre|vignette|700px|upright=2|Architecture du 8086, du 80186 et de ses variantes.]]
Le 386 était un processeur 32 bits, ce qui fait que sa PIQ contenait 4 registres de 32 bits et un port d'écriture de 32 bits. Et le port de lecture pour le décodeur d'instruction faisait lui aussi 32 bits. Il était cependant capable de gérer des instructions de 8 et 16 bits. Il pouvait dépiler entre 1 et 4 octets dans la PIQ, suivant la taille de l'instruction voulue. De plus, les instructions préchargées n'étaient pas parfaitement alignées sur 32 bits : une instruction pouvait être à cheval sur deux registres 32 bits. Le processeur incorporait donc des circuits d'alignement, semblables à ceux utilisés pour gérer des instructions de longueur variable avec un registre d'instruction.
===Les signaux de commande entre décodeur et PIQ===
Les instructions varient entre 1 et 15 octets, mais tous ne sont pas utiles au décodeur d'instruction. Le décodeur d'instruction n'a besoin que de deux octets : l'opcode et l'octet Mod/RM qui précise le mode d'adressage et les registres. Les octets de préfixe sont aussi utiles au décodeur, mais la plupart des instructions n'en ont pas. Les constantes immédiates, adresses absolues et décalages, ne passent pas par le décodeur d'instruction. Ils sont lus depuis la PIQ, mais sont copiées dans des registres dédiés, sous la commande du décodeur d'instruction. En clair, le décodeur a besoin de lire deux octets maximum depuis la PIQ, avant de passer à l’instruction suivante. Les autres octets étaient envoyés ailleurs, typiquement dans le chemin de données.
Par exemple, prenons le cas d'une addition entre le registre AX et une constante immédiate. L'opcode était envoyé au décodeur, mais pas la constante immédiate. Elle était lue octet par octet et mémorisée dans un registre temporaire placé en entrée de l'ALU. Idem avec les adresses immédiates, qui étaient envoyées dans un registre d'interfaçage mémoire sans passer par le décodeur d'instruction. Pour cela, la PIQ était connectée au bus interne du processeur. De plus, le décodeur dispose d'une micro-opération pour lire un octet depuis la PIQ et le copier ailleurs dans le chemin de données. Ainsi, l'instruction d'addition entre le registre AX et une constante immédiate était composée de plusieurs micro-opérations : une qui lisait la constante immédiate depuis la PIQ, une seconde qui commande l'ALU et fait le calcul.
Le décodeur devait attendre que qu'un moins un octet soit disponible dans la PIQ, pour la lire. Il lisait alors cet octet et déterminait s'il contenait une instruction complète ou non. Si c'est une instruction complète, il la décodait et l'exécutait, puis passait à l'instruction suivante. Sinon, il lit un second octet depuis la PIQ et continue le décodage. Là encore, le décodeur vérifie s'il a une instruction complète, et lit un troisième octet si besoin, puis rebelote avec un quatrième octet lu, etc.
Un circuit appelé le ''loader'' synchronisait le décodeur d'instruction et la PIQ. Il fournissait deux bits : un premier bit pour indiquer que le premier octet d'une instruction était disponible dans la PIQ, un second bit pour le second octet. Le ''loader'' recevait aussi des signaux de la part du décodeur d'instruction. Le signal ''Run Next Instruction'' entrainait la lecture d'une nouvelle instruction, d'un premier octet, qui était alors dépilé de la PIQ. Le décodeur d'instruction pouvait aussi envoyer un signal ''Next-to-last (NXT)'', un cycle avant que l'instruction en cours ne termine. Le ''loader'' réagissait en préchargeant l'octet suivant. En clair, ce signal permettait de précharger l'instruction suivante avec un cycle d'avance, si celle-ci n'était pas déjà dans la PIQ.
Le décodeur d'instruction dispose aussi de trois micro-opérations SUSP, FLUSH, and CORR, qui agissent sur la PIQ. La micro-opération SUSP stoppe le préchargement des instructions dans la ''Prefetch input queue''. La micro-opération FLUSH réinitialise la PIQ et le préchargement reprend comme avant. Elle sert dans diverses situations. Par exemple, la PIQ était réinitialisée lors du passage du mode réel au mode protégé, et réciproquement. Quelques instructions sont décodées entre les deux modes, ce qui fait que l'on doit vider la PIQ entre les deux modes. L'instruction CORR sert pour gérer les branchements, et expliquer pourquoi demande une section complète, que voici.
===Les problèmes liés aux branchements===
Les branchements posent des problèmes avec la PIQ : si un branchement est pris, toutes les instructions préchargées après sont invalides. Pour éviter cela, la PIQ est réinitialisée quand le processeur détecte un branchement. Le microcode utilise pour cela la micro-opération qui réinitialise la PIQ. Les interruptions posent le même genre de problèmes. Il faut impérativement vider la PIQ quand une interruption survient, avant de la traiter.
La PIQ précharge les instructions séquentiellement, une après l'autre. Pour savoir où elle en est rendue, elle devrait mémoriser l'adresse de la prochaine instruction à précharger dans un '''registre de préchargement''' dédié. Il est censé être séparé du ''program counter'', mais ce n'est pas la solution qui a été utilisée par les ingénieurs d'Intel. À la place, le registre de préchargement remplace le ''program counter''. Après tout, le registre de préchargement n'est qu'un ''program counter'' ayant pris une avance de quelques cycles d'horloge, qui a été incrémenté en avance.
Mais cela pose problème, avec les branchements. Par exemple, certains branchements relatifs demandent de connaitre la véritable valeur du ''program counter'', pas celle calculée en avance. Idem avec les instructions d'appel de fonction, qui demandent de sauvegarder l'adresse de retour exacte, donc le vrai ''program counter''. De telles situations demandent de connaitre la valeur réelle du ''program counter'', celle sans préchargement. Pour cela, le décodeur d'instruction dispose d'une instruction pour reconstituer le ''program counter'', à savoir corriger le ''program coutner'' et éliminer l'effet du préchargement.
La micro-opération de correction se contente de soustraire le nombre d'octets préchargés au registre de préchargement. Le nombre d'octets préchargés est déduit à partir des deux pointeurs intégré à la FIFO, qui indiquent la position du premier et du dernier octet préchargé. Le bit qui indique si la FIFO est vide était aussi utilisé. Les deux pointeurs sont lus depuis la FIFO, et sont envoyés à un circuit qui détermine le nombre d'octets préchargés. Sur le 8086, ce circuit était implémenté non pas par un circuit combinatoire, mais par une mémoire ROM équivalente. La petite taille de la FIFO faisait que les pointeurs étaient très petits et la ROM l'était aussi.
===L'interaction avec le code automodifiant===
Un autre défaut est que la ''Prefetch input queue'' se marie assez mal avec du code auto-modifiant. Un code auto-modifiant est un programme qui se modifie lui-même, en remplaçant certaines instructions par d'autres, en en retirant, en en ajoutant, lors de sa propre exécution. De tels programmes sont rares, mais la technique était utilisée dans quelques cas au tout début de l'informatique sur des ordinateurs rudimentaires. Ceux-ci avaient des modes d'adressages tellement limités que gérer des tableaux de taille variable demandait d'utiliser du code auto-modifiant pour écrire des boucles.
Le problème avec la ''Prefetch input queue'' survient quand des instructions sont modifiées immédiatement après avoir été préchargées. Les instructions dans la ''Prefetch input queue'' sont l'ancienne version, alors que la mémoire RAM contient les instructions modifiées. Gérer ce genre de cas est quelque peu complexe. Il faut en effet vider la ''Prefetch input queue'' si le cas arrive, ce qui demande d'identifier les écritures qui écrasent des instructions préchargées. C'est parfaitement possible, mais demande de transformer la ''Prefetch input queue'' en une mémoire hybride, à la fois mémoire associative et mémoire FIFO. Cela ne vaut que très rarement le coup, aussi les ingénieurs ne s’embêtent pas à mettre ce correctif en place, le code automodifiant est alors buggé.
==Les processeurs 286 et 386 : le découplage du décodage==
Les processeurs 286, 386 et 486 avaient des possibilités de pipeline plus élaborées, qui dépassaient l'usage d'une ''Prefetch Input Queue''. Cependant, ce pipeline est fortement contrarié à cause d'un point : il n'y a pas de mémoire cache sur ces processeurs. La conséquence est que le processeur ne peut pas lire une instruction en même temps qu'il accède à des données. Le pipeline fonctionne donc bien si le processeur n'exécute pas d'accès mémoire, ou que ceux-ci sont peu fréquents. Le CPU peut alors précharger des instructions dans la PIQ, et le pipeline fonctionne. Mais si les accès mémoire sont trop nombreux, le pipeline n'est presque pas utilisé, car il n'y a pas assez d'instructions dans la PIQ.
===La ''Decoded Instruction Queue''===
L'Intel 286 et 386 ont séparé l'étage de décodage et d'exécution, en plus de rajouter des étages pour le calcul d'adresse. Ils avaient un pipeline à 3-6 étages : 3 pour les instructions classiques, 6 pour les instructions mémoire. Il avait un pipeline ''Fetch-Decode-Exec'' pour les instructions classiques, auxquelles il fallait rajouter 3 cycles supplémentaires pour les accès mémoire. Les 3 cycles supplémentaires s'occupaient de la segmentation, de la pagination, et de l'accès au cache lui-même.
Pour cela, les processeurs 286 et 386 ajoutaient une mémoire FIFO en sortie de l'unité de décodage. Du moins, c'est ainsi que l'on peut présenter les choses pour faire simple. Mais je rappelle que les CPU Intel de l'époque avaient un décodeur hybride, mélangeant un séquenceur câblé et un séquenceur microcodé. Et la FIFO était en quelque sorte en plein milieu du décodeur, avant le microcode, mais après le reste.
[[File:Intel i80286 arch.svg|centre|vignette|upright=3|Intel 286, microarchitecture.]]
Pour rappel, les CPU 286/386/486 avaient un décodeur coupé en deux : un prédécodeur alimentait un séquenceur microcodé. Le prédécodeur peut décoder des instructions simples, et peut envoyer les autres instructions au microcode. Le prédécodeur est appelé la ''Group Decode ROM'', bien que ce ne soit pas une ROM. Il fournit 15 signaux qui configurent le séquenceur et disent si le décodage doit utiliser ou non le microcode. Il permet aussi de configurer le microcode pour gérer les différents modes d'adressage, ou encore de configurer les circuits câblés en aval du microcode.
Les instructions qui s’exécutent en un seul cycle d'horloge sont décodés sans utiliser le microcode. Leur opcode et les noms de registre sont simplement extraits par le prédécodeur, il n'y a rien de plus à faire. Le prédécodeur les envoie à la file de micro-opérations, et elles sont immédiatement exécutées dans le chemin de données. Les instructions microcodées passent aussi par cette file, mais elles sont envoyés au microcode en sortant de la file. La file en question n'est donc pas tout à fait une file de micro-opérations, ni une file d'instruction. C'est une sorte d'intermédiaire entre les deux, qui peut mémoriser soit des micro-opérations basiques, soit des instructions partiellement décodées à destination du microcode.
[[File:80386DX arch.png|centre|vignette|upright=3|Microarchitecture du 386.]]
Le résultat est un pipeline très simpliste et très peu efficace. Le pipeline fonctionne avec des instructions qui ne passent pas par le microcode. Mais pour les instructions microcodées, le pipeline stalle, il se bloque. Le décodeur, qui sert d'unité d'émission, gèle le pipeline quand il exécute une instruction multicycle. Et cela vaut pour les multiplications et divisions, mais aussi pour tout accès mémoire, instruction ''load-op'' inclues. En pratique, le pipeline n'était presque pas utilisé...
Tout cela montre la difficulté d'intégrer un pipeline sur un processeur microcodé. C'est parfaitement possible en pratique, et nous verrons de nombreux exemples dans la suite. Un chapitre entier sera consacré aux processeurs superscalaires x86, qui ont des pipelines particulièrement complexes. Cependant, le 386 et le 486 avaient peu de transistors et devaient microcoder la plupart de leurs instructions. Cela s'est arrangé avec le temps, notamment avec l'intégration de circuits multiplieur/diviseurs, l'augmentation du nombre de registres, et d'autres optimisations.
===L'''early start'' des CPU Intel 386===
Le 386 avait un système de contournement très rudimentaire, bien différent de tout ce qu'on a vu précédemment. Le contournement était appelé l'''early start'', et faisait du contournement uniquement pour les calculs d'adresse. L'idée est de fournir en avance les opérandes des calculs d'adresse.
Les calculs d'adresse sont réalisés soit par les instructions mémoire, soit par les instructions ''load-op''. Ces instructions ont besoin d'une adresse, éventuellement d'un indice et/ou d'un décalage. Et l'adresse, l'indice ou le décalage peut être calculé par l'instruction qui précède l'accès mémoire. Dans cette situation bien précise, un système de contournement permet de démarrer l'instruction mémoire/''load-op'' un cycle en avance.
Un problème est que l'implémentation était buguée, ce qui a donné naissance au '''''POPAD bug'''''. Après une instruction POPAD, le registre EAX est modifié. Si l'instruction suivante souhaite utiliser ce registre pour un calcul d'adresse, il est possible qu'elle ne voit pas la valeur d'EAX correcte.
==L'Intel 486 : un pipeline fortement couplé==
Les processeurs précédents avaient des pipelines un peu particuliers, dans le sens où ils utilisaient des mémoires FIFOs entre chaque étape pour découpler les étages du pipeline, le pipeline était faiblement couplé. Le 486 est passé à un pipeline fortement couplé, avec des étages séparés par des registres.
L'usage d'un pipeline faiblement couplé était un moyen de compenser l'absence de mémoire cache et d'architecture Harvard. De tels processeurs ne pouvaient pas charger une instruction et lire/écrire une donnée en même temps, ce qui absolument nécessaire avec un pipeline fortement couplé. Par contre, un pipeline faiblement couplé était assez flexible pour fonctionner dans un tel environnement. Le résultat était loin du maximum théorique qu'on aurait pu obtenir sans ces contraintes, mais le gain en performance était là.
===L'intégration du cache et l'amélioration du CPI===
Le passage à un pipeline fortement couplé a été rendu possible, ou du moins accompagné, par de nombreux changement dans l'architecture du 486.
La première optimisation est que les opérations basiques se font en un seul cycle d'horloge, pas deux. Les opérations simples en question sont les additions/soustractions, les opérations bit à bit et les décalages. Du moins, à condition qu'elles manipulent uniquement des registres ou des constantes immédiates. Les opérations ''load-op'' ne sont pas concernées, elles stallent le pipeline. Pour le dire autrement : l'étage d'exécution passe à un seul cycle d'horloge, ce qui permet une meilleure utilisation du pipeline et réduit le nombre de stalls.
Une seconde optimisation est l'intégration d'une mémoire cache dans le processeur. Il n'y avait pas encore de cache séparé pour les instructions et les données. Mais le cache était multiport, ce qui permettait de lire/écrire une donnée en chargeant une instruction en même temps. Il n'y a plus besoin de ''prefetch input queue'', et c'est pour cette raison qu'elle a disparue sur le 486.
L'intégration du cache a été complétée par de nombreuses optimisations de l'interface mémoire. Par exemple, le processeur peut effectuer des accès en rafale, chose que les EDO-DRAM de l'époque supportaient. Il avait aussi un ''write buffer'' en sortie du cache, dans l'interface mémoire elle-même. Le ''write buffer'' supportait la combinaison d'écriture, à savoir que plusieurs écritures consécutives étaient exécutées en une seule rafale. De même, plusieurs écritures à la même adresse étaient fusionnées en une seule écriture, qui écrivait la donnée la plus récente.
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Les chapitres précédents ont été assez chargés, et nous ont appris comment fonctionne un pipeline simple. Découper un processeur en étape, gérer les branchements, découpler les étages avec des FIFOs, gérer les dépendances de données, implémenter le contournement. De nombreux processeurs RISC intègrent un pipeline similaire à celui décrit dans les chapitres précédents, souvent implémenté afin d'avoir de bonnes performances. L'implémentation est claire, classique, assez propre. En comparaison, les premiers processeurs Intel avaient des pipeline bien différents, suffisamment pour les aborder dans un chapitre dédié.
Par premiers CPU Intel, nous voulons parler des processeurs avant le Pentium. Il s'agit du 8086, du 286, du 386 et du 486. Le Pentium est un peu particulier, car c'est un processeur superscalaire, ce qui fait qu'on n'en parlera pas ici. Les premiers CPU Intel avaient un pipeline très simple, assez semblable à un pipeline ''Fetch-Decode-Exec''. Cependant, l'implémentation de ce pipeline a été compliquée par plusieurs point de blocage. Le premier est le fait que ce soit des processeurs CISC, avec beaucoup d'instructions microcodées. Le second est l'absence de mémoire cache intégrée (sauf pour le 486) et le fait que ce ne soient pas des architectures Harvard. Il est intéressant de voir les premiers CPU Intel pour voir comment les processeurs CISC se sont débrouillés pour surmonter ces problèmes.
==Les pipelines faiblement et fortement couplés==
L'évolution des processeurs Intel a été une lente transition d'un type de pipeline vers un autre. Le 8086, le 286 et le 386 utilisaient des '''pipelines faiblement couplés''', alors que le 486 utilisait un '''pipeline fortement couplé'''. Les pipelines fortement couplés équilibrent leurs étages au mieux, afin que chaque étage prennent approximativement le même temps. Le résultat est que chaque étage fait son travail en un cycle d'horloge, pas plus. À l'opposé, les pipelines faiblement couplés ont des étages inégaux, dont certains font plusieurs cycles d'horloge.
Précisons que la définition n'interdit pas d'avoir des instructions multicycles. Les accès mémoire et quelques instructions complexes peuvent passer plusieurs cycles dans le même étage. Mais pour les instructions simples, à savoir les additions/soustractions/décalages/opérations bit à bit ; qui ne font pas d'accès mémoire et agissent uniquement sur des registres. Elles doivent idéalement s'exécuter en un seul cycle sur un pipeline fortement couplé. De même, il est possible d'avoir des instructions simples qui prennent plusieurs cycles, à condition qu'elles soient pipelinées. Par exemple, si une addition prend deux cycles, alors elle s'exécute en deux étapes qui peuvent exécuter deux calculs différents en même temps : un dans le premier étage, un autre dans le second étage.
Pour donner un exemple, sur le 286 et le 386, beaucoup d'opérations basiques prenaient plusieurs cycles. Les additions, soustractions, opérations bit à bit et décalages prenaient toutes 2 cycles d'horloge. Et elles n'étaient pas pipelinées, ce qui fait que l'unité de calcul bloquait le pipeline quand une instruction s'exécutait dedans. Et il en est de même avec l'étage de décodage : il pouvait décoder une instructions simples en un seul cycle d'horloge, mais les instructions complexes prenaient plus de temps à décoder.
Les pipelines fortement couplés peuvent exécuter plusieurs instructions en même temps sans trop de problèmes, mais il est fréquent que certains étages soient inutilisés, même dans des circonstances optimales. Au contraire, un pipeline fortement couplé s'approche plus facilement de son optimum théorique. Un pipeline fortement couplé à N étages s'approchera des N instructions exécutées en même temps, alors qu'un pipeline faiblement couplé aura tendance à avoir des étages inutilisés.
===Les pipelines à registres et à FIFO===
Dans les implémentations les plus simples, les pipelines fortement couplés utilisent des registres entre chaque étage, alors que les faiblement couplés n'ont pas de choix : ils doivent utiliser des FIFOs entre chaque étage. L'implémentation est alors plus simple sur les pipelines fortement couplés, mais cela a un prix : au moindre problème (dépendance de données, branchements), le pipeline stalle pour éviter tout problème. Un pipeline faiblement couplé n'a pas ce problème, certains étages peuvent prendre de l'avance au lieu de se bloquer.
Et cette flexibilité en cas de stall explique que le 286 et le 386 utilisaient des pipelines faiblement couplés, comme nous allons le voir. Sans compter que l'implémentation était aussi plus simple. Avoir des étages déséquilibrés permettait une implémentation simple. Il suffisait de placer une file d'instructions et une file de micro-opérations pour obtenir un pipeline ''fetch-decode-exec''. Pas besoin de découper le décodeur pour le pipeliner, pas besoin de pipeliner l'ALU, on les laisse intacts.
Mais il s'agit là des implémentations les plus simples. De nos jours, de nombreux pipelines fortement couplés utilisent des FIFOs pour découpler leurs étages, ce qui permet d'avoir le meilleur des deux mondes. L'usage de files d'instruction et de files de micro-opérations est courante sur les processeurs haute performance modernes. Mais ils combinent celles-ci avec des pipelines équilibrés, où chaque étage fait un cycle d'horloge. Les deux détails, équilibrage des étages et découplage avec des FIFOs, entrainent un gain de performance, qui s'additionne quand on les combine.
==La ''prefetch input queue'' : une file d'instruction==
Les premiers processeurs Intel intégraient une file d’instruction quelque peu particulière, appelée la '''''Prefetch Input Queue''''', terme abrévié en PIQ. Elle a été utilisée sur tous les processeurs avant le Pentium, à savoir les processeurs Intel 8 et 16 bits, ainsi que sur le 286 et le 386.
Avec la PIQ, pendant qu'une instruction est en cours de décodage/exécution, le processeur précharge les instructions suivantes, jusqu'à une limite de 4/6/16/32 octets (la limite dépend du processeur). La ''prefetch input queue'' permet donc d'implémenter une forme de pipeline ''Fetch + Decode/Exec''. Mais il est aussi possible de dire qu'il s'agit d'une technique de préchargement d'instructions, vu qu'elle permet de précharger plusieurs instructions si les circonstances le permettent. La différence entre les deux est assez subtile et les frontières sont assez floues.
La PIQ permet de précharger l'instruction suivante à condition qu'aucun autre accès mémoire n'ait lieu. Les CPU Intel avant le 486 n'avaient pas de cache, ni d'architecture Harvard. La conséquence est qu'il n'est pas possible de lire une instruction et faire un accès mémoire en même temps. Si l'instruction en cours d'exécution effectue des accès mémoire, ceux-ci sont prioritaires sur tout le reste, le préchargement de l'instruction suivante est mis en pause. Le préchargement n'est possible que si l'instruction en cours d'exécution ne travaille que sur des registres.
La PIQ faisait 6 octets sur le 8086 et le 286, puis est montée à 16 octets sur le 386, pour atteindre 32 octets sur le 486. Le 8088, une version simplifiée du 8086, avait une PIQ de 4 octets seulement. La taille idéale de la FIFO dépend de nombreux paramètres. On pourrait croire que plus elle peut contenir d'instructions, mieux c'est, mais ce n'est pas le cas, pour des raisons que nous allons expliquer dans quelques paragraphes.
Vous remarquerez que j'ai exprimé la capacité de la PIQ en octets et non en instructions. La raison est que la PIQ s'est adaptée au fait que le jeu d'instruction x86 a des instructions de taille variable. Ce n'est donc pas tellement une file d'instruction au sens strict. Le jeu d'instruction x86 a des instructions dont la taille varie entre un octet et 15 octets. Vous noterez que la PIQ est mieux exploitée quand les instructions sont courtes, ce qui permet de précharger plus d'instructions.
===L'interaction avec le décodage d'instruction===
La PIQ dispose d'un port d'écriture sur lequel les instructions préchargées sont envoyées, et un port de lecture où le décodeur lit la prochaine instruction à décoder.
La PIQ du 8088 était la plus simple, niveau implémentation. Sur le 8088, tout faisait un octet : le bus de données, les ports de la PIQ, et j'en passe. La PIQ du 8088 était composée de 4 registres de 8 bits, avec un port d'écriture de 8 bits pour précharger les instructions octet par octet, et un port de lecture de 8 bits pour alimenter le décodeur. En clair, tout faisait 8 bits.
Le 8086 était quant à lui un processeur 16 bits, ce qui changeait un peu les choses. Sa PIQ était adaptée à un bus de données de 16 bits, à savoir qu'elle mémorisait ses 6 octets avec 3 registres de 16 bits. Le préchargement des instructions se faisait deux octets à la fois, un registre à la fois, grâce à un port d'écriture de 16 bits. Un détail important est que le préchargement était aligné sur 16 bits en mémoire. Si l'instruction à charger n'était pas alignée sur 16 bits, elle doit être chargée en plusieurs fois. Par exemple, une instruction de 2 octets non-alignée sera chargée en deux fois : un premier accès qui charge deux octets, dont un est oublié, et un second accès pour l'octet restant, dont l'autre octet aussi est oublié.
Par contre, le décodage se faisait un octet à la fois. Le décodeur lit un octet, puis éventuellement le suivant, et ainsi de suite jusqu'à atteindre la fin de l'instruction. Le port de lecture faisait ainsi un octet sur le 8086, comme sur le 8088. Le port de lecture incorporait pour cela un multiplexeur, qui sélectionnait l'octet adéquat dans un registre 16 bits. L'avantage est que le préchargement est plus efficace, car il préchargeait plus d'octets par cycle. Vu que la PIQ ne peut pas précharger d'instruction à chaque cycle, du fait des accès mémoire, le fait de précharger plus à chaque accès compense.
[[File:80186 arch.png|centre|vignette|700px|upright=2|Architecture du 8086, du 80186 et de ses variantes.]]
Le 386 était un processeur 32 bits, ce qui fait que sa PIQ contenait 4 registres de 32 bits et un port d'écriture de 32 bits. Et le port de lecture pour le décodeur d'instruction faisait lui aussi 32 bits. Il était cependant capable de gérer des instructions de 8 et 16 bits. Il pouvait dépiler entre 1 et 4 octets dans la PIQ, suivant la taille de l'instruction voulue. De plus, les instructions préchargées n'étaient pas parfaitement alignées sur 32 bits : une instruction pouvait être à cheval sur deux registres 32 bits. Le processeur incorporait donc des circuits d'alignement, semblables à ceux utilisés pour gérer des instructions de longueur variable avec un registre d'instruction.
===Les signaux de commande entre décodeur et PIQ===
Les instructions varient entre 1 et 15 octets, mais tous ne sont pas utiles au décodeur d'instruction. Le décodeur d'instruction n'a besoin que de deux octets : l'opcode et l'octet Mod/RM qui précise le mode d'adressage et les registres. Les octets de préfixe sont aussi utiles au décodeur, mais la plupart des instructions n'en ont pas. Les constantes immédiates, adresses absolues et décalages, ne passent pas par le décodeur d'instruction. Ils sont lus depuis la PIQ, mais sont copiées dans des registres dédiés, sous la commande du décodeur d'instruction. En clair, le décodeur a besoin de lire deux octets maximum depuis la PIQ, avant de passer à l’instruction suivante. Les autres octets étaient envoyés ailleurs, typiquement dans le chemin de données.
Par exemple, prenons le cas d'une addition entre le registre AX et une constante immédiate. L'opcode était envoyé au décodeur, mais pas la constante immédiate. Elle était lue octet par octet et mémorisée dans un registre temporaire placé en entrée de l'ALU. Idem avec les adresses immédiates, qui étaient envoyées dans un registre d'interfaçage mémoire sans passer par le décodeur d'instruction. Pour cela, la PIQ était connectée au bus interne du processeur. De plus, le décodeur dispose d'une micro-opération pour lire un octet depuis la PIQ et le copier ailleurs dans le chemin de données. Ainsi, l'instruction d'addition entre le registre AX et une constante immédiate était composée de plusieurs micro-opérations : une qui lisait la constante immédiate depuis la PIQ, une seconde qui commande l'ALU et fait le calcul.
Le décodeur devait attendre que qu'un moins un octet soit disponible dans la PIQ, pour la lire. Il lisait alors cet octet et déterminait s'il contenait une instruction complète ou non. Si c'est une instruction complète, il la décodait et l'exécutait, puis passait à l'instruction suivante. Sinon, il lit un second octet depuis la PIQ et continue le décodage. Là encore, le décodeur vérifie s'il a une instruction complète, et lit un troisième octet si besoin, puis rebelote avec un quatrième octet lu, etc.
Un circuit appelé le ''loader'' synchronisait le décodeur d'instruction et la PIQ. Il fournissait deux bits : un premier bit pour indiquer que le premier octet d'une instruction était disponible dans la PIQ, un second bit pour le second octet. Le ''loader'' recevait aussi des signaux de la part du décodeur d'instruction. Le signal ''Run Next Instruction'' entrainait la lecture d'une nouvelle instruction, d'un premier octet, qui était alors dépilé de la PIQ. Le décodeur d'instruction pouvait aussi envoyer un signal ''Next-to-last (NXT)'', un cycle avant que l'instruction en cours ne termine. Le ''loader'' réagissait en préchargeant l'octet suivant. En clair, ce signal permettait de précharger l'instruction suivante avec un cycle d'avance, si celle-ci n'était pas déjà dans la PIQ.
Le décodeur d'instruction dispose aussi de trois micro-opérations SUSP, FLUSH, and CORR, qui agissent sur la PIQ. La micro-opération SUSP stoppe le préchargement des instructions dans la ''Prefetch input queue''. La micro-opération FLUSH réinitialise la PIQ et le préchargement reprend comme avant. Elle sert dans diverses situations. Par exemple, la PIQ était réinitialisée lors du passage du mode réel au mode protégé, et réciproquement. Quelques instructions sont décodées entre les deux modes, ce qui fait que l'on doit vider la PIQ entre les deux modes. L'instruction CORR sert pour gérer les branchements, et expliquer pourquoi demande une section complète, que voici.
===Les problèmes liés aux branchements===
Les branchements posent des problèmes avec la PIQ : si un branchement est pris, toutes les instructions préchargées après sont invalides. Pour éviter cela, la PIQ est réinitialisée quand le processeur détecte un branchement. Le microcode utilise pour cela la micro-opération qui réinitialise la PIQ. Les interruptions posent le même genre de problèmes. Il faut impérativement vider la PIQ quand une interruption survient, avant de la traiter.
La PIQ précharge les instructions séquentiellement, une après l'autre. Pour savoir où elle en est rendue, elle devrait mémoriser l'adresse de la prochaine instruction à précharger dans un '''registre de préchargement''' dédié. Il est censé être séparé du ''program counter'', mais ce n'est pas la solution qui a été utilisée par les ingénieurs d'Intel. À la place, le registre de préchargement remplace le ''program counter''. Après tout, le registre de préchargement n'est qu'un ''program counter'' ayant pris une avance de quelques cycles d'horloge, qui a été incrémenté en avance.
Mais cela pose problème, avec les branchements. Par exemple, certains branchements relatifs demandent de connaitre la véritable valeur du ''program counter'', pas celle calculée en avance. Idem avec les instructions d'appel de fonction, qui demandent de sauvegarder l'adresse de retour exacte, donc le vrai ''program counter''. De telles situations demandent de connaitre la valeur réelle du ''program counter'', celle sans préchargement. Pour cela, le décodeur d'instruction dispose d'une instruction pour reconstituer le ''program counter'', à savoir corriger le ''program coutner'' et éliminer l'effet du préchargement.
La micro-opération de correction se contente de soustraire le nombre d'octets préchargés au registre de préchargement. Le nombre d'octets préchargés est déduit à partir des deux pointeurs intégré à la FIFO, qui indiquent la position du premier et du dernier octet préchargé. Le bit qui indique si la FIFO est vide était aussi utilisé. Les deux pointeurs sont lus depuis la FIFO, et sont envoyés à un circuit qui détermine le nombre d'octets préchargés. Sur le 8086, ce circuit était implémenté non pas par un circuit combinatoire, mais par une mémoire ROM équivalente. La petite taille de la FIFO faisait que les pointeurs étaient très petits et la ROM l'était aussi.
===L'interaction avec le code automodifiant===
Un autre défaut est que la ''Prefetch input queue'' se marie assez mal avec du code auto-modifiant. Un code auto-modifiant est un programme qui se modifie lui-même, en remplaçant certaines instructions par d'autres, en en retirant, en en ajoutant, lors de sa propre exécution. De tels programmes sont rares, mais la technique était utilisée dans quelques cas au tout début de l'informatique sur des ordinateurs rudimentaires. Ceux-ci avaient des modes d'adressages tellement limités que gérer des tableaux de taille variable demandait d'utiliser du code auto-modifiant pour écrire des boucles.
Le problème avec la ''Prefetch input queue'' survient quand des instructions sont modifiées immédiatement après avoir été préchargées. Les instructions dans la ''Prefetch input queue'' sont l'ancienne version, alors que la mémoire RAM contient les instructions modifiées. Gérer ce genre de cas est quelque peu complexe. Il faut en effet vider la ''Prefetch input queue'' si le cas arrive, ce qui demande d'identifier les écritures qui écrasent des instructions préchargées. C'est parfaitement possible, mais demande de transformer la ''Prefetch input queue'' en une mémoire hybride, à la fois mémoire associative et mémoire FIFO. Cela ne vaut que très rarement le coup, aussi les ingénieurs ne s’embêtent pas à mettre ce correctif en place, le code automodifiant est alors buggé.
==Les processeurs 286 et 386 : le découplage du décodage==
Les processeurs 286, 386 et 486 avaient des possibilités de pipeline plus élaborées, qui dépassaient l'usage d'une ''Prefetch Input Queue''. Cependant, ce pipeline est fortement contrarié à cause d'un point : il n'y a pas de mémoire cache sur ces processeurs. La conséquence est que le processeur ne peut pas lire une instruction en même temps qu'il accède à des données. Le pipeline fonctionne donc bien si le processeur n'exécute pas d'accès mémoire, ou que ceux-ci sont peu fréquents. Le CPU peut alors précharger des instructions dans la PIQ, et le pipeline fonctionne. Mais si les accès mémoire sont trop nombreux, le pipeline n'est presque pas utilisé, car il n'y a pas assez d'instructions dans la PIQ.
===La ''Decoded Instruction Queue''===
L'Intel 286 et 386 ont séparé l'étage de décodage et d'exécution, en plus de rajouter des étages pour le calcul d'adresse. Ils avaient un pipeline à 3-6 étages : 3 pour les instructions classiques, 6 pour les instructions mémoire. Il avait un pipeline ''Fetch-Decode-Exec'' pour les instructions classiques, auxquelles il fallait rajouter 3 cycles supplémentaires pour les accès mémoire. Les 3 cycles supplémentaires s'occupaient de la segmentation, de la pagination, et de l'accès au cache lui-même.
Pour cela, les processeurs 286 et 386 ajoutaient une mémoire FIFO en sortie de l'unité de décodage. Du moins, c'est ainsi que l'on peut présenter les choses pour faire simple. Mais je rappelle que les CPU Intel de l'époque avaient un décodeur hybride, mélangeant un séquenceur câblé et un séquenceur microcodé. Et la FIFO était en quelque sorte en plein milieu du décodeur, avant le microcode, mais après le reste.
[[File:Intel i80286 arch.svg|centre|vignette|upright=3|Intel 286, microarchitecture.]]
Pour rappel, les CPU 286/386/486 avaient un décodeur coupé en deux : un prédécodeur alimentait un séquenceur microcodé. Le prédécodeur peut décoder des instructions simples, et peut envoyer les autres instructions au microcode. Le prédécodeur est appelé la ''Group Decode ROM'', bien que ce ne soit pas une ROM. Il fournit 15 signaux qui configurent le séquenceur et disent si le décodage doit utiliser ou non le microcode. Il permet aussi de configurer le microcode pour gérer les différents modes d'adressage, ou encore de configurer les circuits câblés en aval du microcode.
Les instructions qui s’exécutent en un seul cycle d'horloge sont décodés sans utiliser le microcode. Leur opcode et les noms de registre sont simplement extraits par le prédécodeur, il n'y a rien de plus à faire. Le prédécodeur les envoie à la file de micro-opérations, et elles sont immédiatement exécutées dans le chemin de données. Les instructions microcodées passent aussi par cette file, mais elles sont envoyés au microcode en sortant de la file. La file en question n'est donc pas tout à fait une file de micro-opérations, ni une file d'instruction. C'est une sorte d'intermédiaire entre les deux, qui peut mémoriser soit des micro-opérations basiques, soit des instructions partiellement décodées à destination du microcode.
[[File:80386DX arch.png|centre|vignette|upright=3|Microarchitecture du 386.]]
Le résultat est un pipeline très simpliste et très peu efficace. Le pipeline fonctionne avec des instructions qui ne passent pas par le microcode. Mais pour les instructions microcodées, le pipeline stalle, il se bloque. Le décodeur, qui sert d'unité d'émission, gèle le pipeline quand il exécute une instruction multicycle. Et cela vaut pour les multiplications et divisions, mais aussi pour tout accès mémoire, instruction ''load-op'' inclues. En pratique, le pipeline n'était presque pas utilisé...
Tout cela montre la difficulté d'intégrer un pipeline sur un processeur microcodé. C'est parfaitement possible en pratique, et nous verrons de nombreux exemples dans la suite. Un chapitre entier sera consacré aux processeurs superscalaires x86, qui ont des pipelines particulièrement complexes. Cependant, le 386 et le 486 avaient peu de transistors et devaient microcoder la plupart de leurs instructions. Cela s'est arrangé avec le temps, notamment avec l'intégration de circuits multiplieur/diviseurs, l'augmentation du nombre de registres, et d'autres optimisations.
===L'''early start'' des CPU Intel 386===
Le 386 avait un système de contournement très rudimentaire, bien différent de tout ce qu'on a vu précédemment. Le contournement était appelé l'''early start'', et faisait du contournement uniquement pour les calculs d'adresse. L'idée est de fournir en avance les opérandes des calculs d'adresse.
Les calculs d'adresse sont réalisés soit par les instructions mémoire, soit par les instructions ''load-op''. Ces instructions ont besoin d'une adresse, éventuellement d'un indice et/ou d'un décalage. Et l'adresse, l'indice ou le décalage peut être calculé par l'instruction qui précède l'accès mémoire. Dans cette situation bien précise, un système de contournement permet de démarrer l'instruction mémoire/''load-op'' un cycle en avance.
Un problème est que l'implémentation était buguée, ce qui a donné naissance au '''''POPAD bug'''''. Après une instruction POPAD, le registre EAX est modifié. Si l'instruction suivante souhaite utiliser ce registre pour un calcul d'adresse, il est possible qu'elle ne voit pas la valeur d'EAX correcte.
==L'Intel 486 : un pipeline fortement couplé==
Les processeurs précédents avaient des pipelines un peu particuliers, dans le sens où ils utilisaient des mémoires FIFOs entre chaque étape pour découpler les étages du pipeline, le pipeline était faiblement couplé. Le 486 est passé à un pipeline fortement couplé, avec des étages séparés par des registres.
L'usage d'un pipeline faiblement couplé était un moyen de compenser l'absence de mémoire cache et d'architecture Harvard. De tels processeurs ne pouvaient pas charger une instruction et lire/écrire une donnée en même temps, ce qui absolument nécessaire avec un pipeline fortement couplé. Par contre, un pipeline faiblement couplé était assez flexible pour fonctionner dans un tel environnement. Le résultat était loin du maximum théorique qu'on aurait pu obtenir sans ces contraintes, mais le gain en performance était là.
===L'intégration du cache et l'amélioration du CPI===
Le passage à un pipeline fortement couplé a été rendu possible, ou du moins accompagné, par de nombreux changement dans l'architecture du 486.
La première optimisation est que les opérations basiques se font en un seul cycle d'horloge, pas deux. Les opérations simples en question sont les additions/soustractions, les opérations bit à bit et les décalages. Du moins, à condition qu'elles manipulent uniquement des registres ou des constantes immédiates. Les opérations ''load-op'' ne sont pas concernées, elles stallent le pipeline. Pour le dire autrement : l'étage d'exécution passe à un seul cycle d'horloge, ce qui permet une meilleure utilisation du pipeline et réduit le nombre de stalls.
Une seconde optimisation est l'intégration d'une mémoire cache dans le processeur. Il n'y avait pas encore de cache séparé pour les instructions et les données. Mais le cache était multiport, ce qui permettait de lire/écrire une donnée en chargeant une instruction en même temps. Il n'y a plus besoin de ''prefetch input queue'', et c'est pour cette raison qu'elle a disparue sur le 486.
===Les autres optimisations du 486
L'intégration du cache a été complétée par de nombreuses optimisations de l'interface mémoire. Par exemple, le processeur peut effectuer des accès en rafale, chose que les EDO-DRAM de l'époque supportaient. Il avait aussi un ''write buffer'' qui mettait en attente 4 écritures, en sortie du cache, dans l'interface mémoire elle-même. Lors d'une écriture, le processeur écrivait dans le cache et dans ce ''write buffer'', puis continuait son travail sans attendre que l'écriture soit faite en mémoire RAM. Les écritures sont faites en mémoire RAM quand le bus mémoire est libre. Le ''write buffer'' peut mettre 4 écritures en attente, mais le processeur stalle à la cinquième écriture.
Le processeur pouvait effectuer des lectures, même si des écritures sont en attente dans le ''write buffer''. Mais il faut certaines conditions pour que cela ne cause aucun problème. Un processeur moderne ferait du réacheminement lecture sur écriture, à savoir que l'on comparerait la lecture avec les écritures en attente. Si l'adresse lu correspond à une adresse écrite, alors une dépendance est détectée. Mais le 486 utilisait une méthode plus simple, moins performante, mais qui utilise moins de circuits.
A la place, la lecture n'est exécutée en avance que si les écritures en attente sont des succès de cache. Je rappelle que le cache est de type ''write through''. Si les écritures sont des succès de cache, cela veut dire que la donnée a déjà été écrite dans le cache, mais qu'elle attend de l'être en mémoire RAM. Faire une lecture en mémoire implique que celle-ci est un défaut de cache. Le fait d'avoir une lecture en défaut de cache et des écritures en succès de cache implique que la lecture n’accède pas aux données écrites. Cette contrainte garantit que la lecture n'a aucune dépendance avec les écritures en attente. Pas besoin de tester les dépendances, on a juste besoin de mémoriser pour chaque écriture si elle provient d'un succès ou défaut de cache, un bit suffit.
Par contre, faire une lecture en avance ainsi ne peut être fait qu'une seule fois. Les écritures en attente doivent être vidées en mémoire RAM pour que l'on puisse faire une nouvelle lecture en avance. C'est pour éviter qu'une seconde lecture mène à des dépendances mémoire particulières.
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Les chapitres précédents ont été assez chargés, et nous ont appris comment fonctionne un pipeline simple. Découper un processeur en étape, gérer les branchements, découpler les étages avec des FIFOs, gérer les dépendances de données, implémenter le contournement. De nombreux processeurs RISC intègrent un pipeline similaire à celui décrit dans les chapitres précédents, souvent implémenté afin d'avoir de bonnes performances. L'implémentation est claire, classique, assez propre. En comparaison, les premiers processeurs Intel avaient des pipeline bien différents, suffisamment pour les aborder dans un chapitre dédié.
Par premiers CPU Intel, nous voulons parler des processeurs avant le Pentium. Il s'agit du 8086, du 286, du 386 et du 486. Le Pentium est un peu particulier, car c'est un processeur superscalaire, ce qui fait qu'on n'en parlera pas ici. Les premiers CPU Intel avaient un pipeline très simple, assez semblable à un pipeline ''Fetch-Decode-Exec''. Cependant, l'implémentation de ce pipeline a été compliquée par plusieurs point de blocage. Le premier est le fait que ce soit des processeurs CISC, avec beaucoup d'instructions microcodées. Le second est l'absence de mémoire cache intégrée (sauf pour le 486) et le fait que ce ne soient pas des architectures Harvard. Il est intéressant de voir les premiers CPU Intel pour voir comment les processeurs CISC se sont débrouillés pour surmonter ces problèmes.
==Les pipelines faiblement et fortement couplés==
L'évolution des processeurs Intel a été une lente transition d'un type de pipeline vers un autre. Le 8086, le 286 et le 386 utilisaient des '''pipelines faiblement couplés''', alors que le 486 utilisait un '''pipeline fortement couplé'''. Les pipelines fortement couplés équilibrent leurs étages au mieux, afin que chaque étage prennent approximativement le même temps. Le résultat est que chaque étage fait son travail en un cycle d'horloge, pas plus. À l'opposé, les pipelines faiblement couplés ont des étages inégaux, dont certains font plusieurs cycles d'horloge.
Précisons que la définition n'interdit pas d'avoir des instructions multicycles. Les accès mémoire et quelques instructions complexes peuvent passer plusieurs cycles dans le même étage. Mais pour les instructions simples, à savoir les additions/soustractions/décalages/opérations bit à bit ; qui ne font pas d'accès mémoire et agissent uniquement sur des registres. Elles doivent idéalement s'exécuter en un seul cycle sur un pipeline fortement couplé. De même, il est possible d'avoir des instructions simples qui prennent plusieurs cycles, à condition qu'elles soient pipelinées. Par exemple, si une addition prend deux cycles, alors elle s'exécute en deux étapes qui peuvent exécuter deux calculs différents en même temps : un dans le premier étage, un autre dans le second étage.
Pour donner un exemple, sur le 286 et le 386, beaucoup d'opérations basiques prenaient plusieurs cycles. Les additions, soustractions, opérations bit à bit et décalages prenaient toutes 2 cycles d'horloge. Et elles n'étaient pas pipelinées, ce qui fait que l'unité de calcul bloquait le pipeline quand une instruction s'exécutait dedans. Et il en est de même avec l'étage de décodage : il pouvait décoder une instructions simples en un seul cycle d'horloge, mais les instructions complexes prenaient plus de temps à décoder.
Les pipelines fortement couplés peuvent exécuter plusieurs instructions en même temps sans trop de problèmes, mais il est fréquent que certains étages soient inutilisés, même dans des circonstances optimales. Au contraire, un pipeline fortement couplé s'approche plus facilement de son optimum théorique. Un pipeline fortement couplé à N étages s'approchera des N instructions exécutées en même temps, alors qu'un pipeline faiblement couplé aura tendance à avoir des étages inutilisés.
===Les pipelines à registres et à FIFO===
Dans les implémentations les plus simples, les pipelines fortement couplés utilisent des registres entre chaque étage, alors que les faiblement couplés n'ont pas de choix : ils doivent utiliser des FIFOs entre chaque étage. L'implémentation est alors plus simple sur les pipelines fortement couplés, mais cela a un prix : au moindre problème (dépendance de données, branchements), le pipeline stalle pour éviter tout problème. Un pipeline faiblement couplé n'a pas ce problème, certains étages peuvent prendre de l'avance au lieu de se bloquer.
Et cette flexibilité en cas de stall explique que le 286 et le 386 utilisaient des pipelines faiblement couplés, comme nous allons le voir. Sans compter que l'implémentation était aussi plus simple. Avoir des étages déséquilibrés permettait une implémentation simple. Il suffisait de placer une file d'instructions et une file de micro-opérations pour obtenir un pipeline ''fetch-decode-exec''. Pas besoin de découper le décodeur pour le pipeliner, pas besoin de pipeliner l'ALU, on les laisse intacts.
Mais il s'agit là des implémentations les plus simples. De nos jours, de nombreux pipelines fortement couplés utilisent des FIFOs pour découpler leurs étages, ce qui permet d'avoir le meilleur des deux mondes. L'usage de files d'instruction et de files de micro-opérations est courante sur les processeurs haute performance modernes. Mais ils combinent celles-ci avec des pipelines équilibrés, où chaque étage fait un cycle d'horloge. Les deux détails, équilibrage des étages et découplage avec des FIFOs, entrainent un gain de performance, qui s'additionne quand on les combine.
==La ''prefetch input queue'' : une file d'instruction==
Les premiers processeurs Intel intégraient une file d’instruction quelque peu particulière, appelée la '''''Prefetch Input Queue''''', terme abrévié en PIQ. Elle a été utilisée sur tous les processeurs avant le Pentium, à savoir les processeurs Intel 8 et 16 bits, ainsi que sur le 286 et le 386.
Avec la PIQ, pendant qu'une instruction est en cours de décodage/exécution, le processeur précharge les instructions suivantes, jusqu'à une limite de 4/6/16/32 octets (la limite dépend du processeur). La ''prefetch input queue'' permet donc d'implémenter une forme de pipeline ''Fetch + Decode/Exec''. Mais il est aussi possible de dire qu'il s'agit d'une technique de préchargement d'instructions, vu qu'elle permet de précharger plusieurs instructions si les circonstances le permettent. La différence entre les deux est assez subtile et les frontières sont assez floues.
La PIQ permet de précharger l'instruction suivante à condition qu'aucun autre accès mémoire n'ait lieu. Les CPU Intel avant le 486 n'avaient pas de cache, ni d'architecture Harvard. La conséquence est qu'il n'est pas possible de lire une instruction et faire un accès mémoire en même temps. Si l'instruction en cours d'exécution effectue des accès mémoire, ceux-ci sont prioritaires sur tout le reste, le préchargement de l'instruction suivante est mis en pause. Le préchargement n'est possible que si l'instruction en cours d'exécution ne travaille que sur des registres.
La PIQ faisait 6 octets sur le 8086 et le 286, puis est montée à 16 octets sur le 386, pour atteindre 32 octets sur le 486. Le 8088, une version simplifiée du 8086, avait une PIQ de 4 octets seulement. La taille idéale de la FIFO dépend de nombreux paramètres. On pourrait croire que plus elle peut contenir d'instructions, mieux c'est, mais ce n'est pas le cas, pour des raisons que nous allons expliquer dans quelques paragraphes.
Vous remarquerez que j'ai exprimé la capacité de la PIQ en octets et non en instructions. La raison est que la PIQ s'est adaptée au fait que le jeu d'instruction x86 a des instructions de taille variable. Ce n'est donc pas tellement une file d'instruction au sens strict. Le jeu d'instruction x86 a des instructions dont la taille varie entre un octet et 15 octets. Vous noterez que la PIQ est mieux exploitée quand les instructions sont courtes, ce qui permet de précharger plus d'instructions.
===L'interaction avec le décodage d'instruction===
La PIQ dispose d'un port d'écriture sur lequel les instructions préchargées sont envoyées, et un port de lecture où le décodeur lit la prochaine instruction à décoder.
La PIQ du 8088 était la plus simple, niveau implémentation. Sur le 8088, tout faisait un octet : le bus de données, les ports de la PIQ, et j'en passe. La PIQ du 8088 était composée de 4 registres de 8 bits, avec un port d'écriture de 8 bits pour précharger les instructions octet par octet, et un port de lecture de 8 bits pour alimenter le décodeur. En clair, tout faisait 8 bits.
Le 8086 était quant à lui un processeur 16 bits, ce qui changeait un peu les choses. Sa PIQ était adaptée à un bus de données de 16 bits, à savoir qu'elle mémorisait ses 6 octets avec 3 registres de 16 bits. Le préchargement des instructions se faisait deux octets à la fois, un registre à la fois, grâce à un port d'écriture de 16 bits. Un détail important est que le préchargement était aligné sur 16 bits en mémoire. Si l'instruction à charger n'était pas alignée sur 16 bits, elle doit être chargée en plusieurs fois. Par exemple, une instruction de 2 octets non-alignée sera chargée en deux fois : un premier accès qui charge deux octets, dont un est oublié, et un second accès pour l'octet restant, dont l'autre octet aussi est oublié.
Par contre, le décodage se faisait un octet à la fois. Le décodeur lit un octet, puis éventuellement le suivant, et ainsi de suite jusqu'à atteindre la fin de l'instruction. Le port de lecture faisait ainsi un octet sur le 8086, comme sur le 8088. Le port de lecture incorporait pour cela un multiplexeur, qui sélectionnait l'octet adéquat dans un registre 16 bits. L'avantage est que le préchargement est plus efficace, car il préchargeait plus d'octets par cycle. Vu que la PIQ ne peut pas précharger d'instruction à chaque cycle, du fait des accès mémoire, le fait de précharger plus à chaque accès compense.
[[File:80186 arch.png|centre|vignette|700px|upright=2|Architecture du 8086, du 80186 et de ses variantes.]]
Le 386 était un processeur 32 bits, ce qui fait que sa PIQ contenait 4 registres de 32 bits et un port d'écriture de 32 bits. Et le port de lecture pour le décodeur d'instruction faisait lui aussi 32 bits. Il était cependant capable de gérer des instructions de 8 et 16 bits. Il pouvait dépiler entre 1 et 4 octets dans la PIQ, suivant la taille de l'instruction voulue. De plus, les instructions préchargées n'étaient pas parfaitement alignées sur 32 bits : une instruction pouvait être à cheval sur deux registres 32 bits. Le processeur incorporait donc des circuits d'alignement, semblables à ceux utilisés pour gérer des instructions de longueur variable avec un registre d'instruction.
===Les signaux de commande entre décodeur et PIQ===
Les instructions varient entre 1 et 15 octets, mais tous ne sont pas utiles au décodeur d'instruction. Le décodeur d'instruction n'a besoin que de deux octets : l'opcode et l'octet Mod/RM qui précise le mode d'adressage et les registres. Les octets de préfixe sont aussi utiles au décodeur, mais la plupart des instructions n'en ont pas. Les constantes immédiates, adresses absolues et décalages, ne passent pas par le décodeur d'instruction. Ils sont lus depuis la PIQ, mais sont copiées dans des registres dédiés, sous la commande du décodeur d'instruction. En clair, le décodeur a besoin de lire deux octets maximum depuis la PIQ, avant de passer à l’instruction suivante. Les autres octets étaient envoyés ailleurs, typiquement dans le chemin de données.
Par exemple, prenons le cas d'une addition entre le registre AX et une constante immédiate. L'opcode était envoyé au décodeur, mais pas la constante immédiate. Elle était lue octet par octet et mémorisée dans un registre temporaire placé en entrée de l'ALU. Idem avec les adresses immédiates, qui étaient envoyées dans un registre d'interfaçage mémoire sans passer par le décodeur d'instruction. Pour cela, la PIQ était connectée au bus interne du processeur. De plus, le décodeur dispose d'une micro-opération pour lire un octet depuis la PIQ et le copier ailleurs dans le chemin de données. Ainsi, l'instruction d'addition entre le registre AX et une constante immédiate était composée de plusieurs micro-opérations : une qui lisait la constante immédiate depuis la PIQ, une seconde qui commande l'ALU et fait le calcul.
Le décodeur devait attendre que qu'un moins un octet soit disponible dans la PIQ, pour la lire. Il lisait alors cet octet et déterminait s'il contenait une instruction complète ou non. Si c'est une instruction complète, il la décodait et l'exécutait, puis passait à l'instruction suivante. Sinon, il lit un second octet depuis la PIQ et continue le décodage. Là encore, le décodeur vérifie s'il a une instruction complète, et lit un troisième octet si besoin, puis rebelote avec un quatrième octet lu, etc.
Un circuit appelé le ''loader'' synchronisait le décodeur d'instruction et la PIQ. Il fournissait deux bits : un premier bit pour indiquer que le premier octet d'une instruction était disponible dans la PIQ, un second bit pour le second octet. Le ''loader'' recevait aussi des signaux de la part du décodeur d'instruction. Le signal ''Run Next Instruction'' entrainait la lecture d'une nouvelle instruction, d'un premier octet, qui était alors dépilé de la PIQ. Le décodeur d'instruction pouvait aussi envoyer un signal ''Next-to-last (NXT)'', un cycle avant que l'instruction en cours ne termine. Le ''loader'' réagissait en préchargeant l'octet suivant. En clair, ce signal permettait de précharger l'instruction suivante avec un cycle d'avance, si celle-ci n'était pas déjà dans la PIQ.
Le décodeur d'instruction dispose aussi de trois micro-opérations SUSP, FLUSH, and CORR, qui agissent sur la PIQ. La micro-opération SUSP stoppe le préchargement des instructions dans la ''Prefetch input queue''. La micro-opération FLUSH réinitialise la PIQ et le préchargement reprend comme avant. Elle sert dans diverses situations. Par exemple, la PIQ était réinitialisée lors du passage du mode réel au mode protégé, et réciproquement. Quelques instructions sont décodées entre les deux modes, ce qui fait que l'on doit vider la PIQ entre les deux modes. L'instruction CORR sert pour gérer les branchements, et expliquer pourquoi demande une section complète, que voici.
===Les problèmes liés aux branchements===
Les branchements posent des problèmes avec la PIQ : si un branchement est pris, toutes les instructions préchargées après sont invalides. Pour éviter cela, la PIQ est réinitialisée quand le processeur détecte un branchement. Le microcode utilise pour cela la micro-opération qui réinitialise la PIQ. Les interruptions posent le même genre de problèmes. Il faut impérativement vider la PIQ quand une interruption survient, avant de la traiter.
La PIQ précharge les instructions séquentiellement, une après l'autre. Pour savoir où elle en est rendue, elle devrait mémoriser l'adresse de la prochaine instruction à précharger dans un '''registre de préchargement''' dédié. Il est censé être séparé du ''program counter'', mais ce n'est pas la solution qui a été utilisée par les ingénieurs d'Intel. À la place, le registre de préchargement remplace le ''program counter''. Après tout, le registre de préchargement n'est qu'un ''program counter'' ayant pris une avance de quelques cycles d'horloge, qui a été incrémenté en avance.
Mais cela pose problème, avec les branchements. Par exemple, certains branchements relatifs demandent de connaitre la véritable valeur du ''program counter'', pas celle calculée en avance. Idem avec les instructions d'appel de fonction, qui demandent de sauvegarder l'adresse de retour exacte, donc le vrai ''program counter''. De telles situations demandent de connaitre la valeur réelle du ''program counter'', celle sans préchargement. Pour cela, le décodeur d'instruction dispose d'une instruction pour reconstituer le ''program counter'', à savoir corriger le ''program coutner'' et éliminer l'effet du préchargement.
La micro-opération de correction se contente de soustraire le nombre d'octets préchargés au registre de préchargement. Le nombre d'octets préchargés est déduit à partir des deux pointeurs intégré à la FIFO, qui indiquent la position du premier et du dernier octet préchargé. Le bit qui indique si la FIFO est vide était aussi utilisé. Les deux pointeurs sont lus depuis la FIFO, et sont envoyés à un circuit qui détermine le nombre d'octets préchargés. Sur le 8086, ce circuit était implémenté non pas par un circuit combinatoire, mais par une mémoire ROM équivalente. La petite taille de la FIFO faisait que les pointeurs étaient très petits et la ROM l'était aussi.
===L'interaction avec le code automodifiant===
Un autre défaut est que la ''Prefetch input queue'' se marie assez mal avec du code auto-modifiant. Un code auto-modifiant est un programme qui se modifie lui-même, en remplaçant certaines instructions par d'autres, en en retirant, en en ajoutant, lors de sa propre exécution. De tels programmes sont rares, mais la technique était utilisée dans quelques cas au tout début de l'informatique sur des ordinateurs rudimentaires. Ceux-ci avaient des modes d'adressages tellement limités que gérer des tableaux de taille variable demandait d'utiliser du code auto-modifiant pour écrire des boucles.
Le problème avec la ''Prefetch input queue'' survient quand des instructions sont modifiées immédiatement après avoir été préchargées. Les instructions dans la ''Prefetch input queue'' sont l'ancienne version, alors que la mémoire RAM contient les instructions modifiées. Gérer ce genre de cas est quelque peu complexe. Il faut en effet vider la ''Prefetch input queue'' si le cas arrive, ce qui demande d'identifier les écritures qui écrasent des instructions préchargées. C'est parfaitement possible, mais demande de transformer la ''Prefetch input queue'' en une mémoire hybride, à la fois mémoire associative et mémoire FIFO. Cela ne vaut que très rarement le coup, aussi les ingénieurs ne s’embêtent pas à mettre ce correctif en place, le code automodifiant est alors buggé.
==Les processeurs 286 et 386 : le découplage du décodage==
Les processeurs 286, 386 et 486 avaient des possibilités de pipeline plus élaborées, qui dépassaient l'usage d'une ''Prefetch Input Queue''. Cependant, ce pipeline est fortement contrarié à cause d'un point : il n'y a pas de mémoire cache sur ces processeurs. La conséquence est que le processeur ne peut pas lire une instruction en même temps qu'il accède à des données. Le pipeline fonctionne donc bien si le processeur n'exécute pas d'accès mémoire, ou que ceux-ci sont peu fréquents. Le CPU peut alors précharger des instructions dans la PIQ, et le pipeline fonctionne. Mais si les accès mémoire sont trop nombreux, le pipeline n'est presque pas utilisé, car il n'y a pas assez d'instructions dans la PIQ.
===La ''Decoded Instruction Queue''===
L'Intel 286 et 386 ont séparé l'étage de décodage et d'exécution, en plus de rajouter des étages pour le calcul d'adresse. Ils avaient un pipeline à 3-6 étages : 3 pour les instructions classiques, 6 pour les instructions mémoire. Il avait un pipeline ''Fetch-Decode-Exec'' pour les instructions classiques, auxquelles il fallait rajouter 3 cycles supplémentaires pour les accès mémoire. Les 3 cycles supplémentaires s'occupaient de la segmentation, de la pagination, et de l'accès au cache lui-même.
Pour cela, les processeurs 286 et 386 ajoutaient une mémoire FIFO en sortie de l'unité de décodage. Du moins, c'est ainsi que l'on peut présenter les choses pour faire simple. Mais je rappelle que les CPU Intel de l'époque avaient un décodeur hybride, mélangeant un séquenceur câblé et un séquenceur microcodé. Et la FIFO était en quelque sorte en plein milieu du décodeur, avant le microcode, mais après le reste.
[[File:Intel i80286 arch.svg|centre|vignette|upright=3|Intel 286, microarchitecture.]]
Pour rappel, les CPU 286/386/486 avaient un décodeur coupé en deux : un prédécodeur alimentait un séquenceur microcodé. Le prédécodeur peut décoder des instructions simples, et peut envoyer les autres instructions au microcode. Le prédécodeur est appelé la ''Group Decode ROM'', bien que ce ne soit pas une ROM. Il fournit 15 signaux qui configurent le séquenceur et disent si le décodage doit utiliser ou non le microcode. Il permet aussi de configurer le microcode pour gérer les différents modes d'adressage, ou encore de configurer les circuits câblés en aval du microcode.
Les instructions qui s’exécutent en un seul cycle d'horloge sont décodés sans utiliser le microcode. Leur opcode et les noms de registre sont simplement extraits par le prédécodeur, il n'y a rien de plus à faire. Le prédécodeur les envoie à la file de micro-opérations, et elles sont immédiatement exécutées dans le chemin de données. Les instructions microcodées passent aussi par cette file, mais elles sont envoyés au microcode en sortant de la file. La file en question n'est donc pas tout à fait une file de micro-opérations, ni une file d'instruction. C'est une sorte d'intermédiaire entre les deux, qui peut mémoriser soit des micro-opérations basiques, soit des instructions partiellement décodées à destination du microcode.
[[File:80386DX arch.png|centre|vignette|upright=3|Microarchitecture du 386.]]
Le résultat est un pipeline très simpliste et très peu efficace. Le pipeline fonctionne avec des instructions qui ne passent pas par le microcode. Mais pour les instructions microcodées, le pipeline stalle, il se bloque. Le décodeur, qui sert d'unité d'émission, gèle le pipeline quand il exécute une instruction multicycle. Et cela vaut pour les multiplications et divisions, mais aussi pour tout accès mémoire, instruction ''load-op'' inclues. En pratique, le pipeline n'était presque pas utilisé...
Tout cela montre la difficulté d'intégrer un pipeline sur un processeur microcodé. C'est parfaitement possible en pratique, et nous verrons de nombreux exemples dans la suite. Un chapitre entier sera consacré aux processeurs superscalaires x86, qui ont des pipelines particulièrement complexes. Cependant, le 386 et le 486 avaient peu de transistors et devaient microcoder la plupart de leurs instructions. Cela s'est arrangé avec le temps, notamment avec l'intégration de circuits multiplieur/diviseurs, l'augmentation du nombre de registres, et d'autres optimisations.
===L'''early start'' des CPU Intel 386===
Le 386 avait un système de contournement très rudimentaire, bien différent de tout ce qu'on a vu précédemment. Le contournement était appelé l'''early start'', et faisait du contournement uniquement pour les calculs d'adresse. L'idée est de fournir en avance les opérandes des calculs d'adresse.
Les calculs d'adresse sont réalisés soit par les instructions mémoire, soit par les instructions ''load-op''. Ces instructions ont besoin d'une adresse, éventuellement d'un indice et/ou d'un décalage. Et l'adresse, l'indice ou le décalage peut être calculé par l'instruction qui précède l'accès mémoire. Dans cette situation bien précise, un système de contournement permet de démarrer l'instruction mémoire/''load-op'' un cycle en avance.
Un problème est que l'implémentation était buguée, ce qui a donné naissance au '''''POPAD bug'''''. Après une instruction POPAD, le registre EAX est modifié. Si l'instruction suivante souhaite utiliser ce registre pour un calcul d'adresse, il est possible qu'elle ne voit pas la valeur d'EAX correcte.
==L'Intel 486 : un pipeline fortement couplé==
Les processeurs précédents avaient des pipelines un peu particuliers, dans le sens où ils utilisaient des mémoires FIFOs entre chaque étape pour découpler les étages du pipeline, le pipeline était faiblement couplé. Le 486 est passé à un pipeline fortement couplé, avec des étages séparés par des registres.
L'usage d'un pipeline faiblement couplé était un moyen de compenser l'absence de mémoire cache et d'architecture Harvard. De tels processeurs ne pouvaient pas charger une instruction et lire/écrire une donnée en même temps, ce qui absolument nécessaire avec un pipeline fortement couplé. Par contre, un pipeline faiblement couplé était assez flexible pour fonctionner dans un tel environnement. Le résultat était loin du maximum théorique qu'on aurait pu obtenir sans ces contraintes, mais le gain en performance était là.
===L'intégration du cache et l'amélioration du CPI===
Le passage à un pipeline fortement couplé a été rendu possible, ou du moins accompagné, par de nombreux changement dans l'architecture du 486.
La première optimisation est que les opérations basiques se font en un seul cycle d'horloge, pas deux. Les opérations simples en question sont les additions/soustractions, les opérations bit à bit et les décalages. Du moins, à condition qu'elles manipulent uniquement des registres ou des constantes immédiates. Les opérations ''load-op'' ne sont pas concernées, elles stallent le pipeline. Pour le dire autrement : l'étage d'exécution passe à un seul cycle d'horloge, ce qui permet une meilleure utilisation du pipeline et réduit le nombre de stalls.
Une seconde optimisation est l'intégration d'une mémoire cache dans le processeur. Il n'y avait pas encore de cache séparé pour les instructions et les données. Mais le cache était multiport, ce qui permettait de lire/écrire une donnée en chargeant une instruction en même temps. Il n'y a plus besoin de ''prefetch input queue'', et c'est pour cette raison qu'elle a disparue sur le 486.
===Les autres optimisations du 486===
L'intégration du cache a été complétée par de nombreuses optimisations de l'interface mémoire. Par exemple, le processeur peut effectuer des accès en rafale, chose que les EDO-DRAM de l'époque supportaient. Il avait aussi un ''write buffer'' qui mettait en attente 4 écritures, en sortie du cache, dans l'interface mémoire elle-même. Lors d'une écriture, le processeur écrivait dans le cache et dans ce ''write buffer'', puis continuait son travail sans attendre que l'écriture soit faite en mémoire RAM. Les écritures sont faites en mémoire RAM quand le bus mémoire est libre. Le ''write buffer'' peut mettre 4 écritures en attente, mais le processeur stalle à la cinquième écriture.
Le processeur pouvait effectuer des lectures, même si des écritures sont en attente dans le ''write buffer''. Mais il faut certaines conditions pour que cela ne cause aucun problème. Un processeur moderne ferait du réacheminement lecture sur écriture, à savoir que l'on comparerait la lecture avec les écritures en attente. Si l'adresse lu correspond à une adresse écrite, alors une dépendance est détectée. Mais le 486 utilisait une méthode plus simple, moins performante, mais qui utilise moins de circuits.
A la place, la lecture n'est exécutée en avance que si les écritures en attente sont des succès de cache. Je rappelle que le cache est de type ''write through''. Si les écritures sont des succès de cache, cela veut dire que la donnée a déjà été écrite dans le cache, mais qu'elle attend de l'être en mémoire RAM. Faire une lecture en mémoire implique que celle-ci est un défaut de cache. Le fait d'avoir une lecture en défaut de cache et des écritures en succès de cache implique que la lecture n’accède pas aux données écrites. Cette contrainte garantit que la lecture n'a aucune dépendance avec les écritures en attente. Pas besoin de tester les dépendances, on a juste besoin de mémoriser pour chaque écriture si elle provient d'un succès ou défaut de cache, un bit suffit.
Par contre, faire une lecture en avance ainsi ne peut être fait qu'une seule fois. Les écritures en attente doivent être vidées en mémoire RAM pour que l'on puisse faire une nouvelle lecture en avance. C'est pour éviter qu'une seconde lecture mène à des dépendances mémoire particulières.
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Les chapitres précédents ont été assez chargés, et nous ont appris comment fonctionne un pipeline simple. Découper un processeur en étape, gérer les branchements, découpler les étages avec des FIFOs, gérer les dépendances de données, implémenter le contournement. De nombreux processeurs RISC intègrent un pipeline similaire à celui décrit dans les chapitres précédents, souvent implémenté afin d'avoir de bonnes performances. L'implémentation est claire, classique, assez propre. En comparaison, les premiers processeurs Intel avaient des pipeline bien différents, suffisamment pour les aborder dans un chapitre dédié.
Par premiers CPU Intel, nous voulons parler des processeurs avant le Pentium. Il s'agit du 8086, du 286, du 386 et du 486. Le Pentium est un peu particulier, car c'est un processeur superscalaire, ce qui fait qu'on n'en parlera pas ici. Les premiers CPU Intel avaient un pipeline très simple, assez semblable à un pipeline ''Fetch-Decode-Exec''. Cependant, l'implémentation de ce pipeline a été compliquée par plusieurs point de blocage. Le premier est le fait que ce soit des processeurs CISC, avec beaucoup d'instructions microcodées. Le second est l'absence de mémoire cache intégrée (sauf pour le 486) et le fait que ce ne soient pas des architectures Harvard. Il est intéressant de voir les premiers CPU Intel pour voir comment les processeurs CISC se sont débrouillés pour surmonter ces problèmes.
==Les pipelines faiblement et fortement couplés==
L'évolution des processeurs Intel a été une lente transition d'un type de pipeline vers un autre. Le 8086, le 286 et le 386 utilisaient des '''pipelines faiblement couplés''', alors que le 486 utilisait un '''pipeline fortement couplé'''. Les pipelines fortement couplés équilibrent leurs étages au mieux, afin que chaque étage prennent approximativement le même temps. Le résultat est que chaque étage fait son travail en un cycle d'horloge, pas plus. À l'opposé, les pipelines faiblement couplés ont des étages inégaux, dont certains font plusieurs cycles d'horloge.
Précisons que la définition n'interdit pas d'avoir des instructions multicycles. Les accès mémoire et quelques instructions complexes peuvent passer plusieurs cycles dans le même étage. Mais pour les instructions simples, à savoir les additions/soustractions/décalages/opérations bit à bit ; qui ne font pas d'accès mémoire et agissent uniquement sur des registres. Elles doivent idéalement s'exécuter en un seul cycle sur un pipeline fortement couplé. De même, il est possible d'avoir des instructions simples qui prennent plusieurs cycles, à condition qu'elles soient pipelinées. Par exemple, si une addition prend deux cycles, alors elle s'exécute en deux étapes qui peuvent exécuter deux calculs différents en même temps : un dans le premier étage, un autre dans le second étage.
Pour donner un exemple, sur le 286 et le 386, beaucoup d'opérations basiques prenaient plusieurs cycles. Les additions, soustractions, opérations bit à bit et décalages prenaient toutes 2 cycles d'horloge. Et elles n'étaient pas pipelinées, ce qui fait que l'unité de calcul bloquait le pipeline quand une instruction s'exécutait dedans. Et il en est de même avec l'étage de décodage : il pouvait décoder une instructions simples en un seul cycle d'horloge, mais les instructions complexes prenaient plus de temps à décoder.
Les pipelines fortement couplés peuvent exécuter plusieurs instructions en même temps sans trop de problèmes, mais il est fréquent que certains étages soient inutilisés, même dans des circonstances optimales. Au contraire, un pipeline fortement couplé s'approche plus facilement de son optimum théorique. Un pipeline fortement couplé à N étages s'approchera des N instructions exécutées en même temps, alors qu'un pipeline faiblement couplé aura tendance à avoir des étages inutilisés.
===Les pipelines à registres et à FIFO===
Dans les implémentations les plus simples, les pipelines fortement couplés utilisent des registres entre chaque étage, alors que les faiblement couplés n'ont pas de choix : ils doivent utiliser des FIFOs entre chaque étage. L'implémentation est alors plus simple sur les pipelines fortement couplés, mais cela a un prix : au moindre problème (dépendance de données, branchements), le pipeline stalle pour éviter tout problème. Un pipeline faiblement couplé n'a pas ce problème, certains étages peuvent prendre de l'avance au lieu de se bloquer.
Et cette flexibilité en cas de stall explique que le 286 et le 386 utilisaient des pipelines faiblement couplés, comme nous allons le voir. Sans compter que l'implémentation était aussi plus simple. Avoir des étages déséquilibrés permettait une implémentation simple. Il suffisait de placer une file d'instructions et une file de micro-opérations pour obtenir un pipeline ''fetch-decode-exec''. Pas besoin de découper le décodeur pour le pipeliner, pas besoin de pipeliner l'ALU, on les laisse intacts.
Mais il s'agit là des implémentations les plus simples. De nos jours, de nombreux pipelines fortement couplés utilisent des FIFOs pour découpler leurs étages, ce qui permet d'avoir le meilleur des deux mondes. L'usage de files d'instruction et de files de micro-opérations est courante sur les processeurs haute performance modernes. Mais ils combinent celles-ci avec des pipelines équilibrés, où chaque étage fait un cycle d'horloge. Les deux détails, équilibrage des étages et découplage avec des FIFOs, entrainent un gain de performance, qui s'additionne quand on les combine.
==La ''prefetch input queue'' : une file d'instruction==
Les premiers processeurs Intel intégraient une file d’instruction quelque peu particulière, appelée la '''''Prefetch Input Queue''''', terme abrévié en PIQ. Elle a été utilisée sur tous les processeurs avant le Pentium, à savoir les processeurs Intel 8 et 16 bits, ainsi que sur le 286 et le 386.
Avec la PIQ, pendant qu'une instruction est en cours de décodage/exécution, le processeur précharge les instructions suivantes, jusqu'à une limite de 4/6/16/32 octets (la limite dépend du processeur). La ''prefetch input queue'' permet donc d'implémenter une forme de pipeline ''Fetch + Decode/Exec''. Mais il est aussi possible de dire qu'il s'agit d'une technique de préchargement d'instructions, vu qu'elle permet de précharger plusieurs instructions si les circonstances le permettent. La différence entre les deux est assez subtile et les frontières sont assez floues.
La PIQ permet de précharger l'instruction suivante à condition qu'aucun autre accès mémoire n'ait lieu. Les CPU Intel avant le 486 n'avaient pas de cache, ni d'architecture Harvard. La conséquence est qu'il n'est pas possible de lire une instruction et faire un accès mémoire en même temps. Si l'instruction en cours d'exécution effectue des accès mémoire, ceux-ci sont prioritaires sur tout le reste, le préchargement de l'instruction suivante est mis en pause. Le préchargement n'est possible que si l'instruction en cours d'exécution ne travaille que sur des registres.
La PIQ faisait 6 octets sur le 8086 et le 286, puis est montée à 16 octets sur le 386, pour atteindre 32 octets sur le 486. Le 8088, une version simplifiée du 8086, avait une PIQ de 4 octets seulement. La taille idéale de la FIFO dépend de nombreux paramètres. On pourrait croire que plus elle peut contenir d'instructions, mieux c'est, mais ce n'est pas le cas, pour des raisons que nous allons expliquer dans quelques paragraphes.
Vous remarquerez que j'ai exprimé la capacité de la PIQ en octets et non en instructions. La raison est que la PIQ s'est adaptée au fait que le jeu d'instruction x86 a des instructions de taille variable. Ce n'est donc pas tellement une file d'instruction au sens strict. Le jeu d'instruction x86 a des instructions dont la taille varie entre un octet et 15 octets. Vous noterez que la PIQ est mieux exploitée quand les instructions sont courtes, ce qui permet de précharger plus d'instructions.
===L'interaction avec le décodage d'instruction===
La PIQ dispose d'un port d'écriture sur lequel les instructions préchargées sont envoyées, et un port de lecture où le décodeur lit la prochaine instruction à décoder.
La PIQ du 8088 était la plus simple, niveau implémentation. Sur le 8088, tout faisait un octet : le bus de données, les ports de la PIQ, et j'en passe. La PIQ du 8088 était composée de 4 registres de 8 bits, avec un port d'écriture de 8 bits pour précharger les instructions octet par octet, et un port de lecture de 8 bits pour alimenter le décodeur. En clair, tout faisait 8 bits.
Le 8086 était quant à lui un processeur 16 bits, ce qui changeait un peu les choses. Sa PIQ était adaptée à un bus de données de 16 bits, à savoir qu'elle mémorisait ses 6 octets avec 3 registres de 16 bits. Le préchargement des instructions se faisait deux octets à la fois, un registre à la fois, grâce à un port d'écriture de 16 bits. Un détail important est que le préchargement était aligné sur 16 bits en mémoire. Si l'instruction à charger n'était pas alignée sur 16 bits, elle doit être chargée en plusieurs fois. Par exemple, une instruction de 2 octets non-alignée sera chargée en deux fois : un premier accès qui charge deux octets, dont un est oublié, et un second accès pour l'octet restant, dont l'autre octet aussi est oublié.
Par contre, le décodage se faisait un octet à la fois. Le décodeur lit un octet, puis éventuellement le suivant, et ainsi de suite jusqu'à atteindre la fin de l'instruction. Le port de lecture faisait ainsi un octet sur le 8086, comme sur le 8088. Le port de lecture incorporait pour cela un multiplexeur, qui sélectionnait l'octet adéquat dans un registre 16 bits. L'avantage est que le préchargement est plus efficace, car il préchargeait plus d'octets par cycle. Vu que la PIQ ne peut pas précharger d'instruction à chaque cycle, du fait des accès mémoire, le fait de précharger plus à chaque accès compense.
[[File:80186 arch.png|centre|vignette|700px|upright=2|Architecture du 8086, du 80186 et de ses variantes.]]
Le 386 était un processeur 32 bits, ce qui fait que sa PIQ contenait 4 registres de 32 bits et un port d'écriture de 32 bits. Et le port de lecture pour le décodeur d'instruction faisait lui aussi 32 bits. Il était cependant capable de gérer des instructions de 8 et 16 bits. Il pouvait dépiler entre 1 et 4 octets dans la PIQ, suivant la taille de l'instruction voulue. De plus, les instructions préchargées n'étaient pas parfaitement alignées sur 32 bits : une instruction pouvait être à cheval sur deux registres 32 bits. Le processeur incorporait donc des circuits d'alignement, semblables à ceux utilisés pour gérer des instructions de longueur variable avec un registre d'instruction.
===Les signaux de commande entre décodeur et PIQ===
Les instructions varient entre 1 et 15 octets, mais tous ne sont pas utiles au décodeur d'instruction. Le décodeur d'instruction n'a besoin que de deux octets : l'opcode et l'octet Mod/RM qui précise le mode d'adressage et les registres. Les octets de préfixe sont aussi utiles au décodeur, mais la plupart des instructions n'en ont pas. Les constantes immédiates, adresses absolues et décalages, ne passent pas par le décodeur d'instruction. Ils sont lus depuis la PIQ, mais sont copiées dans des registres dédiés, sous la commande du décodeur d'instruction. En clair, le décodeur a besoin de lire deux octets maximum depuis la PIQ, avant de passer à l’instruction suivante. Les autres octets étaient envoyés ailleurs, typiquement dans le chemin de données.
Par exemple, prenons le cas d'une addition entre le registre AX et une constante immédiate. L'opcode était envoyé au décodeur, mais pas la constante immédiate. Elle était lue octet par octet et mémorisée dans un registre temporaire placé en entrée de l'ALU. Idem avec les adresses immédiates, qui étaient envoyées dans un registre d'interfaçage mémoire sans passer par le décodeur d'instruction. Pour cela, la PIQ était connectée au bus interne du processeur. De plus, le décodeur dispose d'une micro-opération pour lire un octet depuis la PIQ et le copier ailleurs dans le chemin de données. Ainsi, l'instruction d'addition entre le registre AX et une constante immédiate était composée de plusieurs micro-opérations : une qui lisait la constante immédiate depuis la PIQ, une seconde qui commande l'ALU et fait le calcul.
Le décodeur devait attendre que qu'un moins un octet soit disponible dans la PIQ, pour la lire. Il lisait alors cet octet et déterminait s'il contenait une instruction complète ou non. Si c'est une instruction complète, il la décodait et l'exécutait, puis passait à l'instruction suivante. Sinon, il lit un second octet depuis la PIQ et continue le décodage. Là encore, le décodeur vérifie s'il a une instruction complète, et lit un troisième octet si besoin, puis rebelote avec un quatrième octet lu, etc.
Un circuit appelé le ''loader'' synchronisait le décodeur d'instruction et la PIQ. Il fournissait deux bits : un premier bit pour indiquer que le premier octet d'une instruction était disponible dans la PIQ, un second bit pour le second octet. Le ''loader'' recevait aussi des signaux de la part du décodeur d'instruction. Le signal ''Run Next Instruction'' entrainait la lecture d'une nouvelle instruction, d'un premier octet, qui était alors dépilé de la PIQ. Le décodeur d'instruction pouvait aussi envoyer un signal ''Next-to-last (NXT)'', un cycle avant que l'instruction en cours ne termine. Le ''loader'' réagissait en préchargeant l'octet suivant. En clair, ce signal permettait de précharger l'instruction suivante avec un cycle d'avance, si celle-ci n'était pas déjà dans la PIQ.
Le décodeur d'instruction dispose aussi de trois micro-opérations SUSP, FLUSH, and CORR, qui agissent sur la PIQ. La micro-opération SUSP stoppe le préchargement des instructions dans la ''Prefetch input queue''. La micro-opération FLUSH réinitialise la PIQ et le préchargement reprend comme avant. Elle sert dans diverses situations. Par exemple, la PIQ était réinitialisée lors du passage du mode réel au mode protégé, et réciproquement. Quelques instructions sont décodées entre les deux modes, ce qui fait que l'on doit vider la PIQ entre les deux modes. L'instruction CORR sert pour gérer les branchements, et expliquer pourquoi demande une section complète, que voici.
===Les problèmes liés aux branchements===
Les branchements posent des problèmes avec la PIQ : si un branchement est pris, toutes les instructions préchargées après sont invalides. Pour éviter cela, la PIQ est réinitialisée quand le processeur détecte un branchement. Le microcode utilise pour cela la micro-opération qui réinitialise la PIQ. Les interruptions posent le même genre de problèmes. Il faut impérativement vider la PIQ quand une interruption survient, avant de la traiter.
La PIQ précharge les instructions séquentiellement, une après l'autre. Pour savoir où elle en est rendue, elle devrait mémoriser l'adresse de la prochaine instruction à précharger dans un '''registre de préchargement''' dédié. Il est censé être séparé du ''program counter'', mais ce n'est pas la solution qui a été utilisée par les ingénieurs d'Intel. À la place, le registre de préchargement remplace le ''program counter''. Après tout, le registre de préchargement n'est qu'un ''program counter'' ayant pris une avance de quelques cycles d'horloge, qui a été incrémenté en avance.
Mais cela pose problème, avec les branchements. Par exemple, certains branchements relatifs demandent de connaitre la véritable valeur du ''program counter'', pas celle calculée en avance. Idem avec les instructions d'appel de fonction, qui demandent de sauvegarder l'adresse de retour exacte, donc le vrai ''program counter''. De telles situations demandent de connaitre la valeur réelle du ''program counter'', celle sans préchargement. Pour cela, le décodeur d'instruction dispose d'une instruction pour reconstituer le ''program counter'', à savoir corriger le ''program coutner'' et éliminer l'effet du préchargement.
La micro-opération de correction se contente de soustraire le nombre d'octets préchargés au registre de préchargement. Le nombre d'octets préchargés est déduit à partir des deux pointeurs intégré à la FIFO, qui indiquent la position du premier et du dernier octet préchargé. Le bit qui indique si la FIFO est vide était aussi utilisé. Les deux pointeurs sont lus depuis la FIFO, et sont envoyés à un circuit qui détermine le nombre d'octets préchargés. Sur le 8086, ce circuit était implémenté non pas par un circuit combinatoire, mais par une mémoire ROM équivalente. La petite taille de la FIFO faisait que les pointeurs étaient très petits et la ROM l'était aussi.
===L'interaction avec le code automodifiant===
Un autre défaut est que la ''Prefetch input queue'' se marie assez mal avec du code auto-modifiant. Un code auto-modifiant est un programme qui se modifie lui-même, en remplaçant certaines instructions par d'autres, en en retirant, en en ajoutant, lors de sa propre exécution. De tels programmes sont rares, mais la technique était utilisée dans quelques cas au tout début de l'informatique sur des ordinateurs rudimentaires. Ceux-ci avaient des modes d'adressages tellement limités que gérer des tableaux de taille variable demandait d'utiliser du code auto-modifiant pour écrire des boucles.
Le problème avec la ''Prefetch input queue'' survient quand des instructions sont modifiées immédiatement après avoir été préchargées. Les instructions dans la ''Prefetch input queue'' sont l'ancienne version, alors que la mémoire RAM contient les instructions modifiées. Gérer ce genre de cas est quelque peu complexe. Il faut en effet vider la ''Prefetch input queue'' si le cas arrive, ce qui demande d'identifier les écritures qui écrasent des instructions préchargées. C'est parfaitement possible, mais demande de transformer la ''Prefetch input queue'' en une mémoire hybride, à la fois mémoire associative et mémoire FIFO. Cela ne vaut que très rarement le coup, aussi les ingénieurs ne s’embêtent pas à mettre ce correctif en place, le code automodifiant est alors buggé.
==Les processeurs 286 et 386 : le découplage du décodage==
Les processeurs 286, 386 et 486 avaient des possibilités de pipeline plus élaborées, qui dépassaient l'usage d'une ''Prefetch Input Queue''. Cependant, ce pipeline est fortement contrarié à cause d'un point : il n'y a pas de mémoire cache sur ces processeurs. La conséquence est que le processeur ne peut pas lire une instruction en même temps qu'il accède à des données. Le pipeline fonctionne donc bien si le processeur n'exécute pas d'accès mémoire, ou que ceux-ci sont peu fréquents. Le CPU peut alors précharger des instructions dans la PIQ, et le pipeline fonctionne. Mais si les accès mémoire sont trop nombreux, le pipeline n'est presque pas utilisé, car il n'y a pas assez d'instructions dans la PIQ.
===La ''Decoded Instruction Queue''===
L'Intel 286 et 386 ont séparé l'étage de décodage et d'exécution, en plus de rajouter des étages pour le calcul d'adresse. Ils avaient un pipeline à 3-6 étages : 3 pour les instructions classiques, 6 pour les instructions mémoire. Il avait un pipeline ''Fetch-Decode-Exec'' pour les instructions classiques, auxquelles il fallait rajouter 3 cycles supplémentaires pour les accès mémoire. Les 3 cycles supplémentaires s'occupaient de la segmentation, de la pagination, et de l'accès au cache lui-même.
Pour cela, les processeurs 286 et 386 ajoutaient une mémoire FIFO en sortie de l'unité de décodage. Du moins, c'est ainsi que l'on peut présenter les choses pour faire simple. Mais je rappelle que les CPU Intel de l'époque avaient un décodeur hybride, mélangeant un séquenceur câblé et un séquenceur microcodé. Et la FIFO était en quelque sorte en plein milieu du décodeur, avant le microcode, mais après le reste.
[[File:Intel i80286 arch.svg|centre|vignette|upright=3|Intel 286, microarchitecture.]]
Pour rappel, les CPU 286/386/486 avaient un décodeur coupé en deux : un prédécodeur alimentait un séquenceur microcodé. Le prédécodeur peut décoder des instructions simples, et peut envoyer les autres instructions au microcode. Le prédécodeur est appelé la ''Group Decode ROM'', bien que ce ne soit pas une ROM. Il fournit 15 signaux qui configurent le séquenceur et disent si le décodage doit utiliser ou non le microcode. Il permet aussi de configurer le microcode pour gérer les différents modes d'adressage, ou encore de configurer les circuits câblés en aval du microcode.
Les instructions qui s’exécutent en un seul cycle d'horloge sont décodés sans utiliser le microcode. Leur opcode et les noms de registre sont simplement extraits par le prédécodeur, il n'y a rien de plus à faire. Le prédécodeur les envoie à la file de micro-opérations, et elles sont immédiatement exécutées dans le chemin de données. Les instructions microcodées passent aussi par cette file, mais elles sont envoyés au microcode en sortant de la file. La file en question n'est donc pas tout à fait une file de micro-opérations, ni une file d'instruction. C'est une sorte d'intermédiaire entre les deux, qui peut mémoriser soit des micro-opérations basiques, soit des instructions partiellement décodées à destination du microcode.
[[File:80386DX arch.png|centre|vignette|upright=3|Microarchitecture du 386.]]
Le résultat est un pipeline très simpliste et très peu efficace. Le pipeline fonctionne avec des instructions qui ne passent pas par le microcode. Mais pour les instructions microcodées, le pipeline stalle, il se bloque. Le décodeur, qui sert d'unité d'émission, gèle le pipeline quand il exécute une instruction multicycle. Et cela vaut pour les multiplications et divisions, mais aussi pour tout accès mémoire, instruction ''load-op'' inclues. En pratique, le pipeline n'était presque pas utilisé...
Tout cela montre la difficulté d'intégrer un pipeline sur un processeur microcodé. C'est parfaitement possible en pratique, et nous verrons de nombreux exemples dans la suite. Un chapitre entier sera consacré aux processeurs superscalaires x86, qui ont des pipelines particulièrement complexes. Cependant, le 386 et le 486 avaient peu de transistors et devaient microcoder la plupart de leurs instructions. Cela s'est arrangé avec le temps, notamment avec l'intégration de circuits multiplieur/diviseurs, l'augmentation du nombre de registres, et d'autres optimisations.
===L'''early start'' des CPU Intel 386===
Le 386 avait un système de contournement très rudimentaire, bien différent de tout ce qu'on a vu précédemment. Le contournement était appelé l'''early start'', et faisait du contournement uniquement pour les calculs d'adresse. L'idée est de fournir en avance les opérandes des calculs d'adresse.
Les calculs d'adresse sont réalisés soit par les instructions mémoire, soit par les instructions ''load-op''. Ces instructions ont besoin d'une adresse, éventuellement d'un indice et/ou d'un décalage. Et l'adresse, l'indice ou le décalage peut être calculé par l'instruction qui précède l'accès mémoire. Dans cette situation bien précise, un système de contournement permet de démarrer l'instruction mémoire/''load-op'' un cycle en avance.
Un problème est que l'implémentation était buguée, ce qui a donné naissance au '''''POPAD bug'''''. Après une instruction POPAD, le registre EAX est modifié. Si l'instruction suivante souhaite utiliser ce registre pour un calcul d'adresse, il est possible qu'elle ne voit pas la valeur d'EAX correcte.
==L'Intel 486 : un pipeline fortement couplé==
Les processeurs précédents avaient des pipelines un peu particuliers, dans le sens où ils utilisaient des mémoires FIFOs entre chaque étape pour découpler les étages du pipeline, le pipeline était faiblement couplé. Le 486 est passé à un pipeline fortement couplé, avec des étages séparés par des registres.
L'usage d'un pipeline faiblement couplé était un moyen de compenser l'absence de mémoire cache et d'architecture Harvard. De tels processeurs ne pouvaient pas charger une instruction et lire/écrire une donnée en même temps, ce qui absolument nécessaire avec un pipeline fortement couplé. Par contre, un pipeline faiblement couplé était assez flexible pour fonctionner dans un tel environnement. Le résultat était loin du maximum théorique qu'on aurait pu obtenir sans ces contraintes, mais le gain en performance était là.
===L'intégration du cache et l'amélioration du CPI===
Le passage à un pipeline fortement couplé a été rendu possible, ou du moins accompagné, par de nombreux changement dans l'architecture du 486.
La première optimisation est que les opérations basiques se font en un seul cycle d'horloge, pas deux. Les opérations simples en question sont les additions/soustractions, les opérations bit à bit et les décalages. Du moins, à condition qu'elles manipulent uniquement des registres ou des constantes immédiates. Les opérations ''load-op'' ne sont pas concernées, elles stallent le pipeline. Pour le dire autrement : l'étage d'exécution passe à un seul cycle d'horloge, ce qui permet une meilleure utilisation du pipeline et réduit le nombre de stalls.
Une seconde optimisation est l'intégration d'une mémoire cache dans le processeur. Il n'y avait pas encore de cache séparé pour les instructions et les données. Mais le cache était multiport, ce qui permettait de lire/écrire une donnée en chargeant une instruction en même temps. Il n'y a plus besoin de ''prefetch input queue'', et c'est pour cette raison qu'elle a disparue sur le 486.
===Les autres optimisations du 486===
L'intégration du cache a été complétée par de nombreuses optimisations de l'interface mémoire. Par exemple, le processeur peut effectuer des accès en rafale, chose que les EDO-DRAM de l'époque supportaient. Il avait aussi un ''write buffer'' qui mettait en attente 4 écritures, en sortie du cache, dans l'interface mémoire elle-même. Lors d'une écriture, le processeur écrivait dans le cache et dans ce ''write buffer'', puis continuait son travail sans attendre que l'écriture soit faite en mémoire RAM. Les écritures sont faites en mémoire RAM quand le bus mémoire est libre. Le ''write buffer'' peut mettre 4 écritures en attente, mais le processeur stalle à la cinquième écriture.
Le processeur pouvait effectuer des lectures, même si des écritures sont en attente dans le ''write buffer''. Mais il faut certaines conditions pour que cela ne cause aucun problème. Un processeur moderne ferait du réacheminement lecture sur écriture, à savoir que l'on comparerait la lecture avec les écritures en attente. Si l'adresse lu correspond à une adresse écrite, alors une dépendance est détectée. Mais le 486 utilisait une méthode plus simple, moins performante, mais qui utilise moins de circuits.
A la place, la lecture n'est exécutée en avance que si les écritures en attente sont des succès de cache. Je rappelle que le cache est de type ''write through''. Si les écritures sont des succès de cache, cela veut dire que la donnée a déjà été écrite dans le cache, mais qu'elle attend de l'être en mémoire RAM. Faire une lecture en mémoire implique que celle-ci est un défaut de cache. Le fait d'avoir une lecture en défaut de cache et des écritures en succès de cache implique que la lecture n’accède pas aux données écrites. Cette contrainte garantit que la lecture n'a aucune dépendance avec les écritures en attente. Pas besoin de tester les dépendances, on a juste besoin de mémoriser pour chaque écriture si elle provient d'un succès ou défaut de cache, un bit suffit.
Par contre, faire une lecture en avance ainsi ne peut être fait qu'une seule fois. Les écritures en attente doivent être vidées en mémoire RAM pour que l'on puisse faire une nouvelle lecture en avance. C'est pour éviter qu'une seconde lecture mène à des dépendances mémoire particulières. Pour cela, quand une lecture est exécutée en avance, les écritures en attente sont toutes marquées comme des défauts de cache. D'autres circonstances demandent de marquer les écritures en attente comme des défauts de cache. Par exemple, toute invalidation du cache demande de le faire.
: Vous noterez que si le cache est désactivé, le ''write buffer'' est désactivé, lui aussi.
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Les chapitres précédents ont été assez chargés, et nous ont appris comment fonctionne un pipeline simple. Découper un processeur en étape, gérer les branchements, découpler les étages avec des FIFOs, gérer les dépendances de données, implémenter le contournement. De nombreux processeurs RISC intègrent un pipeline similaire à celui décrit dans les chapitres précédents, souvent implémenté afin d'avoir de bonnes performances. L'implémentation est claire, classique, assez propre. En comparaison, les premiers processeurs Intel avaient des pipeline bien différents, suffisamment pour les aborder dans un chapitre dédié.
Par premiers CPU Intel, nous voulons parler des processeurs avant le Pentium. Il s'agit du 8086, du 286, du 386 et du 486. Le Pentium est un peu particulier, car c'est un processeur superscalaire, ce qui fait qu'on n'en parlera pas ici. Les premiers CPU Intel avaient un pipeline très simple, assez semblable à un pipeline ''Fetch-Decode-Exec''. Cependant, l'implémentation de ce pipeline a été compliquée par plusieurs point de blocage. Le premier est le fait que ce soit des processeurs CISC, avec beaucoup d'instructions microcodées. Le second est l'absence de mémoire cache intégrée (sauf pour le 486) et le fait que ce ne soient pas des architectures Harvard. Il est intéressant de voir les premiers CPU Intel pour voir comment les processeurs CISC se sont débrouillés pour surmonter ces problèmes.
==Les pipelines faiblement et fortement couplés==
L'évolution des processeurs Intel a été une lente transition d'un type de pipeline vers un autre. Le 8086, le 286 et le 386 utilisaient des '''pipelines faiblement couplés''', alors que le 486 utilisait un '''pipeline fortement couplé'''. Les pipelines fortement couplés équilibrent leurs étages au mieux, afin que chaque étage prennent approximativement le même temps. Le résultat est que chaque étage fait son travail en un cycle d'horloge, pas plus. À l'opposé, les pipelines faiblement couplés ont des étages inégaux, dont certains font plusieurs cycles d'horloge.
Précisons que la définition n'interdit pas d'avoir des instructions multicycles. Les accès mémoire et quelques instructions complexes peuvent passer plusieurs cycles dans le même étage. Mais pour les instructions simples, à savoir les additions/soustractions/décalages/opérations bit à bit ; qui ne font pas d'accès mémoire et agissent uniquement sur des registres. Elles doivent idéalement s'exécuter en un seul cycle sur un pipeline fortement couplé. De même, il est possible d'avoir des instructions simples qui prennent plusieurs cycles, à condition qu'elles soient pipelinées. Par exemple, si une addition prend deux cycles, alors elle s'exécute en deux étapes qui peuvent exécuter deux calculs différents en même temps : un dans le premier étage, un autre dans le second étage.
Pour donner un exemple, sur le 286 et le 386, beaucoup d'opérations basiques prenaient plusieurs cycles. Les additions, soustractions, opérations bit à bit et décalages prenaient toutes 2 cycles d'horloge. Et elles n'étaient pas pipelinées, ce qui fait que l'unité de calcul bloquait le pipeline quand une instruction s'exécutait dedans. Et il en est de même avec l'étage de décodage : il pouvait décoder une instructions simples en un seul cycle d'horloge, mais les instructions complexes prenaient plus de temps à décoder.
Les pipelines fortement couplés peuvent exécuter plusieurs instructions en même temps sans trop de problèmes, mais il est fréquent que certains étages soient inutilisés, même dans des circonstances optimales. Au contraire, un pipeline fortement couplé s'approche plus facilement de son optimum théorique. Un pipeline fortement couplé à N étages s'approchera des N instructions exécutées en même temps, alors qu'un pipeline faiblement couplé aura tendance à avoir des étages inutilisés.
===Les pipelines à registres et à FIFO===
Dans les implémentations les plus simples, les pipelines fortement couplés utilisent des registres entre chaque étage, alors que les faiblement couplés n'ont pas de choix : ils doivent utiliser des FIFOs entre chaque étage. L'implémentation est alors plus simple sur les pipelines fortement couplés, mais cela a un prix : au moindre problème (dépendance de données, branchements), le pipeline stalle pour éviter tout problème. Un pipeline faiblement couplé n'a pas ce problème, certains étages peuvent prendre de l'avance au lieu de se bloquer.
Et cette flexibilité en cas de stall explique que le 286 et le 386 utilisaient des pipelines faiblement couplés, comme nous allons le voir. Sans compter que l'implémentation était aussi plus simple. Avoir des étages déséquilibrés permettait une implémentation simple. Il suffisait de placer une file d'instructions et une file de micro-opérations pour obtenir un pipeline ''fetch-decode-exec''. Pas besoin de découper le décodeur pour le pipeliner, pas besoin de pipeliner l'ALU, on les laisse intacts.
Mais il s'agit là des implémentations les plus simples. De nos jours, de nombreux pipelines fortement couplés utilisent des FIFOs pour découpler leurs étages, ce qui permet d'avoir le meilleur des deux mondes. L'usage de files d'instruction et de files de micro-opérations est courante sur les processeurs haute performance modernes. Mais ils combinent celles-ci avec des pipelines équilibrés, où chaque étage fait un cycle d'horloge. Les deux détails, équilibrage des étages et découplage avec des FIFOs, entrainent un gain de performance, qui s'additionne quand on les combine.
==La ''prefetch input queue'' : une file d'instruction==
Les premiers processeurs Intel intégraient une file d’instruction quelque peu particulière, appelée la '''''Prefetch Input Queue''''', terme abrévié en PIQ. Elle a été utilisée sur tous les processeurs avant le Pentium, à savoir les processeurs Intel 8 et 16 bits, ainsi que sur le 286 et le 386.
Avec la PIQ, pendant qu'une instruction est en cours de décodage/exécution, le processeur précharge les instructions suivantes, jusqu'à une limite de 4/6/16/32 octets (la limite dépend du processeur). La ''prefetch input queue'' permet donc d'implémenter une forme de pipeline ''Fetch + Decode/Exec''. Mais il est aussi possible de dire qu'il s'agit d'une technique de préchargement d'instructions, vu qu'elle permet de précharger plusieurs instructions si les circonstances le permettent. La différence entre les deux est assez subtile et les frontières sont assez floues.
La PIQ permet de précharger l'instruction suivante à condition qu'aucun autre accès mémoire n'ait lieu. Les CPU Intel avant le 486 n'avaient pas de cache, ni d'architecture Harvard. La conséquence est qu'il n'est pas possible de lire une instruction et faire un accès mémoire en même temps. Si l'instruction en cours d'exécution effectue des accès mémoire, ceux-ci sont prioritaires sur tout le reste, le préchargement de l'instruction suivante est mis en pause. Le préchargement n'est possible que si l'instruction en cours d'exécution ne travaille que sur des registres.
La PIQ faisait 6 octets sur le 8086 et le 286, puis est montée à 16 octets sur le 386, pour atteindre 32 octets sur le 486. Le 8088, une version simplifiée du 8086, avait une PIQ de 4 octets seulement. La taille idéale de la FIFO dépend de nombreux paramètres. On pourrait croire que plus elle peut contenir d'instructions, mieux c'est, mais ce n'est pas le cas, pour des raisons que nous allons expliquer dans quelques paragraphes.
Vous remarquerez que j'ai exprimé la capacité de la PIQ en octets et non en instructions. La raison est que la PIQ s'est adaptée au fait que le jeu d'instruction x86 a des instructions de taille variable. Ce n'est donc pas tellement une file d'instruction au sens strict. Le jeu d'instruction x86 a des instructions dont la taille varie entre un octet et 15 octets. Vous noterez que la PIQ est mieux exploitée quand les instructions sont courtes, ce qui permet de précharger plus d'instructions.
===L'interaction avec le décodage d'instruction===
La PIQ dispose d'un port d'écriture sur lequel les instructions préchargées sont envoyées, et un port de lecture où le décodeur lit la prochaine instruction à décoder.
La PIQ du 8088 était la plus simple, niveau implémentation. Sur le 8088, tout faisait un octet : le bus de données, les ports de la PIQ, et j'en passe. La PIQ du 8088 était composée de 4 registres de 8 bits, avec un port d'écriture de 8 bits pour précharger les instructions octet par octet, et un port de lecture de 8 bits pour alimenter le décodeur. En clair, tout faisait 8 bits.
Le 8086 était quant à lui un processeur 16 bits, ce qui changeait un peu les choses. Sa PIQ était adaptée à un bus de données de 16 bits, à savoir qu'elle mémorisait ses 6 octets avec 3 registres de 16 bits. Le préchargement des instructions se faisait deux octets à la fois, un registre à la fois, grâce à un port d'écriture de 16 bits. Un détail important est que le préchargement était aligné sur 16 bits en mémoire. Si l'instruction à charger n'était pas alignée sur 16 bits, elle doit être chargée en plusieurs fois. Par exemple, une instruction de 2 octets non-alignée sera chargée en deux fois : un premier accès qui charge deux octets, dont un est oublié, et un second accès pour l'octet restant, dont l'autre octet aussi est oublié.
Par contre, le décodage se faisait un octet à la fois. Le décodeur lit un octet, puis éventuellement le suivant, et ainsi de suite jusqu'à atteindre la fin de l'instruction. Le port de lecture faisait ainsi un octet sur le 8086, comme sur le 8088. Le port de lecture incorporait pour cela un multiplexeur, qui sélectionnait l'octet adéquat dans un registre 16 bits. L'avantage est que le préchargement est plus efficace, car il préchargeait plus d'octets par cycle. Vu que la PIQ ne peut pas précharger d'instruction à chaque cycle, du fait des accès mémoire, le fait de précharger plus à chaque accès compense.
[[File:80186 arch.png|centre|vignette|700px|upright=2|Architecture du 8086, du 80186 et de ses variantes.]]
Le 386 était un processeur 32 bits, ce qui fait que sa PIQ contenait 4 registres de 32 bits et un port d'écriture de 32 bits. Et le port de lecture pour le décodeur d'instruction faisait lui aussi 32 bits. Il était cependant capable de gérer des instructions de 8 et 16 bits. Il pouvait dépiler entre 1 et 4 octets dans la PIQ, suivant la taille de l'instruction voulue. De plus, les instructions préchargées n'étaient pas parfaitement alignées sur 32 bits : une instruction pouvait être à cheval sur deux registres 32 bits. Le processeur incorporait donc des circuits d'alignement, semblables à ceux utilisés pour gérer des instructions de longueur variable avec un registre d'instruction.
===Les signaux de commande entre décodeur et PIQ===
Les instructions varient entre 1 et 15 octets, mais tous ne sont pas utiles au décodeur d'instruction. Le décodeur d'instruction n'a besoin que de deux octets : l'opcode et l'octet Mod/RM qui précise le mode d'adressage et les registres. Les octets de préfixe sont aussi utiles au décodeur, mais la plupart des instructions n'en ont pas. Les constantes immédiates, adresses absolues et décalages, ne passent pas par le décodeur d'instruction. Ils sont lus depuis la PIQ, mais sont copiées dans des registres dédiés, sous la commande du décodeur d'instruction. En clair, le décodeur a besoin de lire deux octets maximum depuis la PIQ, avant de passer à l’instruction suivante. Les autres octets étaient envoyés ailleurs, typiquement dans le chemin de données.
Par exemple, prenons le cas d'une addition entre le registre AX et une constante immédiate. L'opcode était envoyé au décodeur, mais pas la constante immédiate. Elle était lue octet par octet et mémorisée dans un registre temporaire placé en entrée de l'ALU. Idem avec les adresses immédiates, qui étaient envoyées dans un registre d'interfaçage mémoire sans passer par le décodeur d'instruction. Pour cela, la PIQ était connectée au bus interne du processeur. De plus, le décodeur dispose d'une micro-opération pour lire un octet depuis la PIQ et le copier ailleurs dans le chemin de données. Ainsi, l'instruction d'addition entre le registre AX et une constante immédiate était composée de plusieurs micro-opérations : une qui lisait la constante immédiate depuis la PIQ, une seconde qui commande l'ALU et fait le calcul.
Le décodeur devait attendre que qu'un moins un octet soit disponible dans la PIQ, pour la lire. Il lisait alors cet octet et déterminait s'il contenait une instruction complète ou non. Si c'est une instruction complète, il la décodait et l'exécutait, puis passait à l'instruction suivante. Sinon, il lit un second octet depuis la PIQ et continue le décodage. Là encore, le décodeur vérifie s'il a une instruction complète, et lit un troisième octet si besoin, puis rebelote avec un quatrième octet lu, etc.
Un circuit appelé le ''loader'' synchronisait le décodeur d'instruction et la PIQ. Il fournissait deux bits : un premier bit pour indiquer que le premier octet d'une instruction était disponible dans la PIQ, un second bit pour le second octet. Le ''loader'' recevait aussi des signaux de la part du décodeur d'instruction. Le signal ''Run Next Instruction'' entrainait la lecture d'une nouvelle instruction, d'un premier octet, qui était alors dépilé de la PIQ. Le décodeur d'instruction pouvait aussi envoyer un signal ''Next-to-last (NXT)'', un cycle avant que l'instruction en cours ne termine. Le ''loader'' réagissait en préchargeant l'octet suivant. En clair, ce signal permettait de précharger l'instruction suivante avec un cycle d'avance, si celle-ci n'était pas déjà dans la PIQ.
Le décodeur d'instruction dispose aussi de trois micro-opérations SUSP, FLUSH, and CORR, qui agissent sur la PIQ. La micro-opération SUSP stoppe le préchargement des instructions dans la ''Prefetch input queue''. La micro-opération FLUSH réinitialise la PIQ et le préchargement reprend comme avant. Elle sert dans diverses situations. Par exemple, la PIQ était réinitialisée lors du passage du mode réel au mode protégé, et réciproquement. Quelques instructions sont décodées entre les deux modes, ce qui fait que l'on doit vider la PIQ entre les deux modes. L'instruction CORR sert pour gérer les branchements, et expliquer pourquoi demande une section complète, que voici.
===Les problèmes liés aux branchements===
Les branchements posent des problèmes avec la PIQ : si un branchement est pris, toutes les instructions préchargées après sont invalides. Pour éviter cela, la PIQ est réinitialisée quand le processeur détecte un branchement. Le microcode utilise pour cela la micro-opération qui réinitialise la PIQ. Les interruptions posent le même genre de problèmes. Il faut impérativement vider la PIQ quand une interruption survient, avant de la traiter.
La PIQ précharge les instructions séquentiellement, une après l'autre. Pour savoir où elle en est rendue, elle devrait mémoriser l'adresse de la prochaine instruction à précharger dans un '''registre de préchargement''' dédié. Il est censé être séparé du ''program counter'', mais ce n'est pas la solution qui a été utilisée par les ingénieurs d'Intel. À la place, le registre de préchargement remplace le ''program counter''. Après tout, le registre de préchargement n'est qu'un ''program counter'' ayant pris une avance de quelques cycles d'horloge, qui a été incrémenté en avance.
Mais cela pose problème, avec les branchements. Par exemple, certains branchements relatifs demandent de connaitre la véritable valeur du ''program counter'', pas celle calculée en avance. Idem avec les instructions d'appel de fonction, qui demandent de sauvegarder l'adresse de retour exacte, donc le vrai ''program counter''. De telles situations demandent de connaitre la valeur réelle du ''program counter'', celle sans préchargement. Pour cela, le décodeur d'instruction dispose d'une instruction pour reconstituer le ''program counter'', à savoir corriger le ''program coutner'' et éliminer l'effet du préchargement.
La micro-opération de correction se contente de soustraire le nombre d'octets préchargés au registre de préchargement. Le nombre d'octets préchargés est déduit à partir des deux pointeurs intégré à la FIFO, qui indiquent la position du premier et du dernier octet préchargé. Le bit qui indique si la FIFO est vide était aussi utilisé. Les deux pointeurs sont lus depuis la FIFO, et sont envoyés à un circuit qui détermine le nombre d'octets préchargés. Sur le 8086, ce circuit était implémenté non pas par un circuit combinatoire, mais par une mémoire ROM équivalente. La petite taille de la FIFO faisait que les pointeurs étaient très petits et la ROM l'était aussi.
===L'interaction avec le code automodifiant===
Un autre défaut est que la ''Prefetch input queue'' se marie assez mal avec du code auto-modifiant. Un code auto-modifiant est un programme qui se modifie lui-même, en remplaçant certaines instructions par d'autres, en en retirant, en en ajoutant, lors de sa propre exécution. De tels programmes sont rares, mais la technique était utilisée dans quelques cas au tout début de l'informatique sur des ordinateurs rudimentaires. Ceux-ci avaient des modes d'adressages tellement limités que gérer des tableaux de taille variable demandait d'utiliser du code auto-modifiant pour écrire des boucles.
Le problème avec la ''Prefetch input queue'' survient quand des instructions sont modifiées immédiatement après avoir été préchargées. Les instructions dans la ''Prefetch input queue'' sont l'ancienne version, alors que la mémoire RAM contient les instructions modifiées. Gérer ce genre de cas est quelque peu complexe. Il faut en effet vider la ''Prefetch input queue'' si le cas arrive, ce qui demande d'identifier les écritures qui écrasent des instructions préchargées. C'est parfaitement possible, mais demande de transformer la ''Prefetch input queue'' en une mémoire hybride, à la fois mémoire associative et mémoire FIFO. Cela ne vaut que très rarement le coup, aussi les ingénieurs ne s’embêtent pas à mettre ce correctif en place, le code automodifiant est alors buggé.
==Les processeurs 286 et 386 : le découplage du décodage==
Les processeurs 286, 386 et 486 avaient des possibilités de pipeline plus élaborées, qui dépassaient l'usage d'une ''Prefetch Input Queue''. Cependant, ce pipeline est fortement contrarié à cause d'un point : il n'y a pas de mémoire cache sur ces processeurs. La conséquence est que le processeur ne peut pas lire une instruction en même temps qu'il accède à des données. Le pipeline fonctionne donc bien si le processeur n'exécute pas d'accès mémoire, ou que ceux-ci sont peu fréquents. Le CPU peut alors précharger des instructions dans la PIQ, et le pipeline fonctionne. Mais si les accès mémoire sont trop nombreux, le pipeline n'est presque pas utilisé, car il n'y a pas assez d'instructions dans la PIQ.
===La ''Decoded Instruction Queue''===
L'Intel 286 et 386 ont séparé l'étage de décodage et d'exécution, en plus de rajouter des étages pour le calcul d'adresse. Ils avaient un pipeline à 3-6 étages : 3 pour les instructions classiques, 6 pour les instructions mémoire. Il avait un pipeline ''Fetch-Decode-Exec'' pour les instructions classiques, auxquelles il fallait rajouter 3 cycles supplémentaires pour les accès mémoire. Les 3 cycles supplémentaires s'occupaient de la segmentation, de la pagination, et de l'accès au cache lui-même.
Pour cela, les processeurs 286 et 386 ajoutaient une mémoire FIFO en sortie de l'unité de décodage. Du moins, c'est ainsi que l'on peut présenter les choses pour faire simple. Mais je rappelle que les CPU Intel de l'époque avaient un décodeur hybride, mélangeant un séquenceur câblé et un séquenceur microcodé. Et la FIFO était en quelque sorte en plein milieu du décodeur, avant le microcode, mais après le reste.
[[File:Intel i80286 arch.svg|centre|vignette|upright=3|Intel 286, microarchitecture.]]
Pour rappel, les CPU 286/386/486 avaient un décodeur coupé en deux : un prédécodeur alimentait un séquenceur microcodé. Le prédécodeur peut décoder des instructions simples, et peut envoyer les autres instructions au microcode. Le prédécodeur est appelé la ''Group Decode ROM'', bien que ce ne soit pas une ROM. Il fournit 15 signaux qui configurent le séquenceur et disent si le décodage doit utiliser ou non le microcode. Il permet aussi de configurer le microcode pour gérer les différents modes d'adressage, ou encore de configurer les circuits câblés en aval du microcode.
Les instructions qui s’exécutent en un seul cycle d'horloge sont décodés sans utiliser le microcode. Leur opcode et les noms de registre sont simplement extraits par le prédécodeur, il n'y a rien de plus à faire. Le prédécodeur les envoie à la file de micro-opérations, et elles sont immédiatement exécutées dans le chemin de données. Les instructions microcodées passent aussi par cette file, mais elles sont envoyés au microcode en sortant de la file. La file en question n'est donc pas tout à fait une file de micro-opérations, ni une file d'instruction. C'est une sorte d'intermédiaire entre les deux, qui peut mémoriser soit des micro-opérations basiques, soit des instructions partiellement décodées à destination du microcode.
[[File:80386DX arch.png|centre|vignette|upright=3|Microarchitecture du 386.]]
Le résultat est un pipeline très simpliste et très peu efficace. Le pipeline fonctionne avec des instructions qui ne passent pas par le microcode. Mais pour les instructions microcodées, le pipeline stalle, il se bloque. Le décodeur, qui sert d'unité d'émission, gèle le pipeline quand il exécute une instruction multicycle. Et cela vaut pour les multiplications et divisions, mais aussi pour tout accès mémoire, instruction ''load-op'' inclues. En pratique, le pipeline n'était presque pas utilisé...
Tout cela montre la difficulté d'intégrer un pipeline sur un processeur microcodé. C'est parfaitement possible en pratique, et nous verrons de nombreux exemples dans la suite. Un chapitre entier sera consacré aux processeurs superscalaires x86, qui ont des pipelines particulièrement complexes. Cependant, le 386 et le 486 avaient peu de transistors et devaient microcoder la plupart de leurs instructions. Cela s'est arrangé avec le temps, notamment avec l'intégration de circuits multiplieur/diviseurs, l'augmentation du nombre de registres, et d'autres optimisations.
===L'''early start'' des CPU Intel 386===
Le 386 avait un système de contournement très rudimentaire, bien différent de tout ce qu'on a vu précédemment. Le contournement était appelé l'''early start'', et faisait du contournement uniquement pour les calculs d'adresse. L'idée est de fournir en avance les opérandes des calculs d'adresse.
Les calculs d'adresse sont réalisés soit par les instructions mémoire, soit par les instructions ''load-op''. Ces instructions ont besoin d'une adresse, éventuellement d'un indice et/ou d'un décalage. Et l'adresse, l'indice ou le décalage peut être calculé par l'instruction qui précède l'accès mémoire. Dans cette situation bien précise, un système de contournement permet de démarrer l'instruction mémoire/''load-op'' un cycle en avance.
Un problème est que l'implémentation était buguée, ce qui a donné naissance au '''''POPAD bug'''''. Après une instruction POPAD, le registre EAX est modifié. Si l'instruction suivante souhaite utiliser ce registre pour un calcul d'adresse, il est possible qu'elle ne voit pas la valeur d'EAX correcte.
==L'Intel 486 : un pipeline fortement couplé==
Les processeurs précédents avaient des pipelines un peu particuliers, dans le sens où ils utilisaient des mémoires FIFOs entre chaque étape pour découpler les étages du pipeline, le pipeline était faiblement couplé. Le 486 est passé à un pipeline fortement couplé, avec des étages séparés par des registres.
L'usage d'un pipeline faiblement couplé était un moyen de compenser l'absence de mémoire cache et d'architecture Harvard. De tels processeurs ne pouvaient pas charger une instruction et lire/écrire une donnée en même temps, ce qui absolument nécessaire avec un pipeline fortement couplé. Par contre, un pipeline faiblement couplé était assez flexible pour fonctionner dans un tel environnement. Le résultat était loin du maximum théorique qu'on aurait pu obtenir sans ces contraintes, mais le gain en performance était là.
===L'intégration du cache et l'amélioration du CPI===
Le passage à un pipeline fortement couplé a été rendu possible, ou du moins accompagné, par de nombreux changement dans l'architecture du 486.
La première optimisation est que les opérations basiques se font en un seul cycle d'horloge, pas deux. Les opérations simples en question sont les additions/soustractions, les opérations bit à bit et les décalages. Du moins, à condition qu'elles manipulent uniquement des registres ou des constantes immédiates. Les opérations ''load-op'' ne sont pas concernées, elles stallent le pipeline. Pour le dire autrement : l'étage d'exécution passe à un seul cycle d'horloge, ce qui permet une meilleure utilisation du pipeline et réduit le nombre de stalls.
Une seconde optimisation est l'intégration d'une mémoire cache dans le processeur. Il n'y avait pas encore de cache séparé pour les instructions et les données. Mais le cache était multiport, ce qui permettait de lire/écrire une donnée en chargeant une instruction en même temps. Il n'y a plus besoin de ''prefetch input queue'', et c'est pour cette raison qu'elle a disparue sur le 486.
===Les optimisations du bus mémoire sur le 486===
L'intégration du cache a été complétée par de nombreuses optimisations de l'interface mémoire. Par exemple, le processeur peut effectuer des accès en rafale, chose que les EDO-DRAM de l'époque supportaient. Il avait aussi un ''write buffer'' qui mettait en attente 4 écritures, en sortie du cache, dans l'interface mémoire elle-même. Lors d'une écriture, le processeur écrivait dans le cache et dans ce ''write buffer'', puis continuait son travail sans attendre que l'écriture soit faite en mémoire RAM. Les écritures sont faites en mémoire RAM quand le bus mémoire est libre. Le ''write buffer'' peut mettre 4 écritures en attente, mais le processeur stalle à la cinquième écriture.
Le processeur pouvait effectuer des lectures, même si des écritures sont en attente dans le ''write buffer''. Mais il faut certaines conditions pour que cela ne cause aucun problème. Un processeur moderne ferait du réacheminement lecture sur écriture, à savoir que l'on comparerait la lecture avec les écritures en attente. Si l'adresse lu correspond à une adresse écrite, alors une dépendance est détectée. Mais le 486 utilisait une méthode plus simple, moins performante, mais qui utilise moins de circuits.
A la place, la lecture n'est exécutée en avance que si les écritures en attente sont des succès de cache. Je rappelle que le cache est de type ''write through''. Si les écritures sont des succès de cache, cela veut dire que la donnée a déjà été écrite dans le cache, mais qu'elle attend de l'être en mémoire RAM. Faire une lecture en mémoire implique que celle-ci est un défaut de cache. Le fait d'avoir une lecture en défaut de cache et des écritures en succès de cache implique que la lecture n’accède pas aux données écrites. Cette contrainte garantit que la lecture n'a aucune dépendance avec les écritures en attente. Pas besoin de tester les dépendances, on a juste besoin de mémoriser pour chaque écriture si elle provient d'un succès ou défaut de cache, un bit suffit.
Par contre, faire une lecture en avance ainsi ne peut être fait qu'une seule fois. Les écritures en attente doivent être vidées en mémoire RAM pour que l'on puisse faire une nouvelle lecture en avance. C'est pour éviter qu'une seconde lecture mène à des dépendances mémoire particulières. Pour cela, quand une lecture est exécutée en avance, les écritures en attente sont toutes marquées comme des défauts de cache. D'autres circonstances demandent de marquer les écritures en attente comme des défauts de cache. Par exemple, toute invalidation du cache demande de le faire.
: Vous noterez que si le cache est désactivé, le ''write buffer'' est désactivé, lui aussi.
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/* L'Intel 486 : un pipeline fortement couplé */
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Les chapitres précédents ont été assez chargés, et nous ont appris comment fonctionne un pipeline simple. Découper un processeur en étape, gérer les branchements, découpler les étages avec des FIFOs, gérer les dépendances de données, implémenter le contournement. De nombreux processeurs RISC intègrent un pipeline similaire à celui décrit dans les chapitres précédents, souvent implémenté afin d'avoir de bonnes performances. L'implémentation est claire, classique, assez propre. En comparaison, les premiers processeurs Intel avaient des pipeline bien différents, suffisamment pour les aborder dans un chapitre dédié.
Par premiers CPU Intel, nous voulons parler des processeurs avant le Pentium. Il s'agit du 8086, du 286, du 386 et du 486. Le Pentium est un peu particulier, car c'est un processeur superscalaire, ce qui fait qu'on n'en parlera pas ici. Les premiers CPU Intel avaient un pipeline très simple, assez semblable à un pipeline ''Fetch-Decode-Exec''. Cependant, l'implémentation de ce pipeline a été compliquée par plusieurs point de blocage. Le premier est le fait que ce soit des processeurs CISC, avec beaucoup d'instructions microcodées. Le second est l'absence de mémoire cache intégrée (sauf pour le 486) et le fait que ce ne soient pas des architectures Harvard. Il est intéressant de voir les premiers CPU Intel pour voir comment les processeurs CISC se sont débrouillés pour surmonter ces problèmes.
==Les pipelines faiblement et fortement couplés==
L'évolution des processeurs Intel a été une lente transition d'un type de pipeline vers un autre. Le 8086, le 286 et le 386 utilisaient des '''pipelines faiblement couplés''', alors que le 486 utilisait un '''pipeline fortement couplé'''. Les pipelines fortement couplés équilibrent leurs étages au mieux, afin que chaque étage prennent approximativement le même temps. Le résultat est que chaque étage fait son travail en un cycle d'horloge, pas plus. À l'opposé, les pipelines faiblement couplés ont des étages inégaux, dont certains font plusieurs cycles d'horloge.
Précisons que la définition n'interdit pas d'avoir des instructions multicycles. Les accès mémoire et quelques instructions complexes peuvent passer plusieurs cycles dans le même étage. Mais pour les instructions simples, à savoir les additions/soustractions/décalages/opérations bit à bit ; qui ne font pas d'accès mémoire et agissent uniquement sur des registres. Elles doivent idéalement s'exécuter en un seul cycle sur un pipeline fortement couplé. De même, il est possible d'avoir des instructions simples qui prennent plusieurs cycles, à condition qu'elles soient pipelinées. Par exemple, si une addition prend deux cycles, alors elle s'exécute en deux étapes qui peuvent exécuter deux calculs différents en même temps : un dans le premier étage, un autre dans le second étage.
Pour donner un exemple, sur le 286 et le 386, beaucoup d'opérations basiques prenaient plusieurs cycles. Les additions, soustractions, opérations bit à bit et décalages prenaient toutes 2 cycles d'horloge. Et elles n'étaient pas pipelinées, ce qui fait que l'unité de calcul bloquait le pipeline quand une instruction s'exécutait dedans. Et il en est de même avec l'étage de décodage : il pouvait décoder une instructions simples en un seul cycle d'horloge, mais les instructions complexes prenaient plus de temps à décoder.
Les pipelines fortement couplés peuvent exécuter plusieurs instructions en même temps sans trop de problèmes, mais il est fréquent que certains étages soient inutilisés, même dans des circonstances optimales. Au contraire, un pipeline fortement couplé s'approche plus facilement de son optimum théorique. Un pipeline fortement couplé à N étages s'approchera des N instructions exécutées en même temps, alors qu'un pipeline faiblement couplé aura tendance à avoir des étages inutilisés.
===Les pipelines à registres et à FIFO===
Dans les implémentations les plus simples, les pipelines fortement couplés utilisent des registres entre chaque étage, alors que les faiblement couplés n'ont pas de choix : ils doivent utiliser des FIFOs entre chaque étage. L'implémentation est alors plus simple sur les pipelines fortement couplés, mais cela a un prix : au moindre problème (dépendance de données, branchements), le pipeline stalle pour éviter tout problème. Un pipeline faiblement couplé n'a pas ce problème, certains étages peuvent prendre de l'avance au lieu de se bloquer.
Et cette flexibilité en cas de stall explique que le 286 et le 386 utilisaient des pipelines faiblement couplés, comme nous allons le voir. Sans compter que l'implémentation était aussi plus simple. Avoir des étages déséquilibrés permettait une implémentation simple. Il suffisait de placer une file d'instructions et une file de micro-opérations pour obtenir un pipeline ''fetch-decode-exec''. Pas besoin de découper le décodeur pour le pipeliner, pas besoin de pipeliner l'ALU, on les laisse intacts.
Mais il s'agit là des implémentations les plus simples. De nos jours, de nombreux pipelines fortement couplés utilisent des FIFOs pour découpler leurs étages, ce qui permet d'avoir le meilleur des deux mondes. L'usage de files d'instruction et de files de micro-opérations est courante sur les processeurs haute performance modernes. Mais ils combinent celles-ci avec des pipelines équilibrés, où chaque étage fait un cycle d'horloge. Les deux détails, équilibrage des étages et découplage avec des FIFOs, entrainent un gain de performance, qui s'additionne quand on les combine.
==La ''prefetch input queue'' : une file d'instruction==
Les premiers processeurs Intel intégraient une file d’instruction quelque peu particulière, appelée la '''''Prefetch Input Queue''''', terme abrévié en PIQ. Elle a été utilisée sur tous les processeurs avant le Pentium, à savoir les processeurs Intel 8 et 16 bits, ainsi que sur le 286 et le 386.
Avec la PIQ, pendant qu'une instruction est en cours de décodage/exécution, le processeur précharge les instructions suivantes, jusqu'à une limite de 4/6/16/32 octets (la limite dépend du processeur). La ''prefetch input queue'' permet donc d'implémenter une forme de pipeline ''Fetch + Decode/Exec''. Mais il est aussi possible de dire qu'il s'agit d'une technique de préchargement d'instructions, vu qu'elle permet de précharger plusieurs instructions si les circonstances le permettent. La différence entre les deux est assez subtile et les frontières sont assez floues.
La PIQ permet de précharger l'instruction suivante à condition qu'aucun autre accès mémoire n'ait lieu. Les CPU Intel avant le 486 n'avaient pas de cache, ni d'architecture Harvard. La conséquence est qu'il n'est pas possible de lire une instruction et faire un accès mémoire en même temps. Si l'instruction en cours d'exécution effectue des accès mémoire, ceux-ci sont prioritaires sur tout le reste, le préchargement de l'instruction suivante est mis en pause. Le préchargement n'est possible que si l'instruction en cours d'exécution ne travaille que sur des registres.
La PIQ faisait 6 octets sur le 8086 et le 286, puis est montée à 16 octets sur le 386, pour atteindre 32 octets sur le 486. Le 8088, une version simplifiée du 8086, avait une PIQ de 4 octets seulement. La taille idéale de la FIFO dépend de nombreux paramètres. On pourrait croire que plus elle peut contenir d'instructions, mieux c'est, mais ce n'est pas le cas, pour des raisons que nous allons expliquer dans quelques paragraphes.
Vous remarquerez que j'ai exprimé la capacité de la PIQ en octets et non en instructions. La raison est que la PIQ s'est adaptée au fait que le jeu d'instruction x86 a des instructions de taille variable. Ce n'est donc pas tellement une file d'instruction au sens strict. Le jeu d'instruction x86 a des instructions dont la taille varie entre un octet et 15 octets. Vous noterez que la PIQ est mieux exploitée quand les instructions sont courtes, ce qui permet de précharger plus d'instructions.
===L'interaction avec le décodage d'instruction===
La PIQ dispose d'un port d'écriture sur lequel les instructions préchargées sont envoyées, et un port de lecture où le décodeur lit la prochaine instruction à décoder.
La PIQ du 8088 était la plus simple, niveau implémentation. Sur le 8088, tout faisait un octet : le bus de données, les ports de la PIQ, et j'en passe. La PIQ du 8088 était composée de 4 registres de 8 bits, avec un port d'écriture de 8 bits pour précharger les instructions octet par octet, et un port de lecture de 8 bits pour alimenter le décodeur. En clair, tout faisait 8 bits.
Le 8086 était quant à lui un processeur 16 bits, ce qui changeait un peu les choses. Sa PIQ était adaptée à un bus de données de 16 bits, à savoir qu'elle mémorisait ses 6 octets avec 3 registres de 16 bits. Le préchargement des instructions se faisait deux octets à la fois, un registre à la fois, grâce à un port d'écriture de 16 bits. Un détail important est que le préchargement était aligné sur 16 bits en mémoire. Si l'instruction à charger n'était pas alignée sur 16 bits, elle doit être chargée en plusieurs fois. Par exemple, une instruction de 2 octets non-alignée sera chargée en deux fois : un premier accès qui charge deux octets, dont un est oublié, et un second accès pour l'octet restant, dont l'autre octet aussi est oublié.
Par contre, le décodage se faisait un octet à la fois. Le décodeur lit un octet, puis éventuellement le suivant, et ainsi de suite jusqu'à atteindre la fin de l'instruction. Le port de lecture faisait ainsi un octet sur le 8086, comme sur le 8088. Le port de lecture incorporait pour cela un multiplexeur, qui sélectionnait l'octet adéquat dans un registre 16 bits. L'avantage est que le préchargement est plus efficace, car il préchargeait plus d'octets par cycle. Vu que la PIQ ne peut pas précharger d'instruction à chaque cycle, du fait des accès mémoire, le fait de précharger plus à chaque accès compense.
[[File:80186 arch.png|centre|vignette|700px|upright=2|Architecture du 8086, du 80186 et de ses variantes.]]
Le 386 était un processeur 32 bits, ce qui fait que sa PIQ contenait 4 registres de 32 bits et un port d'écriture de 32 bits. Et le port de lecture pour le décodeur d'instruction faisait lui aussi 32 bits. Il était cependant capable de gérer des instructions de 8 et 16 bits. Il pouvait dépiler entre 1 et 4 octets dans la PIQ, suivant la taille de l'instruction voulue. De plus, les instructions préchargées n'étaient pas parfaitement alignées sur 32 bits : une instruction pouvait être à cheval sur deux registres 32 bits. Le processeur incorporait donc des circuits d'alignement, semblables à ceux utilisés pour gérer des instructions de longueur variable avec un registre d'instruction.
===Les signaux de commande entre décodeur et PIQ===
Les instructions varient entre 1 et 15 octets, mais tous ne sont pas utiles au décodeur d'instruction. Le décodeur d'instruction n'a besoin que de deux octets : l'opcode et l'octet Mod/RM qui précise le mode d'adressage et les registres. Les octets de préfixe sont aussi utiles au décodeur, mais la plupart des instructions n'en ont pas. Les constantes immédiates, adresses absolues et décalages, ne passent pas par le décodeur d'instruction. Ils sont lus depuis la PIQ, mais sont copiées dans des registres dédiés, sous la commande du décodeur d'instruction. En clair, le décodeur a besoin de lire deux octets maximum depuis la PIQ, avant de passer à l’instruction suivante. Les autres octets étaient envoyés ailleurs, typiquement dans le chemin de données.
Par exemple, prenons le cas d'une addition entre le registre AX et une constante immédiate. L'opcode était envoyé au décodeur, mais pas la constante immédiate. Elle était lue octet par octet et mémorisée dans un registre temporaire placé en entrée de l'ALU. Idem avec les adresses immédiates, qui étaient envoyées dans un registre d'interfaçage mémoire sans passer par le décodeur d'instruction. Pour cela, la PIQ était connectée au bus interne du processeur. De plus, le décodeur dispose d'une micro-opération pour lire un octet depuis la PIQ et le copier ailleurs dans le chemin de données. Ainsi, l'instruction d'addition entre le registre AX et une constante immédiate était composée de plusieurs micro-opérations : une qui lisait la constante immédiate depuis la PIQ, une seconde qui commande l'ALU et fait le calcul.
Le décodeur devait attendre que qu'un moins un octet soit disponible dans la PIQ, pour la lire. Il lisait alors cet octet et déterminait s'il contenait une instruction complète ou non. Si c'est une instruction complète, il la décodait et l'exécutait, puis passait à l'instruction suivante. Sinon, il lit un second octet depuis la PIQ et continue le décodage. Là encore, le décodeur vérifie s'il a une instruction complète, et lit un troisième octet si besoin, puis rebelote avec un quatrième octet lu, etc.
Un circuit appelé le ''loader'' synchronisait le décodeur d'instruction et la PIQ. Il fournissait deux bits : un premier bit pour indiquer que le premier octet d'une instruction était disponible dans la PIQ, un second bit pour le second octet. Le ''loader'' recevait aussi des signaux de la part du décodeur d'instruction. Le signal ''Run Next Instruction'' entrainait la lecture d'une nouvelle instruction, d'un premier octet, qui était alors dépilé de la PIQ. Le décodeur d'instruction pouvait aussi envoyer un signal ''Next-to-last (NXT)'', un cycle avant que l'instruction en cours ne termine. Le ''loader'' réagissait en préchargeant l'octet suivant. En clair, ce signal permettait de précharger l'instruction suivante avec un cycle d'avance, si celle-ci n'était pas déjà dans la PIQ.
Le décodeur d'instruction dispose aussi de trois micro-opérations SUSP, FLUSH, and CORR, qui agissent sur la PIQ. La micro-opération SUSP stoppe le préchargement des instructions dans la ''Prefetch input queue''. La micro-opération FLUSH réinitialise la PIQ et le préchargement reprend comme avant. Elle sert dans diverses situations. Par exemple, la PIQ était réinitialisée lors du passage du mode réel au mode protégé, et réciproquement. Quelques instructions sont décodées entre les deux modes, ce qui fait que l'on doit vider la PIQ entre les deux modes. L'instruction CORR sert pour gérer les branchements, et expliquer pourquoi demande une section complète, que voici.
===Les problèmes liés aux branchements===
Les branchements posent des problèmes avec la PIQ : si un branchement est pris, toutes les instructions préchargées après sont invalides. Pour éviter cela, la PIQ est réinitialisée quand le processeur détecte un branchement. Le microcode utilise pour cela la micro-opération qui réinitialise la PIQ. Les interruptions posent le même genre de problèmes. Il faut impérativement vider la PIQ quand une interruption survient, avant de la traiter.
La PIQ précharge les instructions séquentiellement, une après l'autre. Pour savoir où elle en est rendue, elle devrait mémoriser l'adresse de la prochaine instruction à précharger dans un '''registre de préchargement''' dédié. Il est censé être séparé du ''program counter'', mais ce n'est pas la solution qui a été utilisée par les ingénieurs d'Intel. À la place, le registre de préchargement remplace le ''program counter''. Après tout, le registre de préchargement n'est qu'un ''program counter'' ayant pris une avance de quelques cycles d'horloge, qui a été incrémenté en avance.
Mais cela pose problème, avec les branchements. Par exemple, certains branchements relatifs demandent de connaitre la véritable valeur du ''program counter'', pas celle calculée en avance. Idem avec les instructions d'appel de fonction, qui demandent de sauvegarder l'adresse de retour exacte, donc le vrai ''program counter''. De telles situations demandent de connaitre la valeur réelle du ''program counter'', celle sans préchargement. Pour cela, le décodeur d'instruction dispose d'une instruction pour reconstituer le ''program counter'', à savoir corriger le ''program coutner'' et éliminer l'effet du préchargement.
La micro-opération de correction se contente de soustraire le nombre d'octets préchargés au registre de préchargement. Le nombre d'octets préchargés est déduit à partir des deux pointeurs intégré à la FIFO, qui indiquent la position du premier et du dernier octet préchargé. Le bit qui indique si la FIFO est vide était aussi utilisé. Les deux pointeurs sont lus depuis la FIFO, et sont envoyés à un circuit qui détermine le nombre d'octets préchargés. Sur le 8086, ce circuit était implémenté non pas par un circuit combinatoire, mais par une mémoire ROM équivalente. La petite taille de la FIFO faisait que les pointeurs étaient très petits et la ROM l'était aussi.
===L'interaction avec le code automodifiant===
Un autre défaut est que la ''Prefetch input queue'' se marie assez mal avec du code auto-modifiant. Un code auto-modifiant est un programme qui se modifie lui-même, en remplaçant certaines instructions par d'autres, en en retirant, en en ajoutant, lors de sa propre exécution. De tels programmes sont rares, mais la technique était utilisée dans quelques cas au tout début de l'informatique sur des ordinateurs rudimentaires. Ceux-ci avaient des modes d'adressages tellement limités que gérer des tableaux de taille variable demandait d'utiliser du code auto-modifiant pour écrire des boucles.
Le problème avec la ''Prefetch input queue'' survient quand des instructions sont modifiées immédiatement après avoir été préchargées. Les instructions dans la ''Prefetch input queue'' sont l'ancienne version, alors que la mémoire RAM contient les instructions modifiées. Gérer ce genre de cas est quelque peu complexe. Il faut en effet vider la ''Prefetch input queue'' si le cas arrive, ce qui demande d'identifier les écritures qui écrasent des instructions préchargées. C'est parfaitement possible, mais demande de transformer la ''Prefetch input queue'' en une mémoire hybride, à la fois mémoire associative et mémoire FIFO. Cela ne vaut que très rarement le coup, aussi les ingénieurs ne s’embêtent pas à mettre ce correctif en place, le code automodifiant est alors buggé.
==Les processeurs 286 et 386 : le découplage du décodage==
Les processeurs 286, 386 et 486 avaient des possibilités de pipeline plus élaborées, qui dépassaient l'usage d'une ''Prefetch Input Queue''. Cependant, ce pipeline est fortement contrarié à cause d'un point : il n'y a pas de mémoire cache sur ces processeurs. La conséquence est que le processeur ne peut pas lire une instruction en même temps qu'il accède à des données. Le pipeline fonctionne donc bien si le processeur n'exécute pas d'accès mémoire, ou que ceux-ci sont peu fréquents. Le CPU peut alors précharger des instructions dans la PIQ, et le pipeline fonctionne. Mais si les accès mémoire sont trop nombreux, le pipeline n'est presque pas utilisé, car il n'y a pas assez d'instructions dans la PIQ.
===La ''Decoded Instruction Queue''===
L'Intel 286 et 386 ont séparé l'étage de décodage et d'exécution, en plus de rajouter des étages pour le calcul d'adresse. Ils avaient un pipeline à 3-6 étages : 3 pour les instructions classiques, 6 pour les instructions mémoire. Il avait un pipeline ''Fetch-Decode-Exec'' pour les instructions classiques, auxquelles il fallait rajouter 3 cycles supplémentaires pour les accès mémoire. Les 3 cycles supplémentaires s'occupaient de la segmentation, de la pagination, et de l'accès au cache lui-même.
Pour cela, les processeurs 286 et 386 ajoutaient une mémoire FIFO en sortie de l'unité de décodage. Du moins, c'est ainsi que l'on peut présenter les choses pour faire simple. Mais je rappelle que les CPU Intel de l'époque avaient un décodeur hybride, mélangeant un séquenceur câblé et un séquenceur microcodé. Et la FIFO était en quelque sorte en plein milieu du décodeur, avant le microcode, mais après le reste.
[[File:Intel i80286 arch.svg|centre|vignette|upright=3|Intel 286, microarchitecture.]]
Pour rappel, les CPU 286/386/486 avaient un décodeur coupé en deux : un prédécodeur alimentait un séquenceur microcodé. Le prédécodeur peut décoder des instructions simples, et peut envoyer les autres instructions au microcode. Le prédécodeur est appelé la ''Group Decode ROM'', bien que ce ne soit pas une ROM. Il fournit 15 signaux qui configurent le séquenceur et disent si le décodage doit utiliser ou non le microcode. Il permet aussi de configurer le microcode pour gérer les différents modes d'adressage, ou encore de configurer les circuits câblés en aval du microcode.
Les instructions qui s’exécutent en un seul cycle d'horloge sont décodés sans utiliser le microcode. Leur opcode et les noms de registre sont simplement extraits par le prédécodeur, il n'y a rien de plus à faire. Le prédécodeur les envoie à la file de micro-opérations, et elles sont immédiatement exécutées dans le chemin de données. Les instructions microcodées passent aussi par cette file, mais elles sont envoyés au microcode en sortant de la file. La file en question n'est donc pas tout à fait une file de micro-opérations, ni une file d'instruction. C'est une sorte d'intermédiaire entre les deux, qui peut mémoriser soit des micro-opérations basiques, soit des instructions partiellement décodées à destination du microcode.
[[File:80386DX arch.png|centre|vignette|upright=3|Microarchitecture du 386.]]
Le résultat est un pipeline très simpliste et très peu efficace. Le pipeline fonctionne avec des instructions qui ne passent pas par le microcode. Mais pour les instructions microcodées, le pipeline stalle, il se bloque. Le décodeur, qui sert d'unité d'émission, gèle le pipeline quand il exécute une instruction multicycle. Et cela vaut pour les multiplications et divisions, mais aussi pour tout accès mémoire, instruction ''load-op'' inclues. En pratique, le pipeline n'était presque pas utilisé...
Tout cela montre la difficulté d'intégrer un pipeline sur un processeur microcodé. C'est parfaitement possible en pratique, et nous verrons de nombreux exemples dans la suite. Un chapitre entier sera consacré aux processeurs superscalaires x86, qui ont des pipelines particulièrement complexes. Cependant, le 386 et le 486 avaient peu de transistors et devaient microcoder la plupart de leurs instructions. Cela s'est arrangé avec le temps, notamment avec l'intégration de circuits multiplieur/diviseurs, l'augmentation du nombre de registres, et d'autres optimisations.
===L'''early start'' des CPU Intel 386===
Le 386 avait un système de contournement très rudimentaire, bien différent de tout ce qu'on a vu précédemment. Le contournement était appelé l'''early start'', et faisait du contournement uniquement pour les calculs d'adresse. L'idée est de fournir en avance les opérandes des calculs d'adresse.
Les calculs d'adresse sont réalisés soit par les instructions mémoire, soit par les instructions ''load-op''. Ces instructions ont besoin d'une adresse, éventuellement d'un indice et/ou d'un décalage. Et l'adresse, l'indice ou le décalage peut être calculé par l'instruction qui précède l'accès mémoire. Dans cette situation bien précise, un système de contournement permet de démarrer l'instruction mémoire/''load-op'' un cycle en avance.
Un problème est que l'implémentation était buguée, ce qui a donné naissance au '''''POPAD bug'''''. Après une instruction POPAD, le registre EAX est modifié. Si l'instruction suivante souhaite utiliser ce registre pour un calcul d'adresse, il est possible qu'elle ne voit pas la valeur d'EAX correcte.
==L'Intel 486 : un pipeline fortement couplé==
Les processeurs précédents avaient des pipelines faiblement couplés, ce qui était un moyen de compenser l'absence de mémoire cache et d'architecture Harvard. De tels processeurs ne pouvaient pas charger une instruction et lire/écrire une donnée en même temps. Un pipeline faiblement couplé était assez flexible pour fonctionner dans un tel environnement. Le résultat était loin du maximum théorique qu'on aurait pu obtenir sans ces contraintes, mais le gain en performance était là. Le 486 est passé à un pipeline fortement couplé, avec des étages séparés par des registres.
===Le passage à un pipeline fortement couplé===
Le passage à un pipeline fortement couplé a été rendu possible, ou du moins accompagné, par de nombreux changement dans l'architecture du 486.
La première optimisation est que les opérations basiques se font en un seul cycle d'horloge, pas deux. Les opérations simples en question sont les additions/soustractions, les opérations bit à bit et les décalages. Du moins, à condition qu'elles manipulent uniquement des registres ou des constantes immédiates. Les opérations ''load-op'' ne sont pas concernées, elles stallent le pipeline. Pour le dire autrement : l'étage d'exécution passe à un seul cycle d'horloge, ce qui permet une meilleure utilisation du pipeline et réduit le nombre de stalls.
Une seconde optimisation est l'intégration d'une mémoire cache dans le processeur. Il n'y avait pas encore de cache séparé pour les instructions et les données. Mais le cache était multiport, ce qui permettait de lire/écrire une donnée en chargeant une instruction en même temps. Il n'y a plus besoin de ''prefetch input queue'', et c'est pour cette raison qu'elle a disparue sur le 486.
===Les optimisations du bus mémoire sur le 486===
L'intégration du cache a été complétée par de nombreuses optimisations de l'interface mémoire. Par exemple, le processeur peut effectuer des accès en rafale, chose que les EDO-DRAM de l'époque supportaient. Il avait aussi un ''write buffer'' qui mettait en attente 4 écritures, en sortie du cache, dans l'interface mémoire elle-même. Lors d'une écriture, le processeur écrivait dans le cache et dans ce ''write buffer'', puis continuait son travail sans attendre que l'écriture soit faite en mémoire RAM. Les écritures sont faites en mémoire RAM quand le bus mémoire est libre. Le ''write buffer'' peut mettre 4 écritures en attente, mais le processeur stalle à la cinquième écriture.
Le processeur pouvait effectuer des lectures, même si des écritures sont en attente dans le ''write buffer''. Mais il faut certaines conditions pour que cela ne cause aucun problème. Un processeur moderne ferait du réacheminement lecture sur écriture, à savoir que l'on comparerait la lecture avec les écritures en attente. Si l'adresse lu correspond à une adresse écrite, alors une dépendance est détectée. Mais le 486 utilisait une méthode plus simple, moins performante, mais qui utilise moins de circuits.
A la place, la lecture n'est exécutée en avance que si les écritures en attente sont des succès de cache. Je rappelle que le cache est de type ''write through''. Si les écritures sont des succès de cache, cela veut dire que la donnée a déjà été écrite dans le cache, mais qu'elle attend de l'être en mémoire RAM. Faire une lecture en mémoire implique que celle-ci est un défaut de cache. Le fait d'avoir une lecture en défaut de cache et des écritures en succès de cache implique que la lecture n’accède pas aux données écrites. Cette contrainte garantit que la lecture n'a aucune dépendance avec les écritures en attente. Pas besoin de tester les dépendances, on a juste besoin de mémoriser pour chaque écriture si elle provient d'un succès ou défaut de cache, un bit suffit.
Par contre, faire une lecture en avance ainsi ne peut être fait qu'une seule fois. Les écritures en attente doivent être vidées en mémoire RAM pour que l'on puisse faire une nouvelle lecture en avance. C'est pour éviter qu'une seconde lecture mène à des dépendances mémoire particulières. Pour cela, quand une lecture est exécutée en avance, les écritures en attente sont toutes marquées comme des défauts de cache. D'autres circonstances demandent de marquer les écritures en attente comme des défauts de cache. Par exemple, toute invalidation du cache demande de le faire.
: Vous noterez que si le cache est désactivé, le ''write buffer'' est désactivé, lui aussi.
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Les chapitres précédents ont été assez chargés, et nous ont appris comment fonctionne un pipeline simple. Découper un processeur en étape, gérer les branchements, découpler les étages avec des FIFOs, gérer les dépendances de données, implémenter le contournement. De nombreux processeurs RISC intègrent un pipeline similaire à celui décrit dans les chapitres précédents, souvent implémenté afin d'avoir de bonnes performances. L'implémentation est claire, classique, assez propre. En comparaison, les premiers processeurs Intel avaient des pipeline bien différents, suffisamment pour les aborder dans un chapitre dédié.
Par premiers CPU Intel, nous voulons parler des processeurs avant le Pentium. Il s'agit du 8086, du 286, du 386 et du 486. Le Pentium est un peu particulier, car c'est un processeur superscalaire, ce qui fait qu'on n'en parlera pas ici. Les premiers CPU Intel avaient un pipeline très simple, assez semblable à un pipeline ''Fetch-Decode-Exec''. Cependant, l'implémentation de ce pipeline a été compliquée par plusieurs point de blocage. Le premier est le fait que ce soit des processeurs CISC, avec beaucoup d'instructions microcodées. Le second est l'absence de mémoire cache intégrée (sauf pour le 486) et le fait que ce ne soient pas des architectures Harvard. Il est intéressant de voir les premiers CPU Intel pour voir comment les processeurs CISC se sont débrouillés pour surmonter ces problèmes.
==Les pipelines faiblement et fortement couplés==
L'évolution des processeurs Intel a été une lente transition d'un type de pipeline vers un autre. Le 8086, le 286 et le 386 utilisaient des '''pipelines faiblement couplés''', alors que le 486 utilisait un '''pipeline fortement couplé'''. Les pipelines fortement couplés équilibrent leurs étages au mieux, afin que chaque étage prennent approximativement le même temps. Le résultat est que chaque étage fait son travail en un cycle d'horloge, pas plus. À l'opposé, les pipelines faiblement couplés ont des étages inégaux, dont certains font plusieurs cycles d'horloge.
Précisons que la définition n'interdit pas d'avoir des instructions multicycles. Les accès mémoire et quelques instructions complexes peuvent passer plusieurs cycles dans le même étage. Mais pour les instructions simples, à savoir les additions/soustractions/décalages/opérations bit à bit ; qui ne font pas d'accès mémoire et agissent uniquement sur des registres. Elles doivent idéalement s'exécuter en un seul cycle sur un pipeline fortement couplé. De même, il est possible d'avoir des instructions simples qui prennent plusieurs cycles, à condition qu'elles soient pipelinées. Par exemple, si une addition prend deux cycles, alors elle s'exécute en deux étapes qui peuvent exécuter deux calculs différents en même temps : un dans le premier étage, un autre dans le second étage.
Pour donner un exemple, sur le 286 et le 386, beaucoup d'opérations basiques prenaient plusieurs cycles. Les additions, soustractions, opérations bit à bit et décalages prenaient toutes 2 cycles d'horloge. Et elles n'étaient pas pipelinées, ce qui fait que l'unité de calcul bloquait le pipeline quand une instruction s'exécutait dedans. Et il en est de même avec l'étage de décodage : il pouvait décoder une instructions simples en un seul cycle d'horloge, mais les instructions complexes prenaient plus de temps à décoder.
Les pipelines fortement couplés peuvent exécuter plusieurs instructions en même temps sans trop de problèmes, mais il est fréquent que certains étages soient inutilisés, même dans des circonstances optimales. Au contraire, un pipeline fortement couplé s'approche plus facilement de son optimum théorique. Un pipeline fortement couplé à N étages s'approchera des N instructions exécutées en même temps, alors qu'un pipeline faiblement couplé aura tendance à avoir des étages inutilisés.
===Les pipelines à registres et à FIFO===
Dans les implémentations les plus simples, les pipelines fortement couplés utilisent des registres entre chaque étage, alors que les faiblement couplés n'ont pas de choix : ils doivent utiliser des FIFOs entre chaque étage. L'implémentation est alors plus simple sur les pipelines fortement couplés, mais cela a un prix : au moindre problème (dépendance de données, branchements), le pipeline stalle pour éviter tout problème. Un pipeline faiblement couplé n'a pas ce problème, certains étages peuvent prendre de l'avance au lieu de se bloquer.
Et cette flexibilité en cas de stall explique que le 286 et le 386 utilisaient des pipelines faiblement couplés, comme nous allons le voir. Sans compter que l'implémentation était aussi plus simple. Avoir des étages déséquilibrés permettait une implémentation simple. Il suffisait de placer une file d'instructions et une file de micro-opérations pour obtenir un pipeline ''fetch-decode-exec''. Pas besoin de découper le décodeur pour le pipeliner, pas besoin de pipeliner l'ALU, on les laisse intacts.
Mais il s'agit là des implémentations les plus simples. De nos jours, de nombreux pipelines fortement couplés utilisent des FIFOs pour découpler leurs étages, ce qui permet d'avoir le meilleur des deux mondes. L'usage de files d'instruction et de files de micro-opérations est courante sur les processeurs haute performance modernes. Mais ils combinent celles-ci avec des pipelines équilibrés, où chaque étage fait un cycle d'horloge. Les deux détails, équilibrage des étages et découplage avec des FIFOs, entrainent un gain de performance, qui s'additionne quand on les combine.
==La ''prefetch input queue'' : une file d'instruction==
Les premiers processeurs Intel intégraient une file d’instruction quelque peu particulière, appelée la '''''Prefetch Input Queue''''', terme abrévié en PIQ. Elle a été utilisée sur tous les processeurs avant le Pentium, à savoir les processeurs Intel 8 et 16 bits, ainsi que sur le 286 et le 386.
Avec la PIQ, pendant qu'une instruction est en cours de décodage/exécution, le processeur précharge les instructions suivantes, jusqu'à une limite de 4/6/16/32 octets (la limite dépend du processeur). La ''prefetch input queue'' permet donc d'implémenter une forme de pipeline ''Fetch + Decode/Exec''. Mais il est aussi possible de dire qu'il s'agit d'une technique de préchargement d'instructions, vu qu'elle permet de précharger plusieurs instructions si les circonstances le permettent. La différence entre les deux est assez subtile et les frontières sont assez floues.
La PIQ permet de précharger l'instruction suivante à condition qu'aucun autre accès mémoire n'ait lieu. Les CPU Intel avant le 486 n'avaient pas de cache, ni d'architecture Harvard. La conséquence est qu'il n'est pas possible de lire une instruction et faire un accès mémoire en même temps. Si l'instruction en cours d'exécution effectue des accès mémoire, ceux-ci sont prioritaires sur tout le reste, le préchargement de l'instruction suivante est mis en pause. Le préchargement n'est possible que si l'instruction en cours d'exécution ne travaille que sur des registres.
La PIQ faisait 6 octets sur le 8086 et le 286, puis est montée à 16 octets sur le 386, pour atteindre 32 octets sur le 486. Le 8088, une version simplifiée du 8086, avait une PIQ de 4 octets seulement. La taille idéale de la FIFO dépend de nombreux paramètres. On pourrait croire que plus elle peut contenir d'instructions, mieux c'est, mais ce n'est pas le cas, pour des raisons que nous allons expliquer dans quelques paragraphes.
Vous remarquerez que j'ai exprimé la capacité de la PIQ en octets et non en instructions. La raison est que la PIQ s'est adaptée au fait que le jeu d'instruction x86 a des instructions de taille variable. Ce n'est donc pas tellement une file d'instruction au sens strict. Le jeu d'instruction x86 a des instructions dont la taille varie entre un octet et 15 octets. Vous noterez que la PIQ est mieux exploitée quand les instructions sont courtes, ce qui permet de précharger plus d'instructions.
===L'interaction avec le décodage d'instruction===
La PIQ dispose d'un port d'écriture sur lequel les instructions préchargées sont envoyées, et un port de lecture où le décodeur lit la prochaine instruction à décoder.
La PIQ du 8088 était la plus simple, niveau implémentation. Sur le 8088, tout faisait un octet : le bus de données, les ports de la PIQ, et j'en passe. La PIQ du 8088 était composée de 4 registres de 8 bits, avec un port d'écriture de 8 bits pour précharger les instructions octet par octet, et un port de lecture de 8 bits pour alimenter le décodeur. En clair, tout faisait 8 bits.
Le 8086 était quant à lui un processeur 16 bits, ce qui changeait un peu les choses. Sa PIQ était adaptée à un bus de données de 16 bits, à savoir qu'elle mémorisait ses 6 octets avec 3 registres de 16 bits. Le préchargement des instructions se faisait deux octets à la fois, un registre à la fois, grâce à un port d'écriture de 16 bits. Un détail important est que le préchargement était aligné sur 16 bits en mémoire. Si l'instruction à charger n'était pas alignée sur 16 bits, elle doit être chargée en plusieurs fois. Par exemple, une instruction de 2 octets non-alignée sera chargée en deux fois : un premier accès qui charge deux octets, dont un est oublié, et un second accès pour l'octet restant, dont l'autre octet aussi est oublié.
Par contre, le décodage se faisait un octet à la fois. Le décodeur lit un octet, puis éventuellement le suivant, et ainsi de suite jusqu'à atteindre la fin de l'instruction. Le port de lecture faisait ainsi un octet sur le 8086, comme sur le 8088. Le port de lecture incorporait pour cela un multiplexeur, qui sélectionnait l'octet adéquat dans un registre 16 bits. L'avantage est que le préchargement est plus efficace, car il préchargeait plus d'octets par cycle. Vu que la PIQ ne peut pas précharger d'instruction à chaque cycle, du fait des accès mémoire, le fait de précharger plus à chaque accès compense.
[[File:80186 arch.png|centre|vignette|700px|upright=2|Architecture du 8086, du 80186 et de ses variantes.]]
Le 386 était un processeur 32 bits, ce qui fait que sa PIQ contenait 4 registres de 32 bits et un port d'écriture de 32 bits. Et le port de lecture pour le décodeur d'instruction faisait lui aussi 32 bits. Il était cependant capable de gérer des instructions de 8 et 16 bits. Il pouvait dépiler entre 1 et 4 octets dans la PIQ, suivant la taille de l'instruction voulue. De plus, les instructions préchargées n'étaient pas parfaitement alignées sur 32 bits : une instruction pouvait être à cheval sur deux registres 32 bits. Le processeur incorporait donc des circuits d'alignement, semblables à ceux utilisés pour gérer des instructions de longueur variable avec un registre d'instruction.
===Les signaux de commande entre décodeur et PIQ===
Les instructions varient entre 1 et 15 octets, mais tous ne sont pas utiles au décodeur d'instruction. Le décodeur d'instruction n'a besoin que de deux octets : l'opcode et l'octet Mod/RM qui précise le mode d'adressage et les registres. Les octets de préfixe sont aussi utiles au décodeur, mais la plupart des instructions n'en ont pas. Les constantes immédiates, adresses absolues et décalages, ne passent pas par le décodeur d'instruction. Ils sont lus depuis la PIQ, mais sont copiées dans des registres dédiés, sous la commande du décodeur d'instruction. En clair, le décodeur a besoin de lire deux octets maximum depuis la PIQ, avant de passer à l’instruction suivante. Les autres octets étaient envoyés ailleurs, typiquement dans le chemin de données.
Par exemple, prenons le cas d'une addition entre le registre AX et une constante immédiate. L'opcode était envoyé au décodeur, mais pas la constante immédiate. Elle était lue octet par octet et mémorisée dans un registre temporaire placé en entrée de l'ALU. Idem avec les adresses immédiates, qui étaient envoyées dans un registre d'interfaçage mémoire sans passer par le décodeur d'instruction. Pour cela, la PIQ était connectée au bus interne du processeur. De plus, le décodeur dispose d'une micro-opération pour lire un octet depuis la PIQ et le copier ailleurs dans le chemin de données. Ainsi, l'instruction d'addition entre le registre AX et une constante immédiate était composée de plusieurs micro-opérations : une qui lisait la constante immédiate depuis la PIQ, une seconde qui commande l'ALU et fait le calcul.
Le décodeur devait attendre que qu'un moins un octet soit disponible dans la PIQ, pour la lire. Il lisait alors cet octet et déterminait s'il contenait une instruction complète ou non. Si c'est une instruction complète, il la décodait et l'exécutait, puis passait à l'instruction suivante. Sinon, il lit un second octet depuis la PIQ et continue le décodage. Là encore, le décodeur vérifie s'il a une instruction complète, et lit un troisième octet si besoin, puis rebelote avec un quatrième octet lu, etc.
Un circuit appelé le ''loader'' synchronisait le décodeur d'instruction et la PIQ. Il fournissait deux bits : un premier bit pour indiquer que le premier octet d'une instruction était disponible dans la PIQ, un second bit pour le second octet. Le ''loader'' recevait aussi des signaux de la part du décodeur d'instruction. Le signal ''Run Next Instruction'' entrainait la lecture d'une nouvelle instruction, d'un premier octet, qui était alors dépilé de la PIQ. Le décodeur d'instruction pouvait aussi envoyer un signal ''Next-to-last (NXT)'', un cycle avant que l'instruction en cours ne termine. Le ''loader'' réagissait en préchargeant l'octet suivant. En clair, ce signal permettait de précharger l'instruction suivante avec un cycle d'avance, si celle-ci n'était pas déjà dans la PIQ.
Le décodeur d'instruction dispose aussi de trois micro-opérations SUSP, FLUSH, and CORR, qui agissent sur la PIQ. La micro-opération SUSP stoppe le préchargement des instructions dans la ''Prefetch input queue''. La micro-opération FLUSH réinitialise la PIQ et le préchargement reprend comme avant. Elle sert dans diverses situations. Par exemple, la PIQ était réinitialisée lors du passage du mode réel au mode protégé, et réciproquement. Quelques instructions sont décodées entre les deux modes, ce qui fait que l'on doit vider la PIQ entre les deux modes. L'instruction CORR sert pour gérer les branchements, et expliquer pourquoi demande une section complète, que voici.
===Les problèmes liés aux branchements===
Les branchements posent des problèmes avec la PIQ : si un branchement est pris, toutes les instructions préchargées après sont invalides. Pour éviter cela, la PIQ est réinitialisée quand le processeur détecte un branchement. Le microcode utilise pour cela la micro-opération qui réinitialise la PIQ. Les interruptions posent le même genre de problèmes. Il faut impérativement vider la PIQ quand une interruption survient, avant de la traiter.
La PIQ précharge les instructions séquentiellement, une après l'autre. Pour savoir où elle en est rendue, elle devrait mémoriser l'adresse de la prochaine instruction à précharger dans un '''registre de préchargement''' dédié. Il est censé être séparé du ''program counter'', mais ce n'est pas la solution qui a été utilisée par les ingénieurs d'Intel. À la place, le registre de préchargement remplace le ''program counter''. Après tout, le registre de préchargement n'est qu'un ''program counter'' ayant pris une avance de quelques cycles d'horloge, qui a été incrémenté en avance.
Mais cela pose problème, avec les branchements. Par exemple, certains branchements relatifs demandent de connaitre la véritable valeur du ''program counter'', pas celle calculée en avance. Idem avec les instructions d'appel de fonction, qui demandent de sauvegarder l'adresse de retour exacte, donc le vrai ''program counter''. De telles situations demandent de connaitre la valeur réelle du ''program counter'', celle sans préchargement. Pour cela, le décodeur d'instruction dispose d'une instruction pour reconstituer le ''program counter'', à savoir corriger le ''program coutner'' et éliminer l'effet du préchargement.
La micro-opération de correction se contente de soustraire le nombre d'octets préchargés au registre de préchargement. Le nombre d'octets préchargés est déduit à partir des deux pointeurs intégré à la FIFO, qui indiquent la position du premier et du dernier octet préchargé. Le bit qui indique si la FIFO est vide était aussi utilisé. Les deux pointeurs sont lus depuis la FIFO, et sont envoyés à un circuit qui détermine le nombre d'octets préchargés. Sur le 8086, ce circuit était implémenté non pas par un circuit combinatoire, mais par une mémoire ROM équivalente. La petite taille de la FIFO faisait que les pointeurs étaient très petits et la ROM l'était aussi.
===L'interaction avec le code automodifiant===
Un autre défaut est que la ''Prefetch input queue'' se marie assez mal avec du code auto-modifiant. Un code auto-modifiant est un programme qui se modifie lui-même, en remplaçant certaines instructions par d'autres, en en retirant, en en ajoutant, lors de sa propre exécution. De tels programmes sont rares, mais la technique était utilisée dans quelques cas au tout début de l'informatique sur des ordinateurs rudimentaires. Ceux-ci avaient des modes d'adressages tellement limités que gérer des tableaux de taille variable demandait d'utiliser du code auto-modifiant pour écrire des boucles.
Le problème avec la ''Prefetch input queue'' survient quand des instructions sont modifiées immédiatement après avoir été préchargées. Les instructions dans la ''Prefetch input queue'' sont l'ancienne version, alors que la mémoire RAM contient les instructions modifiées. Gérer ce genre de cas est quelque peu complexe. Il faut en effet vider la ''Prefetch input queue'' si le cas arrive, ce qui demande d'identifier les écritures qui écrasent des instructions préchargées. C'est parfaitement possible, mais demande de transformer la ''Prefetch input queue'' en une mémoire hybride, à la fois mémoire associative et mémoire FIFO. Cela ne vaut que très rarement le coup, aussi les ingénieurs ne s’embêtent pas à mettre ce correctif en place, le code automodifiant est alors buggé.
==Les processeurs 286 et 386 : le découplage du décodage==
Les processeurs 286, 386 et 486 avaient des possibilités de pipeline plus élaborées, qui dépassaient l'usage d'une ''Prefetch Input Queue''. Cependant, ce pipeline est fortement contrarié à cause d'un point : il n'y a pas de mémoire cache sur ces processeurs. La conséquence est que le processeur ne peut pas lire une instruction en même temps qu'il accède à des données. Le pipeline fonctionne donc bien si le processeur n'exécute pas d'accès mémoire, ou que ceux-ci sont peu fréquents. Le CPU peut alors précharger des instructions dans la PIQ, et le pipeline fonctionne. Mais si les accès mémoire sont trop nombreux, le pipeline n'est presque pas utilisé, car il n'y a pas assez d'instructions dans la PIQ.
===La ''Decoded Instruction Queue''===
L'Intel 286 et 386 ont séparé l'étage de décodage et d'exécution, en plus de rajouter des étages pour le calcul d'adresse. Ils avaient un pipeline à 3-6 étages : 3 pour les instructions classiques, 6 pour les instructions mémoire. Il avait un pipeline ''Fetch-Decode-Exec'' pour les instructions classiques, auxquelles il fallait rajouter 3 cycles supplémentaires pour les accès mémoire. Les 3 cycles supplémentaires s'occupaient de la segmentation, de la pagination, et de l'accès au cache lui-même.
Pour cela, les processeurs 286 et 386 ajoutaient une mémoire FIFO en sortie de l'unité de décodage. Du moins, c'est ainsi que l'on peut présenter les choses pour faire simple. Mais je rappelle que les CPU Intel de l'époque avaient un décodeur hybride, mélangeant un séquenceur câblé et un séquenceur microcodé. Et la FIFO était en quelque sorte en plein milieu du décodeur, avant le microcode, mais après le reste.
[[File:Intel i80286 arch.svg|centre|vignette|upright=3|Intel 286, microarchitecture.]]
Pour rappel, les CPU 286/386/486 avaient un décodeur coupé en deux : un prédécodeur alimentait un séquenceur microcodé. Le prédécodeur peut décoder des instructions simples, et peut envoyer les autres instructions au microcode. Le prédécodeur est appelé la ''Group Decode ROM'', bien que ce ne soit pas une ROM. Il fournit 15 signaux qui configurent le séquenceur et disent si le décodage doit utiliser ou non le microcode. Il permet aussi de configurer le microcode pour gérer les différents modes d'adressage, ou encore de configurer les circuits câblés en aval du microcode.
Les instructions qui s’exécutent en un seul cycle d'horloge sont décodés sans utiliser le microcode. Leur opcode et les noms de registre sont simplement extraits par le prédécodeur, il n'y a rien de plus à faire. Le prédécodeur les envoie à la file de micro-opérations, et elles sont immédiatement exécutées dans le chemin de données. Les instructions microcodées passent aussi par cette file, mais elles sont envoyés au microcode en sortant de la file. La file en question n'est donc pas tout à fait une file de micro-opérations, ni une file d'instruction. C'est une sorte d'intermédiaire entre les deux, qui peut mémoriser soit des micro-opérations basiques, soit des instructions partiellement décodées à destination du microcode.
[[File:80386DX arch.png|centre|vignette|upright=3|Microarchitecture du 386.]]
Le résultat est un pipeline très simpliste et très peu efficace. Le pipeline fonctionne avec des instructions qui ne passent pas par le microcode. Mais pour les instructions microcodées, le pipeline stalle, il se bloque. Le décodeur, qui sert d'unité d'émission, gèle le pipeline quand il exécute une instruction multicycle. Et cela vaut pour les multiplications et divisions, mais aussi pour tout accès mémoire, instruction ''load-op'' inclues. En pratique, le pipeline n'était presque pas utilisé...
Tout cela montre la difficulté d'intégrer un pipeline sur un processeur microcodé. C'est parfaitement possible en pratique, et nous verrons de nombreux exemples dans la suite. Un chapitre entier sera consacré aux processeurs superscalaires x86, qui ont des pipelines particulièrement complexes. Cependant, le 386 et le 486 avaient peu de transistors et devaient microcoder la plupart de leurs instructions. Cela s'est arrangé avec le temps, notamment avec l'intégration de circuits multiplieur/diviseurs, l'augmentation du nombre de registres, et d'autres optimisations.
===L'''early start'' des CPU Intel 386===
Le 386 avait un système de contournement très rudimentaire, bien différent de tout ce qu'on a vu précédemment. Le contournement était appelé l'''early start'', et faisait du contournement uniquement pour les calculs d'adresse. L'idée est de fournir en avance les opérandes des calculs d'adresse.
Les calculs d'adresse sont réalisés soit par les instructions mémoire, soit par les instructions ''load-op''. Ces instructions ont besoin d'une adresse, éventuellement d'un indice et/ou d'un décalage. Et l'adresse, l'indice ou le décalage peut être calculé par l'instruction qui précède l'accès mémoire. Dans cette situation bien précise, un système de contournement permet de démarrer l'instruction mémoire/''load-op'' un cycle en avance.
Un problème est que l'implémentation était buguée, ce qui a donné naissance au '''''POPAD bug'''''. Après une instruction POPAD, le registre EAX est modifié. Si l'instruction suivante souhaite utiliser ce registre pour un calcul d'adresse, il est possible qu'elle ne voit pas la valeur d'EAX correcte.
==L'Intel 486 : un pipeline fortement couplé==
Les processeurs précédents avaient des pipelines faiblement couplés, ce qui était un moyen de compenser l'absence de mémoire cache et d'architecture Harvard. De tels processeurs ne pouvaient pas charger une instruction et lire/écrire une donnée en même temps. Un pipeline faiblement couplé était assez flexible pour fonctionner dans un tel environnement. Le résultat était loin du maximum théorique qu'on aurait pu obtenir sans ces contraintes, mais le gain en performance était là. Le 486 est passé à un pipeline fortement couplé, avec des étages séparés par des registres.
===Le passage à un pipeline fortement couplé===
Le passage à un pipeline fortement couplé a été rendu possible, ou du moins accompagné, par de nombreux changement dans l'architecture du 486.
La première optimisation est que les opérations basiques se font en un seul cycle d'horloge, pas deux. Les opérations simples en question sont les additions/soustractions, les opérations bit à bit et les décalages. Du moins, à condition qu'elles manipulent uniquement des registres ou des constantes immédiates. Les opérations ''load-op'' ne sont pas concernées, elles stallent le pipeline. Pour le dire autrement : l'étage d'exécution passe à un seul cycle d'horloge, ce qui permet une meilleure utilisation du pipeline et réduit le nombre de stalls.
Une seconde optimisation est l'intégration d'une mémoire cache dans le processeur. Il n'y avait pas encore de cache séparé pour les instructions et les données. Mais le cache était multiport, ce qui permettait de lire/écrire une donnée en chargeant une instruction en même temps. Il n'y a plus besoin de ''prefetch input queue'', et c'est pour cette raison qu'elle a disparue sur le 486.
Pour les instructions simples, sans accès mémoire, le pipeline faisait seulement 4 à 5 étages :
* un étage pour le ''prefetch'' dans la PIQ ;
* un étage de décodage/prédécodage ;
* un étage pour le microcode ;
* un étage pour l'unité de calcul entière ;
* un étage pour l’enregistrement dans les registres.
Les multiplications/divisions et autres opérations complexes pouvaient rester plusieurs cycles dans l'unité de calcul. Heureusement, c'était des instructions microcodées. Le microcode se chargeait de bloquer les unités de chargement et décodage pendant ce temps, il agissait en quelque sorte comme une sorte d'unité d'émission. Les instructions flottantes ont elles un pipeline plus long, sans possibilité d'émettre des instructions entières en parallèle.
Pour les instructions avec un accès mémoire, les choses sont plus compliquées. Pour simplifier, il faut rajouter trois étages, dont deux pour la mémoire virtuelle : un pour la segmentation, un autre pour la pagination, un dernier pour l'accès au cache. Ils sont insérés entre l'étage pour l'unité de calcul entière et celui d'enregistrement dans les registres. L'étage avec l'ALU entière est utilisé partiellement pour les calculs d'adresse de type Base+indice, il est facultatif si le mode d'adressage n'utilise pas d'indice.
Un point important est que 486 intègre le contournement des lectures, à savoir qu'une donnée lue peut immédiatement être utilisée par l'ALU entière et/ou la FPU au cycle suivant. Cela permet de simplifier l'implémentation des instructions ''load-op'', et améliore les performances en général.
===Les optimisations du bus mémoire sur le 486===
L'intégration du cache a été complétée par de nombreuses optimisations de l'interface mémoire. Par exemple, le processeur peut effectuer des accès en rafale, chose que les EDO-DRAM de l'époque supportaient. Il avait aussi un ''write buffer'' qui mettait en attente 4 écritures, en sortie du cache, dans l'interface mémoire elle-même. Lors d'une écriture, le processeur écrivait dans le cache et dans ce ''write buffer'', puis continuait son travail sans attendre que l'écriture soit faite en mémoire RAM. Les écritures sont faites en mémoire RAM quand le bus mémoire est libre. Le ''write buffer'' peut mettre 4 écritures en attente, mais le processeur stalle à la cinquième écriture.
Le processeur pouvait effectuer des lectures, même si des écritures sont en attente dans le ''write buffer''. Mais il faut certaines conditions pour que cela ne cause aucun problème. Un processeur moderne ferait du réacheminement lecture sur écriture, à savoir que l'on comparerait la lecture avec les écritures en attente. Si l'adresse lu correspond à une adresse écrite, alors une dépendance est détectée. Mais le 486 utilisait une méthode plus simple, moins performante, mais qui utilise moins de circuits.
A la place, la lecture n'est exécutée en avance que si les écritures en attente sont des succès de cache. Je rappelle que le cache est de type ''write through''. Si les écritures sont des succès de cache, cela veut dire que la donnée a déjà été écrite dans le cache, mais qu'elle attend de l'être en mémoire RAM. Faire une lecture en mémoire implique que celle-ci est un défaut de cache. Le fait d'avoir une lecture en défaut de cache et des écritures en succès de cache implique que la lecture n’accède pas aux données écrites. Cette contrainte garantit que la lecture n'a aucune dépendance avec les écritures en attente. Pas besoin de tester les dépendances, on a juste besoin de mémoriser pour chaque écriture si elle provient d'un succès ou défaut de cache, un bit suffit.
Par contre, faire une lecture en avance ainsi ne peut être fait qu'une seule fois. Les écritures en attente doivent être vidées en mémoire RAM pour que l'on puisse faire une nouvelle lecture en avance. C'est pour éviter qu'une seconde lecture mène à des dépendances mémoire particulières. Pour cela, quand une lecture est exécutée en avance, les écritures en attente sont toutes marquées comme des défauts de cache. D'autres circonstances demandent de marquer les écritures en attente comme des défauts de cache. Par exemple, toute invalidation du cache demande de le faire.
: Vous noterez que si le cache est désactivé, le ''write buffer'' est désactivé, lui aussi.
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Les chapitres précédents ont été assez chargés, et nous ont appris comment fonctionne un pipeline simple. Découper un processeur en étape, gérer les branchements, découpler les étages avec des FIFOs, gérer les dépendances de données, implémenter le contournement. De nombreux processeurs RISC intègrent un pipeline similaire à celui décrit dans les chapitres précédents, souvent implémenté afin d'avoir de bonnes performances. L'implémentation est claire, classique, assez propre. En comparaison, les premiers processeurs Intel avaient des pipeline bien différents, suffisamment pour les aborder dans un chapitre dédié.
Par premiers CPU Intel, nous voulons parler des processeurs avant le Pentium. Il s'agit du 8086, du 286, du 386 et du 486. Le Pentium est un peu particulier, car c'est un processeur superscalaire, ce qui fait qu'on n'en parlera pas ici. Les premiers CPU Intel avaient un pipeline très simple, assez semblable à un pipeline ''Fetch-Decode-Exec''. Cependant, l'implémentation de ce pipeline a été compliquée par plusieurs point de blocage. Le premier est le fait que ce soit des processeurs CISC, avec beaucoup d'instructions microcodées. Le second est l'absence de mémoire cache intégrée (sauf pour le 486) et le fait que ce ne soient pas des architectures Harvard. Il est intéressant de voir les premiers CPU Intel pour voir comment les processeurs CISC se sont débrouillés pour surmonter ces problèmes.
==Les pipelines faiblement et fortement couplés==
L'évolution des processeurs Intel a été une lente transition d'un type de pipeline vers un autre. Le 8086, le 286 et le 386 utilisaient des '''pipelines faiblement couplés''', alors que le 486 utilisait un '''pipeline fortement couplé'''. Les pipelines fortement couplés équilibrent leurs étages au mieux, afin que chaque étage prennent approximativement le même temps. Le résultat est que chaque étage fait son travail en un cycle d'horloge, pas plus. À l'opposé, les pipelines faiblement couplés ont des étages inégaux, dont certains font plusieurs cycles d'horloge.
Précisons que la définition n'interdit pas d'avoir des instructions multicycles. Les accès mémoire et quelques instructions complexes peuvent passer plusieurs cycles dans le même étage. Mais pour les instructions simples, à savoir les additions/soustractions/décalages/opérations bit à bit ; qui ne font pas d'accès mémoire et agissent uniquement sur des registres. Elles doivent idéalement s'exécuter en un seul cycle sur un pipeline fortement couplé. De même, il est possible d'avoir des instructions simples qui prennent plusieurs cycles, à condition qu'elles soient pipelinées. Par exemple, si une addition prend deux cycles, alors elle s'exécute en deux étapes qui peuvent exécuter deux calculs différents en même temps : un dans le premier étage, un autre dans le second étage.
Pour donner un exemple, sur le 286 et le 386, beaucoup d'opérations basiques prenaient plusieurs cycles. Les additions, soustractions, opérations bit à bit et décalages prenaient toutes 2 cycles d'horloge. Et elles n'étaient pas pipelinées, ce qui fait que l'unité de calcul bloquait le pipeline quand une instruction s'exécutait dedans. Et il en est de même avec l'étage de décodage : il pouvait décoder une instructions simples en un seul cycle d'horloge, mais les instructions complexes prenaient plus de temps à décoder.
Les pipelines fortement couplés peuvent exécuter plusieurs instructions en même temps sans trop de problèmes, mais il est fréquent que certains étages soient inutilisés, même dans des circonstances optimales. Au contraire, un pipeline fortement couplé s'approche plus facilement de son optimum théorique. Un pipeline fortement couplé à N étages s'approchera des N instructions exécutées en même temps, alors qu'un pipeline faiblement couplé aura tendance à avoir des étages inutilisés.
===Les pipelines à registres et à FIFO===
Dans les implémentations les plus simples, les pipelines fortement couplés utilisent des registres entre chaque étage, alors que les faiblement couplés n'ont pas de choix : ils doivent utiliser des FIFOs entre chaque étage. L'implémentation est alors plus simple sur les pipelines fortement couplés, mais cela a un prix : au moindre problème (dépendance de données, branchements), le pipeline stalle pour éviter tout problème. Un pipeline faiblement couplé n'a pas ce problème, certains étages peuvent prendre de l'avance au lieu de se bloquer.
Et cette flexibilité en cas de stall explique que le 286 et le 386 utilisaient des pipelines faiblement couplés, comme nous allons le voir. Sans compter que l'implémentation était aussi plus simple. Avoir des étages déséquilibrés permettait une implémentation simple. Il suffisait de placer une file d'instructions et une file de micro-opérations pour obtenir un pipeline ''fetch-decode-exec''. Pas besoin de découper le décodeur pour le pipeliner, pas besoin de pipeliner l'ALU, on les laisse intacts.
Mais il s'agit là des implémentations les plus simples. De nos jours, de nombreux pipelines fortement couplés utilisent des FIFOs pour découpler leurs étages, ce qui permet d'avoir le meilleur des deux mondes. L'usage de files d'instruction et de files de micro-opérations est courante sur les processeurs haute performance modernes. Mais ils combinent celles-ci avec des pipelines équilibrés, où chaque étage fait un cycle d'horloge. Les deux détails, équilibrage des étages et découplage avec des FIFOs, entrainent un gain de performance, qui s'additionne quand on les combine.
==La ''prefetch input queue'' : une file d'instruction==
Les premiers processeurs Intel intégraient une file d’instruction quelque peu particulière, appelée la '''''Prefetch Input Queue''''', terme abrévié en PIQ. Elle a été utilisée sur tous les processeurs avant le Pentium, à savoir les processeurs Intel 8 et 16 bits, ainsi que sur le 286 et le 386.
Avec la PIQ, pendant qu'une instruction est en cours de décodage/exécution, le processeur précharge les instructions suivantes, jusqu'à une limite de 4/6/16/32 octets (la limite dépend du processeur). La ''prefetch input queue'' permet donc d'implémenter une forme de pipeline ''Fetch + Decode/Exec''. Mais il est aussi possible de dire qu'il s'agit d'une technique de préchargement d'instructions, vu qu'elle permet de précharger plusieurs instructions si les circonstances le permettent. La différence entre les deux est assez subtile et les frontières sont assez floues.
La PIQ permet de précharger l'instruction suivante à condition qu'aucun autre accès mémoire n'ait lieu. Les CPU Intel avant le 486 n'avaient pas de cache, ni d'architecture Harvard. La conséquence est qu'il n'est pas possible de lire une instruction et faire un accès mémoire en même temps. Si l'instruction en cours d'exécution effectue des accès mémoire, ceux-ci sont prioritaires sur tout le reste, le préchargement de l'instruction suivante est mis en pause. Le préchargement n'est possible que si l'instruction en cours d'exécution ne travaille que sur des registres.
La PIQ faisait 6 octets sur le 8086 et le 286, puis est montée à 16 octets sur le 386, pour atteindre 32 octets sur le 486. Le 8088, une version simplifiée du 8086, avait une PIQ de 4 octets seulement. La taille idéale de la FIFO dépend de nombreux paramètres. On pourrait croire que plus elle peut contenir d'instructions, mieux c'est, mais ce n'est pas le cas, pour des raisons que nous allons expliquer dans quelques paragraphes.
Vous remarquerez que j'ai exprimé la capacité de la PIQ en octets et non en instructions. La raison est que la PIQ s'est adaptée au fait que le jeu d'instruction x86 a des instructions de taille variable. Ce n'est donc pas tellement une file d'instruction au sens strict. Le jeu d'instruction x86 a des instructions dont la taille varie entre un octet et 15 octets. Vous noterez que la PIQ est mieux exploitée quand les instructions sont courtes, ce qui permet de précharger plus d'instructions.
===L'interaction avec le décodage d'instruction===
La PIQ dispose d'un port d'écriture sur lequel les instructions préchargées sont envoyées, et un port de lecture où le décodeur lit la prochaine instruction à décoder.
La PIQ du 8088 était la plus simple, niveau implémentation. Sur le 8088, tout faisait un octet : le bus de données, les ports de la PIQ, et j'en passe. La PIQ du 8088 était composée de 4 registres de 8 bits, avec un port d'écriture de 8 bits pour précharger les instructions octet par octet, et un port de lecture de 8 bits pour alimenter le décodeur. En clair, tout faisait 8 bits.
Le 8086 était quant à lui un processeur 16 bits, ce qui changeait un peu les choses. Sa PIQ était adaptée à un bus de données de 16 bits, à savoir qu'elle mémorisait ses 6 octets avec 3 registres de 16 bits. Le préchargement des instructions se faisait deux octets à la fois, un registre à la fois, grâce à un port d'écriture de 16 bits. Un détail important est que le préchargement était aligné sur 16 bits en mémoire. Si l'instruction à charger n'était pas alignée sur 16 bits, elle doit être chargée en plusieurs fois. Par exemple, une instruction de 2 octets non-alignée sera chargée en deux fois : un premier accès qui charge deux octets, dont un est oublié, et un second accès pour l'octet restant, dont l'autre octet aussi est oublié.
Par contre, le décodage se faisait un octet à la fois. Le décodeur lit un octet, puis éventuellement le suivant, et ainsi de suite jusqu'à atteindre la fin de l'instruction. Le port de lecture faisait ainsi un octet sur le 8086, comme sur le 8088. Le port de lecture incorporait pour cela un multiplexeur, qui sélectionnait l'octet adéquat dans un registre 16 bits. L'avantage est que le préchargement est plus efficace, car il préchargeait plus d'octets par cycle. Vu que la PIQ ne peut pas précharger d'instruction à chaque cycle, du fait des accès mémoire, le fait de précharger plus à chaque accès compense.
[[File:80186 arch.png|centre|vignette|700px|upright=2|Architecture du 8086, du 80186 et de ses variantes.]]
Le 386 était un processeur 32 bits, ce qui fait que sa PIQ contenait 4 registres de 32 bits et un port d'écriture de 32 bits. Et le port de lecture pour le décodeur d'instruction faisait lui aussi 32 bits. Il était cependant capable de gérer des instructions de 8 et 16 bits. Il pouvait dépiler entre 1 et 4 octets dans la PIQ, suivant la taille de l'instruction voulue. De plus, les instructions préchargées n'étaient pas parfaitement alignées sur 32 bits : une instruction pouvait être à cheval sur deux registres 32 bits. Le processeur incorporait donc des circuits d'alignement, semblables à ceux utilisés pour gérer des instructions de longueur variable avec un registre d'instruction.
===Les signaux de commande entre décodeur et PIQ===
Les instructions varient entre 1 et 15 octets, mais tous ne sont pas utiles au décodeur d'instruction. Le décodeur d'instruction n'a besoin que de deux octets : l'opcode et l'octet Mod/RM qui précise le mode d'adressage et les registres. Les octets de préfixe sont aussi utiles au décodeur, mais la plupart des instructions n'en ont pas. Les constantes immédiates, adresses absolues et décalages, ne passent pas par le décodeur d'instruction. Ils sont lus depuis la PIQ, mais sont copiées dans des registres dédiés, sous la commande du décodeur d'instruction. En clair, le décodeur a besoin de lire deux octets maximum depuis la PIQ, avant de passer à l’instruction suivante. Les autres octets étaient envoyés ailleurs, typiquement dans le chemin de données.
Par exemple, prenons le cas d'une addition entre le registre AX et une constante immédiate. L'opcode était envoyé au décodeur, mais pas la constante immédiate. Elle était lue octet par octet et mémorisée dans un registre temporaire placé en entrée de l'ALU. Idem avec les adresses immédiates, qui étaient envoyées dans un registre d'interfaçage mémoire sans passer par le décodeur d'instruction. Pour cela, la PIQ était connectée au bus interne du processeur. De plus, le décodeur dispose d'une micro-opération pour lire un octet depuis la PIQ et le copier ailleurs dans le chemin de données. Ainsi, l'instruction d'addition entre le registre AX et une constante immédiate était composée de plusieurs micro-opérations : une qui lisait la constante immédiate depuis la PIQ, une seconde qui commande l'ALU et fait le calcul.
Le décodeur devait attendre que qu'un moins un octet soit disponible dans la PIQ, pour la lire. Il lisait alors cet octet et déterminait s'il contenait une instruction complète ou non. Si c'est une instruction complète, il la décodait et l'exécutait, puis passait à l'instruction suivante. Sinon, il lit un second octet depuis la PIQ et continue le décodage. Là encore, le décodeur vérifie s'il a une instruction complète, et lit un troisième octet si besoin, puis rebelote avec un quatrième octet lu, etc.
Un circuit appelé le ''loader'' synchronisait le décodeur d'instruction et la PIQ. Il fournissait deux bits : un premier bit pour indiquer que le premier octet d'une instruction était disponible dans la PIQ, un second bit pour le second octet. Le ''loader'' recevait aussi des signaux de la part du décodeur d'instruction. Le signal ''Run Next Instruction'' entrainait la lecture d'une nouvelle instruction, d'un premier octet, qui était alors dépilé de la PIQ. Le décodeur d'instruction pouvait aussi envoyer un signal ''Next-to-last (NXT)'', un cycle avant que l'instruction en cours ne termine. Le ''loader'' réagissait en préchargeant l'octet suivant. En clair, ce signal permettait de précharger l'instruction suivante avec un cycle d'avance, si celle-ci n'était pas déjà dans la PIQ.
Le décodeur d'instruction dispose aussi de trois micro-opérations SUSP, FLUSH, and CORR, qui agissent sur la PIQ. La micro-opération SUSP stoppe le préchargement des instructions dans la ''Prefetch input queue''. La micro-opération FLUSH réinitialise la PIQ et le préchargement reprend comme avant. Elle sert dans diverses situations. Par exemple, la PIQ était réinitialisée lors du passage du mode réel au mode protégé, et réciproquement. Quelques instructions sont décodées entre les deux modes, ce qui fait que l'on doit vider la PIQ entre les deux modes. L'instruction CORR sert pour gérer les branchements, et expliquer pourquoi demande une section complète, que voici.
===Les problèmes liés aux branchements===
Les branchements posent des problèmes avec la PIQ : si un branchement est pris, toutes les instructions préchargées après sont invalides. Pour éviter cela, la PIQ est réinitialisée quand le processeur détecte un branchement. Le microcode utilise pour cela la micro-opération qui réinitialise la PIQ. Les interruptions posent le même genre de problèmes. Il faut impérativement vider la PIQ quand une interruption survient, avant de la traiter.
La PIQ précharge les instructions séquentiellement, une après l'autre. Pour savoir où elle en est rendue, elle devrait mémoriser l'adresse de la prochaine instruction à précharger dans un '''registre de préchargement''' dédié. Il est censé être séparé du ''program counter'', mais ce n'est pas la solution qui a été utilisée par les ingénieurs d'Intel. À la place, le registre de préchargement remplace le ''program counter''. Après tout, le registre de préchargement n'est qu'un ''program counter'' ayant pris une avance de quelques cycles d'horloge, qui a été incrémenté en avance.
Mais cela pose problème, avec les branchements. Par exemple, certains branchements relatifs demandent de connaitre la véritable valeur du ''program counter'', pas celle calculée en avance. Idem avec les instructions d'appel de fonction, qui demandent de sauvegarder l'adresse de retour exacte, donc le vrai ''program counter''. De telles situations demandent de connaitre la valeur réelle du ''program counter'', celle sans préchargement. Pour cela, le décodeur d'instruction dispose d'une instruction pour reconstituer le ''program counter'', à savoir corriger le ''program coutner'' et éliminer l'effet du préchargement.
La micro-opération de correction se contente de soustraire le nombre d'octets préchargés au registre de préchargement. Le nombre d'octets préchargés est déduit à partir des deux pointeurs intégré à la FIFO, qui indiquent la position du premier et du dernier octet préchargé. Le bit qui indique si la FIFO est vide était aussi utilisé. Les deux pointeurs sont lus depuis la FIFO, et sont envoyés à un circuit qui détermine le nombre d'octets préchargés. Sur le 8086, ce circuit était implémenté non pas par un circuit combinatoire, mais par une mémoire ROM équivalente. La petite taille de la FIFO faisait que les pointeurs étaient très petits et la ROM l'était aussi.
===L'interaction avec le code automodifiant===
Un autre défaut est que la ''Prefetch input queue'' se marie assez mal avec du code auto-modifiant. Un code auto-modifiant est un programme qui se modifie lui-même, en remplaçant certaines instructions par d'autres, en en retirant, en en ajoutant, lors de sa propre exécution. De tels programmes sont rares, mais la technique était utilisée dans quelques cas au tout début de l'informatique sur des ordinateurs rudimentaires. Ceux-ci avaient des modes d'adressages tellement limités que gérer des tableaux de taille variable demandait d'utiliser du code auto-modifiant pour écrire des boucles.
Le problème avec la ''Prefetch input queue'' survient quand des instructions sont modifiées immédiatement après avoir été préchargées. Les instructions dans la ''Prefetch input queue'' sont l'ancienne version, alors que la mémoire RAM contient les instructions modifiées. Gérer ce genre de cas est quelque peu complexe. Il faut en effet vider la ''Prefetch input queue'' si le cas arrive, ce qui demande d'identifier les écritures qui écrasent des instructions préchargées. C'est parfaitement possible, mais demande de transformer la ''Prefetch input queue'' en une mémoire hybride, à la fois mémoire associative et mémoire FIFO. Cela ne vaut que très rarement le coup, aussi les ingénieurs ne s’embêtent pas à mettre ce correctif en place, le code automodifiant est alors buggé.
==Les processeurs 286 et 386 : le découplage du décodage==
Les processeurs 286, 386 et 486 avaient des possibilités de pipeline plus élaborées, qui dépassaient l'usage d'une ''Prefetch Input Queue''. Cependant, ce pipeline est fortement contrarié à cause d'un point : il n'y a pas de mémoire cache sur ces processeurs. La conséquence est que le processeur ne peut pas lire une instruction en même temps qu'il accède à des données. Le pipeline fonctionne donc bien si le processeur n'exécute pas d'accès mémoire, ou que ceux-ci sont peu fréquents. Le CPU peut alors précharger des instructions dans la PIQ, et le pipeline fonctionne. Mais si les accès mémoire sont trop nombreux, le pipeline n'est presque pas utilisé, car il n'y a pas assez d'instructions dans la PIQ.
===La ''Decoded Instruction Queue''===
L'Intel 286 et 386 ont séparé l'étage de décodage et d'exécution, en plus de rajouter des étages pour le calcul d'adresse. Ils avaient un pipeline à 3-6 étages : 3 pour les instructions classiques, 6 pour les instructions mémoire. Il avait un pipeline ''Fetch-Decode-Exec'' pour les instructions classiques, auxquelles il fallait rajouter 3 cycles supplémentaires pour les accès mémoire. Les 3 cycles supplémentaires s'occupaient de la segmentation, de la pagination, et de l'accès au cache lui-même.
Pour cela, les processeurs 286 et 386 ajoutaient une mémoire FIFO en sortie de l'unité de décodage. Du moins, c'est ainsi que l'on peut présenter les choses pour faire simple. Mais je rappelle que les CPU Intel de l'époque avaient un décodeur hybride, mélangeant un séquenceur câblé et un séquenceur microcodé. Et la FIFO était en quelque sorte en plein milieu du décodeur, avant le microcode, mais après le reste.
[[File:Intel i80286 arch.svg|centre|vignette|upright=3|Intel 286, microarchitecture.]]
Pour rappel, les CPU 286/386/486 avaient un décodeur coupé en deux : un prédécodeur alimentait un séquenceur microcodé. Le prédécodeur peut décoder des instructions simples, et peut envoyer les autres instructions au microcode. Le prédécodeur est appelé la ''Group Decode ROM'', bien que ce ne soit pas une ROM. Il fournit 15 signaux qui configurent le séquenceur et disent si le décodage doit utiliser ou non le microcode. Il permet aussi de configurer le microcode pour gérer les différents modes d'adressage, ou encore de configurer les circuits câblés en aval du microcode.
Les instructions qui s’exécutent en un seul cycle d'horloge sont décodés sans utiliser le microcode. Leur opcode et les noms de registre sont simplement extraits par le prédécodeur, il n'y a rien de plus à faire. Le prédécodeur les envoie à la file de micro-opérations, et elles sont immédiatement exécutées dans le chemin de données. Les instructions microcodées passent aussi par cette file, mais elles sont envoyés au microcode en sortant de la file. La file en question n'est donc pas tout à fait une file de micro-opérations, ni une file d'instruction. C'est une sorte d'intermédiaire entre les deux, qui peut mémoriser soit des micro-opérations basiques, soit des instructions partiellement décodées à destination du microcode.
[[File:80386DX arch.png|centre|vignette|upright=3|Microarchitecture du 386.]]
Le résultat est un pipeline très simpliste et très peu efficace. Le pipeline fonctionne avec des instructions qui ne passent pas par le microcode. Mais pour les instructions microcodées, le pipeline stalle, il se bloque. Le décodeur, qui sert d'unité d'émission, gèle le pipeline quand il exécute une instruction multicycle. Et cela vaut pour les multiplications et divisions, mais aussi pour tout accès mémoire, instruction ''load-op'' inclues. En pratique, le pipeline n'était presque pas utilisé...
Tout cela montre la difficulté d'intégrer un pipeline sur un processeur microcodé. C'est parfaitement possible en pratique, et nous verrons de nombreux exemples dans la suite. Un chapitre entier sera consacré aux processeurs superscalaires x86, qui ont des pipelines particulièrement complexes. Cependant, le 386 et le 486 avaient peu de transistors et devaient microcoder la plupart de leurs instructions. Cela s'est arrangé avec le temps, notamment avec l'intégration de circuits multiplieur/diviseurs, l'augmentation du nombre de registres, et d'autres optimisations.
===L'''early start'' des CPU Intel 386===
Le 386 avait un système de contournement très rudimentaire, bien différent de tout ce qu'on a vu précédemment. Le contournement était appelé l'''early start'', et faisait du contournement uniquement pour les calculs d'adresse. L'idée est de fournir en avance les opérandes des calculs d'adresse.
Les calculs d'adresse sont réalisés soit par les instructions mémoire, soit par les instructions ''load-op''. Ces instructions ont besoin d'une adresse, éventuellement d'un indice et/ou d'un décalage. Et l'adresse, l'indice ou le décalage peut être calculé par l'instruction qui précède l'accès mémoire. Dans cette situation bien précise, un système de contournement permet de démarrer l'instruction mémoire/''load-op'' un cycle en avance.
Un problème est que l'implémentation était buguée, ce qui a donné naissance au '''''POPAD bug'''''. Après une instruction POPAD, le registre EAX est modifié. Si l'instruction suivante souhaite utiliser ce registre pour un calcul d'adresse, il est possible qu'elle ne voit pas la valeur d'EAX correcte.
==L'Intel 486 : un pipeline fortement couplé==
Les processeurs précédents avaient des pipelines faiblement couplés, ce qui était un moyen de compenser l'absence de mémoire cache et d'architecture Harvard. De tels processeurs ne pouvaient pas charger une instruction et lire/écrire une donnée en même temps. Un pipeline faiblement couplé était assez flexible pour fonctionner dans un tel environnement. Le résultat était loin du maximum théorique qu'on aurait pu obtenir sans ces contraintes, mais le gain en performance était là. Le 486 est passé à un pipeline fortement couplé, avec des étages séparés par des registres.
===Le passage à un pipeline fortement couplé===
Le passage à un pipeline fortement couplé a été rendu possible, ou du moins accompagné, par de nombreux changement dans l'architecture du 486.
La première optimisation est que les opérations basiques se font en un seul cycle d'horloge, pas deux. Les opérations simples en question sont les additions/soustractions, les opérations bit à bit et les décalages. Du moins, à condition qu'elles manipulent uniquement des registres ou des constantes immédiates. Les opérations ''load-op'' ne sont pas concernées, elles stallent le pipeline. Pour le dire autrement : l'étage d'exécution passe à un seul cycle d'horloge, ce qui permet une meilleure utilisation du pipeline et réduit le nombre de stalls.
Une seconde optimisation est l'intégration d'une mémoire cache dans le processeur. Il n'y avait pas encore de cache séparé pour les instructions et les données. Mais le cache était multiport, ce qui permettait de lire/écrire une donnée en chargeant une instruction en même temps. Il n'y a plus besoin de ''prefetch input queue'', et c'est pour cette raison qu'elle a disparue sur le 486.
Pour les instructions simples, sans accès mémoire, le pipeline faisait seulement 4 à 5 étages :
* un étage pour le ''prefetch'' dans la PIQ ;
* un étage de décodage/prédécodage ;
* un étage pour le microcode ;
* un étage pour l'unité de calcul entière ;
* un étage pour l’enregistrement dans les registres.
Les multiplications/divisions et autres opérations complexes pouvaient rester plusieurs cycles dans l'unité de calcul. Heureusement, c'était des instructions microcodées. Le microcode se chargeait de bloquer les unités de chargement et décodage pendant ce temps, il agissait en quelque sorte comme une sorte d'unité d'émission. Les instructions flottantes ont elles un pipeline plus long, sans possibilité d'émettre des instructions entières en parallèle.
Pour les instructions avec un accès mémoire, les choses sont plus compliquées. Pour simplifier, il faut rajouter trois étages, dont deux pour la mémoire virtuelle : un pour la segmentation, un autre pour la pagination, un dernier pour l'accès au cache. Ils sont insérés entre l'étage pour l'unité de calcul entière et celui d'enregistrement dans les registres. L'étage avec l'ALU entière est utilisé partiellement pour les calculs d'adresse de type Base+indice, il est facultatif si le mode d'adressage n'utilise pas d'indice. Le résultat est donc :
* un étage pour le ''prefetch'' dans la PIQ ;
* un étage de décodage/prédécodage ;
* un étage pour le microcode ;
* un étage pour l'unité de calcul entière si mode adressage indicé ;
* ''un étage pour la segmentation'' ;
* ''un étage pour la pagination'' ;
* ''un étage pour l'accès au cache ou à la mémoire RAM'' ;
* un étage pour l’enregistrement dans les registres.
Un point important est que 486 intègre le contournement des lectures, à savoir qu'une donnée lue peut immédiatement être utilisée par l'ALU entière et/ou la FPU au cycle suivant. Cela permet de simplifier l'implémentation des instructions ''load-op'', et améliore les performances en général. Par contre, l'optimisation d'''early start'' du 386 n'est pas implémentée, car trop compliquée.
===Les optimisations du bus mémoire sur le 486===
L'intégration du cache a été complétée par de nombreuses optimisations de l'interface mémoire. Par exemple, le processeur peut effectuer des accès en rafale, chose que les EDO-DRAM de l'époque supportaient. Il avait aussi un ''write buffer'' qui mettait en attente 4 écritures, en sortie du cache, dans l'interface mémoire elle-même. Lors d'une écriture, le processeur écrivait dans le cache et dans ce ''write buffer'', puis continuait son travail sans attendre que l'écriture soit faite en mémoire RAM. Les écritures sont faites en mémoire RAM quand le bus mémoire est libre. Le ''write buffer'' peut mettre 4 écritures en attente, mais le processeur stalle à la cinquième écriture.
Le processeur pouvait effectuer des lectures, même si des écritures sont en attente dans le ''write buffer''. Mais il faut certaines conditions pour que cela ne cause aucun problème. Un processeur moderne ferait du réacheminement lecture sur écriture, à savoir que l'on comparerait la lecture avec les écritures en attente. Si l'adresse lu correspond à une adresse écrite, alors une dépendance est détectée. Mais le 486 utilisait une méthode plus simple, moins performante, mais qui utilise moins de circuits.
A la place, la lecture n'est exécutée en avance que si les écritures en attente sont des succès de cache. Je rappelle que le cache est de type ''write through''. Si les écritures sont des succès de cache, cela veut dire que la donnée a déjà été écrite dans le cache, mais qu'elle attend de l'être en mémoire RAM. Faire une lecture en mémoire implique que celle-ci est un défaut de cache. Le fait d'avoir une lecture en défaut de cache et des écritures en succès de cache implique que la lecture n’accède pas aux données écrites. Cette contrainte garantit que la lecture n'a aucune dépendance avec les écritures en attente. Pas besoin de tester les dépendances, on a juste besoin de mémoriser pour chaque écriture si elle provient d'un succès ou défaut de cache, un bit suffit.
Par contre, faire une lecture en avance ainsi ne peut être fait qu'une seule fois. Les écritures en attente doivent être vidées en mémoire RAM pour que l'on puisse faire une nouvelle lecture en avance. C'est pour éviter qu'une seconde lecture mène à des dépendances mémoire particulières. Pour cela, quand une lecture est exécutée en avance, les écritures en attente sont toutes marquées comme des défauts de cache. D'autres circonstances demandent de marquer les écritures en attente comme des défauts de cache. Par exemple, toute invalidation du cache demande de le faire.
: Vous noterez que si le cache est désactivé, le ''write buffer'' est désactivé, lui aussi.
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Photographie/Personnalités/F/Fernbach
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2026-04-29T16:17:03Z
JackPotte
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JackPotte a déplacé la page [[Fernbach]] vers [[Photographie/Personnalités/F/Fernbach]] sans laisser de redirection : Sous-page du livre
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text/x-wiki
Alfred FERNBACH (1867 Vérone/Italie - 1941 Montréjeau/France est un photographe de Toulon à partir de 1893 jusqu'en 1939, après un rapide passage comme photographe à Marseille. Il travaille au 12 rue Nationale à Toulon notamment en tant que photographe officiel du Casino de Toulon et du Théâtre en réalisant de nombreux portraits d'artistes publiées dans la revue L'Entr'acte et le Passe-Partout
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Le mouvement Wikimédia/Livre audio
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2026-04-29T12:58:02Z
Lionel Scheepmans
20012
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Page créé pour afficher un texte amélioré pour une lecture en voix de synthèse.
[[Catégorie:Le mouvement Wikimédia (livre)]]
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Lionel Scheepmans
20012
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LE MOUVEMENT WIKIMÉDIA
Dernier partage altruiste de la connaissance libre ?
De Lionel Scheepmans
Avec l'aide de la communauté Wikimédia
Quatrième de couverture
Le mouvement Wikimédia, une improbable aventure altruiste et mondiale, au service d'un savoir libre et fiable
Quel est ce seul acteur à but non lucratif présent dans le top 100 des sites les plus visités sur le Web ?
Comment incarne-t-il l’expression la plus visible des valeurs de liberté, d’égalité et de partage, héritées de la révolution numérique et des mouvements sociaux des années 1960 ?
Comment, à partir de Wikipédia et suite à la création d’une quinzaine de projets frères distribués en centaines de versions linguistiques, le mouvement social Wikimédia a imaginé un monde dans lequel le savoir se produit et se partage librement ?
Et comment, en toute autonomie, des dizaines de projets pédagogiques, édités par des millions de bénévoles, soutenus par une fondation et près de 200 associations et groupes locaux, produisent-ils la plus grande intelligence collective au monde ?
Avec de nombreux codes QR, cet ouvrage répond à ces questions, tout en permettant de mieux comprendre le monde global et numérique qui nous entoure.
Lionel Scheepmans est docteur en sciences politiques et sociales, militant de la culture libre et professeur d’anthropologie numérique. Il occupe plusieurs postes d’administrateur au sein du mouvement Wikimédia qu’il observe de manière participative depuis 2011. Ses travaux universitaires, du master à la thèse de doctorat, furent consacrés à l’organisation et aux enjeux de Wikipédia et du mouvement Wikimédia.
Avant-propos
Pour offrir un confort de lecture sur papier sans perdre la puissance du numérique, des codes QR sont affichés tout au long de cet ouvrage. À l’aide d’une tablette ou d’un smartphone, ils offrent un accès direct à ce qui serait coûteux ou impossible à imprimer.
Par exemple, le code QR 1, affiché en fin de page, donne accès directement à la page web qui reprend l’intégralité de l’ouvrage. Une fois sur celle-ci, on peut alors visionner les illustrations en couleur ou les enregistrements qui s’y trouvent et consulter ensuite leurs pages de descriptions en cas de besoin. Cette version numérique comprend aussi de nombreux hyperliens pointant vers Wikipédia et d’autres sites du mouvement Wikimédia, où se trouvent des compléments d’informations et leurs mises à jour.
Pour économiser du papier lors de l’impression, la section regroupant les notes et les références de l’ouvrage n’est disponible qu’au format numérique, mais est directement accessible via le code QR 2 repris ci-dessous. Grâce aux indices de renvoi chiffrés et placés en exposant dans le texte imprimé, il est alors possible, au départ d'un smartphone ou d'une tablette, de retrouver les notes et les références en fonction de leur numérotation. Lorsque la référence correspond à une page web, un lien pointant vers le projet Internet Archive s’y trouve repris, pour garantir un accès aux archives des pages citées dans l’ouvrage, si jamais elles avaient disparu du web. Quant aux pages toujours existantes, elles restent accessibles via leurs hyperliens originels, pour consulter leurs éventuelles évolutions.
Étant donné que ce livre est produit sur une plateforme collaborative, tout le monde est invité à améliorer les prochaines versions. On peut le faire en corrigeant des fautes d’orthographe ou de syntaxe sur les pages web qui constituent les différents chapitres de l’ouvrage, ou encore en apportant des commentaires sur les pages de discussion qui leur sont associées. Cela peut se faire très simplement en cliquant sur « Modifier » , quand on est sur une des pages de chapitre et sur « Ajouter un sujet » , après avoir cliqué sur « Discussion » .
Une page de discussion générale est aussi accessible grâce au code QR 3. Elle permet de commenter le livre dans son ensemble, ou de poser une question à son sujet. Il suffit pour cela d’indiquer un titre dans le champ « Démarrer un nouveau sujet », d’écrire le contenu du message dans l’encadré situé juste en dessous, puis de cliquer sur le bouton « Ajouter un sujet de manière anonyme » pour publier son message.
Enfin, pour ceux qui voudraient agrémenter leur lecture d’un fond sonore relaxant et original, le code QR 4 donne accès à une page web qui diffuse une musique mélodieuse. Celle-ci est composée de sons spécifiquement produits chaque fois qu’une modification est apportée sur un projet Wikimédia, ou qu’un nouveau compte y est créé. Ce dispositif ingénieux offre ainsi aux lecteurs qui le souhaitent une ambiance sonore particulièrement confortable, ainsi qu’une nouvelle expérience immersive au sein du mouvement Wikimédia.
Introduction : Wikimédia n’est pas Wikipédia
Depuis le succès initial de Wikipédia, une myriade de projets de partage des connaissances, d’organisations et de groupes de soutien ont émergé pour former ce qu’on appelle aujourd’hui le mouvement Wikimédia. Même si, à ce jour, l’encyclopédie libre reste l'activité phare du mouvement, il serait regrettable de réduire l’ensemble du mouvement à cet unique projet pédagogique. Malheureusement, il arrive bien trop souvent qu'une seule version linguistique de Wikipédia suffise pour cacher l’étendue de la forêt Wikimédia.
En réalité, Wikimédia représente un mouvement social, international et interculturel complexe, au sein duquel Wikipédia n’est qu’une composante parmi d’autres. Dans le cadre d'un mémoire de master, on peut ainsi fournir en quelques mois une ethnographie du projet Wikipédia en français[1]. Alors que pour synthétiser les origines, l’organisation et les dynamiques globales du mouvement Wikimédia, une thèse de doctorat[2] et cinq années de recul supplémentaires furent nécessaires.
À la fin de l'année 2025, l’ampleur numérique du mouvement est effectivement impressionnante. Chaque mois, des millions de modifications bénévoles sont effectuées sur plus de 500 millions de pages[3], réparties sur plus d’un millier de sites web[4], dont 358 seulement, correspondent aux versions linguistiques de Wikipédia[5]. Ce qui prouve donc clairement que les activités en ligne portées par l'ensemble du mouvement Wikimédia dépassent largement ce qui se passe au sein de l’encyclopédie.
Il existe ainsi huit autres projets pédagogiques susceptibles d'atteindre un jour l'envergure et la notoriété de Wikipédia, avec un objectif et un fonctionnement spécifiques à chacun. De manière détaillée, Wikilivres crée des livres pédagogiques, Wikiversité rassemble des supports d'enseignement et des travaux de recherche, Wikinews fait du journalisme collaboratif, Wikivoyage développe un guide touristique, pendant que Wiktionnaire apporte des définitions des mots de toutes les langues et dans toutes les langues.
Contrairement à Wikipédia, tous ces projets ne sont pas soumis à une neutralité de point de vue, ni limités à l'usage de sources secondaires reconnues, au niveau de la rédaction des articles. La plupart d'entre eux acceptent aussi la publication de travaux de recherche ou de productions personnelles, alors que cela est tout à fait interdit dans Wikipédia.
Selon l'étymologie du mot encyclopédie, le but de Wikipédia est en effet de synthétiser ou, plus précisément, d'encercler le savoir humain déjà préexistant. Cette contrainte éditoriale limite donc les contributeurs et contributrices à l'usage de sources secondaires et tertiaires présentes dans des publications externes au projet. De ce fait, Wikipédia reproduit fatalement les biais systémiques, tels que les déséquilibres et les surreprésentations de genre et de culture, présents dans un monde de l'édition majoritairement occidental. Or, cette impasse éditoriale propre à Wikipédia n'existe pas dans les autres projets pédagogiques.
Comme ces projets frères, Wikipédia n'est pas non plus un projet complètement autonome des autres projets Wikimédia. L'encyclopédie compte en effet sur le projet Wikimedia Commons pour héberger l'ensemble de sa médiathèque. Elle utilise ensuite le contenu du projet Wikidata comme base de données structurée. Quant aux personnes qui produisent l'encyclopédie, elles peuvent aussi puiser leurs sources dans la bibliothèque Wikisource, ou se référer à des citations d'auteurs collectées dans le projet Wikiquote. Tout cela sans oublier que des dizaines de sites web traitent l'archivage permanent de Wikipédia et des autres projets Wikimédia, dans le but de fournir des analyses précieuses et totalement libres d’accès.
Enfin, il faut aussi garder à l'esprit qu'au-delà de tous ces sites web, le mouvement Wikimédia, c'est aussi de nombreuses institutions et organisations affiliées dispersées dans le monde. Autour de la Fondation Wikimédia chargée de la gestion et de l’organisation internationales, avec près de 650 salariés de nationalités diverses[6], se regroupent des centaines d'organisations satellites. Parmi celles-ci, on retrouve 2 associations thématiques[7], 40 associations locales[8], dont Wikimedia Deutschland qui regroupe plus de 170 emplyés[9], et finalement 141 groupes d’utilisateurs et utilisatrices[10].
Tout ce qui vient d'être exposé dans cette introduction justifie donc la nécessité de distinguer le mouvement Wikimédia du projet Wikipédia. Imaginons seulement que l’on se limite à citer Paris pour décrire et comprendre un pays aussi vaste que la France. Certes, Paris est une ville mondialement connue et qui compte plus de deux millions d’habitants et un patrimoine culturel impressionnant. Mais est-ce pour autant qu'il faudrait oublier les autres villes, villages et métropoles françaises ? Sans compter que la France regroupe aussi des départements et des territoires d’outre-mer et qu'elle entretient des relations et des partenariats internationaux qui dépassent de loin ce qui se passe entre Paris et le reste du monde. Ne pas confondre le mouvement Wikimédia avec le projet Wikipédia relève donc du bon sens.
En 2019 cependant, la Fondation Wikimédia a envisagé de se renommer en Fondation Wikipédia et de remplacer le terme « Wikimédia » par celui de « Wikipédia », partout où ce terme est utilisé dans la sphère hors ligne du mouvement. Le but était d’acquérir une plus grande visibilité et d’attirer des milliards de personnes, grâce au nom de marque Wikipédia, considéré comme l’un des plus connus au monde[11]. Ce changement n’a toutefois pas été accepté par de nombreuses personnes actives au sein du mouvement Wikimédia. En janvier 2020, ces opposants ont ainsi créé une page d’appel à commentaires, qui fut le siège d’un long débat[12]. À l’issue de ce dernier, 73 représentants d’organisations affiliées et 984 personnes ont signé une lettre ouverte adressée à la Fondation, qui comprenait le paragraphe suivant[13] :
Depuis 20 ans, les bénévoles ont bâti la réputation de Wikipédia en tant que ressource indépendante et communautaire. Les projets du mouvement Wikimédia, dont Wikipédia, se développent autour de la décentralisation et du consensus. Il est essentiel d’établir des distinctions claires entre la Fondation Wikimédia, les affiliés et les contributeurs individuels. Tout changement qui affecte cet équilibre exige le consentement éclairé et la collaboration des communautés. Il est donc très préoccupant de voir « Wikipédia » présenté pour le nom de l’organisation et du mouvement malgré le mécontentement général de la communauté.
En s’opposant aux idées de la Fondation, ces membres de la communauté Wikimédia ont ainsi fait preuve de sagesse. De plus, ils ont signalé dans de nombreux commentaires que beaucoup de personnes connaissent le mouvement Wikimédia uniquement au travers de son encyclopédie. Il est même étonnant d'observer que la méconnaissance du mouvement existe au sein même de sa propre communauté. Comme exemple, on peut observer que l'article du projet Wikipédia en anglais consacré au mouvement Wikimédia ne s’est développé qu’à partir de 2016[14], tandis que ce même article dans la version francophone de l'encyclopédie n’est apparu qu’en 2019[15]. Quant aux autres versions linguistiques, il est tout aussi étonnant de constater qu'en octobre 2025, seulement 39 d'entre elles sur un total de 358 possédaient un article dédié au mouvement Wikimédia[16].
Tous ces éléments justifient donc la nécessité d’offrir au monde une meilleure connaissance du mouvement Wikimédia et des nombreux projets et organisations qui soutiennent leurs missions de partage du savoir. En ce sens, ce livre est une contribution importante aux défis stratégiques que doit relever le mouvement Wikimédia à l’approche de 2030. Car au-delà des résolutions prises pour développer de nouveaux processus participatifs et délibératifs concernant les questions de marque[17], c’est avant tout un travail d’information et de sensibilisation à destination du grand public qu'il reste à faire.
Première partie : La naissance du mouvement Wikimédia
Il existe dans l'espace web une multitude d’archives permettant de retracer les événements qui ont conduit à la naissance du mouvement Wikimédia. Cette « préhistoire » du mouvement peut notamment être explorée grâce au réseau d’éducation populaire Framasoft, dont le site est apparu environ un an avant la création de la version francophone de Wikipédia. On trouve sur cette plateforme une mine d’informations concernant les logiciels libres et la culture libre. Deux épisodes majeurs de l’histoire de l’informatique et d’Internet, malheureusement méconnus du grand public.
Grâce à Framasoft et bien d’autres associations, il est possible de découvrir l’organisation et les motivations des millions de personnes qui participent au mouvement du logiciel libre. On y apprend que ce mouvement politique et social a été initié en 1983 par Richard Stallman, un programmeur du Massachusetts Institute of Technology (MIT), qui a eu l’idée d’offrir à chacun une alternative à la marchandisation du secteur informatique.
Cette philosophie de libre partage, concrétisée par le projet de Stallman, permit l’essor d’une organisation et d’une éthique de travail originale, développée au sein d’une sous-culture en vogue dans le milieu informatique depuis les années 1950. Celle-ci fut documentée dans de nombreux ouvrages, dont « L’éthique hacker »[18], un livre remarquable, dans lequel le philosophe finlandais, Pekka Himanen, analyse en détail les origines de la culture hacker. Un simple extrait de sa quatrième de couverture[19], repris ci-dessous, permet d’appréhender la manière de penser de ces informaticiens, rejoints par Richard Stallman durant ses études universitaires, avant d'en devenir l’une des figures les plus charismatiques.
On considérait jusqu’à présent le « hacker » comme un voyou d’Internet, responsable d’actes de piratage et de vols de numéros de cartes bancaires. Le philosophe Pekka Himanen voit au contraire les hackers comme des citoyens modèles de l’ère de l’information. Il les considère comme les véritables moteurs d’une profonde mutation sociale. Leur éthique, leur rapport au travail, au temps ou à l’argent, sont fondés sur la passion, le plaisir ou le partage. Cette éthique est radicalement opposée à l’éthique protestante, telle qu’elle est définie par Max Weber, du travail comme devoir, comme valeur en soi, une morale qui domine encore le monde aujourd’hui.
En introduisant cette première partie d'ouvrage de la sorte, nous pouvons déjà comprendre que le mouvement Wikimédia plonge ses racines dans une transition culturelle remplie d’utopie[20]. Une utopie qui s’oppose notamment à ce que l’historien et anthropologue Karl Polanyi[21] désignait, en 1944 déjà, comme un libéralisme économique qui « subordonne les objectifs humains à la logique d’un mécanisme de marché impersonnel »[22]. Étape par étape et en commençant par analyser cette utopie spécifiquement au niveau du mouvement Wikimédia, voyons maintenant ce qui s'est passé tout au long de cette révolution culturelle numérique.
Chapitre 1 : L'utopie Wikimédia
Au fil du temps, Wikipédia fut perçu comme une utopie en marche[23], puis comme une utopie réalisée[24], et finalement comme la dernière utopie collective du Web[25]. Mais qu'en est-il de l'ensemble du mouvement Wikimédia ? Pour nous aider à comprendre ce qui se passe dans la dimension numérique de ce mouvement, voici une métaphore qui décrit un quartier établi au sein d'une ville, imaginée au départ de l'espace web ». Dans cette ville imaginaire, Internet représenterait le réseau routier, pendant que des serveurs informatiques feraient office de bâtiments, et que les pages web qu'ils hébergent, constitueraient les différentes pièces de ces édifices.
Le quartier Wikimédia rassemblerait ainsi plus d’un millier de bâtiments. Au sein de ceux-ci et à l’exception de quelques lieux administratifs, chaque pièce peut être visitée gratuitement, mais aussi modifiée au niveau de son contenu. On peut ainsi y ajouter de nouvelles choses, telles que du texte, des photos, des vidéos ou des documents sonores, et même changer ou supprimer ce qui a été créé ou modifié par d’autres. Tout cela, bien sûr, dans le but de rendre ces endroits plus esthétiques, ou plus authentiques et en tenant compte des différentes idées et des éventuelles oppositions de point de vue concernant les aménagements. Pour faciliter l'entente entre les personnes qui s'investissent dans les modifications, chaque pièce des bâtiments Wikimédia possède un espace annexe dédié à la discussion.
Dans la plupart des bâtiments Wikimédia, une personne malintentionnée peut même faire disparaitre tout le contenu d'une pièce. Néanmoins, dans la seconde qui suit, un robot remettra tout en place, avant de transmettre un message concernant le traitement du vandalisme. Lorsqu'une action plus discrète n'est pas détectée par un robot, c'est alors quelqu'un qui surveille la pièce qui prendra le relais pour annuler les changements malveillants et contacter la personne responsable. En cas de multirécidive, celle-ci peut se voir privée de sa capacité de modifier les pièces, soit dans le bâtiment vandalisé, soit dans tout le quartier quand cela se justifie. Après discussion, cette sanction sera mise en application par un administrateur ou une administratrice bénévole, choisi ou choisie par l'ensemble des autres bénévoles qui prennent soin des bâtiments.
On comprend donc que tout le monde peut enrichir, mais également surveiller et protéger les richesses partagées dans le quartier Wikimédia. Il suffit pour cela de rejoindre le mouvement en se créant un compte. Cela permet de profiter de nombreux outils, dont notamment un système qui envoie des notifications, dès qu'une pièce que l'on veut surveiller est modifiée.
Pour créer ce compte, pas besoin de fournir une adresse ou un numéro de téléphone. Les seules informations personnelles indispensables au bon fonctionnement du quartier Wikimédia sont les adresses IP des visiteurs. Lors des visites et contrairement à ce qui se passe dans les quartiers commerciaux de la grande ville numérique, tels que les GAFAM, NATU, BATX, le quartier Wikimédia ne récolte et ne vend aucune donnée à des fins d'exploitation.
Même les adresses IP enregistrées par le système ne sont pas visibles par les autres visiteurs. Elles sont remplacées par les noms et les pseudonymes fournis lors de la création des comptes, ou masquées par des comptes temporaires pour les modifications faites par des personnes non connectées. Seules quelques personnes accréditées par la communauté pour effectuer des contrôles d’usurpation d’identité ont accès à ces informations[26]. C’est là une précaution nécessaire au bon déroulement des votes qui succèdent parfois aux recherches de consensus concernant l'aménagement du quartier Wikimédia.
Dans cette ville numérique que constituerait l'espace web, Wikimédia apparait ainsi comme le plus grand quartier dédié au partage de la connaissance. Tout d'abord, il y a les plus de 350 bâtiments Wikipédia, chacun dédié à une version linguistique de l'encyclopédie. Puis, toujours séparés en versions linguistiques, on trouve ensuite les bibliothèques Wikilivres et Wikisource, les bâtiments lexicaux multilingues Wiktionnaire, le centre journalistique Wikinews, le centre pédagogique et de recherche Wikiversité, le centre d'informations touristique Wikivoyage, le répertoire des êtres vivants Wikispecies et enfin l'institut des citations d’auteurs Wikiquote. Cela sans oublier le musée médiatique Wikimedia Commons et la banque Wikidata, reconnue comme étant la plus grande banque d’informations structurées au monde. Deux bâtiments dont l'une des fonctions principales communes est d’enrichir les pièces situées dans les autres buildings du quartier Wikimédia.
Dans tous ces immeubles, il arrive souvent que plus de la moitié des étages soient uniquement attribués à l'organisation des activités qui s'y déroulent. Chaque bâtiment peut aussi compter sur le soutien d'autres édifices tels que MediaWiki, Wikitech, Phabricator, qui sont trois lieux entièrement dédiés aux maintenances techniques sur l'ensemble du quartier. Concernant les aspects administratifs, c'est dans le bâtiment Méta-Wiki que s'opère la gouvernance générale du quartier, alors que les courriers adressés à ce dernier sont traités en première ligne dans le bâtiment Wikimedia VRT. À la suite de quoi, il ne reste plus qu'à citer le bâtiment Wikimedia outreach, pour des initiatives de sensibilisation, et le bâtiment du journal Diff Wikimedia, comme lieu de publication d'actualités sur le mouvement.
En dehors de certains aspects techniques, tous ces bâtiments sont exclusivement régis par des communautés bénévoles, qui sont toujours prêtes à accueillir de nouveaux membres. Les seuls immeubles du quartier qui diffèrent de ce principe sont les bâtiments vitrines de la Fondation Wikimédia et des autres associations Wikimédia qui engagent du personnel. Quant au bâtiment du conseil d'administration de la Fondation, des raisons officielles justifient le fait que la modification de ses pièces est réservée à ces membres et aux employés qui les soutiennent.
Face à tant d'utopies, il devient légitime de vouloir comprendre comment tout cela fut rendu possible. Or, pour répondre à cette question, il faut alors parcourir tout un pan de l'histoire de la révolution numérique, depuis la contre-culture des années 1960 jusqu'à nos jours. On y découvre que les pionniers du réseau Internet étaient des chercheurs et étudiants en informatique, fortement influencés par de nouvelles idéologies, telles que celles qui furent à la source des évènements de mai 68 en France. C'est donc de là que naîtra la philosophie de partage, de liberté, de décentralisation et ce mode d’organisation tout à fait spécifique, que l'on observe aujourd'hui au sein du mouvement Wikimédia.
Il y eut tout d'abord la création d'Internet, comme réseau mondial de communication en libre accès, puis le développement du World Wide Web, qui a grandement facilité les interactions humaines à l’échelle planétaire. Par la suite, ce fut l'arrivée du Web 2.0, caractérisé par l'apparition de nouveaux sites web directement modifiables à l'aide d’un simple navigateur. Or, parmi ceux-ci se trouvent les moteurs de Wiki, dont le plus puissant d’entre eux, MediaWiki, est un logiciel libre développé par la Fondation Wikimédia. Le moment est donc venu d'en savoir plus sur ce type de programme informatique, ainsi que sur le mouvement du logiciel libre, qui a fortement influencé la philosophie et les valeurs véhiculées au sein du mouvement Wikimédia.
Chapitre 2 : Le mouvement du logiciel libre
L’un des premiers épisodes de la préhistoire de Wikipédia et du mouvement Wikimédia débuta en septembre 1983, lorsqu’un programmeur du Massachusetts Institute of Technology, appelé Richard Stallman, déposa un message sur la liste de diffusion net.unix-wizards. C’était un appel d’aide pour la création de GNU, un nouveau système d’exploitation qui devait réunir une suite de programmes que tout le monde pourrait utiliser librement sur son ordinateur personnel[27]. Dans son message transmis via ARPANET, le premier réseau informatique à grande échelle qui précéda Internet, Stallman s’exprimait de la sorte[28] :
Je considère comme une règle d’or que si j’apprécie un programme je dois le partager avec d’autres personnes qui l’apprécient. Je ne peux pas en bonne conscience signer un accord de non-divulgation ni un accord de licence de logiciel. Afin de pouvoir continuer à utiliser les ordinateurs sans violer mes principes, j’ai décidé de rassembler une quantité suffisante de logiciels libres, de manière à pouvoir m’en tirer sans aucun logiciel qui ne soit pas libre.
Le projet de Stallman, qui reçut le soutien nécessaire à son accomplissement, marqua ainsi le début de l’histoire du logiciel libre. Quant à la quantité d’aide fournie, elle permet de croire que Richard Stallman n’était pas seul à voir l’arrivée des logiciels propriétaires d’un mauvais œil. Car pour les membres du projet GNU et du mouvement du logiciel libre en général, un bon programme informatique doit respecter ces quatre libertés fondamentales[29] :
1. La liberté d’exécuter le programme, pour tous les usages.
2. La liberté d’étudier le fonctionnement du programme, et de l’adapter à vos besoins.
3. La liberté de redistribuer des copies, donc d’aider votre voisin.
4. La liberté d’améliorer le programme, et de publier vos améliorations, pour en faire profiter toute la communauté.
Lors de l'apparition du logiciel libre, le marché de l’informatique était de fait en pleine mutation. L'habituel partage des codes informatiques entre les rares étudiants ou chercheurs qui bénéficiaient d’un accès à un ordinateur faisait l'objet d'une remise en question. Ce changement faisait notamment suite au Copyright Act de 1976, une nouvelle loi qui autorisait l'application d'un droit d'auteur sur le code informatique, et donc qui permettait d'en interdire le partage ou la réutilisation sans autorisation. Des clauses de confidentialité ont ainsi fait leur apparition, pendant que les employés des firmes informatiques étaient nouvellement soumis à des contrats de confidentialité. C'était la fin de l’entraide et de la solidarité pratiquées chez les pionniers de l’informatique. À sa place s'installaient la concurrence et la compétitivité, bien connues dans le système capitaliste marchand.
Cette mutation coïncidait avec l’arrivée des premiers ordinateurs de taille réduite. Grâce à l’apparition des premiers circuits intégrés, les premiers exemplaires avaient en effet été créés par l’industrie aérospatiale au début des années 1960. Cependant, il fallut attendre le début des années 1980 pour que le prix d’un ordinateur soit suffisamment bas pour en faire un bien de grande consommation.
C’est ainsi qu’en 1982, le Commodore 64 entrait dans le livre Guinness des records, avec plus de 17 millions d’exemplaires vendus dans le monde[30]. Juste avant cela, en 1981, l’IBM Personal Computer avait déjà fait son apparition, en proposant une architecture ouverte qui allait servir de modèle pour toute une gamme d’ordinateurs que l’on désigne toujours aujourd’hui par l’acronyme « PC ».
Pour faire fonctionner ses nouveaux modèles d'ordinateurs, la société IBM avait confié à l’entreprise Microsoft, créée en 1975, la mission de les équiper d’un système d’exploitation. Le contrat signé entre les deux firmes fut une véritable aubaine pour le fournisseur des programmes informatiques. Car sans s'en apercevoir, et sans jamais anticiper que son matériel serait cloné à grande échelle, celle-ci avait en effet permis à Microsoft d'établir un monopole dans la vente de logiciels. Cela fut condamné pour abus de position dominante[31] et vente liée du logiciel avec le matériel informatique[32], mais sans pour autant empêcher Bill Gates, le principal actionnaire de Microsoft, d'être l'homme le plus riche du monde en 1994.
Toutefois, pendant que Microsoft renforçait sa position dominante, un nouvel événement majeur allait marquer l’histoire du logiciel libre. Celui-ci fut de nouveau déclenché par un appel à contribution, qui fut cette fois posté le vingt-cinq août 1991 par un jeune étudiant en informatique de 21 ans, appelé Linus Torvalds. Via le système de messagerie Usenet, sa demande avait été posté dans une liste de diffusion consacrée au système d’exploitation Minix, une sorte d’UNIX simplifié et développé dans un but didactique, par le programmeur Andrew Tanenbaum.
Loin d’imaginer que cela ferait de lui une nouvelle célébrité dans le monde du Libre[33], Torvalds entama son message par le paragraphe suivant[34] :
Je fais un système d’exploitation (gratuit) (juste un hobby, ne sera pas grand et professionnel comme gnu) pour les clones 386 (486) AT. Ce projet est en cours depuis avril et commence à se préparer. J’aimerais avoir un retour sur ce que les gens aiment ou n’aiment pas dans minix, car mon système d’exploitation lui ressemble un peu (même disposition physique du système de fichiers (pour des raisons pratiques) entre autres choses)[35].
Bien qu’il fût présenté comme un passe-temps, le projet qui répondait au nom de « Linux », fut rapidement soutenu par des milliers de programmeurs du monde entier, avant de devenir la pièce manquante du projet GNU. En effet, les contributeurs au projet de Stallman n’avaient pas encore terminé l’écriture du code informatique du noyau Hurd, alors qu'il était censé établir la communication entre la suite logicielle produite par GNU et le matériel informatique. C'est donc la fusion des codes produits par les projets GNU et Linux qui permit la création du premier système complet, stable et entièrement libre baptisé GNU/Linux.
Au départ de ce nouveau système informatique, de nombreuses variantes, que l’on nomme communément « distributions », furent créées par des programmeurs de tous horizons. L’une de celles-ci s’intitule Debian et tire sa réputation d'être simultanément libre, gratuite, très fiable et produite par une communauté sans lien direct avec une société commerciale[36]. Quatre qualités qui expliquent pourquoi, Debian est utilisé dans plus de 150 distributions dérivées, mais aussi par de nombreuses entreprises et organisations, à l’image de la Fondation Wikimédia, qui l’utilise sur ses serveurs, pour héberger les projets qu'elle supporte[37].
Grâce à la naissance des logiciels libres, le mouvement Wikimédia a donc la possibilité de faire tourner ses serveurs informatiques, avec un système d’exploitation fiable, libre et gratuit. Comme son code source est ouvert, cela permet aussi à la Fondation Wikimédia de le modifier pour répondre aux besoins spécifiques du mouvement. À la suite de quoi, et selon les règles formulées par la communauté du logiciel libre, les modifications faites par la Fondation deviennent à leur tour, gratuitement et librement, utilisables par d’autres personnes ou organismes.
À ce premier héritage reçu par le mouvement Wikimédia et toujours en provenance des logiciels libres, s’ajoute une innovation méthodologique. Dans son article La Cathédrale et le Bazar[38], Eric Raymond mobilise en effet le terme « cathédrale » pour désigner le mode de production des logiciels propriétaires, en opposition au mot « bazar », qu'il utilise pour qualifier le mode de développement des logiciels libres. D’un côté, il décrit une organisation pyramidale, rigide et statutairement hiérarchisée, comme on peut la voir souvent au sein des entreprises. Tandis que de l’autre, il parle d’une organisation horizontale, flexible et peu hiérarchisée, qu’il a lui-même expérimentée en adoptant le style de développement de Linus Torvalds, à savoir : « distribuez vite et souvent, déléguez tout ce que vous pouvez déléguer, soyez ouvert jusqu’à la promiscuité »[39].
À l’instar de la métaphore du quartier numérique présentée dans le précédent chapitre, cette manière de décrire les projets open source nous aide donc ici à mieux comprendre ce qui se passe dans le mouvement Wikimédia. D'un côté, on retrouve effectivement cette « ouverture jusqu’à la promiscuité », dans le libre accès accordé aux projets Wikimédia, alors que de l'autre, tout le monde peut participer aux projets Wikimédia, qu'ils soient en ligne ou hors ligne.
Ces deux observations corroborent donc l’existence d’un deuxième héritage en provenance du mouvement du logiciel libre. Néanmoins, il nous reste encore à découvrir un phénomène négligé par Eric Raymond durant ses observations, et qui pourtant, une important, a considérablement influencé l'histoire de la révolution numérique. Il s’agit de l’apparition de la licence libre, de la philosophie qu'elle sous-tend, et du mouvement de la culture libre, dont elle fut à l’origine.
Chapitre 3 : Les licences et la culture libres
Dans une biographie autorisée[40], Christophe Masutti explique à quel point la création de la Licence publique générale GNU, en tant que première licence libre créée par Richard Stallman, représente un épisode majeur de la révolution numérique. Selon lui :
La GPL apparaît comme l’un des meilleurs hacks de Stallman. Elle a créé un système de propriété collective à l’intérieur même des habituels murs du copyright. Surtout, elle a mis en lumière la possibilité de traiter de façon similaire « code » juridique et code logiciel.
Le concept de distribution associé à ce nouveau type de licence fut baptisé « copyleft », par inspiration d’un jeu de mots que Richard Stallman avait trouvé dans un courrier transmis par son collègue Don Hopkins[41]. Le principe novateur de ce concept est d'obliger toute production de code dérivé à se soumettre à la même licence libre que le code d’origine[42]. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle beaucoup de gens parlent de licence « virale » ou « récursive » en faisant référence à celle-ci. Quant à l'importance de cette clause, elle repose sur le fait d'interdire toute privatisation d'un code informatique produit sous licence libre. Sans celle-ci, un tel code risque en effet d'être récupéré, puis modifié, avant d’être placé sous un habituel copyright de type « tous droits réservés », dans le but de commercialiser son usage.
En 2001 et dans la mouvance provoquée par l'arrivée des premières licences libres, une organisation internationale sans but lucratif, intitulée Creative Commons, a entamé la promotion du « partage et la réutilisation de la créativité et des connaissances grâce à la fourniture d’outils juridiques gratuits ». Pour ce faire, elle met régulièrement à jour une panoplie de licences inspirées par la GNU, mais spécialement adaptées aux œuvres de l'esprit[43], telles que les productions littéraires, musicales, photographiques et vidéo, ainsi que les bases de données.
Contrairement aux licences libres fournies par la Free Software Foundation, conçues pour protéger du code informatique, les licences produites par Creative Commons offrent la possibilité de sélectionner différentes clauses pour protéger une œuvre libre. Avec le label CC, pour Creative Commons, on peut ainsi appliquer, ou ne pas appliquer, la clause « BY », qui oblige à créditer l'auteur, et la clause « SA », pour Share Alike, qui ordonne le partage à l’identique comme décrit précédemment. Après quoi il est encore possible d'ajouter la clause « NC », qui impose un usage non commercial, et finalement, la clause « ND », pour Non Derivative, qui exige que l’œuvre soit utilisée ou reproduite dans son intégralité et sans modification.
Le mouvement Wikimédia a choisi la licence CC.BY-SA pour protéger les contenus publiés dans tous ses projets. Cela à l'exception de la banque de données Wikidata, qui au même titre que les descriptions apportées aux fichiers téléchargés dans la médiathèque Wikimedia Commons[44], publie ses informations structurées sous licence CC0. Cette dernière licence proposée par creative commons est ce qui se rapproche le plus du domaine public, avec pour avantage de ne pas devoir mentionner les auteurs dans le traitement et la réutilisation du contenu de la base de données.
Cependant, il en résulte que les informations en question peuvent être réutilisées par des tiers qui ne sont plus obligés de citer leurs sources, comme le font les agents conversationnels des intelligences artificielles génératives, appelés couramment chatbots. Contrairement à la licence CC.BY-SA, la licence CC0 est donc moins apte à pérenniser les projets Wikimédia, puisqu'elle permet d'invisibiliser ces derniers au risque de réduire les chances d'arrivée de nouveaux contributeurs et contributrices. De plus, sans la clause SA qui assure l'application du copyleft, toutes les informations récupérées au sein de Wikidata et de Wikimedia Commons sont aussi susceptibles de quitter le monde du libre, une fois traitées par des entreprises commerciales.
Quoi qu’il en soit, les licences Creative Commons, inspirées par la licence libre de Richard Stallman, apparaissent finalement comme un troisième héritage en provenance du mouvement du logiciel libre et de la culture libre qui en est issue. Grâce à la licence CC.BY-SA, les éditeurs des projets Wikimédia bénéficient effectivement d'une certaine reconnaissance, tout en étant assurés qu'aucun copyright sur leurs travaux ne puisse profiter exclusivement à une personne ou une compagnie. Cela pendant que la licence libre appliquée au système d'exploitation installé sur les serveurs Wikimédia garantit, pour sa part, un certain respect des contributeurs, puisqu'elle permet de vérifier si le code informatique ne compromet pas leurs vies privées.
Avec tous les autres apports en provenance du logiciel libre, ce sont là deux choses importantes qui ont permis l'apparition du mouvement Wikimédia. Toutefois, cela ne pouvait pas suffire à la création du projet Wikipédia qui en fut le point de départ. Car sans l'espace numérique, mondial et libre d’accès, créé par Internet et l'espace web, aucune encyclopédie collaborative de cette envergure n'aurait pu voir le jour.
Chapitre 4 : Le réseau Internet
L’histoire du réseau Internet constitue un nouvel épisode captivant de la révolution numérique, sans lequel le mouvement Wikimédia n’aurait jamais pu émerger. D’un point de vue purement technique, ce réseau informatique a été mis au point dans les années 1970, avant l’adoption généralisée du protocole TCP/IP, toujours en usage à ce jour. Ce dernier fut inventé par Vint Cerf et Robert Elliot Kahn, quand ils travaillaient pour la Defense Advanced Research Projects Agency, rattachée au département de la Défense américaine[45]. L'une des premières présentations de leur projet fut, entre autres, réalisée lors d’une conférence organisée par l’International Network Working Group, une instance créée pour assurer la gouvernance mondiale du réseau informatique.
Sur base de ces informations, on peut penser qu’Internet a été créé par des militaires. Cependant, Une contre-histoire de l’Internet[46], nous révèle que les créateurs et les premiers utilisateurs d’ARPANET, considéré comme l’ancêtre d’Internet, étaient davantage des étudiants hippies et amateurs de LSD, que des militaires bien drillés. D’ailleurs, avant la standardisation du protocole TCP/IP, ARPANET fonctionnait depuis plus d’un an avec un autre protocole de transition intitulé Network Control Program. Or, celui-ci avait été mis au point, en février 1969, par le Network Working Group, un groupe informel d’étudiants rassemblés autour de Steve Crocker, lorsqu’il ne détenait encore qu’une simple licence.
Bien que rarement cité dans l’histoire d’Internet, ce groupe a pourtant mis en place la procédure RFC, pour Request For Comments, reconnue comme « l’un des symboles forts de la "culture technique" de l’Internet, marquée par l’égalitarisme, l’autogestion et la recherche collective de l’efficience »[47]. Soit trois principes et une procédure, qui aujourd’hui encore sont appliqués sur le site Méta-Wiki, dans lequel s'organise la gestion communautaire du mouvement Wikimédia. Cela alors qu'au sein des projets pédagogiques, d’autres processus similaires de recherche de consensus ont fait leur apparition.
Il faut ensuite savoir que les liens entre ARPANET et l’armée ont disparu avec l’apparition du MILNET, un réseau entièrement dédié aux activités militaires, rebaptisé NIPRNet, pour Non-classified Internet Protocol Router Network, en 1990. Après une séparation définitive en 1983, précisément l’année où Richard Stallman postait sa demande d’aide pour le projet GNU, le réseau ARPANET resta uniquement dédié à la recherche et au développement[48]. À cette époque, le réseau ne comprenait pas plus de 600 machines connectées[49], ce qui n'a donc rien de comparable avec ce vaste réseau informatique mondial que nous connaissons aujourd’hui, et qui fut fortement développé au cours des années 1990.
Pour en assurer l’entretien technique, une organisation non gouvernementale, a été créée en 1992, sous l'appellation d’Internet Society. Celle-ci devait aussi veiller au respect des valeurs fondamentales liées au bon fonctionnement du réseau[50]. Car avant d'atteindre des milliards d’appareils connectés, il a d’abord fallu réglementer les nombreuses dorsales internet intercontinentales, sans lesquelles la transmission du protocole TCP/IP partout dans le monde n'aurait pas été possible.
Pour en revenir à l’état d’esprit des créateurs d'Internet, un article intitulé Quarante ans après : mais qui donc créa l’internet ? apporte un éclairage particulièrement intéressant au sujet des liens que l'on peut établir entre le mouvement Wikimédia et l'histoire d'Internet. Dans son témoignage, Michel Elie, cet ingénieur en informatique, membre du Network Working Group cité précédemment, et responsable de l’Observatoire des Usages de l’Internet, nous explique effectivement ceci.
Le succès de l’internet, nous le devons aux bons choix initiaux et à la dynamique qui en est résultée : la collaboration de dizaines de milliers d’étudiants, ou de bénévoles apportant leur expertise, tels par exemple ces centaines de personnes qui enrichissent continuellement des encyclopédies en ligne telles que Wikipédia.[51]
Au courant des années 1990, le milieu informatique universitaire semblait donc toujours fortement imprégné des idéaux de la contre-culture des années 1960, produit par les baby boomers dans le contexte de la guerre du Vietnam. Afin d'illustrer les idées véhiculées à cette époque, voici un paragraphe extrait d'un ouvrage publié en 1970 et intitulé Vers une contre-culture : Réflexions sur la société technocratique et l’opposition de la jeunesse[52]. Dans celui-ci, Théodore Roszak explique que :
Le projet essentiel de notre contre-culture : proclamer un nouveau ciel et une nouvelle terre, si vastes, si merveilleux que les prétentions démesurées de la technique soient réduites à n’occuper dans la vie humaine qu’une place inférieure et marginale. Créer et répandre une telle conception de la vie n’implique rien de moins que l’acceptation de nous ouvrir à l’imagination visionnaire. Nous devons être prêts à soutenir ce qu’affirment des personnes telles que Blake, à savoir que certains yeux ne voient pas le monde comme le voient le regard banal ou l’œil scientifique, mais le voient transformé, dans une lumière éclatante et, ce faisant, le voient tel qu’il est vraiment.
À la suite de cette lecture, il peut sembler paradoxal de penser qu’une contre-culture, voyant la technique comme « inférieure » et assimilant la science au « banal », puisse avoir un lien avec le milieu scientifique universitaire qui fut à l'origine d'Internet. Cependant, une réponse à cette énigme fut apportée par Fred Turner, par la publication de son livre intitulé : « Aux sources de l’utopie numérique : De la contre-culture à la cyberculture, Stewart Brand, un homme d’influence »[53].
Grâce à cet ouvrage, on découvre en effet que le mouvement Hippie utilisera tout ce qui était à sa disposition à l’époque pour parvenir à ses fins : LSD, spiritualités alternatives, mais également, objets technologiques les plus en pointe. Cela grâce notamment à l’influence de Steward Brand, le créateur d'un catalogue interactif, qui peut être considéré comme l'ancêtre analogique des groupes de discussions numériques apparus des années plus tard[54].
Comme autre indication, il y a ensuite les propos tenus en 1992, lors d’une plénière de la 24ᵉ réunion du groupe de travail sur l’ingénierie Internet, par David D. Clark, un autre pionnier d’Internet. Durant cette rencontre, ce chef de projet prononça des paroles[55] restées dans les annales. « Nous récusons rois, présidents et votes. Nous croyons au consensus et aux programmes qui tournent »[56]. Deux phrases seulement, mais qui, dans le cadre du milieu informatique, permettent de croire que le mépris de la contre-culture envers la technique et la science, s'est transformé en un refus d’autorité et une recherche de consensus.
Dans tous les cas, le développement du réseau Internet ne s'est pas fait sans conflits idéologiques importants. On peut d'ailleurs se demander aujourd'hui à quoi ressemblerait Internet s'il n'avait jamais été commercialisé[57]. Cela s'est passé en novembre 1994, lorsque l’association sans but lucratif Advanced Network and Services, chargée de gérer les accès à Internet, a fait le choix de vendre ses activités. Cette décision faisait suite à un appel à des fonds privés pour financer d'importants changements dans l'infrastructure du réseau. Profitant de l'occasion, la société commerciale America Online a ainsi repris à son compte la gestion des connexions à Internet, après avoir effectué un versement de 35 millions de dollars[58].
Trente ans plus tard, Internet est devenu ce réseau que nous expérimentons aujourd'hui, à savoir, un réseau dominé par des sociétés privées les plus riches au monde. Dans ce contexte et parmi les 100 sites web les plus visités au monde, seul le nom de domaine Wikipédia appartient à une organisation non lucrative[59]. Cela explique donc pourquoi le mouvement Wikimédia, via son encyclopédie et la fondation qui l'héberge, représente à ce jour, et dans l'espace web, l'expression la plus visible de la philosophie des pionniers d’Internet.
Plus qu'un héritage, cette situation peut être vue comme une mission perpétuée au sein d'un espace envahi par une culture marchande et capitaliste. C'est là une information importante qu'il faut retenir au sujet du mouvement Wikimédia. Elle ne clôture pas pour autant tout ce qu'il faut savoir au sujet des évènements qui ont permis la création d’une encyclopédie mondiale, libre et collaborative. Mais en revanche, elle nous invite à découvrir l'histoire du World Wide Web, un espace numérique sans lequel la création de Wikipédia n'aurait jamais été possible.
Chapitre 5 : Le World Wide Web
Maintenant que le lien entre la création d'Internet et le mouvement Wikimédia est établi, découvrons à présent l'application la plus connue du réseau, que l'on nomme le World Wide Web, ou plus simplement « Web ». C'est Tim Berners-Lee qui en fut l’inventeur, lorsqu’il était encore actif à l'Organisation européen pour la recherche nucléaire. Il avait pour idée de créer un espace d’échange public par l’intermédiaire d'Internet, et pour y parvenir, il mit au point le logiciel « WorldWideWeb », rebaptisé Nexus pour éviter toute confusion avec le World Wide Web[60]
Grâce à un système d’indexation appelé hypertexte, ce programme informatique a permis de produire et de connecter des espaces numériques intitulés sites Web. Ceux-ci sont composés de pages web, hébergées sur des ordinateurs distants, mais connectés entre eux au travers du réseau Internet. Pour permettre ce type de connexion, Berners-Lee mit au point le Hypertext Transfer Protocol ou HTTP, un nouveau protocole de communication simple en soi, mais dont la mise en œuvre technique est compliquée.
Pour veiller au bon fonctionnement et au bon usage de l'espace web, des règles de standardisation ont tout d'abord été édictées par l’association Internet Society. Après quoi, Berners-Lee fonda le W3C, un consortium international dont la devise est : « un seul Web partout et pour tous »[61]. Si ce slogan nous apparaît très naturel aujourd’hui, il faut toutefois savoir que l'espace Web a bien failli être géré séparément par des acteurs commerciaux, avec tous les droits d'accès que cela aurait pu engendrer.
À partir du trente avril 1993, jour du dépôt du logiciel WorldWideWeb dans le domaine public par Robert Cailliau, un collègue de Berners-Lee chargé de la promotion de son projet, un tel scénario était en effet possible. Sauf qu'après le départ de Berners-Lee, devenu président du W3C, François Flückiger, qui avait repris son poste au sein du CERN[62], eut la présence d'esprit de réagir à temps. Selon le livre Alexandria qui parcourt l'histoire de Robert Caillau[63], voici ce qui aurait pu se passer si le code de l’éditeur HTML n'avait finalement pas été placé sous licence libre.
La philanthropie de Robert, c’est très sympa, mais ça expose le Web à d’horribles dangers. Une entreprise pourrait s’emparer du code source, corriger un minuscule bug, s’approprier le « nouveau » logiciel et enfin faire payer une licence à ses utilisateurs. L’ogre Microsoft, par exemple, serait du genre à flairer le bon plan pour écraser son ennemi Macintosh. Les détenteurs d’un PC devraient alors débourser un certain montant pour profiter des fonctionnalités du Web copyrighté Microsoft. Les détenteurs d’un Macintosh, eux, navigueraient sur un Web de plus en plus éloigné de celui vendu par Bill Gates, d’abord gratuit peut-être, avant d’être soumis lui aussi à une licence.
Face à un tel scénario, nous découvrons de nouveau à quel point le concept de licence libre a fondamentalement changé le cours de la révolution numérique. Sans cela, nos expériences et nos usages de l'espace numérique auraient été totalement différents. L'utopie Wikipédia, par exemple, n'aurait certainement pas vu le jour, en raison de l'éclatement des espaces numériques et des coûts d'accès auxquels seraient confrontés les bénévoles qui ont construit le projet. Quoi qu'il en soit, et au niveau technique, une fois l'espace web apparu, il ne manquait plus qu'une chose pour permettre la création d'une encyclopédie collaborative au format numérique.
Chapitre 6 : Les platesformes Wiki
Un wiki, ou un moteur de wiki, est un logiciel que l'on installe sur un serveur informatique pour permettre la création d’un site web éditable et configurable à l’aide d’un simple navigateur. Plus précisément, c’est un système de gestion de contenu, dans lequel le code HTML, CSS, JavaScript et Lua, ainsi que certains paramètres, peuvent être modifiés par tous les internautes. Cela peut se faire en se connectant à un compte utilisateur, afin de bénéficier des droits de modification et d’administration qui lui sont accordés, ou en utilisant la configuration attribuée par défaut aux personnes non connectées.
Sur les pages web d'un wiki, chaque modification provoque un nouvel enregistrement complet du code source qui la compose. De la sorte, il est toujours possible, à partir d’une page reprenant l’historique des modifications, de rétablir l'une de ses anciennes versions. Grâce à ce système, on peut ainsi savoir quelle personne, ou quelle adresse IP est à l’origine d’un changement, et même voir l’endroit où la modification a été faite, et à quel moment celle-ci a été réalisée.
Le premier logiciel Wiki, qui portait le nom de WikiWikiWeb, a été créé et placé sous licence libre GPL par Ward Cunningham en mars 1995[64]. Grâce à la licence, d’autres programmes wiki ont vu le jour en copiant ou s’inspirant du code source de WikiWikiWeb, ou des autres projets wiki qui l'avaient fait auparavant. Cette émulation récursive qui donna naissance à toute une panoplie de projets wiki, est donc à nouveau, une belle illustration des retombées positives, que peut susciter l'application d'une licence libre.
Parmi les différents logiciels Wiki disponibles, UseModWiki fut choisi par la société Bomis qui finança la création du premier projet Wikipédia en anglais. C'était un choix judicieux, car l’éclatement de la bulle spéculative d’Internet en fin des années 2000, confrontait l'entreprise à de grosses difficultés financières. Un programme gratuit, simple d’utilisation et peu gourmand en ressources informatiques, convenait donc parfaitement dans ce cadre. UseModWiki fut par après remplacé par un autre moteur de Wiki sans nom, mais plus performant et toujours produit sous licence libre[65]. Ce dernier fut ensuite amélioré par plusieurs programmeurs, dont Brion Vibber, le premier employé de la Fondation Wikimédia, avant d’être finalement intitulé MediaWiki.
Avec l’aide de nouveaux employés et des bénévoles actifs sur le site mediawiki.org, ce système de gestion de contenu finit par apparaitre en tête du classement des wikis les plus utilisés[66]. Grâce à la licence libre, des milliers d'autres personnes et projets ont pu en effet développer des sites Web, sans nécessairement faire partie du mouvement Wikimédia[67]. Ce succès a par ailleurs justifié l'organisation de rassemblements annuels entre 2016 et 2020[68], entre personnes et organisations qui utilisent le programme, pour discuter de son développement et de ses usages[69].
Ceci étant dit, il existe dans la liste des Wikis d’autres logiciels libres intéressants, tel que DokuWiki, qui fut rendu populaire par sa simplicité d’installation et d’usage. Mais jusqu’à ce jour, seul MediaWiki semble suffisamment stable et puissant pour permettre le développement optimal de l’ensemble des projets Wikimédia. Avec parmi ceux-ci, bien sûr, Wikipédia, l'encyclopédie libre et universelle, dont nous allons enfin découvrir la mise en place dans ce prochain chapitre.
Chapitre 7 : L’encyclopédie libre et universelle
Dans les chapitres précédents, nous avons découvert toutes les innovations techniques et culturelles sans lesquelles Wikipédia n’aurait jamais pu devenir la plus grande encyclopédie libre et universelle connue au monde. Son objectif est de synthétiser la totalité du savoir humain. Ce qui n’est autre, finalement, qu’un vieux rêve de notre humanité. Trois cents ans avant Jésus-Christ et durant la création de la bibliothèque d’Alexandrie, ce désir était aussi celui de Ptolémée Iᵉʳ. C'était deux siècles avant que Denis Diderot publie, avec Jean Le Rond d'Alembert et Louis de Jaucourt en 1751, la première édition de l’Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers. Quant à Paul Otlet, qui a créé avec Henri La Fontaine la classification décimale universelle en usage depuis 1905, il s’était mis en tête de répertorier l’ensemble du savoir humain au sein d'un seul édifice.
Peu connu à ce jour, ce documentaliste belge rêvait pourtant de cataloguer le monde et de rassembler toutes les connaissances humaines, sous la forme d’un gigantesque répertoire bibliographique universel, situé à l'intérieur d'un Mundaneum[70]. En 1934, dans le Traité de documentation écrit par celui qui voulait « classer le monde[71] », Otlet décrit, de manière particulièrement visionnaire, un possible partage du savoir et de l’information[72].
Ici, la Table de Travail n’est plus chargée d’aucun livre. À leur place se dresse un écran et à portée un téléphone. Là-bas, au loin, dans un édifice immense, sont tous les livres et tous les renseignements, avec tout l’espace que requiert leur enregistrement et leur manutention…
De là, on fait apparaître sur l’écran la page à lire pour connaître la question posée par téléphone avec ou sans fil. Un écran serait double, quadruple ou décuple s’il s’agissait de multiplier les textes et les documents à confronter simultanément ; il y aurait un haut-parleur si la vue devrait être aidée par une audition. Une telle hypothèse, un Wells certes l’aimerait. Utopie aujourd’hui parce qu’elle n’existe encore nulle part, mais elle pourrait devenir la réalité de demain pourvu que se perfectionnent encore nos méthodes et notre instrumentation.
À peu de choses près, cette utopie décrite en 1934 par Otlet correspond à l'usage que l'on fait du réseau Internet et de son espace web, lorsqu'on recherche de l'information aujourd'hui. Premièrement, allumer un système informatique, avec ou sans fil, muni d'un écran ; ensuite, poser une question dans un moteur de recherche ; puis, comme cela arrive très souvent, être redirigé vers l'une des versions linguistiques de Wikipédia[73].
Ce scénario, dans lequel les moteurs de recherche jouent un rôle central, explique la popularité de l'encyclopédie libre. D'autres projets similaires étaient pourtant apparus sur le Web avant l'arrivée de Wikipédia. Environ trois ans avant sa création, Aaron Swartz, un activiste de la culture libre qui n'avait que douze ans à l'époque, avait par exemple lancé une sorte de site encyclopédique produit et géré par ses usagers[74]. Appelé The Info Network, ce site web avait d'ailleurs permis à son auteur de recevoir l'ArsDigita Prize, un prix décerné aux jeunes créateurs de projets « utiles, éducatifs, collaboratifs et non commerciaux »[75].
Il faut savoir ensuite que ll'expression « encyclopédie libre et universelle » fut ounliée pour la première fois au cours de l'année 2000 par Richard Stallman, soit l'année qui précéda celle de la naissance de Wikipédia. C'était dans un essai intitulé The Free Universal Encyclopedia and Learning Resource[76], qui, selon son auteur, avait été rédigé deux ans avant sa publication sur la liste de diffusion du projet GNU[77]. Repris ci-dessous, un extrait de ce texte, présente les particularités du projet.
Le World Wide Web a le potentiel de devenir une encyclopédie universelle couvrant tous les domaines de la connaissance et une bibliothèque complète de cours d’enseignement. Ce résultat pourrait être atteint sans effort particulier, si personne n’intervient. Mais les entreprises se mobilisent aujourd’hui pour orienter l’avenir vers une voie différente, dans laquelle elles contrôlent et limitent l’accès au matériel pédagogique, afin de soutirer de l’argent aux personnes qui veulent apprendre.
Nous ne pouvons pas empêcher les entreprises de restreindre l’information qu’elles mettent à disposition ; ce que nous pouvons faire, c’est proposer une alternative. Nous devons lancer un mouvement pour développer une encyclopédie libre universelle, tout comme le mouvement des logiciels libres nous a donné le système d’exploitation libre GNU/Linux. L’encyclopédie libre fournira une alternative aux encyclopédies restreintes que les entreprises de médias rédigeront[78].
En parlant d'un « mouvement pour développer une encyclopédie libre universelle », Stallman anticipait donc, sans le savoir, l'arrivée du mouvement Wikimédia, qui ne se concrétisa que bien des années plus tard. Quant à la soixantaine de paragraphes qui décrivent son projet, on y retrouve, dans une forme presque identique, les cinq principes fondateurs qui ont guidé la création de Wikipédia et qui sont toujours actifs à ce jour[79].
Le premier consiste bien sûr à créer une encyclopédie ; le deuxième réclame une neutralité de point de vue[80], chose que Stallman expliquait déjà en écrivant qu’« en cas de controverse, plusieurs points de vue seront représentés » ; le troisième implique le respect des droits d’auteur et l’adoption d'une licence libre, celle précisément dont Stallman avait été l'initiateur ; le quatrième inscrit le projet dans une démarche collaborative, alors que Stallman précisait déjà que « tout le monde est le bienvenu pour écrire des articles » ; et le cinquième enfin, stipule qu’il n’y a pas d’autres règles fixes, une position très courante dans le milieu des hackers dont Stallman faisait partie.
Il apparaît donc clairement que le projet Wikipédia n'était pas une idée originale en soi, mais plutôt une opportunité saisie par la société Bomis pour enrichir sa propre encyclopédie commerciale, Nupedia. Cette dernière avait été lancée en avril 2000, soit environ dix mois avant Wikipédia, et sa rédaction était assurée par des experts engagés au sein d’un processus éditorial strict et formel[81]. Malheureusement pour la firme Bomis, le nombre d’articles ne progressait que très lentement.
Dans le but d'accélérer le processus, Larry Sanger, un docteur en philosophie employé par Bomis pour assurer le rôle de rédacteur en chef de Nupedia, eut l'idée d'installer un logiciel wiki sur les serveurs de son entreprise. L'objectif était d'ouvrir un site web participatif, dans lequel des volontaires pourraient créer des articles encyclopédiques, pour qu'ils soitent ensuite intégrés dans le projet commercial. Malgré le manque d’enthousiasme de son employeur Jimmy Wales[82], Sanger mit ses idées en application, et c'est ainsi que débuta l’histoire de Wikipédia[83], avec sa toute première version en anglais.
C’était le 15 janvier 2001, précisément le même mois où Richard Stallman mit en ligne son propre projet d’encyclopédie libre et universelle, qu'il souhaitait intituler GNUPedia. Étonnamment, les noms de domaine gnupedia .com .net et .org avaient déjà été enregistrés au nom de Jimmy Wales[84], ce qui obligea Stallman à rebaptiser son projet GNE. Ce fait est d'autant plus surprenant que Wales affirma des années plus tard[85] : « n’avoir eu aucune connaissance directe de l’essai de Stallman lorsqu’il s’est lancé dans son projet d’encyclopédie »[86].
Le site GNE ne ressemblait cependant pas vraiment à une encyclopédie, mais plutôt à un blog collectif[87] ou une base de connaissances[88], tandis que la page d’accueil du projet précisait clairement qu’il s’agissait d’une bibliothèque d’opinions[89]. Quant à sa modération, elle avait demandé d'engager un employé, car elle s'est avérée bien plus compliquée que prévu. À côté de cela, et probablement grâce aux spécificités de l’environnement wiki et aux soutiens apportés par Jimmy Wales et Larry Sanger, Wikipédia réussit à mettre en place une organisation efficace au sein d'une communauté d'éditeurs grandissante.
Peut-être en raison de la concurrence libre faite par le projet GNE, Jimmy Wales décida d'abandonner le copyright que Bomis détenait sur son encyclopédie commerciale Nupedia, pour le remplacer par une licence Nupedia Open Content[90]. Peu de temps après, il décida finalement d'adopter la licence de documentation libre GNU conçue pour protéger les textes de documentation des logiciels libres. Ce dernier choix fut une stratégie payante, puisque cela incita Richard Stallman à transférer tout le contenu de son projet GNE vers Nupedia, et à encourager tout le monde à contribuer sur Wikipédia[91].
Parmi les autres actions de Jimmy Wales qui ont contribué au succès de Wikipédia, il y eu cette idée d'ouvrir le projet aux « gens ordinaires[92] ». C’était un choix qui s’opposait aux idéaux de Larry Sanger, qui de loin préférait le modèle de Nupedia avec son système de relecture par des experts. Cependant, Jimmy Wales, en tant qu'homme d’affaires, visait une croissance plus rapide du contenu de l'encyclopédie[85].
Cette croissance ne s'est toutefois pas faite sans difficulté. Le 26 février 2002 en effet, l'Enciclopedia Libre Universal en Español, un projet dissident du projet Wikipédia, fit son apparition. C'était une réaction à de la censure, à l'existence d'une ligne éditoriale et à la possibilité de void apparaitre des publicités dan sdes projets Wikipédia[93]. En raison des remises en question que cette séparation scucitait parmi les bénévoles actifs dans les projets, Jimmy Wales renonça finalement à l'usage de la publicité et mis de côté ses visions en matière de profit.
Il faut aussi tenir en compte que cet évènement est survenu lors de l'éclatement de la bulle spéculative Internet et du Krach boursier de 2001-2002, qui plaçaient la société Bomis dans des difficultés financières, et surtout, dans l'incapacité de payer le salaire de Larry Sanger, son seul employé. En mars 2002 et après un mois d’activité bénévole, l’ex-employé décida alors de quitter les fonctions, qu'il occupait depuis un peu plus d'un an, dans Nupedia et Wikipédia[94]. Avec le seul soutien de Jimmy Wales, les deux encyclopédies purent toutefois poursuivre leurs développements, toujours avec le concours d'experts dans Nupedia et d'une communauté bénévole au niveau de Wikipédia. Néanmoins, en septembre 2003 et vu l'écart qui se creusait entre les deux projets, l'encyclopédie Nupedia fut fermée et ses quelques dizaines d'articles transférés, vers les milliers d'autres que comprenait déjà le projet Wikipédia.
Trois ans plus tard, Larry Sanger n’avait pas dit son dernier mot. En septembre 2006, il décida en effet de lancer sur fonds propres une encyclopédie intitulée Citizendium. Cette plateforme écrite en anglais uniquement et toujours active à ce jour, repose sur un système d’expertise, dans lequel les contributrices et les contributeurs doivent déclarer leur identité réelle. En avril 2026 cependant, Citizendium reprenait moins de 2000 articles[95], tout avancement confondu, tandis que le projet Wikipédia en anglais en regroupait déjà plus de 7 millions[96]
Voici donc comment est née la plus grande encyclopédie au monde, dont la taille et la visibilité n'avaient jamais été égalées auparavant. Une encyclopédie qui, de plus, s'est rapidement déclinée en de nombreuses versions linguistiques, à l'instar de sa version francophone, lancée moins de quatre mois après le projet original en anglais[97]. Toutes ces versions ont formé les premières bases d’une organisation mondiale, bientôt chapeautée par une fondation. Avant cela, d'autres projets pédagogiques et collaboratifs ont vu le jour au côté de Wikipédia. Intitulés « projets frères », ceux-ci se constituent à leur tour, en de nombreuses versions linguistiques, tout en poursuivant le processus de création du mouvement Wikimédia.
Chapitre 8 : L'arrivée des projets frères
Dans le but de développer des contenus pédagogiques qui ne trouvaient pas leur place dans Wikipédia, d’autres projets pédagogiques et collaboratifs ont vu le jour, pour former ce que l'on appelle couramment aujourd'hui : l’écosystème Wikimedia. La naissance de tous ces projets, ainsi que les évènements importants qui ont contribué au développement du mouvement, ont été repris dans une ligne du temps réalisée par Guillaume Paumier, à l’occasion du dixième anniversaire de Wikipédia. Grâce à ce graphique, on peut voir en détail l'évolution du nombre de projets, de versions linguistiques, de contributeurs et d'articles, et se faire ainsi une idée sur la vitesse à laquelle s'est développé le mouvement Wikimédia.
Parmi tous les projets frères de Wikipédia, le premier apparu fut Méta-Wiki, une plateforme de référence pour centraliser la gestion de l'ensemble des sites web hébergés par la fondation Wikimédia. Dans un premier temps, cet espace communautaire en ligne a répondu à la nécessité de traiter en un seul lieu les questions communes aux différentes versions linguistiques de Wikipédia. Aujourd'hui, le site web est le principal endroit de coordination et de gestion de l'ensemble du mouvement Wikimédia. On y retrouve énormément d'informations au sujet des projets en ligne, et peut-être plus encore, concernant la Fondation et les organismes affiliés.
Après Méta-Wiki, sept autres projets de partage de la connaissance ont fait leur apparition, avant d'être déclinés à leur tour en plusieurs versions linguistiques. Tous ces projets émergent en général sur l’initiative d’un petit groupe de personnes actives au sein d’un projet préexistant. Ce fut le cas du projet Wiktionnaire en anglais, le deuxième projet à voir le jour après Méta-Wiki, en décembre 2002, soit deux ans avant la version francophone apparue en mars 2004[98].
Il est intéressant d'observer que la version francophone du Wiktionnaire n’a pas été créée à partir du projet anglophone, mais bien depuis le projet Wikipédia en français. D'ailleurs, on peut retrouver dans les archives de ce dernier projet, un débat concernant la pertinence de cette création, dont voici un extrait.
En fait, ce qui me peine vraiment avec le projet Wiktionary, c’est que alors qu’on essaie de rassembler les gens (pas facile) pour créer une sorte de tour de Babel de la connaissance (tâche bien longue et difficile), ce nouveau projet va disperser les énergies pour une raison qui ne me semble pas valable. C’est la création de Wiktionary qui va créer des redondances. À mon avis il existera rapidement des pages sur le même mot, mais ne contenant pas les mêmes informations. Pour quelle raison ces connaissances devraient-elles être séparées ? Les encyclopédies sur papier devaient faire des choix à cause du manque de place, mais nous, pourquoi le ferions-nous ??? "Wikipédia n’est pas un dictionnaire" n’est pas un argument à mon avis... si vraiment c’était pas un dictionnaire, il faudrait virer tout un tas d’article. Je ne comprends vraiment pas cette volonté de séparer la connaissance entre ce qui est "encyclopédique" et ce qui n’est "qu’une définition".
[Réponse]
Pour moi ce qu’est Wiktionary, c’est une partie de Wikipédia s’intéressant plus particulièrement aux aspects linguistiques des mots. La différence que je verrais entre la partie dictionnaire de Wikipédia et sa partie dite encyclopédique, c’est que la partie dictionnaire s’intéresserait au sens des mots eux-mêmes alors que la partie encyclopédie s’attache plus à faire ressortir un état des connaissances à un moment donné. Le pourquoi de la séparation d’avec la partie encyclopédie tient plus à des raisons techniques qu’à une volonté de monter un projet indépendant, en effet, à mon humble avis, un dictionnaire nécessite une plus grande rigueur (de présentation) qu’une encyclopédie. Ceci entraîne beaucoup de problème et entre autres le choix de la mise en forme des articles du dictionnaire.[99]
Créer un nouveau projet, c’est effectivement créer un nouveau site web, qui devra faire l’objet d’une nouvelle gestion, tant pour les serveurs de la Fondation, que pour la nouvelle communauté de contributeurs. L’importation de pages d’un projet à l'autre ou la traduction de celles-ci sont bien sûr toujours possibles, mais cela duplique alors aussi la maintenance et les mises à jour. Le choix de scinder un projet, en faveur d’une plus grande liberté, comporte donc certains coûts humains et financiers.
Ce prix à payer n'a pour autant pas empêché le projet anglophone Wikibooks de faire son apparition le 10 juin 2003, soit près d’un an avant Wikilivres, la version francophone du projet, apparue le 22 juillet 2004. Cette dernière création avait de nouveau été débattue au sein de la communauté Wikipédia en français, et non pas dans le Wikibooks en anglais. Quant à l'objectif commun aux deux projets linguistiques, il était de créer une « bibliothèque de livres pédagogiques libres que chacun peut améliorer »[100].
Environ un an après la création du projet en anglais, un nouvel espace de noms intitulé Wikijunior fut mis en place au sein de la bibliothèque en ligne. Ce sous-projet avait été créé pour répondre à un financement de la fondation Beck, qui cherchait à promouvoir la production de nouvelles littératures pour des enfants de huit à onze ans[101]. Peu de temps après, cette tranche d’âge fut toutefois élargie de zéro à douze ans au niveau du projet francophone, quand le sous-projet y fut adopté[102].
Ces deux évènements témoignent ainsi qu'il est toujours possible qu'un sous-projet apparaisse dans un projet Wikimédia. Comme autre exemple, il y a aussi le WikiJournal, un sous-projet développé au sein du projet Wikiversité en anglais et qui reçu le prix de l’Open Publishing Awards en 2019[103]. Une demande fut faite pour qu'il puisse bénéficier d'un nouveau site web dans le but de pouvoir se développer en dehors de Wikiversité. Malheureusement pour les initiateurs, la demande est restée sans suite jusqu'à ce jour[104], après que le conseil d’administration de la Fondation, chargé de répondre à leur demande, considéra que le projet n’était pas suffisamment abouti.
Il faut savoir qu'avant cela, le projet Wikiversité, dans lequel est né Wikijournal, avait lui-même été un sous-projet du projet Wikibook[105]. Initialement, il visait à « créer une communauté de personnes qui se soutiennent mutuellement dans leurs efforts éducatifs[106] »[107]. Cependant, en août 2005, une longue discussion remit en question l’existence du sous-projet Wikiversité dans Wikibooks. Au terme de celle-ci, la décision fut prise de transférer Wikiversité et son contenu sur le site Méta-Wiki[108], là où de nouvelles discussions ont abouti à l’idée de faire de Wikiversité un nouveau projet indépendant[109].
Déjà à l'époque, le conseil d’administration de la Fondation Wikimédia se montrait réticent à l'ouverture de nouveaux projets, et sa réaction fut de demander l'ouverture d'un sondage au sein de la communauté. Celui-ci devait rassembler une majorité des deux tiers en faveur de l'ouverture du nouveau site web[110]. Un résultat qui fut finalement obtenu, mais pas sans de longs débats, dont voici un extrait[108].
La principale raison pour laquelle la Fondation Wikimédia ne veut pas "lâcher le morceau" est une simple question de bureaucratie et la crainte que le projet ne devienne une autre Wikispecies [un projet de répertoire du vivant]. Wikispecies est une idée cool, mais les "fondateurs" du projet se sont dégonflés à mi-chemin de la mise en place du contenu et ont décidé de faire une révision majeure qui a pris plus de temps que ce que tout le monde était prêt à mettre.
Le même problème s’applique à Wikiversity en ce qui concerne la Fondation, parce que les objectifs et les buts de ce projet ne sont pas clairement définis, et il semble que les participants essaient de mordre plus qu’ils ne peuvent mâcher en proposant une université de recherche multi-collèges entière (avec un statut de recherche et une accréditation) à former de toutes pièces plutôt qu’un simple centre d’éducation pour adultes avec quelques classes.[111]
En novembre 2005 et malgré les résultats du sondage, l'indépendance du projet Wikiversité ne fut toutefois pas acceptée par cinq membres du conseil. Ceux-ci réclamaient une « réécriture de la proposition pour en exclure la remise de titre de compétence, la conduite de cours en ligne, et de clarifier le concept de plate-forme e-learning[112] »[113]. Quand ces rectifications furent faites, le projet bénéficia d'une période d’essai de plusieurs mois, jusqu'à ce que les amendements apportés au projet de départ soient enfin acceptés, le 31 juillet 2006. Ce long temps d'attente était justifié par la création du special projects committee[114], qui, jusqu'en décembre 2021, fut chargé de soulager le conseil d’administration de la fondation, par rapport aux demandes de création de nouveaux projets Wikimédia[115].
Un nouveau site, nommé Beta-Wikiversity, fut ainsi créé pour assister le lancement des différentes versions linguistiques de Wikiversité[116]. Durant six mois, son premier objectif a d'abord été l'élaboration des lignes directrices concernant la potentialité de produire des recherches collaboratives au sein du projet[117]. Par la suite, chaque nouvelle version linguistique, développée dans le projet Beta, devait avoir plus de 10 modifications par mois, réalisées par au moins trois personnes distinctes, avant de pouvoir bénéficier de son propre site web.
À l'image de Beta-Wikiversity, le projet Wikisource[118] possède lui aussi un site indépendant pour lancer ces nouvelles déclinaisons linguistiques. Tandis que pour tous les autres projets pédagogiques, ce lancement s'effectue sur la plateforme Wikimedia Incubator[119], créée à la même époque que Beta-Wikiversity. Ces trois plateforme de lancement ne concerne pas les nouveaux projets, qui doivent faire l'objet d'une acceptation par le conseil d'administration de la Fondation Wikimédia, et qui peuvent avoir pour origines des processus de création divers .
Le projet Wikivoyage, par exemple, fut initialement créé en 2003 dans un Wiki extérieur au mouvement Wikimédia, là où il portait le nom de Wikitravel[120]. Comme cela arrive parfois, ce projet sans but lucratif fut acheté par une entreprise commerciale en 2006. Mais en raison du changement de gouvernance et de l'apparition de publicités, une scission est apparue au sein de la communauté d’éditeurs. Les personnes désireuses de quitter Wikitravel lancèrent alors un nouveau site appelé Wikivoyage, qui reçut en 2007, le Webby Award du meilleur guide de voyage Internet[121].
L'intégration de Wikivoyage dans l'écosystème Wikimédia n'a cependant été faite qu'en 2012, à la suite d'un appel à commentaires durant lequel 540 personnes furent en faveur de l’intégration du projet, 153 contre, pendant que 6 restèrent sans avis [122]. Comme cette nouvelle déclencha une migration importante depuis Wikitravel vers Wikivoyage, une plainte fut déposée par la société commerciale en charge du premier projet. Celle-ci fut toutefois rejetée et le projet Wikivoyage continua à prendre de l’ampleur au sein du mouvement Wikimédia, avec la création de nouvelles versions linguistiques[123].
Le cas de Wikivoyage apparait toutefois comme une exception, car en général les nouveaux projets émergent des centaines de candidatures déposées sur le projet Méta-Wiki[124]. Celles-ci se soldent bien souvent par un refus, comme ce fut le cas pour le projet WikiLang dont le but était de lancer un laboratoire linguistique[125]. Quelques rares projets ont pourtant la chance d'être élus. Ce fut notamment le cas en octobre 2012, avec le lancement de la base de données structurée et sémantique Wikidata et de ses extensions Wikibase, ou plus récemment, en 2020, avec l'arrivée du projet Abstract Wikipedia[126] et Wikifunctions[127].
Sans vouloir entrer dans les détails, il est intéressant de savoir que l'interconnexion entre ces trois projets permet de traduire automatiquement des articles encyclopédiques dans tous les langages naturels pris en charge par le mouvement Wikimédia. Plus précisément, les phrases des articles publiées sur Abstract Wikipédia, sont formulées par des fonctions informatiques produites dans le projet Wikifunctions, dans le but de traiter les informations de la base de données sémantique Wikidata. Autrement dit, un article dans Abstract Wikipédia ne possède qu'une seule page pour toutes les langues, pareillement aux pages d'entités de Wikidata, qui ont pour titre une lettre suivie d'un chiffre[128].
À la suite de ces explications, on observe donc que ce n'est pas la complexité qui détermine le refus projet, mais plutôt une série de critères comparables à ceux retenus pour supprimer des projets ou versions linguistiques déjà existants. À ce propos, il existe sur Méta-Wiki une liste mise à jour des différents sites hébergés par la Fondation Wikimédia dont l'existence est remise en cause[129]. Dans celle-ci, on retrouve essentiellement des versions linguistiques de projets qui n’ont pas réussi à poursuivre leurs développements, bien qu'un projet entier soit toujours susceptible d'être mis à l'arrêt. C'est d'ailleurs ce qui est arrivé aux 31 versions linguistiques du projet Wikinews, qui en date du 4 mai 2026, soit 22 ans après le lancement du site anglophone, sont accessibles en mode lecture uniquement[130].
Dans le cas de Wikinews, ce fut le manque d'activité qui apparut comme principale justification de la suspension du projet. Cependant, d'autres raisons pourraient être invoquées, comme le prouve cet épisode de 2005, où, peu de temps après son lancement, la version francophone du recueil de citations Wikiquote a bien risqué de disparaitre. Le projet fut effectivement accusé d’avoir récupéré le contenu d’une base de données soumise à un droit d’auteur, incompatible avec la licence Creative Commons appliquée sur l’ensemble des projets pédagogiques Wikimédia. Lorsqu'une plainte fut adressée à l’association Wikimédia France, pour être ensuite relayée sur le site Méta-Wiki, il fut bien question de fermer le projet[131]. Après de longues discussions, celui-ci fut maintenu, mais avec pour conditions de repartir de zéro, et d’établir une charte pour garantir la traçabilité des citations reprises par le projet[132].
Voici donc de quoi se faire une idée sur la manière dont les projets pédagogiques et leurs déclinaisons linguistiques apparaissent et disparaissent au sein du mouvement. Les exemples repris ci-dessus suffisent effectivement pour comprendre les principes généraux qui sous-tendent leurs créations. En dehors de Méta-Wiki, Wikidata, Wikifunctions, Abstract Wikipédia et Wikimedia Commons, qui ne sont pas des projets de contenu pédagogique à proprement parler, tous les autres projets semblent effectivement provenir d’un désir de spécialisation d’un projet préexistant.
L'idée est généralement débattue dans un projet de même langue, avant de relayer la discussion vers le site Méta-Wiki. Si le projet y est jugé pertinent, il fait alors l'objet d'une candidature qui doit actuellement être soumise au groupe de travail des projets frères du comité des affaires communautaires de la Fondation Wikimédia. Quant aux nouvelles versions linguistiques, elles doivent être aujourd'hui soumises à l'approbation du comité des langues, avant d'être testées sur les plateformes Incubator, Beta-Wikiversité ou Wikisource Multilingue, dans le but de bénéficier d’un site web indépendant.
Suite à ces explications concernant les projets frères et leurs variations linguistiques, il nous reste encore à parler des sites qui ont un lien avec le mot Wiki, soit par leur nom, soit par le logiciel utilisé. En 2024 en effet, plus de 22 600 d'entre eux étaient répertoriés, dont plus de 95 % sans aucun lien avec le mouvement Wikimédia, en dehors du fait, peut-être, qu’ils utilisaient le logiciel MediaWiki développé par la Fondation Wikimédia[133].
WikiLeaks par exemple, créé par Julian Assange dans le but de publier des documents classifiés provenant de sources anonymes, n’est ni un projet Wikimédia, ni un site collaboratif. Quant au recueil universel et multilingue de guides illustrés WikiHow, si celui-ci fonctionne pour sa part de manière collaborative et avec le logiciel MediaWiki[134], il n'a pourtant aucun lien avec le mouvement Wikimédia. D'ailleurs, son ergonomie, radicalement différente de celle des projets Wikimédia, permet de le comprendre au premier coup d’œil.
En revanche, Wikimini, l'encyclopédie libre pour les enfants, a une apparence tout à fait comparable à celle des projets Wikimédia, alors que le projet n’a jamais été accepté par la Fondation. Quant aux projets WikiTribune et Fandom, l'ambiguïté qu'ils entretiennent avec le mouvement est d'autant plus grande qu'ils ont été créés par Jimmy Wales, le fondateur de Wikipédia et de la Fondation Wikimédia[135]. Cependant, comme ce sont des projets commerciaux, ils ne peuvent en aucun cas être soutenus par une fondation sans but lucratif.
Au terme de cette présentation, il ne reste plus qu'à signaler que le mouvement Wikimédia ne fut conscientisé que tardivement par rapport à l'apparition des projets Wikimédia et de leurs différentes versions linguistiques. Pour qu'un sentiment de collectivité se manifeste entre tous ceux-ci, il fallut certainement attendre qu'une coordination se développe sur la plateforme Méta-Wiki, mais également que de nombreuses rencontres et associations apparaissent en dehors de l'espace numérique. En ce sens, la naissance du mouvement ne fut pas un événement ponctuel, mais plutôt la réalisation d’un long processus de conscientisation.
Chapitre 8 : La conscientisation du mouvement
Avant d'aborder la question de la conscientisation du mouvement, il peut être intéressant de découvrir l'origine étymologique du mot « Wikimédia ». Celui-ci est un mot-valise composé du suffixe « média » et du préfixe « wiki » que l’on doit à cette expression hawaïenne « wiki wiki », qui se traduit en français par l'expression : « vite, vite »[136]. Celle-ci fut récupérée une première fois par Ward Cunningham, le créateur du premier moteur Wiki, avant d'être réutilisée dans les noms inventés pour d'autres logiciels de cette même famille. UseModWiki en est un bel exemple, puisqu'il fut le premier programme utilisé par la firme Bomis pour héberger son projet d’encyclopédie collaborative. Raison pour laquelle, sans doute, le terme « wiki » fut utilisé pour créer le mot Wikipédia, en l'associant au suffixe « pedia » qui fait référence au mot anglais encyclopedia, selon un principe qui fut ensuite repris pour tous les autres projets du mouvement.
Le mot Wikimédia, pour sa part, n’est apparu que le seize mars 2003, lors d’une discussion concernant la déclinaison possible de l’encyclopédie en d’autres types de projets éditoriaux participatifs. Durant celle-ci, l’écrivain américain Sheldon Rampton eu l’idée d’associer au terme wiki à celui de « média », afin de mettre en évidence la variété des médias produits et partagés par Wikipédia et ses projets frères[137]. Toutefois, c'est seulement en juin 2008 que Florence Devouard, présidente de la Fondation à cette époque, associe le mot Wikimédia à un mouvement social qu’elle voyait apparaître au sein des projets Wikimédia et de leurs communautés d'usagers.
Affirmer pour autant que ce moment précis coïncide avec la naissance du mouvement Wikimédia serait quelque peu arbitraire. Car si l’on peut déterminer plus ou moins facilement l’apparition d’une expression dans des archives, tout le monde sait qu’un mouvement social ne se forme pas en un seul instant. Dans le contexte du mouvement Wikimédia, sa naissance est bien sûr liée à celle du projet Wikipédia, mais également à tout ce qui permit la création de cette encyclopédie libre. Dans une autre perspective encore, on peut dater l'apparition du mouvement Wikimédia au 20 juin 2003[138], date de la création de la fondation qui porte le même nom. Ou pourquoi pas, associer la création du mouvement à la mise en ligne de la plate-forme Méta-Wiki, qui en représente le principal lieu de coordination.
Toujours est-il que l’expression « Wikimedia movement » est bien apparue en juin 2008, sous la plume de Florence Devouard. Cela s'est passé sur la liste de diffusion de la Fondation et peu de temps avant qu'elle quitte son poste de présidente[139]. Dans son message, elle partageait l'idée de placer sous le nom de domaine Wikimedia.org un site vitrine de présentation du mouvement Wikimédia qu'elle concevait de la sorte[140].
Le mouvement Wikimédia, comme je l’entends est
– une collection de valeurs partagées par les individus (liberté d’expression, connaissance pour tous, partage communautaire, etc.)
– un ensemble d’activités (conférences, ateliers, wikiacadémies, etc.)
– un ensemble d’organisations (Wikimedia Foundation, Wikimedia Allemagne, Wikimedia Taïwan, etc.), ainsi que quelques électrons libres (individus sans chapitres) et des organisations aux vues similaires[141]
Avec autant de détails et d'explications, un tel message ne pouvait qu'accélérer la prise de conscience au sein du mouvement. Dans tous les cas, il mettait en évidence que les personnes actives dans les projets éditoriaux en ligne ou dans les organismes affiliés, faisaient partie de ce que Ralf Dahrendorf appelle un « quasi-groupe[142] ». Ou autrement dit, un ensemble d’individus qui ont un mode de vie semblable, une culture commune, mais dont les points communs ne gravitent pas autour d’une prise de conscience de leur position commune dans la relation d’autorité[143].
Après la naissance de Wikipédia et de nombreux projets frères, une dizaine d’années a donc été nécessaire pour que le mouvement Wikimédia prenne conscience de son existence. Aujourd’hui encore, et comme cela a déjà été vu, de nombreuses personnes actives dans les projets pédagogiques ne réalisent toujours pas qu’elles participent aux activités d’un mouvement social. Cela, contrairement aux personnes investies dans les activités en présentiel organisées au sein du mouvement, qui sont généralement plus conscientes de leur engagement. C’est là une raison de croire que le développement de la Fondation Wikimédia et de ses organismes affiliés a joué un rôle important dans l'apparition d'un sentiment d’appartenance.
Chapitre 9 : La création des organismes affiliés
Si c’est grâce à l’arrivée des groupes et des organismes affiliés à la Fondation Wikimédia que l’idée du mouvement est probablement apparue, il est alors intéressant d'en décrire les processus de création. Mais puisque cela représente plusieurs centaines d’instances spécifiques, regroupées en plusieurs catégories détaillées en seconde partie d'ouvrage, aborder ici l’histoire de chacune d’entre elles serait une entreprise beaucoup trop fastidieuse.
De plus, s’il existe énormément d’archives numériques concernant la naissance des sites Wikimédia, ce n’est pas le cas pour ces organismes affiliés. Un bon nombre de ceux-ci se sont effectivement formés durant des rencontres ou des réunions hors ligne qui n'ont fait l’objet d’aucun enregistrement. Du reste, une bonne part des échanges effectués au sein de ces associations s'organise par des canaux de communication privés auxquels seuls les membres actifs ont accès.
Puisque je suis l'un des membres fondateurs, je me limiterai donc ici à parler de l’association Wikimédia Belgique. Celle-ci fut fondée le huit octobre 2014 en tant qu’association sans but lucratif, avant d'être reconnue le six août 2015 par le conseil d’administration de la Fondation Wikimédia[144]. Après plus de trois ans d’activités et de rencontres[145] et sous l’impulsion de Maarten Deneckere qui assuma le premier mandat de présidence, nous étions 8 personnes à signer la première version des statuts de l’association[146].
Jusqu’à ce jour, l’objet social de Wikimedia Belgique est d' « impliquer tout un chacun dans la connaissance libre[147] ». Contrairement à l'association Wikimédia Deutchland, la première à voir le jour en 2004 et qui rassemblait déjà en 2021 plus de 85 000 membres et près de 150 employés[148], l’association belge n'a qu'une seule employée à temps partiel et 150 membres en 2025[149].
Avant d’être reconnues par le comité d’affiliations chargé de seconder le conseil d’administration de la Fondation, toutes les associations nationales, dites « chapters » en anglais et toutes les autres organisations affiliées, doivent réaliser un bon nombre de démarches. Celles-ci consistent à répondre à un ensemble de prérequis qui ont évolué suite à la création d'un comité décisionnel en avril 2006[150]. Ces obligations diffèrent entre les groupes d’utilisateurs et d'utilisatrices et les associations locales ou thématiques. Parmi ceux-ci, on retrouve toutefois : un nombre minimum de membres et de référents, une mission et un règlement d’ordre intérieur conformes aux attentes du mouvement, la remise de plans et de rapports d’activités annuels, etc.[151].
On comprend donc qu’il n’est pas évident de créer une nouvelle instance au sein du mouvement. Pour bénéficier du soutien logistique et financier de la Fondation réservé aux organismes affiliés, c’est ainsi toute une série de rapports qu’il faut alors transmettre à divers comités et commissions chargés de leurs évaluations. Cela représente une quantité de tâches administratives qu’il n’est pas toujours facile d’assumer, surtout lorsque les membres de l’organisme affilié sont tous des bénévoles. D’où sans doute cette régulière disparition d’affiliations, pendant que d’autres se créent ou réapparaissent en fonction des énergies et du dynamisme disponibles dans les équipes.
Les activités liées à la récolte et à la redistribution des dons offerts au mouvement, ainsi que les autorisations d’usage de marques déposées, contrastent donc avec les valeurs de libre partage et d’autonomie décrites dans les projets pédagogiques. Cela semble confirmer que la partie hors ligne du mouvement est plus influencée par les habitudes d’un système économique dominant, contrairement à la partie en ligne qui semble plus fidèle à l’héritage de la contre-culture.
Chapitre 10 : L'héritage d'une contre-culture
Au terme de cette première partie d’ouvrage, il devient évident que la révolution numérique, que l’on considère généralement comme une révolution technique, fut aussi, et peut-être avant tout, une révolution sociale et culturelle. Quant à l'histoire de Wikimédia, reprise ici depuis les origines de son encyclopédie jusqu'à l'apparition de ses organismes affiliés, elle nous fit découvrir comment les idées de la contre-culture des années 1960 furent transmises au mouvement.
En cas de doute, observons encore que Richard Stallman, celui qui a créé les concepts de licence et d'encyclopédie libre, fut désigné par certains comme le gourou de la contre-culture hacker[152] et le père du système d’exploitation hippie[153]. Une culture hippie, dont il est aussi troublant de constater que le renversement de son logo ressemble étrangement à celui du mouvement Wikimédia.
Incontestablement et au travers du mouvement des logiciels libres, le mouvement Wikimédia a donc bien hérité des valeurs produites par les mouvements sociaux des années 1960. Des valeurs qui aujourd'hui contrastent fortement avec la marchandisation et la capitalisation du monde, dont l'espace web ne fait jamais que refléter ce qui se passe dans le reste de la société humaine. Or, ce phénomène ne date pas d'hier. En 2008 déjà, André Gorz, ce philosophe parmi les pères de la décroissance[154] et théoricien de l’écologie politique[155], constatait déjà que :
La lutte engagée entre les "logiciels propriétaires" et les "logiciels libres" [...] a été le coup d’envoi du conflit central de l’époque. Il s’étend et se prolonge dans la lutte contre la marchandisation de richesses premières – la terre, les semences, le génome, les biens culturels, les savoirs et compétences communs, constitutifs de la culture du quotidien et qui sont les préalables de l’existence d’une société. De la tournure que prendra cette lutte dépend la forme civilisée ou barbare que prendra la sortie du capitalisme. [156]
Dans cette lutte et avec le seul nom de domaine non commercial parmi le top 100 des sites les plus fréquentés du Web[157], la galaxie Wikimédia apparait donc comme un des derniers lieux numériques de liberté, de partage et d'égalité. Un lieu qui, de plus, est connu mondialement, grâce au succès des plus de 350 déclinaisons linguistiques de Wikipédia, et sans pour autant récolter d'informations sur l’identité et le comportement des internautes. Cela alors que cette pratique est considérée, par certains, comme un « nouvel or noir » pompé du Web, pendant que d’autres préfèrent parler de « capitalisme 3.0[158] » ou de « capitalisme de surveillance[159][160] » .
Évidemment, les enjeux de cette lutte sont difficiles à comprendre. La complexité de l’infrastructure informatique, mais également le fait que tout cela s'inscrit dans une révolution que Rémy Rieffel décrit comme « instable et ambivalente, simultanément porteuse de promesse, et lourde de menaces », ne facilitent pas les choses. Cela d'autant plus que tout cela se place « dans un contexte où s’affrontent des valeurs d’émancipation, et d’ouverture d’un côté et des stratégies de contrôle et de domination de l’autre[161] » .
En fait d’ambivalence, il est surprenant d'apprendre, par exemple, que Jimmy Wales, fondateur de Wikipédia et de la fondation Wikimédia, est un adepte de l’objectivisme, alors que cette philosophie voit le capitalisme comme un idéal de société[162] et l’égoïsme rationnel, comme une morale. Puis, concernant l'instabilité du numérique, il y a ces appels répétés de Tim Berners-Lee au sujet de la « redécentralisation[163] » et de la « régulation[164] » d'un espace web qu'il avait conçu dans un esprit tout à fait opposé. Quant aux pionniers d'Internet, ils n'ont probablement pas imaginé que leur création permettrait un jour, à des milliards d’objets connectés, de rapporter, rien qu'en France et en 2021, plus de 2,6 milliards d’euros[165].
Quant à la question du contrôle et au-delà de ce qui est opéré par les firmes commerciales, c'est bien sûr du côté des États qu'il faut porter son attention. Face à un mouvement qui veut s’émanciper des contrôles, par moins de 18 pays ont déjà censuré Wikipédia et parfois même l'ensemble des projets frères. Ce fut le cas par exemple pour la Turquie, la Russie, l'Iran, mais également le Royaume-Uni, la France et l'Allemagne, et c'est même le cas de manière permanente en Chine, depuis 2004[166].
Dans certains cas, des procédures juridiques ont été utilisées pour intimider les membres du mouvement. C'est arrivé en France lorsque le directeur de l'association Wikimédia fut menacé de poursuites pénales par la Direction Centrale du Renseignement Intérieur, après un refus de supprimer un article qui traitait d’une station militaire dans Wikipédia[167]. Par chance, ce qui s'est passé en France ne dépassa pas le stade de l'intimidation. En Biélorussie cependant, Mark Bernstein, un contributeur aux projets Wikimédia, fut condamné à quinze jours de prison ferme, assortis de trois ans d’assignation à résidence, pour des propos tenus au sujet de la guerre en Ukraine[168]. Cela sans oublier qu'actuellement, ce sont les conservateurs à la tête des États-Unis qui « veulent la peau de Wikipédia » en cherchant à obtenir l'identité réelle de certains contributeurs[169].
Le contrôle et le non-respect de la vie privée font ainsi appel à la figure emblématique du lanceur ou de la lanceuse d'alerte, dont la posture contestataire fait penser à celle des personnes actives dans la contre-culture des années 1960. Parmi ceux-ci, on dit de Julian Assange, Edward Snowden et Chelsea Manning, qu'ils « ont perdu leur liberté pour défendre la nôtre[170] ». De manière similaire, on pourrait donc aussi dire que les Wikimédiens Aaron Swartz, Bassel Khartabil, Pavel Pernikov, Ihor Kostenko et Mark Bernstein, se sont sacrifiés pour la liberté, le partage et la vérité.
Dans Wikimédia et comme ce fut expliqué dans l'introduction de cet ouvrage, une alerte peut prendre la forme d'un appel à commentaires en réaction à une décision ou une situation observée au sein du mouvement. C'est même là une pratique institutionnalisée, qui fait l'objet d'une procédure d'accompagnement et de suivi[171]. Toutes ces alertes concernent les dérives de certains projets, mais également de certaines associations dont la proximité avec le système économique n'aide pas au respect des pratiques et des valeurs développées en ligne.
Dans ce qui apparait aux yeux de certains comme un « bazar libertaire[172] », les choix et règles édictés dans la sphère hors ligne du mouvement ne plaisent pas toujours aux membres des communautés en ligne. Ce qui n'empêche toutefois pas les projets éditoriaux d'avoir leurs propres règles et des recommandations, ni de voir apparaitre en 2020 et dans l'ensemble du mouvement, un code de conduite universel, qui détermine le « référentiel minimum des comportements acceptables et inacceptables »[173].
L'idéologie transmise à Wikimédia, décrite en partie par Steven Levy dans son ouvrage L’Éthique des hackers[174] est donc plus subtile qu'un simple refus d'autorité. Dans un esprit de partage, d'ouverture, de transparence, de liberté, d'égalité et d'autonomie, c'est une structure très complexe, tout en étant cosmopolite et mondiale, que le mouvement réussit à mettre en place. Une organisation qui, finalement, apparait très inspirante dans la manière de faire communauté aujourd'hui, et au sein d'un monde toujours plus global et numérique.
[[Catégorie:Le mouvement Wikimédia (livre)]]
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Lionel Scheepmans
20012
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text/x-wiki
'''LE MOUVEMENT WIKIMÉDIA'''
'''Dernier partage altruiste de la connaissance libre ?'''
De Lionel Scheepmans
Avec l'aide de la communauté Wikimédia
'''Quatrième de couverture'''
Quel est ce seul acteur à but non lucratif présent dans le top 100 des sites les plus visités sur le Web ?
Comment incarne-t-il l’expression la plus visible des valeurs de liberté, d’égalité et de partage, héritées de la révolution numérique et des mouvements sociaux des années 1960 ?
Comment, à partir de Wikipédia et suite à la création d’une quinzaine de projets frères distribués en centaines de versions linguistiques, le mouvement social Wikimédia a imaginé un monde dans lequel le savoir se produit et se partage librement ?
Et comment, en toute autonomie, des dizaines de projets pédagogiques, édités par des millions de bénévoles, soutenus par une fondation et près de 200 associations et groupes locaux, produisent-ils la plus grande intelligence collective au monde ?
Avec de nombreux codes QR, cet ouvrage répond à ces questions, tout en permettant de mieux comprendre le monde global et numérique qui nous entoure.
Lionel Scheepmans est docteur en sciences politiques et sociales, militant de la culture libre et professeur d’anthropologie numérique. Il occupe plusieurs postes d’administrateur au sein du mouvement Wikimédia qu’il observe de manière participative depuis 2011. Ses travaux universitaires, du master à la thèse de doctorat, furent consacrés à l’organisation et aux enjeux de Wikipédia et du mouvement Wikimédia.
'''Avant-propos'''
Pour offrir un confort de lecture sur papier sans perdre la puissance du numérique, des codes QR sont affichés tout au long de cet ouvrage. À l’aide d’une tablette ou d’un smartphone, ils offrent un accès direct à ce qui serait coûteux ou impossible à imprimer.
Par exemple, le code QR 1, affiché en fin de page, donne accès directement à la page web qui reprend l’intégralité de l’ouvrage. Une fois sur celle-ci, on peut alors visionner les illustrations en couleur ou les enregistrements qui s’y trouvent et consulter ensuite leurs pages de descriptions en cas de besoin. Cette version numérique comprend aussi de nombreux hyperliens pointant vers Wikipédia et d’autres sites du mouvement Wikimédia, où se trouvent des compléments d’informations et leurs mises à jour.
Pour économiser du papier lors de l’impression, la section regroupant les notes et les références de l’ouvrage n’est disponible qu’au format numérique, mais est directement accessible via le code QR 2 repris ci-dessous. Grâce aux indices de renvoi chiffrés et placés en exposant dans le texte imprimé, il est alors possible, au départ d'un smartphone ou d'une tablette, de retrouver les notes et les références en fonction de leur numérotation. Lorsque la référence correspond à une page web, un lien pointant vers le projet Internet Archive s’y trouve repris, pour garantir un accès aux archives des pages citées dans l’ouvrage, si jamais elles avaient disparu du web. Quant aux pages toujours existantes, elles restent accessibles via leurs hyperliens originels, pour consulter leurs éventuelles évolutions.
Étant donné que ce livre est produit sur une plateforme collaborative, tout le monde est invité à améliorer les prochaines versions. On peut le faire en corrigeant des fautes d’orthographe ou de syntaxe sur les pages web qui constituent les différents chapitres de l’ouvrage, ou encore en apportant des commentaires sur les pages de discussion qui leur sont associées. Cela peut se faire très simplement en cliquant sur « Modifier » , quand on est sur la page d'un chapitre, et sur « Ajouter un sujet » , après avoir cliqué sur « Discussion » .
Une page de discussion générale est aussi accessible grâce au code QR 3. Elle permet de commenter le livre dans son ensemble, ou de poser une question à son sujet. Il suffit pour cela d’indiquer un titre dans le champ « Démarrer un nouveau sujet », d’écrire le contenu du message dans l’encadré situé juste en dessous, puis de cliquer sur le bouton « Ajouter un sujet de manière anonyme » pour publier son message.
Enfin, pour ceux qui voudraient agrémenter leur lecture d’un fond sonore relaxant et original, le code QR 4 donne accès à une page web qui diffuse une musique mélodieuse. Celle-ci est composée de sons spécifiquement produits chaque fois qu’une modification est apportée sur un projet Wikimédia, ou qu’un nouveau compte y est créé. Ce dispositif ingénieux offre ainsi aux lecteurs qui le souhaitent une ambiance sonore particulièrement confortable, ainsi qu’une nouvelle expérience immersive au sein du mouvement Wikimédia.
'''Introduction : Wikimédia n’est pas Wikipédia'''
Depuis le succès initial de Wikipédia, une myriade de projets de partage des connaissances, d’organisations et de groupes de soutien ont émergé pour former ce qu’on appelle aujourd’hui le mouvement Wikimédia. Même si, à ce jour, l’encyclopédie libre reste l'activité phare du mouvement, il serait regrettable de réduire l’ensemble du mouvement à cet unique projet pédagogique. Malheureusement, il arrive bien trop souvent qu'une seule version linguistique de Wikipédia suffise pour cacher l’étendue de la forêt Wikimédia.
En réalité, Wikimédia représente un mouvement social, international et interculturel complexe, au sein duquel Wikipédia n’est qu’une composante parmi d’autres. Dans le cadre d'un mémoire de master, on peut ainsi fournir en quelques mois une ethnographie du projet Wikipédia en français[1]. Alors que pour synthétiser les origines, l’organisation et les dynamiques globales du mouvement Wikimédia, une thèse de doctorat[2] et cinq années de recul supplémentaires furent nécessaires.
À la fin de l'année 2025, l’ampleur numérique du mouvement est effectivement impressionnante. Chaque mois, des millions de modifications bénévoles sont effectuées sur plus de 500 millions de pages[3], réparties sur plus d’un millier de sites web[4], dont 358 seulement, correspondent aux versions linguistiques de Wikipédia[5]. Ce qui prouve donc clairement que les activités en ligne portées par l'ensemble du mouvement Wikimédia dépassent largement ce qui se passe au sein de l’encyclopédie.
Il existe ainsi huit autres projets pédagogiques susceptibles d'atteindre un jour l'envergure et la notoriété de Wikipédia, avec un objectif et un fonctionnement spécifiques à chacun. De manière détaillée, Wikilivres crée des livres pédagogiques, Wikiversité rassemble des supports d'enseignement et des travaux de recherche, Wikinews fait du journalisme collaboratif, Wikivoyage développe un guide touristique, pendant que Wiktionnaire apporte des définitions des mots de toutes les langues et dans toutes les langues.
Contrairement à Wikipédia, tous ces projets ne sont pas soumis à une neutralité de point de vue, ni limités à l'usage de sources secondaires reconnues, au niveau de la rédaction des articles. La plupart d'entre eux acceptent aussi la publication de travaux de recherche ou de productions personnelles, alors que cela est tout à fait interdit dans Wikipédia.
Selon l'étymologie du mot encyclopédie, le but de Wikipédia est en effet de synthétiser ou, plus précisément, d'encercler le savoir humain déjà préexistant. Cette contrainte éditoriale limite donc les contributeurs et contributrices à l'usage de sources secondaires et tertiaires présentes dans des publications externes au projet. De ce fait, Wikipédia reproduit fatalement les biais systémiques, tels que les déséquilibres et les surreprésentations de genre et de culture, présents dans un monde de l'édition majoritairement occidental. Or, cette impasse éditoriale propre à Wikipédia n'existe pas dans les autres projets pédagogiques.
Comme ces projets frères, Wikipédia n'est pas non plus un projet complètement autonome des autres projets Wikimédia. L'encyclopédie compte en effet sur le projet Wikimedia Commons pour héberger l'ensemble de sa médiathèque. Elle utilise ensuite le contenu du projet Wikidata comme base de données structurée. Quant aux personnes qui produisent l'encyclopédie, elles peuvent aussi puiser leurs sources dans la bibliothèque Wikisource, ou se référer à des citations d'auteurs collectées dans le projet Wikiquote. Tout cela sans oublier que des dizaines de sites web traitent l'archivage permanent de Wikipédia et des autres projets Wikimédia, dans le but de fournir des analyses précieuses et totalement libres d’accès.
Enfin, il faut aussi garder à l'esprit qu'au-delà de tous ces sites web, le mouvement Wikimédia, c'est aussi de nombreuses institutions et organisations affiliées dispersées dans le monde. Autour de la Fondation Wikimédia chargée de la gestion et de l’organisation internationales, avec près de 650 salariés de nationalités diverses[6], se regroupent des centaines d'organisations satellites. Parmi celles-ci, on retrouve 2 associations thématiques[7], 40 associations locales[8], dont Wikimedia Deutschland qui regroupe plus de 170 emplyés[9], et finalement 141 groupes d’utilisateurs et utilisatrices[10].
Tout ce qui vient d'être exposé dans cette introduction justifie donc la nécessité de distinguer le mouvement Wikimédia du projet Wikipédia. Imaginons seulement que l’on se limite à citer Paris pour décrire et comprendre un pays aussi vaste que la France. Certes, Paris est une ville mondialement connue et qui compte plus de deux millions d’habitants et un patrimoine culturel impressionnant. Mais est-ce pour autant qu'il faudrait oublier les autres villes, villages et métropoles françaises ? Sans compter que la France regroupe aussi des départements et des territoires d’outre-mer et qu'elle entretient des relations et des partenariats internationaux qui dépassent de loin ce qui se passe entre Paris et le reste du monde. Ne pas confondre le mouvement Wikimédia avec le projet Wikipédia relève donc du bon sens.
En 2019 cependant, la Fondation Wikimédia a envisagé de se renommer en Fondation Wikipédia et de remplacer le terme « Wikimédia » par celui de « Wikipédia », partout où ce terme est utilisé dans la sphère hors ligne du mouvement. Le but était d’acquérir une plus grande visibilité et d’attirer des milliards de personnes, grâce au nom de marque Wikipédia, considéré comme l’un des plus connus au monde[11]. Ce changement n’a toutefois pas été accepté par de nombreuses personnes actives au sein du mouvement Wikimédia. En janvier 2020, ces opposants ont ainsi créé une page d’appel à commentaires, qui fut le siège d’un long débat[12]. À l’issue de ce dernier, 73 représentants d’organisations affiliées et 984 personnes ont signé une lettre ouverte adressée à la Fondation, qui comprenait le paragraphe suivant[13] :
Depuis 20 ans, les bénévoles ont bâti la réputation de Wikipédia en tant que ressource indépendante et communautaire. Les projets du mouvement Wikimédia, dont Wikipédia, se développent autour de la décentralisation et du consensus. Il est essentiel d’établir des distinctions claires entre la Fondation Wikimédia, les affiliés et les contributeurs individuels. Tout changement qui affecte cet équilibre exige le consentement éclairé et la collaboration des communautés. Il est donc très préoccupant de voir « Wikipédia » présenté pour le nom de l’organisation et du mouvement malgré le mécontentement général de la communauté.
En s’opposant aux idées de la Fondation, ces membres de la communauté Wikimédia ont ainsi fait preuve de sagesse. De plus, ils ont signalé dans de nombreux commentaires que beaucoup de personnes connaissent le mouvement Wikimédia uniquement au travers de son encyclopédie. Il est même étonnant d'observer que la méconnaissance du mouvement existe au sein même de sa propre communauté. Comme exemple, on peut observer que l'article du projet Wikipédia en anglais consacré au mouvement Wikimédia ne s’est développé qu’à partir de 2016[14], tandis que ce même article dans la version francophone de l'encyclopédie n’est apparu qu’en 2019[15]. Quant aux autres versions linguistiques, il est tout aussi étonnant de constater qu'en octobre 2025, seulement 39 d'entre elles sur un total de 358 possédaient un article dédié au mouvement Wikimédia[16].
Tous ces éléments justifient donc la nécessité d’offrir au monde une meilleure connaissance du mouvement Wikimédia et des nombreux projets et organisations qui soutiennent leurs missions de partage du savoir. En ce sens, ce livre est une contribution importante aux défis stratégiques que doit relever le mouvement Wikimédia à l’approche de 2030. Car au-delà des résolutions prises pour développer de nouveaux processus participatifs et délibératifs concernant les questions de marque[17], c’est avant tout un travail d’information et de sensibilisation à destination du grand public qu'il reste à faire.
'''Première partie : La naissance du mouvement Wikimédia'''
Il existe dans l'espace web une multitude d’archives permettant de retracer les événements qui ont conduit à la naissance du mouvement Wikimédia. Cette « préhistoire » du mouvement peut notamment être explorée grâce au réseau d’éducation populaire Framasoft, dont le site est apparu environ un an avant la création de la version francophone de Wikipédia. On trouve sur cette plateforme une mine d’informations concernant les logiciels libres et la culture libre. Deux épisodes majeurs de l’histoire de l’informatique et d’Internet, malheureusement méconnus du grand public.
Grâce à Framasoft et bien d’autres associations, il est possible de découvrir l’organisation et les motivations des millions de personnes qui participent au mouvement du logiciel libre. On y apprend que ce mouvement politique et social a été initié en 1983 par Richard Stallman, un programmeur du Massachusetts Institute of Technology (MIT), qui a eu l’idée d’offrir à chacun une alternative à la marchandisation du secteur informatique.
Cette philosophie de libre partage, concrétisée par le projet de Stallman, permit l’essor d’une organisation et d’une éthique de travail originale, développée au sein d’une sous-culture en vogue dans le milieu informatique depuis les années 1950. Celle-ci fut documentée dans de nombreux ouvrages, dont « L’éthique hacker »[18], un livre remarquable, dans lequel le philosophe finlandais, Pekka Himanen, analyse en détail les origines de la culture hacker. Un simple extrait de sa quatrième de couverture[19], repris ci-dessous, permet d’appréhender la manière de penser de ces informaticiens, rejoints par Richard Stallman durant ses études universitaires, avant d'en devenir l’une des figures les plus charismatiques.
On considérait jusqu’à présent le « hacker » comme un voyou d’Internet, responsable d’actes de piratage et de vols de numéros de cartes bancaires. Le philosophe Pekka Himanen voit au contraire les hackers comme des citoyens modèles de l’ère de l’information. Il les considère comme les véritables moteurs d’une profonde mutation sociale. Leur éthique, leur rapport au travail, au temps ou à l’argent, sont fondés sur la passion, le plaisir ou le partage. Cette éthique est radicalement opposée à l’éthique protestante, telle qu’elle est définie par Max Weber, du travail comme devoir, comme valeur en soi, une morale qui domine encore le monde aujourd’hui.
En introduisant cette première partie d'ouvrage de la sorte, nous pouvons déjà comprendre que le mouvement Wikimédia plonge ses racines dans une transition culturelle remplie d’utopie[20]. Une utopie qui s’oppose notamment à ce que l’historien et anthropologue Karl Polanyi[21] désignait, en 1944 déjà, comme un libéralisme économique qui « subordonne les objectifs humains à la logique d’un mécanisme de marché impersonnel »[22]. Étape par étape et en commençant par analyser cette utopie spécifiquement au niveau du mouvement Wikimédia, voyons maintenant ce qui s'est passé tout au long de cette révolution culturelle numérique.
Chapitre 1 : L'utopie Wikimédia
Au fil du temps, Wikipédia fut perçu comme une utopie en marche[23], puis comme une utopie réalisée[24], et finalement comme la dernière utopie collective du Web[25]. Mais qu'en est-il de l'ensemble du mouvement Wikimédia ? Pour nous aider à comprendre ce qui se passe dans la dimension numérique de ce mouvement, voici une métaphore qui décrit un quartier établi au sein d'une ville, imaginée au départ de l'espace web ». Dans cette ville imaginaire, Internet représenterait le réseau routier, pendant que des serveurs informatiques feraient office de bâtiments, et que les pages web qu'ils hébergent, constitueraient les différentes pièces de ces édifices.
Le quartier Wikimédia rassemblerait ainsi plus d’un millier de bâtiments. Au sein de ceux-ci et à l’exception de quelques lieux administratifs, chaque pièce peut être visitée gratuitement, mais aussi modifiée au niveau de son contenu. On peut ainsi y ajouter de nouvelles choses, telles que du texte, des photos, des vidéos ou des documents sonores, et même changer ou supprimer ce qui a été créé ou modifié par d’autres. Tout cela, bien sûr, dans le but de rendre ces endroits plus esthétiques, ou plus authentiques et en tenant compte des différentes idées et des éventuelles oppositions de point de vue concernant les aménagements. Pour faciliter l'entente entre les personnes qui s'investissent dans les modifications, chaque pièce des bâtiments Wikimédia possède un espace annexe dédié à la discussion.
Dans la plupart des bâtiments Wikimédia, une personne malintentionnée peut même faire disparaitre tout le contenu d'une pièce. Néanmoins, dans la seconde qui suit, un robot remettra tout en place, avant de transmettre un message concernant le traitement du vandalisme. Lorsqu'une action plus discrète n'est pas détectée par un robot, c'est alors quelqu'un qui surveille la pièce qui prendra le relais pour annuler les changements malveillants et contacter la personne responsable. En cas de multirécidive, celle-ci peut se voir privée de sa capacité de modifier les pièces, soit dans le bâtiment vandalisé, soit dans tout le quartier quand cela se justifie. Après discussion, cette sanction sera mise en application par un administrateur ou une administratrice bénévole, choisi ou choisie par l'ensemble des autres bénévoles qui prennent soin des bâtiments.
On comprend donc que tout le monde peut enrichir, mais également surveiller et protéger les richesses partagées dans le quartier Wikimédia. Il suffit pour cela de rejoindre le mouvement en se créant un compte. Cela permet de profiter de nombreux outils, dont notamment un système qui envoie des notifications, dès qu'une pièce que l'on veut surveiller est modifiée.
Pour créer ce compte, pas besoin de fournir une adresse ou un numéro de téléphone. Les seules informations personnelles indispensables au bon fonctionnement du quartier Wikimédia sont les adresses IP des visiteurs. Lors des visites et contrairement à ce qui se passe dans les quartiers commerciaux de la grande ville numérique, tels que les GAFAM, NATU, BATX, le quartier Wikimédia ne récolte et ne vend aucune donnée à des fins d'exploitation.
Même les adresses IP enregistrées par le système ne sont pas visibles par les autres visiteurs. Elles sont remplacées par les noms et les pseudonymes fournis lors de la création des comptes, ou masquées par des comptes temporaires pour les modifications faites par des personnes non connectées. Seules quelques personnes accréditées par la communauté pour effectuer des contrôles d’usurpation d’identité ont accès à ces informations[26]. C’est là une précaution nécessaire au bon déroulement des votes qui succèdent parfois aux recherches de consensus concernant l'aménagement du quartier Wikimédia.
Dans cette ville numérique que constituerait l'espace web, Wikimédia apparait ainsi comme le plus grand quartier dédié au partage de la connaissance. Tout d'abord, il y a les plus de 350 bâtiments Wikipédia, chacun dédié à une version linguistique de l'encyclopédie. Puis, toujours séparés en versions linguistiques, on trouve ensuite les bibliothèques Wikilivres et Wikisource, les bâtiments lexicaux multilingues Wiktionnaire, le centre journalistique Wikinews, le centre pédagogique et de recherche Wikiversité, le centre d'informations touristique Wikivoyage, le répertoire des êtres vivants Wikispecies et enfin l'institut des citations d’auteurs Wikiquote. Cela sans oublier le musée médiatique Wikimedia Commons et la banque Wikidata, reconnue comme étant la plus grande banque d’informations structurées au monde. Deux bâtiments dont l'une des fonctions principales communes est d’enrichir les pièces situées dans les autres buildings du quartier Wikimédia.
Dans tous ces immeubles, il arrive souvent que plus de la moitié des étages soient uniquement attribués à l'organisation des activités qui s'y déroulent. Chaque bâtiment peut aussi compter sur le soutien d'autres édifices tels que MediaWiki, Wikitech, Phabricator, qui sont trois lieux entièrement dédiés aux maintenances techniques sur l'ensemble du quartier. Concernant les aspects administratifs, c'est dans le bâtiment Méta-Wiki que s'opère la gouvernance générale du quartier, alors que les courriers adressés à ce dernier sont traités en première ligne dans le bâtiment Wikimedia VRT. À la suite de quoi, il ne reste plus qu'à citer le bâtiment Wikimedia outreach, pour des initiatives de sensibilisation, et le bâtiment du journal Diff Wikimedia, comme lieu de publication d'actualités sur le mouvement.
En dehors de certains aspects techniques, tous ces bâtiments sont exclusivement régis par des communautés bénévoles, qui sont toujours prêtes à accueillir de nouveaux membres. Les seuls immeubles du quartier qui diffèrent de ce principe sont les bâtiments vitrines de la Fondation Wikimédia et des autres associations Wikimédia qui engagent du personnel. Quant au bâtiment du conseil d'administration de la Fondation, des raisons officielles justifient le fait que la modification de ses pièces est réservée à ces membres et aux employés qui les soutiennent.
Face à tant d'utopies, il devient légitime de vouloir comprendre comment tout cela fut rendu possible. Or, pour répondre à cette question, il faut alors parcourir tout un pan de l'histoire de la révolution numérique, depuis la contre-culture des années 1960 jusqu'à nos jours. On y découvre que les pionniers du réseau Internet étaient des chercheurs et étudiants en informatique, fortement influencés par de nouvelles idéologies, telles que celles qui furent à la source des évènements de mai 68 en France. C'est donc de là que naîtra la philosophie de partage, de liberté, de décentralisation et ce mode d’organisation tout à fait spécifique, que l'on observe aujourd'hui au sein du mouvement Wikimédia.
Il y eut tout d'abord la création d'Internet, comme réseau mondial de communication en libre accès, puis le développement du World Wide Web, qui a grandement facilité les interactions humaines à l’échelle planétaire. Par la suite, ce fut l'arrivée du Web 2.0, caractérisé par l'apparition de nouveaux sites web directement modifiables à l'aide d’un simple navigateur. Or, parmi ceux-ci se trouvent les moteurs de Wiki, dont le plus puissant d’entre eux, MediaWiki, est un logiciel libre développé par la Fondation Wikimédia. Le moment est donc venu d'en savoir plus sur ce type de programme informatique, ainsi que sur le mouvement du logiciel libre, qui a fortement influencé la philosophie et les valeurs véhiculées au sein du mouvement Wikimédia.
Chapitre 2 : Le mouvement du logiciel libre
L’un des premiers épisodes de la préhistoire de Wikipédia et du mouvement Wikimédia débuta en septembre 1983, lorsqu’un programmeur du Massachusetts Institute of Technology, appelé Richard Stallman, déposa un message sur la liste de diffusion net.unix-wizards. C’était un appel d’aide pour la création de GNU, un nouveau système d’exploitation qui devait réunir une suite de programmes que tout le monde pourrait utiliser librement sur son ordinateur personnel[27]. Dans son message transmis via ARPANET, le premier réseau informatique à grande échelle qui précéda Internet, Stallman s’exprimait de la sorte[28] :
Je considère comme une règle d’or que si j’apprécie un programme je dois le partager avec d’autres personnes qui l’apprécient. Je ne peux pas en bonne conscience signer un accord de non-divulgation ni un accord de licence de logiciel. Afin de pouvoir continuer à utiliser les ordinateurs sans violer mes principes, j’ai décidé de rassembler une quantité suffisante de logiciels libres, de manière à pouvoir m’en tirer sans aucun logiciel qui ne soit pas libre.
Le projet de Stallman, qui reçut le soutien nécessaire à son accomplissement, marqua ainsi le début de l’histoire du logiciel libre. Quant à la quantité d’aide fournie, elle permet de croire que Richard Stallman n’était pas seul à voir l’arrivée des logiciels propriétaires d’un mauvais œil. Car pour les membres du projet GNU et du mouvement du logiciel libre en général, un bon programme informatique doit respecter ces quatre libertés fondamentales[29] :
1. La liberté d’exécuter le programme, pour tous les usages.
2. La liberté d’étudier le fonctionnement du programme, et de l’adapter à vos besoins.
3. La liberté de redistribuer des copies, donc d’aider votre voisin.
4. La liberté d’améliorer le programme, et de publier vos améliorations, pour en faire profiter toute la communauté.
Lors de l'apparition du logiciel libre, le marché de l’informatique était de fait en pleine mutation. L'habituel partage des codes informatiques entre les rares étudiants ou chercheurs qui bénéficiaient d’un accès à un ordinateur faisait l'objet d'une remise en question. Ce changement faisait notamment suite au Copyright Act de 1976, une nouvelle loi qui autorisait l'application d'un droit d'auteur sur le code informatique, et donc qui permettait d'en interdire le partage ou la réutilisation sans autorisation. Des clauses de confidentialité ont ainsi fait leur apparition, pendant que les employés des firmes informatiques étaient nouvellement soumis à des contrats de confidentialité. C'était la fin de l’entraide et de la solidarité pratiquées chez les pionniers de l’informatique. À sa place s'installaient la concurrence et la compétitivité, bien connues dans le système capitaliste marchand.
Cette mutation coïncidait avec l’arrivée des premiers ordinateurs de taille réduite. Grâce à l’apparition des premiers circuits intégrés, les premiers exemplaires avaient en effet été créés par l’industrie aérospatiale au début des années 1960. Cependant, il fallut attendre le début des années 1980 pour que le prix d’un ordinateur soit suffisamment bas pour en faire un bien de grande consommation.
C’est ainsi qu’en 1982, le Commodore 64 entrait dans le livre Guinness des records, avec plus de 17 millions d’exemplaires vendus dans le monde[30]. Juste avant cela, en 1981, l’IBM Personal Computer avait déjà fait son apparition, en proposant une architecture ouverte qui allait servir de modèle pour toute une gamme d’ordinateurs que l’on désigne toujours aujourd’hui par l’acronyme « PC ».
Pour faire fonctionner ses nouveaux modèles d'ordinateurs, la société IBM avait confié à l’entreprise Microsoft, créée en 1975, la mission de les équiper d’un système d’exploitation. Le contrat signé entre les deux firmes fut une véritable aubaine pour le fournisseur des programmes informatiques. Car sans s'en apercevoir, et sans jamais anticiper que son matériel serait cloné à grande échelle, celle-ci avait en effet permis à Microsoft d'établir un monopole dans la vente de logiciels. Cela fut condamné pour abus de position dominante[31] et vente liée du logiciel avec le matériel informatique[32], mais sans pour autant empêcher Bill Gates, le principal actionnaire de Microsoft, d'être l'homme le plus riche du monde en 1994.
Toutefois, pendant que Microsoft renforçait sa position dominante, un nouvel événement majeur allait marquer l’histoire du logiciel libre. Celui-ci fut de nouveau déclenché par un appel à contribution, qui fut cette fois posté le vingt-cinq août 1991 par un jeune étudiant en informatique de 21 ans, appelé Linus Torvalds. Via le système de messagerie Usenet, sa demande avait été posté dans une liste de diffusion consacrée au système d’exploitation Minix, une sorte d’UNIX simplifié et développé dans un but didactique, par le programmeur Andrew Tanenbaum.
Loin d’imaginer que cela ferait de lui une nouvelle célébrité dans le monde du Libre[33], Torvalds entama son message par le paragraphe suivant[34] :
Je fais un système d’exploitation (gratuit) (juste un hobby, ne sera pas grand et professionnel comme gnu) pour les clones 386 (486) AT. Ce projet est en cours depuis avril et commence à se préparer. J’aimerais avoir un retour sur ce que les gens aiment ou n’aiment pas dans minix, car mon système d’exploitation lui ressemble un peu (même disposition physique du système de fichiers (pour des raisons pratiques) entre autres choses)[35].
Bien qu’il fût présenté comme un passe-temps, le projet qui répondait au nom de « Linux », fut rapidement soutenu par des milliers de programmeurs du monde entier, avant de devenir la pièce manquante du projet GNU. En effet, les contributeurs au projet de Stallman n’avaient pas encore terminé l’écriture du code informatique du noyau Hurd, alors qu'il était censé établir la communication entre la suite logicielle produite par GNU et le matériel informatique. C'est donc la fusion des codes produits par les projets GNU et Linux qui permit la création du premier système complet, stable et entièrement libre baptisé GNU/Linux.
Au départ de ce nouveau système informatique, de nombreuses variantes, que l’on nomme communément « distributions », furent créées par des programmeurs de tous horizons. L’une de celles-ci s’intitule Debian et tire sa réputation d'être simultanément libre, gratuite, très fiable et produite par une communauté sans lien direct avec une société commerciale[36]. Quatre qualités qui expliquent pourquoi, Debian est utilisé dans plus de 150 distributions dérivées, mais aussi par de nombreuses entreprises et organisations, à l’image de la Fondation Wikimédia, qui l’utilise sur ses serveurs, pour héberger les projets qu'elle supporte[37].
Grâce à la naissance des logiciels libres, le mouvement Wikimédia a donc la possibilité de faire tourner ses serveurs informatiques, avec un système d’exploitation fiable, libre et gratuit. Comme son code source est ouvert, cela permet aussi à la Fondation Wikimédia de le modifier pour répondre aux besoins spécifiques du mouvement. À la suite de quoi, et selon les règles formulées par la communauté du logiciel libre, les modifications faites par la Fondation deviennent à leur tour, gratuitement et librement, utilisables par d’autres personnes ou organismes.
À ce premier héritage reçu par le mouvement Wikimédia et toujours en provenance des logiciels libres, s’ajoute une innovation méthodologique. Dans son article La Cathédrale et le Bazar[38], Eric Raymond mobilise en effet le terme « cathédrale » pour désigner le mode de production des logiciels propriétaires, en opposition au mot « bazar », qu'il utilise pour qualifier le mode de développement des logiciels libres. D’un côté, il décrit une organisation pyramidale, rigide et statutairement hiérarchisée, comme on peut la voir souvent au sein des entreprises. Tandis que de l’autre, il parle d’une organisation horizontale, flexible et peu hiérarchisée, qu’il a lui-même expérimentée en adoptant le style de développement de Linus Torvalds, à savoir : « distribuez vite et souvent, déléguez tout ce que vous pouvez déléguer, soyez ouvert jusqu’à la promiscuité »[39].
À l’instar de la métaphore du quartier numérique présentée dans le précédent chapitre, cette manière de décrire les projets open source nous aide donc ici à mieux comprendre ce qui se passe dans le mouvement Wikimédia. D'un côté, on retrouve effectivement cette « ouverture jusqu’à la promiscuité », dans le libre accès accordé aux projets Wikimédia, alors que de l'autre, tout le monde peut participer aux projets Wikimédia, qu'ils soient en ligne ou hors ligne.
Ces deux observations corroborent donc l’existence d’un deuxième héritage en provenance du mouvement du logiciel libre. Néanmoins, il nous reste encore à découvrir un phénomène négligé par Eric Raymond durant ses observations, et qui pourtant, une important, a considérablement influencé l'histoire de la révolution numérique. Il s’agit de l’apparition de la licence libre, de la philosophie qu'elle sous-tend, et du mouvement de la culture libre, dont elle fut à l’origine.
Chapitre 3 : Les licences et la culture libres
Dans une biographie autorisée[40], Christophe Masutti explique à quel point la création de la Licence publique générale GNU, en tant que première licence libre créée par Richard Stallman, représente un épisode majeur de la révolution numérique. Selon lui :
La GPL apparaît comme l’un des meilleurs hacks de Stallman. Elle a créé un système de propriété collective à l’intérieur même des habituels murs du copyright. Surtout, elle a mis en lumière la possibilité de traiter de façon similaire « code » juridique et code logiciel.
Le concept de distribution associé à ce nouveau type de licence fut baptisé « copyleft », par inspiration d’un jeu de mots que Richard Stallman avait trouvé dans un courrier transmis par son collègue Don Hopkins[41]. Le principe novateur de ce concept est d'obliger toute production de code dérivé à se soumettre à la même licence libre que le code d’origine[42]. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle beaucoup de gens parlent de licence « virale » ou « récursive » en faisant référence à celle-ci. Quant à l'importance de cette clause, elle repose sur le fait d'interdire toute privatisation d'un code informatique produit sous licence libre. Sans celle-ci, un tel code risque en effet d'être récupéré, puis modifié, avant d’être placé sous un habituel copyright de type « tous droits réservés », dans le but de commercialiser son usage.
En 2001 et dans la mouvance provoquée par l'arrivée des premières licences libres, une organisation internationale sans but lucratif, intitulée Creative Commons, a entamé la promotion du « partage et la réutilisation de la créativité et des connaissances grâce à la fourniture d’outils juridiques gratuits ». Pour ce faire, elle met régulièrement à jour une panoplie de licences inspirées par la GNU, mais spécialement adaptées aux œuvres de l'esprit[43], telles que les productions littéraires, musicales, photographiques et vidéo, ainsi que les bases de données.
Contrairement aux licences libres fournies par la Free Software Foundation, conçues pour protéger du code informatique, les licences produites par Creative Commons offrent la possibilité de sélectionner différentes clauses pour protéger une œuvre libre. Avec le label CC, pour Creative Commons, on peut ainsi appliquer, ou ne pas appliquer, la clause « BY », qui oblige à créditer l'auteur, et la clause « SA », pour Share Alike, qui ordonne le partage à l’identique comme décrit précédemment. Après quoi il est encore possible d'ajouter la clause « NC », qui impose un usage non commercial, et finalement, la clause « ND », pour Non Derivative, qui exige que l’œuvre soit utilisée ou reproduite dans son intégralité et sans modification.
Le mouvement Wikimédia a choisi la licence CC.BY-SA pour protéger les contenus publiés dans tous ses projets. Cela à l'exception de la banque de données Wikidata, qui au même titre que les descriptions apportées aux fichiers téléchargés dans la médiathèque Wikimedia Commons[44], publie ses informations structurées sous licence CC0. Cette dernière licence proposée par creative commons est ce qui se rapproche le plus du domaine public, avec pour avantage de ne pas devoir mentionner les auteurs dans le traitement et la réutilisation du contenu de la base de données.
Cependant, il en résulte que les informations en question peuvent être réutilisées par des tiers qui ne sont plus obligés de citer leurs sources, comme le font les agents conversationnels des intelligences artificielles génératives, appelés couramment chatbots. Contrairement à la licence CC.BY-SA, la licence CC0 est donc moins apte à pérenniser les projets Wikimédia, puisqu'elle permet d'invisibiliser ces derniers au risque de réduire les chances d'arrivée de nouveaux contributeurs et contributrices. De plus, sans la clause SA qui assure l'application du copyleft, toutes les informations récupérées au sein de Wikidata et de Wikimedia Commons sont aussi susceptibles de quitter le monde du libre, une fois traitées par des entreprises commerciales.
Quoi qu’il en soit, les licences Creative Commons, inspirées par la licence libre de Richard Stallman, apparaissent finalement comme un troisième héritage en provenance du mouvement du logiciel libre et de la culture libre qui en est issue. Grâce à la licence CC.BY-SA, les éditeurs des projets Wikimédia bénéficient effectivement d'une certaine reconnaissance, tout en étant assurés qu'aucun copyright sur leurs travaux ne puisse profiter exclusivement à une personne ou une compagnie. Cela pendant que la licence libre appliquée au système d'exploitation installé sur les serveurs Wikimédia garantit, pour sa part, un certain respect des contributeurs, puisqu'elle permet de vérifier si le code informatique ne compromet pas leurs vies privées.
Avec tous les autres apports en provenance du logiciel libre, ce sont là deux choses importantes qui ont permis l'apparition du mouvement Wikimédia. Toutefois, cela ne pouvait pas suffire à la création du projet Wikipédia qui en fut le point de départ. Car sans l'espace numérique, mondial et libre d’accès, créé par Internet et l'espace web, aucune encyclopédie collaborative de cette envergure n'aurait pu voir le jour.
Chapitre 4 : Le réseau Internet
L’histoire du réseau Internet constitue un nouvel épisode captivant de la révolution numérique, sans lequel le mouvement Wikimédia n’aurait jamais pu émerger. D’un point de vue purement technique, ce réseau informatique a été mis au point dans les années 1970, avant l’adoption généralisée du protocole TCP/IP, toujours en usage à ce jour. Ce dernier fut inventé par Vint Cerf et Robert Elliot Kahn, quand ils travaillaient pour la Defense Advanced Research Projects Agency, rattachée au département de la Défense américaine[45]. L'une des premières présentations de leur projet fut, entre autres, réalisée lors d’une conférence organisée par l’International Network Working Group, une instance créée pour assurer la gouvernance mondiale du réseau informatique.
Sur base de ces informations, on peut penser qu’Internet a été créé par des militaires. Cependant, Une contre-histoire de l’Internet[46], nous révèle que les créateurs et les premiers utilisateurs d’ARPANET, considéré comme l’ancêtre d’Internet, étaient davantage des étudiants hippies et amateurs de LSD, que des militaires bien drillés. D’ailleurs, avant la standardisation du protocole TCP/IP, ARPANET fonctionnait depuis plus d’un an avec un autre protocole de transition intitulé Network Control Program. Or, celui-ci avait été mis au point, en février 1969, par le Network Working Group, un groupe informel d’étudiants rassemblés autour de Steve Crocker, lorsqu’il ne détenait encore qu’une simple licence.
Bien que rarement cité dans l’histoire d’Internet, ce groupe a pourtant mis en place la procédure RFC, pour Request For Comments, reconnue comme « l’un des symboles forts de la "culture technique" de l’Internet, marquée par l’égalitarisme, l’autogestion et la recherche collective de l’efficience »[47]. Soit trois principes et une procédure, qui aujourd’hui encore sont appliqués sur le site Méta-Wiki, dans lequel s'organise la gestion communautaire du mouvement Wikimédia. Cela alors qu'au sein des projets pédagogiques, d’autres processus similaires de recherche de consensus ont fait leur apparition.
Il faut ensuite savoir que les liens entre ARPANET et l’armée ont disparu avec l’apparition du MILNET, un réseau entièrement dédié aux activités militaires, rebaptisé NIPRNet, pour Non-classified Internet Protocol Router Network, en 1990. Après une séparation définitive en 1983, précisément l’année où Richard Stallman postait sa demande d’aide pour le projet GNU, le réseau ARPANET resta uniquement dédié à la recherche et au développement[48]. À cette époque, le réseau ne comprenait pas plus de 600 machines connectées[49], ce qui n'a donc rien de comparable avec ce vaste réseau informatique mondial que nous connaissons aujourd’hui, et qui fut fortement développé au cours des années 1990.
Pour en assurer l’entretien technique, une organisation non gouvernementale, a été créée en 1992, sous l'appellation d’Internet Society. Celle-ci devait aussi veiller au respect des valeurs fondamentales liées au bon fonctionnement du réseau[50]. Car avant d'atteindre des milliards d’appareils connectés, il a d’abord fallu réglementer les nombreuses dorsales internet intercontinentales, sans lesquelles la transmission du protocole TCP/IP partout dans le monde n'aurait pas été possible.
Pour en revenir à l’état d’esprit des créateurs d'Internet, un article intitulé Quarante ans après : mais qui donc créa l’internet ? apporte un éclairage particulièrement intéressant au sujet des liens que l'on peut établir entre le mouvement Wikimédia et l'histoire d'Internet. Dans son témoignage, Michel Elie, cet ingénieur en informatique, membre du Network Working Group cité précédemment, et responsable de l’Observatoire des Usages de l’Internet, nous explique effectivement ceci.
Le succès de l’internet, nous le devons aux bons choix initiaux et à la dynamique qui en est résultée : la collaboration de dizaines de milliers d’étudiants, ou de bénévoles apportant leur expertise, tels par exemple ces centaines de personnes qui enrichissent continuellement des encyclopédies en ligne telles que Wikipédia.[51]
Au courant des années 1990, le milieu informatique universitaire semblait donc toujours fortement imprégné des idéaux de la contre-culture des années 1960, produit par les baby boomers dans le contexte de la guerre du Vietnam. Afin d'illustrer les idées véhiculées à cette époque, voici un paragraphe extrait d'un ouvrage publié en 1970 et intitulé Vers une contre-culture : Réflexions sur la société technocratique et l’opposition de la jeunesse[52]. Dans celui-ci, Théodore Roszak explique que :
Le projet essentiel de notre contre-culture : proclamer un nouveau ciel et une nouvelle terre, si vastes, si merveilleux que les prétentions démesurées de la technique soient réduites à n’occuper dans la vie humaine qu’une place inférieure et marginale. Créer et répandre une telle conception de la vie n’implique rien de moins que l’acceptation de nous ouvrir à l’imagination visionnaire. Nous devons être prêts à soutenir ce qu’affirment des personnes telles que Blake, à savoir que certains yeux ne voient pas le monde comme le voient le regard banal ou l’œil scientifique, mais le voient transformé, dans une lumière éclatante et, ce faisant, le voient tel qu’il est vraiment.
À la suite de cette lecture, il peut sembler paradoxal de penser qu’une contre-culture, voyant la technique comme « inférieure » et assimilant la science au « banal », puisse avoir un lien avec le milieu scientifique universitaire qui fut à l'origine d'Internet. Cependant, une réponse à cette énigme fut apportée par Fred Turner, par la publication de son livre intitulé : « Aux sources de l’utopie numérique : De la contre-culture à la cyberculture, Stewart Brand, un homme d’influence »[53].
Grâce à cet ouvrage, on découvre en effet que le mouvement Hippie utilisera tout ce qui était à sa disposition à l’époque pour parvenir à ses fins : LSD, spiritualités alternatives, mais également, objets technologiques les plus en pointe. Cela grâce notamment à l’influence de Steward Brand, le créateur d'un catalogue interactif, qui peut être considéré comme l'ancêtre analogique des groupes de discussions numériques apparus des années plus tard[54].
Comme autre indication, il y a ensuite les propos tenus en 1992, lors d’une plénière de la 24ᵉ réunion du groupe de travail sur l’ingénierie Internet, par David D. Clark, un autre pionnier d’Internet. Durant cette rencontre, ce chef de projet prononça des paroles[55] restées dans les annales. « Nous récusons rois, présidents et votes. Nous croyons au consensus et aux programmes qui tournent »[56]. Deux phrases seulement, mais qui, dans le cadre du milieu informatique, permettent de croire que le mépris de la contre-culture envers la technique et la science, s'est transformé en un refus d’autorité et une recherche de consensus.
Dans tous les cas, le développement du réseau Internet ne s'est pas fait sans conflits idéologiques importants. On peut d'ailleurs se demander aujourd'hui à quoi ressemblerait Internet s'il n'avait jamais été commercialisé[57]. Cela s'est passé en novembre 1994, lorsque l’association sans but lucratif Advanced Network and Services, chargée de gérer les accès à Internet, a fait le choix de vendre ses activités. Cette décision faisait suite à un appel à des fonds privés pour financer d'importants changements dans l'infrastructure du réseau. Profitant de l'occasion, la société commerciale America Online a ainsi repris à son compte la gestion des connexions à Internet, après avoir effectué un versement de 35 millions de dollars[58].
Trente ans plus tard, Internet est devenu ce réseau que nous expérimentons aujourd'hui, à savoir, un réseau dominé par des sociétés privées les plus riches au monde. Dans ce contexte et parmi les 100 sites web les plus visités au monde, seul le nom de domaine Wikipédia appartient à une organisation non lucrative[59]. Cela explique donc pourquoi le mouvement Wikimédia, via son encyclopédie et la fondation qui l'héberge, représente à ce jour, et dans l'espace web, l'expression la plus visible de la philosophie des pionniers d’Internet.
Plus qu'un héritage, cette situation peut être vue comme une mission perpétuée au sein d'un espace envahi par une culture marchande et capitaliste. C'est là une information importante qu'il faut retenir au sujet du mouvement Wikimédia. Elle ne clôture pas pour autant tout ce qu'il faut savoir au sujet des évènements qui ont permis la création d’une encyclopédie mondiale, libre et collaborative. Mais en revanche, elle nous invite à découvrir l'histoire du World Wide Web, un espace numérique sans lequel la création de Wikipédia n'aurait jamais été possible.
Chapitre 5 : Le World Wide Web
Maintenant que le lien entre la création d'Internet et le mouvement Wikimédia est établi, découvrons à présent l'application la plus connue du réseau, que l'on nomme le World Wide Web, ou plus simplement « Web ». C'est Tim Berners-Lee qui en fut l’inventeur, lorsqu’il était encore actif à l'Organisation européen pour la recherche nucléaire. Il avait pour idée de créer un espace d’échange public par l’intermédiaire d'Internet, et pour y parvenir, il mit au point le logiciel « WorldWideWeb », rebaptisé Nexus pour éviter toute confusion avec le World Wide Web[60]
Grâce à un système d’indexation appelé hypertexte, ce programme informatique a permis de produire et de connecter des espaces numériques intitulés sites Web. Ceux-ci sont composés de pages web, hébergées sur des ordinateurs distants, mais connectés entre eux au travers du réseau Internet. Pour permettre ce type de connexion, Berners-Lee mit au point le Hypertext Transfer Protocol ou HTTP, un nouveau protocole de communication simple en soi, mais dont la mise en œuvre technique est compliquée.
Pour veiller au bon fonctionnement et au bon usage de l'espace web, des règles de standardisation ont tout d'abord été édictées par l’association Internet Society. Après quoi, Berners-Lee fonda le W3C, un consortium international dont la devise est : « un seul Web partout et pour tous »[61]. Si ce slogan nous apparaît très naturel aujourd’hui, il faut toutefois savoir que l'espace Web a bien failli être géré séparément par des acteurs commerciaux, avec tous les droits d'accès que cela aurait pu engendrer.
À partir du trente avril 1993, jour du dépôt du logiciel WorldWideWeb dans le domaine public par Robert Cailliau, un collègue de Berners-Lee chargé de la promotion de son projet, un tel scénario était en effet possible. Sauf qu'après le départ de Berners-Lee, devenu président du W3C, François Flückiger, qui avait repris son poste au sein du CERN[62], eut la présence d'esprit de réagir à temps. Selon le livre Alexandria qui parcourt l'histoire de Robert Caillau[63], voici ce qui aurait pu se passer si le code de l’éditeur HTML n'avait finalement pas été placé sous licence libre.
La philanthropie de Robert, c’est très sympa, mais ça expose le Web à d’horribles dangers. Une entreprise pourrait s’emparer du code source, corriger un minuscule bug, s’approprier le « nouveau » logiciel et enfin faire payer une licence à ses utilisateurs. L’ogre Microsoft, par exemple, serait du genre à flairer le bon plan pour écraser son ennemi Macintosh. Les détenteurs d’un PC devraient alors débourser un certain montant pour profiter des fonctionnalités du Web copyrighté Microsoft. Les détenteurs d’un Macintosh, eux, navigueraient sur un Web de plus en plus éloigné de celui vendu par Bill Gates, d’abord gratuit peut-être, avant d’être soumis lui aussi à une licence.
Face à un tel scénario, nous découvrons de nouveau à quel point le concept de licence libre a fondamentalement changé le cours de la révolution numérique. Sans cela, nos expériences et nos usages de l'espace numérique auraient été totalement différents. L'utopie Wikipédia, par exemple, n'aurait certainement pas vu le jour, en raison de l'éclatement des espaces numériques et des coûts d'accès auxquels seraient confrontés les bénévoles qui ont construit le projet. Quoi qu'il en soit, et au niveau technique, une fois l'espace web apparu, il ne manquait plus qu'une chose pour permettre la création d'une encyclopédie collaborative au format numérique.
Chapitre 6 : Les platesformes Wiki
Un wiki, ou un moteur de wiki, est un logiciel que l'on installe sur un serveur informatique pour permettre la création d’un site web éditable et configurable à l’aide d’un simple navigateur. Plus précisément, c’est un système de gestion de contenu, dans lequel le code HTML, CSS, JavaScript et Lua, ainsi que certains paramètres, peuvent être modifiés par tous les internautes. Cela peut se faire en se connectant à un compte utilisateur, afin de bénéficier des droits de modification et d’administration qui lui sont accordés, ou en utilisant la configuration attribuée par défaut aux personnes non connectées.
Sur les pages web d'un wiki, chaque modification provoque un nouvel enregistrement complet du code source qui la compose. De la sorte, il est toujours possible, à partir d’une page reprenant l’historique des modifications, de rétablir l'une de ses anciennes versions. Grâce à ce système, on peut ainsi savoir quelle personne, ou quelle adresse IP est à l’origine d’un changement, et même voir l’endroit où la modification a été faite, et à quel moment celle-ci a été réalisée.
Le premier logiciel Wiki, qui portait le nom de WikiWikiWeb, a été créé et placé sous licence libre GPL par Ward Cunningham en mars 1995[64]. Grâce à la licence, d’autres programmes wiki ont vu le jour en copiant ou s’inspirant du code source de WikiWikiWeb, ou des autres projets wiki qui l'avaient fait auparavant. Cette émulation récursive qui donna naissance à toute une panoplie de projets wiki, est donc à nouveau, une belle illustration des retombées positives, que peut susciter l'application d'une licence libre.
Parmi les différents logiciels Wiki disponibles, UseModWiki fut choisi par la société Bomis qui finança la création du premier projet Wikipédia en anglais. C'était un choix judicieux, car l’éclatement de la bulle spéculative d’Internet en fin des années 2000, confrontait l'entreprise à de grosses difficultés financières. Un programme gratuit, simple d’utilisation et peu gourmand en ressources informatiques, convenait donc parfaitement dans ce cadre. UseModWiki fut par après remplacé par un autre moteur de Wiki sans nom, mais plus performant et toujours produit sous licence libre[65]. Ce dernier fut ensuite amélioré par plusieurs programmeurs, dont Brion Vibber, le premier employé de la Fondation Wikimédia, avant d’être finalement intitulé MediaWiki.
Avec l’aide de nouveaux employés et des bénévoles actifs sur le site mediawiki.org, ce système de gestion de contenu finit par apparaitre en tête du classement des wikis les plus utilisés[66]. Grâce à la licence libre, des milliers d'autres personnes et projets ont pu en effet développer des sites Web, sans nécessairement faire partie du mouvement Wikimédia[67]. Ce succès a par ailleurs justifié l'organisation de rassemblements annuels entre 2016 et 2020[68], entre personnes et organisations qui utilisent le programme, pour discuter de son développement et de ses usages[69].
Ceci étant dit, il existe dans la liste des Wikis d’autres logiciels libres intéressants, tel que DokuWiki, qui fut rendu populaire par sa simplicité d’installation et d’usage. Mais jusqu’à ce jour, seul MediaWiki semble suffisamment stable et puissant pour permettre le développement optimal de l’ensemble des projets Wikimédia. Avec parmi ceux-ci, bien sûr, Wikipédia, l'encyclopédie libre et universelle, dont nous allons enfin découvrir la mise en place dans ce prochain chapitre.
Chapitre 7 : L’encyclopédie libre et universelle
Dans les chapitres précédents, nous avons découvert toutes les innovations techniques et culturelles sans lesquelles Wikipédia n’aurait jamais pu devenir la plus grande encyclopédie libre et universelle connue au monde. Son objectif est de synthétiser la totalité du savoir humain. Ce qui n’est autre, finalement, qu’un vieux rêve de notre humanité. Trois cents ans avant Jésus-Christ et durant la création de la bibliothèque d’Alexandrie, ce désir était aussi celui de Ptolémée Iᵉʳ. C'était deux siècles avant que Denis Diderot publie, avec Jean Le Rond d'Alembert et Louis de Jaucourt en 1751, la première édition de l’Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers. Quant à Paul Otlet, qui a créé avec Henri La Fontaine la classification décimale universelle en usage depuis 1905, il s’était mis en tête de répertorier l’ensemble du savoir humain au sein d'un seul édifice.
Peu connu à ce jour, ce documentaliste belge rêvait pourtant de cataloguer le monde et de rassembler toutes les connaissances humaines, sous la forme d’un gigantesque répertoire bibliographique universel, situé à l'intérieur d'un Mundaneum[70]. En 1934, dans le Traité de documentation écrit par celui qui voulait « classer le monde[71] », Otlet décrit, de manière particulièrement visionnaire, un possible partage du savoir et de l’information[72].
Ici, la Table de Travail n’est plus chargée d’aucun livre. À leur place se dresse un écran et à portée un téléphone. Là-bas, au loin, dans un édifice immense, sont tous les livres et tous les renseignements, avec tout l’espace que requiert leur enregistrement et leur manutention…
De là, on fait apparaître sur l’écran la page à lire pour connaître la question posée par téléphone avec ou sans fil. Un écran serait double, quadruple ou décuple s’il s’agissait de multiplier les textes et les documents à confronter simultanément ; il y aurait un haut-parleur si la vue devrait être aidée par une audition. Une telle hypothèse, un Wells certes l’aimerait. Utopie aujourd’hui parce qu’elle n’existe encore nulle part, mais elle pourrait devenir la réalité de demain pourvu que se perfectionnent encore nos méthodes et notre instrumentation.
À peu de choses près, cette utopie décrite en 1934 par Otlet correspond à l'usage que l'on fait du réseau Internet et de son espace web, lorsqu'on recherche de l'information aujourd'hui. Premièrement, allumer un système informatique, avec ou sans fil, muni d'un écran ; ensuite, poser une question dans un moteur de recherche ; puis, comme cela arrive très souvent, être redirigé vers l'une des versions linguistiques de Wikipédia[73].
Ce scénario, dans lequel les moteurs de recherche jouent un rôle central, explique la popularité de l'encyclopédie libre. D'autres projets similaires étaient pourtant apparus sur le Web avant l'arrivée de Wikipédia. Environ trois ans avant sa création, Aaron Swartz, un activiste de la culture libre qui n'avait que douze ans à l'époque, avait par exemple lancé une sorte de site encyclopédique produit et géré par ses usagers[74]. Appelé The Info Network, ce site web avait d'ailleurs permis à son auteur de recevoir l'ArsDigita Prize, un prix décerné aux jeunes créateurs de projets « utiles, éducatifs, collaboratifs et non commerciaux »[75].
Il faut savoir ensuite que ll'expression « encyclopédie libre et universelle » fut ounliée pour la première fois au cours de l'année 2000 par Richard Stallman, soit l'année qui précéda celle de la naissance de Wikipédia. C'était dans un essai intitulé The Free Universal Encyclopedia and Learning Resource[76], qui, selon son auteur, avait été rédigé deux ans avant sa publication sur la liste de diffusion du projet GNU[77]. Repris ci-dessous, un extrait de ce texte, présente les particularités du projet.
Le World Wide Web a le potentiel de devenir une encyclopédie universelle couvrant tous les domaines de la connaissance et une bibliothèque complète de cours d’enseignement. Ce résultat pourrait être atteint sans effort particulier, si personne n’intervient. Mais les entreprises se mobilisent aujourd’hui pour orienter l’avenir vers une voie différente, dans laquelle elles contrôlent et limitent l’accès au matériel pédagogique, afin de soutirer de l’argent aux personnes qui veulent apprendre.
Nous ne pouvons pas empêcher les entreprises de restreindre l’information qu’elles mettent à disposition ; ce que nous pouvons faire, c’est proposer une alternative. Nous devons lancer un mouvement pour développer une encyclopédie libre universelle, tout comme le mouvement des logiciels libres nous a donné le système d’exploitation libre GNU/Linux. L’encyclopédie libre fournira une alternative aux encyclopédies restreintes que les entreprises de médias rédigeront[78].
En parlant d'un « mouvement pour développer une encyclopédie libre universelle », Stallman anticipait donc, sans le savoir, l'arrivée du mouvement Wikimédia, qui ne se concrétisa que bien des années plus tard. Quant à la soixantaine de paragraphes qui décrivent son projet, on y retrouve, dans une forme presque identique, les cinq principes fondateurs qui ont guidé la création de Wikipédia et qui sont toujours actifs à ce jour[79].
Le premier consiste bien sûr à créer une encyclopédie ; le deuxième réclame une neutralité de point de vue[80], chose que Stallman expliquait déjà en écrivant qu’« en cas de controverse, plusieurs points de vue seront représentés » ; le troisième implique le respect des droits d’auteur et l’adoption d'une licence libre, celle précisément dont Stallman avait été l'initiateur ; le quatrième inscrit le projet dans une démarche collaborative, alors que Stallman précisait déjà que « tout le monde est le bienvenu pour écrire des articles » ; et le cinquième enfin, stipule qu’il n’y a pas d’autres règles fixes, une position très courante dans le milieu des hackers dont Stallman faisait partie.
Il apparaît donc clairement que le projet Wikipédia n'était pas une idée originale en soi, mais plutôt une opportunité saisie par la société Bomis pour enrichir sa propre encyclopédie commerciale, Nupedia. Cette dernière avait été lancée en avril 2000, soit environ dix mois avant Wikipédia, et sa rédaction était assurée par des experts engagés au sein d’un processus éditorial strict et formel[81]. Malheureusement pour la firme Bomis, le nombre d’articles ne progressait que très lentement.
Dans le but d'accélérer le processus, Larry Sanger, un docteur en philosophie employé par Bomis pour assurer le rôle de rédacteur en chef de Nupedia, eut l'idée d'installer un logiciel wiki sur les serveurs de son entreprise. L'objectif était d'ouvrir un site web participatif, dans lequel des volontaires pourraient créer des articles encyclopédiques, pour qu'ils soitent ensuite intégrés dans le projet commercial. Malgré le manque d’enthousiasme de son employeur Jimmy Wales[82], Sanger mit ses idées en application, et c'est ainsi que débuta l’histoire de Wikipédia[83], avec sa toute première version en anglais.
C’était le 15 janvier 2001, précisément le même mois où Richard Stallman mit en ligne son propre projet d’encyclopédie libre et universelle, qu'il souhaitait intituler GNUPedia. Étonnamment, les noms de domaine gnupedia .com .net et .org avaient déjà été enregistrés au nom de Jimmy Wales[84], ce qui obligea Stallman à rebaptiser son projet GNE. Ce fait est d'autant plus surprenant que Wales affirma des années plus tard[85] : « n’avoir eu aucune connaissance directe de l’essai de Stallman lorsqu’il s’est lancé dans son projet d’encyclopédie »[86].
Le site GNE ne ressemblait cependant pas vraiment à une encyclopédie, mais plutôt à un blog collectif[87] ou une base de connaissances[88], tandis que la page d’accueil du projet précisait clairement qu’il s’agissait d’une bibliothèque d’opinions[89]. Quant à sa modération, elle avait demandé d'engager un employé, car elle s'est avérée bien plus compliquée que prévu. À côté de cela, et probablement grâce aux spécificités de l’environnement wiki et aux soutiens apportés par Jimmy Wales et Larry Sanger, Wikipédia réussit à mettre en place une organisation efficace au sein d'une communauté d'éditeurs grandissante.
Peut-être en raison de la concurrence libre faite par le projet GNE, Jimmy Wales décida d'abandonner le copyright que Bomis détenait sur son encyclopédie commerciale Nupedia, pour le remplacer par une licence Nupedia Open Content[90]. Peu de temps après, il décida finalement d'adopter la licence de documentation libre GNU conçue pour protéger les textes de documentation des logiciels libres. Ce dernier choix fut une stratégie payante, puisque cela incita Richard Stallman à transférer tout le contenu de son projet GNE vers Nupedia, et à encourager tout le monde à contribuer sur Wikipédia[91].
Parmi les autres actions de Jimmy Wales qui ont contribué au succès de Wikipédia, il y eu cette idée d'ouvrir le projet aux « gens ordinaires[92] ». C’était un choix qui s’opposait aux idéaux de Larry Sanger, qui de loin préférait le modèle de Nupedia avec son système de relecture par des experts. Cependant, Jimmy Wales, en tant qu'homme d’affaires, visait une croissance plus rapide du contenu de l'encyclopédie[85].
Cette croissance ne s'est toutefois pas faite sans difficulté. Le 26 février 2002 en effet, l'Enciclopedia Libre Universal en Español, un projet dissident du projet Wikipédia, fit son apparition. C'était une réaction à de la censure, à l'existence d'une ligne éditoriale et à la possibilité de void apparaitre des publicités dan sdes projets Wikipédia[93]. En raison des remises en question que cette séparation scucitait parmi les bénévoles actifs dans les projets, Jimmy Wales renonça finalement à l'usage de la publicité et mis de côté ses visions en matière de profit.
Il faut aussi tenir en compte que cet évènement est survenu lors de l'éclatement de la bulle spéculative Internet et du Krach boursier de 2001-2002, qui plaçaient la société Bomis dans des difficultés financières, et surtout, dans l'incapacité de payer le salaire de Larry Sanger, son seul employé. En mars 2002 et après un mois d’activité bénévole, l’ex-employé décida alors de quitter les fonctions, qu'il occupait depuis un peu plus d'un an, dans Nupedia et Wikipédia[94]. Avec le seul soutien de Jimmy Wales, les deux encyclopédies purent toutefois poursuivre leurs développements, toujours avec le concours d'experts dans Nupedia et d'une communauté bénévole au niveau de Wikipédia. Néanmoins, en septembre 2003 et vu l'écart qui se creusait entre les deux projets, l'encyclopédie Nupedia fut fermée et ses quelques dizaines d'articles transférés, vers les milliers d'autres que comprenait déjà le projet Wikipédia.
Trois ans plus tard, Larry Sanger n’avait pas dit son dernier mot. En septembre 2006, il décida en effet de lancer sur fonds propres une encyclopédie intitulée Citizendium. Cette plateforme écrite en anglais uniquement et toujours active à ce jour, repose sur un système d’expertise, dans lequel les contributrices et les contributeurs doivent déclarer leur identité réelle. En avril 2026 cependant, Citizendium reprenait moins de 2000 articles[95], tout avancement confondu, tandis que le projet Wikipédia en anglais en regroupait déjà plus de 7 millions[96]
Voici donc comment est née la plus grande encyclopédie au monde, dont la taille et la visibilité n'avaient jamais été égalées auparavant. Une encyclopédie qui, de plus, s'est rapidement déclinée en de nombreuses versions linguistiques, à l'instar de sa version francophone, lancée moins de quatre mois après le projet original en anglais[97]. Toutes ces versions ont formé les premières bases d’une organisation mondiale, bientôt chapeautée par une fondation. Avant cela, d'autres projets pédagogiques et collaboratifs ont vu le jour au côté de Wikipédia. Intitulés « projets frères », ceux-ci se constituent à leur tour, en de nombreuses versions linguistiques, tout en poursuivant le processus de création du mouvement Wikimédia.
Chapitre 8 : L'arrivée des projets frères
Dans le but de développer des contenus pédagogiques qui ne trouvaient pas leur place dans Wikipédia, d’autres projets pédagogiques et collaboratifs ont vu le jour, pour former ce que l'on appelle couramment aujourd'hui : l’écosystème Wikimedia. La naissance de tous ces projets, ainsi que les évènements importants qui ont contribué au développement du mouvement, ont été repris dans une ligne du temps réalisée par Guillaume Paumier, à l’occasion du dixième anniversaire de Wikipédia. Grâce à ce graphique, on peut voir en détail l'évolution du nombre de projets, de versions linguistiques, de contributeurs et d'articles, et se faire ainsi une idée sur la vitesse à laquelle s'est développé le mouvement Wikimédia.
Parmi tous les projets frères de Wikipédia, le premier apparu fut Méta-Wiki, une plateforme de référence pour centraliser la gestion de l'ensemble des sites web hébergés par la fondation Wikimédia. Dans un premier temps, cet espace communautaire en ligne a répondu à la nécessité de traiter en un seul lieu les questions communes aux différentes versions linguistiques de Wikipédia. Aujourd'hui, le site web est le principal endroit de coordination et de gestion de l'ensemble du mouvement Wikimédia. On y retrouve énormément d'informations au sujet des projets en ligne, et peut-être plus encore, concernant la Fondation et les organismes affiliés.
Après Méta-Wiki, sept autres projets de partage de la connaissance ont fait leur apparition, avant d'être déclinés à leur tour en plusieurs versions linguistiques. Tous ces projets émergent en général sur l’initiative d’un petit groupe de personnes actives au sein d’un projet préexistant. Ce fut le cas du projet Wiktionnaire en anglais, le deuxième projet à voir le jour après Méta-Wiki, en décembre 2002, soit deux ans avant la version francophone apparue en mars 2004[98].
Il est intéressant d'observer que la version francophone du Wiktionnaire n’a pas été créée à partir du projet anglophone, mais bien depuis le projet Wikipédia en français. D'ailleurs, on peut retrouver dans les archives de ce dernier projet, un débat concernant la pertinence de cette création, dont voici un extrait.
En fait, ce qui me peine vraiment avec le projet Wiktionary, c’est que alors qu’on essaie de rassembler les gens (pas facile) pour créer une sorte de tour de Babel de la connaissance (tâche bien longue et difficile), ce nouveau projet va disperser les énergies pour une raison qui ne me semble pas valable. C’est la création de Wiktionary qui va créer des redondances. À mon avis il existera rapidement des pages sur le même mot, mais ne contenant pas les mêmes informations. Pour quelle raison ces connaissances devraient-elles être séparées ? Les encyclopédies sur papier devaient faire des choix à cause du manque de place, mais nous, pourquoi le ferions-nous ??? "Wikipédia n’est pas un dictionnaire" n’est pas un argument à mon avis... si vraiment c’était pas un dictionnaire, il faudrait virer tout un tas d’article. Je ne comprends vraiment pas cette volonté de séparer la connaissance entre ce qui est "encyclopédique" et ce qui n’est "qu’une définition".
[Réponse]
Pour moi ce qu’est Wiktionary, c’est une partie de Wikipédia s’intéressant plus particulièrement aux aspects linguistiques des mots. La différence que je verrais entre la partie dictionnaire de Wikipédia et sa partie dite encyclopédique, c’est que la partie dictionnaire s’intéresserait au sens des mots eux-mêmes alors que la partie encyclopédie s’attache plus à faire ressortir un état des connaissances à un moment donné. Le pourquoi de la séparation d’avec la partie encyclopédie tient plus à des raisons techniques qu’à une volonté de monter un projet indépendant, en effet, à mon humble avis, un dictionnaire nécessite une plus grande rigueur (de présentation) qu’une encyclopédie. Ceci entraîne beaucoup de problème et entre autres le choix de la mise en forme des articles du dictionnaire.[99]
Créer un nouveau projet, c’est effectivement créer un nouveau site web, qui devra faire l’objet d’une nouvelle gestion, tant pour les serveurs de la Fondation, que pour la nouvelle communauté de contributeurs. L’importation de pages d’un projet à l'autre ou la traduction de celles-ci sont bien sûr toujours possibles, mais cela duplique alors aussi la maintenance et les mises à jour. Le choix de scinder un projet, en faveur d’une plus grande liberté, comporte donc certains coûts humains et financiers.
Ce prix à payer n'a pour autant pas empêché le projet anglophone Wikibooks de faire son apparition le 10 juin 2003, soit près d’un an avant Wikilivres, la version francophone du projet, apparue le 22 juillet 2004. Cette dernière création avait de nouveau été débattue au sein de la communauté Wikipédia en français, et non pas dans le Wikibooks en anglais. Quant à l'objectif commun aux deux projets linguistiques, il était de créer une « bibliothèque de livres pédagogiques libres que chacun peut améliorer »[100].
Environ un an après la création du projet en anglais, un nouvel espace de noms intitulé Wikijunior fut mis en place au sein de la bibliothèque en ligne. Ce sous-projet avait été créé pour répondre à un financement de la fondation Beck, qui cherchait à promouvoir la production de nouvelles littératures pour des enfants de huit à onze ans[101]. Peu de temps après, cette tranche d’âge fut toutefois élargie de zéro à douze ans au niveau du projet francophone, quand le sous-projet y fut adopté[102].
Ces deux évènements témoignent ainsi qu'il est toujours possible qu'un sous-projet apparaisse dans un projet Wikimédia. Comme autre exemple, il y a aussi le WikiJournal, un sous-projet développé au sein du projet Wikiversité en anglais et qui reçu le prix de l’Open Publishing Awards en 2019[103]. Une demande fut faite pour qu'il puisse bénéficier d'un nouveau site web dans le but de pouvoir se développer en dehors de Wikiversité. Malheureusement pour les initiateurs, la demande est restée sans suite jusqu'à ce jour[104], après que le conseil d’administration de la Fondation, chargé de répondre à leur demande, considéra que le projet n’était pas suffisamment abouti.
Il faut savoir qu'avant cela, le projet Wikiversité, dans lequel est né Wikijournal, avait lui-même été un sous-projet du projet Wikibook[105]. Initialement, il visait à « créer une communauté de personnes qui se soutiennent mutuellement dans leurs efforts éducatifs[106] »[107]. Cependant, en août 2005, une longue discussion remit en question l’existence du sous-projet Wikiversité dans Wikibooks. Au terme de celle-ci, la décision fut prise de transférer Wikiversité et son contenu sur le site Méta-Wiki[108], là où de nouvelles discussions ont abouti à l’idée de faire de Wikiversité un nouveau projet indépendant[109].
Déjà à l'époque, le conseil d’administration de la Fondation Wikimédia se montrait réticent à l'ouverture de nouveaux projets, et sa réaction fut de demander l'ouverture d'un sondage au sein de la communauté. Celui-ci devait rassembler une majorité des deux tiers en faveur de l'ouverture du nouveau site web[110]. Un résultat qui fut finalement obtenu, mais pas sans de longs débats, dont voici un extrait[108].
La principale raison pour laquelle la Fondation Wikimédia ne veut pas "lâcher le morceau" est une simple question de bureaucratie et la crainte que le projet ne devienne une autre Wikispecies [un projet de répertoire du vivant]. Wikispecies est une idée cool, mais les "fondateurs" du projet se sont dégonflés à mi-chemin de la mise en place du contenu et ont décidé de faire une révision majeure qui a pris plus de temps que ce que tout le monde était prêt à mettre.
Le même problème s’applique à Wikiversity en ce qui concerne la Fondation, parce que les objectifs et les buts de ce projet ne sont pas clairement définis, et il semble que les participants essaient de mordre plus qu’ils ne peuvent mâcher en proposant une université de recherche multi-collèges entière (avec un statut de recherche et une accréditation) à former de toutes pièces plutôt qu’un simple centre d’éducation pour adultes avec quelques classes.[111]
En novembre 2005 et malgré les résultats du sondage, l'indépendance du projet Wikiversité ne fut toutefois pas acceptée par cinq membres du conseil. Ceux-ci réclamaient une « réécriture de la proposition pour en exclure la remise de titre de compétence, la conduite de cours en ligne, et de clarifier le concept de plate-forme e-learning[112] »[113]. Quand ces rectifications furent faites, le projet bénéficia d'une période d’essai de plusieurs mois, jusqu'à ce que les amendements apportés au projet de départ soient enfin acceptés, le 31 juillet 2006. Ce long temps d'attente était justifié par la création du special projects committee[114], qui, jusqu'en décembre 2021, fut chargé de soulager le conseil d’administration de la fondation, par rapport aux demandes de création de nouveaux projets Wikimédia[115].
Un nouveau site, nommé Beta-Wikiversity, fut ainsi créé pour assister le lancement des différentes versions linguistiques de Wikiversité[116]. Durant six mois, son premier objectif a d'abord été l'élaboration des lignes directrices concernant la potentialité de produire des recherches collaboratives au sein du projet[117]. Par la suite, chaque nouvelle version linguistique, développée dans le projet Beta, devait avoir plus de 10 modifications par mois, réalisées par au moins trois personnes distinctes, avant de pouvoir bénéficier de son propre site web.
À l'image de Beta-Wikiversity, le projet Wikisource[118] possède lui aussi un site indépendant pour lancer ces nouvelles déclinaisons linguistiques. Tandis que pour tous les autres projets pédagogiques, ce lancement s'effectue sur la plateforme Wikimedia Incubator[119], créée à la même époque que Beta-Wikiversity. Ces trois plateforme de lancement ne concerne pas les nouveaux projets, qui doivent faire l'objet d'une acceptation par le conseil d'administration de la Fondation Wikimédia, et qui peuvent avoir pour origines des processus de création divers .
Le projet Wikivoyage, par exemple, fut initialement créé en 2003 dans un Wiki extérieur au mouvement Wikimédia, là où il portait le nom de Wikitravel[120]. Comme cela arrive parfois, ce projet sans but lucratif fut acheté par une entreprise commerciale en 2006. Mais en raison du changement de gouvernance et de l'apparition de publicités, une scission est apparue au sein de la communauté d’éditeurs. Les personnes désireuses de quitter Wikitravel lancèrent alors un nouveau site appelé Wikivoyage, qui reçut en 2007, le Webby Award du meilleur guide de voyage Internet[121].
L'intégration de Wikivoyage dans l'écosystème Wikimédia n'a cependant été faite qu'en 2012, à la suite d'un appel à commentaires durant lequel 540 personnes furent en faveur de l’intégration du projet, 153 contre, pendant que 6 restèrent sans avis [122]. Comme cette nouvelle déclencha une migration importante depuis Wikitravel vers Wikivoyage, une plainte fut déposée par la société commerciale en charge du premier projet. Celle-ci fut toutefois rejetée et le projet Wikivoyage continua à prendre de l’ampleur au sein du mouvement Wikimédia, avec la création de nouvelles versions linguistiques[123].
Le cas de Wikivoyage apparait toutefois comme une exception, car en général les nouveaux projets émergent des centaines de candidatures déposées sur le projet Méta-Wiki[124]. Celles-ci se soldent bien souvent par un refus, comme ce fut le cas pour le projet WikiLang dont le but était de lancer un laboratoire linguistique[125]. Quelques rares projets ont pourtant la chance d'être élus. Ce fut notamment le cas en octobre 2012, avec le lancement de la base de données structurée et sémantique Wikidata et de ses extensions Wikibase, ou plus récemment, en 2020, avec l'arrivée du projet Abstract Wikipedia[126] et Wikifunctions[127].
Sans vouloir entrer dans les détails, il est intéressant de savoir que l'interconnexion entre ces trois projets permet de traduire automatiquement des articles encyclopédiques dans tous les langages naturels pris en charge par le mouvement Wikimédia. Plus précisément, les phrases des articles publiées sur Abstract Wikipédia, sont formulées par des fonctions informatiques produites dans le projet Wikifunctions, dans le but de traiter les informations de la base de données sémantique Wikidata. Autrement dit, un article dans Abstract Wikipédia ne possède qu'une seule page pour toutes les langues, pareillement aux pages d'entités de Wikidata, qui ont pour titre une lettre suivie d'un chiffre[128].
À la suite de ces explications, on observe donc que ce n'est pas la complexité qui détermine le refus projet, mais plutôt une série de critères comparables à ceux retenus pour supprimer des projets ou versions linguistiques déjà existants. À ce propos, il existe sur Méta-Wiki une liste mise à jour des différents sites hébergés par la Fondation Wikimédia dont l'existence est remise en cause[129]. Dans celle-ci, on retrouve essentiellement des versions linguistiques de projets qui n’ont pas réussi à poursuivre leurs développements, bien qu'un projet entier soit toujours susceptible d'être mis à l'arrêt. C'est d'ailleurs ce qui est arrivé aux 31 versions linguistiques du projet Wikinews, qui en date du 4 mai 2026, soit 22 ans après le lancement du site anglophone, sont accessibles en mode lecture uniquement[130].
Dans le cas de Wikinews, ce fut le manque d'activité qui apparut comme principale justification de la suspension du projet. Cependant, d'autres raisons pourraient être invoquées, comme le prouve cet épisode de 2005, où, peu de temps après son lancement, la version francophone du recueil de citations Wikiquote a bien risqué de disparaitre. Le projet fut effectivement accusé d’avoir récupéré le contenu d’une base de données soumise à un droit d’auteur, incompatible avec la licence Creative Commons appliquée sur l’ensemble des projets pédagogiques Wikimédia. Lorsqu'une plainte fut adressée à l’association Wikimédia France, pour être ensuite relayée sur le site Méta-Wiki, il fut bien question de fermer le projet[131]. Après de longues discussions, celui-ci fut maintenu, mais avec pour conditions de repartir de zéro, et d’établir une charte pour garantir la traçabilité des citations reprises par le projet[132].
Voici donc de quoi se faire une idée sur la manière dont les projets pédagogiques et leurs déclinaisons linguistiques apparaissent et disparaissent au sein du mouvement. Les exemples repris ci-dessus suffisent effectivement pour comprendre les principes généraux qui sous-tendent leurs créations. En dehors de Méta-Wiki, Wikidata, Wikifunctions, Abstract Wikipédia et Wikimedia Commons, qui ne sont pas des projets de contenu pédagogique à proprement parler, tous les autres projets semblent effectivement provenir d’un désir de spécialisation d’un projet préexistant.
L'idée est généralement débattue dans un projet de même langue, avant de relayer la discussion vers le site Méta-Wiki. Si le projet y est jugé pertinent, il fait alors l'objet d'une candidature qui doit actuellement être soumise au groupe de travail des projets frères du comité des affaires communautaires de la Fondation Wikimédia. Quant aux nouvelles versions linguistiques, elles doivent être aujourd'hui soumises à l'approbation du comité des langues, avant d'être testées sur les plateformes Incubator, Beta-Wikiversité ou Wikisource Multilingue, dans le but de bénéficier d’un site web indépendant.
Suite à ces explications concernant les projets frères et leurs variations linguistiques, il nous reste encore à parler des sites qui ont un lien avec le mot Wiki, soit par leur nom, soit par le logiciel utilisé. En 2024 en effet, plus de 22 600 d'entre eux étaient répertoriés, dont plus de 95 % sans aucun lien avec le mouvement Wikimédia, en dehors du fait, peut-être, qu’ils utilisaient le logiciel MediaWiki développé par la Fondation Wikimédia[133].
WikiLeaks par exemple, créé par Julian Assange dans le but de publier des documents classifiés provenant de sources anonymes, n’est ni un projet Wikimédia, ni un site collaboratif. Quant au recueil universel et multilingue de guides illustrés WikiHow, si celui-ci fonctionne pour sa part de manière collaborative et avec le logiciel MediaWiki[134], il n'a pourtant aucun lien avec le mouvement Wikimédia. D'ailleurs, son ergonomie, radicalement différente de celle des projets Wikimédia, permet de le comprendre au premier coup d’œil.
En revanche, Wikimini, l'encyclopédie libre pour les enfants, a une apparence tout à fait comparable à celle des projets Wikimédia, alors que le projet n’a jamais été accepté par la Fondation. Quant aux projets WikiTribune et Fandom, l'ambiguïté qu'ils entretiennent avec le mouvement est d'autant plus grande qu'ils ont été créés par Jimmy Wales, le fondateur de Wikipédia et de la Fondation Wikimédia[135]. Cependant, comme ce sont des projets commerciaux, ils ne peuvent en aucun cas être soutenus par une fondation sans but lucratif.
Au terme de cette présentation, il ne reste plus qu'à signaler que le mouvement Wikimédia ne fut conscientisé que tardivement par rapport à l'apparition des projets Wikimédia et de leurs différentes versions linguistiques. Pour qu'un sentiment de collectivité se manifeste entre tous ceux-ci, il fallut certainement attendre qu'une coordination se développe sur la plateforme Méta-Wiki, mais également que de nombreuses rencontres et associations apparaissent en dehors de l'espace numérique. En ce sens, la naissance du mouvement ne fut pas un événement ponctuel, mais plutôt la réalisation d’un long processus de conscientisation.
Chapitre 8 : La conscientisation du mouvement
Avant d'aborder la question de la conscientisation du mouvement, il peut être intéressant de découvrir l'origine étymologique du mot « Wikimédia ». Celui-ci est un mot-valise composé du suffixe « média » et du préfixe « wiki » que l’on doit à cette expression hawaïenne « wiki wiki », qui se traduit en français par l'expression : « vite, vite »[136]. Celle-ci fut récupérée une première fois par Ward Cunningham, le créateur du premier moteur Wiki, avant d'être réutilisée dans les noms inventés pour d'autres logiciels de cette même famille. UseModWiki en est un bel exemple, puisqu'il fut le premier programme utilisé par la firme Bomis pour héberger son projet d’encyclopédie collaborative. Raison pour laquelle, sans doute, le terme « wiki » fut utilisé pour créer le mot Wikipédia, en l'associant au suffixe « pedia » qui fait référence au mot anglais encyclopedia, selon un principe qui fut ensuite repris pour tous les autres projets du mouvement.
Le mot Wikimédia, pour sa part, n’est apparu que le seize mars 2003, lors d’une discussion concernant la déclinaison possible de l’encyclopédie en d’autres types de projets éditoriaux participatifs. Durant celle-ci, l’écrivain américain Sheldon Rampton eu l’idée d’associer au terme wiki à celui de « média », afin de mettre en évidence la variété des médias produits et partagés par Wikipédia et ses projets frères[137]. Toutefois, c'est seulement en juin 2008 que Florence Devouard, présidente de la Fondation à cette époque, associe le mot Wikimédia à un mouvement social qu’elle voyait apparaître au sein des projets Wikimédia et de leurs communautés d'usagers.
Affirmer pour autant que ce moment précis coïncide avec la naissance du mouvement Wikimédia serait quelque peu arbitraire. Car si l’on peut déterminer plus ou moins facilement l’apparition d’une expression dans des archives, tout le monde sait qu’un mouvement social ne se forme pas en un seul instant. Dans le contexte du mouvement Wikimédia, sa naissance est bien sûr liée à celle du projet Wikipédia, mais également à tout ce qui permit la création de cette encyclopédie libre. Dans une autre perspective encore, on peut dater l'apparition du mouvement Wikimédia au 20 juin 2003[138], date de la création de la fondation qui porte le même nom. Ou pourquoi pas, associer la création du mouvement à la mise en ligne de la plate-forme Méta-Wiki, qui en représente le principal lieu de coordination.
Toujours est-il que l’expression « Wikimedia movement » est bien apparue en juin 2008, sous la plume de Florence Devouard. Cela s'est passé sur la liste de diffusion de la Fondation et peu de temps avant qu'elle quitte son poste de présidente[139]. Dans son message, elle partageait l'idée de placer sous le nom de domaine Wikimedia.org un site vitrine de présentation du mouvement Wikimédia qu'elle concevait de la sorte[140].
Le mouvement Wikimédia, comme je l’entends est
– une collection de valeurs partagées par les individus (liberté d’expression, connaissance pour tous, partage communautaire, etc.)
– un ensemble d’activités (conférences, ateliers, wikiacadémies, etc.)
– un ensemble d’organisations (Wikimedia Foundation, Wikimedia Allemagne, Wikimedia Taïwan, etc.), ainsi que quelques électrons libres (individus sans chapitres) et des organisations aux vues similaires[141]
Avec autant de détails et d'explications, un tel message ne pouvait qu'accélérer la prise de conscience au sein du mouvement. Dans tous les cas, il mettait en évidence que les personnes actives dans les projets éditoriaux en ligne ou dans les organismes affiliés, faisaient partie de ce que Ralf Dahrendorf appelle un « quasi-groupe[142] ». Ou autrement dit, un ensemble d’individus qui ont un mode de vie semblable, une culture commune, mais dont les points communs ne gravitent pas autour d’une prise de conscience de leur position commune dans la relation d’autorité[143].
Après la naissance de Wikipédia et de nombreux projets frères, une dizaine d’années a donc été nécessaire pour que le mouvement Wikimédia prenne conscience de son existence. Aujourd’hui encore, et comme cela a déjà été vu, de nombreuses personnes actives dans les projets pédagogiques ne réalisent toujours pas qu’elles participent aux activités d’un mouvement social. Cela, contrairement aux personnes investies dans les activités en présentiel organisées au sein du mouvement, qui sont généralement plus conscientes de leur engagement. C’est là une raison de croire que le développement de la Fondation Wikimédia et de ses organismes affiliés a joué un rôle important dans l'apparition d'un sentiment d’appartenance.
Chapitre 9 : La création des organismes affiliés
Si c’est grâce à l’arrivée des groupes et des organismes affiliés à la Fondation Wikimédia que l’idée du mouvement est probablement apparue, il est alors intéressant d'en décrire les processus de création. Mais puisque cela représente plusieurs centaines d’instances spécifiques, regroupées en plusieurs catégories détaillées en seconde partie d'ouvrage, aborder ici l’histoire de chacune d’entre elles serait une entreprise beaucoup trop fastidieuse.
De plus, s’il existe énormément d’archives numériques concernant la naissance des sites Wikimédia, ce n’est pas le cas pour ces organismes affiliés. Un bon nombre de ceux-ci se sont effectivement formés durant des rencontres ou des réunions hors ligne qui n'ont fait l’objet d’aucun enregistrement. Du reste, une bonne part des échanges effectués au sein de ces associations s'organise par des canaux de communication privés auxquels seuls les membres actifs ont accès.
Puisque je suis l'un des membres fondateurs, je me limiterai donc ici à parler de l’association Wikimédia Belgique. Celle-ci fut fondée le huit octobre 2014 en tant qu’association sans but lucratif, avant d'être reconnue le six août 2015 par le conseil d’administration de la Fondation Wikimédia[144]. Après plus de trois ans d’activités et de rencontres[145] et sous l’impulsion de Maarten Deneckere qui assuma le premier mandat de présidence, nous étions 8 personnes à signer la première version des statuts de l’association[146].
Jusqu’à ce jour, l’objet social de Wikimedia Belgique est d' « impliquer tout un chacun dans la connaissance libre[147] ». Contrairement à l'association Wikimédia Deutchland, la première à voir le jour en 2004 et qui rassemblait déjà en 2021 plus de 85 000 membres et près de 150 employés[148], l’association belge n'a qu'une seule employée à temps partiel et 150 membres en 2025[149].
Avant d’être reconnues par le comité d’affiliations chargé de seconder le conseil d’administration de la Fondation, toutes les associations nationales, dites « chapters » en anglais et toutes les autres organisations affiliées, doivent réaliser un bon nombre de démarches. Celles-ci consistent à répondre à un ensemble de prérequis qui ont évolué suite à la création d'un comité décisionnel en avril 2006[150]. Ces obligations diffèrent entre les groupes d’utilisateurs et d'utilisatrices et les associations locales ou thématiques. Parmi ceux-ci, on retrouve toutefois : un nombre minimum de membres et de référents, une mission et un règlement d’ordre intérieur conformes aux attentes du mouvement, la remise de plans et de rapports d’activités annuels, etc.[151].
On comprend donc qu’il n’est pas évident de créer une nouvelle instance au sein du mouvement. Pour bénéficier du soutien logistique et financier de la Fondation réservé aux organismes affiliés, c’est ainsi toute une série de rapports qu’il faut alors transmettre à divers comités et commissions chargés de leurs évaluations. Cela représente une quantité de tâches administratives qu’il n’est pas toujours facile d’assumer, surtout lorsque les membres de l’organisme affilié sont tous des bénévoles. D’où sans doute cette régulière disparition d’affiliations, pendant que d’autres se créent ou réapparaissent en fonction des énergies et du dynamisme disponibles dans les équipes.
Les activités liées à la récolte et à la redistribution des dons offerts au mouvement, ainsi que les autorisations d’usage de marques déposées, contrastent donc avec les valeurs de libre partage et d’autonomie décrites dans les projets pédagogiques. Cela semble confirmer que la partie hors ligne du mouvement est plus influencée par les habitudes d’un système économique dominant, contrairement à la partie en ligne qui semble plus fidèle à l’héritage de la contre-culture.
Chapitre 10 : L'héritage d'une contre-culture
Au terme de cette première partie d’ouvrage, il devient évident que la révolution numérique, que l’on considère généralement comme une révolution technique, fut aussi, et peut-être avant tout, une révolution sociale et culturelle. Quant à l'histoire de Wikimédia, reprise ici depuis les origines de son encyclopédie jusqu'à l'apparition de ses organismes affiliés, elle nous fit découvrir comment les idées de la contre-culture des années 1960 furent transmises au mouvement.
En cas de doute, observons encore que Richard Stallman, celui qui a créé les concepts de licence et d'encyclopédie libre, fut désigné par certains comme le gourou de la contre-culture hacker[152] et le père du système d’exploitation hippie[153]. Une culture hippie, dont il est aussi troublant de constater que le renversement de son logo ressemble étrangement à celui du mouvement Wikimédia.
Incontestablement et au travers du mouvement des logiciels libres, le mouvement Wikimédia a donc bien hérité des valeurs produites par les mouvements sociaux des années 1960. Des valeurs qui aujourd'hui contrastent fortement avec la marchandisation et la capitalisation du monde, dont l'espace web ne fait jamais que refléter ce qui se passe dans le reste de la société humaine. Or, ce phénomène ne date pas d'hier. En 2008 déjà, André Gorz, ce philosophe parmi les pères de la décroissance[154] et théoricien de l’écologie politique[155], constatait déjà que :
La lutte engagée entre les "logiciels propriétaires" et les "logiciels libres" [...] a été le coup d’envoi du conflit central de l’époque. Il s’étend et se prolonge dans la lutte contre la marchandisation de richesses premières – la terre, les semences, le génome, les biens culturels, les savoirs et compétences communs, constitutifs de la culture du quotidien et qui sont les préalables de l’existence d’une société. De la tournure que prendra cette lutte dépend la forme civilisée ou barbare que prendra la sortie du capitalisme. [156]
Dans cette lutte et avec le seul nom de domaine non commercial parmi le top 100 des sites les plus fréquentés du Web[157], la galaxie Wikimédia apparait donc comme un des derniers lieux numériques de liberté, de partage et d'égalité. Un lieu qui, de plus, est connu mondialement, grâce au succès des plus de 350 déclinaisons linguistiques de Wikipédia, et sans pour autant récolter d'informations sur l’identité et le comportement des internautes. Cela alors que cette pratique est considérée, par certains, comme un « nouvel or noir » pompé du Web, pendant que d’autres préfèrent parler de « capitalisme 3.0[158] » ou de « capitalisme de surveillance[159][160] » .
Évidemment, les enjeux de cette lutte sont difficiles à comprendre. La complexité de l’infrastructure informatique, mais également le fait que tout cela s'inscrit dans une révolution que Rémy Rieffel décrit comme « instable et ambivalente, simultanément porteuse de promesse, et lourde de menaces », ne facilitent pas les choses. Cela d'autant plus que tout cela se place « dans un contexte où s’affrontent des valeurs d’émancipation, et d’ouverture d’un côté et des stratégies de contrôle et de domination de l’autre[161] » .
En fait d’ambivalence, il est surprenant d'apprendre, par exemple, que Jimmy Wales, fondateur de Wikipédia et de la fondation Wikimédia, est un adepte de l’objectivisme, alors que cette philosophie voit le capitalisme comme un idéal de société[162] et l’égoïsme rationnel, comme une morale. Puis, concernant l'instabilité du numérique, il y a ces appels répétés de Tim Berners-Lee au sujet de la « redécentralisation[163] » et de la « régulation[164] » d'un espace web qu'il avait conçu dans un esprit tout à fait opposé. Quant aux pionniers d'Internet, ils n'ont probablement pas imaginé que leur création permettrait un jour, à des milliards d’objets connectés, de rapporter, rien qu'en France et en 2021, plus de 2,6 milliards d’euros[165].
Quant à la question du contrôle et au-delà de ce qui est opéré par les firmes commerciales, c'est bien sûr du côté des États qu'il faut porter son attention. Face à un mouvement qui veut s’émanciper des contrôles, par moins de 18 pays ont déjà censuré Wikipédia et parfois même l'ensemble des projets frères. Ce fut le cas par exemple pour la Turquie, la Russie, l'Iran, mais également le Royaume-Uni, la France et l'Allemagne, et c'est même le cas de manière permanente en Chine, depuis 2004[166].
Dans certains cas, des procédures juridiques ont été utilisées pour intimider les membres du mouvement. C'est arrivé en France lorsque le directeur de l'association Wikimédia fut menacé de poursuites pénales par la Direction Centrale du Renseignement Intérieur, après un refus de supprimer un article qui traitait d’une station militaire dans Wikipédia[167]. Par chance, ce qui s'est passé en France ne dépassa pas le stade de l'intimidation. En Biélorussie cependant, Mark Bernstein, un contributeur aux projets Wikimédia, fut condamné à quinze jours de prison ferme, assortis de trois ans d’assignation à résidence, pour des propos tenus au sujet de la guerre en Ukraine[168]. Cela sans oublier qu'actuellement, ce sont les conservateurs à la tête des États-Unis qui « veulent la peau de Wikipédia » en cherchant à obtenir l'identité réelle de certains contributeurs[169].
Le contrôle et le non-respect de la vie privée font ainsi appel à la figure emblématique du lanceur ou de la lanceuse d'alerte, dont la posture contestataire fait penser à celle des personnes actives dans la contre-culture des années 1960. Parmi ceux-ci, on dit de Julian Assange, Edward Snowden et Chelsea Manning, qu'ils « ont perdu leur liberté pour défendre la nôtre[170] ». De manière similaire, on pourrait donc aussi dire que les Wikimédiens Aaron Swartz, Bassel Khartabil, Pavel Pernikov, Ihor Kostenko et Mark Bernstein, se sont sacrifiés pour la liberté, le partage et la vérité.
Dans Wikimédia et comme ce fut expliqué dans l'introduction de cet ouvrage, une alerte peut prendre la forme d'un appel à commentaires en réaction à une décision ou une situation observée au sein du mouvement. C'est même là une pratique institutionnalisée, qui fait l'objet d'une procédure d'accompagnement et de suivi[171]. Toutes ces alertes concernent les dérives de certains projets, mais également de certaines associations dont la proximité avec le système économique n'aide pas au respect des pratiques et des valeurs développées en ligne.
Dans ce qui apparait aux yeux de certains comme un « bazar libertaire[172] », les choix et règles édictés dans la sphère hors ligne du mouvement ne plaisent pas toujours aux membres des communautés en ligne. Ce qui n'empêche toutefois pas les projets éditoriaux d'avoir leurs propres règles et des recommandations, ni de voir apparaitre en 2020 et dans l'ensemble du mouvement, un code de conduite universel, qui détermine le « référentiel minimum des comportements acceptables et inacceptables »[173].
L'idéologie transmise à Wikimédia, décrite en partie par Steven Levy dans son ouvrage L’Éthique des hackers[174] est donc plus subtile qu'un simple refus d'autorité. Dans un esprit de partage, d'ouverture, de transparence, de liberté, d'égalité et d'autonomie, c'est une structure très complexe, tout en étant cosmopolite et mondiale, que le mouvement réussit à mettre en place. Une organisation qui, finalement, apparait très inspirante dans la manière de faire communauté aujourd'hui, et au sein d'un monde toujours plus global et numérique.
[[Catégorie:Le mouvement Wikimédia (livre)]]
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2026-04-29T13:48:06Z
Lionel Scheepmans
20012
765449
wikitext
text/x-wiki
'''LE MOUVEMENT WIKIMÉDIA'''
'''Dernier partage altruiste de la connaissance libre ?'''
De Lionel Scheepmans
Avec l'aide de la communauté Wikimédia
'''Quatrième de couverture'''
Quel est ce seul acteur à but non lucratif présent dans le top 100 des sites les plus visités sur le Web ?
Comment incarne-t-il l’expression la plus visible des valeurs de liberté, d’égalité et de partage, héritées de la révolution numérique et des mouvements sociaux des années 1960 ?
Comment, à partir de Wikipédia et suite à la création d’une quinzaine de projets frères distribués en centaines de versions linguistiques, le mouvement social Wikimédia a imaginé un monde dans lequel le savoir se produit et se partage librement ?
Et comment, en toute autonomie, des dizaines de projets pédagogiques, édités par des millions de bénévoles, soutenus par une fondation et près de 200 associations et groupes locaux, produisent-ils la plus grande intelligence collective au monde ?
Avec de nombreux codes QR, cet ouvrage répond à ces questions, tout en permettant de mieux comprendre le monde global et numérique qui nous entoure.
Lionel Scheepmans est docteur en sciences politiques et sociales, militant de la culture libre et professeur d’anthropologie numérique. Il occupe plusieurs postes d’administrateur au sein du mouvement Wikimédia qu’il observe de manière participative depuis 2011. Ses travaux universitaires, du master à la thèse de doctorat, furent consacrés à l’organisation et aux enjeux de Wikipédia et du mouvement Wikimédia.
'''Avant-propos'''
Pour offrir un confort de lecture sur papier sans perdre la puissance du numérique, des codes QR sont affichés tout au long de cet ouvrage. À l’aide d’une tablette ou d’un smartphone, ils offrent un accès direct à ce qui serait coûteux ou impossible à imprimer.
Par exemple, le code QR 1, affiché en fin de page, donne accès directement à la page web qui reprend l’intégralité de l’ouvrage. Une fois sur celle-ci, on peut alors visionner les illustrations en couleur ou les enregistrements qui s’y trouvent et consulter ensuite leurs pages de descriptions en cas de besoin. Cette version numérique comprend aussi de nombreux hyperliens pointant vers Wikipédia et d’autres sites du mouvement Wikimédia, où se trouvent des compléments d’informations et leurs mises à jour.
Pour économiser du papier lors de l’impression, la section regroupant les notes et les références de l’ouvrage n’est disponible qu’au format numérique, mais est directement accessible via le code QR 2 repris ci-dessous. Grâce aux indices de renvoi chiffrés et placés en exposant dans le texte imprimé, il est alors possible, au départ d'un smartphone ou d'une tablette, de retrouver les notes et les références en fonction de leur numérotation. Lorsque la référence correspond à une page web, un lien pointant vers le projet Internet Archive s’y trouve repris, pour garantir un accès aux archives des pages citées dans l’ouvrage, si jamais elles avaient disparu du web. Quant aux pages toujours existantes, elles restent accessibles via leurs hyperliens originels, pour consulter leurs éventuelles évolutions.
Étant donné que ce livre est produit sur une plateforme collaborative, tout le monde est invité à améliorer les prochaines versions. On peut le faire en corrigeant des fautes d’orthographe ou de syntaxe sur les pages web qui constituent les différents chapitres de l’ouvrage, ou encore en apportant des commentaires sur les pages de discussion qui leur sont associées. Cela peut se faire très simplement en cliquant sur « Modifier » , quand on est sur la page d'un chapitre, et sur « Ajouter un sujet » lorsque l'on est sur une page de discussion.
Une page de discussion générale est aussi accessible grâce au code QR 3. Elle permet de commenter le livre dans son ensemble, ou de poser une question à son sujet. Il suffit pour cela d’indiquer un titre dans le champ « Démarrer un nouveau sujet », d’écrire le contenu du message dans l’encadré situé juste en dessous, puis de cliquer sur le bouton « Ajouter un sujet de manière anonyme » pour publier son message.
Enfin, pour ceux qui voudraient agrémenter leur lecture d’un fond sonore relaxant et original, le code QR 4 donne accès à une page web qui diffuse une musique mélodieuse. Celle-ci est composée de sons spécifiquement produits chaque fois qu’une modification est apportée sur un projet Wikimédia, ou qu’un nouveau compte y est créé. Ce dispositif ingénieux offre ainsi aux lecteurs qui le souhaitent une ambiance sonore particulièrement confortable, ainsi qu’une nouvelle expérience immersive au sein du mouvement Wikimédia.
'''Introduction : Wikimédia n’est pas Wikipédia'''
Depuis le succès initial de Wikipédia, une myriade de projets de partage des connaissances, d’organisations et de groupes de soutien ont émergé pour former ce qu’on appelle aujourd’hui le mouvement Wikimédia. Même si, à ce jour, l’encyclopédie libre reste l'activité phare du mouvement, il serait regrettable de réduire l’ensemble du mouvement à cet unique projet pédagogique. Malheureusement, il arrive bien trop souvent qu'une seule version linguistique de Wikipédia suffise pour cacher l’étendue de la forêt Wikimédia.
En réalité, Wikimédia représente un mouvement social, international et interculturel complexe, au sein duquel Wikipédia n’est qu’une composante parmi d’autres. Dans le cadre d'un mémoire de master, on peut ainsi fournir en quelques mois une ethnographie du projet Wikipédia en français[1]. Alors que pour synthétiser les origines, l’organisation et les dynamiques globales du mouvement Wikimédia, une thèse de doctorat[2] et cinq années de recul supplémentaires furent nécessaires.
À la fin de l'année 2025, l’ampleur numérique du mouvement est effectivement impressionnante. Chaque mois, des millions de modifications bénévoles sont effectuées sur plus de 500 millions de pages[3], réparties sur plus d’un millier de sites web[4], dont 358 seulement, correspondent aux versions linguistiques de Wikipédia[5]. Ce qui prouve donc clairement que les activités en ligne portées par l'ensemble du mouvement Wikimédia dépassent largement ce qui se passe au sein de l’encyclopédie.
Il existe ainsi huit autres projets pédagogiques susceptibles d'atteindre un jour l'envergure et la notoriété de Wikipédia, avec un objectif et un fonctionnement spécifiques à chacun. De manière détaillée, Wikilivres crée des livres pédagogiques, Wikiversité rassemble des supports d'enseignement et des travaux de recherche, Wikinews fait du journalisme collaboratif, Wikivoyage développe un guide touristique, pendant que Wiktionnaire apporte des définitions des mots de toutes les langues et dans toutes les langues.
Contrairement à Wikipédia, tous ces projets ne sont pas soumis à une neutralité de point de vue, ni limités à l'usage de sources secondaires reconnues, au niveau de la rédaction des articles. La plupart d'entre eux acceptent aussi la publication de travaux de recherche ou de productions personnelles, alors que cela est tout à fait interdit dans Wikipédia.
Selon l'étymologie du mot encyclopédie, le but de Wikipédia est en effet de synthétiser ou, plus précisément, d'encercler le savoir humain déjà préexistant. Cette contrainte éditoriale limite donc les contributeurs et contributrices à l'usage de sources secondaires et tertiaires présentes dans des publications externes au projet. De ce fait, Wikipédia reproduit fatalement les biais systémiques, tels que les déséquilibres et les surreprésentations de genre et de culture, présents dans un monde de l'édition majoritairement occidental. Or, cette impasse éditoriale propre à Wikipédia n'existe pas dans les autres projets pédagogiques.
Comme ces projets frères, Wikipédia n'est pas non plus un projet complètement autonome des autres projets Wikimédia. L'encyclopédie compte en effet sur le projet Wikimedia Commons pour héberger l'ensemble de sa médiathèque. Elle utilise ensuite le contenu du projet Wikidata comme base de données structurée. Quant aux personnes qui produisent l'encyclopédie, elles peuvent aussi puiser leurs sources dans la bibliothèque Wikisource, ou se référer à des citations d'auteurs collectées dans le projet Wikiquote. Tout cela sans oublier que des dizaines de sites web traitent l'archivage permanent de Wikipédia et des autres projets Wikimédia, dans le but de fournir des analyses précieuses et totalement libres d’accès.
Enfin, il faut aussi garder à l'esprit qu'au-delà de tous ces sites web, le mouvement Wikimédia, c'est aussi de nombreuses institutions et organisations affiliées dispersées dans le monde. Autour de la Fondation Wikimédia chargée de la gestion et de l’organisation internationales, avec près de 650 salariés de nationalités diverses[6], se regroupent des centaines d'organisations satellites. Parmi celles-ci, on retrouve 2 associations thématiques[7], 40 associations locales[8], dont Wikimedia Deutschland qui regroupe plus de 170 employés, et finalement 141 groupes d’utilisateurs et utilisatrices[10].
Tout ce qui vient d'être exposé dans cette introduction justifie donc la nécessité de distinguer le mouvement Wikimédia du projet Wikipédia. Imaginons seulement que l’on se limite à citer Paris pour décrire et comprendre un pays aussi vaste que la France. Certes, Paris est une ville mondialement connue et qui compte plus de deux millions d’habitants et un patrimoine culturel impressionnant. Mais est-ce pour autant qu'il faudrait oublier les autres villes, villages et métropoles françaises ? Sans compter que la France regroupe aussi des départements et des territoires d’outre-mer et qu'elle entretient des relations et des partenariats internationaux qui dépassent de loin ce qui se passe entre Paris et le reste du monde. Ne pas confondre le mouvement Wikimédia avec le projet Wikipédia relève donc du bon sens.
En 2019 cependant, la Fondation Wikimédia a envisagé de se renommer en Fondation Wikipédia et de remplacer le terme « Wikimédia » par celui de « Wikipédia », partout où ce terme est utilisé dans la sphère hors ligne du mouvement. Le but était d’acquérir une plus grande visibilité et d’attirer des milliards de personnes, grâce au nom de marque Wikipédia, considéré comme l’un des plus connus au monde[11]. Ce changement n’a toutefois pas été accepté par de nombreuses personnes actives au sein du mouvement Wikimédia. En janvier 2020, ces opposants ont ainsi créé une page d’appel à commentaires, qui fut le siège d’un long débat[12]. À l’issue de ce dernier, 73 représentants d’organisations affiliées et 984 personnes ont signé une lettre ouverte adressée à la Fondation, qui comprenait le paragraphe suivant[13] :
Depuis 20 ans, les bénévoles ont bâti la réputation de Wikipédia en tant que ressource indépendante et communautaire. Les projets du mouvement Wikimédia, dont Wikipédia, se développent autour de la décentralisation et du consensus. Il est essentiel d’établir des distinctions claires entre la Fondation Wikimédia, les affiliés et les contributeurs individuels. Tout changement qui affecte cet équilibre exige le consentement éclairé et la collaboration des communautés. Il est donc très préoccupant de voir « Wikipédia » présenté pour le nom de l’organisation et du mouvement malgré le mécontentement général de la communauté.
En s’opposant aux idées de la Fondation, ces membres de la communauté Wikimédia ont ainsi fait preuve de sagesse. De plus, ils ont signalé dans de nombreux commentaires que beaucoup de personnes connaissent le mouvement Wikimédia uniquement au travers de son encyclopédie. Il est même étonnant d'observer que la méconnaissance du mouvement existe au sein même de sa propre communauté. Comme exemple, on peut observer que l'article du projet Wikipédia en anglais consacré au mouvement Wikimédia ne s’est développé qu’à partir de 2016[14], tandis que ce même article dans la version francophone de l'encyclopédie n’est apparu qu’en 2019[15]. Quant aux autres versions linguistiques, il est tout aussi étonnant de constater qu'en octobre 2025, seulement 39 d'entre elles sur un total de 358 possédaient un article dédié au mouvement Wikimédia[16].
Tous ces éléments justifient donc la nécessité d’offrir au monde une meilleure connaissance du mouvement Wikimédia et des nombreux projets et organisations qui contribuent à sa mission de partage du savoir. En ce sens, ce livre est une contribution importante aux défis stratégiques que doit relever le mouvement Wikimédia à l’approche de 2030. Car au-delà des résolutions prises pour développer de nouveaux processus participatifs et délibératifs concernant les questions de marque[17], c’est avant tout un travail d’information et de sensibilisation à destination du grand public qu'il reste à faire.
'''Première partie : La naissance du mouvement Wikimédia'''
Il existe dans l'espace web une multitude d’archives permettant de retracer les événements qui ont conduit à la naissance du mouvement Wikimédia. Cette « préhistoire » du mouvement peut notamment être explorée grâce au réseau d’éducation populaire Framasoft, dont le site est apparu environ un an avant la création de la version francophone de Wikipédia. On trouve sur cette plateforme une mine d’informations concernant les logiciels libres et la culture libre. Deux épisodes majeurs de l’histoire de l’informatique et d’Internet, malheureusement méconnus du grand public.
Grâce à Framasoft et bien d’autres associations, il est possible de découvrir l’organisation et les motivations des millions de personnes qui participent au mouvement du logiciel libre. On y apprend que ce mouvement politique et social a été initié en 1983 par Richard Stallman, un programmeur du Massachusetts Institute of Technology (MIT), qui a eu l’idée d’offrir à chacun une alternative à la marchandisation du secteur informatique.
Cette philosophie de libre partage, concrétisée par le projet de Stallman, permit l’essor d’une organisation et d’une éthique de travail originales, développées au sein d’une sous-culture en vogue dans le milieu informatique depuis les années 1950. Celle-ci fut documentée dans de nombreux ouvrages, dont « L’éthique hacker »[18], un livre remarquable, dans lequel le philosophe finlandais, Pekka Himanen, analyse en détail les origines de la culture hacker. Un simple extrait de sa quatrième de couverture[19], repris ci-dessous, permet d’appréhender la manière de penser de ces informaticiens, rejoints par Richard Stallman durant ses études universitaires, avant d'en devenir l’une des figures les plus charismatiques.
On considérait jusqu’à présent le « hacker » comme un voyou d’Internet, responsable d’actes de piratage et de vols de numéros de cartes bancaires. Le philosophe Pekka Himanen voit au contraire les hackers comme des citoyens modèles de l’ère de l’information. Il les considère comme les véritables moteurs d’une profonde mutation sociale. Leur éthique, leur rapport au travail, au temps ou à l’argent, sont fondés sur la passion, le plaisir ou le partage. Cette éthique est radicalement opposée à l’éthique protestante, telle qu’elle est définie par Max Weber, du travail comme devoir, comme valeur en soi, une morale qui domine encore le monde aujourd’hui.
En introduisant cette première partie d'ouvrage de la sorte, nous pouvons déjà comprendre que le mouvement Wikimédia plonge ses racines dans une transition culturelle remplie d’utopie[20]. Une utopie qui s’oppose notamment à ce que l’historien et anthropologue Karl Polanyi[21] désignait, en 1944 déjà, comme un libéralisme économique qui « subordonne les objectifs humains à la logique d’un mécanisme de marché impersonnel »[22]. Étape par étape et en commençant par analyser cette utopie spécifiquement au niveau du mouvement Wikimédia, voyons maintenant ce qui s'est passé tout au long de cette révolution culturelle numérique.
Chapitre 1 : L'utopie Wikimédia
Au fil du temps, Wikipédia fut perçu comme une utopie en marche[23], puis comme une utopie réalisée[24], et finalement comme la dernière utopie collective du Web[25]. Mais qu'en est-il de l'ensemble du mouvement Wikimédia ? Pour nous aider à comprendre ce qui se passe dans la dimension numérique de ce mouvement, voici une métaphore qui décrit un quartier établi au sein d'une ville, imaginée au départ de l'espace web ». Dans cette ville imaginaire, Internet représenterait le réseau routier, pendant que des serveurs informatiques feraient office de bâtiments, et que les pages web qu'ils hébergent, constitueraient les différentes pièces de ces édifices.
Le quartier Wikimédia rassemblerait ainsi plus d’un millier de bâtiments. Au sein de ceux-ci et à l’exception de quelques lieux administratifs, chaque pièce peut être visitée gratuitement, mais aussi modifiée au niveau de son contenu. On peut ainsi y ajouter de nouvelles choses, telles que du texte, des photos, des vidéos ou des documents sonores, et même changer ou supprimer ce qui a été créé ou modifié par d’autres. Tout cela, bien sûr, dans le but de rendre ces endroits plus esthétiques, ou plus authentiques et en tenant compte des différentes idées et des éventuelles oppositions de point de vue concernant les aménagements. Pour faciliter l'entente entre les personnes qui s'investissent dans les modifications, chaque pièce des bâtiments Wikimédia possède un espace annexe dédié à la discussion.
Dans la plupart des bâtiments Wikimédia, une personne malintentionnée peut même faire disparaitre tout le contenu d'une pièce. Néanmoins, dans la seconde qui suit, un robot remettra tout en place, avant de transmettre un message concernant le traitement du vandalisme. Lorsqu'une action plus discrète n'est pas détectée par un robot, c'est alors quelqu'un qui surveille la pièce qui prendra le relais pour annuler les changements malveillants et contacter la personne responsable. En cas de multirécidive, celle-ci peut se voir privée de sa capacité de modifier les pièces, soit dans le bâtiment vandalisé, soit dans tout le quartier quand cela se justifie. Après discussion, cette sanction sera mise en application par un administrateur ou une administratrice bénévole, choisi ou choisie par l'ensemble des autres bénévoles qui prennent soin des bâtiments.
On comprend donc que tout le monde peut enrichir, mais également surveiller et protéger les richesses partagées dans le quartier Wikimédia. Il suffit pour cela de rejoindre le mouvement en se créant un compte. Cela permet de profiter de nombreux outils, dont notamment un système qui envoie des notifications, dès qu'une pièce que l'on veut surveiller est modifiée.
Pour créer ce compte, pas besoin de fournir une adresse ou un numéro de téléphone. Les seules informations personnelles indispensables au bon fonctionnement du quartier Wikimédia sont les adresses IP des visiteurs. Lors des visites et contrairement à ce qui se passe dans les quartiers commerciaux de la grande ville numérique, tels que les GAFAM, NATU, BATX, le quartier Wikimédia ne récolte et ne vend aucune donnée à des fins d'exploitation.
Même les adresses IP enregistrées par le système ne sont pas visibles par les autres visiteurs. Elles sont remplacées par les noms et les pseudonymes fournis lors de la création des comptes, ou masquées par des comptes temporaires pour les modifications faites par des personnes non connectées. Seules quelques personnes accréditées par la communauté pour effectuer des contrôles d’usurpation d’identité ont accès à ces informations[26]. C’est là une précaution nécessaire au bon déroulement des votes qui succèdent parfois aux recherches de consensus concernant l'aménagement du quartier Wikimédia.
Dans cette ville numérique que constituerait l'espace web, Wikimédia apparait ainsi comme le plus grand quartier dédié au partage de la connaissance. Tout d'abord, il y a les plus de 350 bâtiments Wikipédia, chacun dédié à une version linguistique de l'encyclopédie. Puis, toujours séparés en versions linguistiques, on trouve ensuite les bibliothèques Wikilivres et Wikisource, les bâtiments lexicaux multilingues Wiktionnaire, le centre journalistique Wikinews, le centre pédagogique et de recherche Wikiversité, le centre d'informations touristique Wikivoyage, le répertoire des êtres vivants Wikispecies et enfin l'institut des citations d’auteurs Wikiquote. Cela sans oublier le musée médiatique Wikimedia Commons et la banque Wikidata, reconnue comme étant la plus grande banque d’informations structurées au monde. Deux bâtiments dont l'une des fonctions principales communes est d’enrichir les pièces situées dans les autres buildings du quartier Wikimédia.
Dans tous ces immeubles, il arrive souvent que plus de la moitié des étages soient uniquement attribués à l'organisation des activités qui s'y déroulent. Chaque bâtiment peut aussi compter sur le soutien d'autres édifices tels que MediaWiki, Wikitech, Phabricator, qui sont trois lieux entièrement dédiés aux maintenances techniques sur l'ensemble du quartier. Concernant les aspects administratifs, c'est dans le bâtiment Méta-Wiki que s'opère la gouvernance générale du quartier, alors que les courriers adressés à ce dernier sont traités en première ligne dans le bâtiment Wikimedia VRT. À la suite de quoi, il ne reste plus qu'à citer le bâtiment Wikimedia Outreach, pour des initiatives de sensibilisation, et le bâtiment du journal Diff Wikimedia, comme lieu de publication d'actualités sur le mouvement.
En dehors de certains aspects techniques, tous ces bâtiments sont exclusivement régis par des communautés bénévoles, qui sont toujours prêtes à accueillir de nouveaux membres. Les seuls immeubles du quartier qui diffèrent de ce principe sont les bâtiments vitrines de la Fondation Wikimédia et des autres associations Wikimédia qui engagent du personnel. Quant au bâtiment du conseil d'administration de la Fondation, des raisons officielles justifient le fait que la modification de ses pièces est réservée à ces membres et aux employés qui les soutiennent.
Face à tant d'utopies, il devient légitime de vouloir comprendre comment tout cela fut rendu possible. Or, pour répondre à cette question, il faut alors parcourir tout un pan de l'histoire de la révolution numérique, depuis la contre-culture des années 1960 jusqu'à nos jours. On y découvre que les pionniers du réseau Internet étaient des chercheurs et étudiants en informatique, fortement influencés par de nouvelles idéologies, telles que celles qui furent à la source des évènements de mai 68 en France. C'est donc de là que naîtra la philosophie de partage, de liberté, de décentralisation et ce mode d’organisation tout à fait spécifique, que l'on observe aujourd'hui au sein du mouvement Wikimédia.
Il y eut tout d'abord la création d'Internet, comme réseau mondial de communication en libre accès, puis le développement du World Wide Web, qui a grandement facilité les interactions humaines à l’échelle planétaire. Par la suite, ce fut l'arrivée du Web 2.0, caractérisé par l'apparition de nouveaux sites web directement modifiables à l'aide d’un simple navigateur. Or, parmi ceux-ci se trouvent les moteurs de Wiki, dont le plus puissant d’entre eux, MediaWiki, est un logiciel libre développé par la Fondation Wikimédia. Le moment est donc venu d'en savoir plus sur ce type de programme informatique, ainsi que sur le mouvement du logiciel libre, qui a fortement influencé la philosophie et les valeurs véhiculées au sein du mouvement Wikimédia.
Chapitre 2 : Le mouvement du logiciel libre
L’un des premiers épisodes de la préhistoire de Wikipédia et du mouvement Wikimédia débuta en septembre 1983, lorsqu’un programmeur du Massachusetts Institute of Technology, appelé Richard Stallman, déposa un message sur la liste de diffusion net.unix-wizards. C’était un appel d’aide pour la création de GNU, un nouveau système d’exploitation qui devait réunir une suite de programmes que tout le monde pourrait utiliser librement sur son ordinateur personnel[27]. Dans son message transmis via ARPANET, le premier réseau informatique à grande échelle qui précéda Internet, Stallman s’exprimait de la sorte[28] :
Je considère comme une règle d’or que si j’apprécie un programme je dois le partager avec d’autres personnes qui l’apprécient. Je ne peux pas en bonne conscience signer un accord de non-divulgation ni un accord de licence de logiciel. Afin de pouvoir continuer à utiliser les ordinateurs sans violer mes principes, j’ai décidé de rassembler une quantité suffisante de logiciels libres, de manière à pouvoir m’en tirer sans aucun logiciel qui ne soit pas libre.
Le projet de Stallman, qui reçut le soutien nécessaire à son accomplissement, marqua ainsi le début de l’histoire du logiciel libre. Quant à la quantité d’aide fournie, elle permet de croire que Richard Stallman n’était pas seul à voir l’arrivée des logiciels propriétaires d’un mauvais œil. Car pour les membres du projet GNU et du mouvement du logiciel libre en général, un bon programme informatique doit respecter ces quatre libertés fondamentales[29] :
1. La liberté d’exécuter le programme, pour tous les usages.
2. La liberté d’étudier le fonctionnement du programme, et de l’adapter à vos besoins.
3. La liberté de redistribuer des copies, donc d’aider votre voisin.
4. La liberté d’améliorer le programme, et de publier vos améliorations, pour en faire profiter toute la communauté.
Lors de l'apparition du logiciel libre, le marché de l’informatique était de fait en pleine mutation. L'habituel partage des codes informatiques entre les rares étudiants ou chercheurs qui bénéficiaient d’un accès à un ordinateur faisait l'objet d'une remise en question. Ce changement faisait notamment suite au Copyright Act de 1976, une nouvelle loi qui autorisait l'application d'un droit d'auteur sur le code informatique, et donc qui permettait d'en interdire le partage ou la réutilisation sans autorisation. Des clauses de confidentialité ont ainsi fait leur apparition, pendant que les employés des firmes informatiques étaient nouvellement soumis à des contrats de confidentialité. C'était la fin de l’entraide et de la solidarité pratiquées chez les pionniers de l’informatique. À sa place s'installaient la concurrence et la compétitivité, bien connues dans le système capitaliste marchand.
Cette mutation coïncidait avec l’arrivée des premiers ordinateurs de taille réduite. Grâce à l’apparition des premiers circuits intégrés, les premiers exemplaires avaient en effet été créés par l’industrie aérospatiale au début des années 1960. Cependant, il fallut attendre le début des années 1980 pour que le prix d’un ordinateur soit suffisamment bas pour en faire un bien de grande consommation.
C’est ainsi qu’en 1982, le Commodore 64 entrait dans le livre Guinness des records, avec plus de 17 millions d’exemplaires vendus dans le monde[30]. Juste avant cela, en 1981, l’IBM Personal Computer avait déjà fait son apparition, en proposant une architecture ouverte qui allait servir de modèle pour toute une gamme d’ordinateurs que l’on désigne toujours aujourd’hui par l’acronyme « PC ».
Pour faire fonctionner ses nouveaux modèles d'ordinateurs, la société IBM avait confié à l’entreprise Microsoft, créée en 1975, la mission de les équiper d’un système d’exploitation. Le contrat signé entre les deux firmes fut une véritable aubaine pour le fournisseur des programmes informatiques. Car sans s'en apercevoir, et sans jamais anticiper que son matériel serait cloné à grande échelle, celle-ci avait en effet permis à Microsoft d'établir un monopole dans la vente de logiciels. Cela fut condamné pour abus de position dominante[31] et vente liée du logiciel avec le matériel informatique[32], mais sans pour autant empêcher Bill Gates, le principal actionnaire de Microsoft, d'être l'homme le plus riche du monde en 1994.
Toutefois, pendant que Microsoft renforçait sa position dominante, un nouvel événement majeur allait marquer l’histoire du logiciel libre. Celui-ci fut de nouveau déclenché par un appel à contribution, qui fut cette fois posté le vingt-cinq août 1991 par un jeune étudiant en informatique de 21 ans, appelé Linus Torvalds. Via le système de messagerie Usenet, sa demande avait été postée dans une liste de diffusion consacrée au système d’exploitation Minix, une sorte d’UNIX simplifié et développé dans un but didactique, par le programmeur Andrew Tanenbaum.
Loin d’imaginer que cela ferait de lui une nouvelle célébrité dans le monde du Libre[33], Torvalds entama son message par le paragraphe suivant[34] :
Je fais un système d’exploitation (gratuit) (juste un hobby, ne sera pas grand et professionnel comme gnu) pour les clones 386 (486) AT. Ce projet est en cours depuis avril et commence à se préparer. J’aimerais avoir un retour sur ce que les gens aiment ou n’aiment pas dans minix, car mon système d’exploitation lui ressemble un peu (même disposition physique du système de fichiers (pour des raisons pratiques) entre autres choses)[35].
Bien qu’il fût présenté comme un passe-temps, le projet qui répondait au nom de « Linux », fut rapidement soutenu par des milliers de programmeurs du monde entier, avant de devenir la pièce manquante du projet GNU. En effet, les contributeurs au projet de Stallman n’avaient pas encore terminé l’écriture du code informatique du noyau Hurd, alors qu'il était censé établir la communication entre la suite logicielle produite par GNU et le matériel informatique. C'est donc la fusion des codes produits par les projets GNU et Linux qui permit la création du premier système complet, stable et entièrement libre baptisé GNU/Linux.
Au départ de ce nouveau système informatique, de nombreuses variantes, que l’on nomme communément « distributions », furent créées par des programmeurs de tous horizons. L’une de celles-ci s’intitule Debian et tire sa réputation d'être simultanément libre, gratuite, très fiable et produite par une communauté sans lien direct avec une société commerciale. Quatre qualités qui expliquent pourquoi, Debian sert de base à plus de 150 distributions dérivées, et que de nombreuses organisations l'utilisent, comme le fait la Fondation Wikimédia sur les serveurs qui hébergent les projets qu'elle supporte.
Grâce à la naissance des logiciels libres, le mouvement Wikimédia a donc la possibilité de faire tourner ses serveurs informatiques, avec un système d’exploitation fiable, libre et gratuit. Comme son code source est ouvert, cela permet aussi à la Fondation Wikimédia de le modifier pour répondre aux besoins spécifiques du mouvement. À la suite de quoi, et selon les règles formulées par la communauté du logiciel libre, les modifications faites par la Fondation deviennent à leur tour, gratuitement et librement, utilisables par d’autres personnes ou organismes.
À ce premier héritage reçu par le mouvement Wikimédia et toujours en provenance des logiciels libres, s’ajoute une innovation méthodologique. Dans son article La Cathédrale et le Bazar[38], Eric Raymond mobilise en effet le terme « cathédrale » pour désigner le mode de production des logiciels propriétaires, en opposition au mot « bazar », qu'il utilise pour qualifier le mode de développement des logiciels libres. D’un côté, il décrit une organisation pyramidale, rigide et statutairement hiérarchisée, comme on peut la voir souvent au sein des entreprises. Tandis que de l’autre, il parle d’une organisation horizontale, flexible et peu hiérarchisée, qu’il a lui-même expérimentée en adoptant le style de développement de Linus Torvalds, à savoir : « distribuez vite et souvent, déléguez tout ce que vous pouvez déléguer, soyez ouvert jusqu’à la promiscuité »[39].
À l’instar de la métaphore du quartier numérique présentée dans le précédent chapitre, cette manière de décrire les projets open source nous aide donc ici à mieux comprendre ce qui se passe dans le mouvement Wikimédia. D'un côté, on retrouve effectivement cette « ouverture jusqu’à la promiscuité », dans le libre accès accordé aux projets Wikimédia, alors que de l'autre, tout le monde peut participer aux projets Wikimédia, qu'ils soient en ligne ou hors ligne.
Ces deux observations corroborent donc l’existence d’un deuxième héritage en provenance du mouvement du logiciel libre. Néanmoins, il nous reste encore à découvrir un phénomène négligé par Eric Raymond durant ses observations, et qui pourtant, a considérablement influencé l'histoire de la révolution numérique. Il s’agit de l’apparition de la licence libre, de la philosophie qu'elle sous-tend, et du mouvement de la culture libre, dont elle fut à l’origine.
'''Chapitre 3 : Les licences et la culture libres'''
Dans une biographie autorisée[40], Christophe Masutti explique à quel point la création de la Licence publique générale GNU, en tant que première licence libre créée par Richard Stallman, représente un épisode majeur de la révolution numérique. Selon lui :
La GPL apparaît comme l’un des meilleurs hacks de Stallman. Elle a créé un système de propriété collective à l’intérieur même des habituels murs du copyright. Surtout, elle a mis en lumière la possibilité de traiter de façon similaire « code » juridique et code logiciel.
Le concept de distribution associé à ce nouveau type de licence fut baptisé « copyleft », par inspiration d’un jeu de mots que Richard Stallman avait trouvé dans un courrier transmis par son collègue Don Hopkins[41]. Le principe novateur de ce concept est d'obliger toute production de code dérivé à se soumettre à la même licence libre que le code d’origine[42]. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle beaucoup de gens parlent de licence « virale » ou « récursive » en faisant référence à celle-ci. Quant à l'importance de cette clause, elle repose sur le fait d'interdire toute privatisation d'un code informatique produit sous licence libre. Sans celle-ci, un tel code risque en effet d'être récupéré, puis modifié, avant d’être placé sous un habituel copyright de type « tous droits réservés », dans le but de commercialiser son usage.
En 2001 et dans la mouvance provoquée par l'arrivée des premières licences libres, une organisation internationale sans but lucratif, intitulée Creative Commons, a entamé la promotion du « partage et la réutilisation de la créativité et des connaissances grâce à la fourniture d’outils juridiques gratuits ». Pour ce faire, elle met régulièrement à jour une panoplie de licences inspirées par la GNU, mais spécialement adaptées aux œuvres de l'esprit[43], telles que les productions littéraires, musicales, photographiques et vidéo, ainsi que les bases de données.
Contrairement aux licences libres fournies par la Free Software Foundation, conçues pour protéger du code informatique, les licences produites par Creative Commons offrent la possibilité de sélectionner différentes clauses pour protéger une œuvre libre. Avec le label CC, pour Creative Commons, on peut ainsi appliquer, ou ne pas appliquer, la clause « BY », qui oblige à créditer l'auteur, et la clause « SA », pour Share Alike, qui ordonne le partage à l’identique comme décrit précédemment. Après quoi il est encore possible d'ajouter la clause « NC », qui impose un usage non commercial, et finalement, la clause « ND », pour Non Derivative, qui exige que l’œuvre soit utilisée ou reproduite dans son intégralité et sans modification.
Le mouvement Wikimédia a choisi la licence CC.BY-SA pour protéger les contenus publiés dans tous ses projets. Cela à l'exception de la banque de données Wikidata, qui au même titre que les descriptions apportées aux fichiers téléchargés dans la médiathèque Wikimedia Commons[44], publie ses informations structurées sous licence CC0. Cette dernière licence proposée par creative commons est ce qui se rapproche le plus du domaine public, avec pour avantage de ne pas devoir mentionner les auteurs dans le traitement et la réutilisation du contenu de la base de données.
Cependant, il en résulte que les informations en question peuvent être réutilisées par des tiers qui ne sont plus obligés de citer leurs sources, comme le font les agents conversationnels des intelligences artificielles génératives, appelés couramment chatbots. Contrairement à la licence CC.BY-SA, la licence CC0 est donc moins apte à pérenniser les projets Wikimédia, puisqu'elle permet d'invisibiliser ces derniers au risque de réduire les chances d'arrivée de nouveaux contributeurs et contributrices. De plus, sans la clause SA qui assure l'application du copyleft, toutes les informations récupérées au sein de Wikidata et de Wikimedia Commons sont aussi susceptibles de quitter le monde du libre, une fois traitées par des entreprises commerciales.
Quoi qu’il en soit, les licences Creative Commons, inspirées par la licence libre de Richard Stallman, apparaissent finalement comme un troisième héritage en provenance du mouvement du logiciel libre et de la culture libre qui en est issue. Grâce à la licence CC.BY-SA, les éditeurs des projets Wikimédia bénéficient effectivement d'une certaine reconnaissance, tout en étant assurés qu'aucun copyright sur leurs travaux ne puisse profiter exclusivement à une personne ou une compagnie. Cela pendant que la licence libre appliquée au système d'exploitation installé sur les serveurs Wikimédia garantit, pour sa part, un certain respect des contributeurs, puisqu'elle permet de vérifier si le code informatique ne compromet pas leurs vies privées.
Avec tous les autres apports en provenance du logiciel libre, ce sont là deux choses importantes qui ont permis l'apparition du mouvement Wikimédia. Toutefois, cela ne pouvait pas suffire à la création du projet Wikipédia qui en fut le point de départ. Car sans l'espace numérique, mondial et libre d’accès, créé par Internet et l'espace web, aucune encyclopédie collaborative de cette envergure n'aurait pu voir le jour.
Chapitre 4 : Le réseau Internet
L’histoire du réseau Internet constitue un nouvel épisode captivant de la révolution numérique, sans lequel le mouvement Wikimédia n’aurait jamais pu émerger. D’un point de vue purement technique, ce réseau informatique a été mis au point dans les années 1970, avant l’adoption généralisée du protocole TCP/IP, toujours en usage à ce jour. Ce dernier fut inventé par Vint Cerf et Robert Elliot Kahn, quand ils travaillaient pour la Defense Advanced Research Projects Agency, rattachée au département de la Défense américaine[45]. L'une des premières présentations de leur projet fut, entre autres, réalisée lors d’une conférence organisée par l’International Network Working Group, une instance créée pour assurer la gouvernance mondiale du réseau informatique.
Sur base de ces informations, on peut penser qu’Internet a été créé par des militaires. Cependant, Une contre-histoire de l’Internet[46], nous révèle que les créateurs et les premiers utilisateurs d’ARPANET, considéré comme l’ancêtre d’Internet, étaient davantage des étudiants hippies et amateurs de LSD, que des militaires bien drillés. D’ailleurs, avant la standardisation du protocole TCP/IP, ARPANET fonctionnait depuis plus d’un an avec un autre protocole de transition intitulé Network Control Program. Or, celui-ci avait été mis au point, en février 1969, par le Network Working Group, un groupe informel d’étudiants rassemblés autour de Steve Crocker, lorsqu’il ne détenait encore qu’une simple licence.
Bien que rarement cité dans l’histoire d’Internet, ce groupe a pourtant mis en place la procédure RFC, pour Request For Comments, reconnue comme « l’un des symboles forts de la "culture technique" de l’Internet, marquée par l’égalitarisme, l’autogestion et la recherche collective de l’efficience »[47]. Soit trois principes et une procédure, qui aujourd’hui encore sont appliqués sur le site Méta-Wiki, dans lequel s'organise la gestion communautaire du mouvement Wikimédia. Cela alors qu'au sein des projets pédagogiques, d’autres processus similaires de recherche de consensus ont fait leur apparition.
Il faut ensuite savoir que les liens entre ARPANET et l’armée ont disparu avec l’apparition du MILNET, un réseau entièrement dédié aux activités militaires, rebaptisé NIPRNet, pour Non-classified Internet Protocol Router Network, en 1990. Après une séparation définitive en 1983, précisément l’année où Richard Stallman postait sa demande d’aide pour le projet GNU, le réseau ARPANET resta uniquement dédié à la recherche et au développement[48]. À cette époque, le réseau ne comprenait pas plus de 600 machines connectées[49], ce qui n'a donc rien de comparable avec ce vaste réseau informatique mondial que nous connaissons aujourd’hui, et qui fut fortement développé au cours des années 1990.
Pour en assurer l’entretien technique, une organisation non gouvernementale, a été créée en 1992, sous l'appellation d’Internet Society. Celle-ci devait aussi veiller au respect des valeurs fondamentales liées au bon fonctionnement du réseau[50]. Car avant d'atteindre des milliards d’appareils connectés, il a d’abord fallu réglementer les nombreuses dorsales internet intercontinentales, sans lesquelles la transmission du protocole TCP/IP partout dans le monde n'aurait pas été possible.
Pour en revenir à l’état d’esprit des créateurs d'Internet, un article intitulé Quarante ans après : mais qui donc créa l’internet ? apporte un éclairage particulièrement intéressant au sujet des liens que l'on peut établir entre le mouvement Wikimédia et l'histoire d'Internet. Dans son témoignage, Michel Elie, cet ingénieur en informatique, membre du Network Working Group cité précédemment, et responsable de l’Observatoire des Usages de l’Internet, nous explique effectivement ceci.
Le succès de l’internet, nous le devons aux bons choix initiaux et à la dynamique qui en est résultée : la collaboration de dizaines de milliers d’étudiants, ou de bénévoles apportant leur expertise, tels par exemple ces centaines de personnes qui enrichissent continuellement des encyclopédies en ligne telles que Wikipédia.[51]
Au courant des années 1990, le milieu informatique universitaire semblait donc toujours fortement imprégné des idéaux de la contre-culture des années 1960, produit par les baby boomers dans le contexte de la guerre du Vietnam. Afin d'illustrer les idées véhiculées à cette époque, voici un paragraphe extrait d'un ouvrage publié en 1970 et intitulé Vers une contre-culture : Réflexions sur la société technocratique et l’opposition de la jeunesse[52]. Dans celui-ci, Théodore Roszak explique que :
Le projet essentiel de notre contre-culture : proclamer un nouveau ciel et une nouvelle terre, si vastes, si merveilleux que les prétentions démesurées de la technique soient réduites à n’occuper dans la vie humaine qu’une place inférieure et marginale. Créer et répandre une telle conception de la vie n’implique rien de moins que l’acceptation de nous ouvrir à l’imagination visionnaire. Nous devons être prêts à soutenir ce qu’affirment des personnes telles que Blake, à savoir que certains yeux ne voient pas le monde comme le voient le regard banal ou l’œil scientifique, mais le voient transformé, dans une lumière éclatante et, ce faisant, le voient tel qu’il est vraiment.
À la suite de cette lecture, il peut sembler paradoxal de penser qu’une contre-culture, voyant la technique comme « inférieure » et assimilant la science au « banal », puisse avoir un lien avec le milieu scientifique universitaire qui fut à l'origine d'Internet. Cependant, une réponse à cette énigme fut apportée par Fred Turner, par la publication de son livre intitulé : « Aux sources de l’utopie numérique : De la contre-culture à la cyberculture, Stewart Brand, un homme d’influence »[53].
Grâce à cet ouvrage, on découvre en effet que le mouvement Hippie utilisera tout ce qui était à sa disposition à l’époque pour parvenir à ses fins : LSD, spiritualités alternatives, mais également, objets technologiques les plus en pointe. Cela grâce notamment à l’influence de Steward Brand, le créateur d'un catalogue interactif, qui peut être considéré comme l'ancêtre analogique des groupes de discussions numériques apparus des années plus tard[54].
Comme autre indication, il y a ensuite les propos tenus en 1992, lors d’une plénière de la 24ᵉ réunion du groupe de travail sur l’ingénierie Internet, par David D. Clark, un autre pionnier d’Internet. Durant cette rencontre, ce chef de projet prononça des paroles[55] restées dans les annales. « Nous récusons rois, présidents et votes. Nous croyons au consensus et aux programmes qui tournent »[56]. Deux phrases seulement, mais qui, dans le cadre du milieu informatique, permettent de croire que le mépris de la contre-culture envers la technique et la science, s'est transformé en un refus d’autorité et une recherche de consensus.
Dans tous les cas, le développement du réseau Internet ne s'est pas fait sans conflits idéologiques importants. On peut d'ailleurs se demander aujourd'hui à quoi ressemblerait Internet s'il n'avait jamais été commercialisé[57]. Cela s'est passé en novembre 1994, lorsque l’association sans but lucratif Advanced Network and Services, chargée de gérer les accès à Internet, a fait le choix de vendre ses activités. Cette décision faisait suite à un appel à des fonds privés pour financer d'importants changements dans l'infrastructure du réseau. Profitant de l'occasion, la société commerciale America Online a ainsi repris à son compte la gestion des connexions à Internet, après avoir effectué un versement de 35 millions de dollars[58].
Trente ans plus tard, Internet est devenu ce réseau que nous expérimentons aujourd'hui, à savoir, un réseau dominé par des sociétés privées les plus riches au monde. Dans ce contexte et parmi les 100 sites web les plus visités au monde, seul le nom de domaine Wikipédia appartient à une organisation non lucrative[59]. Cela explique donc pourquoi le mouvement Wikimédia, via son encyclopédie et la fondation qui l'héberge, représente à ce jour, et dans l'espace web, l'expression la plus visible de la philosophie des pionniers d’Internet.
Plus qu'un héritage, cette situation peut être vue comme une mission perpétuée au sein d'un espace envahi par une culture marchande et capitaliste. C'est là une information importante qu'il faut retenir au sujet du mouvement Wikimédia. Elle ne clôture pas pour autant tout ce qu'il faut savoir au sujet des évènements qui ont permis la création d’une encyclopédie mondiale, libre et collaborative. Mais en revanche, elle nous invite à découvrir l'histoire du World Wide Web, un espace numérique sans lequel la création de Wikipédia n'aurait jamais été possible.
Chapitre 5 : Le World Wide Web
Maintenant que le lien entre la création d'Internet et le mouvement Wikimédia est établi, découvrons à présent l'application la plus connue du réseau, que l'on nomme le World Wide Web, ou plus simplement « Web ». C'est Tim Berners-Lee qui en fut l’inventeur, lorsqu’il était encore actif à l'Organisation européen pour la recherche nucléaire. Il avait pour idée de créer un espace d’échange public par l’intermédiaire d'Internet, et pour y parvenir, il mit au point le logiciel « WorldWideWeb », rebaptisé Nexus pour éviter toute confusion avec le World Wide Web[60]
Grâce à un système d’indexation appelé hypertexte, ce programme informatique a permis de produire et de connecter des espaces numériques intitulés sites Web. Ceux-ci sont composés de pages web, hébergées sur des ordinateurs distants, mais connectés entre eux au travers du réseau Internet. Pour permettre ce type de connexion, Berners-Lee mit au point le Hypertext Transfer Protocol ou HTTP, un nouveau protocole de communication simple en soi, mais dont la mise en œuvre technique est compliquée.
Pour veiller au bon fonctionnement et au bon usage de l'espace web, des règles de standardisation ont tout d'abord été édictées par l’association Internet Society. Après quoi, Berners-Lee fonda le W3C, un consortium international dont la devise est : « un seul Web partout et pour tous »[61]. Si ce slogan nous apparaît très naturel aujourd’hui, il faut toutefois savoir que l'espace Web a bien failli être géré séparément par des acteurs commerciaux, avec tous les droits d'accès que cela aurait pu engendrer.
À partir du trente avril 1993, jour du dépôt du logiciel WorldWideWeb dans le domaine public par Robert Cailliau, un collègue de Berners-Lee chargé de la promotion de son projet, un tel scénario était en effet possible. Sauf qu'après le départ de Berners-Lee, devenu président du W3C, François Flückiger, qui avait repris son poste au sein du CERN[62], eut la présence d'esprit de réagir à temps. Selon le livre Alexandria qui parcourt l'histoire de Robert Caillau[63], voici ce qui aurait pu se passer si le code de l’éditeur HTML n'avait finalement pas été placé sous licence libre.
La philanthropie de Robert, c’est très sympa, mais ça expose le Web à d’horribles dangers. Une entreprise pourrait s’emparer du code source, corriger un minuscule bug, s’approprier le « nouveau » logiciel et enfin faire payer une licence à ses utilisateurs. L’ogre Microsoft, par exemple, serait du genre à flairer le bon plan pour écraser son ennemi Macintosh. Les détenteurs d’un PC devraient alors débourser un certain montant pour profiter des fonctionnalités du Web copyrighté Microsoft. Les détenteurs d’un Macintosh, eux, navigueraient sur un Web de plus en plus éloigné de celui vendu par Bill Gates, d’abord gratuit peut-être, avant d’être soumis lui aussi à une licence.
Face à un tel scénario, nous découvrons de nouveau à quel point le concept de licence libre a fondamentalement changé le cours de la révolution numérique. Sans cela, nos expériences et nos usages de l'espace numérique auraient été totalement différents. L'utopie Wikipédia, par exemple, n'aurait certainement pas vu le jour, en raison de l'éclatement des espaces numériques et des coûts d'accès auxquels seraient confrontés les bénévoles qui ont construit le projet. Quoi qu'il en soit, et au niveau technique, une fois l'espace web apparu, il ne manquait plus qu'une chose pour permettre la création d'une encyclopédie collaborative au format numérique.
Chapitre 6 : Les platesformes Wiki
Un wiki, ou un moteur de wiki, est un logiciel que l'on installe sur un serveur informatique pour permettre la création d’un site web éditable et configurable à l’aide d’un simple navigateur. Plus précisément, c’est un système de gestion de contenu, dans lequel le code HTML, CSS, JavaScript et Lua, ainsi que certains paramètres, peuvent être modifiés par tous les internautes. Cela peut se faire en se connectant à un compte utilisateur, afin de bénéficier des droits de modification et d’administration qui lui sont accordés, ou en utilisant la configuration attribuée par défaut aux personnes non connectées.
Sur les pages web d'un wiki, chaque modification provoque un nouvel enregistrement complet du code source qui la compose. De la sorte, il est toujours possible, à partir d’une page reprenant l’historique des modifications, de rétablir l'une de ses anciennes versions. Grâce à ce système, on peut ainsi savoir quelle personne, ou quelle adresse IP est à l’origine d’un changement, et même voir l’endroit où la modification a été faite, et à quel moment celle-ci a été réalisée.
Le premier logiciel Wiki, qui portait le nom de WikiWikiWeb, a été créé et placé sous licence libre GPL par Ward Cunningham en mars 1995[64]. Grâce à la licence, d’autres programmes wiki ont vu le jour en copiant ou s’inspirant du code source de WikiWikiWeb, ou des autres projets wiki qui l'avaient fait auparavant. Cette émulation récursive qui donna naissance à toute une panoplie de projets wiki, est donc à nouveau, une belle illustration des retombées positives, que peut susciter l'application d'une licence libre.
Parmi les différents logiciels Wiki disponibles, UseModWiki fut choisi par la société Bomis qui finança la création du premier projet Wikipédia en anglais. C'était un choix judicieux, car l’éclatement de la bulle spéculative d’Internet en fin des années 2000, confrontait l'entreprise à de grosses difficultés financières. Un programme gratuit, simple d’utilisation et peu gourmand en ressources informatiques, convenait donc parfaitement dans ce cadre. UseModWiki fut par après remplacé par un autre moteur de Wiki sans nom, mais plus performant et toujours produit sous licence libre[65]. Ce dernier fut ensuite amélioré par plusieurs programmeurs, dont Brion Vibber, le premier employé de la Fondation Wikimédia, avant d’être finalement intitulé MediaWiki.
Avec l’aide de nouveaux employés et des bénévoles actifs sur le site mediawiki.org, ce système de gestion de contenu finit par apparaitre en tête du classement des wikis les plus utilisés[66]. Grâce à la licence libre, des milliers d'autres personnes et projets ont pu en effet développer des sites Web, sans nécessairement faire partie du mouvement Wikimédia[67]. Ce succès a par ailleurs justifié l'organisation de rassemblements annuels entre 2016 et 2020[68], entre personnes et organisations qui utilisent le programme, pour discuter de son développement et de ses usages[69].
Ceci étant dit, il existe dans la liste des Wikis d’autres logiciels libres intéressants, tel que DokuWiki, qui fut rendu populaire par sa simplicité d’installation et d’usage. Mais jusqu’à ce jour, seul MediaWiki semble suffisamment stable et puissant pour permettre le développement optimal de l’ensemble des projets Wikimédia. Avec parmi ceux-ci, bien sûr, Wikipédia, l'encyclopédie libre et universelle, dont nous allons enfin découvrir la mise en place dans ce prochain chapitre.
Chapitre 7 : L’encyclopédie libre et universelle
Dans les chapitres précédents, nous avons découvert toutes les innovations techniques et culturelles sans lesquelles Wikipédia n’aurait jamais pu devenir la plus grande encyclopédie libre et universelle connue au monde. Son objectif est de synthétiser la totalité du savoir humain. Ce qui n’est autre, finalement, qu’un vieux rêve de notre humanité. Trois cents ans avant Jésus-Christ et durant la création de la bibliothèque d’Alexandrie, ce désir était aussi celui de Ptolémée Iᵉʳ. C'était deux siècles avant que Denis Diderot publie, avec Jean Le Rond d'Alembert et Louis de Jaucourt en 1751, la première édition de l’Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers. Quant à Paul Otlet, qui a créé avec Henri La Fontaine la classification décimale universelle en usage depuis 1905, il s’était mis en tête de répertorier l’ensemble du savoir humain au sein d'un seul édifice.
Peu connu à ce jour, ce documentaliste belge rêvait pourtant de cataloguer le monde et de rassembler toutes les connaissances humaines, sous la forme d’un gigantesque répertoire bibliographique universel, situé à l'intérieur d'un Mundaneum[70]. En 1934, dans le Traité de documentation écrit par celui qui voulait « classer le monde[71] », Otlet décrit, de manière particulièrement visionnaire, un possible partage du savoir et de l’information[72].
Ici, la Table de Travail n’est plus chargée d’aucun livre. À leur place se dresse un écran et à portée un téléphone. Là-bas, au loin, dans un édifice immense, sont tous les livres et tous les renseignements, avec tout l’espace que requiert leur enregistrement et leur manutention…
De là, on fait apparaître sur l’écran la page à lire pour connaître la question posée par téléphone avec ou sans fil. Un écran serait double, quadruple ou décuple s’il s’agissait de multiplier les textes et les documents à confronter simultanément ; il y aurait un haut-parleur si la vue devrait être aidée par une audition. Une telle hypothèse, un Wells certes l’aimerait. Utopie aujourd’hui parce qu’elle n’existe encore nulle part, mais elle pourrait devenir la réalité de demain pourvu que se perfectionnent encore nos méthodes et notre instrumentation.
À peu de choses près, cette utopie décrite en 1934 par Otlet correspond à l'usage que l'on fait du réseau Internet et de son espace web, lorsqu'on recherche de l'information aujourd'hui. Premièrement, allumer un système informatique, avec ou sans fil, muni d'un écran ; ensuite, poser une question dans un moteur de recherche ; puis, comme cela arrive très souvent, être redirigé vers l'une des versions linguistiques de Wikipédia[73].
Ce scénario, dans lequel les moteurs de recherche jouent un rôle central, explique la popularité de l'encyclopédie libre. D'autres projets similaires étaient pourtant apparus sur le Web avant l'arrivée de Wikipédia. Environ trois ans avant sa création, Aaron Swartz, un activiste de la culture libre qui n'avait que douze ans à l'époque, avait par exemple lancé une sorte de site encyclopédique produit et géré par ses usagers[74]. Appelé The Info Network, ce site web avait d'ailleurs permis à son auteur de recevoir l'ArsDigita Prize, un prix décerné aux jeunes créateurs de projets « utiles, éducatifs, collaboratifs et non commerciaux »[75].
Il faut savoir ensuite que ll'expression « encyclopédie libre et universelle » fut ounliée pour la première fois au cours de l'année 2000 par Richard Stallman, soit l'année qui précéda celle de la naissance de Wikipédia. C'était dans un essai intitulé The Free Universal Encyclopedia and Learning Resource[76], qui, selon son auteur, avait été rédigé deux ans avant sa publication sur la liste de diffusion du projet GNU[77]. Repris ci-dessous, un extrait de ce texte, présente les particularités du projet.
Le World Wide Web a le potentiel de devenir une encyclopédie universelle couvrant tous les domaines de la connaissance et une bibliothèque complète de cours d’enseignement. Ce résultat pourrait être atteint sans effort particulier, si personne n’intervient. Mais les entreprises se mobilisent aujourd’hui pour orienter l’avenir vers une voie différente, dans laquelle elles contrôlent et limitent l’accès au matériel pédagogique, afin de soutirer de l’argent aux personnes qui veulent apprendre.
Nous ne pouvons pas empêcher les entreprises de restreindre l’information qu’elles mettent à disposition ; ce que nous pouvons faire, c’est proposer une alternative. Nous devons lancer un mouvement pour développer une encyclopédie libre universelle, tout comme le mouvement des logiciels libres nous a donné le système d’exploitation libre GNU/Linux. L’encyclopédie libre fournira une alternative aux encyclopédies restreintes que les entreprises de médias rédigeront[78].
En parlant d'un « mouvement pour développer une encyclopédie libre universelle », Stallman anticipait donc, sans le savoir, l'arrivée du mouvement Wikimédia, qui ne se concrétisa que bien des années plus tard. Quant à la soixantaine de paragraphes qui décrivent son projet, on y retrouve, dans une forme presque identique, les cinq principes fondateurs qui ont guidé la création de Wikipédia et qui sont toujours actifs à ce jour[79].
Le premier consiste bien sûr à créer une encyclopédie ; le deuxième réclame une neutralité de point de vue[80], chose que Stallman expliquait déjà en écrivant qu’« en cas de controverse, plusieurs points de vue seront représentés » ; le troisième implique le respect des droits d’auteur et l’adoption d'une licence libre, celle précisément dont Stallman avait été l'initiateur ; le quatrième inscrit le projet dans une démarche collaborative, alors que Stallman précisait déjà que « tout le monde est le bienvenu pour écrire des articles » ; et le cinquième enfin, stipule qu’il n’y a pas d’autres règles fixes, une position très courante dans le milieu des hackers dont Stallman faisait partie.
Il apparaît donc clairement que le projet Wikipédia n'était pas une idée originale en soi, mais plutôt une opportunité saisie par la société Bomis pour enrichir sa propre encyclopédie commerciale, Nupedia. Cette dernière avait été lancée en avril 2000, soit environ dix mois avant Wikipédia, et sa rédaction était assurée par des experts engagés au sein d’un processus éditorial strict et formel[81]. Malheureusement pour la firme Bomis, le nombre d’articles ne progressait que très lentement.
Dans le but d'accélérer le processus, Larry Sanger, un docteur en philosophie employé par Bomis pour assurer le rôle de rédacteur en chef de Nupedia, eut l'idée d'installer un logiciel wiki sur les serveurs de son entreprise. L'objectif était d'ouvrir un site web participatif, dans lequel des volontaires pourraient créer des articles encyclopédiques, pour qu'ils soitent ensuite intégrés dans le projet commercial. Malgré le manque d’enthousiasme de son employeur Jimmy Wales[82], Sanger mit ses idées en application, et c'est ainsi que débuta l’histoire de Wikipédia[83], avec sa toute première version en anglais.
C’était le 15 janvier 2001, précisément le même mois où Richard Stallman mit en ligne son propre projet d’encyclopédie libre et universelle, qu'il souhaitait intituler GNUPedia. Étonnamment, les noms de domaine gnupedia .com .net et .org avaient déjà été enregistrés au nom de Jimmy Wales[84], ce qui obligea Stallman à rebaptiser son projet GNE. Ce fait est d'autant plus surprenant que Wales affirma des années plus tard[85] : « n’avoir eu aucune connaissance directe de l’essai de Stallman lorsqu’il s’est lancé dans son projet d’encyclopédie »[86].
Le site GNE ne ressemblait cependant pas vraiment à une encyclopédie, mais plutôt à un blog collectif[87] ou une base de connaissances[88], tandis que la page d’accueil du projet précisait clairement qu’il s’agissait d’une bibliothèque d’opinions[89]. Quant à sa modération, elle avait demandé d'engager un employé, car elle s'est avérée bien plus compliquée que prévu. À côté de cela, et probablement grâce aux spécificités de l’environnement wiki et aux soutiens apportés par Jimmy Wales et Larry Sanger, Wikipédia réussit à mettre en place une organisation efficace au sein d'une communauté d'éditeurs grandissante.
Peut-être en raison de la concurrence libre faite par le projet GNE, Jimmy Wales décida d'abandonner le copyright que Bomis détenait sur son encyclopédie commerciale Nupedia, pour le remplacer par une licence Nupedia Open Content[90]. Peu de temps après, il décida finalement d'adopter la licence de documentation libre GNU conçue pour protéger les textes de documentation des logiciels libres. Ce dernier choix fut une stratégie payante, puisque cela incita Richard Stallman à transférer tout le contenu de son projet GNE vers Nupedia, et à encourager tout le monde à contribuer sur Wikipédia[91].
Parmi les autres actions de Jimmy Wales qui ont contribué au succès de Wikipédia, il y eu cette idée d'ouvrir le projet aux « gens ordinaires[92] ». C’était un choix qui s’opposait aux idéaux de Larry Sanger, qui de loin préférait le modèle de Nupedia avec son système de relecture par des experts. Cependant, Jimmy Wales, en tant qu'homme d’affaires, visait une croissance plus rapide du contenu de l'encyclopédie[85].
Cette croissance ne s'est toutefois pas faite sans difficulté. Le 26 février 2002 en effet, l'Enciclopedia Libre Universal en Español, un projet dissident du projet Wikipédia, fit son apparition. C'était une réaction à de la censure, à l'existence d'une ligne éditoriale et à la possibilité de void apparaitre des publicités dan sdes projets Wikipédia[93]. En raison des remises en question que cette séparation scucitait parmi les bénévoles actifs dans les projets, Jimmy Wales renonça finalement à l'usage de la publicité et mis de côté ses visions en matière de profit.
Il faut aussi tenir en compte que cet évènement est survenu lors de l'éclatement de la bulle spéculative Internet et du Krach boursier de 2001-2002, qui plaçaient la société Bomis dans des difficultés financières, et surtout, dans l'incapacité de payer le salaire de Larry Sanger, son seul employé. En mars 2002 et après un mois d’activité bénévole, l’ex-employé décida alors de quitter les fonctions, qu'il occupait depuis un peu plus d'un an, dans Nupedia et Wikipédia[94]. Avec le seul soutien de Jimmy Wales, les deux encyclopédies purent toutefois poursuivre leurs développements, toujours avec le concours d'experts dans Nupedia et d'une communauté bénévole au niveau de Wikipédia. Néanmoins, en septembre 2003 et vu l'écart qui se creusait entre les deux projets, l'encyclopédie Nupedia fut fermée et ses quelques dizaines d'articles transférés, vers les milliers d'autres que comprenait déjà le projet Wikipédia.
Trois ans plus tard, Larry Sanger n’avait pas dit son dernier mot. En septembre 2006, il décida en effet de lancer sur fonds propres une encyclopédie intitulée Citizendium. Cette plateforme écrite en anglais uniquement et toujours active à ce jour, repose sur un système d’expertise, dans lequel les contributrices et les contributeurs doivent déclarer leur identité réelle. En avril 2026 cependant, Citizendium reprenait moins de 2000 articles[95], tout avancement confondu, tandis que le projet Wikipédia en anglais en regroupait déjà plus de 7 millions[96]
Voici donc comment est née la plus grande encyclopédie au monde, dont la taille et la visibilité n'avaient jamais été égalées auparavant. Une encyclopédie qui, de plus, s'est rapidement déclinée en de nombreuses versions linguistiques, à l'instar de sa version francophone, lancée moins de quatre mois après le projet original en anglais[97]. Toutes ces versions ont formé les premières bases d’une organisation mondiale, bientôt chapeautée par une fondation. Avant cela, d'autres projets pédagogiques et collaboratifs ont vu le jour au côté de Wikipédia. Intitulés « projets frères », ceux-ci se constituent à leur tour, en de nombreuses versions linguistiques, tout en poursuivant le processus de création du mouvement Wikimédia.
Chapitre 8 : L'arrivée des projets frères
Dans le but de développer des contenus pédagogiques qui ne trouvaient pas leur place dans Wikipédia, d’autres projets pédagogiques et collaboratifs ont vu le jour, pour former ce que l'on appelle couramment aujourd'hui : l’écosystème Wikimedia. La naissance de tous ces projets, ainsi que les évènements importants qui ont contribué au développement du mouvement, ont été repris dans une ligne du temps réalisée par Guillaume Paumier, à l’occasion du dixième anniversaire de Wikipédia. Grâce à ce graphique, on peut voir en détail l'évolution du nombre de projets, de versions linguistiques, de contributeurs et d'articles, et se faire ainsi une idée sur la vitesse à laquelle s'est développé le mouvement Wikimédia.
Parmi tous les projets frères de Wikipédia, le premier apparu fut Méta-Wiki, une plateforme de référence pour centraliser la gestion de l'ensemble des sites web hébergés par la fondation Wikimédia. Dans un premier temps, cet espace communautaire en ligne a répondu à la nécessité de traiter en un seul lieu les questions communes aux différentes versions linguistiques de Wikipédia. Aujourd'hui, le site web est le principal endroit de coordination et de gestion de l'ensemble du mouvement Wikimédia. On y retrouve énormément d'informations au sujet des projets en ligne, et peut-être plus encore, concernant la Fondation et les organismes affiliés.
Après Méta-Wiki, sept autres projets de partage de la connaissance ont fait leur apparition, avant d'être déclinés à leur tour en plusieurs versions linguistiques. Tous ces projets émergent en général sur l’initiative d’un petit groupe de personnes actives au sein d’un projet préexistant. Ce fut le cas du projet Wiktionnaire en anglais, le deuxième projet à voir le jour après Méta-Wiki, en décembre 2002, soit deux ans avant la version francophone apparue en mars 2004[98].
Il est intéressant d'observer que la version francophone du Wiktionnaire n’a pas été créée à partir du projet anglophone, mais bien depuis le projet Wikipédia en français. D'ailleurs, on peut retrouver dans les archives de ce dernier projet, un débat concernant la pertinence de cette création, dont voici un extrait.
En fait, ce qui me peine vraiment avec le projet Wiktionary, c’est que alors qu’on essaie de rassembler les gens (pas facile) pour créer une sorte de tour de Babel de la connaissance (tâche bien longue et difficile), ce nouveau projet va disperser les énergies pour une raison qui ne me semble pas valable. C’est la création de Wiktionary qui va créer des redondances. À mon avis il existera rapidement des pages sur le même mot, mais ne contenant pas les mêmes informations. Pour quelle raison ces connaissances devraient-elles être séparées ? Les encyclopédies sur papier devaient faire des choix à cause du manque de place, mais nous, pourquoi le ferions-nous ??? "Wikipédia n’est pas un dictionnaire" n’est pas un argument à mon avis... si vraiment c’était pas un dictionnaire, il faudrait virer tout un tas d’article. Je ne comprends vraiment pas cette volonté de séparer la connaissance entre ce qui est "encyclopédique" et ce qui n’est "qu’une définition".
[Réponse]
Pour moi ce qu’est Wiktionary, c’est une partie de Wikipédia s’intéressant plus particulièrement aux aspects linguistiques des mots. La différence que je verrais entre la partie dictionnaire de Wikipédia et sa partie dite encyclopédique, c’est que la partie dictionnaire s’intéresserait au sens des mots eux-mêmes alors que la partie encyclopédie s’attache plus à faire ressortir un état des connaissances à un moment donné. Le pourquoi de la séparation d’avec la partie encyclopédie tient plus à des raisons techniques qu’à une volonté de monter un projet indépendant, en effet, à mon humble avis, un dictionnaire nécessite une plus grande rigueur (de présentation) qu’une encyclopédie. Ceci entraîne beaucoup de problème et entre autres le choix de la mise en forme des articles du dictionnaire.[99]
Créer un nouveau projet, c’est effectivement créer un nouveau site web, qui devra faire l’objet d’une nouvelle gestion, tant pour les serveurs de la Fondation, que pour la nouvelle communauté de contributeurs. L’importation de pages d’un projet à l'autre ou la traduction de celles-ci sont bien sûr toujours possibles, mais cela duplique alors aussi la maintenance et les mises à jour. Le choix de scinder un projet, en faveur d’une plus grande liberté, comporte donc certains coûts humains et financiers.
Ce prix à payer n'a pour autant pas empêché le projet anglophone Wikibooks de faire son apparition le 10 juin 2003, soit près d’un an avant Wikilivres, la version francophone du projet, apparue le 22 juillet 2004. Cette dernière création avait de nouveau été débattue au sein de la communauté Wikipédia en français, et non pas dans le Wikibooks en anglais. Quant à l'objectif commun aux deux projets linguistiques, il était de créer une « bibliothèque de livres pédagogiques libres que chacun peut améliorer »[100].
Environ un an après la création du projet en anglais, un nouvel espace de noms intitulé Wikijunior fut mis en place au sein de la bibliothèque en ligne. Ce sous-projet avait été créé pour répondre à un financement de la fondation Beck, qui cherchait à promouvoir la production de nouvelles littératures pour des enfants de huit à onze ans[101]. Peu de temps après, cette tranche d’âge fut toutefois élargie de zéro à douze ans au niveau du projet francophone, quand le sous-projet y fut adopté[102].
Ces deux évènements témoignent ainsi qu'il est toujours possible qu'un sous-projet apparaisse dans un projet Wikimédia. Comme autre exemple, il y a aussi le WikiJournal, un sous-projet développé au sein du projet Wikiversité en anglais et qui reçu le prix de l’Open Publishing Awards en 2019[103]. Une demande fut faite pour qu'il puisse bénéficier d'un nouveau site web dans le but de pouvoir se développer en dehors de Wikiversité. Malheureusement pour les initiateurs, la demande est restée sans suite jusqu'à ce jour[104], après que le conseil d’administration de la Fondation, chargé de répondre à leur demande, considéra que le projet n’était pas suffisamment abouti.
Il faut savoir qu'avant cela, le projet Wikiversité, dans lequel est né Wikijournal, avait lui-même été un sous-projet du projet Wikibook[105]. Initialement, il visait à « créer une communauté de personnes qui se soutiennent mutuellement dans leurs efforts éducatifs[106] »[107]. Cependant, en août 2005, une longue discussion remit en question l’existence du sous-projet Wikiversité dans Wikibooks. Au terme de celle-ci, la décision fut prise de transférer Wikiversité et son contenu sur le site Méta-Wiki[108], là où de nouvelles discussions ont abouti à l’idée de faire de Wikiversité un nouveau projet indépendant[109].
Déjà à l'époque, le conseil d’administration de la Fondation Wikimédia se montrait réticent à l'ouverture de nouveaux projets, et sa réaction fut de demander l'ouverture d'un sondage au sein de la communauté. Celui-ci devait rassembler une majorité des deux tiers en faveur de l'ouverture du nouveau site web[110]. Un résultat qui fut finalement obtenu, mais pas sans de longs débats, dont voici un extrait[108].
La principale raison pour laquelle la Fondation Wikimédia ne veut pas "lâcher le morceau" est une simple question de bureaucratie et la crainte que le projet ne devienne une autre Wikispecies [un projet de répertoire du vivant]. Wikispecies est une idée cool, mais les "fondateurs" du projet se sont dégonflés à mi-chemin de la mise en place du contenu et ont décidé de faire une révision majeure qui a pris plus de temps que ce que tout le monde était prêt à mettre.
Le même problème s’applique à Wikiversity en ce qui concerne la Fondation, parce que les objectifs et les buts de ce projet ne sont pas clairement définis, et il semble que les participants essaient de mordre plus qu’ils ne peuvent mâcher en proposant une université de recherche multi-collèges entière (avec un statut de recherche et une accréditation) à former de toutes pièces plutôt qu’un simple centre d’éducation pour adultes avec quelques classes.[111]
En novembre 2005 et malgré les résultats du sondage, l'indépendance du projet Wikiversité ne fut toutefois pas acceptée par cinq membres du conseil. Ceux-ci réclamaient une « réécriture de la proposition pour en exclure la remise de titre de compétence, la conduite de cours en ligne, et de clarifier le concept de plate-forme e-learning[112] »[113]. Quand ces rectifications furent faites, le projet bénéficia d'une période d’essai de plusieurs mois, jusqu'à ce que les amendements apportés au projet de départ soient enfin acceptés, le 31 juillet 2006. Ce long temps d'attente était justifié par la création du special projects committee[114], qui, jusqu'en décembre 2021, fut chargé de soulager le conseil d’administration de la fondation, par rapport aux demandes de création de nouveaux projets Wikimédia[115].
Un nouveau site, nommé Beta-Wikiversity, fut ainsi créé pour assister le lancement des différentes versions linguistiques de Wikiversité[116]. Durant six mois, son premier objectif a d'abord été l'élaboration des lignes directrices concernant la potentialité de produire des recherches collaboratives au sein du projet[117]. Par la suite, chaque nouvelle version linguistique, développée dans le projet Beta, devait avoir plus de 10 modifications par mois, réalisées par au moins trois personnes distinctes, avant de pouvoir bénéficier de son propre site web.
À l'image de Beta-Wikiversity, le projet Wikisource[118] possède lui aussi un site indépendant pour lancer ces nouvelles déclinaisons linguistiques. Tandis que pour tous les autres projets pédagogiques, ce lancement s'effectue sur la plateforme Wikimedia Incubator[119], créée à la même époque que Beta-Wikiversity. Ces trois plateforme de lancement ne concerne pas les nouveaux projets, qui doivent faire l'objet d'une acceptation par le conseil d'administration de la Fondation Wikimédia, et qui peuvent avoir pour origines des processus de création divers .
Le projet Wikivoyage, par exemple, fut initialement créé en 2003 dans un Wiki extérieur au mouvement Wikimédia, là où il portait le nom de Wikitravel[120]. Comme cela arrive parfois, ce projet sans but lucratif fut acheté par une entreprise commerciale en 2006. Mais en raison du changement de gouvernance et de l'apparition de publicités, une scission est apparue au sein de la communauté d’éditeurs. Les personnes désireuses de quitter Wikitravel lancèrent alors un nouveau site appelé Wikivoyage, qui reçut en 2007, le Webby Award du meilleur guide de voyage Internet[121].
L'intégration de Wikivoyage dans l'écosystème Wikimédia n'a cependant été faite qu'en 2012, à la suite d'un appel à commentaires durant lequel 540 personnes furent en faveur de l’intégration du projet, 153 contre, pendant que 6 restèrent sans avis [122]. Comme cette nouvelle déclencha une migration importante depuis Wikitravel vers Wikivoyage, une plainte fut déposée par la société commerciale en charge du premier projet. Celle-ci fut toutefois rejetée et le projet Wikivoyage continua à prendre de l’ampleur au sein du mouvement Wikimédia, avec la création de nouvelles versions linguistiques[123].
Le cas de Wikivoyage apparait toutefois comme une exception, car en général les nouveaux projets émergent des centaines de candidatures déposées sur le projet Méta-Wiki[124]. Celles-ci se soldent bien souvent par un refus, comme ce fut le cas pour le projet WikiLang dont le but était de lancer un laboratoire linguistique[125]. Quelques rares projets ont pourtant la chance d'être élus. Ce fut notamment le cas en octobre 2012, avec le lancement de la base de données structurée et sémantique Wikidata et de ses extensions Wikibase, ou plus récemment, en 2020, avec l'arrivée du projet Abstract Wikipedia[126] et Wikifunctions[127].
Sans vouloir entrer dans les détails, il est intéressant de savoir que l'interconnexion entre ces trois projets permet de traduire automatiquement des articles encyclopédiques dans tous les langages naturels pris en charge par le mouvement Wikimédia. Plus précisément, les phrases des articles publiées sur Abstract Wikipédia, sont formulées par des fonctions informatiques produites dans le projet Wikifunctions, dans le but de traiter les informations de la base de données sémantique Wikidata. Autrement dit, un article dans Abstract Wikipédia ne possède qu'une seule page pour toutes les langues, pareillement aux pages d'entités de Wikidata, qui ont pour titre une lettre suivie d'un chiffre[128].
À la suite de ces explications, on observe donc que ce n'est pas la complexité qui détermine le refus projet, mais plutôt une série de critères comparables à ceux retenus pour supprimer des projets ou versions linguistiques déjà existants. À ce propos, il existe sur Méta-Wiki une liste mise à jour des différents sites hébergés par la Fondation Wikimédia dont l'existence est remise en cause[129]. Dans celle-ci, on retrouve essentiellement des versions linguistiques de projets qui n’ont pas réussi à poursuivre leurs développements, bien qu'un projet entier soit toujours susceptible d'être mis à l'arrêt. C'est d'ailleurs ce qui est arrivé aux 31 versions linguistiques du projet Wikinews, qui en date du 4 mai 2026, soit 22 ans après le lancement du site anglophone, sont accessibles en mode lecture uniquement[130].
Dans le cas de Wikinews, ce fut le manque d'activité qui apparut comme principale justification de la suspension du projet. Cependant, d'autres raisons pourraient être invoquées, comme le prouve cet épisode de 2005, où, peu de temps après son lancement, la version francophone du recueil de citations Wikiquote a bien risqué de disparaitre. Le projet fut effectivement accusé d’avoir récupéré le contenu d’une base de données soumise à un droit d’auteur, incompatible avec la licence Creative Commons appliquée sur l’ensemble des projets pédagogiques Wikimédia. Lorsqu'une plainte fut adressée à l’association Wikimédia France, pour être ensuite relayée sur le site Méta-Wiki, il fut bien question de fermer le projet[131]. Après de longues discussions, celui-ci fut maintenu, mais avec pour conditions de repartir de zéro, et d’établir une charte pour garantir la traçabilité des citations reprises par le projet[132].
Voici donc de quoi se faire une idée sur la manière dont les projets pédagogiques et leurs déclinaisons linguistiques apparaissent et disparaissent au sein du mouvement. Les exemples repris ci-dessus suffisent effectivement pour comprendre les principes généraux qui sous-tendent leurs créations. En dehors de Méta-Wiki, Wikidata, Wikifunctions, Abstract Wikipédia et Wikimedia Commons, qui ne sont pas des projets de contenu pédagogique à proprement parler, tous les autres projets semblent effectivement provenir d’un désir de spécialisation d’un projet préexistant.
L'idée est généralement débattue dans un projet de même langue, avant de relayer la discussion vers le site Méta-Wiki. Si le projet y est jugé pertinent, il fait alors l'objet d'une candidature qui doit actuellement être soumise au groupe de travail des projets frères du comité des affaires communautaires de la Fondation Wikimédia. Quant aux nouvelles versions linguistiques, elles doivent être aujourd'hui soumises à l'approbation du comité des langues, avant d'être testées sur les plateformes Incubator, Beta-Wikiversité ou Wikisource Multilingue, dans le but de bénéficier d’un site web indépendant.
Suite à ces explications concernant les projets frères et leurs variations linguistiques, il nous reste encore à parler des sites qui ont un lien avec le mot Wiki, soit par leur nom, soit par le logiciel utilisé. En 2024 en effet, plus de 22 600 d'entre eux étaient répertoriés, dont plus de 95 % sans aucun lien avec le mouvement Wikimédia, en dehors du fait, peut-être, qu’ils utilisaient le logiciel MediaWiki développé par la Fondation Wikimédia[133].
WikiLeaks par exemple, créé par Julian Assange dans le but de publier des documents classifiés provenant de sources anonymes, n’est ni un projet Wikimédia, ni un site collaboratif. Quant au recueil universel et multilingue de guides illustrés WikiHow, si celui-ci fonctionne pour sa part de manière collaborative et avec le logiciel MediaWiki[134], il n'a pourtant aucun lien avec le mouvement Wikimédia. D'ailleurs, son ergonomie, radicalement différente de celle des projets Wikimédia, permet de le comprendre au premier coup d’œil.
En revanche, Wikimini, l'encyclopédie libre pour les enfants, a une apparence tout à fait comparable à celle des projets Wikimédia, alors que le projet n’a jamais été accepté par la Fondation. Quant aux projets WikiTribune et Fandom, l'ambiguïté qu'ils entretiennent avec le mouvement est d'autant plus grande qu'ils ont été créés par Jimmy Wales, le fondateur de Wikipédia et de la Fondation Wikimédia[135]. Cependant, comme ce sont des projets commerciaux, ils ne peuvent en aucun cas être soutenus par une fondation sans but lucratif.
Au terme de cette présentation, il ne reste plus qu'à signaler que le mouvement Wikimédia ne fut conscientisé que tardivement par rapport à l'apparition des projets Wikimédia et de leurs différentes versions linguistiques. Pour qu'un sentiment de collectivité se manifeste entre tous ceux-ci, il fallut certainement attendre qu'une coordination se développe sur la plateforme Méta-Wiki, mais également que de nombreuses rencontres et associations apparaissent en dehors de l'espace numérique. En ce sens, la naissance du mouvement ne fut pas un événement ponctuel, mais plutôt la réalisation d’un long processus de conscientisation.
Chapitre 8 : La conscientisation du mouvement
Avant d'aborder la question de la conscientisation du mouvement, il peut être intéressant de découvrir l'origine étymologique du mot « Wikimédia ». Celui-ci est un mot-valise composé du suffixe « média » et du préfixe « wiki » que l’on doit à cette expression hawaïenne « wiki wiki », qui se traduit en français par l'expression : « vite, vite »[136]. Celle-ci fut récupérée une première fois par Ward Cunningham, le créateur du premier moteur Wiki, avant d'être réutilisée dans les noms inventés pour d'autres logiciels de cette même famille. UseModWiki en est un bel exemple, puisqu'il fut le premier programme utilisé par la firme Bomis pour héberger son projet d’encyclopédie collaborative. Raison pour laquelle, sans doute, le terme « wiki » fut utilisé pour créer le mot Wikipédia, en l'associant au suffixe « pedia » qui fait référence au mot anglais encyclopedia, selon un principe qui fut ensuite repris pour tous les autres projets du mouvement.
Le mot Wikimédia, pour sa part, n’est apparu que le seize mars 2003, lors d’une discussion concernant la déclinaison possible de l’encyclopédie en d’autres types de projets éditoriaux participatifs. Durant celle-ci, l’écrivain américain Sheldon Rampton eu l’idée d’associer au terme wiki à celui de « média », afin de mettre en évidence la variété des médias produits et partagés par Wikipédia et ses projets frères[137]. Toutefois, c'est seulement en juin 2008 que Florence Devouard, présidente de la Fondation à cette époque, associe le mot Wikimédia à un mouvement social qu’elle voyait apparaître au sein des projets Wikimédia et de leurs communautés d'usagers.
Affirmer pour autant que ce moment précis coïncide avec la naissance du mouvement Wikimédia serait quelque peu arbitraire. Car si l’on peut déterminer plus ou moins facilement l’apparition d’une expression dans des archives, tout le monde sait qu’un mouvement social ne se forme pas en un seul instant. Dans le contexte du mouvement Wikimédia, sa naissance est bien sûr liée à celle du projet Wikipédia, mais également à tout ce qui permit la création de cette encyclopédie libre. Dans une autre perspective encore, on peut dater l'apparition du mouvement Wikimédia au 20 juin 2003[138], date de la création de la fondation qui porte le même nom. Ou pourquoi pas, associer la création du mouvement à la mise en ligne de la plate-forme Méta-Wiki, qui en représente le principal lieu de coordination.
Toujours est-il que l’expression « Wikimedia movement » est bien apparue en juin 2008, sous la plume de Florence Devouard. Cela s'est passé sur la liste de diffusion de la Fondation et peu de temps avant qu'elle quitte son poste de présidente[139]. Dans son message, elle partageait l'idée de placer sous le nom de domaine Wikimedia.org un site vitrine de présentation du mouvement Wikimédia qu'elle concevait de la sorte[140].
Le mouvement Wikimédia, comme je l’entends est
– une collection de valeurs partagées par les individus (liberté d’expression, connaissance pour tous, partage communautaire, etc.)
– un ensemble d’activités (conférences, ateliers, wikiacadémies, etc.)
– un ensemble d’organisations (Wikimedia Foundation, Wikimedia Allemagne, Wikimedia Taïwan, etc.), ainsi que quelques électrons libres (individus sans chapitres) et des organisations aux vues similaires[141]
Avec autant de détails et d'explications, un tel message ne pouvait qu'accélérer la prise de conscience au sein du mouvement. Dans tous les cas, il mettait en évidence que les personnes actives dans les projets éditoriaux en ligne ou dans les organismes affiliés, faisaient partie de ce que Ralf Dahrendorf appelle un « quasi-groupe[142] ». Ou autrement dit, un ensemble d’individus qui ont un mode de vie semblable, une culture commune, mais dont les points communs ne gravitent pas autour d’une prise de conscience de leur position commune dans la relation d’autorité[143].
Après la naissance de Wikipédia et de nombreux projets frères, une dizaine d’années a donc été nécessaire pour que le mouvement Wikimédia prenne conscience de son existence. Aujourd’hui encore, et comme cela a déjà été vu, de nombreuses personnes actives dans les projets pédagogiques ne réalisent toujours pas qu’elles participent aux activités d’un mouvement social. Cela, contrairement aux personnes investies dans les activités en présentiel organisées au sein du mouvement, qui sont généralement plus conscientes de leur engagement. C’est là une raison de croire que le développement de la Fondation Wikimédia et de ses organismes affiliés a joué un rôle important dans l'apparition d'un sentiment d’appartenance.
Chapitre 9 : La création des organismes affiliés
Si c’est grâce à l’arrivée des groupes et des organismes affiliés à la Fondation Wikimédia que l’idée du mouvement est probablement apparue, il est alors intéressant d'en décrire les processus de création. Mais puisque cela représente plusieurs centaines d’instances spécifiques, regroupées en plusieurs catégories détaillées en seconde partie d'ouvrage, aborder ici l’histoire de chacune d’entre elles serait une entreprise beaucoup trop fastidieuse.
De plus, s’il existe énormément d’archives numériques concernant la naissance des sites Wikimédia, ce n’est pas le cas pour ces organismes affiliés. Un bon nombre de ceux-ci se sont effectivement formés durant des rencontres ou des réunions hors ligne qui n'ont fait l’objet d’aucun enregistrement. Du reste, une bonne part des échanges effectués au sein de ces associations s'organise par des canaux de communication privés auxquels seuls les membres actifs ont accès.
Puisque je suis l'un des membres fondateurs, je me limiterai donc ici à parler de l’association Wikimédia Belgique. Celle-ci fut fondée le huit octobre 2014 en tant qu’association sans but lucratif, avant d'être reconnue le six août 2015 par le conseil d’administration de la Fondation Wikimédia[144]. Après plus de trois ans d’activités et de rencontres[145] et sous l’impulsion de Maarten Deneckere qui assuma le premier mandat de présidence, nous étions 8 personnes à signer la première version des statuts de l’association[146].
Jusqu’à ce jour, l’objet social de Wikimedia Belgique est d' « impliquer tout un chacun dans la connaissance libre[147] ». Contrairement à l'association Wikimédia Deutchland, la première à voir le jour en 2004 et qui rassemblait déjà en 2021 plus de 85 000 membres et près de 150 employés[148], l’association belge n'a qu'une seule employée à temps partiel et 150 membres en 2025[149].
Avant d’être reconnues par le comité d’affiliations chargé de seconder le conseil d’administration de la Fondation, toutes les associations nationales, dites « chapters » en anglais et toutes les autres organisations affiliées, doivent réaliser un bon nombre de démarches. Celles-ci consistent à répondre à un ensemble de prérequis qui ont évolué suite à la création d'un comité décisionnel en avril 2006[150]. Ces obligations diffèrent entre les groupes d’utilisateurs et d'utilisatrices et les associations locales ou thématiques. Parmi ceux-ci, on retrouve toutefois : un nombre minimum de membres et de référents, une mission et un règlement d’ordre intérieur conformes aux attentes du mouvement, la remise de plans et de rapports d’activités annuels, etc.[151].
On comprend donc qu’il n’est pas évident de créer une nouvelle instance au sein du mouvement. Pour bénéficier du soutien logistique et financier de la Fondation réservé aux organismes affiliés, c’est ainsi toute une série de rapports qu’il faut alors transmettre à divers comités et commissions chargés de leurs évaluations. Cela représente une quantité de tâches administratives qu’il n’est pas toujours facile d’assumer, surtout lorsque les membres de l’organisme affilié sont tous des bénévoles. D’où sans doute cette régulière disparition d’affiliations, pendant que d’autres se créent ou réapparaissent en fonction des énergies et du dynamisme disponibles dans les équipes.
Les activités liées à la récolte et à la redistribution des dons offerts au mouvement, ainsi que les autorisations d’usage de marques déposées, contrastent donc avec les valeurs de libre partage et d’autonomie décrites dans les projets pédagogiques. Cela semble confirmer que la partie hors ligne du mouvement est plus influencée par les habitudes d’un système économique dominant, contrairement à la partie en ligne qui semble plus fidèle à l’héritage de la contre-culture.
Chapitre 10 : L'héritage d'une contre-culture
Au terme de cette première partie d’ouvrage, il devient évident que la révolution numérique, que l’on considère généralement comme une révolution technique, fut aussi, et peut-être avant tout, une révolution sociale et culturelle. Quant à l'histoire de Wikimédia, reprise ici depuis les origines de son encyclopédie jusqu'à l'apparition de ses organismes affiliés, elle nous fit découvrir comment les idées de la contre-culture des années 1960 furent transmises au mouvement.
En cas de doute, observons encore que Richard Stallman, celui qui a créé les concepts de licence et d'encyclopédie libre, fut désigné par certains comme le gourou de la contre-culture hacker[152] et le père du système d’exploitation hippie[153]. Une culture hippie, dont il est aussi troublant de constater que le renversement de son logo ressemble étrangement à celui du mouvement Wikimédia.
Incontestablement et au travers du mouvement des logiciels libres, le mouvement Wikimédia a donc bien hérité des valeurs produites par les mouvements sociaux des années 1960. Des valeurs qui aujourd'hui contrastent fortement avec la marchandisation et la capitalisation du monde, dont l'espace web ne fait jamais que refléter ce qui se passe dans le reste de la société humaine. Or, ce phénomène ne date pas d'hier. En 2008 déjà, André Gorz, ce philosophe parmi les pères de la décroissance[154] et théoricien de l’écologie politique[155], constatait déjà que :
La lutte engagée entre les "logiciels propriétaires" et les "logiciels libres" [...] a été le coup d’envoi du conflit central de l’époque. Il s’étend et se prolonge dans la lutte contre la marchandisation de richesses premières – la terre, les semences, le génome, les biens culturels, les savoirs et compétences communs, constitutifs de la culture du quotidien et qui sont les préalables de l’existence d’une société. De la tournure que prendra cette lutte dépend la forme civilisée ou barbare que prendra la sortie du capitalisme. [156]
Dans cette lutte et avec le seul nom de domaine non commercial parmi le top 100 des sites les plus fréquentés du Web[157], la galaxie Wikimédia apparait donc comme un des derniers lieux numériques de liberté, de partage et d'égalité. Un lieu qui, de plus, est connu mondialement, grâce au succès des plus de 350 déclinaisons linguistiques de Wikipédia, et sans pour autant récolter d'informations sur l’identité et le comportement des internautes. Cela alors que cette pratique est considérée, par certains, comme un « nouvel or noir » pompé du Web, pendant que d’autres préfèrent parler de « capitalisme 3.0[158] » ou de « capitalisme de surveillance[159][160] » .
Évidemment, les enjeux de cette lutte sont difficiles à comprendre. La complexité de l’infrastructure informatique, mais également le fait que tout cela s'inscrit dans une révolution que Rémy Rieffel décrit comme « instable et ambivalente, simultanément porteuse de promesse, et lourde de menaces », ne facilitent pas les choses. Cela d'autant plus que tout cela se place « dans un contexte où s’affrontent des valeurs d’émancipation, et d’ouverture d’un côté et des stratégies de contrôle et de domination de l’autre[161] » .
En fait d’ambivalence, il est surprenant d'apprendre, par exemple, que Jimmy Wales, fondateur de Wikipédia et de la fondation Wikimédia, est un adepte de l’objectivisme, alors que cette philosophie voit le capitalisme comme un idéal de société[162] et l’égoïsme rationnel, comme une morale. Puis, concernant l'instabilité du numérique, il y a ces appels répétés de Tim Berners-Lee au sujet de la « redécentralisation[163] » et de la « régulation[164] » d'un espace web qu'il avait conçu dans un esprit tout à fait opposé. Quant aux pionniers d'Internet, ils n'ont probablement pas imaginé que leur création permettrait un jour, à des milliards d’objets connectés, de rapporter, rien qu'en France et en 2021, plus de 2,6 milliards d’euros[165].
Quant à la question du contrôle et au-delà de ce qui est opéré par les firmes commerciales, c'est bien sûr du côté des États qu'il faut porter son attention. Face à un mouvement qui veut s’émanciper des contrôles, par moins de 18 pays ont déjà censuré Wikipédia et parfois même l'ensemble des projets frères. Ce fut le cas par exemple pour la Turquie, la Russie, l'Iran, mais également le Royaume-Uni, la France et l'Allemagne, et c'est même le cas de manière permanente en Chine, depuis 2004[166].
Dans certains cas, des procédures juridiques ont été utilisées pour intimider les membres du mouvement. C'est arrivé en France lorsque le directeur de l'association Wikimédia fut menacé de poursuites pénales par la Direction Centrale du Renseignement Intérieur, après un refus de supprimer un article qui traitait d’une station militaire dans Wikipédia[167]. Par chance, ce qui s'est passé en France ne dépassa pas le stade de l'intimidation. En Biélorussie cependant, Mark Bernstein, un contributeur aux projets Wikimédia, fut condamné à quinze jours de prison ferme, assortis de trois ans d’assignation à résidence, pour des propos tenus au sujet de la guerre en Ukraine[168]. Cela sans oublier qu'actuellement, ce sont les conservateurs à la tête des États-Unis qui « veulent la peau de Wikipédia » en cherchant à obtenir l'identité réelle de certains contributeurs[169].
Le contrôle et le non-respect de la vie privée font ainsi appel à la figure emblématique du lanceur ou de la lanceuse d'alerte, dont la posture contestataire fait penser à celle des personnes actives dans la contre-culture des années 1960. Parmi ceux-ci, on dit de Julian Assange, Edward Snowden et Chelsea Manning, qu'ils « ont perdu leur liberté pour défendre la nôtre[170] ». De manière similaire, on pourrait donc aussi dire que les Wikimédiens Aaron Swartz, Bassel Khartabil, Pavel Pernikov, Ihor Kostenko et Mark Bernstein, se sont sacrifiés pour la liberté, le partage et la vérité.
Dans Wikimédia et comme ce fut expliqué dans l'introduction de cet ouvrage, une alerte peut prendre la forme d'un appel à commentaires en réaction à une décision ou une situation observée au sein du mouvement. C'est même là une pratique institutionnalisée, qui fait l'objet d'une procédure d'accompagnement et de suivi[171]. Toutes ces alertes concernent les dérives de certains projets, mais également de certaines associations dont la proximité avec le système économique n'aide pas au respect des pratiques et des valeurs développées en ligne.
Dans ce qui apparait aux yeux de certains comme un « bazar libertaire[172] », les choix et règles édictés dans la sphère hors ligne du mouvement ne plaisent pas toujours aux membres des communautés en ligne. Ce qui n'empêche toutefois pas les projets éditoriaux d'avoir leurs propres règles et des recommandations, ni de voir apparaitre en 2020 et dans l'ensemble du mouvement, un code de conduite universel, qui détermine le « référentiel minimum des comportements acceptables et inacceptables »[173].
L'idéologie transmise à Wikimédia, décrite en partie par Steven Levy dans son ouvrage L’Éthique des hackers[174] est donc plus subtile qu'un simple refus d'autorité. Dans un esprit de partage, d'ouverture, de transparence, de liberté, d'égalité et d'autonomie, c'est une structure très complexe, tout en étant cosmopolite et mondiale, que le mouvement réussit à mettre en place. Une organisation qui, finalement, apparait très inspirante dans la manière de faire communauté aujourd'hui, et au sein d'un monde toujours plus global et numérique.
[[Catégorie:Le mouvement Wikimédia (livre)]]
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2026-04-29T14:08:07Z
Lionel Scheepmans
20012
765459
wikitext
text/x-wiki
'''LE MOUVEMENT WIKIMÉDIA'''
'''Dernier partage altruiste de la connaissance libre ?'''
De Lionel Scheepmans
Avec l'aide de la communauté Wikimédia
'''Quatrième de couverture'''
Quel est ce seul acteur à but non lucratif présent dans le top 100 des sites les plus visités sur le Web ?
Comment incarne-t-il l’expression la plus visible des valeurs de liberté, d’égalité et de partage, héritées de la révolution numérique et des mouvements sociaux des années 1960 ?
Comment, à partir de Wikipédia et suite à la création d’une quinzaine de projets frères distribués en centaines de versions linguistiques, le mouvement social Wikimédia a imaginé un monde dans lequel le savoir se produit et se partage librement ?
Et comment, en toute autonomie, des dizaines de projets pédagogiques, édités par des millions de bénévoles, soutenus par une fondation et près de 200 associations et groupes locaux, produisent-ils la plus grande intelligence collective au monde ?
Avec de nombreux codes QR, cet ouvrage répond à ces questions, tout en permettant de mieux comprendre le monde global et numérique qui nous entoure.
Lionel Scheepmans est docteur en sciences politiques et sociales, militant de la culture libre et professeur d’anthropologie numérique. Il occupe plusieurs postes d’administrateur au sein du mouvement Wikimédia qu’il observe de manière participative depuis 2011. Ses travaux universitaires, du master à la thèse de doctorat, furent consacrés à l’organisation et aux enjeux de Wikipédia et du mouvement Wikimédia.
'''Avant-propos'''
Pour offrir un confort de lecture sur papier sans perdre la puissance du numérique, des codes QR sont affichés tout au long de cet ouvrage. À l’aide d’une tablette ou d’un smartphone, ils offrent un accès direct à ce qui serait coûteux ou impossible à imprimer.
Par exemple, le code QR 1, affiché en fin de page, donne accès directement à la page web qui reprend l’intégralité de l’ouvrage. Une fois sur celle-ci, on peut alors visionner les illustrations en couleur ou les enregistrements qui s’y trouvent et consulter ensuite leurs pages de descriptions en cas de besoin. Cette version numérique comprend aussi de nombreux hyperliens pointant vers Wikipédia et d’autres sites du mouvement Wikimédia, où se trouvent des compléments d’informations et leurs mises à jour.
Pour économiser du papier lors de l’impression, la section regroupant les notes et les références de l’ouvrage n’est disponible qu’au format numérique, mais est directement accessible via le code QR 2 repris ci-dessous. Grâce aux indices de renvoi chiffrés et placés en exposant dans le texte imprimé, il est alors possible, au départ d'un smartphone ou d'une tablette, de retrouver les notes et les références en fonction de leur numérotation. Lorsque la référence correspond à une page web, un lien pointant vers le projet Internet Archive s’y trouve repris, pour garantir un accès aux archives des pages citées dans l’ouvrage, si jamais elles avaient disparu du web. Quant aux pages toujours existantes, elles restent accessibles via leurs hyperliens originels, pour consulter leurs éventuelles évolutions.
Étant donné que ce livre est produit sur une plateforme collaborative, tout le monde est invité à améliorer les prochaines versions. On peut le faire en corrigeant des fautes d’orthographe ou de syntaxe sur les pages web qui constituent les différents chapitres de l’ouvrage, ou encore en apportant des commentaires sur les pages de discussion qui leur sont associées. Cela peut se faire très simplement en cliquant sur « Modifier » , quand on est sur la page d'un chapitre, et sur « Ajouter un sujet » lorsque l'on est sur une page de discussion.
Une page de discussion générale est aussi accessible grâce au code QR 3. Elle permet de commenter le livre dans son ensemble, ou de poser une question à son sujet. Il suffit pour cela d’indiquer un titre dans le champ « Démarrer un nouveau sujet », d’écrire le contenu du message dans l’encadré situé juste en dessous, puis de cliquer sur le bouton « Ajouter un sujet de manière anonyme » pour publier son message.
Enfin, pour ceux qui voudraient agrémenter leur lecture d’un fond sonore relaxant et original, le code QR 4 donne accès à une page web qui diffuse une musique mélodieuse. Celle-ci est composée de sons spécifiquement produits chaque fois qu’une modification est apportée sur un projet Wikimédia, ou qu’un nouveau compte y est créé. Ce dispositif ingénieux offre ainsi aux lecteurs qui le souhaitent une ambiance sonore particulièrement confortable, ainsi qu’une nouvelle expérience immersive au sein du mouvement Wikimédia.
'''Introduction : Wikimédia n’est pas Wikipédia'''
Depuis le succès initial de Wikipédia, une myriade de projets de partage des connaissances, d’organisations et de groupes de soutien ont émergé pour former ce qu’on appelle aujourd’hui le mouvement Wikimédia. Même si, à ce jour, l’encyclopédie libre reste l'activité phare du mouvement, il serait regrettable de réduire l’ensemble du mouvement à cet unique projet pédagogique. Malheureusement, il arrive bien trop souvent qu'une seule version linguistique de Wikipédia suffise pour cacher l’étendue de la forêt Wikimédia.
En réalité, Wikimédia représente un mouvement social, international et interculturel complexe, au sein duquel Wikipédia n’est qu’une composante parmi d’autres. Dans le cadre d'un mémoire de master, on peut ainsi fournir en quelques mois une ethnographie du projet Wikipédia en français[1]. Alors que pour synthétiser les origines, l’organisation et les dynamiques globales du mouvement Wikimédia, une thèse de doctorat[2] et cinq années de recul supplémentaires furent nécessaires.
À la fin de l'année 2025, l’ampleur numérique du mouvement est effectivement impressionnante. Chaque mois, des millions de modifications bénévoles sont effectuées sur plus de 500 millions de pages[3], réparties sur plus d’un millier de sites web[4], dont 358 seulement, correspondent aux versions linguistiques de Wikipédia[5]. Ce qui prouve donc clairement que les activités en ligne portées par l'ensemble du mouvement Wikimédia dépassent largement ce qui se passe au sein de l’encyclopédie.
Il existe ainsi huit autres projets pédagogiques susceptibles d'atteindre un jour l'envergure et la notoriété de Wikipédia, avec un objectif et un fonctionnement spécifiques à chacun. De manière détaillée, Wikilivres crée des livres pédagogiques, Wikiversité rassemble des supports d'enseignement et des travaux de recherche, Wikinews fait du journalisme collaboratif, Wikivoyage développe un guide touristique, pendant que Wiktionnaire apporte des définitions des mots de toutes les langues et dans toutes les langues.
Contrairement à Wikipédia, tous ces projets ne sont pas soumis à une neutralité de point de vue, ni limités à l'usage de sources secondaires reconnues, au niveau de la rédaction des articles. La plupart d'entre eux acceptent aussi la publication de travaux de recherche ou de productions personnelles, alors que cela est tout à fait interdit dans Wikipédia.
Selon l'étymologie du mot encyclopédie, le but de Wikipédia est en effet de synthétiser ou, plus précisément, d'encercler le savoir humain déjà préexistant. Cette contrainte éditoriale limite donc les contributeurs et contributrices à l'usage de sources secondaires et tertiaires présentes dans des publications externes au projet. De ce fait, Wikipédia reproduit fatalement les biais systémiques, tels que les déséquilibres et les surreprésentations de genre et de culture, présents dans un monde de l'édition majoritairement occidental. Or, cette impasse éditoriale propre à Wikipédia n'existe pas dans les autres projets pédagogiques.
Comme ces projets frères, Wikipédia n'est pas non plus un projet complètement autonome des autres projets Wikimédia. L'encyclopédie compte en effet sur le projet Wikimedia Commons pour héberger l'ensemble de sa médiathèque. Elle utilise ensuite le contenu du projet Wikidata comme base de données structurée. Quant aux personnes qui produisent l'encyclopédie, elles peuvent aussi puiser leurs sources dans la bibliothèque Wikisource, ou se référer à des citations d'auteurs collectées dans le projet Wikiquote. Tout cela sans oublier que des dizaines de sites web traitent l'archivage permanent de Wikipédia et des autres projets Wikimédia, dans le but de fournir des analyses précieuses et totalement libres d’accès.
Enfin, il faut aussi garder à l'esprit qu'au-delà de tous ces sites web, le mouvement Wikimédia, c'est aussi de nombreuses institutions et organisations affiliées dispersées dans le monde. Autour de la Fondation Wikimédia chargée de la gestion et de l’organisation internationales, avec près de 650 salariés de nationalités diverses[6], se regroupent des centaines d'organisations satellites. Parmi celles-ci, on retrouve 2 associations thématiques[7], 40 associations locales[8], dont Wikimedia Deutschland qui regroupe plus de 170 employés, et finalement 141 groupes d’utilisateurs et utilisatrices[10].
Tout ce qui vient d'être exposé dans cette introduction justifie donc la nécessité de distinguer le mouvement Wikimédia du projet Wikipédia. Imaginons seulement que l’on se limite à citer Paris pour décrire et comprendre un pays aussi vaste que la France. Certes, Paris est une ville mondialement connue et qui compte plus de deux millions d’habitants et un patrimoine culturel impressionnant. Mais est-ce pour autant qu'il faudrait oublier les autres villes, villages et métropoles françaises ? Sans compter que la France regroupe aussi des départements et des territoires d’outre-mer et qu'elle entretient des relations et des partenariats internationaux qui dépassent de loin ce qui se passe entre Paris et le reste du monde. Ne pas confondre le mouvement Wikimédia avec le projet Wikipédia relève donc du bon sens.
En 2019 cependant, la Fondation Wikimédia a envisagé de se renommer en Fondation Wikipédia et de remplacer le terme « Wikimédia » par celui de « Wikipédia », partout où ce terme est utilisé dans la sphère hors ligne du mouvement. Le but était d’acquérir une plus grande visibilité et d’attirer des milliards de personnes, grâce au nom de marque Wikipédia, considéré comme l’un des plus connus au monde[11]. Ce changement n’a toutefois pas été accepté par de nombreuses personnes actives au sein du mouvement Wikimédia. En janvier 2020, ces opposants ont ainsi créé une page d’appel à commentaires, qui fut le siège d’un long débat[12]. À l’issue de ce dernier, 73 représentants d’organisations affiliées et 984 personnes ont signé une lettre ouverte adressée à la Fondation, qui comprenait le paragraphe suivant[13] :
Depuis 20 ans, les bénévoles ont bâti la réputation de Wikipédia en tant que ressource indépendante et communautaire. Les projets du mouvement Wikimédia, dont Wikipédia, se développent autour de la décentralisation et du consensus. Il est essentiel d’établir des distinctions claires entre la Fondation Wikimédia, les affiliés et les contributeurs individuels. Tout changement qui affecte cet équilibre exige le consentement éclairé et la collaboration des communautés. Il est donc très préoccupant de voir « Wikipédia » présenté pour le nom de l’organisation et du mouvement malgré le mécontentement général de la communauté.
En s’opposant aux idées de la Fondation, ces membres de la communauté Wikimédia ont ainsi fait preuve de sagesse. De plus, ils ont signalé dans de nombreux commentaires que beaucoup de personnes connaissent le mouvement Wikimédia uniquement au travers de son encyclopédie. Il est même étonnant d'observer que la méconnaissance du mouvement existe au sein même de sa propre communauté. Comme exemple, on peut observer que l'article du projet Wikipédia en anglais consacré au mouvement Wikimédia ne s’est développé qu’à partir de 2016[14], tandis que ce même article dans la version francophone de l'encyclopédie n’est apparu qu’en 2019[15]. Quant aux autres versions linguistiques, il est tout aussi étonnant de constater qu'en octobre 2025, seulement 39 d'entre elles sur un total de 358 possédaient un article dédié au mouvement Wikimédia[16].
Tous ces éléments justifient donc la nécessité d’offrir au monde une meilleure connaissance du mouvement Wikimédia et des nombreux projets et organisations qui contribuent à sa mission de partage du savoir. En ce sens, ce livre est une contribution importante aux défis stratégiques que doit relever le mouvement Wikimédia à l’approche de 2030. Car au-delà des résolutions prises pour développer de nouveaux processus participatifs et délibératifs concernant les questions de marque[17], c’est avant tout un travail d’information et de sensibilisation à destination du grand public qu'il reste à faire.
'''Première partie : La naissance du mouvement Wikimédia'''
Il existe dans l'espace web une multitude d’archives permettant de retracer les événements qui ont conduit à la naissance du mouvement Wikimédia. Cette « préhistoire » du mouvement peut notamment être explorée grâce au réseau d’éducation populaire Framasoft, dont le site est apparu environ un an avant la création de la version francophone de Wikipédia. On trouve sur cette plateforme une mine d’informations concernant les logiciels libres et la culture libre. Deux épisodes majeurs de l’histoire de l’informatique et d’Internet, malheureusement méconnus du grand public.
Grâce à Framasoft et bien d’autres associations, il est possible de découvrir l’organisation et les motivations des millions de personnes qui participent au mouvement du logiciel libre. On y apprend que ce mouvement politique et social a été initié en 1983 par Richard Stallman, un programmeur du Massachusetts Institute of Technology (MIT), qui a eu l’idée d’offrir à chacun une alternative à la marchandisation du secteur informatique.
Cette philosophie de libre partage, concrétisée par le projet de Stallman, permit l’essor d’une organisation et d’une éthique de travail originales, développées au sein d’une sous-culture en vogue dans le milieu informatique depuis les années 1950. Celle-ci fut documentée dans de nombreux ouvrages, dont « L’éthique hacker »[18], un livre remarquable, dans lequel le philosophe finlandais, Pekka Himanen, analyse en détail les origines de la culture hacker. Un simple extrait de sa quatrième de couverture[19], repris ci-dessous, permet d’appréhender la manière de penser de ces informaticiens, rejoints par Richard Stallman durant ses études universitaires, avant d'en devenir l’une des figures les plus charismatiques.
On considérait jusqu’à présent le « hacker » comme un voyou d’Internet, responsable d’actes de piratage et de vols de numéros de cartes bancaires. Le philosophe Pekka Himanen voit au contraire les hackers comme des citoyens modèles de l’ère de l’information. Il les considère comme les véritables moteurs d’une profonde mutation sociale. Leur éthique, leur rapport au travail, au temps ou à l’argent, sont fondés sur la passion, le plaisir ou le partage. Cette éthique est radicalement opposée à l’éthique protestante, telle qu’elle est définie par Max Weber, du travail comme devoir, comme valeur en soi, une morale qui domine encore le monde aujourd’hui.
En introduisant cette première partie d'ouvrage de la sorte, nous pouvons déjà comprendre que le mouvement Wikimédia plonge ses racines dans une transition culturelle remplie d’utopie[20]. Une utopie qui s’oppose notamment à ce que l’historien et anthropologue Karl Polanyi[21] désignait, en 1944 déjà, comme un libéralisme économique qui « subordonne les objectifs humains à la logique d’un mécanisme de marché impersonnel »[22]. Étape par étape et en commençant par analyser cette utopie spécifiquement au niveau du mouvement Wikimédia, voyons maintenant ce qui s'est passé tout au long de cette révolution culturelle numérique.
Chapitre 1 : L'utopie Wikimédia
Au fil du temps, Wikipédia fut perçu comme une utopie en marche[23], puis comme une utopie réalisée[24], et finalement comme la dernière utopie collective du Web[25]. Mais qu'en est-il de l'ensemble du mouvement Wikimédia ? Pour nous aider à comprendre ce qui se passe dans la dimension numérique de ce mouvement, voici une métaphore qui décrit un quartier établi au sein d'une ville, imaginée au départ de l'espace web ». Dans cette ville imaginaire, Internet représenterait le réseau routier, pendant que des serveurs informatiques feraient office de bâtiments, et que les pages web qu'ils hébergent, constitueraient les différentes pièces de ces édifices.
Le quartier Wikimédia rassemblerait ainsi plus d’un millier de bâtiments. Au sein de ceux-ci et à l’exception de quelques lieux administratifs, chaque pièce peut être visitée gratuitement, mais aussi modifiée au niveau de son contenu. On peut ainsi y ajouter de nouvelles choses, telles que du texte, des photos, des vidéos ou des documents sonores, et même changer ou supprimer ce qui a été créé ou modifié par d’autres. Tout cela, bien sûr, dans le but de rendre ces endroits plus esthétiques, ou plus authentiques et en tenant compte des différentes idées et des éventuelles oppositions de point de vue concernant les aménagements. Pour faciliter l'entente entre les personnes qui s'investissent dans les modifications, chaque pièce des bâtiments Wikimédia possède un espace annexe dédié à la discussion.
Dans la plupart des bâtiments Wikimédia, une personne malintentionnée peut même faire disparaitre tout le contenu d'une pièce. Néanmoins, dans la seconde qui suit, un robot remettra tout en place, avant de transmettre un message concernant le traitement du vandalisme. Lorsqu'une action plus discrète n'est pas détectée par un robot, c'est alors quelqu'un qui surveille la pièce qui prendra le relais pour annuler les changements malveillants et contacter la personne responsable. En cas de multirécidive, celle-ci peut se voir privée de sa capacité de modifier les pièces, soit dans le bâtiment vandalisé, soit dans tout le quartier quand cela se justifie. Après discussion, cette sanction sera mise en application par un administrateur ou une administratrice bénévole, choisi ou choisie par l'ensemble des autres bénévoles qui prennent soin des bâtiments.
On comprend donc que tout le monde peut enrichir, mais également surveiller et protéger les richesses partagées dans le quartier Wikimédia. Il suffit pour cela de rejoindre le mouvement en se créant un compte. Cela permet de profiter de nombreux outils, dont notamment un système qui envoie des notifications, dès qu'une pièce que l'on veut surveiller est modifiée.
Pour créer ce compte, pas besoin de fournir une adresse ou un numéro de téléphone. Les seules informations personnelles indispensables au bon fonctionnement du quartier Wikimédia sont les adresses IP des visiteurs. Lors des visites et contrairement à ce qui se passe dans les quartiers commerciaux de la grande ville numérique, tels que les GAFAM, NATU, BATX, le quartier Wikimédia ne récolte et ne vend aucune donnée à des fins d'exploitation.
Même les adresses IP enregistrées par le système ne sont pas visibles par les autres visiteurs. Elles sont remplacées par les noms et les pseudonymes fournis lors de la création des comptes, ou masquées par des comptes temporaires pour les modifications faites par des personnes non connectées. Seules quelques personnes accréditées par la communauté pour effectuer des contrôles d’usurpation d’identité ont accès à ces informations[26]. C’est là une précaution nécessaire au bon déroulement des votes qui succèdent parfois aux recherches de consensus concernant l'aménagement du quartier Wikimédia.
Dans cette ville numérique que constituerait l'espace web, Wikimédia apparait ainsi comme le plus grand quartier dédié au partage de la connaissance. Tout d'abord, il y a les plus de 350 bâtiments Wikipédia, chacun dédié à une version linguistique de l'encyclopédie. Puis, toujours séparés en versions linguistiques, on trouve ensuite les bibliothèques Wikilivres et Wikisource, les bâtiments lexicaux multilingues Wiktionnaire, le centre journalistique Wikinews, le centre pédagogique et de recherche Wikiversité, le centre d'informations touristique Wikivoyage, le répertoire des êtres vivants Wikispecies et enfin l'institut des citations d’auteurs Wikiquote. Cela sans oublier le musée médiatique Wikimedia Commons et la banque Wikidata, reconnue comme étant la plus grande banque d’informations structurées au monde. Deux bâtiments dont l'une des fonctions principales communes est d’enrichir les pièces situées dans les autres buildings du quartier Wikimédia.
Dans tous ces immeubles, il arrive souvent que plus de la moitié des étages soient uniquement attribués à l'organisation des activités qui s'y déroulent. Chaque bâtiment peut aussi compter sur le soutien d'autres édifices tels que MediaWiki, Wikitech, Phabricator, qui sont trois lieux entièrement dédiés aux maintenances techniques sur l'ensemble du quartier. Concernant les aspects administratifs, c'est dans le bâtiment Méta-Wiki que s'opère la gouvernance générale du quartier, alors que les courriers adressés à ce dernier sont traités en première ligne dans le bâtiment Wikimedia VRT. À la suite de quoi, il ne reste plus qu'à citer le bâtiment Wikimedia Outreach, pour des initiatives de sensibilisation, et le bâtiment du journal Diff Wikimedia, comme lieu de publication d'actualités sur le mouvement.
En dehors de certains aspects techniques, tous ces bâtiments sont exclusivement régis par des communautés bénévoles, qui sont toujours prêtes à accueillir de nouveaux membres. Les seuls immeubles du quartier qui diffèrent de ce principe sont les bâtiments vitrines de la Fondation Wikimédia et des autres associations Wikimédia qui engagent du personnel. Quant au bâtiment du conseil d'administration de la Fondation, des raisons officielles justifient le fait que la modification de ses pièces est réservée à ces membres et aux employés qui les soutiennent.
Face à tant d'utopies, il devient légitime de vouloir comprendre comment tout cela fut rendu possible. Or, pour répondre à cette question, il faut alors parcourir tout un pan de l'histoire de la révolution numérique, depuis la contre-culture des années 1960 jusqu'à nos jours. On y découvre que les pionniers du réseau Internet étaient des chercheurs et étudiants en informatique, fortement influencés par de nouvelles idéologies, telles que celles qui furent à la source des évènements de mai 68 en France. C'est donc de là que naîtra la philosophie de partage, de liberté, de décentralisation et ce mode d’organisation tout à fait spécifique, que l'on observe aujourd'hui au sein du mouvement Wikimédia.
Il y eut tout d'abord la création d'Internet, comme réseau mondial de communication en libre accès, puis le développement du World Wide Web, qui a grandement facilité les interactions humaines à l’échelle planétaire. Par la suite, ce fut l'arrivée du Web 2.0, caractérisé par l'apparition de nouveaux sites web directement modifiables à l'aide d’un simple navigateur. Or, parmi ceux-ci se trouvent les moteurs de Wiki, dont le plus puissant d’entre eux, MediaWiki, est un logiciel libre développé par la Fondation Wikimédia. Le moment est donc venu d'en savoir plus sur ce type de programme informatique, ainsi que sur le mouvement du logiciel libre, qui a fortement influencé la philosophie et les valeurs véhiculées au sein du mouvement Wikimédia.
Chapitre 2 : Le mouvement du logiciel libre
L’un des premiers épisodes de la préhistoire de Wikipédia et du mouvement Wikimédia débuta en septembre 1983, lorsqu’un programmeur du Massachusetts Institute of Technology, appelé Richard Stallman, déposa un message sur la liste de diffusion net.unix-wizards. C’était un appel d’aide pour la création de GNU, un nouveau système d’exploitation qui devait réunir une suite de programmes que tout le monde pourrait utiliser librement sur son ordinateur personnel[27]. Dans son message transmis via ARPANET, le premier réseau informatique à grande échelle qui précéda Internet, Stallman s’exprimait de la sorte[28] :
Je considère comme une règle d’or que si j’apprécie un programme je dois le partager avec d’autres personnes qui l’apprécient. Je ne peux pas en bonne conscience signer un accord de non-divulgation ni un accord de licence de logiciel. Afin de pouvoir continuer à utiliser les ordinateurs sans violer mes principes, j’ai décidé de rassembler une quantité suffisante de logiciels libres, de manière à pouvoir m’en tirer sans aucun logiciel qui ne soit pas libre.
Le projet de Stallman, qui reçut le soutien nécessaire à son accomplissement, marqua ainsi le début de l’histoire du logiciel libre. Quant à la quantité d’aide fournie, elle permet de croire que Richard Stallman n’était pas seul à voir l’arrivée des logiciels propriétaires d’un mauvais œil. Car pour les membres du projet GNU et du mouvement du logiciel libre en général, un bon programme informatique doit respecter ces quatre libertés fondamentales[29] :
1. La liberté d’exécuter le programme, pour tous les usages.
2. La liberté d’étudier le fonctionnement du programme, et de l’adapter à vos besoins.
3. La liberté de redistribuer des copies, donc d’aider votre voisin.
4. La liberté d’améliorer le programme, et de publier vos améliorations, pour en faire profiter toute la communauté.
Lors de l'apparition du logiciel libre, le marché de l’informatique était de fait en pleine mutation. L'habituel partage des codes informatiques entre les rares étudiants ou chercheurs qui bénéficiaient d’un accès à un ordinateur faisait l'objet d'une remise en question. Ce changement faisait notamment suite au Copyright Act de 1976, une nouvelle loi qui autorisait l'application d'un droit d'auteur sur le code informatique, et donc qui permettait d'en interdire le partage ou la réutilisation sans autorisation. Des clauses de confidentialité ont ainsi fait leur apparition, pendant que les employés des firmes informatiques étaient nouvellement soumis à des contrats de confidentialité. C'était la fin de l’entraide et de la solidarité pratiquées chez les pionniers de l’informatique. À sa place s'installaient la concurrence et la compétitivité, bien connues dans le système capitaliste marchand.
Cette mutation coïncidait avec l’arrivée des premiers ordinateurs de taille réduite. Grâce à l’apparition des premiers circuits intégrés, les premiers exemplaires avaient en effet été créés par l’industrie aérospatiale au début des années 1960. Cependant, il fallut attendre le début des années 1980 pour que le prix d’un ordinateur soit suffisamment bas pour en faire un bien de grande consommation.
C’est ainsi qu’en 1982, le Commodore 64 entrait dans le livre Guinness des records, avec plus de 17 millions d’exemplaires vendus dans le monde[30]. Juste avant cela, en 1981, l’IBM Personal Computer avait déjà fait son apparition, en proposant une architecture ouverte qui allait servir de modèle pour toute une gamme d’ordinateurs que l’on désigne toujours aujourd’hui par l’acronyme « PC ».
Pour faire fonctionner ses nouveaux modèles d'ordinateurs, la société IBM avait confié à l’entreprise Microsoft, créée en 1975, la mission de les équiper d’un système d’exploitation. Le contrat signé entre les deux firmes fut une véritable aubaine pour le fournisseur des programmes informatiques. Car sans s'en apercevoir, et sans jamais anticiper que son matériel serait cloné à grande échelle, celle-ci avait en effet permis à Microsoft d'établir un monopole dans la vente de logiciels. Cela fut condamné pour abus de position dominante[31] et vente liée du logiciel avec le matériel informatique[32], mais sans pour autant empêcher Bill Gates, le principal actionnaire de Microsoft, d'être l'homme le plus riche du monde en 1994.
Toutefois, pendant que Microsoft renforçait sa position dominante, un nouvel événement majeur allait marquer l’histoire du logiciel libre. Celui-ci fut de nouveau déclenché par un appel à contribution, qui fut cette fois posté le vingt-cinq août 1991 par un jeune étudiant en informatique de 21 ans, appelé Linus Torvalds. Via le système de messagerie Usenet, sa demande avait été postée dans une liste de diffusion consacrée au système d’exploitation Minix, une sorte d’UNIX simplifié et développé dans un but didactique, par le programmeur Andrew Tanenbaum.
Loin d’imaginer que cela ferait de lui une nouvelle célébrité dans le monde du Libre[33], Torvalds entama son message par le paragraphe suivant[34] :
Je fais un système d’exploitation (gratuit) (juste un hobby, ne sera pas grand et professionnel comme gnu) pour les clones 386 (486) AT. Ce projet est en cours depuis avril et commence à se préparer. J’aimerais avoir un retour sur ce que les gens aiment ou n’aiment pas dans minix, car mon système d’exploitation lui ressemble un peu (même disposition physique du système de fichiers (pour des raisons pratiques) entre autres choses)[35].
Bien qu’il fût présenté comme un passe-temps, le projet qui répondait au nom de « Linux », fut rapidement soutenu par des milliers de programmeurs du monde entier, avant de devenir la pièce manquante du projet GNU. En effet, les contributeurs au projet de Stallman n’avaient pas encore terminé l’écriture du code informatique du noyau Hurd, alors qu'il était censé établir la communication entre la suite logicielle produite par GNU et le matériel informatique. C'est donc la fusion des codes produits par les projets GNU et Linux qui permit la création du premier système complet, stable et entièrement libre baptisé GNU/Linux.
Au départ de ce nouveau système informatique, de nombreuses variantes, que l’on nomme communément « distributions », furent créées par des programmeurs de tous horizons. L’une de celles-ci s’intitule Debian et tire sa réputation d'être simultanément libre, gratuite, très fiable et produite par une communauté sans lien direct avec une société commerciale. Quatre qualités qui expliquent pourquoi, Debian sert de base à plus de 150 distributions dérivées, et que de nombreuses organisations l'utilisent, comme le fait la Fondation Wikimédia sur les serveurs qui hébergent les projets qu'elle supporte.
Grâce à la naissance des logiciels libres, le mouvement Wikimédia a donc la possibilité de faire tourner ses serveurs informatiques, avec un système d’exploitation fiable, libre et gratuit. Comme son code source est ouvert, cela permet aussi à la Fondation Wikimédia de le modifier pour répondre aux besoins spécifiques du mouvement. À la suite de quoi, et selon les règles formulées par la communauté du logiciel libre, les modifications faites par la Fondation deviennent à leur tour, gratuitement et librement, utilisables par d’autres personnes ou organismes.
À ce premier héritage reçu par le mouvement Wikimédia et toujours en provenance des logiciels libres, s’ajoute une innovation méthodologique. Dans son article La Cathédrale et le Bazar[38], Eric Raymond mobilise en effet le terme « cathédrale » pour désigner le mode de production des logiciels propriétaires, en opposition au mot « bazar », qu'il utilise pour qualifier le mode de développement des logiciels libres. D’un côté, il décrit une organisation pyramidale, rigide et statutairement hiérarchisée, comme on peut la voir souvent au sein des entreprises. Tandis que de l’autre, il parle d’une organisation horizontale, flexible et peu hiérarchisée, qu’il a lui-même expérimentée en adoptant le style de développement de Linus Torvalds, à savoir : « distribuez vite et souvent, déléguez tout ce que vous pouvez déléguer, soyez ouvert jusqu’à la promiscuité »[39].
À l’instar de la métaphore du quartier numérique présentée dans le précédent chapitre, cette manière de décrire les projets open source nous aide donc ici à mieux comprendre ce qui se passe dans le mouvement Wikimédia. D'un côté, on retrouve effectivement cette « ouverture jusqu’à la promiscuité », dans le libre accès accordé aux projets Wikimédia, alors que de l'autre, tout le monde peut participer aux projets Wikimédia, qu'ils soient en ligne ou hors ligne.
Ces deux observations corroborent donc l’existence d’un deuxième héritage en provenance du mouvement du logiciel libre. Néanmoins, il nous reste encore à découvrir un phénomène négligé par Eric Raymond durant ses observations, et qui pourtant, a considérablement influencé l'histoire de la révolution numérique. Il s’agit de l’apparition de la licence libre, de la philosophie qu'elle sous-tend, et du mouvement de la culture libre, dont elle fut à l’origine.
'''Chapitre 3 : Les licences et la culture libres'''
Dans une biographie autorisée[40], Christophe Masutti explique à quel point la création de la Licence publique générale GNU, en tant que première licence libre créée par Richard Stallman, représente un épisode majeur de la révolution numérique. Selon lui :
La GPL apparaît comme l’un des meilleurs hacks de Stallman. Elle a créé un système de propriété collective à l’intérieur même des habituels murs du copyright. Surtout, elle a mis en lumière la possibilité de traiter de façon similaire « code » juridique et code logiciel.
Le concept de distribution associé à ce nouveau type de licence fut baptisé « copyleft », par inspiration d’un jeu de mots que Richard Stallman avait trouvé dans un courrier transmis par son collègue Don Hopkins[41]. Le principe novateur de ce concept est d'obliger toute production de code dérivé à se soumettre à la même licence libre que le code d’origine[42]. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle beaucoup de gens parlent de licence « virale » ou « récursive » en faisant référence à celle-ci. Quant à l'importance de cette clause, elle repose sur le fait d'interdire toute privatisation d'un code informatique produit sous licence libre. Sans celle-ci, un tel code risque en effet d'être récupéré, puis modifié, avant d’être placé sous un habituel copyright de type « tous droits réservés », dans le but de commercialiser son usage.
En 2001 et dans la mouvance provoquée par l'arrivée des premières licences libres, une organisation internationale sans but lucratif, intitulée Creative Commons, a entamé la promotion du « partage et la réutilisation de la créativité et des connaissances grâce à la fourniture d’outils juridiques gratuits ». Pour ce faire, elle met régulièrement à jour une panoplie de licences inspirées par la GNU, mais spécialement adaptées aux œuvres de l'esprit[43], telles que les productions littéraires, musicales, photographiques et vidéo, ainsi que les bases de données.
Contrairement aux licences libres fournies par la Free Software Foundation, conçues pour protéger du code informatique, les licences produites par Creative Commons offrent la possibilité de sélectionner différentes clauses pour protéger une œuvre libre. Avec le label CC, pour Creative Commons, on peut ainsi appliquer, ou ne pas appliquer, la clause « BY », qui oblige à créditer l'auteur, et la clause « SA », pour Share Alike, qui ordonne le partage à l’identique comme décrit précédemment. Après quoi il est encore possible d'ajouter la clause « NC », qui impose un usage non commercial, et finalement, la clause « ND », pour Non Derivative, qui exige que l’œuvre soit utilisée ou reproduite dans son intégralité et sans modification.
Le mouvement Wikimédia a choisi la licence CC.BY-SA pour protéger les contenus publiés dans tous ses projets. Cela à l'exception de la banque de données Wikidata, qui au même titre que les descriptions apportées aux fichiers téléchargés dans la médiathèque Wikimedia Commons[44], publie ses informations structurées sous licence CC0. Cette dernière licence proposée par creative commons est ce qui se rapproche le plus du domaine public, avec pour avantage de ne pas devoir mentionner les auteurs dans le traitement et la réutilisation du contenu de la base de données.
Cependant, il en résulte que les informations en question peuvent être réutilisées par des tiers qui ne sont plus obligés de citer leurs sources, comme le font les agents conversationnels des intelligences artificielles génératives, appelés couramment chatbots. Contrairement à la licence CC.BY-SA, la licence CC0 est donc moins apte à pérenniser les projets Wikimédia, puisqu'elle permet d'invisibiliser ces derniers au risque de réduire les chances d'arrivée de nouveaux contributeurs et contributrices. De plus, sans la clause SA qui assure l'application du copyleft, toutes les informations récupérées au sein de Wikidata et de Wikimedia Commons sont aussi susceptibles de quitter le monde du libre, une fois traitées par des entreprises commerciales.
Quoi qu’il en soit, les licences Creative Commons, inspirées par la licence libre de Richard Stallman, apparaissent finalement comme un troisième héritage en provenance du mouvement du logiciel libre et de la culture libre qui en est issue. Grâce à la licence CC.BY-SA, les éditeurs des projets Wikimédia bénéficient effectivement d'une certaine reconnaissance, tout en étant assurés qu'aucun copyright sur leurs travaux ne puisse profiter exclusivement à une personne ou une compagnie. Cela pendant que la licence libre appliquée au système d'exploitation installé sur les serveurs Wikimédia garantit, pour sa part, un certain respect des contributeurs, puisqu'elle permet de vérifier si le code informatique ne compromet pas leurs vies privées.
Avec tous les autres apports en provenance du logiciel libre, ce sont là deux choses importantes qui ont permis l'apparition du mouvement Wikimédia. Toutefois, cela ne pouvait pas suffire à la création du projet Wikipédia qui en fut le point de départ. Car sans l'espace numérique, mondial et libre d’accès, créé par Internet et l'espace web, aucune encyclopédie collaborative de cette envergure n'aurait pu voir le jour.
Chapitre 4 : Le réseau Internet
L’histoire du réseau Internet constitue un nouvel épisode captivant de la révolution numérique, sans lequel le mouvement Wikimédia n’aurait jamais pu émerger. D’un point de vue purement technique, ce réseau informatique a été mis au point dans les années 1970, avant l’adoption généralisée du protocole TCP/IP, toujours en usage à ce jour. Ce dernier fut inventé par Vint Cerf et Robert Elliot Kahn, quand ils travaillaient pour la Defense Advanced Research Projects Agency, rattachée au département de la Défense américaine[45]. L'une des premières présentations de leur projet fut, entre autres, réalisée lors d’une conférence organisée par l’International Network Working Group, une instance créée pour assurer la gouvernance mondiale du réseau informatique.
Sur base de ces informations, on peut penser qu’Internet a été créé par des militaires. Cependant, Une contre-histoire de l’Internet[46], nous révèle que les créateurs et les premiers utilisateurs d’ARPANET, considéré comme l’ancêtre d’Internet, étaient davantage des étudiants hippies et amateurs de LSD, que des militaires bien drillés. D’ailleurs, avant la standardisation du protocole TCP/IP, ARPANET fonctionnait depuis plus d’un an avec un autre protocole de transition intitulé Network Control Program. Or, celui-ci avait été mis au point, en février 1969, par le Network Working Group, un groupe informel d’étudiants rassemblés autour de Steve Crocker, lorsqu’il ne détenait encore qu’une simple licence.
Bien que rarement cité dans l’histoire d’Internet, ce groupe a pourtant mis en place la procédure RFC, pour Request For Comments, reconnue comme « l’un des symboles forts de la "culture technique" de l’Internet, marquée par l’égalitarisme, l’autogestion et la recherche collective de l’efficience ». Soit trois principes et une procédure, qui aujourd’hui encore sont appliqués sur le site Méta-Wiki, dans lequel s'organise la gestion communautaire du mouvement Wikimédia. Cela alors qu'au sein des projets pédagogiques, d’autres processus similaires de recherche de consensus ont fait leur apparition.
Il faut ensuite savoir que les liens entre ARPANET et l’armée ont disparu avec l’apparition du MILNET, un réseau entièrement dédié aux activités militaires, rebaptisé NIPRNet, pour Non-classified Internet Protocol Router Network, en 1990. Après une séparation définitive en 1983, précisément l’année où Richard Stallman postait sa demande d’aide pour le projet GNU, le réseau ARPANET resta uniquement dédié à la recherche et au développement. À cette époque, le réseau ne comprenait pas plus de 600 machines connectées[49], ce qui n'a donc rien de comparable avec ce vaste réseau informatique mondial que nous connaissons aujourd’hui, et qui fut fortement développé au cours des années 1990.
Pour en assurer l’entretien technique, une organisation non gouvernementale, a été créée en 1992, sous l'appellation d’Internet Society. Celle-ci devait aussi veiller au respect des valeurs fondamentales liées au bon fonctionnement du réseau[50]. Car avant d'atteindre des milliards d’appareils connectés, il a d’abord fallu réglementer les nombreuses dorsales internet intercontinentales, sans lesquelles la transmission du protocole TCP/IP partout dans le monde n'aurait pas été possible.
Pour en revenir à l’état d’esprit des créateurs d'Internet, un article intitulé Quarante ans après : mais qui donc créa l’internet ? apporte un éclairage particulièrement intéressant au sujet des liens que l'on peut établir entre le mouvement Wikimédia et l'histoire d'Internet. Dans son témoignage, Michel Elie, cet ingénieur en informatique, membre du Network Working Group cité précédemment, et responsable de l’Observatoire des Usages de l’Internet, nous explique effectivement ceci.
Le succès de l’internet, nous le devons aux bons choix initiaux et à la dynamique qui en est résultée : la collaboration de dizaines de milliers d’étudiants, ou de bénévoles apportant leur expertise, tels par exemple ces centaines de personnes qui enrichissent continuellement des encyclopédies en ligne telles que Wikipédia.
Au courant des années 1990, le milieu informatique universitaire semblait donc toujours fortement imprégné des idéaux de la contre-culture des années 1960, produit par les baby boomers dans le contexte de la guerre du Vietnam. Afin d'illustrer les idées véhiculées à cette époque, voici un paragraphe extrait d'un ouvrage publié en 1970 et intitulé Vers une contre-culture : Réflexions sur la société technocratique et l’opposition de la jeunesse[52]. Dans celui-ci, Théodore Roszak explique que :
Le projet essentiel de notre contre-culture : proclamer un nouveau ciel et une nouvelle terre, si vastes, si merveilleux que les prétentions démesurées de la technique soient réduites à n’occuper dans la vie humaine qu’une place inférieure et marginale. Créer et répandre une telle conception de la vie n’implique rien de moins que l’acceptation de nous ouvrir à l’imagination visionnaire. Nous devons être prêts à soutenir ce qu’affirment des personnes telles que Blake, à savoir que certains yeux ne voient pas le monde comme le voient le regard banal ou l’œil scientifique, mais le voient transformé, dans une lumière éclatante et, ce faisant, le voient tel qu’il est vraiment.
À la suite de cette lecture, il peut sembler paradoxal de penser qu’une contre-culture, voyant la technique comme « inférieure » et assimilant la science au « banal », puisse avoir un lien avec le milieu scientifique universitaire qui fut à l'origine d'Internet. Cependant, une réponse à cette énigme fut apportée par Fred Turner, par la publication de son livre intitulé : « Aux sources de l’utopie numérique : De la contre-culture à la cyberculture, Stewart Brand, un homme d’influence »[53].
Grâce à cet ouvrage, on découvre en effet que le mouvement Hippie utilisera tout ce qui était à sa disposition à l’époque pour parvenir à ses fins : LSD, spiritualités alternatives, mais également, objets technologiques les plus en pointe. Cela grâce notamment à l’influence de Steward Brand, le créateur d'un catalogue interactif, qui peut être considéré comme l'ancêtre analogique des groupes de discussions numériques apparus des années plus tard[54].
Comme autre indication, il y a ensuite les propos tenus en 1992, lors d’une plénière de la 24ᵉ réunion du groupe de travail sur l’ingénierie Internet, par David D. Clark, un autre pionnier d’Internet. Durant cette rencontre, ce chef de projet prononça des paroles[55] restées dans les annales. « Nous récusons rois, présidents et votes. Nous croyons au consensus et aux programmes qui tournent »[56]. Deux phrases seulement, mais qui, dans le cadre du milieu informatique, permettent de croire que le mépris de la contre-culture envers la technique et la science, s'est transformé en un refus d’autorité et une recherche de consensus.
Dans tous les cas, le développement du réseau Internet ne s'est pas fait sans conflits idéologiques importants. On peut d'ailleurs se demander aujourd'hui à quoi ressemblerait Internet s'il n'avait jamais été commercialisé[57]. Cela s'est passé en novembre 1994, lorsque l’association sans but lucratif Advanced Network and Services, chargée de gérer les accès à Internet, a fait le choix de vendre ses activités. Cette décision faisait suite à un appel à des fonds privés pour financer d'importants changements dans l'infrastructure du réseau. Profitant de l'occasion, la société commerciale America Online a ainsi repris à son compte la gestion des connexions à Internet, après avoir effectué un versement de 35 millions de dollars[58].
Trente ans plus tard, Internet est devenu ce réseau que nous expérimentons aujourd'hui, à savoir : un réseau dominé par des sociétés privées les plus riches au monde. Dans ce contexte et parmi les 100 sites web les plus visités au monde, seul le nom de domaine Wikipédia appartient à une organisation non lucrative[59]. Cela explique donc pourquoi le mouvement Wikimédia, via son encyclopédie et la fondation qui l'héberge, représente à ce jour, et dans l'espace web, l'expression la plus visible de la philosophie des pionniers d’Internet.
Plus qu'un héritage, cette situation peut être vue comme une mission perpétuée au sein d'un espace envahi par une culture marchande et capitaliste. C'est là une information importante qu'il faut retenir au sujet du mouvement Wikimédia. Elle ne clôture pas pour autant tout ce qu'il faut savoir au sujet des évènements qui ont permis la création d’une encyclopédie mondiale, libre et collaborative. Mais en revanche, elle nous invite à découvrir l'histoire du World Wide Web, un espace numérique sans lequel la création de Wikipédia n'aurait jamais été possible.
Chapitre 5 : Le World Wide Web
Maintenant que le lien entre la création d'Internet et le mouvement Wikimédia est établi, découvrons à présent l'application la plus connue du réseau, que l'on nomme le World Wide Web, ou plus simplement « Web ». C'est Tim Berners-Lee qui en fut l’inventeur, lorsqu’il était encore actif à l'Organisation européenne pour la recherche nucléaire. Il avait pour idée de créer un espace d’échange public par l’intermédiaire d'Internet, et pour y parvenir, il mit au point le logiciel « WorldWideWeb », rebaptisé Nexus pour éviter toute confusion avec le World Wide Web[60]
Grâce à un système d’indexation appelé hypertexte, ce programme informatique a permis de produire et de connecter des espaces numériques intitulés sites Web. Ceux-ci sont composés de pages web, hébergées sur des ordinateurs distants, mais connectés entre eux au travers du réseau Internet. Pour permettre ce type de connexion, Berners-Lee mit au point le Hypertext Transfer Protocol ou HTTP, un nouveau protocole de communication simple en soi, mais dont la mise en œuvre technique est compliquée.
Pour veiller au bon fonctionnement et au bon usage de l'espace web, des règles de standardisation ont tout d'abord été édictées par l’association Internet Society. Après quoi, Berners-Lee fonda le W3C, un consortium international dont la devise est : « un seul Web partout et pour tous »[61]. Si ce slogan nous apparaît très naturel aujourd’hui, il faut toutefois savoir que l'espace Web a bien failli être régi séparément par des acteurs commerciaux, avec tous les droits d'accès que cela aurait pu engendrer.
À partir du trente avril 1993, jour du dépôt du logiciel WorldWideWeb dans le domaine public par Robert Cailliau, un collègue de Berners-Lee chargé de la promotion de son projet, un tel scénario était en effet possible. Sauf qu'après le départ de Berners-Lee, devenu président du W3C, François Flückiger, qui avait repris son poste au sein du CERN[62], eut la présence d'esprit de réagir à temps. Selon le livre Alexandria qui parcourt l'histoire de Robert Caillau[63], voici ce qui aurait pu se passer si le code de l’éditeur HTML n'avait finalement pas été placé sous licence libre.
La philanthropie de Robert, c’est très sympa, mais ça expose le Web à d’horribles dangers. Une entreprise pourrait s’emparer du code source, corriger un minuscule bug, s’approprier le « nouveau » logiciel et enfin faire payer une licence à ses utilisateurs. L’ogre Microsoft, par exemple, serait du genre à flairer le bon plan pour écraser son ennemi Macintosh. Les détenteurs d’un PC devraient alors débourser un certain montant pour profiter des fonctionnalités du Web copyrighté Microsoft. Les détenteurs d’un Macintosh, eux, navigueraient sur un Web de plus en plus éloigné de celui vendu par Bill Gates, d’abord gratuit peut-être, avant d’être soumis lui aussi à une licence.
Face à un tel scénario, nous découvrons de nouveau à quel point le concept de licence libre a fondamentalement changé le cours de la révolution numérique. Sans cela, nos expériences et nos usages de l'espace numérique auraient été totalement différents. L'utopie Wikipédia, par exemple, n'aurait certainement pas vu le jour, en raison de l'éclatement des espaces numériques et des coûts d'accès auxquels seraient confrontés les bénévoles qui ont construit le projet. Quoi qu'il en soit, et au niveau technique, une fois l'espace web apparu, il ne manquait plus qu'une chose pour permettre la création d'une encyclopédie collaborative au format numérique.
Chapitre 6 : Les plateformes Wiki
Un wiki, ou un moteur de wiki, est un logiciel que l'on installe sur un serveur informatique pour permettre la création d’un site web éditable et configurable à l’aide d’un simple navigateur. Plus précisément, c’est un système de gestion de contenu, dans lequel le code HTML, CSS, JavaScript et Lua, ainsi que certains paramètres, peuvent être modifiés par tous les internautes. Cela peut se faire en se connectant à un compte utilisateur, afin de bénéficier des droits de modification et d’administration qui lui sont accordés, ou en utilisant la configuration attribuée par défaut aux personnes non connectées.
Sur les pages web d'un wiki, chaque modification provoque un nouvel enregistrement complet du code source qui la compose. De la sorte, il est toujours possible, à partir d’une page reprenant l’historique des modifications, de rétablir l'une de ses anciennes versions. Grâce à ce système, on peut ainsi savoir quelle personne, ou quelle adresse IP est à l’origine d’un changement, et même voir l’endroit où la modification a été faite, et à quel moment celle-ci a été réalisée.
Le premier logiciel Wiki, qui portait le nom de WikiWikiWeb, a été créé et placé sous licence libre GPL par Ward Cunningham en mars 1995[64]. Grâce à la licence, d’autres programmes wiki ont vu le jour en copiant ou s’inspirant du code source de WikiWikiWeb, ou des autres projets wiki qui l'avaient fait auparavant. Cette émulation récursive, qui donna naissance à toute une panoplie de projets wiki, est donc à nouveau une belle illustration des retombées positives que peut susciter l'application d'une licence libre.
Parmi les différents logiciels Wiki disponibles, UseModWiki fut choisi par la société Bomis qui finança la création du premier projet Wikipédia en anglais. C'était un choix judicieux, car l’éclatement de la bulle spéculative d’Internet, à la fin des années 2000, confrontait l'entreprise à de grosses difficultés financières. Un programme gratuit, simple d’utilisation et peu gourmand en ressources informatiques, convenait donc parfaitement dans ce cadre. UseModWiki fut par après remplacé par un autre moteur de Wiki sans nom, mais plus performant et toujours produit sous licence libre. Ce dernier fut ensuite amélioré par plusieurs programmeurs, dont Brion Vibber, le premier employé de la Fondation Wikimédia, avant d’être finalement intitulé MediaWiki.
Avec l’aide de nouveaux employés et des bénévoles actifs sur le site mediawiki.org, ce système de gestion de contenu finit par apparaitre en tête du classement des wikis les plus utilisés[66]. Grâce à la licence libre, des milliers d'autres personnes et projets ont pu en effet développer des sites Web, sans nécessairement faire partie du mouvement Wikimédia. Ce succès a par ailleurs justifié l'organisation de rassemblements annuels entre 2016 et 2020, entre personnes et organisations qui utilisent le programme, pour discuter de son développement et de ses usages.
Ceci étant dit, il existe dans la liste des Wikis d’autres logiciels libres intéressants, tels que DokuWiki, rendu populaire par sa simplicité d’installation et d’usage. Jusqu’à ce jour cependant, seul MediaWiki semble suffisamment stable et puissant pour permettre le développement optimal de l’ensemble des projets Wikimédia. Avec parmi ceux-ci, bien sûr, Wikipédia, l'encyclopédie libre et universelle, dont nous allons enfin découvrir la mise en place dans ce prochain chapitre.
Chapitre 7 : L’encyclopédie libre et universelle
Dans les chapitres précédents, nous avons découvert toutes les innovations techniques et culturelles sans lesquelles Wikipédia n’aurait jamais pu devenir la plus grande encyclopédie libre et universelle connue au monde. Son objectif est de synthétiser la totalité du savoir humain. Ce qui n’est autre, finalement, qu’un vieux rêve de notre humanité. Trois cents ans avant Jésus-Christ et durant la création de la bibliothèque d’Alexandrie, ce désir était aussi celui de Ptolémée Iᵉʳ. C'était deux siècles avant que Denis Diderot publie, avec Jean Le Rond d'Alembert et Louis de Jaucourt en 1751, la première édition de l’Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers. Quant à Paul Otlet, qui a créé avec Henri La Fontaine la classification décimale universelle en usage depuis 1905, il s’était mis en tête de répertorier l’ensemble du savoir humain au sein d'un seul édifice.
Peu connu à ce jour, ce documentaliste belge rêvait pourtant de cataloguer le monde et de rassembler toutes les connaissances humaines, sous la forme d’un gigantesque répertoire bibliographique universel, situé à l'intérieur d'un Mundaneum[70]. En 1934, dans le Traité de documentation écrit par celui qui voulait « classer le monde[71] », Otlet décrit, de manière particulièrement visionnaire, un possible partage du savoir et de l’information[72].
Ici, la Table de Travail n’est plus chargée d’aucun livre. À leur place se dresse un écran et à portée un téléphone. Là-bas, au loin, dans un édifice immense, sont tous les livres et tous les renseignements, avec tout l’espace que requiert leur enregistrement et leur manutention…
De là, on fait apparaître sur l’écran la page à lire pour connaître la question posée par téléphone avec ou sans fil. Un écran serait double, quadruple ou décuple s’il s’agissait de multiplier les textes et les documents à confronter simultanément ; il y aurait un haut-parleur si la vue devrait être aidée par une audition. Une telle hypothèse, un Wells certes l’aimerait. Utopie aujourd’hui parce qu’elle n’existe encore nulle part, mais elle pourrait devenir la réalité de demain pourvu que se perfectionnent encore nos méthodes et notre instrumentation.
À peu de choses près, cette utopie décrite en 1934 par Otlet correspond à l'usage que l'on fait du réseau Internet et de son espace web, lorsqu'on recherche de l'information aujourd'hui. Premièrement, allumer un système informatique, avec ou sans fil, muni d'un écran ; ensuite, poser une question dans un moteur de recherche ; puis, comme cela arrive très souvent, être redirigé vers l'une des versions linguistiques de Wikipédia[73].
Ce scénario, dans lequel les moteurs de recherche jouent un rôle central, explique la popularité de l'encyclopédie libre. D'autres projets similaires étaient pourtant apparus sur le Web avant l'arrivée de Wikipédia. Environ trois ans avant sa création, Aaron Swartz, un activiste de la culture libre qui n'avait que douze ans à l'époque, avait par exemple lancé une sorte de site encyclopédique produit et géré par ses usagers[74]. Appelé The Info Network, ce site web avait d'ailleurs permis à son auteur de recevoir l'ArsDigita Prize, un prix décerné aux jeunes créateurs de projets « utiles, éducatifs, collaboratifs et non commerciaux »[75].
Il faut savoir ensuite que ll'expression « encyclopédie libre et universelle » fut ounliée pour la première fois au cours de l'année 2000 par Richard Stallman, soit l'année qui précéda celle de la naissance de Wikipédia. C'était dans un essai intitulé The Free Universal Encyclopedia and Learning Resource[76], qui, selon son auteur, avait été rédigé deux ans avant sa publication sur la liste de diffusion du projet GNU[77]. Repris ci-dessous, un extrait de ce texte, présente les particularités du projet.
Le World Wide Web a le potentiel de devenir une encyclopédie universelle couvrant tous les domaines de la connaissance et une bibliothèque complète de cours d’enseignement. Ce résultat pourrait être atteint sans effort particulier, si personne n’intervient. Mais les entreprises se mobilisent aujourd’hui pour orienter l’avenir vers une voie différente, dans laquelle elles contrôlent et limitent l’accès au matériel pédagogique, afin de soutirer de l’argent aux personnes qui veulent apprendre.
Nous ne pouvons pas empêcher les entreprises de restreindre l’information qu’elles mettent à disposition ; ce que nous pouvons faire, c’est proposer une alternative. Nous devons lancer un mouvement pour développer une encyclopédie libre universelle, tout comme le mouvement des logiciels libres nous a donné le système d’exploitation libre GNU/Linux. L’encyclopédie libre fournira une alternative aux encyclopédies restreintes que les entreprises de médias rédigeront[78].
En parlant d'un « mouvement pour développer une encyclopédie libre universelle », Stallman anticipait donc, sans le savoir, l'arrivée du mouvement Wikimédia, qui ne se concrétisa que bien des années plus tard. Quant à la soixantaine de paragraphes qui décrivent son projet, on y retrouve, dans une forme presque identique, les cinq principes fondateurs qui ont guidé la création de Wikipédia et qui sont toujours actifs à ce jour[79].
Le premier consiste bien sûr à créer une encyclopédie ; le deuxième réclame une neutralité de point de vue[80], chose que Stallman expliquait déjà en écrivant qu’« en cas de controverse, plusieurs points de vue seront représentés » ; le troisième implique le respect des droits d’auteur et l’adoption d'une licence libre, celle précisément dont Stallman avait été l'initiateur ; le quatrième inscrit le projet dans une démarche collaborative, alors que Stallman précisait déjà que « tout le monde est le bienvenu pour écrire des articles » ; et le cinquième enfin, stipule qu’il n’y a pas d’autres règles fixes, une position très courante dans le milieu des hackers dont Stallman faisait partie.
Il apparaît donc clairement que le projet Wikipédia n'était pas une idée originale en soi, mais plutôt une opportunité saisie par la société Bomis pour enrichir sa propre encyclopédie commerciale, Nupedia. Cette dernière avait été lancée en avril 2000, soit environ dix mois avant Wikipédia, et sa rédaction était assurée par des experts engagés au sein d’un processus éditorial strict et formel[81]. Malheureusement pour la firme Bomis, le nombre d’articles ne progressait que très lentement.
Dans le but d'accélérer le processus, Larry Sanger, un docteur en philosophie employé par Bomis pour assurer le rôle de rédacteur en chef de Nupedia, eut l'idée d'installer un logiciel wiki sur les serveurs de son entreprise. L'objectif était d'ouvrir un site web participatif, dans lequel des volontaires pourraient créer des articles encyclopédiques, pour qu'ils soitent ensuite intégrés dans le projet commercial. Malgré le manque d’enthousiasme de son employeur Jimmy Wales[82], Sanger mit ses idées en application, et c'est ainsi que débuta l’histoire de Wikipédia[83], avec sa toute première version en anglais.
C’était le 15 janvier 2001, précisément le même mois où Richard Stallman mit en ligne son propre projet d’encyclopédie libre et universelle, qu'il souhaitait intituler GNUPedia. Étonnamment, les noms de domaine gnupedia .com .net et .org avaient déjà été enregistrés au nom de Jimmy Wales[84], ce qui obligea Stallman à rebaptiser son projet GNE. Ce fait est d'autant plus surprenant que Wales affirma des années plus tard[85] : « n’avoir eu aucune connaissance directe de l’essai de Stallman lorsqu’il s’est lancé dans son projet d’encyclopédie »[86].
Le site GNE ne ressemblait cependant pas vraiment à une encyclopédie, mais plutôt à un blog collectif[87] ou une base de connaissances[88], tandis que la page d’accueil du projet précisait clairement qu’il s’agissait d’une bibliothèque d’opinions[89]. Quant à sa modération, elle avait demandé d'engager un employé, car elle s'est avérée bien plus compliquée que prévu. À côté de cela, et probablement grâce aux spécificités de l’environnement wiki et aux soutiens apportés par Jimmy Wales et Larry Sanger, Wikipédia réussit à mettre en place une organisation efficace au sein d'une communauté d'éditeurs grandissante.
Peut-être en raison de la concurrence libre faite par le projet GNE, Jimmy Wales décida d'abandonner le copyright que Bomis détenait sur son encyclopédie commerciale Nupedia, pour le remplacer par une licence Nupedia Open Content[90]. Peu de temps après, il décida finalement d'adopter la licence de documentation libre GNU conçue pour protéger les textes de documentation des logiciels libres. Ce dernier choix fut une stratégie payante, puisque cela incita Richard Stallman à transférer tout le contenu de son projet GNE vers Nupedia, et à encourager tout le monde à contribuer sur Wikipédia[91].
Parmi les autres actions de Jimmy Wales qui ont contribué au succès de Wikipédia, il y eu cette idée d'ouvrir le projet aux « gens ordinaires[92] ». C’était un choix qui s’opposait aux idéaux de Larry Sanger, qui de loin préférait le modèle de Nupedia avec son système de relecture par des experts. Cependant, Jimmy Wales, en tant qu'homme d’affaires, visait une croissance plus rapide du contenu de l'encyclopédie[85].
Cette croissance ne s'est toutefois pas faite sans difficulté. Le 26 février 2002 en effet, l'Enciclopedia Libre Universal en Español, un projet dissident du projet Wikipédia, fit son apparition. C'était une réaction à de la censure, à l'existence d'une ligne éditoriale et à la possibilité de void apparaitre des publicités dan sdes projets Wikipédia[93]. En raison des remises en question que cette séparation scucitait parmi les bénévoles actifs dans les projets, Jimmy Wales renonça finalement à l'usage de la publicité et mis de côté ses visions en matière de profit.
Il faut aussi tenir en compte que cet évènement est survenu lors de l'éclatement de la bulle spéculative Internet et du Krach boursier de 2001-2002, qui plaçaient la société Bomis dans des difficultés financières, et surtout, dans l'incapacité de payer le salaire de Larry Sanger, son seul employé. En mars 2002 et après un mois d’activité bénévole, l’ex-employé décida alors de quitter les fonctions, qu'il occupait depuis un peu plus d'un an, dans Nupedia et Wikipédia[94]. Avec le seul soutien de Jimmy Wales, les deux encyclopédies purent toutefois poursuivre leurs développements, toujours avec le concours d'experts dans Nupedia et d'une communauté bénévole au niveau de Wikipédia. Néanmoins, en septembre 2003 et vu l'écart qui se creusait entre les deux projets, l'encyclopédie Nupedia fut fermée et ses quelques dizaines d'articles transférés, vers les milliers d'autres que comprenait déjà le projet Wikipédia.
Trois ans plus tard, Larry Sanger n’avait pas dit son dernier mot. En septembre 2006, il décida en effet de lancer sur fonds propres une encyclopédie intitulée Citizendium. Cette plateforme écrite en anglais uniquement et toujours active à ce jour, repose sur un système d’expertise, dans lequel les contributrices et les contributeurs doivent déclarer leur identité réelle. En avril 2026 cependant, Citizendium reprenait moins de 2000 articles[95], tout avancement confondu, tandis que le projet Wikipédia en anglais en regroupait déjà plus de 7 millions[96]
Voici donc comment est née la plus grande encyclopédie au monde, dont la taille et la visibilité n'avaient jamais été égalées auparavant. Une encyclopédie qui, de plus, s'est rapidement déclinée en de nombreuses versions linguistiques, à l'instar de sa version francophone, lancée moins de quatre mois après le projet original en anglais[97]. Toutes ces versions ont formé les premières bases d’une organisation mondiale, bientôt chapeautée par une fondation. Avant cela, d'autres projets pédagogiques et collaboratifs ont vu le jour au côté de Wikipédia. Intitulés « projets frères », ceux-ci se constituent à leur tour, en de nombreuses versions linguistiques, tout en poursuivant le processus de création du mouvement Wikimédia.
Chapitre 8 : L'arrivée des projets frères
Dans le but de développer des contenus pédagogiques qui ne trouvaient pas leur place dans Wikipédia, d’autres projets pédagogiques et collaboratifs ont vu le jour, pour former ce que l'on appelle couramment aujourd'hui : l’écosystème Wikimedia. La naissance de tous ces projets, ainsi que les évènements importants qui ont contribué au développement du mouvement, ont été repris dans une ligne du temps réalisée par Guillaume Paumier, à l’occasion du dixième anniversaire de Wikipédia. Grâce à ce graphique, on peut voir en détail l'évolution du nombre de projets, de versions linguistiques, de contributeurs et d'articles, et se faire ainsi une idée sur la vitesse à laquelle s'est développé le mouvement Wikimédia.
Parmi tous les projets frères de Wikipédia, le premier apparu fut Méta-Wiki, une plateforme de référence pour centraliser la gestion de l'ensemble des sites web hébergés par la fondation Wikimédia. Dans un premier temps, cet espace communautaire en ligne a répondu à la nécessité de traiter en un seul lieu les questions communes aux différentes versions linguistiques de Wikipédia. Aujourd'hui, le site web est le principal endroit de coordination et de gestion de l'ensemble du mouvement Wikimédia. On y retrouve énormément d'informations au sujet des projets en ligne, et peut-être plus encore, concernant la Fondation et les organismes affiliés.
Après Méta-Wiki, sept autres projets de partage de la connaissance ont fait leur apparition, avant d'être déclinés à leur tour en plusieurs versions linguistiques. Tous ces projets émergent en général sur l’initiative d’un petit groupe de personnes actives au sein d’un projet préexistant. Ce fut le cas du projet Wiktionnaire en anglais, le deuxième projet à voir le jour après Méta-Wiki, en décembre 2002, soit deux ans avant la version francophone apparue en mars 2004[98].
Il est intéressant d'observer que la version francophone du Wiktionnaire n’a pas été créée à partir du projet anglophone, mais bien depuis le projet Wikipédia en français. D'ailleurs, on peut retrouver dans les archives de ce dernier projet, un débat concernant la pertinence de cette création, dont voici un extrait.
En fait, ce qui me peine vraiment avec le projet Wiktionary, c’est que alors qu’on essaie de rassembler les gens (pas facile) pour créer une sorte de tour de Babel de la connaissance (tâche bien longue et difficile), ce nouveau projet va disperser les énergies pour une raison qui ne me semble pas valable. C’est la création de Wiktionary qui va créer des redondances. À mon avis il existera rapidement des pages sur le même mot, mais ne contenant pas les mêmes informations. Pour quelle raison ces connaissances devraient-elles être séparées ? Les encyclopédies sur papier devaient faire des choix à cause du manque de place, mais nous, pourquoi le ferions-nous ??? "Wikipédia n’est pas un dictionnaire" n’est pas un argument à mon avis... si vraiment c’était pas un dictionnaire, il faudrait virer tout un tas d’article. Je ne comprends vraiment pas cette volonté de séparer la connaissance entre ce qui est "encyclopédique" et ce qui n’est "qu’une définition".
[Réponse]
Pour moi ce qu’est Wiktionary, c’est une partie de Wikipédia s’intéressant plus particulièrement aux aspects linguistiques des mots. La différence que je verrais entre la partie dictionnaire de Wikipédia et sa partie dite encyclopédique, c’est que la partie dictionnaire s’intéresserait au sens des mots eux-mêmes alors que la partie encyclopédie s’attache plus à faire ressortir un état des connaissances à un moment donné. Le pourquoi de la séparation d’avec la partie encyclopédie tient plus à des raisons techniques qu’à une volonté de monter un projet indépendant, en effet, à mon humble avis, un dictionnaire nécessite une plus grande rigueur (de présentation) qu’une encyclopédie. Ceci entraîne beaucoup de problème et entre autres le choix de la mise en forme des articles du dictionnaire.[99]
Créer un nouveau projet, c’est effectivement créer un nouveau site web, qui devra faire l’objet d’une nouvelle gestion, tant pour les serveurs de la Fondation, que pour la nouvelle communauté de contributeurs. L’importation de pages d’un projet à l'autre ou la traduction de celles-ci sont bien sûr toujours possibles, mais cela duplique alors aussi la maintenance et les mises à jour. Le choix de scinder un projet, en faveur d’une plus grande liberté, comporte donc certains coûts humains et financiers.
Ce prix à payer n'a pour autant pas empêché le projet anglophone Wikibooks de faire son apparition le 10 juin 2003, soit près d’un an avant Wikilivres, la version francophone du projet, apparue le 22 juillet 2004. Cette dernière création avait de nouveau été débattue au sein de la communauté Wikipédia en français, et non pas dans le Wikibooks en anglais. Quant à l'objectif commun aux deux projets linguistiques, il était de créer une « bibliothèque de livres pédagogiques libres que chacun peut améliorer »[100].
Environ un an après la création du projet en anglais, un nouvel espace de noms intitulé Wikijunior fut mis en place au sein de la bibliothèque en ligne. Ce sous-projet avait été créé pour répondre à un financement de la fondation Beck, qui cherchait à promouvoir la production de nouvelles littératures pour des enfants de huit à onze ans[101]. Peu de temps après, cette tranche d’âge fut toutefois élargie de zéro à douze ans au niveau du projet francophone, quand le sous-projet y fut adopté[102].
Ces deux évènements témoignent ainsi qu'il est toujours possible qu'un sous-projet apparaisse dans un projet Wikimédia. Comme autre exemple, il y a aussi le WikiJournal, un sous-projet développé au sein du projet Wikiversité en anglais et qui reçu le prix de l’Open Publishing Awards en 2019[103]. Une demande fut faite pour qu'il puisse bénéficier d'un nouveau site web dans le but de pouvoir se développer en dehors de Wikiversité. Malheureusement pour les initiateurs, la demande est restée sans suite jusqu'à ce jour[104], après que le conseil d’administration de la Fondation, chargé de répondre à leur demande, considéra que le projet n’était pas suffisamment abouti.
Il faut savoir qu'avant cela, le projet Wikiversité, dans lequel est né Wikijournal, avait lui-même été un sous-projet du projet Wikibook[105]. Initialement, il visait à « créer une communauté de personnes qui se soutiennent mutuellement dans leurs efforts éducatifs[106] »[107]. Cependant, en août 2005, une longue discussion remit en question l’existence du sous-projet Wikiversité dans Wikibooks. Au terme de celle-ci, la décision fut prise de transférer Wikiversité et son contenu sur le site Méta-Wiki[108], là où de nouvelles discussions ont abouti à l’idée de faire de Wikiversité un nouveau projet indépendant[109].
Déjà à l'époque, le conseil d’administration de la Fondation Wikimédia se montrait réticent à l'ouverture de nouveaux projets, et sa réaction fut de demander l'ouverture d'un sondage au sein de la communauté. Celui-ci devait rassembler une majorité des deux tiers en faveur de l'ouverture du nouveau site web[110]. Un résultat qui fut finalement obtenu, mais pas sans de longs débats, dont voici un extrait[108].
La principale raison pour laquelle la Fondation Wikimédia ne veut pas "lâcher le morceau" est une simple question de bureaucratie et la crainte que le projet ne devienne une autre Wikispecies [un projet de répertoire du vivant]. Wikispecies est une idée cool, mais les "fondateurs" du projet se sont dégonflés à mi-chemin de la mise en place du contenu et ont décidé de faire une révision majeure qui a pris plus de temps que ce que tout le monde était prêt à mettre.
Le même problème s’applique à Wikiversity en ce qui concerne la Fondation, parce que les objectifs et les buts de ce projet ne sont pas clairement définis, et il semble que les participants essaient de mordre plus qu’ils ne peuvent mâcher en proposant une université de recherche multi-collèges entière (avec un statut de recherche et une accréditation) à former de toutes pièces plutôt qu’un simple centre d’éducation pour adultes avec quelques classes.[111]
En novembre 2005 et malgré les résultats du sondage, l'indépendance du projet Wikiversité ne fut toutefois pas acceptée par cinq membres du conseil. Ceux-ci réclamaient une « réécriture de la proposition pour en exclure la remise de titre de compétence, la conduite de cours en ligne, et de clarifier le concept de plate-forme e-learning[112] »[113]. Quand ces rectifications furent faites, le projet bénéficia d'une période d’essai de plusieurs mois, jusqu'à ce que les amendements apportés au projet de départ soient enfin acceptés, le 31 juillet 2006. Ce long temps d'attente était justifié par la création du special projects committee[114], qui, jusqu'en décembre 2021, fut chargé de soulager le conseil d’administration de la fondation, par rapport aux demandes de création de nouveaux projets Wikimédia[115].
Un nouveau site, nommé Beta-Wikiversity, fut ainsi créé pour assister le lancement des différentes versions linguistiques de Wikiversité[116]. Durant six mois, son premier objectif a d'abord été l'élaboration des lignes directrices concernant la potentialité de produire des recherches collaboratives au sein du projet[117]. Par la suite, chaque nouvelle version linguistique, développée dans le projet Beta, devait avoir plus de 10 modifications par mois, réalisées par au moins trois personnes distinctes, avant de pouvoir bénéficier de son propre site web.
À l'image de Beta-Wikiversity, le projet Wikisource[118] possède lui aussi un site indépendant pour lancer ces nouvelles déclinaisons linguistiques. Tandis que pour tous les autres projets pédagogiques, ce lancement s'effectue sur la plateforme Wikimedia Incubator[119], créée à la même époque que Beta-Wikiversity. Ces trois plateforme de lancement ne concerne pas les nouveaux projets, qui doivent faire l'objet d'une acceptation par le conseil d'administration de la Fondation Wikimédia, et qui peuvent avoir pour origines des processus de création divers .
Le projet Wikivoyage, par exemple, fut initialement créé en 2003 dans un Wiki extérieur au mouvement Wikimédia, là où il portait le nom de Wikitravel[120]. Comme cela arrive parfois, ce projet sans but lucratif fut acheté par une entreprise commerciale en 2006. Mais en raison du changement de gouvernance et de l'apparition de publicités, une scission est apparue au sein de la communauté d’éditeurs. Les personnes désireuses de quitter Wikitravel lancèrent alors un nouveau site appelé Wikivoyage, qui reçut en 2007, le Webby Award du meilleur guide de voyage Internet[121].
L'intégration de Wikivoyage dans l'écosystème Wikimédia n'a cependant été faite qu'en 2012, à la suite d'un appel à commentaires durant lequel 540 personnes furent en faveur de l’intégration du projet, 153 contre, pendant que 6 restèrent sans avis [122]. Comme cette nouvelle déclencha une migration importante depuis Wikitravel vers Wikivoyage, une plainte fut déposée par la société commerciale en charge du premier projet. Celle-ci fut toutefois rejetée et le projet Wikivoyage continua à prendre de l’ampleur au sein du mouvement Wikimédia, avec la création de nouvelles versions linguistiques[123].
Le cas de Wikivoyage apparait toutefois comme une exception, car en général les nouveaux projets émergent des centaines de candidatures déposées sur le projet Méta-Wiki[124]. Celles-ci se soldent bien souvent par un refus, comme ce fut le cas pour le projet WikiLang dont le but était de lancer un laboratoire linguistique[125]. Quelques rares projets ont pourtant la chance d'être élus. Ce fut notamment le cas en octobre 2012, avec le lancement de la base de données structurée et sémantique Wikidata et de ses extensions Wikibase, ou plus récemment, en 2020, avec l'arrivée du projet Abstract Wikipedia[126] et Wikifunctions[127].
Sans vouloir entrer dans les détails, il est intéressant de savoir que l'interconnexion entre ces trois projets permet de traduire automatiquement des articles encyclopédiques dans tous les langages naturels pris en charge par le mouvement Wikimédia. Plus précisément, les phrases des articles publiées sur Abstract Wikipédia, sont formulées par des fonctions informatiques produites dans le projet Wikifunctions, dans le but de traiter les informations de la base de données sémantique Wikidata. Autrement dit, un article dans Abstract Wikipédia ne possède qu'une seule page pour toutes les langues, pareillement aux pages d'entités de Wikidata, qui ont pour titre une lettre suivie d'un chiffre[128].
À la suite de ces explications, on observe donc que ce n'est pas la complexité qui détermine le refus projet, mais plutôt une série de critères comparables à ceux retenus pour supprimer des projets ou versions linguistiques déjà existants. À ce propos, il existe sur Méta-Wiki une liste mise à jour des différents sites hébergés par la Fondation Wikimédia dont l'existence est remise en cause[129]. Dans celle-ci, on retrouve essentiellement des versions linguistiques de projets qui n’ont pas réussi à poursuivre leurs développements, bien qu'un projet entier soit toujours susceptible d'être mis à l'arrêt. C'est d'ailleurs ce qui est arrivé aux 31 versions linguistiques du projet Wikinews, qui en date du 4 mai 2026, soit 22 ans après le lancement du site anglophone, sont accessibles en mode lecture uniquement[130].
Dans le cas de Wikinews, ce fut le manque d'activité qui apparut comme principale justification de la suspension du projet. Cependant, d'autres raisons pourraient être invoquées, comme le prouve cet épisode de 2005, où, peu de temps après son lancement, la version francophone du recueil de citations Wikiquote a bien risqué de disparaitre. Le projet fut effectivement accusé d’avoir récupéré le contenu d’une base de données soumise à un droit d’auteur, incompatible avec la licence Creative Commons appliquée sur l’ensemble des projets pédagogiques Wikimédia. Lorsqu'une plainte fut adressée à l’association Wikimédia France, pour être ensuite relayée sur le site Méta-Wiki, il fut bien question de fermer le projet[131]. Après de longues discussions, celui-ci fut maintenu, mais avec pour conditions de repartir de zéro, et d’établir une charte pour garantir la traçabilité des citations reprises par le projet[132].
Voici donc de quoi se faire une idée sur la manière dont les projets pédagogiques et leurs déclinaisons linguistiques apparaissent et disparaissent au sein du mouvement. Les exemples repris ci-dessus suffisent effectivement pour comprendre les principes généraux qui sous-tendent leurs créations. En dehors de Méta-Wiki, Wikidata, Wikifunctions, Abstract Wikipédia et Wikimedia Commons, qui ne sont pas des projets de contenu pédagogique à proprement parler, tous les autres projets semblent effectivement provenir d’un désir de spécialisation d’un projet préexistant.
L'idée est généralement débattue dans un projet de même langue, avant de relayer la discussion vers le site Méta-Wiki. Si le projet y est jugé pertinent, il fait alors l'objet d'une candidature qui doit actuellement être soumise au groupe de travail des projets frères du comité des affaires communautaires de la Fondation Wikimédia. Quant aux nouvelles versions linguistiques, elles doivent être aujourd'hui soumises à l'approbation du comité des langues, avant d'être testées sur les plateformes Incubator, Beta-Wikiversité ou Wikisource Multilingue, dans le but de bénéficier d’un site web indépendant.
Suite à ces explications concernant les projets frères et leurs variations linguistiques, il nous reste encore à parler des sites qui ont un lien avec le mot Wiki, soit par leur nom, soit par le logiciel utilisé. En 2024 en effet, plus de 22 600 d'entre eux étaient répertoriés, dont plus de 95 % sans aucun lien avec le mouvement Wikimédia, en dehors du fait, peut-être, qu’ils utilisaient le logiciel MediaWiki développé par la Fondation Wikimédia[133].
WikiLeaks par exemple, créé par Julian Assange dans le but de publier des documents classifiés provenant de sources anonymes, n’est ni un projet Wikimédia, ni un site collaboratif. Quant au recueil universel et multilingue de guides illustrés WikiHow, si celui-ci fonctionne pour sa part de manière collaborative et avec le logiciel MediaWiki[134], il n'a pourtant aucun lien avec le mouvement Wikimédia. D'ailleurs, son ergonomie, radicalement différente de celle des projets Wikimédia, permet de le comprendre au premier coup d’œil.
En revanche, Wikimini, l'encyclopédie libre pour les enfants, a une apparence tout à fait comparable à celle des projets Wikimédia, alors que le projet n’a jamais été accepté par la Fondation. Quant aux projets WikiTribune et Fandom, l'ambiguïté qu'ils entretiennent avec le mouvement est d'autant plus grande qu'ils ont été créés par Jimmy Wales, le fondateur de Wikipédia et de la Fondation Wikimédia[135]. Cependant, comme ce sont des projets commerciaux, ils ne peuvent en aucun cas être soutenus par une fondation sans but lucratif.
Au terme de cette présentation, il ne reste plus qu'à signaler que le mouvement Wikimédia ne fut conscientisé que tardivement par rapport à l'apparition des projets Wikimédia et de leurs différentes versions linguistiques. Pour qu'un sentiment de collectivité se manifeste entre tous ceux-ci, il fallut certainement attendre qu'une coordination se développe sur la plateforme Méta-Wiki, mais également que de nombreuses rencontres et associations apparaissent en dehors de l'espace numérique. En ce sens, la naissance du mouvement ne fut pas un événement ponctuel, mais plutôt la réalisation d’un long processus de conscientisation.
Chapitre 8 : La conscientisation du mouvement
Avant d'aborder la question de la conscientisation du mouvement, il peut être intéressant de découvrir l'origine étymologique du mot « Wikimédia ». Celui-ci est un mot-valise composé du suffixe « média » et du préfixe « wiki » que l’on doit à cette expression hawaïenne « wiki wiki », qui se traduit en français par l'expression : « vite, vite »[136]. Celle-ci fut récupérée une première fois par Ward Cunningham, le créateur du premier moteur Wiki, avant d'être réutilisée dans les noms inventés pour d'autres logiciels de cette même famille. UseModWiki en est un bel exemple, puisqu'il fut le premier programme utilisé par la firme Bomis pour héberger son projet d’encyclopédie collaborative. Raison pour laquelle, sans doute, le terme « wiki » fut utilisé pour créer le mot Wikipédia, en l'associant au suffixe « pedia » qui fait référence au mot anglais encyclopedia, selon un principe qui fut ensuite repris pour tous les autres projets du mouvement.
Le mot Wikimédia, pour sa part, n’est apparu que le seize mars 2003, lors d’une discussion concernant la déclinaison possible de l’encyclopédie en d’autres types de projets éditoriaux participatifs. Durant celle-ci, l’écrivain américain Sheldon Rampton eu l’idée d’associer au terme wiki à celui de « média », afin de mettre en évidence la variété des médias produits et partagés par Wikipédia et ses projets frères[137]. Toutefois, c'est seulement en juin 2008 que Florence Devouard, présidente de la Fondation à cette époque, associe le mot Wikimédia à un mouvement social qu’elle voyait apparaître au sein des projets Wikimédia et de leurs communautés d'usagers.
Affirmer pour autant que ce moment précis coïncide avec la naissance du mouvement Wikimédia serait quelque peu arbitraire. Car si l’on peut déterminer plus ou moins facilement l’apparition d’une expression dans des archives, tout le monde sait qu’un mouvement social ne se forme pas en un seul instant. Dans le contexte du mouvement Wikimédia, sa naissance est bien sûr liée à celle du projet Wikipédia, mais également à tout ce qui permit la création de cette encyclopédie libre. Dans une autre perspective encore, on peut dater l'apparition du mouvement Wikimédia au 20 juin 2003[138], date de la création de la fondation qui porte le même nom. Ou pourquoi pas, associer la création du mouvement à la mise en ligne de la plate-forme Méta-Wiki, qui en représente le principal lieu de coordination.
Toujours est-il que l’expression « Wikimedia movement » est bien apparue en juin 2008, sous la plume de Florence Devouard. Cela s'est passé sur la liste de diffusion de la Fondation et peu de temps avant qu'elle quitte son poste de présidente[139]. Dans son message, elle partageait l'idée de placer sous le nom de domaine Wikimedia.org un site vitrine de présentation du mouvement Wikimédia qu'elle concevait de la sorte[140].
Le mouvement Wikimédia, comme je l’entends est
– une collection de valeurs partagées par les individus (liberté d’expression, connaissance pour tous, partage communautaire, etc.)
– un ensemble d’activités (conférences, ateliers, wikiacadémies, etc.)
– un ensemble d’organisations (Wikimedia Foundation, Wikimedia Allemagne, Wikimedia Taïwan, etc.), ainsi que quelques électrons libres (individus sans chapitres) et des organisations aux vues similaires[141]
Avec autant de détails et d'explications, un tel message ne pouvait qu'accélérer la prise de conscience au sein du mouvement. Dans tous les cas, il mettait en évidence que les personnes actives dans les projets éditoriaux en ligne ou dans les organismes affiliés, faisaient partie de ce que Ralf Dahrendorf appelle un « quasi-groupe[142] ». Ou autrement dit, un ensemble d’individus qui ont un mode de vie semblable, une culture commune, mais dont les points communs ne gravitent pas autour d’une prise de conscience de leur position commune dans la relation d’autorité[143].
Après la naissance de Wikipédia et de nombreux projets frères, une dizaine d’années a donc été nécessaire pour que le mouvement Wikimédia prenne conscience de son existence. Aujourd’hui encore, et comme cela a déjà été vu, de nombreuses personnes actives dans les projets pédagogiques ne réalisent toujours pas qu’elles participent aux activités d’un mouvement social. Cela, contrairement aux personnes investies dans les activités en présentiel organisées au sein du mouvement, qui sont généralement plus conscientes de leur engagement. C’est là une raison de croire que le développement de la Fondation Wikimédia et de ses organismes affiliés a joué un rôle important dans l'apparition d'un sentiment d’appartenance.
Chapitre 9 : La création des organismes affiliés
Si c’est grâce à l’arrivée des groupes et des organismes affiliés à la Fondation Wikimédia que l’idée du mouvement est probablement apparue, il est alors intéressant d'en décrire les processus de création. Mais puisque cela représente plusieurs centaines d’instances spécifiques, regroupées en plusieurs catégories détaillées en seconde partie d'ouvrage, aborder ici l’histoire de chacune d’entre elles serait une entreprise beaucoup trop fastidieuse.
De plus, s’il existe énormément d’archives numériques concernant la naissance des sites Wikimédia, ce n’est pas le cas pour ces organismes affiliés. Un bon nombre de ceux-ci se sont effectivement formés durant des rencontres ou des réunions hors ligne qui n'ont fait l’objet d’aucun enregistrement. Du reste, une bonne part des échanges effectués au sein de ces associations s'organise par des canaux de communication privés auxquels seuls les membres actifs ont accès.
Puisque je suis l'un des membres fondateurs, je me limiterai donc ici à parler de l’association Wikimédia Belgique. Celle-ci fut fondée le huit octobre 2014 en tant qu’association sans but lucratif, avant d'être reconnue le six août 2015 par le conseil d’administration de la Fondation Wikimédia[144]. Après plus de trois ans d’activités et de rencontres[145] et sous l’impulsion de Maarten Deneckere qui assuma le premier mandat de présidence, nous étions 8 personnes à signer la première version des statuts de l’association[146].
Jusqu’à ce jour, l’objet social de Wikimedia Belgique est d' « impliquer tout un chacun dans la connaissance libre[147] ». Contrairement à l'association Wikimédia Deutchland, la première à voir le jour en 2004 et qui rassemblait déjà en 2021 plus de 85 000 membres et près de 150 employés[148], l’association belge n'a qu'une seule employée à temps partiel et 150 membres en 2025[149].
Avant d’être reconnues par le comité d’affiliations chargé de seconder le conseil d’administration de la Fondation, toutes les associations nationales, dites « chapters » en anglais et toutes les autres organisations affiliées, doivent réaliser un bon nombre de démarches. Celles-ci consistent à répondre à un ensemble de prérequis qui ont évolué suite à la création d'un comité décisionnel en avril 2006[150]. Ces obligations diffèrent entre les groupes d’utilisateurs et d'utilisatrices et les associations locales ou thématiques. Parmi ceux-ci, on retrouve toutefois : un nombre minimum de membres et de référents, une mission et un règlement d’ordre intérieur conformes aux attentes du mouvement, la remise de plans et de rapports d’activités annuels, etc.[151].
On comprend donc qu’il n’est pas évident de créer une nouvelle instance au sein du mouvement. Pour bénéficier du soutien logistique et financier de la Fondation réservé aux organismes affiliés, c’est ainsi toute une série de rapports qu’il faut alors transmettre à divers comités et commissions chargés de leurs évaluations. Cela représente une quantité de tâches administratives qu’il n’est pas toujours facile d’assumer, surtout lorsque les membres de l’organisme affilié sont tous des bénévoles. D’où sans doute cette régulière disparition d’affiliations, pendant que d’autres se créent ou réapparaissent en fonction des énergies et du dynamisme disponibles dans les équipes.
Les activités liées à la récolte et à la redistribution des dons offerts au mouvement, ainsi que les autorisations d’usage de marques déposées, contrastent donc avec les valeurs de libre partage et d’autonomie décrites dans les projets pédagogiques. Cela semble confirmer que la partie hors ligne du mouvement est plus influencée par les habitudes d’un système économique dominant, contrairement à la partie en ligne qui semble plus fidèle à l’héritage de la contre-culture.
Chapitre 10 : L'héritage d'une contre-culture
Au terme de cette première partie d’ouvrage, il devient évident que la révolution numérique, que l’on considère généralement comme une révolution technique, fut aussi, et peut-être avant tout, une révolution sociale et culturelle. Quant à l'histoire de Wikimédia, reprise ici depuis les origines de son encyclopédie jusqu'à l'apparition de ses organismes affiliés, elle nous fit découvrir comment les idées de la contre-culture des années 1960 furent transmises au mouvement.
En cas de doute, observons encore que Richard Stallman, celui qui a créé les concepts de licence et d'encyclopédie libre, fut désigné par certains comme le gourou de la contre-culture hacker[152] et le père du système d’exploitation hippie[153]. Une culture hippie, dont il est aussi troublant de constater que le renversement de son logo ressemble étrangement à celui du mouvement Wikimédia.
Incontestablement et au travers du mouvement des logiciels libres, le mouvement Wikimédia a donc bien hérité des valeurs produites par les mouvements sociaux des années 1960. Des valeurs qui aujourd'hui contrastent fortement avec la marchandisation et la capitalisation du monde, dont l'espace web ne fait jamais que refléter ce qui se passe dans le reste de la société humaine. Or, ce phénomène ne date pas d'hier. En 2008 déjà, André Gorz, ce philosophe parmi les pères de la décroissance[154] et théoricien de l’écologie politique[155], constatait déjà que :
La lutte engagée entre les "logiciels propriétaires" et les "logiciels libres" [...] a été le coup d’envoi du conflit central de l’époque. Il s’étend et se prolonge dans la lutte contre la marchandisation de richesses premières – la terre, les semences, le génome, les biens culturels, les savoirs et compétences communs, constitutifs de la culture du quotidien et qui sont les préalables de l’existence d’une société. De la tournure que prendra cette lutte dépend la forme civilisée ou barbare que prendra la sortie du capitalisme. [156]
Dans cette lutte et avec le seul nom de domaine non commercial parmi le top 100 des sites les plus fréquentés du Web[157], la galaxie Wikimédia apparait donc comme un des derniers lieux numériques de liberté, de partage et d'égalité. Un lieu qui, de plus, est connu mondialement, grâce au succès des plus de 350 déclinaisons linguistiques de Wikipédia, et sans pour autant récolter d'informations sur l’identité et le comportement des internautes. Cela alors que cette pratique est considérée, par certains, comme un « nouvel or noir » pompé du Web, pendant que d’autres préfèrent parler de « capitalisme 3.0[158] » ou de « capitalisme de surveillance[159][160] » .
Évidemment, les enjeux de cette lutte sont difficiles à comprendre. La complexité de l’infrastructure informatique, mais également le fait que tout cela s'inscrit dans une révolution que Rémy Rieffel décrit comme « instable et ambivalente, simultanément porteuse de promesse, et lourde de menaces », ne facilitent pas les choses. Cela d'autant plus que tout cela se place « dans un contexte où s’affrontent des valeurs d’émancipation, et d’ouverture d’un côté et des stratégies de contrôle et de domination de l’autre[161] » .
En fait d’ambivalence, il est surprenant d'apprendre, par exemple, que Jimmy Wales, fondateur de Wikipédia et de la fondation Wikimédia, est un adepte de l’objectivisme, alors que cette philosophie voit le capitalisme comme un idéal de société[162] et l’égoïsme rationnel, comme une morale. Puis, concernant l'instabilité du numérique, il y a ces appels répétés de Tim Berners-Lee au sujet de la « redécentralisation[163] » et de la « régulation[164] » d'un espace web qu'il avait conçu dans un esprit tout à fait opposé. Quant aux pionniers d'Internet, ils n'ont probablement pas imaginé que leur création permettrait un jour, à des milliards d’objets connectés, de rapporter, rien qu'en France et en 2021, plus de 2,6 milliards d’euros[165].
Quant à la question du contrôle et au-delà de ce qui est opéré par les firmes commerciales, c'est bien sûr du côté des États qu'il faut porter son attention. Face à un mouvement qui veut s’émanciper des contrôles, par moins de 18 pays ont déjà censuré Wikipédia et parfois même l'ensemble des projets frères. Ce fut le cas par exemple pour la Turquie, la Russie, l'Iran, mais également le Royaume-Uni, la France et l'Allemagne, et c'est même le cas de manière permanente en Chine, depuis 2004[166].
Dans certains cas, des procédures juridiques ont été utilisées pour intimider les membres du mouvement. C'est arrivé en France lorsque le directeur de l'association Wikimédia fut menacé de poursuites pénales par la Direction Centrale du Renseignement Intérieur, après un refus de supprimer un article qui traitait d’une station militaire dans Wikipédia[167]. Par chance, ce qui s'est passé en France ne dépassa pas le stade de l'intimidation. En Biélorussie cependant, Mark Bernstein, un contributeur aux projets Wikimédia, fut condamné à quinze jours de prison ferme, assortis de trois ans d’assignation à résidence, pour des propos tenus au sujet de la guerre en Ukraine[168]. Cela sans oublier qu'actuellement, ce sont les conservateurs à la tête des États-Unis qui « veulent la peau de Wikipédia » en cherchant à obtenir l'identité réelle de certains contributeurs[169].
Le contrôle et le non-respect de la vie privée font ainsi appel à la figure emblématique du lanceur ou de la lanceuse d'alerte, dont la posture contestataire fait penser à celle des personnes actives dans la contre-culture des années 1960. Parmi ceux-ci, on dit de Julian Assange, Edward Snowden et Chelsea Manning, qu'ils « ont perdu leur liberté pour défendre la nôtre[170] ». De manière similaire, on pourrait donc aussi dire que les Wikimédiens Aaron Swartz, Bassel Khartabil, Pavel Pernikov, Ihor Kostenko et Mark Bernstein, se sont sacrifiés pour la liberté, le partage et la vérité.
Dans Wikimédia et comme ce fut expliqué dans l'introduction de cet ouvrage, une alerte peut prendre la forme d'un appel à commentaires en réaction à une décision ou une situation observée au sein du mouvement. C'est même là une pratique institutionnalisée, qui fait l'objet d'une procédure d'accompagnement et de suivi[171]. Toutes ces alertes concernent les dérives de certains projets, mais également de certaines associations dont la proximité avec le système économique n'aide pas au respect des pratiques et des valeurs développées en ligne.
Dans ce qui apparait aux yeux de certains comme un « bazar libertaire[172] », les choix et règles édictés dans la sphère hors ligne du mouvement ne plaisent pas toujours aux membres des communautés en ligne. Ce qui n'empêche toutefois pas les projets éditoriaux d'avoir leurs propres règles et des recommandations, ni de voir apparaitre en 2020 et dans l'ensemble du mouvement, un code de conduite universel, qui détermine le « référentiel minimum des comportements acceptables et inacceptables »[173].
L'idéologie transmise à Wikimédia, décrite en partie par Steven Levy dans son ouvrage L’Éthique des hackers[174] est donc plus subtile qu'un simple refus d'autorité. Dans un esprit de partage, d'ouverture, de transparence, de liberté, d'égalité et d'autonomie, c'est une structure très complexe, tout en étant cosmopolite et mondiale, que le mouvement réussit à mettre en place. Une organisation qui, finalement, apparait très inspirante dans la manière de faire communauté aujourd'hui, et au sein d'un monde toujours plus global et numérique.
[[Catégorie:Le mouvement Wikimédia (livre)]]
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2026-04-29T14:10:01Z
Lionel Scheepmans
20012
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wikitext
text/x-wiki
'''LE MOUVEMENT WIKIMÉDIA'''
'''Dernier partage altruiste de la connaissance libre ?'''
De Lionel Scheepmans
Avec l'aide de la communauté Wikimédia
'''Quatrième de couverture'''
Quel est ce seul acteur à but non lucratif présent dans le top 100 des sites les plus visités sur le Web ?
Comment incarne-t-il l’expression la plus visible des valeurs de liberté, d’égalité et de partage, héritées de la révolution numérique et des mouvements sociaux des années 1960 ?
Comment, à partir de Wikipédia et suite à la création d’une quinzaine de projets frères distribués en centaines de versions linguistiques, le mouvement social Wikimédia a imaginé un monde dans lequel le savoir se produit et se partage librement ?
Et comment, en toute autonomie, des dizaines de projets pédagogiques, édités par des millions de bénévoles, soutenus par une fondation et près de 200 associations et groupes locaux, produisent-ils la plus grande intelligence collective au monde ?
Avec de nombreux codes QR, cet ouvrage répond à ces questions, tout en permettant de mieux comprendre le monde global et numérique qui nous entoure.
Lionel Scheepmans est docteur en sciences politiques et sociales, militant de la culture libre et professeur d’anthropologie numérique. Il occupe plusieurs postes d’administrateur au sein du mouvement Wikimédia qu’il observe de manière participative depuis 2011. Ses travaux universitaires, du master à la thèse de doctorat, furent consacrés à l’organisation et aux enjeux de Wikipédia et du mouvement Wikimédia.
'''Avant-propos'''
Pour offrir un confort de lecture sur papier sans perdre la puissance du numérique, des codes QR sont affichés tout au long de cet ouvrage. À l’aide d’une tablette ou d’un smartphone, ils offrent un accès direct à ce qui serait coûteux ou impossible à imprimer.
Par exemple, le code QR 1, affiché en fin de page, donne accès directement à la page web qui reprend l’intégralité de l’ouvrage. Une fois sur celle-ci, on peut alors visionner les illustrations en couleur ou les enregistrements qui s’y trouvent et consulter ensuite leurs pages de descriptions en cas de besoin. Cette version numérique comprend aussi de nombreux hyperliens pointant vers Wikipédia et d’autres sites du mouvement Wikimédia, où se trouvent des compléments d’informations et leurs mises à jour.
Pour économiser du papier lors de l’impression, la section regroupant les notes et les références de l’ouvrage n’est disponible qu’au format numérique, mais est directement accessible via le code QR 2 repris ci-dessous. Grâce aux indices de renvoi chiffrés et placés en exposant dans le texte imprimé, il est alors possible, au départ d'un smartphone ou d'une tablette, de retrouver les notes et les références en fonction de leur numérotation. Lorsque la référence correspond à une page web, un lien pointant vers le projet Internet Archive s’y trouve repris, pour garantir un accès aux archives des pages citées dans l’ouvrage, si jamais elles avaient disparu du web. Quant aux pages toujours existantes, elles restent accessibles via leurs hyperliens originels, pour consulter leurs éventuelles évolutions.
Étant donné que ce livre est produit sur une plateforme collaborative, tout le monde est invité à améliorer les prochaines versions. On peut le faire en corrigeant des fautes d’orthographe ou de syntaxe sur les pages web qui constituent les différents chapitres de l’ouvrage, ou encore en apportant des commentaires sur les pages de discussion qui leur sont associées. Cela peut se faire très simplement en cliquant sur « Modifier » , quand on est sur la page d'un chapitre, et sur « Ajouter un sujet » lorsque l'on est sur une page de discussion.
Une page de discussion générale est aussi accessible grâce au code QR 3. Elle permet de commenter le livre dans son ensemble, ou de poser une question à son sujet. Il suffit pour cela d’indiquer un titre dans le champ « Démarrer un nouveau sujet », d’écrire le contenu du message dans l’encadré situé juste en dessous, puis de cliquer sur le bouton « Ajouter un sujet de manière anonyme » pour publier son message.
Enfin, pour ceux qui voudraient agrémenter leur lecture d’un fond sonore relaxant et original, le code QR 4 donne accès à une page web qui diffuse une musique mélodieuse. Celle-ci est composée de sons spécifiquement produits chaque fois qu’une modification est apportée sur un projet Wikimédia, ou qu’un nouveau compte y est créé. Ce dispositif ingénieux offre ainsi aux lecteurs qui le souhaitent une ambiance sonore particulièrement confortable, ainsi qu’une nouvelle expérience immersive au sein du mouvement Wikimédia.
'''Introduction : Wikimédia n’est pas Wikipédia'''
Depuis le succès initial de Wikipédia, une myriade de projets de partage des connaissances, d’organisations et de groupes de soutien ont émergé pour former ce qu’on appelle aujourd’hui le mouvement Wikimédia. Même si, à ce jour, l’encyclopédie libre reste l'activité phare du mouvement, il serait regrettable de réduire l’ensemble du mouvement à cet unique projet pédagogique. Malheureusement, il arrive bien trop souvent qu'une seule version linguistique de Wikipédia suffise pour cacher l’étendue de la forêt Wikimédia.
En réalité, Wikimédia représente un mouvement social, international et interculturel complexe, au sein duquel Wikipédia n’est qu’une composante parmi d’autres. Dans le cadre d'un mémoire de master, on peut ainsi fournir en quelques mois une ethnographie du projet Wikipédia en français[1]. Alors que pour synthétiser les origines, l’organisation et les dynamiques globales du mouvement Wikimédia, une thèse de doctorat[2] et cinq années de recul supplémentaires furent nécessaires.
À la fin de l'année 2025, l’ampleur numérique du mouvement est effectivement impressionnante. Chaque mois, des millions de modifications bénévoles sont effectuées sur plus de 500 millions de pages[3], réparties sur plus d’un millier de sites web[4], dont 358 seulement, correspondent aux versions linguistiques de Wikipédia[5]. Ce qui prouve donc clairement que les activités en ligne portées par l'ensemble du mouvement Wikimédia dépassent largement ce qui se passe au sein de l’encyclopédie.
Il existe ainsi huit autres projets pédagogiques susceptibles d'atteindre un jour l'envergure et la notoriété de Wikipédia, avec un objectif et un fonctionnement spécifiques à chacun. De manière détaillée, Wikilivres crée des livres pédagogiques, Wikiversité rassemble des supports d'enseignement et des travaux de recherche, Wikinews fait du journalisme collaboratif, Wikivoyage développe un guide touristique, pendant que Wiktionnaire apporte des définitions des mots de toutes les langues et dans toutes les langues.
Contrairement à Wikipédia, tous ces projets ne sont pas soumis à une neutralité de point de vue, ni limités à l'usage de sources secondaires reconnues, au niveau de la rédaction des articles. La plupart d'entre eux acceptent aussi la publication de travaux de recherche ou de productions personnelles, alors que cela est tout à fait interdit dans Wikipédia.
Selon l'étymologie du mot encyclopédie, le but de Wikipédia est en effet de synthétiser ou, plus précisément, d'encercler le savoir humain déjà préexistant. Cette contrainte éditoriale limite donc les contributeurs et contributrices à l'usage de sources secondaires et tertiaires présentes dans des publications externes au projet. De ce fait, Wikipédia reproduit fatalement les biais systémiques, tels que les déséquilibres et les surreprésentations de genre et de culture, présents dans un monde de l'édition majoritairement occidental. Or, cette impasse éditoriale propre à Wikipédia n'existe pas dans les autres projets pédagogiques.
Comme ces projets frères, Wikipédia n'est pas non plus un projet complètement autonome des autres projets Wikimédia. L'encyclopédie compte en effet sur le projet Wikimedia Commons pour héberger l'ensemble de sa médiathèque. Elle utilise ensuite le contenu du projet Wikidata comme base de données structurée. Quant aux personnes qui produisent l'encyclopédie, elles peuvent aussi puiser leurs sources dans la bibliothèque Wikisource, ou se référer à des citations d'auteurs collectées dans le projet Wikiquote. Tout cela sans oublier que des dizaines de sites web traitent l'archivage permanent de Wikipédia et des autres projets Wikimédia, dans le but de fournir des analyses précieuses et totalement libres d’accès.
Enfin, il faut aussi garder à l'esprit qu'au-delà de tous ces sites web, le mouvement Wikimédia, c'est aussi de nombreuses institutions et organisations affiliées dispersées dans le monde. Autour de la Fondation Wikimédia chargée de la gestion et de l’organisation internationales, avec près de 650 salariés de nationalités diverses[6], se regroupent des centaines d'organisations satellites. Parmi celles-ci, on retrouve 2 associations thématiques[7], 40 associations locales[8], dont Wikimedia Deutschland qui regroupe plus de 170 employés, et finalement 141 groupes d’utilisateurs et utilisatrices[10].
Tout ce qui vient d'être exposé dans cette introduction justifie donc la nécessité de distinguer le mouvement Wikimédia du projet Wikipédia. Imaginons seulement que l’on se limite à citer Paris pour décrire et comprendre un pays aussi vaste que la France. Certes, Paris est une ville mondialement connue et qui compte plus de deux millions d’habitants et un patrimoine culturel impressionnant. Mais est-ce pour autant qu'il faudrait oublier les autres villes, villages et métropoles françaises ? Sans compter que la France regroupe aussi des départements et des territoires d’outre-mer et qu'elle entretient des relations et des partenariats internationaux qui dépassent de loin ce qui se passe entre Paris et le reste du monde. Ne pas confondre le mouvement Wikimédia avec le projet Wikipédia relève donc du bon sens.
En 2019 cependant, la Fondation Wikimédia a envisagé de se renommer en Fondation Wikipédia et de remplacer le terme « Wikimédia » par celui de « Wikipédia », partout où ce terme est utilisé dans la sphère hors ligne du mouvement. Le but était d’acquérir une plus grande visibilité et d’attirer des milliards de personnes, grâce au nom de marque Wikipédia, considéré comme l’un des plus connus au monde[11]. Ce changement n’a toutefois pas été accepté par de nombreuses personnes actives au sein du mouvement Wikimédia. En janvier 2020, ces opposants ont ainsi créé une page d’appel à commentaires, qui fut le siège d’un long débat[12]. À l’issue de ce dernier, 73 représentants d’organisations affiliées et 984 personnes ont signé une lettre ouverte adressée à la Fondation, qui comprenait le paragraphe suivant[13] :
Depuis 20 ans, les bénévoles ont bâti la réputation de Wikipédia en tant que ressource indépendante et communautaire. Les projets du mouvement Wikimédia, dont Wikipédia, se développent autour de la décentralisation et du consensus. Il est essentiel d’établir des distinctions claires entre la Fondation Wikimédia, les affiliés et les contributeurs individuels. Tout changement qui affecte cet équilibre exige le consentement éclairé et la collaboration des communautés. Il est donc très préoccupant de voir « Wikipédia » présenté pour le nom de l’organisation et du mouvement malgré le mécontentement général de la communauté.
En s’opposant aux idées de la Fondation, ces membres de la communauté Wikimédia ont ainsi fait preuve de sagesse. De plus, ils ont signalé dans de nombreux commentaires que beaucoup de personnes connaissent le mouvement Wikimédia uniquement au travers de son encyclopédie. Il est même étonnant d'observer que la méconnaissance du mouvement existe au sein même de sa propre communauté. Comme exemple, on peut observer que l'article du projet Wikipédia en anglais consacré au mouvement Wikimédia ne s’est développé qu’à partir de 2016[14], tandis que ce même article dans la version francophone de l'encyclopédie n’est apparu qu’en 2019[15]. Quant aux autres versions linguistiques, il est tout aussi étonnant de constater qu'en octobre 2025, seulement 39 d'entre elles sur un total de 358 possédaient un article dédié au mouvement Wikimédia[16].
Tous ces éléments justifient donc la nécessité d’offrir au monde une meilleure connaissance du mouvement Wikimédia et des nombreux projets et organisations qui contribuent à sa mission de partage du savoir. En ce sens, ce livre est une contribution importante aux défis stratégiques que doit relever le mouvement Wikimédia à l’approche de 2030. Car au-delà des résolutions prises pour développer de nouveaux processus participatifs et délibératifs concernant les questions de marque[17], c’est avant tout un travail d’information et de sensibilisation à destination du grand public qu'il reste à faire.
'''Première partie : La naissance du mouvement Wikimédia'''
Il existe dans l'espace web une multitude d’archives permettant de retracer les événements qui ont conduit à la naissance du mouvement Wikimédia. Cette « préhistoire » du mouvement peut notamment être explorée grâce au réseau d’éducation populaire Framasoft, dont le site est apparu environ un an avant la création de la version francophone de Wikipédia. On trouve sur cette plateforme une mine d’informations concernant les logiciels libres et la culture libre. Deux épisodes majeurs de l’histoire de l’informatique et d’Internet, malheureusement méconnus du grand public.
Grâce à Framasoft et bien d’autres associations, il est possible de découvrir l’organisation et les motivations des millions de personnes qui participent au mouvement du logiciel libre. On y apprend que ce mouvement politique et social a été initié en 1983 par Richard Stallman, un programmeur du Massachusetts Institute of Technology (MIT), qui a eu l’idée d’offrir à chacun une alternative à la marchandisation du secteur informatique.
Cette philosophie de libre partage, concrétisée par le projet de Stallman, permit l’essor d’une organisation et d’une éthique de travail originales, développées au sein d’une sous-culture en vogue dans le milieu informatique depuis les années 1950. Celle-ci fut documentée dans de nombreux ouvrages, dont « L’éthique hacker »[18], un livre remarquable, dans lequel le philosophe finlandais, Pekka Himanen, analyse en détail les origines de la culture hacker. Un simple extrait de sa quatrième de couverture[19], repris ci-dessous, permet d’appréhender la manière de penser de ces informaticiens, rejoints par Richard Stallman durant ses études universitaires, avant d'en devenir l’une des figures les plus charismatiques.
On considérait jusqu’à présent le « hacker » comme un voyou d’Internet, responsable d’actes de piratage et de vols de numéros de cartes bancaires. Le philosophe Pekka Himanen voit au contraire les hackers comme des citoyens modèles de l’ère de l’information. Il les considère comme les véritables moteurs d’une profonde mutation sociale. Leur éthique, leur rapport au travail, au temps ou à l’argent, sont fondés sur la passion, le plaisir ou le partage. Cette éthique est radicalement opposée à l’éthique protestante, telle qu’elle est définie par Max Weber, du travail comme devoir, comme valeur en soi, une morale qui domine encore le monde aujourd’hui.
En introduisant cette première partie d'ouvrage de la sorte, nous pouvons déjà comprendre que le mouvement Wikimédia plonge ses racines dans une transition culturelle remplie d’utopie[20]. Une utopie qui s’oppose notamment à ce que l’historien et anthropologue Karl Polanyi[21] désignait, en 1944 déjà, comme un libéralisme économique qui « subordonne les objectifs humains à la logique d’un mécanisme de marché impersonnel »[22]. Étape par étape et en commençant par analyser cette utopie spécifiquement au niveau du mouvement Wikimédia, voyons maintenant ce qui s'est passé tout au long de cette révolution culturelle numérique.
Chapitre 1 : L'utopie Wikimédia
Au fil du temps, Wikipédia fut perçu comme une utopie en marche[23], puis comme une utopie réalisée[24], et finalement comme la dernière utopie collective du Web[25]. Mais qu'en est-il de l'ensemble du mouvement Wikimédia ? Pour nous aider à comprendre ce qui se passe dans la dimension numérique de ce mouvement, voici une métaphore qui décrit un quartier établi au sein d'une ville, imaginée au départ de l'espace web ». Dans cette ville imaginaire, Internet représenterait le réseau routier, pendant que des serveurs informatiques feraient office de bâtiments, et que les pages web qu'ils hébergent, constitueraient les différentes pièces de ces édifices.
Le quartier Wikimédia rassemblerait ainsi plus d’un millier de bâtiments. Au sein de ceux-ci et à l’exception de quelques lieux administratifs, chaque pièce peut être visitée gratuitement, mais aussi modifiée au niveau de son contenu. On peut ainsi y ajouter de nouvelles choses, telles que du texte, des photos, des vidéos ou des documents sonores, et même changer ou supprimer ce qui a été créé ou modifié par d’autres. Tout cela, bien sûr, dans le but de rendre ces endroits plus esthétiques, ou plus authentiques et en tenant compte des différentes idées et des éventuelles oppositions de point de vue concernant les aménagements. Pour faciliter l'entente entre les personnes qui s'investissent dans les modifications, chaque pièce des bâtiments Wikimédia possède un espace annexe dédié à la discussion.
Dans la plupart des bâtiments Wikimédia, une personne malintentionnée peut même faire disparaitre tout le contenu d'une pièce. Néanmoins, dans la seconde qui suit, un robot remettra tout en place, avant de transmettre un message concernant le traitement du vandalisme. Lorsqu'une action plus discrète n'est pas détectée par un robot, c'est alors quelqu'un qui surveille la pièce qui prendra le relais pour annuler les changements malveillants et contacter la personne responsable. En cas de multirécidive, celle-ci peut se voir privée de sa capacité de modifier les pièces, soit dans le bâtiment vandalisé, soit dans tout le quartier quand cela se justifie. Après discussion, cette sanction sera mise en application par un administrateur ou une administratrice bénévole, choisi ou choisie par l'ensemble des autres bénévoles qui prennent soin des bâtiments.
On comprend donc que tout le monde peut enrichir, mais également surveiller et protéger les richesses partagées dans le quartier Wikimédia. Il suffit pour cela de rejoindre le mouvement en se créant un compte. Cela permet de profiter de nombreux outils, dont notamment un système qui envoie des notifications, dès qu'une pièce que l'on veut surveiller est modifiée.
Pour créer ce compte, pas besoin de fournir une adresse ou un numéro de téléphone. Les seules informations personnelles indispensables au bon fonctionnement du quartier Wikimédia sont les adresses IP des visiteurs. Lors des visites et contrairement à ce qui se passe dans les quartiers commerciaux de la grande ville numérique, tels que les GAFAM, NATU, BATX, le quartier Wikimédia ne récolte et ne vend aucune donnée à des fins d'exploitation.
Même les adresses IP enregistrées par le système ne sont pas visibles par les autres visiteurs. Elles sont remplacées par les noms et les pseudonymes fournis lors de la création des comptes, ou masquées par des comptes temporaires pour les modifications faites par des personnes non connectées. Seules quelques personnes accréditées par la communauté pour effectuer des contrôles d’usurpation d’identité ont accès à ces informations[26]. C’est là une précaution nécessaire au bon déroulement des votes qui succèdent parfois aux recherches de consensus concernant l'aménagement du quartier Wikimédia.
Dans cette ville numérique que constituerait l'espace web, Wikimédia apparait ainsi comme le plus grand quartier dédié au partage de la connaissance. Tout d'abord, il y a les plus de 350 bâtiments Wikipédia, chacun dédié à une version linguistique de l'encyclopédie. Puis, toujours séparés en versions linguistiques, on trouve ensuite les bibliothèques Wikilivres et Wikisource, les bâtiments lexicaux multilingues Wiktionnaire, le centre journalistique Wikinews, le centre pédagogique et de recherche Wikiversité, le centre d'informations touristique Wikivoyage, le répertoire des êtres vivants Wikispecies et enfin l'institut des citations d’auteurs Wikiquote. Cela sans oublier le musée médiatique Wikimedia Commons et la banque Wikidata, reconnue comme étant la plus grande banque d’informations structurées au monde. Deux bâtiments dont l'une des fonctions principales communes est d’enrichir les pièces situées dans les autres buildings du quartier Wikimédia.
Dans tous ces immeubles, il arrive souvent que plus de la moitié des étages soient uniquement attribués à l'organisation des activités qui s'y déroulent. Chaque bâtiment peut aussi compter sur le soutien d'autres édifices tels que MediaWiki, Wikitech, Phabricator, qui sont trois lieux entièrement dédiés aux maintenances techniques sur l'ensemble du quartier. Concernant les aspects administratifs, c'est dans le bâtiment Méta-Wiki que s'opère la gouvernance générale du quartier, alors que les courriers adressés à ce dernier sont traités en première ligne dans le bâtiment Wikimedia VRT. À la suite de quoi, il ne reste plus qu'à citer le bâtiment Wikimedia Outreach, pour des initiatives de sensibilisation, et le bâtiment du journal Diff Wikimedia, comme lieu de publication d'actualités sur le mouvement.
En dehors de certains aspects techniques, tous ces bâtiments sont exclusivement régis par des communautés bénévoles, qui sont toujours prêtes à accueillir de nouveaux membres. Les seuls immeubles du quartier qui diffèrent de ce principe sont les bâtiments vitrines de la Fondation Wikimédia et des autres associations Wikimédia qui engagent du personnel. Quant au bâtiment du conseil d'administration de la Fondation, des raisons officielles justifient le fait que la modification de ses pièces est réservée à ces membres et aux employés qui les soutiennent.
Face à tant d'utopies, il devient légitime de vouloir comprendre comment tout cela fut rendu possible. Or, pour répondre à cette question, il faut alors parcourir tout un pan de l'histoire de la révolution numérique, depuis la contre-culture des années 1960 jusqu'à nos jours. On y découvre que les pionniers du réseau Internet étaient des chercheurs et étudiants en informatique, fortement influencés par de nouvelles idéologies, telles que celles qui furent à la source des évènements de mai 68 en France. C'est donc de là que naîtra la philosophie de partage, de liberté, de décentralisation et ce mode d’organisation tout à fait spécifique, que l'on observe aujourd'hui au sein du mouvement Wikimédia.
Il y eut tout d'abord la création d'Internet, comme réseau mondial de communication en libre accès, puis le développement du World Wide Web, qui a grandement facilité les interactions humaines à l’échelle planétaire. Par la suite, ce fut l'arrivée du Web 2.0, caractérisé par l'apparition de nouveaux sites web directement modifiables à l'aide d’un simple navigateur. Or, parmi ceux-ci se trouvent les moteurs de Wiki, dont le plus puissant d’entre eux, MediaWiki, est un logiciel libre développé par la Fondation Wikimédia. Le moment est donc venu d'en savoir plus sur ce type de programme informatique, ainsi que sur le mouvement du logiciel libre, qui a fortement influencé la philosophie et les valeurs véhiculées au sein du mouvement Wikimédia.
Chapitre 2 : Le mouvement du logiciel libre
L’un des premiers épisodes de la préhistoire de Wikipédia et du mouvement Wikimédia débuta en septembre 1983, lorsqu’un programmeur du Massachusetts Institute of Technology, appelé Richard Stallman, déposa un message sur la liste de diffusion net.unix-wizards. C’était un appel d’aide pour la création de GNU, un nouveau système d’exploitation qui devait réunir une suite de programmes que tout le monde pourrait utiliser librement sur son ordinateur personnel[27]. Dans son message transmis via ARPANET, le premier réseau informatique à grande échelle qui précéda Internet, Stallman s’exprimait de la sorte[28] :
Je considère comme une règle d’or que si j’apprécie un programme je dois le partager avec d’autres personnes qui l’apprécient. Je ne peux pas en bonne conscience signer un accord de non-divulgation ni un accord de licence de logiciel. Afin de pouvoir continuer à utiliser les ordinateurs sans violer mes principes, j’ai décidé de rassembler une quantité suffisante de logiciels libres, de manière à pouvoir m’en tirer sans aucun logiciel qui ne soit pas libre.
Le projet de Stallman, qui reçut le soutien nécessaire à son accomplissement, marqua ainsi le début de l’histoire du logiciel libre. Quant à la quantité d’aide fournie, elle permet de croire que Richard Stallman n’était pas seul à voir l’arrivée des logiciels propriétaires d’un mauvais œil. Car pour les membres du projet GNU et du mouvement du logiciel libre en général, un bon programme informatique doit respecter ces quatre libertés fondamentales[29] :
1. La liberté d’exécuter le programme, pour tous les usages.
2. La liberté d’étudier le fonctionnement du programme, et de l’adapter à vos besoins.
3. La liberté de redistribuer des copies, donc d’aider votre voisin.
4. La liberté d’améliorer le programme, et de publier vos améliorations, pour en faire profiter toute la communauté.
Lors de l'apparition du logiciel libre, le marché de l’informatique était de fait en pleine mutation. L'habituel partage des codes informatiques entre les rares étudiants ou chercheurs qui bénéficiaient d’un accès à un ordinateur faisait l'objet d'une remise en question. Ce changement faisait notamment suite au Copyright Act de 1976, une nouvelle loi qui autorisait l'application d'un droit d'auteur sur le code informatique, et donc qui permettait d'en interdire le partage ou la réutilisation sans autorisation. Des clauses de confidentialité ont ainsi fait leur apparition, pendant que les employés des firmes informatiques étaient nouvellement soumis à des contrats de confidentialité. C'était la fin de l’entraide et de la solidarité pratiquées chez les pionniers de l’informatique. À sa place s'installaient la concurrence et la compétitivité, bien connues dans le système capitaliste marchand.
Cette mutation coïncidait avec l’arrivée des premiers ordinateurs de taille réduite. Grâce à l’apparition des premiers circuits intégrés, les premiers exemplaires avaient en effet été créés par l’industrie aérospatiale au début des années 1960. Cependant, il fallut attendre le début des années 1980 pour que le prix d’un ordinateur soit suffisamment bas pour en faire un bien de grande consommation.
C’est ainsi qu’en 1982, le Commodore 64 entrait dans le livre Guinness des records, avec plus de 17 millions d’exemplaires vendus dans le monde[30]. Juste avant cela, en 1981, l’IBM Personal Computer avait déjà fait son apparition, en proposant une architecture ouverte qui allait servir de modèle pour toute une gamme d’ordinateurs que l’on désigne toujours aujourd’hui par l’acronyme « PC ».
Pour faire fonctionner ses nouveaux modèles d'ordinateurs, la société IBM avait confié à l’entreprise Microsoft, créée en 1975, la mission de les équiper d’un système d’exploitation. Le contrat signé entre les deux firmes fut une véritable aubaine pour le fournisseur des programmes informatiques. Car sans s'en apercevoir, et sans jamais anticiper que son matériel serait cloné à grande échelle, celle-ci avait en effet permis à Microsoft d'établir un monopole dans la vente de logiciels. Cela fut condamné pour abus de position dominante[31] et vente liée du logiciel avec le matériel informatique[32], mais sans pour autant empêcher Bill Gates, le principal actionnaire de Microsoft, d'être l'homme le plus riche du monde en 1994.
Toutefois, pendant que Microsoft renforçait sa position dominante, un nouvel événement majeur allait marquer l’histoire du logiciel libre. Celui-ci fut de nouveau déclenché par un appel à contribution, qui fut cette fois posté le vingt-cinq août 1991 par un jeune étudiant en informatique de 21 ans, appelé Linus Torvalds. Via le système de messagerie Usenet, sa demande avait été postée dans une liste de diffusion consacrée au système d’exploitation Minix, une sorte d’UNIX simplifié et développé dans un but didactique, par le programmeur Andrew Tanenbaum.
Loin d’imaginer que cela ferait de lui une nouvelle célébrité dans le monde du Libre[33], Torvalds entama son message par le paragraphe suivant[34] :
Je fais un système d’exploitation (gratuit) (juste un hobby, ne sera pas grand et professionnel comme gnu) pour les clones 386 (486) AT. Ce projet est en cours depuis avril et commence à se préparer. J’aimerais avoir un retour sur ce que les gens aiment ou n’aiment pas dans minix, car mon système d’exploitation lui ressemble un peu (même disposition physique du système de fichiers (pour des raisons pratiques) entre autres choses)[35].
Bien qu’il fût présenté comme un passe-temps, le projet qui répondait au nom de « Linux », fut rapidement soutenu par des milliers de programmeurs du monde entier, avant de devenir la pièce manquante du projet GNU. En effet, les contributeurs au projet de Stallman n’avaient pas encore terminé l’écriture du code informatique du noyau Hurd, alors qu'il était censé établir la communication entre la suite logicielle produite par GNU et le matériel informatique. C'est donc la fusion des codes produits par les projets GNU et Linux qui permit la création du premier système complet, stable et entièrement libre baptisé GNU/Linux.
Au départ de ce nouveau système informatique, de nombreuses variantes, que l’on nomme communément « distributions », furent créées par des programmeurs de tous horizons. L’une de celles-ci s’intitule Debian et tire sa réputation d'être simultanément libre, gratuite, très fiable et produite par une communauté sans lien direct avec une société commerciale. Quatre qualités qui expliquent pourquoi, Debian sert de base à plus de 150 distributions dérivées, et que de nombreuses organisations l'utilisent, comme le fait la Fondation Wikimédia sur les serveurs qui hébergent les projets qu'elle supporte.
Grâce à la naissance des logiciels libres, le mouvement Wikimédia a donc la possibilité de faire tourner ses serveurs informatiques, avec un système d’exploitation fiable, libre et gratuit. Comme son code source est ouvert, cela permet aussi à la Fondation Wikimédia de le modifier pour répondre aux besoins spécifiques du mouvement. À la suite de quoi, et selon les règles formulées par la communauté du logiciel libre, les modifications faites par la Fondation deviennent à leur tour, gratuitement et librement, utilisables par d’autres personnes ou organismes.
À ce premier héritage reçu par le mouvement Wikimédia et toujours en provenance des logiciels libres, s’ajoute une innovation méthodologique. Dans son article La Cathédrale et le Bazar[38], Eric Raymond mobilise en effet le terme « cathédrale » pour désigner le mode de production des logiciels propriétaires, en opposition au mot « bazar », qu'il utilise pour qualifier le mode de développement des logiciels libres. D’un côté, il décrit une organisation pyramidale, rigide et statutairement hiérarchisée, comme on peut la voir souvent au sein des entreprises. Tandis que de l’autre, il parle d’une organisation horizontale, flexible et peu hiérarchisée, qu’il a lui-même expérimentée en adoptant le style de développement de Linus Torvalds, à savoir : « distribuez vite et souvent, déléguez tout ce que vous pouvez déléguer, soyez ouvert jusqu’à la promiscuité »[39].
À l’instar de la métaphore du quartier numérique présentée dans le précédent chapitre, cette manière de décrire les projets open source nous aide donc ici à mieux comprendre ce qui se passe dans le mouvement Wikimédia. D'un côté, on retrouve effectivement cette « ouverture jusqu’à la promiscuité », dans le libre accès accordé aux projets Wikimédia, alors que de l'autre, tout le monde peut participer aux projets Wikimédia, qu'ils soient en ligne ou hors ligne.
Ces deux observations corroborent donc l’existence d’un deuxième héritage en provenance du mouvement du logiciel libre. Néanmoins, il nous reste encore à découvrir un phénomène négligé par Eric Raymond durant ses observations, et qui pourtant, a considérablement influencé l'histoire de la révolution numérique. Il s’agit de l’apparition de la licence libre, de la philosophie qu'elle sous-tend, et du mouvement de la culture libre, dont elle fut à l’origine.
'''Chapitre 3 : Les licences et la culture libres'''
Dans une biographie autorisée[40], Christophe Masutti explique à quel point la création de la Licence publique générale GNU, en tant que première licence libre créée par Richard Stallman, représente un épisode majeur de la révolution numérique. Selon lui :
La GPL apparaît comme l’un des meilleurs hacks de Stallman. Elle a créé un système de propriété collective à l’intérieur même des habituels murs du copyright. Surtout, elle a mis en lumière la possibilité de traiter de façon similaire « code » juridique et code logiciel.
Le concept de distribution associé à ce nouveau type de licence fut baptisé « copyleft », par inspiration d’un jeu de mots que Richard Stallman avait trouvé dans un courrier transmis par son collègue Don Hopkins[41]. Le principe novateur de ce concept est d'obliger toute production de code dérivé à se soumettre à la même licence libre que le code d’origine[42]. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle beaucoup de gens parlent de licence « virale » ou « récursive » en faisant référence à celle-ci. Quant à l'importance de cette clause, elle repose sur le fait d'interdire toute privatisation d'un code informatique produit sous licence libre. Sans celle-ci, un tel code risque en effet d'être récupéré, puis modifié, avant d’être placé sous un habituel copyright de type « tous droits réservés », dans le but de commercialiser son usage.
En 2001 et dans la mouvance provoquée par l'arrivée des premières licences libres, une organisation internationale sans but lucratif, intitulée Creative Commons, a entamé la promotion du « partage et la réutilisation de la créativité et des connaissances grâce à la fourniture d’outils juridiques gratuits ». Pour ce faire, elle met régulièrement à jour une panoplie de licences inspirées par la GNU, mais spécialement adaptées aux œuvres de l'esprit[43], telles que les productions littéraires, musicales, photographiques et vidéo, ainsi que les bases de données.
Contrairement aux licences libres fournies par la Free Software Foundation, conçues pour protéger du code informatique, les licences produites par Creative Commons offrent la possibilité de sélectionner différentes clauses pour protéger une œuvre libre. Avec le label CC, pour Creative Commons, on peut ainsi appliquer, ou ne pas appliquer, la clause « BY », qui oblige à créditer l'auteur, et la clause « SA », pour Share Alike, qui ordonne le partage à l’identique comme décrit précédemment. Après quoi il est encore possible d'ajouter la clause « NC », qui impose un usage non commercial, et finalement, la clause « ND », pour Non Derivative, qui exige que l’œuvre soit utilisée ou reproduite dans son intégralité et sans modification.
Le mouvement Wikimédia a choisi la licence CC.BY-SA pour protéger les contenus publiés dans tous ses projets. Cela à l'exception de la banque de données Wikidata, qui au même titre que les descriptions apportées aux fichiers téléchargés dans la médiathèque Wikimedia Commons[44], publie ses informations structurées sous licence CC0. Cette dernière licence proposée par creative commons est ce qui se rapproche le plus du domaine public, avec pour avantage de ne pas devoir mentionner les auteurs dans le traitement et la réutilisation du contenu de la base de données.
Cependant, il en résulte que les informations en question peuvent être réutilisées par des tiers qui ne sont plus obligés de citer leurs sources, comme le font les agents conversationnels des intelligences artificielles génératives, appelés couramment chatbots. Contrairement à la licence CC.BY-SA, la licence CC0 est donc moins apte à pérenniser les projets Wikimédia, puisqu'elle permet d'invisibiliser ces derniers au risque de réduire les chances d'arrivée de nouveaux contributeurs et contributrices. De plus, sans la clause SA qui assure l'application du copyleft, toutes les informations récupérées au sein de Wikidata et de Wikimedia Commons sont aussi susceptibles de quitter le monde du libre, une fois traitées par des entreprises commerciales.
Quoi qu’il en soit, les licences Creative Commons, inspirées par la licence libre de Richard Stallman, apparaissent finalement comme un troisième héritage en provenance du mouvement du logiciel libre et de la culture libre qui en est issue. Grâce à la licence CC.BY-SA, les éditeurs des projets Wikimédia bénéficient effectivement d'une certaine reconnaissance, tout en étant assurés qu'aucun copyright sur leurs travaux ne puisse profiter exclusivement à une personne ou une compagnie. Cela pendant que la licence libre appliquée au système d'exploitation installé sur les serveurs Wikimédia garantit, pour sa part, un certain respect des contributeurs, puisqu'elle permet de vérifier si le code informatique ne compromet pas leurs vies privées.
Avec tous les autres apports en provenance du logiciel libre, ce sont là deux choses importantes qui ont permis l'apparition du mouvement Wikimédia. Toutefois, cela ne pouvait pas suffire à la création du projet Wikipédia qui en fut le point de départ. Car sans l'espace numérique, mondial et libre d’accès, créé par Internet et l'espace web, aucune encyclopédie collaborative de cette envergure n'aurait pu voir le jour.
Chapitre 4 : Le réseau Internet
L’histoire du réseau Internet constitue un nouvel épisode captivant de la révolution numérique, sans lequel le mouvement Wikimédia n’aurait jamais pu émerger. D’un point de vue purement technique, ce réseau informatique a été mis au point dans les années 1970, avant l’adoption généralisée du protocole TCP/IP, toujours en usage à ce jour. Ce dernier fut inventé par Vint Cerf et Robert Elliot Kahn, quand ils travaillaient pour la Defense Advanced Research Projects Agency, rattachée au département de la Défense américaine[45]. L'une des premières présentations de leur projet fut, entre autres, réalisée lors d’une conférence organisée par l’International Network Working Group, une instance créée pour assurer la gouvernance mondiale du réseau informatique.
Sur base de ces informations, on peut penser qu’Internet a été créé par des militaires. Cependant, Une contre-histoire de l’Internet[46], nous révèle que les créateurs et les premiers utilisateurs d’ARPANET, considéré comme l’ancêtre d’Internet, étaient davantage des étudiants hippies et amateurs de LSD, que des militaires bien drillés. D’ailleurs, avant la standardisation du protocole TCP/IP, ARPANET fonctionnait depuis plus d’un an avec un autre protocole de transition intitulé Network Control Program. Or, celui-ci avait été mis au point, en février 1969, par le Network Working Group, un groupe informel d’étudiants rassemblés autour de Steve Crocker, lorsqu’il ne détenait encore qu’une simple licence.
Bien que rarement cité dans l’histoire d’Internet, ce groupe a pourtant mis en place la procédure RFC, pour Request For Comments, reconnue comme « l’un des symboles forts de la "culture technique" de l’Internet, marquée par l’égalitarisme, l’autogestion et la recherche collective de l’efficience ». Soit trois principes et une procédure, qui aujourd’hui encore sont appliqués sur le site Méta-Wiki, dans lequel s'organise la gestion communautaire du mouvement Wikimédia. Cela alors qu'au sein des projets pédagogiques, d’autres processus similaires de recherche de consensus ont fait leur apparition.
Il faut ensuite savoir que les liens entre ARPANET et l’armée ont disparu avec l’apparition du MILNET, un réseau entièrement dédié aux activités militaires, rebaptisé NIPRNet, pour Non-classified Internet Protocol Router Network, en 1990. Après une séparation définitive en 1983, précisément l’année où Richard Stallman postait sa demande d’aide pour le projet GNU, le réseau ARPANET resta uniquement dédié à la recherche et au développement. À cette époque, le réseau ne comprenait pas plus de 600 machines connectées[49], ce qui n'a donc rien de comparable avec ce vaste réseau informatique mondial que nous connaissons aujourd’hui, et qui fut fortement développé au cours des années 1990.
Pour en assurer l’entretien technique, une organisation non gouvernementale, a été créée en 1992, sous l'appellation d’Internet Society. Celle-ci devait aussi veiller au respect des valeurs fondamentales liées au bon fonctionnement du réseau[50]. Car avant d'atteindre des milliards d’appareils connectés, il a d’abord fallu réglementer les nombreuses dorsales internet intercontinentales, sans lesquelles la transmission du protocole TCP/IP partout dans le monde n'aurait pas été possible.
Pour en revenir à l’état d’esprit des créateurs d'Internet, un article intitulé Quarante ans après : mais qui donc créa l’internet ? apporte un éclairage particulièrement intéressant au sujet des liens que l'on peut établir entre le mouvement Wikimédia et l'histoire d'Internet. Dans son témoignage, Michel Elie, cet ingénieur en informatique, membre du Network Working Group cité précédemment, et responsable de l’Observatoire des Usages de l’Internet, nous explique effectivement ceci.
Le succès de l’internet, nous le devons aux bons choix initiaux et à la dynamique qui en est résultée : la collaboration de dizaines de milliers d’étudiants, ou de bénévoles apportant leur expertise, tels par exemple ces centaines de personnes qui enrichissent continuellement des encyclopédies en ligne telles que Wikipédia.
Au courant des années 1990, le milieu informatique universitaire semblait donc toujours fortement imprégné des idéaux de la contre-culture des années 1960, produit par les baby boomers dans le contexte de la guerre du Vietnam. Afin d'illustrer les idées véhiculées à cette époque, voici un paragraphe extrait d'un ouvrage publié en 1970 et intitulé Vers une contre-culture : Réflexions sur la société technocratique et l’opposition de la jeunesse[52]. Dans celui-ci, Théodore Roszak explique que :
Le projet essentiel de notre contre-culture : proclamer un nouveau ciel et une nouvelle terre, si vastes, si merveilleux que les prétentions démesurées de la technique soient réduites à n’occuper dans la vie humaine qu’une place inférieure et marginale. Créer et répandre une telle conception de la vie n’implique rien de moins que l’acceptation de nous ouvrir à l’imagination visionnaire. Nous devons être prêts à soutenir ce qu’affirment des personnes telles que Blake, à savoir que certains yeux ne voient pas le monde comme le voient le regard banal ou l’œil scientifique, mais le voient transformé, dans une lumière éclatante et, ce faisant, le voient tel qu’il est vraiment.
À la suite de cette lecture, il peut sembler paradoxal de penser qu’une contre-culture, voyant la technique comme « inférieure » et assimilant la science au « banal », puisse avoir un lien avec le milieu scientifique universitaire qui fut à l'origine d'Internet. Cependant, une réponse à cette énigme fut apportée par Fred Turner, par la publication de son livre intitulé : « Aux sources de l’utopie numérique : De la contre-culture à la cyberculture, Stewart Brand, un homme d’influence »[53].
Grâce à cet ouvrage, on découvre en effet que le mouvement Hippie utilisera tout ce qui était à sa disposition à l’époque pour parvenir à ses fins : LSD, spiritualités alternatives, mais également, objets technologiques les plus en pointe. Cela grâce notamment à l’influence de Steward Brand, le créateur d'un catalogue interactif, qui peut être considéré comme l'ancêtre analogique des groupes de discussions numériques apparus des années plus tard[54].
Comme autre indication, il y a ensuite les propos tenus en 1992, lors d’une plénière de la 24ᵉ réunion du groupe de travail sur l’ingénierie Internet, par David D. Clark, un autre pionnier d’Internet. Durant cette rencontre, ce chef de projet prononça des paroles[55] restées dans les annales. « Nous récusons rois, présidents et votes. Nous croyons au consensus et aux programmes qui tournent »[56]. Deux phrases seulement, mais qui, dans le cadre du milieu informatique, permettent de croire que le mépris de la contre-culture envers la technique et la science, s'est transformé en un refus d’autorité et une recherche de consensus.
Dans tous les cas, le développement du réseau Internet ne s'est pas fait sans conflits idéologiques importants. On peut d'ailleurs se demander aujourd'hui à quoi ressemblerait Internet s'il n'avait jamais été commercialisé[57]. Cela s'est passé en novembre 1994, lorsque l’association sans but lucratif Advanced Network and Services, chargée de gérer les accès à Internet, a fait le choix de vendre ses activités. Cette décision faisait suite à un appel à des fonds privés pour financer d'importants changements dans l'infrastructure du réseau. Profitant de l'occasion, la société commerciale America Online a ainsi repris à son compte la gestion des connexions à Internet, après avoir effectué un versement de 35 millions de dollars[58].
Trente ans plus tard, Internet est devenu ce réseau que nous expérimentons aujourd'hui, à savoir : un réseau dominé par des sociétés privées les plus riches au monde. Dans ce contexte et parmi les 100 sites web les plus visités au monde, seul le nom de domaine Wikipédia appartient à une organisation non lucrative[59]. Cela explique donc pourquoi le mouvement Wikimédia, via son encyclopédie et la fondation qui l'héberge, représente à ce jour, et dans l'espace web, l'expression la plus visible de la philosophie des pionniers d’Internet.
Plus qu'un héritage, cette situation peut être vue comme une mission perpétuée au sein d'un espace envahi par une culture marchande et capitaliste. C'est là une information importante qu'il faut retenir au sujet du mouvement Wikimédia. Elle ne clôture pas pour autant tout ce qu'il faut savoir au sujet des évènements qui ont permis la création d’une encyclopédie mondiale, libre et collaborative. Mais en revanche, elle nous invite à découvrir l'histoire du World Wide Web, un espace numérique sans lequel la création de Wikipédia n'aurait jamais été possible.
Chapitre 5 : Le World Wide Web
Maintenant que le lien entre la création d'Internet et le mouvement Wikimédia est établi, découvrons à présent l'application la plus connue du réseau, que l'on nomme le World Wide Web, ou plus simplement « Web ». C'est Tim Berners-Lee qui en fut l’inventeur, lorsqu’il était encore actif à l'Organisation européenne pour la recherche nucléaire. Il avait pour idée de créer un espace d’échange public par l’intermédiaire d'Internet, et pour y parvenir, il mit au point le logiciel « WorldWideWeb », rebaptisé Nexus pour éviter toute confusion avec le World Wide Web[60]
Grâce à un système d’indexation appelé hypertexte, ce programme informatique a permis de produire et de connecter des espaces numériques intitulés sites Web. Ceux-ci sont composés de pages web, hébergées sur des ordinateurs distants, mais connectés entre eux au travers du réseau Internet. Pour permettre ce type de connexion, Berners-Lee mit au point le Hypertext Transfer Protocol ou HTTP, un nouveau protocole de communication simple en soi, mais dont la mise en œuvre technique est compliquée.
Pour veiller au bon fonctionnement et au bon usage de l'espace web, des règles de standardisation ont tout d'abord été édictées par l’association Internet Society. Après quoi, Berners-Lee fonda le W3C, un consortium international dont la devise est : « un seul Web partout et pour tous »[61]. Si ce slogan nous apparaît très naturel aujourd’hui, il faut toutefois savoir que l'espace Web a bien failli être régi séparément par des acteurs commerciaux, avec tous les droits d'accès que cela aurait pu engendrer.
À partir du trente avril 1993, jour du dépôt du logiciel WorldWideWeb dans le domaine public par Robert Cailliau, un collègue de Berners-Lee chargé de la promotion de son projet, un tel scénario était en effet possible. Sauf qu'après le départ de Berners-Lee, devenu président du W3C, François Flückiger, qui avait repris son poste au sein du CERN[62], eut la présence d'esprit de réagir à temps. Selon le livre Alexandria qui parcourt l'histoire de Robert Caillau[63], voici ce qui aurait pu se passer si le code de l’éditeur HTML n'avait finalement pas été placé sous licence libre.
La philanthropie de Robert, c’est très sympa, mais ça expose le Web à d’horribles dangers. Une entreprise pourrait s’emparer du code source, corriger un minuscule bug, s’approprier le « nouveau » logiciel et enfin faire payer une licence à ses utilisateurs. L’ogre Microsoft, par exemple, serait du genre à flairer le bon plan pour écraser son ennemi Macintosh. Les détenteurs d’un PC devraient alors débourser un certain montant pour profiter des fonctionnalités du Web copyrighté Microsoft. Les détenteurs d’un Macintosh, eux, navigueraient sur un Web de plus en plus éloigné de celui vendu par Bill Gates, d’abord gratuit peut-être, avant d’être soumis lui aussi à une licence.
Face à un tel scénario, nous découvrons de nouveau à quel point le concept de licence libre a fondamentalement changé le cours de la révolution numérique. Sans cela, nos expériences et nos usages de l'espace numérique auraient été totalement différents. L'utopie Wikipédia, par exemple, n'aurait certainement pas vu le jour, en raison de l'éclatement des espaces numériques et des coûts d'accès auxquels seraient confrontés les bénévoles qui ont construit le projet. Quoi qu'il en soit, et au niveau technique, une fois l'espace web apparu, il ne manquait plus qu'une chose pour permettre la création d'une encyclopédie collaborative au format numérique.
Chapitre 6 : Les plateformes Wiki
Un wiki, ou un moteur de wiki, est un logiciel que l'on installe sur un serveur informatique pour permettre la création d’un site web éditable et configurable à l’aide d’un simple navigateur. Plus précisément, c’est un système de gestion de contenu, dans lequel le code HTML, CSS, JavaScript et Lua, ainsi que certains paramètres, peuvent être modifiés par tous les internautes. Cela peut se faire en se connectant à un compte utilisateur, afin de bénéficier des droits de modification et d’administration qui lui sont accordés, ou en utilisant la configuration attribuée par défaut aux personnes non connectées.
Sur les pages web d'un wiki, chaque modification provoque un nouvel enregistrement complet du code source qui la compose. De la sorte, il est toujours possible, à partir d’une page reprenant l’historique des modifications, de rétablir l'une de ses anciennes versions. Grâce à ce système, on peut ainsi savoir quelle personne, ou quelle adresse IP est à l’origine d’un changement, et même voir l’endroit où la modification a été faite, et à quel moment celle-ci a été réalisée.
Le premier logiciel Wiki, qui portait le nom de WikiWikiWeb, a été créé et placé sous licence libre GPL par Ward Cunningham en mars 1995[64]. Grâce à la licence, d’autres programmes wiki ont vu le jour en copiant ou s’inspirant du code source de WikiWikiWeb, ou des autres projets wiki qui l'avaient fait auparavant. Cette émulation récursive, qui donna naissance à toute une panoplie de projets wiki, est donc à nouveau une belle illustration des retombées positives que peut susciter l'application d'une licence libre.
Parmi les différents logiciels Wiki disponibles, UseModWiki fut choisi par la société Bomis qui finança la création du premier projet Wikipédia en anglais. C'était un choix judicieux, car l’éclatement de la bulle spéculative d’Internet, à la fin des années 2000, confrontait l'entreprise à de grosses difficultés financières. Un programme gratuit, simple d’utilisation et peu gourmand en ressources informatiques, convenait donc parfaitement dans ce cadre. UseModWiki fut par après remplacé par un autre moteur de Wiki sans nom, mais plus performant et toujours produit sous licence libre. Ce dernier fut ensuite amélioré par plusieurs programmeurs, dont Brion Vibber, le premier employé de la Fondation Wikimédia, avant d’être finalement intitulé MediaWiki.
Avec l’aide de nouveaux employés et des bénévoles actifs sur le site mediawiki.org, ce système de gestion de contenu finit par apparaitre en tête du classement des wikis les plus utilisés[66]. Grâce à la licence libre, des milliers d'autres personnes et projets ont pu en effet développer des sites Web, sans nécessairement faire partie du mouvement Wikimédia. Ce succès a par ailleurs justifié l'organisation de rassemblements annuels entre 2016 et 2020, entre personnes et organisations qui utilisent le programme, pour discuter de son développement et de ses usages.
Ceci étant dit, il existe dans la liste des Wikis d’autres logiciels libres intéressants, tels que DokuWiki, rendu populaire par sa simplicité d’installation et d’usage. Jusqu’à ce jour cependant, seul MediaWiki semble suffisamment stable et puissant pour permettre le développement optimal de l’ensemble des projets Wikimédia. Avec parmi ceux-ci, bien sûr, Wikipédia, l'encyclopédie libre et universelle, dont nous allons enfin découvrir la mise en place dans ce prochain chapitre.
Chapitre 7 : L’encyclopédie libre et universelle
Dans les chapitres précédents, nous avons découvert toutes les innovations techniques et culturelles sans lesquelles Wikipédia n’aurait jamais pu devenir la plus grande encyclopédie libre et universelle connue au monde. Son objectif est de synthétiser la totalité du savoir humain. Ce qui n’est autre, finalement, qu’un vieux rêve de notre humanité. Trois cents ans avant Jésus-Christ et durant la création de la bibliothèque d’Alexandrie, ce désir était aussi celui de Ptolémée Iᵉʳ. C'était deux siècles avant que Denis Diderot publie, avec Jean Le Rond d'Alembert et Louis de Jaucourt en 1751, la première édition de l’Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers. Quant à Paul Otlet, qui a créé avec Henri La Fontaine la classification décimale universelle en usage depuis 1905, il s’était mis en tête de répertorier l’ensemble du savoir humain au sein d'un seul édifice.
Peu connu à ce jour, ce documentaliste belge rêvait pourtant de cataloguer le monde et de rassembler toutes les connaissances humaines, sous la forme d’un gigantesque répertoire bibliographique universel, situé à l'intérieur d'un Mundaneum[70]. En 1934, dans le Traité de documentation écrit par celui qui voulait « classer le monde[71] », Otlet décrit, de manière particulièrement visionnaire, un possible partage du savoir et de l’information[72].
Ici, la Table de Travail n’est plus chargée d’aucun livre. À leur place se dresse un écran et à portée un téléphone. Là-bas, au loin, dans un édifice immense, sont tous les livres et tous les renseignements, avec tout l’espace que requiert leur enregistrement et leur manutention…
De là, on fait apparaître sur l’écran la page à lire pour connaître la question posée par téléphone avec ou sans fil. Un écran serait double, quadruple ou décuple s’il s’agissait de multiplier les textes et les documents à confronter simultanément ; il y aurait un haut-parleur si la vue devrait être aidée par une audition. Une telle hypothèse, un Wells certes l’aimerait. Utopie aujourd’hui parce qu’elle n’existe encore nulle part, mais elle pourrait devenir la réalité de demain pourvu que se perfectionnent encore nos méthodes et notre instrumentation.
À peu de choses près, cette utopie décrite en 1934 par Otlet correspond à l'usage que l'on fait du réseau Internet et de son espace web, lorsqu'on recherche de l'information aujourd'hui. Premièrement, allumer un système informatique, avec ou sans fil, muni d'un écran ; ensuite, poser une question dans un moteur de recherche ; puis, comme cela arrive très souvent, être redirigé vers l'une des versions linguistiques de Wikipédia[73].
Ce scénario, dans lequel les moteurs de recherche jouent un rôle central, explique la popularité de l'encyclopédie libre. D'autres projets similaires étaient pourtant apparus sur le Web avant l'arrivée de Wikipédia. Environ trois ans avant sa création, Aaron Swartz, un activiste de la culture libre qui avait juste douze ans à l'époque, avait par exemple lancé une sorte de site encyclopédique produit et régi par ses usagers. Appelé The Info Network, ce site web avait d'ailleurs permis à son auteur de recevoir l'ArsDigita Prize, un prix décerné aux jeunes créateurs de projets « utiles, éducatifs, collaboratifs et non commerciaux »[75].
Il faut savoir ensuite que l'expression « encyclopédie libre et universelle » fut oubliée pour la première fois durant l'année 2000 par Richard Stallman, soit l'année qui précéda celle de la naissance de Wikipédia. C'était dans un essai intitulé The Free Universal Encyclopedia and Learning Resource[76], qui, selon son auteur, avait été rédigé deux ans avant sa publication sur la liste de diffusion du projet GNU[77]. Repris ci-dessous, un extrait de ce texte, présente les particularités du projet.
Le World Wide Web a le potentiel de devenir une encyclopédie universelle couvrant tous les domaines de la connaissance et une bibliothèque complète de cours d’enseignement. Ce résultat pourrait être atteint sans effort particulier, si personne n’intervient. Mais les entreprises se mobilisent aujourd’hui pour orienter l’avenir vers une voie différente, dans laquelle elles contrôlent et limitent l’accès au matériel pédagogique, afin de soutirer de l’argent aux personnes qui veulent apprendre.
Nous ne pouvons pas empêcher les entreprises de restreindre l’information qu’elles mettent à disposition ; ce que nous pouvons faire, c’est proposer une alternative. Nous devons lancer un mouvement pour développer une encyclopédie libre universelle, tout comme le mouvement des logiciels libres nous a donné le système d’exploitation libre GNU/Linux. L’encyclopédie libre fournira une alternative aux encyclopédies restreintes que les entreprises de médias rédigeront[78].
En parlant d'un « mouvement pour développer une encyclopédie libre universelle », Stallman anticipait donc, sans le savoir, l'arrivée du mouvement Wikimédia, qui ne se concrétisa que bien des années plus tard. Quant à la soixantaine de paragraphes qui décrivent son projet, on y retrouve, dans une forme presque identique, les cinq principes fondateurs qui ont guidé la création de Wikipédia et qui sont toujours actifs à ce jour[79].
Le premier consiste bien sûr à créer une encyclopédie ; le deuxième réclame une neutralité de point de vue[80], chose que Stallman expliquait déjà en écrivant qu’« en cas de controverse, plusieurs points de vue seront représentés » ; le troisième implique le respect des droits d’auteur et l’adoption d'une licence libre, celle précisément dont Stallman avait été l'initiateur ; le quatrième inscrit le projet dans une démarche collaborative, alors que Stallman précisait déjà que « tout le monde est le bienvenu pour écrire des articles » ; et le cinquième enfin, stipule qu’il n’y a pas d’autres règles fixes, une position très courante dans le milieu des hackers dont Stallman faisait partie.
Il apparaît donc clairement que le projet Wikipédia n'était pas une idée originale en soi, mais plutôt une opportunité saisie par la société Bomis pour enrichir sa propre encyclopédie commerciale, Nupedia. Cette dernière avait été lancée en avril 2000, soit environ dix mois avant Wikipédia, et sa rédaction était assurée par des experts engagés au sein d’un processus éditorial strict et formel[81]. Malheureusement pour la firme Bomis, le nombre d’articles ne progressait que très lentement.
Dans le but d'accélérer le processus, Larry Sanger, un docteur en philosophie employé par Bomis pour assurer le rôle de rédacteur en chef de Nupedia, eut l'idée d'installer un logiciel wiki sur les serveurs de son entreprise. L'objectif était d'ouvrir un site web participatif, dans lequel des volontaires pourraient créer des articles encyclopédiques, pour qu'ils soitent ensuite intégrés dans le projet commercial. Malgré le manque d’enthousiasme de son employeur Jimmy Wales[82], Sanger mit ses idées en application, et c'est ainsi que débuta l’histoire de Wikipédia[83], avec sa toute première version en anglais.
C’était le 15 janvier 2001, précisément le même mois où Richard Stallman mit en ligne son propre projet d’encyclopédie libre et universelle, qu'il souhaitait intituler GNUPedia. Étonnamment, les noms de domaine gnupedia .com .net et .org avaient déjà été enregistrés au nom de Jimmy Wales[84], ce qui obligea Stallman à rebaptiser son projet GNE. Ce fait est d'autant plus surprenant que Wales affirma des années plus tard[85] : « n’avoir eu aucune connaissance directe de l’essai de Stallman lorsqu’il s’est lancé dans son projet d’encyclopédie »[86].
Le site GNE ne ressemblait cependant pas vraiment à une encyclopédie, mais plutôt à un blog collectif[87] ou une base de connaissances[88], tandis que la page d’accueil du projet précisait clairement qu’il s’agissait d’une bibliothèque d’opinions[89]. Quant à sa modération, elle avait demandé d'engager un employé, car elle s'est avérée bien plus compliquée que prévu. À côté de cela, et probablement grâce aux spécificités de l’environnement wiki et aux soutiens apportés par Jimmy Wales et Larry Sanger, Wikipédia réussit à mettre en place une organisation efficace au sein d'une communauté d'éditeurs grandissante.
Peut-être en raison de la concurrence libre faite par le projet GNE, Jimmy Wales décida d'abandonner le copyright que Bomis détenait sur son encyclopédie commerciale Nupedia, pour le remplacer par une licence Nupedia Open Content[90]. Peu de temps après, il décida finalement d'adopter la licence de documentation libre GNU conçue pour protéger les textes de documentation des logiciels libres. Ce dernier choix fut une stratégie payante, puisque cela incita Richard Stallman à transférer tout le contenu de son projet GNE vers Nupedia, et à encourager tout le monde à contribuer sur Wikipédia[91].
Parmi les autres actions de Jimmy Wales qui ont contribué au succès de Wikipédia, il y eu cette idée d'ouvrir le projet aux « gens ordinaires[92] ». C’était un choix qui s’opposait aux idéaux de Larry Sanger, qui de loin préférait le modèle de Nupedia avec son système de relecture par des experts. Cependant, Jimmy Wales, en tant qu'homme d’affaires, visait une croissance plus rapide du contenu de l'encyclopédie[85].
Cette croissance ne s'est toutefois pas faite sans difficulté. Le 26 février 2002 en effet, l'Enciclopedia Libre Universal en Español, un projet dissident du projet Wikipédia, fit son apparition. C'était une réaction à de la censure, à l'existence d'une ligne éditoriale et à la possibilité de void apparaitre des publicités dan sdes projets Wikipédia[93]. En raison des remises en question que cette séparation scucitait parmi les bénévoles actifs dans les projets, Jimmy Wales renonça finalement à l'usage de la publicité et mis de côté ses visions en matière de profit.
Il faut aussi tenir en compte que cet évènement est survenu lors de l'éclatement de la bulle spéculative Internet et du Krach boursier de 2001-2002, qui plaçaient la société Bomis dans des difficultés financières, et surtout, dans l'incapacité de payer le salaire de Larry Sanger, son seul employé. En mars 2002 et après un mois d’activité bénévole, l’ex-employé décida alors de quitter les fonctions, qu'il occupait depuis un peu plus d'un an, dans Nupedia et Wikipédia[94]. Avec le seul soutien de Jimmy Wales, les deux encyclopédies purent toutefois poursuivre leurs développements, toujours avec le concours d'experts dans Nupedia et d'une communauté bénévole au niveau de Wikipédia. Néanmoins, en septembre 2003 et vu l'écart qui se creusait entre les deux projets, l'encyclopédie Nupedia fut fermée et ses quelques dizaines d'articles transférés, vers les milliers d'autres que comprenait déjà le projet Wikipédia.
Trois ans plus tard, Larry Sanger n’avait pas dit son dernier mot. En septembre 2006, il décida en effet de lancer sur fonds propres une encyclopédie intitulée Citizendium. Cette plateforme écrite en anglais uniquement et toujours active à ce jour, repose sur un système d’expertise, dans lequel les contributrices et les contributeurs doivent déclarer leur identité réelle. En avril 2026 cependant, Citizendium reprenait moins de 2000 articles[95], tout avancement confondu, tandis que le projet Wikipédia en anglais en regroupait déjà plus de 7 millions[96]
Voici donc comment est née la plus grande encyclopédie au monde, dont la taille et la visibilité n'avaient jamais été égalées auparavant. Une encyclopédie qui, de plus, s'est rapidement déclinée en de nombreuses versions linguistiques, à l'instar de sa version francophone, lancée moins de quatre mois après le projet original en anglais[97]. Toutes ces versions ont formé les premières bases d’une organisation mondiale, bientôt chapeautée par une fondation. Avant cela, d'autres projets pédagogiques et collaboratifs ont vu le jour au côté de Wikipédia. Intitulés « projets frères », ceux-ci se constituent à leur tour, en de nombreuses versions linguistiques, tout en poursuivant le processus de création du mouvement Wikimédia.
Chapitre 8 : L'arrivée des projets frères
Dans le but de développer des contenus pédagogiques qui ne trouvaient pas leur place dans Wikipédia, d’autres projets pédagogiques et collaboratifs ont vu le jour, pour former ce que l'on appelle couramment aujourd'hui : l’écosystème Wikimedia. La naissance de tous ces projets, ainsi que les évènements importants qui ont contribué au développement du mouvement, ont été repris dans une ligne du temps réalisée par Guillaume Paumier, à l’occasion du dixième anniversaire de Wikipédia. Grâce à ce graphique, on peut voir en détail l'évolution du nombre de projets, de versions linguistiques, de contributeurs et d'articles, et se faire ainsi une idée sur la vitesse à laquelle s'est développé le mouvement Wikimédia.
Parmi tous les projets frères de Wikipédia, le premier apparu fut Méta-Wiki, une plateforme de référence pour centraliser la gestion de l'ensemble des sites web hébergés par la fondation Wikimédia. Dans un premier temps, cet espace communautaire en ligne a répondu à la nécessité de traiter en un seul lieu les questions communes aux différentes versions linguistiques de Wikipédia. Aujourd'hui, le site web est le principal endroit de coordination et de gestion de l'ensemble du mouvement Wikimédia. On y retrouve énormément d'informations au sujet des projets en ligne, et peut-être plus encore, concernant la Fondation et les organismes affiliés.
Après Méta-Wiki, sept autres projets de partage de la connaissance ont fait leur apparition, avant d'être déclinés à leur tour en plusieurs versions linguistiques. Tous ces projets émergent en général sur l’initiative d’un petit groupe de personnes actives au sein d’un projet préexistant. Ce fut le cas du projet Wiktionnaire en anglais, le deuxième projet à voir le jour après Méta-Wiki, en décembre 2002, soit deux ans avant la version francophone apparue en mars 2004[98].
Il est intéressant d'observer que la version francophone du Wiktionnaire n’a pas été créée à partir du projet anglophone, mais bien depuis le projet Wikipédia en français. D'ailleurs, on peut retrouver dans les archives de ce dernier projet, un débat concernant la pertinence de cette création, dont voici un extrait.
En fait, ce qui me peine vraiment avec le projet Wiktionary, c’est que alors qu’on essaie de rassembler les gens (pas facile) pour créer une sorte de tour de Babel de la connaissance (tâche bien longue et difficile), ce nouveau projet va disperser les énergies pour une raison qui ne me semble pas valable. C’est la création de Wiktionary qui va créer des redondances. À mon avis il existera rapidement des pages sur le même mot, mais ne contenant pas les mêmes informations. Pour quelle raison ces connaissances devraient-elles être séparées ? Les encyclopédies sur papier devaient faire des choix à cause du manque de place, mais nous, pourquoi le ferions-nous ??? "Wikipédia n’est pas un dictionnaire" n’est pas un argument à mon avis... si vraiment c’était pas un dictionnaire, il faudrait virer tout un tas d’article. Je ne comprends vraiment pas cette volonté de séparer la connaissance entre ce qui est "encyclopédique" et ce qui n’est "qu’une définition".
[Réponse]
Pour moi ce qu’est Wiktionary, c’est une partie de Wikipédia s’intéressant plus particulièrement aux aspects linguistiques des mots. La différence que je verrais entre la partie dictionnaire de Wikipédia et sa partie dite encyclopédique, c’est que la partie dictionnaire s’intéresserait au sens des mots eux-mêmes alors que la partie encyclopédie s’attache plus à faire ressortir un état des connaissances à un moment donné. Le pourquoi de la séparation d’avec la partie encyclopédie tient plus à des raisons techniques qu’à une volonté de monter un projet indépendant, en effet, à mon humble avis, un dictionnaire nécessite une plus grande rigueur (de présentation) qu’une encyclopédie. Ceci entraîne beaucoup de problème et entre autres le choix de la mise en forme des articles du dictionnaire.[99]
Créer un nouveau projet, c’est effectivement créer un nouveau site web, qui devra faire l’objet d’une nouvelle gestion, tant pour les serveurs de la Fondation, que pour la nouvelle communauté de contributeurs. L’importation de pages d’un projet à l'autre ou la traduction de celles-ci sont bien sûr toujours possibles, mais cela duplique alors aussi la maintenance et les mises à jour. Le choix de scinder un projet, en faveur d’une plus grande liberté, comporte donc certains coûts humains et financiers.
Ce prix à payer n'a pour autant pas empêché le projet anglophone Wikibooks de faire son apparition le 10 juin 2003, soit près d’un an avant Wikilivres, la version francophone du projet, apparue le 22 juillet 2004. Cette dernière création avait de nouveau été débattue au sein de la communauté Wikipédia en français, et non pas dans le Wikibooks en anglais. Quant à l'objectif commun aux deux projets linguistiques, il était de créer une « bibliothèque de livres pédagogiques libres que chacun peut améliorer »[100].
Environ un an après la création du projet en anglais, un nouvel espace de noms intitulé Wikijunior fut mis en place au sein de la bibliothèque en ligne. Ce sous-projet avait été créé pour répondre à un financement de la fondation Beck, qui cherchait à promouvoir la production de nouvelles littératures pour des enfants de huit à onze ans[101]. Peu de temps après, cette tranche d’âge fut toutefois élargie de zéro à douze ans au niveau du projet francophone, quand le sous-projet y fut adopté[102].
Ces deux évènements témoignent ainsi qu'il est toujours possible qu'un sous-projet apparaisse dans un projet Wikimédia. Comme autre exemple, il y a aussi le WikiJournal, un sous-projet développé au sein du projet Wikiversité en anglais et qui reçu le prix de l’Open Publishing Awards en 2019[103]. Une demande fut faite pour qu'il puisse bénéficier d'un nouveau site web dans le but de pouvoir se développer en dehors de Wikiversité. Malheureusement pour les initiateurs, la demande est restée sans suite jusqu'à ce jour[104], après que le conseil d’administration de la Fondation, chargé de répondre à leur demande, considéra que le projet n’était pas suffisamment abouti.
Il faut savoir qu'avant cela, le projet Wikiversité, dans lequel est né Wikijournal, avait lui-même été un sous-projet du projet Wikibook[105]. Initialement, il visait à « créer une communauté de personnes qui se soutiennent mutuellement dans leurs efforts éducatifs[106] »[107]. Cependant, en août 2005, une longue discussion remit en question l’existence du sous-projet Wikiversité dans Wikibooks. Au terme de celle-ci, la décision fut prise de transférer Wikiversité et son contenu sur le site Méta-Wiki[108], là où de nouvelles discussions ont abouti à l’idée de faire de Wikiversité un nouveau projet indépendant[109].
Déjà à l'époque, le conseil d’administration de la Fondation Wikimédia se montrait réticent à l'ouverture de nouveaux projets, et sa réaction fut de demander l'ouverture d'un sondage au sein de la communauté. Celui-ci devait rassembler une majorité des deux tiers en faveur de l'ouverture du nouveau site web[110]. Un résultat qui fut finalement obtenu, mais pas sans de longs débats, dont voici un extrait[108].
La principale raison pour laquelle la Fondation Wikimédia ne veut pas "lâcher le morceau" est une simple question de bureaucratie et la crainte que le projet ne devienne une autre Wikispecies [un projet de répertoire du vivant]. Wikispecies est une idée cool, mais les "fondateurs" du projet se sont dégonflés à mi-chemin de la mise en place du contenu et ont décidé de faire une révision majeure qui a pris plus de temps que ce que tout le monde était prêt à mettre.
Le même problème s’applique à Wikiversity en ce qui concerne la Fondation, parce que les objectifs et les buts de ce projet ne sont pas clairement définis, et il semble que les participants essaient de mordre plus qu’ils ne peuvent mâcher en proposant une université de recherche multi-collèges entière (avec un statut de recherche et une accréditation) à former de toutes pièces plutôt qu’un simple centre d’éducation pour adultes avec quelques classes.[111]
En novembre 2005 et malgré les résultats du sondage, l'indépendance du projet Wikiversité ne fut toutefois pas acceptée par cinq membres du conseil. Ceux-ci réclamaient une « réécriture de la proposition pour en exclure la remise de titre de compétence, la conduite de cours en ligne, et de clarifier le concept de plate-forme e-learning[112] »[113]. Quand ces rectifications furent faites, le projet bénéficia d'une période d’essai de plusieurs mois, jusqu'à ce que les amendements apportés au projet de départ soient enfin acceptés, le 31 juillet 2006. Ce long temps d'attente était justifié par la création du special projects committee[114], qui, jusqu'en décembre 2021, fut chargé de soulager le conseil d’administration de la fondation, par rapport aux demandes de création de nouveaux projets Wikimédia[115].
Un nouveau site, nommé Beta-Wikiversity, fut ainsi créé pour assister le lancement des différentes versions linguistiques de Wikiversité[116]. Durant six mois, son premier objectif a d'abord été l'élaboration des lignes directrices concernant la potentialité de produire des recherches collaboratives au sein du projet[117]. Par la suite, chaque nouvelle version linguistique, développée dans le projet Beta, devait avoir plus de 10 modifications par mois, réalisées par au moins trois personnes distinctes, avant de pouvoir bénéficier de son propre site web.
À l'image de Beta-Wikiversity, le projet Wikisource[118] possède lui aussi un site indépendant pour lancer ces nouvelles déclinaisons linguistiques. Tandis que pour tous les autres projets pédagogiques, ce lancement s'effectue sur la plateforme Wikimedia Incubator[119], créée à la même époque que Beta-Wikiversity. Ces trois plateforme de lancement ne concerne pas les nouveaux projets, qui doivent faire l'objet d'une acceptation par le conseil d'administration de la Fondation Wikimédia, et qui peuvent avoir pour origines des processus de création divers .
Le projet Wikivoyage, par exemple, fut initialement créé en 2003 dans un Wiki extérieur au mouvement Wikimédia, là où il portait le nom de Wikitravel[120]. Comme cela arrive parfois, ce projet sans but lucratif fut acheté par une entreprise commerciale en 2006. Mais en raison du changement de gouvernance et de l'apparition de publicités, une scission est apparue au sein de la communauté d’éditeurs. Les personnes désireuses de quitter Wikitravel lancèrent alors un nouveau site appelé Wikivoyage, qui reçut en 2007, le Webby Award du meilleur guide de voyage Internet[121].
L'intégration de Wikivoyage dans l'écosystème Wikimédia n'a cependant été faite qu'en 2012, à la suite d'un appel à commentaires durant lequel 540 personnes furent en faveur de l’intégration du projet, 153 contre, pendant que 6 restèrent sans avis [122]. Comme cette nouvelle déclencha une migration importante depuis Wikitravel vers Wikivoyage, une plainte fut déposée par la société commerciale en charge du premier projet. Celle-ci fut toutefois rejetée et le projet Wikivoyage continua à prendre de l’ampleur au sein du mouvement Wikimédia, avec la création de nouvelles versions linguistiques[123].
Le cas de Wikivoyage apparait toutefois comme une exception, car en général les nouveaux projets émergent des centaines de candidatures déposées sur le projet Méta-Wiki[124]. Celles-ci se soldent bien souvent par un refus, comme ce fut le cas pour le projet WikiLang dont le but était de lancer un laboratoire linguistique[125]. Quelques rares projets ont pourtant la chance d'être élus. Ce fut notamment le cas en octobre 2012, avec le lancement de la base de données structurée et sémantique Wikidata et de ses extensions Wikibase, ou plus récemment, en 2020, avec l'arrivée du projet Abstract Wikipedia[126] et Wikifunctions[127].
Sans vouloir entrer dans les détails, il est intéressant de savoir que l'interconnexion entre ces trois projets permet de traduire automatiquement des articles encyclopédiques dans tous les langages naturels pris en charge par le mouvement Wikimédia. Plus précisément, les phrases des articles publiées sur Abstract Wikipédia, sont formulées par des fonctions informatiques produites dans le projet Wikifunctions, dans le but de traiter les informations de la base de données sémantique Wikidata. Autrement dit, un article dans Abstract Wikipédia ne possède qu'une seule page pour toutes les langues, pareillement aux pages d'entités de Wikidata, qui ont pour titre une lettre suivie d'un chiffre[128].
À la suite de ces explications, on observe donc que ce n'est pas la complexité qui détermine le refus projet, mais plutôt une série de critères comparables à ceux retenus pour supprimer des projets ou versions linguistiques déjà existants. À ce propos, il existe sur Méta-Wiki une liste mise à jour des différents sites hébergés par la Fondation Wikimédia dont l'existence est remise en cause[129]. Dans celle-ci, on retrouve essentiellement des versions linguistiques de projets qui n’ont pas réussi à poursuivre leurs développements, bien qu'un projet entier soit toujours susceptible d'être mis à l'arrêt. C'est d'ailleurs ce qui est arrivé aux 31 versions linguistiques du projet Wikinews, qui en date du 4 mai 2026, soit 22 ans après le lancement du site anglophone, sont accessibles en mode lecture uniquement[130].
Dans le cas de Wikinews, ce fut le manque d'activité qui apparut comme principale justification de la suspension du projet. Cependant, d'autres raisons pourraient être invoquées, comme le prouve cet épisode de 2005, où, peu de temps après son lancement, la version francophone du recueil de citations Wikiquote a bien risqué de disparaitre. Le projet fut effectivement accusé d’avoir récupéré le contenu d’une base de données soumise à un droit d’auteur, incompatible avec la licence Creative Commons appliquée sur l’ensemble des projets pédagogiques Wikimédia. Lorsqu'une plainte fut adressée à l’association Wikimédia France, pour être ensuite relayée sur le site Méta-Wiki, il fut bien question de fermer le projet[131]. Après de longues discussions, celui-ci fut maintenu, mais avec pour conditions de repartir de zéro, et d’établir une charte pour garantir la traçabilité des citations reprises par le projet[132].
Voici donc de quoi se faire une idée sur la manière dont les projets pédagogiques et leurs déclinaisons linguistiques apparaissent et disparaissent au sein du mouvement. Les exemples repris ci-dessus suffisent effectivement pour comprendre les principes généraux qui sous-tendent leurs créations. En dehors de Méta-Wiki, Wikidata, Wikifunctions, Abstract Wikipédia et Wikimedia Commons, qui ne sont pas des projets de contenu pédagogique à proprement parler, tous les autres projets semblent effectivement provenir d’un désir de spécialisation d’un projet préexistant.
L'idée est généralement débattue dans un projet de même langue, avant de relayer la discussion vers le site Méta-Wiki. Si le projet y est jugé pertinent, il fait alors l'objet d'une candidature qui doit actuellement être soumise au groupe de travail des projets frères du comité des affaires communautaires de la Fondation Wikimédia. Quant aux nouvelles versions linguistiques, elles doivent être aujourd'hui soumises à l'approbation du comité des langues, avant d'être testées sur les plateformes Incubator, Beta-Wikiversité ou Wikisource Multilingue, dans le but de bénéficier d’un site web indépendant.
Suite à ces explications concernant les projets frères et leurs variations linguistiques, il nous reste encore à parler des sites qui ont un lien avec le mot Wiki, soit par leur nom, soit par le logiciel utilisé. En 2024 en effet, plus de 22 600 d'entre eux étaient répertoriés, dont plus de 95 % sans aucun lien avec le mouvement Wikimédia, en dehors du fait, peut-être, qu’ils utilisaient le logiciel MediaWiki développé par la Fondation Wikimédia[133].
WikiLeaks par exemple, créé par Julian Assange dans le but de publier des documents classifiés provenant de sources anonymes, n’est ni un projet Wikimédia, ni un site collaboratif. Quant au recueil universel et multilingue de guides illustrés WikiHow, si celui-ci fonctionne pour sa part de manière collaborative et avec le logiciel MediaWiki[134], il n'a pourtant aucun lien avec le mouvement Wikimédia. D'ailleurs, son ergonomie, radicalement différente de celle des projets Wikimédia, permet de le comprendre au premier coup d’œil.
En revanche, Wikimini, l'encyclopédie libre pour les enfants, a une apparence tout à fait comparable à celle des projets Wikimédia, alors que le projet n’a jamais été accepté par la Fondation. Quant aux projets WikiTribune et Fandom, l'ambiguïté qu'ils entretiennent avec le mouvement est d'autant plus grande qu'ils ont été créés par Jimmy Wales, le fondateur de Wikipédia et de la Fondation Wikimédia[135]. Cependant, comme ce sont des projets commerciaux, ils ne peuvent en aucun cas être soutenus par une fondation sans but lucratif.
Au terme de cette présentation, il ne reste plus qu'à signaler que le mouvement Wikimédia ne fut conscientisé que tardivement par rapport à l'apparition des projets Wikimédia et de leurs différentes versions linguistiques. Pour qu'un sentiment de collectivité se manifeste entre tous ceux-ci, il fallut certainement attendre qu'une coordination se développe sur la plateforme Méta-Wiki, mais également que de nombreuses rencontres et associations apparaissent en dehors de l'espace numérique. En ce sens, la naissance du mouvement ne fut pas un événement ponctuel, mais plutôt la réalisation d’un long processus de conscientisation.
Chapitre 8 : La conscientisation du mouvement
Avant d'aborder la question de la conscientisation du mouvement, il peut être intéressant de découvrir l'origine étymologique du mot « Wikimédia ». Celui-ci est un mot-valise composé du suffixe « média » et du préfixe « wiki » que l’on doit à cette expression hawaïenne « wiki wiki », qui se traduit en français par l'expression : « vite, vite »[136]. Celle-ci fut récupérée une première fois par Ward Cunningham, le créateur du premier moteur Wiki, avant d'être réutilisée dans les noms inventés pour d'autres logiciels de cette même famille. UseModWiki en est un bel exemple, puisqu'il fut le premier programme utilisé par la firme Bomis pour héberger son projet d’encyclopédie collaborative. Raison pour laquelle, sans doute, le terme « wiki » fut utilisé pour créer le mot Wikipédia, en l'associant au suffixe « pedia » qui fait référence au mot anglais encyclopedia, selon un principe qui fut ensuite repris pour tous les autres projets du mouvement.
Le mot Wikimédia, pour sa part, n’est apparu que le seize mars 2003, lors d’une discussion concernant la déclinaison possible de l’encyclopédie en d’autres types de projets éditoriaux participatifs. Durant celle-ci, l’écrivain américain Sheldon Rampton eu l’idée d’associer au terme wiki à celui de « média », afin de mettre en évidence la variété des médias produits et partagés par Wikipédia et ses projets frères[137]. Toutefois, c'est seulement en juin 2008 que Florence Devouard, présidente de la Fondation à cette époque, associe le mot Wikimédia à un mouvement social qu’elle voyait apparaître au sein des projets Wikimédia et de leurs communautés d'usagers.
Affirmer pour autant que ce moment précis coïncide avec la naissance du mouvement Wikimédia serait quelque peu arbitraire. Car si l’on peut déterminer plus ou moins facilement l’apparition d’une expression dans des archives, tout le monde sait qu’un mouvement social ne se forme pas en un seul instant. Dans le contexte du mouvement Wikimédia, sa naissance est bien sûr liée à celle du projet Wikipédia, mais également à tout ce qui permit la création de cette encyclopédie libre. Dans une autre perspective encore, on peut dater l'apparition du mouvement Wikimédia au 20 juin 2003[138], date de la création de la fondation qui porte le même nom. Ou pourquoi pas, associer la création du mouvement à la mise en ligne de la plate-forme Méta-Wiki, qui en représente le principal lieu de coordination.
Toujours est-il que l’expression « Wikimedia movement » est bien apparue en juin 2008, sous la plume de Florence Devouard. Cela s'est passé sur la liste de diffusion de la Fondation et peu de temps avant qu'elle quitte son poste de présidente[139]. Dans son message, elle partageait l'idée de placer sous le nom de domaine Wikimedia.org un site vitrine de présentation du mouvement Wikimédia qu'elle concevait de la sorte[140].
Le mouvement Wikimédia, comme je l’entends est
– une collection de valeurs partagées par les individus (liberté d’expression, connaissance pour tous, partage communautaire, etc.)
– un ensemble d’activités (conférences, ateliers, wikiacadémies, etc.)
– un ensemble d’organisations (Wikimedia Foundation, Wikimedia Allemagne, Wikimedia Taïwan, etc.), ainsi que quelques électrons libres (individus sans chapitres) et des organisations aux vues similaires[141]
Avec autant de détails et d'explications, un tel message ne pouvait qu'accélérer la prise de conscience au sein du mouvement. Dans tous les cas, il mettait en évidence que les personnes actives dans les projets éditoriaux en ligne ou dans les organismes affiliés, faisaient partie de ce que Ralf Dahrendorf appelle un « quasi-groupe[142] ». Ou autrement dit, un ensemble d’individus qui ont un mode de vie semblable, une culture commune, mais dont les points communs ne gravitent pas autour d’une prise de conscience de leur position commune dans la relation d’autorité[143].
Après la naissance de Wikipédia et de nombreux projets frères, une dizaine d’années a donc été nécessaire pour que le mouvement Wikimédia prenne conscience de son existence. Aujourd’hui encore, et comme cela a déjà été vu, de nombreuses personnes actives dans les projets pédagogiques ne réalisent toujours pas qu’elles participent aux activités d’un mouvement social. Cela, contrairement aux personnes investies dans les activités en présentiel organisées au sein du mouvement, qui sont généralement plus conscientes de leur engagement. C’est là une raison de croire que le développement de la Fondation Wikimédia et de ses organismes affiliés a joué un rôle important dans l'apparition d'un sentiment d’appartenance.
Chapitre 9 : La création des organismes affiliés
Si c’est grâce à l’arrivée des groupes et des organismes affiliés à la Fondation Wikimédia que l’idée du mouvement est probablement apparue, il est alors intéressant d'en décrire les processus de création. Mais puisque cela représente plusieurs centaines d’instances spécifiques, regroupées en plusieurs catégories détaillées en seconde partie d'ouvrage, aborder ici l’histoire de chacune d’entre elles serait une entreprise beaucoup trop fastidieuse.
De plus, s’il existe énormément d’archives numériques concernant la naissance des sites Wikimédia, ce n’est pas le cas pour ces organismes affiliés. Un bon nombre de ceux-ci se sont effectivement formés durant des rencontres ou des réunions hors ligne qui n'ont fait l’objet d’aucun enregistrement. Du reste, une bonne part des échanges effectués au sein de ces associations s'organise par des canaux de communication privés auxquels seuls les membres actifs ont accès.
Puisque je suis l'un des membres fondateurs, je me limiterai donc ici à parler de l’association Wikimédia Belgique. Celle-ci fut fondée le huit octobre 2014 en tant qu’association sans but lucratif, avant d'être reconnue le six août 2015 par le conseil d’administration de la Fondation Wikimédia[144]. Après plus de trois ans d’activités et de rencontres[145] et sous l’impulsion de Maarten Deneckere qui assuma le premier mandat de présidence, nous étions 8 personnes à signer la première version des statuts de l’association[146].
Jusqu’à ce jour, l’objet social de Wikimedia Belgique est d' « impliquer tout un chacun dans la connaissance libre[147] ». Contrairement à l'association Wikimédia Deutchland, la première à voir le jour en 2004 et qui rassemblait déjà en 2021 plus de 85 000 membres et près de 150 employés[148], l’association belge n'a qu'une seule employée à temps partiel et 150 membres en 2025[149].
Avant d’être reconnues par le comité d’affiliations chargé de seconder le conseil d’administration de la Fondation, toutes les associations nationales, dites « chapters » en anglais et toutes les autres organisations affiliées, doivent réaliser un bon nombre de démarches. Celles-ci consistent à répondre à un ensemble de prérequis qui ont évolué suite à la création d'un comité décisionnel en avril 2006[150]. Ces obligations diffèrent entre les groupes d’utilisateurs et d'utilisatrices et les associations locales ou thématiques. Parmi ceux-ci, on retrouve toutefois : un nombre minimum de membres et de référents, une mission et un règlement d’ordre intérieur conformes aux attentes du mouvement, la remise de plans et de rapports d’activités annuels, etc.[151].
On comprend donc qu’il n’est pas évident de créer une nouvelle instance au sein du mouvement. Pour bénéficier du soutien logistique et financier de la Fondation réservé aux organismes affiliés, c’est ainsi toute une série de rapports qu’il faut alors transmettre à divers comités et commissions chargés de leurs évaluations. Cela représente une quantité de tâches administratives qu’il n’est pas toujours facile d’assumer, surtout lorsque les membres de l’organisme affilié sont tous des bénévoles. D’où sans doute cette régulière disparition d’affiliations, pendant que d’autres se créent ou réapparaissent en fonction des énergies et du dynamisme disponibles dans les équipes.
Les activités liées à la récolte et à la redistribution des dons offerts au mouvement, ainsi que les autorisations d’usage de marques déposées, contrastent donc avec les valeurs de libre partage et d’autonomie décrites dans les projets pédagogiques. Cela semble confirmer que la partie hors ligne du mouvement est plus influencée par les habitudes d’un système économique dominant, contrairement à la partie en ligne qui semble plus fidèle à l’héritage de la contre-culture.
Chapitre 10 : L'héritage d'une contre-culture
Au terme de cette première partie d’ouvrage, il devient évident que la révolution numérique, que l’on considère généralement comme une révolution technique, fut aussi, et peut-être avant tout, une révolution sociale et culturelle. Quant à l'histoire de Wikimédia, reprise ici depuis les origines de son encyclopédie jusqu'à l'apparition de ses organismes affiliés, elle nous fit découvrir comment les idées de la contre-culture des années 1960 furent transmises au mouvement.
En cas de doute, observons encore que Richard Stallman, celui qui a créé les concepts de licence et d'encyclopédie libre, fut désigné par certains comme le gourou de la contre-culture hacker[152] et le père du système d’exploitation hippie[153]. Une culture hippie, dont il est aussi troublant de constater que le renversement de son logo ressemble étrangement à celui du mouvement Wikimédia.
Incontestablement et au travers du mouvement des logiciels libres, le mouvement Wikimédia a donc bien hérité des valeurs produites par les mouvements sociaux des années 1960. Des valeurs qui aujourd'hui contrastent fortement avec la marchandisation et la capitalisation du monde, dont l'espace web ne fait jamais que refléter ce qui se passe dans le reste de la société humaine. Or, ce phénomène ne date pas d'hier. En 2008 déjà, André Gorz, ce philosophe parmi les pères de la décroissance[154] et théoricien de l’écologie politique[155], constatait déjà que :
La lutte engagée entre les "logiciels propriétaires" et les "logiciels libres" [...] a été le coup d’envoi du conflit central de l’époque. Il s’étend et se prolonge dans la lutte contre la marchandisation de richesses premières – la terre, les semences, le génome, les biens culturels, les savoirs et compétences communs, constitutifs de la culture du quotidien et qui sont les préalables de l’existence d’une société. De la tournure que prendra cette lutte dépend la forme civilisée ou barbare que prendra la sortie du capitalisme. [156]
Dans cette lutte et avec le seul nom de domaine non commercial parmi le top 100 des sites les plus fréquentés du Web[157], la galaxie Wikimédia apparait donc comme un des derniers lieux numériques de liberté, de partage et d'égalité. Un lieu qui, de plus, est connu mondialement, grâce au succès des plus de 350 déclinaisons linguistiques de Wikipédia, et sans pour autant récolter d'informations sur l’identité et le comportement des internautes. Cela alors que cette pratique est considérée, par certains, comme un « nouvel or noir » pompé du Web, pendant que d’autres préfèrent parler de « capitalisme 3.0[158] » ou de « capitalisme de surveillance[159][160] » .
Évidemment, les enjeux de cette lutte sont difficiles à comprendre. La complexité de l’infrastructure informatique, mais également le fait que tout cela s'inscrit dans une révolution que Rémy Rieffel décrit comme « instable et ambivalente, simultanément porteuse de promesse, et lourde de menaces », ne facilitent pas les choses. Cela d'autant plus que tout cela se place « dans un contexte où s’affrontent des valeurs d’émancipation, et d’ouverture d’un côté et des stratégies de contrôle et de domination de l’autre[161] » .
En fait d’ambivalence, il est surprenant d'apprendre, par exemple, que Jimmy Wales, fondateur de Wikipédia et de la fondation Wikimédia, est un adepte de l’objectivisme, alors que cette philosophie voit le capitalisme comme un idéal de société[162] et l’égoïsme rationnel, comme une morale. Puis, concernant l'instabilité du numérique, il y a ces appels répétés de Tim Berners-Lee au sujet de la « redécentralisation[163] » et de la « régulation[164] » d'un espace web qu'il avait conçu dans un esprit tout à fait opposé. Quant aux pionniers d'Internet, ils n'ont probablement pas imaginé que leur création permettrait un jour, à des milliards d’objets connectés, de rapporter, rien qu'en France et en 2021, plus de 2,6 milliards d’euros[165].
Quant à la question du contrôle et au-delà de ce qui est opéré par les firmes commerciales, c'est bien sûr du côté des États qu'il faut porter son attention. Face à un mouvement qui veut s’émanciper des contrôles, par moins de 18 pays ont déjà censuré Wikipédia et parfois même l'ensemble des projets frères. Ce fut le cas par exemple pour la Turquie, la Russie, l'Iran, mais également le Royaume-Uni, la France et l'Allemagne, et c'est même le cas de manière permanente en Chine, depuis 2004[166].
Dans certains cas, des procédures juridiques ont été utilisées pour intimider les membres du mouvement. C'est arrivé en France lorsque le directeur de l'association Wikimédia fut menacé de poursuites pénales par la Direction Centrale du Renseignement Intérieur, après un refus de supprimer un article qui traitait d’une station militaire dans Wikipédia[167]. Par chance, ce qui s'est passé en France ne dépassa pas le stade de l'intimidation. En Biélorussie cependant, Mark Bernstein, un contributeur aux projets Wikimédia, fut condamné à quinze jours de prison ferme, assortis de trois ans d’assignation à résidence, pour des propos tenus au sujet de la guerre en Ukraine[168]. Cela sans oublier qu'actuellement, ce sont les conservateurs à la tête des États-Unis qui « veulent la peau de Wikipédia » en cherchant à obtenir l'identité réelle de certains contributeurs[169].
Le contrôle et le non-respect de la vie privée font ainsi appel à la figure emblématique du lanceur ou de la lanceuse d'alerte, dont la posture contestataire fait penser à celle des personnes actives dans la contre-culture des années 1960. Parmi ceux-ci, on dit de Julian Assange, Edward Snowden et Chelsea Manning, qu'ils « ont perdu leur liberté pour défendre la nôtre[170] ». De manière similaire, on pourrait donc aussi dire que les Wikimédiens Aaron Swartz, Bassel Khartabil, Pavel Pernikov, Ihor Kostenko et Mark Bernstein, se sont sacrifiés pour la liberté, le partage et la vérité.
Dans Wikimédia et comme ce fut expliqué dans l'introduction de cet ouvrage, une alerte peut prendre la forme d'un appel à commentaires en réaction à une décision ou une situation observée au sein du mouvement. C'est même là une pratique institutionnalisée, qui fait l'objet d'une procédure d'accompagnement et de suivi[171]. Toutes ces alertes concernent les dérives de certains projets, mais également de certaines associations dont la proximité avec le système économique n'aide pas au respect des pratiques et des valeurs développées en ligne.
Dans ce qui apparait aux yeux de certains comme un « bazar libertaire[172] », les choix et règles édictés dans la sphère hors ligne du mouvement ne plaisent pas toujours aux membres des communautés en ligne. Ce qui n'empêche toutefois pas les projets éditoriaux d'avoir leurs propres règles et des recommandations, ni de voir apparaitre en 2020 et dans l'ensemble du mouvement, un code de conduite universel, qui détermine le « référentiel minimum des comportements acceptables et inacceptables »[173].
L'idéologie transmise à Wikimédia, décrite en partie par Steven Levy dans son ouvrage L’Éthique des hackers[174] est donc plus subtile qu'un simple refus d'autorité. Dans un esprit de partage, d'ouverture, de transparence, de liberté, d'égalité et d'autonomie, c'est une structure très complexe, tout en étant cosmopolite et mondiale, que le mouvement réussit à mettre en place. Une organisation qui, finalement, apparait très inspirante dans la manière de faire communauté aujourd'hui, et au sein d'un monde toujours plus global et numérique.
[[Catégorie:Le mouvement Wikimédia (livre)]]
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765463
765461
2026-04-29T14:23:06Z
Lionel Scheepmans
20012
765463
wikitext
text/x-wiki
'''LE MOUVEMENT WIKIMÉDIA'''
'''Dernier partage altruiste de la connaissance libre ?'''
De Lionel Scheepmans
Avec l'aide de la communauté Wikimédia
'''Quatrième de couverture'''
Quel est ce seul acteur à but non lucratif présent dans le top 100 des sites les plus visités sur le Web ?
Comment incarne-t-il l’expression la plus visible des valeurs de liberté, d’égalité et de partage, héritées de la révolution numérique et des mouvements sociaux des années 1960 ?
Comment, à partir de Wikipédia et suite à la création d’une quinzaine de projets frères distribués en centaines de versions linguistiques, le mouvement social Wikimédia a imaginé un monde dans lequel le savoir se produit et se partage librement ?
Et comment, en toute autonomie, des dizaines de projets pédagogiques, édités par des millions de bénévoles, soutenus par une fondation et près de 200 associations et groupes locaux, produisent-ils la plus grande intelligence collective au monde ?
Avec de nombreux codes QR, cet ouvrage répond à ces questions, tout en permettant de mieux comprendre le monde global et numérique qui nous entoure.
Lionel Scheepmans est docteur en sciences politiques et sociales, militant de la culture libre et professeur d’anthropologie numérique. Il occupe plusieurs postes d’administrateur au sein du mouvement Wikimédia qu’il observe de manière participative depuis 2011. Ses travaux universitaires, du master à la thèse de doctorat, furent consacrés à l’organisation et aux enjeux de Wikipédia et du mouvement Wikimédia.
'''Avant-propos'''
Pour offrir un confort de lecture sur papier sans perdre la puissance du numérique, des codes QR sont affichés tout au long de cet ouvrage. À l’aide d’une tablette ou d’un smartphone, ils offrent un accès direct à ce qui serait coûteux ou impossible à imprimer.
Par exemple, le code QR 1, affiché en fin de page, donne accès directement à la page web qui reprend l’intégralité de l’ouvrage. Une fois sur celle-ci, on peut alors visionner les illustrations en couleur ou les enregistrements qui s’y trouvent et consulter ensuite leurs pages de descriptions en cas de besoin. Cette version numérique comprend aussi de nombreux hyperliens pointant vers Wikipédia et d’autres sites du mouvement Wikimédia, où se trouvent des compléments d’informations et leurs mises à jour.
Pour économiser du papier lors de l’impression, la section regroupant les notes et les références de l’ouvrage n’est disponible qu’au format numérique, mais est directement accessible via le code QR 2 repris ci-dessous. Grâce aux indices de renvoi chiffrés et placés en exposant dans le texte imprimé, il est alors possible, au départ d'un smartphone ou d'une tablette, de retrouver les notes et les références en fonction de leur numérotation. Lorsque la référence correspond à une page web, un lien pointant vers le projet Internet Archive s’y trouve repris, pour garantir un accès aux archives des pages citées dans l’ouvrage, si jamais elles avaient disparu du web. Quant aux pages toujours existantes, elles restent accessibles via leurs hyperliens originels, pour consulter leurs éventuelles évolutions.
Étant donné que ce livre est produit sur une plateforme collaborative, tout le monde est invité à améliorer les prochaines versions. On peut le faire en corrigeant des fautes d’orthographe ou de syntaxe sur les pages web qui constituent les différents chapitres de l’ouvrage, ou encore en apportant des commentaires sur les pages de discussion qui leur sont associées. Cela peut se faire très simplement en cliquant sur « Modifier » , quand on est sur la page d'un chapitre, et sur « Ajouter un sujet » lorsque l'on est sur une page de discussion.
Une page de discussion générale est aussi accessible grâce au code QR 3. Elle permet de commenter le livre dans son ensemble, ou de poser une question à son sujet. Il suffit pour cela d’indiquer un titre dans le champ « Démarrer un nouveau sujet », d’écrire le contenu du message dans l’encadré situé juste en dessous, puis de cliquer sur le bouton « Ajouter un sujet de manière anonyme » pour publier son message.
Enfin, pour ceux qui voudraient agrémenter leur lecture d’un fond sonore relaxant et original, le code QR 4 donne accès à une page web qui diffuse une musique mélodieuse. Celle-ci est composée de sons spécifiquement produits chaque fois qu’une modification est apportée sur un projet Wikimédia, ou qu’un nouveau compte y est créé. Ce dispositif ingénieux offre ainsi aux lecteurs qui le souhaitent une ambiance sonore particulièrement confortable, ainsi qu’une nouvelle expérience immersive au sein du mouvement Wikimédia.
'''Introduction : Wikimédia n’est pas Wikipédia'''
Depuis le succès initial de Wikipédia, une myriade de projets de partage des connaissances, d’organisations et de groupes de soutien ont émergé pour former ce qu’on appelle aujourd’hui le mouvement Wikimédia. Même si, à ce jour, l’encyclopédie libre reste l'activité phare du mouvement, il serait regrettable de réduire l’ensemble du mouvement à cet unique projet pédagogique. Malheureusement, il arrive bien trop souvent qu'une seule version linguistique de Wikipédia suffise pour cacher l’étendue de la forêt Wikimédia.
En réalité, Wikimédia représente un mouvement social, international et interculturel complexe, au sein duquel Wikipédia n’est qu’une composante parmi d’autres. Dans le cadre d'un mémoire de master, on peut ainsi fournir en quelques mois une ethnographie du projet Wikipédia en français[1]. Alors que pour synthétiser les origines, l’organisation et les dynamiques globales du mouvement Wikimédia, une thèse de doctorat[2] et cinq années de recul supplémentaires furent nécessaires.
À la fin de l'année 2025, l’ampleur numérique du mouvement est effectivement impressionnante. Chaque mois, des millions de modifications bénévoles sont effectuées sur plus de 500 millions de pages[3], réparties sur plus d’un millier de sites web[4], dont 358 seulement, correspondent aux versions linguistiques de Wikipédia[5]. Ce qui prouve donc clairement que les activités en ligne portées par l'ensemble du mouvement Wikimédia dépassent largement ce qui se passe au sein de l’encyclopédie.
Il existe ainsi huit autres projets pédagogiques susceptibles d'atteindre un jour l'envergure et la notoriété de Wikipédia, avec un objectif et un fonctionnement spécifiques à chacun. De manière détaillée, Wikilivres crée des livres pédagogiques, Wikiversité rassemble des supports d'enseignement et des travaux de recherche, Wikinews fait du journalisme collaboratif, Wikivoyage développe un guide touristique, pendant que Wiktionnaire apporte des définitions des mots de toutes les langues et dans toutes les langues.
Contrairement à Wikipédia, tous ces projets ne sont pas soumis à une neutralité de point de vue, ni limités à l'usage de sources secondaires reconnues, au niveau de la rédaction des articles. La plupart d'entre eux acceptent aussi la publication de travaux de recherche ou de productions personnelles, alors que cela est tout à fait interdit dans Wikipédia.
Selon l'étymologie du mot encyclopédie, le but de Wikipédia est en effet de synthétiser ou, plus précisément, d'encercler le savoir humain déjà préexistant. Cette contrainte éditoriale limite donc les contributeurs et contributrices à l'usage de sources secondaires et tertiaires présentes dans des publications externes au projet. De ce fait, Wikipédia reproduit fatalement les biais systémiques, tels que les déséquilibres et les surreprésentations de genre et de culture, présents dans un monde de l'édition majoritairement occidental. Or, cette impasse éditoriale propre à Wikipédia n'existe pas dans les autres projets pédagogiques.
Comme ces projets frères, Wikipédia n'est pas non plus un projet complètement autonome des autres projets Wikimédia. L'encyclopédie compte en effet sur le projet Wikimedia Commons pour héberger l'ensemble de sa médiathèque. Elle utilise ensuite le contenu du projet Wikidata comme base de données structurée. Quant aux personnes qui produisent l'encyclopédie, elles peuvent aussi puiser leurs sources dans la bibliothèque Wikisource, ou se référer à des citations d'auteurs collectées dans le projet Wikiquote. Tout cela sans oublier que des dizaines de sites web traitent l'archivage permanent de Wikipédia et des autres projets Wikimédia, dans le but de fournir des analyses précieuses et totalement libres d’accès.
Enfin, il faut aussi garder à l'esprit qu'au-delà de tous ces sites web, le mouvement Wikimédia, c'est aussi de nombreuses institutions et organisations affiliées dispersées dans le monde. Autour de la Fondation Wikimédia chargée de la gestion et de l’organisation internationales, avec près de 650 salariés de nationalités diverses[6], se regroupent des centaines d'organisations satellites. Parmi celles-ci, on retrouve 2 associations thématiques[7], 40 associations locales[8], dont Wikimedia Deutschland qui regroupe plus de 170 employés, et finalement 141 groupes d’utilisateurs et utilisatrices[10].
Tout ce qui vient d'être exposé dans cette introduction justifie donc la nécessité de distinguer le mouvement Wikimédia du projet Wikipédia. Imaginons seulement que l’on se limite à citer Paris pour décrire et comprendre un pays aussi vaste que la France. Certes, Paris est une ville mondialement connue et qui compte plus de deux millions d’habitants et un patrimoine culturel impressionnant. Mais est-ce pour autant qu'il faudrait oublier les autres villes, villages et métropoles françaises ? Sans compter que la France regroupe aussi des départements et des territoires d’outre-mer et qu'elle entretient des relations et des partenariats internationaux qui dépassent de loin ce qui se passe entre Paris et le reste du monde. Ne pas confondre le mouvement Wikimédia avec le projet Wikipédia relève donc du bon sens.
En 2019 cependant, la Fondation Wikimédia a envisagé de se renommer en Fondation Wikipédia et de remplacer le terme « Wikimédia » par celui de « Wikipédia », partout où ce terme est utilisé dans la sphère hors ligne du mouvement. Le but était d’acquérir une plus grande visibilité et d’attirer des milliards de personnes, grâce au nom de marque Wikipédia, considéré comme l’un des plus connus au monde[11]. Ce changement n’a toutefois pas été accepté par de nombreuses personnes actives au sein du mouvement Wikimédia. En janvier 2020, ces opposants ont ainsi créé une page d’appel à commentaires, qui fut le siège d’un long débat[12]. À l’issue de ce dernier, 73 représentants d’organisations affiliées et 984 personnes ont signé une lettre ouverte adressée à la Fondation, qui comprenait le paragraphe suivant[13] :
Depuis 20 ans, les bénévoles ont bâti la réputation de Wikipédia en tant que ressource indépendante et communautaire. Les projets du mouvement Wikimédia, dont Wikipédia, se développent autour de la décentralisation et du consensus. Il est essentiel d’établir des distinctions claires entre la Fondation Wikimédia, les affiliés et les contributeurs individuels. Tout changement qui affecte cet équilibre exige le consentement éclairé et la collaboration des communautés. Il est donc très préoccupant de voir « Wikipédia » présenté pour le nom de l’organisation et du mouvement malgré le mécontentement général de la communauté.
En s’opposant aux idées de la Fondation, ces membres de la communauté Wikimédia ont ainsi fait preuve de sagesse. De plus, ils ont signalé dans de nombreux commentaires que beaucoup de personnes connaissent le mouvement Wikimédia uniquement au travers de son encyclopédie. Il est même étonnant d'observer que la méconnaissance du mouvement existe au sein même de sa propre communauté. Comme exemple, on peut observer que l'article du projet Wikipédia en anglais consacré au mouvement Wikimédia ne s’est développé qu’à partir de 2016[14], tandis que ce même article dans la version francophone de l'encyclopédie n’est apparu qu’en 2019[15]. Quant aux autres versions linguistiques, il est tout aussi étonnant de constater qu'en octobre 2025, seulement 39 d'entre elles sur un total de 358 possédaient un article dédié au mouvement Wikimédia[16].
Tous ces éléments justifient donc la nécessité d’offrir au monde une meilleure connaissance du mouvement Wikimédia et des nombreux projets et organisations qui contribuent à sa mission de partage du savoir. En ce sens, ce livre est une contribution importante aux défis stratégiques que doit relever le mouvement Wikimédia à l’approche de 2030. Car au-delà des résolutions prises pour développer de nouveaux processus participatifs et délibératifs concernant les questions de marque[17], c’est avant tout un travail d’information et de sensibilisation à destination du grand public qu'il reste à faire.
'''Première partie : La naissance du mouvement Wikimédia'''
Il existe dans l'espace web une multitude d’archives permettant de retracer les événements qui ont conduit à la naissance du mouvement Wikimédia. Cette « préhistoire » du mouvement peut notamment être explorée grâce au réseau d’éducation populaire Framasoft, dont le site est apparu environ un an avant la création de la version francophone de Wikipédia. On trouve sur cette plateforme une mine d’informations concernant les logiciels libres et la culture libre. Deux épisodes majeurs de l’histoire de l’informatique et d’Internet, malheureusement méconnus du grand public.
Grâce à Framasoft et bien d’autres associations, il est possible de découvrir l’organisation et les motivations des millions de personnes qui participent au mouvement du logiciel libre. On y apprend que ce mouvement politique et social a été initié en 1983 par Richard Stallman, un programmeur du Massachusetts Institute of Technology (MIT), qui a eu l’idée d’offrir à chacun une alternative à la marchandisation du secteur informatique.
Cette philosophie de libre partage, concrétisée par le projet de Stallman, permit l’essor d’une organisation et d’une éthique de travail originales, développées au sein d’une sous-culture en vogue dans le milieu informatique depuis les années 1950. Celle-ci fut documentée dans de nombreux ouvrages, dont « L’éthique hacker »[18], un livre remarquable, dans lequel le philosophe finlandais, Pekka Himanen, analyse en détail les origines de la culture hacker. Un simple extrait de sa quatrième de couverture[19], repris ci-dessous, permet d’appréhender la manière de penser de ces informaticiens, rejoints par Richard Stallman durant ses études universitaires, avant d'en devenir l’une des figures les plus charismatiques.
On considérait jusqu’à présent le « hacker » comme un voyou d’Internet, responsable d’actes de piratage et de vols de numéros de cartes bancaires. Le philosophe Pekka Himanen voit au contraire les hackers comme des citoyens modèles de l’ère de l’information. Il les considère comme les véritables moteurs d’une profonde mutation sociale. Leur éthique, leur rapport au travail, au temps ou à l’argent, sont fondés sur la passion, le plaisir ou le partage. Cette éthique est radicalement opposée à l’éthique protestante, telle qu’elle est définie par Max Weber, du travail comme devoir, comme valeur en soi, une morale qui domine encore le monde aujourd’hui.
En introduisant cette première partie d'ouvrage de la sorte, nous pouvons déjà comprendre que le mouvement Wikimédia plonge ses racines dans une transition culturelle remplie d’utopie[20]. Une utopie qui s’oppose notamment à ce que l’historien et anthropologue Karl Polanyi[21] désignait, en 1944 déjà, comme un libéralisme économique qui « subordonne les objectifs humains à la logique d’un mécanisme de marché impersonnel »[22]. Étape par étape et en commençant par analyser cette utopie spécifiquement au niveau du mouvement Wikimédia, voyons maintenant ce qui s'est passé tout au long de cette révolution culturelle numérique.
Chapitre 1 : L'utopie Wikimédia
Au fil du temps, Wikipédia fut perçu comme une utopie en marche[23], puis comme une utopie réalisée[24], et finalement comme la dernière utopie collective du Web[25]. Mais qu'en est-il de l'ensemble du mouvement Wikimédia ? Pour nous aider à comprendre ce qui se passe dans la dimension numérique de ce mouvement, voici une métaphore qui décrit un quartier établi au sein d'une ville, imaginée au départ de l'espace web ». Dans cette ville imaginaire, Internet représenterait le réseau routier, pendant que des serveurs informatiques feraient office de bâtiments, et que les pages web qu'ils hébergent, constitueraient les différentes pièces de ces édifices.
Le quartier Wikimédia rassemblerait ainsi plus d’un millier de bâtiments. Au sein de ceux-ci et à l’exception de quelques lieux administratifs, chaque pièce peut être visitée gratuitement, mais aussi modifiée au niveau de son contenu. On peut ainsi y ajouter de nouvelles choses, telles que du texte, des photos, des vidéos ou des documents sonores, et même changer ou supprimer ce qui a été créé ou modifié par d’autres. Tout cela, bien sûr, dans le but de rendre ces endroits plus esthétiques, ou plus authentiques et en tenant compte des différentes idées et des éventuelles oppositions de point de vue concernant les aménagements. Pour faciliter l'entente entre les personnes qui s'investissent dans les modifications, chaque pièce des bâtiments Wikimédia possède un espace annexe dédié à la discussion.
Dans la plupart des bâtiments Wikimédia, une personne malintentionnée peut même faire disparaitre tout le contenu d'une pièce. Néanmoins, dans la seconde qui suit, un robot remettra tout en place, avant de transmettre un message concernant le traitement du vandalisme. Lorsqu'une action plus discrète n'est pas détectée par un robot, c'est alors quelqu'un qui surveille la pièce qui prendra le relais pour annuler les changements malveillants et contacter la personne responsable. En cas de multirécidive, celle-ci peut se voir privée de sa capacité de modifier les pièces, soit dans le bâtiment vandalisé, soit dans tout le quartier quand cela se justifie. Après discussion, cette sanction sera mise en application par un administrateur ou une administratrice bénévole, choisi ou choisie par l'ensemble des autres bénévoles qui prennent soin des bâtiments.
On comprend donc que tout le monde peut enrichir, mais également surveiller et protéger les richesses partagées dans le quartier Wikimédia. Il suffit pour cela de rejoindre le mouvement en se créant un compte. Cela permet de profiter de nombreux outils, dont notamment un système qui envoie des notifications, dès qu'une pièce que l'on veut surveiller est modifiée.
Pour créer ce compte, pas besoin de fournir une adresse ou un numéro de téléphone. Les seules informations personnelles indispensables au bon fonctionnement du quartier Wikimédia sont les adresses IP des visiteurs. Lors des visites et contrairement à ce qui se passe dans les quartiers commerciaux de la grande ville numérique, tels que les GAFAM, NATU, BATX, le quartier Wikimédia ne récolte et ne vend aucune donnée à des fins d'exploitation.
Même les adresses IP enregistrées par le système ne sont pas visibles par les autres visiteurs. Elles sont remplacées par les noms et les pseudonymes fournis lors de la création des comptes, ou masquées par des comptes temporaires pour les modifications faites par des personnes non connectées. Seules quelques personnes accréditées par la communauté pour effectuer des contrôles d’usurpation d’identité ont accès à ces informations[26]. C’est là une précaution nécessaire au bon déroulement des votes qui succèdent parfois aux recherches de consensus concernant l'aménagement du quartier Wikimédia.
Dans cette ville numérique que constituerait l'espace web, Wikimédia apparait ainsi comme le plus grand quartier dédié au partage de la connaissance. Tout d'abord, il y a les plus de 350 bâtiments Wikipédia, chacun dédié à une version linguistique de l'encyclopédie. Puis, toujours séparés en versions linguistiques, on trouve ensuite les bibliothèques Wikilivres et Wikisource, les bâtiments lexicaux multilingues Wiktionnaire, le centre journalistique Wikinews, le centre pédagogique et de recherche Wikiversité, le centre d'informations touristique Wikivoyage, le répertoire des êtres vivants Wikispecies et enfin l'institut des citations d’auteurs Wikiquote. Cela sans oublier le musée médiatique Wikimedia Commons et la banque Wikidata, reconnue comme étant la plus grande banque d’informations structurées au monde. Deux bâtiments dont l'une des fonctions principales communes est d’enrichir les pièces situées dans les autres buildings du quartier Wikimédia.
Dans tous ces immeubles, il arrive souvent que plus de la moitié des étages soient uniquement attribués à l'organisation des activités qui s'y déroulent. Chaque bâtiment peut aussi compter sur le soutien d'autres édifices tels que MediaWiki, Wikitech, Phabricator, qui sont trois lieux entièrement dédiés aux maintenances techniques sur l'ensemble du quartier. Concernant les aspects administratifs, c'est dans le bâtiment Méta-Wiki que s'opère la gouvernance générale du quartier, alors que les courriers adressés à ce dernier sont traités en première ligne dans le bâtiment Wikimedia VRT. À la suite de quoi, il ne reste plus qu'à citer le bâtiment Wikimedia Outreach, pour des initiatives de sensibilisation, et le bâtiment du journal Diff Wikimedia, comme lieu de publication d'actualités sur le mouvement.
En dehors de certains aspects techniques, tous ces bâtiments sont exclusivement régis par des communautés bénévoles, qui sont toujours prêtes à accueillir de nouveaux membres. Les seuls immeubles du quartier qui diffèrent de ce principe sont les bâtiments vitrines de la Fondation Wikimédia et des autres associations Wikimédia qui engagent du personnel. Quant au bâtiment du conseil d'administration de la Fondation, des raisons officielles justifient le fait que la modification de ses pièces est réservée à ces membres et aux employés qui les soutiennent.
Face à tant d'utopies, il devient légitime de vouloir comprendre comment tout cela fut rendu possible. Or, pour répondre à cette question, il faut alors parcourir tout un pan de l'histoire de la révolution numérique, depuis la contre-culture des années 1960 jusqu'à nos jours. On y découvre que les pionniers du réseau Internet étaient des chercheurs et étudiants en informatique, fortement influencés par de nouvelles idéologies, telles que celles qui furent à la source des évènements de mai 68 en France. C'est donc de là que naîtra la philosophie de partage, de liberté, de décentralisation et ce mode d’organisation tout à fait spécifique, que l'on observe aujourd'hui au sein du mouvement Wikimédia.
Il y eut tout d'abord la création d'Internet, comme réseau mondial de communication en libre accès, puis le développement du World Wide Web, qui a grandement facilité les interactions humaines à l’échelle planétaire. Par la suite, ce fut l'arrivée du Web 2.0, caractérisé par l'apparition de nouveaux sites web directement modifiables à l'aide d’un simple navigateur. Or, parmi ceux-ci se trouvent les moteurs de Wiki, dont le plus puissant d’entre eux, MediaWiki, est un logiciel libre développé par la Fondation Wikimédia. Le moment est donc venu d'en savoir plus sur ce type de programme informatique, ainsi que sur le mouvement du logiciel libre, qui a fortement influencé la philosophie et les valeurs véhiculées au sein du mouvement Wikimédia.
Chapitre 2 : Le mouvement du logiciel libre
L’un des premiers épisodes de la préhistoire de Wikipédia et du mouvement Wikimédia débuta en septembre 1983, lorsqu’un programmeur du Massachusetts Institute of Technology, appelé Richard Stallman, déposa un message sur la liste de diffusion net.unix-wizards. C’était un appel d’aide pour la création de GNU, un nouveau système d’exploitation qui devait réunir une suite de programmes que tout le monde pourrait utiliser librement sur son ordinateur personnel[27]. Dans son message transmis via ARPANET, le premier réseau informatique à grande échelle qui précéda Internet, Stallman s’exprimait de la sorte[28] :
Je considère comme une règle d’or que si j’apprécie un programme je dois le partager avec d’autres personnes qui l’apprécient. Je ne peux pas en bonne conscience signer un accord de non-divulgation ni un accord de licence de logiciel. Afin de pouvoir continuer à utiliser les ordinateurs sans violer mes principes, j’ai décidé de rassembler une quantité suffisante de logiciels libres, de manière à pouvoir m’en tirer sans aucun logiciel qui ne soit pas libre.
Le projet de Stallman, qui reçut le soutien nécessaire à son accomplissement, marqua ainsi le début de l’histoire du logiciel libre. Quant à la quantité d’aide fournie, elle permet de croire que Richard Stallman n’était pas seul à voir l’arrivée des logiciels propriétaires d’un mauvais œil. Car pour les membres du projet GNU et du mouvement du logiciel libre en général, un bon programme informatique doit respecter ces quatre libertés fondamentales[29] :
1. La liberté d’exécuter le programme, pour tous les usages.
2. La liberté d’étudier le fonctionnement du programme, et de l’adapter à vos besoins.
3. La liberté de redistribuer des copies, donc d’aider votre voisin.
4. La liberté d’améliorer le programme, et de publier vos améliorations, pour en faire profiter toute la communauté.
Lors de l'apparition du logiciel libre, le marché de l’informatique était de fait en pleine mutation. L'habituel partage des codes informatiques entre les rares étudiants ou chercheurs qui bénéficiaient d’un accès à un ordinateur faisait l'objet d'une remise en question. Ce changement faisait notamment suite au Copyright Act de 1976, une nouvelle loi qui autorisait l'application d'un droit d'auteur sur le code informatique, et donc qui permettait d'en interdire le partage ou la réutilisation sans autorisation. Des clauses de confidentialité ont ainsi fait leur apparition, pendant que les employés des firmes informatiques étaient nouvellement soumis à des contrats de confidentialité. C'était la fin de l’entraide et de la solidarité pratiquées chez les pionniers de l’informatique. À sa place s'installaient la concurrence et la compétitivité, bien connues dans le système capitaliste marchand.
Cette mutation coïncidait avec l’arrivée des premiers ordinateurs de taille réduite. Grâce à l’apparition des premiers circuits intégrés, les premiers exemplaires avaient en effet été créés par l’industrie aérospatiale au début des années 1960. Cependant, il fallut attendre le début des années 1980 pour que le prix d’un ordinateur soit suffisamment bas pour en faire un bien de grande consommation.
C’est ainsi qu’en 1982, le Commodore 64 entrait dans le livre Guinness des records, avec plus de 17 millions d’exemplaires vendus dans le monde[30]. Juste avant cela, en 1981, l’IBM Personal Computer avait déjà fait son apparition, en proposant une architecture ouverte qui allait servir de modèle pour toute une gamme d’ordinateurs que l’on désigne toujours aujourd’hui par l’acronyme « PC ».
Pour faire fonctionner ses nouveaux modèles d'ordinateurs, la société IBM avait confié à l’entreprise Microsoft, créée en 1975, la mission de les équiper d’un système d’exploitation. Le contrat signé entre les deux firmes fut une véritable aubaine pour le fournisseur des programmes informatiques. Car sans s'en apercevoir, et sans jamais anticiper que son matériel serait cloné à grande échelle, celle-ci avait en effet permis à Microsoft d'établir un monopole dans la vente de logiciels. Cela fut condamné pour abus de position dominante[31] et vente liée du logiciel avec le matériel informatique[32], mais sans pour autant empêcher Bill Gates, le principal actionnaire de Microsoft, d'être l'homme le plus riche du monde en 1994.
Toutefois, pendant que Microsoft renforçait sa position dominante, un nouvel événement majeur allait marquer l’histoire du logiciel libre. Celui-ci fut de nouveau déclenché par un appel à contribution, qui fut cette fois posté le vingt-cinq août 1991 par un jeune étudiant en informatique de 21 ans, appelé Linus Torvalds. Via le système de messagerie Usenet, sa demande avait été postée dans une liste de diffusion consacrée au système d’exploitation Minix, une sorte d’UNIX simplifié et développé dans un but didactique, par le programmeur Andrew Tanenbaum.
Loin d’imaginer que cela ferait de lui une nouvelle célébrité dans le monde du Libre[33], Torvalds entama son message par le paragraphe suivant[34] :
Je fais un système d’exploitation (gratuit) (juste un hobby, ne sera pas grand et professionnel comme gnu) pour les clones 386 (486) AT. Ce projet est en cours depuis avril et commence à se préparer. J’aimerais avoir un retour sur ce que les gens aiment ou n’aiment pas dans minix, car mon système d’exploitation lui ressemble un peu (même disposition physique du système de fichiers (pour des raisons pratiques) entre autres choses)[35].
Bien qu’il fût présenté comme un passe-temps, le projet qui répondait au nom de « Linux », fut rapidement soutenu par des milliers de programmeurs du monde entier, avant de devenir la pièce manquante du projet GNU. En effet, les contributeurs au projet de Stallman n’avaient pas encore terminé l’écriture du code informatique du noyau Hurd, alors qu'il était censé établir la communication entre la suite logicielle produite par GNU et le matériel informatique. C'est donc la fusion des codes produits par les projets GNU et Linux qui permit la création du premier système complet, stable et entièrement libre baptisé GNU/Linux.
Au départ de ce nouveau système informatique, de nombreuses variantes, que l’on nomme communément « distributions », furent créées par des programmeurs de tous horizons. L’une de celles-ci s’intitule Debian et tire sa réputation d'être simultanément libre, gratuite, très fiable et produite par une communauté sans lien direct avec une société commerciale. Quatre qualités qui expliquent pourquoi, Debian sert de base à plus de 150 distributions dérivées, et que de nombreuses organisations l'utilisent, comme le fait la Fondation Wikimédia sur les serveurs qui hébergent les projets qu'elle supporte.
Grâce à la naissance des logiciels libres, le mouvement Wikimédia a donc la possibilité de faire tourner ses serveurs informatiques, avec un système d’exploitation fiable, libre et gratuit. Comme son code source est ouvert, cela permet aussi à la Fondation Wikimédia de le modifier pour répondre aux besoins spécifiques du mouvement. À la suite de quoi, et selon les règles formulées par la communauté du logiciel libre, les modifications faites par la Fondation deviennent à leur tour, gratuitement et librement, utilisables par d’autres personnes ou organismes.
À ce premier héritage reçu par le mouvement Wikimédia et toujours en provenance des logiciels libres, s’ajoute une innovation méthodologique. Dans son article La Cathédrale et le Bazar[38], Eric Raymond mobilise en effet le terme « cathédrale » pour désigner le mode de production des logiciels propriétaires, en opposition au mot « bazar », qu'il utilise pour qualifier le mode de développement des logiciels libres. D’un côté, il décrit une organisation pyramidale, rigide et statutairement hiérarchisée, comme on peut la voir souvent au sein des entreprises. Tandis que de l’autre, il parle d’une organisation horizontale, flexible et peu hiérarchisée, qu’il a lui-même expérimentée en adoptant le style de développement de Linus Torvalds, à savoir : « distribuez vite et souvent, déléguez tout ce que vous pouvez déléguer, soyez ouvert jusqu’à la promiscuité »[39].
À l’instar de la métaphore du quartier numérique présentée dans le précédent chapitre, cette manière de décrire les projets open source nous aide donc ici à mieux comprendre ce qui se passe dans le mouvement Wikimédia. D'un côté, on retrouve effectivement cette « ouverture jusqu’à la promiscuité », dans le libre accès accordé aux projets Wikimédia, alors que de l'autre, tout le monde peut participer aux projets Wikimédia, qu'ils soient en ligne ou hors ligne.
Ces deux observations corroborent donc l’existence d’un deuxième héritage en provenance du mouvement du logiciel libre. Néanmoins, il nous reste encore à découvrir un phénomène négligé par Eric Raymond durant ses observations, et qui pourtant, a considérablement influencé l'histoire de la révolution numérique. Il s’agit de l’apparition de la licence libre, de la philosophie qu'elle sous-tend, et du mouvement de la culture libre, dont elle fut à l’origine.
'''Chapitre 3 : Les licences et la culture libres'''
Dans une biographie autorisée[40], Christophe Masutti explique à quel point la création de la Licence publique générale GNU, en tant que première licence libre créée par Richard Stallman, représente un épisode majeur de la révolution numérique. Selon lui :
La GPL apparaît comme l’un des meilleurs hacks de Stallman. Elle a créé un système de propriété collective à l’intérieur même des habituels murs du copyright. Surtout, elle a mis en lumière la possibilité de traiter de façon similaire « code » juridique et code logiciel.
Le concept de distribution associé à ce nouveau type de licence fut baptisé « copyleft », par inspiration d’un jeu de mots que Richard Stallman avait trouvé dans un courrier transmis par son collègue Don Hopkins[41]. Le principe novateur de ce concept est d'obliger toute production de code dérivé à se soumettre à la même licence libre que le code d’origine[42]. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle beaucoup de gens parlent de licence « virale » ou « récursive » en faisant référence à celle-ci. Quant à l'importance de cette clause, elle repose sur le fait d'interdire toute privatisation d'un code informatique produit sous licence libre. Sans celle-ci, un tel code risque en effet d'être récupéré, puis modifié, avant d’être placé sous un habituel copyright de type « tous droits réservés », dans le but de commercialiser son usage.
En 2001 et dans la mouvance provoquée par l'arrivée des premières licences libres, une organisation internationale sans but lucratif, intitulée Creative Commons, a entamé la promotion du « partage et la réutilisation de la créativité et des connaissances grâce à la fourniture d’outils juridiques gratuits ». Pour ce faire, elle met régulièrement à jour une panoplie de licences inspirées par la GNU, mais spécialement adaptées aux œuvres de l'esprit[43], telles que les productions littéraires, musicales, photographiques et vidéo, ainsi que les bases de données.
Contrairement aux licences libres fournies par la Free Software Foundation, conçues pour protéger du code informatique, les licences produites par Creative Commons offrent la possibilité de sélectionner différentes clauses pour protéger une œuvre libre. Avec le label CC, pour Creative Commons, on peut ainsi appliquer, ou ne pas appliquer, la clause « BY », qui oblige à créditer l'auteur, et la clause « SA », pour Share Alike, qui ordonne le partage à l’identique comme décrit précédemment. Après quoi il est encore possible d'ajouter la clause « NC », qui impose un usage non commercial, et finalement, la clause « ND », pour Non Derivative, qui exige que l’œuvre soit utilisée ou reproduite dans son intégralité et sans modification.
Le mouvement Wikimédia a choisi la licence CC.BY-SA pour protéger les contenus publiés dans tous ses projets. Cela à l'exception de la banque de données Wikidata, qui au même titre que les descriptions apportées aux fichiers téléchargés dans la médiathèque Wikimedia Commons[44], publie ses informations structurées sous licence CC0. Cette dernière licence proposée par creative commons est ce qui se rapproche le plus du domaine public, avec pour avantage de ne pas devoir mentionner les auteurs dans le traitement et la réutilisation du contenu de la base de données.
Cependant, il en résulte que les informations en question peuvent être réutilisées par des tiers qui ne sont plus obligés de citer leurs sources, comme le font les agents conversationnels des intelligences artificielles génératives, appelés couramment chatbots. Contrairement à la licence CC.BY-SA, la licence CC0 est donc moins apte à pérenniser les projets Wikimédia, puisqu'elle permet d'invisibiliser ces derniers au risque de réduire les chances d'arrivée de nouveaux contributeurs et contributrices. De plus, sans la clause SA qui assure l'application du copyleft, toutes les informations récupérées au sein de Wikidata et de Wikimedia Commons sont aussi susceptibles de quitter le monde du libre, une fois traitées par des entreprises commerciales.
Quoi qu’il en soit, les licences Creative Commons, inspirées par la licence libre de Richard Stallman, apparaissent finalement comme un troisième héritage en provenance du mouvement du logiciel libre et de la culture libre qui en est issue. Grâce à la licence CC.BY-SA, les éditeurs des projets Wikimédia bénéficient effectivement d'une certaine reconnaissance, tout en étant assurés qu'aucun copyright sur leurs travaux ne puisse profiter exclusivement à une personne ou une compagnie. Cela pendant que la licence libre appliquée au système d'exploitation installé sur les serveurs Wikimédia garantit, pour sa part, un certain respect des contributeurs, puisqu'elle permet de vérifier si le code informatique ne compromet pas leurs vies privées.
Avec tous les autres apports en provenance du logiciel libre, ce sont là deux choses importantes qui ont permis l'apparition du mouvement Wikimédia. Toutefois, cela ne pouvait pas suffire à la création du projet Wikipédia qui en fut le point de départ. Car sans l'espace numérique, mondial et libre d’accès, créé par Internet et l'espace web, aucune encyclopédie collaborative de cette envergure n'aurait pu voir le jour.
Chapitre 4 : Le réseau Internet
L’histoire du réseau Internet constitue un nouvel épisode captivant de la révolution numérique, sans lequel le mouvement Wikimédia n’aurait jamais pu émerger. D’un point de vue purement technique, ce réseau informatique a été mis au point dans les années 1970, avant l’adoption généralisée du protocole TCP/IP, toujours en usage à ce jour. Ce dernier fut inventé par Vint Cerf et Robert Elliot Kahn, quand ils travaillaient pour la Defense Advanced Research Projects Agency, rattachée au département de la Défense américaine[45]. L'une des premières présentations de leur projet fut, entre autres, réalisée lors d’une conférence organisée par l’International Network Working Group, une instance créée pour assurer la gouvernance mondiale du réseau informatique.
Sur base de ces informations, on peut penser qu’Internet a été créé par des militaires. Cependant, Une contre-histoire de l’Internet[46], nous révèle que les créateurs et les premiers utilisateurs d’ARPANET, considéré comme l’ancêtre d’Internet, étaient davantage des étudiants hippies et amateurs de LSD, que des militaires bien drillés. D’ailleurs, avant la standardisation du protocole TCP/IP, ARPANET fonctionnait depuis plus d’un an avec un autre protocole de transition intitulé Network Control Program. Or, celui-ci avait été mis au point, en février 1969, par le Network Working Group, un groupe informel d’étudiants rassemblés autour de Steve Crocker, lorsqu’il ne détenait encore qu’une simple licence.
Bien que rarement cité dans l’histoire d’Internet, ce groupe a pourtant mis en place la procédure RFC, pour Request For Comments, reconnue comme « l’un des symboles forts de la "culture technique" de l’Internet, marquée par l’égalitarisme, l’autogestion et la recherche collective de l’efficience ». Soit trois principes et une procédure, qui aujourd’hui encore sont appliqués sur le site Méta-Wiki, dans lequel s'organise la gestion communautaire du mouvement Wikimédia. Cela alors qu'au sein des projets pédagogiques, d’autres processus similaires de recherche de consensus ont fait leur apparition.
Il faut ensuite savoir que les liens entre ARPANET et l’armée ont disparu avec l’apparition du MILNET, un réseau entièrement dédié aux activités militaires, rebaptisé NIPRNet, pour Non-classified Internet Protocol Router Network, en 1990. Après une séparation définitive en 1983, précisément l’année où Richard Stallman postait sa demande d’aide pour le projet GNU, le réseau ARPANET resta uniquement dédié à la recherche et au développement. À cette époque, le réseau ne comprenait pas plus de 600 machines connectées[49], ce qui n'a donc rien de comparable avec ce vaste réseau informatique mondial que nous connaissons aujourd’hui, et qui fut fortement développé au cours des années 1990.
Pour en assurer l’entretien technique, une organisation non gouvernementale, a été créée en 1992, sous l'appellation d’Internet Society. Celle-ci devait aussi veiller au respect des valeurs fondamentales liées au bon fonctionnement du réseau[50]. Car avant d'atteindre des milliards d’appareils connectés, il a d’abord fallu réglementer les nombreuses dorsales internet intercontinentales, sans lesquelles la transmission du protocole TCP/IP partout dans le monde n'aurait pas été possible.
Pour en revenir à l’état d’esprit des créateurs d'Internet, un article intitulé Quarante ans après : mais qui donc créa l’internet ? apporte un éclairage particulièrement intéressant au sujet des liens que l'on peut établir entre le mouvement Wikimédia et l'histoire d'Internet. Dans son témoignage, Michel Elie, cet ingénieur en informatique, membre du Network Working Group cité précédemment, et responsable de l’Observatoire des Usages de l’Internet, nous explique effectivement ceci.
Le succès de l’internet, nous le devons aux bons choix initiaux et à la dynamique qui en est résultée : la collaboration de dizaines de milliers d’étudiants, ou de bénévoles apportant leur expertise, tels par exemple ces centaines de personnes qui enrichissent continuellement des encyclopédies en ligne telles que Wikipédia.
Au courant des années 1990, le milieu informatique universitaire semblait donc toujours fortement imprégné des idéaux de la contre-culture des années 1960, produit par les baby boomers dans le contexte de la guerre du Vietnam. Afin d'illustrer les idées véhiculées à cette époque, voici un paragraphe extrait d'un ouvrage publié en 1970 et intitulé Vers une contre-culture : Réflexions sur la société technocratique et l’opposition de la jeunesse[52]. Dans celui-ci, Théodore Roszak explique que :
Le projet essentiel de notre contre-culture : proclamer un nouveau ciel et une nouvelle terre, si vastes, si merveilleux que les prétentions démesurées de la technique soient réduites à n’occuper dans la vie humaine qu’une place inférieure et marginale. Créer et répandre une telle conception de la vie n’implique rien de moins que l’acceptation de nous ouvrir à l’imagination visionnaire. Nous devons être prêts à soutenir ce qu’affirment des personnes telles que Blake, à savoir que certains yeux ne voient pas le monde comme le voient le regard banal ou l’œil scientifique, mais le voient transformé, dans une lumière éclatante et, ce faisant, le voient tel qu’il est vraiment.
À la suite de cette lecture, il peut sembler paradoxal de penser qu’une contre-culture, voyant la technique comme « inférieure » et assimilant la science au « banal », puisse avoir un lien avec le milieu scientifique universitaire qui fut à l'origine d'Internet. Cependant, une réponse à cette énigme fut apportée par Fred Turner, par la publication de son livre intitulé : « Aux sources de l’utopie numérique : De la contre-culture à la cyberculture, Stewart Brand, un homme d’influence »[53].
Grâce à cet ouvrage, on découvre en effet que le mouvement Hippie utilisera tout ce qui était à sa disposition à l’époque pour parvenir à ses fins : LSD, spiritualités alternatives, mais également, objets technologiques les plus en pointe. Cela grâce notamment à l’influence de Steward Brand, le créateur d'un catalogue interactif, qui peut être considéré comme l'ancêtre analogique des groupes de discussions numériques apparus des années plus tard[54].
Comme autre indication, il y a ensuite les propos tenus en 1992, lors d’une plénière de la 24ᵉ réunion du groupe de travail sur l’ingénierie Internet, par David D. Clark, un autre pionnier d’Internet. Durant cette rencontre, ce chef de projet prononça des paroles[55] restées dans les annales. « Nous récusons rois, présidents et votes. Nous croyons au consensus et aux programmes qui tournent »[56]. Deux phrases seulement, mais qui, dans le cadre du milieu informatique, permettent de croire que le mépris de la contre-culture envers la technique et la science, s'est transformé en un refus d’autorité et une recherche de consensus.
Dans tous les cas, le développement du réseau Internet ne s'est pas fait sans conflits idéologiques importants. On peut d'ailleurs se demander aujourd'hui à quoi ressemblerait Internet s'il n'avait jamais été commercialisé[57]. Cela s'est passé en novembre 1994, lorsque l’association sans but lucratif Advanced Network and Services, chargée de gérer les accès à Internet, a fait le choix de vendre ses activités. Cette décision faisait suite à un appel à des fonds privés pour financer d'importants changements dans l'infrastructure du réseau. Profitant de l'occasion, la société commerciale America Online a ainsi repris à son compte la gestion des connexions à Internet, après avoir effectué un versement de 35 millions de dollars[58].
Trente ans plus tard, Internet est devenu ce réseau que nous expérimentons aujourd'hui, à savoir : un réseau dominé par des sociétés privées les plus riches au monde. Dans ce contexte et parmi les 100 sites web les plus visités au monde, seul le nom de domaine Wikipédia appartient à une organisation non lucrative[59]. Cela explique donc pourquoi le mouvement Wikimédia, via son encyclopédie et la fondation qui l'héberge, représente à ce jour, et dans l'espace web, l'expression la plus visible de la philosophie des pionniers d’Internet.
Plus qu'un héritage, cette situation peut être vue comme une mission perpétuée au sein d'un espace envahi par une culture marchande et capitaliste. C'est là une information importante qu'il faut retenir au sujet du mouvement Wikimédia. Elle ne clôture pas pour autant tout ce qu'il faut savoir au sujet des évènements qui ont permis la création d’une encyclopédie mondiale, libre et collaborative. Mais en revanche, elle nous invite à découvrir l'histoire du World Wide Web, un espace numérique sans lequel la création de Wikipédia n'aurait jamais été possible.
Chapitre 5 : Le World Wide Web
Maintenant que le lien entre la création d'Internet et le mouvement Wikimédia est établi, découvrons à présent l'application la plus connue du réseau, que l'on nomme le World Wide Web, ou plus simplement « Web ». C'est Tim Berners-Lee qui en fut l’inventeur, lorsqu’il était encore actif à l'Organisation européenne pour la recherche nucléaire. Il avait pour idée de créer un espace d’échange public par l’intermédiaire d'Internet, et pour y parvenir, il mit au point le logiciel « WorldWideWeb », rebaptisé Nexus pour éviter toute confusion avec le World Wide Web[60]
Grâce à un système d’indexation appelé hypertexte, ce programme informatique a permis de produire et de connecter des espaces numériques intitulés sites Web. Ceux-ci sont composés de pages web, hébergées sur des ordinateurs distants, mais connectés entre eux au travers du réseau Internet. Pour permettre ce type de connexion, Berners-Lee mit au point le Hypertext Transfer Protocol ou HTTP, un nouveau protocole de communication simple en soi, mais dont la mise en œuvre technique est compliquée.
Pour veiller au bon fonctionnement et au bon usage de l'espace web, des règles de standardisation ont tout d'abord été édictées par l’association Internet Society. Après quoi, Berners-Lee fonda le W3C, un consortium international dont la devise est : « un seul Web partout et pour tous »[61]. Si ce slogan nous apparaît très naturel aujourd’hui, il faut toutefois savoir que l'espace Web a bien failli être régi séparément par des acteurs commerciaux, avec tous les droits d'accès que cela aurait pu engendrer.
À partir du trente avril 1993, jour du dépôt du logiciel WorldWideWeb dans le domaine public par Robert Cailliau, un collègue de Berners-Lee chargé de la promotion de son projet, un tel scénario était en effet possible. Sauf qu'après le départ de Berners-Lee, devenu président du W3C, François Flückiger, qui avait repris son poste au sein du CERN[62], eut la présence d'esprit de réagir à temps. Selon le livre Alexandria qui parcourt l'histoire de Robert Caillau[63], voici ce qui aurait pu se passer si le code de l’éditeur HTML n'avait finalement pas été placé sous licence libre.
La philanthropie de Robert, c’est très sympa, mais ça expose le Web à d’horribles dangers. Une entreprise pourrait s’emparer du code source, corriger un minuscule bug, s’approprier le « nouveau » logiciel et enfin faire payer une licence à ses utilisateurs. L’ogre Microsoft, par exemple, serait du genre à flairer le bon plan pour écraser son ennemi Macintosh. Les détenteurs d’un PC devraient alors débourser un certain montant pour profiter des fonctionnalités du Web copyrighté Microsoft. Les détenteurs d’un Macintosh, eux, navigueraient sur un Web de plus en plus éloigné de celui vendu par Bill Gates, d’abord gratuit peut-être, avant d’être soumis lui aussi à une licence.
Face à un tel scénario, nous découvrons de nouveau à quel point le concept de licence libre a fondamentalement changé le cours de la révolution numérique. Sans cela, nos expériences et nos usages de l'espace numérique auraient été totalement différents. L'utopie Wikipédia, par exemple, n'aurait certainement pas vu le jour, en raison de l'éclatement des espaces numériques et des coûts d'accès auxquels seraient confrontés les bénévoles qui ont construit le projet. Quoi qu'il en soit, et au niveau technique, une fois l'espace web apparu, il ne manquait plus qu'une chose pour permettre la création d'une encyclopédie collaborative au format numérique.
Chapitre 6 : Les plateformes Wiki
Un wiki, ou un moteur de wiki, est un logiciel que l'on installe sur un serveur informatique pour permettre la création d’un site web éditable et configurable à l’aide d’un simple navigateur. Plus précisément, c’est un système de gestion de contenu, dans lequel le code HTML, CSS, JavaScript et Lua, ainsi que certains paramètres, peuvent être modifiés par tous les internautes. Cela peut se faire en se connectant à un compte utilisateur, afin de bénéficier des droits de modification et d’administration qui lui sont accordés, ou en utilisant la configuration attribuée par défaut aux personnes non connectées.
Sur les pages web d'un wiki, chaque modification provoque un nouvel enregistrement complet du code source qui la compose. De la sorte, il est toujours possible, à partir d’une page reprenant l’historique des modifications, de rétablir l'une de ses anciennes versions. Grâce à ce système, on peut ainsi savoir quelle personne, ou quelle adresse IP est à l’origine d’un changement, et même voir l’endroit où la modification a été faite, et à quel moment celle-ci a été réalisée.
Le premier logiciel Wiki, qui portait le nom de WikiWikiWeb, a été créé et placé sous licence libre GPL par Ward Cunningham en mars 1995[64]. Grâce à la licence, d’autres programmes wiki ont vu le jour en copiant ou s’inspirant du code source de WikiWikiWeb, ou des autres projets wiki qui l'avaient fait auparavant. Cette émulation récursive, qui donna naissance à toute une panoplie de projets wiki, est donc à nouveau une belle illustration des retombées positives que peut susciter l'application d'une licence libre.
Parmi les différents logiciels Wiki disponibles, UseModWiki fut choisi par la société Bomis qui finança la création du premier projet Wikipédia en anglais. C'était un choix judicieux, car l’éclatement de la bulle spéculative d’Internet, à la fin des années 2000, confrontait l'entreprise à de grosses difficultés financières. Un programme gratuit, simple d’utilisation et peu gourmand en ressources informatiques, convenait donc parfaitement dans ce cadre. UseModWiki fut par après remplacé par un autre moteur de Wiki sans nom, mais plus performant et toujours produit sous licence libre. Ce dernier fut ensuite amélioré par plusieurs programmeurs, dont Brion Vibber, le premier employé de la Fondation Wikimédia, avant d’être finalement intitulé MediaWiki.
Avec l’aide de nouveaux employés et des bénévoles actifs sur le site mediawiki.org, ce système de gestion de contenu finit par apparaitre en tête du classement des wikis les plus utilisés[66]. Grâce à la licence libre, des milliers d'autres personnes et projets ont pu en effet développer des sites Web, sans nécessairement faire partie du mouvement Wikimédia. Ce succès a par ailleurs justifié l'organisation de rassemblements annuels entre 2016 et 2020, entre personnes et organisations qui utilisent le programme, pour discuter de son développement et de ses usages.
Ceci étant dit, il existe dans la liste des Wikis d’autres logiciels libres intéressants, tels que DokuWiki, rendu populaire par sa simplicité d’installation et d’usage. Jusqu’à ce jour cependant, seul MediaWiki semble suffisamment stable et puissant pour permettre le développement optimal de l’ensemble des projets Wikimédia. Avec parmi ceux-ci, bien sûr, Wikipédia, l'encyclopédie libre et universelle, dont nous allons enfin découvrir la mise en place dans ce prochain chapitre.
Chapitre 7 : L’encyclopédie libre et universelle
Dans les chapitres précédents, nous avons découvert toutes les innovations techniques et culturelles sans lesquelles Wikipédia n’aurait jamais pu devenir la plus grande encyclopédie libre et universelle connue au monde. Son objectif est de synthétiser la totalité du savoir humain. Ce qui n’est autre, finalement, qu’un vieux rêve de notre humanité. Trois cents ans avant Jésus-Christ et durant la création de la bibliothèque d’Alexandrie, ce désir était aussi celui de Ptolémée Iᵉʳ. C'était deux siècles avant que Denis Diderot publie, avec Jean Le Rond d'Alembert et Louis de Jaucourt en 1751, la première édition de l’Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers. Quant à Paul Otlet, qui a créé avec Henri La Fontaine la classification décimale universelle en usage depuis 1905, il s’était mis en tête de répertorier l’ensemble du savoir humain au sein d'un seul édifice.
Peu connu à ce jour, ce documentaliste belge rêvait pourtant de cataloguer le monde et de rassembler toutes les connaissances humaines, sous la forme d’un gigantesque répertoire bibliographique universel, situé à l'intérieur d'un Mundaneum[70]. En 1934, dans le Traité de documentation écrit par celui qui voulait « classer le monde[71] », Otlet décrit, de manière particulièrement visionnaire, un possible partage du savoir et de l’information[72].
Ici, la Table de Travail n’est plus chargée d’aucun livre. À leur place se dresse un écran et à portée un téléphone. Là-bas, au loin, dans un édifice immense, sont tous les livres et tous les renseignements, avec tout l’espace que requiert leur enregistrement et leur manutention…
De là, on fait apparaître sur l’écran la page à lire pour connaître la question posée par téléphone avec ou sans fil. Un écran serait double, quadruple ou décuple s’il s’agissait de multiplier les textes et les documents à confronter simultanément ; il y aurait un haut-parleur si la vue devrait être aidée par une audition. Une telle hypothèse, un Wells certes l’aimerait. Utopie aujourd’hui parce qu’elle n’existe encore nulle part, mais elle pourrait devenir la réalité de demain pourvu que se perfectionnent encore nos méthodes et notre instrumentation.
À peu de choses près, cette utopie décrite en 1934 par Otlet correspond à l'usage que l'on fait du réseau Internet et de son espace web, lorsqu'on recherche de l'information aujourd'hui. Premièrement, allumer un système informatique, avec ou sans fil, muni d'un écran ; ensuite, poser une question dans un moteur de recherche ; puis, comme cela arrive très souvent, être redirigé vers l'une des versions linguistiques de Wikipédia[73].
Ce scénario, dans lequel les moteurs de recherche jouent un rôle central, explique la popularité de l'encyclopédie libre. D'autres projets similaires étaient pourtant apparus sur le Web avant l'arrivée de Wikipédia. Environ trois ans avant sa création, Aaron Swartz, un activiste de la culture libre qui avait juste douze ans à l'époque, avait par exemple lancé une sorte de site encyclopédique produit et régi par ses usagers. Appelé The Info Network, ce site web avait d'ailleurs permis à son auteur de recevoir l'ArsDigita Prize, un prix décerné aux jeunes créateurs de projets « utiles, éducatifs, collaboratifs et non commerciaux »[75].
Il faut savoir ensuite que l'expression « encyclopédie libre et universelle » fut oubliée pour la première fois durant l'année 2000 par Richard Stallman, soit l'année qui précéda celle de la naissance de Wikipédia. C'était dans un essai intitulé The Free Universal Encyclopedia and Learning Resource[76], qui, selon son auteur, avait été rédigé deux ans avant sa publication sur la liste de diffusion du projet GNU[77]. Repris ci-dessous, un extrait de ce texte, présente les particularités du projet.
Le World Wide Web a le potentiel de devenir une encyclopédie universelle couvrant tous les domaines de la connaissance et une bibliothèque complète de cours d’enseignement. Ce résultat pourrait être atteint sans effort particulier, si personne n’intervient. Mais les entreprises se mobilisent aujourd’hui pour orienter l’avenir vers une voie différente, dans laquelle elles contrôlent et limitent l’accès au matériel pédagogique, afin de soutirer de l’argent aux personnes qui veulent apprendre.
Nous ne pouvons pas empêcher les entreprises de restreindre l’information qu’elles mettent à disposition ; ce que nous pouvons faire, c’est proposer une alternative. Nous devons lancer un mouvement pour développer une encyclopédie libre universelle, tout comme le mouvement des logiciels libres nous a donné le système d’exploitation libre GNU/Linux. L’encyclopédie libre fournira une alternative aux encyclopédies restreintes que les entreprises de médias rédigeront.
En parlant d'un « mouvement pour développer une encyclopédie libre universelle », Stallman anticipait donc, sans le savoir, l'arrivée du mouvement Wikimédia, qui ne se concrétisa que bien des années plus tard. Quant à la soixantaine de paragraphes qui décrivent son projet, on y retrouve, dans une forme presque identique, les cinq principes fondateurs qui ont guidé la création de Wikipédia et qui sont toujours actifs à ce jour[79].
Le premier consiste bien sûr à créer une encyclopédie ; le deuxième réclame une neutralité de point de vue[80], chose que Stallman expliquait déjà en écrivant qu’« en cas de controverse, plusieurs points de vue seront représentés » ; le troisième implique le respect des droits d’auteur et l’adoption d'une licence libre, celle précisément dont Stallman avait été l'initiateur ; le quatrième inscrit le projet dans une démarche collaborative, alors que Stallman précisait déjà que « tout le monde est le bienvenu pour écrire des articles » ; et le cinquième enfin, stipule qu’il n’y a pas d’autres règles fixes, une position très courante dans le milieu des hackers dont Stallman faisait partie.
Il apparaît donc clairement que le projet Wikipédia n'était pas une idée originale en soi, mais plutôt une opportunité saisie par la société Bomis pour enrichir sa propre encyclopédie commerciale, Nupedia. Cette dernière avait été lancée en avril 2000, soit environ dix mois avant Wikipédia, et sa rédaction était assurée par des experts engagés au sein d’un processus éditorial strict et formel[81]. Malheureusement pour la firme Bomis, le nombre d’articles ne progressait que très lentement.
Dans le but d'accélérer le processus, Larry Sanger, un docteur en philosophie employé par Bomis pour assurer le rôle de rédacteur en chef de Nupedia, eut l'idée d'installer un logiciel wiki sur les serveurs de son entreprise. L'objectif était d'ouvrir un site web participatif, dans lequel des volontaires pourraient créer des articles encyclopédiques, pour qu'ils soient ensuite intégrés dans le projet commercial. Malgré le manque d’enthousiasme de son employeur Jimmy Wales[82], Sanger mit ses idées en application, et c'est ainsi que débuta l’histoire de Wikipédia[83], avec sa toute première version en anglais.
C’était le 15 janvier 2001, précisément le même mois où Richard Stallman mit en ligne son propre projet d’encyclopédie libre et universelle, qu'il souhaitait intituler GNUPedia. Étonnamment, les noms de domaine gnupedia .com .net et .org avaient déjà été enregistrés au nom de Jimmy Wales[84], ce qui obligea Stallman à rebaptiser son projet GNE. Ce fait est d'autant plus surprenant que Wales affirma des années plus tard[85] : « n’avoir eu aucune connaissance directe de l’essai de Stallman lorsqu’il s’est lancé dans son projet d’encyclopédie »[86].
Le site GNE ne ressemblait cependant pas vraiment à une encyclopédie, mais plutôt à un blog collectif[87] ou une base de connaissance, tandis que sa page d’accueil précisait clairement qu’il s’agissait d’une bibliothèque d’opinion. Quant à sa modération, elle avait demandé d'engager un employé, car elle s'est avérée bien plus compliquée que prévu. À côté de cela, et probablement grâce aux spécificités de l’environnement wiki et aux soutiens apportés par Jimmy Wales et Larry Sanger, Wikipédia réussit à mettre en place une organisation efficace au sein d'une communauté d'éditeurs grandissante.
Peut-être en raison de la concurrence libre faite par le projet GNE, Jimmy Wales décida d'abandonner le copyright que Bomis détenait sur son encyclopédie commerciale Nupedia, pour le remplacer par une licence Nupedia Open Content[90]. Peu de temps après, il décida finalement d'adopter la licence de documentation libre GNU conçue pour protéger les textes de documentation des logiciels libres. Ce dernier choix fut une stratégie payante, puisque cela incita Richard Stallman à transférer tout le contenu de son projet GNE vers Nupedia, et à encourager tout le monde à contribuer sur Wikipédia[91].
Parmi les autres actions de Jimmy Wales qui ont contribué au succès de Wikipédia, il y eut cette idée d'ouvrir le projet aux « gens ordinaires[92] ». C’était un choix qui s’opposait aux idéaux de Larry Sanger, qui de loin préférait le modèle de Nupedia avec son système de relecture par des experts. Cependant, Jimmy Wales, en tant qu'homme d’affaires, visait une croissance plus rapide du contenu de l'encyclopédie[85].
Cette croissance ne s'est toutefois pas faite sans difficulté. Le 26 février 2002, en effet, l'Enciclopedia Libre Universal en Español, un projet dissident du projet Wikipédia, fit son apparition. C'était une réaction à de la censure, à l'existence d'une ligne éditoriale et à la possibilité de voir apparaitre des publicités dans Wikipédia. En raison des remises en question que cette séparation suscitait parmi les bénévoles actifs dans les projets, Jimmy Wales renonça finalement à l'usage de la publicité et mit de côté ses visions en matière de profit.
Il faut aussi tenir compte du fait que cet évènement est survenu lors de l'éclatement de la bulle spéculative Internet et du krach boursier de 2001-2002. Une conjoncture qui plaçait la société Bomis dans des difficultés financières, et surtout, dans l'incapacité de payer le salaire de Larry Sanger, son seul employé. En mars 2002 et après un mois d’activité bénévole, l’ex-employé décida alors de quitter les fonctions, qu'il occupait depuis un peu plus d'un an, dans Nupedia et Wikipédia[94]. Avec le seul soutien de Jimmy Wales, les deux encyclopédies purent toutefois poursuivre leurs développements, toujours avec le concours d'experts dans Nupedia et d'une communauté bénévole au niveau de Wikipédia. Néanmoins, en septembre 2003 et vu l'écart qui se creusait entre les deux projets, l'encyclopédie Nupedia fut fermée et ses quelques dizaines d'articles transférées vers les milliers d'autres que comprenait déjà le projet Wikipédia.
Trois ans plus tard, Larry Sanger n’avait pas dit son dernier mot. En septembre 2006, il décida en effet de lancer sur fonds propres une encyclopédie intitulée Citizendium. Cette plateforme écrite en anglais uniquement et toujours active à ce jour, repose sur un système d’expertise, dans lequel les contributrices et les contributeurs doivent déclarer leur identité réelle. En avril 2026 cependant, Citizendium reprenait moins de 2000 articles[95], tout avancement confondu, tandis que le projet Wikipédia en anglais en regroupait déjà plus de 7 millions[96]
Voici donc comment est née la plus grande encyclopédie au monde, dont la taille et la visibilité n'avaient jamais été égalées auparavant. Une encyclopédie qui, de plus, s'est rapidement déclinée en de nombreuses versions linguistiques, à l'instar de sa version francophone, lancée moins de quatre mois après le projet original en anglais[97]. Toutes ces versions ont formé les premières bases d’une organisation mondiale, bientôt chapeautée par une fondation. Avant cela, d'autres projets pédagogiques et collaboratifs ont vu le jour au côté de Wikipédia. Intitulés « projets frères », ceux-ci se constituent à leur tour, en de nombreuses versions linguistiques, tout en poursuivant le processus de création du mouvement Wikimédia.
Chapitre 8 : L'arrivée des projets frères
Dans le but de développer des contenus pédagogiques qui ne trouvaient pas leur place dans Wikipédia, d’autres projets pédagogiques et collaboratifs ont vu le jour, pour former ce que l'on appelle couramment aujourd'hui : l’écosystème Wikimedia. La naissance de tous ces projets, ainsi que les évènements importants qui ont contribué au développement du mouvement, ont été repris dans une ligne du temps réalisée par Guillaume Paumier, à l’occasion du dixième anniversaire de Wikipédia. Grâce à ce graphique, on peut voir en détail l'évolution du nombre de projets, de versions linguistiques, de contributeurs et d'articles, et se faire ainsi une idée sur la vitesse à laquelle s'est développé le mouvement Wikimédia.
Parmi tous les projets frères de Wikipédia, le premier à apparaître fut Méta-Wiki, une plateforme de référence pour centraliser la gestion de l'ensemble des sites web hébergés par la fondation Wikimédia. Dans un premier temps, cet espace communautaire en ligne a répondu à la nécessité de traiter en un seul lieu les questions communes aux différentes versions linguistiques de Wikipédia. Aujourd'hui, le site web est le principal endroit de coordination et de gestion de l'ensemble du mouvement Wikimédia. On y retrouve énormément d'informations au sujet des projets en ligne, et peut-être plus encore, concernant la Fondation et les organismes affiliés.
Après Méta-Wiki, sept autres projets de partage de la connaissance ont fait leur apparition, avant d'être déclinés à leur tour en plusieurs versions linguistiques. Tous ces projets émergent en général sur l’initiative d’un petit groupe de personnes actives au sein d’un projet préexistant. Ce fut le cas du projet Wiktionnaire en anglais, le deuxième projet à voir le jour après Méta-Wiki, en décembre 2002, soit deux ans avant la version francophone apparue en mars 2004[98].
Il est intéressant d'observer que la version francophone du Wiktionnaire n’a pas été créée à partir du projet anglophone, mais bien depuis le projet Wikipédia en français. D'ailleurs, on peut retrouver dans les archives de ce dernier projet, un débat concernant la pertinence de cette création, dont voici un extrait.
En fait, ce qui me peine vraiment avec le projet Wiktionary, c’est que alors qu’on essaie de rassembler les gens (pas facile) pour créer une sorte de tour de Babel de la connaissance (tâche bien longue et difficile), ce nouveau projet va disperser les énergies pour une raison qui ne me semble pas valable. C’est la création de Wiktionary qui va créer des redondances. À mon avis il existera rapidement des pages sur le même mot, mais ne contenant pas les mêmes informations. Pour quelle raison ces connaissances devraient-elles être séparées ? Les encyclopédies sur papier devaient faire des choix à cause du manque de place, mais nous, pourquoi le ferions-nous ??? "Wikipédia n’est pas un dictionnaire" n’est pas un argument à mon avis... si vraiment c’était pas un dictionnaire, il faudrait virer tout un tas d’article. Je ne comprends vraiment pas cette volonté de séparer la connaissance entre ce qui est "encyclopédique" et ce qui n’est "qu’une définition".
[Réponse]
Pour moi ce qu’est Wiktionary, c’est une partie de Wikipédia s’intéressant plus particulièrement aux aspects linguistiques des mots. La différence que je verrais entre la partie dictionnaire de Wikipédia et sa partie dite encyclopédique, c’est que la partie dictionnaire s’intéresserait au sens des mots eux-mêmes alors que la partie encyclopédie s’attache plus à faire ressortir un état des connaissances à un moment donné. Le pourquoi de la séparation d’avec la partie encyclopédie tient plus à des raisons techniques qu’à une volonté de monter un projet indépendant, en effet, à mon humble avis, un dictionnaire nécessite une plus grande rigueur (de présentation) qu’une encyclopédie. Ceci entraîne beaucoup de problème et entre autres le choix de la mise en forme des articles du dictionnaire.[99]
Créer un nouveau projet, c’est effectivement créer un nouveau site web, qui devra faire l’objet d’une nouvelle gestion, tant pour les serveurs de la Fondation, que pour la nouvelle communauté de contributeurs. L’importation de pages d’un projet à l'autre ou la traduction de celles-ci sont bien sûr toujours possibles, mais cela duplique alors aussi la maintenance et les mises à jour. Le choix de scinder un projet, en faveur d’une plus grande liberté, comporte donc certains coûts humains et financiers.
Ce prix à payer n'a pour autant pas empêché le projet anglophone Wikibooks de faire son apparition le 10 juin 2003, soit près d’un an avant Wikilivres, la version francophone du projet, apparue le 22 juillet 2004. Cette dernière création avait de nouveau été débattue au sein de la communauté Wikipédia en français, et non pas dans le Wikibooks en anglais. Quant à l'objectif commun aux deux projets linguistiques, il était de créer une « bibliothèque de livres pédagogiques libres que chacun peut améliorer »[100].
Environ un an après la création du projet en anglais, un nouvel espace de noms intitulé Wikijunior fut mis en place au sein de la bibliothèque en ligne. Ce sous-projet avait été créé pour répondre à un financement de la fondation Beck, qui cherchait à promouvoir la production de nouvelles littératures pour des enfants de huit à onze ans[101]. Peu de temps après, cette tranche d’âge fut toutefois élargie de zéro à douze ans au niveau du projet francophone, quand le sous-projet y fut adopté[102].
Ces deux évènements témoignent ainsi qu'il est toujours possible qu'un sous-projet apparaisse dans un projet Wikimédia. Comme autre exemple, il y a aussi le WikiJournal, un sous-projet développé au sein du projet Wikiversité en anglais et qui reçut le prix de l’Open Publishing Awards en 2019[103]. Une demande fut faite pour qu'il puisse bénéficier d'un nouveau site web dans le but de pouvoir se développer en dehors de Wikiversité. Malheureusement pour les initiateurs, la demande est restée sans suite jusqu'à ce jour[104], après que le conseil d’administration de la Fondation, chargé de répondre à leur demande, considéra que le projet n’était pas suffisamment abouti.
Il faut savoir qu'avant cela, le projet Wikiversité, dans lequel est né Wikijournal, avait lui-même été un sous-projet du projet Wikibook[105]. Initialement, il visait à « créer une communauté de personnes qui se soutiennent mutuellement dans leurs efforts éducatifs[106] »[107]. Cependant, en août 2005, une longue discussion remit en question l’existence du sous-projet Wikiversité dans Wikibooks. Au terme de celle-ci, la décision fut prise de transférer Wikiversité et son contenu sur le site Méta-Wiki[108], là où de nouvelles discussions ont abouti à l’idée de faire de Wikiversité un nouveau projet indépendant[109].
Déjà à l'époque, le conseil d’administration de la Fondation Wikimédia se montrait réticent à l'ouverture de nouveaux projets, et sa réaction fut de demander l'ouverture d'un sondage au sein de la communauté. Celui-ci devait rassembler une majorité des deux tiers en faveur de l'ouverture du nouveau site web[110]. Un résultat qui fut finalement obtenu, mais pas sans de longs débats, dont voici un extrait[108].
La principale raison pour laquelle la Fondation Wikimédia ne veut pas "lâcher le morceau" est une simple question de bureaucratie et la crainte que le projet ne devienne une autre Wikispecies [un projet de répertoire du vivant]. Wikispecies est une idée cool, mais les "fondateurs" du projet se sont dégonflés à mi-chemin de la mise en place du contenu et ont décidé de faire une révision majeure qui a pris plus de temps que ce que tout le monde était prêt à mettre.
Le même problème s’applique à Wikiversity en ce qui concerne la Fondation, parce que les objectifs et les buts de ce projet ne sont pas clairement définis, et il semble que les participants essaient de mordre plus qu’ils ne peuvent mâcher en proposant une université de recherche multi-collèges entière (avec un statut de recherche et une accréditation) à former de toutes pièces plutôt qu’un simple centre d’éducation pour adultes avec quelques classes.[111]
En novembre 2005 et malgré les résultats du sondage, l'indépendance du projet Wikiversité ne fut toutefois pas acceptée par cinq membres du conseil. Ceux-ci réclamaient une « réécriture de la proposition pour en exclure la remise de titre de compétence, la conduite de cours en ligne, et de clarifier le concept de plate-forme e-learning[112] »[113]. Quand ces rectifications furent faites, le projet bénéficia d'une période d’essai de plusieurs mois, jusqu'à ce que les amendements apportés au projet de départ soient enfin acceptés, le 31 juillet 2006. Ce long temps d'attente était justifié par la création du special projects committee[114], qui, jusqu'en décembre 2021, fut chargé de soulager le conseil d’administration de la fondation, par rapport aux demandes de création de nouveaux projets Wikimédia[115].
Un nouveau site, nommé Beta-Wikiversity, fut ainsi créé pour assister le lancement des différentes versions linguistiques de Wikiversité[116]. Durant six mois, son premier objectif a d'abord été l'élaboration des lignes directrices concernant la potentialité de produire des recherches collaboratives au sein du projet[117]. Par la suite, chaque nouvelle version linguistique, développée dans le projet Beta, devait avoir plus de 10 modifications par mois, réalisées par au moins trois personnes distinctes, avant de pouvoir bénéficier de son propre site web.
À l'image de Beta-Wikiversity, le projet Wikisource[118] possède lui aussi un site indépendant pour lancer ces nouvelles déclinaisons linguistiques. Tandis que pour tous les autres projets pédagogiques, ce lancement s'effectue sur la plateforme Wikimedia Incubator[119], créée à la même époque que Beta-Wikiversity. Ces trois plateformes de lancement ne concernent pas les nouveaux projets, qui doivent faire l'objet d'une acceptation par le conseil d'administration de la Fondation Wikimédia, et qui peuvent avoir pour origines des processus de création divers.
Le projet Wikivoyage, par exemple, fut initialement créé en 2003 dans un Wiki extérieur au mouvement Wikimédia, là où il portait le nom de Wikitravel[120]. Comme cela arrive parfois, ce projet sans but lucratif fut acheté par une entreprise commerciale en 2006. Mais en raison du changement de gouvernance et de l'apparition de publicités, une scission est apparue au sein de la communauté d’éditeurs. Les personnes désireuses de quitter Wikitravel lancèrent alors un nouveau site appelé Wikivoyage, qui reçut en 2007, le Webby Award du meilleur guide de voyage Internet[121].
L'intégration de Wikivoyage dans l'écosystème Wikimédia n'a cependant été faite qu'en 2012, à la suite d'un appel à commentaires durant lequel 540 personnes furent en faveur de l’intégration du projet, 153 contre, pendant que 6 restèrent sans avis [122]. Comme cette nouvelle déclencha une migration importante depuis Wikitravel vers Wikivoyage, une plainte fut déposée par la société commerciale en charge du premier projet. Celle-ci fut toutefois rejetée et le projet Wikivoyage continua à prendre de l’ampleur au sein du mouvement Wikimédia, avec la création de nouvelles versions linguistiques[123].
Le cas de Wikivoyage apparait toutefois comme une exception, car en général les nouveaux projets émergent des centaines de candidatures déposées sur le projet Méta-Wiki[124]. Celles-ci se soldent bien souvent par un refus, comme ce fut le cas pour le projet WikiLang dont le but était de lancer un laboratoire linguistique[125]. Quelques rares projets ont pourtant la chance d'être élus. Ce fut notamment le cas en octobre 2012, avec le lancement de la base de données structurée et sémantique Wikidata et de ses extensions Wikibase, ou plus récemment, en 2020, avec l'arrivée du projet Abstract Wikipedia[126] et Wikifunctions[127].
Sans vouloir entrer dans les détails, il est intéressant de savoir que l'interconnexion entre ces trois projets permet de traduire automatiquement des articles encyclopédiques dans tous les langages naturels pris en charge par le mouvement Wikimédia. Plus précisément, les phrases des articles publiées sur Abstract Wikipédia, sont formulées par des fonctions informatiques produites dans le projet Wikifunctions, dans le but de traiter les informations de la base de données sémantique Wikidata. Autrement dit, un article dans Abstract Wikipédia ne possède qu'une seule page pour toutes les langues, pareillement aux pages d'entités de Wikidata, qui ont pour titre une lettre suivie d'un chiffre.
À la suite de ces explications, on observe donc que ce n'est pas la complexité qui détermine le refus projet, mais plutôt une série de critères comparables à ceux retenus pour supprimer des projets ou versions linguistiques déjà existants. À ce propos, il existe sur Méta-Wiki une liste mise à jour des différents sites hébergés par la Fondation Wikimédia dont l'existence est remise en cause[129]. Dans celle-ci, on retrouve essentiellement des versions linguistiques de projets qui n’ont pas réussi à poursuivre leurs développements, bien qu'un projet entier soit toujours susceptible d'être mis à l'arrêt. C'est d'ailleurs ce qui est arrivé aux 31 versions linguistiques du projet Wikinews, qui, en date du 4 mai 2026, soit 22 ans après le lancement du site anglophone, sont accessibles en mode lecture uniquement[130].
Dans le cas de Wikinews, ce fut le manque d'activité qui apparut comme principale justification de la suspension du projet. Cependant, d'autres raisons pourraient être invoquées, comme le prouve cet épisode de 2005, où, peu de temps après son lancement, la version francophone du recueil de citations Wikiquote a bien risqué de disparaitre. Le projet fut effectivement accusé d’avoir récupéré le contenu d’une base de données soumise à un droit d’auteur, incompatible avec la licence Creative Commons appliquée sur l’ensemble des projets pédagogiques Wikimédia. Lorsqu'une plainte fut adressée à l’association Wikimédia France, pour être ensuite relayée sur le site Méta-Wiki, il fut bien question de fermer le projet[131]. Après de longues discussions, celui-ci fut maintenu, mais avec pour conditions de repartir de zéro, et d’établir une charte pour garantir la traçabilité des citations reprises par le projet[132].
Voici donc de quoi se faire une idée sur la manière dont les projets pédagogiques et leurs déclinaisons linguistiques apparaissent et disparaissent au sein du mouvement. Les exemples repris ci-dessus suffisent effectivement pour comprendre les principes généraux qui sous-tendent leurs créations. En dehors de Méta-Wiki, Wikidata, Wikifunctions, Abstract Wikipédia et Wikimedia Commons, qui ne sont pas des projets de contenu pédagogique à proprement parler, tous les autres projets semblent effectivement provenir d’un désir de spécialisation d’un projet préexistant.
L'idée est généralement débattue dans un projet de même langue, avant de relayer la discussion vers le site Méta-Wiki. Si le projet y est jugé pertinent, il fait alors l'objet d'une candidature qui doit actuellement être soumise au groupe de travail des projets frères du comité des affaires communautaires de la Fondation Wikimédia. Quant aux nouvelles versions linguistiques, elles doivent être aujourd'hui soumises à l'approbation du comité des langues, avant d'être testées sur les plateformes Incubator, Beta-Wikiversité ou Wikisource Multilingue, dans le but de bénéficier d’un site web indépendant.
Après ces explications concernant les projets frères et leurs variations linguistiques, il nous reste encore à parler des sites qui ont un lien avec le mot Wiki, soit par leur nom, soit par le logiciel utilisé. En 2024 effectivement, plus de 22 600 d'entre eux étaient répertoriés, dont plus de 95 % sans aucun lien avec le mouvement Wikimédia, en dehors du fait, peut-être, qu’ils utilisaient le logiciel MediaWiki développé par la Fondation Wikimédia[133].
WikiLeaks par exemple, créé par Julian Assange dans le but de publier des documents classifiés provenant de sources anonymes, n’est ni un projet Wikimédia, ni un site collaboratif. Quant au recueil universel et multilingue de guides illustrés WikiHow, si celui-ci fonctionne pour sa part de manière collaborative et avec le logiciel MediaWiki[134], il n'a pourtant aucun lien avec le mouvement Wikimédia. D'ailleurs, son ergonomie, radicalement différente de celle des projets Wikimédia, permet de le comprendre au premier coup d’œil.
En revanche, Wikimini, l'encyclopédie libre pour les enfants, a une apparence tout à fait comparable à celle des projets Wikimédia, alors que le projet n’a jamais été accepté par la Fondation. Quant aux projets WikiTribune et Fandom, l'ambiguïté qu'ils entretiennent avec le mouvement est d'autant plus grande qu'ils ont été créés par Jimmy Wales, le fondateur de Wikipédia et de la Fondation Wikimédia. Cependant, comme ce sont des projets commerciaux, ils ne peuvent en aucun cas être soutenus par une fondation sans but lucratif.
Au terme de cette présentation, il ne reste plus qu'à signaler que le mouvement Wikimédia ne fut conscientisé que tardivement par rapport à l'apparition des projets Wikimédia et de leurs différentes versions linguistiques. Pour qu'un sentiment de collectivité se manifeste entre tous ceux-ci, il fallut certainement attendre qu'une coordination se développe sur la plateforme Méta-Wiki, mais également que de nombreuses rencontres et associations apparaissent en dehors de l'espace numérique. En ce sens, la naissance du mouvement ne fut pas un événement ponctuel, mais plutôt la réalisation d’un long processus de conscientisation.
Chapitre 8 : La conscientisation du mouvement
Avant d'aborder la question de la conscientisation du mouvement, il peut être intéressant de découvrir l'origine étymologique du mot « Wikimédia ». Celui-ci est un mot-valise composé du suffixe « média » et du préfixe « wiki » que l’on doit à cette expression hawaïenne « wiki wiki », qui se traduit en français par l'expression : « vite, vite »[136]. Celle-ci fut récupérée une première fois par Ward Cunningham, le créateur du premier moteur Wiki, avant d'être réutilisée dans les noms inventés pour d'autres logiciels de cette même famille. UseModWiki en est un bel exemple, puisqu'il fut le premier programme utilisé par la firme Bomis pour héberger son projet d’encyclopédie collaborative. Raison pour laquelle, sans doute, le terme « wiki » fut utilisé pour créer le mot Wikipédia, en l'associant au suffixe « pedia » qui fait référence au mot anglais encyclopedia, selon un principe qui fut ensuite repris pour tous les autres projets du mouvement.
Le mot Wikimédia, pour sa part, n’est apparu que le seize mars 2003, lors d’une discussion concernant la déclinaison possible de l’encyclopédie en d’autres types de projets éditoriaux participatifs. Durant celle-ci, l’écrivain américain Sheldon Rampton eu l’idée d’associer au terme wiki à celui de « média », afin de mettre en évidence la variété des médias produits et partagés par Wikipédia et ses projets frères[137]. Toutefois, c'est seulement en juin 2008 que Florence Devouard, présidente de la Fondation à cette époque, associe le mot Wikimédia à un mouvement social qu’elle voyait apparaître au sein des projets Wikimédia et de leurs communautés d'usagers.
Affirmer pour autant que ce moment précis coïncide avec la naissance du mouvement Wikimédia serait quelque peu arbitraire. Car si l’on peut déterminer plus ou moins facilement l’apparition d’une expression dans des archives, tout le monde sait qu’un mouvement social ne se forme pas en un seul instant. Dans le contexte du mouvement Wikimédia, sa naissance est bien sûr liée à celle du projet Wikipédia, mais également à tout ce qui permit la création de cette encyclopédie libre. Dans une autre perspective encore, on peut dater l'apparition du mouvement Wikimédia au 20 juin 2003[138], date de la création de la fondation qui porte le même nom. Ou pourquoi pas, associer la création du mouvement à la mise en ligne de la plate-forme Méta-Wiki, qui en représente le principal lieu de coordination.
Toujours est-il que l’expression « Wikimedia movement » est bien apparue en juin 2008, sous la plume de Florence Devouard. Cela s'est passé sur la liste de diffusion de la Fondation et peu de temps avant qu'elle quitte son poste de présidente[139]. Dans son message, elle partageait l'idée de placer sous le nom de domaine Wikimedia.org un site vitrine de présentation du mouvement Wikimédia qu'elle concevait de la sorte[140].
Le mouvement Wikimédia, comme je l’entends est
– une collection de valeurs partagées par les individus (liberté d’expression, connaissance pour tous, partage communautaire, etc.)
– un ensemble d’activités (conférences, ateliers, wikiacadémies, etc.)
– un ensemble d’organisations (Wikimedia Foundation, Wikimedia Allemagne, Wikimedia Taïwan, etc.), ainsi que quelques électrons libres (individus sans chapitres) et des organisations aux vues similaires[141]
Avec autant de détails et d'explications, un tel message ne pouvait qu'accélérer la prise de conscience au sein du mouvement. Dans tous les cas, il mettait en évidence que les personnes actives dans les projets éditoriaux en ligne ou dans les organismes affiliés, faisaient partie de ce que Ralf Dahrendorf appelle un « quasi-groupe[142] ». Ou autrement dit, un ensemble d’individus qui ont un mode de vie semblable, une culture commune, mais dont les points communs ne gravitent pas autour d’une prise de conscience de leur position commune dans la relation d’autorité[143].
Après la naissance de Wikipédia et de nombreux projets frères, une dizaine d’années a donc été nécessaire pour que le mouvement Wikimédia prenne conscience de son existence. Aujourd’hui encore, et comme cela a déjà été vu, de nombreuses personnes actives dans les projets pédagogiques ne réalisent toujours pas qu’elles participent aux activités d’un mouvement social. Cela, contrairement aux personnes investies dans les activités en présentiel organisées au sein du mouvement, qui sont généralement plus conscientes de leur engagement. C’est là une raison de croire que le développement de la Fondation Wikimédia et de ses organismes affiliés a joué un rôle important dans l'apparition d'un sentiment d’appartenance.
Chapitre 9 : La création des organismes affiliés
Si c’est grâce à l’arrivée des groupes et des organismes affiliés à la Fondation Wikimédia que l’idée du mouvement est probablement apparue, il est alors intéressant d'en décrire les processus de création. Mais puisque cela représente plusieurs centaines d’instances spécifiques, regroupées en plusieurs catégories détaillées en seconde partie d'ouvrage, aborder ici l’histoire de chacune d’entre elles serait une entreprise beaucoup trop fastidieuse.
De plus, s’il existe énormément d’archives numériques concernant la naissance des sites Wikimédia, ce n’est pas le cas pour ces organismes affiliés. Un bon nombre de ceux-ci se sont effectivement formés durant des rencontres ou des réunions hors ligne qui n'ont fait l’objet d’aucun enregistrement. Du reste, une bonne part des échanges effectués au sein de ces associations s'organise par des canaux de communication privés auxquels seuls les membres actifs ont accès.
Puisque je suis l'un des membres fondateurs, je me limiterai donc ici à parler de l’association Wikimédia Belgique. Celle-ci fut fondée le huit octobre 2014 en tant qu’association sans but lucratif, avant d'être reconnue le six août 2015 par le conseil d’administration de la Fondation Wikimédia[144]. Après plus de trois ans d’activités et de rencontres[145] et sous l’impulsion de Maarten Deneckere qui assuma le premier mandat de présidence, nous étions 8 personnes à signer la première version des statuts de l’association[146].
Jusqu’à ce jour, l’objet social de Wikimedia Belgique est d' « impliquer tout un chacun dans la connaissance libre[147] ». Contrairement à l'association Wikimédia Deutchland, la première à voir le jour en 2004 et qui rassemblait déjà en 2021 plus de 85 000 membres et près de 150 employés[148], l’association belge n'a qu'une seule employée à temps partiel et 150 membres en 2025[149].
Avant d’être reconnues par le comité d’affiliations chargé de seconder le conseil d’administration de la Fondation, toutes les associations nationales, dites « chapters » en anglais et toutes les autres organisations affiliées, doivent réaliser un bon nombre de démarches. Celles-ci consistent à répondre à un ensemble de prérequis qui ont évolué suite à la création d'un comité décisionnel en avril 2006[150]. Ces obligations diffèrent entre les groupes d’utilisateurs et d'utilisatrices et les associations locales ou thématiques. Parmi ceux-ci, on retrouve toutefois : un nombre minimum de membres et de référents, une mission et un règlement d’ordre intérieur conformes aux attentes du mouvement, la remise de plans et de rapports d’activités annuels, etc.[151].
On comprend donc qu’il n’est pas évident de créer une nouvelle instance au sein du mouvement. Pour bénéficier du soutien logistique et financier de la Fondation réservé aux organismes affiliés, c’est ainsi toute une série de rapports qu’il faut alors transmettre à divers comités et commissions chargés de leurs évaluations. Cela représente une quantité de tâches administratives qu’il n’est pas toujours facile d’assumer, surtout lorsque les membres de l’organisme affilié sont tous des bénévoles. D’où sans doute cette régulière disparition d’affiliations, pendant que d’autres se créent ou réapparaissent en fonction des énergies et du dynamisme disponibles dans les équipes.
Les activités liées à la récolte et à la redistribution des dons offerts au mouvement, ainsi que les autorisations d’usage de marques déposées, contrastent donc avec les valeurs de libre partage et d’autonomie décrites dans les projets pédagogiques. Cela semble confirmer que la partie hors ligne du mouvement est plus influencée par les habitudes d’un système économique dominant, contrairement à la partie en ligne qui semble plus fidèle à l’héritage de la contre-culture.
Chapitre 10 : L'héritage d'une contre-culture
Au terme de cette première partie d’ouvrage, il devient évident que la révolution numérique, que l’on considère généralement comme une révolution technique, fut aussi, et peut-être avant tout, une révolution sociale et culturelle. Quant à l'histoire de Wikimédia, reprise ici depuis les origines de son encyclopédie jusqu'à l'apparition de ses organismes affiliés, elle nous fit découvrir comment les idées de la contre-culture des années 1960 furent transmises au mouvement.
En cas de doute, observons encore que Richard Stallman, celui qui a créé les concepts de licence et d'encyclopédie libre, fut désigné par certains comme le gourou de la contre-culture hacker[152] et le père du système d’exploitation hippie[153]. Une culture hippie, dont il est aussi troublant de constater que le renversement de son logo ressemble étrangement à celui du mouvement Wikimédia.
Incontestablement et au travers du mouvement des logiciels libres, le mouvement Wikimédia a donc bien hérité des valeurs produites par les mouvements sociaux des années 1960. Des valeurs qui aujourd'hui contrastent fortement avec la marchandisation et la capitalisation du monde, dont l'espace web ne fait jamais que refléter ce qui se passe dans le reste de la société humaine. Or, ce phénomène ne date pas d'hier. En 2008 déjà, André Gorz, ce philosophe parmi les pères de la décroissance[154] et théoricien de l’écologie politique[155], constatait déjà que :
La lutte engagée entre les "logiciels propriétaires" et les "logiciels libres" [...] a été le coup d’envoi du conflit central de l’époque. Il s’étend et se prolonge dans la lutte contre la marchandisation de richesses premières – la terre, les semences, le génome, les biens culturels, les savoirs et compétences communs, constitutifs de la culture du quotidien et qui sont les préalables de l’existence d’une société. De la tournure que prendra cette lutte dépend la forme civilisée ou barbare que prendra la sortie du capitalisme. [156]
Dans cette lutte et avec le seul nom de domaine non commercial parmi le top 100 des sites les plus fréquentés du Web[157], la galaxie Wikimédia apparait donc comme un des derniers lieux numériques de liberté, de partage et d'égalité. Un lieu qui, de plus, est connu mondialement, grâce au succès des plus de 350 déclinaisons linguistiques de Wikipédia, et sans pour autant récolter d'informations sur l’identité et le comportement des internautes. Cela alors que cette pratique est considérée, par certains, comme un « nouvel or noir » pompé du Web, pendant que d’autres préfèrent parler de « capitalisme 3.0[158] » ou de « capitalisme de surveillance[159][160] » .
Évidemment, les enjeux de cette lutte sont difficiles à comprendre. La complexité de l’infrastructure informatique, mais également le fait que tout cela s'inscrit dans une révolution que Rémy Rieffel décrit comme « instable et ambivalente, simultanément porteuse de promesse, et lourde de menaces », ne facilitent pas les choses. Cela d'autant plus que tout cela se place « dans un contexte où s’affrontent des valeurs d’émancipation, et d’ouverture d’un côté et des stratégies de contrôle et de domination de l’autre[161] » .
En fait d’ambivalence, il est surprenant d'apprendre, par exemple, que Jimmy Wales, fondateur de Wikipédia et de la fondation Wikimédia, est un adepte de l’objectivisme, alors que cette philosophie voit le capitalisme comme un idéal de société[162] et l’égoïsme rationnel, comme une morale. Puis, concernant l'instabilité du numérique, il y a ces appels répétés de Tim Berners-Lee au sujet de la « redécentralisation[163] » et de la « régulation[164] » d'un espace web qu'il avait conçu dans un esprit tout à fait opposé. Quant aux pionniers d'Internet, ils n'ont probablement pas imaginé que leur création permettrait un jour, à des milliards d’objets connectés, de rapporter, rien qu'en France et en 2021, plus de 2,6 milliards d’euros[165].
Quant à la question du contrôle et au-delà de ce qui est opéré par les firmes commerciales, c'est bien sûr du côté des États qu'il faut porter son attention. Face à un mouvement qui veut s’émanciper des contrôles, par moins de 18 pays ont déjà censuré Wikipédia et parfois même l'ensemble des projets frères. Ce fut le cas par exemple pour la Turquie, la Russie, l'Iran, mais également le Royaume-Uni, la France et l'Allemagne, et c'est même le cas de manière permanente en Chine, depuis 2004[166].
Dans certains cas, des procédures juridiques ont été utilisées pour intimider les membres du mouvement. C'est arrivé en France lorsque le directeur de l'association Wikimédia fut menacé de poursuites pénales par la Direction Centrale du Renseignement Intérieur, après un refus de supprimer un article qui traitait d’une station militaire dans Wikipédia[167]. Par chance, ce qui s'est passé en France ne dépassa pas le stade de l'intimidation. En Biélorussie cependant, Mark Bernstein, un contributeur aux projets Wikimédia, fut condamné à quinze jours de prison ferme, assortis de trois ans d’assignation à résidence, pour des propos tenus au sujet de la guerre en Ukraine[168]. Cela sans oublier qu'actuellement, ce sont les conservateurs à la tête des États-Unis qui « veulent la peau de Wikipédia » en cherchant à obtenir l'identité réelle de certains contributeurs[169].
Le contrôle et le non-respect de la vie privée font ainsi appel à la figure emblématique du lanceur ou de la lanceuse d'alerte, dont la posture contestataire fait penser à celle des personnes actives dans la contre-culture des années 1960. Parmi ceux-ci, on dit de Julian Assange, Edward Snowden et Chelsea Manning, qu'ils « ont perdu leur liberté pour défendre la nôtre[170] ». De manière similaire, on pourrait donc aussi dire que les Wikimédiens Aaron Swartz, Bassel Khartabil, Pavel Pernikov, Ihor Kostenko et Mark Bernstein, se sont sacrifiés pour la liberté, le partage et la vérité.
Dans Wikimédia et comme ce fut expliqué dans l'introduction de cet ouvrage, une alerte peut prendre la forme d'un appel à commentaires en réaction à une décision ou une situation observée au sein du mouvement. C'est même là une pratique institutionnalisée, qui fait l'objet d'une procédure d'accompagnement et de suivi[171]. Toutes ces alertes concernent les dérives de certains projets, mais également de certaines associations dont la proximité avec le système économique n'aide pas au respect des pratiques et des valeurs développées en ligne.
Dans ce qui apparait aux yeux de certains comme un « bazar libertaire[172] », les choix et règles édictés dans la sphère hors ligne du mouvement ne plaisent pas toujours aux membres des communautés en ligne. Ce qui n'empêche toutefois pas les projets éditoriaux d'avoir leurs propres règles et des recommandations, ni de voir apparaitre en 2020 et dans l'ensemble du mouvement, un code de conduite universel, qui détermine le « référentiel minimum des comportements acceptables et inacceptables »[173].
L'idéologie transmise à Wikimédia, décrite en partie par Steven Levy dans son ouvrage L’Éthique des hackers[174] est donc plus subtile qu'un simple refus d'autorité. Dans un esprit de partage, d'ouverture, de transparence, de liberté, d'égalité et d'autonomie, c'est une structure très complexe, tout en étant cosmopolite et mondiale, que le mouvement réussit à mettre en place. Une organisation qui, finalement, apparait très inspirante dans la manière de faire communauté aujourd'hui, et au sein d'un monde toujours plus global et numérique.
[[Catégorie:Le mouvement Wikimédia (livre)]]
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765467
765463
2026-04-29T14:28:23Z
Lionel Scheepmans
20012
765467
wikitext
text/x-wiki
'''LE MOUVEMENT WIKIMÉDIA'''
'''Dernier partage altruiste de la connaissance libre ?'''
De Lionel Scheepmans
Avec l'aide de la communauté Wikimédia
'''Quatrième de couverture'''
Quel est ce seul acteur à but non lucratif présent dans le top 100 des sites les plus visités sur le Web ?
Comment incarne-t-il l’expression la plus visible des valeurs de liberté, d’égalité et de partage, héritées de la révolution numérique et des mouvements sociaux des années 1960 ?
Comment, à partir de Wikipédia et suite à la création d’une quinzaine de projets frères distribués en centaines de versions linguistiques, le mouvement social Wikimédia a imaginé un monde dans lequel le savoir se produit et se partage librement ?
Et comment, en toute autonomie, des dizaines de projets pédagogiques, édités par des millions de bénévoles, soutenus par une fondation et près de 200 associations et groupes locaux, produisent-ils la plus grande intelligence collective au monde ?
Avec de nombreux codes QR, cet ouvrage répond à ces questions, tout en permettant de mieux comprendre le monde global et numérique qui nous entoure.
Lionel Scheepmans est docteur en sciences politiques et sociales, militant de la culture libre et professeur d’anthropologie numérique. Il occupe plusieurs postes d’administrateur au sein du mouvement Wikimédia qu’il observe de manière participative depuis 2011. Ses travaux universitaires, du master à la thèse de doctorat, furent consacrés à l’organisation et aux enjeux de Wikipédia et du mouvement Wikimédia.
'''Avant-propos'''
Pour offrir un confort de lecture sur papier sans perdre la puissance du numérique, des codes QR sont affichés tout au long de cet ouvrage. À l’aide d’une tablette ou d’un smartphone, ils offrent un accès direct à ce qui serait coûteux ou impossible à imprimer.
Par exemple, le code QR 1, affiché en fin de page, donne accès directement à la page web qui reprend l’intégralité de l’ouvrage. Une fois sur celle-ci, on peut alors visionner les illustrations en couleur ou les enregistrements qui s’y trouvent et consulter ensuite leurs pages de descriptions en cas de besoin. Cette version numérique comprend aussi de nombreux hyperliens pointant vers Wikipédia et d’autres sites du mouvement Wikimédia, où se trouvent des compléments d’informations et leurs mises à jour.
Pour économiser du papier lors de l’impression, la section regroupant les notes et les références de l’ouvrage n’est disponible qu’au format numérique, mais est directement accessible via le code QR 2 repris ci-dessous. Grâce aux indices de renvoi chiffrés et placés en exposant dans le texte imprimé, il est alors possible, au départ d'un smartphone ou d'une tablette, de retrouver les notes et les références en fonction de leur numérotation. Lorsque la référence correspond à une page web, un lien pointant vers le projet Internet Archive s’y trouve repris, pour garantir un accès aux archives des pages citées dans l’ouvrage, si jamais elles avaient disparu du web. Quant aux pages toujours existantes, elles restent accessibles via leurs hyperliens originels, pour consulter leurs éventuelles évolutions.
Étant donné que ce livre est produit sur une plateforme collaborative, tout le monde est invité à améliorer les prochaines versions. On peut le faire en corrigeant des fautes d’orthographe ou de syntaxe sur les pages web qui constituent les différents chapitres de l’ouvrage, ou encore en apportant des commentaires sur les pages de discussion qui leur sont associées. Cela peut se faire très simplement en cliquant sur « Modifier » , quand on est sur la page d'un chapitre, et sur « Ajouter un sujet » lorsque l'on est sur une page de discussion.
Une page de discussion générale est aussi accessible grâce au code QR 3. Elle permet de commenter le livre dans son ensemble, ou de poser une question à son sujet. Il suffit pour cela d’indiquer un titre dans le champ « Démarrer un nouveau sujet », d’écrire le contenu du message dans l’encadré situé juste en dessous, puis de cliquer sur le bouton « Ajouter un sujet de manière anonyme » pour publier son message.
Enfin, pour ceux qui voudraient agrémenter leur lecture d’un fond sonore relaxant et original, le code QR 4 donne accès à une page web qui diffuse une musique mélodieuse. Celle-ci est composée de sons spécifiquement produits chaque fois qu’une modification est apportée sur un projet Wikimédia, ou qu’un nouveau compte y est créé. Ce dispositif ingénieux offre ainsi aux lecteurs qui le souhaitent une ambiance sonore particulièrement confortable, ainsi qu’une nouvelle expérience immersive au sein du mouvement Wikimédia.
'''Introduction : Wikimédia n’est pas Wikipédia'''
Depuis le succès initial de Wikipédia, une myriade de projets de partage des connaissances, d’organisations et de groupes de soutien ont émergé pour former ce qu’on appelle aujourd’hui le mouvement Wikimédia. Même si, à ce jour, l’encyclopédie libre reste l'activité phare du mouvement, il serait regrettable de réduire l’ensemble du mouvement à cet unique projet pédagogique. Malheureusement, il arrive bien trop souvent qu'une seule version linguistique de Wikipédia suffise pour cacher l’étendue de la forêt Wikimédia.
En réalité, Wikimédia représente un mouvement social, international et interculturel complexe, au sein duquel Wikipédia n’est qu’une composante parmi d’autres. Dans le cadre d'un mémoire de master, on peut ainsi fournir en quelques mois une ethnographie du projet Wikipédia en français[1]. Alors que pour synthétiser les origines, l’organisation et les dynamiques globales du mouvement Wikimédia, une thèse de doctorat[2] et cinq années de recul supplémentaires furent nécessaires.
À la fin de l'année 2025, l’ampleur numérique du mouvement est effectivement impressionnante. Chaque mois, des millions de modifications bénévoles sont effectuées sur plus de 500 millions de pages[3], réparties sur plus d’un millier de sites web[4], dont 358 seulement, correspondent aux versions linguistiques de Wikipédia[5]. Ce qui prouve donc clairement que les activités en ligne portées par l'ensemble du mouvement Wikimédia dépassent largement ce qui se passe au sein de l’encyclopédie.
Il existe ainsi huit autres projets pédagogiques susceptibles d'atteindre un jour l'envergure et la notoriété de Wikipédia, avec un objectif et un fonctionnement spécifiques à chacun. De manière détaillée, Wikilivres crée des livres pédagogiques, Wikiversité rassemble des supports d'enseignement et des travaux de recherche, Wikinews fait du journalisme collaboratif, Wikivoyage développe un guide touristique, pendant que Wiktionnaire apporte des définitions des mots de toutes les langues et dans toutes les langues.
Contrairement à Wikipédia, tous ces projets ne sont pas soumis à une neutralité de point de vue, ni limités à l'usage de sources secondaires reconnues, au niveau de la rédaction des articles. La plupart d'entre eux acceptent aussi la publication de travaux de recherche ou de productions personnelles, alors que cela est tout à fait interdit dans Wikipédia.
Selon l'étymologie du mot encyclopédie, le but de Wikipédia est en effet de synthétiser ou, plus précisément, d'encercler le savoir humain déjà préexistant. Cette contrainte éditoriale limite donc les contributeurs et contributrices à l'usage de sources secondaires et tertiaires présentes dans des publications externes au projet. De ce fait, Wikipédia reproduit fatalement les biais systémiques, tels que les déséquilibres et les surreprésentations de genre et de culture, présents dans un monde de l'édition majoritairement occidental. Or, cette impasse éditoriale propre à Wikipédia n'existe pas dans les autres projets pédagogiques.
Comme ces projets frères, Wikipédia n'est pas non plus un projet complètement autonome des autres projets Wikimédia. L'encyclopédie compte en effet sur le projet Wikimedia Commons pour héberger l'ensemble de sa médiathèque. Elle utilise ensuite le contenu du projet Wikidata comme base de données structurée. Quant aux personnes qui produisent l'encyclopédie, elles peuvent aussi puiser leurs sources dans la bibliothèque Wikisource, ou se référer à des citations d'auteurs collectées dans le projet Wikiquote. Tout cela sans oublier que des dizaines de sites web traitent l'archivage permanent de Wikipédia et des autres projets Wikimédia, dans le but de fournir des analyses précieuses et totalement libres d’accès.
Enfin, il faut aussi garder à l'esprit qu'au-delà de tous ces sites web, le mouvement Wikimédia, c'est aussi de nombreuses institutions et organisations affiliées dispersées dans le monde. Autour de la Fondation Wikimédia chargée de la gestion et de l’organisation internationales, avec près de 650 salariés de nationalités diverses[6], se regroupent des centaines d'organisations satellites. Parmi celles-ci, on retrouve 2 associations thématiques[7], 40 associations locales[8], dont Wikimedia Deutschland qui regroupe plus de 170 employés, et finalement 141 groupes d’utilisateurs et utilisatrices[10].
Tout ce qui vient d'être exposé dans cette introduction justifie donc la nécessité de distinguer le mouvement Wikimédia du projet Wikipédia. Imaginons seulement que l’on se limite à citer Paris pour décrire et comprendre un pays aussi vaste que la France. Certes, Paris est une ville mondialement connue et qui compte plus de deux millions d’habitants et un patrimoine culturel impressionnant. Mais est-ce pour autant qu'il faudrait oublier les autres villes, villages et métropoles françaises ? Sans compter que la France regroupe aussi des départements et des territoires d’outre-mer et qu'elle entretient des relations et des partenariats internationaux qui dépassent de loin ce qui se passe entre Paris et le reste du monde. Ne pas confondre le mouvement Wikimédia avec le projet Wikipédia relève donc du bon sens.
En 2019 cependant, la Fondation Wikimédia a envisagé de se renommer en Fondation Wikipédia et de remplacer le terme « Wikimédia » par celui de « Wikipédia », partout où ce terme est utilisé dans la sphère hors ligne du mouvement. Le but était d’acquérir une plus grande visibilité et d’attirer des milliards de personnes, grâce au nom de marque Wikipédia, considéré comme l’un des plus connus au monde[11]. Ce changement n’a toutefois pas été accepté par de nombreuses personnes actives au sein du mouvement Wikimédia. En janvier 2020, ces opposants ont ainsi créé une page d’appel à commentaires, qui fut le siège d’un long débat[12]. À l’issue de ce dernier, 73 représentants d’organisations affiliées et 984 personnes ont signé une lettre ouverte adressée à la Fondation, qui comprenait le paragraphe suivant[13] :
Depuis 20 ans, les bénévoles ont bâti la réputation de Wikipédia en tant que ressource indépendante et communautaire. Les projets du mouvement Wikimédia, dont Wikipédia, se développent autour de la décentralisation et du consensus. Il est essentiel d’établir des distinctions claires entre la Fondation Wikimédia, les affiliés et les contributeurs individuels. Tout changement qui affecte cet équilibre exige le consentement éclairé et la collaboration des communautés. Il est donc très préoccupant de voir « Wikipédia » présenté pour le nom de l’organisation et du mouvement malgré le mécontentement général de la communauté.
En s’opposant aux idées de la Fondation, ces membres de la communauté Wikimédia ont ainsi fait preuve de sagesse. De plus, ils ont signalé dans de nombreux commentaires que beaucoup de personnes connaissent le mouvement Wikimédia uniquement au travers de son encyclopédie. Il est même étonnant d'observer que la méconnaissance du mouvement existe au sein même de sa propre communauté. Comme exemple, on peut observer que l'article du projet Wikipédia en anglais consacré au mouvement Wikimédia ne s’est développé qu’à partir de 2016[14], tandis que ce même article dans la version francophone de l'encyclopédie n’est apparu qu’en 2019[15]. Quant aux autres versions linguistiques, il est tout aussi étonnant de constater qu'en octobre 2025, seulement 39 d'entre elles sur un total de 358 possédaient un article dédié au mouvement Wikimédia[16].
Tous ces éléments justifient donc la nécessité d’offrir au monde une meilleure connaissance du mouvement Wikimédia et des nombreux projets et organisations qui contribuent à sa mission de partage du savoir. En ce sens, ce livre est une contribution importante aux défis stratégiques que doit relever le mouvement Wikimédia à l’approche de 2030. Car au-delà des résolutions prises pour développer de nouveaux processus participatifs et délibératifs concernant les questions de marque[17], c’est avant tout un travail d’information et de sensibilisation à destination du grand public qu'il reste à faire.
'''Première partie : La naissance du mouvement Wikimédia'''
Il existe dans l'espace web une multitude d’archives permettant de retracer les événements qui ont conduit à la naissance du mouvement Wikimédia. Cette « préhistoire » du mouvement peut notamment être explorée grâce au réseau d’éducation populaire Framasoft, dont le site est apparu environ un an avant la création de la version francophone de Wikipédia. On trouve sur cette plateforme une mine d’informations concernant les logiciels libres et la culture libre. Deux épisodes majeurs de l’histoire de l’informatique et d’Internet, malheureusement méconnus du grand public.
Grâce à Framasoft et bien d’autres associations, il est possible de découvrir l’organisation et les motivations des millions de personnes qui participent au mouvement du logiciel libre. On y apprend que ce mouvement politique et social a été initié en 1983 par Richard Stallman, un programmeur du Massachusetts Institute of Technology (MIT), qui a eu l’idée d’offrir à chacun une alternative à la marchandisation du secteur informatique.
Cette philosophie de libre partage, concrétisée par le projet de Stallman, permit l’essor d’une organisation et d’une éthique de travail originales, développées au sein d’une sous-culture en vogue dans le milieu informatique depuis les années 1950. Celle-ci fut documentée dans de nombreux ouvrages, dont « L’éthique hacker »[18], un livre remarquable, dans lequel le philosophe finlandais, Pekka Himanen, analyse en détail les origines de la culture hacker. Un simple extrait de sa quatrième de couverture[19], repris ci-dessous, permet d’appréhender la manière de penser de ces informaticiens, rejoints par Richard Stallman durant ses études universitaires, avant d'en devenir l’une des figures les plus charismatiques.
On considérait jusqu’à présent le « hacker » comme un voyou d’Internet, responsable d’actes de piratage et de vols de numéros de cartes bancaires. Le philosophe Pekka Himanen voit au contraire les hackers comme des citoyens modèles de l’ère de l’information. Il les considère comme les véritables moteurs d’une profonde mutation sociale. Leur éthique, leur rapport au travail, au temps ou à l’argent, sont fondés sur la passion, le plaisir ou le partage. Cette éthique est radicalement opposée à l’éthique protestante, telle qu’elle est définie par Max Weber, du travail comme devoir, comme valeur en soi, une morale qui domine encore le monde aujourd’hui.
En introduisant cette première partie d'ouvrage de la sorte, nous pouvons déjà comprendre que le mouvement Wikimédia plonge ses racines dans une transition culturelle remplie d’utopie[20]. Une utopie qui s’oppose notamment à ce que l’historien et anthropologue Karl Polanyi[21] désignait, en 1944 déjà, comme un libéralisme économique qui « subordonne les objectifs humains à la logique d’un mécanisme de marché impersonnel »[22]. Étape par étape et en commençant par analyser cette utopie spécifiquement au niveau du mouvement Wikimédia, voyons maintenant ce qui s'est passé tout au long de cette révolution culturelle numérique.
Chapitre 1 : L'utopie Wikimédia
Au fil du temps, Wikipédia fut perçu comme une utopie en marche[23], puis comme une utopie réalisée[24], et finalement comme la dernière utopie collective du Web[25]. Mais qu'en est-il de l'ensemble du mouvement Wikimédia ? Pour nous aider à comprendre ce qui se passe dans la dimension numérique de ce mouvement, voici une métaphore qui décrit un quartier établi au sein d'une ville, imaginée au départ de l'espace web ». Dans cette ville imaginaire, Internet représenterait le réseau routier, pendant que des serveurs informatiques feraient office de bâtiments, et que les pages web qu'ils hébergent, constitueraient les différentes pièces de ces édifices.
Le quartier Wikimédia rassemblerait ainsi plus d’un millier de bâtiments. Au sein de ceux-ci et à l’exception de quelques lieux administratifs, chaque pièce peut être visitée gratuitement, mais aussi modifiée au niveau de son contenu. On peut ainsi y ajouter de nouvelles choses, telles que du texte, des photos, des vidéos ou des documents sonores, et même changer ou supprimer ce qui a été créé ou modifié par d’autres. Tout cela, bien sûr, dans le but de rendre ces endroits plus esthétiques, ou plus authentiques et en tenant compte des différentes idées et des éventuelles oppositions de point de vue concernant les aménagements. Pour faciliter l'entente entre les personnes qui s'investissent dans les modifications, chaque pièce des bâtiments Wikimédia possède un espace annexe dédié à la discussion.
Dans la plupart des bâtiments Wikimédia, une personne malintentionnée peut même faire disparaitre tout le contenu d'une pièce. Néanmoins, dans la seconde qui suit, un robot remettra tout en place, avant de transmettre un message concernant le traitement du vandalisme. Lorsqu'une action plus discrète n'est pas détectée par un robot, c'est alors quelqu'un qui surveille la pièce qui prendra le relais pour annuler les changements malveillants et contacter la personne responsable. En cas de multirécidive, celle-ci peut se voir privée de sa capacité de modifier les pièces, soit dans le bâtiment vandalisé, soit dans tout le quartier quand cela se justifie. Après discussion, cette sanction sera mise en application par un administrateur ou une administratrice bénévole, choisi ou choisie par l'ensemble des autres bénévoles qui prennent soin des bâtiments.
On comprend donc que tout le monde peut enrichir, mais également surveiller et protéger les richesses partagées dans le quartier Wikimédia. Il suffit pour cela de rejoindre le mouvement en se créant un compte. Cela permet de profiter de nombreux outils, dont notamment un système qui envoie des notifications, dès qu'une pièce que l'on veut surveiller est modifiée.
Pour créer ce compte, pas besoin de fournir une adresse ou un numéro de téléphone. Les seules informations personnelles indispensables au bon fonctionnement du quartier Wikimédia sont les adresses IP des visiteurs. Lors des visites et contrairement à ce qui se passe dans les quartiers commerciaux de la grande ville numérique, tels que les GAFAM, NATU, BATX, le quartier Wikimédia ne récolte et ne vend aucune donnée à des fins d'exploitation.
Même les adresses IP enregistrées par le système ne sont pas visibles par les autres visiteurs. Elles sont remplacées par les noms et les pseudonymes fournis lors de la création des comptes, ou masquées par des comptes temporaires pour les modifications faites par des personnes non connectées. Seules quelques personnes accréditées par la communauté pour effectuer des contrôles d’usurpation d’identité ont accès à ces informations[26]. C’est là une précaution nécessaire au bon déroulement des votes qui succèdent parfois aux recherches de consensus concernant l'aménagement du quartier Wikimédia.
Dans cette ville numérique que constituerait l'espace web, Wikimédia apparait ainsi comme le plus grand quartier dédié au partage de la connaissance. Tout d'abord, il y a les plus de 350 bâtiments Wikipédia, chacun dédié à une version linguistique de l'encyclopédie. Puis, toujours séparés en versions linguistiques, on trouve ensuite les bibliothèques Wikilivres et Wikisource, les bâtiments lexicaux multilingues Wiktionnaire, le centre journalistique Wikinews, le centre pédagogique et de recherche Wikiversité, le centre d'informations touristique Wikivoyage, le répertoire des êtres vivants Wikispecies et enfin l'institut des citations d’auteurs Wikiquote. Cela sans oublier le musée médiatique Wikimedia Commons et la banque Wikidata, reconnue comme étant la plus grande banque d’informations structurées au monde. Deux bâtiments dont l'une des fonctions principales communes est d’enrichir les pièces situées dans les autres buildings du quartier Wikimédia.
Dans tous ces immeubles, il arrive souvent que plus de la moitié des étages soient uniquement attribués à l'organisation des activités qui s'y déroulent. Chaque bâtiment peut aussi compter sur le soutien d'autres édifices tels que MediaWiki, Wikitech, Phabricator, qui sont trois lieux entièrement dédiés aux maintenances techniques sur l'ensemble du quartier. Concernant les aspects administratifs, c'est dans le bâtiment Méta-Wiki que s'opère la gouvernance générale du quartier, alors que les courriers adressés à ce dernier sont traités en première ligne dans le bâtiment Wikimedia VRT. À la suite de quoi, il ne reste plus qu'à citer le bâtiment Wikimedia Outreach, pour des initiatives de sensibilisation, et le bâtiment du journal Diff Wikimedia, comme lieu de publication d'actualités sur le mouvement.
En dehors de certains aspects techniques, tous ces bâtiments sont exclusivement régis par des communautés bénévoles, qui sont toujours prêtes à accueillir de nouveaux membres. Les seuls immeubles du quartier qui diffèrent de ce principe sont les bâtiments vitrines de la Fondation Wikimédia et des autres associations Wikimédia qui engagent du personnel. Quant au bâtiment du conseil d'administration de la Fondation, des raisons officielles justifient le fait que la modification de ses pièces est réservée à ces membres et aux employés qui les soutiennent.
Face à tant d'utopies, il devient légitime de vouloir comprendre comment tout cela fut rendu possible. Or, pour répondre à cette question, il faut alors parcourir tout un pan de l'histoire de la révolution numérique, depuis la contre-culture des années 1960 jusqu'à nos jours. On y découvre que les pionniers du réseau Internet étaient des chercheurs et étudiants en informatique, fortement influencés par de nouvelles idéologies, telles que celles qui furent à la source des évènements de mai 68 en France. C'est donc de là que naîtra la philosophie de partage, de liberté, de décentralisation et ce mode d’organisation tout à fait spécifique, que l'on observe aujourd'hui au sein du mouvement Wikimédia.
Il y eut tout d'abord la création d'Internet, comme réseau mondial de communication en libre accès, puis le développement du World Wide Web, qui a grandement facilité les interactions humaines à l’échelle planétaire. Par la suite, ce fut l'arrivée du Web 2.0, caractérisé par l'apparition de nouveaux sites web directement modifiables à l'aide d’un simple navigateur. Or, parmi ceux-ci se trouvent les moteurs de Wiki, dont le plus puissant d’entre eux, MediaWiki, est un logiciel libre développé par la Fondation Wikimédia. Le moment est donc venu d'en savoir plus sur ce type de programme informatique, ainsi que sur le mouvement du logiciel libre, qui a fortement influencé la philosophie et les valeurs véhiculées au sein du mouvement Wikimédia.
Chapitre 2 : Le mouvement du logiciel libre
L’un des premiers épisodes de la préhistoire de Wikipédia et du mouvement Wikimédia débuta en septembre 1983, lorsqu’un programmeur du Massachusetts Institute of Technology, appelé Richard Stallman, déposa un message sur la liste de diffusion net.unix-wizards. C’était un appel d’aide pour la création de GNU, un nouveau système d’exploitation qui devait réunir une suite de programmes que tout le monde pourrait utiliser librement sur son ordinateur personnel[27]. Dans son message transmis via ARPANET, le premier réseau informatique à grande échelle qui précéda Internet, Stallman s’exprimait de la sorte[28] :
Je considère comme une règle d’or que si j’apprécie un programme je dois le partager avec d’autres personnes qui l’apprécient. Je ne peux pas en bonne conscience signer un accord de non-divulgation ni un accord de licence de logiciel. Afin de pouvoir continuer à utiliser les ordinateurs sans violer mes principes, j’ai décidé de rassembler une quantité suffisante de logiciels libres, de manière à pouvoir m’en tirer sans aucun logiciel qui ne soit pas libre.
Le projet de Stallman, qui reçut le soutien nécessaire à son accomplissement, marqua ainsi le début de l’histoire du logiciel libre. Quant à la quantité d’aide fournie, elle permet de croire que Richard Stallman n’était pas seul à voir l’arrivée des logiciels propriétaires d’un mauvais œil. Car pour les membres du projet GNU et du mouvement du logiciel libre en général, un bon programme informatique doit respecter ces quatre libertés fondamentales[29] :
1. La liberté d’exécuter le programme, pour tous les usages.
2. La liberté d’étudier le fonctionnement du programme, et de l’adapter à vos besoins.
3. La liberté de redistribuer des copies, donc d’aider votre voisin.
4. La liberté d’améliorer le programme, et de publier vos améliorations, pour en faire profiter toute la communauté.
Lors de l'apparition du logiciel libre, le marché de l’informatique était de fait en pleine mutation. L'habituel partage des codes informatiques entre les rares étudiants ou chercheurs qui bénéficiaient d’un accès à un ordinateur faisait l'objet d'une remise en question. Ce changement faisait notamment suite au Copyright Act de 1976, une nouvelle loi qui autorisait l'application d'un droit d'auteur sur le code informatique, et donc qui permettait d'en interdire le partage ou la réutilisation sans autorisation. Des clauses de confidentialité ont ainsi fait leur apparition, pendant que les employés des firmes informatiques étaient nouvellement soumis à des contrats de confidentialité. C'était la fin de l’entraide et de la solidarité pratiquées chez les pionniers de l’informatique. À sa place s'installaient la concurrence et la compétitivité, bien connues dans le système capitaliste marchand.
Cette mutation coïncidait avec l’arrivée des premiers ordinateurs de taille réduite. Grâce à l’apparition des premiers circuits intégrés, les premiers exemplaires avaient en effet été créés par l’industrie aérospatiale au début des années 1960. Cependant, il fallut attendre le début des années 1980 pour que le prix d’un ordinateur soit suffisamment bas pour en faire un bien de grande consommation.
C’est ainsi qu’en 1982, le Commodore 64 entrait dans le livre Guinness des records, avec plus de 17 millions d’exemplaires vendus dans le monde[30]. Juste avant cela, en 1981, l’IBM Personal Computer avait déjà fait son apparition, en proposant une architecture ouverte qui allait servir de modèle pour toute une gamme d’ordinateurs que l’on désigne toujours aujourd’hui par l’acronyme « PC ».
Pour faire fonctionner ses nouveaux modèles d'ordinateurs, la société IBM avait confié à l’entreprise Microsoft, créée en 1975, la mission de les équiper d’un système d’exploitation. Le contrat signé entre les deux firmes fut une véritable aubaine pour le fournisseur des programmes informatiques. Car sans s'en apercevoir, et sans jamais anticiper que son matériel serait cloné à grande échelle, celle-ci avait en effet permis à Microsoft d'établir un monopole dans la vente de logiciels. Cela fut condamné pour abus de position dominante[31] et vente liée du logiciel avec le matériel informatique[32], mais sans pour autant empêcher Bill Gates, le principal actionnaire de Microsoft, d'être l'homme le plus riche du monde en 1994.
Toutefois, pendant que Microsoft renforçait sa position dominante, un nouvel événement majeur allait marquer l’histoire du logiciel libre. Celui-ci fut de nouveau déclenché par un appel à contribution, qui fut cette fois posté le vingt-cinq août 1991 par un jeune étudiant en informatique de 21 ans, appelé Linus Torvalds. Via le système de messagerie Usenet, sa demande avait été postée dans une liste de diffusion consacrée au système d’exploitation Minix, une sorte d’UNIX simplifié et développé dans un but didactique, par le programmeur Andrew Tanenbaum.
Loin d’imaginer que cela ferait de lui une nouvelle célébrité dans le monde du Libre[33], Torvalds entama son message par le paragraphe suivant[34] :
Je fais un système d’exploitation (gratuit) (juste un hobby, ne sera pas grand et professionnel comme gnu) pour les clones 386 (486) AT. Ce projet est en cours depuis avril et commence à se préparer. J’aimerais avoir un retour sur ce que les gens aiment ou n’aiment pas dans minix, car mon système d’exploitation lui ressemble un peu (même disposition physique du système de fichiers (pour des raisons pratiques) entre autres choses)[35].
Bien qu’il fût présenté comme un passe-temps, le projet qui répondait au nom de « Linux », fut rapidement soutenu par des milliers de programmeurs du monde entier, avant de devenir la pièce manquante du projet GNU. En effet, les contributeurs au projet de Stallman n’avaient pas encore terminé l’écriture du code informatique du noyau Hurd, alors qu'il était censé établir la communication entre la suite logicielle produite par GNU et le matériel informatique. C'est donc la fusion des codes produits par les projets GNU et Linux qui permit la création du premier système complet, stable et entièrement libre baptisé GNU/Linux.
Au départ de ce nouveau système informatique, de nombreuses variantes, que l’on nomme communément « distributions », furent créées par des programmeurs de tous horizons. L’une de celles-ci s’intitule Debian et tire sa réputation d'être simultanément libre, gratuite, très fiable et produite par une communauté sans lien direct avec une société commerciale. Quatre qualités qui expliquent pourquoi, Debian sert de base à plus de 150 distributions dérivées, et que de nombreuses organisations l'utilisent, comme le fait la Fondation Wikimédia sur les serveurs qui hébergent les projets qu'elle supporte.
Grâce à la naissance des logiciels libres, le mouvement Wikimédia a donc la possibilité de faire tourner ses serveurs informatiques, avec un système d’exploitation fiable, libre et gratuit. Comme son code source est ouvert, cela permet aussi à la Fondation Wikimédia de le modifier pour répondre aux besoins spécifiques du mouvement. À la suite de quoi, et selon les règles formulées par la communauté du logiciel libre, les modifications faites par la Fondation deviennent à leur tour, gratuitement et librement, utilisables par d’autres personnes ou organismes.
À ce premier héritage reçu par le mouvement Wikimédia et toujours en provenance des logiciels libres, s’ajoute une innovation méthodologique. Dans son article La Cathédrale et le Bazar[38], Eric Raymond mobilise en effet le terme « cathédrale » pour désigner le mode de production des logiciels propriétaires, en opposition au mot « bazar », qu'il utilise pour qualifier le mode de développement des logiciels libres. D’un côté, il décrit une organisation pyramidale, rigide et statutairement hiérarchisée, comme on peut la voir souvent au sein des entreprises. Tandis que de l’autre, il parle d’une organisation horizontale, flexible et peu hiérarchisée, qu’il a lui-même expérimentée en adoptant le style de développement de Linus Torvalds, à savoir : « distribuez vite et souvent, déléguez tout ce que vous pouvez déléguer, soyez ouvert jusqu’à la promiscuité »[39].
À l’instar de la métaphore du quartier numérique présentée dans le précédent chapitre, cette manière de décrire les projets open source nous aide donc ici à mieux comprendre ce qui se passe dans le mouvement Wikimédia. D'un côté, on retrouve effectivement cette « ouverture jusqu’à la promiscuité », dans le libre accès accordé aux projets Wikimédia, alors que de l'autre, tout le monde peut participer aux projets Wikimédia, qu'ils soient en ligne ou hors ligne.
Ces deux observations corroborent donc l’existence d’un deuxième héritage en provenance du mouvement du logiciel libre. Néanmoins, il nous reste encore à découvrir un phénomène négligé par Eric Raymond durant ses observations, et qui pourtant, a considérablement influencé l'histoire de la révolution numérique. Il s’agit de l’apparition de la licence libre, de la philosophie qu'elle sous-tend, et du mouvement de la culture libre, dont elle fut à l’origine.
'''Chapitre 3 : Les licences et la culture libres'''
Dans une biographie autorisée[40], Christophe Masutti explique à quel point la création de la Licence publique générale GNU, en tant que première licence libre créée par Richard Stallman, représente un épisode majeur de la révolution numérique. Selon lui :
La GPL apparaît comme l’un des meilleurs hacks de Stallman. Elle a créé un système de propriété collective à l’intérieur même des habituels murs du copyright. Surtout, elle a mis en lumière la possibilité de traiter de façon similaire « code » juridique et code logiciel.
Le concept de distribution associé à ce nouveau type de licence fut baptisé « copyleft », par inspiration d’un jeu de mots que Richard Stallman avait trouvé dans un courrier transmis par son collègue Don Hopkins[41]. Le principe novateur de ce concept est d'obliger toute production de code dérivé à se soumettre à la même licence libre que le code d’origine[42]. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle beaucoup de gens parlent de licence « virale » ou « récursive » en faisant référence à celle-ci. Quant à l'importance de cette clause, elle repose sur le fait d'interdire toute privatisation d'un code informatique produit sous licence libre. Sans celle-ci, un tel code risque en effet d'être récupéré, puis modifié, avant d’être placé sous un habituel copyright de type « tous droits réservés », dans le but de commercialiser son usage.
En 2001 et dans la mouvance provoquée par l'arrivée des premières licences libres, une organisation internationale sans but lucratif, intitulée Creative Commons, a entamé la promotion du « partage et la réutilisation de la créativité et des connaissances grâce à la fourniture d’outils juridiques gratuits ». Pour ce faire, elle met régulièrement à jour une panoplie de licences inspirées par la GNU, mais spécialement adaptées aux œuvres de l'esprit[43], telles que les productions littéraires, musicales, photographiques et vidéo, ainsi que les bases de données.
Contrairement aux licences libres fournies par la Free Software Foundation, conçues pour protéger du code informatique, les licences produites par Creative Commons offrent la possibilité de sélectionner différentes clauses pour protéger une œuvre libre. Avec le label CC, pour Creative Commons, on peut ainsi appliquer, ou ne pas appliquer, la clause « BY », qui oblige à créditer l'auteur, et la clause « SA », pour Share Alike, qui ordonne le partage à l’identique comme décrit précédemment. Après quoi il est encore possible d'ajouter la clause « NC », qui impose un usage non commercial, et finalement, la clause « ND », pour Non Derivative, qui exige que l’œuvre soit utilisée ou reproduite dans son intégralité et sans modification.
Le mouvement Wikimédia a choisi la licence CC.BY-SA pour protéger les contenus publiés dans tous ses projets. Cela à l'exception de la banque de données Wikidata, qui au même titre que les descriptions apportées aux fichiers téléchargés dans la médiathèque Wikimedia Commons[44], publie ses informations structurées sous licence CC0. Cette dernière licence proposée par creative commons est ce qui se rapproche le plus du domaine public, avec pour avantage de ne pas devoir mentionner les auteurs dans le traitement et la réutilisation du contenu de la base de données.
Cependant, il en résulte que les informations en question peuvent être réutilisées par des tiers qui ne sont plus obligés de citer leurs sources, comme le font les agents conversationnels des intelligences artificielles génératives, appelés couramment chatbots. Contrairement à la licence CC.BY-SA, la licence CC0 est donc moins apte à pérenniser les projets Wikimédia, puisqu'elle permet d'invisibiliser ces derniers au risque de réduire les chances d'arrivée de nouveaux contributeurs et contributrices. De plus, sans la clause SA qui assure l'application du copyleft, toutes les informations récupérées au sein de Wikidata et de Wikimedia Commons sont aussi susceptibles de quitter le monde du libre, une fois traitées par des entreprises commerciales.
Quoi qu’il en soit, les licences Creative Commons, inspirées par la licence libre de Richard Stallman, apparaissent finalement comme un troisième héritage en provenance du mouvement du logiciel libre et de la culture libre qui en est issue. Grâce à la licence CC.BY-SA, les éditeurs des projets Wikimédia bénéficient effectivement d'une certaine reconnaissance, tout en étant assurés qu'aucun copyright sur leurs travaux ne puisse profiter exclusivement à une personne ou une compagnie. Cela pendant que la licence libre appliquée au système d'exploitation installé sur les serveurs Wikimédia garantit, pour sa part, un certain respect des contributeurs, puisqu'elle permet de vérifier si le code informatique ne compromet pas leurs vies privées.
Avec tous les autres apports en provenance du logiciel libre, ce sont là deux choses importantes qui ont permis l'apparition du mouvement Wikimédia. Toutefois, cela ne pouvait pas suffire à la création du projet Wikipédia qui en fut le point de départ. Car sans l'espace numérique, mondial et libre d’accès, créé par Internet et l'espace web, aucune encyclopédie collaborative de cette envergure n'aurait pu voir le jour.
Chapitre 4 : Le réseau Internet
L’histoire du réseau Internet constitue un nouvel épisode captivant de la révolution numérique, sans lequel le mouvement Wikimédia n’aurait jamais pu émerger. D’un point de vue purement technique, ce réseau informatique a été mis au point dans les années 1970, avant l’adoption généralisée du protocole TCP/IP, toujours en usage à ce jour. Ce dernier fut inventé par Vint Cerf et Robert Elliot Kahn, quand ils travaillaient pour la Defense Advanced Research Projects Agency, rattachée au département de la Défense américaine[45]. L'une des premières présentations de leur projet fut, entre autres, réalisée lors d’une conférence organisée par l’International Network Working Group, une instance créée pour assurer la gouvernance mondiale du réseau informatique.
Sur base de ces informations, on peut penser qu’Internet a été créé par des militaires. Cependant, Une contre-histoire de l’Internet[46], nous révèle que les créateurs et les premiers utilisateurs d’ARPANET, considéré comme l’ancêtre d’Internet, étaient davantage des étudiants hippies et amateurs de LSD, que des militaires bien drillés. D’ailleurs, avant la standardisation du protocole TCP/IP, ARPANET fonctionnait depuis plus d’un an avec un autre protocole de transition intitulé Network Control Program. Or, celui-ci avait été mis au point, en février 1969, par le Network Working Group, un groupe informel d’étudiants rassemblés autour de Steve Crocker, lorsqu’il ne détenait encore qu’une simple licence.
Bien que rarement cité dans l’histoire d’Internet, ce groupe a pourtant mis en place la procédure RFC, pour Request For Comments, reconnue comme « l’un des symboles forts de la "culture technique" de l’Internet, marquée par l’égalitarisme, l’autogestion et la recherche collective de l’efficience ». Soit trois principes et une procédure, qui aujourd’hui encore sont appliqués sur le site Méta-Wiki, dans lequel s'organise la gestion communautaire du mouvement Wikimédia. Cela alors qu'au sein des projets pédagogiques, d’autres processus similaires de recherche de consensus ont fait leur apparition.
Il faut ensuite savoir que les liens entre ARPANET et l’armée ont disparu avec l’apparition du MILNET, un réseau entièrement dédié aux activités militaires, rebaptisé NIPRNet, pour Non-classified Internet Protocol Router Network, en 1990. Après une séparation définitive en 1983, précisément l’année où Richard Stallman postait sa demande d’aide pour le projet GNU, le réseau ARPANET resta uniquement dédié à la recherche et au développement. À cette époque, le réseau ne comprenait pas plus de 600 machines connectées[49], ce qui n'a donc rien de comparable avec ce vaste réseau informatique mondial que nous connaissons aujourd’hui, et qui fut fortement développé au cours des années 1990.
Pour en assurer l’entretien technique, une organisation non gouvernementale, a été créée en 1992, sous l'appellation d’Internet Society. Celle-ci devait aussi veiller au respect des valeurs fondamentales liées au bon fonctionnement du réseau[50]. Car avant d'atteindre des milliards d’appareils connectés, il a d’abord fallu réglementer les nombreuses dorsales internet intercontinentales, sans lesquelles la transmission du protocole TCP/IP partout dans le monde n'aurait pas été possible.
Pour en revenir à l’état d’esprit des créateurs d'Internet, un article intitulé Quarante ans après : mais qui donc créa l’internet ? apporte un éclairage particulièrement intéressant au sujet des liens que l'on peut établir entre le mouvement Wikimédia et l'histoire d'Internet. Dans son témoignage, Michel Elie, cet ingénieur en informatique, membre du Network Working Group cité précédemment, et responsable de l’Observatoire des Usages de l’Internet, nous explique effectivement ceci.
Le succès de l’internet, nous le devons aux bons choix initiaux et à la dynamique qui en est résultée : la collaboration de dizaines de milliers d’étudiants, ou de bénévoles apportant leur expertise, tels par exemple ces centaines de personnes qui enrichissent continuellement des encyclopédies en ligne telles que Wikipédia.
Au courant des années 1990, le milieu informatique universitaire semblait donc toujours fortement imprégné des idéaux de la contre-culture des années 1960, produit par les baby boomers dans le contexte de la guerre du Vietnam. Afin d'illustrer les idées véhiculées à cette époque, voici un paragraphe extrait d'un ouvrage publié en 1970 et intitulé Vers une contre-culture : Réflexions sur la société technocratique et l’opposition de la jeunesse[52]. Dans celui-ci, Théodore Roszak explique que :
Le projet essentiel de notre contre-culture : proclamer un nouveau ciel et une nouvelle terre, si vastes, si merveilleux que les prétentions démesurées de la technique soient réduites à n’occuper dans la vie humaine qu’une place inférieure et marginale. Créer et répandre une telle conception de la vie n’implique rien de moins que l’acceptation de nous ouvrir à l’imagination visionnaire. Nous devons être prêts à soutenir ce qu’affirment des personnes telles que Blake, à savoir que certains yeux ne voient pas le monde comme le voient le regard banal ou l’œil scientifique, mais le voient transformé, dans une lumière éclatante et, ce faisant, le voient tel qu’il est vraiment.
À la suite de cette lecture, il peut sembler paradoxal de penser qu’une contre-culture, voyant la technique comme « inférieure » et assimilant la science au « banal », puisse avoir un lien avec le milieu scientifique universitaire qui fut à l'origine d'Internet. Cependant, une réponse à cette énigme fut apportée par Fred Turner, par la publication de son livre intitulé : « Aux sources de l’utopie numérique : De la contre-culture à la cyberculture, Stewart Brand, un homme d’influence »[53].
Grâce à cet ouvrage, on découvre en effet que le mouvement Hippie utilisera tout ce qui était à sa disposition à l’époque pour parvenir à ses fins : LSD, spiritualités alternatives, mais également, objets technologiques les plus en pointe. Cela grâce notamment à l’influence de Steward Brand, le créateur d'un catalogue interactif, qui peut être considéré comme l'ancêtre analogique des groupes de discussions numériques apparus des années plus tard[54].
Comme autre indication, il y a ensuite les propos tenus en 1992, lors d’une plénière de la 24ᵉ réunion du groupe de travail sur l’ingénierie Internet, par David D. Clark, un autre pionnier d’Internet. Durant cette rencontre, ce chef de projet prononça des paroles[55] restées dans les annales. « Nous récusons rois, présidents et votes. Nous croyons au consensus et aux programmes qui tournent »[56]. Deux phrases seulement, mais qui, dans le cadre du milieu informatique, permettent de croire que le mépris de la contre-culture envers la technique et la science, s'est transformé en un refus d’autorité et une recherche de consensus.
Dans tous les cas, le développement du réseau Internet ne s'est pas fait sans conflits idéologiques importants. On peut d'ailleurs se demander aujourd'hui à quoi ressemblerait Internet s'il n'avait jamais été commercialisé[57]. Cela s'est passé en novembre 1994, lorsque l’association sans but lucratif Advanced Network and Services, chargée de gérer les accès à Internet, a fait le choix de vendre ses activités. Cette décision faisait suite à un appel à des fonds privés pour financer d'importants changements dans l'infrastructure du réseau. Profitant de l'occasion, la société commerciale America Online a ainsi repris à son compte la gestion des connexions à Internet, après avoir effectué un versement de 35 millions de dollars[58].
Trente ans plus tard, Internet est devenu ce réseau que nous expérimentons aujourd'hui, à savoir : un réseau dominé par des sociétés privées les plus riches au monde. Dans ce contexte et parmi les 100 sites web les plus visités au monde, seul le nom de domaine Wikipédia appartient à une organisation non lucrative[59]. Cela explique donc pourquoi le mouvement Wikimédia, via son encyclopédie et la fondation qui l'héberge, représente à ce jour, et dans l'espace web, l'expression la plus visible de la philosophie des pionniers d’Internet.
Plus qu'un héritage, cette situation peut être vue comme une mission perpétuée au sein d'un espace envahi par une culture marchande et capitaliste. C'est là une information importante qu'il faut retenir au sujet du mouvement Wikimédia. Elle ne clôture pas pour autant tout ce qu'il faut savoir au sujet des évènements qui ont permis la création d’une encyclopédie mondiale, libre et collaborative. Mais en revanche, elle nous invite à découvrir l'histoire du World Wide Web, un espace numérique sans lequel la création de Wikipédia n'aurait jamais été possible.
Chapitre 5 : Le World Wide Web
Maintenant que le lien entre la création d'Internet et le mouvement Wikimédia est établi, découvrons à présent l'application la plus connue du réseau, que l'on nomme le World Wide Web, ou plus simplement « Web ». C'est Tim Berners-Lee qui en fut l’inventeur, lorsqu’il était encore actif à l'Organisation européenne pour la recherche nucléaire. Il avait pour idée de créer un espace d’échange public par l’intermédiaire d'Internet, et pour y parvenir, il mit au point le logiciel « WorldWideWeb », rebaptisé Nexus pour éviter toute confusion avec le World Wide Web[60]
Grâce à un système d’indexation appelé hypertexte, ce programme informatique a permis de produire et de connecter des espaces numériques intitulés sites Web. Ceux-ci sont composés de pages web, hébergées sur des ordinateurs distants, mais connectés entre eux au travers du réseau Internet. Pour permettre ce type de connexion, Berners-Lee mit au point le Hypertext Transfer Protocol ou HTTP, un nouveau protocole de communication simple en soi, mais dont la mise en œuvre technique est compliquée.
Pour veiller au bon fonctionnement et au bon usage de l'espace web, des règles de standardisation ont tout d'abord été édictées par l’association Internet Society. Après quoi, Berners-Lee fonda le W3C, un consortium international dont la devise est : « un seul Web partout et pour tous »[61]. Si ce slogan nous apparaît très naturel aujourd’hui, il faut toutefois savoir que l'espace Web a bien failli être régi séparément par des acteurs commerciaux, avec tous les droits d'accès que cela aurait pu engendrer.
À partir du trente avril 1993, jour du dépôt du logiciel WorldWideWeb dans le domaine public par Robert Cailliau, un collègue de Berners-Lee chargé de la promotion de son projet, un tel scénario était en effet possible. Sauf qu'après le départ de Berners-Lee, devenu président du W3C, François Flückiger, qui avait repris son poste au sein du CERN[62], eut la présence d'esprit de réagir à temps. Selon le livre Alexandria qui parcourt l'histoire de Robert Caillau[63], voici ce qui aurait pu se passer si le code de l’éditeur HTML n'avait finalement pas été placé sous licence libre.
La philanthropie de Robert, c’est très sympa, mais ça expose le Web à d’horribles dangers. Une entreprise pourrait s’emparer du code source, corriger un minuscule bug, s’approprier le « nouveau » logiciel et enfin faire payer une licence à ses utilisateurs. L’ogre Microsoft, par exemple, serait du genre à flairer le bon plan pour écraser son ennemi Macintosh. Les détenteurs d’un PC devraient alors débourser un certain montant pour profiter des fonctionnalités du Web copyrighté Microsoft. Les détenteurs d’un Macintosh, eux, navigueraient sur un Web de plus en plus éloigné de celui vendu par Bill Gates, d’abord gratuit peut-être, avant d’être soumis lui aussi à une licence.
Face à un tel scénario, nous découvrons de nouveau à quel point le concept de licence libre a fondamentalement changé le cours de la révolution numérique. Sans cela, nos expériences et nos usages de l'espace numérique auraient été totalement différents. L'utopie Wikipédia, par exemple, n'aurait certainement pas vu le jour, en raison de l'éclatement des espaces numériques et des coûts d'accès auxquels seraient confrontés les bénévoles qui ont construit le projet. Quoi qu'il en soit, et au niveau technique, une fois l'espace web apparu, il ne manquait plus qu'une chose pour permettre la création d'une encyclopédie collaborative au format numérique.
Chapitre 6 : Les plateformes Wiki
Un wiki, ou un moteur de wiki, est un logiciel que l'on installe sur un serveur informatique pour permettre la création d’un site web éditable et configurable à l’aide d’un simple navigateur. Plus précisément, c’est un système de gestion de contenu, dans lequel le code HTML, CSS, JavaScript et Lua, ainsi que certains paramètres, peuvent être modifiés par tous les internautes. Cela peut se faire en se connectant à un compte utilisateur, afin de bénéficier des droits de modification et d’administration qui lui sont accordés, ou en utilisant la configuration attribuée par défaut aux personnes non connectées.
Sur les pages web d'un wiki, chaque modification provoque un nouvel enregistrement complet du code source qui la compose. De la sorte, il est toujours possible, à partir d’une page reprenant l’historique des modifications, de rétablir l'une de ses anciennes versions. Grâce à ce système, on peut ainsi savoir quelle personne, ou quelle adresse IP est à l’origine d’un changement, et même voir l’endroit où la modification a été faite, et à quel moment celle-ci a été réalisée.
Le premier logiciel Wiki, qui portait le nom de WikiWikiWeb, a été créé et placé sous licence libre GPL par Ward Cunningham en mars 1995[64]. Grâce à la licence, d’autres programmes wiki ont vu le jour en copiant ou s’inspirant du code source de WikiWikiWeb, ou des autres projets wiki qui l'avaient fait auparavant. Cette émulation récursive, qui donna naissance à toute une panoplie de projets wiki, est donc à nouveau une belle illustration des retombées positives que peut susciter l'application d'une licence libre.
Parmi les différents logiciels Wiki disponibles, UseModWiki fut choisi par la société Bomis qui finança la création du premier projet Wikipédia en anglais. C'était un choix judicieux, car l’éclatement de la bulle spéculative d’Internet, à la fin des années 2000, confrontait l'entreprise à de grosses difficultés financières. Un programme gratuit, simple d’utilisation et peu gourmand en ressources informatiques, convenait donc parfaitement dans ce cadre. UseModWiki fut par après remplacé par un autre moteur de Wiki sans nom, mais plus performant et toujours produit sous licence libre. Ce dernier fut ensuite amélioré par plusieurs programmeurs, dont Brion Vibber, le premier employé de la Fondation Wikimédia, avant d’être finalement intitulé MediaWiki.
Avec l’aide de nouveaux employés et des bénévoles actifs sur le site mediawiki.org, ce système de gestion de contenu finit par apparaitre en tête du classement des wikis les plus utilisés[66]. Grâce à la licence libre, des milliers d'autres personnes et projets ont pu en effet développer des sites Web, sans nécessairement faire partie du mouvement Wikimédia. Ce succès a par ailleurs justifié l'organisation de rassemblements annuels entre 2016 et 2020, entre personnes et organisations qui utilisent le programme, pour discuter de son développement et de ses usages.
Ceci étant dit, il existe dans la liste des Wikis d’autres logiciels libres intéressants, tels que DokuWiki, rendu populaire par sa simplicité d’installation et d’usage. Jusqu’à ce jour cependant, seul MediaWiki semble suffisamment stable et puissant pour permettre le développement optimal de l’ensemble des projets Wikimédia. Avec parmi ceux-ci, bien sûr, Wikipédia, l'encyclopédie libre et universelle, dont nous allons enfin découvrir la mise en place dans ce prochain chapitre.
Chapitre 7 : L’encyclopédie libre et universelle
Dans les chapitres précédents, nous avons découvert toutes les innovations techniques et culturelles sans lesquelles Wikipédia n’aurait jamais pu devenir la plus grande encyclopédie libre et universelle connue au monde. Son objectif est de synthétiser la totalité du savoir humain. Ce qui n’est autre, finalement, qu’un vieux rêve de notre humanité. Trois cents ans avant Jésus-Christ et durant la création de la bibliothèque d’Alexandrie, ce désir était aussi celui de Ptolémée Iᵉʳ. C'était deux siècles avant que Denis Diderot publie, avec Jean Le Rond d'Alembert et Louis de Jaucourt en 1751, la première édition de l’Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers. Quant à Paul Otlet, qui a créé avec Henri La Fontaine la classification décimale universelle en usage depuis 1905, il s’était mis en tête de répertorier l’ensemble du savoir humain au sein d'un seul édifice.
Peu connu à ce jour, ce documentaliste belge rêvait pourtant de cataloguer le monde et de rassembler toutes les connaissances humaines, sous la forme d’un gigantesque répertoire bibliographique universel, situé à l'intérieur d'un Mundaneum[70]. En 1934, dans le Traité de documentation écrit par celui qui voulait « classer le monde[71] », Otlet décrit, de manière particulièrement visionnaire, un possible partage du savoir et de l’information[72].
Ici, la Table de Travail n’est plus chargée d’aucun livre. À leur place se dresse un écran et à portée un téléphone. Là-bas, au loin, dans un édifice immense, sont tous les livres et tous les renseignements, avec tout l’espace que requiert leur enregistrement et leur manutention…
De là, on fait apparaître sur l’écran la page à lire pour connaître la question posée par téléphone avec ou sans fil. Un écran serait double, quadruple ou décuple s’il s’agissait de multiplier les textes et les documents à confronter simultanément ; il y aurait un haut-parleur si la vue devrait être aidée par une audition. Une telle hypothèse, un Wells certes l’aimerait. Utopie aujourd’hui parce qu’elle n’existe encore nulle part, mais elle pourrait devenir la réalité de demain pourvu que se perfectionnent encore nos méthodes et notre instrumentation.
À peu de choses près, cette utopie décrite en 1934 par Otlet correspond à l'usage que l'on fait du réseau Internet et de son espace web, lorsqu'on recherche de l'information aujourd'hui. Premièrement, allumer un système informatique, avec ou sans fil, muni d'un écran ; ensuite, poser une question dans un moteur de recherche ; puis, comme cela arrive très souvent, être redirigé vers l'une des versions linguistiques de Wikipédia[73].
Ce scénario, dans lequel les moteurs de recherche jouent un rôle central, explique la popularité de l'encyclopédie libre. D'autres projets similaires étaient pourtant apparus sur le Web avant l'arrivée de Wikipédia. Environ trois ans avant sa création, Aaron Swartz, un activiste de la culture libre qui avait juste douze ans à l'époque, avait par exemple lancé une sorte de site encyclopédique produit et régi par ses usagers. Appelé The Info Network, ce site web avait d'ailleurs permis à son auteur de recevoir l'ArsDigita Prize, un prix décerné aux jeunes créateurs de projets « utiles, éducatifs, collaboratifs et non commerciaux »[75].
Il faut savoir ensuite que l'expression « encyclopédie libre et universelle » fut oubliée pour la première fois durant l'année 2000 par Richard Stallman, soit l'année qui précéda celle de la naissance de Wikipédia. C'était dans un essai intitulé The Free Universal Encyclopedia and Learning Resource[76], qui, selon son auteur, avait été rédigé deux ans avant sa publication sur la liste de diffusion du projet GNU[77]. Repris ci-dessous, un extrait de ce texte, présente les particularités du projet.
Le World Wide Web a le potentiel de devenir une encyclopédie universelle couvrant tous les domaines de la connaissance et une bibliothèque complète de cours d’enseignement. Ce résultat pourrait être atteint sans effort particulier, si personne n’intervient. Mais les entreprises se mobilisent aujourd’hui pour orienter l’avenir vers une voie différente, dans laquelle elles contrôlent et limitent l’accès au matériel pédagogique, afin de soutirer de l’argent aux personnes qui veulent apprendre.
Nous ne pouvons pas empêcher les entreprises de restreindre l’information qu’elles mettent à disposition ; ce que nous pouvons faire, c’est proposer une alternative. Nous devons lancer un mouvement pour développer une encyclopédie libre universelle, tout comme le mouvement des logiciels libres nous a donné le système d’exploitation libre GNU/Linux. L’encyclopédie libre fournira une alternative aux encyclopédies restreintes que les entreprises de médias rédigeront.
En parlant d'un « mouvement pour développer une encyclopédie libre universelle », Stallman anticipait donc, sans le savoir, l'arrivée du mouvement Wikimédia, qui ne se concrétisa que bien des années plus tard. Quant à la soixantaine de paragraphes qui décrivent son projet, on y retrouve, dans une forme presque identique, les cinq principes fondateurs qui ont guidé la création de Wikipédia et qui sont toujours actifs à ce jour[79].
Le premier consiste bien sûr à créer une encyclopédie ; le deuxième réclame une neutralité de point de vue[80], chose que Stallman expliquait déjà en écrivant qu’« en cas de controverse, plusieurs points de vue seront représentés » ; le troisième implique le respect des droits d’auteur et l’adoption d'une licence libre, celle précisément dont Stallman avait été l'initiateur ; le quatrième inscrit le projet dans une démarche collaborative, alors que Stallman précisait déjà que « tout le monde est le bienvenu pour écrire des articles » ; et le cinquième enfin, stipule qu’il n’y a pas d’autres règles fixes, une position très courante dans le milieu des hackers dont Stallman faisait partie.
Il apparaît donc clairement que le projet Wikipédia n'était pas une idée originale en soi, mais plutôt une opportunité saisie par la société Bomis pour enrichir sa propre encyclopédie commerciale, Nupedia. Cette dernière avait été lancée en avril 2000, soit environ dix mois avant Wikipédia, et sa rédaction était assurée par des experts engagés au sein d’un processus éditorial strict et formel[81]. Malheureusement pour la firme Bomis, le nombre d’articles ne progressait que très lentement.
Dans le but d'accélérer le processus, Larry Sanger, un docteur en philosophie employé par Bomis pour assurer le rôle de rédacteur en chef de Nupedia, eut l'idée d'installer un logiciel wiki sur les serveurs de son entreprise. L'objectif était d'ouvrir un site web participatif, dans lequel des volontaires pourraient créer des articles encyclopédiques, pour qu'ils soient ensuite intégrés dans le projet commercial. Malgré le manque d’enthousiasme de son employeur Jimmy Wales[82], Sanger mit ses idées en application, et c'est ainsi que débuta l’histoire de Wikipédia[83], avec sa toute première version en anglais.
C’était le 15 janvier 2001, précisément le même mois où Richard Stallman mit en ligne son propre projet d’encyclopédie libre et universelle, qu'il souhaitait intituler GNUPedia. Étonnamment, les noms de domaine gnupedia .com .net et .org avaient déjà été enregistrés au nom de Jimmy Wales[84], ce qui obligea Stallman à rebaptiser son projet GNE. Ce fait est d'autant plus surprenant que Wales affirma des années plus tard[85] : « n’avoir eu aucune connaissance directe de l’essai de Stallman lorsqu’il s’est lancé dans son projet d’encyclopédie »[86].
Le site GNE ne ressemblait cependant pas vraiment à une encyclopédie, mais plutôt à un blog collectif[87] ou une base de connaissance, tandis que sa page d’accueil précisait clairement qu’il s’agissait d’une bibliothèque d’opinion. Quant à sa modération, elle avait demandé d'engager un employé, car elle s'est avérée bien plus compliquée que prévu. À côté de cela, et probablement grâce aux spécificités de l’environnement wiki et aux soutiens apportés par Jimmy Wales et Larry Sanger, Wikipédia réussit à mettre en place une organisation efficace au sein d'une communauté d'éditeurs grandissante.
Peut-être en raison de la concurrence libre faite par le projet GNE, Jimmy Wales décida d'abandonner le copyright que Bomis détenait sur son encyclopédie commerciale Nupedia, pour le remplacer par une licence Nupedia Open Content[90]. Peu de temps après, il décida finalement d'adopter la licence de documentation libre GNU conçue pour protéger les textes de documentation des logiciels libres. Ce dernier choix fut une stratégie payante, puisque cela incita Richard Stallman à transférer tout le contenu de son projet GNE vers Nupedia, et à encourager tout le monde à contribuer sur Wikipédia[91].
Parmi les autres actions de Jimmy Wales qui ont contribué au succès de Wikipédia, il y eut cette idée d'ouvrir le projet aux « gens ordinaires[92] ». C’était un choix qui s’opposait aux idéaux de Larry Sanger, qui de loin préférait le modèle de Nupedia avec son système de relecture par des experts. Cependant, Jimmy Wales, en tant qu'homme d’affaires, visait une croissance plus rapide du contenu de l'encyclopédie[85].
Cette croissance ne s'est toutefois pas faite sans difficulté. Le 26 février 2002, en effet, l'Enciclopedia Libre Universal en Español, un projet dissident du projet Wikipédia, fit son apparition. C'était une réaction à de la censure, à l'existence d'une ligne éditoriale et à la possibilité de voir apparaitre des publicités dans Wikipédia. En raison des remises en question que cette séparation suscitait parmi les bénévoles actifs dans les projets, Jimmy Wales renonça finalement à l'usage de la publicité et mit de côté ses visions en matière de profit.
Il faut aussi tenir compte du fait que cet évènement est survenu lors de l'éclatement de la bulle spéculative Internet et du krach boursier de 2001-2002. Une conjoncture qui plaçait la société Bomis dans des difficultés financières, et surtout, dans l'incapacité de payer le salaire de Larry Sanger, son seul employé. En mars 2002 et après un mois d’activité bénévole, l’ex-employé décida alors de quitter les fonctions, qu'il occupait depuis un peu plus d'un an, dans Nupedia et Wikipédia[94]. Avec le seul soutien de Jimmy Wales, les deux encyclopédies purent toutefois poursuivre leurs développements, toujours avec le concours d'experts dans Nupedia et d'une communauté bénévole au niveau de Wikipédia. Néanmoins, en septembre 2003 et vu l'écart qui se creusait entre les deux projets, l'encyclopédie Nupedia fut fermée et ses quelques dizaines d'articles transférées vers les milliers d'autres que comprenait déjà le projet Wikipédia.
Trois ans plus tard, Larry Sanger n’avait pas dit son dernier mot. En septembre 2006, il décida en effet de lancer sur fonds propres une encyclopédie intitulée Citizendium. Cette plateforme écrite en anglais uniquement et toujours active à ce jour, repose sur un système d’expertise, dans lequel les contributrices et les contributeurs doivent déclarer leur identité réelle. En avril 2026 cependant, Citizendium reprenait moins de 2000 articles[95], tout avancement confondu, tandis que le projet Wikipédia en anglais en regroupait déjà plus de 7 millions[96]
Voici donc comment est née la plus grande encyclopédie au monde, dont la taille et la visibilité n'avaient jamais été égalées auparavant. Une encyclopédie qui, de plus, s'est rapidement déclinée en de nombreuses versions linguistiques, à l'instar de sa version francophone, lancée moins de quatre mois après le projet original en anglais[97]. Toutes ces versions ont formé les premières bases d’une organisation mondiale, bientôt chapeautée par une fondation. Avant cela, d'autres projets pédagogiques et collaboratifs ont vu le jour au côté de Wikipédia. Intitulés « projets frères », ceux-ci se constituent à leur tour, en de nombreuses versions linguistiques, tout en poursuivant le processus de création du mouvement Wikimédia.
Chapitre 8 : L'arrivée des projets frères
Dans le but de développer des contenus pédagogiques qui ne trouvaient pas leur place dans Wikipédia, d’autres projets pédagogiques et collaboratifs ont vu le jour, pour former ce que l'on appelle couramment aujourd'hui : l’écosystème Wikimedia. La naissance de tous ces projets, ainsi que les évènements importants qui ont contribué au développement du mouvement, ont été repris dans une ligne du temps réalisée par Guillaume Paumier, à l’occasion du dixième anniversaire de Wikipédia. Grâce à ce graphique, on peut voir en détail l'évolution du nombre de projets, de versions linguistiques, de contributeurs et d'articles, et se faire ainsi une idée sur la vitesse à laquelle s'est développé le mouvement Wikimédia.
Parmi tous les projets frères de Wikipédia, le premier à apparaître fut Méta-Wiki, une plateforme de référence pour centraliser la gestion de l'ensemble des sites web hébergés par la fondation Wikimédia. Dans un premier temps, cet espace communautaire en ligne a répondu à la nécessité de traiter en un seul lieu les questions communes aux différentes versions linguistiques de Wikipédia. Aujourd'hui, le site web est le principal endroit de coordination et de gestion de l'ensemble du mouvement Wikimédia. On y retrouve énormément d'informations au sujet des projets en ligne, et peut-être plus encore, concernant la Fondation et les organismes affiliés.
Après Méta-Wiki, sept autres projets de partage de la connaissance ont fait leur apparition, avant d'être déclinés à leur tour en plusieurs versions linguistiques. Tous ces projets émergent en général sur l’initiative d’un petit groupe de personnes actives au sein d’un projet préexistant. Ce fut le cas du projet Wiktionnaire en anglais, le deuxième projet à voir le jour après Méta-Wiki, en décembre 2002, soit deux ans avant la version francophone apparue en mars 2004[98].
Il est intéressant d'observer que la version francophone du Wiktionnaire n’a pas été créée à partir du projet anglophone, mais bien depuis le projet Wikipédia en français. D'ailleurs, on peut retrouver dans les archives de ce dernier projet, un débat concernant la pertinence de cette création, dont voici un extrait.
En fait, ce qui me peine vraiment avec le projet Wiktionary, c’est que alors qu’on essaie de rassembler les gens (pas facile) pour créer une sorte de tour de Babel de la connaissance (tâche bien longue et difficile), ce nouveau projet va disperser les énergies pour une raison qui ne me semble pas valable. C’est la création de Wiktionary qui va créer des redondances. À mon avis il existera rapidement des pages sur le même mot, mais ne contenant pas les mêmes informations. Pour quelle raison ces connaissances devraient-elles être séparées ? Les encyclopédies sur papier devaient faire des choix à cause du manque de place, mais nous, pourquoi le ferions-nous ??? "Wikipédia n’est pas un dictionnaire" n’est pas un argument à mon avis... si vraiment c’était pas un dictionnaire, il faudrait virer tout un tas d’article. Je ne comprends vraiment pas cette volonté de séparer la connaissance entre ce qui est "encyclopédique" et ce qui n’est "qu’une définition".
[Réponse]
Pour moi ce qu’est Wiktionary, c’est une partie de Wikipédia s’intéressant plus particulièrement aux aspects linguistiques des mots. La différence que je verrais entre la partie dictionnaire de Wikipédia et sa partie dite encyclopédique, c’est que la partie dictionnaire s’intéresserait au sens des mots eux-mêmes alors que la partie encyclopédie s’attache plus à faire ressortir un état des connaissances à un moment donné. Le pourquoi de la séparation d’avec la partie encyclopédie tient plus à des raisons techniques qu’à une volonté de monter un projet indépendant, en effet, à mon humble avis, un dictionnaire nécessite une plus grande rigueur (de présentation) qu’une encyclopédie. Ceci entraîne beaucoup de problème et entre autres le choix de la mise en forme des articles du dictionnaire.[99]
Créer un nouveau projet, c’est effectivement créer un nouveau site web, qui devra faire l’objet d’une nouvelle gestion, tant pour les serveurs de la Fondation, que pour la nouvelle communauté de contributeurs. L’importation de pages d’un projet à l'autre ou la traduction de celles-ci sont bien sûr toujours possibles, mais cela duplique alors aussi la maintenance et les mises à jour. Le choix de scinder un projet, en faveur d’une plus grande liberté, comporte donc certains coûts humains et financiers.
Ce prix à payer n'a pour autant pas empêché le projet anglophone Wikibooks de faire son apparition le 10 juin 2003, soit près d’un an avant Wikilivres, la version francophone du projet, apparue le 22 juillet 2004. Cette dernière création avait de nouveau été débattue au sein de la communauté Wikipédia en français, et non pas dans le Wikibooks en anglais. Quant à l'objectif commun aux deux projets linguistiques, il était de créer une « bibliothèque de livres pédagogiques libres que chacun peut améliorer »[100].
Environ un an après la création du projet en anglais, un nouvel espace de noms intitulé Wikijunior fut mis en place au sein de la bibliothèque en ligne. Ce sous-projet avait été créé pour répondre à un financement de la fondation Beck, qui cherchait à promouvoir la production de nouvelles littératures pour des enfants de huit à onze ans[101]. Peu de temps après, cette tranche d’âge fut toutefois élargie de zéro à douze ans au niveau du projet francophone, quand le sous-projet y fut adopté[102].
Ces deux évènements témoignent ainsi qu'il est toujours possible qu'un sous-projet apparaisse dans un projet Wikimédia. Comme autre exemple, il y a aussi le WikiJournal, un sous-projet développé au sein du projet Wikiversité en anglais et qui reçut le prix de l’Open Publishing Awards en 2019[103]. Une demande fut faite pour qu'il puisse bénéficier d'un nouveau site web dans le but de pouvoir se développer en dehors de Wikiversité. Malheureusement pour les initiateurs, la demande est restée sans suite jusqu'à ce jour[104], après que le conseil d’administration de la Fondation, chargé de répondre à leur demande, considéra que le projet n’était pas suffisamment abouti.
Il faut savoir qu'avant cela, le projet Wikiversité, dans lequel est né Wikijournal, avait lui-même été un sous-projet du projet Wikibook[105]. Initialement, il visait à « créer une communauté de personnes qui se soutiennent mutuellement dans leurs efforts éducatifs[106] »[107]. Cependant, en août 2005, une longue discussion remit en question l’existence du sous-projet Wikiversité dans Wikibooks. Au terme de celle-ci, la décision fut prise de transférer Wikiversité et son contenu sur le site Méta-Wiki[108], là où de nouvelles discussions ont abouti à l’idée de faire de Wikiversité un nouveau projet indépendant[109].
Déjà à l'époque, le conseil d’administration de la Fondation Wikimédia se montrait réticent à l'ouverture de nouveaux projets, et sa réaction fut de demander l'ouverture d'un sondage au sein de la communauté. Celui-ci devait rassembler une majorité des deux tiers en faveur de l'ouverture du nouveau site web[110]. Un résultat qui fut finalement obtenu, mais pas sans de longs débats, dont voici un extrait[108].
La principale raison pour laquelle la Fondation Wikimédia ne veut pas "lâcher le morceau" est une simple question de bureaucratie et la crainte que le projet ne devienne une autre Wikispecies [un projet de répertoire du vivant]. Wikispecies est une idée cool, mais les "fondateurs" du projet se sont dégonflés à mi-chemin de la mise en place du contenu et ont décidé de faire une révision majeure qui a pris plus de temps que ce que tout le monde était prêt à mettre.
Le même problème s’applique à Wikiversity en ce qui concerne la Fondation, parce que les objectifs et les buts de ce projet ne sont pas clairement définis, et il semble que les participants essaient de mordre plus qu’ils ne peuvent mâcher en proposant une université de recherche multi-collèges entière (avec un statut de recherche et une accréditation) à former de toutes pièces plutôt qu’un simple centre d’éducation pour adultes avec quelques classes.[111]
En novembre 2005 et malgré les résultats du sondage, l'indépendance du projet Wikiversité ne fut toutefois pas acceptée par cinq membres du conseil. Ceux-ci réclamaient une « réécriture de la proposition pour en exclure la remise de titre de compétence, la conduite de cours en ligne, et de clarifier le concept de plate-forme e-learning[112] »[113]. Quand ces rectifications furent faites, le projet bénéficia d'une période d’essai de plusieurs mois, jusqu'à ce que les amendements apportés au projet de départ soient enfin acceptés, le 31 juillet 2006. Ce long temps d'attente était justifié par la création du special projects committee[114], qui, jusqu'en décembre 2021, fut chargé de soulager le conseil d’administration de la fondation, par rapport aux demandes de création de nouveaux projets Wikimédia[115].
Un nouveau site, nommé Beta-Wikiversity, fut ainsi créé pour assister le lancement des différentes versions linguistiques de Wikiversité[116]. Durant six mois, son premier objectif a d'abord été l'élaboration des lignes directrices concernant la potentialité de produire des recherches collaboratives au sein du projet[117]. Par la suite, chaque nouvelle version linguistique, développée dans le projet Beta, devait avoir plus de 10 modifications par mois, réalisées par au moins trois personnes distinctes, avant de pouvoir bénéficier de son propre site web.
À l'image de Beta-Wikiversity, le projet Wikisource[118] possède lui aussi un site indépendant pour lancer ces nouvelles déclinaisons linguistiques. Tandis que pour tous les autres projets pédagogiques, ce lancement s'effectue sur la plateforme Wikimedia Incubator[119], créée à la même époque que Beta-Wikiversity. Ces trois plateformes de lancement ne concernent pas les nouveaux projets, qui doivent faire l'objet d'une acceptation par le conseil d'administration de la Fondation Wikimédia, et qui peuvent avoir pour origines des processus de création divers.
Le projet Wikivoyage, par exemple, fut initialement créé en 2003 dans un Wiki extérieur au mouvement Wikimédia, là où il portait le nom de Wikitravel[120]. Comme cela arrive parfois, ce projet sans but lucratif fut acheté par une entreprise commerciale en 2006. Mais en raison du changement de gouvernance et de l'apparition de publicités, une scission est apparue au sein de la communauté d’éditeurs. Les personnes désireuses de quitter Wikitravel lancèrent alors un nouveau site appelé Wikivoyage, qui reçut en 2007, le Webby Award du meilleur guide de voyage Internet[121].
L'intégration de Wikivoyage dans l'écosystème Wikimédia n'a cependant été faite qu'en 2012, à la suite d'un appel à commentaires durant lequel 540 personnes furent en faveur de l’intégration du projet, 153 contre, pendant que 6 restèrent sans avis [122]. Comme cette nouvelle déclencha une migration importante depuis Wikitravel vers Wikivoyage, une plainte fut déposée par la société commerciale en charge du premier projet. Celle-ci fut toutefois rejetée et le projet Wikivoyage continua à prendre de l’ampleur au sein du mouvement Wikimédia, avec la création de nouvelles versions linguistiques[123].
Le cas de Wikivoyage apparait toutefois comme une exception, car en général les nouveaux projets émergent des centaines de candidatures déposées sur le projet Méta-Wiki[124]. Celles-ci se soldent bien souvent par un refus, comme ce fut le cas pour le projet WikiLang dont le but était de lancer un laboratoire linguistique[125]. Quelques rares projets ont pourtant la chance d'être élus. Ce fut notamment le cas en octobre 2012, avec le lancement de la base de données structurée et sémantique Wikidata et de ses extensions Wikibase, ou plus récemment, en 2020, avec l'arrivée du projet Abstract Wikipedia et Wikifunctions.
Sans vouloir entrer dans les détails, il est intéressant de savoir que l'interconnexion entre ces trois projets permet de traduire automatiquement des articles encyclopédiques dans tous les langages naturels pris en charge par le mouvement Wikimédia. Plus précisément, les phrases des articles publiées sur Abstract Wikipédia, sont formulées par des fonctions informatiques produites dans le projet Wikifunctions, dans le but de traiter les informations de la base de données sémantique Wikidata. Autrement dit, un article dans Abstract Wikipédia ne possède qu'une seule page pour toutes les langues, pareillement aux pages d'entités de Wikidata, qui ont pour titre une lettre suivie d'un chiffre.
À la suite de ces explications, on observe donc que ce n'est pas la complexité qui détermine le refus projet, mais plutôt une série de critères comparables à ceux retenus pour supprimer des projets ou versions linguistiques déjà existants. À ce propos, il existe sur Méta-Wiki une liste mise à jour des différents sites hébergés par la Fondation Wikimédia dont l'existence est remise en cause[129]. Dans celle-ci, on retrouve essentiellement des versions linguistiques de projets qui n’ont pas réussi à poursuivre leurs développements, bien qu'un projet entier soit toujours susceptible d'être mis à l'arrêt. C'est d'ailleurs ce qui est arrivé aux 31 versions linguistiques du projet Wikinews, qui, en date du 4 mai 2026, soit 22 ans après le lancement du site anglophone, sont accessibles en mode lecture uniquement[130].
Dans le cas de Wikinews, ce fut le manque d'activité qui apparut comme principale justification de la suspension du projet. Cependant, d'autres raisons pourraient être invoquées, comme le prouve cet épisode de 2005, où, peu de temps après son lancement, la version francophone du recueil de citations Wikiquote a bien risqué de disparaitre. Le projet fut effectivement accusé d’avoir récupéré le contenu d’une base de données soumise à un droit d’auteur, incompatible avec la licence Creative Commons appliquée sur l’ensemble des projets pédagogiques Wikimédia. Lorsqu'une plainte fut adressée à l’association Wikimédia France, pour être ensuite relayée sur le site Méta-Wiki, il fut bien question de fermer le projet[131]. Après de longues discussions, celui-ci fut maintenu, mais avec pour conditions de repartir de zéro, et d’établir une charte pour garantir la traçabilité des citations reprises par le projet[132].
Voici donc de quoi se faire une idée sur la manière dont les projets pédagogiques et leurs déclinaisons linguistiques apparaissent et disparaissent au sein du mouvement. Les exemples repris ci-dessus suffisent effectivement pour comprendre les principes généraux qui sous-tendent leurs créations. En dehors de Méta-Wiki, Wikidata, Wikifunctions, Abstract Wikipédia et Wikimedia Commons, qui ne sont pas des projets de contenu pédagogique à proprement parler, tous les autres projets semblent effectivement provenir d’un désir de spécialisation d’un projet préexistant.
L'idée est généralement débattue dans un projet de même langue, avant de relayer la discussion vers le site Méta-Wiki. Si le projet y est jugé pertinent, il fait alors l'objet d'une candidature qui doit actuellement être soumise au groupe de travail des projets frères du comité des affaires communautaires de la Fondation Wikimédia. Quant aux nouvelles versions linguistiques, elles doivent être aujourd'hui soumises à l'approbation du comité des langues, avant d'être testées sur les plateformes Incubator, Beta-Wikiversité ou Wikisource Multilingue, dans le but de bénéficier d’un site web indépendant.
Après ces explications concernant les projets frères et leurs variations linguistiques, il nous reste encore à parler des sites qui ont un lien avec le mot Wiki, soit par leur nom, soit par le logiciel utilisé. En 2024 effectivement, plus de 22 600 d'entre eux étaient répertoriés, dont plus de 95 % sans aucun lien avec le mouvement Wikimédia, en dehors du fait, peut-être, qu’ils utilisaient le logiciel MediaWiki développé par la Fondation Wikimédia[133].
WikiLeaks par exemple, créé par Julian Assange dans le but de publier des documents classifiés provenant de sources anonymes, n’est ni un projet Wikimédia, ni un site collaboratif. Quant au recueil universel et multilingue de guides illustrés WikiHow, si celui-ci fonctionne pour sa part de manière collaborative et avec le logiciel MediaWiki[134], il n'a pourtant aucun lien avec le mouvement Wikimédia. D'ailleurs, son ergonomie, radicalement différente de celle des projets Wikimédia, permet de le comprendre au premier coup d’œil.
En revanche, Wikimini, l'encyclopédie libre pour les enfants, a une apparence tout à fait comparable à celle des projets Wikimédia, alors que le projet n’a jamais été accepté par la Fondation. Quant aux projets WikiTribune et Fandom, l'ambiguïté qu'ils entretiennent avec le mouvement est d'autant plus grande qu'ils ont été créés par Jimmy Wales, le fondateur de Wikipédia et de la Fondation Wikimédia. Cependant, comme ce sont des projets commerciaux, ils ne peuvent en aucun cas être soutenus par une fondation sans but lucratif.
Au terme de cette présentation, il ne reste plus qu'à signaler que le mouvement Wikimédia ne fut conscientisé que tardivement par rapport à l'apparition des projets Wikimédia et de leurs différentes versions linguistiques. Pour qu'un sentiment de collectivité se manifeste entre tous ceux-ci, il fallut certainement attendre qu'une coordination se développe sur la plateforme Méta-Wiki, mais également que de nombreuses rencontres et associations apparaissent en dehors de l'espace numérique. En ce sens, la naissance du mouvement ne fut pas un événement ponctuel, mais plutôt la réalisation d’un long processus de conscientisation.
Chapitre 8 : La conscientisation du mouvement
Avant d'aborder la question de la conscientisation du mouvement, il peut être intéressant de découvrir l'origine étymologique du mot « Wikimédia ». Celui-ci est un mot-valise composé du suffixe « média » et du préfixe « wiki » que l’on doit à cette expression hawaïenne « wiki wiki », qui se traduit en français par l'expression : « vite, vite »[136]. Celle-ci fut récupérée une première fois par Ward Cunningham, le créateur du premier moteur Wiki, avant d'être réutilisée dans les noms inventés pour d'autres logiciels de cette même famille. UseModWiki en est un bel exemple, puisqu'il fut le premier programme utilisé par la firme Bomis pour héberger son projet d’encyclopédie collaborative. Raison pour laquelle, sans doute, le terme « wiki » fut utilisé pour créer le mot Wikipédia, en l'associant au suffixe « pedia » qui fait référence au mot anglais encyclopedia, selon un principe qui fut ensuite repris pour tous les autres projets du mouvement.
Le mot Wikimédia, pour sa part, n’est apparu que le seize mars 2003, lors d’une discussion concernant la déclinaison possible de l’encyclopédie en d’autres types de projets éditoriaux participatifs. Durant celle-ci, l’écrivain américain Sheldon Rampton eut l’idée d’associer au terme wiki à celui de « média », afin de mettre en évidence la variété des médias produits et partagés par Wikipédia et ses projets frères[137]. Toutefois, c'est seulement en juin 2008 que Florence Devouard, présidente de la Fondation à cette époque, associe le mot Wikimédia à un mouvement social qu’elle voyait apparaître au sein des projets Wikimédia et de leurs communautés d'usagers.
Affirmer pour autant que ce moment précis coïncide avec la naissance du mouvement Wikimédia serait quelque peu arbitraire. Car si l’on peut déterminer plus ou moins facilement l’apparition d’une expression dans des archives, tout le monde sait qu’un mouvement social ne se forme pas en un seul instant. Dans le contexte du mouvement Wikimédia, sa naissance est bien sûr liée à celle du projet Wikipédia, mais également à tout ce qui permit la création de cette encyclopédie libre. Dans une autre perspective encore, on peut dater l'apparition du mouvement Wikimédia au 20 juin 2003[138], date de la création de la fondation qui porte le même nom. Ou pourquoi pas, associer la création du mouvement à la mise en ligne de la plate-forme Méta-Wiki, qui en représente le principal lieu de coordination.
Toujours est-il que l’expression « Wikimedia movement » est bien apparue en juin 2008, sous la plume de Florence Devouard. Cela s'est passé sur la liste de diffusion de la Fondation et peu de temps avant qu'elle quitte son poste de présidente[139]. Dans son message, elle partageait l'idée de placer sous le nom de domaine Wikimedia.org un site vitrine de présentation du mouvement Wikimédia qu'elle concevait de la sorte[140].
Le mouvement Wikimédia, comme je l’entends est
– une collection de valeurs partagées par les individus (liberté d’expression, connaissance pour tous, partage communautaire, etc.)
– un ensemble d’activités (conférences, ateliers, wikiacadémies, etc.)
– un ensemble d’organisations (Wikimedia Foundation, Wikimedia Allemagne, Wikimedia Taïwan, etc.), ainsi que quelques électrons libres (individus sans chapitres) et des organisations aux vues similaires[141]
Avec autant de détails et d'explications, un tel message ne pouvait qu'accélérer la prise de conscience au sein du mouvement. Dans tous les cas, il mettait en évidence que les personnes actives dans les projets éditoriaux en ligne ou dans les organismes affiliés, faisaient partie de ce que Ralf Dahrendorf appelle un « quasi-groupe[142] ». Ou autrement dit, un ensemble d’individus qui ont un mode de vie semblable, une culture commune, mais dont les points communs ne gravitent pas autour d’une prise de conscience de leur position commune dans la relation d’autorité[143].
Après la naissance de Wikipédia et de nombreux projets frères, une dizaine d’années a donc été nécessaire pour que le mouvement Wikimédia prenne conscience de son existence. Aujourd’hui encore, et comme cela a déjà été vu, de nombreuses personnes actives dans les projets pédagogiques ne réalisent toujours pas qu’elles participent aux activités d’un mouvement social. Cela, contrairement aux personnes investies dans les activités en présentiel organisées au sein du mouvement, qui sont généralement plus conscientes de leur engagement. C’est là une raison de croire que le développement de la Fondation Wikimédia et de ses organismes affiliés a joué un rôle important dans l'apparition d'un sentiment d’appartenance.
Chapitre 9 : La création des organismes affiliés
Si c’est grâce à l’arrivée des groupes et des organismes affiliés à la Fondation Wikimédia que l’idée du mouvement est probablement apparue, il est alors intéressant d'en décrire les processus de création. Mais puisque cela représente plusieurs centaines d’instances spécifiques, regroupées en plusieurs catégories détaillées en seconde partie d'ouvrage, aborder ici l’histoire de chacune d’entre elles serait une entreprise beaucoup trop fastidieuse.
De plus, s’il existe énormément d’archives numériques concernant la naissance des sites Wikimédia, ce n’est pas le cas pour ces organismes affiliés. Un bon nombre de ceux-ci se sont effectivement formés durant des rencontres ou des réunions hors ligne qui n'ont fait l’objet d’aucun enregistrement. Du reste, une bonne part des échanges effectués au sein de ces associations s'organise par des canaux de communication privés auxquels seuls les membres actifs ont accès.
Puisque je suis l'un des membres fondateurs, je me limiterai donc ici à parler de l’association Wikimédia Belgique. Celle-ci fut fondée le huit octobre 2014 en tant qu’association sans but lucratif, avant d'être reconnue le six août 2015 par le conseil d’administration de la Fondation Wikimédia[144]. Après plus de trois ans d’activités et de rencontres[145] et sous l’impulsion de Maarten Deneckere qui assuma le premier mandat de présidence, nous étions 8 personnes à signer la première version des statuts de l’association[146].
Jusqu’à ce jour, l’objet social de Wikimedia Belgique est d' « impliquer tout un chacun dans la connaissance libre[147] ». Contrairement à l'association Wikimédia Deutchland, la première à voir le jour en 2004 et qui rassemblait déjà en 2021 plus de 85 000 membres et près de 150 employés[148], l’association belge n'a qu'une seule employée à temps partiel et 150 membres en 2025[149].
Avant d’être reconnues par le comité d’affiliations chargé de seconder le conseil d’administration de la Fondation, toutes les associations nationales, dites « chapters » en anglais, et toutes les autres organisations affiliées doivent réaliser de nombreuses démarches. Celles-ci consistent à répondre à un ensemble de prérequis qui ont évolué suite à la création d'un comité décisionnel en avril 2006[150]. Ces obligations diffèrent entre les groupes d’utilisateurs et d'utilisatrices et les associations locales ou thématiques. Parmi ceux-ci, on retrouve toutefois : un nombre minimum de membres et de référents, une mission et un règlement d’ordre intérieur conformes aux attentes du mouvement, la remise de plans et de rapports d’activités annuels, etc.[151].
On comprend donc qu’il n’est pas évident de créer une nouvelle instance au sein du mouvement. Pour bénéficier du soutien logistique et financier de la Fondation réservé aux organismes affiliés, c’est ainsi toute une série de rapports qu’il faut alors transmettre à divers comités et commissions chargés de leurs évaluations. Cela représente une quantité de tâches administratives qu’il n’est pas toujours facile d’assumer, surtout lorsque les membres de l’organisme affilié sont tous des bénévoles. D’où sans doute cette régulière disparition d’affiliations, pendant que d’autres se créent ou réapparaissent en fonction des énergies et du dynamisme disponibles dans les équipes.
Les activités liées à la récolte et à la redistribution des dons offerts au mouvement, ainsi que les autorisations d’usage de marques déposées, contrastent donc avec les valeurs de libre partage et d’autonomie décrites dans les projets pédagogiques. Cela semble confirmer que la partie hors ligne du mouvement est plus influencée par les habitudes d’un système économique dominant, contrairement à la partie en ligne qui semble plus fidèle à l’héritage de la contre-culture.
Chapitre 10 : L'héritage d'une contre-culture
Au terme de cette première partie d’ouvrage, il devient évident que la révolution numérique, que l’on considère généralement comme une révolution technique, fut aussi, et peut-être avant tout, une révolution sociale et culturelle. Quant à l'histoire de Wikimédia, reprise ici depuis les origines de son encyclopédie jusqu'à l'apparition de ses organismes affiliés, elle nous fit découvrir comment les idées de la contre-culture des années 1960 furent transmises au mouvement.
En cas de doute, observons encore que Richard Stallman, celui qui a créé les concepts de licence et d'encyclopédie libre, fut désigné par certains comme le gourou de la contre-culture hacker[152] et le père du système d’exploitation hippie[153]. Une culture hippie, dont il est aussi troublant de constater que le renversement de son logo ressemble étrangement à celui du mouvement Wikimédia.
Incontestablement et au travers du mouvement des logiciels libres, le mouvement Wikimédia a donc bien hérité des valeurs produites par les mouvements sociaux des années 1960. Des valeurs qui aujourd'hui contrastent fortement avec la marchandisation et la capitalisation du monde, dont l'espace web ne fait jamais que refléter ce qui se passe dans le reste de la société humaine. Or, ce phénomène ne date pas d'hier. En 2008 déjà, André Gorz, ce philosophe parmi les pères de la décroissance[154] et théoricien de l’écologie politique[155], constatait déjà que :
La lutte engagée entre les "logiciels propriétaires" et les "logiciels libres" [...] a été le coup d’envoi du conflit central de l’époque. Il s’étend et se prolonge dans la lutte contre la marchandisation de richesses premières – la terre, les semences, le génome, les biens culturels, les savoirs et compétences communs, constitutifs de la culture du quotidien et qui sont les préalables de l’existence d’une société. De la tournure que prendra cette lutte dépend la forme civilisée ou barbare que prendra la sortie du capitalisme. [156]
Dans cette lutte et avec le seul nom de domaine non commercial parmi le top 100 des sites les plus fréquentés du Web[157], la galaxie Wikimédia apparait donc comme un des derniers lieux numériques de liberté, de partage et d'égalité. Un lieu qui, de plus, est connu mondialement, grâce au succès des plus de 350 déclinaisons linguistiques de Wikipédia, et sans pour autant récolter d'informations sur l’identité et le comportement des internautes. Cela alors que cette pratique est considérée, par certains, comme un « nouvel or noir » pompé du Web, pendant que d’autres préfèrent parler de « capitalisme 3.0[158] » ou de « capitalisme de surveillance[159][160] » .
Évidemment, les enjeux de cette lutte sont difficiles à comprendre. La complexité de l’infrastructure informatique, mais également le fait que tout cela s'inscrit dans une révolution que Rémy Rieffel décrit comme « instable et ambivalente, simultanément porteuse de promesse, et lourde de menaces », ne facilitent pas les choses. Cela d'autant plus que tout cela se place « dans un contexte où s’affrontent des valeurs d’émancipation, et d’ouverture d’un côté et des stratégies de contrôle et de domination de l’autre[161] » .
En fait d’ambivalence, il est surprenant d'apprendre, par exemple, que Jimmy Wales, fondateur de Wikipédia et de la fondation Wikimédia, est un adepte de l’objectivisme, alors que cette philosophie voit le capitalisme comme un idéal de société[162] et l’égoïsme rationnel, comme une morale. Puis, concernant l'instabilité du numérique, il y a ces appels répétés de Tim Berners-Lee au sujet de la « redécentralisation[163] » et de la « régulation[164] » d'un espace web qu'il avait conçu dans un esprit tout à fait opposé. Quant aux pionniers d'Internet, ils n'ont probablement pas imaginé que leur création permettrait un jour, à des milliards d’objets connectés, de rapporter, rien qu'en France et en 2021, plus de 2,6 milliards d’euros[165].
Quant à la question du contrôle et au-delà de ce qui est opéré par les firmes commerciales, c'est bien sûr du côté des États qu'il faut porter son attention. Face à un mouvement qui veut s’émanciper des contrôles, par moins de 18 pays ont déjà censuré Wikipédia et parfois même l'ensemble des projets frères. Ce fut le cas par exemple pour la Turquie, la Russie, l'Iran, mais également le Royaume-Uni, la France et l'Allemagne, et c'est même le cas de manière permanente en Chine, depuis 2004[166].
Dans certains cas, des procédures juridiques ont été utilisées pour intimider les membres du mouvement. C'est arrivé en France lorsque le directeur de l'association Wikimédia fut menacé de poursuites pénales par la Direction Centrale du Renseignement Intérieur, après un refus de supprimer un article qui traitait d’une station militaire dans Wikipédia[167]. Par chance, ce qui s'est passé en France ne dépassa pas le stade de l'intimidation. En Biélorussie cependant, Mark Bernstein, un contributeur aux projets Wikimédia, fut condamné à quinze jours de prison ferme, assortis de trois ans d’assignation à résidence, pour des propos tenus au sujet de la guerre en Ukraine[168]. Cela sans oublier qu'actuellement, ce sont les conservateurs à la tête des États-Unis qui « veulent la peau de Wikipédia » en cherchant à obtenir l'identité réelle de certains contributeurs[169].
Le contrôle et le non-respect de la vie privée font ainsi appel à la figure emblématique du lanceur ou de la lanceuse d'alerte, dont la posture contestataire fait penser à celle des personnes actives dans la contre-culture des années 1960. Parmi ceux-ci, on dit de Julian Assange, Edward Snowden et Chelsea Manning, qu'ils « ont perdu leur liberté pour défendre la nôtre[170] ». De manière similaire, on pourrait donc aussi dire que les Wikimédiens Aaron Swartz, Bassel Khartabil, Pavel Pernikov, Ihor Kostenko et Mark Bernstein, se sont sacrifiés pour la liberté, le partage et la vérité.
Dans Wikimédia et comme ce fut expliqué dans l'introduction de cet ouvrage, une alerte peut prendre la forme d'un appel à commentaires en réaction à une décision ou une situation observée au sein du mouvement. C'est même là une pratique institutionnalisée, qui fait l'objet d'une procédure d'accompagnement et de suivi[171]. Toutes ces alertes concernent les dérives de certains projets, mais également de certaines associations dont la proximité avec le système économique n'aide pas au respect des pratiques et des valeurs développées en ligne.
Dans ce qui apparait aux yeux de certains comme un « bazar libertaire[172] », les choix et règles édictés dans la sphère hors ligne du mouvement ne plaisent pas toujours aux membres des communautés en ligne. Ce qui n'empêche toutefois pas les projets éditoriaux d'avoir leurs propres règles et des recommandations, ni de voir apparaitre, en 2020 et dans l'ensemble du mouvement, un code de conduite universel, qui détermine le « référentiel minimum des comportements acceptables et inacceptables ».
L'idéologie transmise à Wikimédia, décrite en partie par Steven Levy dans son ouvrage L’Éthique des hackers est donc plus subtile qu'un simple refus d'autorité. Dans un esprit de partage, d'ouverture, de transparence, de liberté, d'égalité et d'autonomie, c'est une structure très complexe, tout en étant cosmopolite et mondiale, que le mouvement réussit à mettre en place. Une organisation qui, finalement, apparait très inspirante dans la manière de faire communauté aujourd'hui, et au sein d'un monde toujours plus global et numérique.
[[Catégorie:Le mouvement Wikimédia (livre)]]
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765469
765467
2026-04-29T14:47:19Z
Lionel Scheepmans
20012
765469
wikitext
text/x-wiki
'''LE MOUVEMENT WIKIMÉDIA'''
'''Dernier partage altruiste de la connaissance libre ?'''
De Lionel Scheepmans
Avec l'aide de la communauté Wikimédia
'''Quatrième de couverture'''
Quel est ce seul acteur à but non lucratif présent dans le top 100 des sites les plus visités sur le Web ?
Comment incarne-t-il l’expression la plus visible des valeurs de liberté, d’égalité et de partage, héritées de la révolution numérique et des mouvements sociaux des années 1960 ?
Comment, à partir de Wikipédia et suite à la création d’une quinzaine de projets frères distribués en centaines de versions linguistiques, le mouvement social Wikimédia a imaginé un monde dans lequel le savoir se produit et se partage librement ?
Et comment, en toute autonomie, des dizaines de projets pédagogiques, édités par des millions de bénévoles, soutenus par une fondation et près de 200 associations et groupes locaux, produisent-ils la plus grande intelligence collective au monde ?
Avec de nombreux codes QR, cet ouvrage répond à ces questions, tout en permettant de mieux comprendre le monde global et numérique qui nous entoure.
Lionel Scheepmans est docteur en sciences politiques et sociales, militant de la culture libre et professeur d’anthropologie numérique. Il occupe plusieurs postes d’administrateur au sein du mouvement Wikimédia qu’il observe de manière participative depuis 2011. Ses travaux universitaires, du master à la thèse de doctorat, furent consacrés à l’organisation et aux enjeux de Wikipédia et du mouvement Wikimédia.
'''Avant-propos'''
Pour offrir un confort de lecture sur papier sans perdre la puissance du numérique, des codes QR sont affichés tout au long de cet ouvrage. À l’aide d’une tablette ou d’un smartphone, ils offrent un accès direct à ce qui serait coûteux ou impossible à imprimer.
Par exemple, le code QR 1, affiché en fin de page, donne accès directement à la page web qui reprend l’intégralité de l’ouvrage. Une fois sur celle-ci, on peut alors visionner les illustrations en couleur ou les enregistrements qui s’y trouvent et consulter ensuite leurs pages de descriptions en cas de besoin. Cette version numérique comprend aussi de nombreux hyperliens pointant vers Wikipédia et d’autres sites du mouvement Wikimédia, où se trouvent des compléments d’informations et leurs mises à jour.
Pour économiser du papier lors de l’impression, la section regroupant les notes et les références de l’ouvrage n’est disponible qu’au format numérique, mais est directement accessible via le code QR 2 repris ci-dessous. Grâce aux indices de renvoi chiffrés et placés en exposant dans le texte imprimé, il est alors possible, au départ d'un smartphone ou d'une tablette, de retrouver les notes et les références en fonction de leur numérotation. Lorsque la référence correspond à une page web, un lien pointant vers le projet Internet Archive s’y trouve repris, pour garantir un accès aux archives des pages citées dans l’ouvrage, si jamais elles avaient disparu du web. Quant aux pages toujours existantes, elles restent accessibles via leurs hyperliens originels, pour consulter leurs éventuelles évolutions.
Étant donné que ce livre est produit sur une plateforme collaborative, tout le monde est invité à améliorer les prochaines versions. On peut le faire en corrigeant des fautes d’orthographe ou de syntaxe sur les pages web qui constituent les différents chapitres de l’ouvrage, ou encore en apportant des commentaires sur les pages de discussion qui leur sont associées. Cela peut se faire très simplement en cliquant sur « Modifier » , quand on est sur la page d'un chapitre, et sur « Ajouter un sujet » lorsque l'on est sur une page de discussion.
Une page de discussion générale est aussi accessible grâce au code QR 3. Elle permet de commenter le livre dans son ensemble, ou de poser une question à son sujet. Il suffit pour cela d’indiquer un titre dans le champ « Démarrer un nouveau sujet », d’écrire le contenu du message dans l’encadré situé juste en dessous, puis de cliquer sur le bouton « Ajouter un sujet de manière anonyme » pour publier son message.
Enfin, pour ceux qui voudraient agrémenter leur lecture d’un fond sonore relaxant et original, le code QR 4 donne accès à une page web qui diffuse une musique mélodieuse. Celle-ci est composée de sons spécifiquement produits chaque fois qu’une modification est apportée sur un projet Wikimédia, ou qu’un nouveau compte y est créé. Ce dispositif ingénieux offre ainsi aux lecteurs qui le souhaitent une ambiance sonore particulièrement confortable, ainsi qu’une nouvelle expérience immersive au sein du mouvement Wikimédia.
'''Introduction : Wikimédia n’est pas Wikipédia'''
Depuis le succès initial de Wikipédia, une myriade de projets de partage des connaissances, d’organisations et de groupes de soutien ont émergé pour former ce qu’on appelle aujourd’hui le mouvement Wikimédia. Même si, à ce jour, l’encyclopédie libre reste l'activité phare du mouvement, il serait regrettable de réduire l’ensemble du mouvement à cet unique projet pédagogique. Malheureusement, il arrive bien trop souvent qu'une seule version linguistique de Wikipédia suffise pour cacher l’étendue de la forêt Wikimédia.
En réalité, Wikimédia représente un mouvement social, international et interculturel complexe, au sein duquel Wikipédia n’est qu’une composante parmi d’autres. Dans le cadre d'un mémoire de master, on peut ainsi fournir en quelques mois une ethnographie du projet Wikipédia en français. Alors que pour synthétiser les origines, l’organisation et les dynamiques globales du mouvement Wikimédia, une thèse de doctorat et cinq années de recul supplémentaires furent nécessaires.
À la fin de l'année 2025, l’ampleur numérique du mouvement est effectivement impressionnante. Chaque mois, des millions de modifications bénévoles sont effectuées sur plus de 500 millions de pages, réparties sur plus d’un millier de sites web, dont 358 seulement, correspondent aux versions linguistiques de Wikipédia. Ce qui prouve donc clairement que les activités en ligne portées par l'ensemble du mouvement Wikimédia dépassent largement ce qui se passe au sein de l’encyclopédie.
Il existe ainsi huit autres projets pédagogiques susceptibles d'atteindre un jour l'envergure et la notoriété de Wikipédia, avec un objectif et un fonctionnement spécifiques à chacun. De manière détaillée, Wikilivres crée des livres pédagogiques, Wikiversité rassemble des supports d'enseignement et des travaux de recherche, Wikinews fait du journalisme collaboratif, Wikivoyage développe un guide touristique, pendant que Wiktionnaire apporte des définitions des mots de toutes les langues et dans toutes les langues.
Contrairement à Wikipédia, tous ces projets ne sont pas soumis à une neutralité de point de vue, ni limités à l'usage de sources secondaires reconnues, au niveau de la rédaction des articles. La plupart d'entre eux acceptent aussi la publication de travaux de recherche ou de productions personnelles, alors que cela est tout à fait interdit dans Wikipédia.
Selon l'étymologie du mot encyclopédie, le but de Wikipédia est en effet de synthétiser ou, plus précisément, d'encercler le savoir humain déjà préexistant. Cette contrainte éditoriale limite donc les contributeurs et contributrices à l'usage de sources secondaires et tertiaires présentes dans des publications externes au projet. De ce fait, Wikipédia reproduit fatalement les biais systémiques, tels que les déséquilibres et les surreprésentations de genre et de culture, présents dans un monde de l'édition majoritairement occidental. Or, cette impasse éditoriale propre à Wikipédia n'existe pas dans les autres projets pédagogiques.
Comme ces projets frères, Wikipédia n'est pas non plus un projet complètement autonome des autres projets Wikimédia. L'encyclopédie compte en effet sur le projet Wikimedia Commons pour héberger l'ensemble de sa médiathèque. Elle utilise ensuite le contenu du projet Wikidata comme base de données structurée. Quant aux personnes qui produisent l'encyclopédie, elles peuvent aussi puiser leurs sources dans la bibliothèque Wikisource, ou se référer à des citations d'auteurs collectées dans le projet Wikiquote. Tout cela sans oublier que des dizaines de sites web traitent l'archivage permanent de Wikipédia et des autres projets Wikimédia, dans le but de fournir des analyses précieuses et totalement libres d’accès.
Enfin, il faut aussi garder à l'esprit qu'au-delà de tous ces sites web, le mouvement Wikimédia, c'est aussi de nombreuses institutions et organisations affiliées dispersées dans le monde. Autour de la Fondation Wikimédia chargée de la gestion et de l’organisation internationales, avec près de 650 salariés de nationalités diverses, se regroupent des centaines d'organisations satellites. Parmi celles-ci, on retrouve 2 associations thématiques, 40 associations locales, dont Wikimedia Deutschland qui regroupe plus de 170 employés, et finalement 141 groupes d’utilisateurs et utilisatrices.
Tout ce qui vient d'être exposé dans cette introduction justifie donc la nécessité de distinguer le mouvement Wikimédia du projet Wikipédia. Imaginons seulement que l’on se limite à citer Paris pour décrire et comprendre un pays aussi vaste que la France. Certes, Paris est une ville mondialement connue et qui compte plus de deux millions d’habitants et un patrimoine culturel impressionnant. Mais est-ce pour autant qu'il faudrait oublier les autres villes, villages et métropoles françaises ? Sans compter que la France regroupe aussi des départements et des territoires d’outre-mer et qu'elle entretient des relations et des partenariats internationaux qui dépassent de loin ce qui se passe entre Paris et le reste du monde. Ne pas confondre le mouvement Wikimédia avec le projet Wikipédia relève donc du bon sens.
En 2019 cependant, la Fondation Wikimédia a envisagé de se renommer en Fondation Wikipédia et de remplacer le terme « Wikimédia » par celui de « Wikipédia », partout où ce terme est utilisé dans la sphère hors ligne du mouvement. Le but était d’acquérir une plus grande visibilité et d’attirer des milliards de personnes, grâce au nom de marque Wikipédia, considéré comme l’un des plus connus au monde. Ce changement n’a toutefois pas été accepté par de nombreuses personnes actives au sein du mouvement Wikimédia. En janvier 2020, ces opposants ont ainsi créé une page d’appel à commentaires, qui fut le siège d’un long débat. À l’issue de ce dernier, 73 représentants d’organisations affiliées et 984 personnes ont signé une lettre ouverte adressée à la Fondation, qui comprenait le paragraphe suivant :
Depuis 20 ans, les bénévoles ont bâti la réputation de Wikipédia en tant que ressource indépendante et communautaire. Les projets du mouvement Wikimédia, dont Wikipédia, se développent autour de la décentralisation et du consensus. Il est essentiel d’établir des distinctions claires entre la Fondation Wikimédia, les affiliés et les contributeurs individuels. Tout changement qui affecte cet équilibre exige le consentement éclairé et la collaboration des communautés. Il est donc très préoccupant de voir « Wikipédia » présenté pour le nom de l’organisation et du mouvement malgré le mécontentement général de la communauté.
En s’opposant aux idées de la Fondation, ces membres de la communauté Wikimédia ont ainsi fait preuve de sagesse. De plus, ils ont signalé dans de nombreux commentaires que beaucoup de personnes connaissent le mouvement Wikimédia uniquement au travers de son encyclopédie. Il est même étonnant d'observer que la méconnaissance du mouvement existe au sein même de sa propre communauté. Comme exemple, on peut observer que l'article du projet Wikipédia en anglais consacré au mouvement Wikimédia ne s’est développé qu’à partir de 2016, tandis que ce même article dans la version francophone de l'encyclopédie n’est apparu qu’en 2019. Quant aux autres versions linguistiques, il est tout aussi étonnant de constater qu'en octobre 2025, seulement 39 d'entre elles sur un total de 358 possédaient un article dédié au mouvement Wikimédia.
Tous ces éléments justifient donc la nécessité d’offrir au monde une meilleure connaissance du mouvement Wikimédia et des nombreux projets et organisations qui contribuent à sa mission de partage du savoir. En ce sens, ce livre est une contribution importante aux défis stratégiques que doit relever le mouvement Wikimédia à l’approche de 2030. Car au-delà des résolutions prises pour développer de nouveaux processus participatifs et délibératifs concernant les questions de marque, c’est avant tout un travail d’information et de sensibilisation à destination du grand public qu'il reste à faire.
'''Première partie : La naissance du mouvement Wikimédia'''
Il existe dans l'espace web une multitude d’archives permettant de retracer les événements qui ont conduit à la naissance du mouvement Wikimédia. Cette « préhistoire » du mouvement peut notamment être explorée grâce au réseau d’éducation populaire Framasoft, dont le site est apparu environ un an avant la création de la version francophone de Wikipédia. On trouve sur cette plateforme une mine d’informations concernant les logiciels libres et la culture libre. Deux épisodes majeurs de l’histoire de l’informatique et d’Internet, malheureusement méconnus du grand public.
Grâce à Framasoft et bien d’autres associations, il est possible de découvrir l’organisation et les motivations des millions de personnes qui participent au mouvement du logiciel libre. On y apprend que ce mouvement politique et social a été initié en 1983 par Richard Stallman, un programmeur du Massachusetts Institute of Technology (MIT), qui a eu l’idée d’offrir à chacun une alternative à la marchandisation du secteur informatique.
Cette philosophie de libre partage, concrétisée par le projet de Stallman, permit l’essor d’une organisation et d’une éthique de travail originales, développées au sein d’une sous-culture en vogue dans le milieu informatique depuis les années 1950. Celle-ci fut documentée dans de nombreux ouvrages, dont « L’éthique hacker », un livre remarquable, dans lequel le philosophe finlandais, Pekka Himanen, analyse en détail les origines de la culture hacker. Un simple extrait de sa quatrième de couverture, repris ci-dessous, permet d’appréhender la manière de penser de ces informaticiens, rejoints par Richard Stallman durant ses études universitaires, avant d'en devenir l’une des figures les plus charismatiques.
On considérait jusqu’à présent le « hacker » comme un voyou d’Internet, responsable d’actes de piratage et de vols de numéros de cartes bancaires. Le philosophe Pekka Himanen voit au contraire les hackers comme des citoyens modèles de l’ère de l’information. Il les considère comme les véritables moteurs d’une profonde mutation sociale. Leur éthique, leur rapport au travail, au temps ou à l’argent, sont fondés sur la passion, le plaisir ou le partage. Cette éthique est radicalement opposée à l’éthique protestante, telle qu’elle est définie par Max Weber, du travail comme devoir, comme valeur en soi, une morale qui domine encore le monde aujourd’hui.
En introduisant cette première partie d'ouvrage de la sorte, nous pouvons déjà comprendre que le mouvement Wikimédia plonge ses racines dans une transition culturelle remplie d’utopie. Une utopie qui s’oppose notamment à ce que l’historien et anthropologue Karl Polanyi désignait, en 1944 déjà, comme un libéralisme économique qui « subordonne les objectifs humains à la logique d’un mécanisme de marché impersonnel ». Étape par étape et en commençant par analyser cette utopie spécifiquement au niveau du mouvement Wikimédia, voyons maintenant ce qui s'est passé tout au long de cette révolution culturelle numérique.
Chapitre 1 : L'utopie Wikimédia
Au fil du temps, Wikipédia fut perçu comme une utopie en marche, puis comme une utopie réalisée, et finalement comme la dernière utopie collective du Web. Mais qu'en est-il de l'ensemble du mouvement Wikimédia ? Pour nous aider à comprendre ce qui se passe dans la dimension numérique de ce mouvement, voici une métaphore qui décrit un quartier établi au sein d'une ville, imaginée au départ de l'espace web ». Dans cette ville imaginaire, Internet représenterait le réseau routier, pendant que des serveurs informatiques feraient office de bâtiments, et que les pages web qu'ils hébergent, constitueraient les différentes pièces de ces édifices.
Le quartier Wikimédia rassemblerait ainsi plus d’un millier de bâtiments. Au sein de ceux-ci et à l’exception de quelques lieux administratifs, chaque pièce peut être visitée gratuitement, mais aussi modifiée au niveau de son contenu. On peut ainsi y ajouter de nouvelles choses, telles que du texte, des photos, des vidéos ou des documents sonores, et même changer ou supprimer ce qui a été créé ou modifié par d’autres. Tout cela, bien sûr, dans le but de rendre ces endroits plus esthétiques, ou plus authentiques et en tenant compte des différentes idées et des éventuelles oppositions de point de vue concernant les aménagements. Pour faciliter l'entente entre les personnes qui s'investissent dans les modifications, chaque pièce des bâtiments Wikimédia possède un espace annexe dédié à la discussion.
Dans la plupart des bâtiments Wikimédia, une personne malintentionnée peut même faire disparaitre tout le contenu d'une pièce. Néanmoins, dans la seconde qui suit, un robot remettra tout en place, avant de transmettre un message concernant le traitement du vandalisme. Lorsqu'une action plus discrète n'est pas détectée par un robot, c'est alors quelqu'un qui surveille la pièce qui prendra le relais pour annuler les changements malveillants et contacter la personne responsable. En cas de multirécidive, celle-ci peut se voir privée de sa capacité de modifier les pièces, soit dans le bâtiment vandalisé, soit dans tout le quartier quand cela se justifie. Après discussion, cette sanction sera mise en application par un administrateur ou une administratrice bénévole, choisi ou choisie par l'ensemble des autres bénévoles qui prennent soin des bâtiments.
On comprend donc que tout le monde peut enrichir, mais également surveiller et protéger les richesses partagées dans le quartier Wikimédia. Il suffit pour cela de rejoindre le mouvement en se créant un compte. Cela permet de profiter de nombreux outils, dont notamment un système qui envoie des notifications, dès qu'une pièce que l'on veut surveiller est modifiée.
Pour créer ce compte, pas besoin de fournir une adresse ou un numéro de téléphone. Les seules informations personnelles indispensables au bon fonctionnement du quartier Wikimédia sont les adresses IP des visiteurs. Lors des visites et contrairement à ce qui se passe dans les quartiers commerciaux de la grande ville numérique, tels que les GAFAM, NATU, BATX, le quartier Wikimédia ne récolte et ne vend aucune donnée à des fins d'exploitation.
Même les adresses IP enregistrées par le système ne sont pas visibles par les autres visiteurs. Elles sont remplacées par les noms et les pseudonymes fournis lors de la création des comptes, ou masquées par des comptes temporaires pour les modifications faites par des personnes non connectées. Seules quelques personnes accréditées par la communauté pour effectuer des contrôles d’usurpation d’identité ont accès à ces informations. C’est là une précaution nécessaire au bon déroulement des votes qui succèdent parfois aux recherches de consensus concernant l'aménagement du quartier Wikimédia.
Dans cette ville numérique que constituerait l'espace web, Wikimédia apparait ainsi comme le plus grand quartier dédié au partage de la connaissance. Tout d'abord, il y a les plus de 350 bâtiments Wikipédia, chacun dédié à une version linguistique de l'encyclopédie. Puis, toujours séparés en versions linguistiques, on trouve ensuite les bibliothèques Wikilivres et Wikisource, les bâtiments lexicaux multilingues Wiktionnaire, le centre journalistique Wikinews, le centre pédagogique et de recherche Wikiversité, le centre d'informations touristique Wikivoyage, le répertoire des êtres vivants Wikispecies et enfin l'institut des citations d’auteurs Wikiquote. Cela sans oublier le musée médiatique Wikimedia Commons et la banque Wikidata, reconnue comme étant la plus grande banque d’informations structurées au monde. Deux bâtiments dont l'une des fonctions principales communes est d’enrichir les pièces situées dans les autres buildings du quartier Wikimédia.
Dans tous ces immeubles, il arrive souvent que plus de la moitié des étages soient uniquement attribués à l'organisation des activités qui s'y déroulent. Chaque bâtiment peut aussi compter sur le soutien d'autres édifices tels que MediaWiki, Wikitech, Phabricator, qui sont trois lieux entièrement dédiés aux maintenances techniques sur l'ensemble du quartier. Concernant les aspects administratifs, c'est dans le bâtiment Méta-Wiki que s'opère la gouvernance générale du quartier, alors que les courriers adressés à ce dernier sont traités en première ligne dans le bâtiment Wikimedia VRT. À la suite de quoi, il ne reste plus qu'à citer le bâtiment Wikimedia Outreach, pour des initiatives de sensibilisation, et le bâtiment du journal Diff Wikimedia, comme lieu de publication d'actualités sur le mouvement.
En dehors de certains aspects techniques, tous ces bâtiments sont exclusivement régis par des communautés bénévoles, qui sont toujours prêtes à accueillir de nouveaux membres. Les seuls immeubles du quartier qui diffèrent de ce principe sont les bâtiments vitrines de la Fondation Wikimédia et des autres associations Wikimédia qui engagent du personnel. Quant au bâtiment du conseil d'administration de la Fondation, des raisons officielles justifient le fait que la modification de ses pièces est réservée à ces membres et aux employés qui les soutiennent.
Face à tant d'utopies, il devient légitime de vouloir comprendre comment tout cela fut rendu possible. Or, pour répondre à cette question, il faut alors parcourir tout un pan de l'histoire de la révolution numérique, depuis la contre-culture des années 1960 jusqu'à nos jours. On y découvre que les pionniers du réseau Internet étaient des chercheurs et étudiants en informatique, fortement influencés par de nouvelles idéologies, telles que celles qui furent à la source des évènements de mai 68 en France. C'est donc de là que naîtra la philosophie de partage, de liberté, de décentralisation et ce mode d’organisation tout à fait spécifique, que l'on observe aujourd'hui au sein du mouvement Wikimédia.
Il y eut tout d'abord la création d'Internet, comme réseau mondial de communication en libre accès, puis le développement du World Wide Web, qui a grandement facilité les interactions humaines à l’échelle planétaire. Par la suite, ce fut l'arrivée du Web 2.0, caractérisé par l'apparition de nouveaux sites web directement modifiables à l'aide d’un simple navigateur. Or, parmi ceux-ci se trouvent les moteurs de Wiki, dont le plus puissant d’entre eux, MediaWiki, est un logiciel libre développé par la Fondation Wikimédia. Le moment est donc venu d'en savoir plus sur ce type de programme informatique, ainsi que sur le mouvement du logiciel libre, qui a fortement influencé la philosophie et les valeurs véhiculées au sein du mouvement Wikimédia.
Chapitre 2 : Le mouvement du logiciel libre
L’un des premiers épisodes de la préhistoire de Wikipédia et du mouvement Wikimédia débuta en septembre 1983, lorsqu’un programmeur du Massachusetts Institute of Technology, appelé Richard Stallman, déposa un message sur la liste de diffusion net.unix-wizards. C’était un appel d’aide pour la création de GNU, un nouveau système d’exploitation qui devait réunir une suite de programmes que tout le monde pourrait utiliser librement sur son ordinateur personnel. Dans son message transmis via ARPANET, le premier réseau informatique à grande échelle qui précéda Internet, Stallman s’exprimait de la sorte :
Je considère comme une règle d’or que si j’apprécie un programme je dois le partager avec d’autres personnes qui l’apprécient. Je ne peux pas en bonne conscience signer un accord de non-divulgation ni un accord de licence de logiciel. Afin de pouvoir continuer à utiliser les ordinateurs sans violer mes principes, j’ai décidé de rassembler une quantité suffisante de logiciels libres, de manière à pouvoir m’en tirer sans aucun logiciel qui ne soit pas libre.
Le projet de Stallman, qui reçut le soutien nécessaire à son accomplissement, marqua ainsi le début de l’histoire du logiciel libre. Quant à la quantité d’aide fournie, elle permet de croire que Richard Stallman n’était pas seul à voir l’arrivée des logiciels propriétaires d’un mauvais œil. Car pour les membres du projet GNU et du mouvement du logiciel libre en général, un bon programme informatique doit respecter ces quatre libertés fondamentales :
1. La liberté d’exécuter le programme, pour tous les usages.
2. La liberté d’étudier le fonctionnement du programme, et de l’adapter à vos besoins.
3. La liberté de redistribuer des copies, donc d’aider votre voisin.
4. La liberté d’améliorer le programme, et de publier vos améliorations, pour en faire profiter toute la communauté.
Lors de l'apparition du logiciel libre, le marché de l’informatique était de fait en pleine mutation. L'habituel partage des codes informatiques entre les rares étudiants ou chercheurs qui bénéficiaient d’un accès à un ordinateur faisait l'objet d'une remise en question. Ce changement faisait notamment suite au Copyright Act de 1976, une nouvelle loi qui autorisait l'application d'un droit d'auteur sur le code informatique, et donc qui permettait d'en interdire le partage ou la réutilisation sans autorisation. Des clauses de confidentialité ont ainsi fait leur apparition, pendant que les employés des firmes informatiques étaient nouvellement soumis à des contrats de confidentialité. C'était la fin de l’entraide et de la solidarité pratiquées chez les pionniers de l’informatique. À sa place s'installaient la concurrence et la compétitivité, bien connues dans le système capitaliste marchand.
Cette mutation coïncidait avec l’arrivée des premiers ordinateurs de taille réduite. Grâce à l’apparition des premiers circuits intégrés, les premiers exemplaires avaient en effet été créés par l’industrie aérospatiale au début des années 1960. Cependant, il fallut attendre le début des années 1980 pour que le prix d’un ordinateur soit suffisamment bas pour en faire un bien de grande consommation.
C’est ainsi qu’en 1982, le Commodore 64 entrait dans le livre Guinness des records, avec plus de 17 millions d’exemplaires vendus dans le monde. Juste avant cela, en 1981, l’IBM Personal Computer avait déjà fait son apparition, en proposant une architecture ouverte qui allait servir de modèle pour toute une gamme d’ordinateurs que l’on désigne toujours aujourd’hui par l’acronyme « PC ».
Pour faire fonctionner ses nouveaux modèles d'ordinateurs, la société IBM avait confié à l’entreprise Microsoft, créée en 1975, la mission de les équiper d’un système d’exploitation. Le contrat signé entre les deux firmes fut une véritable aubaine pour le fournisseur des programmes informatiques. Car sans s'en apercevoir, et sans jamais anticiper que son matériel serait cloné à grande échelle, celle-ci avait en effet permis à Microsoft d'établir un monopole dans la vente de logiciels. Cela fut condamné pour abus de position dominante et vente liée du logiciel avec le matériel informatique, mais sans pour autant empêcher Bill Gates, le principal actionnaire de Microsoft, d'être l'homme le plus riche du monde en 1994.
Toutefois, pendant que Microsoft renforçait sa position dominante, un nouvel événement majeur allait marquer l’histoire du logiciel libre. Celui-ci fut de nouveau déclenché par un appel à contribution, qui fut cette fois posté le vingt-cinq août 1991 par un jeune étudiant en informatique de 21 ans, appelé Linus Torvalds. Via le système de messagerie Usenet, sa demande avait été postée dans une liste de diffusion consacrée au système d’exploitation Minix, une sorte d’UNIX simplifié et développé dans un but didactique, par le programmeur Andrew Tanenbaum.
Loin d’imaginer que cela ferait de lui une nouvelle célébrité dans le monde du Libre, Torvalds entama son message par le paragraphe suivant :
Je fais un système d’exploitation (gratuit) (juste un hobby, ne sera pas grand et professionnel comme gnu) pour les clones 386 (486) AT. Ce projet est en cours depuis avril et commence à se préparer. J’aimerais avoir un retour sur ce que les gens aiment ou n’aiment pas dans minix, car mon système d’exploitation lui ressemble un peu (même disposition physique du système de fichiers (pour des raisons pratiques) entre autres choses).
Bien qu’il fût présenté comme un passe-temps, le projet qui répondait au nom de « Linux », fut rapidement soutenu par des milliers de programmeurs du monde entier, avant de devenir la pièce manquante du projet GNU. En effet, les contributeurs au projet de Stallman n’avaient pas encore terminé l’écriture du code informatique du noyau Hurd, alors qu'il était censé établir la communication entre la suite logicielle produite par GNU et le matériel informatique. C'est donc la fusion des codes produits par les projets GNU et Linux qui permit la création du premier système complet, stable et entièrement libre baptisé GNU/Linux.
Au départ de ce nouveau système informatique, de nombreuses variantes, que l’on nomme communément « distributions », furent créées par des programmeurs de tous horizons. L’une de celles-ci s’intitule Debian et tire sa réputation d'être simultanément libre, gratuite, très fiable et produite par une communauté sans lien direct avec une société commerciale. Quatre qualités qui expliquent pourquoi, Debian sert de base à plus de 150 distributions dérivées, et que de nombreuses organisations l'utilisent, comme le fait la Fondation Wikimédia sur les serveurs qui hébergent les projets qu'elle supporte.
Grâce à la naissance des logiciels libres, le mouvement Wikimédia a donc la possibilité de faire tourner ses serveurs informatiques, avec un système d’exploitation fiable, libre et gratuit. Comme son code source est ouvert, cela permet aussi à la Fondation Wikimédia de le modifier pour répondre aux besoins spécifiques du mouvement. À la suite de quoi, et selon les règles formulées par la communauté du logiciel libre, les modifications faites par la Fondation deviennent à leur tour, gratuitement et librement, utilisables par d’autres personnes ou organismes.
À ce premier héritage reçu par le mouvement Wikimédia et toujours en provenance des logiciels libres, s’ajoute une innovation méthodologique. Dans son article La Cathédrale et le Bazar, Eric Raymond mobilise en effet le terme « cathédrale » pour désigner le mode de production des logiciels propriétaires, en opposition au mot « bazar », qu'il utilise pour qualifier le mode de développement des logiciels libres. D’un côté, il décrit une organisation pyramidale, rigide et statutairement hiérarchisée, comme on peut la voir souvent au sein des entreprises. Tandis que de l’autre, il parle d’une organisation horizontale, flexible et peu hiérarchisée, qu’il a lui-même expérimentée en adoptant le style de développement de Linus Torvalds, à savoir : « distribuez vite et souvent, déléguez tout ce que vous pouvez déléguer, soyez ouvert jusqu’à la promiscuité ».
À l’instar de la métaphore du quartier numérique présentée dans le précédent chapitre, cette manière de décrire les projets open source nous aide donc ici à mieux comprendre ce qui se passe dans le mouvement Wikimédia. D'un côté, on retrouve effectivement cette « ouverture jusqu’à la promiscuité », dans le libre accès accordé aux projets Wikimédia, alors que de l'autre, tout le monde peut participer aux projets Wikimédia, qu'ils soient en ligne ou hors ligne.
Ces deux observations corroborent donc l’existence d’un deuxième héritage en provenance du mouvement du logiciel libre. Néanmoins, il nous reste encore à découvrir un phénomène négligé par Eric Raymond durant ses observations, et qui pourtant, a considérablement influencé l'histoire de la révolution numérique. Il s’agit de l’apparition de la licence libre, de la philosophie qu'elle sous-tend, et du mouvement de la culture libre, dont elle fut à l’origine.
'''Chapitre 3 : Les licences et la culture libres'''
Dans une biographie autorisée, Christophe Masutti explique à quel point la création de la Licence publique générale GNU, en tant que première licence libre créée par Richard Stallman, représente un épisode majeur de la révolution numérique. Selon lui :
La GPL apparaît comme l’un des meilleurs hacks de Stallman. Elle a créé un système de propriété collective à l’intérieur même des habituels murs du copyright. Surtout, elle a mis en lumière la possibilité de traiter de façon similaire « code » juridique et code logiciel.
Le concept de distribution associé à ce nouveau type de licence fut baptisé « copyleft », par inspiration d’un jeu de mots que Richard Stallman avait trouvé dans un courrier transmis par son collègue Don Hopkins. Le principe novateur de ce concept est d'obliger toute production de code dérivé à se soumettre à la même licence libre que le code d’origine. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle beaucoup de gens parlent de licence « virale » ou « récursive » en faisant référence à celle-ci. Quant à l'importance de cette clause, elle repose sur le fait d'interdire toute privatisation d'un code informatique produit sous licence libre. Sans celle-ci, un tel code risque en effet d'être récupéré, puis modifié, avant d’être placé sous un habituel copyright de type « tous droits réservés », dans le but de commercialiser son usage.
En 2001 et dans la mouvance provoquée par l'arrivée des premières licences libres, une organisation internationale sans but lucratif, intitulée Creative Commons, a entamé la promotion du « partage et la réutilisation de la créativité et des connaissances grâce à la fourniture d’outils juridiques gratuits ». Pour ce faire, elle met régulièrement à jour une panoplie de licences inspirées par la GNU, mais spécialement adaptées aux œuvres de l'esprit, telles que les productions littéraires, musicales, photographiques et vidéo, ainsi que les bases de données.
Contrairement aux licences libres fournies par la Free Software Foundation, conçues pour protéger du code informatique, les licences produites par Creative Commons offrent la possibilité de sélectionner différentes clauses pour protéger une œuvre libre. Avec le label CC, pour Creative Commons, on peut ainsi appliquer, ou ne pas appliquer, la clause « BY », qui oblige à créditer l'auteur, et la clause « SA », pour Share Alike, qui ordonne le partage à l’identique comme décrit précédemment. Après quoi il est encore possible d'ajouter la clause « NC », qui impose un usage non commercial, et finalement, la clause « ND », pour Non Derivative, qui exige que l’œuvre soit utilisée ou reproduite dans son intégralité et sans modification.
Le mouvement Wikimédia a choisi la licence CC.BY-SA pour protéger les contenus publiés dans tous ses projets. Cela à l'exception de la banque de données Wikidata, qui au même titre que les descriptions apportées aux fichiers téléchargés dans la médiathèque Wikimedia Commons, publie ses informations structurées sous licence CC0. Cette dernière licence proposée par creative commons est ce qui se rapproche le plus du domaine public, avec pour avantage de ne pas devoir mentionner les auteurs dans le traitement et la réutilisation du contenu de la base de données.
Cependant, il en résulte que les informations en question peuvent être réutilisées par des tiers qui ne sont plus obligés de citer leurs sources, comme le font les agents conversationnels des intelligences artificielles génératives, appelés couramment chatbots. Contrairement à la licence CC.BY-SA, la licence CC0 est donc moins apte à pérenniser les projets Wikimédia, puisqu'elle permet d'invisibiliser ces derniers au risque de réduire les chances d'arrivée de nouveaux contributeurs et contributrices. De plus, sans la clause SA qui assure l'application du copyleft, toutes les informations récupérées au sein de Wikidata et de Wikimedia Commons sont aussi susceptibles de quitter le monde du libre, une fois traitées par des entreprises commerciales.
Quoi qu’il en soit, les licences Creative Commons, inspirées par la licence libre de Richard Stallman, apparaissent finalement comme un troisième héritage en provenance du mouvement du logiciel libre et de la culture libre qui en est issue. Grâce à la licence CC.BY-SA, les éditeurs des projets Wikimédia bénéficient effectivement d'une certaine reconnaissance, tout en étant assurés qu'aucun copyright sur leurs travaux ne puisse profiter exclusivement à une personne ou une compagnie. Cela pendant que la licence libre appliquée au système d'exploitation installé sur les serveurs Wikimédia garantit, pour sa part, un certain respect des contributeurs, puisqu'elle permet de vérifier si le code informatique ne compromet pas leurs vies privées.
Avec tous les autres apports en provenance du logiciel libre, ce sont là deux choses importantes qui ont permis l'apparition du mouvement Wikimédia. Toutefois, cela ne pouvait pas suffire à la création du projet Wikipédia qui en fut le point de départ. Car sans l'espace numérique, mondial et libre d’accès, créé par Internet et l'espace web, aucune encyclopédie collaborative de cette envergure n'aurait pu voir le jour.
Chapitre 4 : Le réseau Internet
L’histoire du réseau Internet constitue un nouvel épisode captivant de la révolution numérique, sans lequel le mouvement Wikimédia n’aurait jamais pu émerger. D’un point de vue purement technique, ce réseau informatique a été mis au point dans les années 1970, avant l’adoption généralisée du protocole TCP/IP, toujours en usage à ce jour. Ce dernier fut inventé par Vint Cerf et Robert Elliot Kahn, quand ils travaillaient pour la Defense Advanced Research Projects Agency, rattachée au département de la Défense américaine. L'une des premières présentations de leur projet fut, entre autres, réalisée lors d’une conférence organisée par l’International Network Working Group, une instance créée pour assurer la gouvernance mondiale du réseau informatique.
Sur base de ces informations, on peut penser qu’Internet a été créé par des militaires. Cependant, Une contre-histoire de l’Internet, nous révèle que les créateurs et les premiers utilisateurs d’ARPANET, considéré comme l’ancêtre d’Internet, étaient davantage des étudiants hippies et amateurs de LSD, que des militaires bien drillés. D’ailleurs, avant la standardisation du protocole TCP/IP, ARPANET fonctionnait depuis plus d’un an avec un autre protocole de transition intitulé Network Control Program. Or, celui-ci avait été mis au point, en février 1969, par le Network Working Group, un groupe informel d’étudiants rassemblés autour de Steve Crocker, lorsqu’il ne détenait encore qu’une simple licence.
Bien que rarement cité dans l’histoire d’Internet, ce groupe a pourtant mis en place la procédure RFC, pour Request For Comments, reconnue comme « l’un des symboles forts de la "culture technique" de l’Internet, marquée par l’égalitarisme, l’autogestion et la recherche collective de l’efficience ». Soit trois principes et une procédure, qui aujourd’hui encore sont appliqués sur le site Méta-Wiki, dans lequel s'organise la gestion communautaire du mouvement Wikimédia. Cela alors qu'au sein des projets pédagogiques, d’autres processus similaires de recherche de consensus ont fait leur apparition.
Il faut ensuite savoir que les liens entre ARPANET et l’armée ont disparu avec l’apparition du MILNET, un réseau entièrement dédié aux activités militaires, rebaptisé NIPRNet, pour Non-classified Internet Protocol Router Network, en 1990. Après une séparation définitive en 1983, précisément l’année où Richard Stallman postait sa demande d’aide pour le projet GNU, le réseau ARPANET resta uniquement dédié à la recherche et au développement. À cette époque, le réseau ne comprenait pas plus de 600 machines connectées, ce qui n'a donc rien de comparable avec ce vaste réseau informatique mondial que nous connaissons aujourd’hui, et qui fut fortement développé au cours des années 1990.
Pour en assurer l’entretien technique, une organisation non gouvernementale, a été créée en 1992, sous l'appellation d’Internet Society. Celle-ci devait aussi veiller au respect des valeurs fondamentales liées au bon fonctionnement du réseau. Car avant d'atteindre des milliards d’appareils connectés, il a d’abord fallu réglementer les nombreuses dorsales internet intercontinentales, sans lesquelles la transmission du protocole TCP/IP partout dans le monde n'aurait pas été possible.
Pour en revenir à l’état d’esprit des créateurs d'Internet, un article intitulé Quarante ans après : mais qui donc créa l’internet ? apporte un éclairage particulièrement intéressant au sujet des liens que l'on peut établir entre le mouvement Wikimédia et l'histoire d'Internet. Dans son témoignage, Michel Elie, cet ingénieur en informatique, membre du Network Working Group cité précédemment, et responsable de l’Observatoire des Usages de l’Internet, nous explique effectivement ceci.
Le succès de l’internet, nous le devons aux bons choix initiaux et à la dynamique qui en est résultée : la collaboration de dizaines de milliers d’étudiants, ou de bénévoles apportant leur expertise, tels par exemple ces centaines de personnes qui enrichissent continuellement des encyclopédies en ligne telles que Wikipédia.
Au courant des années 1990, le milieu informatique universitaire semblait donc toujours fortement imprégné des idéaux de la contre-culture des années 1960, produit par les baby boomers dans le contexte de la guerre du Vietnam. Afin d'illustrer les idées véhiculées à cette époque, voici un paragraphe extrait d'un ouvrage publié en 1970 et intitulé Vers une contre-culture : Réflexions sur la société technocratique et l’opposition de la jeunesse. Dans celui-ci, Théodore Roszak explique que :
Le projet essentiel de notre contre-culture : proclamer un nouveau ciel et une nouvelle terre, si vastes, si merveilleux que les prétentions démesurées de la technique soient réduites à n’occuper dans la vie humaine qu’une place inférieure et marginale. Créer et répandre une telle conception de la vie n’implique rien de moins que l’acceptation de nous ouvrir à l’imagination visionnaire. Nous devons être prêts à soutenir ce qu’affirment des personnes telles que Blake, à savoir que certains yeux ne voient pas le monde comme le voient le regard banal ou l’œil scientifique, mais le voient transformé, dans une lumière éclatante et, ce faisant, le voient tel qu’il est vraiment.
À la suite de cette lecture, il peut sembler paradoxal de penser qu’une contre-culture, voyant la technique comme « inférieure » et assimilant la science au « banal », puisse avoir un lien avec le milieu scientifique universitaire qui fut à l'origine d'Internet. Cependant, une réponse à cette énigme fut apportée par Fred Turner, par la publication de son livre intitulé : « Aux sources de l’utopie numérique : De la contre-culture à la cyberculture, Stewart Brand, un homme d’influence ».
Grâce à cet ouvrage, on découvre en effet que le mouvement Hippie utilisera tout ce qui était à sa disposition à l’époque pour parvenir à ses fins : LSD, spiritualités alternatives, mais également, objets technologiques les plus en pointe. Cela grâce notamment à l’influence de Steward Brand, le créateur d'un catalogue interactif, qui peut être considéré comme l'ancêtre analogique des groupes de discussions numériques apparus des années plus tard.
Comme autre indication, il y a ensuite les propos tenus en 1992, lors d’une plénière de la 24ᵉ réunion du groupe de travail sur l’ingénierie Internet, par David D. Clark, un autre pionnier d’Internet. Durant cette rencontre, ce chef de projet prononça des paroles restées dans les annales. « Nous récusons rois, présidents et votes. Nous croyons au consensus et aux programmes qui tournent ». Deux phrases seulement, mais qui, dans le cadre du milieu informatique, permettent de croire que le mépris de la contre-culture envers la technique et la science, s'est transformé en un refus d’autorité et une recherche de consensus.
Dans tous les cas, le développement du réseau Internet ne s'est pas fait sans conflits idéologiques importants. On peut d'ailleurs se demander aujourd'hui à quoi ressemblerait Internet s'il n'avait jamais été commercialisé. Cela s'est passé en novembre 1994, lorsque l’association sans but lucratif Advanced Network and Services, chargée de gérer les accès à Internet, a fait le choix de vendre ses activités. Cette décision faisait suite à un appel à des fonds privés pour financer d'importants changements dans l'infrastructure du réseau. Profitant de l'occasion, la société commerciale America Online a ainsi repris à son compte la gestion des connexions à Internet, après avoir effectué un versement de 35 millions de dollars.
Trente ans plus tard, Internet est devenu ce réseau que nous expérimentons aujourd'hui, à savoir : un réseau dominé par des sociétés privées les plus riches au monde. Dans ce contexte et parmi les 100 sites web les plus visités au monde, seul le nom de domaine Wikipédia appartient à une organisation non lucrative. Cela explique donc pourquoi le mouvement Wikimédia, via son encyclopédie et la fondation qui l'héberge, représente à ce jour, et dans l'espace web, l'expression la plus visible de la philosophie des pionniers d’Internet.
Plus qu'un héritage, cette situation peut être vue comme une mission perpétuée au sein d'un espace envahi par une culture marchande et capitaliste. C'est là une information importante qu'il faut retenir au sujet du mouvement Wikimédia. Elle ne clôture pas pour autant tout ce qu'il faut savoir au sujet des évènements qui ont permis la création d’une encyclopédie mondiale, libre et collaborative. Mais en revanche, elle nous invite à découvrir l'histoire du World Wide Web, un espace numérique sans lequel la création de Wikipédia n'aurait jamais été possible.
Chapitre 5 : Le World Wide Web
Maintenant que le lien entre la création d'Internet et le mouvement Wikimédia est établi, découvrons à présent l'application la plus connue du réseau, que l'on nomme le World Wide Web, ou plus simplement « Web ». C'est Tim Berners-Lee qui en fut l’inventeur, lorsqu’il était encore actif à l'Organisation européenne pour la recherche nucléaire. Il avait pour idée de créer un espace d’échange public par l’intermédiaire d'Internet, et pour y parvenir, il mit au point le logiciel « WorldWideWeb », rebaptisé Nexus pour éviter toute confusion avec le World Wide Web.
Grâce à un système d’indexation appelé hypertexte, ce programme informatique a permis de produire et de connecter des espaces numériques intitulés sites Web. Ceux-ci sont composés de pages web, hébergées sur des ordinateurs distants, mais connectés entre eux au travers du réseau Internet. Pour permettre ce type de connexion, Berners-Lee mit au point le Hypertext Transfer Protocol ou HTTP, un nouveau protocole de communication simple en soi, mais dont la mise en œuvre technique est compliquée.
Pour veiller au bon fonctionnement et au bon usage de l'espace web, des règles de standardisation ont tout d'abord été édictées par l’association Internet Society. Après quoi, Berners-Lee fonda le W3C, un consortium international dont la devise est : « un seul Web partout et pour tous ». Si ce slogan nous apparaît très naturel aujourd’hui, il faut toutefois savoir que l'espace Web a bien failli être régi séparément par des acteurs commerciaux, avec tous les droits d'accès que cela aurait pu engendrer.
À partir du trente avril 1993, jour du dépôt du logiciel WorldWideWeb dans le domaine public par Robert Cailliau, un collègue de Berners-Lee chargé de la promotion de son projet, un tel scénario était en effet possible. Sauf qu'après le départ de Berners-Lee, devenu président du W3C, François Flückiger, qui avait repris son poste au sein du CERN, eut la présence d'esprit de réagir à temps. Selon le livre Alexandria qui parcourt l'histoire de Robert Caillau, voici ce qui aurait pu se passer si le code de l’éditeur HTML n'avait finalement pas été placé sous licence libre.
La philanthropie de Robert, c’est très sympa, mais ça expose le Web à d’horribles dangers. Une entreprise pourrait s’emparer du code source, corriger un minuscule bug, s’approprier le « nouveau » logiciel et enfin faire payer une licence à ses utilisateurs. L’ogre Microsoft, par exemple, serait du genre à flairer le bon plan pour écraser son ennemi Macintosh. Les détenteurs d’un PC devraient alors débourser un certain montant pour profiter des fonctionnalités du Web copyrighté Microsoft. Les détenteurs d’un Macintosh, eux, navigueraient sur un Web de plus en plus éloigné de celui vendu par Bill Gates, d’abord gratuit peut-être, avant d’être soumis lui aussi à une licence.
Face à un tel scénario, nous découvrons de nouveau à quel point le concept de licence libre a fondamentalement changé le cours de la révolution numérique. Sans cela, nos expériences et nos usages de l'espace numérique auraient été totalement différents. L'utopie Wikipédia, par exemple, n'aurait certainement pas vu le jour, en raison de l'éclatement des espaces numériques et des coûts d'accès auxquels seraient confrontés les bénévoles qui ont construit le projet. Quoi qu'il en soit, et au niveau technique, une fois l'espace web apparu, il ne manquait plus qu'une chose pour permettre la création d'une encyclopédie collaborative au format numérique.
Chapitre 6 : Les plateformes Wiki
Un wiki, ou un moteur de wiki, est un logiciel que l'on installe sur un serveur informatique pour permettre la création d’un site web éditable et configurable à l’aide d’un simple navigateur. Plus précisément, c’est un système de gestion de contenu, dans lequel le code HTML, CSS, JavaScript et Lua, ainsi que certains paramètres, peuvent être modifiés par tous les internautes. Cela peut se faire en se connectant à un compte utilisateur, afin de bénéficier des droits de modification et d’administration qui lui sont accordés, ou en utilisant la configuration attribuée par défaut aux personnes non connectées.
Sur les pages web d'un wiki, chaque modification provoque un nouvel enregistrement complet du code source qui la compose. De la sorte, il est toujours possible, à partir d’une page reprenant l’historique des modifications, de rétablir l'une de ses anciennes versions. Grâce à ce système, on peut ainsi savoir quelle personne, ou quelle adresse IP est à l’origine d’un changement, et même voir l’endroit où la modification a été faite, et à quel moment celle-ci a été réalisée.
Le premier logiciel Wiki, qui portait le nom de WikiWikiWeb, a été créé et placé sous licence libre GPL par Ward Cunningham en mars 1995. Grâce à la licence, d’autres programmes wiki ont vu le jour en copiant ou s’inspirant du code source de WikiWikiWeb, ou des autres projets wiki qui l'avaient fait auparavant. Cette émulation récursive, qui donna naissance à toute une panoplie de projets wiki, est donc à nouveau une belle illustration des retombées positives que peut susciter l'application d'une licence libre.
Parmi les différents logiciels Wiki disponibles, UseModWiki fut choisi par la société Bomis qui finança la création du premier projet Wikipédia en anglais. C'était un choix judicieux, car l’éclatement de la bulle spéculative d’Internet, à la fin des années 2000, confrontait l'entreprise à de grosses difficultés financières. Un programme gratuit, simple d’utilisation et peu gourmand en ressources informatiques, convenait donc parfaitement dans ce cadre. UseModWiki fut par après remplacé par un autre moteur de Wiki sans nom, mais plus performant et toujours produit sous licence libre. Ce dernier fut ensuite amélioré par plusieurs programmeurs, dont Brion Vibber, le premier employé de la Fondation Wikimédia, avant d’être finalement intitulé MediaWiki.
Avec l’aide de nouveaux employés et des bénévoles actifs sur le site mediawiki.org, ce système de gestion de contenu finit par apparaitre en tête du classement des wikis les plus utilisés. Grâce à la licence libre, des milliers d'autres personnes et projets ont pu en effet développer des sites Web, sans nécessairement faire partie du mouvement Wikimédia. Ce succès a par ailleurs justifié l'organisation de rassemblements annuels entre 2016 et 2020, entre personnes et organisations qui utilisent le programme, pour discuter de son développement et de ses usages.
Ceci étant dit, il existe dans la liste des Wikis d’autres logiciels libres intéressants, tels que DokuWiki, rendu populaire par sa simplicité d’installation et d’usage. Jusqu’à ce jour cependant, seul MediaWiki semble suffisamment stable et puissant pour permettre le développement optimal de l’ensemble des projets Wikimédia. Avec parmi ceux-ci, bien sûr, Wikipédia, l'encyclopédie libre et universelle, dont nous allons enfin découvrir la mise en place dans ce prochain chapitre.
'''Chapitre 7 : L’encyclopédie libre et universelle'''
Dans les chapitres précédents, nous avons découvert toutes les innovations techniques et culturelles sans lesquelles Wikipédia n’aurait jamais pu devenir la plus grande encyclopédie libre et universelle connue au monde. Son objectif est de synthétiser la totalité du savoir humain. Ce qui n’est autre, finalement, qu’un vieux rêve de notre humanité. Trois cents ans avant Jésus-Christ et durant la création de la bibliothèque d’Alexandrie, ce désir était aussi celui de Ptolémée Iᵉʳ. C'était deux siècles avant que Denis Diderot publie, avec Jean Le Rond d'Alembert et Louis de Jaucourt en 1751, la première édition de l’Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers. Quant à Paul Otlet, qui a créé avec Henri La Fontaine la classification décimale universelle en usage depuis 1905, il s’était mis en tête de répertorier l’ensemble du savoir humain au sein d'un seul édifice.
Peu connu à ce jour, ce documentaliste belge rêvait pourtant de cataloguer le monde et de rassembler toutes les connaissances humaines, sous la forme d’un gigantesque répertoire bibliographique universel, situé à l'intérieur d'un Mundaneum. En 1934, dans le Traité de documentation écrit par celui qui voulait « classer le monde », Otlet décrit, de manière particulièrement visionnaire, un possible partage du savoir et de l’information.
Ici, la Table de Travail n’est plus chargée d’aucun livre. À leur place se dresse un écran et à portée un téléphone. Là-bas, au loin, dans un édifice immense, sont tous les livres et tous les renseignements, avec tout l’espace que requiert leur enregistrement et leur manutention…
De là, on fait apparaître sur l’écran la page à lire pour connaître la question posée par téléphone avec ou sans fil. Un écran serait double, quadruple ou décuple s’il s’agissait de multiplier les textes et les documents à confronter simultanément ; il y aurait un haut-parleur si la vue devrait être aidée par une audition. Une telle hypothèse, un Wells certes l’aimerait. Utopie aujourd’hui parce qu’elle n’existe encore nulle part, mais elle pourrait devenir la réalité de demain pourvu que se perfectionnent encore nos méthodes et notre instrumentation.
À peu de choses près, cette utopie décrite en 1934 par Otlet correspond à l'usage que l'on fait du réseau Internet et de son espace web, lorsqu'on recherche de l'information aujourd'hui. Premièrement, allumer un système informatique, avec ou sans fil, muni d'un écran ; ensuite, poser une question dans un moteur de recherche ; puis, comme cela arrive très souvent, être redirigé vers l'une des versions linguistiques de Wikipédia.
Ce scénario, dans lequel les moteurs de recherche jouent un rôle central, explique la popularité de l'encyclopédie libre. D'autres projets similaires étaient pourtant apparus sur le Web avant l'arrivée de Wikipédia. Environ trois ans avant sa création, Aaron Swartz, un activiste de la culture libre qui avait juste douze ans à l'époque, avait par exemple lancé une sorte de site encyclopédique produit et régi par ses usagers. Appelé The Info Network, ce site web avait d'ailleurs permis à son auteur de recevoir l'ArsDigita Prize, un prix décerné aux jeunes créateurs de projets « utiles, éducatifs, collaboratifs et non commerciaux ».
Il faut savoir ensuite que l'expression « encyclopédie libre et universelle » fut oubliée pour la première fois durant l'année 2000 par Richard Stallman, soit l'année qui précéda celle de la naissance de Wikipédia. C'était dans un essai intitulé The Free Universal Encyclopedia and Learning Resource, qui, selon son auteur, avait été rédigé deux ans avant sa publication sur la liste de diffusion du projet GNU. Repris ci-dessous, un extrait de ce texte, présente les particularités du projet.
Le World Wide Web a le potentiel de devenir une encyclopédie universelle couvrant tous les domaines de la connaissance et une bibliothèque complète de cours d’enseignement. Ce résultat pourrait être atteint sans effort particulier, si personne n’intervient. Mais les entreprises se mobilisent aujourd’hui pour orienter l’avenir vers une voie différente, dans laquelle elles contrôlent et limitent l’accès au matériel pédagogique, afin de soutirer de l’argent aux personnes qui veulent apprendre.
Nous ne pouvons pas empêcher les entreprises de restreindre l’information qu’elles mettent à disposition ; ce que nous pouvons faire, c’est proposer une alternative. Nous devons lancer un mouvement pour développer une encyclopédie libre universelle, tout comme le mouvement des logiciels libres nous a donné le système d’exploitation libre GNU/Linux. L’encyclopédie libre fournira une alternative aux encyclopédies restreintes que les entreprises de médias rédigeront.
En parlant d'un « mouvement pour développer une encyclopédie libre universelle », Stallman anticipait donc, sans le savoir, l'arrivée du mouvement Wikimédia, qui ne se concrétisa que bien des années plus tard. Quant à la soixantaine de paragraphes qui décrivent son projet, on y retrouve, dans une forme presque identique, les cinq principes fondateurs qui ont guidé la création de Wikipédia et qui sont toujours actifs à ce jour.
Le premier consiste bien sûr à créer une encyclopédie ; le deuxième réclame une neutralité de point de vue, chose que Stallman expliquait déjà en écrivant qu’« en cas de controverse, plusieurs points de vue seront représentés » ; le troisième implique le respect des droits d’auteur et l’adoption d'une licence libre, celle précisément dont Stallman avait été l'initiateur ; le quatrième inscrit le projet dans une démarche collaborative, alors que Stallman précisait déjà que « tout le monde est le bienvenu pour écrire des articles » ; et le cinquième enfin, stipule qu’il n’y a pas d’autres règles fixes, une position très courante dans le milieu des hackers dont Stallman faisait partie.
Il apparaît donc clairement que le projet Wikipédia n'était pas une idée originale en soi, mais plutôt une opportunité saisie par la société Bomis pour enrichir sa propre encyclopédie commerciale, Nupedia. Cette dernière avait été lancée en avril 2000, soit environ dix mois avant Wikipédia, et sa rédaction était assurée par des experts engagés au sein d’un processus éditorial strict et formel. Malheureusement pour la firme Bomis, le nombre d’articles ne progressait que très lentement.
Dans le but d'accélérer le processus, Larry Sanger, un docteur en philosophie employé par Bomis pour assurer le rôle de rédacteur en chef de Nupedia, eut l'idée d'installer un logiciel wiki sur les serveurs de son entreprise. L'objectif était d'ouvrir un site web participatif, dans lequel des volontaires pourraient créer des articles encyclopédiques, pour qu'ils soient ensuite intégrés dans le projet commercial. Malgré le manque d’enthousiasme de son employeur Jimmy Wales, Sanger mit ses idées en application, et c'est donc ainsi que débuta l’histoire de Wikipédia, avec sa toute première version en anglais.
C’était le 15 janvier 2001, précisément le même mois où Richard Stallman mit en ligne son propre projet d’encyclopédie libre et universelle, qu'il souhaitait intituler GNUPedia. Étonnamment, les noms de domaine gnupedia .com .net et .org avaient déjà été enregistrés au nom de Jimmy Wales, ce qui obligea Stallman à rebaptiser son projet GNE. Ce fait est d'autant plus surprenant que Wales affirma des années plus tard : « n’avoir eu aucune connaissance directe de l’essai de Stallman lorsqu’il s’est lancé dans son projet d’encyclopédie ».
Le site GNE ne ressemblait cependant pas vraiment à une encyclopédie, mais plutôt à un blog collectif ou une base de connaissance, tandis que sa page d’accueil précisait clairement qu’il s’agissait d’une bibliothèque d’opinion. Quant à sa modération, elle avait demandé d'engager un employé, car elle s'est avérée bien plus compliquée que prévu. À côté de cela, et probablement grâce aux spécificités de l’environnement wiki et aux soutiens apportés par Jimmy Wales et Larry Sanger, Wikipédia réussit à mettre en place une organisation efficace au sein d'une communauté d'éditeurs grandissante.
Peut-être en raison de la concurrence libre faite par le projet GNE, Jimmy Wales décida d'abandonner le copyright que Bomis détenait sur son encyclopédie commerciale Nupedia, pour le remplacer par une licence Nupedia Open Content. Peu de temps après, il décida finalement d'adopter la licence de documentation libre GNU conçue pour protéger les textes de documentation des logiciels libres. Ce dernier choix fut une stratégie payante, puisque cela incita Richard Stallman à transférer tout le contenu de son projet GNE vers Nupedia, et à encourager tout le monde à contribuer sur Wikipédia.
Parmi les autres actions de Jimmy Wales qui ont contribué au succès de Wikipédia, il y eut cette idée d'ouvrir le projet aux « gens ordinaires ». C’était un choix qui s’opposait aux idéaux de Larry Sanger, qui de loin préférait le modèle de Nupedia avec son système de relecture par des experts. Cependant, Jimmy Wales, en tant qu'homme d’affaires, visait une croissance plus rapide du contenu de l'encyclopédie.
Cette croissance ne s'est toutefois pas faite sans difficulté. Le 26 février 2002, en effet, l'Enciclopedia Libre Universal en Español, un projet dissident du projet Wikipédia, fit son apparition. C'était une réaction à de la censure, à l'existence d'une ligne éditoriale et à la possibilité de voir apparaitre des publicités dans Wikipédia. En raison des remises en question que cette séparation suscitait parmi les bénévoles actifs dans les projets, Jimmy Wales renonça finalement à l'usage de la publicité et mit de côté ses visions en matière de profit.
Il faut aussi tenir compte du fait que cet évènement est survenu lors de l'éclatement de la bulle spéculative Internet et du krach boursier de 2001-2002. Une conjoncture qui plaçait la société Bomis dans des difficultés financières, et surtout, dans l'incapacité de payer le salaire de Larry Sanger, son seul employé. En mars 2002 et après un mois d’activité bénévole, l’ex-employé décida alors de quitter les fonctions, qu'il occupait depuis un peu plus d'un an, dans Nupedia et Wikipédia. Avec le seul soutien de Jimmy Wales, les deux encyclopédies purent toutefois poursuivre leurs développements, toujours avec le concours d'experts dans Nupedia et d'une communauté bénévole au niveau de Wikipédia. Néanmoins, en septembre 2003 et vu l'écart qui se creusait entre les deux projets, l'encyclopédie Nupedia fut fermée et ses quelques dizaines d'articles transférées vers les milliers d'autres que comprenait déjà le projet Wikipédia.
Trois ans plus tard, Larry Sanger n’avait pas dit son dernier mot. En septembre 2006, il décida en effet de lancer sur fonds propres une encyclopédie intitulée Citizendium. Cette plateforme écrite en anglais uniquement et toujours active à ce jour, repose sur un système d’expertise, dans lequel les contributrices et les contributeurs doivent déclarer leur identité réelle. En avril 2026 cependant, Citizendium reprenait moins de 2000 articles, tout avancement confondu, tandis que le projet Wikipédia en anglais en regroupait déjà plus de 7 millions.
Voici donc comment est née la plus grande encyclopédie au monde, dont la taille et la visibilité n'avaient jamais été égalées auparavant. Une encyclopédie qui, de plus, s'est rapidement déclinée en de nombreuses versions linguistiques, à l'instar de sa version francophone, lancée moins de quatre mois après le projet original en anglais. Toutes ces versions ont formé les premières bases d’une organisation mondiale, bientôt chapeautée par une fondation. Avant cela, d'autres projets pédagogiques et collaboratifs ont vu le jour au côté de Wikipédia. Intitulés « projets frères », ceux-ci se constituent à leur tour, en de nombreuses versions linguistiques, tout en poursuivant le processus de création du mouvement Wikimédia.
Chapitre 8 : L'arrivée des projets frères
Dans le but de développer des contenus pédagogiques qui ne trouvaient pas leur place dans Wikipédia, d’autres projets pédagogiques et collaboratifs ont vu le jour, pour former ce que l'on appelle couramment aujourd'hui : l’écosystème Wikimedia. La naissance de tous ces projets, ainsi que les évènements importants qui ont contribué au développement du mouvement, ont été repris dans une ligne du temps réalisée par Guillaume Paumier, à l’occasion du dixième anniversaire de Wikipédia. Grâce à ce graphique, on peut voir en détail l'évolution du nombre de projets, de versions linguistiques, de contributeurs et d'articles, et se faire ainsi une idée sur la vitesse à laquelle s'est développé le mouvement Wikimédia.
Parmi tous les projets frères de Wikipédia, le premier à apparaître fut Méta-Wiki, une plateforme de référence pour centraliser la gestion de l'ensemble des sites web hébergés par la fondation Wikimédia. Dans un premier temps, cet espace communautaire en ligne a répondu à la nécessité de traiter en un seul lieu les questions communes aux différentes versions linguistiques de Wikipédia. Aujourd'hui, le site web est le principal endroit de coordination et de gestion de l'ensemble du mouvement Wikimédia. On y retrouve énormément d'informations au sujet des projets en ligne, et peut-être plus encore, concernant la Fondation et les organismes affiliés.
Après Méta-Wiki, sept autres projets de partage de la connaissance ont fait leur apparition, avant d'être déclinés à leur tour en plusieurs versions linguistiques. Tous ces projets émergent en général sur l’initiative d’un petit groupe de personnes actives au sein d’un projet préexistant. Ce fut le cas du projet Wiktionnaire en anglais, le deuxième projet à voir le jour après Méta-Wiki, en décembre 2002, soit deux ans avant la version francophone apparue en mars 2004.
Il est intéressant d'observer que la version francophone du Wiktionnaire n’a pas été créée à partir du projet anglophone, mais bien depuis le projet Wikipédia en français. D'ailleurs, on peut retrouver dans les archives de ce dernier projet, un débat concernant la pertinence de cette création, dont voici un extrait.
En fait, ce qui me peine vraiment avec le projet Wiktionary, c’est que alors qu’on essaie de rassembler les gens (pas facile) pour créer une sorte de tour de Babel de la connaissance (tâche bien longue et difficile), ce nouveau projet va disperser les énergies pour une raison qui ne me semble pas valable. C’est la création de Wiktionary qui va créer des redondances. À mon avis il existera rapidement des pages sur le même mot, mais ne contenant pas les mêmes informations. Pour quelle raison ces connaissances devraient-elles être séparées ? Les encyclopédies sur papier devaient faire des choix à cause du manque de place, mais nous, pourquoi le ferions-nous ??? "Wikipédia n’est pas un dictionnaire" n’est pas un argument à mon avis... si vraiment c’était pas un dictionnaire, il faudrait virer tout un tas d’article. Je ne comprends vraiment pas cette volonté de séparer la connaissance entre ce qui est "encyclopédique" et ce qui n’est "qu’une définition".
[Réponse]
Pour moi ce qu’est Wiktionary, c’est une partie de Wikipédia s’intéressant plus particulièrement aux aspects linguistiques des mots. La différence que je verrais entre la partie dictionnaire de Wikipédia et sa partie dite encyclopédique, c’est que la partie dictionnaire s’intéresserait au sens des mots eux-mêmes alors que la partie encyclopédie s’attache plus à faire ressortir un état des connaissances à un moment donné. Le pourquoi de la séparation d’avec la partie encyclopédie tient plus à des raisons techniques qu’à une volonté de monter un projet indépendant, en effet, à mon humble avis, un dictionnaire nécessite une plus grande rigueur (de présentation) qu’une encyclopédie. Ceci entraîne beaucoup de problème et entre autres le choix de la mise en forme des articles du dictionnaire.
Créer un nouveau projet, c’est effectivement créer un nouveau site web, qui devra faire l’objet d’une nouvelle gestion, tant pour les serveurs de la Fondation, que pour la nouvelle communauté de contributeurs. L’importation de pages d’un projet à l'autre ou la traduction de celles-ci sont bien sûr toujours possibles, mais cela duplique alors aussi la maintenance et les mises à jour. Le choix de scinder un projet, en faveur d’une plus grande liberté, comporte donc certains coûts humains et financiers.
Ce prix à payer n'a pour autant pas empêché le projet anglophone Wikibooks de faire son apparition le 10 juin 2003, soit près d’un an avant Wikilivres, la version francophone du projet, apparue le 22 juillet 2004. Cette dernière création avait de nouveau été débattue au sein de la communauté Wikipédia en français, et non pas dans le Wikibooks en anglais. Quant à l'objectif commun aux deux projets linguistiques, il était de créer une « bibliothèque de livres pédagogiques libres que chacun peut améliorer ».
Environ un an après la création du projet en anglais, un nouvel espace de noms intitulé Wikijunior fut mis en place au sein de la bibliothèque en ligne. Ce sous-projet avait été créé pour répondre à un financement de la fondation Beck, qui cherchait à promouvoir la production de nouvelles littératures pour des enfants de huit à onze ans. Peu de temps après, cette tranche d’âge fut toutefois élargie de zéro à douze ans au niveau du projet francophone, quand le sous-projet y fut adopté.
Ces deux évènements témoignent ainsi qu'il est toujours possible qu'un sous-projet apparaisse dans un projet Wikimédia. Comme autre exemple, il y a aussi le WikiJournal, un sous-projet développé au sein du projet Wikiversité en anglais et qui reçut le prix de l’Open Publishing Awards en 2019. Une demande fut faite pour qu'il puisse bénéficier d'un nouveau site web dans le but de pouvoir se développer en dehors de Wikiversité. Malheureusement pour les initiateurs, la demande est restée sans suite jusqu'à ce jour, après que le conseil d’administration de la Fondation, chargé de répondre à leur demande, considéra que le projet n’était pas suffisamment abouti.
Il faut savoir qu'avant cela, le projet Wikiversité, dans lequel est né Wikijournal, avait lui-même été un sous-projet du projet Wikibook. Initialement, il visait à « créer une communauté de personnes qui se soutiennent mutuellement dans leurs efforts éducatifs ». Cependant, en août 2005, une longue discussion remit en question l’existence du sous-projet Wikiversité dans Wikibooks. Au terme de celle-ci, la décision fut prise de transférer Wikiversité et son contenu sur le site Méta-Wiki, là où de nouvelles discussions ont abouti à l’idée de faire de Wikiversité un nouveau projet indépendant.
Déjà à l'époque, le conseil d’administration de la Fondation Wikimédia se montrait réticent à l'ouverture de nouveaux projets, et sa réaction fut de demander l'ouverture d'un sondage au sein de la communauté. Celui-ci devait rassembler une majorité des deux tiers en faveur de l'ouverture du nouveau site web. Un résultat qui fut finalement obtenu, mais pas sans de longs débats, dont voici un extrait.
La principale raison pour laquelle la Fondation Wikimédia ne veut pas "lâcher le morceau" est une simple question de bureaucratie et la crainte que le projet ne devienne une autre Wikispecies [un projet de répertoire du vivant]. Wikispecies est une idée cool, mais les "fondateurs" du projet se sont dégonflés à mi-chemin de la mise en place du contenu et ont décidé de faire une révision majeure qui a pris plus de temps que ce que tout le monde était prêt à mettre.
Le même problème s’applique à Wikiversity en ce qui concerne la Fondation, parce que les objectifs et les buts de ce projet ne sont pas clairement définis, et il semble que les participants essaient de mordre plus qu’ils ne peuvent mâcher en proposant une université de recherche multi-collèges entière (avec un statut de recherche et une accréditation) à former de toutes pièces plutôt qu’un simple centre d’éducation pour adultes avec quelques classes.
En novembre 2005 et malgré les résultats du sondage, l'indépendance du projet Wikiversité ne fut toutefois pas acceptée par cinq membres du conseil. Ceux-ci réclamaient une « réécriture de la proposition pour en exclure la remise de titre de compétence, la conduite de cours en ligne, et de clarifier le concept de plate-forme e-learning ». Quand ces rectifications furent faites, le projet bénéficia d'une période d’essai de plusieurs mois, jusqu'à ce que les amendements apportés au projet de départ soient enfin acceptés, le 31 juillet 2006. Ce long temps d'attente était justifié par la création du special projects committee, qui, jusqu'en décembre 2021, fut chargé de soulager le conseil d’administration de la fondation, par rapport aux demandes de création de nouveaux projets Wikimédia.
Un nouveau site, nommé Beta-Wikiversity, fut ainsi créé pour assister le lancement des différentes versions linguistiques de Wikiversité. Durant six mois, son premier objectif a d'abord été l'élaboration des lignes directrices concernant la potentialité de produire des recherches collaboratives au sein du projet. Par la suite, chaque nouvelle version linguistique, développée dans le projet Beta, devait avoir plus de 10 modifications par mois, réalisées par au moins trois personnes distinctes, avant de pouvoir bénéficier de son propre site web.
À l'image de Beta-Wikiversity, le projet Wikisource possède lui aussi un site indépendant pour lancer ces nouvelles déclinaisons linguistiques. Tandis que pour tous les autres projets pédagogiques, ce lancement s'effectue sur la plateforme Wikimedia Incubator, créée à la même époque que Beta-Wikiversity. Ces trois plateformes de lancement ne concernent pas les nouveaux projets, qui doivent faire l'objet d'une acceptation par le conseil d'administration de la Fondation Wikimédia, et qui peuvent avoir pour origines des processus de création divers.
Le projet Wikivoyage, par exemple, fut initialement créé en 2003 dans un Wiki extérieur au mouvement Wikimédia, là où il portait le nom de Wikitravel. Comme cela arrive parfois, ce projet sans but lucratif fut acheté par une entreprise commerciale en 2006. Mais en raison du changement de gouvernance et de l'apparition de publicités, une scission est apparue au sein de la communauté d’éditeurs. Les personnes désireuses de quitter Wikitravel lancèrent alors un nouveau site appelé Wikivoyage, qui reçut en 2007, le Webby Award du meilleur guide de voyage Internet.
L'intégration de Wikivoyage dans l'écosystème Wikimédia n'a cependant été faite qu'en 2012, à la suite d'un appel à commentaires durant lequel 540 personnes furent en faveur de l’intégration du projet, 153 contre, pendant que 6 restèrent sans avis. Comme cette nouvelle déclencha une migration importante depuis Wikitravel vers Wikivoyage, une plainte fut déposée par la société commerciale en charge du premier projet. Celle-ci fut toutefois rejetée et le projet Wikivoyage continua à prendre de l’ampleur au sein du mouvement Wikimédia, avec la création de nouvelles versions linguistiques.
Le cas de Wikivoyage apparait toutefois comme une exception, car en général les nouveaux projets émergent des centaines de candidatures déposées sur le projet Méta-Wiki. Celles-ci se soldent bien souvent par un refus, comme ce fut le cas pour le projet WikiLang dont le but était de lancer un laboratoire linguistique. Quelques rares projets ont pourtant la chance d'être élus. Ce fut notamment le cas en octobre 2012, avec le lancement de la base de données structurée et sémantique Wikidata et de ses extensions Wikibase, ou plus récemment, en 2020, avec l'arrivée du projet Abstract Wikipedia et Wikifunctions.
Sans vouloir entrer dans les détails, il est intéressant de savoir que l'interconnexion entre ces trois projets permet de traduire automatiquement des articles encyclopédiques dans tous les langages naturels pris en charge par le mouvement Wikimédia. Plus précisément, les phrases des articles publiées sur Abstract Wikipédia, sont formulées par des fonctions informatiques produites dans le projet Wikifunctions, dans le but de traiter les informations de la base de données sémantique Wikidata. Autrement dit, un article dans Abstract Wikipédia ne possède qu'une seule page pour toutes les langues, pareillement aux pages d'entités de Wikidata, qui ont pour titre une lettre suivie d'un chiffre.
À la suite de ces explications, on observe donc que ce n'est pas la complexité qui détermine le refus projet, mais plutôt une série de critères comparables à ceux retenus pour supprimer des projets ou versions linguistiques déjà existants. À ce propos, il existe sur Méta-Wiki une liste mise à jour des différents sites hébergés par la Fondation Wikimédia dont l'existence est remise en cause. Dans celle-ci, on retrouve essentiellement des versions linguistiques de projets qui n’ont pas réussi à poursuivre leurs développements, bien qu'un projet entier soit toujours susceptible d'être mis à l'arrêt. C'est d'ailleurs ce qui est arrivé aux 31 versions linguistiques du projet Wikinews, qui, en date du 4 mai 2026, soit 22 ans après le lancement du site anglophone, sont accessibles en mode lecture uniquement.
Dans le cas de Wikinews, ce fut le manque d'activité qui apparut comme principale justification de la suspension du projet. Cependant, d'autres raisons pourraient être invoquées, comme le prouve cet épisode de 2005, où, peu de temps après son lancement, la version francophone du recueil de citations Wikiquote a bien risqué de disparaitre. Le projet fut effectivement accusé d’avoir récupéré le contenu d’une base de données soumise à un droit d’auteur, incompatible avec la licence Creative Commons appliquée sur l’ensemble des projets pédagogiques Wikimédia. Lorsqu'une plainte fut adressée à l’association Wikimédia France, pour être ensuite relayée sur le site Méta-Wiki, il fut bien question de fermer le projet. Après de longues discussions, celui-ci fut maintenu, mais avec pour conditions de repartir de zéro, et d’établir une charte pour garantir la traçabilité des citations reprises par le projet.
Voici donc de quoi se faire une idée sur la manière dont les projets pédagogiques et leurs déclinaisons linguistiques apparaissent et disparaissent au sein du mouvement. Les exemples repris ci-dessus suffisent effectivement pour comprendre les principes généraux qui sous-tendent leurs créations. En dehors de Méta-Wiki, Wikidata, Wikifunctions, Abstract Wikipédia et Wikimedia Commons, qui ne sont pas des projets de contenu pédagogique à proprement parler, tous les autres projets semblent effectivement provenir d’un désir de spécialisation d’un projet préexistant.
L'idée est généralement débattue dans un projet de même langue, avant de relayer la discussion vers le site Méta-Wiki. Si le projet y est jugé pertinent, il fait alors l'objet d'une candidature qui doit actuellement être soumise au groupe de travail des projets frères du comité des affaires communautaires de la Fondation Wikimédia. Quant aux nouvelles versions linguistiques, elles doivent être aujourd'hui soumises à l'approbation du comité des langues, avant d'être testées sur les plateformes Incubator, Beta-Wikiversité ou Wikisource Multilingue, dans le but de bénéficier d’un site web indépendant.
Après ces explications concernant les projets frères et leurs variations linguistiques, il nous reste encore à parler des sites qui ont un lien avec le mot Wiki, soit par leur nom, soit par le logiciel utilisé. En 2024 effectivement, plus de 22 600 d'entre eux étaient répertoriés, dont plus de 95 % sans aucun lien avec le mouvement Wikimédia, en dehors du fait, peut-être, qu’ils utilisaient le logiciel MediaWiki développé par la Fondation Wikimédia.
WikiLeaks par exemple, créé par Julian Assange dans le but de publier des documents classifiés provenant de sources anonymes, n’est ni un projet Wikimédia, ni un site collaboratif. Quant au recueil universel et multilingue de guides illustrés WikiHow, si celui-ci fonctionne pour sa part de manière collaborative et avec le logiciel MediaWiki, il n'a pourtant aucun lien avec le mouvement Wikimédia. D'ailleurs, son ergonomie, radicalement différente de celle des projets Wikimédia, permet de le comprendre au premier coup d’œil.
En revanche, Wikimini, l'encyclopédie libre pour les enfants, a une apparence tout à fait comparable à celle des projets Wikimédia, alors que le projet n’a jamais été accepté par la Fondation. Quant aux projets WikiTribune et Fandom, l'ambiguïté qu'ils entretiennent avec le mouvement est d'autant plus grande qu'ils ont été créés par Jimmy Wales, le fondateur de Wikipédia et de la Fondation Wikimédia. Cependant, comme ce sont des projets commerciaux, ils ne peuvent en aucun cas être soutenus par une fondation sans but lucratif.
Au terme de cette présentation, il ne reste plus qu'à signaler que le mouvement Wikimédia ne fut conscientisé que tardivement par rapport à l'apparition des projets Wikimédia et de leurs différentes versions linguistiques. Pour qu'un sentiment de collectivité se manifeste entre tous ceux-ci, il fallut certainement attendre qu'une coordination se développe sur la plateforme Méta-Wiki, mais également que de nombreuses rencontres et associations apparaissent en dehors de l'espace numérique. En ce sens, la naissance du mouvement ne fut pas un événement ponctuel, mais plutôt la réalisation d’un long processus de conscientisation.
Chapitre 8 : La conscientisation du mouvement
Avant d'aborder la question de la conscientisation du mouvement, il peut être intéressant de découvrir l'origine étymologique du mot « Wikimédia ». Celui-ci est un mot-valise composé du suffixe « média » et du préfixe « wiki » que l’on doit à cette expression hawaïenne « wiki wiki », qui se traduit en français par l'expression : « vite, vite ». Celle-ci fut récupérée une première fois par Ward Cunningham, le créateur du premier moteur Wiki, avant d'être réutilisée dans les noms inventés pour d'autres logiciels de cette même famille. UseModWiki en est un bel exemple, puisqu'il fut le premier programme utilisé par la firme Bomis pour héberger son projet d’encyclopédie collaborative. Raison pour laquelle, sans doute, le terme « wiki » fut utilisé pour créer le mot Wikipédia, en l'associant au suffixe « pedia » qui fait référence au mot anglais encyclopedia, selon un principe qui fut ensuite repris pour tous les autres projets du mouvement.
Le mot Wikimédia, pour sa part, n’est apparu que le seize mars 2003, lors d’une discussion concernant la déclinaison possible de l’encyclopédie en d’autres types de projets éditoriaux participatifs. Durant celle-ci, l’écrivain américain Sheldon Rampton eut l’idée d’associer au terme wiki à celui de « média », afin de mettre en évidence la variété des médias produits et partagés par Wikipédia et ses projets frères. Toutefois, c'est seulement en juin 2008 que Florence Devouard, présidente de la Fondation à cette époque, associe le mot Wikimédia à un mouvement social qu’elle voyait apparaître au sein des projets Wikimédia et de leurs communautés d'usagers.
Affirmer pour autant que ce moment précis coïncide avec la naissance du mouvement Wikimédia serait quelque peu arbitraire. Car si l’on peut déterminer plus ou moins facilement l’apparition d’une expression dans des archives, tout le monde sait qu’un mouvement social ne se forme pas en un seul instant. Dans le contexte du mouvement Wikimédia, sa naissance est bien sûr liée à celle du projet Wikipédia, mais également à tout ce qui permit la création de cette encyclopédie libre. Dans une autre perspective encore, on peut dater l'apparition du mouvement Wikimédia au 20 juin 2003, date de la création de la fondation qui porte le même nom. Ou pourquoi pas, associer la création du mouvement à la mise en ligne de la plate-forme Méta-Wiki, qui en représente le principal lieu de coordination.
Toujours est-il que l’expression « Wikimedia movement » est bien apparue en juin 2008, sous la plume de Florence Devouard. Cela s'est passé sur la liste de diffusion de la Fondation et peu de temps avant qu'elle quitte son poste de présidente. Dans son message, elle partageait l'idée de placer sous le nom de domaine Wikimedia.org un site vitrine de présentation du mouvement Wikimédia qu'elle concevait de la sorte.
Le mouvement Wikimédia, comme je l’entends est
– une collection de valeurs partagées par les individus (liberté d’expression, connaissance pour tous, partage communautaire, etc.)
– un ensemble d’activités (conférences, ateliers, wikiacadémies, etc.)
– un ensemble d’organisations (Wikimedia Foundation, Wikimedia Allemagne, Wikimedia Taïwan, etc.), ainsi que quelques électrons libres (individus sans chapitres) et des organisations aux vues similaires.
Avec autant de détails et d'explications, un tel message ne pouvait qu'accélérer la prise de conscience au sein du mouvement. Dans tous les cas, il mettait en évidence que les personnes actives dans les projets éditoriaux en ligne ou dans les organismes affiliés, faisaient partie de ce que Ralf Dahrendorf appelle un « quasi-groupe ». Ou autrement dit, un ensemble d’individus qui ont un mode de vie semblable, une culture commune, mais dont les points communs ne gravitent pas autour d’une prise de conscience de leur position commune dans la relation d’autorité.
Après la naissance de Wikipédia et de nombreux projets frères, une dizaine d’années a donc été nécessaire pour que le mouvement Wikimédia prenne conscience de son existence. Aujourd’hui encore, et comme cela a déjà été vu, de nombreuses personnes actives dans les projets pédagogiques ne réalisent toujours pas qu’elles participent aux activités d’un mouvement social. Cela, contrairement aux personnes investies dans les activités en présentiel organisées au sein du mouvement, qui sont généralement plus conscientes de leur engagement. C’est là une raison de croire que le développement de la Fondation Wikimédia et de ses organismes affiliés a joué un rôle important dans l'apparition d'un sentiment d’appartenance.
Chapitre 9 : La création des organismes affiliés
Si c’est grâce à l’arrivée des groupes et des organismes affiliés à la Fondation Wikimédia que l’idée du mouvement est probablement apparue, il est alors intéressant d'en décrire les processus de création. Mais puisque cela représente plusieurs centaines d’instances spécifiques, regroupées en plusieurs catégories détaillées en seconde partie d'ouvrage, aborder ici l’histoire de chacune d’entre elles serait une entreprise beaucoup trop fastidieuse.
De plus, s’il existe énormément d’archives numériques concernant la naissance des sites Wikimédia, ce n’est pas le cas pour ces organismes affiliés. Un bon nombre de ceux-ci se sont effectivement formés durant des rencontres ou des réunions hors ligne qui n'ont fait l’objet d’aucun enregistrement. Du reste, une bonne part des échanges effectués au sein de ces associations s'organise par des canaux de communication privés auxquels seuls les membres actifs ont accès.
Puisque je suis l'un des membres fondateurs, je me limiterai donc ici à parler de l’association Wikimédia Belgique. Celle-ci fut fondée le huit octobre 2014 en tant qu’association sans but lucratif, avant d'être reconnue le six août 2015 par le conseil d’administration de la Fondation Wikimédia. Après plus de trois ans d’activités et de rencontres et sous l’impulsion de Maarten Deneckere qui assuma le premier mandat de présidence, nous étions 8 personnes à signer la première version des statuts de l’association.
Jusqu’à ce jour, l’objet social de Wikimedia Belgique est d' « impliquer tout un chacun dans la connaissance libre ». Contrairement à l'association Wikimédia Deutchland, la première à voir le jour en 2004 et qui rassemblait déjà en 2021 plus de 85 000 membres et près de 150 employés, l’association belge n'a qu'une seule employée à temps partiel et 150 membres en 2025.
Avant d’être reconnues par le comité d’affiliations chargé de seconder le conseil d’administration de la Fondation, toutes les associations nationales, dites « chapters » en anglais, et toutes les autres organisations affiliées doivent réaliser de nombreuses démarches. Celles-ci consistent à répondre à un ensemble de prérequis qui ont évolué suite à la création d'un comité décisionnel en avril 2006. Ces obligations diffèrent entre les groupes d’utilisateurs et d'utilisatrices et les associations locales ou thématiques. Parmi ceux-ci, on retrouve toutefois : un nombre minimum de membres et de référents, une mission et un règlement d’ordre intérieur conformes aux attentes du mouvement, la remise de plans et de rapports d’activités annuels, etc.
On comprend donc qu’il n’est pas évident de créer une nouvelle instance au sein du mouvement. Pour bénéficier du soutien logistique et financier de la Fondation réservé aux organismes affiliés, c’est ainsi toute une série de rapports qu’il faut alors transmettre à divers comités et commissions chargés de leurs évaluations. Cela représente une quantité de tâches administratives qu’il n’est pas toujours facile d’assumer, surtout lorsque les membres de l’organisme affilié sont tous des bénévoles. D’où sans doute cette régulière disparition d’affiliations, pendant que d’autres se créent ou réapparaissent en fonction des énergies et du dynamisme disponibles dans les équipes.
Les activités liées à la récolte et à la redistribution des dons offerts au mouvement, ainsi que les autorisations d’usage de marques déposées, contrastent donc avec les valeurs de libre partage et d’autonomie décrites dans les projets pédagogiques. Cela semble confirmer que la partie hors ligne du mouvement est plus influencée par les habitudes d’un système économique dominant, contrairement à la partie en ligne qui semble plus fidèle à l’héritage de la contre-culture.
Chapitre 10 : L'héritage d'une contre-culture
Au terme de cette première partie d’ouvrage, il devient évident que la révolution numérique, que l’on considère généralement comme une révolution technique, fut aussi, et peut-être avant tout, une révolution sociale et culturelle. Quant à l'histoire de Wikimédia, reprise ici depuis les origines de son encyclopédie jusqu'à l'apparition de ses organismes affiliés, elle nous fit découvrir comment les idées de la contre-culture des années 1960 furent transmises au mouvement.
En cas de doute, observons encore que Richard Stallman, celui qui a créé les concepts de licence et d'encyclopédie libre, fut désigné par certains comme le gourou de la contre-culture hacker et le père du système d’exploitation hippie. Une culture hippie, dont il est aussi troublant de constater que le renversement de son logo ressemble étrangement à celui du mouvement Wikimédia.
Incontestablement et au travers du mouvement des logiciels libres, le mouvement Wikimédia a donc bien hérité des valeurs produites par les mouvements sociaux des années 1960. Des valeurs qui aujourd'hui contrastent fortement avec la marchandisation et la capitalisation du monde, dont l'espace web ne fait jamais que refléter ce qui se passe dans le reste de la société humaine. Or, ce phénomène ne date pas d'hier. En 2008 déjà, André Gorz, ce philosophe parmi les pères de la décroissance et théoricien de l’écologie politique, constatait déjà que :
La lutte engagée entre les "logiciels propriétaires" et les "logiciels libres" [...] a été le coup d’envoi du conflit central de l’époque. Il s’étend et se prolonge dans la lutte contre la marchandisation de richesses premières – la terre, les semences, le génome, les biens culturels, les savoirs et compétences communs, constitutifs de la culture du quotidien et qui sont les préalables de l’existence d’une société. De la tournure que prendra cette lutte dépend la forme civilisée ou barbare que prendra la sortie du capitalisme.
Dans cette lutte et avec le seul nom de domaine non commercial parmi le top 100 des sites les plus fréquentés du Web, la galaxie Wikimédia apparait donc comme un des derniers lieux numériques de liberté, de partage et d'égalité. Un lieu qui, de plus, est connu mondialement, grâce au succès des plus de 350 déclinaisons linguistiques de Wikipédia, et sans pour autant récolter d'informations sur l’identité et le comportement des internautes. Cela alors que cette pratique est considérée, par certains, comme un « nouvel or noir » pompé du Web, pendant que d’autres préfèrent parler de « capitalisme 3.0 » ou de « capitalisme de surveillance » .
Évidemment, les enjeux de cette lutte sont difficiles à comprendre. La complexité de l’infrastructure informatique, mais également le fait que tout cela s'inscrit dans une révolution que Rémy Rieffel décrit comme « instable et ambivalente, simultanément porteuse de promesse, et lourde de menaces », ne facilitent pas les choses. Cela d'autant plus que tout cela se place « dans un contexte où s’affrontent des valeurs d’émancipation, et d’ouverture d’un côté et des stratégies de contrôle et de domination de l’autre » .
En fait d’ambivalence, il est surprenant d'apprendre, par exemple, que Jimmy Wales, fondateur de Wikipédia et de la fondation Wikimédia, est un adepte de l’objectivisme, alors que cette philosophie voit le capitalisme comme un idéal de société et l’égoïsme rationnel, comme une morale. Puis, concernant l'instabilité du numérique, il y a ces appels répétés de Tim Berners-Lee au sujet de la « redécentralisation » et de la « régulation » d'un espace web qu'il avait conçu dans un esprit tout à fait opposé. Quant aux pionniers d'Internet, ils n'ont probablement pas imaginé que leur création permettrait un jour, à des milliards d’objets connectés, de rapporter, rien qu'en France et en 2021, plus de 2,6 milliards d’euros.
Quant à la question du contrôle et au-delà de ce qui est opéré par les firmes commerciales, c'est bien sûr du côté des États qu'il faut porter son attention. Face à un mouvement qui veut s’émanciper des contrôles, par moins de 18 pays ont déjà censuré Wikipédia et parfois même l'ensemble des projets frères. Ce fut le cas par exemple pour la Turquie, la Russie, l'Iran, mais également le Royaume-Uni, la France et l'Allemagne, et c'est même le cas de manière permanente en Chine, depuis 2004.
Dans certains cas, des procédures juridiques ont été utilisées pour intimider les membres du mouvement. C'est arrivé en France lorsque le directeur de l'association Wikimédia fut menacé de poursuites pénales par la Direction Centrale du Renseignement Intérieur, après un refus de supprimer un article qui traitait d’une station militaire dans Wikipédia. Par chance, ce qui s'est passé en France ne dépassa pas le stade de l'intimidation. En Biélorussie cependant, Mark Bernstein, un contributeur aux projets Wikimédia, fut condamné à quinze jours de prison ferme, assortis de trois ans d’assignation à résidence, pour des propos tenus au sujet de la guerre en Ukraine. Cela sans oublier qu'actuellement, ce sont les conservateurs à la tête des États-Unis qui « veulent la peau de Wikipédia » en cherchant à obtenir l'identité réelle de certains contributeurs.
Le contrôle et le non-respect de la vie privée font ainsi appel à la figure emblématique du lanceur ou de la lanceuse d'alerte, dont la posture contestataire fait penser à celle des personnes actives dans la contre-culture des années 1960. Parmi ceux-ci, on dit de Julian Assange, Edward Snowden et Chelsea Manning, qu'ils « ont perdu leur liberté pour défendre la nôtre ». De manière similaire, on pourrait donc aussi dire que les Wikimédiens Aaron Swartz, Bassel Khartabil, Pavel Pernikov, Ihor Kostenko et Mark Bernstein, se sont sacrifiés pour la liberté, le partage et la vérité.
Dans Wikimédia et comme ce fut expliqué dans l'introduction de cet ouvrage, une alerte peut prendre la forme d'un appel à commentaires en réaction à une décision ou une situation observée au sein du mouvement. C'est même là une pratique institutionnalisée, qui fait l'objet d'une procédure d'accompagnement et de suivi. Toutes ces alertes concernent les dérives de certains projets, mais également de certaines associations dont la proximité avec le système économique n'aide pas au respect des pratiques et des valeurs développées en ligne.
Dans ce qui apparait aux yeux de certains comme un « bazar libertaire », les choix et règles édictés dans la sphère hors ligne du mouvement ne plaisent pas toujours aux membres des communautés en ligne. Ce qui n'empêche toutefois pas les projets éditoriaux d'avoir leurs propres règles et des recommandations, ni de voir apparaitre, en 2020 et dans l'ensemble du mouvement, un code de conduite universel, qui détermine le « référentiel minimum des comportements acceptables et inacceptables ».
L'idéologie transmise à Wikimédia, décrite en partie par Steven Levy dans son ouvrage L’Éthique des hackers est donc plus subtile qu'un simple refus d'autorité. Dans un esprit de partage, d'ouverture, de transparence, de liberté, d'égalité et d'autonomie, c'est une structure très complexe, tout en étant cosmopolite et mondiale, que le mouvement réussit à mettre en place. Une organisation qui, finalement, apparait très inspirante dans la manière de faire communauté aujourd'hui, et au sein d'un monde toujours plus global et numérique.
[[Catégorie:Le mouvement Wikimédia (livre)]]
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Lionel Scheepmans
20012
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wikitext
text/x-wiki
'''LE MOUVEMENT WIKIMÉDIA'''
'''Dernier partage altruiste de la connaissance libre ?'''
De Lionel Scheepmans
Avec l'aide de la communauté Wikimédia
== Quatrième de couverture ==
Quel est ce seul acteur à but non lucratif présent dans le top 100 des sites les plus visités sur le Web ?
Comment incarne-t-il l’expression la plus visible des valeurs de liberté, d’égalité et de partage, héritées de la révolution numérique et des mouvements sociaux des années 1960 ?
Comment, à partir de Wikipédia et suite à la création d’une quinzaine de projets frères distribués en centaines de versions linguistiques, le mouvement social Wikimédia a imaginé un monde dans lequel le savoir se produit et se partage librement ?
Et comment, en toute autonomie, des dizaines de projets pédagogiques, édités par des millions de bénévoles, soutenus par une fondation et près de 200 associations et groupes locaux, produisent-ils la plus grande intelligence collective au monde ?
Avec de nombreux codes QR, cet ouvrage répond à ces questions, tout en permettant de mieux comprendre le monde global et numérique qui nous entoure.
Lionel Scheepmans est docteur en sciences politiques et sociales, militant de la culture libre et professeur d’anthropologie numérique. Il occupe plusieurs postes d’administrateur au sein du mouvement Wikimédia qu’il observe de manière participative depuis 2011. Ses travaux universitaires, du master à la thèse de doctorat, furent consacrés à l’organisation et aux enjeux de Wikipédia et du mouvement Wikimédia.
'''Avant-propos'''
Pour offrir un confort de lecture sur papier sans perdre la puissance du numérique, des codes QR sont affichés tout au long de cet ouvrage. À l’aide d’une tablette ou d’un smartphone, ils offrent un accès direct à ce qui serait coûteux ou impossible à imprimer.
Par exemple, le code QR 1, affiché en fin de page, donne accès directement à la page web qui reprend l’intégralité de l’ouvrage. Une fois sur celle-ci, on peut alors visionner les illustrations en couleur ou les enregistrements qui s’y trouvent et consulter ensuite leurs pages de descriptions en cas de besoin. Cette version numérique comprend aussi de nombreux hyperliens pointant vers Wikipédia et d’autres sites du mouvement Wikimédia, où se trouvent des compléments d’informations et leurs mises à jour.
Pour économiser du papier lors de l’impression, la section regroupant les notes et les références de l’ouvrage n’est disponible qu’au format numérique, mais est directement accessible via le code QR 2 repris ci-dessous. Grâce aux indices de renvoi chiffrés et placés en exposant dans le texte imprimé, il est alors possible, au départ d'un smartphone ou d'une tablette, de retrouver les notes et les références en fonction de leur numérotation. Lorsque la référence correspond à une page web, un lien pointant vers le projet Internet Archive s’y trouve repris, pour garantir un accès aux archives des pages citées dans l’ouvrage, si jamais elles avaient disparu du web. Quant aux pages toujours existantes, elles restent accessibles via leurs hyperliens originels, pour consulter leurs éventuelles évolutions.
Étant donné que ce livre est produit sur une plateforme collaborative, tout le monde est invité à améliorer les prochaines versions. On peut le faire en corrigeant des fautes d’orthographe ou de syntaxe sur les pages web qui constituent les différents chapitres de l’ouvrage, ou encore en apportant des commentaires sur les pages de discussion qui leur sont associées. Cela peut se faire très simplement en cliquant sur « Modifier » , quand on est sur la page d'un chapitre, et sur « Ajouter un sujet » lorsque l'on est sur une page de discussion.
Une page de discussion générale est aussi accessible grâce au code QR 3. Elle permet de commenter le livre dans son ensemble, ou de poser une question à son sujet. Il suffit pour cela d’indiquer un titre dans le champ « Démarrer un nouveau sujet », d’écrire le contenu du message dans l’encadré situé juste en dessous, puis de cliquer sur le bouton « Ajouter un sujet de manière anonyme » pour publier son message.
Enfin, pour ceux qui voudraient agrémenter leur lecture d’un fond sonore relaxant et original, le code QR 4 donne accès à une page web qui diffuse une musique mélodieuse. Celle-ci est composée de sons spécifiquement produits chaque fois qu’une modification est apportée sur un projet Wikimédia, ou qu’un nouveau compte y est créé. Ce dispositif ingénieux offre ainsi aux lecteurs qui le souhaitent une ambiance sonore particulièrement confortable, ainsi qu’une nouvelle expérience immersive au sein du mouvement Wikimédia.
== Introduction : Wikimédia n’est pas Wikipédia ==
Depuis le succès initial de Wikipédia, une myriade de projets de partage des connaissances, d’organisations et de groupes de soutien ont émergé pour former ce qu’on appelle aujourd’hui le mouvement Wikimédia. Même si, à ce jour, l’encyclopédie libre reste l'activité phare du mouvement, il serait regrettable de réduire l’ensemble du mouvement à cet unique projet pédagogique. Malheureusement, il arrive bien trop souvent qu'une seule version linguistique de Wikipédia suffise pour cacher l’étendue de la forêt Wikimédia.
En réalité, Wikimédia représente un mouvement social, international et interculturel complexe, au sein duquel Wikipédia n’est qu’une composante parmi d’autres. Dans le cadre d'un mémoire de master, on peut ainsi fournir en quelques mois une ethnographie du projet Wikipédia en français. Alors que pour synthétiser les origines, l’organisation et les dynamiques globales du mouvement Wikimédia, une thèse de doctorat et cinq années de recul supplémentaires furent nécessaires.
À la fin de l'année 2025, l’ampleur numérique du mouvement est effectivement impressionnante. Chaque mois, des millions de modifications bénévoles sont effectuées sur plus de 500 millions de pages, réparties sur plus d’un millier de sites web, dont 358 seulement, correspondent aux versions linguistiques de Wikipédia. Ce qui prouve donc clairement que les activités en ligne portées par l'ensemble du mouvement Wikimédia dépassent largement ce qui se passe au sein de l’encyclopédie.
Il existe ainsi huit autres projets pédagogiques susceptibles d'atteindre un jour l'envergure et la notoriété de Wikipédia, avec un objectif et un fonctionnement spécifiques à chacun. De manière détaillée, Wikilivres crée des livres pédagogiques, Wikiversité rassemble des supports d'enseignement et des travaux de recherche, Wikinews fait du journalisme collaboratif, Wikivoyage développe un guide touristique, pendant que Wiktionnaire apporte des définitions des mots de toutes les langues et dans toutes les langues.
Contrairement à Wikipédia, tous ces projets ne sont pas soumis à une neutralité de point de vue, ni limités à l'usage de sources secondaires reconnues, au niveau de la rédaction des articles. La plupart d'entre eux acceptent aussi la publication de travaux de recherche ou de productions personnelles, alors que cela est tout à fait interdit dans Wikipédia.
Selon l'étymologie du mot encyclopédie, le but de Wikipédia est en effet de synthétiser ou, plus précisément, d'encercler le savoir humain déjà préexistant. Cette contrainte éditoriale limite donc les contributeurs et contributrices à l'usage de sources secondaires et tertiaires présentes dans des publications externes au projet. De ce fait, Wikipédia reproduit fatalement les biais systémiques, tels que les déséquilibres et les surreprésentations de genre et de culture, présents dans un monde de l'édition majoritairement occidental. Or, cette impasse éditoriale propre à Wikipédia n'existe pas dans les autres projets pédagogiques.
Comme ces projets frères, Wikipédia n'est pas non plus un projet complètement autonome des autres projets Wikimédia. L'encyclopédie compte en effet sur le projet Wikimedia Commons pour héberger l'ensemble de sa médiathèque. Elle utilise ensuite le contenu du projet Wikidata comme base de données structurée. Quant aux personnes qui produisent l'encyclopédie, elles peuvent aussi puiser leurs sources dans la bibliothèque Wikisource, ou se référer à des citations d'auteurs collectées dans le projet Wikiquote. Tout cela sans oublier que des dizaines de sites web traitent l'archivage permanent de Wikipédia et des autres projets Wikimédia, dans le but de fournir des analyses précieuses et totalement libres d’accès.
Enfin, il faut aussi garder à l'esprit qu'au-delà de tous ces sites web, le mouvement Wikimédia, c'est aussi de nombreuses institutions et organisations affiliées dispersées dans le monde. Autour de la Fondation Wikimédia chargée de la gestion et de l’organisation internationales, avec près de 650 salariés de nationalités diverses, se regroupent des centaines d'organisations satellites. Parmi celles-ci, on retrouve 2 associations thématiques, 40 associations locales, dont Wikimedia Deutschland qui regroupe plus de 170 employés, et finalement 141 groupes d’utilisateurs et utilisatrices.
Tout ce qui vient d'être exposé dans cette introduction justifie donc la nécessité de distinguer le mouvement Wikimédia du projet Wikipédia. Imaginons seulement que l’on se limite à citer Paris pour décrire et comprendre un pays aussi vaste que la France. Certes, Paris est une ville mondialement connue et qui compte plus de deux millions d’habitants et un patrimoine culturel impressionnant. Mais est-ce pour autant qu'il faudrait oublier les autres villes, villages et métropoles françaises ? Sans compter que la France regroupe aussi des départements et des territoires d’outre-mer et qu'elle entretient des relations et des partenariats internationaux qui dépassent de loin ce qui se passe entre Paris et le reste du monde. Ne pas confondre le mouvement Wikimédia avec le projet Wikipédia relève donc du bon sens.
En 2019 cependant, la Fondation Wikimédia a envisagé de se renommer en Fondation Wikipédia et de remplacer le terme « Wikimédia » par celui de « Wikipédia », partout où ce terme est utilisé dans la sphère hors ligne du mouvement. Le but était d’acquérir une plus grande visibilité et d’attirer des milliards de personnes, grâce au nom de marque Wikipédia, considéré comme l’un des plus connus au monde. Ce changement n’a toutefois pas été accepté par de nombreuses personnes actives au sein du mouvement Wikimédia. En janvier 2020, ces opposants ont ainsi créé une page d’appel à commentaires, qui fut le siège d’un long débat. À l’issue de ce dernier, 73 représentants d’organisations affiliées et 984 personnes ont signé une lettre ouverte adressée à la Fondation, qui comprenait le paragraphe suivant :
Depuis 20 ans, les bénévoles ont bâti la réputation de Wikipédia en tant que ressource indépendante et communautaire. Les projets du mouvement Wikimédia, dont Wikipédia, se développent autour de la décentralisation et du consensus. Il est essentiel d’établir des distinctions claires entre la Fondation Wikimédia, les affiliés et les contributeurs individuels. Tout changement qui affecte cet équilibre exige le consentement éclairé et la collaboration des communautés. Il est donc très préoccupant de voir « Wikipédia » présenté pour le nom de l’organisation et du mouvement malgré le mécontentement général de la communauté.
En s’opposant aux idées de la Fondation, ces membres de la communauté Wikimédia ont ainsi fait preuve de sagesse. De plus, ils ont signalé dans de nombreux commentaires que beaucoup de personnes connaissent le mouvement Wikimédia uniquement au travers de son encyclopédie. Il est même étonnant d'observer que la méconnaissance du mouvement existe au sein même de sa propre communauté. Comme exemple, on peut observer que l'article du projet Wikipédia en anglais consacré au mouvement Wikimédia ne s’est développé qu’à partir de 2016, tandis que ce même article dans la version francophone de l'encyclopédie n’est apparu qu’en 2019. Quant aux autres versions linguistiques, il est tout aussi étonnant de constater qu'en octobre 2025, seulement 39 d'entre elles sur un total de 358 possédaient un article dédié au mouvement Wikimédia.
Tous ces éléments justifient donc la nécessité d’offrir au monde une meilleure connaissance du mouvement Wikimédia et des nombreux projets et organisations qui contribuent à sa mission de partage du savoir. En ce sens, ce livre est une contribution importante aux défis stratégiques que doit relever le mouvement Wikimédia à l’approche de 2030. Car au-delà des résolutions prises pour développer de nouveaux processus participatifs et délibératifs concernant les questions de marque, c’est avant tout un travail d’information et de sensibilisation à destination du grand public qu'il reste à faire.
== Première partie : La naissance du mouvement Wikimédia ==
Il existe dans l'espace web une multitude d’archives permettant de retracer les événements qui ont conduit à la naissance du mouvement Wikimédia. Cette « préhistoire » du mouvement peut notamment être explorée grâce au réseau d’éducation populaire Framasoft, dont le site est apparu environ un an avant la création de la version francophone de Wikipédia. On trouve sur cette plateforme une mine d’informations concernant les logiciels libres et la culture libre. Deux épisodes majeurs de l’histoire de l’informatique et d’Internet, malheureusement méconnus du grand public.
Grâce à Framasoft et bien d’autres associations, il est possible de découvrir l’organisation et les motivations des millions de personnes qui participent au mouvement du logiciel libre. On y apprend que ce mouvement politique et social a été initié en 1983 par Richard Stallman, un programmeur du Massachusetts Institute of Technology (MIT), qui a eu l’idée d’offrir à chacun une alternative à la marchandisation du secteur informatique.
Cette philosophie de libre partage, concrétisée par le projet de Stallman, permit l’essor d’une organisation et d’une éthique de travail originales, développées au sein d’une sous-culture en vogue dans le milieu informatique depuis les années 1950. Celle-ci fut documentée dans de nombreux ouvrages, dont « L’éthique hacker », un livre remarquable, dans lequel le philosophe finlandais, Pekka Himanen, analyse en détail les origines de la culture hacker. Un simple extrait de sa quatrième de couverture, repris ci-dessous, permet d’appréhender la manière de penser de ces informaticiens, rejoints par Richard Stallman durant ses études universitaires, avant d'en devenir l’une des figures les plus charismatiques.
On considérait jusqu’à présent le « hacker » comme un voyou d’Internet, responsable d’actes de piratage et de vols de numéros de cartes bancaires. Le philosophe Pekka Himanen voit au contraire les hackers comme des citoyens modèles de l’ère de l’information. Il les considère comme les véritables moteurs d’une profonde mutation sociale. Leur éthique, leur rapport au travail, au temps ou à l’argent, sont fondés sur la passion, le plaisir ou le partage. Cette éthique est radicalement opposée à l’éthique protestante, telle qu’elle est définie par Max Weber, du travail comme devoir, comme valeur en soi, une morale qui domine encore le monde aujourd’hui.
En introduisant cette première partie d'ouvrage de la sorte, nous pouvons déjà comprendre que le mouvement Wikimédia plonge ses racines dans une transition culturelle remplie d’utopie. Une utopie qui s’oppose notamment à ce que l’historien et anthropologue Karl Polanyi désignait, en 1944 déjà, comme un libéralisme économique qui « subordonne les objectifs humains à la logique d’un mécanisme de marché impersonnel ». Étape par étape et en commençant par analyser cette utopie spécifiquement au niveau du mouvement Wikimédia, voyons maintenant ce qui s'est passé tout au long de cette révolution culturelle numérique.
== Chapitre 1 : L'utopie Wikimédia ==
Au fil du temps, Wikipédia fut perçu comme une utopie en marche, puis comme une utopie réalisée, et finalement comme la dernière utopie collective du Web. Mais qu'en est-il de l'ensemble du mouvement Wikimédia ? Pour nous aider à comprendre ce qui se passe dans la dimension numérique de ce mouvement, voici une métaphore qui décrit un quartier établi au sein d'une ville, imaginée au départ de l'espace web ». Dans cette ville imaginaire, Internet représenterait le réseau routier, pendant que des serveurs informatiques feraient office de bâtiments, et que les pages web qu'ils hébergent, constitueraient les différentes pièces de ces édifices.
Le quartier Wikimédia rassemblerait ainsi plus d’un millier de bâtiments. Au sein de ceux-ci et à l’exception de quelques lieux administratifs, chaque pièce peut être visitée gratuitement, mais aussi modifiée au niveau de son contenu. On peut ainsi y ajouter de nouvelles choses, telles que du texte, des photos, des vidéos ou des documents sonores, et même changer ou supprimer ce qui a été créé ou modifié par d’autres. Tout cela, bien sûr, dans le but de rendre ces endroits plus esthétiques, ou plus authentiques et en tenant compte des différentes idées et des éventuelles oppositions de point de vue concernant les aménagements. Pour faciliter l'entente entre les personnes qui s'investissent dans les modifications, chaque pièce des bâtiments Wikimédia possède un espace annexe dédié à la discussion.
Dans la plupart des bâtiments Wikimédia, une personne malintentionnée peut même faire disparaitre tout le contenu d'une pièce. Néanmoins, dans la seconde qui suit, un robot remettra tout en place, avant de transmettre un message concernant le traitement du vandalisme. Lorsqu'une action plus discrète n'est pas détectée par un robot, c'est alors quelqu'un qui surveille la pièce qui prendra le relais pour annuler les changements malveillants et contacter la personne responsable. En cas de multirécidive, celle-ci peut se voir privée de sa capacité de modifier les pièces, soit dans le bâtiment vandalisé, soit dans tout le quartier quand cela se justifie. Après discussion, cette sanction sera mise en application par un administrateur ou une administratrice bénévole, choisi ou choisie par l'ensemble des autres bénévoles qui prennent soin des bâtiments.
On comprend donc que tout le monde peut enrichir, mais également surveiller et protéger les richesses partagées dans le quartier Wikimédia. Il suffit pour cela de rejoindre le mouvement en se créant un compte. Cela permet de profiter de nombreux outils, dont notamment un système qui envoie des notifications, dès qu'une pièce que l'on veut surveiller est modifiée.
Pour créer ce compte, pas besoin de fournir une adresse ou un numéro de téléphone. Les seules informations personnelles indispensables au bon fonctionnement du quartier Wikimédia sont les adresses IP des visiteurs. Lors des visites et contrairement à ce qui se passe dans les quartiers commerciaux de la grande ville numérique, tels que les GAFAM, NATU, BATX, le quartier Wikimédia ne récolte et ne vend aucune donnée à des fins d'exploitation.
Même les adresses IP enregistrées par le système ne sont pas visibles par les autres visiteurs. Elles sont remplacées par les noms et les pseudonymes fournis lors de la création des comptes, ou masquées par des comptes temporaires pour les modifications faites par des personnes non connectées. Seules quelques personnes accréditées par la communauté pour effectuer des contrôles d’usurpation d’identité ont accès à ces informations. C’est là une précaution nécessaire au bon déroulement des votes qui succèdent parfois aux recherches de consensus concernant l'aménagement du quartier Wikimédia.
Dans cette ville numérique que constituerait l'espace web, Wikimédia apparait ainsi comme le plus grand quartier dédié au partage de la connaissance. Tout d'abord, il y a les plus de 350 bâtiments Wikipédia, chacun dédié à une version linguistique de l'encyclopédie. Puis, toujours séparés en versions linguistiques, on trouve ensuite les bibliothèques Wikilivres et Wikisource, les bâtiments lexicaux multilingues Wiktionnaire, le centre journalistique Wikinews, le centre pédagogique et de recherche Wikiversité, le centre d'informations touristique Wikivoyage, le répertoire des êtres vivants Wikispecies et enfin l'institut des citations d’auteurs Wikiquote. Cela sans oublier le musée médiatique Wikimedia Commons et la banque Wikidata, reconnue comme étant la plus grande banque d’informations structurées au monde. Deux bâtiments dont l'une des fonctions principales communes est d’enrichir les pièces situées dans les autres buildings du quartier Wikimédia.
Dans tous ces immeubles, il arrive souvent que plus de la moitié des étages soient uniquement attribués à l'organisation des activités qui s'y déroulent. Chaque bâtiment peut aussi compter sur le soutien d'autres édifices tels que MediaWiki, Wikitech, Phabricator, qui sont trois lieux entièrement dédiés aux maintenances techniques sur l'ensemble du quartier. Concernant les aspects administratifs, c'est dans le bâtiment Méta-Wiki que s'opère la gouvernance générale du quartier, alors que les courriers adressés à ce dernier sont traités en première ligne dans le bâtiment Wikimedia VRT. À la suite de quoi, il ne reste plus qu'à citer le bâtiment Wikimedia Outreach, pour des initiatives de sensibilisation, et le bâtiment du journal Diff Wikimedia, comme lieu de publication d'actualités sur le mouvement.
En dehors de certains aspects techniques, tous ces bâtiments sont exclusivement régis par des communautés bénévoles, qui sont toujours prêtes à accueillir de nouveaux membres. Les seuls immeubles du quartier qui diffèrent de ce principe sont les bâtiments vitrines de la Fondation Wikimédia et des autres associations Wikimédia qui engagent du personnel. Quant au bâtiment du conseil d'administration de la Fondation, des raisons officielles justifient le fait que la modification de ses pièces est réservée à ces membres et aux employés qui les soutiennent.
Face à tant d'utopies, il devient légitime de vouloir comprendre comment tout cela fut rendu possible. Or, pour répondre à cette question, il faut alors parcourir tout un pan de l'histoire de la révolution numérique, depuis la contre-culture des années 1960 jusqu'à nos jours. On y découvre que les pionniers du réseau Internet étaient des chercheurs et étudiants en informatique, fortement influencés par de nouvelles idéologies, telles que celles qui furent à la source des évènements de mai 68 en France. C'est donc de là que naîtra la philosophie de partage, de liberté, de décentralisation et ce mode d’organisation tout à fait spécifique, que l'on observe aujourd'hui au sein du mouvement Wikimédia.
Il y eut tout d'abord la création d'Internet, comme réseau mondial de communication en libre accès, puis le développement du World Wide Web, qui a grandement facilité les interactions humaines à l’échelle planétaire. Par la suite, ce fut l'arrivée du Web 2.0, caractérisé par l'apparition de nouveaux sites web directement modifiables à l'aide d’un simple navigateur. Or, parmi ceux-ci se trouvent les moteurs de Wiki, dont le plus puissant d’entre eux, MediaWiki, est un logiciel libre développé par la Fondation Wikimédia. Le moment est donc venu d'en savoir plus sur ce type de programme informatique, ainsi que sur le mouvement du logiciel libre, qui a fortement influencé la philosophie et les valeurs véhiculées au sein du mouvement Wikimédia.
== Chapitre 2 : Le mouvement du logiciel libre ==
L’un des premiers épisodes de la préhistoire de Wikipédia et du mouvement Wikimédia débuta en septembre 1983, lorsqu’un programmeur du Massachusetts Institute of Technology, appelé Richard Stallman, déposa un message sur la liste de diffusion net.unix-wizards. C’était un appel d’aide pour la création de GNU, un nouveau système d’exploitation qui devait réunir une suite de programmes que tout le monde pourrait utiliser librement sur son ordinateur personnel. Dans son message transmis via ARPANET, le premier réseau informatique à grande échelle qui précéda Internet, Stallman s’exprimait de la sorte :
Je considère comme une règle d’or que si j’apprécie un programme je dois le partager avec d’autres personnes qui l’apprécient. Je ne peux pas en bonne conscience signer un accord de non-divulgation ni un accord de licence de logiciel. Afin de pouvoir continuer à utiliser les ordinateurs sans violer mes principes, j’ai décidé de rassembler une quantité suffisante de logiciels libres, de manière à pouvoir m’en tirer sans aucun logiciel qui ne soit pas libre.
Le projet de Stallman, qui reçut le soutien nécessaire à son accomplissement, marqua ainsi le début de l’histoire du logiciel libre. Quant à la quantité d’aide fournie, elle permet de croire que Richard Stallman n’était pas seul à voir l’arrivée des logiciels propriétaires d’un mauvais œil. Car pour les membres du projet GNU et du mouvement du logiciel libre en général, un bon programme informatique doit respecter ces quatre libertés fondamentales :
1. La liberté d’exécuter le programme, pour tous les usages.
2. La liberté d’étudier le fonctionnement du programme, et de l’adapter à vos besoins.
3. La liberté de redistribuer des copies, donc d’aider votre voisin.
4. La liberté d’améliorer le programme, et de publier vos améliorations, pour en faire profiter toute la communauté.
Lors de l'apparition du logiciel libre, le marché de l’informatique était de fait en pleine mutation. L'habituel partage des codes informatiques entre les rares étudiants ou chercheurs qui bénéficiaient d’un accès à un ordinateur faisait l'objet d'une remise en question. Ce changement faisait notamment suite au Copyright Act de 1976, une nouvelle loi qui autorisait l'application d'un droit d'auteur sur le code informatique, et donc qui permettait d'en interdire le partage ou la réutilisation sans autorisation. Des clauses de confidentialité ont ainsi fait leur apparition, pendant que les employés des firmes informatiques étaient nouvellement soumis à des contrats de confidentialité. C'était la fin de l’entraide et de la solidarité pratiquées chez les pionniers de l’informatique. À sa place s'installaient la concurrence et la compétitivité, bien connues dans le système capitaliste marchand.
Cette mutation coïncidait avec l’arrivée des premiers ordinateurs de taille réduite. Grâce à l’apparition des premiers circuits intégrés, les premiers exemplaires avaient en effet été créés par l’industrie aérospatiale au début des années 1960. Cependant, il fallut attendre le début des années 1980 pour que le prix d’un ordinateur soit suffisamment bas pour en faire un bien de grande consommation.
C’est ainsi qu’en 1982, le Commodore 64 entrait dans le livre Guinness des records, avec plus de 17 millions d’exemplaires vendus dans le monde. Juste avant cela, en 1981, l’IBM Personal Computer avait déjà fait son apparition, en proposant une architecture ouverte qui allait servir de modèle pour toute une gamme d’ordinateurs que l’on désigne toujours aujourd’hui par l’acronyme « PC ».
Pour faire fonctionner ses nouveaux modèles d'ordinateurs, la société IBM avait confié à l’entreprise Microsoft, créée en 1975, la mission de les équiper d’un système d’exploitation. Le contrat signé entre les deux firmes fut une véritable aubaine pour le fournisseur des programmes informatiques. Car sans s'en apercevoir, et sans jamais anticiper que son matériel serait cloné à grande échelle, celle-ci avait en effet permis à Microsoft d'établir un monopole dans la vente de logiciels. Cela fut condamné pour abus de position dominante et vente liée du logiciel avec le matériel informatique, mais sans pour autant empêcher Bill Gates, le principal actionnaire de Microsoft, d'être l'homme le plus riche du monde en 1994.
Toutefois, pendant que Microsoft renforçait sa position dominante, un nouvel événement majeur allait marquer l’histoire du logiciel libre. Celui-ci fut de nouveau déclenché par un appel à contribution, qui fut cette fois posté le vingt-cinq août 1991 par un jeune étudiant en informatique de 21 ans, appelé Linus Torvalds. Via le système de messagerie Usenet, sa demande avait été postée dans une liste de diffusion consacrée au système d’exploitation Minix, une sorte d’UNIX simplifié et développé dans un but didactique, par le programmeur Andrew Tanenbaum.
Loin d’imaginer que cela ferait de lui une nouvelle célébrité dans le monde du Libre, Torvalds entama son message par le paragraphe suivant :
Je fais un système d’exploitation (gratuit) (juste un hobby, ne sera pas grand et professionnel comme gnu) pour les clones 386 (486) AT. Ce projet est en cours depuis avril et commence à se préparer. J’aimerais avoir un retour sur ce que les gens aiment ou n’aiment pas dans minix, car mon système d’exploitation lui ressemble un peu (même disposition physique du système de fichiers (pour des raisons pratiques) entre autres choses).
Bien qu’il fût présenté comme un passe-temps, le projet qui répondait au nom de « Linux », fut rapidement soutenu par des milliers de programmeurs du monde entier, avant de devenir la pièce manquante du projet GNU. En effet, les contributeurs au projet de Stallman n’avaient pas encore terminé l’écriture du code informatique du noyau Hurd, alors qu'il était censé établir la communication entre la suite logicielle produite par GNU et le matériel informatique. C'est donc la fusion des codes produits par les projets GNU et Linux qui permit la création du premier système complet, stable et entièrement libre baptisé GNU/Linux.
Au départ de ce nouveau système informatique, de nombreuses variantes, que l’on nomme communément « distributions », furent créées par des programmeurs de tous horizons. L’une de celles-ci s’intitule Debian et tire sa réputation d'être simultanément libre, gratuite, très fiable et produite par une communauté sans lien direct avec une société commerciale. Quatre qualités qui expliquent pourquoi, Debian sert de base à plus de 150 distributions dérivées, et que de nombreuses organisations l'utilisent, comme le fait la Fondation Wikimédia sur les serveurs qui hébergent les projets qu'elle supporte.
Grâce à la naissance des logiciels libres, le mouvement Wikimédia a donc la possibilité de faire tourner ses serveurs informatiques, avec un système d’exploitation fiable, libre et gratuit. Comme son code source est ouvert, cela permet aussi à la Fondation Wikimédia de le modifier pour répondre aux besoins spécifiques du mouvement. À la suite de quoi, et selon les règles formulées par la communauté du logiciel libre, les modifications faites par la Fondation deviennent à leur tour, gratuitement et librement, utilisables par d’autres personnes ou organismes.
À ce premier héritage reçu par le mouvement Wikimédia et toujours en provenance des logiciels libres, s’ajoute une innovation méthodologique. Dans son article La Cathédrale et le Bazar, Eric Raymond mobilise en effet le terme « cathédrale » pour désigner le mode de production des logiciels propriétaires, en opposition au mot « bazar », qu'il utilise pour qualifier le mode de développement des logiciels libres. D’un côté, il décrit une organisation pyramidale, rigide et statutairement hiérarchisée, comme on peut la voir souvent au sein des entreprises. Tandis que de l’autre, il parle d’une organisation horizontale, flexible et peu hiérarchisée, qu’il a lui-même expérimentée en adoptant le style de développement de Linus Torvalds, à savoir : « distribuez vite et souvent, déléguez tout ce que vous pouvez déléguer, soyez ouvert jusqu’à la promiscuité ».
À l’instar de la métaphore du quartier numérique présentée dans le précédent chapitre, cette manière de décrire les projets open source nous aide donc ici à mieux comprendre ce qui se passe dans le mouvement Wikimédia. D'un côté, on retrouve effectivement cette « ouverture jusqu’à la promiscuité », dans le libre accès accordé aux projets Wikimédia, alors que de l'autre, tout le monde peut participer aux projets Wikimédia, qu'ils soient en ligne ou hors ligne.
Ces deux observations corroborent donc l’existence d’un deuxième héritage en provenance du mouvement du logiciel libre. Néanmoins, il nous reste encore à découvrir un phénomène négligé par Eric Raymond durant ses observations, et qui pourtant, a considérablement influencé l'histoire de la révolution numérique. Il s’agit de l’apparition de la licence libre, de la philosophie qu'elle sous-tend, et du mouvement de la culture libre, dont elle fut à l’origine.
== Chapitre 3 : Les licences et la culture libres ==
Dans une biographie autorisée, Christophe Masutti explique à quel point la création de la Licence publique générale GNU, en tant que première licence libre créée par Richard Stallman, représente un épisode majeur de la révolution numérique. Selon lui :
La GPL apparaît comme l’un des meilleurs hacks de Stallman. Elle a créé un système de propriété collective à l’intérieur même des habituels murs du copyright. Surtout, elle a mis en lumière la possibilité de traiter de façon similaire « code » juridique et code logiciel.
Le concept de distribution associé à ce nouveau type de licence fut baptisé « copyleft », par inspiration d’un jeu de mots que Richard Stallman avait trouvé dans un courrier transmis par son collègue Don Hopkins. Le principe novateur de ce concept est d'obliger toute production de code dérivé à se soumettre à la même licence libre que le code d’origine. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle beaucoup de gens parlent de licence « virale » ou « récursive » en faisant référence à celle-ci. Quant à l'importance de cette clause, elle repose sur le fait d'interdire toute privatisation d'un code informatique produit sous licence libre. Sans celle-ci, un tel code risque en effet d'être récupéré, puis modifié, avant d’être placé sous un habituel copyright de type « tous droits réservés », dans le but de commercialiser son usage.
En 2001 et dans la mouvance provoquée par l'arrivée des premières licences libres, une organisation internationale sans but lucratif, intitulée Creative Commons, a entamé la promotion du « partage et la réutilisation de la créativité et des connaissances grâce à la fourniture d’outils juridiques gratuits ». Pour ce faire, elle met régulièrement à jour une panoplie de licences inspirées par la GNU, mais spécialement adaptées aux œuvres de l'esprit, telles que les productions littéraires, musicales, photographiques et vidéo, ainsi que les bases de données.
Contrairement aux licences libres fournies par la Free Software Foundation, conçues pour protéger du code informatique, les licences produites par Creative Commons offrent la possibilité de sélectionner différentes clauses pour protéger une œuvre libre. Avec le label CC, pour Creative Commons, on peut ainsi appliquer, ou ne pas appliquer, la clause « BY », qui oblige à créditer l'auteur, et la clause « SA », pour Share Alike, qui ordonne le partage à l’identique comme décrit précédemment. Après quoi il est encore possible d'ajouter la clause « NC », qui impose un usage non commercial, et finalement, la clause « ND », pour Non Derivative, qui exige que l’œuvre soit utilisée ou reproduite dans son intégralité et sans modification.
Le mouvement Wikimédia a choisi la licence CC.BY-SA pour protéger les contenus publiés dans tous ses projets. Cela à l'exception de la banque de données Wikidata, qui au même titre que les descriptions apportées aux fichiers téléchargés dans la médiathèque Wikimedia Commons, publie ses informations structurées sous licence CC0. Cette dernière licence proposée par creative commons est ce qui se rapproche le plus du domaine public, avec pour avantage de ne pas devoir mentionner les auteurs dans le traitement et la réutilisation du contenu de la base de données.
Cependant, il en résulte que les informations en question peuvent être réutilisées par des tiers qui ne sont plus obligés de citer leurs sources, comme le font les agents conversationnels des intelligences artificielles génératives, appelés couramment chatbots. Contrairement à la licence CC.BY-SA, la licence CC0 est donc moins apte à pérenniser les projets Wikimédia, puisqu'elle permet d'invisibiliser ces derniers au risque de réduire les chances d'arrivée de nouveaux contributeurs et contributrices. De plus, sans la clause SA qui assure l'application du copyleft, toutes les informations récupérées au sein de Wikidata et de Wikimedia Commons sont aussi susceptibles de quitter le monde du libre, une fois traitées par des entreprises commerciales.
Quoi qu’il en soit, les licences Creative Commons, inspirées par la licence libre de Richard Stallman, apparaissent finalement comme un troisième héritage en provenance du mouvement du logiciel libre et de la culture libre qui en est issue. Grâce à la licence CC.BY-SA, les éditeurs des projets Wikimédia bénéficient effectivement d'une certaine reconnaissance, tout en étant assurés qu'aucun copyright sur leurs travaux ne puisse profiter exclusivement à une personne ou une compagnie. Cela pendant que la licence libre appliquée au système d'exploitation installé sur les serveurs Wikimédia garantit, pour sa part, un certain respect des contributeurs, puisqu'elle permet de vérifier si le code informatique ne compromet pas leurs vies privées.
Avec tous les autres apports en provenance du logiciel libre, ce sont là deux choses importantes qui ont permis l'apparition du mouvement Wikimédia. Toutefois, cela ne pouvait pas suffire à la création du projet Wikipédia qui en fut le point de départ. Car sans l'espace numérique, mondial et libre d’accès, créé par Internet et l'espace web, aucune encyclopédie collaborative de cette envergure n'aurait pu voir le jour.
== Chapitre 4 : Le réseau Internet ==
L’histoire du réseau Internet constitue un nouvel épisode captivant de la révolution numérique, sans lequel le mouvement Wikimédia n’aurait jamais pu émerger. D’un point de vue purement technique, ce réseau informatique a été mis au point dans les années 1970, avant l’adoption généralisée du protocole TCP/IP, toujours en usage à ce jour. Ce dernier fut inventé par Vint Cerf et Robert Elliot Kahn, quand ils travaillaient pour la Defense Advanced Research Projects Agency, rattachée au département de la Défense américaine. L'une des premières présentations de leur projet fut, entre autres, réalisée lors d’une conférence organisée par l’International Network Working Group, une instance créée pour assurer la gouvernance mondiale du réseau informatique.
Sur base de ces informations, on peut penser qu’Internet a été créé par des militaires. Cependant, Une contre-histoire de l’Internet, nous révèle que les créateurs et les premiers utilisateurs d’ARPANET, considéré comme l’ancêtre d’Internet, étaient davantage des étudiants hippies et amateurs de LSD, que des militaires bien drillés. D’ailleurs, avant la standardisation du protocole TCP/IP, ARPANET fonctionnait depuis plus d’un an avec un autre protocole de transition intitulé Network Control Program. Or, celui-ci avait été mis au point, en février 1969, par le Network Working Group, un groupe informel d’étudiants rassemblés autour de Steve Crocker, lorsqu’il ne détenait encore qu’une simple licence.
Bien que rarement cité dans l’histoire d’Internet, ce groupe a pourtant mis en place la procédure RFC, pour Request For Comments, reconnue comme « l’un des symboles forts de la "culture technique" de l’Internet, marquée par l’égalitarisme, l’autogestion et la recherche collective de l’efficience ». Soit trois principes et une procédure, qui aujourd’hui encore sont appliqués sur le site Méta-Wiki, dans lequel s'organise la gestion communautaire du mouvement Wikimédia. Cela alors qu'au sein des projets pédagogiques, d’autres processus similaires de recherche de consensus ont fait leur apparition.
Il faut ensuite savoir que les liens entre ARPANET et l’armée ont disparu avec l’apparition du MILNET, un réseau entièrement dédié aux activités militaires, rebaptisé NIPRNet, pour Non-classified Internet Protocol Router Network, en 1990. Après une séparation définitive en 1983, précisément l’année où Richard Stallman postait sa demande d’aide pour le projet GNU, le réseau ARPANET resta uniquement dédié à la recherche et au développement. À cette époque, le réseau ne comprenait pas plus de 600 machines connectées, ce qui n'a donc rien de comparable avec ce vaste réseau informatique mondial que nous connaissons aujourd’hui, et qui fut fortement développé au cours des années 1990.
Pour en assurer l’entretien technique, une organisation non gouvernementale, a été créée en 1992, sous l'appellation d’Internet Society. Celle-ci devait aussi veiller au respect des valeurs fondamentales liées au bon fonctionnement du réseau. Car avant d'atteindre des milliards d’appareils connectés, il a d’abord fallu réglementer les nombreuses dorsales internet intercontinentales, sans lesquelles la transmission du protocole TCP/IP partout dans le monde n'aurait pas été possible.
Pour en revenir à l’état d’esprit des créateurs d'Internet, un article intitulé Quarante ans après : mais qui donc créa l’internet ? apporte un éclairage particulièrement intéressant au sujet des liens que l'on peut établir entre le mouvement Wikimédia et l'histoire d'Internet. Dans son témoignage, Michel Elie, cet ingénieur en informatique, membre du Network Working Group cité précédemment, et responsable de l’Observatoire des Usages de l’Internet, nous explique effectivement ceci.
Le succès de l’internet, nous le devons aux bons choix initiaux et à la dynamique qui en est résultée : la collaboration de dizaines de milliers d’étudiants, ou de bénévoles apportant leur expertise, tels par exemple ces centaines de personnes qui enrichissent continuellement des encyclopédies en ligne telles que Wikipédia.
Au courant des années 1990, le milieu informatique universitaire semblait donc toujours fortement imprégné des idéaux de la contre-culture des années 1960, produit par les baby boomers dans le contexte de la guerre du Vietnam. Afin d'illustrer les idées véhiculées à cette époque, voici un paragraphe extrait d'un ouvrage publié en 1970 et intitulé Vers une contre-culture : Réflexions sur la société technocratique et l’opposition de la jeunesse. Dans celui-ci, Théodore Roszak explique que :
Le projet essentiel de notre contre-culture : proclamer un nouveau ciel et une nouvelle terre, si vastes, si merveilleux que les prétentions démesurées de la technique soient réduites à n’occuper dans la vie humaine qu’une place inférieure et marginale. Créer et répandre une telle conception de la vie n’implique rien de moins que l’acceptation de nous ouvrir à l’imagination visionnaire. Nous devons être prêts à soutenir ce qu’affirment des personnes telles que Blake, à savoir que certains yeux ne voient pas le monde comme le voient le regard banal ou l’œil scientifique, mais le voient transformé, dans une lumière éclatante et, ce faisant, le voient tel qu’il est vraiment.
À la suite de cette lecture, il peut sembler paradoxal de penser qu’une contre-culture, voyant la technique comme « inférieure » et assimilant la science au « banal », puisse avoir un lien avec le milieu scientifique universitaire qui fut à l'origine d'Internet. Cependant, une réponse à cette énigme fut apportée par Fred Turner, par la publication de son livre intitulé : « Aux sources de l’utopie numérique : De la contre-culture à la cyberculture, Stewart Brand, un homme d’influence ».
Grâce à cet ouvrage, on découvre en effet que le mouvement Hippie utilisera tout ce qui était à sa disposition à l’époque pour parvenir à ses fins : LSD, spiritualités alternatives, mais également, objets technologiques les plus en pointe. Cela grâce notamment à l’influence de Steward Brand, le créateur d'un catalogue interactif, qui peut être considéré comme l'ancêtre analogique des groupes de discussions numériques apparus des années plus tard.
Comme autre indication, il y a ensuite les propos tenus en 1992, lors d’une plénière de la 24ᵉ réunion du groupe de travail sur l’ingénierie Internet, par David D. Clark, un autre pionnier d’Internet. Durant cette rencontre, ce chef de projet prononça des paroles restées dans les annales. « Nous récusons rois, présidents et votes. Nous croyons au consensus et aux programmes qui tournent ». Deux phrases seulement, mais qui, dans le cadre du milieu informatique, permettent de croire que le mépris de la contre-culture envers la technique et la science, s'est transformé en un refus d’autorité et une recherche de consensus.
Dans tous les cas, le développement du réseau Internet ne s'est pas fait sans conflits idéologiques importants. On peut d'ailleurs se demander aujourd'hui à quoi ressemblerait Internet s'il n'avait jamais été commercialisé. Cela s'est passé en novembre 1994, lorsque l’association sans but lucratif Advanced Network and Services, chargée de gérer les accès à Internet, a fait le choix de vendre ses activités. Cette décision faisait suite à un appel à des fonds privés pour financer d'importants changements dans l'infrastructure du réseau. Profitant de l'occasion, la société commerciale America Online a ainsi repris à son compte la gestion des connexions à Internet, après avoir effectué un versement de 35 millions de dollars.
Trente ans plus tard, Internet est devenu ce réseau que nous expérimentons aujourd'hui, à savoir : un réseau dominé par des sociétés privées les plus riches au monde. Dans ce contexte et parmi les 100 sites web les plus visités au monde, seul le nom de domaine Wikipédia appartient à une organisation non lucrative. Cela explique donc pourquoi le mouvement Wikimédia, via son encyclopédie et la fondation qui l'héberge, représente à ce jour, et dans l'espace web, l'expression la plus visible de la philosophie des pionniers d’Internet.
Plus qu'un héritage, cette situation peut être vue comme une mission perpétuée au sein d'un espace envahi par une culture marchande et capitaliste. C'est là une information importante qu'il faut retenir au sujet du mouvement Wikimédia. Elle ne clôture pas pour autant tout ce qu'il faut savoir au sujet des évènements qui ont permis la création d’une encyclopédie mondiale, libre et collaborative. Mais en revanche, elle nous invite à découvrir l'histoire du World Wide Web, un espace numérique sans lequel la création de Wikipédia n'aurait jamais été possible.
== Chapitre 5 : Le World Wide Web ==
Maintenant que le lien entre la création d'Internet et le mouvement Wikimédia est établi, découvrons à présent l'application la plus connue du réseau, que l'on nomme le World Wide Web, ou plus simplement « Web ». C'est Tim Berners-Lee qui en fut l’inventeur, lorsqu’il était encore actif à l'Organisation européenne pour la recherche nucléaire. Il avait pour idée de créer un espace d’échange public par l’intermédiaire d'Internet, et pour y parvenir, il mit au point le logiciel « WorldWideWeb », rebaptisé Nexus pour éviter toute confusion avec le World Wide Web.
Grâce à un système d’indexation appelé hypertexte, ce programme informatique a permis de produire et de connecter des espaces numériques intitulés sites Web. Ceux-ci sont composés de pages web, hébergées sur des ordinateurs distants, mais connectés entre eux au travers du réseau Internet. Pour permettre ce type de connexion, Berners-Lee mit au point le Hypertext Transfer Protocol ou HTTP, un nouveau protocole de communication simple en soi, mais dont la mise en œuvre technique est compliquée.
Pour veiller au bon fonctionnement et au bon usage de l'espace web, des règles de standardisation ont tout d'abord été édictées par l’association Internet Society. Après quoi, Berners-Lee fonda le W3C, un consortium international dont la devise est : « un seul Web partout et pour tous ». Si ce slogan nous apparaît très naturel aujourd’hui, il faut toutefois savoir que l'espace Web a bien failli être régi séparément par des acteurs commerciaux, avec tous les droits d'accès que cela aurait pu engendrer.
À partir du trente avril 1993, jour du dépôt du logiciel WorldWideWeb dans le domaine public par Robert Cailliau, un collègue de Berners-Lee chargé de la promotion de son projet, un tel scénario était en effet possible. Sauf qu'après le départ de Berners-Lee, devenu président du W3C, François Flückiger, qui avait repris son poste au sein du CERN, eut la présence d'esprit de réagir à temps. Selon le livre Alexandria qui parcourt l'histoire de Robert Caillau, voici ce qui aurait pu se passer si le code de l’éditeur HTML n'avait finalement pas été placé sous licence libre.
La philanthropie de Robert, c’est très sympa, mais ça expose le Web à d’horribles dangers. Une entreprise pourrait s’emparer du code source, corriger un minuscule bug, s’approprier le « nouveau » logiciel et enfin faire payer une licence à ses utilisateurs. L’ogre Microsoft, par exemple, serait du genre à flairer le bon plan pour écraser son ennemi Macintosh. Les détenteurs d’un PC devraient alors débourser un certain montant pour profiter des fonctionnalités du Web copyrighté Microsoft. Les détenteurs d’un Macintosh, eux, navigueraient sur un Web de plus en plus éloigné de celui vendu par Bill Gates, d’abord gratuit peut-être, avant d’être soumis lui aussi à une licence.
Face à un tel scénario, nous découvrons de nouveau à quel point le concept de licence libre a fondamentalement changé le cours de la révolution numérique. Sans cela, nos expériences et nos usages de l'espace numérique auraient été totalement différents. L'utopie Wikipédia, par exemple, n'aurait certainement pas vu le jour, en raison de l'éclatement des espaces numériques et des coûts d'accès auxquels seraient confrontés les bénévoles qui ont construit le projet. Quoi qu'il en soit, et au niveau technique, une fois l'espace web apparu, il ne manquait plus qu'une chose pour permettre la création d'une encyclopédie collaborative au format numérique.
== Chapitre 6 : Les plateformes Wiki ==
Un wiki, ou un moteur de wiki, est un logiciel que l'on installe sur un serveur informatique pour permettre la création d’un site web éditable et configurable à l’aide d’un simple navigateur. Plus précisément, c’est un système de gestion de contenu, dans lequel le code HTML, CSS, JavaScript et Lua, ainsi que certains paramètres, peuvent être modifiés par tous les internautes. Cela peut se faire en se connectant à un compte utilisateur, afin de bénéficier des droits de modification et d’administration qui lui sont accordés, ou en utilisant la configuration attribuée par défaut aux personnes non connectées.
Sur les pages web d'un wiki, chaque modification provoque un nouvel enregistrement complet du code source qui la compose. De la sorte, il est toujours possible, à partir d’une page reprenant l’historique des modifications, de rétablir l'une de ses anciennes versions. Grâce à ce système, on peut ainsi savoir quelle personne, ou quelle adresse IP est à l’origine d’un changement, et même voir l’endroit où la modification a été faite, et à quel moment celle-ci a été réalisée.
Le premier logiciel Wiki, qui portait le nom de WikiWikiWeb, a été créé et placé sous licence libre GPL par Ward Cunningham en mars 1995. Grâce à la licence, d’autres programmes wiki ont vu le jour en copiant ou s’inspirant du code source de WikiWikiWeb, ou des autres projets wiki qui l'avaient fait auparavant. Cette émulation récursive, qui donna naissance à toute une panoplie de projets wiki, est donc à nouveau une belle illustration des retombées positives que peut susciter l'application d'une licence libre.
Parmi les différents logiciels Wiki disponibles, UseModWiki fut choisi par la société Bomis qui finança la création du premier projet Wikipédia en anglais. C'était un choix judicieux, car l’éclatement de la bulle spéculative d’Internet, à la fin des années 2000, confrontait l'entreprise à de grosses difficultés financières. Un programme gratuit, simple d’utilisation et peu gourmand en ressources informatiques, convenait donc parfaitement dans ce cadre. UseModWiki fut par après remplacé par un autre moteur de Wiki sans nom, mais plus performant et toujours produit sous licence libre. Ce dernier fut ensuite amélioré par plusieurs programmeurs, dont Brion Vibber, le premier employé de la Fondation Wikimédia, avant d’être finalement intitulé MediaWiki.
Avec l’aide de nouveaux employés et des bénévoles actifs sur le site mediawiki.org, ce système de gestion de contenu finit par apparaitre en tête du classement des wikis les plus utilisés. Grâce à la licence libre, des milliers d'autres personnes et projets ont pu en effet développer des sites Web, sans nécessairement faire partie du mouvement Wikimédia. Ce succès a par ailleurs justifié l'organisation de rassemblements annuels entre 2016 et 2020, entre personnes et organisations qui utilisent le programme, pour discuter de son développement et de ses usages.
Ceci étant dit, il existe dans la liste des Wikis d’autres logiciels libres intéressants, tels que DokuWiki, rendu populaire par sa simplicité d’installation et d’usage. Jusqu’à ce jour cependant, seul MediaWiki semble suffisamment stable et puissant pour permettre le développement optimal de l’ensemble des projets Wikimédia. Avec parmi ceux-ci, bien sûr, Wikipédia, l'encyclopédie libre et universelle, dont nous allons enfin découvrir la mise en place dans ce prochain chapitre.
== Chapitre 7 : L’encyclopédie libre et universelle ==
Dans les chapitres précédents, nous avons découvert toutes les innovations techniques et culturelles sans lesquelles Wikipédia n’aurait jamais pu devenir la plus grande encyclopédie libre et universelle connue au monde. Son objectif est de synthétiser la totalité du savoir humain. Ce qui n’est autre, finalement, qu’un vieux rêve de notre humanité. Trois cents ans avant Jésus-Christ et durant la création de la bibliothèque d’Alexandrie, ce désir était aussi celui de Ptolémée Iᵉʳ. C'était deux siècles avant que Denis Diderot publie, avec Jean Le Rond d'Alembert et Louis de Jaucourt en 1751, la première édition de l’Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers. Quant à Paul Otlet, qui a créé avec Henri La Fontaine la classification décimale universelle en usage depuis 1905, il s’était mis en tête de répertorier l’ensemble du savoir humain au sein d'un seul édifice.
Peu connu à ce jour, ce documentaliste belge rêvait pourtant de cataloguer le monde et de rassembler toutes les connaissances humaines, sous la forme d’un gigantesque répertoire bibliographique universel, situé à l'intérieur d'un Mundaneum. En 1934, dans le Traité de documentation écrit par celui qui voulait « classer le monde », Otlet décrit, de manière particulièrement visionnaire, un possible partage du savoir et de l’information.
Ici, la Table de Travail n’est plus chargée d’aucun livre. À leur place se dresse un écran et à portée un téléphone. Là-bas, au loin, dans un édifice immense, sont tous les livres et tous les renseignements, avec tout l’espace que requiert leur enregistrement et leur manutention…
De là, on fait apparaître sur l’écran la page à lire pour connaître la question posée par téléphone avec ou sans fil. Un écran serait double, quadruple ou décuple s’il s’agissait de multiplier les textes et les documents à confronter simultanément ; il y aurait un haut-parleur si la vue devrait être aidée par une audition. Une telle hypothèse, un Wells certes l’aimerait. Utopie aujourd’hui parce qu’elle n’existe encore nulle part, mais elle pourrait devenir la réalité de demain pourvu que se perfectionnent encore nos méthodes et notre instrumentation.
À peu de choses près, cette utopie décrite en 1934 par Otlet correspond à l'usage que l'on fait du réseau Internet et de son espace web, lorsqu'on recherche de l'information aujourd'hui. Premièrement, allumer un système informatique, avec ou sans fil, muni d'un écran ; ensuite, poser une question dans un moteur de recherche ; puis, comme cela arrive très souvent, être redirigé vers l'une des versions linguistiques de Wikipédia.
Ce scénario, dans lequel les moteurs de recherche jouent un rôle central, explique la popularité de l'encyclopédie libre. D'autres projets similaires étaient pourtant apparus sur le Web avant l'arrivée de Wikipédia. Environ trois ans avant sa création, Aaron Swartz, un activiste de la culture libre qui avait juste douze ans à l'époque, avait par exemple lancé une sorte de site encyclopédique produit et régi par ses usagers. Appelé The Info Network, ce site web avait d'ailleurs permis à son auteur de recevoir l'ArsDigita Prize, un prix décerné aux jeunes créateurs de projets « utiles, éducatifs, collaboratifs et non commerciaux ».
Il faut savoir ensuite que l'expression « encyclopédie libre et universelle » fut oubliée pour la première fois durant l'année 2000 par Richard Stallman, soit l'année qui précéda celle de la naissance de Wikipédia. C'était dans un essai intitulé The Free Universal Encyclopedia and Learning Resource, qui, selon son auteur, avait été rédigé deux ans avant sa publication sur la liste de diffusion du projet GNU. Repris ci-dessous, un extrait de ce texte, présente les particularités du projet.
Le World Wide Web a le potentiel de devenir une encyclopédie universelle couvrant tous les domaines de la connaissance et une bibliothèque complète de cours d’enseignement. Ce résultat pourrait être atteint sans effort particulier, si personne n’intervient. Mais les entreprises se mobilisent aujourd’hui pour orienter l’avenir vers une voie différente, dans laquelle elles contrôlent et limitent l’accès au matériel pédagogique, afin de soutirer de l’argent aux personnes qui veulent apprendre.
Nous ne pouvons pas empêcher les entreprises de restreindre l’information qu’elles mettent à disposition ; ce que nous pouvons faire, c’est proposer une alternative. Nous devons lancer un mouvement pour développer une encyclopédie libre universelle, tout comme le mouvement des logiciels libres nous a donné le système d’exploitation libre GNU/Linux. L’encyclopédie libre fournira une alternative aux encyclopédies restreintes que les entreprises de médias rédigeront.
En parlant d'un « mouvement pour développer une encyclopédie libre universelle », Stallman anticipait donc, sans le savoir, l'arrivée du mouvement Wikimédia, qui ne se concrétisa que bien des années plus tard. Quant à la soixantaine de paragraphes qui décrivent son projet, on y retrouve, dans une forme presque identique, les cinq principes fondateurs qui ont guidé la création de Wikipédia et qui sont toujours actifs à ce jour.
Le premier consiste bien sûr à créer une encyclopédie ; le deuxième réclame une neutralité de point de vue, chose que Stallman expliquait déjà en écrivant qu’« en cas de controverse, plusieurs points de vue seront représentés » ; le troisième implique le respect des droits d’auteur et l’adoption d'une licence libre, celle précisément dont Stallman avait été l'initiateur ; le quatrième inscrit le projet dans une démarche collaborative, alors que Stallman précisait déjà que « tout le monde est le bienvenu pour écrire des articles » ; et le cinquième enfin, stipule qu’il n’y a pas d’autres règles fixes, une position très courante dans le milieu des hackers dont Stallman faisait partie.
Il apparaît donc clairement que le projet Wikipédia n'était pas une idée originale en soi, mais plutôt une opportunité saisie par la société Bomis pour enrichir sa propre encyclopédie commerciale, Nupedia. Cette dernière avait été lancée en avril 2000, soit environ dix mois avant Wikipédia, et sa rédaction était assurée par des experts engagés au sein d’un processus éditorial strict et formel. Malheureusement pour la firme Bomis, le nombre d’articles ne progressait que très lentement.
Dans le but d'accélérer le processus, Larry Sanger, un docteur en philosophie employé par Bomis pour assurer le rôle de rédacteur en chef de Nupedia, eut l'idée d'installer un logiciel wiki sur les serveurs de son entreprise. L'objectif était d'ouvrir un site web participatif, dans lequel des volontaires pourraient créer des articles encyclopédiques, pour qu'ils soient ensuite intégrés dans le projet commercial. Malgré le manque d’enthousiasme de son employeur Jimmy Wales, Sanger mit ses idées en application, et c'est donc ainsi que débuta l’histoire de Wikipédia, avec sa toute première version en anglais.
C’était le 15 janvier 2001, précisément le même mois où Richard Stallman mit en ligne son propre projet d’encyclopédie libre et universelle, qu'il souhaitait intituler GNUPedia. Étonnamment, les noms de domaine gnupedia .com .net et .org avaient déjà été enregistrés au nom de Jimmy Wales, ce qui obligea Stallman à rebaptiser son projet GNE. Ce fait est d'autant plus surprenant que Wales affirma des années plus tard : « n’avoir eu aucune connaissance directe de l’essai de Stallman lorsqu’il s’est lancé dans son projet d’encyclopédie ».
Le site GNE ne ressemblait cependant pas vraiment à une encyclopédie, mais plutôt à un blog collectif ou une base de connaissance, tandis que sa page d’accueil précisait clairement qu’il s’agissait d’une bibliothèque d’opinion. Quant à sa modération, elle avait demandé d'engager un employé, car elle s'est avérée bien plus compliquée que prévu. À côté de cela, et probablement grâce aux spécificités de l’environnement wiki et aux soutiens apportés par Jimmy Wales et Larry Sanger, Wikipédia réussit à mettre en place une organisation efficace au sein d'une communauté d'éditeurs grandissante.
Peut-être en raison de la concurrence libre faite par le projet GNE, Jimmy Wales décida d'abandonner le copyright que Bomis détenait sur son encyclopédie commerciale Nupedia, pour le remplacer par une licence Nupedia Open Content. Peu de temps après, il décida finalement d'adopter la licence de documentation libre GNU conçue pour protéger les textes de documentation des logiciels libres. Ce dernier choix fut une stratégie payante, puisque cela incita Richard Stallman à transférer tout le contenu de son projet GNE vers Nupedia, et à encourager tout le monde à contribuer sur Wikipédia.
Parmi les autres actions de Jimmy Wales qui ont contribué au succès de Wikipédia, il y eut cette idée d'ouvrir le projet aux « gens ordinaires ». C’était un choix qui s’opposait aux idéaux de Larry Sanger, qui de loin préférait le modèle de Nupedia avec son système de relecture par des experts. Cependant, Jimmy Wales, en tant qu'homme d’affaires, visait une croissance plus rapide du contenu de l'encyclopédie.
Cette croissance ne s'est toutefois pas faite sans difficulté. Le 26 février 2002, en effet, l'Enciclopedia Libre Universal en Español, un projet dissident du projet Wikipédia, fit son apparition. C'était une réaction à de la censure, à l'existence d'une ligne éditoriale et à la possibilité de voir apparaitre des publicités dans Wikipédia. En raison des remises en question que cette séparation suscitait parmi les bénévoles actifs dans les projets, Jimmy Wales renonça finalement à l'usage de la publicité et mit de côté ses visions en matière de profit.
Il faut aussi tenir compte du fait que cet évènement est survenu lors de l'éclatement de la bulle spéculative Internet et du krach boursier de 2001-2002. Une conjoncture qui plaçait la société Bomis dans des difficultés financières, et surtout, dans l'incapacité de payer le salaire de Larry Sanger, son seul employé. En mars 2002 et après un mois d’activité bénévole, l’ex-employé décida alors de quitter les fonctions, qu'il occupait depuis un peu plus d'un an, dans Nupedia et Wikipédia. Avec le seul soutien de Jimmy Wales, les deux encyclopédies purent toutefois poursuivre leurs développements, toujours avec le concours d'experts dans Nupedia et d'une communauté bénévole au niveau de Wikipédia. Néanmoins, en septembre 2003 et vu l'écart qui se creusait entre les deux projets, l'encyclopédie Nupedia fut fermée et ses quelques dizaines d'articles transférées vers les milliers d'autres que comprenait déjà le projet Wikipédia.
Trois ans plus tard, Larry Sanger n’avait pas dit son dernier mot. En septembre 2006, il décida en effet de lancer sur fonds propres une encyclopédie intitulée Citizendium. Cette plateforme écrite en anglais uniquement et toujours active à ce jour, repose sur un système d’expertise, dans lequel les contributrices et les contributeurs doivent déclarer leur identité réelle. En avril 2026 cependant, Citizendium reprenait moins de 2000 articles, tout avancement confondu, tandis que le projet Wikipédia en anglais en regroupait déjà plus de 7 millions.
Voici donc comment est née la plus grande encyclopédie au monde, dont la taille et la visibilité n'avaient jamais été égalées auparavant. Une encyclopédie qui, de plus, s'est rapidement déclinée en de nombreuses versions linguistiques, à l'instar de sa version francophone, lancée moins de quatre mois après le projet original en anglais. Toutes ces versions ont formé les premières bases d’une organisation mondiale, bientôt chapeautée par une fondation. Avant cela, d'autres projets pédagogiques et collaboratifs ont vu le jour au côté de Wikipédia. Intitulés « projets frères », ceux-ci se constituent à leur tour, en de nombreuses versions linguistiques, tout en poursuivant le processus de création du mouvement Wikimédia.
== Chapitre 8 : L'arrivée des projets frères ==
Dans le but de développer des contenus pédagogiques qui ne trouvaient pas leur place dans Wikipédia, d’autres projets pédagogiques et collaboratifs ont vu le jour, pour former ce que l'on appelle couramment aujourd'hui : l’écosystème Wikimedia. La naissance de tous ces projets, ainsi que les évènements importants qui ont contribué au développement du mouvement, ont été repris dans une ligne du temps réalisée par Guillaume Paumier, à l’occasion du dixième anniversaire de Wikipédia. Grâce à ce graphique, on peut voir en détail l'évolution du nombre de projets, de versions linguistiques, de contributeurs et d'articles, et se faire ainsi une idée sur la vitesse à laquelle s'est développé le mouvement Wikimédia.
Parmi tous les projets frères de Wikipédia, le premier à apparaître fut Méta-Wiki, une plateforme de référence pour centraliser la gestion de l'ensemble des sites web hébergés par la fondation Wikimédia. Dans un premier temps, cet espace communautaire en ligne a répondu à la nécessité de traiter en un seul lieu les questions communes aux différentes versions linguistiques de Wikipédia. Aujourd'hui, le site web est le principal endroit de coordination et de gestion de l'ensemble du mouvement Wikimédia. On y retrouve énormément d'informations au sujet des projets en ligne, et peut-être plus encore, concernant la Fondation et les organismes affiliés.
Après Méta-Wiki, sept autres projets de partage de la connaissance ont fait leur apparition, avant d'être déclinés à leur tour en plusieurs versions linguistiques. Tous ces projets émergent en général sur l’initiative d’un petit groupe de personnes actives au sein d’un projet préexistant. Ce fut le cas du projet Wiktionnaire en anglais, le deuxième projet à voir le jour après Méta-Wiki, en décembre 2002, soit deux ans avant la version francophone apparue en mars 2004.
Il est intéressant d'observer que la version francophone du Wiktionnaire n’a pas été créée à partir du projet anglophone, mais bien depuis le projet Wikipédia en français. D'ailleurs, on peut retrouver dans les archives de ce dernier projet, un débat concernant la pertinence de cette création, dont voici un extrait.
En fait, ce qui me peine vraiment avec le projet Wiktionary, c’est que alors qu’on essaie de rassembler les gens (pas facile) pour créer une sorte de tour de Babel de la connaissance (tâche bien longue et difficile), ce nouveau projet va disperser les énergies pour une raison qui ne me semble pas valable. C’est la création de Wiktionary qui va créer des redondances. À mon avis il existera rapidement des pages sur le même mot, mais ne contenant pas les mêmes informations. Pour quelle raison ces connaissances devraient-elles être séparées ? Les encyclopédies sur papier devaient faire des choix à cause du manque de place, mais nous, pourquoi le ferions-nous ??? "Wikipédia n’est pas un dictionnaire" n’est pas un argument à mon avis... si vraiment c’était pas un dictionnaire, il faudrait virer tout un tas d’article. Je ne comprends vraiment pas cette volonté de séparer la connaissance entre ce qui est "encyclopédique" et ce qui n’est "qu’une définition".
[Réponse]
Pour moi ce qu’est Wiktionary, c’est une partie de Wikipédia s’intéressant plus particulièrement aux aspects linguistiques des mots. La différence que je verrais entre la partie dictionnaire de Wikipédia et sa partie dite encyclopédique, c’est que la partie dictionnaire s’intéresserait au sens des mots eux-mêmes alors que la partie encyclopédie s’attache plus à faire ressortir un état des connaissances à un moment donné. Le pourquoi de la séparation d’avec la partie encyclopédie tient plus à des raisons techniques qu’à une volonté de monter un projet indépendant, en effet, à mon humble avis, un dictionnaire nécessite une plus grande rigueur (de présentation) qu’une encyclopédie. Ceci entraîne beaucoup de problème et entre autres le choix de la mise en forme des articles du dictionnaire.
Créer un nouveau projet, c’est effectivement créer un nouveau site web, qui devra faire l’objet d’une nouvelle gestion, tant pour les serveurs de la Fondation, que pour la nouvelle communauté de contributeurs. L’importation de pages d’un projet à l'autre ou la traduction de celles-ci sont bien sûr toujours possibles, mais cela duplique alors aussi la maintenance et les mises à jour. Le choix de scinder un projet, en faveur d’une plus grande liberté, comporte donc certains coûts humains et financiers.
Ce prix à payer n'a pour autant pas empêché le projet anglophone Wikibooks de faire son apparition le 10 juin 2003, soit près d’un an avant Wikilivres, la version francophone du projet, apparue le 22 juillet 2004. Cette dernière création avait de nouveau été débattue au sein de la communauté Wikipédia en français, et non pas dans le Wikibooks en anglais. Quant à l'objectif commun aux deux projets linguistiques, il était de créer une « bibliothèque de livres pédagogiques libres que chacun peut améliorer ».
Environ un an après la création du projet en anglais, un nouvel espace de noms intitulé Wikijunior fut mis en place au sein de la bibliothèque en ligne. Ce sous-projet avait été créé pour répondre à un financement de la fondation Beck, qui cherchait à promouvoir la production de nouvelles littératures pour des enfants de huit à onze ans. Peu de temps après, cette tranche d’âge fut toutefois élargie de zéro à douze ans au niveau du projet francophone, quand le sous-projet y fut adopté.
Ces deux évènements témoignent ainsi qu'il est toujours possible qu'un sous-projet apparaisse dans un projet Wikimédia. Comme autre exemple, il y a aussi le WikiJournal, un sous-projet développé au sein du projet Wikiversité en anglais et qui reçut le prix de l’Open Publishing Awards en 2019. Une demande fut faite pour qu'il puisse bénéficier d'un nouveau site web dans le but de pouvoir se développer en dehors de Wikiversité. Malheureusement pour les initiateurs, la demande est restée sans suite jusqu'à ce jour, après que le conseil d’administration de la Fondation, chargé de répondre à leur demande, considéra que le projet n’était pas suffisamment abouti.
Il faut savoir qu'avant cela, le projet Wikiversité, dans lequel est né Wikijournal, avait lui-même été un sous-projet du projet Wikibook. Initialement, il visait à « créer une communauté de personnes qui se soutiennent mutuellement dans leurs efforts éducatifs ». Cependant, en août 2005, une longue discussion remit en question l’existence du sous-projet Wikiversité dans Wikibooks. Au terme de celle-ci, la décision fut prise de transférer Wikiversité et son contenu sur le site Méta-Wiki, là où de nouvelles discussions ont abouti à l’idée de faire de Wikiversité un nouveau projet indépendant.
Déjà à l'époque, le conseil d’administration de la Fondation Wikimédia se montrait réticent à l'ouverture de nouveaux projets, et sa réaction fut de demander l'ouverture d'un sondage au sein de la communauté. Celui-ci devait rassembler une majorité des deux tiers en faveur de l'ouverture du nouveau site web. Un résultat qui fut finalement obtenu, mais pas sans de longs débats, dont voici un extrait.
La principale raison pour laquelle la Fondation Wikimédia ne veut pas "lâcher le morceau" est une simple question de bureaucratie et la crainte que le projet ne devienne une autre Wikispecies [un projet de répertoire du vivant]. Wikispecies est une idée cool, mais les "fondateurs" du projet se sont dégonflés à mi-chemin de la mise en place du contenu et ont décidé de faire une révision majeure qui a pris plus de temps que ce que tout le monde était prêt à mettre.
Le même problème s’applique à Wikiversity en ce qui concerne la Fondation, parce que les objectifs et les buts de ce projet ne sont pas clairement définis, et il semble que les participants essaient de mordre plus qu’ils ne peuvent mâcher en proposant une université de recherche multi-collèges entière (avec un statut de recherche et une accréditation) à former de toutes pièces plutôt qu’un simple centre d’éducation pour adultes avec quelques classes.
En novembre 2005 et malgré les résultats du sondage, l'indépendance du projet Wikiversité ne fut toutefois pas acceptée par cinq membres du conseil. Ceux-ci réclamaient une « réécriture de la proposition pour en exclure la remise de titre de compétence, la conduite de cours en ligne, et de clarifier le concept de plate-forme e-learning ». Quand ces rectifications furent faites, le projet bénéficia d'une période d’essai de plusieurs mois, jusqu'à ce que les amendements apportés au projet de départ soient enfin acceptés, le 31 juillet 2006. Ce long temps d'attente était justifié par la création du special projects committee, qui, jusqu'en décembre 2021, fut chargé de soulager le conseil d’administration de la fondation, par rapport aux demandes de création de nouveaux projets Wikimédia.
Un nouveau site, nommé Beta-Wikiversity, fut ainsi créé pour assister le lancement des différentes versions linguistiques de Wikiversité. Durant six mois, son premier objectif a d'abord été l'élaboration des lignes directrices concernant la potentialité de produire des recherches collaboratives au sein du projet. Par la suite, chaque nouvelle version linguistique, développée dans le projet Beta, devait avoir plus de 10 modifications par mois, réalisées par au moins trois personnes distinctes, avant de pouvoir bénéficier de son propre site web.
À l'image de Beta-Wikiversity, le projet Wikisource possède lui aussi un site indépendant pour lancer ces nouvelles déclinaisons linguistiques. Tandis que pour tous les autres projets pédagogiques, ce lancement s'effectue sur la plateforme Wikimedia Incubator, créée à la même époque que Beta-Wikiversity. Ces trois plateformes de lancement ne concernent pas les nouveaux projets, qui doivent faire l'objet d'une acceptation par le conseil d'administration de la Fondation Wikimédia, et qui peuvent avoir pour origines des processus de création divers.
Le projet Wikivoyage, par exemple, fut initialement créé en 2003 dans un Wiki extérieur au mouvement Wikimédia, là où il portait le nom de Wikitravel. Comme cela arrive parfois, ce projet sans but lucratif fut acheté par une entreprise commerciale en 2006. Mais en raison du changement de gouvernance et de l'apparition de publicités, une scission est apparue au sein de la communauté d’éditeurs. Les personnes désireuses de quitter Wikitravel lancèrent alors un nouveau site appelé Wikivoyage, qui reçut en 2007, le Webby Award du meilleur guide de voyage Internet.
L'intégration de Wikivoyage dans l'écosystème Wikimédia n'a cependant été faite qu'en 2012, à la suite d'un appel à commentaires durant lequel 540 personnes furent en faveur de l’intégration du projet, 153 contre, pendant que 6 restèrent sans avis. Comme cette nouvelle déclencha une migration importante depuis Wikitravel vers Wikivoyage, une plainte fut déposée par la société commerciale en charge du premier projet. Celle-ci fut toutefois rejetée et le projet Wikivoyage continua à prendre de l’ampleur au sein du mouvement Wikimédia, avec la création de nouvelles versions linguistiques.
Le cas de Wikivoyage apparait toutefois comme une exception, car en général les nouveaux projets émergent des centaines de candidatures déposées sur le projet Méta-Wiki. Celles-ci se soldent bien souvent par un refus, comme ce fut le cas pour le projet WikiLang dont le but était de lancer un laboratoire linguistique. Quelques rares projets ont pourtant la chance d'être élus. Ce fut notamment le cas en octobre 2012, avec le lancement de la base de données structurée et sémantique Wikidata et de ses extensions Wikibase, ou plus récemment, en 2020, avec l'arrivée du projet Abstract Wikipedia et Wikifunctions.
Sans vouloir entrer dans les détails, il est intéressant de savoir que l'interconnexion entre ces trois projets permet de traduire automatiquement des articles encyclopédiques dans tous les langages naturels pris en charge par le mouvement Wikimédia. Plus précisément, les phrases des articles publiées sur Abstract Wikipédia, sont formulées par des fonctions informatiques produites dans le projet Wikifunctions, dans le but de traiter les informations de la base de données sémantique Wikidata. Autrement dit, un article dans Abstract Wikipédia ne possède qu'une seule page pour toutes les langues, pareillement aux pages d'entités de Wikidata, qui ont pour titre une lettre suivie d'un chiffre.
À la suite de ces explications, on observe donc que ce n'est pas la complexité qui détermine le refus projet, mais plutôt une série de critères comparables à ceux retenus pour supprimer des projets ou versions linguistiques déjà existants. À ce propos, il existe sur Méta-Wiki une liste mise à jour des différents sites hébergés par la Fondation Wikimédia dont l'existence est remise en cause. Dans celle-ci, on retrouve essentiellement des versions linguistiques de projets qui n’ont pas réussi à poursuivre leurs développements, bien qu'un projet entier soit toujours susceptible d'être mis à l'arrêt. C'est d'ailleurs ce qui est arrivé aux 31 versions linguistiques du projet Wikinews, qui, en date du 4 mai 2026, soit 22 ans après le lancement du site anglophone, sont accessibles en mode lecture uniquement.
Dans le cas de Wikinews, ce fut le manque d'activité qui apparut comme principale justification de la suspension du projet. Cependant, d'autres raisons pourraient être invoquées, comme le prouve cet épisode de 2005, où, peu de temps après son lancement, la version francophone du recueil de citations Wikiquote a bien risqué de disparaitre. Le projet fut effectivement accusé d’avoir récupéré le contenu d’une base de données soumise à un droit d’auteur, incompatible avec la licence Creative Commons appliquée sur l’ensemble des projets pédagogiques Wikimédia. Lorsqu'une plainte fut adressée à l’association Wikimédia France, pour être ensuite relayée sur le site Méta-Wiki, il fut bien question de fermer le projet. Après de longues discussions, celui-ci fut maintenu, mais avec pour conditions de repartir de zéro, et d’établir une charte pour garantir la traçabilité des citations reprises par le projet.
Voici donc de quoi se faire une idée sur la manière dont les projets pédagogiques et leurs déclinaisons linguistiques apparaissent et disparaissent au sein du mouvement. Les exemples repris ci-dessus suffisent effectivement pour comprendre les principes généraux qui sous-tendent leurs créations. En dehors de Méta-Wiki, Wikidata, Wikifunctions, Abstract Wikipédia et Wikimedia Commons, qui ne sont pas des projets de contenu pédagogique à proprement parler, tous les autres projets semblent effectivement provenir d’un désir de spécialisation d’un projet préexistant.
L'idée est généralement débattue dans un projet de même langue, avant de relayer la discussion vers le site Méta-Wiki. Si le projet y est jugé pertinent, il fait alors l'objet d'une candidature qui doit actuellement être soumise au groupe de travail des projets frères du comité des affaires communautaires de la Fondation Wikimédia. Quant aux nouvelles versions linguistiques, elles doivent être aujourd'hui soumises à l'approbation du comité des langues, avant d'être testées sur les plateformes Incubator, Beta-Wikiversité ou Wikisource Multilingue, dans le but de bénéficier d’un site web indépendant.
Après ces explications concernant les projets frères et leurs variations linguistiques, il nous reste encore à parler des sites qui ont un lien avec le mot Wiki, soit par leur nom, soit par le logiciel utilisé. En 2024 effectivement, plus de 22 600 d'entre eux étaient répertoriés, dont plus de 95 % sans aucun lien avec le mouvement Wikimédia, en dehors du fait, peut-être, qu’ils utilisaient le logiciel MediaWiki développé par la Fondation Wikimédia.
WikiLeaks par exemple, créé par Julian Assange dans le but de publier des documents classifiés provenant de sources anonymes, n’est ni un projet Wikimédia, ni un site collaboratif. Quant au recueil universel et multilingue de guides illustrés WikiHow, si celui-ci fonctionne pour sa part de manière collaborative et avec le logiciel MediaWiki, il n'a pourtant aucun lien avec le mouvement Wikimédia. D'ailleurs, son ergonomie, radicalement différente de celle des projets Wikimédia, permet de le comprendre au premier coup d’œil.
En revanche, Wikimini, l'encyclopédie libre pour les enfants, a une apparence tout à fait comparable à celle des projets Wikimédia, alors que le projet n’a jamais été accepté par la Fondation. Quant aux projets WikiTribune et Fandom, l'ambiguïté qu'ils entretiennent avec le mouvement est d'autant plus grande qu'ils ont été créés par Jimmy Wales, le fondateur de Wikipédia et de la Fondation Wikimédia. Cependant, comme ce sont des projets commerciaux, ils ne peuvent en aucun cas être soutenus par une fondation sans but lucratif.
Au terme de cette présentation, il ne reste plus qu'à signaler que le mouvement Wikimédia ne fut conscientisé que tardivement par rapport à l'apparition des projets Wikimédia et de leurs différentes versions linguistiques. Pour qu'un sentiment de collectivité se manifeste entre tous ceux-ci, il fallut certainement attendre qu'une coordination se développe sur la plateforme Méta-Wiki, mais également que de nombreuses rencontres et associations apparaissent en dehors de l'espace numérique. En ce sens, la naissance du mouvement ne fut pas un événement ponctuel, mais plutôt la réalisation d’un long processus de conscientisation.
== Chapitre 8 : La conscientisation du mouvement ==
Avant d'aborder la question de la conscientisation du mouvement, il peut être intéressant de découvrir l'origine étymologique du mot « Wikimédia ». Celui-ci est un mot-valise composé du suffixe « média » et du préfixe « wiki » que l’on doit à cette expression hawaïenne « wiki wiki », qui se traduit en français par l'expression : « vite, vite ». Celle-ci fut récupérée une première fois par Ward Cunningham, le créateur du premier moteur Wiki, avant d'être réutilisée dans les noms inventés pour d'autres logiciels de cette même famille. UseModWiki en est un bel exemple, puisqu'il fut le premier programme utilisé par la firme Bomis pour héberger son projet d’encyclopédie collaborative. Raison pour laquelle, sans doute, le terme « wiki » fut utilisé pour créer le mot Wikipédia, en l'associant au suffixe « pedia » qui fait référence au mot anglais encyclopedia, selon un principe qui fut ensuite repris pour tous les autres projets du mouvement.
Le mot Wikimédia, pour sa part, n’est apparu que le seize mars 2003, lors d’une discussion concernant la déclinaison possible de l’encyclopédie en d’autres types de projets éditoriaux participatifs. Durant celle-ci, l’écrivain américain Sheldon Rampton eut l’idée d’associer au terme wiki à celui de « média », afin de mettre en évidence la variété des médias produits et partagés par Wikipédia et ses projets frères. Toutefois, c'est seulement en juin 2008 que Florence Devouard, présidente de la Fondation à cette époque, associe le mot Wikimédia à un mouvement social qu’elle voyait apparaître au sein des projets Wikimédia et de leurs communautés d'usagers.
Affirmer pour autant que ce moment précis coïncide avec la naissance du mouvement Wikimédia serait quelque peu arbitraire. Car si l’on peut déterminer plus ou moins facilement l’apparition d’une expression dans des archives, tout le monde sait qu’un mouvement social ne se forme pas en un seul instant. Dans le contexte du mouvement Wikimédia, sa naissance est bien sûr liée à celle du projet Wikipédia, mais également à tout ce qui permit la création de cette encyclopédie libre. Dans une autre perspective encore, on peut dater l'apparition du mouvement Wikimédia au 20 juin 2003, date de la création de la fondation qui porte le même nom. Ou pourquoi pas, associer la création du mouvement à la mise en ligne de la plate-forme Méta-Wiki, qui en représente le principal lieu de coordination.
Toujours est-il que l’expression « Wikimedia movement » est bien apparue en juin 2008, sous la plume de Florence Devouard. Cela s'est passé sur la liste de diffusion de la Fondation et peu de temps avant qu'elle quitte son poste de présidente. Dans son message, elle partageait l'idée de placer sous le nom de domaine Wikimedia.org un site vitrine de présentation du mouvement Wikimédia qu'elle concevait de la sorte.
Le mouvement Wikimédia, comme je l’entends est
– une collection de valeurs partagées par les individus (liberté d’expression, connaissance pour tous, partage communautaire, etc.)
– un ensemble d’activités (conférences, ateliers, wikiacadémies, etc.)
– un ensemble d’organisations (Wikimedia Foundation, Wikimedia Allemagne, Wikimedia Taïwan, etc.), ainsi que quelques électrons libres (individus sans chapitres) et des organisations aux vues similaires.
Avec autant de détails et d'explications, un tel message ne pouvait qu'accélérer la prise de conscience au sein du mouvement. Dans tous les cas, il mettait en évidence que les personnes actives dans les projets éditoriaux en ligne ou dans les organismes affiliés, faisaient partie de ce que Ralf Dahrendorf appelle un « quasi-groupe ». Ou autrement dit, un ensemble d’individus qui ont un mode de vie semblable, une culture commune, mais dont les points communs ne gravitent pas autour d’une prise de conscience de leur position commune dans la relation d’autorité.
Après la naissance de Wikipédia et de nombreux projets frères, une dizaine d’années a donc été nécessaire pour que le mouvement Wikimédia prenne conscience de son existence. Aujourd’hui encore, et comme cela a déjà été vu, de nombreuses personnes actives dans les projets pédagogiques ne réalisent toujours pas qu’elles participent aux activités d’un mouvement social. Cela, contrairement aux personnes investies dans les activités en présentiel organisées au sein du mouvement, qui sont généralement plus conscientes de leur engagement. C’est là une raison de croire que le développement de la Fondation Wikimédia et de ses organismes affiliés a joué un rôle important dans l'apparition d'un sentiment d’appartenance.
== Chapitre 9 : La création des organismes affiliés ==
Si c’est grâce à l’arrivée des groupes et des organismes affiliés à la Fondation Wikimédia que l’idée du mouvement est probablement apparue, il est alors intéressant d'en décrire les processus de création. Mais puisque cela représente plusieurs centaines d’instances spécifiques, regroupées en plusieurs catégories détaillées en seconde partie d'ouvrage, aborder ici l’histoire de chacune d’entre elles serait une entreprise beaucoup trop fastidieuse.
De plus, s’il existe énormément d’archives numériques concernant la naissance des sites Wikimédia, ce n’est pas le cas pour ces organismes affiliés. Un bon nombre de ceux-ci se sont effectivement formés durant des rencontres ou des réunions hors ligne qui n'ont fait l’objet d’aucun enregistrement. Du reste, une bonne part des échanges effectués au sein de ces associations s'organise par des canaux de communication privés auxquels seuls les membres actifs ont accès.
Puisque je suis l'un des membres fondateurs, je me limiterai donc ici à parler de l’association Wikimédia Belgique. Celle-ci fut fondée le huit octobre 2014 en tant qu’association sans but lucratif, avant d'être reconnue le six août 2015 par le conseil d’administration de la Fondation Wikimédia. Après plus de trois ans d’activités et de rencontres et sous l’impulsion de Maarten Deneckere qui assuma le premier mandat de présidence, nous étions 8 personnes à signer la première version des statuts de l’association.
Jusqu’à ce jour, l’objet social de Wikimedia Belgique est d' « impliquer tout un chacun dans la connaissance libre ». Contrairement à l'association Wikimédia Deutchland, la première à voir le jour en 2004 et qui rassemblait déjà en 2021 plus de 85 000 membres et près de 150 employés, l’association belge n'a qu'une seule employée à temps partiel et 150 membres en 2025.
Avant d’être reconnues par le comité d’affiliations chargé de seconder le conseil d’administration de la Fondation, toutes les associations nationales, dites « chapters » en anglais, et toutes les autres organisations affiliées doivent réaliser de nombreuses démarches. Celles-ci consistent à répondre à un ensemble de prérequis qui ont évolué suite à la création d'un comité décisionnel en avril 2006. Ces obligations diffèrent entre les groupes d’utilisateurs et d'utilisatrices et les associations locales ou thématiques. Parmi ceux-ci, on retrouve toutefois : un nombre minimum de membres et de référents, une mission et un règlement d’ordre intérieur conformes aux attentes du mouvement, la remise de plans et de rapports d’activités annuels, etc.
On comprend donc qu’il n’est pas évident de créer une nouvelle instance au sein du mouvement. Pour bénéficier du soutien logistique et financier de la Fondation réservé aux organismes affiliés, c’est ainsi toute une série de rapports qu’il faut alors transmettre à divers comités et commissions chargés de leurs évaluations. Cela représente une quantité de tâches administratives qu’il n’est pas toujours facile d’assumer, surtout lorsque les membres de l’organisme affilié sont tous des bénévoles. D’où sans doute cette régulière disparition d’affiliations, pendant que d’autres se créent ou réapparaissent en fonction des énergies et du dynamisme disponibles dans les équipes.
Les activités liées à la récolte et à la redistribution des dons offerts au mouvement, ainsi que les autorisations d’usage de marques déposées, contrastent donc avec les valeurs de libre partage et d’autonomie décrites dans les projets pédagogiques. Cela semble confirmer que la partie hors ligne du mouvement est plus influencée par les habitudes d’un système économique dominant, contrairement à la partie en ligne qui semble plus fidèle à l’héritage de la contre-culture.
== Chapitre 10 : L'héritage d'une contre-culture ==
Au terme de cette première partie d’ouvrage, il devient évident que la révolution numérique, que l’on considère généralement comme une révolution technique, fut aussi, et peut-être avant tout, une révolution sociale et culturelle. Quant à l'histoire de Wikimédia, reprise ici depuis les origines de son encyclopédie jusqu'à l'apparition de ses organismes affiliés, elle nous fit découvrir comment les idées de la contre-culture des années 1960 furent transmises au mouvement.
En cas de doute, observons encore que Richard Stallman, celui qui a créé les concepts de licence et d'encyclopédie libre, fut désigné par certains comme le gourou de la contre-culture hacker et le père du système d’exploitation hippie. Une culture hippie, dont il est aussi troublant de constater que le renversement de son logo ressemble étrangement à celui du mouvement Wikimédia.
Incontestablement et au travers du mouvement des logiciels libres, le mouvement Wikimédia a donc bien hérité des valeurs produites par les mouvements sociaux des années 1960. Des valeurs qui aujourd'hui contrastent fortement avec la marchandisation et la capitalisation du monde, dont l'espace web ne fait jamais que refléter ce qui se passe dans le reste de la société humaine. Or, ce phénomène ne date pas d'hier. En 2008 déjà, André Gorz, ce philosophe parmi les pères de la décroissance et théoricien de l’écologie politique, constatait déjà que :
La lutte engagée entre les "logiciels propriétaires" et les "logiciels libres" [...] a été le coup d’envoi du conflit central de l’époque. Il s’étend et se prolonge dans la lutte contre la marchandisation de richesses premières – la terre, les semences, le génome, les biens culturels, les savoirs et compétences communs, constitutifs de la culture du quotidien et qui sont les préalables de l’existence d’une société. De la tournure que prendra cette lutte dépend la forme civilisée ou barbare que prendra la sortie du capitalisme.
Dans cette lutte et avec le seul nom de domaine non commercial parmi le top 100 des sites les plus fréquentés du Web, la galaxie Wikimédia apparait donc comme un des derniers lieux numériques de liberté, de partage et d'égalité. Un lieu qui, de plus, est connu mondialement, grâce au succès des plus de 350 déclinaisons linguistiques de Wikipédia, et sans pour autant récolter d'informations sur l’identité et le comportement des internautes. Cela alors que cette pratique est considérée, par certains, comme un « nouvel or noir » pompé du Web, pendant que d’autres préfèrent parler de « capitalisme 3.0 » ou de « capitalisme de surveillance » .
Évidemment, les enjeux de cette lutte sont difficiles à comprendre. La complexité de l’infrastructure informatique, mais également le fait que tout cela s'inscrit dans une révolution que Rémy Rieffel décrit comme « instable et ambivalente, simultanément porteuse de promesse, et lourde de menaces », ne facilitent pas les choses. Cela d'autant plus que tout cela se place « dans un contexte où s’affrontent des valeurs d’émancipation, et d’ouverture d’un côté et des stratégies de contrôle et de domination de l’autre » .
En fait d’ambivalence, il est surprenant d'apprendre, par exemple, que Jimmy Wales, fondateur de Wikipédia et de la fondation Wikimédia, est un adepte de l’objectivisme, alors que cette philosophie voit le capitalisme comme un idéal de société et l’égoïsme rationnel, comme une morale. Puis, concernant l'instabilité du numérique, il y a ces appels répétés de Tim Berners-Lee au sujet de la « redécentralisation » et de la « régulation » d'un espace web qu'il avait conçu dans un esprit tout à fait opposé. Quant aux pionniers d'Internet, ils n'ont probablement pas imaginé que leur création permettrait un jour, à des milliards d’objets connectés, de rapporter, rien qu'en France et en 2021, plus de 2,6 milliards d’euros.
Quant à la question du contrôle et au-delà de ce qui est opéré par les firmes commerciales, c'est bien sûr du côté des États qu'il faut porter son attention. Face à un mouvement qui veut s’émanciper des contrôles, par moins de 18 pays ont déjà censuré Wikipédia et parfois même l'ensemble des projets frères. Ce fut le cas par exemple pour la Turquie, la Russie, l'Iran, mais également le Royaume-Uni, la France et l'Allemagne, et c'est même le cas de manière permanente en Chine, depuis 2004.
Dans certains cas, des procédures juridiques ont été utilisées pour intimider les membres du mouvement. C'est arrivé en France lorsque le directeur de l'association Wikimédia fut menacé de poursuites pénales par la Direction Centrale du Renseignement Intérieur, après un refus de supprimer un article qui traitait d’une station militaire dans Wikipédia. Par chance, ce qui s'est passé en France ne dépassa pas le stade de l'intimidation. En Biélorussie cependant, Mark Bernstein, un contributeur aux projets Wikimédia, fut condamné à quinze jours de prison ferme, assortis de trois ans d’assignation à résidence, pour des propos tenus au sujet de la guerre en Ukraine. Cela sans oublier qu'actuellement, ce sont les conservateurs à la tête des États-Unis qui « veulent la peau de Wikipédia » en cherchant à obtenir l'identité réelle de certains contributeurs.
Le contrôle et le non-respect de la vie privée font ainsi appel à la figure emblématique du lanceur ou de la lanceuse d'alerte, dont la posture contestataire fait penser à celle des personnes actives dans la contre-culture des années 1960. Parmi ceux-ci, on dit de Julian Assange, Edward Snowden et Chelsea Manning, qu'ils « ont perdu leur liberté pour défendre la nôtre ». De manière similaire, on pourrait donc aussi dire que les Wikimédiens Aaron Swartz, Bassel Khartabil, Pavel Pernikov, Ihor Kostenko et Mark Bernstein, se sont sacrifiés pour la liberté, le partage et la vérité.
Dans Wikimédia et comme ce fut expliqué dans l'introduction de cet ouvrage, une alerte peut prendre la forme d'un appel à commentaires en réaction à une décision ou une situation observée au sein du mouvement. C'est même là une pratique institutionnalisée, qui fait l'objet d'une procédure d'accompagnement et de suivi. Toutes ces alertes concernent les dérives de certains projets, mais également de certaines associations dont la proximité avec le système économique n'aide pas au respect des pratiques et des valeurs développées en ligne.
Dans ce qui apparait aux yeux de certains comme un « bazar libertaire », les choix et règles édictés dans la sphère hors ligne du mouvement ne plaisent pas toujours aux membres des communautés en ligne. Ce qui n'empêche toutefois pas les projets éditoriaux d'avoir leurs propres règles et des recommandations, ni de voir apparaitre, en 2020 et dans l'ensemble du mouvement, un code de conduite universel, qui détermine le « référentiel minimum des comportements acceptables et inacceptables ».
L'idéologie transmise à Wikimédia, décrite en partie par Steven Levy dans son ouvrage L’Éthique des hackers est donc plus subtile qu'un simple refus d'autorité. Dans un esprit de partage, d'ouverture, de transparence, de liberté, d'égalité et d'autonomie, c'est une structure très complexe, tout en étant cosmopolite et mondiale, que le mouvement réussit à mettre en place. Une organisation qui, finalement, apparait très inspirante dans la manière de faire communauté aujourd'hui, et au sein d'un monde toujours plus global et numérique.
[[Catégorie:Le mouvement Wikimédia (livre)]]
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Lionel Scheepmans
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'''LE MOUVEMENT WIKIMÉDIA'''
'''Dernier partage altruiste de la connaissance libre ?'''
De Lionel Scheepmans
Avec l'aide de la communauté Wikimédia
== Quatrième de couverture ==
Quel est ce seul acteur à but non lucratif présent dans le top 100 des sites les plus visités sur le Web ?
Comment incarne-t-il l’expression la plus visible des valeurs de liberté, d’égalité et de partage, héritées de la révolution numérique et des mouvements sociaux des années 1960 ?
Comment, à partir de Wikipédia et suite à la création d’une quinzaine de projets frères distribués en centaines de versions linguistiques, le mouvement social Wikimédia a imaginé un monde dans lequel le savoir se produit et se partage librement ?
Et comment, en toute autonomie, des dizaines de projets pédagogiques, édités par des millions de bénévoles, soutenus par une fondation et près de 200 associations et groupes locaux, produisent-ils la plus grande intelligence collective au monde ?
Avec de nombreux codes QR, cet ouvrage répond à ces questions, tout en permettant de mieux comprendre le monde global et numérique qui nous entoure.
Lionel Scheepmans est docteur en sciences politiques et sociales, militant de la culture libre et professeur d’anthropologie numérique. Il occupe plusieurs postes d’administrateur au sein du mouvement Wikimédia qu’il observe de manière participative depuis 2011. Ses travaux universitaires, du master à la thèse de doctorat, furent consacrés à l’organisation et aux enjeux de Wikipédia et du mouvement Wikimédia.
== Avant-propos ==
Pour offrir un confort de lecture sur papier sans perdre la puissance du numérique, des codes QR sont affichés tout au long de cet ouvrage. À l’aide d’une tablette ou d’un smartphone, ils offrent un accès direct à ce qui serait coûteux ou impossible à imprimer.
Par exemple, le code QR 1, affiché en fin de page, donne accès directement à la page web qui reprend l’intégralité de l’ouvrage. Une fois sur celle-ci, on peut alors visionner les illustrations en couleur ou les enregistrements qui s’y trouvent et consulter ensuite leurs pages de descriptions en cas de besoin. Cette version numérique comprend aussi de nombreux hyperliens pointant vers Wikipédia et d’autres sites du mouvement Wikimédia, où se trouvent des compléments d’informations et leurs mises à jour.
Pour économiser du papier lors de l’impression, la section regroupant les notes et les références de l’ouvrage n’est disponible qu’au format numérique, mais est directement accessible via le code QR 2 repris ci-dessous. Grâce aux indices de renvoi chiffrés et placés en exposant dans le texte imprimé, il est alors possible, au départ d'un smartphone ou d'une tablette, de retrouver les notes et les références en fonction de leur numérotation. Lorsque la référence correspond à une page web, un lien pointant vers le projet Internet Archive s’y trouve repris, pour garantir un accès aux archives des pages citées dans l’ouvrage, si jamais elles avaient disparu du web. Quant aux pages toujours existantes, elles restent accessibles via leurs hyperliens originels, pour consulter leurs éventuelles évolutions.
Étant donné que ce livre est produit sur une plateforme collaborative, tout le monde est invité à améliorer les prochaines versions. On peut le faire en corrigeant des fautes d’orthographe ou de syntaxe sur les pages web qui constituent les différents chapitres de l’ouvrage, ou encore en apportant des commentaires sur les pages de discussion qui leur sont associées. Cela peut se faire très simplement en cliquant sur « Modifier » , quand on est sur la page d'un chapitre, et sur « Ajouter un sujet » lorsque l'on est sur une page de discussion.
Une page de discussion générale est aussi accessible grâce au code QR 3. Elle permet de commenter le livre dans son ensemble, ou de poser une question à son sujet. Il suffit pour cela d’indiquer un titre dans le champ « Démarrer un nouveau sujet », d’écrire le contenu du message dans l’encadré situé juste en dessous, puis de cliquer sur le bouton « Ajouter un sujet de manière anonyme » pour publier son message.
Enfin, pour ceux qui voudraient agrémenter leur lecture d’un fond sonore relaxant et original, le code QR 4 donne accès à une page web qui diffuse une musique mélodieuse. Celle-ci est composée de sons spécifiquement produits chaque fois qu’une modification est apportée sur un projet Wikimédia, ou qu’un nouveau compte y est créé. Ce dispositif ingénieux offre ainsi aux lecteurs qui le souhaitent une ambiance sonore particulièrement confortable, ainsi qu’une nouvelle expérience immersive au sein du mouvement Wikimédia.
== Introduction : Wikimédia n’est pas Wikipédia ==
Depuis le succès initial de Wikipédia, une myriade de projets de partage des connaissances, d’organisations et de groupes de soutien ont émergé pour former ce qu’on appelle aujourd’hui le mouvement Wikimédia. Même si, à ce jour, l’encyclopédie libre reste l'activité phare du mouvement, il serait regrettable de réduire l’ensemble du mouvement à cet unique projet pédagogique. Malheureusement, il arrive bien trop souvent qu'une seule version linguistique de Wikipédia suffise pour cacher l’étendue de la forêt Wikimédia.
En réalité, Wikimédia représente un mouvement social, international et interculturel complexe, au sein duquel Wikipédia n’est qu’une composante parmi d’autres. Dans le cadre d'un mémoire de master, on peut ainsi fournir en quelques mois une ethnographie du projet Wikipédia en français. Alors que pour synthétiser les origines, l’organisation et les dynamiques globales du mouvement Wikimédia, une thèse de doctorat et cinq années de recul supplémentaires furent nécessaires.
À la fin de l'année 2025, l’ampleur numérique du mouvement est effectivement impressionnante. Chaque mois, des millions de modifications bénévoles sont effectuées sur plus de 500 millions de pages, réparties sur plus d’un millier de sites web, dont 358 seulement, correspondent aux versions linguistiques de Wikipédia. Ce qui prouve donc clairement que les activités en ligne portées par l'ensemble du mouvement Wikimédia dépassent largement ce qui se passe au sein de l’encyclopédie.
Il existe ainsi huit autres projets pédagogiques susceptibles d'atteindre un jour l'envergure et la notoriété de Wikipédia, avec un objectif et un fonctionnement spécifiques à chacun. De manière détaillée, Wikilivres crée des livres pédagogiques, Wikiversité rassemble des supports d'enseignement et des travaux de recherche, Wikinews fait du journalisme collaboratif, Wikivoyage développe un guide touristique, pendant que Wiktionnaire apporte des définitions des mots de toutes les langues et dans toutes les langues.
Contrairement à Wikipédia, tous ces projets ne sont pas soumis à une neutralité de point de vue, ni limités à l'usage de sources secondaires reconnues, au niveau de la rédaction des articles. La plupart d'entre eux acceptent aussi la publication de travaux de recherche ou de productions personnelles, alors que cela est tout à fait interdit dans Wikipédia.
Selon l'étymologie du mot encyclopédie, le but de Wikipédia est en effet de synthétiser ou, plus précisément, d'encercler le savoir humain déjà préexistant. Cette contrainte éditoriale limite donc les contributeurs et contributrices à l'usage de sources secondaires et tertiaires présentes dans des publications externes au projet. De ce fait, Wikipédia reproduit fatalement les biais systémiques, tels que les déséquilibres et les surreprésentations de genre et de culture, présents dans un monde de l'édition majoritairement occidental. Or, cette impasse éditoriale propre à Wikipédia n'existe pas dans les autres projets pédagogiques.
Comme ces projets frères, Wikipédia n'est pas non plus un projet complètement autonome des autres projets Wikimédia. L'encyclopédie compte en effet sur le projet Wikimedia Commons pour héberger l'ensemble de sa médiathèque. Elle utilise ensuite le contenu du projet Wikidata comme base de données structurée. Quant aux personnes qui produisent l'encyclopédie, elles peuvent aussi puiser leurs sources dans la bibliothèque Wikisource, ou se référer à des citations d'auteurs collectées dans le projet Wikiquote. Tout cela sans oublier que des dizaines de sites web traitent l'archivage permanent de Wikipédia et des autres projets Wikimédia, dans le but de fournir des analyses précieuses et totalement libres d’accès.
Enfin, il faut aussi garder à l'esprit qu'au-delà de tous ces sites web, le mouvement Wikimédia, c'est aussi de nombreuses institutions et organisations affiliées dispersées dans le monde. Autour de la Fondation Wikimédia chargée de la gestion et de l’organisation internationales, avec près de 650 salariés de nationalités diverses, se regroupent des centaines d'organisations satellites. Parmi celles-ci, on retrouve 2 associations thématiques, 40 associations locales, dont Wikimedia Deutschland qui regroupe plus de 170 employés, et finalement 141 groupes d’utilisateurs et utilisatrices.
Tout ce qui vient d'être exposé dans cette introduction justifie donc la nécessité de distinguer le mouvement Wikimédia du projet Wikipédia. Imaginons seulement que l’on se limite à citer Paris pour décrire et comprendre un pays aussi vaste que la France. Certes, Paris est une ville mondialement connue et qui compte plus de deux millions d’habitants et un patrimoine culturel impressionnant. Mais est-ce pour autant qu'il faudrait oublier les autres villes, villages et métropoles françaises ? Sans compter que la France regroupe aussi des départements et des territoires d’outre-mer et qu'elle entretient des relations et des partenariats internationaux qui dépassent de loin ce qui se passe entre Paris et le reste du monde. Ne pas confondre le mouvement Wikimédia avec le projet Wikipédia relève donc du bon sens.
En 2019 cependant, la Fondation Wikimédia a envisagé de se renommer en Fondation Wikipédia et de remplacer le terme « Wikimédia » par celui de « Wikipédia », partout où ce terme est utilisé dans la sphère hors ligne du mouvement. Le but était d’acquérir une plus grande visibilité et d’attirer des milliards de personnes, grâce au nom de marque Wikipédia, considéré comme l’un des plus connus au monde. Ce changement n’a toutefois pas été accepté par de nombreuses personnes actives au sein du mouvement Wikimédia. En janvier 2020, ces opposants ont ainsi créé une page d’appel à commentaires, qui fut le siège d’un long débat. À l’issue de ce dernier, 73 représentants d’organisations affiliées et 984 personnes ont signé une lettre ouverte adressée à la Fondation, qui comprenait le paragraphe suivant :
Depuis 20 ans, les bénévoles ont bâti la réputation de Wikipédia en tant que ressource indépendante et communautaire. Les projets du mouvement Wikimédia, dont Wikipédia, se développent autour de la décentralisation et du consensus. Il est essentiel d’établir des distinctions claires entre la Fondation Wikimédia, les affiliés et les contributeurs individuels. Tout changement qui affecte cet équilibre exige le consentement éclairé et la collaboration des communautés. Il est donc très préoccupant de voir « Wikipédia » présenté pour le nom de l’organisation et du mouvement malgré le mécontentement général de la communauté.
En s’opposant aux idées de la Fondation, ces membres de la communauté Wikimédia ont ainsi fait preuve de sagesse. De plus, ils ont signalé dans de nombreux commentaires que beaucoup de personnes connaissent le mouvement Wikimédia uniquement au travers de son encyclopédie. Il est même étonnant d'observer que la méconnaissance du mouvement existe au sein même de sa propre communauté. Comme exemple, on peut observer que l'article du projet Wikipédia en anglais consacré au mouvement Wikimédia ne s’est développé qu’à partir de 2016, tandis que ce même article dans la version francophone de l'encyclopédie n’est apparu qu’en 2019. Quant aux autres versions linguistiques, il est tout aussi étonnant de constater qu'en octobre 2025, seulement 39 d'entre elles sur un total de 358 possédaient un article dédié au mouvement Wikimédia.
Tous ces éléments justifient donc la nécessité d’offrir au monde une meilleure connaissance du mouvement Wikimédia et des nombreux projets et organisations qui contribuent à sa mission de partage du savoir. En ce sens, ce livre est une contribution importante aux défis stratégiques que doit relever le mouvement Wikimédia à l’approche de 2030. Car au-delà des résolutions prises pour développer de nouveaux processus participatifs et délibératifs concernant les questions de marque, c’est avant tout un travail d’information et de sensibilisation à destination du grand public qu'il reste à faire.
== Première partie : La naissance du mouvement Wikimédia ==
Il existe dans l'espace web une multitude d’archives permettant de retracer les événements qui ont conduit à la naissance du mouvement Wikimédia. Cette « préhistoire » du mouvement peut notamment être explorée grâce au réseau d’éducation populaire Framasoft, dont le site est apparu environ un an avant la création de la version francophone de Wikipédia. On trouve sur cette plateforme une mine d’informations concernant les logiciels libres et la culture libre. Deux épisodes majeurs de l’histoire de l’informatique et d’Internet, malheureusement méconnus du grand public.
Grâce à Framasoft et bien d’autres associations, il est possible de découvrir l’organisation et les motivations des millions de personnes qui participent au mouvement du logiciel libre. On y apprend que ce mouvement politique et social a été initié en 1983 par Richard Stallman, un programmeur du Massachusetts Institute of Technology (MIT), qui a eu l’idée d’offrir à chacun une alternative à la marchandisation du secteur informatique.
Cette philosophie de libre partage, concrétisée par le projet de Stallman, permit l’essor d’une organisation et d’une éthique de travail originales, développées au sein d’une sous-culture en vogue dans le milieu informatique depuis les années 1950. Celle-ci fut documentée dans de nombreux ouvrages, dont « L’éthique hacker », un livre remarquable, dans lequel le philosophe finlandais, Pekka Himanen, analyse en détail les origines de la culture hacker. Un simple extrait de sa quatrième de couverture, repris ci-dessous, permet d’appréhender la manière de penser de ces informaticiens, rejoints par Richard Stallman durant ses études universitaires, avant d'en devenir l’une des figures les plus charismatiques.
On considérait jusqu’à présent le « hacker » comme un voyou d’Internet, responsable d’actes de piratage et de vols de numéros de cartes bancaires. Le philosophe Pekka Himanen voit au contraire les hackers comme des citoyens modèles de l’ère de l’information. Il les considère comme les véritables moteurs d’une profonde mutation sociale. Leur éthique, leur rapport au travail, au temps ou à l’argent, sont fondés sur la passion, le plaisir ou le partage. Cette éthique est radicalement opposée à l’éthique protestante, telle qu’elle est définie par Max Weber, du travail comme devoir, comme valeur en soi, une morale qui domine encore le monde aujourd’hui.
En introduisant cette première partie d'ouvrage de la sorte, nous pouvons déjà comprendre que le mouvement Wikimédia plonge ses racines dans une transition culturelle remplie d’utopie. Une utopie qui s’oppose notamment à ce que l’historien et anthropologue Karl Polanyi désignait, en 1944 déjà, comme un libéralisme économique qui « subordonne les objectifs humains à la logique d’un mécanisme de marché impersonnel ». Étape par étape et en commençant par analyser cette utopie spécifiquement au niveau du mouvement Wikimédia, voyons maintenant ce qui s'est passé tout au long de cette révolution culturelle numérique.
=== Chapitre 1 : L'utopie Wikimédia ===
Au fil du temps, Wikipédia fut perçu comme une utopie en marche, puis comme une utopie réalisée, et finalement comme la dernière utopie collective du Web. Mais qu'en est-il de l'ensemble du mouvement Wikimédia ? Pour nous aider à comprendre ce qui se passe dans la dimension numérique de ce mouvement, voici une métaphore qui décrit un quartier établi au sein d'une ville, imaginée au départ de l'espace web ». Dans cette ville imaginaire, Internet représenterait le réseau routier, pendant que des serveurs informatiques feraient office de bâtiments, et que les pages web qu'ils hébergent, constitueraient les différentes pièces de ces édifices.
Le quartier Wikimédia rassemblerait ainsi plus d’un millier de bâtiments. Au sein de ceux-ci et à l’exception de quelques lieux administratifs, chaque pièce peut être visitée gratuitement, mais aussi modifiée au niveau de son contenu. On peut ainsi y ajouter de nouvelles choses, telles que du texte, des photos, des vidéos ou des documents sonores, et même changer ou supprimer ce qui a été créé ou modifié par d’autres. Tout cela, bien sûr, dans le but de rendre ces endroits plus esthétiques, ou plus authentiques et en tenant compte des différentes idées et des éventuelles oppositions de point de vue concernant les aménagements. Pour faciliter l'entente entre les personnes qui s'investissent dans les modifications, chaque pièce des bâtiments Wikimédia possède un espace annexe dédié à la discussion.
Dans la plupart des bâtiments Wikimédia, une personne malintentionnée peut même faire disparaitre tout le contenu d'une pièce. Néanmoins, dans la seconde qui suit, un robot remettra tout en place, avant de transmettre un message concernant le traitement du vandalisme. Lorsqu'une action plus discrète n'est pas détectée par un robot, c'est alors quelqu'un qui surveille la pièce qui prendra le relais pour annuler les changements malveillants et contacter la personne responsable. En cas de multirécidive, celle-ci peut se voir privée de sa capacité de modifier les pièces, soit dans le bâtiment vandalisé, soit dans tout le quartier quand cela se justifie. Après discussion, cette sanction sera mise en application par un administrateur ou une administratrice bénévole, choisi ou choisie par l'ensemble des autres bénévoles qui prennent soin des bâtiments.
On comprend donc que tout le monde peut enrichir, mais également surveiller et protéger les richesses partagées dans le quartier Wikimédia. Il suffit pour cela de rejoindre le mouvement en se créant un compte. Cela permet de profiter de nombreux outils, dont notamment un système qui envoie des notifications, dès qu'une pièce que l'on veut surveiller est modifiée.
Pour créer ce compte, pas besoin de fournir une adresse ou un numéro de téléphone. Les seules informations personnelles indispensables au bon fonctionnement du quartier Wikimédia sont les adresses IP des visiteurs. Lors des visites et contrairement à ce qui se passe dans les quartiers commerciaux de la grande ville numérique, tels que les GAFAM, NATU, BATX, le quartier Wikimédia ne récolte et ne vend aucune donnée à des fins d'exploitation.
Même les adresses IP enregistrées par le système ne sont pas visibles par les autres visiteurs. Elles sont remplacées par les noms et les pseudonymes fournis lors de la création des comptes, ou masquées par des comptes temporaires pour les modifications faites par des personnes non connectées. Seules quelques personnes accréditées par la communauté pour effectuer des contrôles d’usurpation d’identité ont accès à ces informations. C’est là une précaution nécessaire au bon déroulement des votes qui succèdent parfois aux recherches de consensus concernant l'aménagement du quartier Wikimédia.
Dans cette ville numérique que constituerait l'espace web, Wikimédia apparait ainsi comme le plus grand quartier dédié au partage de la connaissance. Tout d'abord, il y a les plus de 350 bâtiments Wikipédia, chacun dédié à une version linguistique de l'encyclopédie. Puis, toujours séparés en versions linguistiques, on trouve ensuite les bibliothèques Wikilivres et Wikisource, les bâtiments lexicaux multilingues Wiktionnaire, le centre journalistique Wikinews, le centre pédagogique et de recherche Wikiversité, le centre d'informations touristique Wikivoyage, le répertoire des êtres vivants Wikispecies et enfin l'institut des citations d’auteurs Wikiquote. Cela sans oublier le musée médiatique Wikimedia Commons et la banque Wikidata, reconnue comme étant la plus grande banque d’informations structurées au monde. Deux bâtiments dont l'une des fonctions principales communes est d’enrichir les pièces situées dans les autres buildings du quartier Wikimédia.
Dans tous ces immeubles, il arrive souvent que plus de la moitié des étages soient uniquement attribués à l'organisation des activités qui s'y déroulent. Chaque bâtiment peut aussi compter sur le soutien d'autres édifices tels que MediaWiki, Wikitech, Phabricator, qui sont trois lieux entièrement dédiés aux maintenances techniques sur l'ensemble du quartier. Concernant les aspects administratifs, c'est dans le bâtiment Méta-Wiki que s'opère la gouvernance générale du quartier, alors que les courriers adressés à ce dernier sont traités en première ligne dans le bâtiment Wikimedia VRT. À la suite de quoi, il ne reste plus qu'à citer le bâtiment Wikimedia Outreach, pour des initiatives de sensibilisation, et le bâtiment du journal Diff Wikimedia, comme lieu de publication d'actualités sur le mouvement.
En dehors de certains aspects techniques, tous ces bâtiments sont exclusivement régis par des communautés bénévoles, qui sont toujours prêtes à accueillir de nouveaux membres. Les seuls immeubles du quartier qui diffèrent de ce principe sont les bâtiments vitrines de la Fondation Wikimédia et des autres associations Wikimédia qui engagent du personnel. Quant au bâtiment du conseil d'administration de la Fondation, des raisons officielles justifient le fait que la modification de ses pièces est réservée à ces membres et aux employés qui les soutiennent.
Face à tant d'utopies, il devient légitime de vouloir comprendre comment tout cela fut rendu possible. Or, pour répondre à cette question, il faut alors parcourir tout un pan de l'histoire de la révolution numérique, depuis la contre-culture des années 1960 jusqu'à nos jours. On y découvre que les pionniers du réseau Internet étaient des chercheurs et étudiants en informatique, fortement influencés par de nouvelles idéologies, telles que celles qui furent à la source des évènements de mai 68 en France. C'est donc de là que naîtra la philosophie de partage, de liberté, de décentralisation et ce mode d’organisation tout à fait spécifique, que l'on observe aujourd'hui au sein du mouvement Wikimédia.
Il y eut tout d'abord la création d'Internet, comme réseau mondial de communication en libre accès, puis le développement du World Wide Web, qui a grandement facilité les interactions humaines à l’échelle planétaire. Par la suite, ce fut l'arrivée du Web 2.0, caractérisé par l'apparition de nouveaux sites web directement modifiables à l'aide d’un simple navigateur. Or, parmi ceux-ci se trouvent les moteurs de Wiki, dont le plus puissant d’entre eux, MediaWiki, est un logiciel libre développé par la Fondation Wikimédia. Le moment est donc venu d'en savoir plus sur ce type de programme informatique, ainsi que sur le mouvement du logiciel libre, qui a fortement influencé la philosophie et les valeurs véhiculées au sein du mouvement Wikimédia.
=== Chapitre 2 : Le mouvement du logiciel libre ===
L’un des premiers épisodes de la préhistoire de Wikipédia et du mouvement Wikimédia débuta en septembre 1983, lorsqu’un programmeur du Massachusetts Institute of Technology, appelé Richard Stallman, déposa un message sur la liste de diffusion net.unix-wizards. C’était un appel d’aide pour la création de GNU, un nouveau système d’exploitation qui devait réunir une suite de programmes que tout le monde pourrait utiliser librement sur son ordinateur personnel. Dans son message transmis via ARPANET, le premier réseau informatique à grande échelle qui précéda Internet, Stallman s’exprimait de la sorte :
Je considère comme une règle d’or que si j’apprécie un programme je dois le partager avec d’autres personnes qui l’apprécient. Je ne peux pas en bonne conscience signer un accord de non-divulgation ni un accord de licence de logiciel. Afin de pouvoir continuer à utiliser les ordinateurs sans violer mes principes, j’ai décidé de rassembler une quantité suffisante de logiciels libres, de manière à pouvoir m’en tirer sans aucun logiciel qui ne soit pas libre.
Le projet de Stallman, qui reçut le soutien nécessaire à son accomplissement, marqua ainsi le début de l’histoire du logiciel libre. Quant à la quantité d’aide fournie, elle permet de croire que Richard Stallman n’était pas seul à voir l’arrivée des logiciels propriétaires d’un mauvais œil. Car pour les membres du projet GNU et du mouvement du logiciel libre en général, un bon programme informatique doit respecter ces quatre libertés fondamentales :
1. La liberté d’exécuter le programme, pour tous les usages.
2. La liberté d’étudier le fonctionnement du programme, et de l’adapter à vos besoins.
3. La liberté de redistribuer des copies, donc d’aider votre voisin.
4. La liberté d’améliorer le programme, et de publier vos améliorations, pour en faire profiter toute la communauté.
Lors de l'apparition du logiciel libre, le marché de l’informatique était de fait en pleine mutation. L'habituel partage des codes informatiques entre les rares étudiants ou chercheurs qui bénéficiaient d’un accès à un ordinateur faisait l'objet d'une remise en question. Ce changement faisait notamment suite au Copyright Act de 1976, une nouvelle loi qui autorisait l'application d'un droit d'auteur sur le code informatique, et donc qui permettait d'en interdire le partage ou la réutilisation sans autorisation. Des clauses de confidentialité ont ainsi fait leur apparition, pendant que les employés des firmes informatiques étaient nouvellement soumis à des contrats de confidentialité. C'était la fin de l’entraide et de la solidarité pratiquées chez les pionniers de l’informatique. À sa place s'installaient la concurrence et la compétitivité, bien connues dans le système capitaliste marchand.
Cette mutation coïncidait avec l’arrivée des premiers ordinateurs de taille réduite. Grâce à l’apparition des premiers circuits intégrés, les premiers exemplaires avaient en effet été créés par l’industrie aérospatiale au début des années 1960. Cependant, il fallut attendre le début des années 1980 pour que le prix d’un ordinateur soit suffisamment bas pour en faire un bien de grande consommation.
C’est ainsi qu’en 1982, le Commodore 64 entrait dans le livre Guinness des records, avec plus de 17 millions d’exemplaires vendus dans le monde. Juste avant cela, en 1981, l’IBM Personal Computer avait déjà fait son apparition, en proposant une architecture ouverte qui allait servir de modèle pour toute une gamme d’ordinateurs que l’on désigne toujours aujourd’hui par l’acronyme « PC ».
Pour faire fonctionner ses nouveaux modèles d'ordinateurs, la société IBM avait confié à l’entreprise Microsoft, créée en 1975, la mission de les équiper d’un système d’exploitation. Le contrat signé entre les deux firmes fut une véritable aubaine pour le fournisseur des programmes informatiques. Car sans s'en apercevoir, et sans jamais anticiper que son matériel serait cloné à grande échelle, celle-ci avait en effet permis à Microsoft d'établir un monopole dans la vente de logiciels. Cela fut condamné pour abus de position dominante et vente liée du logiciel avec le matériel informatique, mais sans pour autant empêcher Bill Gates, le principal actionnaire de Microsoft, d'être l'homme le plus riche du monde en 1994.
Toutefois, pendant que Microsoft renforçait sa position dominante, un nouvel événement majeur allait marquer l’histoire du logiciel libre. Celui-ci fut de nouveau déclenché par un appel à contribution, qui fut cette fois posté le vingt-cinq août 1991 par un jeune étudiant en informatique de 21 ans, appelé Linus Torvalds. Via le système de messagerie Usenet, sa demande avait été postée dans une liste de diffusion consacrée au système d’exploitation Minix, une sorte d’UNIX simplifié et développé dans un but didactique, par le programmeur Andrew Tanenbaum.
Loin d’imaginer que cela ferait de lui une nouvelle célébrité dans le monde du Libre, Torvalds entama son message par le paragraphe suivant :
Je fais un système d’exploitation (gratuit) (juste un hobby, ne sera pas grand et professionnel comme gnu) pour les clones 386 (486) AT. Ce projet est en cours depuis avril et commence à se préparer. J’aimerais avoir un retour sur ce que les gens aiment ou n’aiment pas dans minix, car mon système d’exploitation lui ressemble un peu (même disposition physique du système de fichiers (pour des raisons pratiques) entre autres choses).
Bien qu’il fût présenté comme un passe-temps, le projet qui répondait au nom de « Linux », fut rapidement soutenu par des milliers de programmeurs du monde entier, avant de devenir la pièce manquante du projet GNU. En effet, les contributeurs au projet de Stallman n’avaient pas encore terminé l’écriture du code informatique du noyau Hurd, alors qu'il était censé établir la communication entre la suite logicielle produite par GNU et le matériel informatique. C'est donc la fusion des codes produits par les projets GNU et Linux qui permit la création du premier système complet, stable et entièrement libre baptisé GNU/Linux.
Au départ de ce nouveau système informatique, de nombreuses variantes, que l’on nomme communément « distributions », furent créées par des programmeurs de tous horizons. L’une de celles-ci s’intitule Debian et tire sa réputation d'être simultanément libre, gratuite, très fiable et produite par une communauté sans lien direct avec une société commerciale. Quatre qualités qui expliquent pourquoi, Debian sert de base à plus de 150 distributions dérivées, et que de nombreuses organisations l'utilisent, comme le fait la Fondation Wikimédia sur les serveurs qui hébergent les projets qu'elle supporte.
Grâce à la naissance des logiciels libres, le mouvement Wikimédia a donc la possibilité de faire tourner ses serveurs informatiques, avec un système d’exploitation fiable, libre et gratuit. Comme son code source est ouvert, cela permet aussi à la Fondation Wikimédia de le modifier pour répondre aux besoins spécifiques du mouvement. À la suite de quoi, et selon les règles formulées par la communauté du logiciel libre, les modifications faites par la Fondation deviennent à leur tour, gratuitement et librement, utilisables par d’autres personnes ou organismes.
À ce premier héritage reçu par le mouvement Wikimédia et toujours en provenance des logiciels libres, s’ajoute une innovation méthodologique. Dans son article La Cathédrale et le Bazar, Eric Raymond mobilise en effet le terme « cathédrale » pour désigner le mode de production des logiciels propriétaires, en opposition au mot « bazar », qu'il utilise pour qualifier le mode de développement des logiciels libres. D’un côté, il décrit une organisation pyramidale, rigide et statutairement hiérarchisée, comme on peut la voir souvent au sein des entreprises. Tandis que de l’autre, il parle d’une organisation horizontale, flexible et peu hiérarchisée, qu’il a lui-même expérimentée en adoptant le style de développement de Linus Torvalds, à savoir : « distribuez vite et souvent, déléguez tout ce que vous pouvez déléguer, soyez ouvert jusqu’à la promiscuité ».
À l’instar de la métaphore du quartier numérique présentée dans le précédent chapitre, cette manière de décrire les projets open source nous aide donc ici à mieux comprendre ce qui se passe dans le mouvement Wikimédia. D'un côté, on retrouve effectivement cette « ouverture jusqu’à la promiscuité », dans le libre accès accordé aux projets Wikimédia, alors que de l'autre, tout le monde peut participer aux projets Wikimédia, qu'ils soient en ligne ou hors ligne.
Ces deux observations corroborent donc l’existence d’un deuxième héritage en provenance du mouvement du logiciel libre. Néanmoins, il nous reste encore à découvrir un phénomène négligé par Eric Raymond durant ses observations, et qui pourtant, a considérablement influencé l'histoire de la révolution numérique. Il s’agit de l’apparition de la licence libre, de la philosophie qu'elle sous-tend, et du mouvement de la culture libre, dont elle fut à l’origine.
=== Chapitre 3 : Les licences et la culture libres ===
Dans une biographie autorisée, Christophe Masutti explique à quel point la création de la Licence publique générale GNU, en tant que première licence libre créée par Richard Stallman, représente un épisode majeur de la révolution numérique. Selon lui :
La GPL apparaît comme l’un des meilleurs hacks de Stallman. Elle a créé un système de propriété collective à l’intérieur même des habituels murs du copyright. Surtout, elle a mis en lumière la possibilité de traiter de façon similaire « code » juridique et code logiciel.
Le concept de distribution associé à ce nouveau type de licence fut baptisé « copyleft », par inspiration d’un jeu de mots que Richard Stallman avait trouvé dans un courrier transmis par son collègue Don Hopkins. Le principe novateur de ce concept est d'obliger toute production de code dérivé à se soumettre à la même licence libre que le code d’origine. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle beaucoup de gens parlent de licence « virale » ou « récursive » en faisant référence à celle-ci. Quant à l'importance de cette clause, elle repose sur le fait d'interdire toute privatisation d'un code informatique produit sous licence libre. Sans celle-ci, un tel code risque en effet d'être récupéré, puis modifié, avant d’être placé sous un habituel copyright de type « tous droits réservés », dans le but de commercialiser son usage.
En 2001 et dans la mouvance provoquée par l'arrivée des premières licences libres, une organisation internationale sans but lucratif, intitulée Creative Commons, a entamé la promotion du « partage et la réutilisation de la créativité et des connaissances grâce à la fourniture d’outils juridiques gratuits ». Pour ce faire, elle met régulièrement à jour une panoplie de licences inspirées par la GNU, mais spécialement adaptées aux œuvres de l'esprit, telles que les productions littéraires, musicales, photographiques et vidéo, ainsi que les bases de données.
Contrairement aux licences libres fournies par la Free Software Foundation, conçues pour protéger du code informatique, les licences produites par Creative Commons offrent la possibilité de sélectionner différentes clauses pour protéger une œuvre libre. Avec le label CC, pour Creative Commons, on peut ainsi appliquer, ou ne pas appliquer, la clause « BY », qui oblige à créditer l'auteur, et la clause « SA », pour Share Alike, qui ordonne le partage à l’identique comme décrit précédemment. Après quoi il est encore possible d'ajouter la clause « NC », qui impose un usage non commercial, et finalement, la clause « ND », pour Non Derivative, qui exige que l’œuvre soit utilisée ou reproduite dans son intégralité et sans modification.
Le mouvement Wikimédia a choisi la licence CC.BY-SA pour protéger les contenus publiés dans tous ses projets. Cela à l'exception de la banque de données Wikidata, qui au même titre que les descriptions apportées aux fichiers téléchargés dans la médiathèque Wikimedia Commons, publie ses informations structurées sous licence CC0. Cette dernière licence proposée par creative commons est ce qui se rapproche le plus du domaine public, avec pour avantage de ne pas devoir mentionner les auteurs dans le traitement et la réutilisation du contenu de la base de données.
Cependant, il en résulte que les informations en question peuvent être réutilisées par des tiers qui ne sont plus obligés de citer leurs sources, comme le font les agents conversationnels des intelligences artificielles génératives, appelés couramment chatbots. Contrairement à la licence CC.BY-SA, la licence CC0 est donc moins apte à pérenniser les projets Wikimédia, puisqu'elle permet d'invisibiliser ces derniers au risque de réduire les chances d'arrivée de nouveaux contributeurs et contributrices. De plus, sans la clause SA qui assure l'application du copyleft, toutes les informations récupérées au sein de Wikidata et de Wikimedia Commons sont aussi susceptibles de quitter le monde du libre, une fois traitées par des entreprises commerciales.
Quoi qu’il en soit, les licences Creative Commons, inspirées par la licence libre de Richard Stallman, apparaissent finalement comme un troisième héritage en provenance du mouvement du logiciel libre et de la culture libre qui en est issue. Grâce à la licence CC.BY-SA, les éditeurs des projets Wikimédia bénéficient effectivement d'une certaine reconnaissance, tout en étant assurés qu'aucun copyright sur leurs travaux ne puisse profiter exclusivement à une personne ou une compagnie. Cela pendant que la licence libre appliquée au système d'exploitation installé sur les serveurs Wikimédia garantit, pour sa part, un certain respect des contributeurs, puisqu'elle permet de vérifier si le code informatique ne compromet pas leurs vies privées.
Avec tous les autres apports en provenance du logiciel libre, ce sont là deux choses importantes qui ont permis l'apparition du mouvement Wikimédia. Toutefois, cela ne pouvait pas suffire à la création du projet Wikipédia qui en fut le point de départ. Car sans l'espace numérique, mondial et libre d’accès, créé par Internet et l'espace web, aucune encyclopédie collaborative de cette envergure n'aurait pu voir le jour.
=== Chapitre 4 : Le réseau Internet ===
L’histoire du réseau Internet constitue un nouvel épisode captivant de la révolution numérique, sans lequel le mouvement Wikimédia n’aurait jamais pu émerger. D’un point de vue purement technique, ce réseau informatique a été mis au point dans les années 1970, avant l’adoption généralisée du protocole TCP/IP, toujours en usage à ce jour. Ce dernier fut inventé par Vint Cerf et Robert Elliot Kahn, quand ils travaillaient pour la Defense Advanced Research Projects Agency, rattachée au département de la Défense américaine. L'une des premières présentations de leur projet fut, entre autres, réalisée lors d’une conférence organisée par l’International Network Working Group, une instance créée pour assurer la gouvernance mondiale du réseau informatique.
Sur base de ces informations, on peut penser qu’Internet a été créé par des militaires. Cependant, Une contre-histoire de l’Internet, nous révèle que les créateurs et les premiers utilisateurs d’ARPANET, considéré comme l’ancêtre d’Internet, étaient davantage des étudiants hippies et amateurs de LSD, que des militaires bien drillés. D’ailleurs, avant la standardisation du protocole TCP/IP, ARPANET fonctionnait depuis plus d’un an avec un autre protocole de transition intitulé Network Control Program. Or, celui-ci avait été mis au point, en février 1969, par le Network Working Group, un groupe informel d’étudiants rassemblés autour de Steve Crocker, lorsqu’il ne détenait encore qu’une simple licence.
Bien que rarement cité dans l’histoire d’Internet, ce groupe a pourtant mis en place la procédure RFC, pour Request For Comments, reconnue comme « l’un des symboles forts de la "culture technique" de l’Internet, marquée par l’égalitarisme, l’autogestion et la recherche collective de l’efficience ». Soit trois principes et une procédure, qui aujourd’hui encore sont appliqués sur le site Méta-Wiki, dans lequel s'organise la gestion communautaire du mouvement Wikimédia. Cela alors qu'au sein des projets pédagogiques, d’autres processus similaires de recherche de consensus ont fait leur apparition.
Il faut ensuite savoir que les liens entre ARPANET et l’armée ont disparu avec l’apparition du MILNET, un réseau entièrement dédié aux activités militaires, rebaptisé NIPRNet, pour Non-classified Internet Protocol Router Network, en 1990. Après une séparation définitive en 1983, précisément l’année où Richard Stallman postait sa demande d’aide pour le projet GNU, le réseau ARPANET resta uniquement dédié à la recherche et au développement. À cette époque, le réseau ne comprenait pas plus de 600 machines connectées, ce qui n'a donc rien de comparable avec ce vaste réseau informatique mondial que nous connaissons aujourd’hui, et qui fut fortement développé au cours des années 1990.
Pour en assurer l’entretien technique, une organisation non gouvernementale, a été créée en 1992, sous l'appellation d’Internet Society. Celle-ci devait aussi veiller au respect des valeurs fondamentales liées au bon fonctionnement du réseau. Car avant d'atteindre des milliards d’appareils connectés, il a d’abord fallu réglementer les nombreuses dorsales internet intercontinentales, sans lesquelles la transmission du protocole TCP/IP partout dans le monde n'aurait pas été possible.
Pour en revenir à l’état d’esprit des créateurs d'Internet, un article intitulé Quarante ans après : mais qui donc créa l’internet ? apporte un éclairage particulièrement intéressant au sujet des liens que l'on peut établir entre le mouvement Wikimédia et l'histoire d'Internet. Dans son témoignage, Michel Elie, cet ingénieur en informatique, membre du Network Working Group cité précédemment, et responsable de l’Observatoire des Usages de l’Internet, nous explique effectivement ceci.
Le succès de l’internet, nous le devons aux bons choix initiaux et à la dynamique qui en est résultée : la collaboration de dizaines de milliers d’étudiants, ou de bénévoles apportant leur expertise, tels par exemple ces centaines de personnes qui enrichissent continuellement des encyclopédies en ligne telles que Wikipédia.
Au courant des années 1990, le milieu informatique universitaire semblait donc toujours fortement imprégné des idéaux de la contre-culture des années 1960, produit par les baby boomers dans le contexte de la guerre du Vietnam. Afin d'illustrer les idées véhiculées à cette époque, voici un paragraphe extrait d'un ouvrage publié en 1970 et intitulé Vers une contre-culture : Réflexions sur la société technocratique et l’opposition de la jeunesse. Dans celui-ci, Théodore Roszak explique que :
Le projet essentiel de notre contre-culture : proclamer un nouveau ciel et une nouvelle terre, si vastes, si merveilleux que les prétentions démesurées de la technique soient réduites à n’occuper dans la vie humaine qu’une place inférieure et marginale. Créer et répandre une telle conception de la vie n’implique rien de moins que l’acceptation de nous ouvrir à l’imagination visionnaire. Nous devons être prêts à soutenir ce qu’affirment des personnes telles que Blake, à savoir que certains yeux ne voient pas le monde comme le voient le regard banal ou l’œil scientifique, mais le voient transformé, dans une lumière éclatante et, ce faisant, le voient tel qu’il est vraiment.
À la suite de cette lecture, il peut sembler paradoxal de penser qu’une contre-culture, voyant la technique comme « inférieure » et assimilant la science au « banal », puisse avoir un lien avec le milieu scientifique universitaire qui fut à l'origine d'Internet. Cependant, une réponse à cette énigme fut apportée par Fred Turner, par la publication de son livre intitulé : « Aux sources de l’utopie numérique : De la contre-culture à la cyberculture, Stewart Brand, un homme d’influence ».
Grâce à cet ouvrage, on découvre en effet que le mouvement Hippie utilisera tout ce qui était à sa disposition à l’époque pour parvenir à ses fins : LSD, spiritualités alternatives, mais également, objets technologiques les plus en pointe. Cela grâce notamment à l’influence de Steward Brand, le créateur d'un catalogue interactif, qui peut être considéré comme l'ancêtre analogique des groupes de discussions numériques apparus des années plus tard.
Comme autre indication, il y a ensuite les propos tenus en 1992, lors d’une plénière de la 24ᵉ réunion du groupe de travail sur l’ingénierie Internet, par David D. Clark, un autre pionnier d’Internet. Durant cette rencontre, ce chef de projet prononça des paroles restées dans les annales. « Nous récusons rois, présidents et votes. Nous croyons au consensus et aux programmes qui tournent ». Deux phrases seulement, mais qui, dans le cadre du milieu informatique, permettent de croire que le mépris de la contre-culture envers la technique et la science, s'est transformé en un refus d’autorité et une recherche de consensus.
Dans tous les cas, le développement du réseau Internet ne s'est pas fait sans conflits idéologiques importants. On peut d'ailleurs se demander aujourd'hui à quoi ressemblerait Internet s'il n'avait jamais été commercialisé. Cela s'est passé en novembre 1994, lorsque l’association sans but lucratif Advanced Network and Services, chargée de gérer les accès à Internet, a fait le choix de vendre ses activités. Cette décision faisait suite à un appel à des fonds privés pour financer d'importants changements dans l'infrastructure du réseau. Profitant de l'occasion, la société commerciale America Online a ainsi repris à son compte la gestion des connexions à Internet, après avoir effectué un versement de 35 millions de dollars.
Trente ans plus tard, Internet est devenu ce réseau que nous expérimentons aujourd'hui, à savoir : un réseau dominé par des sociétés privées les plus riches au monde. Dans ce contexte et parmi les 100 sites web les plus visités au monde, seul le nom de domaine Wikipédia appartient à une organisation non lucrative. Cela explique donc pourquoi le mouvement Wikimédia, via son encyclopédie et la fondation qui l'héberge, représente à ce jour, et dans l'espace web, l'expression la plus visible de la philosophie des pionniers d’Internet.
Plus qu'un héritage, cette situation peut être vue comme une mission perpétuée au sein d'un espace envahi par une culture marchande et capitaliste. C'est là une information importante qu'il faut retenir au sujet du mouvement Wikimédia. Elle ne clôture pas pour autant tout ce qu'il faut savoir au sujet des évènements qui ont permis la création d’une encyclopédie mondiale, libre et collaborative. Mais en revanche, elle nous invite à découvrir l'histoire du World Wide Web, un espace numérique sans lequel la création de Wikipédia n'aurait jamais été possible.
=== Chapitre 5 : Le World Wide Web ===
Maintenant que le lien entre la création d'Internet et le mouvement Wikimédia est établi, découvrons à présent l'application la plus connue du réseau, que l'on nomme le World Wide Web, ou plus simplement « Web ». C'est Tim Berners-Lee qui en fut l’inventeur, lorsqu’il était encore actif à l'Organisation européenne pour la recherche nucléaire. Il avait pour idée de créer un espace d’échange public par l’intermédiaire d'Internet, et pour y parvenir, il mit au point le logiciel « WorldWideWeb », rebaptisé Nexus pour éviter toute confusion avec le World Wide Web.
Grâce à un système d’indexation appelé hypertexte, ce programme informatique a permis de produire et de connecter des espaces numériques intitulés sites Web. Ceux-ci sont composés de pages web, hébergées sur des ordinateurs distants, mais connectés entre eux au travers du réseau Internet. Pour permettre ce type de connexion, Berners-Lee mit au point le Hypertext Transfer Protocol ou HTTP, un nouveau protocole de communication simple en soi, mais dont la mise en œuvre technique est compliquée.
Pour veiller au bon fonctionnement et au bon usage de l'espace web, des règles de standardisation ont tout d'abord été édictées par l’association Internet Society. Après quoi, Berners-Lee fonda le W3C, un consortium international dont la devise est : « un seul Web partout et pour tous ». Si ce slogan nous apparaît très naturel aujourd’hui, il faut toutefois savoir que l'espace Web a bien failli être régi séparément par des acteurs commerciaux, avec tous les droits d'accès que cela aurait pu engendrer.
À partir du trente avril 1993, jour du dépôt du logiciel WorldWideWeb dans le domaine public par Robert Cailliau, un collègue de Berners-Lee chargé de la promotion de son projet, un tel scénario était en effet possible. Sauf qu'après le départ de Berners-Lee, devenu président du W3C, François Flückiger, qui avait repris son poste au sein du CERN, eut la présence d'esprit de réagir à temps. Selon le livre Alexandria qui parcourt l'histoire de Robert Caillau, voici ce qui aurait pu se passer si le code de l’éditeur HTML n'avait finalement pas été placé sous licence libre.
La philanthropie de Robert, c’est très sympa, mais ça expose le Web à d’horribles dangers. Une entreprise pourrait s’emparer du code source, corriger un minuscule bug, s’approprier le « nouveau » logiciel et enfin faire payer une licence à ses utilisateurs. L’ogre Microsoft, par exemple, serait du genre à flairer le bon plan pour écraser son ennemi Macintosh. Les détenteurs d’un PC devraient alors débourser un certain montant pour profiter des fonctionnalités du Web copyrighté Microsoft. Les détenteurs d’un Macintosh, eux, navigueraient sur un Web de plus en plus éloigné de celui vendu par Bill Gates, d’abord gratuit peut-être, avant d’être soumis lui aussi à une licence.
Face à un tel scénario, nous découvrons de nouveau à quel point le concept de licence libre a fondamentalement changé le cours de la révolution numérique. Sans cela, nos expériences et nos usages de l'espace numérique auraient été totalement différents. L'utopie Wikipédia, par exemple, n'aurait certainement pas vu le jour, en raison de l'éclatement des espaces numériques et des coûts d'accès auxquels seraient confrontés les bénévoles qui ont construit le projet. Quoi qu'il en soit, et au niveau technique, une fois l'espace web apparu, il ne manquait plus qu'une chose pour permettre la création d'une encyclopédie collaborative au format numérique.
=== Chapitre 6 : Les plateformes Wiki ===
Un wiki, ou un moteur de wiki, est un logiciel que l'on installe sur un serveur informatique pour permettre la création d’un site web éditable et configurable à l’aide d’un simple navigateur. Plus précisément, c’est un système de gestion de contenu, dans lequel le code HTML, CSS, JavaScript et Lua, ainsi que certains paramètres, peuvent être modifiés par tous les internautes. Cela peut se faire en se connectant à un compte utilisateur, afin de bénéficier des droits de modification et d’administration qui lui sont accordés, ou en utilisant la configuration attribuée par défaut aux personnes non connectées.
Sur les pages web d'un wiki, chaque modification provoque un nouvel enregistrement complet du code source qui la compose. De la sorte, il est toujours possible, à partir d’une page reprenant l’historique des modifications, de rétablir l'une de ses anciennes versions. Grâce à ce système, on peut ainsi savoir quelle personne, ou quelle adresse IP est à l’origine d’un changement, et même voir l’endroit où la modification a été faite, et à quel moment celle-ci a été réalisée.
Le premier logiciel Wiki, qui portait le nom de WikiWikiWeb, a été créé et placé sous licence libre GPL par Ward Cunningham en mars 1995. Grâce à la licence, d’autres programmes wiki ont vu le jour en copiant ou s’inspirant du code source de WikiWikiWeb, ou des autres projets wiki qui l'avaient fait auparavant. Cette émulation récursive, qui donna naissance à toute une panoplie de projets wiki, est donc à nouveau une belle illustration des retombées positives que peut susciter l'application d'une licence libre.
Parmi les différents logiciels Wiki disponibles, UseModWiki fut choisi par la société Bomis qui finança la création du premier projet Wikipédia en anglais. C'était un choix judicieux, car l’éclatement de la bulle spéculative d’Internet, à la fin des années 2000, confrontait l'entreprise à de grosses difficultés financières. Un programme gratuit, simple d’utilisation et peu gourmand en ressources informatiques, convenait donc parfaitement dans ce cadre. UseModWiki fut par après remplacé par un autre moteur de Wiki sans nom, mais plus performant et toujours produit sous licence libre. Ce dernier fut ensuite amélioré par plusieurs programmeurs, dont Brion Vibber, le premier employé de la Fondation Wikimédia, avant d’être finalement intitulé MediaWiki.
Avec l’aide de nouveaux employés et des bénévoles actifs sur le site mediawiki.org, ce système de gestion de contenu finit par apparaitre en tête du classement des wikis les plus utilisés. Grâce à la licence libre, des milliers d'autres personnes et projets ont pu en effet développer des sites Web, sans nécessairement faire partie du mouvement Wikimédia. Ce succès a par ailleurs justifié l'organisation de rassemblements annuels entre 2016 et 2020, entre personnes et organisations qui utilisent le programme, pour discuter de son développement et de ses usages.
Ceci étant dit, il existe dans la liste des Wikis d’autres logiciels libres intéressants, tels que DokuWiki, rendu populaire par sa simplicité d’installation et d’usage. Jusqu’à ce jour cependant, seul MediaWiki semble suffisamment stable et puissant pour permettre le développement optimal de l’ensemble des projets Wikimédia. Avec parmi ceux-ci, bien sûr, Wikipédia, l'encyclopédie libre et universelle, dont nous allons enfin découvrir la mise en place dans ce prochain chapitre.
=== Chapitre 7 : L’encyclopédie libre et universelle ===
Dans les chapitres précédents, nous avons découvert toutes les innovations techniques et culturelles sans lesquelles Wikipédia n’aurait jamais pu devenir la plus grande encyclopédie libre et universelle connue au monde. Son objectif est de synthétiser la totalité du savoir humain. Ce qui n’est autre, finalement, qu’un vieux rêve de notre humanité. Trois cents ans avant Jésus-Christ et durant la création de la bibliothèque d’Alexandrie, ce désir était aussi celui de Ptolémée Iᵉʳ. C'était deux siècles avant que Denis Diderot publie, avec Jean Le Rond d'Alembert et Louis de Jaucourt en 1751, la première édition de l’Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers. Quant à Paul Otlet, qui a créé avec Henri La Fontaine la classification décimale universelle en usage depuis 1905, il s’était mis en tête de répertorier l’ensemble du savoir humain au sein d'un seul édifice.
Peu connu à ce jour, ce documentaliste belge rêvait pourtant de cataloguer le monde et de rassembler toutes les connaissances humaines, sous la forme d’un gigantesque répertoire bibliographique universel, situé à l'intérieur d'un Mundaneum. En 1934, dans le Traité de documentation écrit par celui qui voulait « classer le monde », Otlet décrit, de manière particulièrement visionnaire, un possible partage du savoir et de l’information.
Ici, la Table de Travail n’est plus chargée d’aucun livre. À leur place se dresse un écran et à portée un téléphone. Là-bas, au loin, dans un édifice immense, sont tous les livres et tous les renseignements, avec tout l’espace que requiert leur enregistrement et leur manutention…
De là, on fait apparaître sur l’écran la page à lire pour connaître la question posée par téléphone avec ou sans fil. Un écran serait double, quadruple ou décuple s’il s’agissait de multiplier les textes et les documents à confronter simultanément ; il y aurait un haut-parleur si la vue devrait être aidée par une audition. Une telle hypothèse, un Wells certes l’aimerait. Utopie aujourd’hui parce qu’elle n’existe encore nulle part, mais elle pourrait devenir la réalité de demain pourvu que se perfectionnent encore nos méthodes et notre instrumentation.
À peu de choses près, cette utopie décrite en 1934 par Otlet correspond à l'usage que l'on fait du réseau Internet et de son espace web, lorsqu'on recherche de l'information aujourd'hui. Premièrement, allumer un système informatique, avec ou sans fil, muni d'un écran ; ensuite, poser une question dans un moteur de recherche ; puis, comme cela arrive très souvent, être redirigé vers l'une des versions linguistiques de Wikipédia.
Ce scénario, dans lequel les moteurs de recherche jouent un rôle central, explique la popularité de l'encyclopédie libre. D'autres projets similaires étaient pourtant apparus sur le Web avant l'arrivée de Wikipédia. Environ trois ans avant sa création, Aaron Swartz, un activiste de la culture libre qui avait juste douze ans à l'époque, avait par exemple lancé une sorte de site encyclopédique produit et régi par ses usagers. Appelé The Info Network, ce site web avait d'ailleurs permis à son auteur de recevoir l'ArsDigita Prize, un prix décerné aux jeunes créateurs de projets « utiles, éducatifs, collaboratifs et non commerciaux ».
Il faut savoir ensuite que l'expression « encyclopédie libre et universelle » fut oubliée pour la première fois durant l'année 2000 par Richard Stallman, soit l'année qui précéda celle de la naissance de Wikipédia. C'était dans un essai intitulé The Free Universal Encyclopedia and Learning Resource, qui, selon son auteur, avait été rédigé deux ans avant sa publication sur la liste de diffusion du projet GNU. Repris ci-dessous, un extrait de ce texte, présente les particularités du projet.
Le World Wide Web a le potentiel de devenir une encyclopédie universelle couvrant tous les domaines de la connaissance et une bibliothèque complète de cours d’enseignement. Ce résultat pourrait être atteint sans effort particulier, si personne n’intervient. Mais les entreprises se mobilisent aujourd’hui pour orienter l’avenir vers une voie différente, dans laquelle elles contrôlent et limitent l’accès au matériel pédagogique, afin de soutirer de l’argent aux personnes qui veulent apprendre.
Nous ne pouvons pas empêcher les entreprises de restreindre l’information qu’elles mettent à disposition ; ce que nous pouvons faire, c’est proposer une alternative. Nous devons lancer un mouvement pour développer une encyclopédie libre universelle, tout comme le mouvement des logiciels libres nous a donné le système d’exploitation libre GNU/Linux. L’encyclopédie libre fournira une alternative aux encyclopédies restreintes que les entreprises de médias rédigeront.
En parlant d'un « mouvement pour développer une encyclopédie libre universelle », Stallman anticipait donc, sans le savoir, l'arrivée du mouvement Wikimédia, qui ne se concrétisa que bien des années plus tard. Quant à la soixantaine de paragraphes qui décrivent son projet, on y retrouve, dans une forme presque identique, les cinq principes fondateurs qui ont guidé la création de Wikipédia et qui sont toujours actifs à ce jour.
Le premier consiste bien sûr à créer une encyclopédie ; le deuxième réclame une neutralité de point de vue, chose que Stallman expliquait déjà en écrivant qu’« en cas de controverse, plusieurs points de vue seront représentés » ; le troisième implique le respect des droits d’auteur et l’adoption d'une licence libre, celle précisément dont Stallman avait été l'initiateur ; le quatrième inscrit le projet dans une démarche collaborative, alors que Stallman précisait déjà que « tout le monde est le bienvenu pour écrire des articles » ; et le cinquième enfin, stipule qu’il n’y a pas d’autres règles fixes, une position très courante dans le milieu des hackers dont Stallman faisait partie.
Il apparaît donc clairement que le projet Wikipédia n'était pas une idée originale en soi, mais plutôt une opportunité saisie par la société Bomis pour enrichir sa propre encyclopédie commerciale, Nupedia. Cette dernière avait été lancée en avril 2000, soit environ dix mois avant Wikipédia, et sa rédaction était assurée par des experts engagés au sein d’un processus éditorial strict et formel. Malheureusement pour la firme Bomis, le nombre d’articles ne progressait que très lentement.
Dans le but d'accélérer le processus, Larry Sanger, un docteur en philosophie employé par Bomis pour assurer le rôle de rédacteur en chef de Nupedia, eut l'idée d'installer un logiciel wiki sur les serveurs de son entreprise. L'objectif était d'ouvrir un site web participatif, dans lequel des volontaires pourraient créer des articles encyclopédiques, pour qu'ils soient ensuite intégrés dans le projet commercial. Malgré le manque d’enthousiasme de son employeur Jimmy Wales, Sanger mit ses idées en application, et c'est donc ainsi que débuta l’histoire de Wikipédia, avec sa toute première version en anglais.
C’était le 15 janvier 2001, précisément le même mois où Richard Stallman mit en ligne son propre projet d’encyclopédie libre et universelle, qu'il souhaitait intituler GNUPedia. Étonnamment, les noms de domaine gnupedia .com .net et .org avaient déjà été enregistrés au nom de Jimmy Wales, ce qui obligea Stallman à rebaptiser son projet GNE. Ce fait est d'autant plus surprenant que Wales affirma des années plus tard : « n’avoir eu aucune connaissance directe de l’essai de Stallman lorsqu’il s’est lancé dans son projet d’encyclopédie ».
Le site GNE ne ressemblait cependant pas vraiment à une encyclopédie, mais plutôt à un blog collectif ou une base de connaissance, tandis que sa page d’accueil précisait clairement qu’il s’agissait d’une bibliothèque d’opinion. Quant à sa modération, elle avait demandé d'engager un employé, car elle s'est avérée bien plus compliquée que prévu. À côté de cela, et probablement grâce aux spécificités de l’environnement wiki et aux soutiens apportés par Jimmy Wales et Larry Sanger, Wikipédia réussit à mettre en place une organisation efficace au sein d'une communauté d'éditeurs grandissante.
Peut-être en raison de la concurrence libre faite par le projet GNE, Jimmy Wales décida d'abandonner le copyright que Bomis détenait sur son encyclopédie commerciale Nupedia, pour le remplacer par une licence Nupedia Open Content. Peu de temps après, il décida finalement d'adopter la licence de documentation libre GNU conçue pour protéger les textes de documentation des logiciels libres. Ce dernier choix fut une stratégie payante, puisque cela incita Richard Stallman à transférer tout le contenu de son projet GNE vers Nupedia, et à encourager tout le monde à contribuer sur Wikipédia.
Parmi les autres actions de Jimmy Wales qui ont contribué au succès de Wikipédia, il y eut cette idée d'ouvrir le projet aux « gens ordinaires ». C’était un choix qui s’opposait aux idéaux de Larry Sanger, qui de loin préférait le modèle de Nupedia avec son système de relecture par des experts. Cependant, Jimmy Wales, en tant qu'homme d’affaires, visait une croissance plus rapide du contenu de l'encyclopédie.
Cette croissance ne s'est toutefois pas faite sans difficulté. Le 26 février 2002, en effet, l'Enciclopedia Libre Universal en Español, un projet dissident du projet Wikipédia, fit son apparition. C'était une réaction à de la censure, à l'existence d'une ligne éditoriale et à la possibilité de voir apparaitre des publicités dans Wikipédia. En raison des remises en question que cette séparation suscitait parmi les bénévoles actifs dans les projets, Jimmy Wales renonça finalement à l'usage de la publicité et mit de côté ses visions en matière de profit.
Il faut aussi tenir compte du fait que cet évènement est survenu lors de l'éclatement de la bulle spéculative Internet et du krach boursier de 2001-2002. Une conjoncture qui plaçait la société Bomis dans des difficultés financières, et surtout, dans l'incapacité de payer le salaire de Larry Sanger, son seul employé. En mars 2002 et après un mois d’activité bénévole, l’ex-employé décida alors de quitter les fonctions, qu'il occupait depuis un peu plus d'un an, dans Nupedia et Wikipédia. Avec le seul soutien de Jimmy Wales, les deux encyclopédies purent toutefois poursuivre leurs développements, toujours avec le concours d'experts dans Nupedia et d'une communauté bénévole au niveau de Wikipédia. Néanmoins, en septembre 2003 et vu l'écart qui se creusait entre les deux projets, l'encyclopédie Nupedia fut fermée et ses quelques dizaines d'articles transférées vers les milliers d'autres que comprenait déjà le projet Wikipédia.
Trois ans plus tard, Larry Sanger n’avait pas dit son dernier mot. En septembre 2006, il décida en effet de lancer sur fonds propres une encyclopédie intitulée Citizendium. Cette plateforme écrite en anglais uniquement et toujours active à ce jour, repose sur un système d’expertise, dans lequel les contributrices et les contributeurs doivent déclarer leur identité réelle. En avril 2026 cependant, Citizendium reprenait moins de 2000 articles, tout avancement confondu, tandis que le projet Wikipédia en anglais en regroupait déjà plus de 7 millions.
Voici donc comment est née la plus grande encyclopédie au monde, dont la taille et la visibilité n'avaient jamais été égalées auparavant. Une encyclopédie qui, de plus, s'est rapidement déclinée en de nombreuses versions linguistiques, à l'instar de sa version francophone, lancée moins de quatre mois après le projet original en anglais. Toutes ces versions ont formé les premières bases d’une organisation mondiale, bientôt chapeautée par une fondation. Avant cela, d'autres projets pédagogiques et collaboratifs ont vu le jour au côté de Wikipédia. Intitulés « projets frères », ceux-ci se constituent à leur tour, en de nombreuses versions linguistiques, tout en poursuivant le processus de création du mouvement Wikimédia.
=== Chapitre 8 : L'arrivée des projets frères ===
Dans le but de développer des contenus pédagogiques qui ne trouvaient pas leur place dans Wikipédia, d’autres projets pédagogiques et collaboratifs ont vu le jour, pour former ce que l'on appelle couramment aujourd'hui : l’écosystème Wikimedia. La naissance de tous ces projets, ainsi que les évènements importants qui ont contribué au développement du mouvement, ont été repris dans une ligne du temps réalisée par Guillaume Paumier, à l’occasion du dixième anniversaire de Wikipédia. Grâce à ce graphique, on peut voir en détail l'évolution du nombre de projets, de versions linguistiques, de contributeurs et d'articles, et se faire ainsi une idée sur la vitesse à laquelle s'est développé le mouvement Wikimédia.
Parmi tous les projets frères de Wikipédia, le premier à apparaître fut Méta-Wiki, une plateforme de référence pour centraliser la gestion de l'ensemble des sites web hébergés par la fondation Wikimédia. Dans un premier temps, cet espace communautaire en ligne a répondu à la nécessité de traiter en un seul lieu les questions communes aux différentes versions linguistiques de Wikipédia. Aujourd'hui, le site web est le principal endroit de coordination et de gestion de l'ensemble du mouvement Wikimédia. On y retrouve énormément d'informations au sujet des projets en ligne, et peut-être plus encore, concernant la Fondation et les organismes affiliés.
Après Méta-Wiki, sept autres projets de partage de la connaissance ont fait leur apparition, avant d'être déclinés à leur tour en plusieurs versions linguistiques. Tous ces projets émergent en général sur l’initiative d’un petit groupe de personnes actives au sein d’un projet préexistant. Ce fut le cas du projet Wiktionnaire en anglais, le deuxième projet à voir le jour après Méta-Wiki, en décembre 2002, soit deux ans avant la version francophone apparue en mars 2004.
Il est intéressant d'observer que la version francophone du Wiktionnaire n’a pas été créée à partir du projet anglophone, mais bien depuis le projet Wikipédia en français. D'ailleurs, on peut retrouver dans les archives de ce dernier projet, un débat concernant la pertinence de cette création, dont voici un extrait.
En fait, ce qui me peine vraiment avec le projet Wiktionary, c’est que alors qu’on essaie de rassembler les gens (pas facile) pour créer une sorte de tour de Babel de la connaissance (tâche bien longue et difficile), ce nouveau projet va disperser les énergies pour une raison qui ne me semble pas valable. C’est la création de Wiktionary qui va créer des redondances. À mon avis il existera rapidement des pages sur le même mot, mais ne contenant pas les mêmes informations. Pour quelle raison ces connaissances devraient-elles être séparées ? Les encyclopédies sur papier devaient faire des choix à cause du manque de place, mais nous, pourquoi le ferions-nous ??? "Wikipédia n’est pas un dictionnaire" n’est pas un argument à mon avis... si vraiment c’était pas un dictionnaire, il faudrait virer tout un tas d’article. Je ne comprends vraiment pas cette volonté de séparer la connaissance entre ce qui est "encyclopédique" et ce qui n’est "qu’une définition".
[Réponse]
Pour moi ce qu’est Wiktionary, c’est une partie de Wikipédia s’intéressant plus particulièrement aux aspects linguistiques des mots. La différence que je verrais entre la partie dictionnaire de Wikipédia et sa partie dite encyclopédique, c’est que la partie dictionnaire s’intéresserait au sens des mots eux-mêmes alors que la partie encyclopédie s’attache plus à faire ressortir un état des connaissances à un moment donné. Le pourquoi de la séparation d’avec la partie encyclopédie tient plus à des raisons techniques qu’à une volonté de monter un projet indépendant, en effet, à mon humble avis, un dictionnaire nécessite une plus grande rigueur (de présentation) qu’une encyclopédie. Ceci entraîne beaucoup de problème et entre autres le choix de la mise en forme des articles du dictionnaire.
Créer un nouveau projet, c’est effectivement créer un nouveau site web, qui devra faire l’objet d’une nouvelle gestion, tant pour les serveurs de la Fondation, que pour la nouvelle communauté de contributeurs. L’importation de pages d’un projet à l'autre ou la traduction de celles-ci sont bien sûr toujours possibles, mais cela duplique alors aussi la maintenance et les mises à jour. Le choix de scinder un projet, en faveur d’une plus grande liberté, comporte donc certains coûts humains et financiers.
Ce prix à payer n'a pour autant pas empêché le projet anglophone Wikibooks de faire son apparition le 10 juin 2003, soit près d’un an avant Wikilivres, la version francophone du projet, apparue le 22 juillet 2004. Cette dernière création avait de nouveau été débattue au sein de la communauté Wikipédia en français, et non pas dans le Wikibooks en anglais. Quant à l'objectif commun aux deux projets linguistiques, il était de créer une « bibliothèque de livres pédagogiques libres que chacun peut améliorer ».
Environ un an après la création du projet en anglais, un nouvel espace de noms intitulé Wikijunior fut mis en place au sein de la bibliothèque en ligne. Ce sous-projet avait été créé pour répondre à un financement de la fondation Beck, qui cherchait à promouvoir la production de nouvelles littératures pour des enfants de huit à onze ans. Peu de temps après, cette tranche d’âge fut toutefois élargie de zéro à douze ans au niveau du projet francophone, quand le sous-projet y fut adopté.
Ces deux évènements témoignent ainsi qu'il est toujours possible qu'un sous-projet apparaisse dans un projet Wikimédia. Comme autre exemple, il y a aussi le WikiJournal, un sous-projet développé au sein du projet Wikiversité en anglais et qui reçut le prix de l’Open Publishing Awards en 2019. Une demande fut faite pour qu'il puisse bénéficier d'un nouveau site web dans le but de pouvoir se développer en dehors de Wikiversité. Malheureusement pour les initiateurs, la demande est restée sans suite jusqu'à ce jour, après que le conseil d’administration de la Fondation, chargé de répondre à leur demande, considéra que le projet n’était pas suffisamment abouti.
Il faut savoir qu'avant cela, le projet Wikiversité, dans lequel est né Wikijournal, avait lui-même été un sous-projet du projet Wikibook. Initialement, il visait à « créer une communauté de personnes qui se soutiennent mutuellement dans leurs efforts éducatifs ». Cependant, en août 2005, une longue discussion remit en question l’existence du sous-projet Wikiversité dans Wikibooks. Au terme de celle-ci, la décision fut prise de transférer Wikiversité et son contenu sur le site Méta-Wiki, là où de nouvelles discussions ont abouti à l’idée de faire de Wikiversité un nouveau projet indépendant.
Déjà à l'époque, le conseil d’administration de la Fondation Wikimédia se montrait réticent à l'ouverture de nouveaux projets, et sa réaction fut de demander l'ouverture d'un sondage au sein de la communauté. Celui-ci devait rassembler une majorité des deux tiers en faveur de l'ouverture du nouveau site web. Un résultat qui fut finalement obtenu, mais pas sans de longs débats, dont voici un extrait.
La principale raison pour laquelle la Fondation Wikimédia ne veut pas "lâcher le morceau" est une simple question de bureaucratie et la crainte que le projet ne devienne une autre Wikispecies [un projet de répertoire du vivant]. Wikispecies est une idée cool, mais les "fondateurs" du projet se sont dégonflés à mi-chemin de la mise en place du contenu et ont décidé de faire une révision majeure qui a pris plus de temps que ce que tout le monde était prêt à mettre.
Le même problème s’applique à Wikiversity en ce qui concerne la Fondation, parce que les objectifs et les buts de ce projet ne sont pas clairement définis, et il semble que les participants essaient de mordre plus qu’ils ne peuvent mâcher en proposant une université de recherche multi-collèges entière (avec un statut de recherche et une accréditation) à former de toutes pièces plutôt qu’un simple centre d’éducation pour adultes avec quelques classes.
En novembre 2005 et malgré les résultats du sondage, l'indépendance du projet Wikiversité ne fut toutefois pas acceptée par cinq membres du conseil. Ceux-ci réclamaient une « réécriture de la proposition pour en exclure la remise de titre de compétence, la conduite de cours en ligne, et de clarifier le concept de plate-forme e-learning ». Quand ces rectifications furent faites, le projet bénéficia d'une période d’essai de plusieurs mois, jusqu'à ce que les amendements apportés au projet de départ soient enfin acceptés, le 31 juillet 2006. Ce long temps d'attente était justifié par la création du special projects committee, qui, jusqu'en décembre 2021, fut chargé de soulager le conseil d’administration de la fondation, par rapport aux demandes de création de nouveaux projets Wikimédia.
Un nouveau site, nommé Beta-Wikiversity, fut ainsi créé pour assister le lancement des différentes versions linguistiques de Wikiversité. Durant six mois, son premier objectif a d'abord été l'élaboration des lignes directrices concernant la potentialité de produire des recherches collaboratives au sein du projet. Par la suite, chaque nouvelle version linguistique, développée dans le projet Beta, devait avoir plus de 10 modifications par mois, réalisées par au moins trois personnes distinctes, avant de pouvoir bénéficier de son propre site web.
À l'image de Beta-Wikiversity, le projet Wikisource possède lui aussi un site indépendant pour lancer ces nouvelles déclinaisons linguistiques. Tandis que pour tous les autres projets pédagogiques, ce lancement s'effectue sur la plateforme Wikimedia Incubator, créée à la même époque que Beta-Wikiversity. Ces trois plateformes de lancement ne concernent pas les nouveaux projets, qui doivent faire l'objet d'une acceptation par le conseil d'administration de la Fondation Wikimédia, et qui peuvent avoir pour origines des processus de création divers.
Le projet Wikivoyage, par exemple, fut initialement créé en 2003 dans un Wiki extérieur au mouvement Wikimédia, là où il portait le nom de Wikitravel. Comme cela arrive parfois, ce projet sans but lucratif fut acheté par une entreprise commerciale en 2006. Mais en raison du changement de gouvernance et de l'apparition de publicités, une scission est apparue au sein de la communauté d’éditeurs. Les personnes désireuses de quitter Wikitravel lancèrent alors un nouveau site appelé Wikivoyage, qui reçut en 2007, le Webby Award du meilleur guide de voyage Internet.
L'intégration de Wikivoyage dans l'écosystème Wikimédia n'a cependant été faite qu'en 2012, à la suite d'un appel à commentaires durant lequel 540 personnes furent en faveur de l’intégration du projet, 153 contre, pendant que 6 restèrent sans avis. Comme cette nouvelle déclencha une migration importante depuis Wikitravel vers Wikivoyage, une plainte fut déposée par la société commerciale en charge du premier projet. Celle-ci fut toutefois rejetée et le projet Wikivoyage continua à prendre de l’ampleur au sein du mouvement Wikimédia, avec la création de nouvelles versions linguistiques.
Le cas de Wikivoyage apparait toutefois comme une exception, car en général les nouveaux projets émergent des centaines de candidatures déposées sur le projet Méta-Wiki. Celles-ci se soldent bien souvent par un refus, comme ce fut le cas pour le projet WikiLang dont le but était de lancer un laboratoire linguistique. Quelques rares projets ont pourtant la chance d'être élus. Ce fut notamment le cas en octobre 2012, avec le lancement de la base de données structurée et sémantique Wikidata et de ses extensions Wikibase, ou plus récemment, en 2020, avec l'arrivée du projet Abstract Wikipedia et Wikifunctions.
Sans vouloir entrer dans les détails, il est intéressant de savoir que l'interconnexion entre ces trois projets permet de traduire automatiquement des articles encyclopédiques dans tous les langages naturels pris en charge par le mouvement Wikimédia. Plus précisément, les phrases des articles publiées sur Abstract Wikipédia, sont formulées par des fonctions informatiques produites dans le projet Wikifunctions, dans le but de traiter les informations de la base de données sémantique Wikidata. Autrement dit, un article dans Abstract Wikipédia ne possède qu'une seule page pour toutes les langues, pareillement aux pages d'entités de Wikidata, qui ont pour titre une lettre suivie d'un chiffre.
À la suite de ces explications, on observe donc que ce n'est pas la complexité qui détermine le refus projet, mais plutôt une série de critères comparables à ceux retenus pour supprimer des projets ou versions linguistiques déjà existants. À ce propos, il existe sur Méta-Wiki une liste mise à jour des différents sites hébergés par la Fondation Wikimédia dont l'existence est remise en cause. Dans celle-ci, on retrouve essentiellement des versions linguistiques de projets qui n’ont pas réussi à poursuivre leurs développements, bien qu'un projet entier soit toujours susceptible d'être mis à l'arrêt. C'est d'ailleurs ce qui est arrivé aux 31 versions linguistiques du projet Wikinews, qui, en date du 4 mai 2026, soit 22 ans après le lancement du site anglophone, sont accessibles en mode lecture uniquement.
Dans le cas de Wikinews, ce fut le manque d'activité qui apparut comme principale justification de la suspension du projet. Cependant, d'autres raisons pourraient être invoquées, comme le prouve cet épisode de 2005, où, peu de temps après son lancement, la version francophone du recueil de citations Wikiquote a bien risqué de disparaitre. Le projet fut effectivement accusé d’avoir récupéré le contenu d’une base de données soumise à un droit d’auteur, incompatible avec la licence Creative Commons appliquée sur l’ensemble des projets pédagogiques Wikimédia. Lorsqu'une plainte fut adressée à l’association Wikimédia France, pour être ensuite relayée sur le site Méta-Wiki, il fut bien question de fermer le projet. Après de longues discussions, celui-ci fut maintenu, mais avec pour conditions de repartir de zéro, et d’établir une charte pour garantir la traçabilité des citations reprises par le projet.
Voici donc de quoi se faire une idée sur la manière dont les projets pédagogiques et leurs déclinaisons linguistiques apparaissent et disparaissent au sein du mouvement. Les exemples repris ci-dessus suffisent effectivement pour comprendre les principes généraux qui sous-tendent leurs créations. En dehors de Méta-Wiki, Wikidata, Wikifunctions, Abstract Wikipédia et Wikimedia Commons, qui ne sont pas des projets de contenu pédagogique à proprement parler, tous les autres projets semblent effectivement provenir d’un désir de spécialisation d’un projet préexistant.
L'idée est généralement débattue dans un projet de même langue, avant de relayer la discussion vers le site Méta-Wiki. Si le projet y est jugé pertinent, il fait alors l'objet d'une candidature qui doit actuellement être soumise au groupe de travail des projets frères du comité des affaires communautaires de la Fondation Wikimédia. Quant aux nouvelles versions linguistiques, elles doivent être aujourd'hui soumises à l'approbation du comité des langues, avant d'être testées sur les plateformes Incubator, Beta-Wikiversité ou Wikisource Multilingue, dans le but de bénéficier d’un site web indépendant.
Après ces explications concernant les projets frères et leurs variations linguistiques, il nous reste encore à parler des sites qui ont un lien avec le mot Wiki, soit par leur nom, soit par le logiciel utilisé. En 2024 effectivement, plus de 22 600 d'entre eux étaient répertoriés, dont plus de 95 % sans aucun lien avec le mouvement Wikimédia, en dehors du fait, peut-être, qu’ils utilisaient le logiciel MediaWiki développé par la Fondation Wikimédia.
WikiLeaks par exemple, créé par Julian Assange dans le but de publier des documents classifiés provenant de sources anonymes, n’est ni un projet Wikimédia, ni un site collaboratif. Quant au recueil universel et multilingue de guides illustrés WikiHow, si celui-ci fonctionne pour sa part de manière collaborative et avec le logiciel MediaWiki, il n'a pourtant aucun lien avec le mouvement Wikimédia. D'ailleurs, son ergonomie, radicalement différente de celle des projets Wikimédia, permet de le comprendre au premier coup d’œil.
En revanche, Wikimini, l'encyclopédie libre pour les enfants, a une apparence tout à fait comparable à celle des projets Wikimédia, alors que le projet n’a jamais été accepté par la Fondation. Quant aux projets WikiTribune et Fandom, l'ambiguïté qu'ils entretiennent avec le mouvement est d'autant plus grande qu'ils ont été créés par Jimmy Wales, le fondateur de Wikipédia et de la Fondation Wikimédia. Cependant, comme ce sont des projets commerciaux, ils ne peuvent en aucun cas être soutenus par une fondation sans but lucratif.
Au terme de cette présentation, il ne reste plus qu'à signaler que le mouvement Wikimédia ne fut conscientisé que tardivement par rapport à l'apparition des projets Wikimédia et de leurs différentes versions linguistiques. Pour qu'un sentiment de collectivité se manifeste entre tous ceux-ci, il fallut certainement attendre qu'une coordination se développe sur la plateforme Méta-Wiki, mais également que de nombreuses rencontres et associations apparaissent en dehors de l'espace numérique. En ce sens, la naissance du mouvement ne fut pas un événement ponctuel, mais plutôt la réalisation d’un long processus de conscientisation.
=== Chapitre 9 : La conscientisation du mouvement ===
Avant d'aborder la question de la conscientisation du mouvement, il peut être intéressant de découvrir l'origine étymologique du mot « Wikimédia ». Celui-ci est un mot-valise composé du suffixe « média » et du préfixe « wiki » que l’on doit à cette expression hawaïenne « wiki wiki », qui se traduit en français par l'expression : « vite, vite ». Celle-ci fut récupérée une première fois par Ward Cunningham, le créateur du premier moteur Wiki, avant d'être réutilisée dans les noms inventés pour d'autres logiciels de cette même famille. UseModWiki en est un bel exemple, puisqu'il fut le premier programme utilisé par la firme Bomis pour héberger son projet d’encyclopédie collaborative. Raison pour laquelle, sans doute, le terme « wiki » fut utilisé pour créer le mot Wikipédia, en l'associant au suffixe « pedia » qui fait référence au mot anglais encyclopedia, selon un principe qui fut ensuite repris pour tous les autres projets du mouvement.
Le mot Wikimédia, pour sa part, n’est apparu que le seize mars 2003, lors d’une discussion concernant la déclinaison possible de l’encyclopédie en d’autres types de projets éditoriaux participatifs. Durant celle-ci, l’écrivain américain Sheldon Rampton eut l’idée d’associer au terme wiki à celui de « média », afin de mettre en évidence la variété des médias produits et partagés par Wikipédia et ses projets frères. Toutefois, c'est seulement en juin 2008 que Florence Devouard, présidente de la Fondation à cette époque, associe le mot Wikimédia à un mouvement social qu’elle voyait apparaître au sein des projets Wikimédia et de leurs communautés d'usagers.
Affirmer pour autant que ce moment précis coïncide avec la naissance du mouvement Wikimédia serait quelque peu arbitraire. Car si l’on peut déterminer plus ou moins facilement l’apparition d’une expression dans des archives, tout le monde sait qu’un mouvement social ne se forme pas en un seul instant. Dans le contexte du mouvement Wikimédia, sa naissance est bien sûr liée à celle du projet Wikipédia, mais également à tout ce qui permit la création de cette encyclopédie libre. Dans une autre perspective encore, on peut dater l'apparition du mouvement Wikimédia au 20 juin 2003, date de la création de la fondation qui porte le même nom. Ou pourquoi pas, associer la création du mouvement à la mise en ligne de la plate-forme Méta-Wiki, qui en représente le principal lieu de coordination.
Toujours est-il que l’expression « Wikimedia movement » est bien apparue en juin 2008, sous la plume de Florence Devouard. Cela s'est passé sur la liste de diffusion de la Fondation et peu de temps avant qu'elle quitte son poste de présidente. Dans son message, elle partageait l'idée de placer sous le nom de domaine Wikimedia.org un site vitrine de présentation du mouvement Wikimédia qu'elle concevait de la sorte.
Le mouvement Wikimédia, comme je l’entends est
– une collection de valeurs partagées par les individus (liberté d’expression, connaissance pour tous, partage communautaire, etc.)
– un ensemble d’activités (conférences, ateliers, wikiacadémies, etc.)
– un ensemble d’organisations (Wikimedia Foundation, Wikimedia Allemagne, Wikimedia Taïwan, etc.), ainsi que quelques électrons libres (individus sans chapitres) et des organisations aux vues similaires.
Avec autant de détails et d'explications, un tel message ne pouvait qu'accélérer la prise de conscience au sein du mouvement. Dans tous les cas, il mettait en évidence que les personnes actives dans les projets éditoriaux en ligne ou dans les organismes affiliés, faisaient partie de ce que Ralf Dahrendorf appelle un « quasi-groupe ». Ou autrement dit, un ensemble d’individus qui ont un mode de vie semblable, une culture commune, mais dont les points communs ne gravitent pas autour d’une prise de conscience de leur position commune dans la relation d’autorité.
Après la naissance de Wikipédia et de nombreux projets frères, une dizaine d’années a donc été nécessaire pour que le mouvement Wikimédia prenne conscience de son existence. Aujourd’hui encore, et comme cela a déjà été vu, de nombreuses personnes actives dans les projets pédagogiques ne réalisent toujours pas qu’elles participent aux activités d’un mouvement social. Cela, contrairement aux personnes investies dans les activités en présentiel organisées au sein du mouvement, qui sont généralement plus conscientes de leur engagement. C’est là une raison de croire que le développement de la Fondation Wikimédia et de ses organismes affiliés a joué un rôle important dans l'apparition d'un sentiment d’appartenance.
=== Chapitre 10 : La création des organismes affiliés ===
Si c’est grâce à l’arrivée des groupes et des organismes affiliés à la Fondation Wikimédia que l’idée du mouvement est probablement apparue, il est alors intéressant d'en décrire les processus de création. Mais puisque cela représente plusieurs centaines d’instances spécifiques, regroupées en plusieurs catégories détaillées en seconde partie d'ouvrage, aborder ici l’histoire de chacune d’entre elles serait une entreprise beaucoup trop fastidieuse.
De plus, s’il existe énormément d’archives numériques concernant la naissance des sites Wikimédia, ce n’est pas le cas pour ces organismes affiliés. Un bon nombre de ceux-ci se sont effectivement formés durant des rencontres ou des réunions hors ligne qui n'ont fait l’objet d’aucun enregistrement. Du reste, une bonne part des échanges effectués au sein de ces associations s'organise par des canaux de communication privés auxquels seuls les membres actifs ont accès.
Puisque je suis l'un des membres fondateurs, je me limiterai donc ici à parler de l’association Wikimédia Belgique. Celle-ci fut fondée le huit octobre 2014 en tant qu’association sans but lucratif, avant d'être reconnue le six août 2015 par le conseil d’administration de la Fondation Wikimédia. Après plus de trois ans d’activités et de rencontres et sous l’impulsion de Maarten Deneckere qui assuma le premier mandat de présidence, nous étions 8 personnes à signer la première version des statuts de l’association.
Jusqu’à ce jour, l’objet social de Wikimedia Belgique est d' « impliquer tout un chacun dans la connaissance libre ». Contrairement à l'association Wikimédia Deutchland, la première à voir le jour en 2004 et qui rassemblait déjà en 2021 plus de 85 000 membres et près de 150 employés, l’association belge n'a qu'une seule employée à temps partiel et 150 membres en 2025.
Avant d’être reconnues par le comité d’affiliations chargé de seconder le conseil d’administration de la Fondation, toutes les associations nationales, dites « chapters » en anglais, et toutes les autres organisations affiliées doivent réaliser de nombreuses démarches. Celles-ci consistent à répondre à un ensemble de prérequis qui ont évolué suite à la création d'un comité décisionnel en avril 2006. Ces obligations diffèrent entre les groupes d’utilisateurs et d'utilisatrices et les associations locales ou thématiques. Parmi ceux-ci, on retrouve toutefois : un nombre minimum de membres et de référents, une mission et un règlement d’ordre intérieur conformes aux attentes du mouvement, la remise de plans et de rapports d’activités annuels, etc.
On comprend donc qu’il n’est pas évident de créer une nouvelle instance au sein du mouvement. Pour bénéficier du soutien logistique et financier de la Fondation réservé aux organismes affiliés, c’est ainsi toute une série de rapports qu’il faut alors transmettre à divers comités et commissions chargés de leurs évaluations. Cela représente une quantité de tâches administratives qu’il n’est pas toujours facile d’assumer, surtout lorsque les membres de l’organisme affilié sont tous des bénévoles. D’où sans doute cette régulière disparition d’affiliations, pendant que d’autres se créent ou réapparaissent en fonction des énergies et du dynamisme disponibles dans les équipes.
Les activités liées à la récolte et à la redistribution des dons offerts au mouvement, ainsi que les autorisations d’usage de marques déposées, contrastent donc avec les valeurs de libre partage et d’autonomie décrites dans les projets pédagogiques. Cela semble confirmer que la partie hors ligne du mouvement est plus influencée par les habitudes d’un système économique dominant, contrairement à la partie en ligne qui semble plus fidèle à l’héritage de la contre-culture.
=== Chapitre 11 : L'héritage d'une contre-culture ===
Au terme de cette première partie d’ouvrage, il devient évident que la révolution numérique, que l’on considère généralement comme une révolution technique, fut aussi, et peut-être avant tout, une révolution sociale et culturelle. Quant à l'histoire de Wikimédia, reprise ici depuis les origines de son encyclopédie jusqu'à l'apparition de ses organismes affiliés, elle nous fit découvrir comment les idées de la contre-culture des années 1960 furent transmises au mouvement.
En cas de doute, observons encore que Richard Stallman, celui qui a créé les concepts de licence et d'encyclopédie libre, fut désigné par certains comme le gourou de la contre-culture hacker et le père du système d’exploitation hippie. Une culture hippie, dont il est aussi troublant de constater que le renversement de son logo ressemble étrangement à celui du mouvement Wikimédia.
Incontestablement et au travers du mouvement des logiciels libres, le mouvement Wikimédia a donc bien hérité des valeurs produites par les mouvements sociaux des années 1960. Des valeurs qui aujourd'hui contrastent fortement avec la marchandisation et la capitalisation du monde, dont l'espace web ne fait jamais que refléter ce qui se passe dans le reste de la société humaine. Or, ce phénomène ne date pas d'hier. En 2008 déjà, André Gorz, ce philosophe parmi les pères de la décroissance et théoricien de l’écologie politique, constatait déjà que :
La lutte engagée entre les "logiciels propriétaires" et les "logiciels libres" [...] a été le coup d’envoi du conflit central de l’époque. Il s’étend et se prolonge dans la lutte contre la marchandisation de richesses premières – la terre, les semences, le génome, les biens culturels, les savoirs et compétences communs, constitutifs de la culture du quotidien et qui sont les préalables de l’existence d’une société. De la tournure que prendra cette lutte dépend la forme civilisée ou barbare que prendra la sortie du capitalisme.
Dans cette lutte et avec le seul nom de domaine non commercial parmi le top 100 des sites les plus fréquentés du Web, la galaxie Wikimédia apparait donc comme un des derniers lieux numériques de liberté, de partage et d'égalité. Un lieu qui, de plus, est connu mondialement, grâce au succès des plus de 350 déclinaisons linguistiques de Wikipédia, et sans pour autant récolter d'informations sur l’identité et le comportement des internautes. Cela alors que cette pratique est considérée, par certains, comme un « nouvel or noir » pompé du Web, pendant que d’autres préfèrent parler de « capitalisme 3.0 » ou de « capitalisme de surveillance » .
Évidemment, les enjeux de cette lutte sont difficiles à comprendre. La complexité de l’infrastructure informatique, mais également le fait que tout cela s'inscrit dans une révolution que Rémy Rieffel décrit comme « instable et ambivalente, simultanément porteuse de promesse, et lourde de menaces », ne facilitent pas les choses. Cela d'autant plus que tout cela se place « dans un contexte où s’affrontent des valeurs d’émancipation, et d’ouverture d’un côté et des stratégies de contrôle et de domination de l’autre » .
En fait d’ambivalence, il est surprenant d'apprendre, par exemple, que Jimmy Wales, fondateur de Wikipédia et de la fondation Wikimédia, est un adepte de l’objectivisme, alors que cette philosophie voit le capitalisme comme un idéal de société et l’égoïsme rationnel, comme une morale. Puis, concernant l'instabilité du numérique, il y a ces appels répétés de Tim Berners-Lee au sujet de la « redécentralisation » et de la « régulation » d'un espace web qu'il avait conçu dans un esprit tout à fait opposé. Quant aux pionniers d'Internet, ils n'ont probablement pas imaginé que leur création permettrait un jour, à des milliards d’objets connectés, de rapporter, rien qu'en France et en 2021, plus de 2,6 milliards d’euros.
Quant à la question du contrôle et au-delà de ce qui est opéré par les firmes commerciales, c'est bien sûr du côté des États qu'il faut porter son attention. Face à un mouvement qui veut s’émanciper des contrôles, par moins de 18 pays ont déjà censuré Wikipédia et parfois même l'ensemble des projets frères. Ce fut le cas par exemple pour la Turquie, la Russie, l'Iran, mais également le Royaume-Uni, la France et l'Allemagne, et c'est même le cas de manière permanente en Chine, depuis 2004.
Dans certains cas, des procédures juridiques ont été utilisées pour intimider les membres du mouvement. C'est arrivé en France lorsque le directeur de l'association Wikimédia fut menacé de poursuites pénales par la Direction Centrale du Renseignement Intérieur, après un refus de supprimer un article qui traitait d’une station militaire dans Wikipédia. Par chance, ce qui s'est passé en France ne dépassa pas le stade de l'intimidation. En Biélorussie cependant, Mark Bernstein, un contributeur aux projets Wikimédia, fut condamné à quinze jours de prison ferme, assortis de trois ans d’assignation à résidence, pour des propos tenus au sujet de la guerre en Ukraine. Cela sans oublier qu'actuellement, ce sont les conservateurs à la tête des États-Unis qui « veulent la peau de Wikipédia » en cherchant à obtenir l'identité réelle de certains contributeurs.
Le contrôle et le non-respect de la vie privée font ainsi appel à la figure emblématique du lanceur ou de la lanceuse d'alerte, dont la posture contestataire fait penser à celle des personnes actives dans la contre-culture des années 1960. Parmi ceux-ci, on dit de Julian Assange, Edward Snowden et Chelsea Manning, qu'ils « ont perdu leur liberté pour défendre la nôtre ». De manière similaire, on pourrait donc aussi dire que les Wikimédiens Aaron Swartz, Bassel Khartabil, Pavel Pernikov, Ihor Kostenko et Mark Bernstein, se sont sacrifiés pour la liberté, le partage et la vérité.
Dans Wikimédia et comme ce fut expliqué dans l'introduction de cet ouvrage, une alerte peut prendre la forme d'un appel à commentaires en réaction à une décision ou une situation observée au sein du mouvement. C'est même là une pratique institutionnalisée, qui fait l'objet d'une procédure d'accompagnement et de suivi. Toutes ces alertes concernent les dérives de certains projets, mais également de certaines associations dont la proximité avec le système économique n'aide pas au respect des pratiques et des valeurs développées en ligne.
Dans ce qui apparait aux yeux de certains comme un « bazar libertaire », les choix et règles édictés dans la sphère hors ligne du mouvement ne plaisent pas toujours aux membres des communautés en ligne. Ce qui n'empêche toutefois pas les projets éditoriaux d'avoir leurs propres règles et des recommandations, ni de voir apparaitre, en 2020 et dans l'ensemble du mouvement, un code de conduite universel, qui détermine le « référentiel minimum des comportements acceptables et inacceptables ».
L'idéologie transmise à Wikimédia, décrite en partie par Steven Levy dans son ouvrage L’Éthique des hackers est donc plus subtile qu'un simple refus d'autorité. Dans un esprit de partage, d'ouverture, de transparence, de liberté, d'égalité et d'autonomie, c'est une structure très complexe, tout en étant cosmopolite et mondiale, que le mouvement réussit à mettre en place. Une organisation qui, finalement, apparait très inspirante dans la manière de faire communauté aujourd'hui, et au sein d'un monde toujours plus global et numérique.
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Lionel Scheepmans
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'''LE MOUVEMENT WIKIMÉDIA'''
'''Dernier partage altruiste de la connaissance libre ?'''
De Lionel Scheepmans
Avec l'aide de la communauté Wikimédia
== Quatrième de couverture ==
'''Le mouvement Wikimédia, l'aventure inspirante d'une organisation mondiale au service du savoir libre.'''
Quel est ce seul acteur à but non lucratif présent dans le top 100 des sites les plus visités sur le Web ?
Comment incarne-t-il l’expression la plus visible des valeurs de liberté, d’égalité et de partage, héritées de la révolution numérique et des mouvements sociaux des années 1960 ?
Comment, à partir de Wikipédia et suite à la création d’une quinzaine de projets frères distribués en centaines de versions linguistiques, le mouvement social Wikimédia a imaginé un monde dans lequel le savoir se produit et se partage librement ?
Et comment, en toute autonomie, des dizaines de projets pédagogiques, édités par des millions de bénévoles, soutenus par une fondation et près de 200 associations et groupes locaux, produisent-ils la plus grande intelligence collective au monde ?
Avec de nombreux codes QR, cet ouvrage répond à ces questions, tout en permettant de mieux comprendre le monde global et numérique qui nous entoure.
Lionel Scheepmans est docteur en sciences politiques et sociales, militant de la culture libre et professeur d’anthropologie numérique. Il occupe plusieurs postes d’administrateur au sein du mouvement Wikimédia qu’il observe de manière participative depuis 2011. Ses travaux universitaires, du master à la thèse de doctorat, furent consacrés à l’organisation et aux enjeux de Wikipédia et du mouvement Wikimédia.
== Avant-propos ==
Pour offrir un confort de lecture sur papier sans perdre la puissance du numérique, des codes QR sont affichés tout au long de cet ouvrage. À l’aide d’une tablette ou d’un smartphone, ils offrent un accès direct à ce qui serait coûteux ou impossible à imprimer.
Par exemple, le code QR 1, affiché en fin de page, donne accès directement à la page web qui reprend l’intégralité de l’ouvrage. Une fois sur celle-ci, on peut alors visionner les illustrations en couleur ou les enregistrements qui s’y trouvent et consulter ensuite leurs pages de descriptions en cas de besoin. Cette version numérique comprend aussi de nombreux hyperliens pointant vers Wikipédia et d’autres sites du mouvement Wikimédia, où se trouvent des compléments d’informations et leurs mises à jour.
Pour économiser du papier lors de l’impression, la section regroupant les notes et les références de l’ouvrage n’est disponible qu’au format numérique, mais est directement accessible via le code QR 2 repris ci-dessous. Grâce aux indices de renvoi chiffrés et placés en exposant dans le texte imprimé, il est alors possible, au départ d'un smartphone ou d'une tablette, de retrouver les notes et les références en fonction de leur numérotation. Lorsque la référence correspond à une page web, un lien pointant vers le projet Internet Archive s’y trouve repris, pour garantir un accès aux archives des pages citées dans l’ouvrage, si jamais elles avaient disparu du web. Quant aux pages toujours existantes, elles restent accessibles via leurs hyperliens originels, pour consulter leurs éventuelles évolutions.
Étant donné que ce livre est produit sur une plateforme collaborative, tout le monde est invité à améliorer les prochaines versions. On peut le faire en corrigeant des fautes d’orthographe ou de syntaxe sur les pages web qui constituent les différents chapitres de l’ouvrage, ou encore en apportant des commentaires sur les pages de discussion qui leur sont associées. Cela peut se faire très simplement en cliquant sur « Modifier » , quand on est sur la page d'un chapitre, et sur « Ajouter un sujet » lorsque l'on est sur une page de discussion.
Une page de discussion générale est aussi accessible grâce au code QR 3. Elle permet de commenter le livre dans son ensemble, ou de poser une question à son sujet. Il suffit pour cela d’indiquer un titre dans le champ « Démarrer un nouveau sujet », d’écrire le contenu du message dans l’encadré situé juste en dessous, puis de cliquer sur le bouton « Ajouter un sujet de manière anonyme » pour publier son message.
Enfin, pour ceux qui voudraient agrémenter leur lecture d’un fond sonore relaxant et original, le code QR 4 donne accès à une page web qui diffuse une musique mélodieuse. Celle-ci est composée de sons spécifiquement produits chaque fois qu’une modification est apportée sur un projet Wikimédia, ou qu’un nouveau compte y est créé. Ce dispositif ingénieux offre ainsi aux lecteurs qui le souhaitent une ambiance sonore particulièrement confortable, ainsi qu’une nouvelle expérience immersive au sein du mouvement Wikimédia.
== Introduction : Wikimédia n’est pas Wikipédia ==
Depuis le succès initial de Wikipédia, une myriade de projets de partage des connaissances, d’organisations et de groupes de soutien ont émergé pour former ce qu’on appelle aujourd’hui le mouvement Wikimédia. Même si, à ce jour, l’encyclopédie libre reste l'activité phare du mouvement, il serait regrettable de réduire l’ensemble du mouvement à cet unique projet pédagogique. Malheureusement, il arrive bien trop souvent qu'une seule version linguistique de Wikipédia suffise pour cacher l’étendue de la forêt Wikimédia.
En réalité, Wikimédia représente un mouvement social, international et interculturel complexe, au sein duquel Wikipédia n’est qu’une composante parmi d’autres. Dans le cadre d'un mémoire de master, on peut ainsi fournir en quelques mois une ethnographie du projet Wikipédia en français. Alors que pour synthétiser les origines, l’organisation et les dynamiques globales du mouvement Wikimédia, une thèse de doctorat et cinq années de recul supplémentaires furent nécessaires.
À la fin de l'année 2025, l’ampleur numérique du mouvement est effectivement impressionnante. Chaque mois, des millions de modifications bénévoles sont effectuées sur plus de 500 millions de pages, réparties sur plus d’un millier de sites web, dont 358 seulement, correspondent aux versions linguistiques de Wikipédia. Ce qui prouve donc clairement que les activités en ligne portées par l'ensemble du mouvement Wikimédia dépassent largement ce qui se passe au sein de l’encyclopédie.
Il existe ainsi huit autres projets pédagogiques susceptibles d'atteindre un jour l'envergure et la notoriété de Wikipédia, avec un objectif et un fonctionnement spécifiques à chacun. De manière détaillée, Wikilivres crée des livres pédagogiques, Wikiversité rassemble des supports d'enseignement et des travaux de recherche, Wikinews fait du journalisme collaboratif, Wikivoyage développe un guide touristique, pendant que Wiktionnaire apporte des définitions des mots de toutes les langues et dans toutes les langues.
Contrairement à Wikipédia, tous ces projets ne sont pas soumis à une neutralité de point de vue, ni limités à l'usage de sources secondaires reconnues, au niveau de la rédaction des articles. La plupart d'entre eux acceptent aussi la publication de travaux de recherche ou de productions personnelles, alors que cela est tout à fait interdit dans Wikipédia.
Selon l'étymologie du mot encyclopédie, le but de Wikipédia est en effet de synthétiser ou, plus précisément, d'encercler le savoir humain déjà préexistant. Cette contrainte éditoriale limite donc les contributeurs et contributrices à l'usage de sources secondaires et tertiaires présentes dans des publications externes au projet. De ce fait, Wikipédia reproduit fatalement les biais systémiques, tels que les déséquilibres et les surreprésentations de genre et de culture, présents dans un monde de l'édition majoritairement occidental. Or, cette impasse éditoriale propre à Wikipédia n'existe pas dans les autres projets pédagogiques.
Comme ces projets frères, Wikipédia n'est pas non plus un projet complètement autonome des autres projets Wikimédia. L'encyclopédie compte en effet sur le projet Wikimedia Commons pour héberger l'ensemble de sa médiathèque. Elle utilise ensuite le contenu du projet Wikidata comme base de données structurée. Quant aux personnes qui produisent l'encyclopédie, elles peuvent aussi puiser leurs sources dans la bibliothèque Wikisource, ou se référer à des citations d'auteurs collectées dans le projet Wikiquote. Tout cela sans oublier que des dizaines de sites web traitent l'archivage permanent de Wikipédia et des autres projets Wikimédia, dans le but de fournir des analyses précieuses et totalement libres d’accès.
Enfin, il faut aussi garder à l'esprit qu'au-delà de tous ces sites web, le mouvement Wikimédia, c'est aussi de nombreuses institutions et organisations affiliées dispersées dans le monde. Autour de la Fondation Wikimédia chargée de la gestion et de l’organisation internationales, avec près de 650 salariés de nationalités diverses, se regroupent des centaines d'organisations satellites. Parmi celles-ci, on retrouve 2 associations thématiques, 40 associations locales, dont Wikimedia Deutschland qui regroupe plus de 170 employés, et finalement 141 groupes d’utilisateurs et utilisatrices.
Tout ce qui vient d'être exposé dans cette introduction justifie donc la nécessité de distinguer le mouvement Wikimédia du projet Wikipédia. Imaginons seulement que l’on se limite à citer Paris pour décrire et comprendre un pays aussi vaste que la France. Certes, Paris est une ville mondialement connue et qui compte plus de deux millions d’habitants et un patrimoine culturel impressionnant. Mais est-ce pour autant qu'il faudrait oublier les autres villes, villages et métropoles françaises ? Sans compter que la France regroupe aussi des départements et des territoires d’outre-mer et qu'elle entretient des relations et des partenariats internationaux qui dépassent de loin ce qui se passe entre Paris et le reste du monde. Ne pas confondre le mouvement Wikimédia avec le projet Wikipédia relève donc du bon sens.
En 2019 cependant, la Fondation Wikimédia a envisagé de se renommer en Fondation Wikipédia et de remplacer le terme « Wikimédia » par celui de « Wikipédia », partout où ce terme est utilisé dans la sphère hors ligne du mouvement. Le but était d’acquérir une plus grande visibilité et d’attirer des milliards de personnes, grâce au nom de marque Wikipédia, considéré comme l’un des plus connus au monde. Ce changement n’a toutefois pas été accepté par de nombreuses personnes actives au sein du mouvement Wikimédia. En janvier 2020, ces opposants ont ainsi créé une page d’appel à commentaires, qui fut le siège d’un long débat. À l’issue de ce dernier, 73 représentants d’organisations affiliées et 984 personnes ont signé une lettre ouverte adressée à la Fondation, qui comprenait le paragraphe suivant :
Depuis 20 ans, les bénévoles ont bâti la réputation de Wikipédia en tant que ressource indépendante et communautaire. Les projets du mouvement Wikimédia, dont Wikipédia, se développent autour de la décentralisation et du consensus. Il est essentiel d’établir des distinctions claires entre la Fondation Wikimédia, les affiliés et les contributeurs individuels. Tout changement qui affecte cet équilibre exige le consentement éclairé et la collaboration des communautés. Il est donc très préoccupant de voir « Wikipédia » présenté pour le nom de l’organisation et du mouvement malgré le mécontentement général de la communauté.
En s’opposant aux idées de la Fondation, ces membres de la communauté Wikimédia ont ainsi fait preuve de sagesse. De plus, ils ont signalé dans de nombreux commentaires que beaucoup de personnes connaissent le mouvement Wikimédia uniquement au travers de son encyclopédie. Il est même étonnant d'observer que la méconnaissance du mouvement existe au sein même de sa propre communauté. Comme exemple, on peut observer que l'article du projet Wikipédia en anglais consacré au mouvement Wikimédia ne s’est développé qu’à partir de 2016, tandis que ce même article dans la version francophone de l'encyclopédie n’est apparu qu’en 2019. Quant aux autres versions linguistiques, il est tout aussi étonnant de constater qu'en octobre 2025, seulement 39 d'entre elles sur un total de 358 possédaient un article dédié au mouvement Wikimédia.
Tous ces éléments justifient donc la nécessité d’offrir au monde une meilleure connaissance du mouvement Wikimédia et des nombreux projets et organisations qui contribuent à sa mission de partage du savoir. En ce sens, ce livre est une contribution importante aux défis stratégiques que doit relever le mouvement Wikimédia à l’approche de 2030. Car au-delà des résolutions prises pour développer de nouveaux processus participatifs et délibératifs concernant les questions de marque, c’est avant tout un travail d’information et de sensibilisation à destination du grand public qu'il reste à faire.
== Première partie : La naissance du mouvement Wikimédia ==
Il existe dans l'espace web une multitude d’archives permettant de retracer les événements qui ont conduit à la naissance du mouvement Wikimédia. Cette « préhistoire » du mouvement peut notamment être explorée grâce au réseau d’éducation populaire Framasoft, dont le site est apparu environ un an avant la création de la version francophone de Wikipédia. On trouve sur cette plateforme une mine d’informations concernant les logiciels libres et la culture libre. Deux épisodes majeurs de l’histoire de l’informatique et d’Internet, malheureusement méconnus du grand public.
Grâce à Framasoft et bien d’autres associations, il est possible de découvrir l’organisation et les motivations des millions de personnes qui participent au mouvement du logiciel libre. On y apprend que ce mouvement politique et social a été initié en 1983 par Richard Stallman, un programmeur du Massachusetts Institute of Technology (MIT), qui a eu l’idée d’offrir à chacun une alternative à la marchandisation du secteur informatique.
Cette philosophie de libre partage, concrétisée par le projet de Stallman, permit l’essor d’une organisation et d’une éthique de travail originales, développées au sein d’une sous-culture en vogue dans le milieu informatique depuis les années 1950. Celle-ci fut documentée dans de nombreux ouvrages, dont « L’éthique hacker », un livre remarquable, dans lequel le philosophe finlandais, Pekka Himanen, analyse en détail les origines de la culture hacker. Un simple extrait de sa quatrième de couverture, repris ci-dessous, permet d’appréhender la manière de penser de ces informaticiens, rejoints par Richard Stallman durant ses études universitaires, avant d'en devenir l’une des figures les plus charismatiques.
On considérait jusqu’à présent le « hacker » comme un voyou d’Internet, responsable d’actes de piratage et de vols de numéros de cartes bancaires. Le philosophe Pekka Himanen voit au contraire les hackers comme des citoyens modèles de l’ère de l’information. Il les considère comme les véritables moteurs d’une profonde mutation sociale. Leur éthique, leur rapport au travail, au temps ou à l’argent, sont fondés sur la passion, le plaisir ou le partage. Cette éthique est radicalement opposée à l’éthique protestante, telle qu’elle est définie par Max Weber, du travail comme devoir, comme valeur en soi, une morale qui domine encore le monde aujourd’hui.
En introduisant cette première partie d'ouvrage de la sorte, nous pouvons déjà comprendre que le mouvement Wikimédia plonge ses racines dans une transition culturelle remplie d’utopie. Une utopie qui s’oppose notamment à ce que l’historien et anthropologue Karl Polanyi désignait, en 1944 déjà, comme un libéralisme économique qui « subordonne les objectifs humains à la logique d’un mécanisme de marché impersonnel ». Étape par étape et en commençant par analyser cette utopie spécifiquement au niveau du mouvement Wikimédia, voyons maintenant ce qui s'est passé tout au long de cette révolution culturelle numérique.
=== Chapitre 1 : L'utopie Wikimédia ===
Au fil du temps, Wikipédia fut perçu comme une utopie en marche, puis comme une utopie réalisée, et finalement comme la dernière utopie collective du Web. Mais qu'en est-il de l'ensemble du mouvement Wikimédia ? Pour nous aider à comprendre ce qui se passe dans la dimension numérique de ce mouvement, voici une métaphore qui décrit un quartier établi au sein d'une ville, imaginée au départ de l'espace web ». Dans cette ville imaginaire, Internet représenterait le réseau routier, pendant que des serveurs informatiques feraient office de bâtiments, et que les pages web qu'ils hébergent, constitueraient les différentes pièces de ces édifices.
Le quartier Wikimédia rassemblerait ainsi plus d’un millier de bâtiments. Au sein de ceux-ci et à l’exception de quelques lieux administratifs, chaque pièce peut être visitée gratuitement, mais aussi modifiée au niveau de son contenu. On peut ainsi y ajouter de nouvelles choses, telles que du texte, des photos, des vidéos ou des documents sonores, et même changer ou supprimer ce qui a été créé ou modifié par d’autres. Tout cela, bien sûr, dans le but de rendre ces endroits plus esthétiques, ou plus authentiques et en tenant compte des différentes idées et des éventuelles oppositions de point de vue concernant les aménagements. Pour faciliter l'entente entre les personnes qui s'investissent dans les modifications, chaque pièce des bâtiments Wikimédia possède un espace annexe dédié à la discussion.
Dans la plupart des bâtiments Wikimédia, une personne malintentionnée peut même faire disparaitre tout le contenu d'une pièce. Néanmoins, dans la seconde qui suit, un robot remettra tout en place, avant de transmettre un message concernant le traitement du vandalisme. Lorsqu'une action plus discrète n'est pas détectée par un robot, c'est alors quelqu'un qui surveille la pièce qui prendra le relais pour annuler les changements malveillants et contacter la personne responsable. En cas de multirécidive, celle-ci peut se voir privée de sa capacité de modifier les pièces, soit dans le bâtiment vandalisé, soit dans tout le quartier quand cela se justifie. Après discussion, cette sanction sera mise en application par un administrateur ou une administratrice bénévole, choisi ou choisie par l'ensemble des autres bénévoles qui prennent soin des bâtiments.
On comprend donc que tout le monde peut enrichir, mais également surveiller et protéger les richesses partagées dans le quartier Wikimédia. Il suffit pour cela de rejoindre le mouvement en se créant un compte. Cela permet de profiter de nombreux outils, dont notamment un système qui envoie des notifications, dès qu'une pièce que l'on veut surveiller est modifiée.
Pour créer ce compte, pas besoin de fournir une adresse ou un numéro de téléphone. Les seules informations personnelles indispensables au bon fonctionnement du quartier Wikimédia sont les adresses IP des visiteurs. Lors des visites et contrairement à ce qui se passe dans les quartiers commerciaux de la grande ville numérique, tels que les GAFAM, NATU, BATX, le quartier Wikimédia ne récolte et ne vend aucune donnée à des fins d'exploitation.
Même les adresses IP enregistrées par le système ne sont pas visibles par les autres visiteurs. Elles sont remplacées par les noms et les pseudonymes fournis lors de la création des comptes, ou masquées par des comptes temporaires pour les modifications faites par des personnes non connectées. Seules quelques personnes accréditées par la communauté pour effectuer des contrôles d’usurpation d’identité ont accès à ces informations. C’est là une précaution nécessaire au bon déroulement des votes qui succèdent parfois aux recherches de consensus concernant l'aménagement du quartier Wikimédia.
Dans cette ville numérique que constituerait l'espace web, Wikimédia apparait ainsi comme le plus grand quartier dédié au partage de la connaissance. Tout d'abord, il y a les plus de 350 bâtiments Wikipédia, chacun dédié à une version linguistique de l'encyclopédie. Puis, toujours séparés en versions linguistiques, on trouve ensuite les bibliothèques Wikilivres et Wikisource, les bâtiments lexicaux multilingues Wiktionnaire, le centre journalistique Wikinews, le centre pédagogique et de recherche Wikiversité, le centre d'informations touristique Wikivoyage, le répertoire des êtres vivants Wikispecies et enfin l'institut des citations d’auteurs Wikiquote. Cela sans oublier le musée médiatique Wikimedia Commons et la banque Wikidata, reconnue comme étant la plus grande banque d’informations structurées au monde. Deux bâtiments dont l'une des fonctions principales communes est d’enrichir les pièces situées dans les autres buildings du quartier Wikimédia.
Dans tous ces immeubles, il arrive souvent que plus de la moitié des étages soient uniquement attribués à l'organisation des activités qui s'y déroulent. Chaque bâtiment peut aussi compter sur le soutien d'autres édifices tels que MediaWiki, Wikitech, Phabricator, qui sont trois lieux entièrement dédiés aux maintenances techniques sur l'ensemble du quartier. Concernant les aspects administratifs, c'est dans le bâtiment Méta-Wiki que s'opère la gouvernance générale du quartier, alors que les courriers adressés à ce dernier sont traités en première ligne dans le bâtiment Wikimedia VRT. À la suite de quoi, il ne reste plus qu'à citer le bâtiment Wikimedia Outreach, pour des initiatives de sensibilisation, et le bâtiment du journal Diff Wikimedia, comme lieu de publication d'actualités sur le mouvement.
En dehors de certains aspects techniques, tous ces bâtiments sont exclusivement régis par des communautés bénévoles, qui sont toujours prêtes à accueillir de nouveaux membres. Les seuls immeubles du quartier qui diffèrent de ce principe sont les bâtiments vitrines de la Fondation Wikimédia et des autres associations Wikimédia qui engagent du personnel. Quant au bâtiment du conseil d'administration de la Fondation, des raisons officielles justifient le fait que la modification de ses pièces est réservée à ces membres et aux employés qui les soutiennent.
Face à tant d'utopies, il devient légitime de vouloir comprendre comment tout cela fut rendu possible. Or, pour répondre à cette question, il faut alors parcourir tout un pan de l'histoire de la révolution numérique, depuis la contre-culture des années 1960 jusqu'à nos jours. On y découvre que les pionniers du réseau Internet étaient des chercheurs et étudiants en informatique, fortement influencés par de nouvelles idéologies, telles que celles qui furent à la source des évènements de mai 68 en France. C'est donc de là que naîtra la philosophie de partage, de liberté, de décentralisation et ce mode d’organisation tout à fait spécifique, que l'on observe aujourd'hui au sein du mouvement Wikimédia.
Il y eut tout d'abord la création d'Internet, comme réseau mondial de communication en libre accès, puis le développement du World Wide Web, qui a grandement facilité les interactions humaines à l’échelle planétaire. Par la suite, ce fut l'arrivée du Web 2.0, caractérisé par l'apparition de nouveaux sites web directement modifiables à l'aide d’un simple navigateur. Or, parmi ceux-ci se trouvent les moteurs de Wiki, dont le plus puissant d’entre eux, MediaWiki, est un logiciel libre développé par la Fondation Wikimédia. Le moment est donc venu d'en savoir plus sur ce type de programme informatique, ainsi que sur le mouvement du logiciel libre, qui a fortement influencé la philosophie et les valeurs véhiculées au sein du mouvement Wikimédia.
=== Chapitre 2 : Le mouvement du logiciel libre ===
L’un des premiers épisodes de la préhistoire de Wikipédia et du mouvement Wikimédia débuta en septembre 1983, lorsqu’un programmeur du Massachusetts Institute of Technology, appelé Richard Stallman, déposa un message sur la liste de diffusion net.unix-wizards. C’était un appel d’aide pour la création de GNU, un nouveau système d’exploitation qui devait réunir une suite de programmes que tout le monde pourrait utiliser librement sur son ordinateur personnel. Dans son message transmis via ARPANET, le premier réseau informatique à grande échelle qui précéda Internet, Stallman s’exprimait de la sorte :
Je considère comme une règle d’or que si j’apprécie un programme je dois le partager avec d’autres personnes qui l’apprécient. Je ne peux pas en bonne conscience signer un accord de non-divulgation ni un accord de licence de logiciel. Afin de pouvoir continuer à utiliser les ordinateurs sans violer mes principes, j’ai décidé de rassembler une quantité suffisante de logiciels libres, de manière à pouvoir m’en tirer sans aucun logiciel qui ne soit pas libre.
Le projet de Stallman, qui reçut le soutien nécessaire à son accomplissement, marqua ainsi le début de l’histoire du logiciel libre. Quant à la quantité d’aide fournie, elle permet de croire que Richard Stallman n’était pas seul à voir l’arrivée des logiciels propriétaires d’un mauvais œil. Car pour les membres du projet GNU et du mouvement du logiciel libre en général, un bon programme informatique doit respecter ces quatre libertés fondamentales :
1. La liberté d’exécuter le programme, pour tous les usages.
2. La liberté d’étudier le fonctionnement du programme, et de l’adapter à vos besoins.
3. La liberté de redistribuer des copies, donc d’aider votre voisin.
4. La liberté d’améliorer le programme, et de publier vos améliorations, pour en faire profiter toute la communauté.
Lors de l'apparition du logiciel libre, le marché de l’informatique était de fait en pleine mutation. L'habituel partage des codes informatiques entre les rares étudiants ou chercheurs qui bénéficiaient d’un accès à un ordinateur faisait l'objet d'une remise en question. Ce changement faisait notamment suite au Copyright Act de 1976, une nouvelle loi qui autorisait l'application d'un droit d'auteur sur le code informatique, et donc qui permettait d'en interdire le partage ou la réutilisation sans autorisation. Des clauses de confidentialité ont ainsi fait leur apparition, pendant que les employés des firmes informatiques étaient nouvellement soumis à des contrats de confidentialité. C'était la fin de l’entraide et de la solidarité pratiquées chez les pionniers de l’informatique. À sa place s'installaient la concurrence et la compétitivité, bien connues dans le système capitaliste marchand.
Cette mutation coïncidait avec l’arrivée des premiers ordinateurs de taille réduite. Grâce à l’apparition des premiers circuits intégrés, les premiers exemplaires avaient en effet été créés par l’industrie aérospatiale au début des années 1960. Cependant, il fallut attendre le début des années 1980 pour que le prix d’un ordinateur soit suffisamment bas pour en faire un bien de grande consommation.
C’est ainsi qu’en 1982, le Commodore 64 entrait dans le livre Guinness des records, avec plus de 17 millions d’exemplaires vendus dans le monde. Juste avant cela, en 1981, l’IBM Personal Computer avait déjà fait son apparition, en proposant une architecture ouverte qui allait servir de modèle pour toute une gamme d’ordinateurs que l’on désigne toujours aujourd’hui par l’acronyme « PC ».
Pour faire fonctionner ses nouveaux modèles d'ordinateurs, la société IBM avait confié à l’entreprise Microsoft, créée en 1975, la mission de les équiper d’un système d’exploitation. Le contrat signé entre les deux firmes fut une véritable aubaine pour le fournisseur des programmes informatiques. Car sans s'en apercevoir, et sans jamais anticiper que son matériel serait cloné à grande échelle, celle-ci avait en effet permis à Microsoft d'établir un monopole dans la vente de logiciels. Cela fut condamné pour abus de position dominante et vente liée du logiciel avec le matériel informatique, mais sans pour autant empêcher Bill Gates, le principal actionnaire de Microsoft, d'être l'homme le plus riche du monde en 1994.
Toutefois, pendant que Microsoft renforçait sa position dominante, un nouvel événement majeur allait marquer l’histoire du logiciel libre. Celui-ci fut de nouveau déclenché par un appel à contribution, qui fut cette fois posté le vingt-cinq août 1991 par un jeune étudiant en informatique de 21 ans, appelé Linus Torvalds. Via le système de messagerie Usenet, sa demande avait été postée dans une liste de diffusion consacrée au système d’exploitation Minix, une sorte d’UNIX simplifié et développé dans un but didactique, par le programmeur Andrew Tanenbaum.
Loin d’imaginer que cela ferait de lui une nouvelle célébrité dans le monde du Libre, Torvalds entama son message par le paragraphe suivant :
Je fais un système d’exploitation (gratuit) (juste un hobby, ne sera pas grand et professionnel comme gnu) pour les clones 386 (486) AT. Ce projet est en cours depuis avril et commence à se préparer. J’aimerais avoir un retour sur ce que les gens aiment ou n’aiment pas dans minix, car mon système d’exploitation lui ressemble un peu (même disposition physique du système de fichiers (pour des raisons pratiques) entre autres choses).
Bien qu’il fût présenté comme un passe-temps, le projet qui répondait au nom de « Linux », fut rapidement soutenu par des milliers de programmeurs du monde entier, avant de devenir la pièce manquante du projet GNU. En effet, les contributeurs au projet de Stallman n’avaient pas encore terminé l’écriture du code informatique du noyau Hurd, alors qu'il était censé établir la communication entre la suite logicielle produite par GNU et le matériel informatique. C'est donc la fusion des codes produits par les projets GNU et Linux qui permit la création du premier système complet, stable et entièrement libre baptisé GNU/Linux.
Au départ de ce nouveau système informatique, de nombreuses variantes, que l’on nomme communément « distributions », furent créées par des programmeurs de tous horizons. L’une de celles-ci s’intitule Debian et tire sa réputation d'être simultanément libre, gratuite, très fiable et produite par une communauté sans lien direct avec une société commerciale. Quatre qualités qui expliquent pourquoi, Debian sert de base à plus de 150 distributions dérivées, et que de nombreuses organisations l'utilisent, comme le fait la Fondation Wikimédia sur les serveurs qui hébergent les projets qu'elle supporte.
Grâce à la naissance des logiciels libres, le mouvement Wikimédia a donc la possibilité de faire tourner ses serveurs informatiques, avec un système d’exploitation fiable, libre et gratuit. Comme son code source est ouvert, cela permet aussi à la Fondation Wikimédia de le modifier pour répondre aux besoins spécifiques du mouvement. À la suite de quoi, et selon les règles formulées par la communauté du logiciel libre, les modifications faites par la Fondation deviennent à leur tour, gratuitement et librement, utilisables par d’autres personnes ou organismes.
À ce premier héritage reçu par le mouvement Wikimédia et toujours en provenance des logiciels libres, s’ajoute une innovation méthodologique. Dans son article La Cathédrale et le Bazar, Eric Raymond mobilise en effet le terme « cathédrale » pour désigner le mode de production des logiciels propriétaires, en opposition au mot « bazar », qu'il utilise pour qualifier le mode de développement des logiciels libres. D’un côté, il décrit une organisation pyramidale, rigide et statutairement hiérarchisée, comme on peut la voir souvent au sein des entreprises. Tandis que de l’autre, il parle d’une organisation horizontale, flexible et peu hiérarchisée, qu’il a lui-même expérimentée en adoptant le style de développement de Linus Torvalds, à savoir : « distribuez vite et souvent, déléguez tout ce que vous pouvez déléguer, soyez ouvert jusqu’à la promiscuité ».
À l’instar de la métaphore du quartier numérique présentée dans le précédent chapitre, cette manière de décrire les projets open source nous aide donc ici à mieux comprendre ce qui se passe dans le mouvement Wikimédia. D'un côté, on retrouve effectivement cette « ouverture jusqu’à la promiscuité », dans le libre accès accordé aux projets Wikimédia, alors que de l'autre, tout le monde peut participer aux projets Wikimédia, qu'ils soient en ligne ou hors ligne.
Ces deux observations corroborent donc l’existence d’un deuxième héritage en provenance du mouvement du logiciel libre. Néanmoins, il nous reste encore à découvrir un phénomène négligé par Eric Raymond durant ses observations, et qui pourtant, a considérablement influencé l'histoire de la révolution numérique. Il s’agit de l’apparition de la licence libre, de la philosophie qu'elle sous-tend, et du mouvement de la culture libre, dont elle fut à l’origine.
=== Chapitre 3 : Les licences et la culture libres ===
Dans une biographie autorisée, Christophe Masutti explique à quel point la création de la Licence publique générale GNU, en tant que première licence libre créée par Richard Stallman, représente un épisode majeur de la révolution numérique. Selon lui :
La GPL apparaît comme l’un des meilleurs hacks de Stallman. Elle a créé un système de propriété collective à l’intérieur même des habituels murs du copyright. Surtout, elle a mis en lumière la possibilité de traiter de façon similaire « code » juridique et code logiciel.
Le concept de distribution associé à ce nouveau type de licence fut baptisé « copyleft », par inspiration d’un jeu de mots que Richard Stallman avait trouvé dans un courrier transmis par son collègue Don Hopkins. Le principe novateur de ce concept est d'obliger toute production de code dérivé à se soumettre à la même licence libre que le code d’origine. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle beaucoup de gens parlent de licence « virale » ou « récursive » en faisant référence à celle-ci. Quant à l'importance de cette clause, elle repose sur le fait d'interdire toute privatisation d'un code informatique produit sous licence libre. Sans celle-ci, un tel code risque en effet d'être récupéré, puis modifié, avant d’être placé sous un habituel copyright de type « tous droits réservés », dans le but de commercialiser son usage.
En 2001 et dans la mouvance provoquée par l'arrivée des premières licences libres, une organisation internationale sans but lucratif, intitulée Creative Commons, a entamé la promotion du « partage et la réutilisation de la créativité et des connaissances grâce à la fourniture d’outils juridiques gratuits ». Pour ce faire, elle met régulièrement à jour une panoplie de licences inspirées par la GNU, mais spécialement adaptées aux œuvres de l'esprit, telles que les productions littéraires, musicales, photographiques et vidéo, ainsi que les bases de données.
Contrairement aux licences libres fournies par la Free Software Foundation, conçues pour protéger du code informatique, les licences produites par Creative Commons offrent la possibilité de sélectionner différentes clauses pour protéger une œuvre libre. Avec le label CC, pour Creative Commons, on peut ainsi appliquer, ou ne pas appliquer, la clause « BY », qui oblige à créditer l'auteur, et la clause « SA », pour Share Alike, qui ordonne le partage à l’identique comme décrit précédemment. Après quoi il est encore possible d'ajouter la clause « NC », qui impose un usage non commercial, et finalement, la clause « ND », pour Non Derivative, qui exige que l’œuvre soit utilisée ou reproduite dans son intégralité et sans modification.
Le mouvement Wikimédia a choisi la licence CC.BY-SA pour protéger les contenus publiés dans tous ses projets. Cela à l'exception de la banque de données Wikidata, qui au même titre que les descriptions apportées aux fichiers téléchargés dans la médiathèque Wikimedia Commons, publie ses informations structurées sous licence CC0. Cette dernière licence proposée par creative commons est ce qui se rapproche le plus du domaine public, avec pour avantage de ne pas devoir mentionner les auteurs dans le traitement et la réutilisation du contenu de la base de données.
Cependant, il en résulte que les informations en question peuvent être réutilisées par des tiers qui ne sont plus obligés de citer leurs sources, comme le font les agents conversationnels des intelligences artificielles génératives, appelés couramment chatbots. Contrairement à la licence CC.BY-SA, la licence CC0 est donc moins apte à pérenniser les projets Wikimédia, puisqu'elle permet d'invisibiliser ces derniers au risque de réduire les chances d'arrivée de nouveaux contributeurs et contributrices. De plus, sans la clause SA qui assure l'application du copyleft, toutes les informations récupérées au sein de Wikidata et de Wikimedia Commons sont aussi susceptibles de quitter le monde du libre, une fois traitées par des entreprises commerciales.
Quoi qu’il en soit, les licences Creative Commons, inspirées par la licence libre de Richard Stallman, apparaissent finalement comme un troisième héritage en provenance du mouvement du logiciel libre et de la culture libre qui en est issue. Grâce à la licence CC.BY-SA, les éditeurs des projets Wikimédia bénéficient effectivement d'une certaine reconnaissance, tout en étant assurés qu'aucun copyright sur leurs travaux ne puisse profiter exclusivement à une personne ou une compagnie. Cela pendant que la licence libre appliquée au système d'exploitation installé sur les serveurs Wikimédia garantit, pour sa part, un certain respect des contributeurs, puisqu'elle permet de vérifier si le code informatique ne compromet pas leurs vies privées.
Avec tous les autres apports en provenance du logiciel libre, ce sont là deux choses importantes qui ont permis l'apparition du mouvement Wikimédia. Toutefois, cela ne pouvait pas suffire à la création du projet Wikipédia qui en fut le point de départ. Car sans l'espace numérique, mondial et libre d’accès, créé par Internet et l'espace web, aucune encyclopédie collaborative de cette envergure n'aurait pu voir le jour.
=== Chapitre 4 : Le réseau Internet ===
L’histoire du réseau Internet constitue un nouvel épisode captivant de la révolution numérique, sans lequel le mouvement Wikimédia n’aurait jamais pu émerger. D’un point de vue purement technique, ce réseau informatique a été mis au point dans les années 1970, avant l’adoption généralisée du protocole TCP/IP, toujours en usage à ce jour. Ce dernier fut inventé par Vint Cerf et Robert Elliot Kahn, quand ils travaillaient pour la Defense Advanced Research Projects Agency, rattachée au département de la Défense américaine. L'une des premières présentations de leur projet fut, entre autres, réalisée lors d’une conférence organisée par l’International Network Working Group, une instance créée pour assurer la gouvernance mondiale du réseau informatique.
Sur base de ces informations, on peut penser qu’Internet a été créé par des militaires. Cependant, Une contre-histoire de l’Internet, nous révèle que les créateurs et les premiers utilisateurs d’ARPANET, considéré comme l’ancêtre d’Internet, étaient davantage des étudiants hippies et amateurs de LSD, que des militaires bien drillés. D’ailleurs, avant la standardisation du protocole TCP/IP, ARPANET fonctionnait depuis plus d’un an avec un autre protocole de transition intitulé Network Control Program. Or, celui-ci avait été mis au point, en février 1969, par le Network Working Group, un groupe informel d’étudiants rassemblés autour de Steve Crocker, lorsqu’il ne détenait encore qu’une simple licence.
Bien que rarement cité dans l’histoire d’Internet, ce groupe a pourtant mis en place la procédure RFC, pour Request For Comments, reconnue comme « l’un des symboles forts de la "culture technique" de l’Internet, marquée par l’égalitarisme, l’autogestion et la recherche collective de l’efficience ». Soit trois principes et une procédure, qui aujourd’hui encore sont appliqués sur le site Méta-Wiki, dans lequel s'organise la gestion communautaire du mouvement Wikimédia. Cela alors qu'au sein des projets pédagogiques, d’autres processus similaires de recherche de consensus ont fait leur apparition.
Il faut ensuite savoir que les liens entre ARPANET et l’armée ont disparu avec l’apparition du MILNET, un réseau entièrement dédié aux activités militaires, rebaptisé NIPRNet, pour Non-classified Internet Protocol Router Network, en 1990. Après une séparation définitive en 1983, précisément l’année où Richard Stallman postait sa demande d’aide pour le projet GNU, le réseau ARPANET resta uniquement dédié à la recherche et au développement. À cette époque, le réseau ne comprenait pas plus de 600 machines connectées, ce qui n'a donc rien de comparable avec ce vaste réseau informatique mondial que nous connaissons aujourd’hui, et qui fut fortement développé au cours des années 1990.
Pour en assurer l’entretien technique, une organisation non gouvernementale, a été créée en 1992, sous l'appellation d’Internet Society. Celle-ci devait aussi veiller au respect des valeurs fondamentales liées au bon fonctionnement du réseau. Car avant d'atteindre des milliards d’appareils connectés, il a d’abord fallu réglementer les nombreuses dorsales internet intercontinentales, sans lesquelles la transmission du protocole TCP/IP partout dans le monde n'aurait pas été possible.
Pour en revenir à l’état d’esprit des créateurs d'Internet, un article intitulé Quarante ans après : mais qui donc créa l’internet ? apporte un éclairage particulièrement intéressant au sujet des liens que l'on peut établir entre le mouvement Wikimédia et l'histoire d'Internet. Dans son témoignage, Michel Elie, cet ingénieur en informatique, membre du Network Working Group cité précédemment, et responsable de l’Observatoire des Usages de l’Internet, nous explique effectivement ceci.
Le succès de l’internet, nous le devons aux bons choix initiaux et à la dynamique qui en est résultée : la collaboration de dizaines de milliers d’étudiants, ou de bénévoles apportant leur expertise, tels par exemple ces centaines de personnes qui enrichissent continuellement des encyclopédies en ligne telles que Wikipédia.
Au courant des années 1990, le milieu informatique universitaire semblait donc toujours fortement imprégné des idéaux de la contre-culture des années 1960, produit par les baby boomers dans le contexte de la guerre du Vietnam. Afin d'illustrer les idées véhiculées à cette époque, voici un paragraphe extrait d'un ouvrage publié en 1970 et intitulé Vers une contre-culture : Réflexions sur la société technocratique et l’opposition de la jeunesse. Dans celui-ci, Théodore Roszak explique que :
Le projet essentiel de notre contre-culture : proclamer un nouveau ciel et une nouvelle terre, si vastes, si merveilleux que les prétentions démesurées de la technique soient réduites à n’occuper dans la vie humaine qu’une place inférieure et marginale. Créer et répandre une telle conception de la vie n’implique rien de moins que l’acceptation de nous ouvrir à l’imagination visionnaire. Nous devons être prêts à soutenir ce qu’affirment des personnes telles que Blake, à savoir que certains yeux ne voient pas le monde comme le voient le regard banal ou l’œil scientifique, mais le voient transformé, dans une lumière éclatante et, ce faisant, le voient tel qu’il est vraiment.
À la suite de cette lecture, il peut sembler paradoxal de penser qu’une contre-culture, voyant la technique comme « inférieure » et assimilant la science au « banal », puisse avoir un lien avec le milieu scientifique universitaire qui fut à l'origine d'Internet. Cependant, une réponse à cette énigme fut apportée par Fred Turner, par la publication de son livre intitulé : « Aux sources de l’utopie numérique : De la contre-culture à la cyberculture, Stewart Brand, un homme d’influence ».
Grâce à cet ouvrage, on découvre en effet que le mouvement Hippie utilisera tout ce qui était à sa disposition à l’époque pour parvenir à ses fins : LSD, spiritualités alternatives, mais également, objets technologiques les plus en pointe. Cela grâce notamment à l’influence de Steward Brand, le créateur d'un catalogue interactif, qui peut être considéré comme l'ancêtre analogique des groupes de discussions numériques apparus des années plus tard.
Comme autre indication, il y a ensuite les propos tenus en 1992, lors d’une plénière de la 24ᵉ réunion du groupe de travail sur l’ingénierie Internet, par David D. Clark, un autre pionnier d’Internet. Durant cette rencontre, ce chef de projet prononça des paroles restées dans les annales. « Nous récusons rois, présidents et votes. Nous croyons au consensus et aux programmes qui tournent ». Deux phrases seulement, mais qui, dans le cadre du milieu informatique, permettent de croire que le mépris de la contre-culture envers la technique et la science, s'est transformé en un refus d’autorité et une recherche de consensus.
Dans tous les cas, le développement du réseau Internet ne s'est pas fait sans conflits idéologiques importants. On peut d'ailleurs se demander aujourd'hui à quoi ressemblerait Internet s'il n'avait jamais été commercialisé. Cela s'est passé en novembre 1994, lorsque l’association sans but lucratif Advanced Network and Services, chargée de gérer les accès à Internet, a fait le choix de vendre ses activités. Cette décision faisait suite à un appel à des fonds privés pour financer d'importants changements dans l'infrastructure du réseau. Profitant de l'occasion, la société commerciale America Online a ainsi repris à son compte la gestion des connexions à Internet, après avoir effectué un versement de 35 millions de dollars.
Trente ans plus tard, Internet est devenu ce réseau que nous expérimentons aujourd'hui, à savoir : un réseau dominé par des sociétés privées les plus riches au monde. Dans ce contexte et parmi les 100 sites web les plus visités au monde, seul le nom de domaine Wikipédia appartient à une organisation non lucrative. Cela explique donc pourquoi le mouvement Wikimédia, via son encyclopédie et la fondation qui l'héberge, représente à ce jour, et dans l'espace web, l'expression la plus visible de la philosophie des pionniers d’Internet.
Plus qu'un héritage, cette situation peut être vue comme une mission perpétuée au sein d'un espace envahi par une culture marchande et capitaliste. C'est là une information importante qu'il faut retenir au sujet du mouvement Wikimédia. Elle ne clôture pas pour autant tout ce qu'il faut savoir au sujet des évènements qui ont permis la création d’une encyclopédie mondiale, libre et collaborative. Mais en revanche, elle nous invite à découvrir l'histoire du World Wide Web, un espace numérique sans lequel la création de Wikipédia n'aurait jamais été possible.
=== Chapitre 5 : Le World Wide Web ===
Maintenant que le lien entre la création d'Internet et le mouvement Wikimédia est établi, découvrons à présent l'application la plus connue du réseau, que l'on nomme le World Wide Web, ou plus simplement « Web ». C'est Tim Berners-Lee qui en fut l’inventeur, lorsqu’il était encore actif à l'Organisation européenne pour la recherche nucléaire. Il avait pour idée de créer un espace d’échange public par l’intermédiaire d'Internet, et pour y parvenir, il mit au point le logiciel « WorldWideWeb », rebaptisé Nexus pour éviter toute confusion avec le World Wide Web.
Grâce à un système d’indexation appelé hypertexte, ce programme informatique a permis de produire et de connecter des espaces numériques intitulés sites Web. Ceux-ci sont composés de pages web, hébergées sur des ordinateurs distants, mais connectés entre eux au travers du réseau Internet. Pour permettre ce type de connexion, Berners-Lee mit au point le Hypertext Transfer Protocol ou HTTP, un nouveau protocole de communication simple en soi, mais dont la mise en œuvre technique est compliquée.
Pour veiller au bon fonctionnement et au bon usage de l'espace web, des règles de standardisation ont tout d'abord été édictées par l’association Internet Society. Après quoi, Berners-Lee fonda le W3C, un consortium international dont la devise est : « un seul Web partout et pour tous ». Si ce slogan nous apparaît très naturel aujourd’hui, il faut toutefois savoir que l'espace Web a bien failli être régi séparément par des acteurs commerciaux, avec tous les droits d'accès que cela aurait pu engendrer.
À partir du trente avril 1993, jour du dépôt du logiciel WorldWideWeb dans le domaine public par Robert Cailliau, un collègue de Berners-Lee chargé de la promotion de son projet, un tel scénario était en effet possible. Sauf qu'après le départ de Berners-Lee, devenu président du W3C, François Flückiger, qui avait repris son poste au sein du CERN, eut la présence d'esprit de réagir à temps. Selon le livre Alexandria qui parcourt l'histoire de Robert Caillau, voici ce qui aurait pu se passer si le code de l’éditeur HTML n'avait finalement pas été placé sous licence libre.
La philanthropie de Robert, c’est très sympa, mais ça expose le Web à d’horribles dangers. Une entreprise pourrait s’emparer du code source, corriger un minuscule bug, s’approprier le « nouveau » logiciel et enfin faire payer une licence à ses utilisateurs. L’ogre Microsoft, par exemple, serait du genre à flairer le bon plan pour écraser son ennemi Macintosh. Les détenteurs d’un PC devraient alors débourser un certain montant pour profiter des fonctionnalités du Web copyrighté Microsoft. Les détenteurs d’un Macintosh, eux, navigueraient sur un Web de plus en plus éloigné de celui vendu par Bill Gates, d’abord gratuit peut-être, avant d’être soumis lui aussi à une licence.
Face à un tel scénario, nous découvrons de nouveau à quel point le concept de licence libre a fondamentalement changé le cours de la révolution numérique. Sans cela, nos expériences et nos usages de l'espace numérique auraient été totalement différents. L'utopie Wikipédia, par exemple, n'aurait certainement pas vu le jour, en raison de l'éclatement des espaces numériques et des coûts d'accès auxquels seraient confrontés les bénévoles qui ont construit le projet. Quoi qu'il en soit, et au niveau technique, une fois l'espace web apparu, il ne manquait plus qu'une chose pour permettre la création d'une encyclopédie collaborative au format numérique.
=== Chapitre 6 : Les plateformes Wiki ===
Un wiki, ou un moteur de wiki, est un logiciel que l'on installe sur un serveur informatique pour permettre la création d’un site web éditable et configurable à l’aide d’un simple navigateur. Plus précisément, c’est un système de gestion de contenu, dans lequel le code HTML, CSS, JavaScript et Lua, ainsi que certains paramètres, peuvent être modifiés par tous les internautes. Cela peut se faire en se connectant à un compte utilisateur, afin de bénéficier des droits de modification et d’administration qui lui sont accordés, ou en utilisant la configuration attribuée par défaut aux personnes non connectées.
Sur les pages web d'un wiki, chaque modification provoque un nouvel enregistrement complet du code source qui la compose. De la sorte, il est toujours possible, à partir d’une page reprenant l’historique des modifications, de rétablir l'une de ses anciennes versions. Grâce à ce système, on peut ainsi savoir quelle personne, ou quelle adresse IP est à l’origine d’un changement, et même voir l’endroit où la modification a été faite, et à quel moment celle-ci a été réalisée.
Le premier logiciel Wiki, qui portait le nom de WikiWikiWeb, a été créé et placé sous licence libre GPL par Ward Cunningham en mars 1995. Grâce à la licence, d’autres programmes wiki ont vu le jour en copiant ou s’inspirant du code source de WikiWikiWeb, ou des autres projets wiki qui l'avaient fait auparavant. Cette émulation récursive, qui donna naissance à toute une panoplie de projets wiki, est donc à nouveau une belle illustration des retombées positives que peut susciter l'application d'une licence libre.
Parmi les différents logiciels Wiki disponibles, UseModWiki fut choisi par la société Bomis qui finança la création du premier projet Wikipédia en anglais. C'était un choix judicieux, car l’éclatement de la bulle spéculative d’Internet, à la fin des années 2000, confrontait l'entreprise à de grosses difficultés financières. Un programme gratuit, simple d’utilisation et peu gourmand en ressources informatiques, convenait donc parfaitement dans ce cadre. UseModWiki fut par après remplacé par un autre moteur de Wiki sans nom, mais plus performant et toujours produit sous licence libre. Ce dernier fut ensuite amélioré par plusieurs programmeurs, dont Brion Vibber, le premier employé de la Fondation Wikimédia, avant d’être finalement intitulé MediaWiki.
Avec l’aide de nouveaux employés et des bénévoles actifs sur le site mediawiki.org, ce système de gestion de contenu finit par apparaitre en tête du classement des wikis les plus utilisés. Grâce à la licence libre, des milliers d'autres personnes et projets ont pu en effet développer des sites Web, sans nécessairement faire partie du mouvement Wikimédia. Ce succès a par ailleurs justifié l'organisation de rassemblements annuels entre 2016 et 2020, entre personnes et organisations qui utilisent le programme, pour discuter de son développement et de ses usages.
Ceci étant dit, il existe dans la liste des Wikis d’autres logiciels libres intéressants, tels que DokuWiki, rendu populaire par sa simplicité d’installation et d’usage. Jusqu’à ce jour cependant, seul MediaWiki semble suffisamment stable et puissant pour permettre le développement optimal de l’ensemble des projets Wikimédia. Avec parmi ceux-ci, bien sûr, Wikipédia, l'encyclopédie libre et universelle, dont nous allons enfin découvrir la mise en place dans ce prochain chapitre.
=== Chapitre 7 : L’encyclopédie libre et universelle ===
Dans les chapitres précédents, nous avons découvert toutes les innovations techniques et culturelles sans lesquelles Wikipédia n’aurait jamais pu devenir la plus grande encyclopédie libre et universelle connue au monde. Son objectif est de synthétiser la totalité du savoir humain. Ce qui n’est autre, finalement, qu’un vieux rêve de notre humanité. Trois cents ans avant Jésus-Christ et durant la création de la bibliothèque d’Alexandrie, ce désir était aussi celui de Ptolémée Iᵉʳ. C'était deux siècles avant que Denis Diderot publie, avec Jean Le Rond d'Alembert et Louis de Jaucourt en 1751, la première édition de l’Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers. Quant à Paul Otlet, qui a créé avec Henri La Fontaine la classification décimale universelle en usage depuis 1905, il s’était mis en tête de répertorier l’ensemble du savoir humain au sein d'un seul édifice.
Peu connu à ce jour, ce documentaliste belge rêvait pourtant de cataloguer le monde et de rassembler toutes les connaissances humaines, sous la forme d’un gigantesque répertoire bibliographique universel, situé à l'intérieur d'un Mundaneum. En 1934, dans le Traité de documentation écrit par celui qui voulait « classer le monde », Otlet décrit, de manière particulièrement visionnaire, un possible partage du savoir et de l’information.
Ici, la Table de Travail n’est plus chargée d’aucun livre. À leur place se dresse un écran et à portée un téléphone. Là-bas, au loin, dans un édifice immense, sont tous les livres et tous les renseignements, avec tout l’espace que requiert leur enregistrement et leur manutention…
De là, on fait apparaître sur l’écran la page à lire pour connaître la question posée par téléphone avec ou sans fil. Un écran serait double, quadruple ou décuple s’il s’agissait de multiplier les textes et les documents à confronter simultanément ; il y aurait un haut-parleur si la vue devrait être aidée par une audition. Une telle hypothèse, un Wells certes l’aimerait. Utopie aujourd’hui parce qu’elle n’existe encore nulle part, mais elle pourrait devenir la réalité de demain pourvu que se perfectionnent encore nos méthodes et notre instrumentation.
À peu de choses près, cette utopie décrite en 1934 par Otlet correspond à l'usage que l'on fait du réseau Internet et de son espace web, lorsqu'on recherche de l'information aujourd'hui. Premièrement, allumer un système informatique, avec ou sans fil, muni d'un écran ; ensuite, poser une question dans un moteur de recherche ; puis, comme cela arrive très souvent, être redirigé vers l'une des versions linguistiques de Wikipédia.
Ce scénario, dans lequel les moteurs de recherche jouent un rôle central, explique la popularité de l'encyclopédie libre. D'autres projets similaires étaient pourtant apparus sur le Web avant l'arrivée de Wikipédia. Environ trois ans avant sa création, Aaron Swartz, un activiste de la culture libre qui avait juste douze ans à l'époque, avait par exemple lancé une sorte de site encyclopédique produit et régi par ses usagers. Appelé The Info Network, ce site web avait d'ailleurs permis à son auteur de recevoir l'ArsDigita Prize, un prix décerné aux jeunes créateurs de projets « utiles, éducatifs, collaboratifs et non commerciaux ».
Il faut savoir ensuite que l'expression « encyclopédie libre et universelle » fut oubliée pour la première fois durant l'année 2000 par Richard Stallman, soit l'année qui précéda celle de la naissance de Wikipédia. C'était dans un essai intitulé The Free Universal Encyclopedia and Learning Resource, qui, selon son auteur, avait été rédigé deux ans avant sa publication sur la liste de diffusion du projet GNU. Repris ci-dessous, un extrait de ce texte, présente les particularités du projet.
Le World Wide Web a le potentiel de devenir une encyclopédie universelle couvrant tous les domaines de la connaissance et une bibliothèque complète de cours d’enseignement. Ce résultat pourrait être atteint sans effort particulier, si personne n’intervient. Mais les entreprises se mobilisent aujourd’hui pour orienter l’avenir vers une voie différente, dans laquelle elles contrôlent et limitent l’accès au matériel pédagogique, afin de soutirer de l’argent aux personnes qui veulent apprendre.
Nous ne pouvons pas empêcher les entreprises de restreindre l’information qu’elles mettent à disposition ; ce que nous pouvons faire, c’est proposer une alternative. Nous devons lancer un mouvement pour développer une encyclopédie libre universelle, tout comme le mouvement des logiciels libres nous a donné le système d’exploitation libre GNU/Linux. L’encyclopédie libre fournira une alternative aux encyclopédies restreintes que les entreprises de médias rédigeront.
En parlant d'un « mouvement pour développer une encyclopédie libre universelle », Stallman anticipait donc, sans le savoir, l'arrivée du mouvement Wikimédia, qui ne se concrétisa que bien des années plus tard. Quant à la soixantaine de paragraphes qui décrivent son projet, on y retrouve, dans une forme presque identique, les cinq principes fondateurs qui ont guidé la création de Wikipédia et qui sont toujours actifs à ce jour.
Le premier consiste bien sûr à créer une encyclopédie ; le deuxième réclame une neutralité de point de vue, chose que Stallman expliquait déjà en écrivant qu’« en cas de controverse, plusieurs points de vue seront représentés » ; le troisième implique le respect des droits d’auteur et l’adoption d'une licence libre, celle précisément dont Stallman avait été l'initiateur ; le quatrième inscrit le projet dans une démarche collaborative, alors que Stallman précisait déjà que « tout le monde est le bienvenu pour écrire des articles » ; et le cinquième enfin, stipule qu’il n’y a pas d’autres règles fixes, une position très courante dans le milieu des hackers dont Stallman faisait partie.
Il apparaît donc clairement que le projet Wikipédia n'était pas une idée originale en soi, mais plutôt une opportunité saisie par la société Bomis pour enrichir sa propre encyclopédie commerciale, Nupedia. Cette dernière avait été lancée en avril 2000, soit environ dix mois avant Wikipédia, et sa rédaction était assurée par des experts engagés au sein d’un processus éditorial strict et formel. Malheureusement pour la firme Bomis, le nombre d’articles ne progressait que très lentement.
Dans le but d'accélérer le processus, Larry Sanger, un docteur en philosophie employé par Bomis pour assurer le rôle de rédacteur en chef de Nupedia, eut l'idée d'installer un logiciel wiki sur les serveurs de son entreprise. L'objectif était d'ouvrir un site web participatif, dans lequel des volontaires pourraient créer des articles encyclopédiques, pour qu'ils soient ensuite intégrés dans le projet commercial. Malgré le manque d’enthousiasme de son employeur Jimmy Wales, Sanger mit ses idées en application, et c'est donc ainsi que débuta l’histoire de Wikipédia, avec sa toute première version en anglais.
C’était le 15 janvier 2001, précisément le même mois où Richard Stallman mit en ligne son propre projet d’encyclopédie libre et universelle, qu'il souhaitait intituler GNUPedia. Étonnamment, les noms de domaine gnupedia .com .net et .org avaient déjà été enregistrés au nom de Jimmy Wales, ce qui obligea Stallman à rebaptiser son projet GNE. Ce fait est d'autant plus surprenant que Wales affirma des années plus tard : « n’avoir eu aucune connaissance directe de l’essai de Stallman lorsqu’il s’est lancé dans son projet d’encyclopédie ».
Le site GNE ne ressemblait cependant pas vraiment à une encyclopédie, mais plutôt à un blog collectif ou une base de connaissance, tandis que sa page d’accueil précisait clairement qu’il s’agissait d’une bibliothèque d’opinion. Quant à sa modération, elle avait demandé d'engager un employé, car elle s'est avérée bien plus compliquée que prévu. À côté de cela, et probablement grâce aux spécificités de l’environnement wiki et aux soutiens apportés par Jimmy Wales et Larry Sanger, Wikipédia réussit à mettre en place une organisation efficace au sein d'une communauté d'éditeurs grandissante.
Peut-être en raison de la concurrence libre faite par le projet GNE, Jimmy Wales décida d'abandonner le copyright que Bomis détenait sur son encyclopédie commerciale Nupedia, pour le remplacer par une licence Nupedia Open Content. Peu de temps après, il décida finalement d'adopter la licence de documentation libre GNU conçue pour protéger les textes de documentation des logiciels libres. Ce dernier choix fut une stratégie payante, puisque cela incita Richard Stallman à transférer tout le contenu de son projet GNE vers Nupedia, et à encourager tout le monde à contribuer sur Wikipédia.
Parmi les autres actions de Jimmy Wales qui ont contribué au succès de Wikipédia, il y eut cette idée d'ouvrir le projet aux « gens ordinaires ». C’était un choix qui s’opposait aux idéaux de Larry Sanger, qui de loin préférait le modèle de Nupedia avec son système de relecture par des experts. Cependant, Jimmy Wales, en tant qu'homme d’affaires, visait une croissance plus rapide du contenu de l'encyclopédie.
Cette croissance ne s'est toutefois pas faite sans difficulté. Le 26 février 2002, en effet, l'Enciclopedia Libre Universal en Español, un projet dissident du projet Wikipédia, fit son apparition. C'était une réaction à de la censure, à l'existence d'une ligne éditoriale et à la possibilité de voir apparaitre des publicités dans Wikipédia. En raison des remises en question que cette séparation suscitait parmi les bénévoles actifs dans les projets, Jimmy Wales renonça finalement à l'usage de la publicité et mit de côté ses visions en matière de profit.
Il faut aussi tenir compte du fait que cet évènement est survenu lors de l'éclatement de la bulle spéculative Internet et du krach boursier de 2001-2002. Une conjoncture qui plaçait la société Bomis dans des difficultés financières, et surtout, dans l'incapacité de payer le salaire de Larry Sanger, son seul employé. En mars 2002 et après un mois d’activité bénévole, l’ex-employé décida alors de quitter les fonctions, qu'il occupait depuis un peu plus d'un an, dans Nupedia et Wikipédia. Avec le seul soutien de Jimmy Wales, les deux encyclopédies purent toutefois poursuivre leurs développements, toujours avec le concours d'experts dans Nupedia et d'une communauté bénévole au niveau de Wikipédia. Néanmoins, en septembre 2003 et vu l'écart qui se creusait entre les deux projets, l'encyclopédie Nupedia fut fermée et ses quelques dizaines d'articles transférées vers les milliers d'autres que comprenait déjà le projet Wikipédia.
Trois ans plus tard, Larry Sanger n’avait pas dit son dernier mot. En septembre 2006, il décida en effet de lancer sur fonds propres une encyclopédie intitulée Citizendium. Cette plateforme écrite en anglais uniquement et toujours active à ce jour, repose sur un système d’expertise, dans lequel les contributrices et les contributeurs doivent déclarer leur identité réelle. En avril 2026 cependant, Citizendium reprenait moins de 2000 articles, tout avancement confondu, tandis que le projet Wikipédia en anglais en regroupait déjà plus de 7 millions.
Voici donc comment est née la plus grande encyclopédie au monde, dont la taille et la visibilité n'avaient jamais été égalées auparavant. Une encyclopédie qui, de plus, s'est rapidement déclinée en de nombreuses versions linguistiques, à l'instar de sa version francophone, lancée moins de quatre mois après le projet original en anglais. Toutes ces versions ont formé les premières bases d’une organisation mondiale, bientôt chapeautée par une fondation. Avant cela, d'autres projets pédagogiques et collaboratifs ont vu le jour au côté de Wikipédia. Intitulés « projets frères », ceux-ci se constituent à leur tour, en de nombreuses versions linguistiques, tout en poursuivant le processus de création du mouvement Wikimédia.
=== Chapitre 8 : L'arrivée des projets frères ===
Dans le but de développer des contenus pédagogiques qui ne trouvaient pas leur place dans Wikipédia, d’autres projets pédagogiques et collaboratifs ont vu le jour, pour former ce que l'on appelle couramment aujourd'hui : l’écosystème Wikimedia. La naissance de tous ces projets, ainsi que les évènements importants qui ont contribué au développement du mouvement, ont été repris dans une ligne du temps réalisée par Guillaume Paumier, à l’occasion du dixième anniversaire de Wikipédia. Grâce à ce graphique, on peut voir en détail l'évolution du nombre de projets, de versions linguistiques, de contributeurs et d'articles, et se faire ainsi une idée sur la vitesse à laquelle s'est développé le mouvement Wikimédia.
Parmi tous les projets frères de Wikipédia, le premier à apparaître fut Méta-Wiki, une plateforme de référence pour centraliser la gestion de l'ensemble des sites web hébergés par la fondation Wikimédia. Dans un premier temps, cet espace communautaire en ligne a répondu à la nécessité de traiter en un seul lieu les questions communes aux différentes versions linguistiques de Wikipédia. Aujourd'hui, le site web est le principal endroit de coordination et de gestion de l'ensemble du mouvement Wikimédia. On y retrouve énormément d'informations au sujet des projets en ligne, et peut-être plus encore, concernant la Fondation et les organismes affiliés.
Après Méta-Wiki, sept autres projets de partage de la connaissance ont fait leur apparition, avant d'être déclinés à leur tour en plusieurs versions linguistiques. Tous ces projets émergent en général sur l’initiative d’un petit groupe de personnes actives au sein d’un projet préexistant. Ce fut le cas du projet Wiktionnaire en anglais, le deuxième projet à voir le jour après Méta-Wiki, en décembre 2002, soit deux ans avant la version francophone apparue en mars 2004.
Il est intéressant d'observer que la version francophone du Wiktionnaire n’a pas été créée à partir du projet anglophone, mais bien depuis le projet Wikipédia en français. D'ailleurs, on peut retrouver dans les archives de ce dernier projet, un débat concernant la pertinence de cette création, dont voici un extrait.
En fait, ce qui me peine vraiment avec le projet Wiktionary, c’est que alors qu’on essaie de rassembler les gens (pas facile) pour créer une sorte de tour de Babel de la connaissance (tâche bien longue et difficile), ce nouveau projet va disperser les énergies pour une raison qui ne me semble pas valable. C’est la création de Wiktionary qui va créer des redondances. À mon avis il existera rapidement des pages sur le même mot, mais ne contenant pas les mêmes informations. Pour quelle raison ces connaissances devraient-elles être séparées ? Les encyclopédies sur papier devaient faire des choix à cause du manque de place, mais nous, pourquoi le ferions-nous ??? "Wikipédia n’est pas un dictionnaire" n’est pas un argument à mon avis... si vraiment c’était pas un dictionnaire, il faudrait virer tout un tas d’article. Je ne comprends vraiment pas cette volonté de séparer la connaissance entre ce qui est "encyclopédique" et ce qui n’est "qu’une définition".
[Réponse]
Pour moi ce qu’est Wiktionary, c’est une partie de Wikipédia s’intéressant plus particulièrement aux aspects linguistiques des mots. La différence que je verrais entre la partie dictionnaire de Wikipédia et sa partie dite encyclopédique, c’est que la partie dictionnaire s’intéresserait au sens des mots eux-mêmes alors que la partie encyclopédie s’attache plus à faire ressortir un état des connaissances à un moment donné. Le pourquoi de la séparation d’avec la partie encyclopédie tient plus à des raisons techniques qu’à une volonté de monter un projet indépendant, en effet, à mon humble avis, un dictionnaire nécessite une plus grande rigueur (de présentation) qu’une encyclopédie. Ceci entraîne beaucoup de problème et entre autres le choix de la mise en forme des articles du dictionnaire.
Créer un nouveau projet, c’est effectivement créer un nouveau site web, qui devra faire l’objet d’une nouvelle gestion, tant pour les serveurs de la Fondation, que pour la nouvelle communauté de contributeurs. L’importation de pages d’un projet à l'autre ou la traduction de celles-ci sont bien sûr toujours possibles, mais cela duplique alors aussi la maintenance et les mises à jour. Le choix de scinder un projet, en faveur d’une plus grande liberté, comporte donc certains coûts humains et financiers.
Ce prix à payer n'a pour autant pas empêché le projet anglophone Wikibooks de faire son apparition le 10 juin 2003, soit près d’un an avant Wikilivres, la version francophone du projet, apparue le 22 juillet 2004. Cette dernière création avait de nouveau été débattue au sein de la communauté Wikipédia en français, et non pas dans le Wikibooks en anglais. Quant à l'objectif commun aux deux projets linguistiques, il était de créer une « bibliothèque de livres pédagogiques libres que chacun peut améliorer ».
Environ un an après la création du projet en anglais, un nouvel espace de noms intitulé Wikijunior fut mis en place au sein de la bibliothèque en ligne. Ce sous-projet avait été créé pour répondre à un financement de la fondation Beck, qui cherchait à promouvoir la production de nouvelles littératures pour des enfants de huit à onze ans. Peu de temps après, cette tranche d’âge fut toutefois élargie de zéro à douze ans au niveau du projet francophone, quand le sous-projet y fut adopté.
Ces deux évènements témoignent ainsi qu'il est toujours possible qu'un sous-projet apparaisse dans un projet Wikimédia. Comme autre exemple, il y a aussi le WikiJournal, un sous-projet développé au sein du projet Wikiversité en anglais et qui reçut le prix de l’Open Publishing Awards en 2019. Une demande fut faite pour qu'il puisse bénéficier d'un nouveau site web dans le but de pouvoir se développer en dehors de Wikiversité. Malheureusement pour les initiateurs, la demande est restée sans suite jusqu'à ce jour, après que le conseil d’administration de la Fondation, chargé de répondre à leur demande, considéra que le projet n’était pas suffisamment abouti.
Il faut savoir qu'avant cela, le projet Wikiversité, dans lequel est né Wikijournal, avait lui-même été un sous-projet du projet Wikibook. Initialement, il visait à « créer une communauté de personnes qui se soutiennent mutuellement dans leurs efforts éducatifs ». Cependant, en août 2005, une longue discussion remit en question l’existence du sous-projet Wikiversité dans Wikibooks. Au terme de celle-ci, la décision fut prise de transférer Wikiversité et son contenu sur le site Méta-Wiki, là où de nouvelles discussions ont abouti à l’idée de faire de Wikiversité un nouveau projet indépendant.
Déjà à l'époque, le conseil d’administration de la Fondation Wikimédia se montrait réticent à l'ouverture de nouveaux projets, et sa réaction fut de demander l'ouverture d'un sondage au sein de la communauté. Celui-ci devait rassembler une majorité des deux tiers en faveur de l'ouverture du nouveau site web. Un résultat qui fut finalement obtenu, mais pas sans de longs débats, dont voici un extrait.
La principale raison pour laquelle la Fondation Wikimédia ne veut pas "lâcher le morceau" est une simple question de bureaucratie et la crainte que le projet ne devienne une autre Wikispecies [un projet de répertoire du vivant]. Wikispecies est une idée cool, mais les "fondateurs" du projet se sont dégonflés à mi-chemin de la mise en place du contenu et ont décidé de faire une révision majeure qui a pris plus de temps que ce que tout le monde était prêt à mettre.
Le même problème s’applique à Wikiversity en ce qui concerne la Fondation, parce que les objectifs et les buts de ce projet ne sont pas clairement définis, et il semble que les participants essaient de mordre plus qu’ils ne peuvent mâcher en proposant une université de recherche multi-collèges entière (avec un statut de recherche et une accréditation) à former de toutes pièces plutôt qu’un simple centre d’éducation pour adultes avec quelques classes.
En novembre 2005 et malgré les résultats du sondage, l'indépendance du projet Wikiversité ne fut toutefois pas acceptée par cinq membres du conseil. Ceux-ci réclamaient une « réécriture de la proposition pour en exclure la remise de titre de compétence, la conduite de cours en ligne, et de clarifier le concept de plate-forme e-learning ». Quand ces rectifications furent faites, le projet bénéficia d'une période d’essai de plusieurs mois, jusqu'à ce que les amendements apportés au projet de départ soient enfin acceptés, le 31 juillet 2006. Ce long temps d'attente était justifié par la création du special projects committee, qui, jusqu'en décembre 2021, fut chargé de soulager le conseil d’administration de la fondation, par rapport aux demandes de création de nouveaux projets Wikimédia.
Un nouveau site, nommé Beta-Wikiversity, fut ainsi créé pour assister le lancement des différentes versions linguistiques de Wikiversité. Durant six mois, son premier objectif a d'abord été l'élaboration des lignes directrices concernant la potentialité de produire des recherches collaboratives au sein du projet. Par la suite, chaque nouvelle version linguistique, développée dans le projet Beta, devait avoir plus de 10 modifications par mois, réalisées par au moins trois personnes distinctes, avant de pouvoir bénéficier de son propre site web.
À l'image de Beta-Wikiversity, le projet Wikisource possède lui aussi un site indépendant pour lancer ces nouvelles déclinaisons linguistiques. Tandis que pour tous les autres projets pédagogiques, ce lancement s'effectue sur la plateforme Wikimedia Incubator, créée à la même époque que Beta-Wikiversity. Ces trois plateformes de lancement ne concernent pas les nouveaux projets, qui doivent faire l'objet d'une acceptation par le conseil d'administration de la Fondation Wikimédia, et qui peuvent avoir pour origines des processus de création divers.
Le projet Wikivoyage, par exemple, fut initialement créé en 2003 dans un Wiki extérieur au mouvement Wikimédia, là où il portait le nom de Wikitravel. Comme cela arrive parfois, ce projet sans but lucratif fut acheté par une entreprise commerciale en 2006. Mais en raison du changement de gouvernance et de l'apparition de publicités, une scission est apparue au sein de la communauté d’éditeurs. Les personnes désireuses de quitter Wikitravel lancèrent alors un nouveau site appelé Wikivoyage, qui reçut en 2007, le Webby Award du meilleur guide de voyage Internet.
L'intégration de Wikivoyage dans l'écosystème Wikimédia n'a cependant été faite qu'en 2012, à la suite d'un appel à commentaires durant lequel 540 personnes furent en faveur de l’intégration du projet, 153 contre, pendant que 6 restèrent sans avis. Comme cette nouvelle déclencha une migration importante depuis Wikitravel vers Wikivoyage, une plainte fut déposée par la société commerciale en charge du premier projet. Celle-ci fut toutefois rejetée et le projet Wikivoyage continua à prendre de l’ampleur au sein du mouvement Wikimédia, avec la création de nouvelles versions linguistiques.
Le cas de Wikivoyage apparait toutefois comme une exception, car en général les nouveaux projets émergent des centaines de candidatures déposées sur le projet Méta-Wiki. Celles-ci se soldent bien souvent par un refus, comme ce fut le cas pour le projet WikiLang dont le but était de lancer un laboratoire linguistique. Quelques rares projets ont pourtant la chance d'être élus. Ce fut notamment le cas en octobre 2012, avec le lancement de la base de données structurée et sémantique Wikidata et de ses extensions Wikibase, ou plus récemment, en 2020, avec l'arrivée du projet Abstract Wikipedia et Wikifunctions.
Sans vouloir entrer dans les détails, il est intéressant de savoir que l'interconnexion entre ces trois projets permet de traduire automatiquement des articles encyclopédiques dans tous les langages naturels pris en charge par le mouvement Wikimédia. Plus précisément, les phrases des articles publiées sur Abstract Wikipédia, sont formulées par des fonctions informatiques produites dans le projet Wikifunctions, dans le but de traiter les informations de la base de données sémantique Wikidata. Autrement dit, un article dans Abstract Wikipédia ne possède qu'une seule page pour toutes les langues, pareillement aux pages d'entités de Wikidata, qui ont pour titre une lettre suivie d'un chiffre.
À la suite de ces explications, on observe donc que ce n'est pas la complexité qui détermine le refus projet, mais plutôt une série de critères comparables à ceux retenus pour supprimer des projets ou versions linguistiques déjà existants. À ce propos, il existe sur Méta-Wiki une liste mise à jour des différents sites hébergés par la Fondation Wikimédia dont l'existence est remise en cause. Dans celle-ci, on retrouve essentiellement des versions linguistiques de projets qui n’ont pas réussi à poursuivre leurs développements, bien qu'un projet entier soit toujours susceptible d'être mis à l'arrêt. C'est d'ailleurs ce qui est arrivé aux 31 versions linguistiques du projet Wikinews, qui, en date du 4 mai 2026, soit 22 ans après le lancement du site anglophone, sont accessibles en mode lecture uniquement.
Dans le cas de Wikinews, ce fut le manque d'activité qui apparut comme principale justification de la suspension du projet. Cependant, d'autres raisons pourraient être invoquées, comme le prouve cet épisode de 2005, où, peu de temps après son lancement, la version francophone du recueil de citations Wikiquote a bien risqué de disparaitre. Le projet fut effectivement accusé d’avoir récupéré le contenu d’une base de données soumise à un droit d’auteur, incompatible avec la licence Creative Commons appliquée sur l’ensemble des projets pédagogiques Wikimédia. Lorsqu'une plainte fut adressée à l’association Wikimédia France, pour être ensuite relayée sur le site Méta-Wiki, il fut bien question de fermer le projet. Après de longues discussions, celui-ci fut maintenu, mais avec pour conditions de repartir de zéro, et d’établir une charte pour garantir la traçabilité des citations reprises par le projet.
Voici donc de quoi se faire une idée sur la manière dont les projets pédagogiques et leurs déclinaisons linguistiques apparaissent et disparaissent au sein du mouvement. Les exemples repris ci-dessus suffisent effectivement pour comprendre les principes généraux qui sous-tendent leurs créations. En dehors de Méta-Wiki, Wikidata, Wikifunctions, Abstract Wikipédia et Wikimedia Commons, qui ne sont pas des projets de contenu pédagogique à proprement parler, tous les autres projets semblent effectivement provenir d’un désir de spécialisation d’un projet préexistant.
L'idée est généralement débattue dans un projet de même langue, avant de relayer la discussion vers le site Méta-Wiki. Si le projet y est jugé pertinent, il fait alors l'objet d'une candidature qui doit actuellement être soumise au groupe de travail des projets frères du comité des affaires communautaires de la Fondation Wikimédia. Quant aux nouvelles versions linguistiques, elles doivent être aujourd'hui soumises à l'approbation du comité des langues, avant d'être testées sur les plateformes Incubator, Beta-Wikiversité ou Wikisource Multilingue, dans le but de bénéficier d’un site web indépendant.
Après ces explications concernant les projets frères et leurs variations linguistiques, il nous reste encore à parler des sites qui ont un lien avec le mot Wiki, soit par leur nom, soit par le logiciel utilisé. En 2024 effectivement, plus de 22 600 d'entre eux étaient répertoriés, dont plus de 95 % sans aucun lien avec le mouvement Wikimédia, en dehors du fait, peut-être, qu’ils utilisaient le logiciel MediaWiki développé par la Fondation Wikimédia.
WikiLeaks par exemple, créé par Julian Assange dans le but de publier des documents classifiés provenant de sources anonymes, n’est ni un projet Wikimédia, ni un site collaboratif. Quant au recueil universel et multilingue de guides illustrés WikiHow, si celui-ci fonctionne pour sa part de manière collaborative et avec le logiciel MediaWiki, il n'a pourtant aucun lien avec le mouvement Wikimédia. D'ailleurs, son ergonomie, radicalement différente de celle des projets Wikimédia, permet de le comprendre au premier coup d’œil.
En revanche, Wikimini, l'encyclopédie libre pour les enfants, a une apparence tout à fait comparable à celle des projets Wikimédia, alors que le projet n’a jamais été accepté par la Fondation. Quant aux projets WikiTribune et Fandom, l'ambiguïté qu'ils entretiennent avec le mouvement est d'autant plus grande qu'ils ont été créés par Jimmy Wales, le fondateur de Wikipédia et de la Fondation Wikimédia. Cependant, comme ce sont des projets commerciaux, ils ne peuvent en aucun cas être soutenus par une fondation sans but lucratif.
Au terme de cette présentation, il ne reste plus qu'à signaler que le mouvement Wikimédia ne fut conscientisé que tardivement par rapport à l'apparition des projets Wikimédia et de leurs différentes versions linguistiques. Pour qu'un sentiment de collectivité se manifeste entre tous ceux-ci, il fallut certainement attendre qu'une coordination se développe sur la plateforme Méta-Wiki, mais également que de nombreuses rencontres et associations apparaissent en dehors de l'espace numérique. En ce sens, la naissance du mouvement ne fut pas un événement ponctuel, mais plutôt la réalisation d’un long processus de conscientisation.
=== Chapitre 9 : La conscientisation du mouvement ===
Avant d'aborder la question de la conscientisation du mouvement, il peut être intéressant de découvrir l'origine étymologique du mot « Wikimédia ». Celui-ci est un mot-valise composé du suffixe « média » et du préfixe « wiki » que l’on doit à cette expression hawaïenne « wiki wiki », qui se traduit en français par l'expression : « vite, vite ». Celle-ci fut récupérée une première fois par Ward Cunningham, le créateur du premier moteur Wiki, avant d'être réutilisée dans les noms inventés pour d'autres logiciels de cette même famille. UseModWiki en est un bel exemple, puisqu'il fut le premier programme utilisé par la firme Bomis pour héberger son projet d’encyclopédie collaborative. Raison pour laquelle, sans doute, le terme « wiki » fut utilisé pour créer le mot Wikipédia, en l'associant au suffixe « pedia » qui fait référence au mot anglais encyclopedia, selon un principe qui fut ensuite repris pour tous les autres projets du mouvement.
Le mot Wikimédia, pour sa part, n’est apparu que le seize mars 2003, lors d’une discussion concernant la déclinaison possible de l’encyclopédie en d’autres types de projets éditoriaux participatifs. Durant celle-ci, l’écrivain américain Sheldon Rampton eut l’idée d’associer au terme wiki à celui de « média », afin de mettre en évidence la variété des médias produits et partagés par Wikipédia et ses projets frères. Toutefois, c'est seulement en juin 2008 que Florence Devouard, présidente de la Fondation à cette époque, associe le mot Wikimédia à un mouvement social qu’elle voyait apparaître au sein des projets Wikimédia et de leurs communautés d'usagers.
Affirmer pour autant que ce moment précis coïncide avec la naissance du mouvement Wikimédia serait quelque peu arbitraire. Car si l’on peut déterminer plus ou moins facilement l’apparition d’une expression dans des archives, tout le monde sait qu’un mouvement social ne se forme pas en un seul instant. Dans le contexte du mouvement Wikimédia, sa naissance est bien sûr liée à celle du projet Wikipédia, mais également à tout ce qui permit la création de cette encyclopédie libre. Dans une autre perspective encore, on peut dater l'apparition du mouvement Wikimédia au 20 juin 2003, date de la création de la fondation qui porte le même nom. Ou pourquoi pas, associer la création du mouvement à la mise en ligne de la plate-forme Méta-Wiki, qui en représente le principal lieu de coordination.
Toujours est-il que l’expression « Wikimedia movement » est bien apparue en juin 2008, sous la plume de Florence Devouard. Cela s'est passé sur la liste de diffusion de la Fondation et peu de temps avant qu'elle quitte son poste de présidente. Dans son message, elle partageait l'idée de placer sous le nom de domaine Wikimedia.org un site vitrine de présentation du mouvement Wikimédia qu'elle concevait de la sorte.
Le mouvement Wikimédia, comme je l’entends est
– une collection de valeurs partagées par les individus (liberté d’expression, connaissance pour tous, partage communautaire, etc.)
– un ensemble d’activités (conférences, ateliers, wikiacadémies, etc.)
– un ensemble d’organisations (Wikimedia Foundation, Wikimedia Allemagne, Wikimedia Taïwan, etc.), ainsi que quelques électrons libres (individus sans chapitres) et des organisations aux vues similaires.
Avec autant de détails et d'explications, un tel message ne pouvait qu'accélérer la prise de conscience au sein du mouvement. Dans tous les cas, il mettait en évidence que les personnes actives dans les projets éditoriaux en ligne ou dans les organismes affiliés, faisaient partie de ce que Ralf Dahrendorf appelle un « quasi-groupe ». Ou autrement dit, un ensemble d’individus qui ont un mode de vie semblable, une culture commune, mais dont les points communs ne gravitent pas autour d’une prise de conscience de leur position commune dans la relation d’autorité.
Après la naissance de Wikipédia et de nombreux projets frères, une dizaine d’années a donc été nécessaire pour que le mouvement Wikimédia prenne conscience de son existence. Aujourd’hui encore, et comme cela a déjà été vu, de nombreuses personnes actives dans les projets pédagogiques ne réalisent toujours pas qu’elles participent aux activités d’un mouvement social. Cela, contrairement aux personnes investies dans les activités en présentiel organisées au sein du mouvement, qui sont généralement plus conscientes de leur engagement. C’est là une raison de croire que le développement de la Fondation Wikimédia et de ses organismes affiliés a joué un rôle important dans l'apparition d'un sentiment d’appartenance.
=== Chapitre 10 : La création des organismes affiliés ===
Si c’est grâce à l’arrivée des groupes et des organismes affiliés à la Fondation Wikimédia que l’idée du mouvement est probablement apparue, il est alors intéressant d'en décrire les processus de création. Mais puisque cela représente plusieurs centaines d’instances spécifiques, regroupées en plusieurs catégories détaillées en seconde partie d'ouvrage, aborder ici l’histoire de chacune d’entre elles serait une entreprise beaucoup trop fastidieuse.
De plus, s’il existe énormément d’archives numériques concernant la naissance des sites Wikimédia, ce n’est pas le cas pour ces organismes affiliés. Un bon nombre de ceux-ci se sont effectivement formés durant des rencontres ou des réunions hors ligne qui n'ont fait l’objet d’aucun enregistrement. Du reste, une bonne part des échanges effectués au sein de ces associations s'organise par des canaux de communication privés auxquels seuls les membres actifs ont accès.
Puisque je suis l'un des membres fondateurs, je me limiterai donc ici à parler de l’association Wikimédia Belgique. Celle-ci fut fondée le huit octobre 2014 en tant qu’association sans but lucratif, avant d'être reconnue le six août 2015 par le conseil d’administration de la Fondation Wikimédia. Après plus de trois ans d’activités et de rencontres et sous l’impulsion de Maarten Deneckere qui assuma le premier mandat de présidence, nous étions 8 personnes à signer la première version des statuts de l’association.
Jusqu’à ce jour, l’objet social de Wikimedia Belgique est d' « impliquer tout un chacun dans la connaissance libre ». Contrairement à l'association Wikimédia Deutchland, la première à voir le jour en 2004 et qui rassemblait déjà en 2021 plus de 85 000 membres et près de 150 employés, l’association belge n'a qu'une seule employée à temps partiel et 150 membres en 2025.
Avant d’être reconnues par le comité d’affiliations chargé de seconder le conseil d’administration de la Fondation, toutes les associations nationales, dites « chapters » en anglais, et toutes les autres organisations affiliées doivent réaliser de nombreuses démarches. Celles-ci consistent à répondre à un ensemble de prérequis qui ont évolué suite à la création d'un comité décisionnel en avril 2006. Ces obligations diffèrent entre les groupes d’utilisateurs et d'utilisatrices et les associations locales ou thématiques. Parmi ceux-ci, on retrouve toutefois : un nombre minimum de membres et de référents, une mission et un règlement d’ordre intérieur conformes aux attentes du mouvement, la remise de plans et de rapports d’activités annuels, etc.
On comprend donc qu’il n’est pas évident de créer une nouvelle instance au sein du mouvement. Pour bénéficier du soutien logistique et financier de la Fondation réservé aux organismes affiliés, c’est ainsi toute une série de rapports qu’il faut alors transmettre à divers comités et commissions chargés de leurs évaluations. Cela représente une quantité de tâches administratives qu’il n’est pas toujours facile d’assumer, surtout lorsque les membres de l’organisme affilié sont tous des bénévoles. D’où sans doute cette régulière disparition d’affiliations, pendant que d’autres se créent ou réapparaissent en fonction des énergies et du dynamisme disponibles dans les équipes.
Les activités liées à la récolte et à la redistribution des dons offerts au mouvement, ainsi que les autorisations d’usage de marques déposées, contrastent donc avec les valeurs de libre partage et d’autonomie décrites dans les projets pédagogiques. Cela semble confirmer que la partie hors ligne du mouvement est plus influencée par les habitudes d’un système économique dominant, contrairement à la partie en ligne qui semble plus fidèle à l’héritage de la contre-culture.
=== Chapitre 11 : L'héritage d'une contre-culture ===
Au terme de cette première partie d’ouvrage, il devient évident que la révolution numérique, que l’on considère généralement comme une révolution technique, fut aussi, et peut-être avant tout, une révolution sociale et culturelle. Quant à l'histoire de Wikimédia, reprise ici depuis les origines de son encyclopédie jusqu'à l'apparition de ses organismes affiliés, elle nous fit découvrir comment les idées de la contre-culture des années 1960 furent transmises au mouvement.
En cas de doute, observons encore que Richard Stallman, celui qui a créé les concepts de licence et d'encyclopédie libre, fut désigné par certains comme le gourou de la contre-culture hacker et le père du système d’exploitation hippie. Une culture hippie, dont il est aussi troublant de constater que le renversement de son logo ressemble étrangement à celui du mouvement Wikimédia.
Incontestablement et au travers du mouvement des logiciels libres, le mouvement Wikimédia a donc bien hérité des valeurs produites par les mouvements sociaux des années 1960. Des valeurs qui aujourd'hui contrastent fortement avec la marchandisation et la capitalisation du monde, dont l'espace web ne fait jamais que refléter ce qui se passe dans le reste de la société humaine. Or, ce phénomène ne date pas d'hier. En 2008 déjà, André Gorz, ce philosophe parmi les pères de la décroissance et théoricien de l’écologie politique, constatait déjà que :
La lutte engagée entre les "logiciels propriétaires" et les "logiciels libres" [...] a été le coup d’envoi du conflit central de l’époque. Il s’étend et se prolonge dans la lutte contre la marchandisation de richesses premières – la terre, les semences, le génome, les biens culturels, les savoirs et compétences communs, constitutifs de la culture du quotidien et qui sont les préalables de l’existence d’une société. De la tournure que prendra cette lutte dépend la forme civilisée ou barbare que prendra la sortie du capitalisme.
Dans cette lutte et avec le seul nom de domaine non commercial parmi le top 100 des sites les plus fréquentés du Web, la galaxie Wikimédia apparait donc comme un des derniers lieux numériques de liberté, de partage et d'égalité. Un lieu qui, de plus, est connu mondialement, grâce au succès des plus de 350 déclinaisons linguistiques de Wikipédia, et sans pour autant récolter d'informations sur l’identité et le comportement des internautes. Cela alors que cette pratique est considérée, par certains, comme un « nouvel or noir » pompé du Web, pendant que d’autres préfèrent parler de « capitalisme 3.0 » ou de « capitalisme de surveillance » .
Évidemment, les enjeux de cette lutte sont difficiles à comprendre. La complexité de l’infrastructure informatique, mais également le fait que tout cela s'inscrit dans une révolution que Rémy Rieffel décrit comme « instable et ambivalente, simultanément porteuse de promesse, et lourde de menaces », ne facilitent pas les choses. Cela d'autant plus que tout cela se place « dans un contexte où s’affrontent des valeurs d’émancipation, et d’ouverture d’un côté et des stratégies de contrôle et de domination de l’autre » .
En fait d’ambivalence, il est surprenant d'apprendre, par exemple, que Jimmy Wales, fondateur de Wikipédia et de la fondation Wikimédia, est un adepte de l’objectivisme, alors que cette philosophie voit le capitalisme comme un idéal de société et l’égoïsme rationnel, comme une morale. Puis, concernant l'instabilité du numérique, il y a ces appels répétés de Tim Berners-Lee au sujet de la « redécentralisation » et de la « régulation » d'un espace web qu'il avait conçu dans un esprit tout à fait opposé. Quant aux pionniers d'Internet, ils n'ont probablement pas imaginé que leur création permettrait un jour, à des milliards d’objets connectés, de rapporter, rien qu'en France et en 2021, plus de 2,6 milliards d’euros.
Quant à la question du contrôle et au-delà de ce qui est opéré par les firmes commerciales, c'est bien sûr du côté des États qu'il faut porter son attention. Face à un mouvement qui veut s’émanciper des contrôles, par moins de 18 pays ont déjà censuré Wikipédia et parfois même l'ensemble des projets frères. Ce fut le cas par exemple pour la Turquie, la Russie, l'Iran, mais également le Royaume-Uni, la France et l'Allemagne, et c'est même le cas de manière permanente en Chine, depuis 2004.
Dans certains cas, des procédures juridiques ont été utilisées pour intimider les membres du mouvement. C'est arrivé en France lorsque le directeur de l'association Wikimédia fut menacé de poursuites pénales par la Direction Centrale du Renseignement Intérieur, après un refus de supprimer un article qui traitait d’une station militaire dans Wikipédia. Par chance, ce qui s'est passé en France ne dépassa pas le stade de l'intimidation. En Biélorussie cependant, Mark Bernstein, un contributeur aux projets Wikimédia, fut condamné à quinze jours de prison ferme, assortis de trois ans d’assignation à résidence, pour des propos tenus au sujet de la guerre en Ukraine. Cela sans oublier qu'actuellement, ce sont les conservateurs à la tête des États-Unis qui « veulent la peau de Wikipédia » en cherchant à obtenir l'identité réelle de certains contributeurs.
Le contrôle et le non-respect de la vie privée font ainsi appel à la figure emblématique du lanceur ou de la lanceuse d'alerte, dont la posture contestataire fait penser à celle des personnes actives dans la contre-culture des années 1960. Parmi ceux-ci, on dit de Julian Assange, Edward Snowden et Chelsea Manning, qu'ils « ont perdu leur liberté pour défendre la nôtre ». De manière similaire, on pourrait donc aussi dire que les Wikimédiens Aaron Swartz, Bassel Khartabil, Pavel Pernikov, Ihor Kostenko et Mark Bernstein, se sont sacrifiés pour la liberté, le partage et la vérité.
Dans Wikimédia et comme ce fut expliqué dans l'introduction de cet ouvrage, une alerte peut prendre la forme d'un appel à commentaires en réaction à une décision ou une situation observée au sein du mouvement. C'est même là une pratique institutionnalisée, qui fait l'objet d'une procédure d'accompagnement et de suivi. Toutes ces alertes concernent les dérives de certains projets, mais également de certaines associations dont la proximité avec le système économique n'aide pas au respect des pratiques et des valeurs développées en ligne.
Dans ce qui apparait aux yeux de certains comme un « bazar libertaire », les choix et règles édictés dans la sphère hors ligne du mouvement ne plaisent pas toujours aux membres des communautés en ligne. Ce qui n'empêche toutefois pas les projets éditoriaux d'avoir leurs propres règles et des recommandations, ni de voir apparaitre, en 2020 et dans l'ensemble du mouvement, un code de conduite universel, qui détermine le « référentiel minimum des comportements acceptables et inacceptables ».
L'idéologie transmise à Wikimédia, décrite en partie par Steven Levy dans son ouvrage L’Éthique des hackers est donc plus subtile qu'un simple refus d'autorité. Dans un esprit de partage, d'ouverture, de transparence, de liberté, d'égalité et d'autonomie, c'est une structure très complexe, tout en étant cosmopolite et mondiale, que le mouvement réussit à mettre en place. Une organisation qui, finalement, apparait très inspirante dans la manière de faire communauté aujourd'hui, et au sein d'un monde toujours plus global et numérique.
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Lionel Scheepmans
20012
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wikitext
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'''LE MOUVEMENT WIKIMÉDIA'''
'''Dernier partage altruiste de la connaissance libre ?'''
De Lionel Scheepmans
Avec l'aide de la communauté Wikimédia
== Quatrième de couverture ==
'''Le mouvement Wikimédia, l'aventure inspirante d'une organisation mondiale et altruiste au service d'un savoir libre et vérifiable.'''
Quel est ce seul acteur à but non lucratif présent dans le top 100 des sites les plus visités sur le Web ?
Comment incarne-t-il l’expression la plus visible des valeurs de liberté, d’égalité et de partage, héritées de la révolution numérique et des mouvements sociaux des années 1960 ?
Comment, à partir de Wikipédia et suite à la création d’une quinzaine de projets frères distribués en centaines de versions linguistiques, le mouvement social Wikimédia a imaginé un monde dans lequel le savoir se produit et se partage librement ?
Et comment, en toute autonomie, des dizaines de projets pédagogiques, édités par des millions de bénévoles, soutenus par une fondation et près de 200 associations et groupes locaux, produisent-ils la plus grande intelligence collective au monde ?
Avec de nombreux codes QR, cet ouvrage répond à ces questions, tout en permettant de mieux comprendre le monde global et numérique qui nous entoure.
Lionel Scheepmans est docteur en sciences politiques et sociales, militant de la culture libre et professeur d’anthropologie numérique. Il occupe plusieurs postes d’administrateur au sein du mouvement Wikimédia qu’il observe de manière participative depuis 2011. Ses travaux universitaires, du master à la thèse de doctorat, furent consacrés à l’organisation et aux enjeux de Wikipédia et du mouvement Wikimédia.
== Avant-propos ==
Pour offrir un confort de lecture sur papier sans perdre la puissance du numérique, des codes QR sont affichés tout au long de cet ouvrage. À l’aide d’une tablette ou d’un smartphone, ils offrent un accès direct à ce qui serait coûteux ou impossible à imprimer.
Par exemple, le code QR 1, affiché en fin de page, donne accès directement à la page web qui reprend l’intégralité de l’ouvrage. Une fois sur celle-ci, on peut alors visionner les illustrations en couleur ou les enregistrements qui s’y trouvent et consulter ensuite leurs pages de descriptions en cas de besoin. Cette version numérique comprend aussi de nombreux hyperliens pointant vers Wikipédia et d’autres sites du mouvement Wikimédia, où se trouvent des compléments d’informations et leurs mises à jour.
Pour économiser du papier lors de l’impression, la section regroupant les notes et les références de l’ouvrage n’est disponible qu’au format numérique, mais est directement accessible via le code QR 2 repris ci-dessous. Grâce aux indices de renvoi chiffrés et placés en exposant dans le texte imprimé, il est alors possible, au départ d'un smartphone ou d'une tablette, de retrouver les notes et les références en fonction de leur numérotation. Lorsque la référence correspond à une page web, un lien pointant vers le projet Internet Archive s’y trouve repris, pour garantir un accès aux archives des pages citées dans l’ouvrage, si jamais elles avaient disparu du web. Quant aux pages toujours existantes, elles restent accessibles via leurs hyperliens originels, pour consulter leurs éventuelles évolutions.
Étant donné que ce livre est produit sur une plateforme collaborative, tout le monde est invité à améliorer les prochaines versions. On peut le faire en corrigeant des fautes d’orthographe ou de syntaxe sur les pages web qui constituent les différents chapitres de l’ouvrage, ou encore en apportant des commentaires sur les pages de discussion qui leur sont associées. Cela peut se faire très simplement en cliquant sur « Modifier » , quand on est sur la page d'un chapitre, et sur « Ajouter un sujet » lorsque l'on est sur une page de discussion.
Une page de discussion générale est aussi accessible grâce au code QR 3. Elle permet de commenter le livre dans son ensemble, ou de poser une question à son sujet. Il suffit pour cela d’indiquer un titre dans le champ « Démarrer un nouveau sujet », d’écrire le contenu du message dans l’encadré situé juste en dessous, puis de cliquer sur le bouton « Ajouter un sujet de manière anonyme » pour publier son message.
Enfin, pour ceux qui voudraient agrémenter leur lecture d’un fond sonore relaxant et original, le code QR 4 donne accès à une page web qui diffuse une musique mélodieuse. Celle-ci est composée de sons spécifiquement produits chaque fois qu’une modification est apportée sur un projet Wikimédia, ou qu’un nouveau compte y est créé. Ce dispositif ingénieux offre ainsi aux lecteurs qui le souhaitent une ambiance sonore particulièrement confortable, ainsi qu’une nouvelle expérience immersive au sein du mouvement Wikimédia.
== Introduction : Wikimédia n’est pas Wikipédia ==
Depuis le succès initial de Wikipédia, une myriade de projets de partage des connaissances, d’organisations et de groupes de soutien ont émergé pour former ce qu’on appelle aujourd’hui le mouvement Wikimédia. Même si, à ce jour, l’encyclopédie libre reste l'activité phare du mouvement, il serait regrettable de réduire l’ensemble du mouvement à cet unique projet pédagogique. Malheureusement, il arrive bien trop souvent qu'une seule version linguistique de Wikipédia suffise pour cacher l’étendue de la forêt Wikimédia.
En réalité, Wikimédia représente un mouvement social, international et interculturel complexe, au sein duquel Wikipédia n’est qu’une composante parmi d’autres. Dans le cadre d'un mémoire de master, on peut ainsi fournir en quelques mois une ethnographie du projet Wikipédia en français. Alors que pour synthétiser les origines, l’organisation et les dynamiques globales du mouvement Wikimédia, une thèse de doctorat et cinq années de recul supplémentaires furent nécessaires.
À la fin de l'année 2025, l’ampleur numérique du mouvement est effectivement impressionnante. Chaque mois, des millions de modifications bénévoles sont effectuées sur plus de 500 millions de pages, réparties sur plus d’un millier de sites web, dont 358 seulement, correspondent aux versions linguistiques de Wikipédia. Ce qui prouve donc clairement que les activités en ligne portées par l'ensemble du mouvement Wikimédia dépassent largement ce qui se passe au sein de l’encyclopédie.
Il existe ainsi huit autres projets pédagogiques susceptibles d'atteindre un jour l'envergure et la notoriété de Wikipédia, avec un objectif et un fonctionnement spécifiques à chacun. De manière détaillée, Wikilivres crée des livres pédagogiques, Wikiversité rassemble des supports d'enseignement et des travaux de recherche, Wikinews fait du journalisme collaboratif, Wikivoyage développe un guide touristique, pendant que Wiktionnaire apporte des définitions des mots de toutes les langues et dans toutes les langues.
Contrairement à Wikipédia, tous ces projets ne sont pas soumis à une neutralité de point de vue, ni limités à l'usage de sources secondaires reconnues, au niveau de la rédaction des articles. La plupart d'entre eux acceptent aussi la publication de travaux de recherche ou de productions personnelles, alors que cela est tout à fait interdit dans Wikipédia.
Selon l'étymologie du mot encyclopédie, le but de Wikipédia est en effet de synthétiser ou, plus précisément, d'encercler le savoir humain déjà préexistant. Cette contrainte éditoriale limite donc les contributeurs et contributrices à l'usage de sources secondaires et tertiaires présentes dans des publications externes au projet. De ce fait, Wikipédia reproduit fatalement les biais systémiques, tels que les déséquilibres et les surreprésentations de genre et de culture, présents dans un monde de l'édition majoritairement occidental. Or, cette impasse éditoriale propre à Wikipédia n'existe pas dans les autres projets pédagogiques.
Comme ces projets frères, Wikipédia n'est pas non plus un projet complètement autonome des autres projets Wikimédia. L'encyclopédie compte en effet sur le projet Wikimedia Commons pour héberger l'ensemble de sa médiathèque. Elle utilise ensuite le contenu du projet Wikidata comme base de données structurée. Quant aux personnes qui produisent l'encyclopédie, elles peuvent aussi puiser leurs sources dans la bibliothèque Wikisource, ou se référer à des citations d'auteurs collectées dans le projet Wikiquote. Tout cela sans oublier que des dizaines de sites web traitent l'archivage permanent de Wikipédia et des autres projets Wikimédia, dans le but de fournir des analyses précieuses et totalement libres d’accès.
Enfin, il faut aussi garder à l'esprit qu'au-delà de tous ces sites web, le mouvement Wikimédia, c'est aussi de nombreuses institutions et organisations affiliées dispersées dans le monde. Autour de la Fondation Wikimédia chargée de la gestion et de l’organisation internationales, avec près de 650 salariés de nationalités diverses, se regroupent des centaines d'organisations satellites. Parmi celles-ci, on retrouve 2 associations thématiques, 40 associations locales, dont Wikimedia Deutschland qui regroupe plus de 170 employés, et finalement 141 groupes d’utilisateurs et utilisatrices.
Tout ce qui vient d'être exposé dans cette introduction justifie donc la nécessité de distinguer le mouvement Wikimédia du projet Wikipédia. Imaginons seulement que l’on se limite à citer Paris pour décrire et comprendre un pays aussi vaste que la France. Certes, Paris est une ville mondialement connue et qui compte plus de deux millions d’habitants et un patrimoine culturel impressionnant. Mais est-ce pour autant qu'il faudrait oublier les autres villes, villages et métropoles françaises ? Sans compter que la France regroupe aussi des départements et des territoires d’outre-mer et qu'elle entretient des relations et des partenariats internationaux qui dépassent de loin ce qui se passe entre Paris et le reste du monde. Ne pas confondre le mouvement Wikimédia avec le projet Wikipédia relève donc du bon sens.
En 2019 cependant, la Fondation Wikimédia a envisagé de se renommer en Fondation Wikipédia et de remplacer le terme « Wikimédia » par celui de « Wikipédia », partout où ce terme est utilisé dans la sphère hors ligne du mouvement. Le but était d’acquérir une plus grande visibilité et d’attirer des milliards de personnes, grâce au nom de marque Wikipédia, considéré comme l’un des plus connus au monde. Ce changement n’a toutefois pas été accepté par de nombreuses personnes actives au sein du mouvement Wikimédia. En janvier 2020, ces opposants ont ainsi créé une page d’appel à commentaires, qui fut le siège d’un long débat. À l’issue de ce dernier, 73 représentants d’organisations affiliées et 984 personnes ont signé une lettre ouverte adressée à la Fondation, qui comprenait le paragraphe suivant :
Depuis 20 ans, les bénévoles ont bâti la réputation de Wikipédia en tant que ressource indépendante et communautaire. Les projets du mouvement Wikimédia, dont Wikipédia, se développent autour de la décentralisation et du consensus. Il est essentiel d’établir des distinctions claires entre la Fondation Wikimédia, les affiliés et les contributeurs individuels. Tout changement qui affecte cet équilibre exige le consentement éclairé et la collaboration des communautés. Il est donc très préoccupant de voir « Wikipédia » présenté pour le nom de l’organisation et du mouvement malgré le mécontentement général de la communauté.
En s’opposant aux idées de la Fondation, ces membres de la communauté Wikimédia ont ainsi fait preuve de sagesse. De plus, ils ont signalé dans de nombreux commentaires que beaucoup de personnes connaissent le mouvement Wikimédia uniquement au travers de son encyclopédie. Il est même étonnant d'observer que la méconnaissance du mouvement existe au sein même de sa propre communauté. Comme exemple, on peut observer que l'article du projet Wikipédia en anglais consacré au mouvement Wikimédia ne s’est développé qu’à partir de 2016, tandis que ce même article dans la version francophone de l'encyclopédie n’est apparu qu’en 2019. Quant aux autres versions linguistiques, il est tout aussi étonnant de constater qu'en octobre 2025, seulement 39 d'entre elles sur un total de 358 possédaient un article dédié au mouvement Wikimédia.
Tous ces éléments justifient donc la nécessité d’offrir au monde une meilleure connaissance du mouvement Wikimédia et des nombreux projets et organisations qui contribuent à sa mission de partage du savoir. En ce sens, ce livre est une contribution importante aux défis stratégiques que doit relever le mouvement Wikimédia à l’approche de 2030. Car au-delà des résolutions prises pour développer de nouveaux processus participatifs et délibératifs concernant les questions de marque, c’est avant tout un travail d’information et de sensibilisation à destination du grand public qu'il reste à faire.
== Première partie : La naissance du mouvement Wikimédia ==
Il existe dans l'espace web une multitude d’archives permettant de retracer les événements qui ont conduit à la naissance du mouvement Wikimédia. Cette « préhistoire » du mouvement peut notamment être explorée grâce au réseau d’éducation populaire Framasoft, dont le site est apparu environ un an avant la création de la version francophone de Wikipédia. On trouve sur cette plateforme une mine d’informations concernant les logiciels libres et la culture libre. Deux épisodes majeurs de l’histoire de l’informatique et d’Internet, malheureusement méconnus du grand public.
Grâce à Framasoft et bien d’autres associations, il est possible de découvrir l’organisation et les motivations des millions de personnes qui participent au mouvement du logiciel libre. On y apprend que ce mouvement politique et social a été initié en 1983 par Richard Stallman, un programmeur du Massachusetts Institute of Technology (MIT), qui a eu l’idée d’offrir à chacun une alternative à la marchandisation du secteur informatique.
Cette philosophie de libre partage, concrétisée par le projet de Stallman, permit l’essor d’une organisation et d’une éthique de travail originales, développées au sein d’une sous-culture en vogue dans le milieu informatique depuis les années 1950. Celle-ci fut documentée dans de nombreux ouvrages, dont « L’éthique hacker », un livre remarquable, dans lequel le philosophe finlandais, Pekka Himanen, analyse en détail les origines de la culture hacker. Un simple extrait de sa quatrième de couverture, repris ci-dessous, permet d’appréhender la manière de penser de ces informaticiens, rejoints par Richard Stallman durant ses études universitaires, avant d'en devenir l’une des figures les plus charismatiques.
On considérait jusqu’à présent le « hacker » comme un voyou d’Internet, responsable d’actes de piratage et de vols de numéros de cartes bancaires. Le philosophe Pekka Himanen voit au contraire les hackers comme des citoyens modèles de l’ère de l’information. Il les considère comme les véritables moteurs d’une profonde mutation sociale. Leur éthique, leur rapport au travail, au temps ou à l’argent, sont fondés sur la passion, le plaisir ou le partage. Cette éthique est radicalement opposée à l’éthique protestante, telle qu’elle est définie par Max Weber, du travail comme devoir, comme valeur en soi, une morale qui domine encore le monde aujourd’hui.
En introduisant cette première partie d'ouvrage de la sorte, nous pouvons déjà comprendre que le mouvement Wikimédia plonge ses racines dans une transition culturelle remplie d’utopie. Une utopie qui s’oppose notamment à ce que l’historien et anthropologue Karl Polanyi désignait, en 1944 déjà, comme un libéralisme économique qui « subordonne les objectifs humains à la logique d’un mécanisme de marché impersonnel ». Étape par étape et en commençant par analyser cette utopie spécifiquement au niveau du mouvement Wikimédia, voyons maintenant ce qui s'est passé tout au long de cette révolution culturelle numérique.
=== Chapitre 1 : L'utopie Wikimédia ===
Au fil du temps, Wikipédia fut perçu comme une utopie en marche, puis comme une utopie réalisée, et finalement comme la dernière utopie collective du Web. Mais qu'en est-il de l'ensemble du mouvement Wikimédia ? Pour nous aider à comprendre ce qui se passe dans la dimension numérique de ce mouvement, voici une métaphore qui décrit un quartier établi au sein d'une ville, imaginée au départ de l'espace web ». Dans cette ville imaginaire, Internet représenterait le réseau routier, pendant que des serveurs informatiques feraient office de bâtiments, et que les pages web qu'ils hébergent, constitueraient les différentes pièces de ces édifices.
Le quartier Wikimédia rassemblerait ainsi plus d’un millier de bâtiments. Au sein de ceux-ci et à l’exception de quelques lieux administratifs, chaque pièce peut être visitée gratuitement, mais aussi modifiée au niveau de son contenu. On peut ainsi y ajouter de nouvelles choses, telles que du texte, des photos, des vidéos ou des documents sonores, et même changer ou supprimer ce qui a été créé ou modifié par d’autres. Tout cela, bien sûr, dans le but de rendre ces endroits plus esthétiques, ou plus authentiques et en tenant compte des différentes idées et des éventuelles oppositions de point de vue concernant les aménagements. Pour faciliter l'entente entre les personnes qui s'investissent dans les modifications, chaque pièce des bâtiments Wikimédia possède un espace annexe dédié à la discussion.
Dans la plupart des bâtiments Wikimédia, une personne malintentionnée peut même faire disparaitre tout le contenu d'une pièce. Néanmoins, dans la seconde qui suit, un robot remettra tout en place, avant de transmettre un message concernant le traitement du vandalisme. Lorsqu'une action plus discrète n'est pas détectée par un robot, c'est alors quelqu'un qui surveille la pièce qui prendra le relais pour annuler les changements malveillants et contacter la personne responsable. En cas de multirécidive, celle-ci peut se voir privée de sa capacité de modifier les pièces, soit dans le bâtiment vandalisé, soit dans tout le quartier quand cela se justifie. Après discussion, cette sanction sera mise en application par un administrateur ou une administratrice bénévole, choisi ou choisie par l'ensemble des autres bénévoles qui prennent soin des bâtiments.
On comprend donc que tout le monde peut enrichir, mais également surveiller et protéger les richesses partagées dans le quartier Wikimédia. Il suffit pour cela de rejoindre le mouvement en se créant un compte. Cela permet de profiter de nombreux outils, dont notamment un système qui envoie des notifications, dès qu'une pièce que l'on veut surveiller est modifiée.
Pour créer ce compte, pas besoin de fournir une adresse ou un numéro de téléphone. Les seules informations personnelles indispensables au bon fonctionnement du quartier Wikimédia sont les adresses IP des visiteurs. Lors des visites et contrairement à ce qui se passe dans les quartiers commerciaux de la grande ville numérique, tels que les GAFAM, NATU, BATX, le quartier Wikimédia ne récolte et ne vend aucune donnée à des fins d'exploitation.
Même les adresses IP enregistrées par le système ne sont pas visibles par les autres visiteurs. Elles sont remplacées par les noms et les pseudonymes fournis lors de la création des comptes, ou masquées par des comptes temporaires pour les modifications faites par des personnes non connectées. Seules quelques personnes accréditées par la communauté pour effectuer des contrôles d’usurpation d’identité ont accès à ces informations. C’est là une précaution nécessaire au bon déroulement des votes qui succèdent parfois aux recherches de consensus concernant l'aménagement du quartier Wikimédia.
Dans cette ville numérique que constituerait l'espace web, Wikimédia apparait ainsi comme le plus grand quartier dédié au partage de la connaissance. Tout d'abord, il y a les plus de 350 bâtiments Wikipédia, chacun dédié à une version linguistique de l'encyclopédie. Puis, toujours séparés en versions linguistiques, on trouve ensuite les bibliothèques Wikilivres et Wikisource, les bâtiments lexicaux multilingues Wiktionnaire, le centre journalistique Wikinews, le centre pédagogique et de recherche Wikiversité, le centre d'informations touristique Wikivoyage, le répertoire des êtres vivants Wikispecies et enfin l'institut des citations d’auteurs Wikiquote. Cela sans oublier le musée médiatique Wikimedia Commons et la banque Wikidata, reconnue comme étant la plus grande banque d’informations structurées au monde. Deux bâtiments dont l'une des fonctions principales communes est d’enrichir les pièces situées dans les autres buildings du quartier Wikimédia.
Dans tous ces immeubles, il arrive souvent que plus de la moitié des étages soient uniquement attribués à l'organisation des activités qui s'y déroulent. Chaque bâtiment peut aussi compter sur le soutien d'autres édifices tels que MediaWiki, Wikitech, Phabricator, qui sont trois lieux entièrement dédiés aux maintenances techniques sur l'ensemble du quartier. Concernant les aspects administratifs, c'est dans le bâtiment Méta-Wiki que s'opère la gouvernance générale du quartier, alors que les courriers adressés à ce dernier sont traités en première ligne dans le bâtiment Wikimedia VRT. À la suite de quoi, il ne reste plus qu'à citer le bâtiment Wikimedia Outreach, pour des initiatives de sensibilisation, et le bâtiment du journal Diff Wikimedia, comme lieu de publication d'actualités sur le mouvement.
En dehors de certains aspects techniques, tous ces bâtiments sont exclusivement régis par des communautés bénévoles, qui sont toujours prêtes à accueillir de nouveaux membres. Les seuls immeubles du quartier qui diffèrent de ce principe sont les bâtiments vitrines de la Fondation Wikimédia et des autres associations Wikimédia qui engagent du personnel. Quant au bâtiment du conseil d'administration de la Fondation, des raisons officielles justifient le fait que la modification de ses pièces est réservée à ces membres et aux employés qui les soutiennent.
Face à tant d'utopies, il devient légitime de vouloir comprendre comment tout cela fut rendu possible. Or, pour répondre à cette question, il faut alors parcourir tout un pan de l'histoire de la révolution numérique, depuis la contre-culture des années 1960 jusqu'à nos jours. On y découvre que les pionniers du réseau Internet étaient des chercheurs et étudiants en informatique, fortement influencés par de nouvelles idéologies, telles que celles qui furent à la source des évènements de mai 68 en France. C'est donc de là que naîtra la philosophie de partage, de liberté, de décentralisation et ce mode d’organisation tout à fait spécifique, que l'on observe aujourd'hui au sein du mouvement Wikimédia.
Il y eut tout d'abord la création d'Internet, comme réseau mondial de communication en libre accès, puis le développement du World Wide Web, qui a grandement facilité les interactions humaines à l’échelle planétaire. Par la suite, ce fut l'arrivée du Web 2.0, caractérisé par l'apparition de nouveaux sites web directement modifiables à l'aide d’un simple navigateur. Or, parmi ceux-ci se trouvent les moteurs de Wiki, dont le plus puissant d’entre eux, MediaWiki, est un logiciel libre développé par la Fondation Wikimédia. Le moment est donc venu d'en savoir plus sur ce type de programme informatique, ainsi que sur le mouvement du logiciel libre, qui a fortement influencé la philosophie et les valeurs véhiculées au sein du mouvement Wikimédia.
=== Chapitre 2 : Le mouvement du logiciel libre ===
L’un des premiers épisodes de la préhistoire de Wikipédia et du mouvement Wikimédia débuta en septembre 1983, lorsqu’un programmeur du Massachusetts Institute of Technology, appelé Richard Stallman, déposa un message sur la liste de diffusion net.unix-wizards. C’était un appel d’aide pour la création de GNU, un nouveau système d’exploitation qui devait réunir une suite de programmes que tout le monde pourrait utiliser librement sur son ordinateur personnel. Dans son message transmis via ARPANET, le premier réseau informatique à grande échelle qui précéda Internet, Stallman s’exprimait de la sorte :
Je considère comme une règle d’or que si j’apprécie un programme je dois le partager avec d’autres personnes qui l’apprécient. Je ne peux pas en bonne conscience signer un accord de non-divulgation ni un accord de licence de logiciel. Afin de pouvoir continuer à utiliser les ordinateurs sans violer mes principes, j’ai décidé de rassembler une quantité suffisante de logiciels libres, de manière à pouvoir m’en tirer sans aucun logiciel qui ne soit pas libre.
Le projet de Stallman, qui reçut le soutien nécessaire à son accomplissement, marqua ainsi le début de l’histoire du logiciel libre. Quant à la quantité d’aide fournie, elle permet de croire que Richard Stallman n’était pas seul à voir l’arrivée des logiciels propriétaires d’un mauvais œil. Car pour les membres du projet GNU et du mouvement du logiciel libre en général, un bon programme informatique doit respecter ces quatre libertés fondamentales :
1. La liberté d’exécuter le programme, pour tous les usages.
2. La liberté d’étudier le fonctionnement du programme, et de l’adapter à vos besoins.
3. La liberté de redistribuer des copies, donc d’aider votre voisin.
4. La liberté d’améliorer le programme, et de publier vos améliorations, pour en faire profiter toute la communauté.
Lors de l'apparition du logiciel libre, le marché de l’informatique était de fait en pleine mutation. L'habituel partage des codes informatiques entre les rares étudiants ou chercheurs qui bénéficiaient d’un accès à un ordinateur faisait l'objet d'une remise en question. Ce changement faisait notamment suite au Copyright Act de 1976, une nouvelle loi qui autorisait l'application d'un droit d'auteur sur le code informatique, et donc qui permettait d'en interdire le partage ou la réutilisation sans autorisation. Des clauses de confidentialité ont ainsi fait leur apparition, pendant que les employés des firmes informatiques étaient nouvellement soumis à des contrats de confidentialité. C'était la fin de l’entraide et de la solidarité pratiquées chez les pionniers de l’informatique. À sa place s'installaient la concurrence et la compétitivité, bien connues dans le système capitaliste marchand.
Cette mutation coïncidait avec l’arrivée des premiers ordinateurs de taille réduite. Grâce à l’apparition des premiers circuits intégrés, les premiers exemplaires avaient en effet été créés par l’industrie aérospatiale au début des années 1960. Cependant, il fallut attendre le début des années 1980 pour que le prix d’un ordinateur soit suffisamment bas pour en faire un bien de grande consommation.
C’est ainsi qu’en 1982, le Commodore 64 entrait dans le livre Guinness des records, avec plus de 17 millions d’exemplaires vendus dans le monde. Juste avant cela, en 1981, l’IBM Personal Computer avait déjà fait son apparition, en proposant une architecture ouverte qui allait servir de modèle pour toute une gamme d’ordinateurs que l’on désigne toujours aujourd’hui par l’acronyme « PC ».
Pour faire fonctionner ses nouveaux modèles d'ordinateurs, la société IBM avait confié à l’entreprise Microsoft, créée en 1975, la mission de les équiper d’un système d’exploitation. Le contrat signé entre les deux firmes fut une véritable aubaine pour le fournisseur des programmes informatiques. Car sans s'en apercevoir, et sans jamais anticiper que son matériel serait cloné à grande échelle, celle-ci avait en effet permis à Microsoft d'établir un monopole dans la vente de logiciels. Cela fut condamné pour abus de position dominante et vente liée du logiciel avec le matériel informatique, mais sans pour autant empêcher Bill Gates, le principal actionnaire de Microsoft, d'être l'homme le plus riche du monde en 1994.
Toutefois, pendant que Microsoft renforçait sa position dominante, un nouvel événement majeur allait marquer l’histoire du logiciel libre. Celui-ci fut de nouveau déclenché par un appel à contribution, qui fut cette fois posté le vingt-cinq août 1991 par un jeune étudiant en informatique de 21 ans, appelé Linus Torvalds. Via le système de messagerie Usenet, sa demande avait été postée dans une liste de diffusion consacrée au système d’exploitation Minix, une sorte d’UNIX simplifié et développé dans un but didactique, par le programmeur Andrew Tanenbaum.
Loin d’imaginer que cela ferait de lui une nouvelle célébrité dans le monde du Libre, Torvalds entama son message par le paragraphe suivant :
Je fais un système d’exploitation (gratuit) (juste un hobby, ne sera pas grand et professionnel comme gnu) pour les clones 386 (486) AT. Ce projet est en cours depuis avril et commence à se préparer. J’aimerais avoir un retour sur ce que les gens aiment ou n’aiment pas dans minix, car mon système d’exploitation lui ressemble un peu (même disposition physique du système de fichiers (pour des raisons pratiques) entre autres choses).
Bien qu’il fût présenté comme un passe-temps, le projet qui répondait au nom de « Linux », fut rapidement soutenu par des milliers de programmeurs du monde entier, avant de devenir la pièce manquante du projet GNU. En effet, les contributeurs au projet de Stallman n’avaient pas encore terminé l’écriture du code informatique du noyau Hurd, alors qu'il était censé établir la communication entre la suite logicielle produite par GNU et le matériel informatique. C'est donc la fusion des codes produits par les projets GNU et Linux qui permit la création du premier système complet, stable et entièrement libre baptisé GNU/Linux.
Au départ de ce nouveau système informatique, de nombreuses variantes, que l’on nomme communément « distributions », furent créées par des programmeurs de tous horizons. L’une de celles-ci s’intitule Debian et tire sa réputation d'être simultanément libre, gratuite, très fiable et produite par une communauté sans lien direct avec une société commerciale. Quatre qualités qui expliquent pourquoi, Debian sert de base à plus de 150 distributions dérivées, et que de nombreuses organisations l'utilisent, comme le fait la Fondation Wikimédia sur les serveurs qui hébergent les projets qu'elle supporte.
Grâce à la naissance des logiciels libres, le mouvement Wikimédia a donc la possibilité de faire tourner ses serveurs informatiques, avec un système d’exploitation fiable, libre et gratuit. Comme son code source est ouvert, cela permet aussi à la Fondation Wikimédia de le modifier pour répondre aux besoins spécifiques du mouvement. À la suite de quoi, et selon les règles formulées par la communauté du logiciel libre, les modifications faites par la Fondation deviennent à leur tour, gratuitement et librement, utilisables par d’autres personnes ou organismes.
À ce premier héritage reçu par le mouvement Wikimédia et toujours en provenance des logiciels libres, s’ajoute une innovation méthodologique. Dans son article La Cathédrale et le Bazar, Eric Raymond mobilise en effet le terme « cathédrale » pour désigner le mode de production des logiciels propriétaires, en opposition au mot « bazar », qu'il utilise pour qualifier le mode de développement des logiciels libres. D’un côté, il décrit une organisation pyramidale, rigide et statutairement hiérarchisée, comme on peut la voir souvent au sein des entreprises. Tandis que de l’autre, il parle d’une organisation horizontale, flexible et peu hiérarchisée, qu’il a lui-même expérimentée en adoptant le style de développement de Linus Torvalds, à savoir : « distribuez vite et souvent, déléguez tout ce que vous pouvez déléguer, soyez ouvert jusqu’à la promiscuité ».
À l’instar de la métaphore du quartier numérique présentée dans le précédent chapitre, cette manière de décrire les projets open source nous aide donc ici à mieux comprendre ce qui se passe dans le mouvement Wikimédia. D'un côté, on retrouve effectivement cette « ouverture jusqu’à la promiscuité », dans le libre accès accordé aux projets Wikimédia, alors que de l'autre, tout le monde peut participer aux projets Wikimédia, qu'ils soient en ligne ou hors ligne.
Ces deux observations corroborent donc l’existence d’un deuxième héritage en provenance du mouvement du logiciel libre. Néanmoins, il nous reste encore à découvrir un phénomène négligé par Eric Raymond durant ses observations, et qui pourtant, a considérablement influencé l'histoire de la révolution numérique. Il s’agit de l’apparition de la licence libre, de la philosophie qu'elle sous-tend, et du mouvement de la culture libre, dont elle fut à l’origine.
=== Chapitre 3 : Les licences et la culture libres ===
Dans une biographie autorisée, Christophe Masutti explique à quel point la création de la Licence publique générale GNU, en tant que première licence libre créée par Richard Stallman, représente un épisode majeur de la révolution numérique. Selon lui :
La GPL apparaît comme l’un des meilleurs hacks de Stallman. Elle a créé un système de propriété collective à l’intérieur même des habituels murs du copyright. Surtout, elle a mis en lumière la possibilité de traiter de façon similaire « code » juridique et code logiciel.
Le concept de distribution associé à ce nouveau type de licence fut baptisé « copyleft », par inspiration d’un jeu de mots que Richard Stallman avait trouvé dans un courrier transmis par son collègue Don Hopkins. Le principe novateur de ce concept est d'obliger toute production de code dérivé à se soumettre à la même licence libre que le code d’origine. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle beaucoup de gens parlent de licence « virale » ou « récursive » en faisant référence à celle-ci. Quant à l'importance de cette clause, elle repose sur le fait d'interdire toute privatisation d'un code informatique produit sous licence libre. Sans celle-ci, un tel code risque en effet d'être récupéré, puis modifié, avant d’être placé sous un habituel copyright de type « tous droits réservés », dans le but de commercialiser son usage.
En 2001 et dans la mouvance provoquée par l'arrivée des premières licences libres, une organisation internationale sans but lucratif, intitulée Creative Commons, a entamé la promotion du « partage et la réutilisation de la créativité et des connaissances grâce à la fourniture d’outils juridiques gratuits ». Pour ce faire, elle met régulièrement à jour une panoplie de licences inspirées par la GNU, mais spécialement adaptées aux œuvres de l'esprit, telles que les productions littéraires, musicales, photographiques et vidéo, ainsi que les bases de données.
Contrairement aux licences libres fournies par la Free Software Foundation, conçues pour protéger du code informatique, les licences produites par Creative Commons offrent la possibilité de sélectionner différentes clauses pour protéger une œuvre libre. Avec le label CC, pour Creative Commons, on peut ainsi appliquer, ou ne pas appliquer, la clause « BY », qui oblige à créditer l'auteur, et la clause « SA », pour Share Alike, qui ordonne le partage à l’identique comme décrit précédemment. Après quoi il est encore possible d'ajouter la clause « NC », qui impose un usage non commercial, et finalement, la clause « ND », pour Non Derivative, qui exige que l’œuvre soit utilisée ou reproduite dans son intégralité et sans modification.
Le mouvement Wikimédia a choisi la licence CC.BY-SA pour protéger les contenus publiés dans tous ses projets. Cela à l'exception de la banque de données Wikidata, qui au même titre que les descriptions apportées aux fichiers téléchargés dans la médiathèque Wikimedia Commons, publie ses informations structurées sous licence CC0. Cette dernière licence proposée par creative commons est ce qui se rapproche le plus du domaine public, avec pour avantage de ne pas devoir mentionner les auteurs dans le traitement et la réutilisation du contenu de la base de données.
Cependant, il en résulte que les informations en question peuvent être réutilisées par des tiers qui ne sont plus obligés de citer leurs sources, comme le font les agents conversationnels des intelligences artificielles génératives, appelés couramment chatbots. Contrairement à la licence CC.BY-SA, la licence CC0 est donc moins apte à pérenniser les projets Wikimédia, puisqu'elle permet d'invisibiliser ces derniers au risque de réduire les chances d'arrivée de nouveaux contributeurs et contributrices. De plus, sans la clause SA qui assure l'application du copyleft, toutes les informations récupérées au sein de Wikidata et de Wikimedia Commons sont aussi susceptibles de quitter le monde du libre, une fois traitées par des entreprises commerciales.
Quoi qu’il en soit, les licences Creative Commons, inspirées par la licence libre de Richard Stallman, apparaissent finalement comme un troisième héritage en provenance du mouvement du logiciel libre et de la culture libre qui en est issue. Grâce à la licence CC.BY-SA, les éditeurs des projets Wikimédia bénéficient effectivement d'une certaine reconnaissance, tout en étant assurés qu'aucun copyright sur leurs travaux ne puisse profiter exclusivement à une personne ou une compagnie. Cela pendant que la licence libre appliquée au système d'exploitation installé sur les serveurs Wikimédia garantit, pour sa part, un certain respect des contributeurs, puisqu'elle permet de vérifier si le code informatique ne compromet pas leurs vies privées.
Avec tous les autres apports en provenance du logiciel libre, ce sont là deux choses importantes qui ont permis l'apparition du mouvement Wikimédia. Toutefois, cela ne pouvait pas suffire à la création du projet Wikipédia qui en fut le point de départ. Car sans l'espace numérique, mondial et libre d’accès, créé par Internet et l'espace web, aucune encyclopédie collaborative de cette envergure n'aurait pu voir le jour.
=== Chapitre 4 : Le réseau Internet ===
L’histoire du réseau Internet constitue un nouvel épisode captivant de la révolution numérique, sans lequel le mouvement Wikimédia n’aurait jamais pu émerger. D’un point de vue purement technique, ce réseau informatique a été mis au point dans les années 1970, avant l’adoption généralisée du protocole TCP/IP, toujours en usage à ce jour. Ce dernier fut inventé par Vint Cerf et Robert Elliot Kahn, quand ils travaillaient pour la Defense Advanced Research Projects Agency, rattachée au département de la Défense américaine. L'une des premières présentations de leur projet fut, entre autres, réalisée lors d’une conférence organisée par l’International Network Working Group, une instance créée pour assurer la gouvernance mondiale du réseau informatique.
Sur base de ces informations, on peut penser qu’Internet a été créé par des militaires. Cependant, Une contre-histoire de l’Internet, nous révèle que les créateurs et les premiers utilisateurs d’ARPANET, considéré comme l’ancêtre d’Internet, étaient davantage des étudiants hippies et amateurs de LSD, que des militaires bien drillés. D’ailleurs, avant la standardisation du protocole TCP/IP, ARPANET fonctionnait depuis plus d’un an avec un autre protocole de transition intitulé Network Control Program. Or, celui-ci avait été mis au point, en février 1969, par le Network Working Group, un groupe informel d’étudiants rassemblés autour de Steve Crocker, lorsqu’il ne détenait encore qu’une simple licence.
Bien que rarement cité dans l’histoire d’Internet, ce groupe a pourtant mis en place la procédure RFC, pour Request For Comments, reconnue comme « l’un des symboles forts de la "culture technique" de l’Internet, marquée par l’égalitarisme, l’autogestion et la recherche collective de l’efficience ». Soit trois principes et une procédure, qui aujourd’hui encore sont appliqués sur le site Méta-Wiki, dans lequel s'organise la gestion communautaire du mouvement Wikimédia. Cela alors qu'au sein des projets pédagogiques, d’autres processus similaires de recherche de consensus ont fait leur apparition.
Il faut ensuite savoir que les liens entre ARPANET et l’armée ont disparu avec l’apparition du MILNET, un réseau entièrement dédié aux activités militaires, rebaptisé NIPRNet, pour Non-classified Internet Protocol Router Network, en 1990. Après une séparation définitive en 1983, précisément l’année où Richard Stallman postait sa demande d’aide pour le projet GNU, le réseau ARPANET resta uniquement dédié à la recherche et au développement. À cette époque, le réseau ne comprenait pas plus de 600 machines connectées, ce qui n'a donc rien de comparable avec ce vaste réseau informatique mondial que nous connaissons aujourd’hui, et qui fut fortement développé au cours des années 1990.
Pour en assurer l’entretien technique, une organisation non gouvernementale, a été créée en 1992, sous l'appellation d’Internet Society. Celle-ci devait aussi veiller au respect des valeurs fondamentales liées au bon fonctionnement du réseau. Car avant d'atteindre des milliards d’appareils connectés, il a d’abord fallu réglementer les nombreuses dorsales internet intercontinentales, sans lesquelles la transmission du protocole TCP/IP partout dans le monde n'aurait pas été possible.
Pour en revenir à l’état d’esprit des créateurs d'Internet, un article intitulé Quarante ans après : mais qui donc créa l’internet ? apporte un éclairage particulièrement intéressant au sujet des liens que l'on peut établir entre le mouvement Wikimédia et l'histoire d'Internet. Dans son témoignage, Michel Elie, cet ingénieur en informatique, membre du Network Working Group cité précédemment, et responsable de l’Observatoire des Usages de l’Internet, nous explique effectivement ceci.
Le succès de l’internet, nous le devons aux bons choix initiaux et à la dynamique qui en est résultée : la collaboration de dizaines de milliers d’étudiants, ou de bénévoles apportant leur expertise, tels par exemple ces centaines de personnes qui enrichissent continuellement des encyclopédies en ligne telles que Wikipédia.
Au courant des années 1990, le milieu informatique universitaire semblait donc toujours fortement imprégné des idéaux de la contre-culture des années 1960, produit par les baby boomers dans le contexte de la guerre du Vietnam. Afin d'illustrer les idées véhiculées à cette époque, voici un paragraphe extrait d'un ouvrage publié en 1970 et intitulé Vers une contre-culture : Réflexions sur la société technocratique et l’opposition de la jeunesse. Dans celui-ci, Théodore Roszak explique que :
Le projet essentiel de notre contre-culture : proclamer un nouveau ciel et une nouvelle terre, si vastes, si merveilleux que les prétentions démesurées de la technique soient réduites à n’occuper dans la vie humaine qu’une place inférieure et marginale. Créer et répandre une telle conception de la vie n’implique rien de moins que l’acceptation de nous ouvrir à l’imagination visionnaire. Nous devons être prêts à soutenir ce qu’affirment des personnes telles que Blake, à savoir que certains yeux ne voient pas le monde comme le voient le regard banal ou l’œil scientifique, mais le voient transformé, dans une lumière éclatante et, ce faisant, le voient tel qu’il est vraiment.
À la suite de cette lecture, il peut sembler paradoxal de penser qu’une contre-culture, voyant la technique comme « inférieure » et assimilant la science au « banal », puisse avoir un lien avec le milieu scientifique universitaire qui fut à l'origine d'Internet. Cependant, une réponse à cette énigme fut apportée par Fred Turner, par la publication de son livre intitulé : « Aux sources de l’utopie numérique : De la contre-culture à la cyberculture, Stewart Brand, un homme d’influence ».
Grâce à cet ouvrage, on découvre en effet que le mouvement Hippie utilisera tout ce qui était à sa disposition à l’époque pour parvenir à ses fins : LSD, spiritualités alternatives, mais également, objets technologiques les plus en pointe. Cela grâce notamment à l’influence de Steward Brand, le créateur d'un catalogue interactif, qui peut être considéré comme l'ancêtre analogique des groupes de discussions numériques apparus des années plus tard.
Comme autre indication, il y a ensuite les propos tenus en 1992, lors d’une plénière de la 24ᵉ réunion du groupe de travail sur l’ingénierie Internet, par David D. Clark, un autre pionnier d’Internet. Durant cette rencontre, ce chef de projet prononça des paroles restées dans les annales. « Nous récusons rois, présidents et votes. Nous croyons au consensus et aux programmes qui tournent ». Deux phrases seulement, mais qui, dans le cadre du milieu informatique, permettent de croire que le mépris de la contre-culture envers la technique et la science, s'est transformé en un refus d’autorité et une recherche de consensus.
Dans tous les cas, le développement du réseau Internet ne s'est pas fait sans conflits idéologiques importants. On peut d'ailleurs se demander aujourd'hui à quoi ressemblerait Internet s'il n'avait jamais été commercialisé. Cela s'est passé en novembre 1994, lorsque l’association sans but lucratif Advanced Network and Services, chargée de gérer les accès à Internet, a fait le choix de vendre ses activités. Cette décision faisait suite à un appel à des fonds privés pour financer d'importants changements dans l'infrastructure du réseau. Profitant de l'occasion, la société commerciale America Online a ainsi repris à son compte la gestion des connexions à Internet, après avoir effectué un versement de 35 millions de dollars.
Trente ans plus tard, Internet est devenu ce réseau que nous expérimentons aujourd'hui, à savoir : un réseau dominé par des sociétés privées les plus riches au monde. Dans ce contexte et parmi les 100 sites web les plus visités au monde, seul le nom de domaine Wikipédia appartient à une organisation non lucrative. Cela explique donc pourquoi le mouvement Wikimédia, via son encyclopédie et la fondation qui l'héberge, représente à ce jour, et dans l'espace web, l'expression la plus visible de la philosophie des pionniers d’Internet.
Plus qu'un héritage, cette situation peut être vue comme une mission perpétuée au sein d'un espace envahi par une culture marchande et capitaliste. C'est là une information importante qu'il faut retenir au sujet du mouvement Wikimédia. Elle ne clôture pas pour autant tout ce qu'il faut savoir au sujet des évènements qui ont permis la création d’une encyclopédie mondiale, libre et collaborative. Mais en revanche, elle nous invite à découvrir l'histoire du World Wide Web, un espace numérique sans lequel la création de Wikipédia n'aurait jamais été possible.
=== Chapitre 5 : Le World Wide Web ===
Maintenant que le lien entre la création d'Internet et le mouvement Wikimédia est établi, découvrons à présent l'application la plus connue du réseau, que l'on nomme le World Wide Web, ou plus simplement « Web ». C'est Tim Berners-Lee qui en fut l’inventeur, lorsqu’il était encore actif à l'Organisation européenne pour la recherche nucléaire. Il avait pour idée de créer un espace d’échange public par l’intermédiaire d'Internet, et pour y parvenir, il mit au point le logiciel « WorldWideWeb », rebaptisé Nexus pour éviter toute confusion avec le World Wide Web.
Grâce à un système d’indexation appelé hypertexte, ce programme informatique a permis de produire et de connecter des espaces numériques intitulés sites Web. Ceux-ci sont composés de pages web, hébergées sur des ordinateurs distants, mais connectés entre eux au travers du réseau Internet. Pour permettre ce type de connexion, Berners-Lee mit au point le Hypertext Transfer Protocol ou HTTP, un nouveau protocole de communication simple en soi, mais dont la mise en œuvre technique est compliquée.
Pour veiller au bon fonctionnement et au bon usage de l'espace web, des règles de standardisation ont tout d'abord été édictées par l’association Internet Society. Après quoi, Berners-Lee fonda le W3C, un consortium international dont la devise est : « un seul Web partout et pour tous ». Si ce slogan nous apparaît très naturel aujourd’hui, il faut toutefois savoir que l'espace Web a bien failli être régi séparément par des acteurs commerciaux, avec tous les droits d'accès que cela aurait pu engendrer.
À partir du trente avril 1993, jour du dépôt du logiciel WorldWideWeb dans le domaine public par Robert Cailliau, un collègue de Berners-Lee chargé de la promotion de son projet, un tel scénario était en effet possible. Sauf qu'après le départ de Berners-Lee, devenu président du W3C, François Flückiger, qui avait repris son poste au sein du CERN, eut la présence d'esprit de réagir à temps. Selon le livre Alexandria qui parcourt l'histoire de Robert Caillau, voici ce qui aurait pu se passer si le code de l’éditeur HTML n'avait finalement pas été placé sous licence libre.
La philanthropie de Robert, c’est très sympa, mais ça expose le Web à d’horribles dangers. Une entreprise pourrait s’emparer du code source, corriger un minuscule bug, s’approprier le « nouveau » logiciel et enfin faire payer une licence à ses utilisateurs. L’ogre Microsoft, par exemple, serait du genre à flairer le bon plan pour écraser son ennemi Macintosh. Les détenteurs d’un PC devraient alors débourser un certain montant pour profiter des fonctionnalités du Web copyrighté Microsoft. Les détenteurs d’un Macintosh, eux, navigueraient sur un Web de plus en plus éloigné de celui vendu par Bill Gates, d’abord gratuit peut-être, avant d’être soumis lui aussi à une licence.
Face à un tel scénario, nous découvrons de nouveau à quel point le concept de licence libre a fondamentalement changé le cours de la révolution numérique. Sans cela, nos expériences et nos usages de l'espace numérique auraient été totalement différents. L'utopie Wikipédia, par exemple, n'aurait certainement pas vu le jour, en raison de l'éclatement des espaces numériques et des coûts d'accès auxquels seraient confrontés les bénévoles qui ont construit le projet. Quoi qu'il en soit, et au niveau technique, une fois l'espace web apparu, il ne manquait plus qu'une chose pour permettre la création d'une encyclopédie collaborative au format numérique.
=== Chapitre 6 : Les plateformes Wiki ===
Un wiki, ou un moteur de wiki, est un logiciel que l'on installe sur un serveur informatique pour permettre la création d’un site web éditable et configurable à l’aide d’un simple navigateur. Plus précisément, c’est un système de gestion de contenu, dans lequel le code HTML, CSS, JavaScript et Lua, ainsi que certains paramètres, peuvent être modifiés par tous les internautes. Cela peut se faire en se connectant à un compte utilisateur, afin de bénéficier des droits de modification et d’administration qui lui sont accordés, ou en utilisant la configuration attribuée par défaut aux personnes non connectées.
Sur les pages web d'un wiki, chaque modification provoque un nouvel enregistrement complet du code source qui la compose. De la sorte, il est toujours possible, à partir d’une page reprenant l’historique des modifications, de rétablir l'une de ses anciennes versions. Grâce à ce système, on peut ainsi savoir quelle personne, ou quelle adresse IP est à l’origine d’un changement, et même voir l’endroit où la modification a été faite, et à quel moment celle-ci a été réalisée.
Le premier logiciel Wiki, qui portait le nom de WikiWikiWeb, a été créé et placé sous licence libre GPL par Ward Cunningham en mars 1995. Grâce à la licence, d’autres programmes wiki ont vu le jour en copiant ou s’inspirant du code source de WikiWikiWeb, ou des autres projets wiki qui l'avaient fait auparavant. Cette émulation récursive, qui donna naissance à toute une panoplie de projets wiki, est donc à nouveau une belle illustration des retombées positives que peut susciter l'application d'une licence libre.
Parmi les différents logiciels Wiki disponibles, UseModWiki fut choisi par la société Bomis qui finança la création du premier projet Wikipédia en anglais. C'était un choix judicieux, car l’éclatement de la bulle spéculative d’Internet, à la fin des années 2000, confrontait l'entreprise à de grosses difficultés financières. Un programme gratuit, simple d’utilisation et peu gourmand en ressources informatiques, convenait donc parfaitement dans ce cadre. UseModWiki fut par après remplacé par un autre moteur de Wiki sans nom, mais plus performant et toujours produit sous licence libre. Ce dernier fut ensuite amélioré par plusieurs programmeurs, dont Brion Vibber, le premier employé de la Fondation Wikimédia, avant d’être finalement intitulé MediaWiki.
Avec l’aide de nouveaux employés et des bénévoles actifs sur le site mediawiki.org, ce système de gestion de contenu finit par apparaitre en tête du classement des wikis les plus utilisés. Grâce à la licence libre, des milliers d'autres personnes et projets ont pu en effet développer des sites Web, sans nécessairement faire partie du mouvement Wikimédia. Ce succès a par ailleurs justifié l'organisation de rassemblements annuels entre 2016 et 2020, entre personnes et organisations qui utilisent le programme, pour discuter de son développement et de ses usages.
Ceci étant dit, il existe dans la liste des Wikis d’autres logiciels libres intéressants, tels que DokuWiki, rendu populaire par sa simplicité d’installation et d’usage. Jusqu’à ce jour cependant, seul MediaWiki semble suffisamment stable et puissant pour permettre le développement optimal de l’ensemble des projets Wikimédia. Avec parmi ceux-ci, bien sûr, Wikipédia, l'encyclopédie libre et universelle, dont nous allons enfin découvrir la mise en place dans ce prochain chapitre.
=== Chapitre 7 : L’encyclopédie libre et universelle ===
Dans les chapitres précédents, nous avons découvert toutes les innovations techniques et culturelles sans lesquelles Wikipédia n’aurait jamais pu devenir la plus grande encyclopédie libre et universelle connue au monde. Son objectif est de synthétiser la totalité du savoir humain. Ce qui n’est autre, finalement, qu’un vieux rêve de notre humanité. Trois cents ans avant Jésus-Christ et durant la création de la bibliothèque d’Alexandrie, ce désir était aussi celui de Ptolémée Iᵉʳ. C'était deux siècles avant que Denis Diderot publie, avec Jean Le Rond d'Alembert et Louis de Jaucourt en 1751, la première édition de l’Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers. Quant à Paul Otlet, qui a créé avec Henri La Fontaine la classification décimale universelle en usage depuis 1905, il s’était mis en tête de répertorier l’ensemble du savoir humain au sein d'un seul édifice.
Peu connu à ce jour, ce documentaliste belge rêvait pourtant de cataloguer le monde et de rassembler toutes les connaissances humaines, sous la forme d’un gigantesque répertoire bibliographique universel, situé à l'intérieur d'un Mundaneum. En 1934, dans le Traité de documentation écrit par celui qui voulait « classer le monde », Otlet décrit, de manière particulièrement visionnaire, un possible partage du savoir et de l’information.
Ici, la Table de Travail n’est plus chargée d’aucun livre. À leur place se dresse un écran et à portée un téléphone. Là-bas, au loin, dans un édifice immense, sont tous les livres et tous les renseignements, avec tout l’espace que requiert leur enregistrement et leur manutention…
De là, on fait apparaître sur l’écran la page à lire pour connaître la question posée par téléphone avec ou sans fil. Un écran serait double, quadruple ou décuple s’il s’agissait de multiplier les textes et les documents à confronter simultanément ; il y aurait un haut-parleur si la vue devrait être aidée par une audition. Une telle hypothèse, un Wells certes l’aimerait. Utopie aujourd’hui parce qu’elle n’existe encore nulle part, mais elle pourrait devenir la réalité de demain pourvu que se perfectionnent encore nos méthodes et notre instrumentation.
À peu de choses près, cette utopie décrite en 1934 par Otlet correspond à l'usage que l'on fait du réseau Internet et de son espace web, lorsqu'on recherche de l'information aujourd'hui. Premièrement, allumer un système informatique, avec ou sans fil, muni d'un écran ; ensuite, poser une question dans un moteur de recherche ; puis, comme cela arrive très souvent, être redirigé vers l'une des versions linguistiques de Wikipédia.
Ce scénario, dans lequel les moteurs de recherche jouent un rôle central, explique la popularité de l'encyclopédie libre. D'autres projets similaires étaient pourtant apparus sur le Web avant l'arrivée de Wikipédia. Environ trois ans avant sa création, Aaron Swartz, un activiste de la culture libre qui avait juste douze ans à l'époque, avait par exemple lancé une sorte de site encyclopédique produit et régi par ses usagers. Appelé The Info Network, ce site web avait d'ailleurs permis à son auteur de recevoir l'ArsDigita Prize, un prix décerné aux jeunes créateurs de projets « utiles, éducatifs, collaboratifs et non commerciaux ».
Il faut savoir ensuite que l'expression « encyclopédie libre et universelle » fut oubliée pour la première fois durant l'année 2000 par Richard Stallman, soit l'année qui précéda celle de la naissance de Wikipédia. C'était dans un essai intitulé The Free Universal Encyclopedia and Learning Resource, qui, selon son auteur, avait été rédigé deux ans avant sa publication sur la liste de diffusion du projet GNU. Repris ci-dessous, un extrait de ce texte, présente les particularités du projet.
Le World Wide Web a le potentiel de devenir une encyclopédie universelle couvrant tous les domaines de la connaissance et une bibliothèque complète de cours d’enseignement. Ce résultat pourrait être atteint sans effort particulier, si personne n’intervient. Mais les entreprises se mobilisent aujourd’hui pour orienter l’avenir vers une voie différente, dans laquelle elles contrôlent et limitent l’accès au matériel pédagogique, afin de soutirer de l’argent aux personnes qui veulent apprendre.
Nous ne pouvons pas empêcher les entreprises de restreindre l’information qu’elles mettent à disposition ; ce que nous pouvons faire, c’est proposer une alternative. Nous devons lancer un mouvement pour développer une encyclopédie libre universelle, tout comme le mouvement des logiciels libres nous a donné le système d’exploitation libre GNU/Linux. L’encyclopédie libre fournira une alternative aux encyclopédies restreintes que les entreprises de médias rédigeront.
En parlant d'un « mouvement pour développer une encyclopédie libre universelle », Stallman anticipait donc, sans le savoir, l'arrivée du mouvement Wikimédia, qui ne se concrétisa que bien des années plus tard. Quant à la soixantaine de paragraphes qui décrivent son projet, on y retrouve, dans une forme presque identique, les cinq principes fondateurs qui ont guidé la création de Wikipédia et qui sont toujours actifs à ce jour.
Le premier consiste bien sûr à créer une encyclopédie ; le deuxième réclame une neutralité de point de vue, chose que Stallman expliquait déjà en écrivant qu’« en cas de controverse, plusieurs points de vue seront représentés » ; le troisième implique le respect des droits d’auteur et l’adoption d'une licence libre, celle précisément dont Stallman avait été l'initiateur ; le quatrième inscrit le projet dans une démarche collaborative, alors que Stallman précisait déjà que « tout le monde est le bienvenu pour écrire des articles » ; et le cinquième enfin, stipule qu’il n’y a pas d’autres règles fixes, une position très courante dans le milieu des hackers dont Stallman faisait partie.
Il apparaît donc clairement que le projet Wikipédia n'était pas une idée originale en soi, mais plutôt une opportunité saisie par la société Bomis pour enrichir sa propre encyclopédie commerciale, Nupedia. Cette dernière avait été lancée en avril 2000, soit environ dix mois avant Wikipédia, et sa rédaction était assurée par des experts engagés au sein d’un processus éditorial strict et formel. Malheureusement pour la firme Bomis, le nombre d’articles ne progressait que très lentement.
Dans le but d'accélérer le processus, Larry Sanger, un docteur en philosophie employé par Bomis pour assurer le rôle de rédacteur en chef de Nupedia, eut l'idée d'installer un logiciel wiki sur les serveurs de son entreprise. L'objectif était d'ouvrir un site web participatif, dans lequel des volontaires pourraient créer des articles encyclopédiques, pour qu'ils soient ensuite intégrés dans le projet commercial. Malgré le manque d’enthousiasme de son employeur Jimmy Wales, Sanger mit ses idées en application, et c'est donc ainsi que débuta l’histoire de Wikipédia, avec sa toute première version en anglais.
C’était le 15 janvier 2001, précisément le même mois où Richard Stallman mit en ligne son propre projet d’encyclopédie libre et universelle, qu'il souhaitait intituler GNUPedia. Étonnamment, les noms de domaine gnupedia .com .net et .org avaient déjà été enregistrés au nom de Jimmy Wales, ce qui obligea Stallman à rebaptiser son projet GNE. Ce fait est d'autant plus surprenant que Wales affirma des années plus tard : « n’avoir eu aucune connaissance directe de l’essai de Stallman lorsqu’il s’est lancé dans son projet d’encyclopédie ».
Le site GNE ne ressemblait cependant pas vraiment à une encyclopédie, mais plutôt à un blog collectif ou une base de connaissance, tandis que sa page d’accueil précisait clairement qu’il s’agissait d’une bibliothèque d’opinion. Quant à sa modération, elle avait demandé d'engager un employé, car elle s'est avérée bien plus compliquée que prévu. À côté de cela, et probablement grâce aux spécificités de l’environnement wiki et aux soutiens apportés par Jimmy Wales et Larry Sanger, Wikipédia réussit à mettre en place une organisation efficace au sein d'une communauté d'éditeurs grandissante.
Peut-être en raison de la concurrence libre faite par le projet GNE, Jimmy Wales décida d'abandonner le copyright que Bomis détenait sur son encyclopédie commerciale Nupedia, pour le remplacer par une licence Nupedia Open Content. Peu de temps après, il décida finalement d'adopter la licence de documentation libre GNU conçue pour protéger les textes de documentation des logiciels libres. Ce dernier choix fut une stratégie payante, puisque cela incita Richard Stallman à transférer tout le contenu de son projet GNE vers Nupedia, et à encourager tout le monde à contribuer sur Wikipédia.
Parmi les autres actions de Jimmy Wales qui ont contribué au succès de Wikipédia, il y eut cette idée d'ouvrir le projet aux « gens ordinaires ». C’était un choix qui s’opposait aux idéaux de Larry Sanger, qui de loin préférait le modèle de Nupedia avec son système de relecture par des experts. Cependant, Jimmy Wales, en tant qu'homme d’affaires, visait une croissance plus rapide du contenu de l'encyclopédie.
Cette croissance ne s'est toutefois pas faite sans difficulté. Le 26 février 2002, en effet, l'Enciclopedia Libre Universal en Español, un projet dissident du projet Wikipédia, fit son apparition. C'était une réaction à de la censure, à l'existence d'une ligne éditoriale et à la possibilité de voir apparaitre des publicités dans Wikipédia. En raison des remises en question que cette séparation suscitait parmi les bénévoles actifs dans les projets, Jimmy Wales renonça finalement à l'usage de la publicité et mit de côté ses visions en matière de profit.
Il faut aussi tenir compte du fait que cet évènement est survenu lors de l'éclatement de la bulle spéculative Internet et du krach boursier de 2001-2002. Une conjoncture qui plaçait la société Bomis dans des difficultés financières, et surtout, dans l'incapacité de payer le salaire de Larry Sanger, son seul employé. En mars 2002 et après un mois d’activité bénévole, l’ex-employé décida alors de quitter les fonctions, qu'il occupait depuis un peu plus d'un an, dans Nupedia et Wikipédia. Avec le seul soutien de Jimmy Wales, les deux encyclopédies purent toutefois poursuivre leurs développements, toujours avec le concours d'experts dans Nupedia et d'une communauté bénévole au niveau de Wikipédia. Néanmoins, en septembre 2003 et vu l'écart qui se creusait entre les deux projets, l'encyclopédie Nupedia fut fermée et ses quelques dizaines d'articles transférées vers les milliers d'autres que comprenait déjà le projet Wikipédia.
Trois ans plus tard, Larry Sanger n’avait pas dit son dernier mot. En septembre 2006, il décida en effet de lancer sur fonds propres une encyclopédie intitulée Citizendium. Cette plateforme écrite en anglais uniquement et toujours active à ce jour, repose sur un système d’expertise, dans lequel les contributrices et les contributeurs doivent déclarer leur identité réelle. En avril 2026 cependant, Citizendium reprenait moins de 2000 articles, tout avancement confondu, tandis que le projet Wikipédia en anglais en regroupait déjà plus de 7 millions.
Voici donc comment est née la plus grande encyclopédie au monde, dont la taille et la visibilité n'avaient jamais été égalées auparavant. Une encyclopédie qui, de plus, s'est rapidement déclinée en de nombreuses versions linguistiques, à l'instar de sa version francophone, lancée moins de quatre mois après le projet original en anglais. Toutes ces versions ont formé les premières bases d’une organisation mondiale, bientôt chapeautée par une fondation. Avant cela, d'autres projets pédagogiques et collaboratifs ont vu le jour au côté de Wikipédia. Intitulés « projets frères », ceux-ci se constituent à leur tour, en de nombreuses versions linguistiques, tout en poursuivant le processus de création du mouvement Wikimédia.
=== Chapitre 8 : L'arrivée des projets frères ===
Dans le but de développer des contenus pédagogiques qui ne trouvaient pas leur place dans Wikipédia, d’autres projets pédagogiques et collaboratifs ont vu le jour, pour former ce que l'on appelle couramment aujourd'hui : l’écosystème Wikimedia. La naissance de tous ces projets, ainsi que les évènements importants qui ont contribué au développement du mouvement, ont été repris dans une ligne du temps réalisée par Guillaume Paumier, à l’occasion du dixième anniversaire de Wikipédia. Grâce à ce graphique, on peut voir en détail l'évolution du nombre de projets, de versions linguistiques, de contributeurs et d'articles, et se faire ainsi une idée sur la vitesse à laquelle s'est développé le mouvement Wikimédia.
Parmi tous les projets frères de Wikipédia, le premier à apparaître fut Méta-Wiki, une plateforme de référence pour centraliser la gestion de l'ensemble des sites web hébergés par la fondation Wikimédia. Dans un premier temps, cet espace communautaire en ligne a répondu à la nécessité de traiter en un seul lieu les questions communes aux différentes versions linguistiques de Wikipédia. Aujourd'hui, le site web est le principal endroit de coordination et de gestion de l'ensemble du mouvement Wikimédia. On y retrouve énormément d'informations au sujet des projets en ligne, et peut-être plus encore, concernant la Fondation et les organismes affiliés.
Après Méta-Wiki, sept autres projets de partage de la connaissance ont fait leur apparition, avant d'être déclinés à leur tour en plusieurs versions linguistiques. Tous ces projets émergent en général sur l’initiative d’un petit groupe de personnes actives au sein d’un projet préexistant. Ce fut le cas du projet Wiktionnaire en anglais, le deuxième projet à voir le jour après Méta-Wiki, en décembre 2002, soit deux ans avant la version francophone apparue en mars 2004.
Il est intéressant d'observer que la version francophone du Wiktionnaire n’a pas été créée à partir du projet anglophone, mais bien depuis le projet Wikipédia en français. D'ailleurs, on peut retrouver dans les archives de ce dernier projet, un débat concernant la pertinence de cette création, dont voici un extrait.
En fait, ce qui me peine vraiment avec le projet Wiktionary, c’est que alors qu’on essaie de rassembler les gens (pas facile) pour créer une sorte de tour de Babel de la connaissance (tâche bien longue et difficile), ce nouveau projet va disperser les énergies pour une raison qui ne me semble pas valable. C’est la création de Wiktionary qui va créer des redondances. À mon avis il existera rapidement des pages sur le même mot, mais ne contenant pas les mêmes informations. Pour quelle raison ces connaissances devraient-elles être séparées ? Les encyclopédies sur papier devaient faire des choix à cause du manque de place, mais nous, pourquoi le ferions-nous ??? "Wikipédia n’est pas un dictionnaire" n’est pas un argument à mon avis... si vraiment c’était pas un dictionnaire, il faudrait virer tout un tas d’article. Je ne comprends vraiment pas cette volonté de séparer la connaissance entre ce qui est "encyclopédique" et ce qui n’est "qu’une définition".
[Réponse]
Pour moi ce qu’est Wiktionary, c’est une partie de Wikipédia s’intéressant plus particulièrement aux aspects linguistiques des mots. La différence que je verrais entre la partie dictionnaire de Wikipédia et sa partie dite encyclopédique, c’est que la partie dictionnaire s’intéresserait au sens des mots eux-mêmes alors que la partie encyclopédie s’attache plus à faire ressortir un état des connaissances à un moment donné. Le pourquoi de la séparation d’avec la partie encyclopédie tient plus à des raisons techniques qu’à une volonté de monter un projet indépendant, en effet, à mon humble avis, un dictionnaire nécessite une plus grande rigueur (de présentation) qu’une encyclopédie. Ceci entraîne beaucoup de problème et entre autres le choix de la mise en forme des articles du dictionnaire.
Créer un nouveau projet, c’est effectivement créer un nouveau site web, qui devra faire l’objet d’une nouvelle gestion, tant pour les serveurs de la Fondation, que pour la nouvelle communauté de contributeurs. L’importation de pages d’un projet à l'autre ou la traduction de celles-ci sont bien sûr toujours possibles, mais cela duplique alors aussi la maintenance et les mises à jour. Le choix de scinder un projet, en faveur d’une plus grande liberté, comporte donc certains coûts humains et financiers.
Ce prix à payer n'a pour autant pas empêché le projet anglophone Wikibooks de faire son apparition le 10 juin 2003, soit près d’un an avant Wikilivres, la version francophone du projet, apparue le 22 juillet 2004. Cette dernière création avait de nouveau été débattue au sein de la communauté Wikipédia en français, et non pas dans le Wikibooks en anglais. Quant à l'objectif commun aux deux projets linguistiques, il était de créer une « bibliothèque de livres pédagogiques libres que chacun peut améliorer ».
Environ un an après la création du projet en anglais, un nouvel espace de noms intitulé Wikijunior fut mis en place au sein de la bibliothèque en ligne. Ce sous-projet avait été créé pour répondre à un financement de la fondation Beck, qui cherchait à promouvoir la production de nouvelles littératures pour des enfants de huit à onze ans. Peu de temps après, cette tranche d’âge fut toutefois élargie de zéro à douze ans au niveau du projet francophone, quand le sous-projet y fut adopté.
Ces deux évènements témoignent ainsi qu'il est toujours possible qu'un sous-projet apparaisse dans un projet Wikimédia. Comme autre exemple, il y a aussi le WikiJournal, un sous-projet développé au sein du projet Wikiversité en anglais et qui reçut le prix de l’Open Publishing Awards en 2019. Une demande fut faite pour qu'il puisse bénéficier d'un nouveau site web dans le but de pouvoir se développer en dehors de Wikiversité. Malheureusement pour les initiateurs, la demande est restée sans suite jusqu'à ce jour, après que le conseil d’administration de la Fondation, chargé de répondre à leur demande, considéra que le projet n’était pas suffisamment abouti.
Il faut savoir qu'avant cela, le projet Wikiversité, dans lequel est né Wikijournal, avait lui-même été un sous-projet du projet Wikibook. Initialement, il visait à « créer une communauté de personnes qui se soutiennent mutuellement dans leurs efforts éducatifs ». Cependant, en août 2005, une longue discussion remit en question l’existence du sous-projet Wikiversité dans Wikibooks. Au terme de celle-ci, la décision fut prise de transférer Wikiversité et son contenu sur le site Méta-Wiki, là où de nouvelles discussions ont abouti à l’idée de faire de Wikiversité un nouveau projet indépendant.
Déjà à l'époque, le conseil d’administration de la Fondation Wikimédia se montrait réticent à l'ouverture de nouveaux projets, et sa réaction fut de demander l'ouverture d'un sondage au sein de la communauté. Celui-ci devait rassembler une majorité des deux tiers en faveur de l'ouverture du nouveau site web. Un résultat qui fut finalement obtenu, mais pas sans de longs débats, dont voici un extrait.
La principale raison pour laquelle la Fondation Wikimédia ne veut pas "lâcher le morceau" est une simple question de bureaucratie et la crainte que le projet ne devienne une autre Wikispecies [un projet de répertoire du vivant]. Wikispecies est une idée cool, mais les "fondateurs" du projet se sont dégonflés à mi-chemin de la mise en place du contenu et ont décidé de faire une révision majeure qui a pris plus de temps que ce que tout le monde était prêt à mettre.
Le même problème s’applique à Wikiversity en ce qui concerne la Fondation, parce que les objectifs et les buts de ce projet ne sont pas clairement définis, et il semble que les participants essaient de mordre plus qu’ils ne peuvent mâcher en proposant une université de recherche multi-collèges entière (avec un statut de recherche et une accréditation) à former de toutes pièces plutôt qu’un simple centre d’éducation pour adultes avec quelques classes.
En novembre 2005 et malgré les résultats du sondage, l'indépendance du projet Wikiversité ne fut toutefois pas acceptée par cinq membres du conseil. Ceux-ci réclamaient une « réécriture de la proposition pour en exclure la remise de titre de compétence, la conduite de cours en ligne, et de clarifier le concept de plate-forme e-learning ». Quand ces rectifications furent faites, le projet bénéficia d'une période d’essai de plusieurs mois, jusqu'à ce que les amendements apportés au projet de départ soient enfin acceptés, le 31 juillet 2006. Ce long temps d'attente était justifié par la création du special projects committee, qui, jusqu'en décembre 2021, fut chargé de soulager le conseil d’administration de la fondation, par rapport aux demandes de création de nouveaux projets Wikimédia.
Un nouveau site, nommé Beta-Wikiversity, fut ainsi créé pour assister le lancement des différentes versions linguistiques de Wikiversité. Durant six mois, son premier objectif a d'abord été l'élaboration des lignes directrices concernant la potentialité de produire des recherches collaboratives au sein du projet. Par la suite, chaque nouvelle version linguistique, développée dans le projet Beta, devait avoir plus de 10 modifications par mois, réalisées par au moins trois personnes distinctes, avant de pouvoir bénéficier de son propre site web.
À l'image de Beta-Wikiversity, le projet Wikisource possède lui aussi un site indépendant pour lancer ces nouvelles déclinaisons linguistiques. Tandis que pour tous les autres projets pédagogiques, ce lancement s'effectue sur la plateforme Wikimedia Incubator, créée à la même époque que Beta-Wikiversity. Ces trois plateformes de lancement ne concernent pas les nouveaux projets, qui doivent faire l'objet d'une acceptation par le conseil d'administration de la Fondation Wikimédia, et qui peuvent avoir pour origines des processus de création divers.
Le projet Wikivoyage, par exemple, fut initialement créé en 2003 dans un Wiki extérieur au mouvement Wikimédia, là où il portait le nom de Wikitravel. Comme cela arrive parfois, ce projet sans but lucratif fut acheté par une entreprise commerciale en 2006. Mais en raison du changement de gouvernance et de l'apparition de publicités, une scission est apparue au sein de la communauté d’éditeurs. Les personnes désireuses de quitter Wikitravel lancèrent alors un nouveau site appelé Wikivoyage, qui reçut en 2007, le Webby Award du meilleur guide de voyage Internet.
L'intégration de Wikivoyage dans l'écosystème Wikimédia n'a cependant été faite qu'en 2012, à la suite d'un appel à commentaires durant lequel 540 personnes furent en faveur de l’intégration du projet, 153 contre, pendant que 6 restèrent sans avis. Comme cette nouvelle déclencha une migration importante depuis Wikitravel vers Wikivoyage, une plainte fut déposée par la société commerciale en charge du premier projet. Celle-ci fut toutefois rejetée et le projet Wikivoyage continua à prendre de l’ampleur au sein du mouvement Wikimédia, avec la création de nouvelles versions linguistiques.
Le cas de Wikivoyage apparait toutefois comme une exception, car en général les nouveaux projets émergent des centaines de candidatures déposées sur le projet Méta-Wiki. Celles-ci se soldent bien souvent par un refus, comme ce fut le cas pour le projet WikiLang dont le but était de lancer un laboratoire linguistique. Quelques rares projets ont pourtant la chance d'être élus. Ce fut notamment le cas en octobre 2012, avec le lancement de la base de données structurée et sémantique Wikidata et de ses extensions Wikibase, ou plus récemment, en 2020, avec l'arrivée du projet Abstract Wikipedia et Wikifunctions.
Sans vouloir entrer dans les détails, il est intéressant de savoir que l'interconnexion entre ces trois projets permet de traduire automatiquement des articles encyclopédiques dans tous les langages naturels pris en charge par le mouvement Wikimédia. Plus précisément, les phrases des articles publiées sur Abstract Wikipédia, sont formulées par des fonctions informatiques produites dans le projet Wikifunctions, dans le but de traiter les informations de la base de données sémantique Wikidata. Autrement dit, un article dans Abstract Wikipédia ne possède qu'une seule page pour toutes les langues, pareillement aux pages d'entités de Wikidata, qui ont pour titre une lettre suivie d'un chiffre.
À la suite de ces explications, on observe donc que ce n'est pas la complexité qui détermine le refus projet, mais plutôt une série de critères comparables à ceux retenus pour supprimer des projets ou versions linguistiques déjà existants. À ce propos, il existe sur Méta-Wiki une liste mise à jour des différents sites hébergés par la Fondation Wikimédia dont l'existence est remise en cause. Dans celle-ci, on retrouve essentiellement des versions linguistiques de projets qui n’ont pas réussi à poursuivre leurs développements, bien qu'un projet entier soit toujours susceptible d'être mis à l'arrêt. C'est d'ailleurs ce qui est arrivé aux 31 versions linguistiques du projet Wikinews, qui, en date du 4 mai 2026, soit 22 ans après le lancement du site anglophone, sont accessibles en mode lecture uniquement.
Dans le cas de Wikinews, ce fut le manque d'activité qui apparut comme principale justification de la suspension du projet. Cependant, d'autres raisons pourraient être invoquées, comme le prouve cet épisode de 2005, où, peu de temps après son lancement, la version francophone du recueil de citations Wikiquote a bien risqué de disparaitre. Le projet fut effectivement accusé d’avoir récupéré le contenu d’une base de données soumise à un droit d’auteur, incompatible avec la licence Creative Commons appliquée sur l’ensemble des projets pédagogiques Wikimédia. Lorsqu'une plainte fut adressée à l’association Wikimédia France, pour être ensuite relayée sur le site Méta-Wiki, il fut bien question de fermer le projet. Après de longues discussions, celui-ci fut maintenu, mais avec pour conditions de repartir de zéro, et d’établir une charte pour garantir la traçabilité des citations reprises par le projet.
Voici donc de quoi se faire une idée sur la manière dont les projets pédagogiques et leurs déclinaisons linguistiques apparaissent et disparaissent au sein du mouvement. Les exemples repris ci-dessus suffisent effectivement pour comprendre les principes généraux qui sous-tendent leurs créations. En dehors de Méta-Wiki, Wikidata, Wikifunctions, Abstract Wikipédia et Wikimedia Commons, qui ne sont pas des projets de contenu pédagogique à proprement parler, tous les autres projets semblent effectivement provenir d’un désir de spécialisation d’un projet préexistant.
L'idée est généralement débattue dans un projet de même langue, avant de relayer la discussion vers le site Méta-Wiki. Si le projet y est jugé pertinent, il fait alors l'objet d'une candidature qui doit actuellement être soumise au groupe de travail des projets frères du comité des affaires communautaires de la Fondation Wikimédia. Quant aux nouvelles versions linguistiques, elles doivent être aujourd'hui soumises à l'approbation du comité des langues, avant d'être testées sur les plateformes Incubator, Beta-Wikiversité ou Wikisource Multilingue, dans le but de bénéficier d’un site web indépendant.
Après ces explications concernant les projets frères et leurs variations linguistiques, il nous reste encore à parler des sites qui ont un lien avec le mot Wiki, soit par leur nom, soit par le logiciel utilisé. En 2024 effectivement, plus de 22 600 d'entre eux étaient répertoriés, dont plus de 95 % sans aucun lien avec le mouvement Wikimédia, en dehors du fait, peut-être, qu’ils utilisaient le logiciel MediaWiki développé par la Fondation Wikimédia.
WikiLeaks par exemple, créé par Julian Assange dans le but de publier des documents classifiés provenant de sources anonymes, n’est ni un projet Wikimédia, ni un site collaboratif. Quant au recueil universel et multilingue de guides illustrés WikiHow, si celui-ci fonctionne pour sa part de manière collaborative et avec le logiciel MediaWiki, il n'a pourtant aucun lien avec le mouvement Wikimédia. D'ailleurs, son ergonomie, radicalement différente de celle des projets Wikimédia, permet de le comprendre au premier coup d’œil.
En revanche, Wikimini, l'encyclopédie libre pour les enfants, a une apparence tout à fait comparable à celle des projets Wikimédia, alors que le projet n’a jamais été accepté par la Fondation. Quant aux projets WikiTribune et Fandom, l'ambiguïté qu'ils entretiennent avec le mouvement est d'autant plus grande qu'ils ont été créés par Jimmy Wales, le fondateur de Wikipédia et de la Fondation Wikimédia. Cependant, comme ce sont des projets commerciaux, ils ne peuvent en aucun cas être soutenus par une fondation sans but lucratif.
Au terme de cette présentation, il ne reste plus qu'à signaler que le mouvement Wikimédia ne fut conscientisé que tardivement par rapport à l'apparition des projets Wikimédia et de leurs différentes versions linguistiques. Pour qu'un sentiment de collectivité se manifeste entre tous ceux-ci, il fallut certainement attendre qu'une coordination se développe sur la plateforme Méta-Wiki, mais également que de nombreuses rencontres et associations apparaissent en dehors de l'espace numérique. En ce sens, la naissance du mouvement ne fut pas un événement ponctuel, mais plutôt la réalisation d’un long processus de conscientisation.
=== Chapitre 9 : La conscientisation du mouvement ===
Avant d'aborder la question de la conscientisation du mouvement, il peut être intéressant de découvrir l'origine étymologique du mot « Wikimédia ». Celui-ci est un mot-valise composé du suffixe « média » et du préfixe « wiki » que l’on doit à cette expression hawaïenne « wiki wiki », qui se traduit en français par l'expression : « vite, vite ». Celle-ci fut récupérée une première fois par Ward Cunningham, le créateur du premier moteur Wiki, avant d'être réutilisée dans les noms inventés pour d'autres logiciels de cette même famille. UseModWiki en est un bel exemple, puisqu'il fut le premier programme utilisé par la firme Bomis pour héberger son projet d’encyclopédie collaborative. Raison pour laquelle, sans doute, le terme « wiki » fut utilisé pour créer le mot Wikipédia, en l'associant au suffixe « pedia » qui fait référence au mot anglais encyclopedia, selon un principe qui fut ensuite repris pour tous les autres projets du mouvement.
Le mot Wikimédia, pour sa part, n’est apparu que le seize mars 2003, lors d’une discussion concernant la déclinaison possible de l’encyclopédie en d’autres types de projets éditoriaux participatifs. Durant celle-ci, l’écrivain américain Sheldon Rampton eut l’idée d’associer au terme wiki à celui de « média », afin de mettre en évidence la variété des médias produits et partagés par Wikipédia et ses projets frères. Toutefois, c'est seulement en juin 2008 que Florence Devouard, présidente de la Fondation à cette époque, associe le mot Wikimédia à un mouvement social qu’elle voyait apparaître au sein des projets Wikimédia et de leurs communautés d'usagers.
Affirmer pour autant que ce moment précis coïncide avec la naissance du mouvement Wikimédia serait quelque peu arbitraire. Car si l’on peut déterminer plus ou moins facilement l’apparition d’une expression dans des archives, tout le monde sait qu’un mouvement social ne se forme pas en un seul instant. Dans le contexte du mouvement Wikimédia, sa naissance est bien sûr liée à celle du projet Wikipédia, mais également à tout ce qui permit la création de cette encyclopédie libre. Dans une autre perspective encore, on peut dater l'apparition du mouvement Wikimédia au 20 juin 2003, date de la création de la fondation qui porte le même nom. Ou pourquoi pas, associer la création du mouvement à la mise en ligne de la plate-forme Méta-Wiki, qui en représente le principal lieu de coordination.
Toujours est-il que l’expression « Wikimedia movement » est bien apparue en juin 2008, sous la plume de Florence Devouard. Cela s'est passé sur la liste de diffusion de la Fondation et peu de temps avant qu'elle quitte son poste de présidente. Dans son message, elle partageait l'idée de placer sous le nom de domaine Wikimedia.org un site vitrine de présentation du mouvement Wikimédia qu'elle concevait de la sorte.
Le mouvement Wikimédia, comme je l’entends est
– une collection de valeurs partagées par les individus (liberté d’expression, connaissance pour tous, partage communautaire, etc.)
– un ensemble d’activités (conférences, ateliers, wikiacadémies, etc.)
– un ensemble d’organisations (Wikimedia Foundation, Wikimedia Allemagne, Wikimedia Taïwan, etc.), ainsi que quelques électrons libres (individus sans chapitres) et des organisations aux vues similaires.
Avec autant de détails et d'explications, un tel message ne pouvait qu'accélérer la prise de conscience au sein du mouvement. Dans tous les cas, il mettait en évidence que les personnes actives dans les projets éditoriaux en ligne ou dans les organismes affiliés, faisaient partie de ce que Ralf Dahrendorf appelle un « quasi-groupe ». Ou autrement dit, un ensemble d’individus qui ont un mode de vie semblable, une culture commune, mais dont les points communs ne gravitent pas autour d’une prise de conscience de leur position commune dans la relation d’autorité.
Après la naissance de Wikipédia et de nombreux projets frères, une dizaine d’années a donc été nécessaire pour que le mouvement Wikimédia prenne conscience de son existence. Aujourd’hui encore, et comme cela a déjà été vu, de nombreuses personnes actives dans les projets pédagogiques ne réalisent toujours pas qu’elles participent aux activités d’un mouvement social. Cela, contrairement aux personnes investies dans les activités en présentiel organisées au sein du mouvement, qui sont généralement plus conscientes de leur engagement. C’est là une raison de croire que le développement de la Fondation Wikimédia et de ses organismes affiliés a joué un rôle important dans l'apparition d'un sentiment d’appartenance.
=== Chapitre 10 : La création des organismes affiliés ===
Si c’est grâce à l’arrivée des groupes et des organismes affiliés à la Fondation Wikimédia que l’idée du mouvement est probablement apparue, il est alors intéressant d'en décrire les processus de création. Mais puisque cela représente plusieurs centaines d’instances spécifiques, regroupées en plusieurs catégories détaillées en seconde partie d'ouvrage, aborder ici l’histoire de chacune d’entre elles serait une entreprise beaucoup trop fastidieuse.
De plus, s’il existe énormément d’archives numériques concernant la naissance des sites Wikimédia, ce n’est pas le cas pour ces organismes affiliés. Un bon nombre de ceux-ci se sont effectivement formés durant des rencontres ou des réunions hors ligne qui n'ont fait l’objet d’aucun enregistrement. Du reste, une bonne part des échanges effectués au sein de ces associations s'organise par des canaux de communication privés auxquels seuls les membres actifs ont accès.
Puisque je suis l'un des membres fondateurs, je me limiterai donc ici à parler de l’association Wikimédia Belgique. Celle-ci fut fondée le huit octobre 2014 en tant qu’association sans but lucratif, avant d'être reconnue le six août 2015 par le conseil d’administration de la Fondation Wikimédia. Après plus de trois ans d’activités et de rencontres et sous l’impulsion de Maarten Deneckere qui assuma le premier mandat de présidence, nous étions 8 personnes à signer la première version des statuts de l’association.
Jusqu’à ce jour, l’objet social de Wikimedia Belgique est d' « impliquer tout un chacun dans la connaissance libre ». Contrairement à l'association Wikimédia Deutchland, la première à voir le jour en 2004 et qui rassemblait déjà en 2021 plus de 85 000 membres et près de 150 employés, l’association belge n'a qu'une seule employée à temps partiel et 150 membres en 2025.
Avant d’être reconnues par le comité d’affiliations chargé de seconder le conseil d’administration de la Fondation, toutes les associations nationales, dites « chapters » en anglais, et toutes les autres organisations affiliées doivent réaliser de nombreuses démarches. Celles-ci consistent à répondre à un ensemble de prérequis qui ont évolué suite à la création d'un comité décisionnel en avril 2006. Ces obligations diffèrent entre les groupes d’utilisateurs et d'utilisatrices et les associations locales ou thématiques. Parmi ceux-ci, on retrouve toutefois : un nombre minimum de membres et de référents, une mission et un règlement d’ordre intérieur conformes aux attentes du mouvement, la remise de plans et de rapports d’activités annuels, etc.
On comprend donc qu’il n’est pas évident de créer une nouvelle instance au sein du mouvement. Pour bénéficier du soutien logistique et financier de la Fondation réservé aux organismes affiliés, c’est ainsi toute une série de rapports qu’il faut alors transmettre à divers comités et commissions chargés de leurs évaluations. Cela représente une quantité de tâches administratives qu’il n’est pas toujours facile d’assumer, surtout lorsque les membres de l’organisme affilié sont tous des bénévoles. D’où sans doute cette régulière disparition d’affiliations, pendant que d’autres se créent ou réapparaissent en fonction des énergies et du dynamisme disponibles dans les équipes.
Les activités liées à la récolte et à la redistribution des dons offerts au mouvement, ainsi que les autorisations d’usage de marques déposées, contrastent donc avec les valeurs de libre partage et d’autonomie décrites dans les projets pédagogiques. Cela semble confirmer que la partie hors ligne du mouvement est plus influencée par les habitudes d’un système économique dominant, contrairement à la partie en ligne qui semble plus fidèle à l’héritage de la contre-culture.
=== Chapitre 11 : L'héritage d'une contre-culture ===
Au terme de cette première partie d’ouvrage, il devient évident que la révolution numérique, que l’on considère généralement comme une révolution technique, fut aussi, et peut-être avant tout, une révolution sociale et culturelle. Quant à l'histoire de Wikimédia, reprise ici depuis les origines de son encyclopédie jusqu'à l'apparition de ses organismes affiliés, elle nous fit découvrir comment les idées de la contre-culture des années 1960 furent transmises au mouvement.
En cas de doute, observons encore que Richard Stallman, celui qui a créé les concepts de licence et d'encyclopédie libre, fut désigné par certains comme le gourou de la contre-culture hacker et le père du système d’exploitation hippie. Une culture hippie, dont il est aussi troublant de constater que le renversement de son logo ressemble étrangement à celui du mouvement Wikimédia.
Incontestablement et au travers du mouvement des logiciels libres, le mouvement Wikimédia a donc bien hérité des valeurs produites par les mouvements sociaux des années 1960. Des valeurs qui aujourd'hui contrastent fortement avec la marchandisation et la capitalisation du monde, dont l'espace web ne fait jamais que refléter ce qui se passe dans le reste de la société humaine. Or, ce phénomène ne date pas d'hier. En 2008 déjà, André Gorz, ce philosophe parmi les pères de la décroissance et théoricien de l’écologie politique, constatait déjà que :
La lutte engagée entre les "logiciels propriétaires" et les "logiciels libres" [...] a été le coup d’envoi du conflit central de l’époque. Il s’étend et se prolonge dans la lutte contre la marchandisation de richesses premières – la terre, les semences, le génome, les biens culturels, les savoirs et compétences communs, constitutifs de la culture du quotidien et qui sont les préalables de l’existence d’une société. De la tournure que prendra cette lutte dépend la forme civilisée ou barbare que prendra la sortie du capitalisme.
Dans cette lutte et avec le seul nom de domaine non commercial parmi le top 100 des sites les plus fréquentés du Web, la galaxie Wikimédia apparait donc comme un des derniers lieux numériques de liberté, de partage et d'égalité. Un lieu qui, de plus, est connu mondialement, grâce au succès des plus de 350 déclinaisons linguistiques de Wikipédia, et sans pour autant récolter d'informations sur l’identité et le comportement des internautes. Cela alors que cette pratique est considérée, par certains, comme un « nouvel or noir » pompé du Web, pendant que d’autres préfèrent parler de « capitalisme 3.0 » ou de « capitalisme de surveillance » .
Évidemment, les enjeux de cette lutte sont difficiles à comprendre. La complexité de l’infrastructure informatique, mais également le fait que tout cela s'inscrit dans une révolution que Rémy Rieffel décrit comme « instable et ambivalente, simultanément porteuse de promesse, et lourde de menaces », ne facilitent pas les choses. Cela d'autant plus que tout cela se place « dans un contexte où s’affrontent des valeurs d’émancipation, et d’ouverture d’un côté et des stratégies de contrôle et de domination de l’autre » .
En fait d’ambivalence, il est surprenant d'apprendre, par exemple, que Jimmy Wales, fondateur de Wikipédia et de la fondation Wikimédia, est un adepte de l’objectivisme, alors que cette philosophie voit le capitalisme comme un idéal de société et l’égoïsme rationnel, comme une morale. Puis, concernant l'instabilité du numérique, il y a ces appels répétés de Tim Berners-Lee au sujet de la « redécentralisation » et de la « régulation » d'un espace web qu'il avait conçu dans un esprit tout à fait opposé. Quant aux pionniers d'Internet, ils n'ont probablement pas imaginé que leur création permettrait un jour, à des milliards d’objets connectés, de rapporter, rien qu'en France et en 2021, plus de 2,6 milliards d’euros.
Quant à la question du contrôle et au-delà de ce qui est opéré par les firmes commerciales, c'est bien sûr du côté des États qu'il faut porter son attention. Face à un mouvement qui veut s’émanciper des contrôles, par moins de 18 pays ont déjà censuré Wikipédia et parfois même l'ensemble des projets frères. Ce fut le cas par exemple pour la Turquie, la Russie, l'Iran, mais également le Royaume-Uni, la France et l'Allemagne, et c'est même le cas de manière permanente en Chine, depuis 2004.
Dans certains cas, des procédures juridiques ont été utilisées pour intimider les membres du mouvement. C'est arrivé en France lorsque le directeur de l'association Wikimédia fut menacé de poursuites pénales par la Direction Centrale du Renseignement Intérieur, après un refus de supprimer un article qui traitait d’une station militaire dans Wikipédia. Par chance, ce qui s'est passé en France ne dépassa pas le stade de l'intimidation. En Biélorussie cependant, Mark Bernstein, un contributeur aux projets Wikimédia, fut condamné à quinze jours de prison ferme, assortis de trois ans d’assignation à résidence, pour des propos tenus au sujet de la guerre en Ukraine. Cela sans oublier qu'actuellement, ce sont les conservateurs à la tête des États-Unis qui « veulent la peau de Wikipédia » en cherchant à obtenir l'identité réelle de certains contributeurs.
Le contrôle et le non-respect de la vie privée font ainsi appel à la figure emblématique du lanceur ou de la lanceuse d'alerte, dont la posture contestataire fait penser à celle des personnes actives dans la contre-culture des années 1960. Parmi ceux-ci, on dit de Julian Assange, Edward Snowden et Chelsea Manning, qu'ils « ont perdu leur liberté pour défendre la nôtre ». De manière similaire, on pourrait donc aussi dire que les Wikimédiens Aaron Swartz, Bassel Khartabil, Pavel Pernikov, Ihor Kostenko et Mark Bernstein, se sont sacrifiés pour la liberté, le partage et la vérité.
Dans Wikimédia et comme ce fut expliqué dans l'introduction de cet ouvrage, une alerte peut prendre la forme d'un appel à commentaires en réaction à une décision ou une situation observée au sein du mouvement. C'est même là une pratique institutionnalisée, qui fait l'objet d'une procédure d'accompagnement et de suivi. Toutes ces alertes concernent les dérives de certains projets, mais également de certaines associations dont la proximité avec le système économique n'aide pas au respect des pratiques et des valeurs développées en ligne.
Dans ce qui apparait aux yeux de certains comme un « bazar libertaire », les choix et règles édictés dans la sphère hors ligne du mouvement ne plaisent pas toujours aux membres des communautés en ligne. Ce qui n'empêche toutefois pas les projets éditoriaux d'avoir leurs propres règles et des recommandations, ni de voir apparaitre, en 2020 et dans l'ensemble du mouvement, un code de conduite universel, qui détermine le « référentiel minimum des comportements acceptables et inacceptables ».
L'idéologie transmise à Wikimédia, décrite en partie par Steven Levy dans son ouvrage L’Éthique des hackers est donc plus subtile qu'un simple refus d'autorité. Dans un esprit de partage, d'ouverture, de transparence, de liberté, d'égalité et d'autonomie, c'est une structure très complexe, tout en étant cosmopolite et mondiale, que le mouvement réussit à mettre en place. Une organisation qui, finalement, apparait très inspirante dans la manière de faire communauté aujourd'hui, et au sein d'un monde toujours plus global et numérique.
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Lionel Scheepmans
20012
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wikitext
text/x-wiki
'''LE MOUVEMENT WIKIMÉDIA'''
'''Dernier partage altruiste de la connaissance libre ?'''
De Lionel Scheepmans
Avec l'aide de la communauté Wikimédia
'''Quatrième de couverture'''
'''Le mouvement Wikimédia, l'aventure inspirante d'une organisation mondiale et altruiste au service d'un savoir libre et vérifiable.'''
Quel est ce seul acteur à but non lucratif présent dans le top 100 des sites les plus visités sur le Web ?
Comment incarne-t-il l’expression la plus visible des valeurs de liberté, d’égalité et de partage, héritées de la révolution numérique et des mouvements sociaux des années 1960 ?
Comment, à partir de Wikipédia et suite à la création d’une quinzaine de projets frères distribués en centaines de versions linguistiques, le mouvement social Wikimédia a imaginé un monde dans lequel le savoir se produit et se partage librement ?
Et comment, en toute autonomie, des dizaines de projets pédagogiques, édités par des millions de bénévoles, soutenus par une fondation et près de 200 associations et groupes locaux, produisent-ils la plus grande intelligence collective au monde ?
Avec de nombreux codes QR, cet ouvrage répond à ces questions, tout en permettant de mieux comprendre le monde global et numérique qui nous entoure.
Lionel Scheepmans est docteur en sciences politiques et sociales, militant de la culture libre et professeur d’anthropologie numérique. Il occupe plusieurs postes d’administrateur au sein du mouvement Wikimédia qu’il observe de manière participative depuis 2011. Ses travaux universitaires, du master à la thèse de doctorat, furent consacrés à l’organisation et aux enjeux de Wikipédia et du mouvement Wikimédia.
'''Avant-propos'''
Pour offrir un confort de lecture sur papier sans perdre la puissance du numérique, des codes QR sont affichés tout au long de cet ouvrage. À l’aide d’une tablette ou d’un smartphone, ils offrent un accès direct à ce qui serait coûteux ou impossible à imprimer.
Par exemple, le code QR 1, affiché en fin de page, donne accès directement à la page web qui reprend l’intégralité de l’ouvrage. Une fois sur celle-ci, on peut alors visionner les illustrations en couleur ou les enregistrements qui s’y trouvent et consulter ensuite leurs pages de descriptions en cas de besoin. Cette version numérique comprend aussi de nombreux hyperliens pointant vers Wikipédia et d’autres sites du mouvement Wikimédia, où se trouvent des compléments d’informations et leurs mises à jour.
Pour économiser du papier lors de l’impression, la section regroupant les notes et les références de l’ouvrage n’est disponible qu’au format numérique, mais est directement accessible via le code QR 2 repris ci-dessous. Grâce aux indices de renvoi chiffrés et placés en exposant dans le texte imprimé, il est alors possible, au départ d'un smartphone ou d'une tablette, de retrouver les notes et les références en fonction de leur numérotation. Lorsque la référence correspond à une page web, un lien pointant vers le projet Internet Archive s’y trouve repris, pour garantir un accès aux archives des pages citées dans l’ouvrage, si jamais elles avaient disparu du web. Quant aux pages toujours existantes, elles restent accessibles via leurs hyperliens originels, pour consulter leurs éventuelles évolutions.
Étant donné que ce livre est produit sur une plateforme collaborative, tout le monde est invité à améliorer les prochaines versions. On peut le faire en corrigeant des fautes d’orthographe ou de syntaxe sur les pages web qui constituent les différents chapitres de l’ouvrage, ou encore en apportant des commentaires sur les pages de discussion qui leur sont associées. Cela peut se faire très simplement en cliquant sur « Modifier » , quand on est sur la page d'un chapitre, et sur « Ajouter un sujet » lorsque l'on est sur une page de discussion.
Une page de discussion générale est aussi accessible grâce au code QR 3. Elle permet de commenter le livre dans son ensemble, ou de poser une question à son sujet. Il suffit pour cela d’indiquer un titre dans le champ « Démarrer un nouveau sujet », d’écrire le contenu du message dans l’encadré situé juste en dessous, puis de cliquer sur le bouton « Ajouter un sujet de manière anonyme » pour publier son message.
Enfin, pour ceux qui voudraient agrémenter leur lecture d’un fond sonore relaxant et original, le code QR 4 donne accès à une page web qui diffuse une musique mélodieuse. Celle-ci est composée de sons spécifiquement produits chaque fois qu’une modification est apportée sur un projet Wikimédia, ou qu’un nouveau compte y est créé. Ce dispositif ingénieux offre ainsi aux lecteurs qui le souhaitent une ambiance sonore particulièrement confortable, ainsi qu’une nouvelle expérience immersive au sein du mouvement Wikimédia.
'''Introduction : Wikimédia n’est pas Wikipédia'''
Depuis le succès initial de Wikipédia, une myriade de projets de partage des connaissances, d’organisations et de groupes de soutien ont émergé pour former ce qu’on appelle aujourd’hui le mouvement Wikimédia. Même si, à ce jour, l’encyclopédie libre reste l'activité phare du mouvement, il serait regrettable de réduire l’ensemble du mouvement à cet unique projet pédagogique. Malheureusement, il arrive bien trop souvent qu'une seule version linguistique de Wikipédia suffise pour cacher l’étendue de la forêt Wikimédia.
En réalité, Wikimédia représente un mouvement social, international et interculturel complexe, au sein duquel Wikipédia n’est qu’une composante parmi d’autres. Dans le cadre d'un mémoire de master, on peut ainsi fournir en quelques mois une ethnographie du projet Wikipédia en français. Alors que pour synthétiser les origines, l’organisation et les dynamiques globales du mouvement Wikimédia, une thèse de doctorat et cinq années de recul supplémentaires furent nécessaires.
À la fin de l'année 2025, l’ampleur numérique du mouvement est effectivement impressionnante. Chaque mois, des millions de modifications bénévoles sont effectuées sur plus de 500 millions de pages, réparties sur plus d’un millier de sites web, dont 358 seulement, correspondent aux versions linguistiques de Wikipédia. Ce qui prouve donc clairement que les activités en ligne portées par l'ensemble du mouvement Wikimédia dépassent largement ce qui se passe au sein de l’encyclopédie.
Il existe ainsi huit autres projets pédagogiques susceptibles d'atteindre un jour l'envergure et la notoriété de Wikipédia, avec un objectif et un fonctionnement spécifiques à chacun. De manière détaillée, Wikilivres crée des livres pédagogiques, Wikiversité rassemble des supports d'enseignement et des travaux de recherche, Wikinews fait du journalisme collaboratif, Wikivoyage développe un guide touristique, pendant que Wiktionnaire apporte des définitions des mots de toutes les langues et dans toutes les langues.
Contrairement à Wikipédia, tous ces projets ne sont pas soumis à une neutralité de point de vue, ni limités à l'usage de sources secondaires reconnues, au niveau de la rédaction des articles. La plupart d'entre eux acceptent aussi la publication de travaux de recherche ou de productions personnelles, alors que cela est tout à fait interdit dans Wikipédia.
Selon l'étymologie du mot encyclopédie, le but de Wikipédia est en effet de synthétiser ou, plus précisément, d'encercler le savoir humain déjà préexistant. Cette contrainte éditoriale limite donc les contributeurs et contributrices à l'usage de sources secondaires et tertiaires présentes dans des publications externes au projet. De ce fait, Wikipédia reproduit fatalement les biais systémiques, tels que les déséquilibres et les surreprésentations de genre et de culture, présents dans un monde de l'édition majoritairement occidental. Or, cette impasse éditoriale propre à Wikipédia n'existe pas dans les autres projets pédagogiques.
Comme ces projets frères, Wikipédia n'est pas non plus un projet complètement autonome des autres projets Wikimédia. L'encyclopédie compte en effet sur le projet Wikimedia Commons pour héberger l'ensemble de sa médiathèque. Elle utilise ensuite le contenu du projet Wikidata comme base de données structurée. Quant aux personnes qui produisent l'encyclopédie, elles peuvent aussi puiser leurs sources dans la bibliothèque Wikisource, ou se référer à des citations d'auteurs collectées dans le projet Wikiquote. Tout cela sans oublier que des dizaines de sites web traitent l'archivage permanent de Wikipédia et des autres projets Wikimédia, dans le but de fournir des analyses précieuses et totalement libres d’accès.
Enfin, il faut aussi garder à l'esprit qu'au-delà de tous ces sites web, le mouvement Wikimédia, c'est aussi de nombreuses institutions et organisations affiliées dispersées dans le monde. Autour de la Fondation Wikimédia chargée de la gestion et de l’organisation internationales, avec près de 650 salariés de nationalités diverses, se regroupent des centaines d'organisations satellites. Parmi celles-ci, on retrouve 2 associations thématiques, 40 associations locales, dont Wikimedia Deutschland qui regroupe plus de 170 employés, et finalement 141 groupes d’utilisateurs et utilisatrices.
Tout ce qui vient d'être exposé dans cette introduction justifie donc la nécessité de distinguer le mouvement Wikimédia du projet Wikipédia. Imaginons seulement que l’on se limite à citer Paris pour décrire et comprendre un pays aussi vaste que la France. Certes, Paris est une ville mondialement connue et qui compte plus de deux millions d’habitants et un patrimoine culturel impressionnant. Mais est-ce pour autant qu'il faudrait oublier les autres villes, villages et métropoles françaises ? Sans compter que la France regroupe aussi des départements et des territoires d’outre-mer et qu'elle entretient des relations et des partenariats internationaux qui dépassent de loin ce qui se passe entre Paris et le reste du monde. Ne pas confondre le mouvement Wikimédia avec le projet Wikipédia relève donc du bon sens.
En 2019 cependant, la Fondation Wikimédia a envisagé de se renommer en Fondation Wikipédia et de remplacer le terme « Wikimédia » par celui de « Wikipédia », partout où ce terme est utilisé dans la sphère hors ligne du mouvement. Le but était d’acquérir une plus grande visibilité et d’attirer des milliards de personnes, grâce au nom de marque Wikipédia, considéré comme l’un des plus connus au monde. Ce changement n’a toutefois pas été accepté par de nombreuses personnes actives au sein du mouvement Wikimédia. En janvier 2020, ces opposants ont ainsi créé une page d’appel à commentaires, qui fut le siège d’un long débat. À l’issue de ce dernier, 73 représentants d’organisations affiliées et 984 personnes ont signé une lettre ouverte adressée à la Fondation, qui comprenait le paragraphe suivant :
Depuis 20 ans, les bénévoles ont bâti la réputation de Wikipédia en tant que ressource indépendante et communautaire. Les projets du mouvement Wikimédia, dont Wikipédia, se développent autour de la décentralisation et du consensus. Il est essentiel d’établir des distinctions claires entre la Fondation Wikimédia, les affiliés et les contributeurs individuels. Tout changement qui affecte cet équilibre exige le consentement éclairé et la collaboration des communautés. Il est donc très préoccupant de voir « Wikipédia » présenté pour le nom de l’organisation et du mouvement malgré le mécontentement général de la communauté.
En s’opposant aux idées de la Fondation, ces membres de la communauté Wikimédia ont ainsi fait preuve de sagesse. De plus, ils ont signalé dans de nombreux commentaires que beaucoup de personnes connaissent le mouvement Wikimédia uniquement au travers de son encyclopédie. Il est même étonnant d'observer que la méconnaissance du mouvement existe au sein même de sa propre communauté. Comme exemple, on peut observer que l'article du projet Wikipédia en anglais consacré au mouvement Wikimédia ne s’est développé qu’à partir de 2016, tandis que ce même article dans la version francophone de l'encyclopédie n’est apparu qu’en 2019. Quant aux autres versions linguistiques, il est tout aussi étonnant de constater qu'en octobre 2025, seulement 39 d'entre elles sur un total de 358 possédaient un article dédié au mouvement Wikimédia.
Tous ces éléments justifient donc la nécessité d’offrir au monde une meilleure connaissance du mouvement Wikimédia et des nombreux projets et organisations qui contribuent à sa mission de partage du savoir. En ce sens, ce livre est une contribution importante aux défis stratégiques que doit relever le mouvement Wikimédia à l’approche de 2030. Car au-delà des résolutions prises pour développer de nouveaux processus participatifs et délibératifs concernant les questions de marque, c’est avant tout un travail d’information et de sensibilisation à destination du grand public qu'il reste à faire.
'''Première partie : La naissance du mouvement Wikimédia'''
Il existe dans l'espace web une multitude d’archives permettant de retracer les événements qui ont conduit à la naissance du mouvement Wikimédia. Cette « préhistoire » du mouvement peut notamment être explorée grâce au réseau d’éducation populaire Framasoft, dont le site est apparu environ un an avant la création de la version francophone de Wikipédia. On trouve sur cette plateforme une mine d’informations concernant les logiciels libres et la culture libre. Deux épisodes majeurs de l’histoire de l’informatique et d’Internet, malheureusement méconnus du grand public.
Grâce à Framasoft et bien d’autres associations, il est possible de découvrir l’organisation et les motivations des millions de personnes qui participent au mouvement du logiciel libre. On y apprend que ce mouvement politique et social a été initié en 1983 par Richard Stallman, un programmeur du Massachusetts Institute of Technology (MIT), qui a eu l’idée d’offrir à chacun une alternative à la marchandisation du secteur informatique.
Cette philosophie de libre partage, concrétisée par le projet de Stallman, permit l’essor d’une organisation et d’une éthique de travail originales, développées au sein d’une sous-culture en vogue dans le milieu informatique depuis les années 1950. Celle-ci fut documentée dans de nombreux ouvrages, dont « L’éthique hacker », un livre remarquable, dans lequel le philosophe finlandais, Pekka Himanen, analyse en détail les origines de la culture hacker. Un simple extrait de sa quatrième de couverture, repris ci-dessous, permet d’appréhender la manière de penser de ces informaticiens, rejoints par Richard Stallman durant ses études universitaires, avant d'en devenir l’une des figures les plus charismatiques.
On considérait jusqu’à présent le « hacker » comme un voyou d’Internet, responsable d’actes de piratage et de vols de numéros de cartes bancaires. Le philosophe Pekka Himanen voit au contraire les hackers comme des citoyens modèles de l’ère de l’information. Il les considère comme les véritables moteurs d’une profonde mutation sociale. Leur éthique, leur rapport au travail, au temps ou à l’argent, sont fondés sur la passion, le plaisir ou le partage. Cette éthique est radicalement opposée à l’éthique protestante, telle qu’elle est définie par Max Weber, du travail comme devoir, comme valeur en soi, une morale qui domine encore le monde aujourd’hui.
En introduisant cette première partie d'ouvrage de la sorte, nous pouvons déjà comprendre que le mouvement Wikimédia plonge ses racines dans une transition culturelle remplie d’utopie. Une utopie qui s’oppose notamment à ce que l’historien et anthropologue Karl Polanyi désignait, en 1944 déjà, comme un libéralisme économique qui « subordonne les objectifs humains à la logique d’un mécanisme de marché impersonnel ». Étape par étape et en commençant par analyser cette utopie spécifiquement au niveau du mouvement Wikimédia, voyons maintenant ce qui s'est passé tout au long de cette révolution culturelle numérique.
'''Chapitre 1 : L'utopie Wikimédia'''
Au fil du temps, Wikipédia fut perçu comme une utopie en marche, puis comme une utopie réalisée, et finalement comme la dernière utopie collective du Web. Mais qu'en est-il de l'ensemble du mouvement Wikimédia ? Pour nous aider à comprendre ce qui se passe dans la dimension numérique de ce mouvement, voici une métaphore qui décrit un quartier établi au sein d'une ville, imaginée au départ de l'espace web ». Dans cette ville imaginaire, Internet représenterait le réseau routier, pendant que des serveurs informatiques feraient office de bâtiments, et que les pages web qu'ils hébergent, constitueraient les différentes pièces de ces édifices.
Le quartier Wikimédia rassemblerait ainsi plus d’un millier de bâtiments. Au sein de ceux-ci et à l’exception de quelques lieux administratifs, chaque pièce peut être visitée gratuitement, mais aussi modifiée au niveau de son contenu. On peut ainsi y ajouter de nouvelles choses, telles que du texte, des photos, des vidéos ou des documents sonores, et même changer ou supprimer ce qui a été créé ou modifié par d’autres. Tout cela, bien sûr, dans le but de rendre ces endroits plus esthétiques, ou plus authentiques et en tenant compte des différentes idées et des éventuelles oppositions de point de vue concernant les aménagements. Pour faciliter l'entente entre les personnes qui s'investissent dans les modifications, chaque pièce des bâtiments Wikimédia possède un espace annexe dédié à la discussion.
Dans la plupart des bâtiments Wikimédia, une personne malintentionnée peut même faire disparaitre tout le contenu d'une pièce. Néanmoins, dans la seconde qui suit, un robot remettra tout en place, avant de transmettre un message concernant le traitement du vandalisme. Lorsqu'une action plus discrète n'est pas détectée par un robot, c'est alors quelqu'un qui surveille la pièce qui prendra le relais pour annuler les changements malveillants et contacter la personne responsable. En cas de multirécidive, celle-ci peut se voir privée de sa capacité de modifier les pièces, soit dans le bâtiment vandalisé, soit dans tout le quartier quand cela se justifie. Après discussion, cette sanction sera mise en application par un administrateur ou une administratrice bénévole, choisi ou choisie par l'ensemble des autres bénévoles qui prennent soin des bâtiments.
On comprend donc que tout le monde peut enrichir, mais également surveiller et protéger les richesses partagées dans le quartier Wikimédia. Il suffit pour cela de rejoindre le mouvement en se créant un compte. Cela permet de profiter de nombreux outils, dont notamment un système qui envoie des notifications, dès qu'une pièce que l'on veut surveiller est modifiée.
Pour créer ce compte, pas besoin de fournir une adresse ou un numéro de téléphone. Les seules informations personnelles indispensables au bon fonctionnement du quartier Wikimédia sont les adresses IP des visiteurs. Lors des visites et contrairement à ce qui se passe dans les quartiers commerciaux de la grande ville numérique, tels que les GAFAM, NATU, BATX, le quartier Wikimédia ne récolte et ne vend aucune donnée à des fins d'exploitation.
Même les adresses IP enregistrées par le système ne sont pas visibles par les autres visiteurs. Elles sont remplacées par les noms et les pseudonymes fournis lors de la création des comptes, ou masquées par des comptes temporaires pour les modifications faites par des personnes non connectées. Seules quelques personnes accréditées par la communauté pour effectuer des contrôles d’usurpation d’identité ont accès à ces informations. C’est là une précaution nécessaire au bon déroulement des votes qui succèdent parfois aux recherches de consensus concernant l'aménagement du quartier Wikimédia.
Dans cette ville numérique que constituerait l'espace web, Wikimédia apparait ainsi comme le plus grand quartier dédié au partage de la connaissance. Tout d'abord, il y a les plus de 350 bâtiments Wikipédia, chacun dédié à une version linguistique de l'encyclopédie. Puis, toujours séparés en versions linguistiques, on trouve ensuite les bibliothèques Wikilivres et Wikisource, les bâtiments lexicaux multilingues Wiktionnaire, le centre journalistique Wikinews, le centre pédagogique et de recherche Wikiversité, le centre d'informations touristique Wikivoyage, le répertoire des êtres vivants Wikispecies et enfin l'institut des citations d’auteurs Wikiquote. Cela sans oublier le musée médiatique Wikimedia Commons et la banque Wikidata, reconnue comme étant la plus grande banque d’informations structurées au monde. Deux bâtiments dont l'une des fonctions principales communes est d’enrichir les pièces situées dans les autres buildings du quartier Wikimédia.
Dans tous ces immeubles, il arrive souvent que plus de la moitié des étages soient uniquement attribués à l'organisation des activités qui s'y déroulent. Chaque bâtiment peut aussi compter sur le soutien d'autres édifices tels que MediaWiki, Wikitech, Phabricator, qui sont trois lieux entièrement dédiés aux maintenances techniques sur l'ensemble du quartier. Concernant les aspects administratifs, c'est dans le bâtiment Méta-Wiki que s'opère la gouvernance générale du quartier, alors que les courriers adressés à ce dernier sont traités en première ligne dans le bâtiment Wikimedia VRT. À la suite de quoi, il ne reste plus qu'à citer le bâtiment Wikimedia Outreach, pour des initiatives de sensibilisation, et le bâtiment du journal Diff Wikimedia, comme lieu de publication d'actualités sur le mouvement.
En dehors de certains aspects techniques, tous ces bâtiments sont exclusivement régis par des communautés bénévoles, qui sont toujours prêtes à accueillir de nouveaux membres. Les seuls immeubles du quartier qui diffèrent de ce principe sont les bâtiments vitrines de la Fondation Wikimédia et des autres associations Wikimédia qui engagent du personnel. Quant au bâtiment du conseil d'administration de la Fondation, des raisons officielles justifient le fait que la modification de ses pièces est réservée à ces membres et aux employés qui les soutiennent.
Face à tant d'utopies, il devient légitime de vouloir comprendre comment tout cela fut rendu possible. Or, pour répondre à cette question, il faut alors parcourir tout un pan de l'histoire de la révolution numérique, depuis la contre-culture des années 1960 jusqu'à nos jours. On y découvre que les pionniers du réseau Internet étaient des chercheurs et étudiants en informatique, fortement influencés par de nouvelles idéologies, telles que celles qui furent à la source des évènements de mai 68 en France. C'est donc de là que naîtra la philosophie de partage, de liberté, de décentralisation et ce mode d’organisation tout à fait spécifique, que l'on observe aujourd'hui au sein du mouvement Wikimédia.
Il y eut tout d'abord la création d'Internet, comme réseau mondial de communication en libre accès, puis le développement du World Wide Web, qui a grandement facilité les interactions humaines à l’échelle planétaire. Par la suite, ce fut l'arrivée du Web 2.0, caractérisé par l'apparition de nouveaux sites web directement modifiables à l'aide d’un simple navigateur. Or, parmi ceux-ci se trouvent les moteurs de Wiki, dont le plus puissant d’entre eux, MediaWiki, est un logiciel libre développé par la Fondation Wikimédia. Le moment est donc venu d'en savoir plus sur ce type de programme informatique, ainsi que sur le mouvement du logiciel libre, qui a fortement influencé la philosophie et les valeurs véhiculées au sein du mouvement Wikimédia.
'''Chapitre 2 : Le mouvement du logiciel libre'''
L’un des premiers épisodes de la préhistoire de Wikipédia et du mouvement Wikimédia débuta en septembre 1983, lorsqu’un programmeur du Massachusetts Institute of Technology, appelé Richard Stallman, déposa un message sur la liste de diffusion net.unix-wizards. C’était un appel d’aide pour la création de GNU, un nouveau système d’exploitation qui devait réunir une suite de programmes que tout le monde pourrait utiliser librement sur son ordinateur personnel. Dans son message transmis via ARPANET, le premier réseau informatique à grande échelle qui précéda Internet, Stallman s’exprimait de la sorte :
Je considère comme une règle d’or que si j’apprécie un programme, je dois le partager avec d’autres personnes qui l’apprécient. Je ne peux pas en bonne conscience signer un accord de non-divulgation ni un accord de licence de logiciel. Afin de pouvoir continuer à utiliser les ordinateurs sans violer mes principes, j’ai décidé de rassembler une quantité suffisante de logiciels libres, de manière à pouvoir m’en tirer sans aucun logiciel qui ne soit pas libre.
Le projet de Stallman, qui reçut le soutien nécessaire à son accomplissement, marqua ainsi le début de l’histoire du logiciel libre. Quant à la quantité d’aide fournie, elle permet de croire que Richard Stallman n’était pas seul à voir l’arrivée des logiciels propriétaires d’un mauvais œil. Car pour les membres du projet GNU et du mouvement du logiciel libre en général, un bon programme informatique doit respecter ces quatre libertés fondamentales :
1. La liberté d’exécuter le programme, pour tous les usages.
2. La liberté d’étudier le fonctionnement du programme, et de l’adapter à vos besoins.
3. La liberté de redistribuer des copies, donc d’aider votre voisin.
4. La liberté d’améliorer le programme, et de publier vos améliorations, pour en faire profiter toute la communauté.
Lors de l'apparition du logiciel libre, le marché de l’informatique était de fait en pleine mutation. L'habituel partage des codes informatiques entre les rares étudiants ou chercheurs qui bénéficiaient d’un accès à un ordinateur faisait l'objet d'une remise en question. Ce changement faisait notamment suite au Copyright Act de 1976, une nouvelle loi qui autorisait l'application d'un droit d'auteur sur le code informatique, et donc qui permettait d'en interdire le partage ou la réutilisation sans autorisation. Des clauses de confidentialité ont ainsi fait leur apparition, pendant que les employés des firmes informatiques étaient nouvellement soumis à des contrats de confidentialité. C'était la fin de l’entraide et de la solidarité pratiquées chez les pionniers de l’informatique. À sa place s'installaient la concurrence et la compétitivité, bien connues dans le système capitaliste marchand.
Cette mutation coïncidait avec l’arrivée des premiers ordinateurs de taille réduite. Grâce à l’apparition des premiers circuits intégrés, les premiers exemplaires avaient en effet été créés par l’industrie aérospatiale au début des années 1960. Cependant, il fallut attendre le début des années 1980 pour que le prix d’un ordinateur soit suffisamment bas pour en faire un bien de grande consommation.
C’est ainsi qu’en 1982, le Commodore 64 entrait dans le livre Guinness des records, avec plus de 17 millions d’exemplaires vendus dans le monde. Juste avant cela, en 1981, l’IBM Personal Computer avait déjà fait son apparition, en proposant une architecture ouverte qui allait servir de modèle pour toute une gamme d’ordinateurs que l’on désigne toujours aujourd’hui par l’acronyme « PC ».
Pour faire fonctionner ses nouveaux modèles d'ordinateurs, la société IBM avait confié à l’entreprise Microsoft, créée en 1975, la mission de les équiper d’un système d’exploitation. Le contrat signé entre les deux firmes fut une véritable aubaine pour le fournisseur des programmes informatiques. Car sans s'en apercevoir, et sans jamais anticiper que son matériel serait cloné à grande échelle, celle-ci avait en effet permis à Microsoft d'établir un monopole dans la vente de logiciels. Cela fut condamné pour abus de position dominante et vente liée du logiciel avec le matériel informatique, mais sans pour autant empêcher Bill Gates, le principal actionnaire de Microsoft, d'être l'homme le plus riche du monde en 1994.
Toutefois, pendant que Microsoft renforçait sa position dominante, un nouvel événement majeur allait marquer l’histoire du logiciel libre. Celui-ci fut de nouveau déclenché par un appel à contribution, qui fut cette fois posté le vingt-cinq août 1991 par un jeune étudiant en informatique de 21 ans, appelé Linus Torvalds. Via le système de messagerie Usenet, sa demande avait été postée dans une liste de diffusion consacrée au système d’exploitation Minix, une sorte d’UNIX simplifié et développé dans un but didactique, par le programmeur Andrew Tanenbaum.
Loin d’imaginer que cela ferait de lui une nouvelle célébrité dans le monde du Libre, Torvalds entama son message par le paragraphe suivant :
Je fais un système d’exploitation (gratuit) (juste un hobby, ne sera pas grand et professionnel comme gnu) pour les clones 386 (486) AT. Ce projet est en cours depuis avril et commence à se préparer. J’aimerais avoir un retour sur ce que les gens aiment ou n’aiment pas dans minix, car mon système d’exploitation lui ressemble un peu (même disposition physique du système de fichiers (pour des raisons pratiques) entre autres choses).
Bien qu’il fût présenté comme un passe-temps, le projet qui répondait au nom de « Linux », fut rapidement soutenu par des milliers de programmeurs du monde entier, avant de devenir la pièce manquante du projet GNU. En effet, les contributeurs au projet de Stallman n’avaient pas encore terminé l’écriture du code informatique du noyau Hurd, alors qu'il était censé établir la communication entre la suite logicielle produite par GNU et le matériel informatique. C'est donc la fusion des codes produits par les projets GNU et Linux qui permit la création du premier système complet, stable et entièrement libre baptisé GNU/Linux.
Au départ de ce nouveau système informatique, de nombreuses variantes, que l’on nomme communément « distributions », furent créées par des programmeurs de tous horizons. L’une de celles-ci s’intitule Debian et tire sa réputation d'être simultanément libre, gratuite, très fiable et produite par une communauté sans lien direct avec une société commerciale. Quatre qualités qui expliquent pourquoi, Debian sert de base à plus de 150 distributions dérivées, et que de nombreuses organisations l'utilisent, comme le fait la Fondation Wikimédia sur les serveurs qui hébergent les projets qu'elle supporte.
Grâce à la naissance des logiciels libres, le mouvement Wikimédia a donc la possibilité de faire tourner ses serveurs informatiques, avec un système d’exploitation fiable, libre et gratuit. Comme son code source est ouvert, cela permet aussi à la Fondation Wikimédia de le modifier pour répondre aux besoins spécifiques du mouvement. À la suite de quoi, et selon les règles formulées par la communauté du logiciel libre, les modifications faites par la Fondation deviennent à leur tour, gratuitement et librement, utilisables par d’autres personnes ou organismes.
À ce premier héritage reçu par le mouvement Wikimédia et toujours en provenance des logiciels libres, s’ajoute une innovation méthodologique. Dans son article La Cathédrale et le Bazar, Eric Raymond mobilise en effet le terme « cathédrale » pour désigner le mode de production des logiciels propriétaires, en opposition au mot « bazar », qu'il utilise pour qualifier le mode de développement des logiciels libres. D’un côté, il décrit une organisation pyramidale, rigide et statutairement hiérarchisée, comme on peut la voir souvent au sein des entreprises. Tandis que de l’autre, il parle d’une organisation horizontale, flexible et peu hiérarchisée, qu’il a lui-même expérimentée en adoptant le style de développement de Linus Torvalds, à savoir : « distribuez vite et souvent, déléguez tout ce que vous pouvez déléguer, soyez ouvert jusqu’à la promiscuité ».
À l’instar de la métaphore du quartier numérique présentée dans le précédent chapitre, cette manière de décrire les projets open source nous aide donc ici à mieux comprendre ce qui se passe dans le mouvement Wikimédia. D'un côté, on retrouve effectivement cette « ouverture jusqu’à la promiscuité », dans le libre accès accordé aux projets Wikimédia, alors que de l'autre, tout le monde peut participer aux projets Wikimédia, qu'ils soient en ligne ou hors ligne.
Ces deux observations corroborent donc l’existence d’un deuxième héritage en provenance du mouvement du logiciel libre. Néanmoins, il nous reste encore à découvrir un phénomène négligé par Eric Raymond durant ses observations, et qui pourtant, a considérablement influencé l'histoire de la révolution numérique. Il s’agit de l’apparition de la licence libre, de la philosophie qu'elle sous-tend, et du mouvement de la culture libre, dont elle fut à l’origine.
'''Chapitre 3 : Les licences et la culture libres'''
Dans une biographie autorisée, Christophe Masutti explique à quel point la création de la Licence publique générale GNU, en tant que première licence libre créée par Richard Stallman, représente un épisode majeur de la révolution numérique. Selon lui :
La GPL apparaît comme l’un des meilleurs hacks de Stallman. Elle a créé un système de propriété collective à l’intérieur même des habituels murs du copyright. Surtout, elle a mis en lumière la possibilité de traiter de façon similaire « code » juridique et code logiciel.
Le concept de distribution associé à ce nouveau type de licence fut baptisé « copyleft », par inspiration d’un jeu de mots que Richard Stallman avait trouvé dans un courrier transmis par son collègue Don Hopkins. Le principe novateur de ce concept est d'obliger toute production de code dérivé à se soumettre à la même licence libre que le code d’origine. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle beaucoup de gens parlent de licence « virale » ou « récursive » en faisant référence à celle-ci. Quant à l'importance de cette clause, elle repose sur le fait d'interdire toute privatisation d'un code informatique produit sous licence libre. Sans celle-ci, un tel code risque en effet d'être récupéré, puis modifié, avant d’être placé sous un habituel copyright de type « tous droits réservés », dans le but de commercialiser son usage.
En 2001 et dans la mouvance provoquée par l'arrivée des premières licences libres, une organisation internationale sans but lucratif, intitulée Creative Commons, a entamé la promotion du « partage et la réutilisation de la créativité et des connaissances grâce à la fourniture d’outils juridiques gratuits ». Pour ce faire, elle met régulièrement à jour une panoplie de licences inspirées par la GNU, mais spécialement adaptées aux œuvres de l'esprit, telles que les productions littéraires, musicales, photographiques et vidéo, ainsi que les bases de données.
Contrairement aux licences libres fournies par la Free Software Foundation, conçues pour protéger du code informatique, les licences produites par Creative Commons offrent la possibilité de sélectionner différentes clauses pour protéger une œuvre libre. Avec le label CC, pour Creative Commons, on peut ainsi appliquer, ou ne pas appliquer, la clause « BY », qui oblige à créditer l'auteur, et la clause « SA », pour Share Alike, qui ordonne le partage à l’identique comme décrit précédemment. Après quoi il est encore possible d'ajouter la clause « NC », qui impose un usage non commercial, et finalement, la clause « ND », pour Non Derivative, qui exige que l’œuvre soit utilisée ou reproduite dans son intégralité et sans modification.
Le mouvement Wikimédia a choisi la licence CC.BY-SA pour protéger les contenus publiés dans tous ses projets. Cela à l'exception de la banque de données Wikidata, qui au même titre que les descriptions apportées aux fichiers téléchargés dans la médiathèque Wikimedia Commons, publie ses informations structurées sous licence CC0. Cette dernière licence proposée par creative commons est ce qui se rapproche le plus du domaine public, avec pour avantage de ne pas devoir mentionner les auteurs dans le traitement et la réutilisation du contenu de la base de données.
Cependant, il en résulte que les informations en question peuvent être réutilisées par des tiers qui ne sont plus obligés de citer leurs sources, comme le font les agents conversationnels des intelligences artificielles génératives, appelés couramment chatbots. Contrairement à la licence CC.BY-SA, la licence CC0 est donc moins apte à pérenniser les projets Wikimédia, puisqu'elle permet d'invisibiliser ces derniers au risque de réduire les chances d'arrivée de nouveaux contributeurs et contributrices. De plus, sans la clause SA qui assure l'application du copyleft, toutes les informations récupérées au sein de Wikidata et de Wikimedia Commons sont aussi susceptibles de quitter le monde du libre, une fois traitées par des entreprises commerciales.
Quoi qu’il en soit, les licences Creative Commons, inspirées par la licence libre de Richard Stallman, apparaissent finalement comme un troisième héritage en provenance du mouvement du logiciel libre et de la culture libre qui en est issue. Grâce à la licence CC.BY-SA, les éditeurs des projets Wikimédia bénéficient effectivement d'une certaine reconnaissance, tout en étant assurés qu'aucun copyright sur leurs travaux ne puisse profiter exclusivement à une personne ou une compagnie. Cela pendant que la licence libre appliquée au système d'exploitation installé sur les serveurs Wikimédia garantit, pour sa part, un certain respect des contributeurs, puisqu'elle permet de vérifier si le code informatique ne compromet pas leurs vies privées.
Avec tous les autres apports en provenance du logiciel libre, ce sont là deux choses importantes qui ont permis l'apparition du mouvement Wikimédia. Toutefois, cela ne pouvait pas suffire à la création du projet Wikipédia qui en fut le point de départ. Car sans l'espace numérique, mondial et libre d’accès, créé par Internet et l'espace web, aucune encyclopédie collaborative de cette envergure n'aurait pu voir le jour.
'''Chapitre 4 : Le réseau Internet'''
L’histoire du réseau Internet constitue un nouvel épisode captivant de la révolution numérique, sans lequel le mouvement Wikimédia n’aurait jamais pu émerger. D’un point de vue purement technique, ce réseau informatique a été mis au point dans les années 1970, avant l’adoption généralisée du protocole TCP/IP, toujours en usage à ce jour. Ce dernier fut inventé par Vint Cerf et Robert Elliot Kahn, quand ils travaillaient pour la Defense Advanced Research Projects Agency, rattachée au département de la Défense américaine. L'une des premières présentations de leur projet fut, entre autres, réalisée lors d’une conférence organisée par l’International Network Working Group, une instance créée pour assurer la gouvernance mondiale du réseau informatique.
Sur base de ces informations, on peut penser qu’Internet a été créé par des militaires. Cependant, Une contre-histoire de l’Internet, nous révèle que les créateurs et les premiers utilisateurs d’ARPANET, considéré comme l’ancêtre d’Internet, étaient davantage des étudiants hippies et amateurs de LSD, que des militaires bien drillés. D’ailleurs, avant la standardisation du protocole TCP/IP, ARPANET fonctionnait depuis plus d’un an avec un autre protocole de transition intitulé Network Control Program. Or, celui-ci avait été mis au point, en février 1969, par le Network Working Group, un groupe informel d’étudiants rassemblés autour de Steve Crocker, lorsqu’il ne détenait encore qu’une simple licence.
Bien que rarement cité dans l’histoire d’Internet, ce groupe a pourtant mis en place la procédure RFC, pour Request For Comments, reconnue comme « l’un des symboles forts de la "culture technique" de l’Internet, marquée par l’égalitarisme, l’autogestion et la recherche collective de l’efficience ». Soit trois principes et une procédure, qui aujourd’hui encore sont appliqués sur le site Méta-Wiki, dans lequel s'organise la gestion communautaire du mouvement Wikimédia. Cela alors qu'au sein des projets pédagogiques, d’autres processus similaires de recherche de consensus ont fait leur apparition.
Il faut ensuite savoir que les liens entre ARPANET et l’armée ont disparu avec l’apparition du MILNET, un réseau entièrement dédié aux activités militaires, rebaptisé NIPRNet, pour Non-classified Internet Protocol Router Network, en 1990. Après une séparation définitive en 1983, précisément l’année où Richard Stallman postait sa demande d’aide pour le projet GNU, le réseau ARPANET resta uniquement dédié à la recherche et au développement. À cette époque, le réseau ne comprenait pas plus de 600 machines connectées, ce qui n'a donc rien de comparable avec ce vaste réseau informatique mondial que nous connaissons aujourd’hui, et qui fut fortement développé au cours des années 1990.
Pour en assurer l’entretien technique, une organisation non gouvernementale, a été créée en 1992, sous l'appellation d’Internet Society. Celle-ci devait aussi veiller au respect des valeurs fondamentales liées au bon fonctionnement du réseau. Car avant d'atteindre des milliards d’appareils connectés, il a d’abord fallu réglementer les nombreuses dorsales internet intercontinentales, sans lesquelles la transmission du protocole TCP/IP partout dans le monde n'aurait pas été possible.
Pour en revenir à l’état d’esprit des créateurs d'Internet, un article intitulé Quarante ans après : mais qui donc créa l’internet ? apporte un éclairage particulièrement intéressant au sujet des liens que l'on peut établir entre le mouvement Wikimédia et l'histoire d'Internet. Dans son témoignage, Michel Elie, cet ingénieur en informatique, membre du Network Working Group cité précédemment, et responsable de l’Observatoire des Usages de l’Internet, nous explique effectivement ceci.
Le succès de l’internet, nous le devons aux bons choix initiaux et à la dynamique qui en est résultée : la collaboration de dizaines de milliers d’étudiants, ou de bénévoles apportant leur expertise, tels par exemple ces centaines de personnes qui enrichissent continuellement des encyclopédies en ligne telles que Wikipédia.
Au courant des années 1990, le milieu informatique universitaire semblait donc toujours fortement imprégné des idéaux de la contre-culture des années 1960, produit par les baby boomers dans le contexte de la guerre du Vietnam. Afin d'illustrer les idées véhiculées à cette époque, voici un paragraphe extrait d'un ouvrage publié en 1970 et intitulé Vers une contre-culture : Réflexions sur la société technocratique et l’opposition de la jeunesse. Dans celui-ci, Théodore Roszak explique que :
Le projet essentiel de notre contre-culture : proclamer un nouveau ciel et une nouvelle terre, si vastes, si merveilleux que les prétentions démesurées de la technique soient réduites à n’occuper dans la vie humaine qu’une place inférieure et marginale. Créer et répandre une telle conception de la vie n’implique rien de moins que l’acceptation de nous ouvrir à l’imagination visionnaire. Nous devons être prêts à soutenir ce qu’affirment des personnes telles que Blake, à savoir que certains yeux ne voient pas le monde comme le voient le regard banal ou l’œil scientifique, mais le voient transformé, dans une lumière éclatante et, ce faisant, le voient tel qu’il est vraiment.
À la suite de cette lecture, il peut sembler paradoxal de penser qu’une contre-culture, voyant la technique comme « inférieure » et assimilant la science au « banal », puisse avoir un lien avec le milieu scientifique universitaire qui fut à l'origine d'Internet. Cependant, une réponse à cette énigme fut apportée par Fred Turner, par la publication de son livre intitulé : « Aux sources de l’utopie numérique : De la contre-culture à la cyberculture, Stewart Brand, un homme d’influence ».
Grâce à cet ouvrage, on découvre en effet que le mouvement Hippie utilisera tout ce qui était à sa disposition à l’époque pour parvenir à ses fins : LSD, spiritualités alternatives, mais également, objets technologiques les plus en pointe. Cela grâce notamment à l’influence de Steward Brand, le créateur d'un catalogue interactif, qui peut être considéré comme l'ancêtre analogique des groupes de discussions numériques apparus des années plus tard.
Comme autre indication, il y a ensuite les propos tenus en 1992, lors d’une plénière de la 24ᵉ réunion du groupe de travail sur l’ingénierie Internet, par David D. Clark, un autre pionnier d’Internet. Durant cette rencontre, ce chef de projet prononça des paroles restées dans les annales. « Nous récusons rois, présidents et votes. Nous croyons au consensus et aux programmes qui tournent ». Deux phrases seulement, mais qui, dans le cadre du milieu informatique, permettent de croire que le mépris de la contre-culture envers la technique et la science, s'est transformé en un refus d’autorité et une recherche de consensus.
Dans tous les cas, le développement du réseau Internet ne s'est pas fait sans conflits idéologiques importants. On peut d'ailleurs se demander aujourd'hui à quoi ressemblerait Internet s'il n'avait jamais été commercialisé. Cela s'est passé en novembre 1994, lorsque l’association sans but lucratif Advanced Network and Services, chargée de gérer les accès à Internet, a fait le choix de vendre ses activités. Cette décision faisait suite à un appel à des fonds privés pour financer d'importants changements dans l'infrastructure du réseau. Profitant de l'occasion, la société commerciale America Online a ainsi repris à son compte la gestion des connexions à Internet, après avoir effectué un versement de 35 millions de dollars.
Trente ans plus tard, Internet est devenu ce réseau que nous expérimentons aujourd'hui, à savoir : un réseau dominé par des sociétés privées les plus riches au monde. Dans ce contexte et parmi les 100 sites web les plus visités au monde, seul le nom de domaine Wikipédia appartient à une organisation non lucrative. Cela explique donc pourquoi le mouvement Wikimédia, via son encyclopédie et la fondation qui l'héberge, représente à ce jour, et dans l'espace web, l'expression la plus visible de la philosophie des pionniers d’Internet.
Plus qu'un héritage, cette situation peut être vue comme une mission perpétuée au sein d'un espace envahi par une culture marchande et capitaliste. C'est là une information importante qu'il faut retenir au sujet du mouvement Wikimédia. Elle ne clôture pas pour autant tout ce qu'il faut savoir au sujet des évènements qui ont permis la création d’une encyclopédie mondiale, libre et collaborative. Mais en revanche, elle nous invite à découvrir l'histoire du World Wide Web, un espace numérique sans lequel la création de Wikipédia n'aurait jamais été possible.
'''Chapitre 5 : Le World Wide Web'''
Maintenant que le lien entre la création d'Internet et le mouvement Wikimédia est établi, découvrons à présent l'application la plus connue du réseau, que l'on nomme le World Wide Web, ou plus simplement « Web ». C'est Tim Berners-Lee qui en fut l’inventeur, lorsqu’il était encore actif à l'Organisation européenne pour la recherche nucléaire. Il avait pour idée de créer un espace d’échange public par l’intermédiaire d'Internet, et pour y parvenir, il mit au point le logiciel « WorldWideWeb », rebaptisé Nexus pour éviter toute confusion avec le World Wide Web.
Grâce à un système d’indexation appelé hypertexte, ce programme informatique a permis de produire et de connecter des espaces numériques intitulés sites Web. Ceux-ci sont composés de pages web, hébergées sur des ordinateurs distants, mais connectés entre eux au travers du réseau Internet. Pour permettre ce type de connexion, Berners-Lee mit au point le Hypertext Transfer Protocol ou HTTP, un nouveau protocole de communication simple en soi, mais dont la mise en œuvre technique est compliquée.
Pour veiller au bon fonctionnement et au bon usage de l'espace web, des règles de standardisation ont tout d'abord été édictées par l’association Internet Society. Après quoi, Berners-Lee fonda le W3C, un consortium international dont la devise est : « un seul Web partout et pour tous ». Si ce slogan nous apparaît très naturel aujourd’hui, il faut toutefois savoir que l'espace Web a bien failli être régi séparément par des acteurs commerciaux, avec tous les droits d'accès que cela aurait pu engendrer.
À partir du trente avril 1993, jour du dépôt du logiciel WorldWideWeb dans le domaine public par Robert Cailliau, un collègue de Berners-Lee chargé de la promotion de son projet, un tel scénario était en effet possible. Sauf qu'après le départ de Berners-Lee, devenu président du W3C, François Flückiger, qui avait repris son poste au sein du CERN, eut la présence d'esprit de réagir à temps. Selon le livre Alexandria qui parcourt l'histoire de Robert Caillau, voici ce qui aurait pu se passer si le code de l’éditeur HTML n'avait finalement pas été placé sous licence libre.
La philanthropie de Robert, c’est très sympa, mais ça expose le Web à d’horribles dangers. Une entreprise pourrait s’emparer du code source, corriger un minuscule bug, s’approprier le « nouveau » logiciel et enfin faire payer une licence à ses utilisateurs. L’ogre Microsoft, par exemple, serait du genre à flairer le bon plan pour écraser son ennemi Macintosh. Les détenteurs d’un PC devraient alors débourser un certain montant pour profiter des fonctionnalités du Web copyrighté Microsoft. Les détenteurs d’un Macintosh, eux, navigueraient sur un Web de plus en plus éloigné de celui vendu par Bill Gates, d’abord gratuit peut-être, avant d’être soumis lui aussi à une licence.
Face à un tel scénario, nous découvrons de nouveau à quel point le concept de licence libre a fondamentalement changé le cours de la révolution numérique. Sans cela, nos expériences et nos usages de l'espace numérique auraient été totalement différents. L'utopie Wikipédia, par exemple, n'aurait certainement pas vu le jour, en raison de l'éclatement des espaces numériques et des coûts d'accès auxquels seraient confrontés les bénévoles qui ont construit le projet. Quoi qu'il en soit, et au niveau technique, une fois l'espace web apparu, il ne manquait plus qu'une chose pour permettre la création d'une encyclopédie collaborative au format numérique.
'''Chapitre 6 : Les plateformes Wiki'''
Un wiki, ou un moteur de wiki, est un logiciel que l'on installe sur un serveur informatique pour permettre la création d’un site web éditable et configurable à l’aide d’un simple navigateur. Plus précisément, c’est un système de gestion de contenu, dans lequel le code HTML, CSS, JavaScript et Lua, ainsi que certains paramètres, peuvent être modifiés par tous les internautes. Cela peut se faire en se connectant à un compte utilisateur, afin de bénéficier des droits de modification et d’administration qui lui sont accordés, ou en utilisant la configuration attribuée par défaut aux personnes non connectées.
Sur les pages web d'un wiki, chaque modification provoque un nouvel enregistrement complet du code source qui la compose. De la sorte, il est toujours possible, à partir d’une page reprenant l’historique des modifications, de rétablir l'une de ses anciennes versions. Grâce à ce système, on peut ainsi savoir quelle personne, ou quelle adresse IP est à l’origine d’un changement, et même voir l’endroit où la modification a été faite, et à quel moment celle-ci a été réalisée.
Le premier logiciel Wiki, qui portait le nom de WikiWikiWeb, a été créé et placé sous licence libre GPL par Ward Cunningham en mars 1995. Grâce à la licence, d’autres programmes wiki ont vu le jour en copiant ou s’inspirant du code source de WikiWikiWeb, ou des autres projets wiki qui l'avaient fait auparavant. Cette émulation récursive, qui donna naissance à toute une panoplie de projets wiki, est donc à nouveau une belle illustration des retombées positives que peut susciter l'application d'une licence libre.
Parmi les différents logiciels Wiki disponibles, UseModWiki fut choisi par la société Bomis qui finança la création du premier projet Wikipédia en anglais. C'était un choix judicieux, car l’éclatement de la bulle spéculative d’Internet, à la fin des années 2000, confrontait l'entreprise à de grosses difficultés financières. Un programme gratuit, simple d’utilisation et peu gourmand en ressources informatiques, convenait donc parfaitement dans ce cadre. UseModWiki fut par après remplacé par un autre moteur de Wiki sans nom, mais plus performant et toujours produit sous licence libre. Ce dernier fut ensuite amélioré par plusieurs programmeurs, dont Brion Vibber, le premier employé de la Fondation Wikimédia, avant d’être finalement intitulé MediaWiki.
Avec l’aide de nouveaux employés et des bénévoles actifs sur le site mediawiki.org, ce système de gestion de contenu finit par apparaitre en tête du classement des wikis les plus utilisés. Grâce à la licence libre, des milliers d'autres personnes et projets ont pu en effet développer des sites Web, sans nécessairement faire partie du mouvement Wikimédia. Ce succès a par ailleurs justifié l'organisation de rassemblements annuels entre 2016 et 2020, entre personnes et organisations qui utilisent le programme, pour discuter de son développement et de ses usages.
Ceci étant dit, il existe dans la liste des Wikis d’autres logiciels libres intéressants, tels que DokuWiki, rendu populaire par sa simplicité d’installation et d’usage. Jusqu’à ce jour cependant, seul MediaWiki semble suffisamment stable et puissant pour permettre le développement optimal de l’ensemble des projets Wikimédia. Avec parmi ceux-ci, bien sûr, Wikipédia, l'encyclopédie libre et universelle, dont nous allons enfin découvrir la mise en place dans ce prochain chapitre.
'''Chapitre 7 : L’encyclopédie libre et universelle'''
Dans les chapitres précédents, nous avons découvert toutes les innovations techniques et culturelles sans lesquelles Wikipédia n’aurait jamais pu devenir la plus grande encyclopédie libre et universelle connue au monde. Son objectif est de synthétiser la totalité du savoir humain. Ce qui n’est autre, finalement, qu’un vieux rêve de notre humanité. Trois cents ans avant Jésus-Christ et durant la création de la bibliothèque d’Alexandrie, ce désir était aussi celui de Ptolémée Iᵉʳ. C'était deux siècles avant que Denis Diderot publie, avec Jean Le Rond d'Alembert et Louis de Jaucourt en 1751, la première édition de l’Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers. Quant à Paul Otlet, qui a créé avec Henri La Fontaine la classification décimale universelle en usage depuis 1905, il s’était mis en tête de répertorier l’ensemble du savoir humain au sein d'un seul édifice.
Peu connu à ce jour, ce documentaliste belge rêvait pourtant de cataloguer le monde et de rassembler toutes les connaissances humaines, sous la forme d’un gigantesque répertoire bibliographique universel, situé à l'intérieur d'un Mundaneum. En 1934, dans le Traité de documentation écrit par celui qui voulait « classer le monde », Otlet décrit, de manière particulièrement visionnaire, un possible partage du savoir et de l’information.
Ici, la Table de Travail n’est plus chargée d’aucun livre. À leur place se dresse un écran et à portée un téléphone. Là-bas, au loin, dans un édifice immense, sont tous les livres et tous les renseignements, avec tout l’espace que requiert leur enregistrement et leur manutention…
De là, on fait apparaître sur l’écran la page à lire pour connaître la question posée par téléphone avec ou sans fil. Un écran serait double, quadruple ou décuple s’il s’agissait de multiplier les textes et les documents à confronter simultanément ; il y aurait un haut-parleur si la vue devrait être aidée par une audition. Une telle hypothèse, un Wells certes l’aimerait. Utopie aujourd’hui parce qu’elle n’existe encore nulle part, mais elle pourrait devenir la réalité de demain pourvu que se perfectionnent encore nos méthodes et notre instrumentation.
À peu de choses près, cette utopie décrite en 1934 par Otlet correspond à l'usage que l'on fait du réseau Internet et de son espace web, lorsqu'on recherche de l'information aujourd'hui. Premièrement, allumer un système informatique, avec ou sans fil, muni d'un écran ; ensuite, poser une question dans un moteur de recherche ; puis, comme cela arrive très souvent, être redirigé vers l'une des versions linguistiques de Wikipédia.
Ce scénario, dans lequel les moteurs de recherche jouent un rôle central, explique la popularité de l'encyclopédie libre. D'autres projets similaires étaient pourtant apparus sur le Web avant l'arrivée de Wikipédia. Environ trois ans avant sa création, Aaron Swartz, un activiste de la culture libre qui avait juste douze ans à l'époque, avait par exemple lancé une sorte de site encyclopédique produit et régi par ses usagers. Appelé The Info Network, ce site web avait d'ailleurs permis à son auteur de recevoir l'ArsDigita Prize, un prix décerné aux jeunes créateurs de projets « utiles, éducatifs, collaboratifs et non commerciaux ».
Il faut savoir ensuite que l'expression « encyclopédie libre et universelle » fut oubliée pour la première fois durant l'année 2000 par Richard Stallman, soit l'année qui précéda celle de la naissance de Wikipédia. C'était dans un essai intitulé The Free Universal Encyclopedia and Learning Resource, qui, selon son auteur, avait été rédigé deux ans avant sa publication sur la liste de diffusion du projet GNU. Repris ci-dessous, un extrait de ce texte, présente les particularités du projet.
Le World Wide Web a le potentiel de devenir une encyclopédie universelle couvrant tous les domaines de la connaissance et une bibliothèque complète de cours d’enseignement. Ce résultat pourrait être atteint sans effort particulier, si personne n’intervient. Mais les entreprises se mobilisent aujourd’hui pour orienter l’avenir vers une voie différente, dans laquelle elles contrôlent et limitent l’accès au matériel pédagogique, afin de soutirer de l’argent aux personnes qui veulent apprendre.
Nous ne pouvons pas empêcher les entreprises de restreindre l’information qu’elles mettent à disposition ; ce que nous pouvons faire, c’est proposer une alternative. Nous devons lancer un mouvement pour développer une encyclopédie libre universelle, tout comme le mouvement des logiciels libres nous a donné le système d’exploitation libre GNU/Linux. L’encyclopédie libre fournira une alternative aux encyclopédies restreintes que les entreprises de médias rédigeront.
En parlant d'un « mouvement pour développer une encyclopédie libre universelle », Stallman anticipait donc, sans le savoir, l'arrivée du mouvement Wikimédia, qui ne se concrétisa que bien des années plus tard. Quant à la soixantaine de paragraphes qui décrivent son projet, on y retrouve, dans une forme presque identique, les cinq principes fondateurs qui ont guidé la création de Wikipédia et qui sont toujours actifs à ce jour.
Le premier consiste bien sûr à créer une encyclopédie ; le deuxième réclame une neutralité de point de vue, chose que Stallman expliquait déjà en écrivant qu’« en cas de controverse, plusieurs points de vue seront représentés » ; le troisième implique le respect des droits d’auteur et l’adoption d'une licence libre, celle précisément dont Stallman avait été l'initiateur ; le quatrième inscrit le projet dans une démarche collaborative, alors que Stallman précisait déjà que « tout le monde est le bienvenu pour écrire des articles » ; et le cinquième enfin, stipule qu’il n’y a pas d’autres règles fixes, une position très courante dans le milieu des hackers dont Stallman faisait partie.
Il apparaît donc clairement que le projet Wikipédia n'était pas une idée originale en soi, mais plutôt une opportunité saisie par la société Bomis pour enrichir sa propre encyclopédie commerciale, Nupedia. Cette dernière avait été lancée en avril 2000, soit environ dix mois avant Wikipédia, et sa rédaction était assurée par des experts engagés au sein d’un processus éditorial strict et formel. Malheureusement pour la firme Bomis, le nombre d’articles ne progressait que très lentement.
Dans le but d'accélérer le processus, Larry Sanger, un docteur en philosophie employé par Bomis pour assurer le rôle de rédacteur en chef de Nupedia, eut l'idée d'installer un logiciel wiki sur les serveurs de son entreprise. L'objectif était d'ouvrir un site web participatif, dans lequel des volontaires pourraient créer des articles encyclopédiques, pour qu'ils soient ensuite intégrés dans le projet commercial. Malgré le manque d’enthousiasme de son employeur Jimmy Wales, Sanger mit ses idées en application, et c'est donc ainsi que débuta l’histoire de Wikipédia, avec sa toute première version en anglais.
C’était le 15 janvier 2001, précisément le même mois où Richard Stallman mit en ligne son propre projet d’encyclopédie libre et universelle, qu'il souhaitait intituler GNUPedia. Étonnamment, les noms de domaine gnupedia .com .net et .org avaient déjà été enregistrés au nom de Jimmy Wales, ce qui obligea Stallman à rebaptiser son projet GNE. Ce fait est d'autant plus surprenant que Wales affirma des années plus tard : « n’avoir eu aucune connaissance directe de l’essai de Stallman lorsqu’il s’est lancé dans son projet d’encyclopédie ».
Le site GNE ne ressemblait cependant pas vraiment à une encyclopédie, mais plutôt à un blog collectif ou une base de connaissance, tandis que sa page d’accueil précisait clairement qu’il s’agissait d’une bibliothèque d’opinion. Quant à sa modération, elle avait demandé d'engager un employé, car elle s'est avérée bien plus compliquée que prévu. À côté de cela, et probablement grâce aux spécificités de l’environnement wiki et aux soutiens apportés par Jimmy Wales et Larry Sanger, Wikipédia réussit à mettre en place une organisation efficace au sein d'une communauté d'éditeurs grandissante.
Peut-être en raison de la concurrence libre faite par le projet GNE, Jimmy Wales décida d'abandonner le copyright que Bomis détenait sur son encyclopédie commerciale Nupedia, pour le remplacer par une licence Nupedia Open Content. Peu de temps après, il décida finalement d'adopter la licence de documentation libre GNU conçue pour protéger les textes de documentation des logiciels libres. Ce dernier choix fut une stratégie payante, puisque cela incita Richard Stallman à transférer tout le contenu de son projet GNE vers Nupedia, et à encourager tout le monde à contribuer sur Wikipédia.
Parmi les autres actions de Jimmy Wales qui ont contribué au succès de Wikipédia, il y eut cette idée d'ouvrir le projet aux « gens ordinaires ». C’était un choix qui s’opposait aux idéaux de Larry Sanger, qui de loin préférait le modèle de Nupedia avec son système de relecture par des experts. Cependant, Jimmy Wales, en tant qu'homme d’affaires, visait une croissance plus rapide du contenu de l'encyclopédie.
Cette croissance ne s'est toutefois pas faite sans difficulté. Le 26 février 2002, en effet, l'Enciclopedia Libre Universal en Español, un projet dissident du projet Wikipédia, fit son apparition. C'était une réaction à de la censure, à l'existence d'une ligne éditoriale et à la possibilité de voir apparaitre des publicités dans Wikipédia. En raison des remises en question que cette séparation suscitait parmi les bénévoles actifs dans les projets, Jimmy Wales renonça finalement à l'usage de la publicité et mit de côté ses visions en matière de profit.
Il faut aussi tenir compte du fait que cet évènement est survenu lors de l'éclatement de la bulle spéculative Internet et du krach boursier de 2001-2002. Une conjoncture qui plaçait la société Bomis dans des difficultés financières, et surtout, dans l'incapacité de payer le salaire de Larry Sanger, son seul employé. En mars 2002 et après un mois d’activité bénévole, l’ex-employé décida alors de quitter les fonctions, qu'il occupait depuis un peu plus d'un an, dans Nupedia et Wikipédia. Avec le seul soutien de Jimmy Wales, les deux encyclopédies purent toutefois poursuivre leurs développements, toujours avec le concours d'experts dans Nupedia et d'une communauté bénévole au niveau de Wikipédia. Néanmoins, en septembre 2003 et vu l'écart qui se creusait entre les deux projets, l'encyclopédie Nupedia fut fermée et ses quelques dizaines d'articles transférées vers les milliers d'autres que comprenait déjà le projet Wikipédia.
Trois ans plus tard, Larry Sanger n’avait pas dit son dernier mot. En septembre 2006, il décida en effet de lancer sur fonds propres une encyclopédie intitulée Citizendium. Cette plateforme écrite en anglais uniquement et toujours active à ce jour, repose sur un système d’expertise, dans lequel les contributrices et les contributeurs doivent déclarer leur identité réelle. En avril 2026 cependant, Citizendium reprenait moins de 2000 articles, tout avancement confondu, tandis que le projet Wikipédia en anglais en regroupait déjà plus de 7 millions.
Voici donc comment est née la plus grande encyclopédie au monde, dont la taille et la visibilité n'avaient jamais été égalées auparavant. Une encyclopédie qui, de plus, s'est rapidement déclinée en de nombreuses versions linguistiques, à l'instar de sa version francophone, lancée moins de quatre mois après le projet original en anglais. Toutes ces versions ont formé les premières bases d’une organisation mondiale, bientôt chapeautée par une fondation. Avant cela, d'autres projets pédagogiques et collaboratifs ont vu le jour au côté de Wikipédia. Intitulés « projets frères », ceux-ci se constituent à leur tour, en de nombreuses versions linguistiques, tout en poursuivant le processus de création du mouvement Wikimédia.
'''Chapitre 8 : L'arrivée des projets frères'''
Dans le but de développer des contenus pédagogiques qui ne trouvaient pas leur place dans Wikipédia, d’autres projets pédagogiques et collaboratifs ont vu le jour, pour former ce que l'on appelle couramment aujourd'hui : l’écosystème Wikimedia. La naissance de tous ces projets, ainsi que les évènements importants qui ont contribué au développement du mouvement, ont été repris dans une ligne du temps réalisée par Guillaume Paumier, à l’occasion du dixième anniversaire de Wikipédia. Grâce à ce graphique, on peut voir en détail l'évolution du nombre de projets, de versions linguistiques, de contributeurs et d'articles, et se faire ainsi une idée sur la vitesse à laquelle s'est développé le mouvement Wikimédia.
Parmi tous les projets frères de Wikipédia, le premier à apparaître fut Méta-Wiki, une plateforme de référence pour centraliser la gestion de l'ensemble des sites web hébergés par la fondation Wikimédia. Dans un premier temps, cet espace communautaire en ligne a répondu à la nécessité de traiter en un seul lieu les questions communes aux différentes versions linguistiques de Wikipédia. Aujourd'hui, le site web est le principal endroit de coordination et de gestion de l'ensemble du mouvement Wikimédia. On y retrouve énormément d'informations au sujet des projets en ligne, et peut-être plus encore, concernant la Fondation et les organismes affiliés.
Après Méta-Wiki, sept autres projets de partage de la connaissance ont fait leur apparition, avant d'être déclinés à leur tour en plusieurs versions linguistiques. Tous ces projets émergent en général sur l’initiative d’un petit groupe de personnes actives au sein d’un projet préexistant. Ce fut le cas du projet Wiktionnaire en anglais, le deuxième projet à voir le jour après Méta-Wiki, en décembre 2002, soit deux ans avant la version francophone apparue en mars 2004.
Il est intéressant d'observer que la version francophone du Wiktionnaire n’a pas été créée à partir du projet anglophone, mais bien depuis le projet Wikipédia en français. D'ailleurs, on peut retrouver dans les archives de ce dernier projet, un débat concernant la pertinence de cette création, dont voici un extrait.
En fait, ce qui me peine vraiment avec le projet Wiktionary, c’est que alors qu’on essaie de rassembler les gens (pas facile) pour créer une sorte de tour de Babel de la connaissance (tâche bien longue et difficile), ce nouveau projet va disperser les énergies pour une raison qui ne me semble pas valable. C’est la création de Wiktionary qui va créer des redondances. À mon avis il existera rapidement des pages sur le même mot, mais ne contenant pas les mêmes informations. Pour quelle raison ces connaissances devraient-elles être séparées ? Les encyclopédies sur papier devaient faire des choix à cause du manque de place, mais nous, pourquoi le ferions-nous ??? "Wikipédia n’est pas un dictionnaire" n’est pas un argument à mon avis... si vraiment c’était pas un dictionnaire, il faudrait virer tout un tas d’article. Je ne comprends vraiment pas cette volonté de séparer la connaissance entre ce qui est "encyclopédique" et ce qui n’est "qu’une définition".
[Réponse]
Pour moi ce qu’est Wiktionary, c’est une partie de Wikipédia s’intéressant plus particulièrement aux aspects linguistiques des mots. La différence que je verrais entre la partie dictionnaire de Wikipédia et sa partie dite encyclopédique, c’est que la partie dictionnaire s’intéresserait au sens des mots eux-mêmes alors que la partie encyclopédie s’attache plus à faire ressortir un état des connaissances à un moment donné. Le pourquoi de la séparation d’avec la partie encyclopédie tient plus à des raisons techniques qu’à une volonté de monter un projet indépendant, en effet, à mon humble avis, un dictionnaire nécessite une plus grande rigueur (de présentation) qu’une encyclopédie. Ceci entraîne beaucoup de problème et entre autres le choix de la mise en forme des articles du dictionnaire.
Créer un nouveau projet, c’est effectivement créer un nouveau site web, qui devra faire l’objet d’une nouvelle gestion, tant pour les serveurs de la Fondation, que pour la nouvelle communauté de contributeurs. L’importation de pages d’un projet à l'autre ou la traduction de celles-ci sont bien sûr toujours possibles, mais cela duplique alors aussi la maintenance et les mises à jour. Le choix de scinder un projet, en faveur d’une plus grande liberté, comporte donc certains coûts humains et financiers.
Ce prix à payer n'a pour autant pas empêché le projet anglophone Wikibooks de faire son apparition le 10 juin 2003, soit près d’un an avant Wikilivres, la version francophone du projet, apparue le 22 juillet 2004. Cette dernière création avait de nouveau été débattue au sein de la communauté Wikipédia en français, et non pas dans le Wikibooks en anglais. Quant à l'objectif commun aux deux projets linguistiques, il était de créer une « bibliothèque de livres pédagogiques libres que chacun peut améliorer ».
Environ un an après la création du projet en anglais, un nouvel espace de noms intitulé Wikijunior fut mis en place au sein de la bibliothèque en ligne. Ce sous-projet avait été créé pour répondre à un financement de la fondation Beck, qui cherchait à promouvoir la production de nouvelles littératures pour des enfants de huit à onze ans. Peu de temps après, cette tranche d’âge fut toutefois élargie de zéro à douze ans au niveau du projet francophone, quand le sous-projet y fut adopté.
Ces deux évènements témoignent ainsi qu'il est toujours possible qu'un sous-projet apparaisse dans un projet Wikimédia. Comme autre exemple, il y a aussi le WikiJournal, un sous-projet développé au sein du projet Wikiversité en anglais et qui reçut le prix de l’Open Publishing Awards en 2019. Une demande fut faite pour qu'il puisse bénéficier d'un nouveau site web dans le but de pouvoir se développer en dehors de Wikiversité. Malheureusement pour les initiateurs, la demande est restée sans suite jusqu'à ce jour, après que le conseil d’administration de la Fondation, chargé de répondre à leur demande, considéra que le projet n’était pas suffisamment abouti.
Il faut savoir qu'avant cela, le projet Wikiversité, dans lequel est né Wikijournal, avait lui-même été un sous-projet du projet Wikibook. Initialement, il visait à « créer une communauté de personnes qui se soutiennent mutuellement dans leurs efforts éducatifs ». Cependant, en août 2005, une longue discussion remit en question l’existence du sous-projet Wikiversité dans Wikibooks. Au terme de celle-ci, la décision fut prise de transférer Wikiversité et son contenu sur le site Méta-Wiki, là où de nouvelles discussions ont abouti à l’idée de faire de Wikiversité un nouveau projet indépendant.
Déjà à l'époque, le conseil d’administration de la Fondation Wikimédia se montrait réticent à l'ouverture de nouveaux projets, et sa réaction fut de demander l'ouverture d'un sondage au sein de la communauté. Celui-ci devait rassembler une majorité des deux tiers en faveur de l'ouverture du nouveau site web. Un résultat qui fut finalement obtenu, mais pas sans de longs débats, dont voici un extrait.
La principale raison pour laquelle la Fondation Wikimédia ne veut pas "lâcher le morceau" est une simple question de bureaucratie et la crainte que le projet ne devienne une autre Wikispecies [un projet de répertoire du vivant]. Wikispecies est une idée cool, mais les "fondateurs" du projet se sont dégonflés à mi-chemin de la mise en place du contenu et ont décidé de faire une révision majeure qui a pris plus de temps que ce que tout le monde était prêt à mettre.
Le même problème s’applique à Wikiversity en ce qui concerne la Fondation, parce que les objectifs et les buts de ce projet ne sont pas clairement définis, et il semble que les participants essaient de mordre plus qu’ils ne peuvent mâcher en proposant une université de recherche multi-collèges entière (avec un statut de recherche et une accréditation) à former de toutes pièces plutôt qu’un simple centre d’éducation pour adultes avec quelques classes.
En novembre 2005 et malgré les résultats du sondage, l'indépendance du projet Wikiversité ne fut toutefois pas acceptée par cinq membres du conseil. Ceux-ci réclamaient une « réécriture de la proposition pour en exclure la remise de titre de compétence, la conduite de cours en ligne, et de clarifier le concept de plate-forme e-learning ». Quand ces rectifications furent faites, le projet bénéficia d'une période d’essai de plusieurs mois, jusqu'à ce que les amendements apportés au projet de départ soient enfin acceptés, le 31 juillet 2006. Ce long temps d'attente était justifié par la création du special projects committee, qui, jusqu'en décembre 2021, fut chargé de soulager le conseil d’administration de la fondation, par rapport aux demandes de création de nouveaux projets Wikimédia.
Un nouveau site, nommé Beta-Wikiversity, fut ainsi créé pour assister le lancement des différentes versions linguistiques de Wikiversité. Durant six mois, son premier objectif a d'abord été l'élaboration des lignes directrices concernant la potentialité de produire des recherches collaboratives au sein du projet. Par la suite, chaque nouvelle version linguistique, développée dans le projet Beta, devait avoir plus de 10 modifications par mois, réalisées par au moins trois personnes distinctes, avant de pouvoir bénéficier de son propre site web.
À l'image de Beta-Wikiversity, le projet Wikisource possède lui aussi un site indépendant pour lancer ces nouvelles déclinaisons linguistiques. Tandis que pour tous les autres projets pédagogiques, ce lancement s'effectue sur la plateforme Wikimedia Incubator, créée à la même époque que Beta-Wikiversity. Ces trois plateformes de lancement ne concernent pas les nouveaux projets, qui doivent faire l'objet d'une acceptation par le conseil d'administration de la Fondation Wikimédia, et qui peuvent avoir pour origines des processus de création divers.
Le projet Wikivoyage, par exemple, fut initialement créé en 2003 dans un Wiki extérieur au mouvement Wikimédia, là où il portait le nom de Wikitravel. Comme cela arrive parfois, ce projet sans but lucratif fut acheté par une entreprise commerciale en 2006. Mais en raison du changement de gouvernance et de l'apparition de publicités, une scission est apparue au sein de la communauté d’éditeurs. Les personnes désireuses de quitter Wikitravel lancèrent alors un nouveau site appelé Wikivoyage, qui reçut en 2007, le Webby Award du meilleur guide de voyage Internet.
L'intégration de Wikivoyage dans l'écosystème Wikimédia n'a cependant été faite qu'en 2012, à la suite d'un appel à commentaires durant lequel 540 personnes furent en faveur de l’intégration du projet, 153 contre, pendant que 6 restèrent sans avis. Comme cette nouvelle déclencha une migration importante depuis Wikitravel vers Wikivoyage, une plainte fut déposée par la société commerciale en charge du premier projet. Celle-ci fut toutefois rejetée et le projet Wikivoyage continua à prendre de l’ampleur au sein du mouvement Wikimédia, avec la création de nouvelles versions linguistiques.
Le cas de Wikivoyage apparait toutefois comme une exception, car en général les nouveaux projets émergent des centaines de candidatures déposées sur le projet Méta-Wiki. Celles-ci se soldent bien souvent par un refus, comme ce fut le cas pour le projet WikiLang dont le but était de lancer un laboratoire linguistique. Quelques rares projets ont pourtant la chance d'être élus. Ce fut notamment le cas en octobre 2012, avec le lancement de la base de données structurée et sémantique Wikidata et de ses extensions Wikibase, ou plus récemment, en 2020, avec l'arrivée du projet Abstract Wikipedia et Wikifunctions.
Sans vouloir entrer dans les détails, il est intéressant de savoir que l'interconnexion entre ces trois projets permet de traduire automatiquement des articles encyclopédiques dans tous les langages naturels pris en charge par le mouvement Wikimédia. Plus précisément, les phrases des articles publiées sur Abstract Wikipédia, sont formulées par des fonctions informatiques produites dans le projet Wikifunctions, dans le but de traiter les informations de la base de données sémantique Wikidata. Autrement dit, un article dans Abstract Wikipédia ne possède qu'une seule page pour toutes les langues, pareillement aux pages d'entités de Wikidata, qui ont pour titre une lettre suivie d'un chiffre.
À la suite de ces explications, on observe donc que ce n'est pas la complexité qui détermine le refus projet, mais plutôt une série de critères comparables à ceux retenus pour supprimer des projets ou versions linguistiques déjà existants. À ce propos, il existe sur Méta-Wiki une liste mise à jour des différents sites hébergés par la Fondation Wikimédia dont l'existence est remise en cause. Dans celle-ci, on retrouve essentiellement des versions linguistiques de projets qui n’ont pas réussi à poursuivre leurs développements, bien qu'un projet entier soit toujours susceptible d'être mis à l'arrêt. C'est d'ailleurs ce qui est arrivé aux 31 versions linguistiques du projet Wikinews, qui, en date du 4 mai 2026, soit 22 ans après le lancement du site anglophone, sont accessibles en mode lecture uniquement.
Dans le cas de Wikinews, ce fut le manque d'activité qui apparut comme principale justification de la suspension du projet. Cependant, d'autres raisons pourraient être invoquées, comme le prouve cet épisode de 2005, où, peu de temps après son lancement, la version francophone du recueil de citations Wikiquote a bien risqué de disparaitre. Le projet fut effectivement accusé d’avoir récupéré le contenu d’une base de données soumise à un droit d’auteur, incompatible avec la licence Creative Commons appliquée sur l’ensemble des projets pédagogiques Wikimédia. Lorsqu'une plainte fut adressée à l’association Wikimédia France, pour être ensuite relayée sur le site Méta-Wiki, il fut bien question de fermer le projet. Après de longues discussions, celui-ci fut maintenu, mais avec pour conditions de repartir de zéro, et d’établir une charte pour garantir la traçabilité des citations reprises par le projet.
Voici donc de quoi se faire une idée sur la manière dont les projets pédagogiques et leurs déclinaisons linguistiques apparaissent et disparaissent au sein du mouvement. Les exemples repris ci-dessus suffisent effectivement pour comprendre les principes généraux qui sous-tendent leurs créations. En dehors de Méta-Wiki, Wikidata, Wikifunctions, Abstract Wikipédia et Wikimedia Commons, qui ne sont pas des projets de contenu pédagogique à proprement parler, tous les autres projets semblent effectivement provenir d’un désir de spécialisation d’un projet préexistant.
L'idée est généralement débattue dans un projet de même langue, avant de relayer la discussion vers le site Méta-Wiki. Si le projet y est jugé pertinent, il fait alors l'objet d'une candidature qui doit actuellement être soumise au groupe de travail des projets frères du comité des affaires communautaires de la Fondation Wikimédia. Quant aux nouvelles versions linguistiques, elles doivent être aujourd'hui soumises à l'approbation du comité des langues, avant d'être testées sur les plateformes Incubator, Beta-Wikiversité ou Wikisource Multilingue, dans le but de bénéficier d’un site web indépendant.
Après ces explications concernant les projets frères et leurs variations linguistiques, il nous reste encore à parler des sites qui ont un lien avec le mot Wiki, soit par leur nom, soit par le logiciel utilisé. En 2024 effectivement, plus de 22 600 d'entre eux étaient répertoriés, dont plus de 95 % sans aucun lien avec le mouvement Wikimédia, en dehors du fait, peut-être, qu’ils utilisaient le logiciel MediaWiki développé par la Fondation Wikimédia.
WikiLeaks par exemple, créé par Julian Assange dans le but de publier des documents classifiés provenant de sources anonymes, n’est ni un projet Wikimédia, ni un site collaboratif. Quant au recueil universel et multilingue de guides illustrés WikiHow, si celui-ci fonctionne pour sa part de manière collaborative et avec le logiciel MediaWiki, il n'a pourtant aucun lien avec le mouvement Wikimédia. D'ailleurs, son ergonomie, radicalement différente de celle des projets Wikimédia, permet de le comprendre au premier coup d’œil.
En revanche, Wikimini, l'encyclopédie libre pour les enfants, a une apparence tout à fait comparable à celle des projets Wikimédia, alors que le projet n’a jamais été accepté par la Fondation. Quant aux projets WikiTribune et Fandom, l'ambiguïté qu'ils entretiennent avec le mouvement est d'autant plus grande qu'ils ont été créés par Jimmy Wales, le fondateur de Wikipédia et de la Fondation Wikimédia. Cependant, comme ce sont des projets commerciaux, ils ne peuvent en aucun cas être soutenus par une fondation sans but lucratif.
Au terme de cette présentation, il ne reste plus qu'à signaler que le mouvement Wikimédia ne fut conscientisé que tardivement par rapport à l'apparition des projets Wikimédia et de leurs différentes versions linguistiques. Pour qu'un sentiment de collectivité se manifeste entre tous ceux-ci, il fallut certainement attendre qu'une coordination se développe sur la plateforme Méta-Wiki, mais également que de nombreuses rencontres et associations apparaissent en dehors de l'espace numérique. En ce sens, la naissance du mouvement ne fut pas un événement ponctuel, mais plutôt la réalisation d’un long processus de conscientisation.
'''Chapitre 9 : La conscientisation du mouvement'''
Avant d'aborder la question de la conscientisation du mouvement, il peut être intéressant de découvrir l'origine étymologique du mot « Wikimédia ». Celui-ci est un mot-valise composé du suffixe « média » et du préfixe « wiki » que l’on doit à cette expression hawaïenne « wiki wiki », qui se traduit en français par l'expression : « vite, vite ». Celle-ci fut récupérée une première fois par Ward Cunningham, le créateur du premier moteur Wiki, avant d'être réutilisée dans les noms inventés pour d'autres logiciels de cette même famille. UseModWiki en est un bel exemple, puisqu'il fut le premier programme utilisé par la firme Bomis pour héberger son projet d’encyclopédie collaborative. Raison pour laquelle, sans doute, le terme « wiki » fut utilisé pour créer le mot Wikipédia, en l'associant au suffixe « pedia » qui fait référence au mot anglais encyclopedia, selon un principe qui fut ensuite repris pour tous les autres projets du mouvement.
Le mot Wikimédia, pour sa part, n’est apparu que le seize mars 2003, lors d’une discussion concernant la déclinaison possible de l’encyclopédie en d’autres types de projets éditoriaux participatifs. Durant celle-ci, l’écrivain américain Sheldon Rampton eut l’idée d’associer au terme wiki à celui de « média », afin de mettre en évidence la variété des médias produits et partagés par Wikipédia et ses projets frères. Toutefois, c'est seulement en juin 2008 que Florence Devouard, présidente de la Fondation à cette époque, associe le mot Wikimédia à un mouvement social qu’elle voyait apparaître au sein des projets Wikimédia et de leurs communautés d'usagers.
Affirmer pour autant que ce moment précis coïncide avec la naissance du mouvement Wikimédia serait quelque peu arbitraire. Car si l’on peut déterminer plus ou moins facilement l’apparition d’une expression dans des archives, tout le monde sait qu’un mouvement social ne se forme pas en un seul instant. Dans le contexte du mouvement Wikimédia, sa naissance est bien sûr liée à celle du projet Wikipédia, mais également à tout ce qui permit la création de cette encyclopédie libre. Dans une autre perspective encore, on peut dater l'apparition du mouvement Wikimédia au 20 juin 2003, date de la création de la fondation qui porte le même nom. Ou pourquoi pas, associer la création du mouvement à la mise en ligne de la plate-forme Méta-Wiki, qui en représente le principal lieu de coordination.
Toujours est-il que l’expression « Wikimedia movement » est bien apparue en juin 2008, sous la plume de Florence Devouard. Cela s'est passé sur la liste de diffusion de la Fondation et peu de temps avant qu'elle quitte son poste de présidente. Dans son message, elle partageait l'idée de placer sous le nom de domaine Wikimedia.org un site vitrine de présentation du mouvement Wikimédia qu'elle concevait de la sorte.
Le mouvement Wikimédia, comme je l’entends est
– une collection de valeurs partagées par les individus (liberté d’expression, connaissance pour tous, partage communautaire, etc.)
– un ensemble d’activités (conférences, ateliers, wikiacadémies, etc.)
– un ensemble d’organisations (Wikimedia Foundation, Wikimedia Allemagne, Wikimedia Taïwan, etc.), ainsi que quelques électrons libres (individus sans chapitres) et des organisations aux vues similaires.
Avec autant de détails et d'explications, un tel message ne pouvait qu'accélérer la prise de conscience au sein du mouvement. Dans tous les cas, il mettait en évidence que les personnes actives dans les projets éditoriaux en ligne ou dans les organismes affiliés, faisaient partie de ce que Ralf Dahrendorf appelle un « quasi-groupe ». Ou autrement dit, un ensemble d’individus qui ont un mode de vie semblable, une culture commune, mais dont les points communs ne gravitent pas autour d’une prise de conscience de leur position commune dans la relation d’autorité.
Après la naissance de Wikipédia et de nombreux projets frères, une dizaine d’années a donc été nécessaire pour que le mouvement Wikimédia prenne conscience de son existence. Aujourd’hui encore, et comme cela a déjà été vu, de nombreuses personnes actives dans les projets pédagogiques ne réalisent toujours pas qu’elles participent aux activités d’un mouvement social. Cela, contrairement aux personnes investies dans les activités en présentiel organisées au sein du mouvement, qui sont généralement plus conscientes de leur engagement. C’est là une raison de croire que le développement de la Fondation Wikimédia et de ses organismes affiliés a joué un rôle important dans l'apparition d'un sentiment d’appartenance.
'''Chapitre 10 : La création des organismes affiliés'''
Si c’est grâce à l’arrivée des groupes et des organismes affiliés à la Fondation Wikimédia que l’idée du mouvement est probablement apparue, il est alors intéressant d'en décrire les processus de création. Mais puisque cela représente plusieurs centaines d’instances spécifiques, regroupées en plusieurs catégories détaillées en seconde partie d'ouvrage, aborder ici l’histoire de chacune d’entre elles serait une entreprise beaucoup trop fastidieuse.
De plus, s’il existe énormément d’archives numériques concernant la naissance des sites Wikimédia, ce n’est pas le cas pour ces organismes affiliés. Un bon nombre de ceux-ci se sont effectivement formés durant des rencontres ou des réunions hors ligne qui n'ont fait l’objet d’aucun enregistrement. Du reste, une bonne part des échanges effectués au sein de ces associations s'organise par des canaux de communication privés auxquels seuls les membres actifs ont accès.
Puisque je suis l'un des membres fondateurs, je me limiterai donc ici à parler de l’association Wikimédia Belgique. Celle-ci fut fondée le huit octobre 2014 en tant qu’association sans but lucratif, avant d'être reconnue le six août 2015 par le conseil d’administration de la Fondation Wikimédia. Après plus de trois ans d’activités et de rencontres et sous l’impulsion de Maarten Deneckere qui assuma le premier mandat de présidence, nous étions 8 personnes à signer la première version des statuts de l’association.
Jusqu’à ce jour, l’objet social de Wikimedia Belgique est d' « impliquer tout un chacun dans la connaissance libre ». Contrairement à l'association Wikimédia Deutchland, la première à voir le jour en 2004 et qui rassemblait déjà en 2021 plus de 85 000 membres et près de 150 employés, l’association belge n'a qu'une seule employée à temps partiel et 150 membres en 2025.
Avant d’être reconnues par le comité d’affiliations chargé de seconder le conseil d’administration de la Fondation, toutes les associations nationales, dites « chapters » en anglais, et toutes les autres organisations affiliées doivent réaliser de nombreuses démarches. Celles-ci consistent à répondre à un ensemble de prérequis qui ont évolué suite à la création d'un comité décisionnel en avril 2006. Ces obligations diffèrent entre les groupes d’utilisateurs et d'utilisatrices et les associations locales ou thématiques. Parmi ceux-ci, on retrouve toutefois : un nombre minimum de membres et de référents, une mission et un règlement d’ordre intérieur conformes aux attentes du mouvement, la remise de plans et de rapports d’activités annuels, etc.
On comprend donc qu’il n’est pas évident de créer une nouvelle instance au sein du mouvement. Pour bénéficier du soutien logistique et financier de la Fondation réservé aux organismes affiliés, c’est ainsi toute une série de rapports qu’il faut alors transmettre à divers comités et commissions chargés de leurs évaluations. Cela représente une quantité de tâches administratives qu’il n’est pas toujours facile d’assumer, surtout lorsque les membres de l’organisme affilié sont tous des bénévoles. D’où sans doute cette régulière disparition d’affiliations, pendant que d’autres se créent ou réapparaissent en fonction des énergies et du dynamisme disponibles dans les équipes.
Les activités liées à la récolte et à la redistribution des dons offerts au mouvement, ainsi que les autorisations d’usage de marques déposées, contrastent donc avec les valeurs de libre partage et d’autonomie décrites dans les projets pédagogiques. Cela semble confirmer que la partie hors ligne du mouvement est plus influencée par les habitudes d’un système économique dominant, contrairement à la partie en ligne qui semble plus fidèle à l’héritage de la contre-culture.
'''Chapitre 11 : L'héritage d'une contre-culture'''
Au terme de cette première partie d’ouvrage, il devient évident que la révolution numérique, que l’on considère généralement comme une révolution technique, fut aussi, et peut-être avant tout, une révolution sociale et culturelle. Quant à l'histoire de Wikimédia, reprise ici depuis les origines de son encyclopédie jusqu'à l'apparition de ses organismes affiliés, elle nous fit découvrir comment les idées de la contre-culture des années 1960 furent transmises au mouvement.
En cas de doute, observons encore que Richard Stallman, celui qui a créé les concepts de licence et d'encyclopédie libre, fut désigné par certains comme le gourou de la contre-culture hacker et le père du système d’exploitation hippie. Une culture hippie, dont il est aussi troublant de constater que le renversement de son logo ressemble étrangement à celui du mouvement Wikimédia.
Incontestablement et au travers du mouvement des logiciels libres, le mouvement Wikimédia a donc bien hérité des valeurs produites par les mouvements sociaux des années 1960. Des valeurs qui aujourd'hui contrastent fortement avec la marchandisation et la capitalisation du monde, dont l'espace web ne fait jamais que refléter ce qui se passe dans le reste de la société humaine. Or, ce phénomène ne date pas d'hier. En 2008 déjà, André Gorz, ce philosophe parmi les pères de la décroissance et théoricien de l’écologie politique, constatait déjà que :
La lutte engagée entre les "logiciels propriétaires" et les "logiciels libres" [...] a été le coup d’envoi du conflit central de l’époque. Il s’étend et se prolonge dans la lutte contre la marchandisation de richesses premières – la terre, les semences, le génome, les biens culturels, les savoirs et compétences communs, constitutifs de la culture du quotidien et qui sont les préalables de l’existence d’une société. De la tournure que prendra cette lutte dépend la forme civilisée ou barbare que prendra la sortie du capitalisme.
Dans cette lutte et avec le seul nom de domaine non commercial parmi le top 100 des sites les plus fréquentés du Web, la galaxie Wikimédia apparait donc comme un des derniers lieux numériques de liberté, de partage et d'égalité. Un lieu qui, de plus, est connu mondialement, grâce au succès des plus de 350 déclinaisons linguistiques de Wikipédia, et sans pour autant récolter d'informations sur l’identité et le comportement des internautes. Cela alors que cette pratique est considérée, par certains, comme un « nouvel or noir » pompé du Web, pendant que d’autres préfèrent parler de « capitalisme 3.0 » ou de « capitalisme de surveillance » .
Évidemment, les enjeux de cette lutte sont difficiles à comprendre. La complexité de l’infrastructure informatique, mais également le fait que tout cela s'inscrit dans une révolution que Rémy Rieffel décrit comme « instable et ambivalente, simultanément porteuse de promesse, et lourde de menaces », ne facilitent pas les choses. Cela d'autant plus que tout cela se place « dans un contexte où s’affrontent des valeurs d’émancipation, et d’ouverture d’un côté et des stratégies de contrôle et de domination de l’autre » .
En fait d’ambivalence, il est surprenant d'apprendre, par exemple, que Jimmy Wales, fondateur de Wikipédia et de la fondation Wikimédia, est un adepte de l’objectivisme, alors que cette philosophie voit le capitalisme comme un idéal de société et l’égoïsme rationnel, comme une morale. Puis, concernant l'instabilité du numérique, il y a ces appels répétés de Tim Berners-Lee au sujet de la « redécentralisation » et de la « régulation » d'un espace web qu'il avait conçu dans un esprit tout à fait opposé. Quant aux pionniers d'Internet, ils n'ont probablement pas imaginé que leur création permettrait un jour, à des milliards d’objets connectés, de rapporter, rien qu'en France et en 2021, plus de 2,6 milliards d’euros.
Quant à la question du contrôle et au-delà de ce qui est opéré par les firmes commerciales, c'est bien sûr du côté des États qu'il faut porter son attention. Face à un mouvement qui veut s’émanciper des contrôles, par moins de 18 pays ont déjà censuré Wikipédia et parfois même l'ensemble des projets frères. Ce fut le cas par exemple pour la Turquie, la Russie, l'Iran, mais également le Royaume-Uni, la France et l'Allemagne, et c'est même le cas de manière permanente en Chine, depuis 2004.
Dans certains cas, des procédures juridiques ont été utilisées pour intimider les membres du mouvement. C'est arrivé en France lorsque le directeur de l'association Wikimédia fut menacé de poursuites pénales par la Direction Centrale du Renseignement Intérieur, après un refus de supprimer un article qui traitait d’une station militaire dans Wikipédia. Par chance, ce qui s'est passé en France ne dépassa pas le stade de l'intimidation. En Biélorussie cependant, Mark Bernstein, un contributeur aux projets Wikimédia, fut condamné à quinze jours de prison ferme, assortis de trois ans d’assignation à résidence, pour des propos tenus au sujet de la guerre en Ukraine. Cela sans oublier qu'actuellement, ce sont les conservateurs à la tête des États-Unis qui « veulent la peau de Wikipédia » en cherchant à obtenir l'identité réelle de certains contributeurs.
Le contrôle et le non-respect de la vie privée font ainsi appel à la figure emblématique du lanceur ou de la lanceuse d'alerte, dont la posture contestataire fait penser à celle des personnes actives dans la contre-culture des années 1960. Parmi ceux-ci, on dit de Julian Assange, Edward Snowden et Chelsea Manning, qu'ils « ont perdu leur liberté pour défendre la nôtre ». De manière similaire, on pourrait donc aussi dire que les Wikimédiens Aaron Swartz, Bassel Khartabil, Pavel Pernikov, Ihor Kostenko et Mark Bernstein, se sont sacrifiés pour la liberté, le partage et la vérité.
Dans Wikimédia et comme ce fut expliqué dans l'introduction de cet ouvrage, une alerte peut prendre la forme d'un appel à commentaires en réaction à une décision ou une situation observée au sein du mouvement. C'est même là une pratique institutionnalisée, qui fait l'objet d'une procédure d'accompagnement et de suivi. Toutes ces alertes concernent les dérives de certains projets, mais également de certaines associations dont la proximité avec le système économique n'aide pas au respect des pratiques et des valeurs développées en ligne.
Dans ce qui apparait aux yeux de certains comme un « bazar libertaire », les choix et règles édictés dans la sphère hors ligne du mouvement ne plaisent pas toujours aux membres des communautés en ligne. Ce qui n'empêche toutefois pas les projets éditoriaux d'avoir leurs propres règles et des recommandations, ni de voir apparaitre, en 2020 et dans l'ensemble du mouvement, un code de conduite universel, qui détermine le « référentiel minimum des comportements acceptables et inacceptables ».
L'idéologie transmise à Wikimédia, décrite en partie par Steven Levy dans son ouvrage L’Éthique des hackers est donc plus subtile qu'un simple refus d'autorité. Dans un esprit de partage, d'ouverture, de transparence, de liberté, d'égalité et d'autonomie, c'est une structure très complexe, tout en étant cosmopolite et mondiale, que le mouvement réussit à mettre en place. Une organisation qui, finalement, apparait très inspirante dans la manière de faire communauté aujourd'hui, et au sein d'un monde toujours plus global et numérique.
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Lionel Scheepmans
20012
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'''LE MOUVEMENT WIKIMÉDIA'''
'''Dernier partage altruiste de la connaissance libre ?'''
De Lionel Scheepmans
Avec l'aide de la communauté Wikimédia
'''Quatrième de couverture'''
'''Le mouvement Wikimédia, l'aventure inspirante d'une organisation mondiale et altruiste au service d'un savoir libre et vérifiable.'''
Quel est ce seul acteur à but non lucratif présent dans le top 100 des sites les plus visités sur le Web ?
Comment incarne-t-il l’expression la plus visible des valeurs de liberté, d’égalité et de partage, héritées de la révolution numérique et des mouvements sociaux des années 1960 ?
Comment, à partir de Wikipédia et suite à la création d’une quinzaine de projets frères, distribués en centaines de versions linguistiques, le mouvement social Wikimédia a imaginé un monde dans lequel le savoir se produit et se partage librement ?
Et comment, en toute autonomie, des dizaines de projets pédagogiques, édités par des millions de bénévoles, soutenus par une fondation et près de 200 associations et groupes locaux, produisent-ils la plus grande intelligence collective au monde ?
Avec de nombreux codes QR, cet ouvrage répond à ces questions, tout en permettant de mieux comprendre le monde global et numérique qui nous entoure.
Lionel Scheepmans est docteur en sciences politiques et sociales, militant de la culture libre et professeur d’anthropologie numérique. Il occupe plusieurs postes d’administrateur au sein du mouvement Wikimédia qu’il observe de manière participative depuis 2011. Ses travaux universitaires, du master à la thèse de doctorat, furent consacrés à l’organisation et aux enjeux de Wikipédia et du mouvement Wikimédia.
'''Avant-propos'''
Pour offrir un confort de lecture sur papier sans perdre la puissance du numérique, des codes QR sont affichés tout au long de cet ouvrage. À l’aide d’une tablette ou d’un smartphone, ils offrent un accès direct à ce qui serait coûteux ou impossible à imprimer.
Par exemple, le code QR 1, affiché en fin de page, donne accès directement à la page web qui reprend l’intégralité de l’ouvrage. Une fois sur celle-ci, on peut alors visionner les illustrations en couleur ou les enregistrements qui s’y trouvent et consulter ensuite leurs pages de descriptions en cas de besoin. Cette version numérique comprend aussi de nombreux hyperliens pointant vers Wikipédia et d’autres sites du mouvement Wikimédia, où se trouvent des compléments d’informations et leurs mises à jour.
Pour économiser du papier lors de l’impression, la section regroupant les notes et les références de l’ouvrage n’est disponible qu’au format numérique, mais est directement accessible via le code QR 2 repris ci-dessous. Grâce aux indices de renvoi chiffrés et placés en exposant dans le texte imprimé, il est alors possible, au départ d'un smartphone ou d'une tablette, de retrouver les notes et les références en fonction de leur numérotation. Lorsque la référence correspond à une page web, un lien pointant vers le projet Internet Archive s’y trouve repris, pour garantir un accès aux archives des pages citées dans l’ouvrage, si jamais elles avaient disparu du web. Quant aux pages toujours existantes, elles restent accessibles via leurs hyperliens originels, pour consulter leurs éventuelles évolutions.
Étant donné que ce livre est produit sur une plateforme collaborative, tout le monde est invité à améliorer les prochaines versions. On peut le faire en corrigeant des fautes d’orthographe ou de syntaxe sur les pages web qui constituent les différents chapitres de l’ouvrage, ou encore en apportant des commentaires sur les pages de discussion qui leur sont associées. Cela peut se faire très simplement en cliquant sur « Modifier » , quand on est sur la page d'un chapitre, et sur « Ajouter un sujet » lorsque l'on est sur une page de discussion.
Une page de discussion générale est aussi accessible grâce au code QR 3. Elle permet de commenter le livre dans son ensemble, ou de poser une question à son sujet. Il suffit pour cela d’indiquer un titre dans le champ « Démarrer un nouveau sujet », d’écrire le contenu du message dans l’encadré situé juste en dessous, puis de cliquer sur le bouton « Ajouter un sujet de manière anonyme » pour publier son message.
Enfin, pour ceux qui voudraient agrémenter leur lecture d’un fond sonore relaxant et original, le code QR 4 donne accès à une page web qui diffuse une musique mélodieuse. Celle-ci est composée de sons spécifiquement produits chaque fois qu’une modification est apportée sur un projet Wikimédia, ou qu’un nouveau compte y est créé. Ce dispositif ingénieux offre ainsi aux lecteurs qui le souhaitent une ambiance sonore particulièrement confortable, ainsi qu’une nouvelle expérience immersive au sein du mouvement Wikimédia.
'''Introduction : Wikimédia n’est pas Wikipédia'''
Depuis le succès initial de Wikipédia, une myriade de projets de partage des connaissances, d’organisations et de groupes de soutien ont émergé pour former ce qu’on appelle aujourd’hui le mouvement Wikimédia. Même si, à ce jour, l’encyclopédie libre reste l'activité phare du mouvement, il serait regrettable de réduire l’ensemble du mouvement à cet unique projet pédagogique. Malheureusement, il arrive bien trop souvent qu'une seule version linguistique de Wikipédia suffise pour cacher l’étendue de la forêt Wikimédia.
En réalité, Wikimédia représente un mouvement social, international et interculturel complexe, au sein duquel Wikipédia n’est qu’une composante parmi d’autres. Dans le cadre d'un mémoire de master, on peut ainsi fournir en quelques mois une ethnographie du projet Wikipédia en français. Alors que pour synthétiser les origines, l’organisation et les dynamiques globales du mouvement Wikimédia, une thèse de doctorat et cinq années de recul supplémentaires furent nécessaires.
À la fin de l'année 2025, l’ampleur numérique du mouvement est effectivement impressionnante. Chaque mois, des millions de modifications bénévoles sont effectuées sur plus de 500 millions de pages, réparties sur plus d’un millier de sites web, dont 358 seulement, correspondent aux versions linguistiques de Wikipédia. Ce qui prouve donc clairement que les activités en ligne portées par l'ensemble du mouvement Wikimédia dépassent largement ce qui se passe au sein de l’encyclopédie.
Il existe ainsi huit autres projets pédagogiques susceptibles d'atteindre un jour l'envergure et la notoriété de Wikipédia, avec un objectif et un fonctionnement spécifiques à chacun. De manière détaillée, Wikilivres crée des livres pédagogiques, Wikiversité rassemble des supports d'enseignement et des travaux de recherche, Wikinews fait du journalisme collaboratif, Wikivoyage développe un guide touristique, pendant que Wiktionnaire apporte des définitions des mots de toutes les langues et dans toutes les langues.
Contrairement à Wikipédia, tous ces projets ne sont pas soumis à une neutralité de point de vue, ni limités à l'usage de sources secondaires reconnues, au niveau de la rédaction des articles. La plupart d'entre eux acceptent aussi la publication de travaux de recherche ou de productions personnelles, alors que cela est tout à fait interdit dans Wikipédia.
Selon l'étymologie du mot encyclopédie, le but de Wikipédia est en effet de synthétiser ou, plus précisément, d'encercler le savoir humain déjà préexistant. Cette contrainte éditoriale limite donc les contributeurs et contributrices à l'usage de sources secondaires et tertiaires présentes dans des publications externes au projet. De ce fait, Wikipédia reproduit fatalement les biais systémiques, tels que les déséquilibres et les surreprésentations de genre et de culture, présents dans un monde de l'édition majoritairement occidental. Or, cette impasse éditoriale propre à Wikipédia n'existe pas dans les autres projets pédagogiques.
Comme ces projets frères, Wikipédia n'est pas non plus un projet complètement autonome des autres projets Wikimédia. L'encyclopédie compte en effet sur le projet Wikimedia Commons pour héberger l'ensemble de sa médiathèque. Elle utilise ensuite le contenu du projet Wikidata comme base de données structurée. Quant aux personnes qui produisent l'encyclopédie, elles peuvent aussi puiser leurs sources dans la bibliothèque Wikisource, ou se référer à des citations d'auteurs collectées dans le projet Wikiquote. Tout cela sans oublier que des dizaines de sites web traitent l'archivage permanent de Wikipédia et des autres projets Wikimédia, dans le but de fournir des analyses précieuses et totalement libres d’accès.
Enfin, il faut aussi garder à l'esprit qu'au-delà de tous ces sites web, le mouvement Wikimédia, c'est aussi de nombreuses institutions et organisations affiliées dispersées dans le monde. Autour de la Fondation Wikimédia chargée de la gestion et de l’organisation internationales, avec près de 650 salariés de nationalités diverses, se regroupent des centaines d'organisations satellites. Parmi celles-ci, on retrouve 2 associations thématiques, 40 associations locales, dont Wikimedia Deutschland qui regroupe plus de 170 employés, et finalement 141 groupes d’utilisateurs et utilisatrices.
Tout ce qui vient d'être exposé dans cette introduction justifie donc la nécessité de distinguer le mouvement Wikimédia du projet Wikipédia. Imaginons seulement que l’on se limite à citer Paris pour décrire et comprendre un pays aussi vaste que la France. Certes, Paris est une ville mondialement connue et qui compte plus de deux millions d’habitants et un patrimoine culturel impressionnant. Mais est-ce pour autant qu'il faudrait oublier les autres villes, villages et métropoles françaises ? Sans compter que la France regroupe aussi des départements et des territoires d’outre-mer et qu'elle entretient des relations et des partenariats internationaux qui dépassent de loin ce qui se passe entre Paris et le reste du monde. Ne pas confondre le mouvement Wikimédia avec le projet Wikipédia relève donc du bon sens.
En 2019 cependant, la Fondation Wikimédia a envisagé de se renommer en Fondation Wikipédia et de remplacer le terme « Wikimédia » par celui de « Wikipédia », partout où ce terme est utilisé dans la sphère hors ligne du mouvement. Le but était d’acquérir une plus grande visibilité et d’attirer des milliards de personnes, grâce au nom de marque Wikipédia, considéré comme l’un des plus connus au monde. Ce changement n’a toutefois pas été accepté par de nombreuses personnes actives au sein du mouvement Wikimédia. En janvier 2020, ces opposants ont ainsi créé une page d’appel à commentaires, qui fut le siège d’un long débat. À l’issue de ce dernier, 73 représentants d’organisations affiliées et 984 personnes ont signé une lettre ouverte adressée à la Fondation, qui comprenait le paragraphe suivant :
Depuis 20 ans, les bénévoles ont bâti la réputation de Wikipédia en tant que ressource indépendante et communautaire. Les projets du mouvement Wikimédia, dont Wikipédia, se développent autour de la décentralisation et du consensus. Il est essentiel d’établir des distinctions claires entre la Fondation Wikimédia, les affiliés et les contributeurs individuels. Tout changement qui affecte cet équilibre exige le consentement éclairé et la collaboration des communautés. Il est donc très préoccupant de voir « Wikipédia » présenté pour le nom de l’organisation et du mouvement malgré le mécontentement général de la communauté.
En s’opposant aux idées de la Fondation, ces membres de la communauté Wikimédia ont ainsi fait preuve de sagesse. De plus, ils ont signalé dans de nombreux commentaires que beaucoup de personnes connaissent le mouvement Wikimédia uniquement au travers de son encyclopédie. Il est même étonnant d'observer que la méconnaissance du mouvement existe au sein même de sa propre communauté. Comme exemple, on peut observer que l'article du projet Wikipédia en anglais consacré au mouvement Wikimédia ne s’est développé qu’à partir de 2016, tandis que ce même article dans la version francophone de l'encyclopédie n’est apparu qu’en 2019. Quant aux autres versions linguistiques, il est tout aussi étonnant de constater qu'en octobre 2025, seulement 39 d'entre elles sur un total de 358 possédaient un article dédié au mouvement Wikimédia.
Tous ces éléments justifient donc la nécessité d’offrir au monde une meilleure connaissance du mouvement Wikimédia et des nombreux projets et organisations qui contribuent à sa mission de partage du savoir. En ce sens, ce livre est une contribution importante aux défis stratégiques que doit relever le mouvement Wikimédia à l’approche de 2030. Car au-delà des résolutions prises pour développer de nouveaux processus participatifs et délibératifs concernant les questions de marque, c’est avant tout un travail d’information et de sensibilisation à destination du grand public qu'il reste à faire.
'''Première partie : La naissance du mouvement Wikimédia'''
Il existe dans l'espace web une multitude d’archives permettant de retracer les événements qui ont conduit à la naissance du mouvement Wikimédia. Cette « préhistoire » du mouvement peut notamment être explorée grâce au réseau d’éducation populaire Framasoft, dont le site est apparu environ un an avant la création de la version francophone de Wikipédia. On trouve sur cette plateforme une mine d’informations concernant les logiciels libres et la culture libre. Deux épisodes majeurs de l’histoire de l’informatique et d’Internet, malheureusement méconnus du grand public.
Grâce à Framasoft et bien d’autres associations, il est possible de découvrir l’organisation et les motivations des millions de personnes qui participent au mouvement du logiciel libre. On y apprend que ce mouvement politique et social a été initié en 1983 par Richard Stallman, un programmeur du Massachusetts Institute of Technology (MIT), qui a eu l’idée d’offrir à chacun une alternative à la marchandisation du secteur informatique.
Cette philosophie de libre partage, concrétisée par le projet de Stallman, permit l’essor d’une organisation et d’une éthique de travail originales, développées au sein d’une sous-culture en vogue dans le milieu informatique depuis les années 1950. Celle-ci fut documentée dans de nombreux ouvrages, dont « L’éthique hacker », un livre remarquable, dans lequel le philosophe finlandais, Pekka Himanen, analyse en détail les origines de la culture hacker. Un simple extrait de sa quatrième de couverture, repris ci-dessous, permet d’appréhender la manière de penser de ces informaticiens, rejoints par Richard Stallman durant ses études universitaires, avant d'en devenir l’une des figures les plus charismatiques.
On considérait jusqu’à présent le « hacker » comme un voyou d’Internet, responsable d’actes de piratage et de vols de numéros de cartes bancaires. Le philosophe Pekka Himanen voit au contraire les hackers comme des citoyens modèles de l’ère de l’information. Il les considère comme les véritables moteurs d’une profonde mutation sociale. Leur éthique, leur rapport au travail, au temps ou à l’argent, sont fondés sur la passion, le plaisir ou le partage. Cette éthique est radicalement opposée à l’éthique protestante, telle qu’elle est définie par Max Weber, du travail comme devoir, comme valeur en soi, une morale qui domine encore le monde aujourd’hui.
En introduisant cette première partie d'ouvrage de la sorte, nous pouvons déjà comprendre que le mouvement Wikimédia plonge ses racines dans une transition culturelle remplie d’utopie. Une utopie qui s’oppose notamment à ce que l’historien et anthropologue Karl Polanyi désignait, en 1944 déjà, comme un libéralisme économique qui « subordonne les objectifs humains à la logique d’un mécanisme de marché impersonnel ». Étape par étape et en commençant par analyser cette utopie spécifiquement au niveau du mouvement Wikimédia, voyons maintenant ce qui s'est passé tout au long de cette révolution culturelle numérique.
'''Chapitre 1 : L'utopie Wikimédia'''
Au fil du temps, Wikipédia fut perçu comme une utopie en marche, puis comme une utopie réalisée, et finalement comme la dernière utopie collective du Web. Mais qu'en est-il de l'ensemble du mouvement Wikimédia ? Pour nous aider à comprendre ce qui se passe dans la dimension numérique de ce mouvement, voici une métaphore qui décrit un quartier établi au sein d'une ville, imaginée au départ de l'espace web ». Dans cette ville imaginaire, Internet représenterait le réseau routier, pendant que des serveurs informatiques feraient office de bâtiments, et que les pages web qu'ils hébergent, constitueraient les différentes pièces de ces édifices.
Le quartier Wikimédia rassemblerait ainsi plus d’un millier de bâtiments. Au sein de ceux-ci et à l’exception de quelques lieux administratifs, chaque pièce peut être visitée gratuitement, mais aussi modifiée au niveau de son contenu. On peut ainsi y ajouter de nouvelles choses, telles que du texte, des photos, des vidéos ou des documents sonores, et même changer ou supprimer ce qui a été créé ou modifié par d’autres. Tout cela, bien sûr, dans le but de rendre ces endroits plus esthétiques, ou plus authentiques et en tenant compte des différentes idées et des éventuelles oppositions de point de vue concernant les aménagements. Pour faciliter l'entente entre les personnes qui s'investissent dans les modifications, chaque pièce des bâtiments Wikimédia possède un espace annexe dédié à la discussion.
Dans la plupart des bâtiments Wikimédia, une personne malintentionnée peut même faire disparaitre tout le contenu d'une pièce. Néanmoins, dans la seconde qui suit, un robot remettra tout en place, avant de transmettre un message concernant le traitement du vandalisme. Lorsqu'une action plus discrète n'est pas détectée par un robot, c'est alors quelqu'un qui surveille la pièce qui prendra le relais pour annuler les changements malveillants et contacter la personne responsable. En cas de multirécidive, celle-ci peut se voir privée de sa capacité de modifier les pièces, soit dans le bâtiment vandalisé, soit dans tout le quartier quand cela se justifie. Après discussion, cette sanction sera mise en application par un administrateur ou une administratrice bénévole, choisi ou choisie par l'ensemble des autres bénévoles qui prennent soin des bâtiments.
On comprend donc que tout le monde peut enrichir, mais également surveiller et protéger les richesses partagées dans le quartier Wikimédia. Il suffit pour cela de rejoindre le mouvement en se créant un compte. Cela permet de profiter de nombreux outils, dont notamment un système qui envoie des notifications, dès qu'une pièce que l'on veut surveiller est modifiée.
Pour créer ce compte, pas besoin de fournir une adresse ou un numéro de téléphone. Les seules informations personnelles indispensables au bon fonctionnement du quartier Wikimédia sont les adresses IP des visiteurs. Lors des visites et contrairement à ce qui se passe dans les quartiers commerciaux de la grande ville numérique, tels que les GAFAM, NATU, BATX, le quartier Wikimédia ne récolte et ne vend aucune donnée à des fins d'exploitation.
Même les adresses IP enregistrées par le système ne sont pas visibles par les autres visiteurs. Elles sont remplacées par les noms et les pseudonymes fournis lors de la création des comptes, ou masquées par des comptes temporaires pour les modifications faites par des personnes non connectées. Seules quelques personnes accréditées par la communauté pour effectuer des contrôles d’usurpation d’identité ont accès à ces informations. C’est là une précaution nécessaire au bon déroulement des votes qui succèdent parfois aux recherches de consensus concernant l'aménagement du quartier Wikimédia.
Dans cette ville numérique que constituerait l'espace web, Wikimédia apparait ainsi comme le plus grand quartier dédié au partage de la connaissance. Tout d'abord, il y a les plus de 350 bâtiments Wikipédia, chacun dédié à une version linguistique de l'encyclopédie. Puis, toujours séparés en versions linguistiques, on trouve ensuite les bibliothèques Wikilivres et Wikisource, les bâtiments lexicaux multilingues Wiktionnaire, le centre journalistique Wikinews, le centre pédagogique et de recherche Wikiversité, le centre d'informations touristique Wikivoyage, le répertoire des êtres vivants Wikispecies et enfin l'institut des citations d’auteurs Wikiquote. Cela sans oublier le musée médiatique Wikimedia Commons et la banque Wikidata, reconnue comme étant la plus grande banque d’informations structurées au monde. Deux bâtiments dont l'une des fonctions principales communes est d’enrichir les pièces situées dans les autres buildings du quartier Wikimédia.
Dans tous ces immeubles, il arrive souvent que plus de la moitié des étages soient uniquement attribués à l'organisation des activités qui s'y déroulent. Chaque bâtiment peut aussi compter sur le soutien d'autres édifices tels que MediaWiki, Wikitech, Phabricator, qui sont trois lieux entièrement dédiés aux maintenances techniques sur l'ensemble du quartier. Concernant les aspects administratifs, c'est dans le bâtiment Méta-Wiki que s'opère la gouvernance générale du quartier, alors que les courriers adressés à ce dernier sont traités en première ligne dans le bâtiment Wikimedia VRT. À la suite de quoi, il ne reste plus qu'à citer le bâtiment Wikimedia Outreach, pour des initiatives de sensibilisation, et le bâtiment du journal Diff Wikimedia, comme lieu de publication d'actualités sur le mouvement.
En dehors de certains aspects techniques, tous ces bâtiments sont exclusivement régis par des communautés bénévoles, qui sont toujours prêtes à accueillir de nouveaux membres. Les seuls immeubles du quartier qui diffèrent de ce principe sont les bâtiments vitrines de la Fondation Wikimédia et des autres associations Wikimédia qui engagent du personnel. Quant au bâtiment du conseil d'administration de la Fondation, des raisons officielles justifient le fait que la modification de ses pièces est réservée à ces membres et aux employés qui les soutiennent.
Face à tant d'utopies, il devient légitime de vouloir comprendre comment tout cela fut rendu possible. Or, pour répondre à cette question, il faut alors parcourir tout un pan de l'histoire de la révolution numérique, depuis la contre-culture des années 1960 jusqu'à nos jours. On y découvre que les pionniers du réseau Internet étaient des chercheurs et étudiants en informatique, fortement influencés par de nouvelles idéologies, telles que celles qui furent à la source des évènements de mai 68 en France. C'est donc de là que naîtra la philosophie de partage, de liberté, de décentralisation et ce mode d’organisation tout à fait spécifique, que l'on observe aujourd'hui au sein du mouvement Wikimédia.
Il y eut tout d'abord la création d'Internet, comme réseau mondial de communication en libre accès, puis le développement du World Wide Web, qui a grandement facilité les interactions humaines à l’échelle planétaire. Par la suite, ce fut l'arrivée du Web 2.0, caractérisé par l'apparition de nouveaux sites web directement modifiables à l'aide d’un simple navigateur. Or, parmi ceux-ci se trouvent les moteurs de Wiki, dont le plus puissant d’entre eux, MediaWiki, est un logiciel libre développé par la Fondation Wikimédia. Le moment est donc venu d'en savoir plus sur ce type de programme informatique, ainsi que sur le mouvement du logiciel libre, qui a fortement influencé la philosophie et les valeurs véhiculées au sein du mouvement Wikimédia.
'''Chapitre 2 : Le mouvement du logiciel libre'''
L’un des premiers épisodes de la préhistoire de Wikipédia et du mouvement Wikimédia débuta en septembre 1983, lorsqu’un programmeur du Massachusetts Institute of Technology, appelé Richard Stallman, déposa un message sur la liste de diffusion net.unix-wizards. C’était un appel d’aide pour la création de GNU, un nouveau système d’exploitation qui devait réunir une suite de programmes que tout le monde pourrait utiliser librement sur son ordinateur personnel. Dans son message transmis via ARPANET, le premier réseau informatique à grande échelle qui précéda Internet, Stallman s’exprimait de la sorte :
Je considère comme une règle d’or que si j’apprécie un programme, je dois le partager avec d’autres personnes qui l’apprécient. Je ne peux pas en bonne conscience signer un accord de non-divulgation ni un accord de licence de logiciel. Afin de pouvoir continuer à utiliser les ordinateurs sans violer mes principes, j’ai décidé de rassembler une quantité suffisante de logiciels libres, de manière à pouvoir m’en tirer sans aucun logiciel qui ne soit pas libre.
Le projet de Stallman, qui reçut le soutien nécessaire à son accomplissement, marqua ainsi le début de l’histoire du logiciel libre. Quant à la quantité d’aide fournie, elle permet de croire que Richard Stallman n’était pas seul à voir l’arrivée des logiciels propriétaires d’un mauvais œil. Car pour les membres du projet GNU et du mouvement du logiciel libre en général, un bon programme informatique doit respecter ces quatre libertés fondamentales :
1. La liberté d’exécuter le programme, pour tous les usages.
2. La liberté d’étudier le fonctionnement du programme, et de l’adapter à vos besoins.
3. La liberté de redistribuer des copies, donc d’aider votre voisin.
4. La liberté d’améliorer le programme, et de publier vos améliorations, pour en faire profiter toute la communauté.
Lors de l'apparition du logiciel libre, le marché de l’informatique était de fait en pleine mutation. L'habituel partage des codes informatiques entre les rares étudiants ou chercheurs qui bénéficiaient d’un accès à un ordinateur faisait l'objet d'une remise en question. Ce changement faisait notamment suite au Copyright Act de 1976, une nouvelle loi qui autorisait l'application d'un droit d'auteur sur le code informatique, et donc qui permettait d'en interdire le partage ou la réutilisation sans autorisation. Des clauses de confidentialité ont ainsi fait leur apparition, pendant que les employés des firmes informatiques étaient nouvellement soumis à des contrats de confidentialité. C'était la fin de l’entraide et de la solidarité pratiquées chez les pionniers de l’informatique. À sa place s'installaient la concurrence et la compétitivité, bien connues dans le système capitaliste marchand.
Cette mutation coïncidait avec l’arrivée des premiers ordinateurs de taille réduite. Grâce à l’apparition des premiers circuits intégrés, les premiers exemplaires avaient en effet été créés par l’industrie aérospatiale au début des années 1960. Cependant, il fallut attendre le début des années 1980 pour que le prix d’un ordinateur soit suffisamment bas pour en faire un bien de grande consommation.
C’est ainsi qu’en 1982, le Commodore 64 entrait dans le livre Guinness des records, avec plus de 17 millions d’exemplaires vendus dans le monde. Juste avant cela, en 1981, l’IBM Personal Computer avait déjà fait son apparition, en proposant une architecture ouverte qui allait servir de modèle pour toute une gamme d’ordinateurs que l’on désigne toujours aujourd’hui par l’acronyme « PC ».
Pour faire fonctionner ses nouveaux modèles d'ordinateurs, la société IBM avait confié à l’entreprise Microsoft, créée en 1975, la mission de les équiper d’un système d’exploitation. Le contrat signé entre les deux firmes fut une véritable aubaine pour le fournisseur des programmes informatiques. Car sans s'en apercevoir, et sans jamais anticiper que son matériel serait cloné à grande échelle, celle-ci avait en effet permis à Microsoft d'établir un monopole dans la vente de logiciels. Cela fut condamné pour abus de position dominante et vente liée du logiciel avec le matériel informatique, mais sans pour autant empêcher Bill Gates, le principal actionnaire de Microsoft, d'être l'homme le plus riche du monde en 1994.
Toutefois, pendant que Microsoft renforçait sa position dominante, un nouvel événement majeur allait marquer l’histoire du logiciel libre. Celui-ci fut de nouveau déclenché par un appel à contribution, qui fut cette fois posté le vingt-cinq août 1991 par un jeune étudiant en informatique de 21 ans, appelé Linus Torvalds. Via le système de messagerie Usenet, sa demande avait été postée dans une liste de diffusion consacrée au système d’exploitation Minix, une sorte d’UNIX simplifié et développé dans un but didactique, par le programmeur Andrew Tanenbaum.
Loin d’imaginer que cela ferait de lui une nouvelle célébrité dans le monde du Libre, Torvalds entama son message par le paragraphe suivant :
Je fais un système d’exploitation (gratuit) (juste un hobby, ne sera pas grand et professionnel comme gnu) pour les clones 386 (486) AT. Ce projet est en cours depuis avril et commence à se préparer. J’aimerais avoir un retour sur ce que les gens aiment ou n’aiment pas dans minix, car mon système d’exploitation lui ressemble un peu (même disposition physique du système de fichiers (pour des raisons pratiques) entre autres choses).
Bien qu’il fût présenté comme un passe-temps, le projet qui répondait au nom de « Linux », fut rapidement soutenu par des milliers de programmeurs du monde entier, avant de devenir la pièce manquante du projet GNU. En effet, les contributeurs au projet de Stallman n’avaient pas encore terminé l’écriture du code informatique du noyau Hurd, alors qu'il était censé établir la communication entre la suite logicielle produite par GNU et le matériel informatique. C'est donc la fusion des codes produits par les projets GNU et Linux qui permit la création du premier système complet, stable et entièrement libre baptisé GNU/Linux.
Au départ de ce nouveau système informatique, de nombreuses variantes, que l’on nomme communément « distributions », furent créées par des programmeurs de tous horizons. L’une de celles-ci s’intitule Debian et tire sa réputation d'être simultanément libre, gratuite, très fiable et produite par une communauté sans lien direct avec une société commerciale. Quatre qualités qui expliquent pourquoi, Debian sert de base à plus de 150 distributions dérivées, et que de nombreuses organisations l'utilisent, comme le fait la Fondation Wikimédia sur les serveurs qui hébergent les projets qu'elle supporte.
Grâce à la naissance des logiciels libres, le mouvement Wikimédia a donc la possibilité de faire tourner ses serveurs informatiques, avec un système d’exploitation fiable, libre et gratuit. Comme son code source est ouvert, cela permet aussi à la Fondation Wikimédia de le modifier pour répondre aux besoins spécifiques du mouvement. À la suite de quoi, et selon les règles formulées par la communauté du logiciel libre, les modifications faites par la Fondation deviennent à leur tour, gratuitement et librement, utilisables par d’autres personnes ou organismes.
À ce premier héritage reçu par le mouvement Wikimédia et toujours en provenance des logiciels libres, s’ajoute une innovation méthodologique. Dans son article La Cathédrale et le Bazar, Eric Raymond mobilise en effet le terme « cathédrale » pour désigner le mode de production des logiciels propriétaires, en opposition au mot « bazar », qu'il utilise pour qualifier le mode de développement des logiciels libres. D’un côté, il décrit une organisation pyramidale, rigide et statutairement hiérarchisée, comme on peut la voir souvent au sein des entreprises. Tandis que de l’autre, il parle d’une organisation horizontale, flexible et peu hiérarchisée, qu’il a lui-même expérimentée en adoptant le style de développement de Linus Torvalds, à savoir : « distribuez vite et souvent, déléguez tout ce que vous pouvez déléguer, soyez ouvert jusqu’à la promiscuité ».
À l’instar de la métaphore du quartier numérique présentée dans le précédent chapitre, cette manière de décrire les projets open source nous aide donc ici à mieux comprendre ce qui se passe dans le mouvement Wikimédia. D'un côté, on retrouve effectivement cette « ouverture jusqu’à la promiscuité », dans le libre accès accordé aux projets Wikimédia, alors que de l'autre, tout le monde peut participer aux projets Wikimédia, qu'ils soient en ligne ou hors ligne.
Ces deux observations corroborent donc l’existence d’un deuxième héritage en provenance du mouvement du logiciel libre. Néanmoins, il nous reste encore à découvrir un phénomène négligé par Eric Raymond durant ses observations, et qui pourtant, a considérablement influencé l'histoire de la révolution numérique. Il s’agit de l’apparition de la licence libre, de la philosophie qu'elle sous-tend, et du mouvement de la culture libre, dont elle fut à l’origine.
'''Chapitre 3 : Les licences et la culture libres'''
Dans une biographie autorisée, Christophe Masutti explique à quel point la création de la Licence publique générale GNU, en tant que première licence libre créée par Richard Stallman, représente un épisode majeur de la révolution numérique. Selon lui :
La GPL apparaît comme l’un des meilleurs hacks de Stallman. Elle a créé un système de propriété collective à l’intérieur même des habituels murs du copyright. Surtout, elle a mis en lumière la possibilité de traiter de façon similaire « code » juridique et code logiciel.
Le concept de distribution associé à ce nouveau type de licence fut baptisé « copyleft », par inspiration d’un jeu de mots que Richard Stallman avait trouvé dans un courrier transmis par son collègue Don Hopkins. Le principe novateur de ce concept est d'obliger toute production de code dérivé à se soumettre à la même licence libre que le code d’origine. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle beaucoup de gens parlent de licence « virale » ou « récursive » en faisant référence à celle-ci. Quant à l'importance de cette clause, elle repose sur le fait d'interdire toute privatisation d'un code informatique produit sous licence libre. Sans celle-ci, un tel code risque en effet d'être récupéré, puis modifié, avant d’être placé sous un habituel copyright de type « tous droits réservés », dans le but de commercialiser son usage.
En 2001 et dans la mouvance provoquée par l'arrivée des premières licences libres, une organisation internationale sans but lucratif, intitulée Creative Commons, a entamé la promotion du « partage et la réutilisation de la créativité et des connaissances grâce à la fourniture d’outils juridiques gratuits ». Pour ce faire, elle met régulièrement à jour une panoplie de licences inspirées par la GNU, mais spécialement adaptées aux œuvres de l'esprit, telles que les productions littéraires, musicales, photographiques et vidéo, ainsi que les bases de données.
Contrairement aux licences libres fournies par la Free Software Foundation, conçues pour protéger du code informatique, les licences produites par Creative Commons offrent la possibilité de sélectionner différentes clauses pour protéger une œuvre libre. Avec le label CC, pour Creative Commons, on peut ainsi appliquer, ou ne pas appliquer, la clause « BY », qui oblige à créditer l'auteur, et la clause « SA », pour Share Alike, qui ordonne le partage à l’identique comme décrit précédemment. Après quoi il est encore possible d'ajouter la clause « NC », qui impose un usage non commercial, et finalement, la clause « ND », pour Non Derivative, qui exige que l’œuvre soit utilisée ou reproduite dans son intégralité et sans modification.
Le mouvement Wikimédia a choisi la licence CC.BY-SA pour protéger les contenus publiés dans tous ses projets. Cela à l'exception de la banque de données Wikidata, qui au même titre que les descriptions apportées aux fichiers téléchargés dans la médiathèque Wikimedia Commons, publie ses informations structurées sous licence CC0. Cette dernière licence proposée par creative commons est ce qui se rapproche le plus du domaine public, avec pour avantage de ne pas devoir mentionner les auteurs dans le traitement et la réutilisation du contenu de la base de données.
Cependant, il en résulte que les informations en question peuvent être réutilisées par des tiers qui ne sont plus obligés de citer leurs sources, comme le font les agents conversationnels des intelligences artificielles génératives, appelés couramment chatbots. Contrairement à la licence CC.BY-SA, la licence CC0 est donc moins apte à pérenniser les projets Wikimédia, puisqu'elle permet d'invisibiliser ces derniers au risque de réduire les chances d'arrivée de nouveaux contributeurs et contributrices. De plus, sans la clause SA qui assure l'application du copyleft, toutes les informations récupérées au sein de Wikidata et de Wikimedia Commons sont aussi susceptibles de quitter le monde du libre, une fois traitées par des entreprises commerciales.
Quoi qu’il en soit, les licences Creative Commons, inspirées par la licence libre de Richard Stallman, apparaissent finalement comme un troisième héritage en provenance du mouvement du logiciel libre et de la culture libre qui en est issue. Grâce à la licence CC.BY-SA, les éditeurs des projets Wikimédia bénéficient effectivement d'une certaine reconnaissance, tout en étant assurés qu'aucun copyright sur leurs travaux ne puisse profiter exclusivement à une personne ou une compagnie. Cela pendant que la licence libre appliquée au système d'exploitation installé sur les serveurs Wikimédia garantit, pour sa part, un certain respect des contributeurs, puisqu'elle permet de vérifier si le code informatique ne compromet pas leurs vies privées.
Avec tous les autres apports en provenance du logiciel libre, ce sont là deux choses importantes qui ont permis l'apparition du mouvement Wikimédia. Toutefois, cela ne pouvait pas suffire à la création du projet Wikipédia qui en fut le point de départ. Car sans l'espace numérique, mondial et libre d’accès, créé par Internet et l'espace web, aucune encyclopédie collaborative de cette envergure n'aurait pu voir le jour.
'''Chapitre 4 : Le réseau Internet'''
L’histoire du réseau Internet constitue un nouvel épisode captivant de la révolution numérique, sans lequel le mouvement Wikimédia n’aurait jamais pu émerger. D’un point de vue purement technique, ce réseau informatique a été mis au point dans les années 1970, avant l’adoption généralisée du protocole TCP/IP, toujours en usage à ce jour. Ce dernier fut inventé par Vint Cerf et Robert Elliot Kahn, quand ils travaillaient pour la Defense Advanced Research Projects Agency, rattachée au département de la Défense américaine. L'une des premières présentations de leur projet fut, entre autres, réalisée lors d’une conférence organisée par l’International Network Working Group, une instance créée pour assurer la gouvernance mondiale du réseau informatique.
Sur base de ces informations, on peut penser qu’Internet a été créé par des militaires. Cependant, Une contre-histoire de l’Internet, nous révèle que les créateurs et les premiers utilisateurs d’ARPANET, considéré comme l’ancêtre d’Internet, étaient davantage des étudiants hippies et amateurs de LSD, que des militaires bien drillés. D’ailleurs, avant la standardisation du protocole TCP/IP, ARPANET fonctionnait depuis plus d’un an avec un autre protocole de transition intitulé Network Control Program. Or, celui-ci avait été mis au point, en février 1969, par le Network Working Group, un groupe informel d’étudiants rassemblés autour de Steve Crocker, lorsqu’il ne détenait encore qu’une simple licence.
Bien que rarement cité dans l’histoire d’Internet, ce groupe a pourtant mis en place la procédure RFC, pour Request For Comments, reconnue comme « l’un des symboles forts de la "culture technique" de l’Internet, marquée par l’égalitarisme, l’autogestion et la recherche collective de l’efficience ». Soit trois principes et une procédure, qui aujourd’hui encore sont appliqués sur le site Méta-Wiki, dans lequel s'organise la gestion communautaire du mouvement Wikimédia. Cela alors qu'au sein des projets pédagogiques, d’autres processus similaires de recherche de consensus ont fait leur apparition.
Il faut ensuite savoir que les liens entre ARPANET et l’armée ont disparu avec l’apparition du MILNET, un réseau entièrement dédié aux activités militaires, rebaptisé NIPRNet, pour Non-classified Internet Protocol Router Network, en 1990. Après une séparation définitive en 1983, précisément l’année où Richard Stallman postait sa demande d’aide pour le projet GNU, le réseau ARPANET resta uniquement dédié à la recherche et au développement. À cette époque, le réseau ne comprenait pas plus de 600 machines connectées, ce qui n'a donc rien de comparable avec ce vaste réseau informatique mondial que nous connaissons aujourd’hui, et qui fut fortement développé au cours des années 1990.
Pour en assurer l’entretien technique, une organisation non gouvernementale, a été créée en 1992, sous l'appellation d’Internet Society. Celle-ci devait aussi veiller au respect des valeurs fondamentales liées au bon fonctionnement du réseau. Car avant d'atteindre des milliards d’appareils connectés, il a d’abord fallu réglementer les nombreuses dorsales internet intercontinentales, sans lesquelles la transmission du protocole TCP/IP partout dans le monde n'aurait pas été possible.
Pour en revenir à l’état d’esprit des créateurs d'Internet, un article intitulé Quarante ans après : mais qui donc créa l’internet ? apporte un éclairage particulièrement intéressant au sujet des liens que l'on peut établir entre le mouvement Wikimédia et l'histoire d'Internet. Dans son témoignage, Michel Elie, cet ingénieur en informatique, membre du Network Working Group cité précédemment, et responsable de l’Observatoire des Usages de l’Internet, nous explique effectivement ceci.
Le succès de l’internet, nous le devons aux bons choix initiaux et à la dynamique qui en est résultée : la collaboration de dizaines de milliers d’étudiants, ou de bénévoles apportant leur expertise, tels par exemple ces centaines de personnes qui enrichissent continuellement des encyclopédies en ligne telles que Wikipédia.
Au courant des années 1990, le milieu informatique universitaire semblait donc toujours fortement imprégné des idéaux de la contre-culture des années 1960, produit par les baby boomers dans le contexte de la guerre du Vietnam. Afin d'illustrer les idées véhiculées à cette époque, voici un paragraphe extrait d'un ouvrage publié en 1970 et intitulé Vers une contre-culture : Réflexions sur la société technocratique et l’opposition de la jeunesse. Dans celui-ci, Théodore Roszak explique que :
Le projet essentiel de notre contre-culture : proclamer un nouveau ciel et une nouvelle terre, si vastes, si merveilleux que les prétentions démesurées de la technique soient réduites à n’occuper dans la vie humaine qu’une place inférieure et marginale. Créer et répandre une telle conception de la vie n’implique rien de moins que l’acceptation de nous ouvrir à l’imagination visionnaire. Nous devons être prêts à soutenir ce qu’affirment des personnes telles que Blake, à savoir que certains yeux ne voient pas le monde comme le voient le regard banal ou l’œil scientifique, mais le voient transformé, dans une lumière éclatante et, ce faisant, le voient tel qu’il est vraiment.
À la suite de cette lecture, il peut sembler paradoxal de penser qu’une contre-culture, voyant la technique comme « inférieure » et assimilant la science au « banal », puisse avoir un lien avec le milieu scientifique universitaire qui fut à l'origine d'Internet. Cependant, une réponse à cette énigme fut apportée par Fred Turner, par la publication de son livre intitulé : « Aux sources de l’utopie numérique : De la contre-culture à la cyberculture, Stewart Brand, un homme d’influence ».
Grâce à cet ouvrage, on découvre en effet que le mouvement Hippie utilisera tout ce qui était à sa disposition à l’époque pour parvenir à ses fins : LSD, spiritualités alternatives, mais également, objets technologiques les plus en pointe. Cela grâce notamment à l’influence de Steward Brand, le créateur d'un catalogue interactif, qui peut être considéré comme l'ancêtre analogique des groupes de discussions numériques apparus des années plus tard.
Comme autre indication, il y a ensuite les propos tenus en 1992, lors d’une plénière de la 24ᵉ réunion du groupe de travail sur l’ingénierie Internet, par David D. Clark, un autre pionnier d’Internet. Durant cette rencontre, ce chef de projet prononça des paroles restées dans les annales. « Nous récusons rois, présidents et votes. Nous croyons au consensus et aux programmes qui tournent ». Deux phrases seulement, mais qui, dans le cadre du milieu informatique, permettent de croire que le mépris de la contre-culture envers la technique et la science, s'est transformé en un refus d’autorité et une recherche de consensus.
Dans tous les cas, le développement du réseau Internet ne s'est pas fait sans conflits idéologiques importants. On peut d'ailleurs se demander aujourd'hui à quoi ressemblerait Internet s'il n'avait jamais été commercialisé. Cela s'est passé en novembre 1994, lorsque l’association sans but lucratif Advanced Network and Services, chargée de gérer les accès à Internet, a fait le choix de vendre ses activités. Cette décision faisait suite à un appel à des fonds privés pour financer d'importants changements dans l'infrastructure du réseau. Profitant de l'occasion, la société commerciale America Online a ainsi repris à son compte la gestion des connexions à Internet, après avoir effectué un versement de 35 millions de dollars.
Trente ans plus tard, Internet est devenu ce réseau que nous expérimentons aujourd'hui, à savoir : un réseau dominé par des sociétés privées les plus riches au monde. Dans ce contexte et parmi les 100 sites web les plus visités au monde, seul le nom de domaine Wikipédia appartient à une organisation non lucrative. Cela explique donc pourquoi le mouvement Wikimédia, via son encyclopédie et la fondation qui l'héberge, représente à ce jour, et dans l'espace web, l'expression la plus visible de la philosophie des pionniers d’Internet.
Plus qu'un héritage, cette situation peut être vue comme une mission perpétuée au sein d'un espace envahi par une culture marchande et capitaliste. C'est là une information importante qu'il faut retenir au sujet du mouvement Wikimédia. Elle ne clôture pas pour autant tout ce qu'il faut savoir au sujet des évènements qui ont permis la création d’une encyclopédie mondiale, libre et collaborative. Mais en revanche, elle nous invite à découvrir l'histoire du World Wide Web, un espace numérique sans lequel la création de Wikipédia n'aurait jamais été possible.
'''Chapitre 5 : Le World Wide Web'''
Maintenant que le lien entre la création d'Internet et le mouvement Wikimédia est établi, découvrons à présent l'application la plus connue du réseau, que l'on nomme le World Wide Web, ou plus simplement « Web ». C'est Tim Berners-Lee qui en fut l’inventeur, lorsqu’il était encore actif à l'Organisation européenne pour la recherche nucléaire. Il avait pour idée de créer un espace d’échange public par l’intermédiaire d'Internet, et pour y parvenir, il mit au point le logiciel « WorldWideWeb », rebaptisé Nexus pour éviter toute confusion avec le World Wide Web.
Grâce à un système d’indexation appelé hypertexte, ce programme informatique a permis de produire et de connecter des espaces numériques intitulés sites Web. Ceux-ci sont composés de pages web, hébergées sur des ordinateurs distants, mais connectés entre eux au travers du réseau Internet. Pour permettre ce type de connexion, Berners-Lee mit au point le Hypertext Transfer Protocol ou HTTP, un nouveau protocole de communication simple en soi, mais dont la mise en œuvre technique est compliquée.
Pour veiller au bon fonctionnement et au bon usage de l'espace web, des règles de standardisation ont tout d'abord été édictées par l’association Internet Society. Après quoi, Berners-Lee fonda le W3C, un consortium international dont la devise est : « un seul Web partout et pour tous ». Si ce slogan nous apparaît très naturel aujourd’hui, il faut toutefois savoir que l'espace Web a bien failli être régi séparément par des acteurs commerciaux, avec tous les droits d'accès que cela aurait pu engendrer.
À partir du trente avril 1993, jour du dépôt du logiciel WorldWideWeb dans le domaine public par Robert Cailliau, un collègue de Berners-Lee chargé de la promotion de son projet, un tel scénario était en effet possible. Sauf qu'après le départ de Berners-Lee, devenu président du W3C, François Flückiger, qui avait repris son poste au sein du CERN, eut la présence d'esprit de réagir à temps. Selon le livre Alexandria qui parcourt l'histoire de Robert Caillau, voici ce qui aurait pu se passer si le code de l’éditeur HTML n'avait finalement pas été placé sous licence libre.
La philanthropie de Robert, c’est très sympa, mais ça expose le Web à d’horribles dangers. Une entreprise pourrait s’emparer du code source, corriger un minuscule bug, s’approprier le « nouveau » logiciel et enfin faire payer une licence à ses utilisateurs. L’ogre Microsoft, par exemple, serait du genre à flairer le bon plan pour écraser son ennemi Macintosh. Les détenteurs d’un PC devraient alors débourser un certain montant pour profiter des fonctionnalités du Web copyrighté Microsoft. Les détenteurs d’un Macintosh, eux, navigueraient sur un Web de plus en plus éloigné de celui vendu par Bill Gates, d’abord gratuit peut-être, avant d’être soumis lui aussi à une licence.
Face à un tel scénario, nous découvrons de nouveau à quel point le concept de licence libre a fondamentalement changé le cours de la révolution numérique. Sans cela, nos expériences et nos usages de l'espace numérique auraient été totalement différents. L'utopie Wikipédia, par exemple, n'aurait certainement pas vu le jour, en raison de l'éclatement des espaces numériques et des coûts d'accès auxquels seraient confrontés les bénévoles qui ont construit le projet. Quoi qu'il en soit, et au niveau technique, une fois l'espace web apparu, il ne manquait plus qu'une chose pour permettre la création d'une encyclopédie collaborative au format numérique.
'''Chapitre 6 : Les plateformes Wiki'''
Un wiki, ou un moteur de wiki, est un logiciel que l'on installe sur un serveur informatique pour permettre la création d’un site web éditable et configurable à l’aide d’un simple navigateur. Plus précisément, c’est un système de gestion de contenu, dans lequel le code HTML, CSS, JavaScript et Lua, ainsi que certains paramètres, peuvent être modifiés par tous les internautes. Cela peut se faire en se connectant à un compte utilisateur, afin de bénéficier des droits de modification et d’administration qui lui sont accordés, ou en utilisant la configuration attribuée par défaut aux personnes non connectées.
Sur les pages web d'un wiki, chaque modification provoque un nouvel enregistrement complet du code source qui la compose. De la sorte, il est toujours possible, à partir d’une page reprenant l’historique des modifications, de rétablir l'une de ses anciennes versions. Grâce à ce système, on peut ainsi savoir quelle personne, ou quelle adresse IP est à l’origine d’un changement, et même voir l’endroit où la modification a été faite, et à quel moment celle-ci a été réalisée.
Le premier logiciel Wiki, qui portait le nom de WikiWikiWeb, a été créé et placé sous licence libre GPL par Ward Cunningham en mars 1995. Grâce à la licence, d’autres programmes wiki ont vu le jour en copiant ou s’inspirant du code source de WikiWikiWeb, ou des autres projets wiki qui l'avaient fait auparavant. Cette émulation récursive, qui donna naissance à toute une panoplie de projets wiki, est donc à nouveau une belle illustration des retombées positives que peut susciter l'application d'une licence libre.
Parmi les différents logiciels Wiki disponibles, UseModWiki fut choisi par la société Bomis qui finança la création du premier projet Wikipédia en anglais. C'était un choix judicieux, car l’éclatement de la bulle spéculative d’Internet, à la fin des années 2000, confrontait l'entreprise à de grosses difficultés financières. Un programme gratuit, simple d’utilisation et peu gourmand en ressources informatiques, convenait donc parfaitement dans ce cadre. UseModWiki fut par après remplacé par un autre moteur de Wiki sans nom, mais plus performant et toujours produit sous licence libre. Ce dernier fut ensuite amélioré par plusieurs programmeurs, dont Brion Vibber, le premier employé de la Fondation Wikimédia, avant d’être finalement intitulé MediaWiki.
Avec l’aide de nouveaux employés et des bénévoles actifs sur le site mediawiki.org, ce système de gestion de contenu finit par apparaitre en tête du classement des wikis les plus utilisés. Grâce à la licence libre, des milliers d'autres personnes et projets ont pu en effet développer des sites Web, sans nécessairement faire partie du mouvement Wikimédia. Ce succès a par ailleurs justifié l'organisation de rassemblements annuels entre 2016 et 2020, entre personnes et organisations qui utilisent le programme, pour discuter de son développement et de ses usages.
Ceci étant dit, il existe dans la liste des Wikis d’autres logiciels libres intéressants, tels que DokuWiki, rendu populaire par sa simplicité d’installation et d’usage. Jusqu’à ce jour cependant, seul MediaWiki semble suffisamment stable et puissant pour permettre le développement optimal de l’ensemble des projets Wikimédia. Avec parmi ceux-ci, bien sûr, Wikipédia, l'encyclopédie libre et universelle, dont nous allons enfin découvrir la mise en place dans ce prochain chapitre.
'''Chapitre 7 : L’encyclopédie libre et universelle'''
Dans les chapitres précédents, nous avons découvert toutes les innovations techniques et culturelles sans lesquelles Wikipédia n’aurait jamais pu devenir la plus grande encyclopédie libre et universelle connue au monde. Son objectif est de synthétiser la totalité du savoir humain. Ce qui n’est autre, finalement, qu’un vieux rêve de notre humanité. Trois cents ans avant Jésus-Christ et durant la création de la bibliothèque d’Alexandrie, ce désir était aussi celui de Ptolémée Iᵉʳ. C'était deux siècles avant que Denis Diderot publie, avec Jean Le Rond d'Alembert et Louis de Jaucourt en 1751, la première édition de l’Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers. Quant à Paul Otlet, qui a créé avec Henri La Fontaine la classification décimale universelle en usage depuis 1905, il s’était mis en tête de répertorier l’ensemble du savoir humain au sein d'un seul édifice.
Peu connu à ce jour, ce documentaliste belge rêvait pourtant de cataloguer le monde et de rassembler toutes les connaissances humaines, sous la forme d’un gigantesque répertoire bibliographique universel, situé à l'intérieur d'un Mundaneum. En 1934, dans le Traité de documentation écrit par celui qui voulait « classer le monde », Otlet décrit, de manière particulièrement visionnaire, un possible partage du savoir et de l’information.
Ici, la Table de Travail n’est plus chargée d’aucun livre. À leur place se dresse un écran et à portée un téléphone. Là-bas, au loin, dans un édifice immense, sont tous les livres et tous les renseignements, avec tout l’espace que requiert leur enregistrement et leur manutention…
De là, on fait apparaître sur l’écran la page à lire pour connaître la question posée par téléphone avec ou sans fil. Un écran serait double, quadruple ou décuple s’il s’agissait de multiplier les textes et les documents à confronter simultanément ; il y aurait un haut-parleur si la vue devrait être aidée par une audition. Une telle hypothèse, un Wells certes l’aimerait. Utopie aujourd’hui parce qu’elle n’existe encore nulle part, mais elle pourrait devenir la réalité de demain pourvu que se perfectionnent encore nos méthodes et notre instrumentation.
À peu de choses près, cette utopie décrite en 1934 par Otlet correspond à l'usage que l'on fait du réseau Internet et de son espace web, lorsqu'on recherche de l'information aujourd'hui. Premièrement, allumer un système informatique, avec ou sans fil, muni d'un écran ; ensuite, poser une question dans un moteur de recherche ; puis, comme cela arrive très souvent, être redirigé vers l'une des versions linguistiques de Wikipédia.
Ce scénario, dans lequel les moteurs de recherche jouent un rôle central, explique la popularité de l'encyclopédie libre. D'autres projets similaires étaient pourtant apparus sur le Web avant l'arrivée de Wikipédia. Environ trois ans avant sa création, Aaron Swartz, un activiste de la culture libre qui avait juste douze ans à l'époque, avait par exemple lancé une sorte de site encyclopédique produit et régi par ses usagers. Appelé The Info Network, ce site web avait d'ailleurs permis à son auteur de recevoir l'ArsDigita Prize, un prix décerné aux jeunes créateurs de projets « utiles, éducatifs, collaboratifs et non commerciaux ».
Il faut savoir ensuite que l'expression « encyclopédie libre et universelle » fut oubliée pour la première fois durant l'année 2000 par Richard Stallman, soit l'année qui précéda celle de la naissance de Wikipédia. C'était dans un essai intitulé The Free Universal Encyclopedia and Learning Resource, qui, selon son auteur, avait été rédigé deux ans avant sa publication sur la liste de diffusion du projet GNU. Repris ci-dessous, un extrait de ce texte, présente les particularités du projet.
Le World Wide Web a le potentiel de devenir une encyclopédie universelle couvrant tous les domaines de la connaissance et une bibliothèque complète de cours d’enseignement. Ce résultat pourrait être atteint sans effort particulier, si personne n’intervient. Mais les entreprises se mobilisent aujourd’hui pour orienter l’avenir vers une voie différente, dans laquelle elles contrôlent et limitent l’accès au matériel pédagogique, afin de soutirer de l’argent aux personnes qui veulent apprendre.
Nous ne pouvons pas empêcher les entreprises de restreindre l’information qu’elles mettent à disposition ; ce que nous pouvons faire, c’est proposer une alternative. Nous devons lancer un mouvement pour développer une encyclopédie libre universelle, tout comme le mouvement des logiciels libres nous a donné le système d’exploitation libre GNU/Linux. L’encyclopédie libre fournira une alternative aux encyclopédies restreintes que les entreprises de médias rédigeront.
En parlant d'un « mouvement pour développer une encyclopédie libre universelle », Stallman anticipait donc, sans le savoir, l'arrivée du mouvement Wikimédia, qui ne se concrétisa que bien des années plus tard. Quant à la soixantaine de paragraphes qui décrivent son projet, on y retrouve, dans une forme presque identique, les cinq principes fondateurs qui ont guidé la création de Wikipédia et qui sont toujours actifs à ce jour.
Le premier consiste bien sûr à créer une encyclopédie ; le deuxième réclame une neutralité de point de vue, chose que Stallman expliquait déjà en écrivant qu’« en cas de controverse, plusieurs points de vue seront représentés » ; le troisième implique le respect des droits d’auteur et l’adoption d'une licence libre, celle précisément dont Stallman avait été l'initiateur ; le quatrième inscrit le projet dans une démarche collaborative, alors que Stallman précisait déjà que « tout le monde est le bienvenu pour écrire des articles » ; et le cinquième enfin, stipule qu’il n’y a pas d’autres règles fixes, une position très courante dans le milieu des hackers dont Stallman faisait partie.
Il apparaît donc clairement que le projet Wikipédia n'était pas une idée originale en soi, mais plutôt une opportunité saisie par la société Bomis pour enrichir sa propre encyclopédie commerciale, Nupedia. Cette dernière avait été lancée en avril 2000, soit environ dix mois avant Wikipédia, et sa rédaction était assurée par des experts engagés au sein d’un processus éditorial strict et formel. Malheureusement pour la firme Bomis, le nombre d’articles ne progressait que très lentement.
Dans le but d'accélérer le processus, Larry Sanger, un docteur en philosophie employé par Bomis pour assurer le rôle de rédacteur en chef de Nupedia, eut l'idée d'installer un logiciel wiki sur les serveurs de son entreprise. L'objectif était d'ouvrir un site web participatif, dans lequel des volontaires pourraient créer des articles encyclopédiques, pour qu'ils soient ensuite intégrés dans le projet commercial. Malgré le manque d’enthousiasme de son employeur Jimmy Wales, Sanger mit ses idées en application, et c'est donc ainsi que débuta l’histoire de Wikipédia, avec sa toute première version en anglais.
C’était le 15 janvier 2001, précisément le même mois où Richard Stallman mit en ligne son propre projet d’encyclopédie libre et universelle, qu'il souhaitait intituler GNUPedia. Étonnamment, les noms de domaine gnupedia .com .net et .org avaient déjà été enregistrés au nom de Jimmy Wales, ce qui obligea Stallman à rebaptiser son projet GNE. Ce fait est d'autant plus surprenant que Wales affirma des années plus tard : « n’avoir eu aucune connaissance directe de l’essai de Stallman lorsqu’il s’est lancé dans son projet d’encyclopédie ».
Le site GNE ne ressemblait cependant pas vraiment à une encyclopédie, mais plutôt à un blog collectif ou une base de connaissance, tandis que sa page d’accueil précisait clairement qu’il s’agissait d’une bibliothèque d’opinion. Quant à sa modération, elle avait demandé d'engager un employé, car elle s'est avérée bien plus compliquée que prévu. À côté de cela, et probablement grâce aux spécificités de l’environnement wiki et aux soutiens apportés par Jimmy Wales et Larry Sanger, Wikipédia réussit à mettre en place une organisation efficace au sein d'une communauté d'éditeurs grandissante.
Peut-être en raison de la concurrence libre faite par le projet GNE, Jimmy Wales décida d'abandonner le copyright que Bomis détenait sur son encyclopédie commerciale Nupedia, pour le remplacer par une licence Nupedia Open Content. Peu de temps après, il décida finalement d'adopter la licence de documentation libre GNU conçue pour protéger les textes de documentation des logiciels libres. Ce dernier choix fut une stratégie payante, puisque cela incita Richard Stallman à transférer tout le contenu de son projet GNE vers Nupedia, et à encourager tout le monde à contribuer sur Wikipédia.
Parmi les autres actions de Jimmy Wales qui ont contribué au succès de Wikipédia, il y eut cette idée d'ouvrir le projet aux « gens ordinaires ». C’était un choix qui s’opposait aux idéaux de Larry Sanger, qui de loin préférait le modèle de Nupedia avec son système de relecture par des experts. Cependant, Jimmy Wales, en tant qu'homme d’affaires, visait une croissance plus rapide du contenu de l'encyclopédie.
Cette croissance ne s'est toutefois pas faite sans difficulté. Le 26 février 2002, en effet, l'Enciclopedia Libre Universal en Español, un projet dissident du projet Wikipédia, fit son apparition. C'était une réaction à de la censure, à l'existence d'une ligne éditoriale et à la possibilité de voir apparaitre des publicités dans Wikipédia. En raison des remises en question que cette séparation suscitait parmi les bénévoles actifs dans les projets, Jimmy Wales renonça finalement à l'usage de la publicité et mit de côté ses visions en matière de profit.
Il faut aussi tenir compte du fait que cet évènement est survenu lors de l'éclatement de la bulle spéculative Internet et du krach boursier de 2001-2002. Une conjoncture qui plaçait la société Bomis dans des difficultés financières, et surtout, dans l'incapacité de payer le salaire de Larry Sanger, son seul employé. En mars 2002 et après un mois d’activité bénévole, l’ex-employé décida alors de quitter les fonctions, qu'il occupait depuis un peu plus d'un an, dans Nupedia et Wikipédia. Avec le seul soutien de Jimmy Wales, les deux encyclopédies purent toutefois poursuivre leurs développements, toujours avec le concours d'experts dans Nupedia et d'une communauté bénévole au niveau de Wikipédia. Néanmoins, en septembre 2003 et vu l'écart qui se creusait entre les deux projets, l'encyclopédie Nupedia fut fermée et ses quelques dizaines d'articles transférées vers les milliers d'autres que comprenait déjà le projet Wikipédia.
Trois ans plus tard, Larry Sanger n’avait pas dit son dernier mot. En septembre 2006, il décida en effet de lancer sur fonds propres une encyclopédie intitulée Citizendium. Cette plateforme écrite en anglais uniquement et toujours active à ce jour, repose sur un système d’expertise, dans lequel les contributrices et les contributeurs doivent déclarer leur identité réelle. En avril 2026 cependant, Citizendium reprenait moins de 2000 articles, tout avancement confondu, tandis que le projet Wikipédia en anglais en regroupait déjà plus de 7 millions.
Voici donc comment est née la plus grande encyclopédie au monde, dont la taille et la visibilité n'avaient jamais été égalées auparavant. Une encyclopédie qui, de plus, s'est rapidement déclinée en de nombreuses versions linguistiques, à l'instar de sa version francophone, lancée moins de quatre mois après le projet original en anglais. Toutes ces versions ont formé les premières bases d’une organisation mondiale, bientôt chapeautée par une fondation. Avant cela, d'autres projets pédagogiques et collaboratifs ont vu le jour au côté de Wikipédia. Intitulés « projets frères », ceux-ci se constituent à leur tour, en de nombreuses versions linguistiques, tout en poursuivant le processus de création du mouvement Wikimédia.
'''Chapitre 8 : L'arrivée des projets frères'''
Dans le but de développer des contenus pédagogiques qui ne trouvaient pas leur place dans Wikipédia, d’autres projets pédagogiques et collaboratifs ont vu le jour, pour former ce que l'on appelle couramment aujourd'hui : l’écosystème Wikimedia. La naissance de tous ces projets, ainsi que les évènements importants qui ont contribué au développement du mouvement, ont été repris dans une ligne du temps réalisée par Guillaume Paumier, à l’occasion du dixième anniversaire de Wikipédia. Grâce à ce graphique, on peut voir en détail l'évolution du nombre de projets, de versions linguistiques, de contributeurs et d'articles, et se faire ainsi une idée sur la vitesse à laquelle s'est développé le mouvement Wikimédia.
Parmi tous les projets frères de Wikipédia, le premier à apparaître fut Méta-Wiki, une plateforme de référence pour centraliser la gestion de l'ensemble des sites web hébergés par la fondation Wikimédia. Dans un premier temps, cet espace communautaire en ligne a répondu à la nécessité de traiter en un seul lieu les questions communes aux différentes versions linguistiques de Wikipédia. Aujourd'hui, le site web est le principal endroit de coordination et de gestion de l'ensemble du mouvement Wikimédia. On y retrouve énormément d'informations au sujet des projets en ligne, et peut-être plus encore, concernant la Fondation et les organismes affiliés.
Après Méta-Wiki, sept autres projets de partage de la connaissance ont fait leur apparition, avant d'être déclinés à leur tour en plusieurs versions linguistiques. Tous ces projets émergent en général sur l’initiative d’un petit groupe de personnes actives au sein d’un projet préexistant. Ce fut le cas du projet Wiktionnaire en anglais, le deuxième projet à voir le jour après Méta-Wiki, en décembre 2002, soit deux ans avant la version francophone apparue en mars 2004.
Il est intéressant d'observer que la version francophone du Wiktionnaire n’a pas été créée à partir du projet anglophone, mais bien depuis le projet Wikipédia en français. D'ailleurs, on peut retrouver dans les archives de ce dernier projet, un débat concernant la pertinence de cette création, dont voici un extrait.
En fait, ce qui me peine vraiment avec le projet Wiktionary, c’est que alors qu’on essaie de rassembler les gens (pas facile) pour créer une sorte de tour de Babel de la connaissance (tâche bien longue et difficile), ce nouveau projet va disperser les énergies pour une raison qui ne me semble pas valable. C’est la création de Wiktionary qui va créer des redondances. À mon avis il existera rapidement des pages sur le même mot, mais ne contenant pas les mêmes informations. Pour quelle raison ces connaissances devraient-elles être séparées ? Les encyclopédies sur papier devaient faire des choix à cause du manque de place, mais nous, pourquoi le ferions-nous ??? "Wikipédia n’est pas un dictionnaire" n’est pas un argument à mon avis... si vraiment c’était pas un dictionnaire, il faudrait virer tout un tas d’article. Je ne comprends vraiment pas cette volonté de séparer la connaissance entre ce qui est "encyclopédique" et ce qui n’est "qu’une définition".
[Réponse]
Pour moi ce qu’est Wiktionary, c’est une partie de Wikipédia s’intéressant plus particulièrement aux aspects linguistiques des mots. La différence que je verrais entre la partie dictionnaire de Wikipédia et sa partie dite encyclopédique, c’est que la partie dictionnaire s’intéresserait au sens des mots eux-mêmes alors que la partie encyclopédie s’attache plus à faire ressortir un état des connaissances à un moment donné. Le pourquoi de la séparation d’avec la partie encyclopédie tient plus à des raisons techniques qu’à une volonté de monter un projet indépendant, en effet, à mon humble avis, un dictionnaire nécessite une plus grande rigueur (de présentation) qu’une encyclopédie. Ceci entraîne beaucoup de problème et entre autres le choix de la mise en forme des articles du dictionnaire.
Créer un nouveau projet, c’est effectivement créer un nouveau site web, qui devra faire l’objet d’une nouvelle gestion, tant pour les serveurs de la Fondation, que pour la nouvelle communauté de contributeurs. L’importation de pages d’un projet à l'autre ou la traduction de celles-ci sont bien sûr toujours possibles, mais cela duplique alors aussi la maintenance et les mises à jour. Le choix de scinder un projet, en faveur d’une plus grande liberté, comporte donc certains coûts humains et financiers.
Ce prix à payer n'a pour autant pas empêché le projet anglophone Wikibooks de faire son apparition le 10 juin 2003, soit près d’un an avant Wikilivres, la version francophone du projet, apparue le 22 juillet 2004. Cette dernière création avait de nouveau été débattue au sein de la communauté Wikipédia en français, et non pas dans le Wikibooks en anglais. Quant à l'objectif commun aux deux projets linguistiques, il était de créer une « bibliothèque de livres pédagogiques libres que chacun peut améliorer ».
Environ un an après la création du projet en anglais, un nouvel espace de noms intitulé Wikijunior fut mis en place au sein de la bibliothèque en ligne. Ce sous-projet avait été créé pour répondre à un financement de la fondation Beck, qui cherchait à promouvoir la production de nouvelles littératures pour des enfants de huit à onze ans. Peu de temps après, cette tranche d’âge fut toutefois élargie de zéro à douze ans au niveau du projet francophone, quand le sous-projet y fut adopté.
Ces deux évènements témoignent ainsi qu'il est toujours possible qu'un sous-projet apparaisse dans un projet Wikimédia. Comme autre exemple, il y a aussi le WikiJournal, un sous-projet développé au sein du projet Wikiversité en anglais et qui reçut le prix de l’Open Publishing Awards en 2019. Une demande fut faite pour qu'il puisse bénéficier d'un nouveau site web dans le but de pouvoir se développer en dehors de Wikiversité. Malheureusement pour les initiateurs, la demande est restée sans suite jusqu'à ce jour, après que le conseil d’administration de la Fondation, chargé de répondre à leur demande, considéra que le projet n’était pas suffisamment abouti.
Il faut savoir qu'avant cela, le projet Wikiversité, dans lequel est né Wikijournal, avait lui-même été un sous-projet du projet Wikibook. Initialement, il visait à « créer une communauté de personnes qui se soutiennent mutuellement dans leurs efforts éducatifs ». Cependant, en août 2005, une longue discussion remit en question l’existence du sous-projet Wikiversité dans Wikibooks. Au terme de celle-ci, la décision fut prise de transférer Wikiversité et son contenu sur le site Méta-Wiki, là où de nouvelles discussions ont abouti à l’idée de faire de Wikiversité un nouveau projet indépendant.
Déjà à l'époque, le conseil d’administration de la Fondation Wikimédia se montrait réticent à l'ouverture de nouveaux projets, et sa réaction fut de demander l'ouverture d'un sondage au sein de la communauté. Celui-ci devait rassembler une majorité des deux tiers en faveur de l'ouverture du nouveau site web. Un résultat qui fut finalement obtenu, mais pas sans de longs débats, dont voici un extrait.
La principale raison pour laquelle la Fondation Wikimédia ne veut pas "lâcher le morceau" est une simple question de bureaucratie et la crainte que le projet ne devienne une autre Wikispecies [un projet de répertoire du vivant]. Wikispecies est une idée cool, mais les "fondateurs" du projet se sont dégonflés à mi-chemin de la mise en place du contenu et ont décidé de faire une révision majeure qui a pris plus de temps que ce que tout le monde était prêt à mettre.
Le même problème s’applique à Wikiversity en ce qui concerne la Fondation, parce que les objectifs et les buts de ce projet ne sont pas clairement définis, et il semble que les participants essaient de mordre plus qu’ils ne peuvent mâcher en proposant une université de recherche multi-collèges entière (avec un statut de recherche et une accréditation) à former de toutes pièces plutôt qu’un simple centre d’éducation pour adultes avec quelques classes.
En novembre 2005 et malgré les résultats du sondage, l'indépendance du projet Wikiversité ne fut toutefois pas acceptée par cinq membres du conseil. Ceux-ci réclamaient une « réécriture de la proposition pour en exclure la remise de titre de compétence, la conduite de cours en ligne, et de clarifier le concept de plate-forme e-learning ». Quand ces rectifications furent faites, le projet bénéficia d'une période d’essai de plusieurs mois, jusqu'à ce que les amendements apportés au projet de départ soient enfin acceptés, le 31 juillet 2006. Ce long temps d'attente était justifié par la création du special projects committee, qui, jusqu'en décembre 2021, fut chargé de soulager le conseil d’administration de la fondation, par rapport aux demandes de création de nouveaux projets Wikimédia.
Un nouveau site, nommé Beta-Wikiversity, fut ainsi créé pour assister le lancement des différentes versions linguistiques de Wikiversité. Durant six mois, son premier objectif a d'abord été l'élaboration des lignes directrices concernant la potentialité de produire des recherches collaboratives au sein du projet. Par la suite, chaque nouvelle version linguistique, développée dans le projet Beta, devait avoir plus de 10 modifications par mois, réalisées par au moins trois personnes distinctes, avant de pouvoir bénéficier de son propre site web.
À l'image de Beta-Wikiversity, le projet Wikisource possède lui aussi un site indépendant pour lancer ces nouvelles déclinaisons linguistiques. Tandis que pour tous les autres projets pédagogiques, ce lancement s'effectue sur la plateforme Wikimedia Incubator, créée à la même époque que Beta-Wikiversity. Ces trois plateformes de lancement ne concernent pas les nouveaux projets, qui doivent faire l'objet d'une acceptation par le conseil d'administration de la Fondation Wikimédia, et qui peuvent avoir pour origines des processus de création divers.
Le projet Wikivoyage, par exemple, fut initialement créé en 2003 dans un Wiki extérieur au mouvement Wikimédia, là où il portait le nom de Wikitravel. Comme cela arrive parfois, ce projet sans but lucratif fut acheté par une entreprise commerciale en 2006. Mais en raison du changement de gouvernance et de l'apparition de publicités, une scission est apparue au sein de la communauté d’éditeurs. Les personnes désireuses de quitter Wikitravel lancèrent alors un nouveau site appelé Wikivoyage, qui reçut en 2007, le Webby Award du meilleur guide de voyage Internet.
L'intégration de Wikivoyage dans l'écosystème Wikimédia n'a cependant été faite qu'en 2012, à la suite d'un appel à commentaires durant lequel 540 personnes furent en faveur de l’intégration du projet, 153 contre, pendant que 6 restèrent sans avis. Comme cette nouvelle déclencha une migration importante depuis Wikitravel vers Wikivoyage, une plainte fut déposée par la société commerciale en charge du premier projet. Celle-ci fut toutefois rejetée et le projet Wikivoyage continua à prendre de l’ampleur au sein du mouvement Wikimédia, avec la création de nouvelles versions linguistiques.
Le cas de Wikivoyage apparait toutefois comme une exception, car en général les nouveaux projets émergent des centaines de candidatures déposées sur le projet Méta-Wiki. Celles-ci se soldent bien souvent par un refus, comme ce fut le cas pour le projet WikiLang dont le but était de lancer un laboratoire linguistique. Quelques rares projets ont pourtant la chance d'être élus. Ce fut notamment le cas en octobre 2012, avec le lancement de la base de données structurée et sémantique Wikidata et de ses extensions Wikibase, ou plus récemment, en 2020, avec l'arrivée du projet Abstract Wikipedia et Wikifunctions.
Sans vouloir entrer dans les détails, il est intéressant de savoir que l'interconnexion entre ces trois projets permet de traduire automatiquement des articles encyclopédiques dans tous les langages naturels pris en charge par le mouvement Wikimédia. Plus précisément, les phrases des articles publiées sur Abstract Wikipédia, sont formulées par des fonctions informatiques produites dans le projet Wikifunctions, dans le but de traiter les informations de la base de données sémantique Wikidata. Autrement dit, un article dans Abstract Wikipédia ne possède qu'une seule page pour toutes les langues, pareillement aux pages d'entités de Wikidata, qui ont pour titre une lettre suivie d'un chiffre.
À la suite de ces explications, on observe donc que ce n'est pas la complexité qui détermine le refus projet, mais plutôt une série de critères comparables à ceux retenus pour supprimer des projets ou versions linguistiques déjà existants. À ce propos, il existe sur Méta-Wiki une liste mise à jour des différents sites hébergés par la Fondation Wikimédia dont l'existence est remise en cause. Dans celle-ci, on retrouve essentiellement des versions linguistiques de projets qui n’ont pas réussi à poursuivre leurs développements, bien qu'un projet entier soit toujours susceptible d'être mis à l'arrêt. C'est d'ailleurs ce qui est arrivé aux 31 versions linguistiques du projet Wikinews, qui, en date du 4 mai 2026, soit 22 ans après le lancement du site anglophone, sont accessibles en mode lecture uniquement.
Dans le cas de Wikinews, ce fut le manque d'activité qui apparut comme principale justification de la suspension du projet. Cependant, d'autres raisons pourraient être invoquées, comme le prouve cet épisode de 2005, où, peu de temps après son lancement, la version francophone du recueil de citations Wikiquote a bien risqué de disparaitre. Le projet fut effectivement accusé d’avoir récupéré le contenu d’une base de données soumise à un droit d’auteur, incompatible avec la licence Creative Commons appliquée sur l’ensemble des projets pédagogiques Wikimédia. Lorsqu'une plainte fut adressée à l’association Wikimédia France, pour être ensuite relayée sur le site Méta-Wiki, il fut bien question de fermer le projet. Après de longues discussions, celui-ci fut maintenu, mais avec pour conditions de repartir de zéro, et d’établir une charte pour garantir la traçabilité des citations reprises par le projet.
Voici donc de quoi se faire une idée sur la manière dont les projets pédagogiques et leurs déclinaisons linguistiques apparaissent et disparaissent au sein du mouvement. Les exemples repris ci-dessus suffisent effectivement pour comprendre les principes généraux qui sous-tendent leurs créations. En dehors de Méta-Wiki, Wikidata, Wikifunctions, Abstract Wikipédia et Wikimedia Commons, qui ne sont pas des projets de contenu pédagogique à proprement parler, tous les autres projets semblent effectivement provenir d’un désir de spécialisation d’un projet préexistant.
L'idée est généralement débattue dans un projet de même langue, avant de relayer la discussion vers le site Méta-Wiki. Si le projet y est jugé pertinent, il fait alors l'objet d'une candidature qui doit actuellement être soumise au groupe de travail des projets frères du comité des affaires communautaires de la Fondation Wikimédia. Quant aux nouvelles versions linguistiques, elles doivent être aujourd'hui soumises à l'approbation du comité des langues, avant d'être testées sur les plateformes Incubator, Beta-Wikiversité ou Wikisource Multilingue, dans le but de bénéficier d’un site web indépendant.
Après ces explications concernant les projets frères et leurs variations linguistiques, il nous reste encore à parler des sites qui ont un lien avec le mot Wiki, soit par leur nom, soit par le logiciel utilisé. En 2024 effectivement, plus de 22 600 d'entre eux étaient répertoriés, dont plus de 95 % sans aucun lien avec le mouvement Wikimédia, en dehors du fait, peut-être, qu’ils utilisaient le logiciel MediaWiki développé par la Fondation Wikimédia.
WikiLeaks par exemple, créé par Julian Assange dans le but de publier des documents classifiés provenant de sources anonymes, n’est ni un projet Wikimédia, ni un site collaboratif. Quant au recueil universel et multilingue de guides illustrés WikiHow, si celui-ci fonctionne pour sa part de manière collaborative et avec le logiciel MediaWiki, il n'a pourtant aucun lien avec le mouvement Wikimédia. D'ailleurs, son ergonomie, radicalement différente de celle des projets Wikimédia, permet de le comprendre au premier coup d’œil.
En revanche, Wikimini, l'encyclopédie libre pour les enfants, a une apparence tout à fait comparable à celle des projets Wikimédia, alors que le projet n’a jamais été accepté par la Fondation. Quant aux projets WikiTribune et Fandom, l'ambiguïté qu'ils entretiennent avec le mouvement est d'autant plus grande qu'ils ont été créés par Jimmy Wales, le fondateur de Wikipédia et de la Fondation Wikimédia. Cependant, comme ce sont des projets commerciaux, ils ne peuvent en aucun cas être soutenus par une fondation sans but lucratif.
Au terme de cette présentation, il ne reste plus qu'à signaler que le mouvement Wikimédia ne fut conscientisé que tardivement par rapport à l'apparition des projets Wikimédia et de leurs différentes versions linguistiques. Pour qu'un sentiment de collectivité se manifeste entre tous ceux-ci, il fallut certainement attendre qu'une coordination se développe sur la plateforme Méta-Wiki, mais également que de nombreuses rencontres et associations apparaissent en dehors de l'espace numérique. En ce sens, la naissance du mouvement ne fut pas un événement ponctuel, mais plutôt la réalisation d’un long processus de conscientisation.
'''Chapitre 9 : La conscientisation du mouvement'''
Avant d'aborder la question de la conscientisation du mouvement, il peut être intéressant de découvrir l'origine étymologique du mot « Wikimédia ». Celui-ci est un mot-valise composé du suffixe « média » et du préfixe « wiki » que l’on doit à cette expression hawaïenne « wiki wiki », qui se traduit en français par l'expression : « vite, vite ». Celle-ci fut récupérée une première fois par Ward Cunningham, le créateur du premier moteur Wiki, avant d'être réutilisée dans les noms inventés pour d'autres logiciels de cette même famille. UseModWiki en est un bel exemple, puisqu'il fut le premier programme utilisé par la firme Bomis pour héberger son projet d’encyclopédie collaborative. Raison pour laquelle, sans doute, le terme « wiki » fut utilisé pour créer le mot Wikipédia, en l'associant au suffixe « pedia » qui fait référence au mot anglais encyclopedia, selon un principe qui fut ensuite repris pour tous les autres projets du mouvement.
Le mot Wikimédia, pour sa part, n’est apparu que le seize mars 2003, lors d’une discussion concernant la déclinaison possible de l’encyclopédie en d’autres types de projets éditoriaux participatifs. Durant celle-ci, l’écrivain américain Sheldon Rampton eut l’idée d’associer au terme wiki à celui de « média », afin de mettre en évidence la variété des médias produits et partagés par Wikipédia et ses projets frères. Toutefois, c'est seulement en juin 2008 que Florence Devouard, présidente de la Fondation à cette époque, associe le mot Wikimédia à un mouvement social qu’elle voyait apparaître au sein des projets Wikimédia et de leurs communautés d'usagers.
Affirmer pour autant que ce moment précis coïncide avec la naissance du mouvement Wikimédia serait quelque peu arbitraire. Car si l’on peut déterminer plus ou moins facilement l’apparition d’une expression dans des archives, tout le monde sait qu’un mouvement social ne se forme pas en un seul instant. Dans le contexte du mouvement Wikimédia, sa naissance est bien sûr liée à celle du projet Wikipédia, mais également à tout ce qui permit la création de cette encyclopédie libre. Dans une autre perspective encore, on peut dater l'apparition du mouvement Wikimédia au 20 juin 2003, date de la création de la fondation qui porte le même nom. Ou pourquoi pas, associer la création du mouvement à la mise en ligne de la plate-forme Méta-Wiki, qui en représente le principal lieu de coordination.
Toujours est-il que l’expression « Wikimedia movement » est bien apparue en juin 2008, sous la plume de Florence Devouard. Cela s'est passé sur la liste de diffusion de la Fondation et peu de temps avant qu'elle quitte son poste de présidente. Dans son message, elle partageait l'idée de placer sous le nom de domaine Wikimedia.org un site vitrine de présentation du mouvement Wikimédia qu'elle concevait de la sorte.
Le mouvement Wikimédia, comme je l’entends est
– une collection de valeurs partagées par les individus (liberté d’expression, connaissance pour tous, partage communautaire, etc.)
– un ensemble d’activités (conférences, ateliers, wikiacadémies, etc.)
– un ensemble d’organisations (Wikimedia Foundation, Wikimedia Allemagne, Wikimedia Taïwan, etc.), ainsi que quelques électrons libres (individus sans chapitres) et des organisations aux vues similaires.
Avec autant de détails et d'explications, un tel message ne pouvait qu'accélérer la prise de conscience au sein du mouvement. Dans tous les cas, il mettait en évidence que les personnes actives dans les projets éditoriaux en ligne ou dans les organismes affiliés, faisaient partie de ce que Ralf Dahrendorf appelle un « quasi-groupe ». Ou autrement dit, un ensemble d’individus qui ont un mode de vie semblable, une culture commune, mais dont les points communs ne gravitent pas autour d’une prise de conscience de leur position commune dans la relation d’autorité.
Après la naissance de Wikipédia et de nombreux projets frères, une dizaine d’années a donc été nécessaire pour que le mouvement Wikimédia prenne conscience de son existence. Aujourd’hui encore, et comme cela a déjà été vu, de nombreuses personnes actives dans les projets pédagogiques ne réalisent toujours pas qu’elles participent aux activités d’un mouvement social. Cela, contrairement aux personnes investies dans les activités en présentiel organisées au sein du mouvement, qui sont généralement plus conscientes de leur engagement. C’est là une raison de croire que le développement de la Fondation Wikimédia et de ses organismes affiliés a joué un rôle important dans l'apparition d'un sentiment d’appartenance.
'''Chapitre 10 : La création des organismes affiliés'''
Si c’est grâce à l’arrivée des groupes et des organismes affiliés à la Fondation Wikimédia que l’idée du mouvement est probablement apparue, il est alors intéressant d'en décrire les processus de création. Mais puisque cela représente plusieurs centaines d’instances spécifiques, regroupées en plusieurs catégories détaillées en seconde partie d'ouvrage, aborder ici l’histoire de chacune d’entre elles serait une entreprise beaucoup trop fastidieuse.
De plus, s’il existe énormément d’archives numériques concernant la naissance des sites Wikimédia, ce n’est pas le cas pour ces organismes affiliés. Un bon nombre de ceux-ci se sont effectivement formés durant des rencontres ou des réunions hors ligne qui n'ont fait l’objet d’aucun enregistrement. Du reste, une bonne part des échanges effectués au sein de ces associations s'organise par des canaux de communication privés auxquels seuls les membres actifs ont accès.
Puisque je suis l'un des membres fondateurs, je me limiterai donc ici à parler de l’association Wikimédia Belgique. Celle-ci fut fondée le huit octobre 2014 en tant qu’association sans but lucratif, avant d'être reconnue le six août 2015 par le conseil d’administration de la Fondation Wikimédia. Après plus de trois ans d’activités et de rencontres et sous l’impulsion de Maarten Deneckere qui assuma le premier mandat de présidence, nous étions 8 personnes à signer la première version des statuts de l’association.
Jusqu’à ce jour, l’objet social de Wikimedia Belgique est d' « impliquer tout un chacun dans la connaissance libre ». Contrairement à l'association Wikimédia Deutchland, la première à voir le jour en 2004 et qui rassemblait déjà en 2021 plus de 85 000 membres et près de 150 employés, l’association belge n'a qu'une seule employée à temps partiel et 150 membres en 2025.
Avant d’être reconnues par le comité d’affiliations chargé de seconder le conseil d’administration de la Fondation, toutes les associations nationales, dites « chapters » en anglais, et toutes les autres organisations affiliées doivent réaliser de nombreuses démarches. Celles-ci consistent à répondre à un ensemble de prérequis qui ont évolué suite à la création d'un comité décisionnel en avril 2006. Ces obligations diffèrent entre les groupes d’utilisateurs et d'utilisatrices et les associations locales ou thématiques. Parmi ceux-ci, on retrouve toutefois : un nombre minimum de membres et de référents, une mission et un règlement d’ordre intérieur conformes aux attentes du mouvement, la remise de plans et de rapports d’activités annuels, etc.
On comprend donc qu’il n’est pas évident de créer une nouvelle instance au sein du mouvement. Pour bénéficier du soutien logistique et financier de la Fondation réservé aux organismes affiliés, c’est ainsi toute une série de rapports qu’il faut alors transmettre à divers comités et commissions chargés de leurs évaluations. Cela représente une quantité de tâches administratives qu’il n’est pas toujours facile d’assumer, surtout lorsque les membres de l’organisme affilié sont tous des bénévoles. D’où sans doute cette régulière disparition d’affiliations, pendant que d’autres se créent ou réapparaissent en fonction des énergies et du dynamisme disponibles dans les équipes.
Les activités liées à la récolte et à la redistribution des dons offerts au mouvement, ainsi que les autorisations d’usage de marques déposées, contrastent donc avec les valeurs de libre partage et d’autonomie décrites dans les projets pédagogiques. Cela semble confirmer que la partie hors ligne du mouvement est plus influencée par les habitudes d’un système économique dominant, contrairement à la partie en ligne qui semble plus fidèle à l’héritage de la contre-culture.
'''Chapitre 11 : L'héritage d'une contre-culture'''
Au terme de cette première partie d’ouvrage, il devient évident que la révolution numérique, que l’on considère généralement comme une révolution technique, fut aussi, et peut-être avant tout, une révolution sociale et culturelle. Quant à l'histoire de Wikimédia, reprise ici depuis les origines de son encyclopédie jusqu'à l'apparition de ses organismes affiliés, elle nous fit découvrir comment les idées de la contre-culture des années 1960 furent transmises au mouvement.
En cas de doute, observons encore que Richard Stallman, celui qui a créé les concepts de licence et d'encyclopédie libre, fut désigné par certains comme le gourou de la contre-culture hacker et le père du système d’exploitation hippie. Une culture hippie, dont il est aussi troublant de constater que le renversement de son logo ressemble étrangement à celui du mouvement Wikimédia.
Incontestablement et au travers du mouvement des logiciels libres, le mouvement Wikimédia a donc bien hérité des valeurs produites par les mouvements sociaux des années 1960. Des valeurs qui aujourd'hui contrastent fortement avec la marchandisation et la capitalisation du monde, dont l'espace web ne fait jamais que refléter ce qui se passe dans le reste de la société humaine. Or, ce phénomène ne date pas d'hier. En 2008 déjà, André Gorz, ce philosophe parmi les pères de la décroissance et théoricien de l’écologie politique, constatait déjà que :
La lutte engagée entre les "logiciels propriétaires" et les "logiciels libres" [...] a été le coup d’envoi du conflit central de l’époque. Il s’étend et se prolonge dans la lutte contre la marchandisation de richesses premières – la terre, les semences, le génome, les biens culturels, les savoirs et compétences communs, constitutifs de la culture du quotidien et qui sont les préalables de l’existence d’une société. De la tournure que prendra cette lutte dépend la forme civilisée ou barbare que prendra la sortie du capitalisme.
Dans cette lutte et avec le seul nom de domaine non commercial parmi le top 100 des sites les plus fréquentés du Web, la galaxie Wikimédia apparait donc comme un des derniers lieux numériques de liberté, de partage et d'égalité. Un lieu qui, de plus, est connu mondialement, grâce au succès des plus de 350 déclinaisons linguistiques de Wikipédia, et sans pour autant récolter d'informations sur l’identité et le comportement des internautes. Cela alors que cette pratique est considérée, par certains, comme un « nouvel or noir » pompé du Web, pendant que d’autres préfèrent parler de « capitalisme 3.0 » ou de « capitalisme de surveillance » .
Évidemment, les enjeux de cette lutte sont difficiles à comprendre. La complexité de l’infrastructure informatique, mais également le fait que tout cela s'inscrit dans une révolution que Rémy Rieffel décrit comme « instable et ambivalente, simultanément porteuse de promesse, et lourde de menaces », ne facilitent pas les choses. Cela d'autant plus que tout cela se place « dans un contexte où s’affrontent des valeurs d’émancipation, et d’ouverture d’un côté et des stratégies de contrôle et de domination de l’autre » .
En fait d’ambivalence, il est surprenant d'apprendre, par exemple, que Jimmy Wales, fondateur de Wikipédia et de la fondation Wikimédia, est un adepte de l’objectivisme, alors que cette philosophie voit le capitalisme comme un idéal de société et l’égoïsme rationnel, comme une morale. Puis, concernant l'instabilité du numérique, il y a ces appels répétés de Tim Berners-Lee au sujet de la « redécentralisation » et de la « régulation » d'un espace web qu'il avait conçu dans un esprit tout à fait opposé. Quant aux pionniers d'Internet, ils n'ont probablement pas imaginé que leur création permettrait un jour, à des milliards d’objets connectés, de rapporter, rien qu'en France et en 2021, plus de 2,6 milliards d’euros.
Quant à la question du contrôle et au-delà de ce qui est opéré par les firmes commerciales, c'est bien sûr du côté des États qu'il faut porter son attention. Face à un mouvement qui veut s’émanciper des contrôles, par moins de 18 pays ont déjà censuré Wikipédia et parfois même l'ensemble des projets frères. Ce fut le cas par exemple pour la Turquie, la Russie, l'Iran, mais également le Royaume-Uni, la France et l'Allemagne, et c'est même le cas de manière permanente en Chine, depuis 2004.
Dans certains cas, des procédures juridiques ont été utilisées pour intimider les membres du mouvement. C'est arrivé en France lorsque le directeur de l'association Wikimédia fut menacé de poursuites pénales par la Direction Centrale du Renseignement Intérieur, après un refus de supprimer un article qui traitait d’une station militaire dans Wikipédia. Par chance, ce qui s'est passé en France ne dépassa pas le stade de l'intimidation. En Biélorussie cependant, Mark Bernstein, un contributeur aux projets Wikimédia, fut condamné à quinze jours de prison ferme, assortis de trois ans d’assignation à résidence, pour des propos tenus au sujet de la guerre en Ukraine. Cela sans oublier qu'actuellement, ce sont les conservateurs à la tête des États-Unis qui « veulent la peau de Wikipédia » en cherchant à obtenir l'identité réelle de certains contributeurs.
Le contrôle et le non-respect de la vie privée font ainsi appel à la figure emblématique du lanceur ou de la lanceuse d'alerte, dont la posture contestataire fait penser à celle des personnes actives dans la contre-culture des années 1960. Parmi ceux-ci, on dit de Julian Assange, Edward Snowden et Chelsea Manning, qu'ils « ont perdu leur liberté pour défendre la nôtre ». De manière similaire, on pourrait donc aussi dire que les Wikimédiens Aaron Swartz, Bassel Khartabil, Pavel Pernikov, Ihor Kostenko et Mark Bernstein, se sont sacrifiés pour la liberté, le partage et la vérité.
Dans Wikimédia et comme ce fut expliqué dans l'introduction de cet ouvrage, une alerte peut prendre la forme d'un appel à commentaires en réaction à une décision ou une situation observée au sein du mouvement. C'est même là une pratique institutionnalisée, qui fait l'objet d'une procédure d'accompagnement et de suivi. Toutes ces alertes concernent les dérives de certains projets, mais également de certaines associations dont la proximité avec le système économique n'aide pas au respect des pratiques et des valeurs développées en ligne.
Dans ce qui apparait aux yeux de certains comme un « bazar libertaire », les choix et règles édictés dans la sphère hors ligne du mouvement ne plaisent pas toujours aux membres des communautés en ligne. Ce qui n'empêche toutefois pas les projets éditoriaux d'avoir leurs propres règles et des recommandations, ni de voir apparaitre, en 2020 et dans l'ensemble du mouvement, un code de conduite universel, qui détermine le « référentiel minimum des comportements acceptables et inacceptables ».
L'idéologie transmise à Wikimédia, décrite en partie par Steven Levy dans son ouvrage L’Éthique des hackers est donc plus subtile qu'un simple refus d'autorité. Dans un esprit de partage, d'ouverture, de transparence, de liberté, d'égalité et d'autonomie, c'est une structure très complexe, tout en étant cosmopolite et mondiale, que le mouvement réussit à mettre en place. Une organisation qui, finalement, apparait très inspirante dans la manière de faire communauté aujourd'hui, et au sein d'un monde toujours plus global et numérique.
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Lionel Scheepmans
20012
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'''LE MOUVEMENT WIKIMÉDIA'''
'''Dernier partage altruiste de la connaissance libre ?'''
De Lionel Scheepmans
Avec l'aide de la communauté Wikimédia
'''Quatrième de couverture'''
'''Le mouvement Wikimédia, l'aventure inspirante d'une organisation mondiale et altruiste au service d'un savoir libre et vérifiable.'''
Quel est ce seul acteur à but non lucratif présent dans le top 100 des sites les plus visités sur le Web ?
Comment incarne-t-il l’expression la plus visible des valeurs de liberté, d’égalité et de partage, héritées de la révolution numérique et des mouvements sociaux des années 1960 ?
Comment, à partir de Wikipédia et suite à la création d’une quinzaine de projets frères, distribués en centaines de versions linguistiques, le mouvement social Wikimédia a imaginé un monde dans lequel le savoir se produit et se partage librement ?
Et comment, en toute autonomie, des dizaines de projets pédagogiques, édités par des millions de bénévoles, soutenus par une fondation et près de 200 associations et groupes locaux, produisent-ils la plus grande intelligence collective au monde ?
Avec de nombreux codes QR, cet ouvrage répond à ces questions, tout en permettant de mieux comprendre le monde global et numérique qui nous entoure.
Lionel Scheepmans est docteur en sciences politiques et sociales, militant de la culture libre et professeur d’anthropologie numérique. Il occupe plusieurs postes d’administrateur au sein du mouvement Wikimédia qu’il observe de manière participative depuis 2011. Ses travaux universitaires, du master à la thèse de doctorat, furent consacrés à l’organisation et aux enjeux de Wikipédia et du mouvement Wikimédia.
'''Avant-propos'''
Pour offrir un confort de lecture sur papier sans perdre la puissance du numérique, des codes QR sont affichés tout au long de cet ouvrage. À l’aide d’une tablette ou d’un smartphone, ils offrent un accès direct à ce qui serait coûteux ou impossible à imprimer.
Par exemple, le code QR 1, présent à la fin de cette page, donne accès directement à la page web qui reprend l’intégralité de l’ouvrage. Une fois sur celle-ci, on peut alors visionner les illustrations en couleur ou les enregistrements qui s’y trouvent et consulter ensuite leurs pages de descriptions en cas de besoin. Cette version numérique comprend aussi de nombreux hyperliens pointant vers Wikipédia et d’autres sites du mouvement Wikimédia, où se trouvent des compléments d’informations et leurs mises à jour.
Pour économiser du papier lors de l’impression, la section regroupant les notes et les références de l’ouvrage n’est disponible qu’au format numérique, mais est directement accessible via le code QR 2 repris ci-dessous. Grâce aux indices de renvoi chiffrés et placés en exposant dans le texte imprimé, il est alors possible, au départ d'un smartphone ou d'une tablette, de retrouver les notes et les références en fonction de leur numérotation. Lorsque la référence correspond à une page web, un lien pointant vers le projet Internet Archive s’y trouve repris, pour garantir un accès aux archives des pages citées dans l’ouvrage, si jamais elles avaient disparu du web. Quant aux pages toujours existantes, elles restent accessibles via leurs hyperliens originels, pour consulter leurs éventuelles évolutions.
Étant donné que ce livre est produit sur une plateforme collaborative, tout le monde est invité à améliorer les prochaines versions. On peut le faire en corrigeant des fautes d’orthographe ou de syntaxe sur les pages web qui constituent les différents chapitres de l’ouvrage, ou encore en apportant des commentaires sur les pages de discussion qui leur sont associées. Cela peut se faire très simplement en cliquant sur « Modifier » , quand on est sur la page d'un chapitre, et sur « Ajouter un sujet » lorsque l'on est sur une page de discussion.
Une page de discussion générale est aussi accessible grâce au code QR 3. Elle permet de commenter le livre dans son ensemble, ou de poser une question à son sujet. Il suffit pour cela d’indiquer un titre dans le champ « Démarrer un nouveau sujet », d’écrire le contenu du message dans l’encadré situé juste en dessous, puis de cliquer sur le bouton « Ajouter un sujet de manière anonyme » pour publier son message.
Enfin, pour ceux qui voudraient agrémenter leur lecture d’un fond sonore relaxant et original, le code QR 4 donne accès à une page web qui diffuse une musique mélodieuse. Celle-ci est composée de sons spécifiquement produits chaque fois qu’une modification est apportée sur un projet Wikimédia, ou qu’un nouveau compte y est créé. Ce dispositif ingénieux offre ainsi aux lecteurs qui le souhaitent une ambiance sonore particulièrement confortable, ainsi qu’une nouvelle expérience immersive au sein du mouvement Wikimédia.
'''Introduction : Wikimédia n’est pas Wikipédia'''
Depuis le succès initial de Wikipédia, une myriade de projets de partage des connaissances, d’organisations et de groupes de soutien ont émergé pour former ce qu’on appelle aujourd’hui le mouvement Wikimédia. Même si, à ce jour, l’encyclopédie libre reste l'activité phare du mouvement, il serait regrettable de réduire l’ensemble du mouvement à cet unique projet pédagogique. Malheureusement, il arrive bien trop souvent qu'une seule version linguistique de Wikipédia suffise pour cacher l’étendue de la forêt Wikimédia.
En réalité, Wikimédia représente un mouvement social, international et interculturel complexe, au sein duquel Wikipédia n’est qu’une composante parmi d’autres. Dans le cadre d'un mémoire de master, on peut ainsi fournir en quelques mois une ethnographie du projet Wikipédia en français. Alors que pour synthétiser les origines, l’organisation et les dynamiques globales du mouvement Wikimédia, une thèse de doctorat et cinq années de recul supplémentaires furent nécessaires.
À la fin de l'année 2025, l’ampleur numérique du mouvement est effectivement impressionnante. Chaque mois, des millions de modifications bénévoles sont effectuées sur plus de 500 millions de pages, réparties sur plus d’un millier de sites web, dont 358 seulement, correspondent aux versions linguistiques de Wikipédia. Ce qui prouve donc clairement que les activités en ligne portées par l'ensemble du mouvement Wikimédia dépassent largement ce qui se passe au sein de l’encyclopédie.
Il existe ainsi huit autres projets pédagogiques susceptibles d'atteindre un jour l'envergure et la notoriété de Wikipédia, avec un objectif et un fonctionnement spécifiques à chacun. De manière détaillée, Wikilivres crée des livres pédagogiques, Wikiversité rassemble des supports d'enseignement et des travaux de recherche, Wikinews fait du journalisme collaboratif, Wikivoyage développe un guide touristique, pendant que Wiktionnaire apporte des définitions des mots de toutes les langues et dans toutes les langues.
Contrairement à Wikipédia, tous ces projets ne sont pas soumis à une neutralité de point de vue, ni limités à l'usage de sources secondaires reconnues, au niveau de la rédaction des articles. La plupart d'entre eux acceptent aussi la publication de travaux de recherche ou de productions personnelles, alors que cela est tout à fait interdit dans Wikipédia.
Selon l'étymologie du mot encyclopédie, le but de Wikipédia est en effet de synthétiser ou, plus précisément, d'encercler le savoir humain déjà préexistant. Cette contrainte éditoriale limite donc les contributeurs et contributrices à l'usage de sources secondaires et tertiaires présentes dans des publications externes au projet. De ce fait, Wikipédia reproduit fatalement les biais systémiques, tels que les déséquilibres et les surreprésentations de genre et de culture, présents dans un monde de l'édition majoritairement occidental. Or, cette impasse éditoriale propre à Wikipédia n'existe pas dans les autres projets pédagogiques.
Comme ces projets frères, Wikipédia n'est pas non plus un projet complètement autonome des autres projets Wikimédia. L'encyclopédie compte en effet sur le projet Wikimedia Commons pour héberger l'ensemble de sa médiathèque. Elle utilise ensuite le contenu du projet Wikidata comme base de données structurée. Quant aux personnes qui produisent l'encyclopédie, elles peuvent aussi puiser leurs sources dans la bibliothèque Wikisource, ou se référer à des citations d'auteurs collectées dans le projet Wikiquote. Tout cela sans oublier que des dizaines de sites web traitent l'archivage permanent de Wikipédia et des autres projets Wikimédia, dans le but de fournir des analyses précieuses et totalement libres d’accès.
Enfin, il faut aussi garder à l'esprit qu'au-delà de tous ces sites web, le mouvement Wikimédia, c'est aussi de nombreuses institutions et organisations affiliées dispersées dans le monde. Autour de la Fondation Wikimédia chargée de la gestion et de l’organisation internationales, avec près de 650 salariés de nationalités diverses, se regroupent des centaines d'organisations satellites. Parmi celles-ci, on retrouve 2 associations thématiques, 40 associations locales, dont Wikimedia Deutschland qui regroupe plus de 170 employés, et finalement 141 groupes d’utilisateurs et utilisatrices.
Tout ce qui vient d'être exposé dans cette introduction justifie donc la nécessité de distinguer le mouvement Wikimédia du projet Wikipédia. Imaginons seulement que l’on se limite à citer Paris pour décrire et comprendre un pays aussi vaste que la France. Certes, Paris est une ville mondialement connue et qui compte plus de deux millions d’habitants et un patrimoine culturel impressionnant. Mais est-ce pour autant qu'il faudrait oublier les autres villes, villages et métropoles françaises ? Sans compter que la France regroupe aussi des départements et des territoires d’outre-mer et qu'elle entretient des relations et des partenariats internationaux qui dépassent de loin ce qui se passe entre Paris et le reste du monde. Ne pas confondre le mouvement Wikimédia avec le projet Wikipédia relève donc du bon sens.
En 2019 cependant, la Fondation Wikimédia a envisagé de se renommer en Fondation Wikipédia et de remplacer le terme « Wikimédia » par celui de « Wikipédia », partout où ce terme est utilisé dans la sphère hors ligne du mouvement. Le but était d’acquérir une plus grande visibilité et d’attirer des milliards de personnes, grâce au nom de marque Wikipédia, considéré comme l’un des plus connus au monde. Ce changement n’a toutefois pas été accepté par de nombreuses personnes actives au sein du mouvement Wikimédia. En janvier 2020, ces opposants ont ainsi créé une page d’appel à commentaires, qui fut le siège d’un long débat. À l’issue de ce dernier, 73 représentants d’organisations affiliées et 984 personnes ont signé une lettre ouverte adressée à la Fondation, qui comprenait le paragraphe suivant :
Depuis 20 ans, les bénévoles ont bâti la réputation de Wikipédia en tant que ressource indépendante et communautaire. Les projets du mouvement Wikimédia, dont Wikipédia, se développent autour de la décentralisation et du consensus. Il est essentiel d’établir des distinctions claires entre la Fondation Wikimédia, les affiliés et les contributeurs individuels. Tout changement qui affecte cet équilibre exige le consentement éclairé et la collaboration des communautés. Il est donc très préoccupant de voir « Wikipédia » présenté pour le nom de l’organisation et du mouvement malgré le mécontentement général de la communauté.
En s’opposant aux idées de la Fondation, ces membres de la communauté Wikimédia ont ainsi fait preuve de sagesse. De plus, ils ont signalé dans de nombreux commentaires que beaucoup de personnes connaissent le mouvement Wikimédia uniquement au travers de son encyclopédie. Il est même étonnant d'observer que la méconnaissance du mouvement existe au sein même de sa propre communauté. Comme exemple, on peut observer que l'article du projet Wikipédia en anglais consacré au mouvement Wikimédia ne s’est développé qu’à partir de 2016, tandis que ce même article dans la version francophone de l'encyclopédie n’est apparu qu’en 2019. Quant aux autres versions linguistiques, il est tout aussi étonnant de constater qu'en octobre 2025, seulement 39 d'entre elles sur un total de 358 possédaient un article dédié au mouvement Wikimédia.
Tous ces éléments justifient donc la nécessité d’offrir au monde une meilleure connaissance du mouvement Wikimédia et des nombreux projets et organisations qui contribuent à sa mission de partage du savoir. En ce sens, ce livre est une contribution importante aux défis stratégiques que doit relever le mouvement Wikimédia à l’approche de 2030. Car au-delà des résolutions prises pour développer de nouveaux processus participatifs et délibératifs concernant les questions de marque, c’est avant tout un travail d’information et de sensibilisation à destination du grand public qu'il reste à faire.
'''Première partie : La naissance du mouvement Wikimédia'''
Il existe dans l'espace web une multitude d’archives permettant de retracer les événements qui ont conduit à la naissance du mouvement Wikimédia. Cette « préhistoire » du mouvement peut notamment être explorée grâce au réseau d’éducation populaire Framasoft, dont le site est apparu environ un an avant la création de la version francophone de Wikipédia. On trouve sur cette plateforme une mine d’informations concernant les logiciels libres et la culture libre. Deux épisodes majeurs de l’histoire de l’informatique et d’Internet, malheureusement méconnus du grand public.
Grâce à Framasoft et bien d’autres associations, il est possible de découvrir l’organisation et les motivations des millions de personnes qui participent au mouvement du logiciel libre. On y apprend que ce mouvement politique et social a été initié en 1983 par Richard Stallman, un programmeur du Massachusetts Institute of Technology (MIT), qui a eu l’idée d’offrir à chacun une alternative à la marchandisation du secteur informatique.
Cette philosophie de libre partage, concrétisée par le projet de Stallman, permit l’essor d’une organisation et d’une éthique de travail originales, développées au sein d’une sous-culture en vogue dans le milieu informatique depuis les années 1950. Celle-ci fut documentée dans de nombreux ouvrages, dont « L’éthique hacker », un livre remarquable, dans lequel le philosophe finlandais, Pekka Himanen, analyse en détail les origines de la culture hacker. Un simple extrait de sa quatrième de couverture, repris ci-dessous, permet d’appréhender la manière de penser de ces informaticiens, rejoints par Richard Stallman durant ses études universitaires, avant d'en devenir l’une des figures les plus charismatiques.
On considérait jusqu’à présent le « hacker » comme un voyou d’Internet, responsable d’actes de piratage et de vols de numéros de cartes bancaires. Le philosophe Pekka Himanen voit au contraire les hackers comme des citoyens modèles de l’ère de l’information. Il les considère comme les véritables moteurs d’une profonde mutation sociale. Leur éthique, leur rapport au travail, au temps ou à l’argent, sont fondés sur la passion, le plaisir ou le partage. Cette éthique est radicalement opposée à l’éthique protestante, telle qu’elle est définie par Max Weber, du travail comme devoir, comme valeur en soi, une morale qui domine encore le monde aujourd’hui.
En introduisant cette première partie d'ouvrage de la sorte, nous pouvons déjà comprendre que le mouvement Wikimédia plonge ses racines dans une transition culturelle remplie d’utopie. Une utopie qui s’oppose notamment à ce que l’historien et anthropologue Karl Polanyi désignait, en 1944 déjà, comme un libéralisme économique qui « subordonne les objectifs humains à la logique d’un mécanisme de marché impersonnel ». Étape par étape et en commençant par analyser cette utopie spécifiquement au niveau du mouvement Wikimédia, voyons maintenant ce qui s'est passé tout au long de cette révolution culturelle numérique.
'''Chapitre 1 : L'utopie Wikimédia'''
Au fil du temps, Wikipédia fut perçu comme une utopie en marche, puis comme une utopie réalisée, et finalement comme la dernière utopie collective du Web. Mais qu'en est-il de l'ensemble du mouvement Wikimédia ? Pour nous aider à comprendre ce qui se passe dans la dimension numérique de ce mouvement, voici une métaphore qui décrit un quartier établi au sein d'une ville, imaginée au départ de l'espace web ». Dans cette ville imaginaire, Internet représenterait le réseau routier, pendant que des serveurs informatiques feraient office de bâtiments, et que les pages web qu'ils hébergent, constitueraient les différentes pièces de ces édifices.
Le quartier Wikimédia rassemblerait ainsi plus d’un millier de bâtiments. Au sein de ceux-ci et à l’exception de quelques lieux administratifs, chaque pièce peut être visitée gratuitement, mais aussi modifiée au niveau de son contenu. On peut ainsi y ajouter de nouvelles choses, telles que du texte, des photos, des vidéos ou des documents sonores, et même changer ou supprimer ce qui a été créé ou modifié par d’autres. Tout cela, bien sûr, dans le but de rendre ces endroits plus esthétiques, ou plus authentiques et en tenant compte des différentes idées et des éventuelles oppositions de point de vue concernant les aménagements. Pour faciliter l'entente entre les personnes qui s'investissent dans les modifications, chaque pièce des bâtiments Wikimédia possède un espace annexe dédié à la discussion.
Dans la plupart des bâtiments Wikimédia, une personne malintentionnée peut même faire disparaitre tout le contenu d'une pièce. Néanmoins, dans la seconde qui suit, un robot remettra tout en place, avant de transmettre un message concernant le traitement du vandalisme. Lorsqu'une action plus discrète n'est pas détectée par un robot, c'est alors quelqu'un qui surveille la pièce qui prendra le relais pour annuler les changements malveillants et contacter la personne responsable. En cas de multirécidive, celle-ci peut se voir privée de sa capacité de modifier les pièces, soit dans le bâtiment vandalisé, soit dans tout le quartier quand cela se justifie. Après discussion, cette sanction sera mise en application par un administrateur ou une administratrice bénévole, choisi ou choisie par l'ensemble des autres bénévoles qui prennent soin des bâtiments.
On comprend donc que tout le monde peut enrichir, mais également surveiller et protéger les richesses partagées dans le quartier Wikimédia. Il suffit pour cela de rejoindre le mouvement en se créant un compte. Cela permet de profiter de nombreux outils, dont notamment un système qui envoie des notifications, dès qu'une pièce que l'on veut surveiller est modifiée.
Pour créer ce compte, pas besoin de fournir une adresse ou un numéro de téléphone. Les seules informations personnelles indispensables au bon fonctionnement du quartier Wikimédia sont les adresses IP des visiteurs. Lors des visites et contrairement à ce qui se passe dans les quartiers commerciaux de la grande ville numérique, tels que les GAFAM, NATU, BATX, le quartier Wikimédia ne récolte et ne vend aucune donnée à des fins d'exploitation.
Même les adresses IP enregistrées par le système ne sont pas visibles par les autres visiteurs. Elles sont remplacées par les noms et les pseudonymes fournis lors de la création des comptes, ou masquées par des comptes temporaires pour les modifications faites par des personnes non connectées. Seules quelques personnes accréditées par la communauté pour effectuer des contrôles d’usurpation d’identité ont accès à ces informations. C’est là une précaution nécessaire au bon déroulement des votes qui succèdent parfois aux recherches de consensus concernant l'aménagement du quartier Wikimédia.
Dans cette ville numérique que constituerait l'espace web, Wikimédia apparait ainsi comme le plus grand quartier dédié au partage de la connaissance. Tout d'abord, il y a les plus de 350 bâtiments Wikipédia, chacun dédié à une version linguistique de l'encyclopédie. Puis, toujours séparés en versions linguistiques, on trouve ensuite les bibliothèques Wikilivres et Wikisource, les bâtiments lexicaux multilingues Wiktionnaire, le centre journalistique Wikinews, le centre pédagogique et de recherche Wikiversité, le centre d'informations touristique Wikivoyage, le répertoire des êtres vivants Wikispecies et enfin l'institut des citations d’auteurs Wikiquote. Cela sans oublier le musée médiatique Wikimedia Commons et la banque Wikidata, reconnue comme étant la plus grande banque d’informations structurées au monde. Deux bâtiments dont l'une des fonctions principales communes est d’enrichir les pièces situées dans les autres buildings du quartier Wikimédia.
Dans tous ces immeubles, il arrive souvent que plus de la moitié des étages soient uniquement attribués à l'organisation des activités qui s'y déroulent. Chaque bâtiment peut aussi compter sur le soutien d'autres édifices tels que MediaWiki, Wikitech, Phabricator, qui sont trois lieux entièrement dédiés aux maintenances techniques sur l'ensemble du quartier. Concernant les aspects administratifs, c'est dans le bâtiment Méta-Wiki que s'opère la gouvernance générale du quartier, alors que les courriers adressés à ce dernier sont traités en première ligne dans le bâtiment Wikimedia VRT. À la suite de quoi, il ne reste plus qu'à citer le bâtiment Wikimedia Outreach, pour des initiatives de sensibilisation, et le bâtiment du journal Diff Wikimedia, comme lieu de publication d'actualités sur le mouvement.
En dehors de certains aspects techniques, tous ces bâtiments sont exclusivement régis par des communautés bénévoles, qui sont toujours prêtes à accueillir de nouveaux membres. Les seuls immeubles du quartier qui diffèrent de ce principe sont les bâtiments vitrines de la Fondation Wikimédia et des autres associations Wikimédia qui engagent du personnel. Quant au bâtiment du conseil d'administration de la Fondation, des raisons officielles justifient le fait que la modification de ses pièces est réservée à ces membres et aux employés qui les soutiennent.
Face à tant d'utopies, il devient légitime de vouloir comprendre comment tout cela fut rendu possible. Or, pour répondre à cette question, il faut alors parcourir tout un pan de l'histoire de la révolution numérique, depuis la contre-culture des années 1960 jusqu'à nos jours. On y découvre que les pionniers du réseau Internet étaient des chercheurs et étudiants en informatique, fortement influencés par de nouvelles idéologies, telles que celles qui furent à la source des évènements de mai 68 en France. C'est donc de là que naîtra la philosophie de partage, de liberté, de décentralisation et ce mode d’organisation tout à fait spécifique, que l'on observe aujourd'hui au sein du mouvement Wikimédia.
Il y eut tout d'abord la création d'Internet, comme réseau mondial de communication en libre accès, puis le développement du World Wide Web, qui a grandement facilité les interactions humaines à l’échelle planétaire. Par la suite, ce fut l'arrivée du Web 2.0, caractérisé par l'apparition de nouveaux sites web directement modifiables à l'aide d’un simple navigateur. Or, parmi ceux-ci se trouvent les moteurs de Wiki, dont le plus puissant d’entre eux, MediaWiki, est un logiciel libre développé par la Fondation Wikimédia. Le moment est donc venu d'en savoir plus sur ce type de programme informatique, ainsi que sur le mouvement du logiciel libre, qui a fortement influencé la philosophie et les valeurs véhiculées au sein du mouvement Wikimédia.
'''Chapitre 2 : Le mouvement du logiciel libre'''
L’un des premiers épisodes de la préhistoire de Wikipédia et du mouvement Wikimédia débuta en septembre 1983, lorsqu’un programmeur du Massachusetts Institute of Technology, appelé Richard Stallman, déposa un message sur la liste de diffusion net.unix-wizards. C’était un appel d’aide pour la création de GNU, un nouveau système d’exploitation qui devait réunir une suite de programmes que tout le monde pourrait utiliser librement sur son ordinateur personnel. Dans son message transmis via ARPANET, le premier réseau informatique à grande échelle qui précéda Internet, Stallman s’exprimait de la sorte :
Je considère comme une règle d’or que si j’apprécie un programme, je dois le partager avec d’autres personnes qui l’apprécient. Je ne peux pas en bonne conscience signer un accord de non-divulgation ni un accord de licence de logiciel. Afin de pouvoir continuer à utiliser les ordinateurs sans violer mes principes, j’ai décidé de rassembler une quantité suffisante de logiciels libres, de manière à pouvoir m’en tirer sans aucun logiciel qui ne soit pas libre.
Le projet de Stallman, qui reçut le soutien nécessaire à son accomplissement, marqua ainsi le début de l’histoire du logiciel libre. Quant à la quantité d’aide fournie, elle permet de croire que Richard Stallman n’était pas seul à voir l’arrivée des logiciels propriétaires d’un mauvais œil. Car pour les membres du projet GNU et du mouvement du logiciel libre en général, un bon programme informatique doit respecter ces quatre libertés fondamentales :
1. La liberté d’exécuter le programme, pour tous les usages.
2. La liberté d’étudier le fonctionnement du programme, et de l’adapter à vos besoins.
3. La liberté de redistribuer des copies, donc d’aider votre voisin.
4. La liberté d’améliorer le programme, et de publier vos améliorations, pour en faire profiter toute la communauté.
Lors de l'apparition du logiciel libre, le marché de l’informatique était de fait en pleine mutation. L'habituel partage des codes informatiques entre les rares étudiants ou chercheurs qui bénéficiaient d’un accès à un ordinateur faisait l'objet d'une remise en question. Ce changement faisait notamment suite au Copyright Act de 1976, une nouvelle loi qui autorisait l'application d'un droit d'auteur sur le code informatique, et donc qui permettait d'en interdire le partage ou la réutilisation sans autorisation. Des clauses de confidentialité ont ainsi fait leur apparition, pendant que les employés des firmes informatiques étaient nouvellement soumis à des contrats de confidentialité. C'était la fin de l’entraide et de la solidarité pratiquées chez les pionniers de l’informatique. À sa place s'installaient la concurrence et la compétitivité, bien connues dans le système capitaliste marchand.
Cette mutation coïncidait avec l’arrivée des premiers ordinateurs de taille réduite. Grâce à l’apparition des premiers circuits intégrés, les premiers exemplaires avaient en effet été créés par l’industrie aérospatiale au début des années 1960. Cependant, il fallut attendre le début des années 1980 pour que le prix d’un ordinateur soit suffisamment bas pour en faire un bien de grande consommation.
C’est ainsi qu’en 1982, le Commodore 64 entrait dans le livre Guinness des records, avec plus de 17 millions d’exemplaires vendus dans le monde. Juste avant cela, en 1981, l’IBM Personal Computer avait déjà fait son apparition, en proposant une architecture ouverte qui allait servir de modèle pour toute une gamme d’ordinateurs que l’on désigne toujours aujourd’hui par l’acronyme « PC ».
Pour faire fonctionner ses nouveaux modèles d'ordinateurs, la société IBM avait confié à l’entreprise Microsoft, créée en 1975, la mission de les équiper d’un système d’exploitation. Le contrat signé entre les deux firmes fut une véritable aubaine pour le fournisseur des programmes informatiques. Car sans s'en apercevoir, et sans jamais anticiper que son matériel serait cloné à grande échelle, celle-ci avait en effet permis à Microsoft d'établir un monopole dans la vente de logiciels. Cela fut condamné pour abus de position dominante et vente liée du logiciel avec le matériel informatique, mais sans pour autant empêcher Bill Gates, le principal actionnaire de Microsoft, d'être l'homme le plus riche du monde en 1994.
Toutefois, pendant que Microsoft renforçait sa position dominante, un nouvel événement majeur allait marquer l’histoire du logiciel libre. Celui-ci fut de nouveau déclenché par un appel à contribution, qui fut cette fois posté le vingt-cinq août 1991 par un jeune étudiant en informatique de 21 ans, appelé Linus Torvalds. Via le système de messagerie Usenet, sa demande avait été postée dans une liste de diffusion consacrée au système d’exploitation Minix, une sorte d’UNIX simplifié et développé dans un but didactique, par le programmeur Andrew Tanenbaum.
Loin d’imaginer que cela ferait de lui une nouvelle célébrité dans le monde du Libre, Torvalds entama son message par le paragraphe suivant :
Je fais un système d’exploitation (gratuit) (juste un hobby, ne sera pas grand et professionnel comme gnu) pour les clones 386 (486) AT. Ce projet est en cours depuis avril et commence à se préparer. J’aimerais avoir un retour sur ce que les gens aiment ou n’aiment pas dans minix, car mon système d’exploitation lui ressemble un peu (même disposition physique du système de fichiers (pour des raisons pratiques) entre autres choses).
Bien qu’il fût présenté comme un passe-temps, le projet qui répondait au nom de « Linux », fut rapidement soutenu par des milliers de programmeurs du monde entier, avant de devenir la pièce manquante du projet GNU. En effet, les contributeurs au projet de Stallman n’avaient pas encore terminé l’écriture du code informatique du noyau Hurd, alors qu'il était censé établir la communication entre la suite logicielle produite par GNU et le matériel informatique. C'est donc la fusion des codes produits par les projets GNU et Linux qui permit la création du premier système complet, stable et entièrement libre baptisé GNU/Linux.
Au départ de ce nouveau système informatique, de nombreuses variantes, que l’on nomme communément « distributions », furent créées par des programmeurs de tous horizons. L’une de celles-ci s’intitule Debian et tire sa réputation d'être simultanément libre, gratuite, très fiable et produite par une communauté sans lien direct avec une société commerciale. Quatre qualités qui expliquent pourquoi, Debian sert de base à plus de 150 distributions dérivées, et que de nombreuses organisations l'utilisent, comme le fait la Fondation Wikimédia sur les serveurs qui hébergent les projets qu'elle supporte.
Grâce à la naissance des logiciels libres, le mouvement Wikimédia a donc la possibilité de faire tourner ses serveurs informatiques, avec un système d’exploitation fiable, libre et gratuit. Comme son code source est ouvert, cela permet aussi à la Fondation Wikimédia de le modifier pour répondre aux besoins spécifiques du mouvement. À la suite de quoi, et selon les règles formulées par la communauté du logiciel libre, les modifications faites par la Fondation deviennent à leur tour, gratuitement et librement, utilisables par d’autres personnes ou organismes.
À ce premier héritage reçu par le mouvement Wikimédia et toujours en provenance des logiciels libres, s’ajoute une innovation méthodologique. Dans son article La Cathédrale et le Bazar, Eric Raymond mobilise en effet le terme « cathédrale » pour désigner le mode de production des logiciels propriétaires, en opposition au mot « bazar », qu'il utilise pour qualifier le mode de développement des logiciels libres. D’un côté, il décrit une organisation pyramidale, rigide et statutairement hiérarchisée, comme on peut la voir souvent au sein des entreprises. Tandis que de l’autre, il parle d’une organisation horizontale, flexible et peu hiérarchisée, qu’il a lui-même expérimentée en adoptant le style de développement de Linus Torvalds, à savoir : « distribuez vite et souvent, déléguez tout ce que vous pouvez déléguer, soyez ouvert jusqu’à la promiscuité ».
À l’instar de la métaphore du quartier numérique présentée dans le précédent chapitre, cette manière de décrire les projets open source nous aide donc ici à mieux comprendre ce qui se passe dans le mouvement Wikimédia. D'un côté, on retrouve effectivement cette « ouverture jusqu’à la promiscuité », dans le libre accès accordé aux projets Wikimédia, alors que de l'autre, tout le monde peut participer aux projets Wikimédia, qu'ils soient en ligne ou hors ligne.
Ces deux observations corroborent donc l’existence d’un deuxième héritage en provenance du mouvement du logiciel libre. Néanmoins, il nous reste encore à découvrir un phénomène négligé par Eric Raymond durant ses observations, et qui pourtant, a considérablement influencé l'histoire de la révolution numérique. Il s’agit de l’apparition de la licence libre, de la philosophie qu'elle sous-tend, et du mouvement de la culture libre, dont elle fut à l’origine.
'''Chapitre 3 : Les licences et la culture libres'''
Dans une biographie autorisée, Christophe Masutti explique à quel point la création de la Licence publique générale GNU, en tant que première licence libre créée par Richard Stallman, représente un épisode majeur de la révolution numérique. Selon lui :
La GPL apparaît comme l’un des meilleurs hacks de Stallman. Elle a créé un système de propriété collective à l’intérieur même des habituels murs du copyright. Surtout, elle a mis en lumière la possibilité de traiter de façon similaire « code » juridique et code logiciel.
Le concept de distribution associé à ce nouveau type de licence fut baptisé « copyleft », par inspiration d’un jeu de mots que Richard Stallman avait trouvé dans un courrier transmis par son collègue Don Hopkins. Le principe novateur de ce concept est d'obliger toute production de code dérivé à se soumettre à la même licence libre que le code d’origine. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle beaucoup de gens parlent de licence « virale » ou « récursive » en faisant référence à celle-ci. Quant à l'importance de cette clause, elle repose sur le fait d'interdire toute privatisation d'un code informatique produit sous licence libre. Sans celle-ci, un tel code risque en effet d'être récupéré, puis modifié, avant d’être placé sous un habituel copyright de type « tous droits réservés », dans le but de commercialiser son usage.
En 2001 et dans la mouvance provoquée par l'arrivée des premières licences libres, une organisation internationale sans but lucratif, intitulée Creative Commons, a entamé la promotion du « partage et la réutilisation de la créativité et des connaissances grâce à la fourniture d’outils juridiques gratuits ». Pour ce faire, elle met régulièrement à jour une panoplie de licences inspirées par la GNU, mais spécialement adaptées aux œuvres de l'esprit, telles que les productions littéraires, musicales, photographiques et vidéo, ainsi que les bases de données.
Contrairement aux licences libres fournies par la Free Software Foundation, conçues pour protéger du code informatique, les licences produites par Creative Commons offrent la possibilité de sélectionner différentes clauses pour protéger une œuvre libre. Avec le label CC, pour Creative Commons, on peut ainsi appliquer, ou ne pas appliquer, la clause « BY », qui oblige à créditer l'auteur, et la clause « SA », pour Share Alike, qui ordonne le partage à l’identique comme décrit précédemment. Après quoi il est encore possible d'ajouter la clause « NC », qui impose un usage non commercial, et finalement, la clause « ND », pour Non Derivative, qui exige que l’œuvre soit utilisée ou reproduite dans son intégralité et sans modification.
Le mouvement Wikimédia a choisi la licence CC.BY-SA pour protéger les contenus publiés dans tous ses projets. Cela à l'exception de la banque de données Wikidata, qui au même titre que les descriptions apportées aux fichiers téléchargés dans la médiathèque Wikimedia Commons, publie ses informations structurées sous licence CC0. Cette dernière licence proposée par creative commons est ce qui se rapproche le plus du domaine public, avec pour avantage de ne pas devoir mentionner les auteurs dans le traitement et la réutilisation du contenu de la base de données.
Cependant, il en résulte que les informations en question peuvent être réutilisées par des tiers qui ne sont plus obligés de citer leurs sources, comme le font les agents conversationnels des intelligences artificielles génératives, appelés couramment chatbots. Contrairement à la licence CC.BY-SA, la licence CC0 est donc moins apte à pérenniser les projets Wikimédia, puisqu'elle permet d'invisibiliser ces derniers au risque de réduire les chances d'arrivée de nouveaux contributeurs et contributrices. De plus, sans la clause SA qui assure l'application du copyleft, toutes les informations récupérées au sein de Wikidata et de Wikimedia Commons sont aussi susceptibles de quitter le monde du libre, une fois traitées par des entreprises commerciales.
Quoi qu’il en soit, les licences Creative Commons, inspirées par la licence libre de Richard Stallman, apparaissent finalement comme un troisième héritage en provenance du mouvement du logiciel libre et de la culture libre qui en est issue. Grâce à la licence CC.BY-SA, les éditeurs des projets Wikimédia bénéficient effectivement d'une certaine reconnaissance, tout en étant assurés qu'aucun copyright sur leurs travaux ne puisse profiter exclusivement à une personne ou une compagnie. Cela pendant que la licence libre appliquée au système d'exploitation installé sur les serveurs Wikimédia garantit, pour sa part, un certain respect des contributeurs, puisqu'elle permet de vérifier si le code informatique ne compromet pas leurs vies privées.
Avec tous les autres apports en provenance du logiciel libre, ce sont là deux choses importantes qui ont permis l'apparition du mouvement Wikimédia. Toutefois, cela ne pouvait pas suffire à la création du projet Wikipédia qui en fut le point de départ. Car sans l'espace numérique, mondial et libre d’accès, créé par Internet et l'espace web, aucune encyclopédie collaborative de cette envergure n'aurait pu voir le jour.
'''Chapitre 4 : Le réseau Internet'''
L’histoire du réseau Internet constitue un nouvel épisode captivant de la révolution numérique, sans lequel le mouvement Wikimédia n’aurait jamais pu émerger. D’un point de vue purement technique, ce réseau informatique a été mis au point dans les années 1970, avant l’adoption généralisée du protocole TCP/IP, toujours en usage à ce jour. Ce dernier fut inventé par Vint Cerf et Robert Elliot Kahn, quand ils travaillaient pour la Defense Advanced Research Projects Agency, rattachée au département de la Défense américaine. L'une des premières présentations de leur projet fut, entre autres, réalisée lors d’une conférence organisée par l’International Network Working Group, une instance créée pour assurer la gouvernance mondiale du réseau informatique.
Sur base de ces informations, on peut penser qu’Internet a été créé par des militaires. Cependant, Une contre-histoire de l’Internet, nous révèle que les créateurs et les premiers utilisateurs d’ARPANET, considéré comme l’ancêtre d’Internet, étaient davantage des étudiants hippies et amateurs de LSD, que des militaires bien drillés. D’ailleurs, avant la standardisation du protocole TCP/IP, ARPANET fonctionnait depuis plus d’un an avec un autre protocole de transition intitulé Network Control Program. Or, celui-ci avait été mis au point, en février 1969, par le Network Working Group, un groupe informel d’étudiants rassemblés autour de Steve Crocker, lorsqu’il ne détenait encore qu’une simple licence.
Bien que rarement cité dans l’histoire d’Internet, ce groupe a pourtant mis en place la procédure RFC, pour Request For Comments, reconnue comme « l’un des symboles forts de la "culture technique" de l’Internet, marquée par l’égalitarisme, l’autogestion et la recherche collective de l’efficience ». Soit trois principes et une procédure, qui aujourd’hui encore sont appliqués sur le site Méta-Wiki, dans lequel s'organise la gestion communautaire du mouvement Wikimédia. Cela alors qu'au sein des projets pédagogiques, d’autres processus similaires de recherche de consensus ont fait leur apparition.
Il faut ensuite savoir que les liens entre ARPANET et l’armée ont disparu avec l’apparition du MILNET, un réseau entièrement dédié aux activités militaires, rebaptisé NIPRNet, pour Non-classified Internet Protocol Router Network, en 1990. Après une séparation définitive en 1983, précisément l’année où Richard Stallman postait sa demande d’aide pour le projet GNU, le réseau ARPANET resta uniquement dédié à la recherche et au développement. À cette époque, le réseau ne comprenait pas plus de 600 machines connectées, ce qui n'a donc rien de comparable avec ce vaste réseau informatique mondial que nous connaissons aujourd’hui, et qui fut fortement développé au cours des années 1990.
Pour en assurer l’entretien technique, une organisation non gouvernementale, a été créée en 1992, sous l'appellation d’Internet Society. Celle-ci devait aussi veiller au respect des valeurs fondamentales liées au bon fonctionnement du réseau. Car avant d'atteindre des milliards d’appareils connectés, il a d’abord fallu réglementer les nombreuses dorsales internet intercontinentales, sans lesquelles la transmission du protocole TCP/IP partout dans le monde n'aurait pas été possible.
Pour en revenir à l’état d’esprit des créateurs d'Internet, un article intitulé Quarante ans après : mais qui donc créa l’internet ? apporte un éclairage particulièrement intéressant au sujet des liens que l'on peut établir entre le mouvement Wikimédia et l'histoire d'Internet. Dans son témoignage, Michel Elie, cet ingénieur en informatique, membre du Network Working Group cité précédemment, et responsable de l’Observatoire des Usages de l’Internet, nous explique effectivement ceci.
Le succès de l’internet, nous le devons aux bons choix initiaux et à la dynamique qui en est résultée : la collaboration de dizaines de milliers d’étudiants, ou de bénévoles apportant leur expertise, tels par exemple ces centaines de personnes qui enrichissent continuellement des encyclopédies en ligne telles que Wikipédia.
Au courant des années 1990, le milieu informatique universitaire semblait donc toujours fortement imprégné des idéaux de la contre-culture des années 1960, produit par les baby boomers dans le contexte de la guerre du Vietnam. Afin d'illustrer les idées véhiculées à cette époque, voici un paragraphe extrait d'un ouvrage publié en 1970 et intitulé Vers une contre-culture : Réflexions sur la société technocratique et l’opposition de la jeunesse. Dans celui-ci, Théodore Roszak explique que :
Le projet essentiel de notre contre-culture : proclamer un nouveau ciel et une nouvelle terre, si vastes, si merveilleux que les prétentions démesurées de la technique soient réduites à n’occuper dans la vie humaine qu’une place inférieure et marginale. Créer et répandre une telle conception de la vie n’implique rien de moins que l’acceptation de nous ouvrir à l’imagination visionnaire. Nous devons être prêts à soutenir ce qu’affirment des personnes telles que Blake, à savoir que certains yeux ne voient pas le monde comme le voient le regard banal ou l’œil scientifique, mais le voient transformé, dans une lumière éclatante et, ce faisant, le voient tel qu’il est vraiment.
À la suite de cette lecture, il peut sembler paradoxal de penser qu’une contre-culture, voyant la technique comme « inférieure » et assimilant la science au « banal », puisse avoir un lien avec le milieu scientifique universitaire qui fut à l'origine d'Internet. Cependant, une réponse à cette énigme fut apportée par Fred Turner, par la publication de son livre intitulé : « Aux sources de l’utopie numérique : De la contre-culture à la cyberculture, Stewart Brand, un homme d’influence ».
Grâce à cet ouvrage, on découvre en effet que le mouvement Hippie utilisera tout ce qui était à sa disposition à l’époque pour parvenir à ses fins : LSD, spiritualités alternatives, mais également, objets technologiques les plus en pointe. Cela grâce notamment à l’influence de Steward Brand, le créateur d'un catalogue interactif, qui peut être considéré comme l'ancêtre analogique des groupes de discussions numériques apparus des années plus tard.
Comme autre indication, il y a ensuite les propos tenus en 1992, lors d’une plénière de la 24ᵉ réunion du groupe de travail sur l’ingénierie Internet, par David D. Clark, un autre pionnier d’Internet. Durant cette rencontre, ce chef de projet prononça des paroles restées dans les annales. « Nous récusons rois, présidents et votes. Nous croyons au consensus et aux programmes qui tournent ». Deux phrases seulement, mais qui, dans le cadre du milieu informatique, permettent de croire que le mépris de la contre-culture envers la technique et la science, s'est transformé en un refus d’autorité et une recherche de consensus.
Dans tous les cas, le développement du réseau Internet ne s'est pas fait sans conflits idéologiques importants. On peut d'ailleurs se demander aujourd'hui à quoi ressemblerait Internet s'il n'avait jamais été commercialisé. Cela s'est passé en novembre 1994, lorsque l’association sans but lucratif Advanced Network and Services, chargée de gérer les accès à Internet, a fait le choix de vendre ses activités. Cette décision faisait suite à un appel à des fonds privés pour financer d'importants changements dans l'infrastructure du réseau. Profitant de l'occasion, la société commerciale America Online a ainsi repris à son compte la gestion des connexions à Internet, après avoir effectué un versement de 35 millions de dollars.
Trente ans plus tard, Internet est devenu ce réseau que nous expérimentons aujourd'hui, à savoir : un réseau dominé par des sociétés privées les plus riches au monde. Dans ce contexte et parmi les 100 sites web les plus visités au monde, seul le nom de domaine Wikipédia appartient à une organisation non lucrative. Cela explique donc pourquoi le mouvement Wikimédia, via son encyclopédie et la fondation qui l'héberge, représente à ce jour, et dans l'espace web, l'expression la plus visible de la philosophie des pionniers d’Internet.
Plus qu'un héritage, cette situation peut être vue comme une mission perpétuée au sein d'un espace envahi par une culture marchande et capitaliste. C'est là une information importante qu'il faut retenir au sujet du mouvement Wikimédia. Elle ne clôture pas pour autant tout ce qu'il faut savoir au sujet des évènements qui ont permis la création d’une encyclopédie mondiale, libre et collaborative. Mais en revanche, elle nous invite à découvrir l'histoire du World Wide Web, un espace numérique sans lequel la création de Wikipédia n'aurait jamais été possible.
'''Chapitre 5 : Le World Wide Web'''
Maintenant que le lien entre la création d'Internet et le mouvement Wikimédia est établi, découvrons à présent l'application la plus connue du réseau, que l'on nomme le World Wide Web, ou plus simplement « Web ». C'est Tim Berners-Lee qui en fut l’inventeur, lorsqu’il était encore actif à l'Organisation européenne pour la recherche nucléaire. Il avait pour idée de créer un espace d’échange public par l’intermédiaire d'Internet, et pour y parvenir, il mit au point le logiciel « WorldWideWeb », rebaptisé Nexus pour éviter toute confusion avec le World Wide Web.
Grâce à un système d’indexation appelé hypertexte, ce programme informatique a permis de produire et de connecter des espaces numériques intitulés sites Web. Ceux-ci sont composés de pages web, hébergées sur des ordinateurs distants, mais connectés entre eux au travers du réseau Internet. Pour permettre ce type de connexion, Berners-Lee mit au point le Hypertext Transfer Protocol ou HTTP, un nouveau protocole de communication simple en soi, mais dont la mise en œuvre technique est compliquée.
Pour veiller au bon fonctionnement et au bon usage de l'espace web, des règles de standardisation ont tout d'abord été édictées par l’association Internet Society. Après quoi, Berners-Lee fonda le W3C, un consortium international dont la devise est : « un seul Web partout et pour tous ». Si ce slogan nous apparaît très naturel aujourd’hui, il faut toutefois savoir que l'espace Web a bien failli être régi séparément par des acteurs commerciaux, avec tous les droits d'accès que cela aurait pu engendrer.
À partir du trente avril 1993, jour du dépôt du logiciel WorldWideWeb dans le domaine public par Robert Cailliau, un collègue de Berners-Lee chargé de la promotion de son projet, un tel scénario était en effet possible. Sauf qu'après le départ de Berners-Lee, devenu président du W3C, François Flückiger, qui avait repris son poste au sein du CERN, eut la présence d'esprit de réagir à temps. Selon le livre Alexandria qui parcourt l'histoire de Robert Caillau, voici ce qui aurait pu se passer si le code de l’éditeur HTML n'avait finalement pas été placé sous licence libre.
La philanthropie de Robert, c’est très sympa, mais ça expose le Web à d’horribles dangers. Une entreprise pourrait s’emparer du code source, corriger un minuscule bug, s’approprier le « nouveau » logiciel et enfin faire payer une licence à ses utilisateurs. L’ogre Microsoft, par exemple, serait du genre à flairer le bon plan pour écraser son ennemi Macintosh. Les détenteurs d’un PC devraient alors débourser un certain montant pour profiter des fonctionnalités du Web copyrighté Microsoft. Les détenteurs d’un Macintosh, eux, navigueraient sur un Web de plus en plus éloigné de celui vendu par Bill Gates, d’abord gratuit peut-être, avant d’être soumis lui aussi à une licence.
Face à un tel scénario, nous découvrons de nouveau à quel point le concept de licence libre a fondamentalement changé le cours de la révolution numérique. Sans cela, nos expériences et nos usages de l'espace numérique auraient été totalement différents. L'utopie Wikipédia, par exemple, n'aurait certainement pas vu le jour, en raison de l'éclatement des espaces numériques et des coûts d'accès auxquels seraient confrontés les bénévoles qui ont construit le projet. Quoi qu'il en soit, et au niveau technique, une fois l'espace web apparu, il ne manquait plus qu'une chose pour permettre la création d'une encyclopédie collaborative au format numérique.
'''Chapitre 6 : Les plateformes Wiki'''
Un wiki, ou un moteur de wiki, est un logiciel que l'on installe sur un serveur informatique pour permettre la création d’un site web éditable et configurable à l’aide d’un simple navigateur. Plus précisément, c’est un système de gestion de contenu, dans lequel le code HTML, CSS, JavaScript et Lua, ainsi que certains paramètres, peuvent être modifiés par tous les internautes. Cela peut se faire en se connectant à un compte utilisateur, afin de bénéficier des droits de modification et d’administration qui lui sont accordés, ou en utilisant la configuration attribuée par défaut aux personnes non connectées.
Sur les pages web d'un wiki, chaque modification provoque un nouvel enregistrement complet du code source qui la compose. De la sorte, il est toujours possible, à partir d’une page reprenant l’historique des modifications, de rétablir l'une de ses anciennes versions. Grâce à ce système, on peut ainsi savoir quelle personne, ou quelle adresse IP est à l’origine d’un changement, et même voir l’endroit où la modification a été faite, et à quel moment celle-ci a été réalisée.
Le premier logiciel Wiki, qui portait le nom de WikiWikiWeb, a été créé et placé sous licence libre GPL par Ward Cunningham en mars 1995. Grâce à la licence, d’autres programmes wiki ont vu le jour en copiant ou s’inspirant du code source de WikiWikiWeb, ou des autres projets wiki qui l'avaient fait auparavant. Cette émulation récursive, qui donna naissance à toute une panoplie de projets wiki, est donc à nouveau une belle illustration des retombées positives que peut susciter l'application d'une licence libre.
Parmi les différents logiciels Wiki disponibles, UseModWiki fut choisi par la société Bomis qui finança la création du premier projet Wikipédia en anglais. C'était un choix judicieux, car l’éclatement de la bulle spéculative d’Internet, à la fin des années 2000, confrontait l'entreprise à de grosses difficultés financières. Un programme gratuit, simple d’utilisation et peu gourmand en ressources informatiques, convenait donc parfaitement dans ce cadre. UseModWiki fut par après remplacé par un autre moteur de Wiki sans nom, mais plus performant et toujours produit sous licence libre. Ce dernier fut ensuite amélioré par plusieurs programmeurs, dont Brion Vibber, le premier employé de la Fondation Wikimédia, avant d’être finalement intitulé MediaWiki.
Avec l’aide de nouveaux employés et des bénévoles actifs sur le site mediawiki.org, ce système de gestion de contenu finit par apparaitre en tête du classement des wikis les plus utilisés. Grâce à la licence libre, des milliers d'autres personnes et projets ont pu en effet développer des sites Web, sans nécessairement faire partie du mouvement Wikimédia. Ce succès a par ailleurs justifié l'organisation de rassemblements annuels entre 2016 et 2020, entre personnes et organisations qui utilisent le programme, pour discuter de son développement et de ses usages.
Ceci étant dit, il existe dans la liste des Wikis d’autres logiciels libres intéressants, tels que DokuWiki, rendu populaire par sa simplicité d’installation et d’usage. Jusqu’à ce jour cependant, seul MediaWiki semble suffisamment stable et puissant pour permettre le développement optimal de l’ensemble des projets Wikimédia. Avec parmi ceux-ci, bien sûr, Wikipédia, l'encyclopédie libre et universelle, dont nous allons enfin découvrir la mise en place dans ce prochain chapitre.
'''Chapitre 7 : L’encyclopédie libre et universelle'''
Dans les chapitres précédents, nous avons découvert toutes les innovations techniques et culturelles sans lesquelles Wikipédia n’aurait jamais pu devenir la plus grande encyclopédie libre et universelle connue au monde. Son objectif est de synthétiser la totalité du savoir humain. Ce qui n’est autre, finalement, qu’un vieux rêve de notre humanité. Trois cents ans avant Jésus-Christ et durant la création de la bibliothèque d’Alexandrie, ce désir était aussi celui de Ptolémée Iᵉʳ. C'était deux siècles avant que Denis Diderot publie, avec Jean Le Rond d'Alembert et Louis de Jaucourt en 1751, la première édition de l’Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers. Quant à Paul Otlet, qui a créé avec Henri La Fontaine la classification décimale universelle en usage depuis 1905, il s’était mis en tête de répertorier l’ensemble du savoir humain au sein d'un seul édifice.
Peu connu à ce jour, ce documentaliste belge rêvait pourtant de cataloguer le monde et de rassembler toutes les connaissances humaines, sous la forme d’un gigantesque répertoire bibliographique universel, situé à l'intérieur d'un Mundaneum. En 1934, dans le Traité de documentation écrit par celui qui voulait « classer le monde », Otlet décrit, de manière particulièrement visionnaire, un possible partage du savoir et de l’information.
Ici, la Table de Travail n’est plus chargée d’aucun livre. À leur place se dresse un écran et à portée un téléphone. Là-bas, au loin, dans un édifice immense, sont tous les livres et tous les renseignements, avec tout l’espace que requiert leur enregistrement et leur manutention…
De là, on fait apparaître sur l’écran la page à lire pour connaître la question posée par téléphone avec ou sans fil. Un écran serait double, quadruple ou décuple s’il s’agissait de multiplier les textes et les documents à confronter simultanément ; il y aurait un haut-parleur si la vue devrait être aidée par une audition. Une telle hypothèse, un Wells certes l’aimerait. Utopie aujourd’hui parce qu’elle n’existe encore nulle part, mais elle pourrait devenir la réalité de demain pourvu que se perfectionnent encore nos méthodes et notre instrumentation.
À peu de choses près, cette utopie décrite en 1934 par Otlet correspond à l'usage que l'on fait du réseau Internet et de son espace web, lorsqu'on recherche de l'information aujourd'hui. Premièrement, allumer un système informatique, avec ou sans fil, muni d'un écran ; ensuite, poser une question dans un moteur de recherche ; puis, comme cela arrive très souvent, être redirigé vers l'une des versions linguistiques de Wikipédia.
Ce scénario, dans lequel les moteurs de recherche jouent un rôle central, explique la popularité de l'encyclopédie libre. D'autres projets similaires étaient pourtant apparus sur le Web avant l'arrivée de Wikipédia. Environ trois ans avant sa création, Aaron Swartz, un activiste de la culture libre qui avait juste douze ans à l'époque, avait par exemple lancé une sorte de site encyclopédique produit et régi par ses usagers. Appelé The Info Network, ce site web avait d'ailleurs permis à son auteur de recevoir l'ArsDigita Prize, un prix décerné aux jeunes créateurs de projets « utiles, éducatifs, collaboratifs et non commerciaux ».
Il faut savoir ensuite que l'expression « encyclopédie libre et universelle » fut oubliée pour la première fois durant l'année 2000 par Richard Stallman, soit l'année qui précéda celle de la naissance de Wikipédia. C'était dans un essai intitulé The Free Universal Encyclopedia and Learning Resource, qui, selon son auteur, avait été rédigé deux ans avant sa publication sur la liste de diffusion du projet GNU. Repris ci-dessous, un extrait de ce texte, présente les particularités du projet.
Le World Wide Web a le potentiel de devenir une encyclopédie universelle couvrant tous les domaines de la connaissance et une bibliothèque complète de cours d’enseignement. Ce résultat pourrait être atteint sans effort particulier, si personne n’intervient. Mais les entreprises se mobilisent aujourd’hui pour orienter l’avenir vers une voie différente, dans laquelle elles contrôlent et limitent l’accès au matériel pédagogique, afin de soutirer de l’argent aux personnes qui veulent apprendre.
Nous ne pouvons pas empêcher les entreprises de restreindre l’information qu’elles mettent à disposition ; ce que nous pouvons faire, c’est proposer une alternative. Nous devons lancer un mouvement pour développer une encyclopédie libre universelle, tout comme le mouvement des logiciels libres nous a donné le système d’exploitation libre GNU/Linux. L’encyclopédie libre fournira une alternative aux encyclopédies restreintes que les entreprises de médias rédigeront.
En parlant d'un « mouvement pour développer une encyclopédie libre universelle », Stallman anticipait donc, sans le savoir, l'arrivée du mouvement Wikimédia, qui ne se concrétisa que bien des années plus tard. Quant à la soixantaine de paragraphes qui décrivent son projet, on y retrouve, dans une forme presque identique, les cinq principes fondateurs qui ont guidé la création de Wikipédia et qui sont toujours actifs à ce jour.
Le premier consiste bien sûr à créer une encyclopédie ; le deuxième réclame une neutralité de point de vue, chose que Stallman expliquait déjà en écrivant qu’« en cas de controverse, plusieurs points de vue seront représentés » ; le troisième implique le respect des droits d’auteur et l’adoption d'une licence libre, celle précisément dont Stallman avait été l'initiateur ; le quatrième inscrit le projet dans une démarche collaborative, alors que Stallman précisait déjà que « tout le monde est le bienvenu pour écrire des articles » ; et le cinquième enfin, stipule qu’il n’y a pas d’autres règles fixes, une position très courante dans le milieu des hackers dont Stallman faisait partie.
Il apparaît donc clairement que le projet Wikipédia n'était pas une idée originale en soi, mais plutôt une opportunité saisie par la société Bomis pour enrichir sa propre encyclopédie commerciale, Nupedia. Cette dernière avait été lancée en avril 2000, soit environ dix mois avant Wikipédia, et sa rédaction était assurée par des experts engagés au sein d’un processus éditorial strict et formel. Malheureusement pour la firme Bomis, le nombre d’articles ne progressait que très lentement.
Dans le but d'accélérer le processus, Larry Sanger, un docteur en philosophie employé par Bomis pour assurer le rôle de rédacteur en chef de Nupedia, eut l'idée d'installer un logiciel wiki sur les serveurs de son entreprise. L'objectif était d'ouvrir un site web participatif, dans lequel des volontaires pourraient créer des articles encyclopédiques, pour qu'ils soient ensuite intégrés dans le projet commercial. Malgré le manque d’enthousiasme de son employeur Jimmy Wales, Sanger mit ses idées en application, et c'est donc ainsi que débuta l’histoire de Wikipédia, avec sa toute première version en anglais.
C’était le 15 janvier 2001, précisément le même mois où Richard Stallman mit en ligne son propre projet d’encyclopédie libre et universelle, qu'il souhaitait intituler GNUPedia. Étonnamment, les noms de domaine gnupedia .com .net et .org avaient déjà été enregistrés au nom de Jimmy Wales, ce qui obligea Stallman à rebaptiser son projet GNE. Ce fait est d'autant plus surprenant que Wales affirma des années plus tard : « n’avoir eu aucune connaissance directe de l’essai de Stallman lorsqu’il s’est lancé dans son projet d’encyclopédie ».
Le site GNE ne ressemblait cependant pas vraiment à une encyclopédie, mais plutôt à un blog collectif ou une base de connaissance, tandis que sa page d’accueil précisait clairement qu’il s’agissait d’une bibliothèque d’opinion. Quant à sa modération, elle avait demandé d'engager un employé, car elle s'est avérée bien plus compliquée que prévu. À côté de cela, et probablement grâce aux spécificités de l’environnement wiki et aux soutiens apportés par Jimmy Wales et Larry Sanger, Wikipédia réussit à mettre en place une organisation efficace au sein d'une communauté d'éditeurs grandissante.
Peut-être en raison de la concurrence libre faite par le projet GNE, Jimmy Wales décida d'abandonner le copyright que Bomis détenait sur son encyclopédie commerciale Nupedia, pour le remplacer par une licence Nupedia Open Content. Peu de temps après, il décida finalement d'adopter la licence de documentation libre GNU conçue pour protéger les textes de documentation des logiciels libres. Ce dernier choix fut une stratégie payante, puisque cela incita Richard Stallman à transférer tout le contenu de son projet GNE vers Nupedia, et à encourager tout le monde à contribuer sur Wikipédia.
Parmi les autres actions de Jimmy Wales qui ont contribué au succès de Wikipédia, il y eut cette idée d'ouvrir le projet aux « gens ordinaires ». C’était un choix qui s’opposait aux idéaux de Larry Sanger, qui de loin préférait le modèle de Nupedia avec son système de relecture par des experts. Cependant, Jimmy Wales, en tant qu'homme d’affaires, visait une croissance plus rapide du contenu de l'encyclopédie.
Cette croissance ne s'est toutefois pas faite sans difficulté. Le 26 février 2002, en effet, l'Enciclopedia Libre Universal en Español, un projet dissident du projet Wikipédia, fit son apparition. C'était une réaction à de la censure, à l'existence d'une ligne éditoriale et à la possibilité de voir apparaitre des publicités dans Wikipédia. En raison des remises en question que cette séparation suscitait parmi les bénévoles actifs dans les projets, Jimmy Wales renonça finalement à l'usage de la publicité et mit de côté ses visions en matière de profit.
Il faut aussi tenir compte du fait que cet évènement est survenu lors de l'éclatement de la bulle spéculative Internet et du krach boursier de 2001-2002. Une conjoncture qui plaçait la société Bomis dans des difficultés financières, et surtout, dans l'incapacité de payer le salaire de Larry Sanger, son seul employé. En mars 2002 et après un mois d’activité bénévole, l’ex-employé décida alors de quitter les fonctions, qu'il occupait depuis un peu plus d'un an, dans Nupedia et Wikipédia. Avec le seul soutien de Jimmy Wales, les deux encyclopédies purent toutefois poursuivre leurs développements, toujours avec le concours d'experts dans Nupedia et d'une communauté bénévole au niveau de Wikipédia. Néanmoins, en septembre 2003 et vu l'écart qui se creusait entre les deux projets, l'encyclopédie Nupedia fut fermée et ses quelques dizaines d'articles transférées vers les milliers d'autres que comprenait déjà le projet Wikipédia.
Trois ans plus tard, Larry Sanger n’avait pas dit son dernier mot. En septembre 2006, il décida en effet de lancer sur fonds propres une encyclopédie intitulée Citizendium. Cette plateforme écrite en anglais uniquement et toujours active à ce jour, repose sur un système d’expertise, dans lequel les contributrices et les contributeurs doivent déclarer leur identité réelle. En avril 2026 cependant, Citizendium reprenait moins de 2000 articles, tout avancement confondu, tandis que le projet Wikipédia en anglais en regroupait déjà plus de 7 millions.
Voici donc comment est née la plus grande encyclopédie au monde, dont la taille et la visibilité n'avaient jamais été égalées auparavant. Une encyclopédie qui, de plus, s'est rapidement déclinée en de nombreuses versions linguistiques, à l'instar de sa version francophone, lancée moins de quatre mois après le projet original en anglais. Toutes ces versions ont formé les premières bases d’une organisation mondiale, bientôt chapeautée par une fondation. Avant cela, d'autres projets pédagogiques et collaboratifs ont vu le jour au côté de Wikipédia. Intitulés « projets frères », ceux-ci se constituent à leur tour, en de nombreuses versions linguistiques, tout en poursuivant le processus de création du mouvement Wikimédia.
'''Chapitre 8 : L'arrivée des projets frères'''
Dans le but de développer des contenus pédagogiques qui ne trouvaient pas leur place dans Wikipédia, d’autres projets pédagogiques et collaboratifs ont vu le jour, pour former ce que l'on appelle couramment aujourd'hui : l’écosystème Wikimedia. La naissance de tous ces projets, ainsi que les évènements importants qui ont contribué au développement du mouvement, ont été repris dans une ligne du temps réalisée par Guillaume Paumier, à l’occasion du dixième anniversaire de Wikipédia. Grâce à ce graphique, on peut voir en détail l'évolution du nombre de projets, de versions linguistiques, de contributeurs et d'articles, et se faire ainsi une idée sur la vitesse à laquelle s'est développé le mouvement Wikimédia.
Parmi tous les projets frères de Wikipédia, le premier à apparaître fut Méta-Wiki, une plateforme de référence pour centraliser la gestion de l'ensemble des sites web hébergés par la fondation Wikimédia. Dans un premier temps, cet espace communautaire en ligne a répondu à la nécessité de traiter en un seul lieu les questions communes aux différentes versions linguistiques de Wikipédia. Aujourd'hui, le site web est le principal endroit de coordination et de gestion de l'ensemble du mouvement Wikimédia. On y retrouve énormément d'informations au sujet des projets en ligne, et peut-être plus encore, concernant la Fondation et les organismes affiliés.
Après Méta-Wiki, sept autres projets de partage de la connaissance ont fait leur apparition, avant d'être déclinés à leur tour en plusieurs versions linguistiques. Tous ces projets émergent en général sur l’initiative d’un petit groupe de personnes actives au sein d’un projet préexistant. Ce fut le cas du projet Wiktionnaire en anglais, le deuxième projet à voir le jour après Méta-Wiki, en décembre 2002, soit deux ans avant la version francophone apparue en mars 2004.
Il est intéressant d'observer que la version francophone du Wiktionnaire n’a pas été créée à partir du projet anglophone, mais bien depuis le projet Wikipédia en français. D'ailleurs, on peut retrouver dans les archives de ce dernier projet, un débat concernant la pertinence de cette création, dont voici un extrait.
En fait, ce qui me peine vraiment avec le projet Wiktionary, c’est que alors qu’on essaie de rassembler les gens (pas facile) pour créer une sorte de tour de Babel de la connaissance (tâche bien longue et difficile), ce nouveau projet va disperser les énergies pour une raison qui ne me semble pas valable. C’est la création de Wiktionary qui va créer des redondances. À mon avis il existera rapidement des pages sur le même mot, mais ne contenant pas les mêmes informations. Pour quelle raison ces connaissances devraient-elles être séparées ? Les encyclopédies sur papier devaient faire des choix à cause du manque de place, mais nous, pourquoi le ferions-nous ??? "Wikipédia n’est pas un dictionnaire" n’est pas un argument à mon avis... si vraiment c’était pas un dictionnaire, il faudrait virer tout un tas d’article. Je ne comprends vraiment pas cette volonté de séparer la connaissance entre ce qui est "encyclopédique" et ce qui n’est "qu’une définition".
[Réponse]
Pour moi ce qu’est Wiktionary, c’est une partie de Wikipédia s’intéressant plus particulièrement aux aspects linguistiques des mots. La différence que je verrais entre la partie dictionnaire de Wikipédia et sa partie dite encyclopédique, c’est que la partie dictionnaire s’intéresserait au sens des mots eux-mêmes alors que la partie encyclopédie s’attache plus à faire ressortir un état des connaissances à un moment donné. Le pourquoi de la séparation d’avec la partie encyclopédie tient plus à des raisons techniques qu’à une volonté de monter un projet indépendant, en effet, à mon humble avis, un dictionnaire nécessite une plus grande rigueur (de présentation) qu’une encyclopédie. Ceci entraîne beaucoup de problème et entre autres le choix de la mise en forme des articles du dictionnaire.
Créer un nouveau projet, c’est effectivement créer un nouveau site web, qui devra faire l’objet d’une nouvelle gestion, tant pour les serveurs de la Fondation, que pour la nouvelle communauté de contributeurs. L’importation de pages d’un projet à l'autre ou la traduction de celles-ci sont bien sûr toujours possibles, mais cela duplique alors aussi la maintenance et les mises à jour. Le choix de scinder un projet, en faveur d’une plus grande liberté, comporte donc certains coûts humains et financiers.
Ce prix à payer n'a pour autant pas empêché le projet anglophone Wikibooks de faire son apparition le 10 juin 2003, soit près d’un an avant Wikilivres, la version francophone du projet, apparue le 22 juillet 2004. Cette dernière création avait de nouveau été débattue au sein de la communauté Wikipédia en français, et non pas dans le Wikibooks en anglais. Quant à l'objectif commun aux deux projets linguistiques, il était de créer une « bibliothèque de livres pédagogiques libres que chacun peut améliorer ».
Environ un an après la création du projet en anglais, un nouvel espace de noms intitulé Wikijunior fut mis en place au sein de la bibliothèque en ligne. Ce sous-projet avait été créé pour répondre à un financement de la fondation Beck, qui cherchait à promouvoir la production de nouvelles littératures pour des enfants de huit à onze ans. Peu de temps après, cette tranche d’âge fut toutefois élargie de zéro à douze ans au niveau du projet francophone, quand le sous-projet y fut adopté.
Ces deux évènements témoignent ainsi qu'il est toujours possible qu'un sous-projet apparaisse dans un projet Wikimédia. Comme autre exemple, il y a aussi le WikiJournal, un sous-projet développé au sein du projet Wikiversité en anglais et qui reçut le prix de l’Open Publishing Awards en 2019. Une demande fut faite pour qu'il puisse bénéficier d'un nouveau site web dans le but de pouvoir se développer en dehors de Wikiversité. Malheureusement pour les initiateurs, la demande est restée sans suite jusqu'à ce jour, après que le conseil d’administration de la Fondation, chargé de répondre à leur demande, considéra que le projet n’était pas suffisamment abouti.
Il faut savoir qu'avant cela, le projet Wikiversité, dans lequel est né Wikijournal, avait lui-même été un sous-projet du projet Wikibook. Initialement, il visait à « créer une communauté de personnes qui se soutiennent mutuellement dans leurs efforts éducatifs ». Cependant, en août 2005, une longue discussion remit en question l’existence du sous-projet Wikiversité dans Wikibooks. Au terme de celle-ci, la décision fut prise de transférer Wikiversité et son contenu sur le site Méta-Wiki, là où de nouvelles discussions ont abouti à l’idée de faire de Wikiversité un nouveau projet indépendant.
Déjà à l'époque, le conseil d’administration de la Fondation Wikimédia se montrait réticent à l'ouverture de nouveaux projets, et sa réaction fut de demander l'ouverture d'un sondage au sein de la communauté. Celui-ci devait rassembler une majorité des deux tiers en faveur de l'ouverture du nouveau site web. Un résultat qui fut finalement obtenu, mais pas sans de longs débats, dont voici un extrait.
La principale raison pour laquelle la Fondation Wikimédia ne veut pas "lâcher le morceau" est une simple question de bureaucratie et la crainte que le projet ne devienne une autre Wikispecies [un projet de répertoire du vivant]. Wikispecies est une idée cool, mais les "fondateurs" du projet se sont dégonflés à mi-chemin de la mise en place du contenu et ont décidé de faire une révision majeure qui a pris plus de temps que ce que tout le monde était prêt à mettre.
Le même problème s’applique à Wikiversity en ce qui concerne la Fondation, parce que les objectifs et les buts de ce projet ne sont pas clairement définis, et il semble que les participants essaient de mordre plus qu’ils ne peuvent mâcher en proposant une université de recherche multi-collèges entière (avec un statut de recherche et une accréditation) à former de toutes pièces plutôt qu’un simple centre d’éducation pour adultes avec quelques classes.
En novembre 2005 et malgré les résultats du sondage, l'indépendance du projet Wikiversité ne fut toutefois pas acceptée par cinq membres du conseil. Ceux-ci réclamaient une « réécriture de la proposition pour en exclure la remise de titre de compétence, la conduite de cours en ligne, et de clarifier le concept de plate-forme e-learning ». Quand ces rectifications furent faites, le projet bénéficia d'une période d’essai de plusieurs mois, jusqu'à ce que les amendements apportés au projet de départ soient enfin acceptés, le 31 juillet 2006. Ce long temps d'attente était justifié par la création du special projects committee, qui, jusqu'en décembre 2021, fut chargé de soulager le conseil d’administration de la fondation, par rapport aux demandes de création de nouveaux projets Wikimédia.
Un nouveau site, nommé Beta-Wikiversity, fut ainsi créé pour assister le lancement des différentes versions linguistiques de Wikiversité. Durant six mois, son premier objectif a d'abord été l'élaboration des lignes directrices concernant la potentialité de produire des recherches collaboratives au sein du projet. Par la suite, chaque nouvelle version linguistique, développée dans le projet Beta, devait avoir plus de 10 modifications par mois, réalisées par au moins trois personnes distinctes, avant de pouvoir bénéficier de son propre site web.
À l'image de Beta-Wikiversity, le projet Wikisource possède lui aussi un site indépendant pour lancer ces nouvelles déclinaisons linguistiques. Tandis que pour tous les autres projets pédagogiques, ce lancement s'effectue sur la plateforme Wikimedia Incubator, créée à la même époque que Beta-Wikiversity. Ces trois plateformes de lancement ne concernent pas les nouveaux projets, qui doivent faire l'objet d'une acceptation par le conseil d'administration de la Fondation Wikimédia, et qui peuvent avoir pour origines des processus de création divers.
Le projet Wikivoyage, par exemple, fut initialement créé en 2003 dans un Wiki extérieur au mouvement Wikimédia, là où il portait le nom de Wikitravel. Comme cela arrive parfois, ce projet sans but lucratif fut acheté par une entreprise commerciale en 2006. Mais en raison du changement de gouvernance et de l'apparition de publicités, une scission est apparue au sein de la communauté d’éditeurs. Les personnes désireuses de quitter Wikitravel lancèrent alors un nouveau site appelé Wikivoyage, qui reçut en 2007, le Webby Award du meilleur guide de voyage Internet.
L'intégration de Wikivoyage dans l'écosystème Wikimédia n'a cependant été faite qu'en 2012, à la suite d'un appel à commentaires durant lequel 540 personnes furent en faveur de l’intégration du projet, 153 contre, pendant que 6 restèrent sans avis. Comme cette nouvelle déclencha une migration importante depuis Wikitravel vers Wikivoyage, une plainte fut déposée par la société commerciale en charge du premier projet. Celle-ci fut toutefois rejetée et le projet Wikivoyage continua à prendre de l’ampleur au sein du mouvement Wikimédia, avec la création de nouvelles versions linguistiques.
Le cas de Wikivoyage apparait toutefois comme une exception, car en général les nouveaux projets émergent des centaines de candidatures déposées sur le projet Méta-Wiki. Celles-ci se soldent bien souvent par un refus, comme ce fut le cas pour le projet WikiLang dont le but était de lancer un laboratoire linguistique. Quelques rares projets ont pourtant la chance d'être élus. Ce fut notamment le cas en octobre 2012, avec le lancement de la base de données structurée et sémantique Wikidata et de ses extensions Wikibase, ou plus récemment, en 2020, avec l'arrivée du projet Abstract Wikipedia et Wikifunctions.
Sans vouloir entrer dans les détails, il est intéressant de savoir que l'interconnexion entre ces trois projets permet de traduire automatiquement des articles encyclopédiques dans tous les langages naturels pris en charge par le mouvement Wikimédia. Plus précisément, les phrases des articles publiées sur Abstract Wikipédia, sont formulées par des fonctions informatiques produites dans le projet Wikifunctions, dans le but de traiter les informations de la base de données sémantique Wikidata. Autrement dit, un article dans Abstract Wikipédia ne possède qu'une seule page pour toutes les langues, pareillement aux pages d'entités de Wikidata, qui ont pour titre une lettre suivie d'un chiffre.
À la suite de ces explications, on observe donc que ce n'est pas la complexité qui détermine le refus projet, mais plutôt une série de critères comparables à ceux retenus pour supprimer des projets ou versions linguistiques déjà existants. À ce propos, il existe sur Méta-Wiki une liste mise à jour des différents sites hébergés par la Fondation Wikimédia dont l'existence est remise en cause. Dans celle-ci, on retrouve essentiellement des versions linguistiques de projets qui n’ont pas réussi à poursuivre leurs développements, bien qu'un projet entier soit toujours susceptible d'être mis à l'arrêt. C'est d'ailleurs ce qui est arrivé aux 31 versions linguistiques du projet Wikinews, qui, en date du 4 mai 2026, soit 22 ans après le lancement du site anglophone, sont accessibles en mode lecture uniquement.
Dans le cas de Wikinews, ce fut le manque d'activité qui apparut comme principale justification de la suspension du projet. Cependant, d'autres raisons pourraient être invoquées, comme le prouve cet épisode de 2005, où, peu de temps après son lancement, la version francophone du recueil de citations Wikiquote a bien risqué de disparaitre. Le projet fut effectivement accusé d’avoir récupéré le contenu d’une base de données soumise à un droit d’auteur, incompatible avec la licence Creative Commons appliquée sur l’ensemble des projets pédagogiques Wikimédia. Lorsqu'une plainte fut adressée à l’association Wikimédia France, pour être ensuite relayée sur le site Méta-Wiki, il fut bien question de fermer le projet. Après de longues discussions, celui-ci fut maintenu, mais avec pour conditions de repartir de zéro, et d’établir une charte pour garantir la traçabilité des citations reprises par le projet.
Voici donc de quoi se faire une idée sur la manière dont les projets pédagogiques et leurs déclinaisons linguistiques apparaissent et disparaissent au sein du mouvement. Les exemples repris ci-dessus suffisent effectivement pour comprendre les principes généraux qui sous-tendent leurs créations. En dehors de Méta-Wiki, Wikidata, Wikifunctions, Abstract Wikipédia et Wikimedia Commons, qui ne sont pas des projets de contenu pédagogique à proprement parler, tous les autres projets semblent effectivement provenir d’un désir de spécialisation d’un projet préexistant.
L'idée est généralement débattue dans un projet de même langue, avant de relayer la discussion vers le site Méta-Wiki. Si le projet y est jugé pertinent, il fait alors l'objet d'une candidature qui doit actuellement être soumise au groupe de travail des projets frères du comité des affaires communautaires de la Fondation Wikimédia. Quant aux nouvelles versions linguistiques, elles doivent être aujourd'hui soumises à l'approbation du comité des langues, avant d'être testées sur les plateformes Incubator, Beta-Wikiversité ou Wikisource Multilingue, dans le but de bénéficier d’un site web indépendant.
Après ces explications concernant les projets frères et leurs variations linguistiques, il nous reste encore à parler des sites qui ont un lien avec le mot Wiki, soit par leur nom, soit par le logiciel utilisé. En 2024 effectivement, plus de 22 600 d'entre eux étaient répertoriés, dont plus de 95 % sans aucun lien avec le mouvement Wikimédia, en dehors du fait, peut-être, qu’ils utilisaient le logiciel MediaWiki développé par la Fondation Wikimédia.
WikiLeaks par exemple, créé par Julian Assange dans le but de publier des documents classifiés provenant de sources anonymes, n’est ni un projet Wikimédia, ni un site collaboratif. Quant au recueil universel et multilingue de guides illustrés WikiHow, si celui-ci fonctionne pour sa part de manière collaborative et avec le logiciel MediaWiki, il n'a pourtant aucun lien avec le mouvement Wikimédia. D'ailleurs, son ergonomie, radicalement différente de celle des projets Wikimédia, permet de le comprendre au premier coup d’œil.
En revanche, Wikimini, l'encyclopédie libre pour les enfants, a une apparence tout à fait comparable à celle des projets Wikimédia, alors que le projet n’a jamais été accepté par la Fondation. Quant aux projets WikiTribune et Fandom, l'ambiguïté qu'ils entretiennent avec le mouvement est d'autant plus grande qu'ils ont été créés par Jimmy Wales, le fondateur de Wikipédia et de la Fondation Wikimédia. Cependant, comme ce sont des projets commerciaux, ils ne peuvent en aucun cas être soutenus par une fondation sans but lucratif.
Au terme de cette présentation, il ne reste plus qu'à signaler que le mouvement Wikimédia ne fut conscientisé que tardivement par rapport à l'apparition des projets Wikimédia et de leurs différentes versions linguistiques. Pour qu'un sentiment de collectivité se manifeste entre tous ceux-ci, il fallut certainement attendre qu'une coordination se développe sur la plateforme Méta-Wiki, mais également que de nombreuses rencontres et associations apparaissent en dehors de l'espace numérique. En ce sens, la naissance du mouvement ne fut pas un événement ponctuel, mais plutôt la réalisation d’un long processus de conscientisation.
'''Chapitre 9 : La conscientisation du mouvement'''
Avant d'aborder la question de la conscientisation du mouvement, il peut être intéressant de découvrir l'origine étymologique du mot « Wikimédia ». Celui-ci est un mot-valise composé du suffixe « média » et du préfixe « wiki » que l’on doit à cette expression hawaïenne « wiki wiki », qui se traduit en français par l'expression : « vite, vite ». Celle-ci fut récupérée une première fois par Ward Cunningham, le créateur du premier moteur Wiki, avant d'être réutilisée dans les noms inventés pour d'autres logiciels de cette même famille. UseModWiki en est un bel exemple, puisqu'il fut le premier programme utilisé par la firme Bomis pour héberger son projet d’encyclopédie collaborative. Raison pour laquelle, sans doute, le terme « wiki » fut utilisé pour créer le mot Wikipédia, en l'associant au suffixe « pedia » qui fait référence au mot anglais encyclopedia, selon un principe qui fut ensuite repris pour tous les autres projets du mouvement.
Le mot Wikimédia, pour sa part, n’est apparu que le seize mars 2003, lors d’une discussion concernant la déclinaison possible de l’encyclopédie en d’autres types de projets éditoriaux participatifs. Durant celle-ci, l’écrivain américain Sheldon Rampton eut l’idée d’associer au terme wiki à celui de « média », afin de mettre en évidence la variété des médias produits et partagés par Wikipédia et ses projets frères. Toutefois, c'est seulement en juin 2008 que Florence Devouard, présidente de la Fondation à cette époque, associe le mot Wikimédia à un mouvement social qu’elle voyait apparaître au sein des projets Wikimédia et de leurs communautés d'usagers.
Affirmer pour autant que ce moment précis coïncide avec la naissance du mouvement Wikimédia serait quelque peu arbitraire. Car si l’on peut déterminer plus ou moins facilement l’apparition d’une expression dans des archives, tout le monde sait qu’un mouvement social ne se forme pas en un seul instant. Dans le contexte du mouvement Wikimédia, sa naissance est bien sûr liée à celle du projet Wikipédia, mais également à tout ce qui permit la création de cette encyclopédie libre. Dans une autre perspective encore, on peut dater l'apparition du mouvement Wikimédia au 20 juin 2003, date de la création de la fondation qui porte le même nom. Ou pourquoi pas, associer la création du mouvement à la mise en ligne de la plate-forme Méta-Wiki, qui en représente le principal lieu de coordination.
Toujours est-il que l’expression « Wikimedia movement » est bien apparue en juin 2008, sous la plume de Florence Devouard. Cela s'est passé sur la liste de diffusion de la Fondation et peu de temps avant qu'elle quitte son poste de présidente. Dans son message, elle partageait l'idée de placer sous le nom de domaine Wikimedia.org un site vitrine de présentation du mouvement Wikimédia qu'elle concevait de la sorte.
Le mouvement Wikimédia, comme je l’entends est
– une collection de valeurs partagées par les individus (liberté d’expression, connaissance pour tous, partage communautaire, etc.)
– un ensemble d’activités (conférences, ateliers, wikiacadémies, etc.)
– un ensemble d’organisations (Wikimedia Foundation, Wikimedia Allemagne, Wikimedia Taïwan, etc.), ainsi que quelques électrons libres (individus sans chapitres) et des organisations aux vues similaires.
Avec autant de détails et d'explications, un tel message ne pouvait qu'accélérer la prise de conscience au sein du mouvement. Dans tous les cas, il mettait en évidence que les personnes actives dans les projets éditoriaux en ligne ou dans les organismes affiliés, faisaient partie de ce que Ralf Dahrendorf appelle un « quasi-groupe ». Ou autrement dit, un ensemble d’individus qui ont un mode de vie semblable, une culture commune, mais dont les points communs ne gravitent pas autour d’une prise de conscience de leur position commune dans la relation d’autorité.
Après la naissance de Wikipédia et de nombreux projets frères, une dizaine d’années a donc été nécessaire pour que le mouvement Wikimédia prenne conscience de son existence. Aujourd’hui encore, et comme cela a déjà été vu, de nombreuses personnes actives dans les projets pédagogiques ne réalisent toujours pas qu’elles participent aux activités d’un mouvement social. Cela, contrairement aux personnes investies dans les activités en présentiel organisées au sein du mouvement, qui sont généralement plus conscientes de leur engagement. C’est là une raison de croire que le développement de la Fondation Wikimédia et de ses organismes affiliés a joué un rôle important dans l'apparition d'un sentiment d’appartenance.
'''Chapitre 10 : La création des organismes affiliés'''
Si c’est grâce à l’arrivée des groupes et des organismes affiliés à la Fondation Wikimédia que l’idée du mouvement est probablement apparue, il est alors intéressant d'en décrire les processus de création. Mais puisque cela représente plusieurs centaines d’instances spécifiques, regroupées en plusieurs catégories détaillées en seconde partie d'ouvrage, aborder ici l’histoire de chacune d’entre elles serait une entreprise beaucoup trop fastidieuse.
De plus, s’il existe énormément d’archives numériques concernant la naissance des sites Wikimédia, ce n’est pas le cas pour ces organismes affiliés. Un bon nombre de ceux-ci se sont effectivement formés durant des rencontres ou des réunions hors ligne qui n'ont fait l’objet d’aucun enregistrement. Du reste, une bonne part des échanges effectués au sein de ces associations s'organise par des canaux de communication privés auxquels seuls les membres actifs ont accès.
Puisque je suis l'un des membres fondateurs, je me limiterai donc ici à parler de l’association Wikimédia Belgique. Celle-ci fut fondée le huit octobre 2014 en tant qu’association sans but lucratif, avant d'être reconnue le six août 2015 par le conseil d’administration de la Fondation Wikimédia. Après plus de trois ans d’activités et de rencontres et sous l’impulsion de Maarten Deneckere qui assuma le premier mandat de présidence, nous étions 8 personnes à signer la première version des statuts de l’association.
Jusqu’à ce jour, l’objet social de Wikimedia Belgique est d' « impliquer tout un chacun dans la connaissance libre ». Contrairement à l'association Wikimédia Deutchland, la première à voir le jour en 2004 et qui rassemblait déjà en 2021 plus de 85 000 membres et près de 150 employés, l’association belge n'a qu'une seule employée à temps partiel et 150 membres en 2025.
Avant d’être reconnues par le comité d’affiliations chargé de seconder le conseil d’administration de la Fondation, toutes les associations nationales, dites « chapters » en anglais, et toutes les autres organisations affiliées doivent réaliser de nombreuses démarches. Celles-ci consistent à répondre à un ensemble de prérequis qui ont évolué suite à la création d'un comité décisionnel en avril 2006. Ces obligations diffèrent entre les groupes d’utilisateurs et d'utilisatrices et les associations locales ou thématiques. Parmi ceux-ci, on retrouve toutefois : un nombre minimum de membres et de référents, une mission et un règlement d’ordre intérieur conformes aux attentes du mouvement, la remise de plans et de rapports d’activités annuels, etc.
On comprend donc qu’il n’est pas évident de créer une nouvelle instance au sein du mouvement. Pour bénéficier du soutien logistique et financier de la Fondation réservé aux organismes affiliés, c’est ainsi toute une série de rapports qu’il faut alors transmettre à divers comités et commissions chargés de leurs évaluations. Cela représente une quantité de tâches administratives qu’il n’est pas toujours facile d’assumer, surtout lorsque les membres de l’organisme affilié sont tous des bénévoles. D’où sans doute cette régulière disparition d’affiliations, pendant que d’autres se créent ou réapparaissent en fonction des énergies et du dynamisme disponibles dans les équipes.
Les activités liées à la récolte et à la redistribution des dons offerts au mouvement, ainsi que les autorisations d’usage de marques déposées, contrastent donc avec les valeurs de libre partage et d’autonomie décrites dans les projets pédagogiques. Cela semble confirmer que la partie hors ligne du mouvement est plus influencée par les habitudes d’un système économique dominant, contrairement à la partie en ligne qui semble plus fidèle à l’héritage de la contre-culture.
'''Chapitre 11 : L'héritage d'une contre-culture'''
Au terme de cette première partie d’ouvrage, il devient évident que la révolution numérique, que l’on considère généralement comme une révolution technique, fut aussi, et peut-être avant tout, une révolution sociale et culturelle. Quant à l'histoire de Wikimédia, reprise ici depuis les origines de son encyclopédie jusqu'à l'apparition de ses organismes affiliés, elle nous fit découvrir comment les idées de la contre-culture des années 1960 furent transmises au mouvement.
En cas de doute, observons encore que Richard Stallman, celui qui a créé les concepts de licence et d'encyclopédie libre, fut désigné par certains comme le gourou de la contre-culture hacker et le père du système d’exploitation hippie. Une culture hippie, dont il est aussi troublant de constater que le renversement de son logo ressemble étrangement à celui du mouvement Wikimédia.
Incontestablement et au travers du mouvement des logiciels libres, le mouvement Wikimédia a donc bien hérité des valeurs produites par les mouvements sociaux des années 1960. Des valeurs qui aujourd'hui contrastent fortement avec la marchandisation et la capitalisation du monde, dont l'espace web ne fait jamais que refléter ce qui se passe dans le reste de la société humaine. Or, ce phénomène ne date pas d'hier. En 2008 déjà, André Gorz, ce philosophe parmi les pères de la décroissance et théoricien de l’écologie politique, constatait déjà que :
La lutte engagée entre les "logiciels propriétaires" et les "logiciels libres" [...] a été le coup d’envoi du conflit central de l’époque. Il s’étend et se prolonge dans la lutte contre la marchandisation de richesses premières – la terre, les semences, le génome, les biens culturels, les savoirs et compétences communs, constitutifs de la culture du quotidien et qui sont les préalables de l’existence d’une société. De la tournure que prendra cette lutte dépend la forme civilisée ou barbare que prendra la sortie du capitalisme.
Dans cette lutte et avec le seul nom de domaine non commercial parmi le top 100 des sites les plus fréquentés du Web, la galaxie Wikimédia apparait donc comme un des derniers lieux numériques de liberté, de partage et d'égalité. Un lieu qui, de plus, est connu mondialement, grâce au succès des plus de 350 déclinaisons linguistiques de Wikipédia, et sans pour autant récolter d'informations sur l’identité et le comportement des internautes. Cela alors que cette pratique est considérée, par certains, comme un « nouvel or noir » pompé du Web, pendant que d’autres préfèrent parler de « capitalisme 3.0 » ou de « capitalisme de surveillance » .
Évidemment, les enjeux de cette lutte sont difficiles à comprendre. La complexité de l’infrastructure informatique, mais également le fait que tout cela s'inscrit dans une révolution que Rémy Rieffel décrit comme « instable et ambivalente, simultanément porteuse de promesse, et lourde de menaces », ne facilitent pas les choses. Cela d'autant plus que tout cela se place « dans un contexte où s’affrontent des valeurs d’émancipation, et d’ouverture d’un côté et des stratégies de contrôle et de domination de l’autre » .
En fait d’ambivalence, il est surprenant d'apprendre, par exemple, que Jimmy Wales, fondateur de Wikipédia et de la fondation Wikimédia, est un adepte de l’objectivisme, alors que cette philosophie voit le capitalisme comme un idéal de société et l’égoïsme rationnel, comme une morale. Puis, concernant l'instabilité du numérique, il y a ces appels répétés de Tim Berners-Lee au sujet de la « redécentralisation » et de la « régulation » d'un espace web qu'il avait conçu dans un esprit tout à fait opposé. Quant aux pionniers d'Internet, ils n'ont probablement pas imaginé que leur création permettrait un jour, à des milliards d’objets connectés, de rapporter, rien qu'en France et en 2021, plus de 2,6 milliards d’euros.
Quant à la question du contrôle et au-delà de ce qui est opéré par les firmes commerciales, c'est bien sûr du côté des États qu'il faut porter son attention. Face à un mouvement qui veut s’émanciper des contrôles, par moins de 18 pays ont déjà censuré Wikipédia et parfois même l'ensemble des projets frères. Ce fut le cas par exemple pour la Turquie, la Russie, l'Iran, mais également le Royaume-Uni, la France et l'Allemagne, et c'est même le cas de manière permanente en Chine, depuis 2004.
Dans certains cas, des procédures juridiques ont été utilisées pour intimider les membres du mouvement. C'est arrivé en France lorsque le directeur de l'association Wikimédia fut menacé de poursuites pénales par la Direction Centrale du Renseignement Intérieur, après un refus de supprimer un article qui traitait d’une station militaire dans Wikipédia. Par chance, ce qui s'est passé en France ne dépassa pas le stade de l'intimidation. En Biélorussie cependant, Mark Bernstein, un contributeur aux projets Wikimédia, fut condamné à quinze jours de prison ferme, assortis de trois ans d’assignation à résidence, pour des propos tenus au sujet de la guerre en Ukraine. Cela sans oublier qu'actuellement, ce sont les conservateurs à la tête des États-Unis qui « veulent la peau de Wikipédia » en cherchant à obtenir l'identité réelle de certains contributeurs.
Le contrôle et le non-respect de la vie privée font ainsi appel à la figure emblématique du lanceur ou de la lanceuse d'alerte, dont la posture contestataire fait penser à celle des personnes actives dans la contre-culture des années 1960. Parmi ceux-ci, on dit de Julian Assange, Edward Snowden et Chelsea Manning, qu'ils « ont perdu leur liberté pour défendre la nôtre ». De manière similaire, on pourrait donc aussi dire que les Wikimédiens Aaron Swartz, Bassel Khartabil, Pavel Pernikov, Ihor Kostenko et Mark Bernstein, se sont sacrifiés pour la liberté, le partage et la vérité.
Dans Wikimédia et comme ce fut expliqué dans l'introduction de cet ouvrage, une alerte peut prendre la forme d'un appel à commentaires en réaction à une décision ou une situation observée au sein du mouvement. C'est même là une pratique institutionnalisée, qui fait l'objet d'une procédure d'accompagnement et de suivi. Toutes ces alertes concernent les dérives de certains projets, mais également de certaines associations dont la proximité avec le système économique n'aide pas au respect des pratiques et des valeurs développées en ligne.
Dans ce qui apparait aux yeux de certains comme un « bazar libertaire », les choix et règles édictés dans la sphère hors ligne du mouvement ne plaisent pas toujours aux membres des communautés en ligne. Ce qui n'empêche toutefois pas les projets éditoriaux d'avoir leurs propres règles et des recommandations, ni de voir apparaitre, en 2020 et dans l'ensemble du mouvement, un code de conduite universel, qui détermine le « référentiel minimum des comportements acceptables et inacceptables ».
L'idéologie transmise à Wikimédia, décrite en partie par Steven Levy dans son ouvrage L’Éthique des hackers est donc plus subtile qu'un simple refus d'autorité. Dans un esprit de partage, d'ouverture, de transparence, de liberté, d'égalité et d'autonomie, c'est une structure très complexe, tout en étant cosmopolite et mondiale, que le mouvement réussit à mettre en place. Une organisation qui, finalement, apparait très inspirante dans la manière de faire communauté aujourd'hui, et au sein d'un monde toujours plus global et numérique.
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Lionel Scheepmans
20012
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'''LE MOUVEMENT WIKIMÉDIA'''
'''Dernier partage altruiste de la connaissance libre ?'''
De Lionel Scheepmans
Avec l'aide de la communauté Wikimédia
'''Quatrième de couverture'''
'''Le mouvement Wikimédia, l'aventure inspirante d'une organisation mondiale et altruiste au service d'un savoir libre et vérifiable.'''
Quel est ce seul acteur à but non lucratif présent dans le top 100 des sites les plus visités sur le Web ?
Comment incarne-t-il l’expression la plus visible des valeurs de liberté, d’égalité et de partage, héritées de la révolution numérique et des mouvements sociaux des années 1960 ?
Comment, à partir de Wikipédia et suite à la création d’une quinzaine de projets frères, distribués en centaines de versions linguistiques, le mouvement social Wikimédia a imaginé un monde dans lequel le savoir se produit et se partage librement ?
Et comment, en toute autonomie, des dizaines de projets pédagogiques, édités par des millions de bénévoles, soutenus par une fondation et près de 200 associations et groupes locaux, produisent-ils la plus grande intelligence collective au monde ?
Avec de nombreux codes QR, cet ouvrage répond à ces questions, tout en permettant de mieux comprendre le monde global et numérique qui nous entoure.
Lionel Scheepmans est docteur en sciences politiques et sociales, militant de la culture libre et professeur d’anthropologie numérique. Il occupe plusieurs postes d’administrateur au sein du mouvement Wikimédia qu’il observe de manière participative depuis 2011. Ses travaux universitaires, du master à la thèse de doctorat, furent consacrés à l’organisation et aux enjeux de Wikipédia et du mouvement Wikimédia.
'''Avant-propos'''
Pour offrir un confort de lecture sur papier sans perdre la puissance du numérique, des codes QR sont affichés tout au long de cet ouvrage. À l’aide d’une tablette ou d’un smartphone, ils offrent un accès direct à ce qui serait coûteux ou impossible à imprimer.
Par exemple, le code QR 1, présent à la fin de cette page, donne accès directement à la page web qui reprend l’intégralité de l’ouvrage. Une fois sur celle-ci, on peut alors visionner les illustrations en couleur ou les enregistrements qui s’y trouvent et consulter ensuite leurs pages de descriptions en cas de besoin. Cette version numérique comprend aussi de nombreux hyperliens pointant vers Wikipédia et d’autres sites du mouvement Wikimédia, où se trouvent des compléments d’informations et leurs mises à jour.
Pour économiser du papier lors de l’impression, la section regroupant les notes et les références de l’ouvrage n’est disponible qu’au format numérique, mais est directement accessible via le code QR 2 repris ci-dessous. Grâce aux indices de renvoi chiffrés et placés en exposant dans le texte imprimé, il est alors possible, au départ d'un smartphone ou d'une tablette, de retrouver les notes et les références en fonction de leur numérotation. Lorsque la référence correspond à une page web, un lien pointant vers le projet Internet Archive s’y trouve repris, pour garantir un accès aux archives des pages citées dans l’ouvrage, si jamais elles avaient disparu du web. Quant aux pages toujours existantes, elles restent accessibles via leurs hyperliens originels, pour consulter leurs éventuelles évolutions.
Étant donné que ce livre est produit sur une plateforme collaborative, tout le monde est invité à améliorer les prochaines versions. On peut le faire en corrigeant des fautes d’orthographe ou de syntaxe sur les pages web qui constituent les différents chapitres de l’ouvrage, ou encore en apportant des commentaires sur les pages de discussion qui leur sont associées. Cela peut se faire très simplement en cliquant sur « Modifier » , quand on est sur la page d'un chapitre, et sur « Ajouter un sujet » lorsque l'on est sur une page de discussion.
Une page de discussion générale est aussi accessible grâce au code QR 3. Elle permet de commenter le livre dans son ensemble, ou de poser une question à son sujet. Il suffit pour cela d’indiquer un titre dans le champ « Démarrer un nouveau sujet », avant d'écrire le contenu de son message dans l’encadré situé juste en dessous, et de cliquer finalement sur le bouton « Ajouter un sujet de manière anonyme », pour publier celui-ci.
Enfin, pour ceux qui voudraient agrémenter leur lecture d’un fond sonore relaxant et original, le code QR 4 donne accès à une page web qui diffuse une musique mélodieuse. Celle-ci est composée de sons spécifiquement produits chaque fois qu’une modification est apportée sur un projet Wikimédia, ou qu’un nouveau compte y est créé. Ce dispositif ingénieux offre ainsi aux lecteurs qui le souhaitent une ambiance sonore particulièrement confortable, ainsi qu’une nouvelle expérience immersive au sein du mouvement Wikimédia.
'''Introduction : Wikimédia n’est pas Wikipédia'''
Depuis le succès initial de Wikipédia, une myriade de projets de partage des connaissances, d’organisations et de groupes de soutien ont émergé pour former ce qu’on appelle aujourd’hui le mouvement Wikimédia. Même si, à ce jour, l’encyclopédie libre reste l'activité phare du mouvement, il serait regrettable de réduire l’ensemble du mouvement à cet unique projet pédagogique. Malheureusement, il arrive bien trop souvent qu'une seule version linguistique de Wikipédia suffise pour cacher l’étendue de la forêt Wikimédia.
En réalité, Wikimédia représente un mouvement social, international et interculturel complexe, au sein duquel Wikipédia n’est qu’une composante parmi d’autres. Dans le cadre d'un mémoire de master, on peut ainsi fournir en quelques mois une ethnographie du projet Wikipédia en français. Alors que pour synthétiser les origines, l’organisation et les dynamiques globales du mouvement Wikimédia, une thèse de doctorat et cinq années de recul supplémentaires furent nécessaires.
À la fin de l'année 2025, l’ampleur numérique du mouvement est effectivement impressionnante. Chaque mois, des millions de modifications bénévoles sont effectuées sur plus de 500 millions de pages, réparties sur plus d’un millier de sites web, dont 358 seulement, correspondent aux versions linguistiques de Wikipédia. Ce qui prouve donc clairement que les activités en ligne portées par l'ensemble du mouvement Wikimédia dépassent largement ce qui se passe au sein de l’encyclopédie.
Il existe ainsi huit autres projets pédagogiques susceptibles d'atteindre un jour l'envergure et la notoriété de Wikipédia, avec un objectif et un fonctionnement spécifiques à chacun. De manière détaillée, Wikilivres crée des livres pédagogiques, Wikiversité rassemble des supports d'enseignement et des travaux de recherche, Wikinews fait du journalisme collaboratif, Wikivoyage développe un guide touristique, pendant que Wiktionnaire apporte des définitions des mots de toutes les langues et dans toutes les langues.
Contrairement à Wikipédia, tous ces projets ne sont pas soumis à une neutralité de point de vue, ni limités à l'usage de sources secondaires reconnues, au niveau de la rédaction des articles. La plupart d'entre eux acceptent aussi la publication de travaux de recherche ou de productions personnelles, alors que cela est tout à fait interdit dans Wikipédia.
Selon l'étymologie du mot encyclopédie, le but de Wikipédia est en effet de synthétiser ou, plus précisément, d'encercler le savoir humain déjà préexistant. Cette contrainte éditoriale limite donc les contributeurs et contributrices à l'usage de sources secondaires et tertiaires présentes dans des publications externes au projet. De ce fait, Wikipédia reproduit fatalement les biais systémiques, tels que les déséquilibres et les surreprésentations de genre et de culture, présents dans un monde de l'édition majoritairement occidental. Or, cette impasse éditoriale propre à Wikipédia n'existe pas dans les autres projets pédagogiques.
Comme ces projets frères, Wikipédia n'est pas non plus un projet complètement autonome des autres projets Wikimédia. L'encyclopédie compte en effet sur le projet Wikimedia Commons pour héberger l'ensemble de sa médiathèque. Elle utilise ensuite le contenu du projet Wikidata comme base de données structurée. Quant aux personnes qui produisent l'encyclopédie, elles peuvent aussi puiser leurs sources dans la bibliothèque Wikisource, ou se référer à des citations d'auteurs collectées dans le projet Wikiquote. Tout cela sans oublier que des dizaines de sites web traitent l'archivage permanent de Wikipédia et des autres projets Wikimédia, dans le but de fournir des analyses précieuses et totalement libres d’accès.
Enfin, il faut aussi garder à l'esprit qu'au-delà de tous ces sites web, le mouvement Wikimédia, c'est aussi de nombreuses institutions et organisations affiliées dispersées dans le monde. Autour de la Fondation Wikimédia chargée de la gestion et de l’organisation internationales, avec près de 650 salariés de nationalités diverses, se regroupent des centaines d'organisations satellites. Parmi celles-ci, on retrouve 2 associations thématiques, 40 associations locales, dont Wikimedia Deutschland qui regroupe plus de 170 employés, et finalement 141 groupes d’utilisateurs et utilisatrices.
Tout ce qui vient d'être exposé dans cette introduction justifie donc la nécessité de distinguer le mouvement Wikimédia du projet Wikipédia. Imaginons seulement que l’on se limite à citer Paris pour décrire et comprendre un pays aussi vaste que la France. Certes, Paris est une ville mondialement connue et qui compte plus de deux millions d’habitants et un patrimoine culturel impressionnant. Mais est-ce pour autant qu'il faudrait oublier les autres villes, villages et métropoles françaises ? Sans compter que la France regroupe aussi des départements et des territoires d’outre-mer et qu'elle entretient des relations et des partenariats internationaux qui dépassent de loin ce qui se passe entre Paris et le reste du monde. Ne pas confondre le mouvement Wikimédia avec le projet Wikipédia relève donc du bon sens.
En 2019 cependant, la Fondation Wikimédia a envisagé de se renommer en Fondation Wikipédia et de remplacer le terme « Wikimédia » par celui de « Wikipédia », partout où ce terme est utilisé dans la sphère hors ligne du mouvement. Le but était d’acquérir une plus grande visibilité et d’attirer des milliards de personnes, grâce au nom de marque Wikipédia, considéré comme l’un des plus connus au monde. Ce changement n’a toutefois pas été accepté par de nombreuses personnes actives au sein du mouvement Wikimédia. En janvier 2020, ces opposants ont ainsi créé une page d’appel à commentaires, qui fut le siège d’un long débat. À l’issue de ce dernier, 73 représentants d’organisations affiliées et 984 personnes ont signé une lettre ouverte adressée à la Fondation, qui comprenait le paragraphe suivant :
Depuis 20 ans, les bénévoles ont bâti la réputation de Wikipédia en tant que ressource indépendante et communautaire. Les projets du mouvement Wikimédia, dont Wikipédia, se développent autour de la décentralisation et du consensus. Il est essentiel d’établir des distinctions claires entre la Fondation Wikimédia, les affiliés et les contributeurs individuels. Tout changement qui affecte cet équilibre exige le consentement éclairé et la collaboration des communautés. Il est donc très préoccupant de voir « Wikipédia » présenté pour le nom de l’organisation et du mouvement malgré le mécontentement général de la communauté.
En s’opposant aux idées de la Fondation, ces membres de la communauté Wikimédia ont ainsi fait preuve de sagesse. De plus, ils ont signalé dans de nombreux commentaires que beaucoup de personnes connaissent le mouvement Wikimédia uniquement au travers de son encyclopédie. Il est même étonnant d'observer que la méconnaissance du mouvement existe au sein même de sa propre communauté. Comme exemple, on peut observer que l'article du projet Wikipédia en anglais consacré au mouvement Wikimédia ne s’est développé qu’à partir de 2016, tandis que ce même article dans la version francophone de l'encyclopédie n’est apparu qu’en 2019. Quant aux autres versions linguistiques, il est tout aussi étonnant de constater qu'en octobre 2025, seulement 39 d'entre elles sur un total de 358 possédaient un article dédié au mouvement Wikimédia.
Tous ces éléments justifient donc la nécessité d’offrir au monde une meilleure connaissance du mouvement Wikimédia et des nombreux projets et organisations qui contribuent à sa mission de partage du savoir. En ce sens, ce livre est une contribution importante aux défis stratégiques que doit relever le mouvement Wikimédia à l’approche de 2030. Car au-delà des résolutions prises pour développer de nouveaux processus participatifs et délibératifs concernant les questions de marque, c’est avant tout un travail d’information et de sensibilisation à destination du grand public qu'il reste à faire.
'''Première partie : La naissance du mouvement Wikimédia'''
Il existe dans l'espace web une multitude d’archives permettant de retracer les événements qui ont conduit à la naissance du mouvement Wikimédia. Cette « préhistoire » du mouvement peut notamment être explorée grâce au réseau d’éducation populaire Framasoft, dont le site est apparu environ un an avant la création de la version francophone de Wikipédia. On trouve sur cette plateforme une mine d’informations concernant les logiciels libres et la culture libre. Deux épisodes majeurs de l’histoire de l’informatique et d’Internet, malheureusement méconnus du grand public.
Grâce à Framasoft et bien d’autres associations, il est possible de découvrir l’organisation et les motivations des millions de personnes qui participent au mouvement du logiciel libre. On y apprend que ce mouvement politique et social a été initié en 1983 par Richard Stallman, un programmeur du Massachusetts Institute of Technology (MIT), qui a eu l’idée d’offrir à chacun une alternative à la marchandisation du secteur informatique.
Cette philosophie de libre partage, concrétisée par le projet de Stallman, permit l’essor d’une organisation et d’une éthique de travail originales, développées au sein d’une sous-culture en vogue dans le milieu informatique depuis les années 1950. Celle-ci fut documentée dans de nombreux ouvrages, dont « L’éthique hacker », un livre remarquable, dans lequel le philosophe finlandais, Pekka Himanen, analyse en détail les origines de la culture hacker. Un simple extrait de sa quatrième de couverture, repris ci-dessous, permet d’appréhender la manière de penser de ces informaticiens, rejoints par Richard Stallman durant ses études universitaires, avant d'en devenir l’une des figures les plus charismatiques.
On considérait jusqu’à présent le « hacker » comme un voyou d’Internet, responsable d’actes de piratage et de vols de numéros de cartes bancaires. Le philosophe Pekka Himanen voit au contraire les hackers comme des citoyens modèles de l’ère de l’information. Il les considère comme les véritables moteurs d’une profonde mutation sociale. Leur éthique, leur rapport au travail, au temps ou à l’argent, sont fondés sur la passion, le plaisir ou le partage. Cette éthique est radicalement opposée à l’éthique protestante, telle qu’elle est définie par Max Weber, du travail comme devoir, comme valeur en soi, une morale qui domine encore le monde aujourd’hui.
En introduisant cette première partie d'ouvrage de la sorte, nous pouvons déjà comprendre que le mouvement Wikimédia plonge ses racines dans une transition culturelle remplie d’utopie. Une utopie qui s’oppose notamment à ce que l’historien et anthropologue Karl Polanyi désignait, en 1944 déjà, comme un libéralisme économique qui « subordonne les objectifs humains à la logique d’un mécanisme de marché impersonnel ». Étape par étape et en commençant par analyser cette utopie spécifiquement au niveau du mouvement Wikimédia, voyons maintenant ce qui s'est passé tout au long de cette révolution culturelle numérique.
'''Chapitre 1 : L'utopie Wikimédia'''
Au fil du temps, Wikipédia fut perçu comme une utopie en marche, puis comme une utopie réalisée, et finalement comme la dernière utopie collective du Web. Mais qu'en est-il de l'ensemble du mouvement Wikimédia ? Pour nous aider à comprendre ce qui se passe dans la dimension numérique de ce mouvement, voici une métaphore qui décrit un quartier établi au sein d'une ville, imaginée au départ de l'espace web ». Dans cette ville imaginaire, Internet représenterait le réseau routier, pendant que des serveurs informatiques feraient office de bâtiments, et que les pages web qu'ils hébergent, constitueraient les différentes pièces de ces édifices.
Le quartier Wikimédia rassemblerait ainsi plus d’un millier de bâtiments. Au sein de ceux-ci et à l’exception de quelques lieux administratifs, chaque pièce peut être visitée gratuitement, mais aussi modifiée au niveau de son contenu. On peut ainsi y ajouter de nouvelles choses, telles que du texte, des photos, des vidéos ou des documents sonores, et même changer ou supprimer ce qui a été créé ou modifié par d’autres. Tout cela, bien sûr, dans le but de rendre ces endroits plus esthétiques, ou plus authentiques et en tenant compte des différentes idées et des éventuelles oppositions de point de vue concernant les aménagements. Pour faciliter l'entente entre les personnes qui s'investissent dans les modifications, chaque pièce des bâtiments Wikimédia possède un espace annexe dédié à la discussion.
Dans la plupart des bâtiments Wikimédia, une personne malintentionnée peut même faire disparaitre tout le contenu d'une pièce. Néanmoins, dans la seconde qui suit, un robot remettra tout en place, avant de transmettre un message concernant le traitement du vandalisme. Lorsqu'une action plus discrète n'est pas détectée par un robot, c'est alors quelqu'un qui surveille la pièce qui prendra le relais pour annuler les changements malveillants et contacter la personne responsable. En cas de multirécidive, celle-ci peut se voir privée de sa capacité de modifier les pièces, soit dans le bâtiment vandalisé, soit dans tout le quartier quand cela se justifie. Après discussion, cette sanction sera mise en application par un administrateur ou une administratrice bénévole, choisi ou choisie par l'ensemble des autres bénévoles qui prennent soin des bâtiments.
On comprend donc que tout le monde peut enrichir, mais également surveiller et protéger les richesses partagées dans le quartier Wikimédia. Il suffit pour cela de rejoindre le mouvement en se créant un compte. Cela permet de profiter de nombreux outils, dont notamment un système qui envoie des notifications, dès qu'une pièce que l'on veut surveiller est modifiée.
Pour créer ce compte, pas besoin de fournir une adresse ou un numéro de téléphone. Les seules informations personnelles indispensables au bon fonctionnement du quartier Wikimédia sont les adresses IP des visiteurs. Lors des visites et contrairement à ce qui se passe dans les quartiers commerciaux de la grande ville numérique, tels que les GAFAM, NATU, BATX, le quartier Wikimédia ne récolte et ne vend aucune donnée à des fins d'exploitation.
Même les adresses IP enregistrées par le système ne sont pas visibles par les autres visiteurs. Elles sont remplacées par les noms et les pseudonymes fournis lors de la création des comptes, ou masquées par des comptes temporaires pour les modifications faites par des personnes non connectées. Seules quelques personnes accréditées par la communauté pour effectuer des contrôles d’usurpation d’identité ont accès à ces informations. C’est là une précaution nécessaire au bon déroulement des votes qui succèdent parfois aux recherches de consensus concernant l'aménagement du quartier Wikimédia.
Dans cette ville numérique que constituerait l'espace web, Wikimédia apparait ainsi comme le plus grand quartier dédié au partage de la connaissance. Tout d'abord, il y a les plus de 350 bâtiments Wikipédia, chacun dédié à une version linguistique de l'encyclopédie. Puis, toujours séparés en versions linguistiques, on trouve ensuite les bibliothèques Wikilivres et Wikisource, les bâtiments lexicaux multilingues Wiktionnaire, le centre journalistique Wikinews, le centre pédagogique et de recherche Wikiversité, le centre d'informations touristique Wikivoyage, le répertoire des êtres vivants Wikispecies et enfin l'institut des citations d’auteurs Wikiquote. Cela sans oublier le musée médiatique Wikimedia Commons et la banque Wikidata, reconnue comme étant la plus grande banque d’informations structurées au monde. Deux bâtiments dont l'une des fonctions principales communes est d’enrichir les pièces situées dans les autres buildings du quartier Wikimédia.
Dans tous ces immeubles, il arrive souvent que plus de la moitié des étages soient uniquement attribués à l'organisation des activités qui s'y déroulent. Chaque bâtiment peut aussi compter sur le soutien d'autres édifices tels que MediaWiki, Wikitech, Phabricator, qui sont trois lieux entièrement dédiés aux maintenances techniques sur l'ensemble du quartier. Concernant les aspects administratifs, c'est dans le bâtiment Méta-Wiki que s'opère la gouvernance générale du quartier, alors que les courriers adressés à ce dernier sont traités en première ligne dans le bâtiment Wikimedia VRT. À la suite de quoi, il ne reste plus qu'à citer le bâtiment Wikimedia Outreach, pour des initiatives de sensibilisation, et le bâtiment du journal Diff Wikimedia, comme lieu de publication d'actualités sur le mouvement.
En dehors de certains aspects techniques, tous ces bâtiments sont exclusivement régis par des communautés bénévoles, qui sont toujours prêtes à accueillir de nouveaux membres. Les seuls immeubles du quartier qui diffèrent de ce principe sont les bâtiments vitrines de la Fondation Wikimédia et des autres associations Wikimédia qui engagent du personnel. Quant au bâtiment du conseil d'administration de la Fondation, des raisons officielles justifient le fait que la modification de ses pièces est réservée à ces membres et aux employés qui les soutiennent.
Face à tant d'utopies, il devient légitime de vouloir comprendre comment tout cela fut rendu possible. Or, pour répondre à cette question, il faut alors parcourir tout un pan de l'histoire de la révolution numérique, depuis la contre-culture des années 1960 jusqu'à nos jours. On y découvre que les pionniers du réseau Internet étaient des chercheurs et étudiants en informatique, fortement influencés par de nouvelles idéologies, telles que celles qui furent à la source des évènements de mai 68 en France. C'est donc de là que naîtra la philosophie de partage, de liberté, de décentralisation et ce mode d’organisation tout à fait spécifique, que l'on observe aujourd'hui au sein du mouvement Wikimédia.
Il y eut tout d'abord la création d'Internet, comme réseau mondial de communication en libre accès, puis le développement du World Wide Web, qui a grandement facilité les interactions humaines à l’échelle planétaire. Par la suite, ce fut l'arrivée du Web 2.0, caractérisé par l'apparition de nouveaux sites web directement modifiables à l'aide d’un simple navigateur. Or, parmi ceux-ci se trouvent les moteurs de Wiki, dont le plus puissant d’entre eux, MediaWiki, est un logiciel libre développé par la Fondation Wikimédia. Le moment est donc venu d'en savoir plus sur ce type de programme informatique, ainsi que sur le mouvement du logiciel libre, qui a fortement influencé la philosophie et les valeurs véhiculées au sein du mouvement Wikimédia.
'''Chapitre 2 : Le mouvement du logiciel libre'''
L’un des premiers épisodes de la préhistoire de Wikipédia et du mouvement Wikimédia débuta en septembre 1983, lorsqu’un programmeur du Massachusetts Institute of Technology, appelé Richard Stallman, déposa un message sur la liste de diffusion net.unix-wizards. C’était un appel d’aide pour la création de GNU, un nouveau système d’exploitation qui devait réunir une suite de programmes que tout le monde pourrait utiliser librement sur son ordinateur personnel. Dans son message transmis via ARPANET, le premier réseau informatique à grande échelle qui précéda Internet, Stallman s’exprimait de la sorte :
Je considère comme une règle d’or que si j’apprécie un programme, je dois le partager avec d’autres personnes qui l’apprécient. Je ne peux pas en bonne conscience signer un accord de non-divulgation ni un accord de licence de logiciel. Afin de pouvoir continuer à utiliser les ordinateurs sans violer mes principes, j’ai décidé de rassembler une quantité suffisante de logiciels libres, de manière à pouvoir m’en tirer sans aucun logiciel qui ne soit pas libre.
Le projet de Stallman, qui reçut le soutien nécessaire à son accomplissement, marqua ainsi le début de l’histoire du logiciel libre. Quant à la quantité d’aide fournie, elle permet de croire que Richard Stallman n’était pas seul à voir l’arrivée des logiciels propriétaires d’un mauvais œil. Car pour les membres du projet GNU et du mouvement du logiciel libre en général, un bon programme informatique doit respecter ces quatre libertés fondamentales :
1. La liberté d’exécuter le programme, pour tous les usages.
2. La liberté d’étudier le fonctionnement du programme, et de l’adapter à vos besoins.
3. La liberté de redistribuer des copies, donc d’aider votre voisin.
4. La liberté d’améliorer le programme, et de publier vos améliorations, pour en faire profiter toute la communauté.
Lors de l'apparition du logiciel libre, le marché de l’informatique était de fait en pleine mutation. L'habituel partage des codes informatiques entre les rares étudiants ou chercheurs qui bénéficiaient d’un accès à un ordinateur faisait l'objet d'une remise en question. Ce changement faisait notamment suite au Copyright Act de 1976, une nouvelle loi qui autorisait l'application d'un droit d'auteur sur le code informatique, et donc qui permettait d'en interdire le partage ou la réutilisation sans autorisation. Des clauses de confidentialité ont ainsi fait leur apparition, pendant que les employés des firmes informatiques étaient nouvellement soumis à des contrats de confidentialité. C'était la fin de l’entraide et de la solidarité pratiquées chez les pionniers de l’informatique. À sa place s'installaient la concurrence et la compétitivité, bien connues dans le système capitaliste marchand.
Cette mutation coïncidait avec l’arrivée des premiers ordinateurs de taille réduite. Grâce à l’apparition des premiers circuits intégrés, les premiers exemplaires avaient en effet été créés par l’industrie aérospatiale au début des années 1960. Cependant, il fallut attendre le début des années 1980 pour que le prix d’un ordinateur soit suffisamment bas pour en faire un bien de grande consommation.
C’est ainsi qu’en 1982, le Commodore 64 entrait dans le livre Guinness des records, avec plus de 17 millions d’exemplaires vendus dans le monde. Juste avant cela, en 1981, l’IBM Personal Computer avait déjà fait son apparition, en proposant une architecture ouverte qui allait servir de modèle pour toute une gamme d’ordinateurs que l’on désigne toujours aujourd’hui par l’acronyme « PC ».
Pour faire fonctionner ses nouveaux modèles d'ordinateurs, la société IBM avait confié à l’entreprise Microsoft, créée en 1975, la mission de les équiper d’un système d’exploitation. Le contrat signé entre les deux firmes fut une véritable aubaine pour le fournisseur des programmes informatiques. Car sans s'en apercevoir, et sans jamais anticiper que son matériel serait cloné à grande échelle, celle-ci avait en effet permis à Microsoft d'établir un monopole dans la vente de logiciels. Cela fut condamné pour abus de position dominante et vente liée du logiciel avec le matériel informatique, mais sans pour autant empêcher Bill Gates, le principal actionnaire de Microsoft, d'être l'homme le plus riche du monde en 1994.
Toutefois, pendant que Microsoft renforçait sa position dominante, un nouvel événement majeur allait marquer l’histoire du logiciel libre. Celui-ci fut de nouveau déclenché par un appel à contribution, qui fut cette fois posté le vingt-cinq août 1991 par un jeune étudiant en informatique de 21 ans, appelé Linus Torvalds. Via le système de messagerie Usenet, sa demande avait été postée dans une liste de diffusion consacrée au système d’exploitation Minix, une sorte d’UNIX simplifié et développé dans un but didactique, par le programmeur Andrew Tanenbaum.
Loin d’imaginer que cela ferait de lui une nouvelle célébrité dans le monde du Libre, Torvalds entama son message par le paragraphe suivant :
Je fais un système d’exploitation (gratuit) (juste un hobby, ne sera pas grand et professionnel comme gnu) pour les clones 386 (486) AT. Ce projet est en cours depuis avril et commence à se préparer. J’aimerais avoir un retour sur ce que les gens aiment ou n’aiment pas dans minix, car mon système d’exploitation lui ressemble un peu (même disposition physique du système de fichiers (pour des raisons pratiques) entre autres choses).
Bien qu’il fût présenté comme un passe-temps, le projet qui répondait au nom de « Linux », fut rapidement soutenu par des milliers de programmeurs du monde entier, avant de devenir la pièce manquante du projet GNU. En effet, les contributeurs au projet de Stallman n’avaient pas encore terminé l’écriture du code informatique du noyau Hurd, alors qu'il était censé établir la communication entre la suite logicielle produite par GNU et le matériel informatique. C'est donc la fusion des codes produits par les projets GNU et Linux qui permit la création du premier système complet, stable et entièrement libre baptisé GNU/Linux.
Au départ de ce nouveau système informatique, de nombreuses variantes, que l’on nomme communément « distributions », furent créées par des programmeurs de tous horizons. L’une de celles-ci s’intitule Debian et tire sa réputation d'être simultanément libre, gratuite, très fiable et produite par une communauté sans lien direct avec une société commerciale. Quatre qualités qui expliquent pourquoi, Debian sert de base à plus de 150 distributions dérivées, et que de nombreuses organisations l'utilisent, comme le fait la Fondation Wikimédia sur les serveurs qui hébergent les projets qu'elle supporte.
Grâce à la naissance des logiciels libres, le mouvement Wikimédia a donc la possibilité de faire tourner ses serveurs informatiques, avec un système d’exploitation fiable, libre et gratuit. Comme son code source est ouvert, cela permet aussi à la Fondation Wikimédia de le modifier pour répondre aux besoins spécifiques du mouvement. À la suite de quoi, et selon les règles formulées par la communauté du logiciel libre, les modifications faites par la Fondation deviennent à leur tour, gratuitement et librement, utilisables par d’autres personnes ou organismes.
À ce premier héritage reçu par le mouvement Wikimédia et toujours en provenance des logiciels libres, s’ajoute une innovation méthodologique. Dans son article La Cathédrale et le Bazar, Eric Raymond mobilise en effet le terme « cathédrale » pour désigner le mode de production des logiciels propriétaires, en opposition au mot « bazar », qu'il utilise pour qualifier le mode de développement des logiciels libres. D’un côté, il décrit une organisation pyramidale, rigide et statutairement hiérarchisée, comme on peut la voir souvent au sein des entreprises. Tandis que de l’autre, il parle d’une organisation horizontale, flexible et peu hiérarchisée, qu’il a lui-même expérimentée en adoptant le style de développement de Linus Torvalds, à savoir : « distribuez vite et souvent, déléguez tout ce que vous pouvez déléguer, soyez ouvert jusqu’à la promiscuité ».
À l’instar de la métaphore du quartier numérique présentée dans le précédent chapitre, cette manière de décrire les projets open source nous aide donc ici à mieux comprendre ce qui se passe dans le mouvement Wikimédia. D'un côté, on retrouve effectivement cette « ouverture jusqu’à la promiscuité », dans le libre accès accordé aux projets Wikimédia, alors que de l'autre, tout le monde peut participer aux projets Wikimédia, qu'ils soient en ligne ou hors ligne.
Ces deux observations corroborent donc l’existence d’un deuxième héritage en provenance du mouvement du logiciel libre. Néanmoins, il nous reste encore à découvrir un phénomène négligé par Eric Raymond durant ses observations, et qui pourtant, a considérablement influencé l'histoire de la révolution numérique. Il s’agit de l’apparition de la licence libre, de la philosophie qu'elle sous-tend, et du mouvement de la culture libre, dont elle fut à l’origine.
'''Chapitre 3 : Les licences et la culture libres'''
Dans une biographie autorisée, Christophe Masutti explique à quel point la création de la Licence publique générale GNU, en tant que première licence libre créée par Richard Stallman, représente un épisode majeur de la révolution numérique. Selon lui :
La GPL apparaît comme l’un des meilleurs hacks de Stallman. Elle a créé un système de propriété collective à l’intérieur même des habituels murs du copyright. Surtout, elle a mis en lumière la possibilité de traiter de façon similaire « code » juridique et code logiciel.
Le concept de distribution associé à ce nouveau type de licence fut baptisé « copyleft », par inspiration d’un jeu de mots que Richard Stallman avait trouvé dans un courrier transmis par son collègue Don Hopkins. Le principe novateur de ce concept est d'obliger toute production de code dérivé à se soumettre à la même licence libre que le code d’origine. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle beaucoup de gens parlent de licence « virale » ou « récursive » en faisant référence à celle-ci. Quant à l'importance de cette clause, elle repose sur le fait d'interdire toute privatisation d'un code informatique produit sous licence libre. Sans celle-ci, un tel code risque en effet d'être récupéré, puis modifié, avant d’être placé sous un habituel copyright de type « tous droits réservés », dans le but de commercialiser son usage.
En 2001 et dans la mouvance provoquée par l'arrivée des premières licences libres, une organisation internationale sans but lucratif, intitulée Creative Commons, a entamé la promotion du « partage et la réutilisation de la créativité et des connaissances grâce à la fourniture d’outils juridiques gratuits ». Pour ce faire, elle met régulièrement à jour une panoplie de licences inspirées par la GNU, mais spécialement adaptées aux œuvres de l'esprit, telles que les productions littéraires, musicales, photographiques et vidéo, ainsi que les bases de données.
Contrairement aux licences libres fournies par la Free Software Foundation, conçues pour protéger du code informatique, les licences produites par Creative Commons offrent la possibilité de sélectionner différentes clauses pour protéger une œuvre libre. Avec le label CC, pour Creative Commons, on peut ainsi appliquer, ou ne pas appliquer, la clause « BY », qui oblige à créditer l'auteur, et la clause « SA », pour Share Alike, qui ordonne le partage à l’identique comme décrit précédemment. Après quoi il est encore possible d'ajouter la clause « NC », qui impose un usage non commercial, et finalement, la clause « ND », pour Non Derivative, qui exige que l’œuvre soit utilisée ou reproduite dans son intégralité et sans modification.
Le mouvement Wikimédia a choisi la licence CC.BY-SA pour protéger les contenus publiés dans tous ses projets. Cela à l'exception de la banque de données Wikidata, qui au même titre que les descriptions apportées aux fichiers téléchargés dans la médiathèque Wikimedia Commons, publie ses informations structurées sous licence CC0. Cette dernière licence proposée par creative commons est ce qui se rapproche le plus du domaine public, avec pour avantage de ne pas devoir mentionner les auteurs dans le traitement et la réutilisation du contenu de la base de données.
Cependant, il en résulte que les informations en question peuvent être réutilisées par des tiers qui ne sont plus obligés de citer leurs sources, comme le font les agents conversationnels des intelligences artificielles génératives, appelés couramment chatbots. Contrairement à la licence CC.BY-SA, la licence CC0 est donc moins apte à pérenniser les projets Wikimédia, puisqu'elle permet d'invisibiliser ces derniers au risque de réduire les chances d'arrivée de nouveaux contributeurs et contributrices. De plus, sans la clause SA qui assure l'application du copyleft, toutes les informations récupérées au sein de Wikidata et de Wikimedia Commons sont aussi susceptibles de quitter le monde du libre, une fois traitées par des entreprises commerciales.
Quoi qu’il en soit, les licences Creative Commons, inspirées par la licence libre de Richard Stallman, apparaissent finalement comme un troisième héritage en provenance du mouvement du logiciel libre et de la culture libre qui en est issue. Grâce à la licence CC.BY-SA, les éditeurs des projets Wikimédia bénéficient effectivement d'une certaine reconnaissance, tout en étant assurés qu'aucun copyright sur leurs travaux ne puisse profiter exclusivement à une personne ou une compagnie. Cela pendant que la licence libre appliquée au système d'exploitation installé sur les serveurs Wikimédia garantit, pour sa part, un certain respect des contributeurs, puisqu'elle permet de vérifier si le code informatique ne compromet pas leurs vies privées.
Avec tous les autres apports en provenance du logiciel libre, ce sont là deux choses importantes qui ont permis l'apparition du mouvement Wikimédia. Toutefois, cela ne pouvait pas suffire à la création du projet Wikipédia qui en fut le point de départ. Car sans l'espace numérique, mondial et libre d’accès, créé par Internet et l'espace web, aucune encyclopédie collaborative de cette envergure n'aurait pu voir le jour.
'''Chapitre 4 : Le réseau Internet'''
L’histoire du réseau Internet constitue un nouvel épisode captivant de la révolution numérique, sans lequel le mouvement Wikimédia n’aurait jamais pu émerger. D’un point de vue purement technique, ce réseau informatique a été mis au point dans les années 1970, avant l’adoption généralisée du protocole TCP/IP, toujours en usage à ce jour. Ce dernier fut inventé par Vint Cerf et Robert Elliot Kahn, quand ils travaillaient pour la Defense Advanced Research Projects Agency, rattachée au département de la Défense américaine. L'une des premières présentations de leur projet fut, entre autres, réalisée lors d’une conférence organisée par l’International Network Working Group, une instance créée pour assurer la gouvernance mondiale du réseau informatique.
Sur base de ces informations, on peut penser qu’Internet a été créé par des militaires. Cependant, Une contre-histoire de l’Internet, nous révèle que les créateurs et les premiers utilisateurs d’ARPANET, considéré comme l’ancêtre d’Internet, étaient davantage des étudiants hippies et amateurs de LSD, que des militaires bien drillés. D’ailleurs, avant la standardisation du protocole TCP/IP, ARPANET fonctionnait depuis plus d’un an avec un autre protocole de transition intitulé Network Control Program. Or, celui-ci avait été mis au point, en février 1969, par le Network Working Group, un groupe informel d’étudiants rassemblés autour de Steve Crocker, lorsqu’il ne détenait encore qu’une simple licence.
Bien que rarement cité dans l’histoire d’Internet, ce groupe a pourtant mis en place la procédure RFC, pour Request For Comments, reconnue comme « l’un des symboles forts de la "culture technique" de l’Internet, marquée par l’égalitarisme, l’autogestion et la recherche collective de l’efficience ». Soit trois principes et une procédure, qui aujourd’hui encore sont appliqués sur le site Méta-Wiki, dans lequel s'organise la gestion communautaire du mouvement Wikimédia. Cela alors qu'au sein des projets pédagogiques, d’autres processus similaires de recherche de consensus ont fait leur apparition.
Il faut ensuite savoir que les liens entre ARPANET et l’armée ont disparu avec l’apparition du MILNET, un réseau entièrement dédié aux activités militaires, rebaptisé NIPRNet, pour Non-classified Internet Protocol Router Network, en 1990. Après une séparation définitive en 1983, précisément l’année où Richard Stallman postait sa demande d’aide pour le projet GNU, le réseau ARPANET resta uniquement dédié à la recherche et au développement. À cette époque, le réseau ne comprenait pas plus de 600 machines connectées, ce qui n'a donc rien de comparable avec ce vaste réseau informatique mondial que nous connaissons aujourd’hui, et qui fut fortement développé au cours des années 1990.
Pour en assurer l’entretien technique, une organisation non gouvernementale, a été créée en 1992, sous l'appellation d’Internet Society. Celle-ci devait aussi veiller au respect des valeurs fondamentales liées au bon fonctionnement du réseau. Car avant d'atteindre des milliards d’appareils connectés, il a d’abord fallu réglementer les nombreuses dorsales internet intercontinentales, sans lesquelles la transmission du protocole TCP/IP partout dans le monde n'aurait pas été possible.
Pour en revenir à l’état d’esprit des créateurs d'Internet, un article intitulé Quarante ans après : mais qui donc créa l’internet ? apporte un éclairage particulièrement intéressant au sujet des liens que l'on peut établir entre le mouvement Wikimédia et l'histoire d'Internet. Dans son témoignage, Michel Elie, cet ingénieur en informatique, membre du Network Working Group cité précédemment, et responsable de l’Observatoire des Usages de l’Internet, nous explique effectivement ceci.
Le succès de l’internet, nous le devons aux bons choix initiaux et à la dynamique qui en est résultée : la collaboration de dizaines de milliers d’étudiants, ou de bénévoles apportant leur expertise, tels par exemple ces centaines de personnes qui enrichissent continuellement des encyclopédies en ligne telles que Wikipédia.
Au courant des années 1990, le milieu informatique universitaire semblait donc toujours fortement imprégné des idéaux de la contre-culture des années 1960, produit par les baby boomers dans le contexte de la guerre du Vietnam. Afin d'illustrer les idées véhiculées à cette époque, voici un paragraphe extrait d'un ouvrage publié en 1970 et intitulé Vers une contre-culture : Réflexions sur la société technocratique et l’opposition de la jeunesse. Dans celui-ci, Théodore Roszak explique que :
Le projet essentiel de notre contre-culture : proclamer un nouveau ciel et une nouvelle terre, si vastes, si merveilleux que les prétentions démesurées de la technique soient réduites à n’occuper dans la vie humaine qu’une place inférieure et marginale. Créer et répandre une telle conception de la vie n’implique rien de moins que l’acceptation de nous ouvrir à l’imagination visionnaire. Nous devons être prêts à soutenir ce qu’affirment des personnes telles que Blake, à savoir que certains yeux ne voient pas le monde comme le voient le regard banal ou l’œil scientifique, mais le voient transformé, dans une lumière éclatante et, ce faisant, le voient tel qu’il est vraiment.
À la suite de cette lecture, il peut sembler paradoxal de penser qu’une contre-culture, voyant la technique comme « inférieure » et assimilant la science au « banal », puisse avoir un lien avec le milieu scientifique universitaire qui fut à l'origine d'Internet. Cependant, une réponse à cette énigme fut apportée par Fred Turner, par la publication de son livre intitulé : « Aux sources de l’utopie numérique : De la contre-culture à la cyberculture, Stewart Brand, un homme d’influence ».
Grâce à cet ouvrage, on découvre en effet que le mouvement Hippie utilisera tout ce qui était à sa disposition à l’époque pour parvenir à ses fins : LSD, spiritualités alternatives, mais également, objets technologiques les plus en pointe. Cela grâce notamment à l’influence de Steward Brand, le créateur d'un catalogue interactif, qui peut être considéré comme l'ancêtre analogique des groupes de discussions numériques apparus des années plus tard.
Comme autre indication, il y a ensuite les propos tenus en 1992, lors d’une plénière de la 24ᵉ réunion du groupe de travail sur l’ingénierie Internet, par David D. Clark, un autre pionnier d’Internet. Durant cette rencontre, ce chef de projet prononça des paroles restées dans les annales. « Nous récusons rois, présidents et votes. Nous croyons au consensus et aux programmes qui tournent ». Deux phrases seulement, mais qui, dans le cadre du milieu informatique, permettent de croire que le mépris de la contre-culture envers la technique et la science, s'est transformé en un refus d’autorité et une recherche de consensus.
Dans tous les cas, le développement du réseau Internet ne s'est pas fait sans conflits idéologiques importants. On peut d'ailleurs se demander aujourd'hui à quoi ressemblerait Internet s'il n'avait jamais été commercialisé. Cela s'est passé en novembre 1994, lorsque l’association sans but lucratif Advanced Network and Services, chargée de gérer les accès à Internet, a fait le choix de vendre ses activités. Cette décision faisait suite à un appel à des fonds privés pour financer d'importants changements dans l'infrastructure du réseau. Profitant de l'occasion, la société commerciale America Online a ainsi repris à son compte la gestion des connexions à Internet, après avoir effectué un versement de 35 millions de dollars.
Trente ans plus tard, Internet est devenu ce réseau que nous expérimentons aujourd'hui, à savoir : un réseau dominé par des sociétés privées les plus riches au monde. Dans ce contexte et parmi les 100 sites web les plus visités au monde, seul le nom de domaine Wikipédia appartient à une organisation non lucrative. Cela explique donc pourquoi le mouvement Wikimédia, via son encyclopédie et la fondation qui l'héberge, représente à ce jour, et dans l'espace web, l'expression la plus visible de la philosophie des pionniers d’Internet.
Plus qu'un héritage, cette situation peut être vue comme une mission perpétuée au sein d'un espace envahi par une culture marchande et capitaliste. C'est là une information importante qu'il faut retenir au sujet du mouvement Wikimédia. Elle ne clôture pas pour autant tout ce qu'il faut savoir au sujet des évènements qui ont permis la création d’une encyclopédie mondiale, libre et collaborative. Mais en revanche, elle nous invite à découvrir l'histoire du World Wide Web, un espace numérique sans lequel la création de Wikipédia n'aurait jamais été possible.
'''Chapitre 5 : Le World Wide Web'''
Maintenant que le lien entre la création d'Internet et le mouvement Wikimédia est établi, découvrons à présent l'application la plus connue du réseau, que l'on nomme le World Wide Web, ou plus simplement « Web ». C'est Tim Berners-Lee qui en fut l’inventeur, lorsqu’il était encore actif à l'Organisation européenne pour la recherche nucléaire. Il avait pour idée de créer un espace d’échange public par l’intermédiaire d'Internet, et pour y parvenir, il mit au point le logiciel « WorldWideWeb », rebaptisé Nexus pour éviter toute confusion avec le World Wide Web.
Grâce à un système d’indexation appelé hypertexte, ce programme informatique a permis de produire et de connecter des espaces numériques intitulés sites Web. Ceux-ci sont composés de pages web, hébergées sur des ordinateurs distants, mais connectés entre eux au travers du réseau Internet. Pour permettre ce type de connexion, Berners-Lee mit au point le Hypertext Transfer Protocol ou HTTP, un nouveau protocole de communication simple en soi, mais dont la mise en œuvre technique est compliquée.
Pour veiller au bon fonctionnement et au bon usage de l'espace web, des règles de standardisation ont tout d'abord été édictées par l’association Internet Society. Après quoi, Berners-Lee fonda le W3C, un consortium international dont la devise est : « un seul Web partout et pour tous ». Si ce slogan nous apparaît très naturel aujourd’hui, il faut toutefois savoir que l'espace Web a bien failli être régi séparément par des acteurs commerciaux, avec tous les droits d'accès que cela aurait pu engendrer.
À partir du trente avril 1993, jour du dépôt du logiciel WorldWideWeb dans le domaine public par Robert Cailliau, un collègue de Berners-Lee chargé de la promotion de son projet, un tel scénario était en effet possible. Sauf qu'après le départ de Berners-Lee, devenu président du W3C, François Flückiger, qui avait repris son poste au sein du CERN, eut la présence d'esprit de réagir à temps. Selon le livre Alexandria qui parcourt l'histoire de Robert Caillau, voici ce qui aurait pu se passer si le code de l’éditeur HTML n'avait finalement pas été placé sous licence libre.
La philanthropie de Robert, c’est très sympa, mais ça expose le Web à d’horribles dangers. Une entreprise pourrait s’emparer du code source, corriger un minuscule bug, s’approprier le « nouveau » logiciel et enfin faire payer une licence à ses utilisateurs. L’ogre Microsoft, par exemple, serait du genre à flairer le bon plan pour écraser son ennemi Macintosh. Les détenteurs d’un PC devraient alors débourser un certain montant pour profiter des fonctionnalités du Web copyrighté Microsoft. Les détenteurs d’un Macintosh, eux, navigueraient sur un Web de plus en plus éloigné de celui vendu par Bill Gates, d’abord gratuit peut-être, avant d’être soumis lui aussi à une licence.
Face à un tel scénario, nous découvrons de nouveau à quel point le concept de licence libre a fondamentalement changé le cours de la révolution numérique. Sans cela, nos expériences et nos usages de l'espace numérique auraient été totalement différents. L'utopie Wikipédia, par exemple, n'aurait certainement pas vu le jour, en raison de l'éclatement des espaces numériques et des coûts d'accès auxquels seraient confrontés les bénévoles qui ont construit le projet. Quoi qu'il en soit, et au niveau technique, une fois l'espace web apparu, il ne manquait plus qu'une chose pour permettre la création d'une encyclopédie collaborative au format numérique.
'''Chapitre 6 : Les plateformes Wiki'''
Un wiki, ou un moteur de wiki, est un logiciel que l'on installe sur un serveur informatique pour permettre la création d’un site web éditable et configurable à l’aide d’un simple navigateur. Plus précisément, c’est un système de gestion de contenu, dans lequel le code HTML, CSS, JavaScript et Lua, ainsi que certains paramètres, peuvent être modifiés par tous les internautes. Cela peut se faire en se connectant à un compte utilisateur, afin de bénéficier des droits de modification et d’administration qui lui sont accordés, ou en utilisant la configuration attribuée par défaut aux personnes non connectées.
Sur les pages web d'un wiki, chaque modification provoque un nouvel enregistrement complet du code source qui la compose. De la sorte, il est toujours possible, à partir d’une page reprenant l’historique des modifications, de rétablir l'une de ses anciennes versions. Grâce à ce système, on peut ainsi savoir quelle personne, ou quelle adresse IP est à l’origine d’un changement, et même voir l’endroit où la modification a été faite, et à quel moment celle-ci a été réalisée.
Le premier logiciel Wiki, qui portait le nom de WikiWikiWeb, a été créé et placé sous licence libre GPL par Ward Cunningham en mars 1995. Grâce à la licence, d’autres programmes wiki ont vu le jour en copiant ou s’inspirant du code source de WikiWikiWeb, ou des autres projets wiki qui l'avaient fait auparavant. Cette émulation récursive, qui donna naissance à toute une panoplie de projets wiki, est donc à nouveau une belle illustration des retombées positives que peut susciter l'application d'une licence libre.
Parmi les différents logiciels Wiki disponibles, UseModWiki fut choisi par la société Bomis qui finança la création du premier projet Wikipédia en anglais. C'était un choix judicieux, car l’éclatement de la bulle spéculative d’Internet, à la fin des années 2000, confrontait l'entreprise à de grosses difficultés financières. Un programme gratuit, simple d’utilisation et peu gourmand en ressources informatiques, convenait donc parfaitement dans ce cadre. UseModWiki fut par après remplacé par un autre moteur de Wiki sans nom, mais plus performant et toujours produit sous licence libre. Ce dernier fut ensuite amélioré par plusieurs programmeurs, dont Brion Vibber, le premier employé de la Fondation Wikimédia, avant d’être finalement intitulé MediaWiki.
Avec l’aide de nouveaux employés et des bénévoles actifs sur le site mediawiki.org, ce système de gestion de contenu finit par apparaitre en tête du classement des wikis les plus utilisés. Grâce à la licence libre, des milliers d'autres personnes et projets ont pu en effet développer des sites Web, sans nécessairement faire partie du mouvement Wikimédia. Ce succès a par ailleurs justifié l'organisation de rassemblements annuels entre 2016 et 2020, entre personnes et organisations qui utilisent le programme, pour discuter de son développement et de ses usages.
Ceci étant dit, il existe dans la liste des Wikis d’autres logiciels libres intéressants, tels que DokuWiki, rendu populaire par sa simplicité d’installation et d’usage. Jusqu’à ce jour cependant, seul MediaWiki semble suffisamment stable et puissant pour permettre le développement optimal de l’ensemble des projets Wikimédia. Avec parmi ceux-ci, bien sûr, Wikipédia, l'encyclopédie libre et universelle, dont nous allons enfin découvrir la mise en place dans ce prochain chapitre.
'''Chapitre 7 : L’encyclopédie libre et universelle'''
Dans les chapitres précédents, nous avons découvert toutes les innovations techniques et culturelles sans lesquelles Wikipédia n’aurait jamais pu devenir la plus grande encyclopédie libre et universelle connue au monde. Son objectif est de synthétiser la totalité du savoir humain. Ce qui n’est autre, finalement, qu’un vieux rêve de notre humanité. Trois cents ans avant Jésus-Christ et durant la création de la bibliothèque d’Alexandrie, ce désir était aussi celui de Ptolémée Iᵉʳ. C'était deux siècles avant que Denis Diderot publie, avec Jean Le Rond d'Alembert et Louis de Jaucourt en 1751, la première édition de l’Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers. Quant à Paul Otlet, qui a créé avec Henri La Fontaine la classification décimale universelle en usage depuis 1905, il s’était mis en tête de répertorier l’ensemble du savoir humain au sein d'un seul édifice.
Peu connu à ce jour, ce documentaliste belge rêvait pourtant de cataloguer le monde et de rassembler toutes les connaissances humaines, sous la forme d’un gigantesque répertoire bibliographique universel, situé à l'intérieur d'un Mundaneum. En 1934, dans le Traité de documentation écrit par celui qui voulait « classer le monde », Otlet décrit, de manière particulièrement visionnaire, un possible partage du savoir et de l’information.
Ici, la Table de Travail n’est plus chargée d’aucun livre. À leur place se dresse un écran et à portée un téléphone. Là-bas, au loin, dans un édifice immense, sont tous les livres et tous les renseignements, avec tout l’espace que requiert leur enregistrement et leur manutention…
De là, on fait apparaître sur l’écran la page à lire pour connaître la question posée par téléphone avec ou sans fil. Un écran serait double, quadruple ou décuple s’il s’agissait de multiplier les textes et les documents à confronter simultanément ; il y aurait un haut-parleur si la vue devrait être aidée par une audition. Une telle hypothèse, un Wells certes l’aimerait. Utopie aujourd’hui parce qu’elle n’existe encore nulle part, mais elle pourrait devenir la réalité de demain pourvu que se perfectionnent encore nos méthodes et notre instrumentation.
À peu de choses près, cette utopie décrite en 1934 par Otlet correspond à l'usage que l'on fait du réseau Internet et de son espace web, lorsqu'on recherche de l'information aujourd'hui. Premièrement, allumer un système informatique, avec ou sans fil, muni d'un écran ; ensuite, poser une question dans un moteur de recherche ; puis, comme cela arrive très souvent, être redirigé vers l'une des versions linguistiques de Wikipédia.
Ce scénario, dans lequel les moteurs de recherche jouent un rôle central, explique la popularité de l'encyclopédie libre. D'autres projets similaires étaient pourtant apparus sur le Web avant l'arrivée de Wikipédia. Environ trois ans avant sa création, Aaron Swartz, un activiste de la culture libre qui avait juste douze ans à l'époque, avait par exemple lancé une sorte de site encyclopédique produit et régi par ses usagers. Appelé The Info Network, ce site web avait d'ailleurs permis à son auteur de recevoir l'ArsDigita Prize, un prix décerné aux jeunes créateurs de projets « utiles, éducatifs, collaboratifs et non commerciaux ».
Il faut savoir ensuite que l'expression « encyclopédie libre et universelle » fut oubliée pour la première fois durant l'année 2000 par Richard Stallman, soit l'année qui précéda celle de la naissance de Wikipédia. C'était dans un essai intitulé The Free Universal Encyclopedia and Learning Resource, qui, selon son auteur, avait été rédigé deux ans avant sa publication sur la liste de diffusion du projet GNU. Repris ci-dessous, un extrait de ce texte, présente les particularités du projet.
Le World Wide Web a le potentiel de devenir une encyclopédie universelle couvrant tous les domaines de la connaissance et une bibliothèque complète de cours d’enseignement. Ce résultat pourrait être atteint sans effort particulier, si personne n’intervient. Mais les entreprises se mobilisent aujourd’hui pour orienter l’avenir vers une voie différente, dans laquelle elles contrôlent et limitent l’accès au matériel pédagogique, afin de soutirer de l’argent aux personnes qui veulent apprendre.
Nous ne pouvons pas empêcher les entreprises de restreindre l’information qu’elles mettent à disposition ; ce que nous pouvons faire, c’est proposer une alternative. Nous devons lancer un mouvement pour développer une encyclopédie libre universelle, tout comme le mouvement des logiciels libres nous a donné le système d’exploitation libre GNU/Linux. L’encyclopédie libre fournira une alternative aux encyclopédies restreintes que les entreprises de médias rédigeront.
En parlant d'un « mouvement pour développer une encyclopédie libre universelle », Stallman anticipait donc, sans le savoir, l'arrivée du mouvement Wikimédia, qui ne se concrétisa que bien des années plus tard. Quant à la soixantaine de paragraphes qui décrivent son projet, on y retrouve, dans une forme presque identique, les cinq principes fondateurs qui ont guidé la création de Wikipédia et qui sont toujours actifs à ce jour.
Le premier consiste bien sûr à créer une encyclopédie ; le deuxième réclame une neutralité de point de vue, chose que Stallman expliquait déjà en écrivant qu’« en cas de controverse, plusieurs points de vue seront représentés » ; le troisième implique le respect des droits d’auteur et l’adoption d'une licence libre, celle précisément dont Stallman avait été l'initiateur ; le quatrième inscrit le projet dans une démarche collaborative, alors que Stallman précisait déjà que « tout le monde est le bienvenu pour écrire des articles » ; et le cinquième enfin, stipule qu’il n’y a pas d’autres règles fixes, une position très courante dans le milieu des hackers dont Stallman faisait partie.
Il apparaît donc clairement que le projet Wikipédia n'était pas une idée originale en soi, mais plutôt une opportunité saisie par la société Bomis pour enrichir sa propre encyclopédie commerciale, Nupedia. Cette dernière avait été lancée en avril 2000, soit environ dix mois avant Wikipédia, et sa rédaction était assurée par des experts engagés au sein d’un processus éditorial strict et formel. Malheureusement pour la firme Bomis, le nombre d’articles ne progressait que très lentement.
Dans le but d'accélérer le processus, Larry Sanger, un docteur en philosophie employé par Bomis pour assurer le rôle de rédacteur en chef de Nupedia, eut l'idée d'installer un logiciel wiki sur les serveurs de son entreprise. L'objectif était d'ouvrir un site web participatif, dans lequel des volontaires pourraient créer des articles encyclopédiques, pour qu'ils soient ensuite intégrés dans le projet commercial. Malgré le manque d’enthousiasme de son employeur Jimmy Wales, Sanger mit ses idées en application, et c'est donc ainsi que débuta l’histoire de Wikipédia, avec sa toute première version en anglais.
C’était le 15 janvier 2001, précisément le même mois où Richard Stallman mit en ligne son propre projet d’encyclopédie libre et universelle, qu'il souhaitait intituler GNUPedia. Étonnamment, les noms de domaine gnupedia .com .net et .org avaient déjà été enregistrés au nom de Jimmy Wales, ce qui obligea Stallman à rebaptiser son projet GNE. Ce fait est d'autant plus surprenant que Wales affirma des années plus tard : « n’avoir eu aucune connaissance directe de l’essai de Stallman lorsqu’il s’est lancé dans son projet d’encyclopédie ».
Le site GNE ne ressemblait cependant pas vraiment à une encyclopédie, mais plutôt à un blog collectif ou une base de connaissance, tandis que sa page d’accueil précisait clairement qu’il s’agissait d’une bibliothèque d’opinion. Quant à sa modération, elle avait demandé d'engager un employé, car elle s'est avérée bien plus compliquée que prévu. À côté de cela, et probablement grâce aux spécificités de l’environnement wiki et aux soutiens apportés par Jimmy Wales et Larry Sanger, Wikipédia réussit à mettre en place une organisation efficace au sein d'une communauté d'éditeurs grandissante.
Peut-être en raison de la concurrence libre faite par le projet GNE, Jimmy Wales décida d'abandonner le copyright que Bomis détenait sur son encyclopédie commerciale Nupedia, pour le remplacer par une licence Nupedia Open Content. Peu de temps après, il décida finalement d'adopter la licence de documentation libre GNU conçue pour protéger les textes de documentation des logiciels libres. Ce dernier choix fut une stratégie payante, puisque cela incita Richard Stallman à transférer tout le contenu de son projet GNE vers Nupedia, et à encourager tout le monde à contribuer sur Wikipédia.
Parmi les autres actions de Jimmy Wales qui ont contribué au succès de Wikipédia, il y eut cette idée d'ouvrir le projet aux « gens ordinaires ». C’était un choix qui s’opposait aux idéaux de Larry Sanger, qui de loin préférait le modèle de Nupedia avec son système de relecture par des experts. Cependant, Jimmy Wales, en tant qu'homme d’affaires, visait une croissance plus rapide du contenu de l'encyclopédie.
Cette croissance ne s'est toutefois pas faite sans difficulté. Le 26 février 2002, en effet, l'Enciclopedia Libre Universal en Español, un projet dissident du projet Wikipédia, fit son apparition. C'était une réaction à de la censure, à l'existence d'une ligne éditoriale et à la possibilité de voir apparaitre des publicités dans Wikipédia. En raison des remises en question que cette séparation suscitait parmi les bénévoles actifs dans les projets, Jimmy Wales renonça finalement à l'usage de la publicité et mit de côté ses visions en matière de profit.
Il faut aussi tenir compte du fait que cet évènement est survenu lors de l'éclatement de la bulle spéculative Internet et du krach boursier de 2001-2002. Une conjoncture qui plaçait la société Bomis dans des difficultés financières, et surtout, dans l'incapacité de payer le salaire de Larry Sanger, son seul employé. En mars 2002 et après un mois d’activité bénévole, l’ex-employé décida alors de quitter les fonctions, qu'il occupait depuis un peu plus d'un an, dans Nupedia et Wikipédia. Avec le seul soutien de Jimmy Wales, les deux encyclopédies purent toutefois poursuivre leurs développements, toujours avec le concours d'experts dans Nupedia et d'une communauté bénévole au niveau de Wikipédia. Néanmoins, en septembre 2003 et vu l'écart qui se creusait entre les deux projets, l'encyclopédie Nupedia fut fermée et ses quelques dizaines d'articles transférées vers les milliers d'autres que comprenait déjà le projet Wikipédia.
Trois ans plus tard, Larry Sanger n’avait pas dit son dernier mot. En septembre 2006, il décida en effet de lancer sur fonds propres une encyclopédie intitulée Citizendium. Cette plateforme écrite en anglais uniquement et toujours active à ce jour, repose sur un système d’expertise, dans lequel les contributrices et les contributeurs doivent déclarer leur identité réelle. En avril 2026 cependant, Citizendium reprenait moins de 2000 articles, tout avancement confondu, tandis que le projet Wikipédia en anglais en regroupait déjà plus de 7 millions.
Voici donc comment est née la plus grande encyclopédie au monde, dont la taille et la visibilité n'avaient jamais été égalées auparavant. Une encyclopédie qui, de plus, s'est rapidement déclinée en de nombreuses versions linguistiques, à l'instar de sa version francophone, lancée moins de quatre mois après le projet original en anglais. Toutes ces versions ont formé les premières bases d’une organisation mondiale, bientôt chapeautée par une fondation. Avant cela, d'autres projets pédagogiques et collaboratifs ont vu le jour au côté de Wikipédia. Intitulés « projets frères », ceux-ci se constituent à leur tour, en de nombreuses versions linguistiques, tout en poursuivant le processus de création du mouvement Wikimédia.
'''Chapitre 8 : L'arrivée des projets frères'''
Dans le but de développer des contenus pédagogiques qui ne trouvaient pas leur place dans Wikipédia, d’autres projets pédagogiques et collaboratifs ont vu le jour, pour former ce que l'on appelle couramment aujourd'hui : l’écosystème Wikimedia. La naissance de tous ces projets, ainsi que les évènements importants qui ont contribué au développement du mouvement, ont été repris dans une ligne du temps réalisée par Guillaume Paumier, à l’occasion du dixième anniversaire de Wikipédia. Grâce à ce graphique, on peut voir en détail l'évolution du nombre de projets, de versions linguistiques, de contributeurs et d'articles, et se faire ainsi une idée sur la vitesse à laquelle s'est développé le mouvement Wikimédia.
Parmi tous les projets frères de Wikipédia, le premier à apparaître fut Méta-Wiki, une plateforme de référence pour centraliser la gestion de l'ensemble des sites web hébergés par la fondation Wikimédia. Dans un premier temps, cet espace communautaire en ligne a répondu à la nécessité de traiter en un seul lieu les questions communes aux différentes versions linguistiques de Wikipédia. Aujourd'hui, le site web est le principal endroit de coordination et de gestion de l'ensemble du mouvement Wikimédia. On y retrouve énormément d'informations au sujet des projets en ligne, et peut-être plus encore, concernant la Fondation et les organismes affiliés.
Après Méta-Wiki, sept autres projets de partage de la connaissance ont fait leur apparition, avant d'être déclinés à leur tour en plusieurs versions linguistiques. Tous ces projets émergent en général sur l’initiative d’un petit groupe de personnes actives au sein d’un projet préexistant. Ce fut le cas du projet Wiktionnaire en anglais, le deuxième projet à voir le jour après Méta-Wiki, en décembre 2002, soit deux ans avant la version francophone apparue en mars 2004.
Il est intéressant d'observer que la version francophone du Wiktionnaire n’a pas été créée à partir du projet anglophone, mais bien depuis le projet Wikipédia en français. D'ailleurs, on peut retrouver dans les archives de ce dernier projet, un débat concernant la pertinence de cette création, dont voici un extrait.
En fait, ce qui me peine vraiment avec le projet Wiktionary, c’est que alors qu’on essaie de rassembler les gens (pas facile) pour créer une sorte de tour de Babel de la connaissance (tâche bien longue et difficile), ce nouveau projet va disperser les énergies pour une raison qui ne me semble pas valable. C’est la création de Wiktionary qui va créer des redondances. À mon avis il existera rapidement des pages sur le même mot, mais ne contenant pas les mêmes informations. Pour quelle raison ces connaissances devraient-elles être séparées ? Les encyclopédies sur papier devaient faire des choix à cause du manque de place, mais nous, pourquoi le ferions-nous ??? "Wikipédia n’est pas un dictionnaire" n’est pas un argument à mon avis... si vraiment c’était pas un dictionnaire, il faudrait virer tout un tas d’article. Je ne comprends vraiment pas cette volonté de séparer la connaissance entre ce qui est "encyclopédique" et ce qui n’est "qu’une définition".
[Réponse]
Pour moi ce qu’est Wiktionary, c’est une partie de Wikipédia s’intéressant plus particulièrement aux aspects linguistiques des mots. La différence que je verrais entre la partie dictionnaire de Wikipédia et sa partie dite encyclopédique, c’est que la partie dictionnaire s’intéresserait au sens des mots eux-mêmes alors que la partie encyclopédie s’attache plus à faire ressortir un état des connaissances à un moment donné. Le pourquoi de la séparation d’avec la partie encyclopédie tient plus à des raisons techniques qu’à une volonté de monter un projet indépendant, en effet, à mon humble avis, un dictionnaire nécessite une plus grande rigueur (de présentation) qu’une encyclopédie. Ceci entraîne beaucoup de problème et entre autres le choix de la mise en forme des articles du dictionnaire.
Créer un nouveau projet, c’est effectivement créer un nouveau site web, qui devra faire l’objet d’une nouvelle gestion, tant pour les serveurs de la Fondation, que pour la nouvelle communauté de contributeurs. L’importation de pages d’un projet à l'autre ou la traduction de celles-ci sont bien sûr toujours possibles, mais cela duplique alors aussi la maintenance et les mises à jour. Le choix de scinder un projet, en faveur d’une plus grande liberté, comporte donc certains coûts humains et financiers.
Ce prix à payer n'a pour autant pas empêché le projet anglophone Wikibooks de faire son apparition le 10 juin 2003, soit près d’un an avant Wikilivres, la version francophone du projet, apparue le 22 juillet 2004. Cette dernière création avait de nouveau été débattue au sein de la communauté Wikipédia en français, et non pas dans le Wikibooks en anglais. Quant à l'objectif commun aux deux projets linguistiques, il était de créer une « bibliothèque de livres pédagogiques libres que chacun peut améliorer ».
Environ un an après la création du projet en anglais, un nouvel espace de noms intitulé Wikijunior fut mis en place au sein de la bibliothèque en ligne. Ce sous-projet avait été créé pour répondre à un financement de la fondation Beck, qui cherchait à promouvoir la production de nouvelles littératures pour des enfants de huit à onze ans. Peu de temps après, cette tranche d’âge fut toutefois élargie de zéro à douze ans au niveau du projet francophone, quand le sous-projet y fut adopté.
Ces deux évènements témoignent ainsi qu'il est toujours possible qu'un sous-projet apparaisse dans un projet Wikimédia. Comme autre exemple, il y a aussi le WikiJournal, un sous-projet développé au sein du projet Wikiversité en anglais et qui reçut le prix de l’Open Publishing Awards en 2019. Une demande fut faite pour qu'il puisse bénéficier d'un nouveau site web dans le but de pouvoir se développer en dehors de Wikiversité. Malheureusement pour les initiateurs, la demande est restée sans suite jusqu'à ce jour, après que le conseil d’administration de la Fondation, chargé de répondre à leur demande, considéra que le projet n’était pas suffisamment abouti.
Il faut savoir qu'avant cela, le projet Wikiversité, dans lequel est né Wikijournal, avait lui-même été un sous-projet du projet Wikibook. Initialement, il visait à « créer une communauté de personnes qui se soutiennent mutuellement dans leurs efforts éducatifs ». Cependant, en août 2005, une longue discussion remit en question l’existence du sous-projet Wikiversité dans Wikibooks. Au terme de celle-ci, la décision fut prise de transférer Wikiversité et son contenu sur le site Méta-Wiki, là où de nouvelles discussions ont abouti à l’idée de faire de Wikiversité un nouveau projet indépendant.
Déjà à l'époque, le conseil d’administration de la Fondation Wikimédia se montrait réticent à l'ouverture de nouveaux projets, et sa réaction fut de demander l'ouverture d'un sondage au sein de la communauté. Celui-ci devait rassembler une majorité des deux tiers en faveur de l'ouverture du nouveau site web. Un résultat qui fut finalement obtenu, mais pas sans de longs débats, dont voici un extrait.
La principale raison pour laquelle la Fondation Wikimédia ne veut pas "lâcher le morceau" est une simple question de bureaucratie et la crainte que le projet ne devienne une autre Wikispecies [un projet de répertoire du vivant]. Wikispecies est une idée cool, mais les "fondateurs" du projet se sont dégonflés à mi-chemin de la mise en place du contenu et ont décidé de faire une révision majeure qui a pris plus de temps que ce que tout le monde était prêt à mettre.
Le même problème s’applique à Wikiversity en ce qui concerne la Fondation, parce que les objectifs et les buts de ce projet ne sont pas clairement définis, et il semble que les participants essaient de mordre plus qu’ils ne peuvent mâcher en proposant une université de recherche multi-collèges entière (avec un statut de recherche et une accréditation) à former de toutes pièces plutôt qu’un simple centre d’éducation pour adultes avec quelques classes.
En novembre 2005 et malgré les résultats du sondage, l'indépendance du projet Wikiversité ne fut toutefois pas acceptée par cinq membres du conseil. Ceux-ci réclamaient une « réécriture de la proposition pour en exclure la remise de titre de compétence, la conduite de cours en ligne, et de clarifier le concept de plate-forme e-learning ». Quand ces rectifications furent faites, le projet bénéficia d'une période d’essai de plusieurs mois, jusqu'à ce que les amendements apportés au projet de départ soient enfin acceptés, le 31 juillet 2006. Ce long temps d'attente était justifié par la création du special projects committee, qui, jusqu'en décembre 2021, fut chargé de soulager le conseil d’administration de la fondation, par rapport aux demandes de création de nouveaux projets Wikimédia.
Un nouveau site, nommé Beta-Wikiversity, fut ainsi créé pour assister le lancement des différentes versions linguistiques de Wikiversité. Durant six mois, son premier objectif a d'abord été l'élaboration des lignes directrices concernant la potentialité de produire des recherches collaboratives au sein du projet. Par la suite, chaque nouvelle version linguistique, développée dans le projet Beta, devait avoir plus de 10 modifications par mois, réalisées par au moins trois personnes distinctes, avant de pouvoir bénéficier de son propre site web.
À l'image de Beta-Wikiversity, le projet Wikisource possède lui aussi un site indépendant pour lancer ces nouvelles déclinaisons linguistiques. Tandis que pour tous les autres projets pédagogiques, ce lancement s'effectue sur la plateforme Wikimedia Incubator, créée à la même époque que Beta-Wikiversity. Ces trois plateformes de lancement ne concernent pas les nouveaux projets, qui doivent faire l'objet d'une acceptation par le conseil d'administration de la Fondation Wikimédia, et qui peuvent avoir pour origines des processus de création divers.
Le projet Wikivoyage, par exemple, fut initialement créé en 2003 dans un Wiki extérieur au mouvement Wikimédia, là où il portait le nom de Wikitravel. Comme cela arrive parfois, ce projet sans but lucratif fut acheté par une entreprise commerciale en 2006. Mais en raison du changement de gouvernance et de l'apparition de publicités, une scission est apparue au sein de la communauté d’éditeurs. Les personnes désireuses de quitter Wikitravel lancèrent alors un nouveau site appelé Wikivoyage, qui reçut en 2007, le Webby Award du meilleur guide de voyage Internet.
L'intégration de Wikivoyage dans l'écosystème Wikimédia n'a cependant été faite qu'en 2012, à la suite d'un appel à commentaires durant lequel 540 personnes furent en faveur de l’intégration du projet, 153 contre, pendant que 6 restèrent sans avis. Comme cette nouvelle déclencha une migration importante depuis Wikitravel vers Wikivoyage, une plainte fut déposée par la société commerciale en charge du premier projet. Celle-ci fut toutefois rejetée et le projet Wikivoyage continua à prendre de l’ampleur au sein du mouvement Wikimédia, avec la création de nouvelles versions linguistiques.
Le cas de Wikivoyage apparait toutefois comme une exception, car en général les nouveaux projets émergent des centaines de candidatures déposées sur le projet Méta-Wiki. Celles-ci se soldent bien souvent par un refus, comme ce fut le cas pour le projet WikiLang dont le but était de lancer un laboratoire linguistique. Quelques rares projets ont pourtant la chance d'être élus. Ce fut notamment le cas en octobre 2012, avec le lancement de la base de données structurée et sémantique Wikidata et de ses extensions Wikibase, ou plus récemment, en 2020, avec l'arrivée du projet Abstract Wikipedia et Wikifunctions.
Sans vouloir entrer dans les détails, il est intéressant de savoir que l'interconnexion entre ces trois projets permet de traduire automatiquement des articles encyclopédiques dans tous les langages naturels pris en charge par le mouvement Wikimédia. Plus précisément, les phrases des articles publiées sur Abstract Wikipédia, sont formulées par des fonctions informatiques produites dans le projet Wikifunctions, dans le but de traiter les informations de la base de données sémantique Wikidata. Autrement dit, un article dans Abstract Wikipédia ne possède qu'une seule page pour toutes les langues, pareillement aux pages d'entités de Wikidata, qui ont pour titre une lettre suivie d'un chiffre.
À la suite de ces explications, on observe donc que ce n'est pas la complexité qui détermine le refus projet, mais plutôt une série de critères comparables à ceux retenus pour supprimer des projets ou versions linguistiques déjà existants. À ce propos, il existe sur Méta-Wiki une liste mise à jour des différents sites hébergés par la Fondation Wikimédia dont l'existence est remise en cause. Dans celle-ci, on retrouve essentiellement des versions linguistiques de projets qui n’ont pas réussi à poursuivre leurs développements, bien qu'un projet entier soit toujours susceptible d'être mis à l'arrêt. C'est d'ailleurs ce qui est arrivé aux 31 versions linguistiques du projet Wikinews, qui, en date du 4 mai 2026, soit 22 ans après le lancement du site anglophone, sont accessibles en mode lecture uniquement.
Dans le cas de Wikinews, ce fut le manque d'activité qui apparut comme principale justification de la suspension du projet. Cependant, d'autres raisons pourraient être invoquées, comme le prouve cet épisode de 2005, où, peu de temps après son lancement, la version francophone du recueil de citations Wikiquote a bien risqué de disparaitre. Le projet fut effectivement accusé d’avoir récupéré le contenu d’une base de données soumise à un droit d’auteur, incompatible avec la licence Creative Commons appliquée sur l’ensemble des projets pédagogiques Wikimédia. Lorsqu'une plainte fut adressée à l’association Wikimédia France, pour être ensuite relayée sur le site Méta-Wiki, il fut bien question de fermer le projet. Après de longues discussions, celui-ci fut maintenu, mais avec pour conditions de repartir de zéro, et d’établir une charte pour garantir la traçabilité des citations reprises par le projet.
Voici donc de quoi se faire une idée sur la manière dont les projets pédagogiques et leurs déclinaisons linguistiques apparaissent et disparaissent au sein du mouvement. Les exemples repris ci-dessus suffisent effectivement pour comprendre les principes généraux qui sous-tendent leurs créations. En dehors de Méta-Wiki, Wikidata, Wikifunctions, Abstract Wikipédia et Wikimedia Commons, qui ne sont pas des projets de contenu pédagogique à proprement parler, tous les autres projets semblent effectivement provenir d’un désir de spécialisation d’un projet préexistant.
L'idée est généralement débattue dans un projet de même langue, avant de relayer la discussion vers le site Méta-Wiki. Si le projet y est jugé pertinent, il fait alors l'objet d'une candidature qui doit actuellement être soumise au groupe de travail des projets frères du comité des affaires communautaires de la Fondation Wikimédia. Quant aux nouvelles versions linguistiques, elles doivent être aujourd'hui soumises à l'approbation du comité des langues, avant d'être testées sur les plateformes Incubator, Beta-Wikiversité ou Wikisource Multilingue, dans le but de bénéficier d’un site web indépendant.
Après ces explications concernant les projets frères et leurs variations linguistiques, il nous reste encore à parler des sites qui ont un lien avec le mot Wiki, soit par leur nom, soit par le logiciel utilisé. En 2024 effectivement, plus de 22 600 d'entre eux étaient répertoriés, dont plus de 95 % sans aucun lien avec le mouvement Wikimédia, en dehors du fait, peut-être, qu’ils utilisaient le logiciel MediaWiki développé par la Fondation Wikimédia.
WikiLeaks par exemple, créé par Julian Assange dans le but de publier des documents classifiés provenant de sources anonymes, n’est ni un projet Wikimédia, ni un site collaboratif. Quant au recueil universel et multilingue de guides illustrés WikiHow, si celui-ci fonctionne pour sa part de manière collaborative et avec le logiciel MediaWiki, il n'a pourtant aucun lien avec le mouvement Wikimédia. D'ailleurs, son ergonomie, radicalement différente de celle des projets Wikimédia, permet de le comprendre au premier coup d’œil.
En revanche, Wikimini, l'encyclopédie libre pour les enfants, a une apparence tout à fait comparable à celle des projets Wikimédia, alors que le projet n’a jamais été accepté par la Fondation. Quant aux projets WikiTribune et Fandom, l'ambiguïté qu'ils entretiennent avec le mouvement est d'autant plus grande qu'ils ont été créés par Jimmy Wales, le fondateur de Wikipédia et de la Fondation Wikimédia. Cependant, comme ce sont des projets commerciaux, ils ne peuvent en aucun cas être soutenus par une fondation sans but lucratif.
Au terme de cette présentation, il ne reste plus qu'à signaler que le mouvement Wikimédia ne fut conscientisé que tardivement par rapport à l'apparition des projets Wikimédia et de leurs différentes versions linguistiques. Pour qu'un sentiment de collectivité se manifeste entre tous ceux-ci, il fallut certainement attendre qu'une coordination se développe sur la plateforme Méta-Wiki, mais également que de nombreuses rencontres et associations apparaissent en dehors de l'espace numérique. En ce sens, la naissance du mouvement ne fut pas un événement ponctuel, mais plutôt la réalisation d’un long processus de conscientisation.
'''Chapitre 9 : La conscientisation du mouvement'''
Avant d'aborder la question de la conscientisation du mouvement, il peut être intéressant de découvrir l'origine étymologique du mot « Wikimédia ». Celui-ci est un mot-valise composé du suffixe « média » et du préfixe « wiki » que l’on doit à cette expression hawaïenne « wiki wiki », qui se traduit en français par l'expression : « vite, vite ». Celle-ci fut récupérée une première fois par Ward Cunningham, le créateur du premier moteur Wiki, avant d'être réutilisée dans les noms inventés pour d'autres logiciels de cette même famille. UseModWiki en est un bel exemple, puisqu'il fut le premier programme utilisé par la firme Bomis pour héberger son projet d’encyclopédie collaborative. Raison pour laquelle, sans doute, le terme « wiki » fut utilisé pour créer le mot Wikipédia, en l'associant au suffixe « pedia » qui fait référence au mot anglais encyclopedia, selon un principe qui fut ensuite repris pour tous les autres projets du mouvement.
Le mot Wikimédia, pour sa part, n’est apparu que le seize mars 2003, lors d’une discussion concernant la déclinaison possible de l’encyclopédie en d’autres types de projets éditoriaux participatifs. Durant celle-ci, l’écrivain américain Sheldon Rampton eut l’idée d’associer au terme wiki à celui de « média », afin de mettre en évidence la variété des médias produits et partagés par Wikipédia et ses projets frères. Toutefois, c'est seulement en juin 2008 que Florence Devouard, présidente de la Fondation à cette époque, associe le mot Wikimédia à un mouvement social qu’elle voyait apparaître au sein des projets Wikimédia et de leurs communautés d'usagers.
Affirmer pour autant que ce moment précis coïncide avec la naissance du mouvement Wikimédia serait quelque peu arbitraire. Car si l’on peut déterminer plus ou moins facilement l’apparition d’une expression dans des archives, tout le monde sait qu’un mouvement social ne se forme pas en un seul instant. Dans le contexte du mouvement Wikimédia, sa naissance est bien sûr liée à celle du projet Wikipédia, mais également à tout ce qui permit la création de cette encyclopédie libre. Dans une autre perspective encore, on peut dater l'apparition du mouvement Wikimédia au 20 juin 2003, date de la création de la fondation qui porte le même nom. Ou pourquoi pas, associer la création du mouvement à la mise en ligne de la plate-forme Méta-Wiki, qui en représente le principal lieu de coordination.
Toujours est-il que l’expression « Wikimedia movement » est bien apparue en juin 2008, sous la plume de Florence Devouard. Cela s'est passé sur la liste de diffusion de la Fondation et peu de temps avant qu'elle quitte son poste de présidente. Dans son message, elle partageait l'idée de placer sous le nom de domaine Wikimedia.org un site vitrine de présentation du mouvement Wikimédia qu'elle concevait de la sorte.
Le mouvement Wikimédia, comme je l’entends est
– une collection de valeurs partagées par les individus (liberté d’expression, connaissance pour tous, partage communautaire, etc.)
– un ensemble d’activités (conférences, ateliers, wikiacadémies, etc.)
– un ensemble d’organisations (Wikimedia Foundation, Wikimedia Allemagne, Wikimedia Taïwan, etc.), ainsi que quelques électrons libres (individus sans chapitres) et des organisations aux vues similaires.
Avec autant de détails et d'explications, un tel message ne pouvait qu'accélérer la prise de conscience au sein du mouvement. Dans tous les cas, il mettait en évidence que les personnes actives dans les projets éditoriaux en ligne ou dans les organismes affiliés, faisaient partie de ce que Ralf Dahrendorf appelle un « quasi-groupe ». Ou autrement dit, un ensemble d’individus qui ont un mode de vie semblable, une culture commune, mais dont les points communs ne gravitent pas autour d’une prise de conscience de leur position commune dans la relation d’autorité.
Après la naissance de Wikipédia et de nombreux projets frères, une dizaine d’années a donc été nécessaire pour que le mouvement Wikimédia prenne conscience de son existence. Aujourd’hui encore, et comme cela a déjà été vu, de nombreuses personnes actives dans les projets pédagogiques ne réalisent toujours pas qu’elles participent aux activités d’un mouvement social. Cela, contrairement aux personnes investies dans les activités en présentiel organisées au sein du mouvement, qui sont généralement plus conscientes de leur engagement. C’est là une raison de croire que le développement de la Fondation Wikimédia et de ses organismes affiliés a joué un rôle important dans l'apparition d'un sentiment d’appartenance.
'''Chapitre 10 : La création des organismes affiliés'''
Si c’est grâce à l’arrivée des groupes et des organismes affiliés à la Fondation Wikimédia que l’idée du mouvement est probablement apparue, il est alors intéressant d'en décrire les processus de création. Mais puisque cela représente plusieurs centaines d’instances spécifiques, regroupées en plusieurs catégories détaillées en seconde partie d'ouvrage, aborder ici l’histoire de chacune d’entre elles serait une entreprise beaucoup trop fastidieuse.
De plus, s’il existe énormément d’archives numériques concernant la naissance des sites Wikimédia, ce n’est pas le cas pour ces organismes affiliés. Un bon nombre de ceux-ci se sont effectivement formés durant des rencontres ou des réunions hors ligne qui n'ont fait l’objet d’aucun enregistrement. Du reste, une bonne part des échanges effectués au sein de ces associations s'organise par des canaux de communication privés auxquels seuls les membres actifs ont accès.
Puisque je suis l'un des membres fondateurs, je me limiterai donc ici à parler de l’association Wikimédia Belgique. Celle-ci fut fondée le huit octobre 2014 en tant qu’association sans but lucratif, avant d'être reconnue le six août 2015 par le conseil d’administration de la Fondation Wikimédia. Après plus de trois ans d’activités et de rencontres et sous l’impulsion de Maarten Deneckere qui assuma le premier mandat de présidence, nous étions 8 personnes à signer la première version des statuts de l’association.
Jusqu’à ce jour, l’objet social de Wikimedia Belgique est d' « impliquer tout un chacun dans la connaissance libre ». Contrairement à l'association Wikimédia Deutchland, la première à voir le jour en 2004 et qui rassemblait déjà en 2021 plus de 85 000 membres et près de 150 employés, l’association belge n'a qu'une seule employée à temps partiel et 150 membres en 2025.
Avant d’être reconnues par le comité d’affiliations chargé de seconder le conseil d’administration de la Fondation, toutes les associations nationales, dites « chapters » en anglais, et toutes les autres organisations affiliées doivent réaliser de nombreuses démarches. Celles-ci consistent à répondre à un ensemble de prérequis qui ont évolué suite à la création d'un comité décisionnel en avril 2006. Ces obligations diffèrent entre les groupes d’utilisateurs et d'utilisatrices et les associations locales ou thématiques. Parmi ceux-ci, on retrouve toutefois : un nombre minimum de membres et de référents, une mission et un règlement d’ordre intérieur conformes aux attentes du mouvement, la remise de plans et de rapports d’activités annuels, etc.
On comprend donc qu’il n’est pas évident de créer une nouvelle instance au sein du mouvement. Pour bénéficier du soutien logistique et financier de la Fondation réservé aux organismes affiliés, c’est ainsi toute une série de rapports qu’il faut alors transmettre à divers comités et commissions chargés de leurs évaluations. Cela représente une quantité de tâches administratives qu’il n’est pas toujours facile d’assumer, surtout lorsque les membres de l’organisme affilié sont tous des bénévoles. D’où sans doute cette régulière disparition d’affiliations, pendant que d’autres se créent ou réapparaissent en fonction des énergies et du dynamisme disponibles dans les équipes.
Les activités liées à la récolte et à la redistribution des dons offerts au mouvement, ainsi que les autorisations d’usage de marques déposées, contrastent donc avec les valeurs de libre partage et d’autonomie décrites dans les projets pédagogiques. Cela semble confirmer que la partie hors ligne du mouvement est plus influencée par les habitudes d’un système économique dominant, contrairement à la partie en ligne qui semble plus fidèle à l’héritage de la contre-culture.
'''Chapitre 11 : L'héritage d'une contre-culture'''
Au terme de cette première partie d’ouvrage, il devient évident que la révolution numérique, que l’on considère généralement comme une révolution technique, fut aussi, et peut-être avant tout, une révolution sociale et culturelle. Quant à l'histoire de Wikimédia, reprise ici depuis les origines de son encyclopédie jusqu'à l'apparition de ses organismes affiliés, elle nous fit découvrir comment les idées de la contre-culture des années 1960 furent transmises au mouvement.
En cas de doute, observons encore que Richard Stallman, celui qui a créé les concepts de licence et d'encyclopédie libre, fut désigné par certains comme le gourou de la contre-culture hacker et le père du système d’exploitation hippie. Une culture hippie, dont il est aussi troublant de constater que le renversement de son logo ressemble étrangement à celui du mouvement Wikimédia.
Incontestablement et au travers du mouvement des logiciels libres, le mouvement Wikimédia a donc bien hérité des valeurs produites par les mouvements sociaux des années 1960. Des valeurs qui aujourd'hui contrastent fortement avec la marchandisation et la capitalisation du monde, dont l'espace web ne fait jamais que refléter ce qui se passe dans le reste de la société humaine. Or, ce phénomène ne date pas d'hier. En 2008 déjà, André Gorz, ce philosophe parmi les pères de la décroissance et théoricien de l’écologie politique, constatait déjà que :
La lutte engagée entre les "logiciels propriétaires" et les "logiciels libres" [...] a été le coup d’envoi du conflit central de l’époque. Il s’étend et se prolonge dans la lutte contre la marchandisation de richesses premières – la terre, les semences, le génome, les biens culturels, les savoirs et compétences communs, constitutifs de la culture du quotidien et qui sont les préalables de l’existence d’une société. De la tournure que prendra cette lutte dépend la forme civilisée ou barbare que prendra la sortie du capitalisme.
Dans cette lutte et avec le seul nom de domaine non commercial parmi le top 100 des sites les plus fréquentés du Web, la galaxie Wikimédia apparait donc comme un des derniers lieux numériques de liberté, de partage et d'égalité. Un lieu qui, de plus, est connu mondialement, grâce au succès des plus de 350 déclinaisons linguistiques de Wikipédia, et sans pour autant récolter d'informations sur l’identité et le comportement des internautes. Cela alors que cette pratique est considérée, par certains, comme un « nouvel or noir » pompé du Web, pendant que d’autres préfèrent parler de « capitalisme 3.0 » ou de « capitalisme de surveillance » .
Évidemment, les enjeux de cette lutte sont difficiles à comprendre. La complexité de l’infrastructure informatique, mais également le fait que tout cela s'inscrit dans une révolution que Rémy Rieffel décrit comme « instable et ambivalente, simultanément porteuse de promesse, et lourde de menaces », ne facilitent pas les choses. Cela d'autant plus que tout cela se place « dans un contexte où s’affrontent des valeurs d’émancipation, et d’ouverture d’un côté et des stratégies de contrôle et de domination de l’autre » .
En fait d’ambivalence, il est surprenant d'apprendre, par exemple, que Jimmy Wales, fondateur de Wikipédia et de la fondation Wikimédia, est un adepte de l’objectivisme, alors que cette philosophie voit le capitalisme comme un idéal de société et l’égoïsme rationnel, comme une morale. Puis, concernant l'instabilité du numérique, il y a ces appels répétés de Tim Berners-Lee au sujet de la « redécentralisation » et de la « régulation » d'un espace web qu'il avait conçu dans un esprit tout à fait opposé. Quant aux pionniers d'Internet, ils n'ont probablement pas imaginé que leur création permettrait un jour, à des milliards d’objets connectés, de rapporter, rien qu'en France et en 2021, plus de 2,6 milliards d’euros.
Quant à la question du contrôle et au-delà de ce qui est opéré par les firmes commerciales, c'est bien sûr du côté des États qu'il faut porter son attention. Face à un mouvement qui veut s’émanciper des contrôles, par moins de 18 pays ont déjà censuré Wikipédia et parfois même l'ensemble des projets frères. Ce fut le cas par exemple pour la Turquie, la Russie, l'Iran, mais également le Royaume-Uni, la France et l'Allemagne, et c'est même le cas de manière permanente en Chine, depuis 2004.
Dans certains cas, des procédures juridiques ont été utilisées pour intimider les membres du mouvement. C'est arrivé en France lorsque le directeur de l'association Wikimédia fut menacé de poursuites pénales par la Direction Centrale du Renseignement Intérieur, après un refus de supprimer un article qui traitait d’une station militaire dans Wikipédia. Par chance, ce qui s'est passé en France ne dépassa pas le stade de l'intimidation. En Biélorussie cependant, Mark Bernstein, un contributeur aux projets Wikimédia, fut condamné à quinze jours de prison ferme, assortis de trois ans d’assignation à résidence, pour des propos tenus au sujet de la guerre en Ukraine. Cela sans oublier qu'actuellement, ce sont les conservateurs à la tête des États-Unis qui « veulent la peau de Wikipédia » en cherchant à obtenir l'identité réelle de certains contributeurs.
Le contrôle et le non-respect de la vie privée font ainsi appel à la figure emblématique du lanceur ou de la lanceuse d'alerte, dont la posture contestataire fait penser à celle des personnes actives dans la contre-culture des années 1960. Parmi ceux-ci, on dit de Julian Assange, Edward Snowden et Chelsea Manning, qu'ils « ont perdu leur liberté pour défendre la nôtre ». De manière similaire, on pourrait donc aussi dire que les Wikimédiens Aaron Swartz, Bassel Khartabil, Pavel Pernikov, Ihor Kostenko et Mark Bernstein, se sont sacrifiés pour la liberté, le partage et la vérité.
Dans Wikimédia et comme ce fut expliqué dans l'introduction de cet ouvrage, une alerte peut prendre la forme d'un appel à commentaires en réaction à une décision ou une situation observée au sein du mouvement. C'est même là une pratique institutionnalisée, qui fait l'objet d'une procédure d'accompagnement et de suivi. Toutes ces alertes concernent les dérives de certains projets, mais également de certaines associations dont la proximité avec le système économique n'aide pas au respect des pratiques et des valeurs développées en ligne.
Dans ce qui apparait aux yeux de certains comme un « bazar libertaire », les choix et règles édictés dans la sphère hors ligne du mouvement ne plaisent pas toujours aux membres des communautés en ligne. Ce qui n'empêche toutefois pas les projets éditoriaux d'avoir leurs propres règles et des recommandations, ni de voir apparaitre, en 2020 et dans l'ensemble du mouvement, un code de conduite universel, qui détermine le « référentiel minimum des comportements acceptables et inacceptables ».
L'idéologie transmise à Wikimédia, décrite en partie par Steven Levy dans son ouvrage L’Éthique des hackers est donc plus subtile qu'un simple refus d'autorité. Dans un esprit de partage, d'ouverture, de transparence, de liberté, d'égalité et d'autonomie, c'est une structure très complexe, tout en étant cosmopolite et mondiale, que le mouvement réussit à mettre en place. Une organisation qui, finalement, apparait très inspirante dans la manière de faire communauté aujourd'hui, et au sein d'un monde toujours plus global et numérique.
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Lionel Scheepmans
20012
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'''LE MOUVEMENT WIKIMÉDIA'''
'''Dernier partage altruiste de la connaissance libre ?'''
De Lionel Scheepmans
Avec l'aide de la communauté Wikimédia
'''Quatrième de couverture'''
'''Le mouvement Wikimédia, l'aventure inspirante d'une organisation mondiale et altruiste au service d'un savoir libre et vérifiable.'''
Quel est ce seul acteur à but non lucratif présent dans le top 100 des sites les plus visités sur le Web ?
Comment incarne-t-il l’expression la plus visible des valeurs de liberté, d’égalité et de partage, héritées de la révolution numérique et des mouvements sociaux des années 1960 ?
Comment, à partir de Wikipédia et suite à la création d’une quinzaine de projets frères, distribués en centaines de versions linguistiques, le mouvement social Wikimédia a imaginé un monde dans lequel le savoir se produit et se partage librement ?
Et comment, en toute autonomie, des dizaines de projets pédagogiques, édités par des millions de bénévoles, soutenus par une fondation et près de 200 associations et groupes locaux, produisent-ils la plus grande intelligence collective au monde ?
Avec de nombreux codes QR, cet ouvrage répond à ces questions, tout en permettant de mieux comprendre le monde global et numérique qui nous entoure.
Lionel Scheepmans est docteur en sciences politiques et sociales, militant de la culture libre et professeur d’anthropologie numérique. Il occupe plusieurs postes d’administrateur au sein du mouvement Wikimédia qu’il observe de manière participative depuis 2011. Ses travaux universitaires, du master à la thèse de doctorat, furent consacrés à l’organisation et aux enjeux de Wikipédia et du mouvement Wikimédia.
'''Avant-propos'''
Pour offrir un confort de lecture sur papier sans perdre la puissance du numérique, des codes QR sont affichés tout au long de cet ouvrage. À l’aide d’une tablette ou d’un smartphone, ils offrent un accès direct à ce qui serait coûteux ou impossible à imprimer.
Par exemple, le code QR 1, présent à la fin de cette page, donne accès directement à la page web qui reprend l’intégralité de l’ouvrage. Une fois sur celle-ci, on peut alors visionner les illustrations en couleur ou les enregistrements qui s’y trouvent et consulter ensuite leurs pages de descriptions en cas de besoin. Cette version numérique comprend aussi de nombreux hyperliens pointant vers Wikipédia et d’autres sites du mouvement Wikimédia, où se trouvent des compléments d’informations et leurs mises à jour.
Pour économiser du papier lors de l’impression, la section regroupant les notes et les références de l’ouvrage n’est disponible qu’au format numérique, mais est directement accessible via le code QR 2 repris ci-dessous. Grâce aux indices de renvoi chiffrés et placés en exposant dans le texte imprimé, il est alors possible, au départ d'un smartphone ou d'une tablette, de retrouver les notes et les références en fonction de leur numérotation. Lorsque la référence correspond à une page web, un lien pointant vers le projet Internet Archive s’y trouve repris, pour garantir un accès aux archives des pages citées dans l’ouvrage, si jamais elles avaient disparu du web. Quant aux pages toujours existantes, elles restent accessibles via leurs hyperliens originels, pour consulter leurs éventuelles évolutions.
Étant donné que ce livre est produit sur une plateforme collaborative, tout le monde est invité à améliorer les prochaines versions. On peut le faire en corrigeant des fautes d’orthographe ou de syntaxe sur les pages web qui constituent les différents chapitres de l’ouvrage, ou encore en apportant des commentaires sur les pages de discussion qui leur sont associées. Cela peut se faire très simplement en cliquant sur « Modifier » , quand on est sur la page d'un chapitre, et sur « Ajouter un sujet » lorsque l'on est sur une page de discussion.
Une page de discussion générale est aussi accessible grâce au code QR 3. Elle permet de commenter le livre dans son ensemble, ou de poser une question à son sujet. Il suffit pour cela d’indiquer un titre dans le champ « Démarrer un nouveau sujet », avant d'écrire le contenu de son message dans l’encadré situé juste en dessous, et de cliquer finalement sur le bouton « Ajouter un sujet de manière anonyme », pour publier celui-ci.
Enfin, pour ceux qui voudraient agrémenter leur lecture d’un fond sonore relaxant et original, le code QR 4 donne accès à une page web qui diffuse une musique mélodieuse. Celle-ci est composée de sons spécifiquement produits chaque fois qu’une modification est apportée sur un projet Wikimédia, ou qu’un nouveau compte y est créé. Ce dispositif ingénieux offre ainsi, aux lecteurs qui le souhaitent, une ambiance sonore particulièrement confortable, ainsi qu’une nouvelle expérience immersive au sein du mouvement Wikimédia.
'''Introduction : Wikimédia n’est pas Wikipédia'''
Depuis le succès initial de Wikipédia, une myriade de projets de partage des connaissances, d’organisations et de groupes de soutien ont émergé pour former ce qu’on appelle aujourd’hui le mouvement Wikimédia. Même si, à ce jour, l’encyclopédie libre reste l'activité phare du mouvement, il serait regrettable de réduire l’ensemble du mouvement à cet unique projet pédagogique. Malheureusement, il arrive bien trop souvent qu'une seule version linguistique de Wikipédia suffise pour cacher l’étendue de la forêt Wikimédia.
En réalité, Wikimédia représente un mouvement social, international et interculturel complexe, au sein duquel Wikipédia n’est qu’une composante parmi d’autres. Dans le cadre d'un mémoire de master, on peut ainsi fournir en quelques mois une ethnographie du projet Wikipédia en français. Alors que pour synthétiser les origines, l’organisation et les dynamiques globales du mouvement Wikimédia, une thèse de doctorat et cinq années de recul supplémentaires furent nécessaires.
À la fin de l'année 2025, l’ampleur numérique du mouvement est effectivement impressionnante. Chaque mois, des millions de modifications bénévoles sont effectuées sur plus de 500 millions de pages, réparties sur plus d’un millier de sites web, dont 358 seulement, correspondent aux versions linguistiques de Wikipédia. Ce qui prouve donc clairement que les activités en ligne portées par l'ensemble du mouvement Wikimédia dépassent largement ce qui se passe au sein de l’encyclopédie.
Il existe ainsi huit autres projets pédagogiques susceptibles d'atteindre un jour l'envergure et la notoriété de Wikipédia, avec un objectif et un fonctionnement spécifiques à chacun. De manière détaillée, Wikilivres crée des livres pédagogiques, Wikiversité rassemble des supports d'enseignement et des travaux de recherche, Wikinews fait du journalisme collaboratif, Wikivoyage développe un guide touristique, pendant que Wiktionnaire apporte des définitions des mots de toutes les langues et dans toutes les langues.
Contrairement à Wikipédia, tous ces projets ne sont pas soumis à une neutralité de point de vue, ni limités à l'usage de sources secondaires reconnues, au niveau de la rédaction des articles. La plupart d'entre eux acceptent aussi la publication de travaux de recherche ou de productions personnelles, alors que cela est tout à fait interdit dans Wikipédia.
Selon l'étymologie du mot encyclopédie, le but de Wikipédia est en effet de synthétiser ou, plus précisément, d'encercler le savoir humain déjà préexistant. Cette contrainte éditoriale limite donc les contributeurs et contributrices à l'usage de sources secondaires et tertiaires présentes dans des publications externes au projet. De ce fait, Wikipédia reproduit fatalement les biais systémiques, tels que les déséquilibres et les surreprésentations de genre et de culture, présents dans un monde de l'édition majoritairement occidental. Or, cette impasse éditoriale propre à Wikipédia n'existe pas dans les autres projets pédagogiques.
Comme ces projets frères, Wikipédia n'est pas non plus un projet complètement autonome des autres projets Wikimédia. L'encyclopédie compte en effet sur le projet Wikimedia Commons pour héberger l'ensemble de sa médiathèque. Elle utilise ensuite le contenu du projet Wikidata comme base de données structurée. Quant aux personnes qui produisent l'encyclopédie, elles peuvent aussi puiser leurs sources dans la bibliothèque Wikisource, ou se référer à des citations d'auteurs collectées dans le projet Wikiquote. Tout cela sans oublier que des dizaines de sites web traitent l'archivage permanent de Wikipédia et des autres projets Wikimédia, dans le but de fournir des analyses précieuses et totalement libres d’accès.
Enfin, il faut aussi garder à l'esprit qu'au-delà de tous ces sites web, le mouvement Wikimédia, c'est aussi de nombreuses institutions et organisations affiliées dispersées dans le monde. Autour de la Fondation Wikimédia chargée de la gestion et de l’organisation internationales, avec près de 650 salariés de nationalités diverses, se regroupent des centaines d'organisations satellites. Parmi celles-ci, on retrouve 2 associations thématiques, 40 associations locales, dont Wikimedia Deutschland qui regroupe plus de 170 employés, et finalement 141 groupes d’utilisateurs et utilisatrices.
Tout ce qui vient d'être exposé dans cette introduction justifie donc la nécessité de distinguer le mouvement Wikimédia du projet Wikipédia. Imaginons seulement que l’on se limite à citer Paris pour décrire et comprendre un pays aussi vaste que la France. Certes, Paris est une ville mondialement connue et qui compte plus de deux millions d’habitants et un patrimoine culturel impressionnant. Mais est-ce pour autant qu'il faudrait oublier les autres villes, villages et métropoles françaises ? Sans compter que la France regroupe aussi des départements et des territoires d’outre-mer et qu'elle entretient des relations et des partenariats internationaux qui dépassent de loin ce qui se passe entre Paris et le reste du monde. Ne pas confondre le mouvement Wikimédia avec le projet Wikipédia relève donc du bon sens.
En 2019 cependant, la Fondation Wikimédia a envisagé de se renommer en Fondation Wikipédia et de remplacer le terme « Wikimédia » par celui de « Wikipédia », partout où ce terme est utilisé dans la sphère hors ligne du mouvement. Le but était d’acquérir une plus grande visibilité et d’attirer des milliards de personnes, grâce au nom de marque Wikipédia, considéré comme l’un des plus connus au monde. Ce changement n’a toutefois pas été accepté par de nombreuses personnes actives au sein du mouvement Wikimédia. En janvier 2020, ces opposants ont ainsi créé une page d’appel à commentaires, qui fut le siège d’un long débat. À l’issue de ce dernier, 73 représentants d’organisations affiliées et 984 personnes ont signé une lettre ouverte adressée à la Fondation, qui comprenait le paragraphe suivant :
Depuis 20 ans, les bénévoles ont bâti la réputation de Wikipédia en tant que ressource indépendante et communautaire. Les projets du mouvement Wikimédia, dont Wikipédia, se développent autour de la décentralisation et du consensus. Il est essentiel d’établir des distinctions claires entre la Fondation Wikimédia, les affiliés et les contributeurs individuels. Tout changement qui affecte cet équilibre exige le consentement éclairé et la collaboration des communautés. Il est donc très préoccupant de voir « Wikipédia » présenté pour le nom de l’organisation et du mouvement malgré le mécontentement général de la communauté.
En s’opposant aux idées de la Fondation, ces membres de la communauté Wikimédia ont ainsi fait preuve de sagesse. De plus, ils ont signalé dans de nombreux commentaires que beaucoup de personnes connaissent le mouvement Wikimédia uniquement au travers de son encyclopédie. Il est même étonnant d'observer que la méconnaissance du mouvement existe au sein même de sa propre communauté. Comme exemple, on peut observer que l'article du projet Wikipédia en anglais consacré au mouvement Wikimédia ne s’est développé qu’à partir de 2016, tandis que ce même article dans la version francophone de l'encyclopédie n’est apparu qu’en 2019. Quant aux autres versions linguistiques, il est tout aussi étonnant de constater qu'en octobre 2025, seulement 39 d'entre elles sur un total de 358 possédaient un article dédié au mouvement Wikimédia.
Tous ces éléments justifient donc la nécessité d’offrir au monde une meilleure connaissance du mouvement Wikimédia et des nombreux projets et organisations qui contribuent à sa mission de partage du savoir. En ce sens, ce livre est une contribution importante aux défis stratégiques que doit relever le mouvement Wikimédia à l’approche de 2030. Car au-delà des résolutions prises pour développer de nouveaux processus participatifs et délibératifs concernant les questions de marque, c’est avant tout un travail d’information et de sensibilisation à destination du grand public qu'il reste à faire.
'''Première partie : La naissance du mouvement Wikimédia'''
Il existe dans l'espace web une multitude d’archives permettant de retracer les événements qui ont conduit à la naissance du mouvement Wikimédia. Cette « préhistoire » du mouvement peut notamment être explorée grâce au réseau d’éducation populaire Framasoft, dont le site est apparu environ un an avant la création de la version francophone de Wikipédia. On trouve sur cette plateforme une mine d’informations concernant les logiciels libres et la culture libre. Deux épisodes majeurs de l’histoire de l’informatique et d’Internet, malheureusement méconnus du grand public.
Grâce à Framasoft et bien d’autres associations, il est possible de découvrir l’organisation et les motivations des millions de personnes qui participent au mouvement du logiciel libre. On y apprend que ce mouvement politique et social a été initié en 1983 par Richard Stallman, un programmeur du Massachusetts Institute of Technology (MIT), qui a eu l’idée d’offrir à chacun une alternative à la marchandisation du secteur informatique.
Cette philosophie de libre partage, concrétisée par le projet de Stallman, permit l’essor d’une organisation et d’une éthique de travail originales, développées au sein d’une sous-culture en vogue dans le milieu informatique depuis les années 1950. Celle-ci fut documentée dans de nombreux ouvrages, dont « L’éthique hacker », un livre remarquable, dans lequel le philosophe finlandais, Pekka Himanen, analyse en détail les origines de la culture hacker. Un simple extrait de sa quatrième de couverture, repris ci-dessous, permet d’appréhender la manière de penser de ces informaticiens, rejoints par Richard Stallman durant ses études universitaires, avant d'en devenir l’une des figures les plus charismatiques.
On considérait jusqu’à présent le « hacker » comme un voyou d’Internet, responsable d’actes de piratage et de vols de numéros de cartes bancaires. Le philosophe Pekka Himanen voit au contraire les hackers comme des citoyens modèles de l’ère de l’information. Il les considère comme les véritables moteurs d’une profonde mutation sociale. Leur éthique, leur rapport au travail, au temps ou à l’argent, sont fondés sur la passion, le plaisir ou le partage. Cette éthique est radicalement opposée à l’éthique protestante, telle qu’elle est définie par Max Weber, du travail comme devoir, comme valeur en soi, une morale qui domine encore le monde aujourd’hui.
En introduisant cette première partie d'ouvrage de la sorte, nous pouvons déjà comprendre que le mouvement Wikimédia plonge ses racines dans une transition culturelle remplie d’utopie. Une utopie qui s’oppose notamment à ce que l’historien et anthropologue Karl Polanyi désignait, en 1944 déjà, comme un libéralisme économique qui « subordonne les objectifs humains à la logique d’un mécanisme de marché impersonnel ». Étape par étape et en commençant par analyser cette utopie spécifiquement au niveau du mouvement Wikimédia, voyons maintenant ce qui s'est passé tout au long de cette révolution culturelle numérique.
'''Chapitre 1 : L'utopie Wikimédia'''
Au fil du temps, Wikipédia fut perçu comme une utopie en marche, puis comme une utopie réalisée, et finalement comme la dernière utopie collective du Web. Mais qu'en est-il de l'ensemble du mouvement Wikimédia ? Pour nous aider à comprendre ce qui se passe dans la dimension numérique de ce mouvement, voici une métaphore qui décrit un quartier établi au sein d'une ville, imaginée au départ de l'espace web ». Dans cette ville imaginaire, Internet représenterait le réseau routier, pendant que des serveurs informatiques feraient office de bâtiments, et que les pages web qu'ils hébergent, constitueraient les différentes pièces de ces édifices.
Le quartier Wikimédia rassemblerait ainsi plus d’un millier de bâtiments. Au sein de ceux-ci et à l’exception de quelques lieux administratifs, chaque pièce peut être visitée gratuitement, mais aussi modifiée au niveau de son contenu. On peut ainsi y ajouter de nouvelles choses, telles que du texte, des photos, des vidéos ou des documents sonores, et même changer ou supprimer ce qui a été créé ou modifié par d’autres. Tout cela, bien sûr, dans le but de rendre ces endroits plus esthétiques, ou plus authentiques et en tenant compte des différentes idées et des éventuelles oppositions de point de vue concernant les aménagements. Pour faciliter l'entente entre les personnes qui s'investissent dans les modifications, chaque pièce des bâtiments Wikimédia possède un espace annexe dédié à la discussion.
Dans la plupart des bâtiments Wikimédia, une personne malintentionnée peut même faire disparaitre tout le contenu d'une pièce. Néanmoins, dans la seconde qui suit, un robot remettra tout en place, avant de transmettre un message concernant le traitement du vandalisme. Lorsqu'une action plus discrète n'est pas détectée par un robot, c'est alors quelqu'un qui surveille la pièce qui prendra le relais pour annuler les changements malveillants et contacter la personne responsable. En cas de multirécidive, celle-ci peut se voir privée de sa capacité de modifier les pièces, soit dans le bâtiment vandalisé, soit dans tout le quartier quand cela se justifie. Après discussion, cette sanction sera mise en application par un administrateur ou une administratrice bénévole, choisi ou choisie par l'ensemble des autres bénévoles qui prennent soin des bâtiments.
On comprend donc que tout le monde peut enrichir, mais également surveiller et protéger les richesses partagées dans le quartier Wikimédia. Il suffit pour cela de rejoindre le mouvement en se créant un compte. Cela permet de profiter de nombreux outils, dont notamment un système qui envoie des notifications, dès qu'une pièce que l'on veut surveiller est modifiée.
Pour créer ce compte, pas besoin de fournir une adresse ou un numéro de téléphone. Les seules informations personnelles indispensables au bon fonctionnement du quartier Wikimédia sont les adresses IP des visiteurs. Lors des visites et contrairement à ce qui se passe dans les quartiers commerciaux de la grande ville numérique, tels que les GAFAM, NATU, BATX, le quartier Wikimédia ne récolte et ne vend aucune donnée à des fins d'exploitation.
Même les adresses IP enregistrées par le système ne sont pas visibles par les autres visiteurs. Elles sont remplacées par les noms et les pseudonymes fournis lors de la création des comptes, ou masquées par des comptes temporaires pour les modifications faites par des personnes non connectées. Seules quelques personnes accréditées par la communauté pour effectuer des contrôles d’usurpation d’identité ont accès à ces informations. C’est là une précaution nécessaire au bon déroulement des votes qui succèdent parfois aux recherches de consensus concernant l'aménagement du quartier Wikimédia.
Dans cette ville numérique que constituerait l'espace web, Wikimédia apparait ainsi comme le plus grand quartier dédié au partage de la connaissance. Tout d'abord, il y a les plus de 350 bâtiments Wikipédia, chacun dédié à une version linguistique de l'encyclopédie. Puis, toujours séparés en versions linguistiques, on trouve ensuite les bibliothèques Wikilivres et Wikisource, les bâtiments lexicaux multilingues Wiktionnaire, le centre journalistique Wikinews, le centre pédagogique et de recherche Wikiversité, le centre d'informations touristique Wikivoyage, le répertoire des êtres vivants Wikispecies et enfin l'institut des citations d’auteurs Wikiquote. Cela sans oublier le musée médiatique Wikimedia Commons et la banque Wikidata, reconnue comme étant la plus grande banque d’informations structurées au monde. Deux bâtiments dont l'une des fonctions principales communes est d’enrichir les pièces situées dans les autres buildings du quartier Wikimédia.
Dans tous ces immeubles, il arrive souvent que plus de la moitié des étages soient uniquement attribués à l'organisation des activités qui s'y déroulent. Chaque bâtiment peut aussi compter sur le soutien d'autres édifices tels que MediaWiki, Wikitech, Phabricator, qui sont trois lieux entièrement dédiés aux maintenances techniques sur l'ensemble du quartier. Concernant les aspects administratifs, c'est dans le bâtiment Méta-Wiki que s'opère la gouvernance générale du quartier, alors que les courriers adressés à ce dernier sont traités en première ligne dans le bâtiment Wikimedia VRT. À la suite de quoi, il ne reste plus qu'à citer le bâtiment Wikimedia Outreach, pour des initiatives de sensibilisation, et le bâtiment du journal Diff Wikimedia, comme lieu de publication d'actualités sur le mouvement.
En dehors de certains aspects techniques, tous ces bâtiments sont exclusivement régis par des communautés bénévoles, qui sont toujours prêtes à accueillir de nouveaux membres. Les seuls immeubles du quartier qui diffèrent de ce principe sont les bâtiments vitrines de la Fondation Wikimédia et des autres associations Wikimédia qui engagent du personnel. Quant au bâtiment du conseil d'administration de la Fondation, des raisons officielles justifient le fait que la modification de ses pièces est réservée à ces membres et aux employés qui les soutiennent.
Face à tant d'utopies, il devient légitime de vouloir comprendre comment tout cela fut rendu possible. Or, pour répondre à cette question, il faut alors parcourir tout un pan de l'histoire de la révolution numérique, depuis la contre-culture des années 1960 jusqu'à nos jours. On y découvre que les pionniers du réseau Internet étaient des chercheurs et étudiants en informatique, fortement influencés par de nouvelles idéologies, telles que celles qui furent à la source des évènements de mai 68 en France. C'est donc de là que naîtra la philosophie de partage, de liberté, de décentralisation et ce mode d’organisation tout à fait spécifique, que l'on observe aujourd'hui au sein du mouvement Wikimédia.
Il y eut tout d'abord la création d'Internet, comme réseau mondial de communication en libre accès, puis le développement du World Wide Web, qui a grandement facilité les interactions humaines à l’échelle planétaire. Par la suite, ce fut l'arrivée du Web 2.0, caractérisé par l'apparition de nouveaux sites web directement modifiables à l'aide d’un simple navigateur. Or, parmi ceux-ci se trouvent les moteurs de Wiki, dont le plus puissant d’entre eux, MediaWiki, est un logiciel libre développé par la Fondation Wikimédia. Le moment est donc venu d'en savoir plus sur ce type de programme informatique, ainsi que sur le mouvement du logiciel libre, qui a fortement influencé la philosophie et les valeurs véhiculées au sein du mouvement Wikimédia.
'''Chapitre 2 : Le mouvement du logiciel libre'''
L’un des premiers épisodes de la préhistoire de Wikipédia et du mouvement Wikimédia débuta en septembre 1983, lorsqu’un programmeur du Massachusetts Institute of Technology, appelé Richard Stallman, déposa un message sur la liste de diffusion net.unix-wizards. C’était un appel d’aide pour la création de GNU, un nouveau système d’exploitation qui devait réunir une suite de programmes que tout le monde pourrait utiliser librement sur son ordinateur personnel. Dans son message transmis via ARPANET, le premier réseau informatique à grande échelle qui précéda Internet, Stallman s’exprimait de la sorte :
Je considère comme une règle d’or que si j’apprécie un programme, je dois le partager avec d’autres personnes qui l’apprécient. Je ne peux pas en bonne conscience signer un accord de non-divulgation ni un accord de licence de logiciel. Afin de pouvoir continuer à utiliser les ordinateurs sans violer mes principes, j’ai décidé de rassembler une quantité suffisante de logiciels libres, de manière à pouvoir m’en tirer sans aucun logiciel qui ne soit pas libre.
Le projet de Stallman, qui reçut le soutien nécessaire à son accomplissement, marqua ainsi le début de l’histoire du logiciel libre. Quant à la quantité d’aide fournie, elle permet de croire que Richard Stallman n’était pas seul à voir l’arrivée des logiciels propriétaires d’un mauvais œil. Car pour les membres du projet GNU et du mouvement du logiciel libre en général, un bon programme informatique doit respecter ces quatre libertés fondamentales :
1. La liberté d’exécuter le programme, pour tous les usages.
2. La liberté d’étudier le fonctionnement du programme, et de l’adapter à vos besoins.
3. La liberté de redistribuer des copies, donc d’aider votre voisin.
4. La liberté d’améliorer le programme, et de publier vos améliorations, pour en faire profiter toute la communauté.
Lors de l'apparition du logiciel libre, le marché de l’informatique était de fait en pleine mutation. L'habituel partage des codes informatiques entre les rares étudiants ou chercheurs qui bénéficiaient d’un accès à un ordinateur faisait l'objet d'une remise en question. Ce changement faisait notamment suite au Copyright Act de 1976, une nouvelle loi qui autorisait l'application d'un droit d'auteur sur le code informatique, et donc qui permettait d'en interdire le partage ou la réutilisation sans autorisation. Des clauses de confidentialité ont ainsi fait leur apparition, pendant que les employés des firmes informatiques étaient nouvellement soumis à des contrats de confidentialité. C'était la fin de l’entraide et de la solidarité pratiquées chez les pionniers de l’informatique. À sa place s'installaient la concurrence et la compétitivité, bien connues dans le système capitaliste marchand.
Cette mutation coïncidait avec l’arrivée des premiers ordinateurs de taille réduite. Grâce à l’apparition des premiers circuits intégrés, les premiers exemplaires avaient en effet été créés par l’industrie aérospatiale au début des années 1960. Cependant, il fallut attendre le début des années 1980 pour que le prix d’un ordinateur soit suffisamment bas pour en faire un bien de grande consommation.
C’est ainsi qu’en 1982, le Commodore 64 entrait dans le livre Guinness des records, avec plus de 17 millions d’exemplaires vendus dans le monde. Juste avant cela, en 1981, l’IBM Personal Computer avait déjà fait son apparition, en proposant une architecture ouverte qui allait servir de modèle pour toute une gamme d’ordinateurs que l’on désigne toujours aujourd’hui par l’acronyme « PC ».
Pour faire fonctionner ses nouveaux modèles d'ordinateurs, la société IBM avait confié à l’entreprise Microsoft, créée en 1975, la mission de les équiper d’un système d’exploitation. Le contrat signé entre les deux firmes fut une véritable aubaine pour le fournisseur des programmes informatiques. Car sans s'en apercevoir, et sans jamais anticiper que son matériel serait cloné à grande échelle, celle-ci avait en effet permis à Microsoft d'établir un monopole dans la vente de logiciels. Cela fut condamné pour abus de position dominante et vente liée du logiciel avec le matériel informatique, mais sans pour autant empêcher Bill Gates, le principal actionnaire de Microsoft, d'être l'homme le plus riche du monde en 1994.
Toutefois, pendant que Microsoft renforçait sa position dominante, un nouvel événement majeur allait marquer l’histoire du logiciel libre. Celui-ci fut de nouveau déclenché par un appel à contribution, qui fut cette fois posté le vingt-cinq août 1991 par un jeune étudiant en informatique de 21 ans, appelé Linus Torvalds. Via le système de messagerie Usenet, sa demande avait été postée dans une liste de diffusion consacrée au système d’exploitation Minix, une sorte d’UNIX simplifié et développé dans un but didactique, par le programmeur Andrew Tanenbaum.
Loin d’imaginer que cela ferait de lui une nouvelle célébrité dans le monde du Libre, Torvalds entama son message par le paragraphe suivant :
Je fais un système d’exploitation (gratuit) (juste un hobby, ne sera pas grand et professionnel comme gnu) pour les clones 386 (486) AT. Ce projet est en cours depuis avril et commence à se préparer. J’aimerais avoir un retour sur ce que les gens aiment ou n’aiment pas dans minix, car mon système d’exploitation lui ressemble un peu (même disposition physique du système de fichiers (pour des raisons pratiques) entre autres choses).
Bien qu’il fût présenté comme un passe-temps, le projet qui répondait au nom de « Linux », fut rapidement soutenu par des milliers de programmeurs du monde entier, avant de devenir la pièce manquante du projet GNU. En effet, les contributeurs au projet de Stallman n’avaient pas encore terminé l’écriture du code informatique du noyau Hurd, alors qu'il était censé établir la communication entre la suite logicielle produite par GNU et le matériel informatique. C'est donc la fusion des codes produits par les projets GNU et Linux qui permit la création du premier système complet, stable et entièrement libre baptisé GNU/Linux.
Au départ de ce nouveau système informatique, de nombreuses variantes, que l’on nomme communément « distributions », furent créées par des programmeurs de tous horizons. L’une de celles-ci s’intitule Debian et tire sa réputation d'être simultanément libre, gratuite, très fiable et produite par une communauté sans lien direct avec une société commerciale. Quatre qualités qui expliquent pourquoi, Debian sert de base à plus de 150 distributions dérivées, et que de nombreuses organisations l'utilisent, comme le fait la Fondation Wikimédia sur les serveurs qui hébergent les projets qu'elle supporte.
Grâce à la naissance des logiciels libres, le mouvement Wikimédia a donc la possibilité de faire tourner ses serveurs informatiques, avec un système d’exploitation fiable, libre et gratuit. Comme son code source est ouvert, cela permet aussi à la Fondation Wikimédia de le modifier pour répondre aux besoins spécifiques du mouvement. À la suite de quoi, et selon les règles formulées par la communauté du logiciel libre, les modifications faites par la Fondation deviennent à leur tour, gratuitement et librement, utilisables par d’autres personnes ou organismes.
À ce premier héritage reçu par le mouvement Wikimédia et toujours en provenance des logiciels libres, s’ajoute une innovation méthodologique. Dans son article La Cathédrale et le Bazar, Eric Raymond mobilise en effet le terme « cathédrale » pour désigner le mode de production des logiciels propriétaires, en opposition au mot « bazar », qu'il utilise pour qualifier le mode de développement des logiciels libres. D’un côté, il décrit une organisation pyramidale, rigide et statutairement hiérarchisée, comme on peut la voir souvent au sein des entreprises. Tandis que de l’autre, il parle d’une organisation horizontale, flexible et peu hiérarchisée, qu’il a lui-même expérimentée en adoptant le style de développement de Linus Torvalds, à savoir : « distribuez vite et souvent, déléguez tout ce que vous pouvez déléguer, soyez ouvert jusqu’à la promiscuité ».
À l’instar de la métaphore du quartier numérique présentée dans le précédent chapitre, cette manière de décrire les projets open source nous aide donc ici à mieux comprendre ce qui se passe dans le mouvement Wikimédia. D'un côté, on retrouve effectivement cette « ouverture jusqu’à la promiscuité », dans le libre accès accordé aux projets Wikimédia, alors que de l'autre, tout le monde peut participer aux projets Wikimédia, qu'ils soient en ligne ou hors ligne.
Ces deux observations corroborent donc l’existence d’un deuxième héritage en provenance du mouvement du logiciel libre. Néanmoins, il nous reste encore à découvrir un phénomène négligé par Eric Raymond durant ses observations, et qui pourtant, a considérablement influencé l'histoire de la révolution numérique. Il s’agit de l’apparition de la licence libre, de la philosophie qu'elle sous-tend, et du mouvement de la culture libre, dont elle fut à l’origine.
'''Chapitre 3 : Les licences et la culture libres'''
Dans une biographie autorisée, Christophe Masutti explique à quel point la création de la Licence publique générale GNU, en tant que première licence libre créée par Richard Stallman, représente un épisode majeur de la révolution numérique. Selon lui :
La GPL apparaît comme l’un des meilleurs hacks de Stallman. Elle a créé un système de propriété collective à l’intérieur même des habituels murs du copyright. Surtout, elle a mis en lumière la possibilité de traiter de façon similaire « code » juridique et code logiciel.
Le concept de distribution associé à ce nouveau type de licence fut baptisé « copyleft », par inspiration d’un jeu de mots que Richard Stallman avait trouvé dans un courrier transmis par son collègue Don Hopkins. Le principe novateur de ce concept est d'obliger toute production de code dérivé à se soumettre à la même licence libre que le code d’origine. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle beaucoup de gens parlent de licence « virale » ou « récursive » en faisant référence à celle-ci. Quant à l'importance de cette clause, elle repose sur le fait d'interdire toute privatisation d'un code informatique produit sous licence libre. Sans celle-ci, un tel code risque en effet d'être récupéré, puis modifié, avant d’être placé sous un habituel copyright de type « tous droits réservés », dans le but de commercialiser son usage.
En 2001 et dans la mouvance provoquée par l'arrivée des premières licences libres, une organisation internationale sans but lucratif, intitulée Creative Commons, a entamé la promotion du « partage et la réutilisation de la créativité et des connaissances grâce à la fourniture d’outils juridiques gratuits ». Pour ce faire, elle met régulièrement à jour une panoplie de licences inspirées par la GNU, mais spécialement adaptées aux œuvres de l'esprit, telles que les productions littéraires, musicales, photographiques et vidéo, ainsi que les bases de données.
Contrairement aux licences libres fournies par la Free Software Foundation, conçues pour protéger du code informatique, les licences produites par Creative Commons offrent la possibilité de sélectionner différentes clauses pour protéger une œuvre libre. Avec le label CC, pour Creative Commons, on peut ainsi appliquer, ou ne pas appliquer, la clause « BY », qui oblige à créditer l'auteur, et la clause « SA », pour Share Alike, qui ordonne le partage à l’identique comme décrit précédemment. Après quoi il est encore possible d'ajouter la clause « NC », qui impose un usage non commercial, et finalement, la clause « ND », pour Non Derivative, qui exige que l’œuvre soit utilisée ou reproduite dans son intégralité et sans modification.
Le mouvement Wikimédia a choisi la licence CC.BY-SA pour protéger les contenus publiés dans tous ses projets. Cela à l'exception de la banque de données Wikidata, qui au même titre que les descriptions apportées aux fichiers téléchargés dans la médiathèque Wikimedia Commons, publie ses informations structurées sous licence CC0. Cette dernière licence proposée par creative commons est ce qui se rapproche le plus du domaine public, avec pour avantage de ne pas devoir mentionner les auteurs dans le traitement et la réutilisation du contenu de la base de données.
Cependant, il en résulte que les informations en question peuvent être réutilisées par des tiers qui ne sont plus obligés de citer leurs sources, comme le font les agents conversationnels des intelligences artificielles génératives, appelés couramment chatbots. Contrairement à la licence CC.BY-SA, la licence CC0 est donc moins apte à pérenniser les projets Wikimédia, puisqu'elle permet d'invisibiliser ces derniers au risque de réduire les chances d'arrivée de nouveaux contributeurs et contributrices. De plus, sans la clause SA qui assure l'application du copyleft, toutes les informations récupérées au sein de Wikidata et de Wikimedia Commons sont aussi susceptibles de quitter le monde du libre, une fois traitées par des entreprises commerciales.
Quoi qu’il en soit, les licences Creative Commons, inspirées par la licence libre de Richard Stallman, apparaissent finalement comme un troisième héritage en provenance du mouvement du logiciel libre et de la culture libre qui en est issue. Grâce à la licence CC.BY-SA, les éditeurs des projets Wikimédia bénéficient effectivement d'une certaine reconnaissance, tout en étant assurés qu'aucun copyright sur leurs travaux ne puisse profiter exclusivement à une personne ou une compagnie. Cela pendant que la licence libre appliquée au système d'exploitation installé sur les serveurs Wikimédia garantit, pour sa part, un certain respect des contributeurs, puisqu'elle permet de vérifier si le code informatique ne compromet pas leurs vies privées.
Avec tous les autres apports en provenance du logiciel libre, ce sont là deux choses importantes qui ont permis l'apparition du mouvement Wikimédia. Toutefois, cela ne pouvait pas suffire à la création du projet Wikipédia qui en fut le point de départ. Car sans l'espace numérique, mondial et libre d’accès, créé par Internet et l'espace web, aucune encyclopédie collaborative de cette envergure n'aurait pu voir le jour.
'''Chapitre 4 : Le réseau Internet'''
L’histoire du réseau Internet constitue un nouvel épisode captivant de la révolution numérique, sans lequel le mouvement Wikimédia n’aurait jamais pu émerger. D’un point de vue purement technique, ce réseau informatique a été mis au point dans les années 1970, avant l’adoption généralisée du protocole TCP/IP, toujours en usage à ce jour. Ce dernier fut inventé par Vint Cerf et Robert Elliot Kahn, quand ils travaillaient pour la Defense Advanced Research Projects Agency, rattachée au département de la Défense américaine. L'une des premières présentations de leur projet fut, entre autres, réalisée lors d’une conférence organisée par l’International Network Working Group, une instance créée pour assurer la gouvernance mondiale du réseau informatique.
Sur base de ces informations, on peut penser qu’Internet a été créé par des militaires. Cependant, Une contre-histoire de l’Internet, nous révèle que les créateurs et les premiers utilisateurs d’ARPANET, considéré comme l’ancêtre d’Internet, étaient davantage des étudiants hippies et amateurs de LSD, que des militaires bien drillés. D’ailleurs, avant la standardisation du protocole TCP/IP, ARPANET fonctionnait depuis plus d’un an avec un autre protocole de transition intitulé Network Control Program. Or, celui-ci avait été mis au point, en février 1969, par le Network Working Group, un groupe informel d’étudiants rassemblés autour de Steve Crocker, lorsqu’il ne détenait encore qu’une simple licence.
Bien que rarement cité dans l’histoire d’Internet, ce groupe a pourtant mis en place la procédure RFC, pour Request For Comments, reconnue comme « l’un des symboles forts de la "culture technique" de l’Internet, marquée par l’égalitarisme, l’autogestion et la recherche collective de l’efficience ». Soit trois principes et une procédure, qui aujourd’hui encore sont appliqués sur le site Méta-Wiki, dans lequel s'organise la gestion communautaire du mouvement Wikimédia. Cela alors qu'au sein des projets pédagogiques, d’autres processus similaires de recherche de consensus ont fait leur apparition.
Il faut ensuite savoir que les liens entre ARPANET et l’armée ont disparu avec l’apparition du MILNET, un réseau entièrement dédié aux activités militaires, rebaptisé NIPRNet, pour Non-classified Internet Protocol Router Network, en 1990. Après une séparation définitive en 1983, précisément l’année où Richard Stallman postait sa demande d’aide pour le projet GNU, le réseau ARPANET resta uniquement dédié à la recherche et au développement. À cette époque, le réseau ne comprenait pas plus de 600 machines connectées, ce qui n'a donc rien de comparable avec ce vaste réseau informatique mondial que nous connaissons aujourd’hui, et qui fut fortement développé au cours des années 1990.
Pour en assurer l’entretien technique, une organisation non gouvernementale, a été créée en 1992, sous l'appellation d’Internet Society. Celle-ci devait aussi veiller au respect des valeurs fondamentales liées au bon fonctionnement du réseau. Car avant d'atteindre des milliards d’appareils connectés, il a d’abord fallu réglementer les nombreuses dorsales internet intercontinentales, sans lesquelles la transmission du protocole TCP/IP partout dans le monde n'aurait pas été possible.
Pour en revenir à l’état d’esprit des créateurs d'Internet, un article intitulé Quarante ans après : mais qui donc créa l’internet ? apporte un éclairage particulièrement intéressant au sujet des liens que l'on peut établir entre le mouvement Wikimédia et l'histoire d'Internet. Dans son témoignage, Michel Elie, cet ingénieur en informatique, membre du Network Working Group cité précédemment, et responsable de l’Observatoire des Usages de l’Internet, nous explique effectivement ceci.
Le succès de l’internet, nous le devons aux bons choix initiaux et à la dynamique qui en est résultée : la collaboration de dizaines de milliers d’étudiants, ou de bénévoles apportant leur expertise, tels par exemple ces centaines de personnes qui enrichissent continuellement des encyclopédies en ligne telles que Wikipédia.
Au courant des années 1990, le milieu informatique universitaire semblait donc toujours fortement imprégné des idéaux de la contre-culture des années 1960, produit par les baby boomers dans le contexte de la guerre du Vietnam. Afin d'illustrer les idées véhiculées à cette époque, voici un paragraphe extrait d'un ouvrage publié en 1970 et intitulé Vers une contre-culture : Réflexions sur la société technocratique et l’opposition de la jeunesse. Dans celui-ci, Théodore Roszak explique que :
Le projet essentiel de notre contre-culture : proclamer un nouveau ciel et une nouvelle terre, si vastes, si merveilleux que les prétentions démesurées de la technique soient réduites à n’occuper dans la vie humaine qu’une place inférieure et marginale. Créer et répandre une telle conception de la vie n’implique rien de moins que l’acceptation de nous ouvrir à l’imagination visionnaire. Nous devons être prêts à soutenir ce qu’affirment des personnes telles que Blake, à savoir que certains yeux ne voient pas le monde comme le voient le regard banal ou l’œil scientifique, mais le voient transformé, dans une lumière éclatante et, ce faisant, le voient tel qu’il est vraiment.
À la suite de cette lecture, il peut sembler paradoxal de penser qu’une contre-culture, voyant la technique comme « inférieure » et assimilant la science au « banal », puisse avoir un lien avec le milieu scientifique universitaire qui fut à l'origine d'Internet. Cependant, une réponse à cette énigme fut apportée par Fred Turner, par la publication de son livre intitulé : « Aux sources de l’utopie numérique : De la contre-culture à la cyberculture, Stewart Brand, un homme d’influence ».
Grâce à cet ouvrage, on découvre en effet que le mouvement Hippie utilisera tout ce qui était à sa disposition à l’époque pour parvenir à ses fins : LSD, spiritualités alternatives, mais également, objets technologiques les plus en pointe. Cela grâce notamment à l’influence de Steward Brand, le créateur d'un catalogue interactif, qui peut être considéré comme l'ancêtre analogique des groupes de discussions numériques apparus des années plus tard.
Comme autre indication, il y a ensuite les propos tenus en 1992, lors d’une plénière de la 24ᵉ réunion du groupe de travail sur l’ingénierie Internet, par David D. Clark, un autre pionnier d’Internet. Durant cette rencontre, ce chef de projet prononça des paroles restées dans les annales. « Nous récusons rois, présidents et votes. Nous croyons au consensus et aux programmes qui tournent ». Deux phrases seulement, mais qui, dans le cadre du milieu informatique, permettent de croire que le mépris de la contre-culture envers la technique et la science, s'est transformé en un refus d’autorité et une recherche de consensus.
Dans tous les cas, le développement du réseau Internet ne s'est pas fait sans conflits idéologiques importants. On peut d'ailleurs se demander aujourd'hui à quoi ressemblerait Internet s'il n'avait jamais été commercialisé. Cela s'est passé en novembre 1994, lorsque l’association sans but lucratif Advanced Network and Services, chargée de gérer les accès à Internet, a fait le choix de vendre ses activités. Cette décision faisait suite à un appel à des fonds privés pour financer d'importants changements dans l'infrastructure du réseau. Profitant de l'occasion, la société commerciale America Online a ainsi repris à son compte la gestion des connexions à Internet, après avoir effectué un versement de 35 millions de dollars.
Trente ans plus tard, Internet est devenu ce réseau que nous expérimentons aujourd'hui, à savoir : un réseau dominé par des sociétés privées les plus riches au monde. Dans ce contexte et parmi les 100 sites web les plus visités au monde, seul le nom de domaine Wikipédia appartient à une organisation non lucrative. Cela explique donc pourquoi le mouvement Wikimédia, via son encyclopédie et la fondation qui l'héberge, représente à ce jour, et dans l'espace web, l'expression la plus visible de la philosophie des pionniers d’Internet.
Plus qu'un héritage, cette situation peut être vue comme une mission perpétuée au sein d'un espace envahi par une culture marchande et capitaliste. C'est là une information importante qu'il faut retenir au sujet du mouvement Wikimédia. Elle ne clôture pas pour autant tout ce qu'il faut savoir au sujet des évènements qui ont permis la création d’une encyclopédie mondiale, libre et collaborative. Mais en revanche, elle nous invite à découvrir l'histoire du World Wide Web, un espace numérique sans lequel la création de Wikipédia n'aurait jamais été possible.
'''Chapitre 5 : Le World Wide Web'''
Maintenant que le lien entre la création d'Internet et le mouvement Wikimédia est établi, découvrons à présent l'application la plus connue du réseau, que l'on nomme le World Wide Web, ou plus simplement « Web ». C'est Tim Berners-Lee qui en fut l’inventeur, lorsqu’il était encore actif à l'Organisation européenne pour la recherche nucléaire. Il avait pour idée de créer un espace d’échange public par l’intermédiaire d'Internet, et pour y parvenir, il mit au point le logiciel « WorldWideWeb », rebaptisé Nexus pour éviter toute confusion avec le World Wide Web.
Grâce à un système d’indexation appelé hypertexte, ce programme informatique a permis de produire et de connecter des espaces numériques intitulés sites Web. Ceux-ci sont composés de pages web, hébergées sur des ordinateurs distants, mais connectés entre eux au travers du réseau Internet. Pour permettre ce type de connexion, Berners-Lee mit au point le Hypertext Transfer Protocol ou HTTP, un nouveau protocole de communication simple en soi, mais dont la mise en œuvre technique est compliquée.
Pour veiller au bon fonctionnement et au bon usage de l'espace web, des règles de standardisation ont tout d'abord été édictées par l’association Internet Society. Après quoi, Berners-Lee fonda le W3C, un consortium international dont la devise est : « un seul Web partout et pour tous ». Si ce slogan nous apparaît très naturel aujourd’hui, il faut toutefois savoir que l'espace Web a bien failli être régi séparément par des acteurs commerciaux, avec tous les droits d'accès que cela aurait pu engendrer.
À partir du trente avril 1993, jour du dépôt du logiciel WorldWideWeb dans le domaine public par Robert Cailliau, un collègue de Berners-Lee chargé de la promotion de son projet, un tel scénario était en effet possible. Sauf qu'après le départ de Berners-Lee, devenu président du W3C, François Flückiger, qui avait repris son poste au sein du CERN, eut la présence d'esprit de réagir à temps. Selon le livre Alexandria qui parcourt l'histoire de Robert Caillau, voici ce qui aurait pu se passer si le code de l’éditeur HTML n'avait finalement pas été placé sous licence libre.
La philanthropie de Robert, c’est très sympa, mais ça expose le Web à d’horribles dangers. Une entreprise pourrait s’emparer du code source, corriger un minuscule bug, s’approprier le « nouveau » logiciel et enfin faire payer une licence à ses utilisateurs. L’ogre Microsoft, par exemple, serait du genre à flairer le bon plan pour écraser son ennemi Macintosh. Les détenteurs d’un PC devraient alors débourser un certain montant pour profiter des fonctionnalités du Web copyrighté Microsoft. Les détenteurs d’un Macintosh, eux, navigueraient sur un Web de plus en plus éloigné de celui vendu par Bill Gates, d’abord gratuit peut-être, avant d’être soumis lui aussi à une licence.
Face à un tel scénario, nous découvrons de nouveau à quel point le concept de licence libre a fondamentalement changé le cours de la révolution numérique. Sans cela, nos expériences et nos usages de l'espace numérique auraient été totalement différents. L'utopie Wikipédia, par exemple, n'aurait certainement pas vu le jour, en raison de l'éclatement des espaces numériques et des coûts d'accès auxquels seraient confrontés les bénévoles qui ont construit le projet. Quoi qu'il en soit, et au niveau technique, une fois l'espace web apparu, il ne manquait plus qu'une chose pour permettre la création d'une encyclopédie collaborative au format numérique.
'''Chapitre 6 : Les plateformes Wiki'''
Un wiki, ou un moteur de wiki, est un logiciel que l'on installe sur un serveur informatique pour permettre la création d’un site web éditable et configurable à l’aide d’un simple navigateur. Plus précisément, c’est un système de gestion de contenu, dans lequel le code HTML, CSS, JavaScript et Lua, ainsi que certains paramètres, peuvent être modifiés par tous les internautes. Cela peut se faire en se connectant à un compte utilisateur, afin de bénéficier des droits de modification et d’administration qui lui sont accordés, ou en utilisant la configuration attribuée par défaut aux personnes non connectées.
Sur les pages web d'un wiki, chaque modification provoque un nouvel enregistrement complet du code source qui la compose. De la sorte, il est toujours possible, à partir d’une page reprenant l’historique des modifications, de rétablir l'une de ses anciennes versions. Grâce à ce système, on peut ainsi savoir quelle personne, ou quelle adresse IP est à l’origine d’un changement, et même voir l’endroit où la modification a été faite, et à quel moment celle-ci a été réalisée.
Le premier logiciel Wiki, qui portait le nom de WikiWikiWeb, a été créé et placé sous licence libre GPL par Ward Cunningham en mars 1995. Grâce à la licence, d’autres programmes wiki ont vu le jour en copiant ou s’inspirant du code source de WikiWikiWeb, ou des autres projets wiki qui l'avaient fait auparavant. Cette émulation récursive, qui donna naissance à toute une panoplie de projets wiki, est donc à nouveau une belle illustration des retombées positives que peut susciter l'application d'une licence libre.
Parmi les différents logiciels Wiki disponibles, UseModWiki fut choisi par la société Bomis qui finança la création du premier projet Wikipédia en anglais. C'était un choix judicieux, car l’éclatement de la bulle spéculative d’Internet, à la fin des années 2000, confrontait l'entreprise à de grosses difficultés financières. Un programme gratuit, simple d’utilisation et peu gourmand en ressources informatiques, convenait donc parfaitement dans ce cadre. UseModWiki fut par après remplacé par un autre moteur de Wiki sans nom, mais plus performant et toujours produit sous licence libre. Ce dernier fut ensuite amélioré par plusieurs programmeurs, dont Brion Vibber, le premier employé de la Fondation Wikimédia, avant d’être finalement intitulé MediaWiki.
Avec l’aide de nouveaux employés et des bénévoles actifs sur le site mediawiki.org, ce système de gestion de contenu finit par apparaitre en tête du classement des wikis les plus utilisés. Grâce à la licence libre, des milliers d'autres personnes et projets ont pu en effet développer des sites Web, sans nécessairement faire partie du mouvement Wikimédia. Ce succès a par ailleurs justifié l'organisation de rassemblements annuels entre 2016 et 2020, entre personnes et organisations qui utilisent le programme, pour discuter de son développement et de ses usages.
Ceci étant dit, il existe dans la liste des Wikis d’autres logiciels libres intéressants, tels que DokuWiki, rendu populaire par sa simplicité d’installation et d’usage. Jusqu’à ce jour cependant, seul MediaWiki semble suffisamment stable et puissant pour permettre le développement optimal de l’ensemble des projets Wikimédia. Avec parmi ceux-ci, bien sûr, Wikipédia, l'encyclopédie libre et universelle, dont nous allons enfin découvrir la mise en place dans ce prochain chapitre.
'''Chapitre 7 : L’encyclopédie libre et universelle'''
Dans les chapitres précédents, nous avons découvert toutes les innovations techniques et culturelles sans lesquelles Wikipédia n’aurait jamais pu devenir la plus grande encyclopédie libre et universelle connue au monde. Son objectif est de synthétiser la totalité du savoir humain. Ce qui n’est autre, finalement, qu’un vieux rêve de notre humanité. Trois cents ans avant Jésus-Christ et durant la création de la bibliothèque d’Alexandrie, ce désir était aussi celui de Ptolémée Iᵉʳ. C'était deux siècles avant que Denis Diderot publie, avec Jean Le Rond d'Alembert et Louis de Jaucourt en 1751, la première édition de l’Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers. Quant à Paul Otlet, qui a créé avec Henri La Fontaine la classification décimale universelle en usage depuis 1905, il s’était mis en tête de répertorier l’ensemble du savoir humain au sein d'un seul édifice.
Peu connu à ce jour, ce documentaliste belge rêvait pourtant de cataloguer le monde et de rassembler toutes les connaissances humaines, sous la forme d’un gigantesque répertoire bibliographique universel, situé à l'intérieur d'un Mundaneum. En 1934, dans le Traité de documentation écrit par celui qui voulait « classer le monde », Otlet décrit, de manière particulièrement visionnaire, un possible partage du savoir et de l’information.
Ici, la Table de Travail n’est plus chargée d’aucun livre. À leur place se dresse un écran et à portée un téléphone. Là-bas, au loin, dans un édifice immense, sont tous les livres et tous les renseignements, avec tout l’espace que requiert leur enregistrement et leur manutention…
De là, on fait apparaître sur l’écran la page à lire pour connaître la question posée par téléphone avec ou sans fil. Un écran serait double, quadruple ou décuple s’il s’agissait de multiplier les textes et les documents à confronter simultanément ; il y aurait un haut-parleur si la vue devrait être aidée par une audition. Une telle hypothèse, un Wells certes l’aimerait. Utopie aujourd’hui parce qu’elle n’existe encore nulle part, mais elle pourrait devenir la réalité de demain pourvu que se perfectionnent encore nos méthodes et notre instrumentation.
À peu de choses près, cette utopie décrite en 1934 par Otlet correspond à l'usage que l'on fait du réseau Internet et de son espace web, lorsqu'on recherche de l'information aujourd'hui. Premièrement, allumer un système informatique, avec ou sans fil, muni d'un écran ; ensuite, poser une question dans un moteur de recherche ; puis, comme cela arrive très souvent, être redirigé vers l'une des versions linguistiques de Wikipédia.
Ce scénario, dans lequel les moteurs de recherche jouent un rôle central, explique la popularité de l'encyclopédie libre. D'autres projets similaires étaient pourtant apparus sur le Web avant l'arrivée de Wikipédia. Environ trois ans avant sa création, Aaron Swartz, un activiste de la culture libre qui avait juste douze ans à l'époque, avait par exemple lancé une sorte de site encyclopédique produit et régi par ses usagers. Appelé The Info Network, ce site web avait d'ailleurs permis à son auteur de recevoir l'ArsDigita Prize, un prix décerné aux jeunes créateurs de projets « utiles, éducatifs, collaboratifs et non commerciaux ».
Il faut savoir ensuite que l'expression « encyclopédie libre et universelle » fut oubliée pour la première fois durant l'année 2000 par Richard Stallman, soit l'année qui précéda celle de la naissance de Wikipédia. C'était dans un essai intitulé The Free Universal Encyclopedia and Learning Resource, qui, selon son auteur, avait été rédigé deux ans avant sa publication sur la liste de diffusion du projet GNU. Repris ci-dessous, un extrait de ce texte, présente les particularités du projet.
Le World Wide Web a le potentiel de devenir une encyclopédie universelle couvrant tous les domaines de la connaissance et une bibliothèque complète de cours d’enseignement. Ce résultat pourrait être atteint sans effort particulier, si personne n’intervient. Mais les entreprises se mobilisent aujourd’hui pour orienter l’avenir vers une voie différente, dans laquelle elles contrôlent et limitent l’accès au matériel pédagogique, afin de soutirer de l’argent aux personnes qui veulent apprendre.
Nous ne pouvons pas empêcher les entreprises de restreindre l’information qu’elles mettent à disposition ; ce que nous pouvons faire, c’est proposer une alternative. Nous devons lancer un mouvement pour développer une encyclopédie libre universelle, tout comme le mouvement des logiciels libres nous a donné le système d’exploitation libre GNU/Linux. L’encyclopédie libre fournira une alternative aux encyclopédies restreintes que les entreprises de médias rédigeront.
En parlant d'un « mouvement pour développer une encyclopédie libre universelle », Stallman anticipait donc, sans le savoir, l'arrivée du mouvement Wikimédia, qui ne se concrétisa que bien des années plus tard. Quant à la soixantaine de paragraphes qui décrivent son projet, on y retrouve, dans une forme presque identique, les cinq principes fondateurs qui ont guidé la création de Wikipédia et qui sont toujours actifs à ce jour.
Le premier consiste bien sûr à créer une encyclopédie ; le deuxième réclame une neutralité de point de vue, chose que Stallman expliquait déjà en écrivant qu’« en cas de controverse, plusieurs points de vue seront représentés » ; le troisième implique le respect des droits d’auteur et l’adoption d'une licence libre, celle précisément dont Stallman avait été l'initiateur ; le quatrième inscrit le projet dans une démarche collaborative, alors que Stallman précisait déjà que « tout le monde est le bienvenu pour écrire des articles » ; et le cinquième enfin, stipule qu’il n’y a pas d’autres règles fixes, une position très courante dans le milieu des hackers dont Stallman faisait partie.
Il apparaît donc clairement que le projet Wikipédia n'était pas une idée originale en soi, mais plutôt une opportunité saisie par la société Bomis pour enrichir sa propre encyclopédie commerciale, Nupedia. Cette dernière avait été lancée en avril 2000, soit environ dix mois avant Wikipédia, et sa rédaction était assurée par des experts engagés au sein d’un processus éditorial strict et formel. Malheureusement pour la firme Bomis, le nombre d’articles ne progressait que très lentement.
Dans le but d'accélérer le processus, Larry Sanger, un docteur en philosophie employé par Bomis pour assurer le rôle de rédacteur en chef de Nupedia, eut l'idée d'installer un logiciel wiki sur les serveurs de son entreprise. L'objectif était d'ouvrir un site web participatif, dans lequel des volontaires pourraient créer des articles encyclopédiques, pour qu'ils soient ensuite intégrés dans le projet commercial. Malgré le manque d’enthousiasme de son employeur Jimmy Wales, Sanger mit ses idées en application, et c'est donc ainsi que débuta l’histoire de Wikipédia, avec sa toute première version en anglais.
C’était le 15 janvier 2001, précisément le même mois où Richard Stallman mit en ligne son propre projet d’encyclopédie libre et universelle, qu'il souhaitait intituler GNUPedia. Étonnamment, les noms de domaine gnupedia .com .net et .org avaient déjà été enregistrés au nom de Jimmy Wales, ce qui obligea Stallman à rebaptiser son projet GNE. Ce fait est d'autant plus surprenant que Wales affirma des années plus tard : « n’avoir eu aucune connaissance directe de l’essai de Stallman lorsqu’il s’est lancé dans son projet d’encyclopédie ».
Le site GNE ne ressemblait cependant pas vraiment à une encyclopédie, mais plutôt à un blog collectif ou une base de connaissance, tandis que sa page d’accueil précisait clairement qu’il s’agissait d’une bibliothèque d’opinion. Quant à sa modération, elle avait demandé d'engager un employé, car elle s'est avérée bien plus compliquée que prévu. À côté de cela, et probablement grâce aux spécificités de l’environnement wiki et aux soutiens apportés par Jimmy Wales et Larry Sanger, Wikipédia réussit à mettre en place une organisation efficace au sein d'une communauté d'éditeurs grandissante.
Peut-être en raison de la concurrence libre faite par le projet GNE, Jimmy Wales décida d'abandonner le copyright que Bomis détenait sur son encyclopédie commerciale Nupedia, pour le remplacer par une licence Nupedia Open Content. Peu de temps après, il décida finalement d'adopter la licence de documentation libre GNU conçue pour protéger les textes de documentation des logiciels libres. Ce dernier choix fut une stratégie payante, puisque cela incita Richard Stallman à transférer tout le contenu de son projet GNE vers Nupedia, et à encourager tout le monde à contribuer sur Wikipédia.
Parmi les autres actions de Jimmy Wales qui ont contribué au succès de Wikipédia, il y eut cette idée d'ouvrir le projet aux « gens ordinaires ». C’était un choix qui s’opposait aux idéaux de Larry Sanger, qui de loin préférait le modèle de Nupedia avec son système de relecture par des experts. Cependant, Jimmy Wales, en tant qu'homme d’affaires, visait une croissance plus rapide du contenu de l'encyclopédie.
Cette croissance ne s'est toutefois pas faite sans difficulté. Le 26 février 2002, en effet, l'Enciclopedia Libre Universal en Español, un projet dissident du projet Wikipédia, fit son apparition. C'était une réaction à de la censure, à l'existence d'une ligne éditoriale et à la possibilité de voir apparaitre des publicités dans Wikipédia. En raison des remises en question que cette séparation suscitait parmi les bénévoles actifs dans les projets, Jimmy Wales renonça finalement à l'usage de la publicité et mit de côté ses visions en matière de profit.
Il faut aussi tenir compte du fait que cet évènement est survenu lors de l'éclatement de la bulle spéculative Internet et du krach boursier de 2001-2002. Une conjoncture qui plaçait la société Bomis dans des difficultés financières, et surtout, dans l'incapacité de payer le salaire de Larry Sanger, son seul employé. En mars 2002 et après un mois d’activité bénévole, l’ex-employé décida alors de quitter les fonctions, qu'il occupait depuis un peu plus d'un an, dans Nupedia et Wikipédia. Avec le seul soutien de Jimmy Wales, les deux encyclopédies purent toutefois poursuivre leurs développements, toujours avec le concours d'experts dans Nupedia et d'une communauté bénévole au niveau de Wikipédia. Néanmoins, en septembre 2003 et vu l'écart qui se creusait entre les deux projets, l'encyclopédie Nupedia fut fermée et ses quelques dizaines d'articles transférées vers les milliers d'autres que comprenait déjà le projet Wikipédia.
Trois ans plus tard, Larry Sanger n’avait pas dit son dernier mot. En septembre 2006, il décida en effet de lancer sur fonds propres une encyclopédie intitulée Citizendium. Cette plateforme écrite en anglais uniquement et toujours active à ce jour, repose sur un système d’expertise, dans lequel les contributrices et les contributeurs doivent déclarer leur identité réelle. En avril 2026 cependant, Citizendium reprenait moins de 2000 articles, tout avancement confondu, tandis que le projet Wikipédia en anglais en regroupait déjà plus de 7 millions.
Voici donc comment est née la plus grande encyclopédie au monde, dont la taille et la visibilité n'avaient jamais été égalées auparavant. Une encyclopédie qui, de plus, s'est rapidement déclinée en de nombreuses versions linguistiques, à l'instar de sa version francophone, lancée moins de quatre mois après le projet original en anglais. Toutes ces versions ont formé les premières bases d’une organisation mondiale, bientôt chapeautée par une fondation. Avant cela, d'autres projets pédagogiques et collaboratifs ont vu le jour au côté de Wikipédia. Intitulés « projets frères », ceux-ci se constituent à leur tour, en de nombreuses versions linguistiques, tout en poursuivant le processus de création du mouvement Wikimédia.
'''Chapitre 8 : L'arrivée des projets frères'''
Dans le but de développer des contenus pédagogiques qui ne trouvaient pas leur place dans Wikipédia, d’autres projets pédagogiques et collaboratifs ont vu le jour, pour former ce que l'on appelle couramment aujourd'hui : l’écosystème Wikimedia. La naissance de tous ces projets, ainsi que les évènements importants qui ont contribué au développement du mouvement, ont été repris dans une ligne du temps réalisée par Guillaume Paumier, à l’occasion du dixième anniversaire de Wikipédia. Grâce à ce graphique, on peut voir en détail l'évolution du nombre de projets, de versions linguistiques, de contributeurs et d'articles, et se faire ainsi une idée sur la vitesse à laquelle s'est développé le mouvement Wikimédia.
Parmi tous les projets frères de Wikipédia, le premier à apparaître fut Méta-Wiki, une plateforme de référence pour centraliser la gestion de l'ensemble des sites web hébergés par la fondation Wikimédia. Dans un premier temps, cet espace communautaire en ligne a répondu à la nécessité de traiter en un seul lieu les questions communes aux différentes versions linguistiques de Wikipédia. Aujourd'hui, le site web est le principal endroit de coordination et de gestion de l'ensemble du mouvement Wikimédia. On y retrouve énormément d'informations au sujet des projets en ligne, et peut-être plus encore, concernant la Fondation et les organismes affiliés.
Après Méta-Wiki, sept autres projets de partage de la connaissance ont fait leur apparition, avant d'être déclinés à leur tour en plusieurs versions linguistiques. Tous ces projets émergent en général sur l’initiative d’un petit groupe de personnes actives au sein d’un projet préexistant. Ce fut le cas du projet Wiktionnaire en anglais, le deuxième projet à voir le jour après Méta-Wiki, en décembre 2002, soit deux ans avant la version francophone apparue en mars 2004.
Il est intéressant d'observer que la version francophone du Wiktionnaire n’a pas été créée à partir du projet anglophone, mais bien depuis le projet Wikipédia en français. D'ailleurs, on peut retrouver dans les archives de ce dernier projet, un débat concernant la pertinence de cette création, dont voici un extrait.
En fait, ce qui me peine vraiment avec le projet Wiktionary, c’est que alors qu’on essaie de rassembler les gens (pas facile) pour créer une sorte de tour de Babel de la connaissance (tâche bien longue et difficile), ce nouveau projet va disperser les énergies pour une raison qui ne me semble pas valable. C’est la création de Wiktionary qui va créer des redondances. À mon avis il existera rapidement des pages sur le même mot, mais ne contenant pas les mêmes informations. Pour quelle raison ces connaissances devraient-elles être séparées ? Les encyclopédies sur papier devaient faire des choix à cause du manque de place, mais nous, pourquoi le ferions-nous ??? "Wikipédia n’est pas un dictionnaire" n’est pas un argument à mon avis... si vraiment c’était pas un dictionnaire, il faudrait virer tout un tas d’article. Je ne comprends vraiment pas cette volonté de séparer la connaissance entre ce qui est "encyclopédique" et ce qui n’est "qu’une définition".
[Réponse]
Pour moi ce qu’est Wiktionary, c’est une partie de Wikipédia s’intéressant plus particulièrement aux aspects linguistiques des mots. La différence que je verrais entre la partie dictionnaire de Wikipédia et sa partie dite encyclopédique, c’est que la partie dictionnaire s’intéresserait au sens des mots eux-mêmes alors que la partie encyclopédie s’attache plus à faire ressortir un état des connaissances à un moment donné. Le pourquoi de la séparation d’avec la partie encyclopédie tient plus à des raisons techniques qu’à une volonté de monter un projet indépendant, en effet, à mon humble avis, un dictionnaire nécessite une plus grande rigueur (de présentation) qu’une encyclopédie. Ceci entraîne beaucoup de problème et entre autres le choix de la mise en forme des articles du dictionnaire.
Créer un nouveau projet, c’est effectivement créer un nouveau site web, qui devra faire l’objet d’une nouvelle gestion, tant pour les serveurs de la Fondation, que pour la nouvelle communauté de contributeurs. L’importation de pages d’un projet à l'autre ou la traduction de celles-ci sont bien sûr toujours possibles, mais cela duplique alors aussi la maintenance et les mises à jour. Le choix de scinder un projet, en faveur d’une plus grande liberté, comporte donc certains coûts humains et financiers.
Ce prix à payer n'a pour autant pas empêché le projet anglophone Wikibooks de faire son apparition le 10 juin 2003, soit près d’un an avant Wikilivres, la version francophone du projet, apparue le 22 juillet 2004. Cette dernière création avait de nouveau été débattue au sein de la communauté Wikipédia en français, et non pas dans le Wikibooks en anglais. Quant à l'objectif commun aux deux projets linguistiques, il était de créer une « bibliothèque de livres pédagogiques libres que chacun peut améliorer ».
Environ un an après la création du projet en anglais, un nouvel espace de noms intitulé Wikijunior fut mis en place au sein de la bibliothèque en ligne. Ce sous-projet avait été créé pour répondre à un financement de la fondation Beck, qui cherchait à promouvoir la production de nouvelles littératures pour des enfants de huit à onze ans. Peu de temps après, cette tranche d’âge fut toutefois élargie de zéro à douze ans au niveau du projet francophone, quand le sous-projet y fut adopté.
Ces deux évènements témoignent ainsi qu'il est toujours possible qu'un sous-projet apparaisse dans un projet Wikimédia. Comme autre exemple, il y a aussi le WikiJournal, un sous-projet développé au sein du projet Wikiversité en anglais et qui reçut le prix de l’Open Publishing Awards en 2019. Une demande fut faite pour qu'il puisse bénéficier d'un nouveau site web dans le but de pouvoir se développer en dehors de Wikiversité. Malheureusement pour les initiateurs, la demande est restée sans suite jusqu'à ce jour, après que le conseil d’administration de la Fondation, chargé de répondre à leur demande, considéra que le projet n’était pas suffisamment abouti.
Il faut savoir qu'avant cela, le projet Wikiversité, dans lequel est né Wikijournal, avait lui-même été un sous-projet du projet Wikibook. Initialement, il visait à « créer une communauté de personnes qui se soutiennent mutuellement dans leurs efforts éducatifs ». Cependant, en août 2005, une longue discussion remit en question l’existence du sous-projet Wikiversité dans Wikibooks. Au terme de celle-ci, la décision fut prise de transférer Wikiversité et son contenu sur le site Méta-Wiki, là où de nouvelles discussions ont abouti à l’idée de faire de Wikiversité un nouveau projet indépendant.
Déjà à l'époque, le conseil d’administration de la Fondation Wikimédia se montrait réticent à l'ouverture de nouveaux projets, et sa réaction fut de demander l'ouverture d'un sondage au sein de la communauté. Celui-ci devait rassembler une majorité des deux tiers en faveur de l'ouverture du nouveau site web. Un résultat qui fut finalement obtenu, mais pas sans de longs débats, dont voici un extrait.
La principale raison pour laquelle la Fondation Wikimédia ne veut pas "lâcher le morceau" est une simple question de bureaucratie et la crainte que le projet ne devienne une autre Wikispecies [un projet de répertoire du vivant]. Wikispecies est une idée cool, mais les "fondateurs" du projet se sont dégonflés à mi-chemin de la mise en place du contenu et ont décidé de faire une révision majeure qui a pris plus de temps que ce que tout le monde était prêt à mettre.
Le même problème s’applique à Wikiversity en ce qui concerne la Fondation, parce que les objectifs et les buts de ce projet ne sont pas clairement définis, et il semble que les participants essaient de mordre plus qu’ils ne peuvent mâcher en proposant une université de recherche multi-collèges entière (avec un statut de recherche et une accréditation) à former de toutes pièces plutôt qu’un simple centre d’éducation pour adultes avec quelques classes.
En novembre 2005 et malgré les résultats du sondage, l'indépendance du projet Wikiversité ne fut toutefois pas acceptée par cinq membres du conseil. Ceux-ci réclamaient une « réécriture de la proposition pour en exclure la remise de titre de compétence, la conduite de cours en ligne, et de clarifier le concept de plate-forme e-learning ». Quand ces rectifications furent faites, le projet bénéficia d'une période d’essai de plusieurs mois, jusqu'à ce que les amendements apportés au projet de départ soient enfin acceptés, le 31 juillet 2006. Ce long temps d'attente était justifié par la création du special projects committee, qui, jusqu'en décembre 2021, fut chargé de soulager le conseil d’administration de la fondation, par rapport aux demandes de création de nouveaux projets Wikimédia.
Un nouveau site, nommé Beta-Wikiversity, fut ainsi créé pour assister le lancement des différentes versions linguistiques de Wikiversité. Durant six mois, son premier objectif a d'abord été l'élaboration des lignes directrices concernant la potentialité de produire des recherches collaboratives au sein du projet. Par la suite, chaque nouvelle version linguistique, développée dans le projet Beta, devait avoir plus de 10 modifications par mois, réalisées par au moins trois personnes distinctes, avant de pouvoir bénéficier de son propre site web.
À l'image de Beta-Wikiversity, le projet Wikisource possède lui aussi un site indépendant pour lancer ces nouvelles déclinaisons linguistiques. Tandis que pour tous les autres projets pédagogiques, ce lancement s'effectue sur la plateforme Wikimedia Incubator, créée à la même époque que Beta-Wikiversity. Ces trois plateformes de lancement ne concernent pas les nouveaux projets, qui doivent faire l'objet d'une acceptation par le conseil d'administration de la Fondation Wikimédia, et qui peuvent avoir pour origines des processus de création divers.
Le projet Wikivoyage, par exemple, fut initialement créé en 2003 dans un Wiki extérieur au mouvement Wikimédia, là où il portait le nom de Wikitravel. Comme cela arrive parfois, ce projet sans but lucratif fut acheté par une entreprise commerciale en 2006. Mais en raison du changement de gouvernance et de l'apparition de publicités, une scission est apparue au sein de la communauté d’éditeurs. Les personnes désireuses de quitter Wikitravel lancèrent alors un nouveau site appelé Wikivoyage, qui reçut en 2007, le Webby Award du meilleur guide de voyage Internet.
L'intégration de Wikivoyage dans l'écosystème Wikimédia n'a cependant été faite qu'en 2012, à la suite d'un appel à commentaires durant lequel 540 personnes furent en faveur de l’intégration du projet, 153 contre, pendant que 6 restèrent sans avis. Comme cette nouvelle déclencha une migration importante depuis Wikitravel vers Wikivoyage, une plainte fut déposée par la société commerciale en charge du premier projet. Celle-ci fut toutefois rejetée et le projet Wikivoyage continua à prendre de l’ampleur au sein du mouvement Wikimédia, avec la création de nouvelles versions linguistiques.
Le cas de Wikivoyage apparait toutefois comme une exception, car en général les nouveaux projets émergent des centaines de candidatures déposées sur le projet Méta-Wiki. Celles-ci se soldent bien souvent par un refus, comme ce fut le cas pour le projet WikiLang dont le but était de lancer un laboratoire linguistique. Quelques rares projets ont pourtant la chance d'être élus. Ce fut notamment le cas en octobre 2012, avec le lancement de la base de données structurée et sémantique Wikidata et de ses extensions Wikibase, ou plus récemment, en 2020, avec l'arrivée du projet Abstract Wikipedia et Wikifunctions.
Sans vouloir entrer dans les détails, il est intéressant de savoir que l'interconnexion entre ces trois projets permet de traduire automatiquement des articles encyclopédiques dans tous les langages naturels pris en charge par le mouvement Wikimédia. Plus précisément, les phrases des articles publiées sur Abstract Wikipédia, sont formulées par des fonctions informatiques produites dans le projet Wikifunctions, dans le but de traiter les informations de la base de données sémantique Wikidata. Autrement dit, un article dans Abstract Wikipédia ne possède qu'une seule page pour toutes les langues, pareillement aux pages d'entités de Wikidata, qui ont pour titre une lettre suivie d'un chiffre.
À la suite de ces explications, on observe donc que ce n'est pas la complexité qui détermine le refus projet, mais plutôt une série de critères comparables à ceux retenus pour supprimer des projets ou versions linguistiques déjà existants. À ce propos, il existe sur Méta-Wiki une liste mise à jour des différents sites hébergés par la Fondation Wikimédia dont l'existence est remise en cause. Dans celle-ci, on retrouve essentiellement des versions linguistiques de projets qui n’ont pas réussi à poursuivre leurs développements, bien qu'un projet entier soit toujours susceptible d'être mis à l'arrêt. C'est d'ailleurs ce qui est arrivé aux 31 versions linguistiques du projet Wikinews, qui, en date du 4 mai 2026, soit 22 ans après le lancement du site anglophone, sont accessibles en mode lecture uniquement.
Dans le cas de Wikinews, ce fut le manque d'activité qui apparut comme principale justification de la suspension du projet. Cependant, d'autres raisons pourraient être invoquées, comme le prouve cet épisode de 2005, où, peu de temps après son lancement, la version francophone du recueil de citations Wikiquote a bien risqué de disparaitre. Le projet fut effectivement accusé d’avoir récupéré le contenu d’une base de données soumise à un droit d’auteur, incompatible avec la licence Creative Commons appliquée sur l’ensemble des projets pédagogiques Wikimédia. Lorsqu'une plainte fut adressée à l’association Wikimédia France, pour être ensuite relayée sur le site Méta-Wiki, il fut bien question de fermer le projet. Après de longues discussions, celui-ci fut maintenu, mais avec pour conditions de repartir de zéro, et d’établir une charte pour garantir la traçabilité des citations reprises par le projet.
Voici donc de quoi se faire une idée sur la manière dont les projets pédagogiques et leurs déclinaisons linguistiques apparaissent et disparaissent au sein du mouvement. Les exemples repris ci-dessus suffisent effectivement pour comprendre les principes généraux qui sous-tendent leurs créations. En dehors de Méta-Wiki, Wikidata, Wikifunctions, Abstract Wikipédia et Wikimedia Commons, qui ne sont pas des projets de contenu pédagogique à proprement parler, tous les autres projets semblent effectivement provenir d’un désir de spécialisation d’un projet préexistant.
L'idée est généralement débattue dans un projet de même langue, avant de relayer la discussion vers le site Méta-Wiki. Si le projet y est jugé pertinent, il fait alors l'objet d'une candidature qui doit actuellement être soumise au groupe de travail des projets frères du comité des affaires communautaires de la Fondation Wikimédia. Quant aux nouvelles versions linguistiques, elles doivent être aujourd'hui soumises à l'approbation du comité des langues, avant d'être testées sur les plateformes Incubator, Beta-Wikiversité ou Wikisource Multilingue, dans le but de bénéficier d’un site web indépendant.
Après ces explications concernant les projets frères et leurs variations linguistiques, il nous reste encore à parler des sites qui ont un lien avec le mot Wiki, soit par leur nom, soit par le logiciel utilisé. En 2024 effectivement, plus de 22 600 d'entre eux étaient répertoriés, dont plus de 95 % sans aucun lien avec le mouvement Wikimédia, en dehors du fait, peut-être, qu’ils utilisaient le logiciel MediaWiki développé par la Fondation Wikimédia.
WikiLeaks par exemple, créé par Julian Assange dans le but de publier des documents classifiés provenant de sources anonymes, n’est ni un projet Wikimédia, ni un site collaboratif. Quant au recueil universel et multilingue de guides illustrés WikiHow, si celui-ci fonctionne pour sa part de manière collaborative et avec le logiciel MediaWiki, il n'a pourtant aucun lien avec le mouvement Wikimédia. D'ailleurs, son ergonomie, radicalement différente de celle des projets Wikimédia, permet de le comprendre au premier coup d’œil.
En revanche, Wikimini, l'encyclopédie libre pour les enfants, a une apparence tout à fait comparable à celle des projets Wikimédia, alors que le projet n’a jamais été accepté par la Fondation. Quant aux projets WikiTribune et Fandom, l'ambiguïté qu'ils entretiennent avec le mouvement est d'autant plus grande qu'ils ont été créés par Jimmy Wales, le fondateur de Wikipédia et de la Fondation Wikimédia. Cependant, comme ce sont des projets commerciaux, ils ne peuvent en aucun cas être soutenus par une fondation sans but lucratif.
Au terme de cette présentation, il ne reste plus qu'à signaler que le mouvement Wikimédia ne fut conscientisé que tardivement par rapport à l'apparition des projets Wikimédia et de leurs différentes versions linguistiques. Pour qu'un sentiment de collectivité se manifeste entre tous ceux-ci, il fallut certainement attendre qu'une coordination se développe sur la plateforme Méta-Wiki, mais également que de nombreuses rencontres et associations apparaissent en dehors de l'espace numérique. En ce sens, la naissance du mouvement ne fut pas un événement ponctuel, mais plutôt la réalisation d’un long processus de conscientisation.
'''Chapitre 9 : La conscientisation du mouvement'''
Avant d'aborder la question de la conscientisation du mouvement, il peut être intéressant de découvrir l'origine étymologique du mot « Wikimédia ». Celui-ci est un mot-valise composé du suffixe « média » et du préfixe « wiki » que l’on doit à cette expression hawaïenne « wiki wiki », qui se traduit en français par l'expression : « vite, vite ». Celle-ci fut récupérée une première fois par Ward Cunningham, le créateur du premier moteur Wiki, avant d'être réutilisée dans les noms inventés pour d'autres logiciels de cette même famille. UseModWiki en est un bel exemple, puisqu'il fut le premier programme utilisé par la firme Bomis pour héberger son projet d’encyclopédie collaborative. Raison pour laquelle, sans doute, le terme « wiki » fut utilisé pour créer le mot Wikipédia, en l'associant au suffixe « pedia » qui fait référence au mot anglais encyclopedia, selon un principe qui fut ensuite repris pour tous les autres projets du mouvement.
Le mot Wikimédia, pour sa part, n’est apparu que le seize mars 2003, lors d’une discussion concernant la déclinaison possible de l’encyclopédie en d’autres types de projets éditoriaux participatifs. Durant celle-ci, l’écrivain américain Sheldon Rampton eut l’idée d’associer au terme wiki à celui de « média », afin de mettre en évidence la variété des médias produits et partagés par Wikipédia et ses projets frères. Toutefois, c'est seulement en juin 2008 que Florence Devouard, présidente de la Fondation à cette époque, associe le mot Wikimédia à un mouvement social qu’elle voyait apparaître au sein des projets Wikimédia et de leurs communautés d'usagers.
Affirmer pour autant que ce moment précis coïncide avec la naissance du mouvement Wikimédia serait quelque peu arbitraire. Car si l’on peut déterminer plus ou moins facilement l’apparition d’une expression dans des archives, tout le monde sait qu’un mouvement social ne se forme pas en un seul instant. Dans le contexte du mouvement Wikimédia, sa naissance est bien sûr liée à celle du projet Wikipédia, mais également à tout ce qui permit la création de cette encyclopédie libre. Dans une autre perspective encore, on peut dater l'apparition du mouvement Wikimédia au 20 juin 2003, date de la création de la fondation qui porte le même nom. Ou pourquoi pas, associer la création du mouvement à la mise en ligne de la plate-forme Méta-Wiki, qui en représente le principal lieu de coordination.
Toujours est-il que l’expression « Wikimedia movement » est bien apparue en juin 2008, sous la plume de Florence Devouard. Cela s'est passé sur la liste de diffusion de la Fondation et peu de temps avant qu'elle quitte son poste de présidente. Dans son message, elle partageait l'idée de placer sous le nom de domaine Wikimedia.org un site vitrine de présentation du mouvement Wikimédia qu'elle concevait de la sorte.
Le mouvement Wikimédia, comme je l’entends est
– une collection de valeurs partagées par les individus (liberté d’expression, connaissance pour tous, partage communautaire, etc.)
– un ensemble d’activités (conférences, ateliers, wikiacadémies, etc.)
– un ensemble d’organisations (Wikimedia Foundation, Wikimedia Allemagne, Wikimedia Taïwan, etc.), ainsi que quelques électrons libres (individus sans chapitres) et des organisations aux vues similaires.
Avec autant de détails et d'explications, un tel message ne pouvait qu'accélérer la prise de conscience au sein du mouvement. Dans tous les cas, il mettait en évidence que les personnes actives dans les projets éditoriaux en ligne ou dans les organismes affiliés, faisaient partie de ce que Ralf Dahrendorf appelle un « quasi-groupe ». Ou autrement dit, un ensemble d’individus qui ont un mode de vie semblable, une culture commune, mais dont les points communs ne gravitent pas autour d’une prise de conscience de leur position commune dans la relation d’autorité.
Après la naissance de Wikipédia et de nombreux projets frères, une dizaine d’années a donc été nécessaire pour que le mouvement Wikimédia prenne conscience de son existence. Aujourd’hui encore, et comme cela a déjà été vu, de nombreuses personnes actives dans les projets pédagogiques ne réalisent toujours pas qu’elles participent aux activités d’un mouvement social. Cela, contrairement aux personnes investies dans les activités en présentiel organisées au sein du mouvement, qui sont généralement plus conscientes de leur engagement. C’est là une raison de croire que le développement de la Fondation Wikimédia et de ses organismes affiliés a joué un rôle important dans l'apparition d'un sentiment d’appartenance.
'''Chapitre 10 : La création des organismes affiliés'''
Si c’est grâce à l’arrivée des groupes et des organismes affiliés à la Fondation Wikimédia que l’idée du mouvement est probablement apparue, il est alors intéressant d'en décrire les processus de création. Mais puisque cela représente plusieurs centaines d’instances spécifiques, regroupées en plusieurs catégories détaillées en seconde partie d'ouvrage, aborder ici l’histoire de chacune d’entre elles serait une entreprise beaucoup trop fastidieuse.
De plus, s’il existe énormément d’archives numériques concernant la naissance des sites Wikimédia, ce n’est pas le cas pour ces organismes affiliés. Un bon nombre de ceux-ci se sont effectivement formés durant des rencontres ou des réunions hors ligne qui n'ont fait l’objet d’aucun enregistrement. Du reste, une bonne part des échanges effectués au sein de ces associations s'organise par des canaux de communication privés auxquels seuls les membres actifs ont accès.
Puisque je suis l'un des membres fondateurs, je me limiterai donc ici à parler de l’association Wikimédia Belgique. Celle-ci fut fondée le huit octobre 2014 en tant qu’association sans but lucratif, avant d'être reconnue le six août 2015 par le conseil d’administration de la Fondation Wikimédia. Après plus de trois ans d’activités et de rencontres et sous l’impulsion de Maarten Deneckere qui assuma le premier mandat de présidence, nous étions 8 personnes à signer la première version des statuts de l’association.
Jusqu’à ce jour, l’objet social de Wikimedia Belgique est d' « impliquer tout un chacun dans la connaissance libre ». Contrairement à l'association Wikimédia Deutchland, la première à voir le jour en 2004 et qui rassemblait déjà en 2021 plus de 85 000 membres et près de 150 employés, l’association belge n'a qu'une seule employée à temps partiel et 150 membres en 2025.
Avant d’être reconnues par le comité d’affiliations chargé de seconder le conseil d’administration de la Fondation, toutes les associations nationales, dites « chapters » en anglais, et toutes les autres organisations affiliées doivent réaliser de nombreuses démarches. Celles-ci consistent à répondre à un ensemble de prérequis qui ont évolué suite à la création d'un comité décisionnel en avril 2006. Ces obligations diffèrent entre les groupes d’utilisateurs et d'utilisatrices et les associations locales ou thématiques. Parmi ceux-ci, on retrouve toutefois : un nombre minimum de membres et de référents, une mission et un règlement d’ordre intérieur conformes aux attentes du mouvement, la remise de plans et de rapports d’activités annuels, etc.
On comprend donc qu’il n’est pas évident de créer une nouvelle instance au sein du mouvement. Pour bénéficier du soutien logistique et financier de la Fondation réservé aux organismes affiliés, c’est ainsi toute une série de rapports qu’il faut alors transmettre à divers comités et commissions chargés de leurs évaluations. Cela représente une quantité de tâches administratives qu’il n’est pas toujours facile d’assumer, surtout lorsque les membres de l’organisme affilié sont tous des bénévoles. D’où sans doute cette régulière disparition d’affiliations, pendant que d’autres se créent ou réapparaissent en fonction des énergies et du dynamisme disponibles dans les équipes.
Les activités liées à la récolte et à la redistribution des dons offerts au mouvement, ainsi que les autorisations d’usage de marques déposées, contrastent donc avec les valeurs de libre partage et d’autonomie décrites dans les projets pédagogiques. Cela semble confirmer que la partie hors ligne du mouvement est plus influencée par les habitudes d’un système économique dominant, contrairement à la partie en ligne qui semble plus fidèle à l’héritage de la contre-culture.
'''Chapitre 11 : L'héritage d'une contre-culture'''
Au terme de cette première partie d’ouvrage, il devient évident que la révolution numérique, que l’on considère généralement comme une révolution technique, fut aussi, et peut-être avant tout, une révolution sociale et culturelle. Quant à l'histoire de Wikimédia, reprise ici depuis les origines de son encyclopédie jusqu'à l'apparition de ses organismes affiliés, elle nous fit découvrir comment les idées de la contre-culture des années 1960 furent transmises au mouvement.
En cas de doute, observons encore que Richard Stallman, celui qui a créé les concepts de licence et d'encyclopédie libre, fut désigné par certains comme le gourou de la contre-culture hacker et le père du système d’exploitation hippie. Une culture hippie, dont il est aussi troublant de constater que le renversement de son logo ressemble étrangement à celui du mouvement Wikimédia.
Incontestablement et au travers du mouvement des logiciels libres, le mouvement Wikimédia a donc bien hérité des valeurs produites par les mouvements sociaux des années 1960. Des valeurs qui aujourd'hui contrastent fortement avec la marchandisation et la capitalisation du monde, dont l'espace web ne fait jamais que refléter ce qui se passe dans le reste de la société humaine. Or, ce phénomène ne date pas d'hier. En 2008 déjà, André Gorz, ce philosophe parmi les pères de la décroissance et théoricien de l’écologie politique, constatait déjà que :
La lutte engagée entre les "logiciels propriétaires" et les "logiciels libres" [...] a été le coup d’envoi du conflit central de l’époque. Il s’étend et se prolonge dans la lutte contre la marchandisation de richesses premières – la terre, les semences, le génome, les biens culturels, les savoirs et compétences communs, constitutifs de la culture du quotidien et qui sont les préalables de l’existence d’une société. De la tournure que prendra cette lutte dépend la forme civilisée ou barbare que prendra la sortie du capitalisme.
Dans cette lutte et avec le seul nom de domaine non commercial parmi le top 100 des sites les plus fréquentés du Web, la galaxie Wikimédia apparait donc comme un des derniers lieux numériques de liberté, de partage et d'égalité. Un lieu qui, de plus, est connu mondialement, grâce au succès des plus de 350 déclinaisons linguistiques de Wikipédia, et sans pour autant récolter d'informations sur l’identité et le comportement des internautes. Cela alors que cette pratique est considérée, par certains, comme un « nouvel or noir » pompé du Web, pendant que d’autres préfèrent parler de « capitalisme 3.0 » ou de « capitalisme de surveillance » .
Évidemment, les enjeux de cette lutte sont difficiles à comprendre. La complexité de l’infrastructure informatique, mais également le fait que tout cela s'inscrit dans une révolution que Rémy Rieffel décrit comme « instable et ambivalente, simultanément porteuse de promesse, et lourde de menaces », ne facilitent pas les choses. Cela d'autant plus que tout cela se place « dans un contexte où s’affrontent des valeurs d’émancipation, et d’ouverture d’un côté et des stratégies de contrôle et de domination de l’autre » .
En fait d’ambivalence, il est surprenant d'apprendre, par exemple, que Jimmy Wales, fondateur de Wikipédia et de la fondation Wikimédia, est un adepte de l’objectivisme, alors que cette philosophie voit le capitalisme comme un idéal de société et l’égoïsme rationnel, comme une morale. Puis, concernant l'instabilité du numérique, il y a ces appels répétés de Tim Berners-Lee au sujet de la « redécentralisation » et de la « régulation » d'un espace web qu'il avait conçu dans un esprit tout à fait opposé. Quant aux pionniers d'Internet, ils n'ont probablement pas imaginé que leur création permettrait un jour, à des milliards d’objets connectés, de rapporter, rien qu'en France et en 2021, plus de 2,6 milliards d’euros.
Quant à la question du contrôle et au-delà de ce qui est opéré par les firmes commerciales, c'est bien sûr du côté des États qu'il faut porter son attention. Face à un mouvement qui veut s’émanciper des contrôles, par moins de 18 pays ont déjà censuré Wikipédia et parfois même l'ensemble des projets frères. Ce fut le cas par exemple pour la Turquie, la Russie, l'Iran, mais également le Royaume-Uni, la France et l'Allemagne, et c'est même le cas de manière permanente en Chine, depuis 2004.
Dans certains cas, des procédures juridiques ont été utilisées pour intimider les membres du mouvement. C'est arrivé en France lorsque le directeur de l'association Wikimédia fut menacé de poursuites pénales par la Direction Centrale du Renseignement Intérieur, après un refus de supprimer un article qui traitait d’une station militaire dans Wikipédia. Par chance, ce qui s'est passé en France ne dépassa pas le stade de l'intimidation. En Biélorussie cependant, Mark Bernstein, un contributeur aux projets Wikimédia, fut condamné à quinze jours de prison ferme, assortis de trois ans d’assignation à résidence, pour des propos tenus au sujet de la guerre en Ukraine. Cela sans oublier qu'actuellement, ce sont les conservateurs à la tête des États-Unis qui « veulent la peau de Wikipédia » en cherchant à obtenir l'identité réelle de certains contributeurs.
Le contrôle et le non-respect de la vie privée font ainsi appel à la figure emblématique du lanceur ou de la lanceuse d'alerte, dont la posture contestataire fait penser à celle des personnes actives dans la contre-culture des années 1960. Parmi ceux-ci, on dit de Julian Assange, Edward Snowden et Chelsea Manning, qu'ils « ont perdu leur liberté pour défendre la nôtre ». De manière similaire, on pourrait donc aussi dire que les Wikimédiens Aaron Swartz, Bassel Khartabil, Pavel Pernikov, Ihor Kostenko et Mark Bernstein, se sont sacrifiés pour la liberté, le partage et la vérité.
Dans Wikimédia et comme ce fut expliqué dans l'introduction de cet ouvrage, une alerte peut prendre la forme d'un appel à commentaires en réaction à une décision ou une situation observée au sein du mouvement. C'est même là une pratique institutionnalisée, qui fait l'objet d'une procédure d'accompagnement et de suivi. Toutes ces alertes concernent les dérives de certains projets, mais également de certaines associations dont la proximité avec le système économique n'aide pas au respect des pratiques et des valeurs développées en ligne.
Dans ce qui apparait aux yeux de certains comme un « bazar libertaire », les choix et règles édictés dans la sphère hors ligne du mouvement ne plaisent pas toujours aux membres des communautés en ligne. Ce qui n'empêche toutefois pas les projets éditoriaux d'avoir leurs propres règles et des recommandations, ni de voir apparaitre, en 2020 et dans l'ensemble du mouvement, un code de conduite universel, qui détermine le « référentiel minimum des comportements acceptables et inacceptables ».
L'idéologie transmise à Wikimédia, décrite en partie par Steven Levy dans son ouvrage L’Éthique des hackers est donc plus subtile qu'un simple refus d'autorité. Dans un esprit de partage, d'ouverture, de transparence, de liberté, d'égalité et d'autonomie, c'est une structure très complexe, tout en étant cosmopolite et mondiale, que le mouvement réussit à mettre en place. Une organisation qui, finalement, apparait très inspirante dans la manière de faire communauté aujourd'hui, et au sein d'un monde toujours plus global et numérique.
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Lionel Scheepmans
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'''LE MOUVEMENT WIKIMÉDIA.'''
'''Dernier partage altruiste de la connaissance libre ?'''
De Lionel Scheepmans.
Avec l'aide de la communauté Wikimédia.
'''Quatrième de couverture.'''
'''Le mouvement Wikimédia, l'aventure inspirante d'une organisation mondiale et altruiste, au service d'un savoir libre et vérifiable.'''
Quel est ce seul acteur à but non lucratif présent dans le top 100 des sites les plus visités sur le Web ?
Comment incarne-t-il l’expression la plus visible des valeurs de liberté, d’égalité et de partage, héritées de la révolution numérique et des mouvements sociaux des années 1960 ?
Comment, à partir de Wikipédia et suite à la création d’une quinzaine de projets frères, distribués en centaines de versions linguistiques, le mouvement social Wikimédia a imaginé un monde dans lequel le savoir se produit et se partage librement ?
Et comment, en toute autonomie, des dizaines de projets pédagogiques, édités par des millions de bénévoles, soutenus par une fondation et près de 200 associations et groupes locaux, produisent-ils la plus grande intelligence collective au monde ?
Avec de nombreux codes QR, cet ouvrage répond à ces questions, tout en permettant de mieux comprendre le monde global et numérique qui nous entoure.
Lionel Scheepmans est docteur en sciences politiques et sociales, militant de la culture libre et professeur d’anthropologie numérique. Il occupe plusieurs postes d’administrateur au sein du mouvement Wikimédia qu’il observe de manière participative depuis 2011. Ses travaux universitaires, du master à la thèse de doctorat, furent consacrés à l’organisation et aux enjeux de Wikipédia et du mouvement Wikimédia.
'''Avant-propos'''
Pour offrir un confort de lecture sur papier sans perdre la puissance du numérique, des codes QR sont affichés tout au long de cet ouvrage. À l’aide d’une tablette ou d’un smartphone, ils offrent un accès direct à ce qui serait coûteux ou impossible à imprimer.
Par exemple, le code QR 1, présent à la fin de cette page, donne accès directement à la page web qui reprend l’intégralité de l’ouvrage. Une fois sur celle-ci, on peut alors visionner les illustrations en couleur ou les enregistrements qui s’y trouvent et consulter ensuite leurs pages de descriptions en cas de besoin. Cette version numérique comprend aussi de nombreux hyperliens pointant vers Wikipédia et d’autres sites du mouvement Wikimédia, où se trouvent des compléments d’informations et leurs mises à jour.
Pour économiser du papier lors de l’impression, la section regroupant les notes et les références de l’ouvrage n’est disponible qu’au format numérique, mais est directement accessible via le code QR 2 repris ci-dessous. Grâce aux indices de renvoi chiffrés et placés en exposant dans le texte imprimé, il est alors possible, au départ d'un smartphone ou d'une tablette, de retrouver les notes et les références en fonction de leur numérotation. Lorsque la référence correspond à une page web, un lien pointant vers le projet Internet Archive s’y trouve repris, pour garantir un accès aux archives des pages citées dans l’ouvrage, si jamais elles avaient disparu du web. Quant aux pages toujours existantes, elles restent accessibles via leurs hyperliens originels, pour consulter leurs éventuelles évolutions.
Étant donné que ce livre est produit sur une plateforme collaborative, tout le monde est invité à améliorer les prochaines versions. On peut le faire en corrigeant des fautes d’orthographe ou de syntaxe sur les pages web qui constituent les différents chapitres de l’ouvrage, ou encore en apportant des commentaires sur les pages de discussion qui leur sont associées. Cela peut se faire très simplement en cliquant sur « Modifier » , quand on est sur la page d'un chapitre, et sur « Ajouter un sujet » lorsque l'on est sur une page de discussion.
Une page de discussion générale est aussi accessible grâce au code QR 3. Elle permet de commenter le livre dans son ensemble, ou de poser une question à son sujet. Il suffit pour cela d’indiquer un titre dans le champ « Démarrer un nouveau sujet », avant d'écrire le contenu de son message dans l’encadré situé juste en dessous, et de cliquer finalement sur le bouton « Ajouter un sujet de manière anonyme », pour publier celui-ci.
Enfin, pour ceux qui voudraient agrémenter leur lecture d’un fond sonore relaxant et original, le code QR 4 donne accès à une page web qui diffuse une musique mélodieuse. Celle-ci est composée de sons spécifiquement produits chaque fois qu’une modification est apportée sur un projet Wikimédia, ou qu’un nouveau compte y est créé. Ce dispositif ingénieux offre ainsi, aux lecteurs qui le souhaitent, une ambiance sonore particulièrement confortable, ainsi qu’une nouvelle expérience immersive au sein du mouvement Wikimédia.
'''Introduction : Wikimédia n’est pas Wikipédia.'''
Depuis le succès initial de Wikipédia, une myriade de projets de partage des connaissances, d’organisations et de groupes de soutien ont émergé pour former ce qu’on appelle aujourd’hui le mouvement Wikimédia. Même si l’encyclopédie libre reste l'activité phare du mouvement à ce jour, il serait regrettable de réduire l’ensemble du mouvement à cet unique projet pédagogique. Malheureusement, il arrive bien trop souvent qu'une seule version linguistique de Wikipédia suffise pour cacher l’étendue de la forêt Wikimédia.
En réalité, Wikimédia représente un mouvement social, international et interculturel complexe, au sein duquel Wikipédia n’est qu’une composante parmi d’autres. Dans le cadre d'un mémoire de master, on peut ainsi fournir en quelques mois une ethnographie du projet Wikipédia en français. Alors que pour synthétiser les origines, l’organisation et les dynamiques globales du mouvement Wikimédia, une thèse de doctorat et cinq années de recul supplémentaires furent nécessaires.
À la fin de l'année 2025, l’ampleur numérique du mouvement est effectivement impressionnante. Chaque mois, des millions de modifications bénévoles sont effectuées sur plus de 500 millions de pages, réparties sur plus d’un millier de sites web, dont 358 seulement, correspondent aux versions linguistiques de Wikipédia. Ce qui prouve donc clairement que les activités en ligne portées par l'ensemble du mouvement Wikimédia dépassent largement ce qui se passe au sein de l’encyclopédie.
Il existe ainsi cinq autres espaces collaboratifs d'écriture susceptibles d'atteindre un jour l'envergure et la notoriété de Wikipédia, avec un objectif et un fonctionnement spécifiques à chacun. De manière détaillée, Wikilivres crée des livres pédagogiques ; Wikiversité rassemble des supports d'enseignement et des travaux de recherche ; Wikivoyage développe un guide touristique mondial ; Wikispecies établit un répertoire du vivant, tandis que Wiktionnaire définit des mots de toutes les langues, dans toutes les langues.
Contrairement à Wikipédia, tous ces projets ne sont pas soumis à une neutralité de point de vue, ni limités à l'usage de sources secondaires reconnues, au niveau de la rédaction des articles. La plupart d'entre eux acceptent aussi la publication de travaux de recherche ou de productions personnelles, alors que cela est tout à fait interdit dans Wikipédia.
Selon l'étymologie du mot encyclopédie, le but de Wikipédia est en effet de synthétiser ou, plus précisément, d'encercler le savoir humain déjà préexistant. Cette contrainte éditoriale limite donc les contributeurs et contributrices à l'usage de sources secondaires et tertiaires présentes dans des publications externes au projet. De ce fait, Wikipédia reproduit fatalement les biais systémiques, tels que les déséquilibres et les surreprésentations de genre et de culture, présents dans un monde de l'édition majoritairement occidental. Or, cette impasse éditoriale propre à Wikipédia n'existe pas dans les autres projets pédagogiques.
Comme ces projets frères, Wikipédia n'est pas non plus un projet complètement autonome des autres projets Wikimédia. L'encyclopédie compte en effet sur le projet Wikimedia Commons pour héberger l'ensemble de sa médiathèque. Elle utilise ensuite le contenu du projet Wikidata comme base de données structurée. Quant aux personnes qui produisent l'encyclopédie, elles peuvent aussi puiser leurs sources dans la bibliothèque Wikisource ou se référer à des citations d'auteurs collectées dans le projet Wikiquote. Tout cela sans oublier que des dizaines de sites web traitent l'archivage permanent de Wikipédia et des autres projets Wikimédia, dans le but de fournir des analyses précieuses et totalement libres d’accès.
Enfin, il faut aussi garder à l'esprit qu'au-delà de tous ces sites web, Wikimédia, c'est aussi de nombreuses institutions et organisations affiliées au mouvement et dispersées dans le monde. Autour de la Fondation Wikimédia chargée de la gestion et de l’organisation internationales, avec près de 650 salariés de nationalités diverses, se regroupent des centaines d'organisations satellites. Parmi celles-ci, on retrouve 2 associations thématiques, 40 associations locales, dont Wikimedia Deutschland qui regroupe plus de 170 employés, et finalement 141 groupes d’utilisateurs et utilisatrices.
Tout ce qui vient d'être exposé dans cette introduction justifie donc la nécessité de distinguer le mouvement Wikimédia du projet Wikipédia. Imaginons seulement que l’on se limite à citer Paris pour décrire et comprendre un pays aussi vaste que la France. Certes, Paris est une ville mondialement connue et qui compte plus de deux millions d’habitants et un patrimoine culturel impressionnant. Mais est-ce pour autant qu'il faudrait oublier les autres villes, villages et métropoles françaises ? Sans compter que la France regroupe aussi des départements et des territoires d’outre-mer et qu'elle entretient des relations et des partenariats internationaux qui dépassent de loin ce qui se passe entre Paris et le reste du monde. Ne pas confondre le mouvement Wikimédia avec le projet Wikipédia relève donc du bon sens.
En 2019 cependant, la Fondation Wikimédia a envisagé de se renommer en Fondation Wikipédia et de remplacer le terme « Wikimédia » par celui de « Wikipédia » partout où ce terme est utilisé dans la sphère hors ligne du mouvement. Le but était d’acquérir une plus grande visibilité et d’attirer des milliards de personnes, grâce au nom de marque Wikipédia, considéré comme l’un des plus connus au monde. Ce changement n’a toutefois pas été accepté par de nombreuses personnes actives au sein du mouvement. En janvier 2020, ces opposants ont ainsi créé une page d’appel à commentaires, qui fut le siège d’un long débat. À l’issue de ce dernier, 73 représentants d’organisations affiliées et 984 personnes ont signé une lettre ouverte adressée à la Fondation, qui comprenait le paragraphe suivant.
« Depuis 20 ans, les bénévoles ont bâti la réputation de Wikipédia en tant que ressource indépendante et communautaire. Les projets du mouvement Wikimédia, dont Wikipédia, se développent autour de la décentralisation et du consensus. Il est essentiel d’établir des distinctions claires entre la Fondation Wikimédia, les affiliés et les contributeurs individuels. Tout changement qui affecte cet équilibre exige le consentement éclairé et la collaboration des communautés. Il est donc très préoccupant de voir Wikipédia présenté pour le nom de l’organisation et du mouvement malgré le mécontentement général de la communauté. »
En s’opposant aux idées de la Fondation, ces membres de la communauté Wikimédia ont ainsi fait preuve de sagesse. De plus, ils ont signalé dans de nombreux commentaires que beaucoup de personnes connaissent le mouvement Wikimédia uniquement au travers de son encyclopédie. Il est même étonnant d'observer que la méconnaissance du mouvement existe au sein même de sa propre communauté. Comme exemple, on peut observer que l'article Wikipédia en anglais, consacré au mouvement Wikimédia, ne s’est développé qu’à partir de 2016, tandis que celui de la version francophone de l'encyclopédie, n’est apparu qu’en 2019. Quant aux autres versions linguistiques, il est tout aussi étonnant de constater qu'en octobre 2025, seulement 39 d'entre elles, sur un total de 358, possédaient un article dédié au mouvement Wikimédia.
Tous ces éléments justifient donc la nécessité d’offrir au monde, une meilleure connaissance du mouvement Wikimédia et des nombreux projets et organisations, qui participent à sa mission de partage du savoir. En ce sens, ce livre est une contribution importante aux défis stratégiques que doit relever le mouvement Wikimédia à l’approche de 2030. Car au-delà des résolutions prises pour développer de nouveaux processus participatifs et délibératifs concernant les questions de marque, c’est avant tout un travail d’information et de sensibilisation à destination du public qu'il reste à faire.
'''Première partie : La naissance du mouvement Wikimédia'''
Il existe dans l'espace web une multitude d’archives permettant de retracer les événements qui ont conduit à la naissance du mouvement Wikimédia. Cette « préhistoire » du mouvement peut notamment être explorée grâce au réseau d’éducation populaire Framasoft, dont le site est apparu environ un an avant la création de la version francophone de Wikipédia. On trouve sur cette plateforme une mine d’informations concernant les logiciels libres et la culture libre. Deux épisodes majeurs de l’histoire de l’informatique et d’Internet, malheureusement méconnus du grand public.
Grâce à Framasoft et bien d’autres associations, il est possible de découvrir l’organisation et les motivations des millions de personnes qui participent au mouvement du logiciel libre. On y apprend que ce mouvement politique et social a été initié en 1983 par Richard Stallman, un programmeur du Massachusetts Institute of Technology (MIT), qui a eu l’idée d’offrir à chacun une alternative à la marchandisation du secteur informatique.
Cette philosophie de libre partage, concrétisée par le projet de Stallman, permit l’essor d’une organisation et d’une éthique de travail originales, développées au sein d’une sous-culture en vogue dans le milieu informatique depuis les années 1950. Celle-ci fut documentée dans de nombreux ouvrages, dont « L’éthique hacker », un livre remarquable, dans lequel le philosophe finlandais, Pekka Himanen, analyse en détail les origines de la culture hacker. Un simple extrait de sa quatrième de couverture, repris ci-dessous, permet d’appréhender la manière de penser de ces informaticiens, rejoints par Richard Stallman durant ses études universitaires, avant d'en devenir l’une des figures les plus charismatiques.
On considérait jusqu’à présent le « hacker » comme un voyou d’Internet, responsable d’actes de piratage et de vols de numéros de cartes bancaires. Le philosophe Pekka Himanen voit au contraire les hackers comme des citoyens modèles de l’ère de l’information. Il les considère comme les véritables moteurs d’une profonde mutation sociale. Leur éthique, leur rapport au travail, au temps ou à l’argent, sont fondés sur la passion, le plaisir ou le partage. Cette éthique est radicalement opposée à l’éthique protestante, telle qu’elle est définie par Max Weber, du travail comme devoir, comme valeur en soi, une morale qui domine encore le monde aujourd’hui.
En introduisant cette première partie d'ouvrage de la sorte, nous pouvons déjà comprendre que le mouvement Wikimédia plonge ses racines dans une transition culturelle remplie d’utopie. Une utopie qui s’oppose notamment à ce que l’historien et anthropologue Karl Polanyi désignait, en 1944 déjà, comme un libéralisme économique qui « subordonne les objectifs humains à la logique d’un mécanisme de marché impersonnel ». Étape par étape et en commençant par analyser cette utopie spécifiquement au niveau du mouvement Wikimédia, voyons maintenant ce qui s'est passé tout au long de cette révolution culturelle numérique.
'''Chapitre 1 : L'utopie Wikimédia'''
Au fil du temps, Wikipédia fut perçu comme une utopie en marche, puis comme une utopie réalisée, et finalement comme la dernière utopie collective du Web. Mais qu'en est-il de l'ensemble du mouvement Wikimédia ? Pour nous aider à comprendre ce qui se passe dans la dimension numérique de ce mouvement, voici une métaphore qui décrit un quartier établi au sein d'une ville, imaginée au départ de l'espace web ». Dans cette ville imaginaire, Internet représenterait le réseau routier, pendant que des serveurs informatiques feraient office de bâtiments, et que les pages web qu'ils hébergent, constitueraient les différentes pièces de ces édifices.
Le quartier Wikimédia rassemblerait ainsi plus d’un millier de bâtiments. Au sein de ceux-ci et à l’exception de quelques lieux administratifs, chaque pièce peut être visitée gratuitement, mais aussi modifiée au niveau de son contenu. On peut ainsi y ajouter de nouvelles choses, telles que du texte, des photos, des vidéos ou des documents sonores, et même changer ou supprimer ce qui a été créé ou modifié par d’autres. Tout cela, bien sûr, dans le but de rendre ces endroits plus esthétiques, ou plus authentiques et en tenant compte des différentes idées et des éventuelles oppositions de point de vue concernant les aménagements. Pour faciliter l'entente entre les personnes qui s'investissent dans les modifications, chaque pièce des bâtiments Wikimédia possède un espace annexe dédié à la discussion.
Dans la plupart des bâtiments Wikimédia, une personne malintentionnée peut même faire disparaitre tout le contenu d'une pièce. Néanmoins, dans la seconde qui suit, un robot remettra tout en place, avant de transmettre un message concernant le traitement du vandalisme. Lorsqu'une action plus discrète n'est pas détectée par un robot, c'est alors quelqu'un qui surveille la pièce qui prendra le relais pour annuler les changements malveillants et contacter la personne responsable. En cas de multirécidive, celle-ci peut se voir privée de sa capacité de modifier les pièces, soit dans le bâtiment vandalisé, soit dans tout le quartier quand cela se justifie. Après discussion, cette sanction sera mise en application par un administrateur ou une administratrice bénévole, choisi ou choisie par l'ensemble des autres bénévoles qui prennent soin des bâtiments.
On comprend donc que tout le monde peut enrichir, mais également surveiller et protéger les richesses partagées dans le quartier Wikimédia. Il suffit pour cela de rejoindre le mouvement en se créant un compte. Cela permet de profiter de nombreux outils, dont notamment un système qui envoie des notifications, dès qu'une pièce que l'on veut surveiller est modifiée.
Pour créer ce compte, pas besoin de fournir une adresse ou un numéro de téléphone. Les seules informations personnelles indispensables au bon fonctionnement du quartier Wikimédia sont les adresses IP des visiteurs. Lors des visites et contrairement à ce qui se passe dans les quartiers commerciaux de la grande ville numérique, tels que les GAFAM, NATU, BATX, le quartier Wikimédia ne récolte et ne vend aucune donnée à des fins d'exploitation.
Même les adresses IP enregistrées par le système ne sont pas visibles par les autres visiteurs. Elles sont remplacées par les noms et les pseudonymes fournis lors de la création des comptes, ou masquées par des comptes temporaires pour les modifications faites par des personnes non connectées. Seules quelques personnes accréditées par la communauté pour effectuer des contrôles d’usurpation d’identité ont accès à ces informations. C’est là une précaution nécessaire au bon déroulement des votes qui succèdent parfois aux recherches de consensus concernant l'aménagement du quartier Wikimédia.
Dans cette ville numérique que constituerait l'espace web, Wikimédia apparait ainsi comme le plus grand quartier dédié au partage de la connaissance. Tout d'abord, il y a les plus de 350 bâtiments Wikipédia, chacun dédié à une version linguistique de l'encyclopédie. Puis, toujours séparés en versions linguistiques, on trouve ensuite les bibliothèques Wikilivres et Wikisource, les bâtiments lexicaux multilingues Wiktionnaire, le centre journalistique Wikinews, le centre pédagogique et de recherche Wikiversité, le centre d'informations touristique Wikivoyage, le répertoire des êtres vivants Wikispecies et enfin l'institut des citations d’auteurs Wikiquote. Cela sans oublier le musée médiatique Wikimedia Commons et la banque Wikidata, reconnue comme étant la plus grande banque d’informations structurées au monde. Deux bâtiments dont l'une des fonctions principales communes est d’enrichir les pièces situées dans les autres buildings du quartier Wikimédia.
Dans tous ces immeubles, il arrive souvent que plus de la moitié des étages soient uniquement attribués à l'organisation des activités qui s'y déroulent. Chaque bâtiment peut aussi compter sur le soutien d'autres édifices tels que MediaWiki, Wikitech, Phabricator, qui sont trois lieux entièrement dédiés aux maintenances techniques sur l'ensemble du quartier. Concernant les aspects administratifs, c'est dans le bâtiment Méta-Wiki que s'opère la gouvernance générale du quartier, alors que les courriers adressés à ce dernier sont traités en première ligne dans le bâtiment Wikimedia VRT. À la suite de quoi, il ne reste plus qu'à citer le bâtiment Wikimedia Outreach, pour des initiatives de sensibilisation, et le bâtiment du journal Diff Wikimedia, comme lieu de publication d'actualités sur le mouvement.
En dehors de certains aspects techniques, tous ces bâtiments sont exclusivement régis par des communautés bénévoles, qui sont toujours prêtes à accueillir de nouveaux membres. Les seuls immeubles du quartier qui diffèrent de ce principe sont les bâtiments vitrines de la Fondation Wikimédia et des autres associations Wikimédia qui engagent du personnel. Quant au bâtiment du conseil d'administration de la Fondation, des raisons officielles justifient le fait que la modification de ses pièces est réservée à ces membres et aux employés qui les soutiennent.
Face à tant d'utopies, il devient légitime de vouloir comprendre comment tout cela fut rendu possible. Or, pour répondre à cette question, il faut alors parcourir tout un pan de l'histoire de la révolution numérique, depuis la contre-culture des années 1960 jusqu'à nos jours. On y découvre que les pionniers du réseau Internet étaient des chercheurs et étudiants en informatique, fortement influencés par de nouvelles idéologies, telles que celles qui furent à la source des évènements de mai 68 en France. C'est donc de là que naîtra la philosophie de partage, de liberté, de décentralisation et ce mode d’organisation tout à fait spécifique, que l'on observe aujourd'hui au sein du mouvement Wikimédia.
Il y eut tout d'abord la création d'Internet, comme réseau mondial de communication en libre accès, puis le développement du World Wide Web, qui a grandement facilité les interactions humaines à l’échelle planétaire. Par la suite, ce fut l'arrivée du Web 2.0, caractérisé par l'apparition de nouveaux sites web directement modifiables à l'aide d’un simple navigateur. Or, parmi ceux-ci se trouvent les moteurs de Wiki, dont le plus puissant d’entre eux, MediaWiki, est un logiciel libre développé par la Fondation Wikimédia. Le moment est donc venu d'en savoir plus sur ce type de programme informatique, ainsi que sur le mouvement du logiciel libre, qui a fortement influencé la philosophie et les valeurs véhiculées au sein du mouvement Wikimédia.
'''Chapitre 2 : Le mouvement du logiciel libre'''
L’un des premiers épisodes de la préhistoire de Wikipédia et du mouvement Wikimédia débuta en septembre 1983, lorsqu’un programmeur du Massachusetts Institute of Technology, appelé Richard Stallman, déposa un message sur la liste de diffusion net.unix-wizards. C’était un appel d’aide pour la création de GNU, un nouveau système d’exploitation qui devait réunir une suite de programmes que tout le monde pourrait utiliser librement sur son ordinateur personnel. Dans son message transmis via ARPANET, le premier réseau informatique à grande échelle qui précéda Internet, Stallman s’exprimait de la sorte :
Je considère comme une règle d’or que si j’apprécie un programme, je dois le partager avec d’autres personnes qui l’apprécient. Je ne peux pas en bonne conscience signer un accord de non-divulgation ni un accord de licence de logiciel. Afin de pouvoir continuer à utiliser les ordinateurs sans violer mes principes, j’ai décidé de rassembler une quantité suffisante de logiciels libres, de manière à pouvoir m’en tirer sans aucun logiciel qui ne soit pas libre.
Le projet de Stallman, qui reçut le soutien nécessaire à son accomplissement, marqua ainsi le début de l’histoire du logiciel libre. Quant à la quantité d’aide fournie, elle permet de croire que Richard Stallman n’était pas seul à voir l’arrivée des logiciels propriétaires d’un mauvais œil. Car pour les membres du projet GNU et du mouvement du logiciel libre en général, un bon programme informatique doit respecter ces quatre libertés fondamentales :
1. La liberté d’exécuter le programme, pour tous les usages.
2. La liberté d’étudier le fonctionnement du programme, et de l’adapter à vos besoins.
3. La liberté de redistribuer des copies, donc d’aider votre voisin.
4. La liberté d’améliorer le programme, et de publier vos améliorations, pour en faire profiter toute la communauté.
Lors de l'apparition du logiciel libre, le marché de l’informatique était de fait en pleine mutation. L'habituel partage des codes informatiques entre les rares étudiants ou chercheurs qui bénéficiaient d’un accès à un ordinateur faisait l'objet d'une remise en question. Ce changement faisait notamment suite au Copyright Act de 1976, une nouvelle loi qui autorisait l'application d'un droit d'auteur sur le code informatique, et donc qui permettait d'en interdire le partage ou la réutilisation sans autorisation. Des clauses de confidentialité ont ainsi fait leur apparition, pendant que les employés des firmes informatiques étaient nouvellement soumis à des contrats de confidentialité. C'était la fin de l’entraide et de la solidarité pratiquées chez les pionniers de l’informatique. À sa place s'installaient la concurrence et la compétitivité, bien connues dans le système capitaliste marchand.
Cette mutation coïncidait avec l’arrivée des premiers ordinateurs de taille réduite. Grâce à l’apparition des premiers circuits intégrés, les premiers exemplaires avaient en effet été créés par l’industrie aérospatiale au début des années 1960. Cependant, il fallut attendre le début des années 1980 pour que le prix d’un ordinateur soit suffisamment bas pour en faire un bien de grande consommation.
C’est ainsi qu’en 1982, le Commodore 64 entrait dans le livre Guinness des records, avec plus de 17 millions d’exemplaires vendus dans le monde. Juste avant cela, en 1981, l’IBM Personal Computer avait déjà fait son apparition, en proposant une architecture ouverte qui allait servir de modèle pour toute une gamme d’ordinateurs que l’on désigne toujours aujourd’hui par l’acronyme « PC ».
Pour faire fonctionner ses nouveaux modèles d'ordinateurs, la société IBM avait confié à l’entreprise Microsoft, créée en 1975, la mission de les équiper d’un système d’exploitation. Le contrat signé entre les deux firmes fut une véritable aubaine pour le fournisseur des programmes informatiques. Car sans s'en apercevoir, et sans jamais anticiper que son matériel serait cloné à grande échelle, celle-ci avait en effet permis à Microsoft d'établir un monopole dans la vente de logiciels. Cela fut condamné pour abus de position dominante et vente liée du logiciel avec le matériel informatique, mais sans pour autant empêcher Bill Gates, le principal actionnaire de Microsoft, d'être l'homme le plus riche du monde en 1994.
Toutefois, pendant que Microsoft renforçait sa position dominante, un nouvel événement majeur allait marquer l’histoire du logiciel libre. Celui-ci fut de nouveau déclenché par un appel à contribution, qui fut cette fois posté le vingt-cinq août 1991 par un jeune étudiant en informatique de 21 ans, appelé Linus Torvalds. Via le système de messagerie Usenet, sa demande avait été postée dans une liste de diffusion consacrée au système d’exploitation Minix, une sorte d’UNIX simplifié et développé dans un but didactique, par le programmeur Andrew Tanenbaum.
Loin d’imaginer que cela ferait de lui une nouvelle célébrité dans le monde du Libre, Torvalds entama son message par le paragraphe suivant :
Je fais un système d’exploitation (gratuit) (juste un hobby, ne sera pas grand et professionnel comme gnu) pour les clones 386 (486) AT. Ce projet est en cours depuis avril et commence à se préparer. J’aimerais avoir un retour sur ce que les gens aiment ou n’aiment pas dans minix, car mon système d’exploitation lui ressemble un peu (même disposition physique du système de fichiers (pour des raisons pratiques) entre autres choses).
Bien qu’il fût présenté comme un passe-temps, le projet qui répondait au nom de « Linux », fut rapidement soutenu par des milliers de programmeurs du monde entier, avant de devenir la pièce manquante du projet GNU. En effet, les contributeurs au projet de Stallman n’avaient pas encore terminé l’écriture du code informatique du noyau Hurd, alors qu'il était censé établir la communication entre la suite logicielle produite par GNU et le matériel informatique. C'est donc la fusion des codes produits par les projets GNU et Linux qui permit la création du premier système complet, stable et entièrement libre baptisé GNU/Linux.
Au départ de ce nouveau système informatique, de nombreuses variantes, que l’on nomme communément « distributions », furent créées par des programmeurs de tous horizons. L’une de celles-ci s’intitule Debian et tire sa réputation d'être simultanément libre, gratuite, très fiable et produite par une communauté sans lien direct avec une société commerciale. Quatre qualités qui expliquent pourquoi, Debian sert de base à plus de 150 distributions dérivées, et que de nombreuses organisations l'utilisent, comme le fait la Fondation Wikimédia sur les serveurs qui hébergent les projets qu'elle supporte.
Grâce à la naissance des logiciels libres, le mouvement Wikimédia a donc la possibilité de faire tourner ses serveurs informatiques, avec un système d’exploitation fiable, libre et gratuit. Comme son code source est ouvert, cela permet aussi à la Fondation Wikimédia de le modifier pour répondre aux besoins spécifiques du mouvement. À la suite de quoi, et selon les règles formulées par la communauté du logiciel libre, les modifications faites par la Fondation deviennent à leur tour, gratuitement et librement, utilisables par d’autres personnes ou organismes.
À ce premier héritage reçu par le mouvement Wikimédia et toujours en provenance des logiciels libres, s’ajoute une innovation méthodologique. Dans son article La Cathédrale et le Bazar, Eric Raymond mobilise en effet le terme « cathédrale » pour désigner le mode de production des logiciels propriétaires, en opposition au mot « bazar », qu'il utilise pour qualifier le mode de développement des logiciels libres. D’un côté, il décrit une organisation pyramidale, rigide et statutairement hiérarchisée, comme on peut la voir souvent au sein des entreprises. Tandis que de l’autre, il parle d’une organisation horizontale, flexible et peu hiérarchisée, qu’il a lui-même expérimentée en adoptant le style de développement de Linus Torvalds, à savoir : « distribuez vite et souvent, déléguez tout ce que vous pouvez déléguer, soyez ouvert jusqu’à la promiscuité ».
À l’instar de la métaphore du quartier numérique présentée dans le précédent chapitre, cette manière de décrire les projets open source nous aide donc ici à mieux comprendre ce qui se passe dans le mouvement Wikimédia. D'un côté, on retrouve effectivement cette « ouverture jusqu’à la promiscuité », dans le libre accès accordé aux projets Wikimédia, alors que de l'autre, tout le monde peut participer aux projets Wikimédia, qu'ils soient en ligne ou hors ligne.
Ces deux observations corroborent donc l’existence d’un deuxième héritage en provenance du mouvement du logiciel libre. Néanmoins, il nous reste encore à découvrir un phénomène négligé par Eric Raymond durant ses observations, et qui pourtant, a considérablement influencé l'histoire de la révolution numérique. Il s’agit de l’apparition de la licence libre, de la philosophie qu'elle sous-tend, et du mouvement de la culture libre, dont elle fut à l’origine.
'''Chapitre 3 : Les licences et la culture libres'''
Dans une biographie autorisée, Christophe Masutti explique à quel point la création de la Licence publique générale GNU, en tant que première licence libre créée par Richard Stallman, représente un épisode majeur de la révolution numérique. Selon lui :
La GPL apparaît comme l’un des meilleurs hacks de Stallman. Elle a créé un système de propriété collective à l’intérieur même des habituels murs du copyright. Surtout, elle a mis en lumière la possibilité de traiter de façon similaire « code » juridique et code logiciel.
Le concept de distribution associé à ce nouveau type de licence fut baptisé « copyleft », par inspiration d’un jeu de mots que Richard Stallman avait trouvé dans un courrier transmis par son collègue Don Hopkins. Le principe novateur de ce concept est d'obliger toute production de code dérivé à se soumettre à la même licence libre que le code d’origine. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle beaucoup de gens parlent de licence « virale » ou « récursive » en faisant référence à celle-ci. Quant à l'importance de cette clause, elle repose sur le fait d'interdire toute privatisation d'un code informatique produit sous licence libre. Sans celle-ci, un tel code risque en effet d'être récupéré, puis modifié, avant d’être placé sous un habituel copyright de type « tous droits réservés », dans le but de commercialiser son usage.
En 2001 et dans la mouvance provoquée par l'arrivée des premières licences libres, une organisation internationale sans but lucratif, intitulée Creative Commons, a entamé la promotion du « partage et la réutilisation de la créativité et des connaissances grâce à la fourniture d’outils juridiques gratuits ». Pour ce faire, elle met régulièrement à jour une panoplie de licences inspirées par la GNU, mais spécialement adaptées aux œuvres de l'esprit, telles que les productions littéraires, musicales, photographiques et vidéo, ainsi que les bases de données.
Contrairement aux licences libres fournies par la Free Software Foundation, conçues pour protéger du code informatique, les licences produites par Creative Commons offrent la possibilité de sélectionner différentes clauses pour protéger une œuvre libre. Avec le label CC, pour Creative Commons, on peut ainsi appliquer, ou ne pas appliquer, la clause « BY », qui oblige à créditer l'auteur, et la clause « SA », pour Share Alike, qui ordonne le partage à l’identique comme décrit précédemment. Après quoi il est encore possible d'ajouter la clause « NC », qui impose un usage non commercial, et finalement, la clause « ND », pour Non Derivative, qui exige que l’œuvre soit utilisée ou reproduite dans son intégralité et sans modification.
Le mouvement Wikimédia a choisi la licence CC.BY-SA pour protéger les contenus publiés dans tous ses projets. Cela à l'exception de la banque de données Wikidata, qui au même titre que les descriptions apportées aux fichiers téléchargés dans la médiathèque Wikimedia Commons, publie ses informations structurées sous licence CC0. Cette dernière licence proposée par creative commons est ce qui se rapproche le plus du domaine public, avec pour avantage de ne pas devoir mentionner les auteurs dans le traitement et la réutilisation du contenu de la base de données.
Cependant, il en résulte que les informations en question peuvent être réutilisées par des tiers qui ne sont plus obligés de citer leurs sources, comme le font les agents conversationnels des intelligences artificielles génératives, appelés couramment chatbots. Contrairement à la licence CC.BY-SA, la licence CC0 est donc moins apte à pérenniser les projets Wikimédia, puisqu'elle permet d'invisibiliser ces derniers au risque de réduire les chances d'arrivée de nouveaux contributeurs et contributrices. De plus, sans la clause SA qui assure l'application du copyleft, toutes les informations récupérées au sein de Wikidata et de Wikimedia Commons sont aussi susceptibles de quitter le monde du libre, une fois traitées par des entreprises commerciales.
Quoi qu’il en soit, les licences Creative Commons, inspirées par la licence libre de Richard Stallman, apparaissent finalement comme un troisième héritage en provenance du mouvement du logiciel libre et de la culture libre qui en est issue. Grâce à la licence CC.BY-SA, les éditeurs des projets Wikimédia bénéficient effectivement d'une certaine reconnaissance, tout en étant assurés qu'aucun copyright sur leurs travaux ne puisse profiter exclusivement à une personne ou une compagnie. Cela pendant que la licence libre appliquée au système d'exploitation installé sur les serveurs Wikimédia garantit, pour sa part, un certain respect des contributeurs, puisqu'elle permet de vérifier si le code informatique ne compromet pas leurs vies privées.
Avec tous les autres apports en provenance du logiciel libre, ce sont là deux choses importantes qui ont permis l'apparition du mouvement Wikimédia. Toutefois, cela ne pouvait pas suffire à la création du projet Wikipédia qui en fut le point de départ. Car sans l'espace numérique, mondial et libre d’accès, créé par Internet et l'espace web, aucune encyclopédie collaborative de cette envergure n'aurait pu voir le jour.
'''Chapitre 4 : Le réseau Internet'''
L’histoire du réseau Internet constitue un nouvel épisode captivant de la révolution numérique, sans lequel le mouvement Wikimédia n’aurait jamais pu émerger. D’un point de vue purement technique, ce réseau informatique a été mis au point dans les années 1970, avant l’adoption généralisée du protocole TCP/IP, toujours en usage à ce jour. Ce dernier fut inventé par Vint Cerf et Robert Elliot Kahn, quand ils travaillaient pour la Defense Advanced Research Projects Agency, rattachée au département de la Défense américaine. L'une des premières présentations de leur projet fut, entre autres, réalisée lors d’une conférence organisée par l’International Network Working Group, une instance créée pour assurer la gouvernance mondiale du réseau informatique.
Sur base de ces informations, on peut penser qu’Internet a été créé par des militaires. Cependant, Une contre-histoire de l’Internet, nous révèle que les créateurs et les premiers utilisateurs d’ARPANET, considéré comme l’ancêtre d’Internet, étaient davantage des étudiants hippies et amateurs de LSD, que des militaires bien drillés. D’ailleurs, avant la standardisation du protocole TCP/IP, ARPANET fonctionnait depuis plus d’un an avec un autre protocole de transition intitulé Network Control Program. Or, celui-ci avait été mis au point, en février 1969, par le Network Working Group, un groupe informel d’étudiants rassemblés autour de Steve Crocker, lorsqu’il ne détenait encore qu’une simple licence.
Bien que rarement cité dans l’histoire d’Internet, ce groupe a pourtant mis en place la procédure RFC, pour Request For Comments, reconnue comme « l’un des symboles forts de la "culture technique" de l’Internet, marquée par l’égalitarisme, l’autogestion et la recherche collective de l’efficience ». Soit trois principes et une procédure, qui aujourd’hui encore sont appliqués sur le site Méta-Wiki, dans lequel s'organise la gestion communautaire du mouvement Wikimédia. Cela alors qu'au sein des projets pédagogiques, d’autres processus similaires de recherche de consensus ont fait leur apparition.
Il faut ensuite savoir que les liens entre ARPANET et l’armée ont disparu avec l’apparition du MILNET, un réseau entièrement dédié aux activités militaires, rebaptisé NIPRNet, pour Non-classified Internet Protocol Router Network, en 1990. Après une séparation définitive en 1983, précisément l’année où Richard Stallman postait sa demande d’aide pour le projet GNU, le réseau ARPANET resta uniquement dédié à la recherche et au développement. À cette époque, le réseau ne comprenait pas plus de 600 machines connectées, ce qui n'a donc rien de comparable avec ce vaste réseau informatique mondial que nous connaissons aujourd’hui, et qui fut fortement développé au cours des années 1990.
Pour en assurer l’entretien technique, une organisation non gouvernementale, a été créée en 1992, sous l'appellation d’Internet Society. Celle-ci devait aussi veiller au respect des valeurs fondamentales liées au bon fonctionnement du réseau. Car avant d'atteindre des milliards d’appareils connectés, il a d’abord fallu réglementer les nombreuses dorsales internet intercontinentales, sans lesquelles la transmission du protocole TCP/IP partout dans le monde n'aurait pas été possible.
Pour en revenir à l’état d’esprit des créateurs d'Internet, un article intitulé Quarante ans après : mais qui donc créa l’internet ? apporte un éclairage particulièrement intéressant au sujet des liens que l'on peut établir entre le mouvement Wikimédia et l'histoire d'Internet. Dans son témoignage, Michel Elie, cet ingénieur en informatique, membre du Network Working Group cité précédemment, et responsable de l’Observatoire des Usages de l’Internet, nous explique effectivement ceci.
Le succès de l’internet, nous le devons aux bons choix initiaux et à la dynamique qui en est résultée : la collaboration de dizaines de milliers d’étudiants, ou de bénévoles apportant leur expertise, tels par exemple ces centaines de personnes qui enrichissent continuellement des encyclopédies en ligne telles que Wikipédia.
Au courant des années 1990, le milieu informatique universitaire semblait donc toujours fortement imprégné des idéaux de la contre-culture des années 1960, produit par les baby boomers dans le contexte de la guerre du Vietnam. Afin d'illustrer les idées véhiculées à cette époque, voici un paragraphe extrait d'un ouvrage publié en 1970 et intitulé Vers une contre-culture : Réflexions sur la société technocratique et l’opposition de la jeunesse. Dans celui-ci, Théodore Roszak explique que :
Le projet essentiel de notre contre-culture : proclamer un nouveau ciel et une nouvelle terre, si vastes, si merveilleux que les prétentions démesurées de la technique soient réduites à n’occuper dans la vie humaine qu’une place inférieure et marginale. Créer et répandre une telle conception de la vie n’implique rien de moins que l’acceptation de nous ouvrir à l’imagination visionnaire. Nous devons être prêts à soutenir ce qu’affirment des personnes telles que Blake, à savoir que certains yeux ne voient pas le monde comme le voient le regard banal ou l’œil scientifique, mais le voient transformé, dans une lumière éclatante et, ce faisant, le voient tel qu’il est vraiment.
À la suite de cette lecture, il peut sembler paradoxal de penser qu’une contre-culture, voyant la technique comme « inférieure » et assimilant la science au « banal », puisse avoir un lien avec le milieu scientifique universitaire qui fut à l'origine d'Internet. Cependant, une réponse à cette énigme fut apportée par Fred Turner, par la publication de son livre intitulé : « Aux sources de l’utopie numérique : De la contre-culture à la cyberculture, Stewart Brand, un homme d’influence ».
Grâce à cet ouvrage, on découvre en effet que le mouvement Hippie utilisera tout ce qui était à sa disposition à l’époque pour parvenir à ses fins : LSD, spiritualités alternatives, mais également, objets technologiques les plus en pointe. Cela grâce notamment à l’influence de Steward Brand, le créateur d'un catalogue interactif, qui peut être considéré comme l'ancêtre analogique des groupes de discussions numériques apparus des années plus tard.
Comme autre indication, il y a ensuite les propos tenus en 1992, lors d’une plénière de la 24ᵉ réunion du groupe de travail sur l’ingénierie Internet, par David D. Clark, un autre pionnier d’Internet. Durant cette rencontre, ce chef de projet prononça des paroles restées dans les annales. « Nous récusons rois, présidents et votes. Nous croyons au consensus et aux programmes qui tournent ». Deux phrases seulement, mais qui, dans le cadre du milieu informatique, permettent de croire que le mépris de la contre-culture envers la technique et la science, s'est transformé en un refus d’autorité et une recherche de consensus.
Dans tous les cas, le développement du réseau Internet ne s'est pas fait sans conflits idéologiques importants. On peut d'ailleurs se demander aujourd'hui à quoi ressemblerait Internet s'il n'avait jamais été commercialisé. Cela s'est passé en novembre 1994, lorsque l’association sans but lucratif Advanced Network and Services, chargée de gérer les accès à Internet, a fait le choix de vendre ses activités. Cette décision faisait suite à un appel à des fonds privés pour financer d'importants changements dans l'infrastructure du réseau. Profitant de l'occasion, la société commerciale America Online a ainsi repris à son compte la gestion des connexions à Internet, après avoir effectué un versement de 35 millions de dollars.
Trente ans plus tard, Internet est devenu ce réseau que nous expérimentons aujourd'hui, à savoir : un réseau dominé par des sociétés privées les plus riches au monde. Dans ce contexte et parmi les 100 sites web les plus visités au monde, seul le nom de domaine Wikipédia appartient à une organisation non lucrative. Cela explique donc pourquoi le mouvement Wikimédia, via son encyclopédie et la fondation qui l'héberge, représente à ce jour, et dans l'espace web, l'expression la plus visible de la philosophie des pionniers d’Internet.
Plus qu'un héritage, cette situation peut être vue comme une mission perpétuée au sein d'un espace envahi par une culture marchande et capitaliste. C'est là une information importante qu'il faut retenir au sujet du mouvement Wikimédia. Elle ne clôture pas pour autant tout ce qu'il faut savoir au sujet des évènements qui ont permis la création d’une encyclopédie mondiale, libre et collaborative. Mais en revanche, elle nous invite à découvrir l'histoire du World Wide Web, un espace numérique sans lequel la création de Wikipédia n'aurait jamais été possible.
'''Chapitre 5 : Le World Wide Web'''
Maintenant que le lien entre la création d'Internet et le mouvement Wikimédia est établi, découvrons à présent l'application la plus connue du réseau, que l'on nomme le World Wide Web, ou plus simplement « Web ». C'est Tim Berners-Lee qui en fut l’inventeur, lorsqu’il était encore actif à l'Organisation européenne pour la recherche nucléaire. Il avait pour idée de créer un espace d’échange public par l’intermédiaire d'Internet, et pour y parvenir, il mit au point le logiciel « WorldWideWeb », rebaptisé Nexus pour éviter toute confusion avec le World Wide Web.
Grâce à un système d’indexation appelé hypertexte, ce programme informatique a permis de produire et de connecter des espaces numériques intitulés sites Web. Ceux-ci sont composés de pages web, hébergées sur des ordinateurs distants, mais connectés entre eux au travers du réseau Internet. Pour permettre ce type de connexion, Berners-Lee mit au point le Hypertext Transfer Protocol ou HTTP, un nouveau protocole de communication simple en soi, mais dont la mise en œuvre technique est compliquée.
Pour veiller au bon fonctionnement et au bon usage de l'espace web, des règles de standardisation ont tout d'abord été édictées par l’association Internet Society. Après quoi, Berners-Lee fonda le W3C, un consortium international dont la devise est : « un seul Web partout et pour tous ». Si ce slogan nous apparaît très naturel aujourd’hui, il faut toutefois savoir que l'espace Web a bien failli être régi séparément par des acteurs commerciaux, avec tous les droits d'accès que cela aurait pu engendrer.
À partir du trente avril 1993, jour du dépôt du logiciel WorldWideWeb dans le domaine public par Robert Cailliau, un collègue de Berners-Lee chargé de la promotion de son projet, un tel scénario était en effet possible. Sauf qu'après le départ de Berners-Lee, devenu président du W3C, François Flückiger, qui avait repris son poste au sein du CERN, eut la présence d'esprit de réagir à temps. Selon le livre Alexandria qui parcourt l'histoire de Robert Caillau, voici ce qui aurait pu se passer si le code de l’éditeur HTML n'avait finalement pas été placé sous licence libre.
La philanthropie de Robert, c’est très sympa, mais ça expose le Web à d’horribles dangers. Une entreprise pourrait s’emparer du code source, corriger un minuscule bug, s’approprier le « nouveau » logiciel et enfin faire payer une licence à ses utilisateurs. L’ogre Microsoft, par exemple, serait du genre à flairer le bon plan pour écraser son ennemi Macintosh. Les détenteurs d’un PC devraient alors débourser un certain montant pour profiter des fonctionnalités du Web copyrighté Microsoft. Les détenteurs d’un Macintosh, eux, navigueraient sur un Web de plus en plus éloigné de celui vendu par Bill Gates, d’abord gratuit peut-être, avant d’être soumis lui aussi à une licence.
Face à un tel scénario, nous découvrons de nouveau à quel point le concept de licence libre a fondamentalement changé le cours de la révolution numérique. Sans cela, nos expériences et nos usages de l'espace numérique auraient été totalement différents. L'utopie Wikipédia, par exemple, n'aurait certainement pas vu le jour, en raison de l'éclatement des espaces numériques et des coûts d'accès auxquels seraient confrontés les bénévoles qui ont construit le projet. Quoi qu'il en soit, et au niveau technique, une fois l'espace web apparu, il ne manquait plus qu'une chose pour permettre la création d'une encyclopédie collaborative au format numérique.
'''Chapitre 6 : Les plateformes Wiki'''
Un wiki, ou un moteur de wiki, est un logiciel que l'on installe sur un serveur informatique pour permettre la création d’un site web éditable et configurable à l’aide d’un simple navigateur. Plus précisément, c’est un système de gestion de contenu, dans lequel le code HTML, CSS, JavaScript et Lua, ainsi que certains paramètres, peuvent être modifiés par tous les internautes. Cela peut se faire en se connectant à un compte utilisateur, afin de bénéficier des droits de modification et d’administration qui lui sont accordés, ou en utilisant la configuration attribuée par défaut aux personnes non connectées.
Sur les pages web d'un wiki, chaque modification provoque un nouvel enregistrement complet du code source qui la compose. De la sorte, il est toujours possible, à partir d’une page reprenant l’historique des modifications, de rétablir l'une de ses anciennes versions. Grâce à ce système, on peut ainsi savoir quelle personne, ou quelle adresse IP est à l’origine d’un changement, et même voir l’endroit où la modification a été faite, et à quel moment celle-ci a été réalisée.
Le premier logiciel Wiki, qui portait le nom de WikiWikiWeb, a été créé et placé sous licence libre GPL par Ward Cunningham en mars 1995. Grâce à la licence, d’autres programmes wiki ont vu le jour en copiant ou s’inspirant du code source de WikiWikiWeb, ou des autres projets wiki qui l'avaient fait auparavant. Cette émulation récursive, qui donna naissance à toute une panoplie de projets wiki, est donc à nouveau une belle illustration des retombées positives que peut susciter l'application d'une licence libre.
Parmi les différents logiciels Wiki disponibles, UseModWiki fut choisi par la société Bomis qui finança la création du premier projet Wikipédia en anglais. C'était un choix judicieux, car l’éclatement de la bulle spéculative d’Internet, à la fin des années 2000, confrontait l'entreprise à de grosses difficultés financières. Un programme gratuit, simple d’utilisation et peu gourmand en ressources informatiques, convenait donc parfaitement dans ce cadre. UseModWiki fut par après remplacé par un autre moteur de Wiki sans nom, mais plus performant et toujours produit sous licence libre. Ce dernier fut ensuite amélioré par plusieurs programmeurs, dont Brion Vibber, le premier employé de la Fondation Wikimédia, avant d’être finalement intitulé MediaWiki.
Avec l’aide de nouveaux employés et des bénévoles actifs sur le site mediawiki.org, ce système de gestion de contenu finit par apparaitre en tête du classement des wikis les plus utilisés. Grâce à la licence libre, des milliers d'autres personnes et projets ont pu en effet développer des sites Web, sans nécessairement faire partie du mouvement Wikimédia. Ce succès a par ailleurs justifié l'organisation de rassemblements annuels entre 2016 et 2020, entre personnes et organisations qui utilisent le programme, pour discuter de son développement et de ses usages.
Ceci étant dit, il existe dans la liste des Wikis d’autres logiciels libres intéressants, tels que DokuWiki, rendu populaire par sa simplicité d’installation et d’usage. Jusqu’à ce jour cependant, seul MediaWiki semble suffisamment stable et puissant pour permettre le développement optimal de l’ensemble des projets Wikimédia. Avec parmi ceux-ci, bien sûr, Wikipédia, l'encyclopédie libre et universelle, dont nous allons enfin découvrir la mise en place dans ce prochain chapitre.
'''Chapitre 7 : L’encyclopédie libre et universelle'''
Dans les chapitres précédents, nous avons découvert toutes les innovations techniques et culturelles sans lesquelles Wikipédia n’aurait jamais pu devenir la plus grande encyclopédie libre et universelle connue au monde. Son objectif est de synthétiser la totalité du savoir humain. Ce qui n’est autre, finalement, qu’un vieux rêve de notre humanité. Trois cents ans avant Jésus-Christ et durant la création de la bibliothèque d’Alexandrie, ce désir était aussi celui de Ptolémée Iᵉʳ. C'était deux siècles avant que Denis Diderot publie, avec Jean Le Rond d'Alembert et Louis de Jaucourt en 1751, la première édition de l’Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers. Quant à Paul Otlet, qui a créé avec Henri La Fontaine la classification décimale universelle en usage depuis 1905, il s’était mis en tête de répertorier l’ensemble du savoir humain au sein d'un seul édifice.
Peu connu à ce jour, ce documentaliste belge rêvait pourtant de cataloguer le monde et de rassembler toutes les connaissances humaines, sous la forme d’un gigantesque répertoire bibliographique universel, situé à l'intérieur d'un Mundaneum. En 1934, dans le Traité de documentation écrit par celui qui voulait « classer le monde », Otlet décrit, de manière particulièrement visionnaire, un possible partage du savoir et de l’information.
Ici, la Table de Travail n’est plus chargée d’aucun livre. À leur place se dresse un écran et à portée un téléphone. Là-bas, au loin, dans un édifice immense, sont tous les livres et tous les renseignements, avec tout l’espace que requiert leur enregistrement et leur manutention…
De là, on fait apparaître sur l’écran la page à lire pour connaître la question posée par téléphone avec ou sans fil. Un écran serait double, quadruple ou décuple s’il s’agissait de multiplier les textes et les documents à confronter simultanément ; il y aurait un haut-parleur si la vue devrait être aidée par une audition. Une telle hypothèse, un Wells certes l’aimerait. Utopie aujourd’hui parce qu’elle n’existe encore nulle part, mais elle pourrait devenir la réalité de demain pourvu que se perfectionnent encore nos méthodes et notre instrumentation.
À peu de choses près, cette utopie décrite en 1934 par Otlet correspond à l'usage que l'on fait du réseau Internet et de son espace web, lorsqu'on recherche de l'information aujourd'hui. Premièrement, allumer un système informatique, avec ou sans fil, muni d'un écran ; ensuite, poser une question dans un moteur de recherche ; puis, comme cela arrive très souvent, être redirigé vers l'une des versions linguistiques de Wikipédia.
Ce scénario, dans lequel les moteurs de recherche jouent un rôle central, explique la popularité de l'encyclopédie libre. D'autres projets similaires étaient pourtant apparus sur le Web avant l'arrivée de Wikipédia. Environ trois ans avant sa création, Aaron Swartz, un activiste de la culture libre qui avait juste douze ans à l'époque, avait par exemple lancé une sorte de site encyclopédique produit et régi par ses usagers. Appelé The Info Network, ce site web avait d'ailleurs permis à son auteur de recevoir l'ArsDigita Prize, un prix décerné aux jeunes créateurs de projets « utiles, éducatifs, collaboratifs et non commerciaux ».
Il faut savoir ensuite que l'expression « encyclopédie libre et universelle » fut oubliée pour la première fois durant l'année 2000 par Richard Stallman, soit l'année qui précéda celle de la naissance de Wikipédia. C'était dans un essai intitulé The Free Universal Encyclopedia and Learning Resource, qui, selon son auteur, avait été rédigé deux ans avant sa publication sur la liste de diffusion du projet GNU. Repris ci-dessous, un extrait de ce texte, présente les particularités du projet.
Le World Wide Web a le potentiel de devenir une encyclopédie universelle couvrant tous les domaines de la connaissance et une bibliothèque complète de cours d’enseignement. Ce résultat pourrait être atteint sans effort particulier, si personne n’intervient. Mais les entreprises se mobilisent aujourd’hui pour orienter l’avenir vers une voie différente, dans laquelle elles contrôlent et limitent l’accès au matériel pédagogique, afin de soutirer de l’argent aux personnes qui veulent apprendre.
Nous ne pouvons pas empêcher les entreprises de restreindre l’information qu’elles mettent à disposition ; ce que nous pouvons faire, c’est proposer une alternative. Nous devons lancer un mouvement pour développer une encyclopédie libre universelle, tout comme le mouvement des logiciels libres nous a donné le système d’exploitation libre GNU/Linux. L’encyclopédie libre fournira une alternative aux encyclopédies restreintes que les entreprises de médias rédigeront.
En parlant d'un « mouvement pour développer une encyclopédie libre universelle », Stallman anticipait donc, sans le savoir, l'arrivée du mouvement Wikimédia, qui ne se concrétisa que bien des années plus tard. Quant à la soixantaine de paragraphes qui décrivent son projet, on y retrouve, dans une forme presque identique, les cinq principes fondateurs qui ont guidé la création de Wikipédia et qui sont toujours actifs à ce jour.
Le premier consiste bien sûr à créer une encyclopédie ; le deuxième réclame une neutralité de point de vue, chose que Stallman expliquait déjà en écrivant qu’« en cas de controverse, plusieurs points de vue seront représentés » ; le troisième implique le respect des droits d’auteur et l’adoption d'une licence libre, celle précisément dont Stallman avait été l'initiateur ; le quatrième inscrit le projet dans une démarche collaborative, alors que Stallman précisait déjà que « tout le monde est le bienvenu pour écrire des articles » ; et le cinquième enfin, stipule qu’il n’y a pas d’autres règles fixes, une position très courante dans le milieu des hackers dont Stallman faisait partie.
Il apparaît donc clairement que le projet Wikipédia n'était pas une idée originale en soi, mais plutôt une opportunité saisie par la société Bomis pour enrichir sa propre encyclopédie commerciale, Nupedia. Cette dernière avait été lancée en avril 2000, soit environ dix mois avant Wikipédia, et sa rédaction était assurée par des experts engagés au sein d’un processus éditorial strict et formel. Malheureusement pour la firme Bomis, le nombre d’articles ne progressait que très lentement.
Dans le but d'accélérer le processus, Larry Sanger, un docteur en philosophie employé par Bomis pour assurer le rôle de rédacteur en chef de Nupedia, eut l'idée d'installer un logiciel wiki sur les serveurs de son entreprise. L'objectif était d'ouvrir un site web participatif, dans lequel des volontaires pourraient créer des articles encyclopédiques, pour qu'ils soient ensuite intégrés dans le projet commercial. Malgré le manque d’enthousiasme de son employeur Jimmy Wales, Sanger mit ses idées en application, et c'est donc ainsi que débuta l’histoire de Wikipédia, avec sa toute première version en anglais.
C’était le 15 janvier 2001, précisément le même mois où Richard Stallman mit en ligne son propre projet d’encyclopédie libre et universelle, qu'il souhaitait intituler GNUPedia. Étonnamment, les noms de domaine gnupedia .com .net et .org avaient déjà été enregistrés au nom de Jimmy Wales, ce qui obligea Stallman à rebaptiser son projet GNE. Ce fait est d'autant plus surprenant que Wales affirma des années plus tard : « n’avoir eu aucune connaissance directe de l’essai de Stallman lorsqu’il s’est lancé dans son projet d’encyclopédie ».
Le site GNE ne ressemblait cependant pas vraiment à une encyclopédie, mais plutôt à un blog collectif ou une base de connaissance, tandis que sa page d’accueil précisait clairement qu’il s’agissait d’une bibliothèque d’opinion. Quant à sa modération, elle avait demandé d'engager un employé, car elle s'est avérée bien plus compliquée que prévu. À côté de cela, et probablement grâce aux spécificités de l’environnement wiki et aux soutiens apportés par Jimmy Wales et Larry Sanger, Wikipédia réussit à mettre en place une organisation efficace au sein d'une communauté d'éditeurs grandissante.
Peut-être en raison de la concurrence libre faite par le projet GNE, Jimmy Wales décida d'abandonner le copyright que Bomis détenait sur son encyclopédie commerciale Nupedia, pour le remplacer par une licence Nupedia Open Content. Peu de temps après, il décida finalement d'adopter la licence de documentation libre GNU conçue pour protéger les textes de documentation des logiciels libres. Ce dernier choix fut une stratégie payante, puisque cela incita Richard Stallman à transférer tout le contenu de son projet GNE vers Nupedia, et à encourager tout le monde à contribuer sur Wikipédia.
Parmi les autres actions de Jimmy Wales qui ont contribué au succès de Wikipédia, il y eut cette idée d'ouvrir le projet aux « gens ordinaires ». C’était un choix qui s’opposait aux idéaux de Larry Sanger, qui de loin préférait le modèle de Nupedia avec son système de relecture par des experts. Cependant, Jimmy Wales, en tant qu'homme d’affaires, visait une croissance plus rapide du contenu de l'encyclopédie.
Cette croissance ne s'est toutefois pas faite sans difficulté. Le 26 février 2002, en effet, l'Enciclopedia Libre Universal en Español, un projet dissident du projet Wikipédia, fit son apparition. C'était une réaction à de la censure, à l'existence d'une ligne éditoriale et à la possibilité de voir apparaitre des publicités dans Wikipédia. En raison des remises en question que cette séparation suscitait parmi les bénévoles actifs dans les projets, Jimmy Wales renonça finalement à l'usage de la publicité et mit de côté ses visions en matière de profit.
Il faut aussi tenir compte du fait que cet évènement est survenu lors de l'éclatement de la bulle spéculative Internet et du krach boursier de 2001-2002. Une conjoncture qui plaçait la société Bomis dans des difficultés financières, et surtout, dans l'incapacité de payer le salaire de Larry Sanger, son seul employé. En mars 2002 et après un mois d’activité bénévole, l’ex-employé décida alors de quitter les fonctions, qu'il occupait depuis un peu plus d'un an, dans Nupedia et Wikipédia. Avec le seul soutien de Jimmy Wales, les deux encyclopédies purent toutefois poursuivre leurs développements, toujours avec le concours d'experts dans Nupedia et d'une communauté bénévole au niveau de Wikipédia. Néanmoins, en septembre 2003 et vu l'écart qui se creusait entre les deux projets, l'encyclopédie Nupedia fut fermée et ses quelques dizaines d'articles transférées vers les milliers d'autres que comprenait déjà le projet Wikipédia.
Trois ans plus tard, Larry Sanger n’avait pas dit son dernier mot. En septembre 2006, il décida en effet de lancer sur fonds propres une encyclopédie intitulée Citizendium. Cette plateforme écrite en anglais uniquement et toujours active à ce jour, repose sur un système d’expertise, dans lequel les contributrices et les contributeurs doivent déclarer leur identité réelle. En avril 2026 cependant, Citizendium reprenait moins de 2000 articles, tout avancement confondu, tandis que le projet Wikipédia en anglais en regroupait déjà plus de 7 millions.
Voici donc comment est née la plus grande encyclopédie au monde, dont la taille et la visibilité n'avaient jamais été égalées auparavant. Une encyclopédie qui, de plus, s'est rapidement déclinée en de nombreuses versions linguistiques, à l'instar de sa version francophone, lancée moins de quatre mois après le projet original en anglais. Toutes ces versions ont formé les premières bases d’une organisation mondiale, bientôt chapeautée par une fondation. Avant cela, d'autres projets pédagogiques et collaboratifs ont vu le jour au côté de Wikipédia. Intitulés « projets frères », ceux-ci se constituent à leur tour, en de nombreuses versions linguistiques, tout en poursuivant le processus de création du mouvement Wikimédia.
'''Chapitre 8 : L'arrivée des projets frères'''
Dans le but de développer des contenus pédagogiques qui ne trouvaient pas leur place dans Wikipédia, d’autres projets pédagogiques et collaboratifs ont vu le jour, pour former ce que l'on appelle couramment aujourd'hui : l’écosystème Wikimedia. La naissance de tous ces projets, ainsi que les évènements importants qui ont contribué au développement du mouvement, ont été repris dans une ligne du temps réalisée par Guillaume Paumier, à l’occasion du dixième anniversaire de Wikipédia. Grâce à ce graphique, on peut voir en détail l'évolution du nombre de projets, de versions linguistiques, de contributeurs et d'articles, et se faire ainsi une idée sur la vitesse à laquelle s'est développé le mouvement Wikimédia.
Parmi tous les projets frères de Wikipédia, le premier à apparaître fut Méta-Wiki, une plateforme de référence pour centraliser la gestion de l'ensemble des sites web hébergés par la fondation Wikimédia. Dans un premier temps, cet espace communautaire en ligne a répondu à la nécessité de traiter en un seul lieu les questions communes aux différentes versions linguistiques de Wikipédia. Aujourd'hui, le site web est le principal endroit de coordination et de gestion de l'ensemble du mouvement Wikimédia. On y retrouve énormément d'informations au sujet des projets en ligne, et peut-être plus encore, concernant la Fondation et les organismes affiliés.
Après Méta-Wiki, sept autres projets de partage de la connaissance ont fait leur apparition, avant d'être déclinés à leur tour en plusieurs versions linguistiques. Tous ces projets émergent en général sur l’initiative d’un petit groupe de personnes actives au sein d’un projet préexistant. Ce fut le cas du projet Wiktionnaire en anglais, le deuxième projet à voir le jour après Méta-Wiki, en décembre 2002, soit deux ans avant la version francophone apparue en mars 2004.
Il est intéressant d'observer que la version francophone du Wiktionnaire n’a pas été créée à partir du projet anglophone, mais bien depuis le projet Wikipédia en français. D'ailleurs, on peut retrouver dans les archives de ce dernier projet, un débat concernant la pertinence de cette création, dont voici un extrait.
En fait, ce qui me peine vraiment avec le projet Wiktionary, c’est que alors qu’on essaie de rassembler les gens (pas facile) pour créer une sorte de tour de Babel de la connaissance (tâche bien longue et difficile), ce nouveau projet va disperser les énergies pour une raison qui ne me semble pas valable. C’est la création de Wiktionary qui va créer des redondances. À mon avis il existera rapidement des pages sur le même mot, mais ne contenant pas les mêmes informations. Pour quelle raison ces connaissances devraient-elles être séparées ? Les encyclopédies sur papier devaient faire des choix à cause du manque de place, mais nous, pourquoi le ferions-nous ??? "Wikipédia n’est pas un dictionnaire" n’est pas un argument à mon avis... si vraiment c’était pas un dictionnaire, il faudrait virer tout un tas d’article. Je ne comprends vraiment pas cette volonté de séparer la connaissance entre ce qui est "encyclopédique" et ce qui n’est "qu’une définition".
[Réponse]
Pour moi ce qu’est Wiktionary, c’est une partie de Wikipédia s’intéressant plus particulièrement aux aspects linguistiques des mots. La différence que je verrais entre la partie dictionnaire de Wikipédia et sa partie dite encyclopédique, c’est que la partie dictionnaire s’intéresserait au sens des mots eux-mêmes alors que la partie encyclopédie s’attache plus à faire ressortir un état des connaissances à un moment donné. Le pourquoi de la séparation d’avec la partie encyclopédie tient plus à des raisons techniques qu’à une volonté de monter un projet indépendant, en effet, à mon humble avis, un dictionnaire nécessite une plus grande rigueur (de présentation) qu’une encyclopédie. Ceci entraîne beaucoup de problème et entre autres le choix de la mise en forme des articles du dictionnaire.
Créer un nouveau projet, c’est effectivement créer un nouveau site web, qui devra faire l’objet d’une nouvelle gestion, tant pour les serveurs de la Fondation, que pour la nouvelle communauté de contributeurs. L’importation de pages d’un projet à l'autre ou la traduction de celles-ci sont bien sûr toujours possibles, mais cela duplique alors aussi la maintenance et les mises à jour. Le choix de scinder un projet, en faveur d’une plus grande liberté, comporte donc certains coûts humains et financiers.
Ce prix à payer n'a pour autant pas empêché le projet anglophone Wikibooks de faire son apparition le 10 juin 2003, soit près d’un an avant Wikilivres, la version francophone du projet, apparue le 22 juillet 2004. Cette dernière création avait de nouveau été débattue au sein de la communauté Wikipédia en français, et non pas dans le Wikibooks en anglais. Quant à l'objectif commun aux deux projets linguistiques, il était de créer une « bibliothèque de livres pédagogiques libres que chacun peut améliorer ».
Environ un an après la création du projet en anglais, un nouvel espace de noms intitulé Wikijunior fut mis en place au sein de la bibliothèque en ligne. Ce sous-projet avait été créé pour répondre à un financement de la fondation Beck, qui cherchait à promouvoir la production de nouvelles littératures pour des enfants de huit à onze ans. Peu de temps après, cette tranche d’âge fut toutefois élargie de zéro à douze ans au niveau du projet francophone, quand le sous-projet y fut adopté.
Ces deux évènements témoignent ainsi qu'il est toujours possible qu'un sous-projet apparaisse dans un projet Wikimédia. Comme autre exemple, il y a aussi le WikiJournal, un sous-projet développé au sein du projet Wikiversité en anglais et qui reçut le prix de l’Open Publishing Awards en 2019. Une demande fut faite pour qu'il puisse bénéficier d'un nouveau site web dans le but de pouvoir se développer en dehors de Wikiversité. Malheureusement pour les initiateurs, la demande est restée sans suite jusqu'à ce jour, après que le conseil d’administration de la Fondation, chargé de répondre à leur demande, considéra que le projet n’était pas suffisamment abouti.
Il faut savoir qu'avant cela, le projet Wikiversité, dans lequel est né Wikijournal, avait lui-même été un sous-projet du projet Wikibook. Initialement, il visait à « créer une communauté de personnes qui se soutiennent mutuellement dans leurs efforts éducatifs ». Cependant, en août 2005, une longue discussion remit en question l’existence du sous-projet Wikiversité dans Wikibooks. Au terme de celle-ci, la décision fut prise de transférer Wikiversité et son contenu sur le site Méta-Wiki, là où de nouvelles discussions ont abouti à l’idée de faire de Wikiversité un nouveau projet indépendant.
Déjà à l'époque, le conseil d’administration de la Fondation Wikimédia se montrait réticent à l'ouverture de nouveaux projets, et sa réaction fut de demander l'ouverture d'un sondage au sein de la communauté. Celui-ci devait rassembler une majorité des deux tiers en faveur de l'ouverture du nouveau site web. Un résultat qui fut finalement obtenu, mais pas sans de longs débats, dont voici un extrait.
La principale raison pour laquelle la Fondation Wikimédia ne veut pas "lâcher le morceau" est une simple question de bureaucratie et la crainte que le projet ne devienne une autre Wikispecies [un projet de répertoire du vivant]. Wikispecies est une idée cool, mais les "fondateurs" du projet se sont dégonflés à mi-chemin de la mise en place du contenu et ont décidé de faire une révision majeure qui a pris plus de temps que ce que tout le monde était prêt à mettre.
Le même problème s’applique à Wikiversity en ce qui concerne la Fondation, parce que les objectifs et les buts de ce projet ne sont pas clairement définis, et il semble que les participants essaient de mordre plus qu’ils ne peuvent mâcher en proposant une université de recherche multi-collèges entière (avec un statut de recherche et une accréditation) à former de toutes pièces plutôt qu’un simple centre d’éducation pour adultes avec quelques classes.
En novembre 2005 et malgré les résultats du sondage, l'indépendance du projet Wikiversité ne fut toutefois pas acceptée par cinq membres du conseil. Ceux-ci réclamaient une « réécriture de la proposition pour en exclure la remise de titre de compétence, la conduite de cours en ligne, et de clarifier le concept de plate-forme e-learning ». Quand ces rectifications furent faites, le projet bénéficia d'une période d’essai de plusieurs mois, jusqu'à ce que les amendements apportés au projet de départ soient enfin acceptés, le 31 juillet 2006. Ce long temps d'attente était justifié par la création du special projects committee, qui, jusqu'en décembre 2021, fut chargé de soulager le conseil d’administration de la fondation, par rapport aux demandes de création de nouveaux projets Wikimédia.
Un nouveau site, nommé Beta-Wikiversity, fut ainsi créé pour assister le lancement des différentes versions linguistiques de Wikiversité. Durant six mois, son premier objectif a d'abord été l'élaboration des lignes directrices concernant la potentialité de produire des recherches collaboratives au sein du projet. Par la suite, chaque nouvelle version linguistique, développée dans le projet Beta, devait avoir plus de 10 modifications par mois, réalisées par au moins trois personnes distinctes, avant de pouvoir bénéficier de son propre site web.
À l'image de Beta-Wikiversity, le projet Wikisource possède lui aussi un site indépendant pour lancer ces nouvelles déclinaisons linguistiques. Tandis que pour tous les autres projets pédagogiques, ce lancement s'effectue sur la plateforme Wikimedia Incubator, créée à la même époque que Beta-Wikiversity. Ces trois plateformes de lancement ne concernent pas les nouveaux projets, qui doivent faire l'objet d'une acceptation par le conseil d'administration de la Fondation Wikimédia, et qui peuvent avoir pour origines des processus de création divers.
Le projet Wikivoyage, par exemple, fut initialement créé en 2003 dans un Wiki extérieur au mouvement Wikimédia, là où il portait le nom de Wikitravel. Comme cela arrive parfois, ce projet sans but lucratif fut acheté par une entreprise commerciale en 2006. Mais en raison du changement de gouvernance et de l'apparition de publicités, une scission est apparue au sein de la communauté d’éditeurs. Les personnes désireuses de quitter Wikitravel lancèrent alors un nouveau site appelé Wikivoyage, qui reçut en 2007, le Webby Award du meilleur guide de voyage Internet.
L'intégration de Wikivoyage dans l'écosystème Wikimédia n'a cependant été faite qu'en 2012, à la suite d'un appel à commentaires durant lequel 540 personnes furent en faveur de l’intégration du projet, 153 contre, pendant que 6 restèrent sans avis. Comme cette nouvelle déclencha une migration importante depuis Wikitravel vers Wikivoyage, une plainte fut déposée par la société commerciale en charge du premier projet. Celle-ci fut toutefois rejetée et le projet Wikivoyage continua à prendre de l’ampleur au sein du mouvement Wikimédia, avec la création de nouvelles versions linguistiques.
Le cas de Wikivoyage apparait toutefois comme une exception, car en général les nouveaux projets émergent des centaines de candidatures déposées sur le projet Méta-Wiki. Celles-ci se soldent bien souvent par un refus, comme ce fut le cas pour le projet WikiLang dont le but était de lancer un laboratoire linguistique. Quelques rares projets ont pourtant la chance d'être élus. Ce fut notamment le cas en octobre 2012, avec le lancement de la base de données structurée et sémantique Wikidata et de ses extensions Wikibase, ou plus récemment, en 2020, avec l'arrivée du projet Abstract Wikipedia et Wikifunctions.
Sans vouloir entrer dans les détails, il est intéressant de savoir que l'interconnexion entre ces trois projets permet de traduire automatiquement des articles encyclopédiques dans tous les langages naturels pris en charge par le mouvement Wikimédia. Plus précisément, les phrases des articles publiées sur Abstract Wikipédia, sont formulées par des fonctions informatiques produites dans le projet Wikifunctions, dans le but de traiter les informations de la base de données sémantique Wikidata. Autrement dit, un article dans Abstract Wikipédia ne possède qu'une seule page pour toutes les langues, pareillement aux pages d'entités de Wikidata, qui ont pour titre une lettre suivie d'un chiffre.
À la suite de ces explications, on observe donc que ce n'est pas la complexité qui détermine le refus projet, mais plutôt une série de critères comparables à ceux retenus pour supprimer des projets ou versions linguistiques déjà existants. À ce propos, il existe sur Méta-Wiki une liste mise à jour des différents sites hébergés par la Fondation Wikimédia dont l'existence est remise en cause. Dans celle-ci, on retrouve essentiellement des versions linguistiques de projets qui n’ont pas réussi à poursuivre leurs développements, bien qu'un projet entier soit toujours susceptible d'être mis à l'arrêt. C'est d'ailleurs ce qui est arrivé aux 31 versions linguistiques du projet Wikinews, qui, en date du 4 mai 2026, soit 22 ans après le lancement du site anglophone, sont accessibles en mode lecture uniquement.
Dans le cas de Wikinews, ce fut le manque d'activité qui apparut comme principale justification de la suspension du projet. Cependant, d'autres raisons pourraient être invoquées, comme le prouve cet épisode de 2005, où, peu de temps après son lancement, la version francophone du recueil de citations Wikiquote a bien risqué de disparaitre. Le projet fut effectivement accusé d’avoir récupéré le contenu d’une base de données soumise à un droit d’auteur, incompatible avec la licence Creative Commons appliquée sur l’ensemble des projets pédagogiques Wikimédia. Lorsqu'une plainte fut adressée à l’association Wikimédia France, pour être ensuite relayée sur le site Méta-Wiki, il fut bien question de fermer le projet. Après de longues discussions, celui-ci fut maintenu, mais avec pour conditions de repartir de zéro, et d’établir une charte pour garantir la traçabilité des citations reprises par le projet.
Voici donc de quoi se faire une idée sur la manière dont les projets pédagogiques et leurs déclinaisons linguistiques apparaissent et disparaissent au sein du mouvement. Les exemples repris ci-dessus suffisent effectivement pour comprendre les principes généraux qui sous-tendent leurs créations. En dehors de Méta-Wiki, Wikidata, Wikifunctions, Abstract Wikipédia et Wikimedia Commons, qui ne sont pas des projets de contenu pédagogique à proprement parler, tous les autres projets semblent effectivement provenir d’un désir de spécialisation d’un projet préexistant.
L'idée est généralement débattue dans un projet de même langue, avant de relayer la discussion vers le site Méta-Wiki. Si le projet y est jugé pertinent, il fait alors l'objet d'une candidature qui doit actuellement être soumise au groupe de travail des projets frères du comité des affaires communautaires de la Fondation Wikimédia. Quant aux nouvelles versions linguistiques, elles doivent être aujourd'hui soumises à l'approbation du comité des langues, avant d'être testées sur les plateformes Incubator, Beta-Wikiversité ou Wikisource Multilingue, dans le but de bénéficier d’un site web indépendant.
Après ces explications concernant les projets frères et leurs variations linguistiques, il nous reste encore à parler des sites qui ont un lien avec le mot Wiki, soit par leur nom, soit par le logiciel utilisé. En 2024 effectivement, plus de 22 600 d'entre eux étaient répertoriés, dont plus de 95 % sans aucun lien avec le mouvement Wikimédia, en dehors du fait, peut-être, qu’ils utilisaient le logiciel MediaWiki développé par la Fondation Wikimédia.
WikiLeaks par exemple, créé par Julian Assange dans le but de publier des documents classifiés provenant de sources anonymes, n’est ni un projet Wikimédia, ni un site collaboratif. Quant au recueil universel et multilingue de guides illustrés WikiHow, si celui-ci fonctionne pour sa part de manière collaborative et avec le logiciel MediaWiki, il n'a pourtant aucun lien avec le mouvement Wikimédia. D'ailleurs, son ergonomie, radicalement différente de celle des projets Wikimédia, permet de le comprendre au premier coup d’œil.
En revanche, Wikimini, l'encyclopédie libre pour les enfants, a une apparence tout à fait comparable à celle des projets Wikimédia, alors que le projet n’a jamais été accepté par la Fondation. Quant aux projets WikiTribune et Fandom, l'ambiguïté qu'ils entretiennent avec le mouvement est d'autant plus grande qu'ils ont été créés par Jimmy Wales, le fondateur de Wikipédia et de la Fondation Wikimédia. Cependant, comme ce sont des projets commerciaux, ils ne peuvent en aucun cas être soutenus par une fondation sans but lucratif.
Au terme de cette présentation, il ne reste plus qu'à signaler que le mouvement Wikimédia ne fut conscientisé que tardivement par rapport à l'apparition des projets Wikimédia et de leurs différentes versions linguistiques. Pour qu'un sentiment de collectivité se manifeste entre tous ceux-ci, il fallut certainement attendre qu'une coordination se développe sur la plateforme Méta-Wiki, mais également que de nombreuses rencontres et associations apparaissent en dehors de l'espace numérique. En ce sens, la naissance du mouvement ne fut pas un événement ponctuel, mais plutôt la réalisation d’un long processus de conscientisation.
'''Chapitre 9 : La conscientisation du mouvement'''
Avant d'aborder la question de la conscientisation du mouvement, il peut être intéressant de découvrir l'origine étymologique du mot « Wikimédia ». Celui-ci est un mot-valise composé du suffixe « média » et du préfixe « wiki » que l’on doit à cette expression hawaïenne « wiki wiki », qui se traduit en français par l'expression : « vite, vite ». Celle-ci fut récupérée une première fois par Ward Cunningham, le créateur du premier moteur Wiki, avant d'être réutilisée dans les noms inventés pour d'autres logiciels de cette même famille. UseModWiki en est un bel exemple, puisqu'il fut le premier programme utilisé par la firme Bomis pour héberger son projet d’encyclopédie collaborative. Raison pour laquelle, sans doute, le terme « wiki » fut utilisé pour créer le mot Wikipédia, en l'associant au suffixe « pedia » qui fait référence au mot anglais encyclopedia, selon un principe qui fut ensuite repris pour tous les autres projets du mouvement.
Le mot Wikimédia, pour sa part, n’est apparu que le seize mars 2003, lors d’une discussion concernant la déclinaison possible de l’encyclopédie en d’autres types de projets éditoriaux participatifs. Durant celle-ci, l’écrivain américain Sheldon Rampton eut l’idée d’associer au terme wiki à celui de « média », afin de mettre en évidence la variété des médias produits et partagés par Wikipédia et ses projets frères. Toutefois, c'est seulement en juin 2008 que Florence Devouard, présidente de la Fondation à cette époque, associe le mot Wikimédia à un mouvement social qu’elle voyait apparaître au sein des projets Wikimédia et de leurs communautés d'usagers.
Affirmer pour autant que ce moment précis coïncide avec la naissance du mouvement Wikimédia serait quelque peu arbitraire. Car si l’on peut déterminer plus ou moins facilement l’apparition d’une expression dans des archives, tout le monde sait qu’un mouvement social ne se forme pas en un seul instant. Dans le contexte du mouvement Wikimédia, sa naissance est bien sûr liée à celle du projet Wikipédia, mais également à tout ce qui permit la création de cette encyclopédie libre. Dans une autre perspective encore, on peut dater l'apparition du mouvement Wikimédia au 20 juin 2003, date de la création de la fondation qui porte le même nom. Ou pourquoi pas, associer la création du mouvement à la mise en ligne de la plate-forme Méta-Wiki, qui en représente le principal lieu de coordination.
Toujours est-il que l’expression « Wikimedia movement » est bien apparue en juin 2008, sous la plume de Florence Devouard. Cela s'est passé sur la liste de diffusion de la Fondation et peu de temps avant qu'elle quitte son poste de présidente. Dans son message, elle partageait l'idée de placer sous le nom de domaine Wikimedia.org un site vitrine de présentation du mouvement Wikimédia qu'elle concevait de la sorte.
Le mouvement Wikimédia, comme je l’entends est
– une collection de valeurs partagées par les individus (liberté d’expression, connaissance pour tous, partage communautaire, etc.)
– un ensemble d’activités (conférences, ateliers, wikiacadémies, etc.)
– un ensemble d’organisations (Wikimedia Foundation, Wikimedia Allemagne, Wikimedia Taïwan, etc.), ainsi que quelques électrons libres (individus sans chapitres) et des organisations aux vues similaires.
Avec autant de détails et d'explications, un tel message ne pouvait qu'accélérer la prise de conscience au sein du mouvement. Dans tous les cas, il mettait en évidence que les personnes actives dans les projets éditoriaux en ligne ou dans les organismes affiliés, faisaient partie de ce que Ralf Dahrendorf appelle un « quasi-groupe ». Ou autrement dit, un ensemble d’individus qui ont un mode de vie semblable, une culture commune, mais dont les points communs ne gravitent pas autour d’une prise de conscience de leur position commune dans la relation d’autorité.
Après la naissance de Wikipédia et de nombreux projets frères, une dizaine d’années a donc été nécessaire pour que le mouvement Wikimédia prenne conscience de son existence. Aujourd’hui encore, et comme cela a déjà été vu, de nombreuses personnes actives dans les projets pédagogiques ne réalisent toujours pas qu’elles participent aux activités d’un mouvement social. Cela, contrairement aux personnes investies dans les activités en présentiel organisées au sein du mouvement, qui sont généralement plus conscientes de leur engagement. C’est là une raison de croire que le développement de la Fondation Wikimédia et de ses organismes affiliés a joué un rôle important dans l'apparition d'un sentiment d’appartenance.
'''Chapitre 10 : La création des organismes affiliés'''
Si c’est grâce à l’arrivée des groupes et des organismes affiliés à la Fondation Wikimédia que l’idée du mouvement est probablement apparue, il est alors intéressant d'en décrire les processus de création. Mais puisque cela représente plusieurs centaines d’instances spécifiques, regroupées en plusieurs catégories détaillées en seconde partie d'ouvrage, aborder ici l’histoire de chacune d’entre elles serait une entreprise beaucoup trop fastidieuse.
De plus, s’il existe énormément d’archives numériques concernant la naissance des sites Wikimédia, ce n’est pas le cas pour ces organismes affiliés. Un bon nombre de ceux-ci se sont effectivement formés durant des rencontres ou des réunions hors ligne qui n'ont fait l’objet d’aucun enregistrement. Du reste, une bonne part des échanges effectués au sein de ces associations s'organise par des canaux de communication privés auxquels seuls les membres actifs ont accès.
Puisque je suis l'un des membres fondateurs, je me limiterai donc ici à parler de l’association Wikimédia Belgique. Celle-ci fut fondée le huit octobre 2014 en tant qu’association sans but lucratif, avant d'être reconnue le six août 2015 par le conseil d’administration de la Fondation Wikimédia. Après plus de trois ans d’activités et de rencontres et sous l’impulsion de Maarten Deneckere qui assuma le premier mandat de présidence, nous étions 8 personnes à signer la première version des statuts de l’association.
Jusqu’à ce jour, l’objet social de Wikimedia Belgique est d' « impliquer tout un chacun dans la connaissance libre ». Contrairement à l'association Wikimédia Deutchland, la première à voir le jour en 2004 et qui rassemblait déjà en 2021 plus de 85 000 membres et près de 150 employés, l’association belge n'a qu'une seule employée à temps partiel et 150 membres en 2025.
Avant d’être reconnues par le comité d’affiliations chargé de seconder le conseil d’administration de la Fondation, toutes les associations nationales, dites « chapters » en anglais, et toutes les autres organisations affiliées doivent réaliser de nombreuses démarches. Celles-ci consistent à répondre à un ensemble de prérequis qui ont évolué suite à la création d'un comité décisionnel en avril 2006. Ces obligations diffèrent entre les groupes d’utilisateurs et d'utilisatrices et les associations locales ou thématiques. Parmi ceux-ci, on retrouve toutefois : un nombre minimum de membres et de référents, une mission et un règlement d’ordre intérieur conformes aux attentes du mouvement, la remise de plans et de rapports d’activités annuels, etc.
On comprend donc qu’il n’est pas évident de créer une nouvelle instance au sein du mouvement. Pour bénéficier du soutien logistique et financier de la Fondation réservé aux organismes affiliés, c’est ainsi toute une série de rapports qu’il faut alors transmettre à divers comités et commissions chargés de leurs évaluations. Cela représente une quantité de tâches administratives qu’il n’est pas toujours facile d’assumer, surtout lorsque les membres de l’organisme affilié sont tous des bénévoles. D’où sans doute cette régulière disparition d’affiliations, pendant que d’autres se créent ou réapparaissent en fonction des énergies et du dynamisme disponibles dans les équipes.
Les activités liées à la récolte et à la redistribution des dons offerts au mouvement, ainsi que les autorisations d’usage de marques déposées, contrastent donc avec les valeurs de libre partage et d’autonomie décrites dans les projets pédagogiques. Cela semble confirmer que la partie hors ligne du mouvement est plus influencée par les habitudes d’un système économique dominant, contrairement à la partie en ligne qui semble plus fidèle à l’héritage de la contre-culture.
'''Chapitre 11 : L'héritage d'une contre-culture'''
Au terme de cette première partie d’ouvrage, il devient évident que la révolution numérique, que l’on considère généralement comme une révolution technique, fut aussi, et peut-être avant tout, une révolution sociale et culturelle. Quant à l'histoire de Wikimédia, reprise ici depuis les origines de son encyclopédie jusqu'à l'apparition de ses organismes affiliés, elle nous fit découvrir comment les idées de la contre-culture des années 1960 furent transmises au mouvement.
En cas de doute, observons encore que Richard Stallman, celui qui a créé les concepts de licence et d'encyclopédie libre, fut désigné par certains comme le gourou de la contre-culture hacker et le père du système d’exploitation hippie. Une culture hippie, dont il est aussi troublant de constater que le renversement de son logo ressemble étrangement à celui du mouvement Wikimédia.
Incontestablement et au travers du mouvement des logiciels libres, le mouvement Wikimédia a donc bien hérité des valeurs produites par les mouvements sociaux des années 1960. Des valeurs qui aujourd'hui contrastent fortement avec la marchandisation et la capitalisation du monde, dont l'espace web ne fait jamais que refléter ce qui se passe dans le reste de la société humaine. Or, ce phénomène ne date pas d'hier. En 2008 déjà, André Gorz, ce philosophe parmi les pères de la décroissance et théoricien de l’écologie politique, constatait déjà que :
La lutte engagée entre les "logiciels propriétaires" et les "logiciels libres" [...] a été le coup d’envoi du conflit central de l’époque. Il s’étend et se prolonge dans la lutte contre la marchandisation de richesses premières – la terre, les semences, le génome, les biens culturels, les savoirs et compétences communs, constitutifs de la culture du quotidien et qui sont les préalables de l’existence d’une société. De la tournure que prendra cette lutte dépend la forme civilisée ou barbare que prendra la sortie du capitalisme.
Dans cette lutte et avec le seul nom de domaine non commercial parmi le top 100 des sites les plus fréquentés du Web, la galaxie Wikimédia apparait donc comme un des derniers lieux numériques de liberté, de partage et d'égalité. Un lieu qui, de plus, est connu mondialement, grâce au succès des plus de 350 déclinaisons linguistiques de Wikipédia, et sans pour autant récolter d'informations sur l’identité et le comportement des internautes. Cela alors que cette pratique est considérée, par certains, comme un « nouvel or noir » pompé du Web, pendant que d’autres préfèrent parler de « capitalisme 3.0 » ou de « capitalisme de surveillance » .
Évidemment, les enjeux de cette lutte sont difficiles à comprendre. La complexité de l’infrastructure informatique, mais également le fait que tout cela s'inscrit dans une révolution que Rémy Rieffel décrit comme « instable et ambivalente, simultanément porteuse de promesse, et lourde de menaces », ne facilitent pas les choses. Cela d'autant plus que tout cela se place « dans un contexte où s’affrontent des valeurs d’émancipation, et d’ouverture d’un côté et des stratégies de contrôle et de domination de l’autre » .
En fait d’ambivalence, il est surprenant d'apprendre, par exemple, que Jimmy Wales, fondateur de Wikipédia et de la fondation Wikimédia, est un adepte de l’objectivisme, alors que cette philosophie voit le capitalisme comme un idéal de société et l’égoïsme rationnel, comme une morale. Puis, concernant l'instabilité du numérique, il y a ces appels répétés de Tim Berners-Lee au sujet de la « redécentralisation » et de la « régulation » d'un espace web qu'il avait conçu dans un esprit tout à fait opposé. Quant aux pionniers d'Internet, ils n'ont probablement pas imaginé que leur création permettrait un jour, à des milliards d’objets connectés, de rapporter, rien qu'en France et en 2021, plus de 2,6 milliards d’euros.
Quant à la question du contrôle et au-delà de ce qui est opéré par les firmes commerciales, c'est bien sûr du côté des États qu'il faut porter son attention. Face à un mouvement qui veut s’émanciper des contrôles, par moins de 18 pays ont déjà censuré Wikipédia et parfois même l'ensemble des projets frères. Ce fut le cas par exemple pour la Turquie, la Russie, l'Iran, mais également le Royaume-Uni, la France et l'Allemagne, et c'est même le cas de manière permanente en Chine, depuis 2004.
Dans certains cas, des procédures juridiques ont été utilisées pour intimider les membres du mouvement. C'est arrivé en France lorsque le directeur de l'association Wikimédia fut menacé de poursuites pénales par la Direction Centrale du Renseignement Intérieur, après un refus de supprimer un article qui traitait d’une station militaire dans Wikipédia. Par chance, ce qui s'est passé en France ne dépassa pas le stade de l'intimidation. En Biélorussie cependant, Mark Bernstein, un contributeur aux projets Wikimédia, fut condamné à quinze jours de prison ferme, assortis de trois ans d’assignation à résidence, pour des propos tenus au sujet de la guerre en Ukraine. Cela sans oublier qu'actuellement, ce sont les conservateurs à la tête des États-Unis qui « veulent la peau de Wikipédia » en cherchant à obtenir l'identité réelle de certains contributeurs.
Le contrôle et le non-respect de la vie privée font ainsi appel à la figure emblématique du lanceur ou de la lanceuse d'alerte, dont la posture contestataire fait penser à celle des personnes actives dans la contre-culture des années 1960. Parmi ceux-ci, on dit de Julian Assange, Edward Snowden et Chelsea Manning, qu'ils « ont perdu leur liberté pour défendre la nôtre ». De manière similaire, on pourrait donc aussi dire que les Wikimédiens Aaron Swartz, Bassel Khartabil, Pavel Pernikov, Ihor Kostenko et Mark Bernstein, se sont sacrifiés pour la liberté, le partage et la vérité.
Dans Wikimédia et comme ce fut expliqué dans l'introduction de cet ouvrage, une alerte peut prendre la forme d'un appel à commentaires en réaction à une décision ou une situation observée au sein du mouvement. C'est même là une pratique institutionnalisée, qui fait l'objet d'une procédure d'accompagnement et de suivi. Toutes ces alertes concernent les dérives de certains projets, mais également de certaines associations dont la proximité avec le système économique n'aide pas au respect des pratiques et des valeurs développées en ligne.
Dans ce qui apparait aux yeux de certains comme un « bazar libertaire », les choix et règles édictés dans la sphère hors ligne du mouvement ne plaisent pas toujours aux membres des communautés en ligne. Ce qui n'empêche toutefois pas les projets éditoriaux d'avoir leurs propres règles et des recommandations, ni de voir apparaitre, en 2020 et dans l'ensemble du mouvement, un code de conduite universel, qui détermine le « référentiel minimum des comportements acceptables et inacceptables ».
L'idéologie transmise à Wikimédia, décrite en partie par Steven Levy dans son ouvrage L’Éthique des hackers est donc plus subtile qu'un simple refus d'autorité. Dans un esprit de partage, d'ouverture, de transparence, de liberté, d'égalité et d'autonomie, c'est une structure très complexe, tout en étant cosmopolite et mondiale, que le mouvement réussit à mettre en place. Une organisation qui, finalement, apparait très inspirante dans la manière de faire communauté aujourd'hui, et au sein d'un monde toujours plus global et numérique.
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Lionel Scheepmans
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'''LE MOUVEMENT WIKIMÉDIA.'''
'''Dernier partage altruiste de la connaissance libre ?'''
De Lionel Scheepmans.
Avec l'aide de la communauté Wikimédia.
'''Quatrième de couverture.'''
'''Le mouvement Wikimédia, l'aventure inspirante d'une organisation mondiale et altruiste, au service d'un savoir libre et vérifiable.'''
Quel est ce seul acteur à but non lucratif présent dans le top 100 des sites les plus visités sur le Web ?
Comment incarne-t-il l’expression la plus visible des valeurs de liberté, d’égalité et de partage, héritées de la révolution numérique et des mouvements sociaux des années 1960 ?
Comment, à partir de Wikipédia et suite à la création d’une quinzaine de projets frères, distribués en centaines de versions linguistiques, le mouvement social Wikimédia a imaginé un monde dans lequel le savoir se produit et se partage librement ?
Et comment, en toute autonomie, des dizaines de projets pédagogiques, édités par des millions de bénévoles, soutenus par une fondation et près de 200 associations et groupes locaux, produisent-ils la plus grande intelligence collective au monde ?
Avec de nombreux codes QR, cet ouvrage répond à ces questions, tout en permettant de mieux comprendre le monde global et numérique qui nous entoure.
Lionel Scheepmans est docteur en sciences politiques et sociales, militant de la culture libre et professeur d’anthropologie numérique. Il occupe plusieurs postes d’administrateur au sein du mouvement Wikimédia qu’il observe de manière participative depuis 2011. Ses travaux universitaires, du master à la thèse de doctorat, furent consacrés à l’organisation et aux enjeux de Wikipédia et du mouvement Wikimédia.
'''Avant-propos'''
Pour offrir un confort de lecture sur papier sans perdre la puissance du numérique, des codes QR sont affichés tout au long de cet ouvrage. À l’aide d’une tablette ou d’un smartphone, ils offrent un accès direct à ce qui serait coûteux ou impossible à imprimer.
Par exemple, le code QR 1, présent à la fin de cette page, donne accès directement à la page web qui reprend l’intégralité de l’ouvrage. Une fois sur celle-ci, on peut alors visionner les illustrations en couleur ou les enregistrements qui s’y trouvent et consulter ensuite leurs pages de descriptions en cas de besoin. Cette version numérique comprend aussi de nombreux hyperliens pointant vers Wikipédia et d’autres sites du mouvement Wikimédia, où se trouvent des compléments d’informations et leurs mises à jour.
Pour économiser du papier lors de l’impression, la section regroupant les notes et les références de l’ouvrage n’est disponible qu’au format numérique, mais est directement accessible via le code QR 2 repris ci-dessous. Grâce aux indices de renvoi chiffrés et placés en exposant dans le texte imprimé, il est alors possible, au départ d'un smartphone ou d'une tablette, de retrouver les notes et les références en fonction de leur numérotation. Lorsque la référence correspond à une page web, un lien pointant vers le projet Internet Archive s’y trouve repris, pour garantir un accès aux archives des pages citées dans l’ouvrage, si jamais elles avaient disparu du web. Quant aux pages toujours existantes, elles restent accessibles via leurs hyperliens originels, pour consulter leurs éventuelles évolutions.
Étant donné que ce livre est produit sur une plateforme collaborative, tout le monde est invité à améliorer les prochaines versions. On peut le faire en corrigeant des fautes d’orthographe ou de syntaxe sur les pages web qui constituent les différents chapitres de l’ouvrage, ou encore en apportant des commentaires sur les pages de discussion qui leur sont associées. Cela peut se faire très simplement en cliquant sur « Modifier » , quand on est sur la page d'un chapitre, et sur « Ajouter un sujet » lorsque l'on est sur une page de discussion.
Une page de discussion générale est aussi accessible grâce au code QR 3. Elle permet de commenter le livre dans son ensemble, ou de poser une question à son sujet. Il suffit pour cela d’indiquer un titre dans le champ « Démarrer un nouveau sujet », avant d'écrire le contenu de son message dans l’encadré situé juste en dessous, et de cliquer finalement sur le bouton « Ajouter un sujet de manière anonyme », pour publier celui-ci.
Enfin, pour ceux qui voudraient agrémenter leur lecture d’un fond sonore relaxant et original, le code QR 4 donne accès à une page web qui diffuse une musique mélodieuse. Celle-ci est composée de sons spécifiquement produits chaque fois qu’une modification est apportée sur un projet Wikimédia, ou qu’un nouveau compte y est créé. Ce dispositif ingénieux offre ainsi, aux lecteurs qui le souhaitent, une ambiance sonore particulièrement confortable, ainsi qu’une nouvelle expérience immersive au sein du mouvement Wikimédia.
'''Introduction : Wikimédia n’est pas Wikipédia.'''
Depuis le succès initial de Wikipédia, une myriade de projets de partage des connaissances, d’organisations et de groupes de soutien ont émergé pour former ce qu’on appelle aujourd’hui le mouvement Wikimédia. Même si l’encyclopédie libre reste l'activité phare du mouvement à ce jour, il serait regrettable de réduire l’ensemble du mouvement à cet unique projet pédagogique. Malheureusement, il arrive bien trop souvent qu'une seule version linguistique de Wikipédia suffise pour cacher l’étendue de la forêt Wikimédia.
En réalité, Wikimédia représente un mouvement social, international et interculturel complexe, au sein duquel Wikipédia n’est qu’une composante parmi d’autres. Dans le cadre d'un mémoire de master, on peut ainsi fournir en quelques mois une ethnographie du projet Wikipédia en français. Alors que pour synthétiser les origines, l’organisation et les dynamiques globales du mouvement Wikimédia, une thèse de doctorat et cinq années de recul supplémentaires furent nécessaires.
À la fin de l'année 2025, l’ampleur numérique du mouvement est effectivement impressionnante. Chaque mois, des millions de modifications bénévoles sont effectuées sur plus de 500 millions de pages, réparties sur plus d’un millier de sites web, dont 358 seulement, correspondent aux versions linguistiques de Wikipédia. Ce qui prouve donc clairement que les activités en ligne portées par l'ensemble du mouvement Wikimédia dépassent largement ce qui se passe au sein de l’encyclopédie.
Il existe ainsi cinq autres espaces collaboratifs d'écriture susceptibles d'atteindre un jour l'envergure et la notoriété de Wikipédia, avec un objectif et un fonctionnement spécifiques à chacun. De manière détaillée, Wikilivres crée des livres pédagogiques ; Wikiversité rassemble des supports d'enseignement et des travaux de recherche ; Wikivoyage développe un guide touristique mondial ; Wikispecies établit un répertoire du vivant, tandis que Wiktionnaire définit des mots de toutes les langues, dans toutes les langues.
Contrairement à Wikipédia, tous ces projets ne sont pas soumis à une neutralité de point de vue, ni limités à l'usage de sources secondaires reconnues, au niveau de la rédaction des articles. La plupart d'entre eux acceptent aussi la publication de travaux de recherche ou de productions personnelles, alors que cela est tout à fait interdit dans Wikipédia.
Selon l'étymologie du mot encyclopédie, le but de Wikipédia est en effet de synthétiser ou, plus précisément, d'encercler le savoir humain déjà préexistant. Cette contrainte éditoriale limite donc les contributeurs et contributrices à l'usage de sources secondaires et tertiaires présentes dans des publications externes au projet. De ce fait, Wikipédia reproduit fatalement les biais systémiques, tels que les déséquilibres et les surreprésentations de genre et de culture, présents dans un monde de l'édition majoritairement occidental. Or, cette impasse éditoriale propre à Wikipédia n'existe pas dans les autres projets pédagogiques.
Comme ces projets frères, Wikipédia n'est pas non plus un projet complètement autonome des autres projets Wikimédia. L'encyclopédie compte en effet sur le projet Wikimedia Commons pour héberger l'ensemble de sa médiathèque. Elle utilise ensuite le contenu du projet Wikidata comme base de données structurée. Quant aux personnes qui produisent l'encyclopédie, elles peuvent aussi puiser leurs sources dans la bibliothèque Wikisource ou se référer à des citations d'auteurs collectées dans le projet Wikiquote. Tout cela sans oublier que des dizaines de sites web traitent l'archivage permanent de Wikipédia et des autres projets Wikimédia, dans le but de fournir des analyses précieuses et totalement libres d’accès.
Enfin, il faut aussi garder à l'esprit qu'au-delà de tous ces sites web, Wikimédia, c'est aussi de nombreuses institutions et organisations affiliées au mouvement et dispersées dans le monde. Autour de la Fondation Wikimédia chargée de la gestion et de l’organisation internationales, avec près de 650 salariés de nationalités diverses, se regroupent des centaines d'organisations satellites. Parmi celles-ci, on retrouve 2 associations thématiques, 40 associations locales, dont Wikimedia Deutschland qui regroupe plus de 170 employés, et finalement 141 groupes d’utilisateurs et utilisatrices.
Tout ce qui vient d'être exposé dans cette introduction justifie donc la nécessité de distinguer le mouvement Wikimédia du projet Wikipédia. Imaginons seulement que l’on se limite à citer Paris pour décrire et comprendre un pays aussi vaste que la France. Certes, Paris est une ville mondialement connue et qui compte plus de deux millions d’habitants et un patrimoine culturel impressionnant. Mais est-ce pour autant qu'il faudrait oublier les autres villes, villages et métropoles françaises ? Sans compter que la France regroupe aussi des départements et des territoires d’outre-mer et qu'elle entretient des relations et des partenariats internationaux qui dépassent de loin ce qui se passe entre Paris et le reste du monde. Ne pas confondre le mouvement Wikimédia avec le projet Wikipédia relève donc du bon sens.
En 2019 cependant, la Fondation Wikimédia a envisagé de se renommer en Fondation Wikipédia et de remplacer le terme « Wikimédia » par celui de « Wikipédia » partout où ce terme est utilisé dans la sphère hors ligne du mouvement. Le but était d’acquérir une plus grande visibilité et d’attirer des milliards de personnes, grâce au nom de marque Wikipédia, considéré comme l’un des plus connus au monde. Ce changement n’a toutefois pas été accepté par de nombreuses personnes actives au sein du mouvement. En janvier 2020, ces opposants ont ainsi créé une page d’appel à commentaires, qui fut le siège d’un long débat. À l’issue de ce dernier, 73 représentants d’organisations affiliées et 984 personnes ont signé une lettre ouverte adressée à la Fondation, qui comprenait le paragraphe suivant.
« Depuis 20 ans, les bénévoles ont bâti la réputation de Wikipédia en tant que ressource indépendante et communautaire. Les projets du mouvement Wikimédia, dont Wikipédia, se développent autour de la décentralisation et du consensus. Il est essentiel d’établir des distinctions claires entre la Fondation Wikimédia, les affiliés et les contributeurs individuels. Tout changement qui affecte cet équilibre exige le consentement éclairé et la collaboration des communautés. Il est donc très préoccupant de voir Wikipédia présenté pour le nom de l’organisation et du mouvement malgré le mécontentement général de la communauté. »
En s’opposant aux idées de la Fondation, ces membres de la communauté Wikimédia ont ainsi fait preuve de sagesse. De plus, ils ont signalé dans de nombreux commentaires que beaucoup de personnes connaissent le mouvement Wikimédia uniquement au travers de son encyclopédie. Il est même étonnant d'observer que la méconnaissance du mouvement existe au sein même de sa propre communauté. Comme exemple, on peut observer que l'article Wikipédia en anglais, consacré au mouvement Wikimédia, ne s’est développé qu’à partir de 2016, tandis que celui de la version francophone de l'encyclopédie, n’est apparu qu’en 2019. Quant aux autres versions linguistiques, il est tout aussi étonnant de constater qu'en octobre 2025, seulement 39 d'entre elles, sur un total de 358, possédaient un article dédié au mouvement Wikimédia.
Tous ces éléments justifient donc la nécessité d’offrir au monde, une meilleure connaissance du mouvement Wikimédia et des nombreux projets et organisations, qui participent à sa mission de partage du savoir. En ce sens, ce livre est une contribution importante aux défis stratégiques que doit relever le mouvement Wikimédia à l’approche de 2030. Car au-delà des résolutions prises pour développer de nouveaux processus participatifs et délibératifs concernant les questions de marque, c’est avant tout un travail d’information et de sensibilisation à destination du public qu'il reste à faire.
'''Première partie : La naissance du mouvement Wikimédia.'''
Il existe dans l'espace web, une multitude d’archives permettant de retracer les événements, qui ont conduit à la naissance du mouvement Wikimédia. Cette « préhistoire » du mouvement peut notamment être explorée grâce au réseau d’éducation populaire Framasoft, dont le site est apparu environ un an avant la création de la version francophone de Wikipédia. On trouve sur cette plateforme une mine d’informations concernant les logiciels libres et la culture libre, soit deux épisodes majeurs de l’histoire de l’informatique et d’Internet, malheureusement méconnus du grand public.
Grâce à Framasoft et bien d’autres associations, il est possible de découvrir l’organisation et les motivations des millions de personnes qui participent au mouvement du logiciel libre. On peut apprend par exemple, que ce mouvement politique et social, au sein du milieu informatique, a été initié en 1983 par [[w:fr: Richard Stallman|Richard Stallman]]. Programmeur du [[w:Massachusetts_Institute_of_Technology|MIT]] à cette époque, c'est en effet lui qui fut le premier à proposer une alternative à la marchandisation du secteur informatique.
La philosophie de libre partage, apparue au sein du projet de Stallman, reflétait une certaine éthique et une organisation de travail originale, développées au sein d’une sous-culture, en vogue dans le milieu informatique depuis les années 1950. Celle-ci fut documentée dans de nombreux ouvrages, dont « L’éthique hacker », un livre remarquable, dans lequel le philosophe finlandais, Pekka Himanen, analyse en détail les origines de la culture hacker.
Un simple extrait de sa quatrième de couverture, repris ci-dessous, permet d’appréhender la manière de penser de ces informaticiens, rejoints par Richard Stallman durant ses études universitaires, avant d'en devenir l’une des figures les plus charismatiques.
« On considérait jusqu’à présent le « hacker » comme un voyou d’Internet, responsable d’actes de piratage et de vols de numéros de cartes bancaires. Le philosophe Pekka Himanen voit au contraire les hackers comme des citoyens modèles de l’ère de l’information. Il les considère comme les véritables moteurs d’une profonde mutation sociale. Leur éthique, leur rapport au travail, au temps ou à l’argent, sont fondés sur la passion, le plaisir ou le partage. Cette éthique est radicalement opposée à l’éthique protestante, telle qu’elle est définie par Max Weber, du travail comme devoir, comme valeur en soi, une morale qui domine encore le monde aujourd’hui. »
En introduisant cette première partie d'ouvrage de la sorte, nous pouvons déjà comprendre que le mouvement Wikimédia plonge ses racines dans une transition culturelle remplie d’utopie. Une utopie qui s’oppose notamment à ce que l’historien et anthropologue Karl Polanyi désignait, en 1944 déjà, comme un libéralisme économique qui « subordonne les objectifs humains à la logique d’un mécanisme de marché impersonnel ». Étape par étape et en commençant par analyser cette utopie spécifiquement au niveau du mouvement Wikimédia, voyons maintenant ce qui s'est passé tout au long de cette révolution culturelle et numérique.
'''Chapitre 1 : L'utopie Wikimédia.'''
Au fil du temps, Wikipédia fut perçu comme une utopie en marche, puis comme une utopie réalisée, et finalement comme la dernière utopie collective du Web. Mais qu'en est-il de l'ensemble du mouvement Wikimédia ? Pour nous aider à comprendre ce qui se passe dans la dimension numérique de ce mouvement, voici une métaphore qui décrit un quartier établi au sein d'une ville, imaginée au départ de l'espace web ». Dans cette ville imaginaire, Internet représenterait le réseau routier, pendant que des serveurs informatiques feraient office de bâtiments, et que les pages web qu'ils hébergent, constitueraient les différentes pièces de ces édifices.
En visitant le quartier Wikimédia, on découvrirait donc plus d’un millier de bâtiments. Au sein de ceux-ci et à l’exception de quelques lieux administratifs, chaque pièce peut être visitée gratuitement, mais aussi modifiée au niveau de son contenu. On peut ainsi y ajouter de nouvelles choses, telles que du texte, des photos, des vidéos ou des documents sonores, et même changer ou supprimer ce qui a été créé ou modifié par d’autres. Tout cela, bien sûr, dans le but de rendre ces endroits plus esthétiques, ou plus authentiques et en tenant compte des différentes idées et des éventuelles oppositions de point de vue concernant les aménagements. Pour faciliter l'entente entre les personnes qui s'investissent dans les modifications, chaque pièce des bâtiments Wikimédia possède un espace annexe dédié à la discussion.
Dans la plupart des bâtiments Wikimédia, une personne malintentionnée peut même faire disparaitre tout le contenu d'une pièce. Néanmoins, dans la seconde qui suit, un robot remettra tout en place, avant de transmettre un message concernant le traitement du vandalisme. Lorsqu'une action plus discrète n'est pas détectée par un robot, une personne qui surveille la pièce prendra certainement le relais pour annuler les changements malveillants, et contacter la personne responsable. En cas de multirécidive, celle-ci peut se voir privée de sa capacité de modifier les pièces, soit dans le bâtiment vandalisé, soit dans tout le quartier quand cela se justifie. Après discussion, cette sanction sera mise en application par un administrateur ou une administratrice bénévole, choisi ou choisie par l'ensemble des autres bénévoles qui prennent soin des bâtiments.
On comprend donc que tout le monde peut enrichir, mais également surveiller et protéger les richesses partagées dans le quartier Wikimédia. Il suffit pour cela de rejoindre le mouvement en se créant un compte et de profiter de nombreux outils, dont un système de notification qui envoie un message dès qu'une pièce que l'on veut surveiller est modifiée. Pour créer ce compte, il n'est pas nécessaire de fournir une adresse ou un numéro de téléphone. Les seules informations personnelles indispensables au bon fonctionnement du quartier Wikimédia sont les adresses IP des visiteurs. Car contrairement à ce qui se passe dans les quartiers commerciaux de la grande ville numérique, tels que les GAFAM, NATU, BATX, le quartier Wikimédia ne récolte et ne vend aucune donnée à des fins d'exploitation.
Même les adresses IP enregistrées par le système ne sont pas visibles par les autres visiteurs. Elles sont remplacées par les noms et les pseudonymes fournis lors de la création des comptes, ou masquées par des comptes temporaires pour les modifications faites par des personnes non connectées. Seules quelques personnes accréditées par la communauté pour effectuer des contrôles d’usurpation d’identité ont accès à ces informations. C’est là une précaution nécessaire au bon déroulement des votes qui succèdent parfois aux recherches de consensus concernant l'aménagement du quartier Wikimédia.
Dans cette ville numérique que constituerait l'espace web, Wikimédia apparait ainsi comme le plus grand quartier dédié au partage de la connaissance. Tout d'abord, il y a les plus de 350 bâtiments Wikipédia, chacun dédié à une version linguistique de l'encyclopédie. Toujours séparés en versions linguistiques, on trouve ensuite : les bibliothèques Wikilivres et Wikisource, les bâtiments lexicaux Wiktionnaire, le journal Wikinews, le centre pédagogique et de recherche Wikiversité, le syndicat d’initiative Wikivoyage, le répertoire des êtres vivants Wikispecies et enfin l'institut des citations d’auteurs Wikiquote. Cela sans oublier le musée médiatique Wikimedia Commons et la banque Wikidata, reconnue comme étant la plus grande banque d’informations structurées au monde. Deux bâtiments dont l'une des fonctions principales communes est d’enrichir les pièces situées dans les autres buildings du quartier Wikimédia.
Dans tous ces immeubles, il arrive souvent que plus de la moitié des étages soient uniquement attribués à l'organisation des activités qui s'y déroulent. Chaque bâtiment peut aussi compter sur le soutien d'autres édifices tels que MediaWiki, Wikitech, Phabricator, qui sont trois lieux entièrement dédiés aux maintenances techniques sur l'ensemble du quartier. Concernant les aspects administratifs, c'est dans le bâtiment Méta-Wiki que s'opère la gouvernance générale du quartier, alors que les courriers adressés à ce dernier sont traités en première ligne dans le bâtiment Wikimedia VRT. À la suite de quoi, il ne reste plus qu'à citer le bâtiment Wikimedia Outreach, pour des initiatives de sensibilisation, et le bâtiment du journal Diff Wikimedia, comme lieu de publication d'actualités sur le mouvement.
En dehors de certains aspects techniques, tous ces bâtiments sont gérés exclusivement par des communautés bénévoles, qui sont toujours prêtes à accueillir de nouveaux membres. Les seuls immeubles du quartier qui diffèrent de ce principe sont les bâtiments vitrines de la Fondation Wikimédia et des autres associations Wikimédia qui engagent du personnel. Quant au bâtiment du conseil d'administration de la Fondation, des raisons officielles justifient le fait que la modification de ses pièces est réservée à ces membres et aux employés qui les soutiennent.
Face à tant d'utopies, on en vient donc à se demander comment tout cela fut rendu possible. Mais pour répondre à cette question, il faut alors parcourir tout un pan de l'histoire de la révolution numérique, depuis la contre-culture des années 1960 jusqu'à nos jours. On y découvre que les pionniers du réseau Internet étaient des chercheurs et étudiants en informatique, fortement influencés par de nouvelles idéologies, telles que celles qui furent à la source des évènements de mai 68 en France. C'est donc de là que naîtra la philosophie de partage, de liberté, de décentralisation et ce mode d’organisation tout à fait spécifique, que l'on observe aujourd'hui au sein du mouvement Wikimédia.
Il y eut tout d'abord la création d'Internet, comme réseau mondial de communication en libre accès, puis le développement du World Wide Web, qui a grandement facilité les interactions humaines à l’échelle planétaire. Par la suite, ce fut l'arrivée du Web 2.0, caractérisé par l'apparition de nouveaux sites web directement modifiables à l'aide d’un simple navigateur. Or, parmi ceux-ci se trouvent les moteurs de Wiki, dont le plus puissant d’entre eux, MediaWiki, est un logiciel libre développé par la Fondation Wikimédia. Le moment est donc venu d'en savoir plus sur ce type de programme informatique, ainsi que sur le mouvement du logiciel libre, qui a fortement influencé la philosophie et les valeurs véhiculées au sein du mouvement.
'''Chapitre 2 : Le mouvement du logiciel libre'''
L’un des premiers épisodes de la préhistoire de Wikipédia et du mouvement Wikimédia débuta en septembre 1983, lorsqu’un programmeur du Massachusetts Institute of Technology, appelé Richard Stallman, déposa un message sur la liste de diffusion net.unix-wizards. C’était un appel d’aide pour la création de GNU, un nouveau système d’exploitation qui devait réunir une suite de programmes que tout le monde pourrait utiliser librement sur son ordinateur personnel. Dans son message transmis via ARPANET, le premier réseau informatique à grande échelle qui précéda Internet, Stallman s’exprimait de la sorte :
Je considère comme une règle d’or que si j’apprécie un programme, je dois le partager avec d’autres personnes qui l’apprécient. Je ne peux pas en bonne conscience signer un accord de non-divulgation ni un accord de licence de logiciel. Afin de pouvoir continuer à utiliser les ordinateurs sans violer mes principes, j’ai décidé de rassembler une quantité suffisante de logiciels libres, de manière à pouvoir m’en tirer sans aucun logiciel qui ne soit pas libre.
Le projet de Stallman, qui reçut le soutien nécessaire à son accomplissement, marqua ainsi le début de l’histoire du logiciel libre. Quant à la quantité d’aide fournie, elle permet de croire que Richard Stallman n’était pas seul à voir l’arrivée des logiciels propriétaires d’un mauvais œil. Car pour les membres du projet GNU et du mouvement du logiciel libre en général, un bon programme informatique doit respecter ces quatre libertés fondamentales :
1. La liberté d’exécuter le programme, pour tous les usages.
2. La liberté d’étudier le fonctionnement du programme, et de l’adapter à vos besoins.
3. La liberté de redistribuer des copies, donc d’aider votre voisin.
4. La liberté d’améliorer le programme, et de publier vos améliorations, pour en faire profiter toute la communauté.
Lors de l'apparition du logiciel libre, le marché de l’informatique était de fait en pleine mutation. L'habituel partage des codes informatiques entre les rares étudiants ou chercheurs qui bénéficiaient d’un accès à un ordinateur faisait l'objet d'une remise en question. Ce changement faisait notamment suite au Copyright Act de 1976, une nouvelle loi qui autorisait l'application d'un droit d'auteur sur le code informatique, et donc qui permettait d'en interdire le partage ou la réutilisation sans autorisation. Des clauses de confidentialité ont ainsi fait leur apparition, pendant que les employés des firmes informatiques étaient nouvellement soumis à des contrats de confidentialité. C'était la fin de l’entraide et de la solidarité pratiquées chez les pionniers de l’informatique. À sa place s'installaient la concurrence et la compétitivité, bien connues dans le système capitaliste marchand.
Cette mutation coïncidait avec l’arrivée des premiers ordinateurs de taille réduite. Grâce à l’apparition des premiers circuits intégrés, les premiers exemplaires avaient en effet été créés par l’industrie aérospatiale au début des années 1960. Cependant, il fallut attendre le début des années 1980 pour que le prix d’un ordinateur soit suffisamment bas pour en faire un bien de grande consommation.
C’est ainsi qu’en 1982, le Commodore 64 entrait dans le livre Guinness des records, avec plus de 17 millions d’exemplaires vendus dans le monde. Juste avant cela, en 1981, l’IBM Personal Computer avait déjà fait son apparition, en proposant une architecture ouverte qui allait servir de modèle pour toute une gamme d’ordinateurs que l’on désigne toujours aujourd’hui par l’acronyme « PC ».
Pour faire fonctionner ses nouveaux modèles d'ordinateurs, la société IBM avait confié à l’entreprise Microsoft, créée en 1975, la mission de les équiper d’un système d’exploitation. Le contrat signé entre les deux firmes fut une véritable aubaine pour le fournisseur des programmes informatiques. Car sans s'en apercevoir, et sans jamais anticiper que son matériel serait cloné à grande échelle, celle-ci avait en effet permis à Microsoft d'établir un monopole dans la vente de logiciels. Cela fut condamné pour abus de position dominante et vente liée du logiciel avec le matériel informatique, mais sans pour autant empêcher Bill Gates, le principal actionnaire de Microsoft, d'être l'homme le plus riche du monde en 1994.
Toutefois, pendant que Microsoft renforçait sa position dominante, un nouvel événement majeur allait marquer l’histoire du logiciel libre. Celui-ci fut de nouveau déclenché par un appel à contribution, qui fut cette fois posté le vingt-cinq août 1991 par un jeune étudiant en informatique de 21 ans, appelé Linus Torvalds. Via le système de messagerie Usenet, sa demande avait été postée dans une liste de diffusion consacrée au système d’exploitation Minix, une sorte d’UNIX simplifié et développé dans un but didactique, par le programmeur Andrew Tanenbaum.
Loin d’imaginer que cela ferait de lui une nouvelle célébrité dans le monde du Libre, Torvalds entama son message par le paragraphe suivant :
Je fais un système d’exploitation (gratuit) (juste un hobby, ne sera pas grand et professionnel comme gnu) pour les clones 386 (486) AT. Ce projet est en cours depuis avril et commence à se préparer. J’aimerais avoir un retour sur ce que les gens aiment ou n’aiment pas dans minix, car mon système d’exploitation lui ressemble un peu (même disposition physique du système de fichiers (pour des raisons pratiques) entre autres choses).
Bien qu’il fût présenté comme un passe-temps, le projet qui répondait au nom de « Linux », fut rapidement soutenu par des milliers de programmeurs du monde entier, avant de devenir la pièce manquante du projet GNU. En effet, les contributeurs au projet de Stallman n’avaient pas encore terminé l’écriture du code informatique du noyau Hurd, alors qu'il était censé établir la communication entre la suite logicielle produite par GNU et le matériel informatique. C'est donc la fusion des codes produits par les projets GNU et Linux qui permit la création du premier système complet, stable et entièrement libre baptisé GNU/Linux.
Au départ de ce nouveau système informatique, de nombreuses variantes, que l’on nomme communément « distributions », furent créées par des programmeurs de tous horizons. L’une de celles-ci s’intitule Debian et tire sa réputation d'être simultanément libre, gratuite, très fiable et produite par une communauté sans lien direct avec une société commerciale. Quatre qualités qui expliquent pourquoi, Debian sert de base à plus de 150 distributions dérivées, et que de nombreuses organisations l'utilisent, comme le fait la Fondation Wikimédia sur les serveurs qui hébergent les projets qu'elle supporte.
Grâce à la naissance des logiciels libres, le mouvement Wikimédia a donc la possibilité de faire tourner ses serveurs informatiques, avec un système d’exploitation fiable, libre et gratuit. Comme son code source est ouvert, cela permet aussi à la Fondation Wikimédia de le modifier pour répondre aux besoins spécifiques du mouvement. À la suite de quoi, et selon les règles formulées par la communauté du logiciel libre, les modifications faites par la Fondation deviennent à leur tour, gratuitement et librement, utilisables par d’autres personnes ou organismes.
À ce premier héritage reçu par le mouvement Wikimédia et toujours en provenance des logiciels libres, s’ajoute une innovation méthodologique. Dans son article La Cathédrale et le Bazar, Eric Raymond mobilise en effet le terme « cathédrale » pour désigner le mode de production des logiciels propriétaires, en opposition au mot « bazar », qu'il utilise pour qualifier le mode de développement des logiciels libres. D’un côté, il décrit une organisation pyramidale, rigide et statutairement hiérarchisée, comme on peut la voir souvent au sein des entreprises. Tandis que de l’autre, il parle d’une organisation horizontale, flexible et peu hiérarchisée, qu’il a lui-même expérimentée en adoptant le style de développement de Linus Torvalds, à savoir : « distribuez vite et souvent, déléguez tout ce que vous pouvez déléguer, soyez ouvert jusqu’à la promiscuité ».
À l’instar de la métaphore du quartier numérique présentée dans le précédent chapitre, cette manière de décrire les projets open source nous aide donc ici à mieux comprendre ce qui se passe dans le mouvement Wikimédia. D'un côté, on retrouve effectivement cette « ouverture jusqu’à la promiscuité », dans le libre accès accordé aux projets Wikimédia, alors que de l'autre, tout le monde peut participer aux projets Wikimédia, qu'ils soient en ligne ou hors ligne.
Ces deux observations corroborent donc l’existence d’un deuxième héritage en provenance du mouvement du logiciel libre. Néanmoins, il nous reste encore à découvrir un phénomène négligé par Eric Raymond durant ses observations, et qui pourtant, a considérablement influencé l'histoire de la révolution numérique. Il s’agit de l’apparition de la licence libre, de la philosophie qu'elle sous-tend, et du mouvement de la culture libre, dont elle fut à l’origine.
'''Chapitre 3 : Les licences et la culture libres'''
Dans une biographie autorisée, Christophe Masutti explique à quel point la création de la Licence publique générale GNU, en tant que première licence libre créée par Richard Stallman, représente un épisode majeur de la révolution numérique. Selon lui :
La GPL apparaît comme l’un des meilleurs hacks de Stallman. Elle a créé un système de propriété collective à l’intérieur même des habituels murs du copyright. Surtout, elle a mis en lumière la possibilité de traiter de façon similaire « code » juridique et code logiciel.
Le concept de distribution associé à ce nouveau type de licence fut baptisé « copyleft », par inspiration d’un jeu de mots que Richard Stallman avait trouvé dans un courrier transmis par son collègue Don Hopkins. Le principe novateur de ce concept est d'obliger toute production de code dérivé à se soumettre à la même licence libre que le code d’origine. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle beaucoup de gens parlent de licence « virale » ou « récursive » en faisant référence à celle-ci. Quant à l'importance de cette clause, elle repose sur le fait d'interdire toute privatisation d'un code informatique produit sous licence libre. Sans celle-ci, un tel code risque en effet d'être récupéré, puis modifié, avant d’être placé sous un habituel copyright de type « tous droits réservés », dans le but de commercialiser son usage.
En 2001 et dans la mouvance provoquée par l'arrivée des premières licences libres, une organisation internationale sans but lucratif, intitulée Creative Commons, a entamé la promotion du « partage et la réutilisation de la créativité et des connaissances grâce à la fourniture d’outils juridiques gratuits ». Pour ce faire, elle met régulièrement à jour une panoplie de licences inspirées par la GNU, mais spécialement adaptées aux œuvres de l'esprit, telles que les productions littéraires, musicales, photographiques et vidéo, ainsi que les bases de données.
Contrairement aux licences libres fournies par la Free Software Foundation, conçues pour protéger du code informatique, les licences produites par Creative Commons offrent la possibilité de sélectionner différentes clauses pour protéger une œuvre libre. Avec le label CC, pour Creative Commons, on peut ainsi appliquer, ou ne pas appliquer, la clause « BY », qui oblige à créditer l'auteur, et la clause « SA », pour Share Alike, qui ordonne le partage à l’identique comme décrit précédemment. Après quoi il est encore possible d'ajouter la clause « NC », qui impose un usage non commercial, et finalement, la clause « ND », pour Non Derivative, qui exige que l’œuvre soit utilisée ou reproduite dans son intégralité et sans modification.
Le mouvement Wikimédia a choisi la licence CC.BY-SA pour protéger les contenus publiés dans tous ses projets. Cela à l'exception de la banque de données Wikidata, qui au même titre que les descriptions apportées aux fichiers téléchargés dans la médiathèque Wikimedia Commons, publie ses informations structurées sous licence CC0. Cette dernière licence proposée par creative commons est ce qui se rapproche le plus du domaine public, avec pour avantage de ne pas devoir mentionner les auteurs dans le traitement et la réutilisation du contenu de la base de données.
Cependant, il en résulte que les informations en question peuvent être réutilisées par des tiers qui ne sont plus obligés de citer leurs sources, comme le font les agents conversationnels des intelligences artificielles génératives, appelés couramment chatbots. Contrairement à la licence CC.BY-SA, la licence CC0 est donc moins apte à pérenniser les projets Wikimédia, puisqu'elle permet d'invisibiliser ces derniers au risque de réduire les chances d'arrivée de nouveaux contributeurs et contributrices. De plus, sans la clause SA qui assure l'application du copyleft, toutes les informations récupérées au sein de Wikidata et de Wikimedia Commons sont aussi susceptibles de quitter le monde du libre, une fois traitées par des entreprises commerciales.
Quoi qu’il en soit, les licences Creative Commons, inspirées par la licence libre de Richard Stallman, apparaissent finalement comme un troisième héritage en provenance du mouvement du logiciel libre et de la culture libre qui en est issue. Grâce à la licence CC.BY-SA, les éditeurs des projets Wikimédia bénéficient effectivement d'une certaine reconnaissance, tout en étant assurés qu'aucun copyright sur leurs travaux ne puisse profiter exclusivement à une personne ou une compagnie. Cela pendant que la licence libre appliquée au système d'exploitation installé sur les serveurs Wikimédia garantit, pour sa part, un certain respect des contributeurs, puisqu'elle permet de vérifier si le code informatique ne compromet pas leurs vies privées.
Avec tous les autres apports en provenance du logiciel libre, ce sont là deux choses importantes qui ont permis l'apparition du mouvement Wikimédia. Toutefois, cela ne pouvait pas suffire à la création du projet Wikipédia qui en fut le point de départ. Car sans l'espace numérique, mondial et libre d’accès, créé par Internet et l'espace web, aucune encyclopédie collaborative de cette envergure n'aurait pu voir le jour.
'''Chapitre 4 : Le réseau Internet'''
L’histoire du réseau Internet constitue un nouvel épisode captivant de la révolution numérique, sans lequel le mouvement Wikimédia n’aurait jamais pu émerger. D’un point de vue purement technique, ce réseau informatique a été mis au point dans les années 1970, avant l’adoption généralisée du protocole TCP/IP, toujours en usage à ce jour. Ce dernier fut inventé par Vint Cerf et Robert Elliot Kahn, quand ils travaillaient pour la Defense Advanced Research Projects Agency, rattachée au département de la Défense américaine. L'une des premières présentations de leur projet fut, entre autres, réalisée lors d’une conférence organisée par l’International Network Working Group, une instance créée pour assurer la gouvernance mondiale du réseau informatique.
Sur base de ces informations, on peut penser qu’Internet a été créé par des militaires. Cependant, Une contre-histoire de l’Internet, nous révèle que les créateurs et les premiers utilisateurs d’ARPANET, considéré comme l’ancêtre d’Internet, étaient davantage des étudiants hippies et amateurs de LSD, que des militaires bien drillés. D’ailleurs, avant la standardisation du protocole TCP/IP, ARPANET fonctionnait depuis plus d’un an avec un autre protocole de transition intitulé Network Control Program. Or, celui-ci avait été mis au point, en février 1969, par le Network Working Group, un groupe informel d’étudiants rassemblés autour de Steve Crocker, lorsqu’il ne détenait encore qu’une simple licence.
Bien que rarement cité dans l’histoire d’Internet, ce groupe a pourtant mis en place la procédure RFC, pour Request For Comments, reconnue comme « l’un des symboles forts de la "culture technique" de l’Internet, marquée par l’égalitarisme, l’autogestion et la recherche collective de l’efficience ». Soit trois principes et une procédure, qui aujourd’hui encore sont appliqués sur le site Méta-Wiki, dans lequel s'organise la gestion communautaire du mouvement Wikimédia. Cela alors qu'au sein des projets pédagogiques, d’autres processus similaires de recherche de consensus ont fait leur apparition.
Il faut ensuite savoir que les liens entre ARPANET et l’armée ont disparu avec l’apparition du MILNET, un réseau entièrement dédié aux activités militaires, rebaptisé NIPRNet, pour Non-classified Internet Protocol Router Network, en 1990. Après une séparation définitive en 1983, précisément l’année où Richard Stallman postait sa demande d’aide pour le projet GNU, le réseau ARPANET resta uniquement dédié à la recherche et au développement. À cette époque, le réseau ne comprenait pas plus de 600 machines connectées, ce qui n'a donc rien de comparable avec ce vaste réseau informatique mondial que nous connaissons aujourd’hui, et qui fut fortement développé au cours des années 1990.
Pour en assurer l’entretien technique, une organisation non gouvernementale, a été créée en 1992, sous l'appellation d’Internet Society. Celle-ci devait aussi veiller au respect des valeurs fondamentales liées au bon fonctionnement du réseau. Car avant d'atteindre des milliards d’appareils connectés, il a d’abord fallu réglementer les nombreuses dorsales internet intercontinentales, sans lesquelles la transmission du protocole TCP/IP partout dans le monde n'aurait pas été possible.
Pour en revenir à l’état d’esprit des créateurs d'Internet, un article intitulé Quarante ans après : mais qui donc créa l’internet ? apporte un éclairage particulièrement intéressant au sujet des liens que l'on peut établir entre le mouvement Wikimédia et l'histoire d'Internet. Dans son témoignage, Michel Elie, cet ingénieur en informatique, membre du Network Working Group cité précédemment, et responsable de l’Observatoire des Usages de l’Internet, nous explique effectivement ceci.
Le succès de l’internet, nous le devons aux bons choix initiaux et à la dynamique qui en est résultée : la collaboration de dizaines de milliers d’étudiants, ou de bénévoles apportant leur expertise, tels par exemple ces centaines de personnes qui enrichissent continuellement des encyclopédies en ligne telles que Wikipédia.
Au courant des années 1990, le milieu informatique universitaire semblait donc toujours fortement imprégné des idéaux de la contre-culture des années 1960, produit par les baby boomers dans le contexte de la guerre du Vietnam. Afin d'illustrer les idées véhiculées à cette époque, voici un paragraphe extrait d'un ouvrage publié en 1970 et intitulé Vers une contre-culture : Réflexions sur la société technocratique et l’opposition de la jeunesse. Dans celui-ci, Théodore Roszak explique que :
Le projet essentiel de notre contre-culture : proclamer un nouveau ciel et une nouvelle terre, si vastes, si merveilleux que les prétentions démesurées de la technique soient réduites à n’occuper dans la vie humaine qu’une place inférieure et marginale. Créer et répandre une telle conception de la vie n’implique rien de moins que l’acceptation de nous ouvrir à l’imagination visionnaire. Nous devons être prêts à soutenir ce qu’affirment des personnes telles que Blake, à savoir que certains yeux ne voient pas le monde comme le voient le regard banal ou l’œil scientifique, mais le voient transformé, dans une lumière éclatante et, ce faisant, le voient tel qu’il est vraiment.
À la suite de cette lecture, il peut sembler paradoxal de penser qu’une contre-culture, voyant la technique comme « inférieure » et assimilant la science au « banal », puisse avoir un lien avec le milieu scientifique universitaire qui fut à l'origine d'Internet. Cependant, une réponse à cette énigme fut apportée par Fred Turner, par la publication de son livre intitulé : « Aux sources de l’utopie numérique : De la contre-culture à la cyberculture, Stewart Brand, un homme d’influence ».
Grâce à cet ouvrage, on découvre en effet que le mouvement Hippie utilisera tout ce qui était à sa disposition à l’époque pour parvenir à ses fins : LSD, spiritualités alternatives, mais également, objets technologiques les plus en pointe. Cela grâce notamment à l’influence de Steward Brand, le créateur d'un catalogue interactif, qui peut être considéré comme l'ancêtre analogique des groupes de discussions numériques apparus des années plus tard.
Comme autre indication, il y a ensuite les propos tenus en 1992, lors d’une plénière de la 24ᵉ réunion du groupe de travail sur l’ingénierie Internet, par David D. Clark, un autre pionnier d’Internet. Durant cette rencontre, ce chef de projet prononça des paroles restées dans les annales. « Nous récusons rois, présidents et votes. Nous croyons au consensus et aux programmes qui tournent ». Deux phrases seulement, mais qui, dans le cadre du milieu informatique, permettent de croire que le mépris de la contre-culture envers la technique et la science, s'est transformé en un refus d’autorité et une recherche de consensus.
Dans tous les cas, le développement du réseau Internet ne s'est pas fait sans conflits idéologiques importants. On peut d'ailleurs se demander aujourd'hui à quoi ressemblerait Internet s'il n'avait jamais été commercialisé. Cela s'est passé en novembre 1994, lorsque l’association sans but lucratif Advanced Network and Services, chargée de gérer les accès à Internet, a fait le choix de vendre ses activités. Cette décision faisait suite à un appel à des fonds privés pour financer d'importants changements dans l'infrastructure du réseau. Profitant de l'occasion, la société commerciale America Online a ainsi repris à son compte la gestion des connexions à Internet, après avoir effectué un versement de 35 millions de dollars.
Trente ans plus tard, Internet est devenu ce réseau que nous expérimentons aujourd'hui, à savoir : un réseau dominé par des sociétés privées les plus riches au monde. Dans ce contexte et parmi les 100 sites web les plus visités au monde, seul le nom de domaine Wikipédia appartient à une organisation non lucrative. Cela explique donc pourquoi le mouvement Wikimédia, via son encyclopédie et la fondation qui l'héberge, représente à ce jour, et dans l'espace web, l'expression la plus visible de la philosophie des pionniers d’Internet.
Plus qu'un héritage, cette situation peut être vue comme une mission perpétuée au sein d'un espace envahi par une culture marchande et capitaliste. C'est là une information importante qu'il faut retenir au sujet du mouvement Wikimédia. Elle ne clôture pas pour autant tout ce qu'il faut savoir au sujet des évènements qui ont permis la création d’une encyclopédie mondiale, libre et collaborative. Mais en revanche, elle nous invite à découvrir l'histoire du World Wide Web, un espace numérique sans lequel la création de Wikipédia n'aurait jamais été possible.
'''Chapitre 5 : Le World Wide Web'''
Maintenant que le lien entre la création d'Internet et le mouvement Wikimédia est établi, découvrons à présent l'application la plus connue du réseau, que l'on nomme le World Wide Web, ou plus simplement « Web ». C'est Tim Berners-Lee qui en fut l’inventeur, lorsqu’il était encore actif à l'Organisation européenne pour la recherche nucléaire. Il avait pour idée de créer un espace d’échange public par l’intermédiaire d'Internet, et pour y parvenir, il mit au point le logiciel « WorldWideWeb », rebaptisé Nexus pour éviter toute confusion avec le World Wide Web.
Grâce à un système d’indexation appelé hypertexte, ce programme informatique a permis de produire et de connecter des espaces numériques intitulés sites Web. Ceux-ci sont composés de pages web, hébergées sur des ordinateurs distants, mais connectés entre eux au travers du réseau Internet. Pour permettre ce type de connexion, Berners-Lee mit au point le Hypertext Transfer Protocol ou HTTP, un nouveau protocole de communication simple en soi, mais dont la mise en œuvre technique est compliquée.
Pour veiller au bon fonctionnement et au bon usage de l'espace web, des règles de standardisation ont tout d'abord été édictées par l’association Internet Society. Après quoi, Berners-Lee fonda le W3C, un consortium international dont la devise est : « un seul Web partout et pour tous ». Si ce slogan nous apparaît très naturel aujourd’hui, il faut toutefois savoir que l'espace Web a bien failli être régi séparément par des acteurs commerciaux, avec tous les droits d'accès que cela aurait pu engendrer.
À partir du trente avril 1993, jour du dépôt du logiciel WorldWideWeb dans le domaine public par Robert Cailliau, un collègue de Berners-Lee chargé de la promotion de son projet, un tel scénario était en effet possible. Sauf qu'après le départ de Berners-Lee, devenu président du W3C, François Flückiger, qui avait repris son poste au sein du CERN, eut la présence d'esprit de réagir à temps. Selon le livre Alexandria qui parcourt l'histoire de Robert Caillau, voici ce qui aurait pu se passer si le code de l’éditeur HTML n'avait finalement pas été placé sous licence libre.
La philanthropie de Robert, c’est très sympa, mais ça expose le Web à d’horribles dangers. Une entreprise pourrait s’emparer du code source, corriger un minuscule bug, s’approprier le « nouveau » logiciel et enfin faire payer une licence à ses utilisateurs. L’ogre Microsoft, par exemple, serait du genre à flairer le bon plan pour écraser son ennemi Macintosh. Les détenteurs d’un PC devraient alors débourser un certain montant pour profiter des fonctionnalités du Web copyrighté Microsoft. Les détenteurs d’un Macintosh, eux, navigueraient sur un Web de plus en plus éloigné de celui vendu par Bill Gates, d’abord gratuit peut-être, avant d’être soumis lui aussi à une licence.
Face à un tel scénario, nous découvrons de nouveau à quel point le concept de licence libre a fondamentalement changé le cours de la révolution numérique. Sans cela, nos expériences et nos usages de l'espace numérique auraient été totalement différents. L'utopie Wikipédia, par exemple, n'aurait certainement pas vu le jour, en raison de l'éclatement des espaces numériques et des coûts d'accès auxquels seraient confrontés les bénévoles qui ont construit le projet. Quoi qu'il en soit, et au niveau technique, une fois l'espace web apparu, il ne manquait plus qu'une chose pour permettre la création d'une encyclopédie collaborative au format numérique.
'''Chapitre 6 : Les plateformes Wiki'''
Un wiki, ou un moteur de wiki, est un logiciel que l'on installe sur un serveur informatique pour permettre la création d’un site web éditable et configurable à l’aide d’un simple navigateur. Plus précisément, c’est un système de gestion de contenu, dans lequel le code HTML, CSS, JavaScript et Lua, ainsi que certains paramètres, peuvent être modifiés par tous les internautes. Cela peut se faire en se connectant à un compte utilisateur, afin de bénéficier des droits de modification et d’administration qui lui sont accordés, ou en utilisant la configuration attribuée par défaut aux personnes non connectées.
Sur les pages web d'un wiki, chaque modification provoque un nouvel enregistrement complet du code source qui la compose. De la sorte, il est toujours possible, à partir d’une page reprenant l’historique des modifications, de rétablir l'une de ses anciennes versions. Grâce à ce système, on peut ainsi savoir quelle personne, ou quelle adresse IP est à l’origine d’un changement, et même voir l’endroit où la modification a été faite, et à quel moment celle-ci a été réalisée.
Le premier logiciel Wiki, qui portait le nom de WikiWikiWeb, a été créé et placé sous licence libre GPL par Ward Cunningham en mars 1995. Grâce à la licence, d’autres programmes wiki ont vu le jour en copiant ou s’inspirant du code source de WikiWikiWeb, ou des autres projets wiki qui l'avaient fait auparavant. Cette émulation récursive, qui donna naissance à toute une panoplie de projets wiki, est donc à nouveau une belle illustration des retombées positives que peut susciter l'application d'une licence libre.
Parmi les différents logiciels Wiki disponibles, UseModWiki fut choisi par la société Bomis qui finança la création du premier projet Wikipédia en anglais. C'était un choix judicieux, car l’éclatement de la bulle spéculative d’Internet, à la fin des années 2000, confrontait l'entreprise à de grosses difficultés financières. Un programme gratuit, simple d’utilisation et peu gourmand en ressources informatiques, convenait donc parfaitement dans ce cadre. UseModWiki fut par après remplacé par un autre moteur de Wiki sans nom, mais plus performant et toujours produit sous licence libre. Ce dernier fut ensuite amélioré par plusieurs programmeurs, dont Brion Vibber, le premier employé de la Fondation Wikimédia, avant d’être finalement intitulé MediaWiki.
Avec l’aide de nouveaux employés et des bénévoles actifs sur le site mediawiki.org, ce système de gestion de contenu finit par apparaitre en tête du classement des wikis les plus utilisés. Grâce à la licence libre, des milliers d'autres personnes et projets ont pu en effet développer des sites Web, sans nécessairement faire partie du mouvement Wikimédia. Ce succès a par ailleurs justifié l'organisation de rassemblements annuels entre 2016 et 2020, entre personnes et organisations qui utilisent le programme, pour discuter de son développement et de ses usages.
Ceci étant dit, il existe dans la liste des Wikis d’autres logiciels libres intéressants, tels que DokuWiki, rendu populaire par sa simplicité d’installation et d’usage. Jusqu’à ce jour cependant, seul MediaWiki semble suffisamment stable et puissant pour permettre le développement optimal de l’ensemble des projets Wikimédia. Avec parmi ceux-ci, bien sûr, Wikipédia, l'encyclopédie libre et universelle, dont nous allons enfin découvrir la mise en place dans ce prochain chapitre.
'''Chapitre 7 : L’encyclopédie libre et universelle'''
Dans les chapitres précédents, nous avons découvert toutes les innovations techniques et culturelles sans lesquelles Wikipédia n’aurait jamais pu devenir la plus grande encyclopédie libre et universelle connue au monde. Son objectif est de synthétiser la totalité du savoir humain. Ce qui n’est autre, finalement, qu’un vieux rêve de notre humanité. Trois cents ans avant Jésus-Christ et durant la création de la bibliothèque d’Alexandrie, ce désir était aussi celui de Ptolémée Iᵉʳ. C'était deux siècles avant que Denis Diderot publie, avec Jean Le Rond d'Alembert et Louis de Jaucourt en 1751, la première édition de l’Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers. Quant à Paul Otlet, qui a créé avec Henri La Fontaine la classification décimale universelle en usage depuis 1905, il s’était mis en tête de répertorier l’ensemble du savoir humain au sein d'un seul édifice.
Peu connu à ce jour, ce documentaliste belge rêvait pourtant de cataloguer le monde et de rassembler toutes les connaissances humaines, sous la forme d’un gigantesque répertoire bibliographique universel, situé à l'intérieur d'un Mundaneum. En 1934, dans le Traité de documentation écrit par celui qui voulait « classer le monde », Otlet décrit, de manière particulièrement visionnaire, un possible partage du savoir et de l’information.
Ici, la Table de Travail n’est plus chargée d’aucun livre. À leur place se dresse un écran et à portée un téléphone. Là-bas, au loin, dans un édifice immense, sont tous les livres et tous les renseignements, avec tout l’espace que requiert leur enregistrement et leur manutention…
De là, on fait apparaître sur l’écran la page à lire pour connaître la question posée par téléphone avec ou sans fil. Un écran serait double, quadruple ou décuple s’il s’agissait de multiplier les textes et les documents à confronter simultanément ; il y aurait un haut-parleur si la vue devrait être aidée par une audition. Une telle hypothèse, un Wells certes l’aimerait. Utopie aujourd’hui parce qu’elle n’existe encore nulle part, mais elle pourrait devenir la réalité de demain pourvu que se perfectionnent encore nos méthodes et notre instrumentation.
À peu de choses près, cette utopie décrite en 1934 par Otlet correspond à l'usage que l'on fait du réseau Internet et de son espace web, lorsqu'on recherche de l'information aujourd'hui. Premièrement, allumer un système informatique, avec ou sans fil, muni d'un écran ; ensuite, poser une question dans un moteur de recherche ; puis, comme cela arrive très souvent, être redirigé vers l'une des versions linguistiques de Wikipédia.
Ce scénario, dans lequel les moteurs de recherche jouent un rôle central, explique la popularité de l'encyclopédie libre. D'autres projets similaires étaient pourtant apparus sur le Web avant l'arrivée de Wikipédia. Environ trois ans avant sa création, Aaron Swartz, un activiste de la culture libre qui avait juste douze ans à l'époque, avait par exemple lancé une sorte de site encyclopédique produit et régi par ses usagers. Appelé The Info Network, ce site web avait d'ailleurs permis à son auteur de recevoir l'ArsDigita Prize, un prix décerné aux jeunes créateurs de projets « utiles, éducatifs, collaboratifs et non commerciaux ».
Il faut savoir ensuite que l'expression « encyclopédie libre et universelle » fut oubliée pour la première fois durant l'année 2000 par Richard Stallman, soit l'année qui précéda celle de la naissance de Wikipédia. C'était dans un essai intitulé The Free Universal Encyclopedia and Learning Resource, qui, selon son auteur, avait été rédigé deux ans avant sa publication sur la liste de diffusion du projet GNU. Repris ci-dessous, un extrait de ce texte, présente les particularités du projet.
Le World Wide Web a le potentiel de devenir une encyclopédie universelle couvrant tous les domaines de la connaissance et une bibliothèque complète de cours d’enseignement. Ce résultat pourrait être atteint sans effort particulier, si personne n’intervient. Mais les entreprises se mobilisent aujourd’hui pour orienter l’avenir vers une voie différente, dans laquelle elles contrôlent et limitent l’accès au matériel pédagogique, afin de soutirer de l’argent aux personnes qui veulent apprendre.
Nous ne pouvons pas empêcher les entreprises de restreindre l’information qu’elles mettent à disposition ; ce que nous pouvons faire, c’est proposer une alternative. Nous devons lancer un mouvement pour développer une encyclopédie libre universelle, tout comme le mouvement des logiciels libres nous a donné le système d’exploitation libre GNU/Linux. L’encyclopédie libre fournira une alternative aux encyclopédies restreintes que les entreprises de médias rédigeront.
En parlant d'un « mouvement pour développer une encyclopédie libre universelle », Stallman anticipait donc, sans le savoir, l'arrivée du mouvement Wikimédia, qui ne se concrétisa que bien des années plus tard. Quant à la soixantaine de paragraphes qui décrivent son projet, on y retrouve, dans une forme presque identique, les cinq principes fondateurs qui ont guidé la création de Wikipédia et qui sont toujours actifs à ce jour.
Le premier consiste bien sûr à créer une encyclopédie ; le deuxième réclame une neutralité de point de vue, chose que Stallman expliquait déjà en écrivant qu’« en cas de controverse, plusieurs points de vue seront représentés » ; le troisième implique le respect des droits d’auteur et l’adoption d'une licence libre, celle précisément dont Stallman avait été l'initiateur ; le quatrième inscrit le projet dans une démarche collaborative, alors que Stallman précisait déjà que « tout le monde est le bienvenu pour écrire des articles » ; et le cinquième enfin, stipule qu’il n’y a pas d’autres règles fixes, une position très courante dans le milieu des hackers dont Stallman faisait partie.
Il apparaît donc clairement que le projet Wikipédia n'était pas une idée originale en soi, mais plutôt une opportunité saisie par la société Bomis pour enrichir sa propre encyclopédie commerciale, Nupedia. Cette dernière avait été lancée en avril 2000, soit environ dix mois avant Wikipédia, et sa rédaction était assurée par des experts engagés au sein d’un processus éditorial strict et formel. Malheureusement pour la firme Bomis, le nombre d’articles ne progressait que très lentement.
Dans le but d'accélérer le processus, Larry Sanger, un docteur en philosophie employé par Bomis pour assurer le rôle de rédacteur en chef de Nupedia, eut l'idée d'installer un logiciel wiki sur les serveurs de son entreprise. L'objectif était d'ouvrir un site web participatif, dans lequel des volontaires pourraient créer des articles encyclopédiques, pour qu'ils soient ensuite intégrés dans le projet commercial. Malgré le manque d’enthousiasme de son employeur Jimmy Wales, Sanger mit ses idées en application, et c'est donc ainsi que débuta l’histoire de Wikipédia, avec sa toute première version en anglais.
C’était le 15 janvier 2001, précisément le même mois où Richard Stallman mit en ligne son propre projet d’encyclopédie libre et universelle, qu'il souhaitait intituler GNUPedia. Étonnamment, les noms de domaine gnupedia .com .net et .org avaient déjà été enregistrés au nom de Jimmy Wales, ce qui obligea Stallman à rebaptiser son projet GNE. Ce fait est d'autant plus surprenant que Wales affirma des années plus tard : « n’avoir eu aucune connaissance directe de l’essai de Stallman lorsqu’il s’est lancé dans son projet d’encyclopédie ».
Le site GNE ne ressemblait cependant pas vraiment à une encyclopédie, mais plutôt à un blog collectif ou une base de connaissance, tandis que sa page d’accueil précisait clairement qu’il s’agissait d’une bibliothèque d’opinion. Quant à sa modération, elle avait demandé d'engager un employé, car elle s'est avérée bien plus compliquée que prévu. À côté de cela, et probablement grâce aux spécificités de l’environnement wiki et aux soutiens apportés par Jimmy Wales et Larry Sanger, Wikipédia réussit à mettre en place une organisation efficace au sein d'une communauté d'éditeurs grandissante.
Peut-être en raison de la concurrence libre faite par le projet GNE, Jimmy Wales décida d'abandonner le copyright que Bomis détenait sur son encyclopédie commerciale Nupedia, pour le remplacer par une licence Nupedia Open Content. Peu de temps après, il décida finalement d'adopter la licence de documentation libre GNU conçue pour protéger les textes de documentation des logiciels libres. Ce dernier choix fut une stratégie payante, puisque cela incita Richard Stallman à transférer tout le contenu de son projet GNE vers Nupedia, et à encourager tout le monde à contribuer sur Wikipédia.
Parmi les autres actions de Jimmy Wales qui ont contribué au succès de Wikipédia, il y eut cette idée d'ouvrir le projet aux « gens ordinaires ». C’était un choix qui s’opposait aux idéaux de Larry Sanger, qui de loin préférait le modèle de Nupedia avec son système de relecture par des experts. Cependant, Jimmy Wales, en tant qu'homme d’affaires, visait une croissance plus rapide du contenu de l'encyclopédie.
Cette croissance ne s'est toutefois pas faite sans difficulté. Le 26 février 2002, en effet, l'Enciclopedia Libre Universal en Español, un projet dissident du projet Wikipédia, fit son apparition. C'était une réaction à de la censure, à l'existence d'une ligne éditoriale et à la possibilité de voir apparaitre des publicités dans Wikipédia. En raison des remises en question que cette séparation suscitait parmi les bénévoles actifs dans les projets, Jimmy Wales renonça finalement à l'usage de la publicité et mit de côté ses visions en matière de profit.
Il faut aussi tenir compte du fait que cet évènement est survenu lors de l'éclatement de la bulle spéculative Internet et du krach boursier de 2001-2002. Une conjoncture qui plaçait la société Bomis dans des difficultés financières, et surtout, dans l'incapacité de payer le salaire de Larry Sanger, son seul employé. En mars 2002 et après un mois d’activité bénévole, l’ex-employé décida alors de quitter les fonctions, qu'il occupait depuis un peu plus d'un an, dans Nupedia et Wikipédia. Avec le seul soutien de Jimmy Wales, les deux encyclopédies purent toutefois poursuivre leurs développements, toujours avec le concours d'experts dans Nupedia et d'une communauté bénévole au niveau de Wikipédia. Néanmoins, en septembre 2003 et vu l'écart qui se creusait entre les deux projets, l'encyclopédie Nupedia fut fermée et ses quelques dizaines d'articles transférées vers les milliers d'autres que comprenait déjà le projet Wikipédia.
Trois ans plus tard, Larry Sanger n’avait pas dit son dernier mot. En septembre 2006, il décida en effet de lancer sur fonds propres une encyclopédie intitulée Citizendium. Cette plateforme écrite en anglais uniquement et toujours active à ce jour, repose sur un système d’expertise, dans lequel les contributrices et les contributeurs doivent déclarer leur identité réelle. En avril 2026 cependant, Citizendium reprenait moins de 2000 articles, tout avancement confondu, tandis que le projet Wikipédia en anglais en regroupait déjà plus de 7 millions.
Voici donc comment est née la plus grande encyclopédie au monde, dont la taille et la visibilité n'avaient jamais été égalées auparavant. Une encyclopédie qui, de plus, s'est rapidement déclinée en de nombreuses versions linguistiques, à l'instar de sa version francophone, lancée moins de quatre mois après le projet original en anglais. Toutes ces versions ont formé les premières bases d’une organisation mondiale, bientôt chapeautée par une fondation. Avant cela, d'autres projets pédagogiques et collaboratifs ont vu le jour au côté de Wikipédia. Intitulés « projets frères », ceux-ci se constituent à leur tour, en de nombreuses versions linguistiques, tout en poursuivant le processus de création du mouvement Wikimédia.
'''Chapitre 8 : L'arrivée des projets frères'''
Dans le but de développer des contenus pédagogiques qui ne trouvaient pas leur place dans Wikipédia, d’autres projets pédagogiques et collaboratifs ont vu le jour, pour former ce que l'on appelle couramment aujourd'hui : l’écosystème Wikimedia. La naissance de tous ces projets, ainsi que les évènements importants qui ont contribué au développement du mouvement, ont été repris dans une ligne du temps réalisée par Guillaume Paumier, à l’occasion du dixième anniversaire de Wikipédia. Grâce à ce graphique, on peut voir en détail l'évolution du nombre de projets, de versions linguistiques, de contributeurs et d'articles, et se faire ainsi une idée sur la vitesse à laquelle s'est développé le mouvement Wikimédia.
Parmi tous les projets frères de Wikipédia, le premier à apparaître fut Méta-Wiki, une plateforme de référence pour centraliser la gestion de l'ensemble des sites web hébergés par la fondation Wikimédia. Dans un premier temps, cet espace communautaire en ligne a répondu à la nécessité de traiter en un seul lieu les questions communes aux différentes versions linguistiques de Wikipédia. Aujourd'hui, le site web est le principal endroit de coordination et de gestion de l'ensemble du mouvement Wikimédia. On y retrouve énormément d'informations au sujet des projets en ligne, et peut-être plus encore, concernant la Fondation et les organismes affiliés.
Après Méta-Wiki, sept autres projets de partage de la connaissance ont fait leur apparition, avant d'être déclinés à leur tour en plusieurs versions linguistiques. Tous ces projets émergent en général sur l’initiative d’un petit groupe de personnes actives au sein d’un projet préexistant. Ce fut le cas du projet Wiktionnaire en anglais, le deuxième projet à voir le jour après Méta-Wiki, en décembre 2002, soit deux ans avant la version francophone apparue en mars 2004.
Il est intéressant d'observer que la version francophone du Wiktionnaire n’a pas été créée à partir du projet anglophone, mais bien depuis le projet Wikipédia en français. D'ailleurs, on peut retrouver dans les archives de ce dernier projet, un débat concernant la pertinence de cette création, dont voici un extrait.
En fait, ce qui me peine vraiment avec le projet Wiktionary, c’est que alors qu’on essaie de rassembler les gens (pas facile) pour créer une sorte de tour de Babel de la connaissance (tâche bien longue et difficile), ce nouveau projet va disperser les énergies pour une raison qui ne me semble pas valable. C’est la création de Wiktionary qui va créer des redondances. À mon avis il existera rapidement des pages sur le même mot, mais ne contenant pas les mêmes informations. Pour quelle raison ces connaissances devraient-elles être séparées ? Les encyclopédies sur papier devaient faire des choix à cause du manque de place, mais nous, pourquoi le ferions-nous ??? "Wikipédia n’est pas un dictionnaire" n’est pas un argument à mon avis... si vraiment c’était pas un dictionnaire, il faudrait virer tout un tas d’article. Je ne comprends vraiment pas cette volonté de séparer la connaissance entre ce qui est "encyclopédique" et ce qui n’est "qu’une définition".
[Réponse]
Pour moi ce qu’est Wiktionary, c’est une partie de Wikipédia s’intéressant plus particulièrement aux aspects linguistiques des mots. La différence que je verrais entre la partie dictionnaire de Wikipédia et sa partie dite encyclopédique, c’est que la partie dictionnaire s’intéresserait au sens des mots eux-mêmes alors que la partie encyclopédie s’attache plus à faire ressortir un état des connaissances à un moment donné. Le pourquoi de la séparation d’avec la partie encyclopédie tient plus à des raisons techniques qu’à une volonté de monter un projet indépendant, en effet, à mon humble avis, un dictionnaire nécessite une plus grande rigueur (de présentation) qu’une encyclopédie. Ceci entraîne beaucoup de problème et entre autres le choix de la mise en forme des articles du dictionnaire.
Créer un nouveau projet, c’est effectivement créer un nouveau site web, qui devra faire l’objet d’une nouvelle gestion, tant pour les serveurs de la Fondation, que pour la nouvelle communauté de contributeurs. L’importation de pages d’un projet à l'autre ou la traduction de celles-ci sont bien sûr toujours possibles, mais cela duplique alors aussi la maintenance et les mises à jour. Le choix de scinder un projet, en faveur d’une plus grande liberté, comporte donc certains coûts humains et financiers.
Ce prix à payer n'a pour autant pas empêché le projet anglophone Wikibooks de faire son apparition le 10 juin 2003, soit près d’un an avant Wikilivres, la version francophone du projet, apparue le 22 juillet 2004. Cette dernière création avait de nouveau été débattue au sein de la communauté Wikipédia en français, et non pas dans le Wikibooks en anglais. Quant à l'objectif commun aux deux projets linguistiques, il était de créer une « bibliothèque de livres pédagogiques libres que chacun peut améliorer ».
Environ un an après la création du projet en anglais, un nouvel espace de noms intitulé Wikijunior fut mis en place au sein de la bibliothèque en ligne. Ce sous-projet avait été créé pour répondre à un financement de la fondation Beck, qui cherchait à promouvoir la production de nouvelles littératures pour des enfants de huit à onze ans. Peu de temps après, cette tranche d’âge fut toutefois élargie de zéro à douze ans au niveau du projet francophone, quand le sous-projet y fut adopté.
Ces deux évènements témoignent ainsi qu'il est toujours possible qu'un sous-projet apparaisse dans un projet Wikimédia. Comme autre exemple, il y a aussi le WikiJournal, un sous-projet développé au sein du projet Wikiversité en anglais et qui reçut le prix de l’Open Publishing Awards en 2019. Une demande fut faite pour qu'il puisse bénéficier d'un nouveau site web dans le but de pouvoir se développer en dehors de Wikiversité. Malheureusement pour les initiateurs, la demande est restée sans suite jusqu'à ce jour, après que le conseil d’administration de la Fondation, chargé de répondre à leur demande, considéra que le projet n’était pas suffisamment abouti.
Il faut savoir qu'avant cela, le projet Wikiversité, dans lequel est né Wikijournal, avait lui-même été un sous-projet du projet Wikibook. Initialement, il visait à « créer une communauté de personnes qui se soutiennent mutuellement dans leurs efforts éducatifs ». Cependant, en août 2005, une longue discussion remit en question l’existence du sous-projet Wikiversité dans Wikibooks. Au terme de celle-ci, la décision fut prise de transférer Wikiversité et son contenu sur le site Méta-Wiki, là où de nouvelles discussions ont abouti à l’idée de faire de Wikiversité un nouveau projet indépendant.
Déjà à l'époque, le conseil d’administration de la Fondation Wikimédia se montrait réticent à l'ouverture de nouveaux projets, et sa réaction fut de demander l'ouverture d'un sondage au sein de la communauté. Celui-ci devait rassembler une majorité des deux tiers en faveur de l'ouverture du nouveau site web. Un résultat qui fut finalement obtenu, mais pas sans de longs débats, dont voici un extrait.
La principale raison pour laquelle la Fondation Wikimédia ne veut pas "lâcher le morceau" est une simple question de bureaucratie et la crainte que le projet ne devienne une autre Wikispecies [un projet de répertoire du vivant]. Wikispecies est une idée cool, mais les "fondateurs" du projet se sont dégonflés à mi-chemin de la mise en place du contenu et ont décidé de faire une révision majeure qui a pris plus de temps que ce que tout le monde était prêt à mettre.
Le même problème s’applique à Wikiversity en ce qui concerne la Fondation, parce que les objectifs et les buts de ce projet ne sont pas clairement définis, et il semble que les participants essaient de mordre plus qu’ils ne peuvent mâcher en proposant une université de recherche multi-collèges entière (avec un statut de recherche et une accréditation) à former de toutes pièces plutôt qu’un simple centre d’éducation pour adultes avec quelques classes.
En novembre 2005 et malgré les résultats du sondage, l'indépendance du projet Wikiversité ne fut toutefois pas acceptée par cinq membres du conseil. Ceux-ci réclamaient une « réécriture de la proposition pour en exclure la remise de titre de compétence, la conduite de cours en ligne, et de clarifier le concept de plate-forme e-learning ». Quand ces rectifications furent faites, le projet bénéficia d'une période d’essai de plusieurs mois, jusqu'à ce que les amendements apportés au projet de départ soient enfin acceptés, le 31 juillet 2006. Ce long temps d'attente était justifié par la création du special projects committee, qui, jusqu'en décembre 2021, fut chargé de soulager le conseil d’administration de la fondation, par rapport aux demandes de création de nouveaux projets Wikimédia.
Un nouveau site, nommé Beta-Wikiversity, fut ainsi créé pour assister le lancement des différentes versions linguistiques de Wikiversité. Durant six mois, son premier objectif a d'abord été l'élaboration des lignes directrices concernant la potentialité de produire des recherches collaboratives au sein du projet. Par la suite, chaque nouvelle version linguistique, développée dans le projet Beta, devait avoir plus de 10 modifications par mois, réalisées par au moins trois personnes distinctes, avant de pouvoir bénéficier de son propre site web.
À l'image de Beta-Wikiversity, le projet Wikisource possède lui aussi un site indépendant pour lancer ces nouvelles déclinaisons linguistiques. Tandis que pour tous les autres projets pédagogiques, ce lancement s'effectue sur la plateforme Wikimedia Incubator, créée à la même époque que Beta-Wikiversity. Ces trois plateformes de lancement ne concernent pas les nouveaux projets, qui doivent faire l'objet d'une acceptation par le conseil d'administration de la Fondation Wikimédia, et qui peuvent avoir pour origines des processus de création divers.
Le projet Wikivoyage, par exemple, fut initialement créé en 2003 dans un Wiki extérieur au mouvement Wikimédia, là où il portait le nom de Wikitravel. Comme cela arrive parfois, ce projet sans but lucratif fut acheté par une entreprise commerciale en 2006. Mais en raison du changement de gouvernance et de l'apparition de publicités, une scission est apparue au sein de la communauté d’éditeurs. Les personnes désireuses de quitter Wikitravel lancèrent alors un nouveau site appelé Wikivoyage, qui reçut en 2007, le Webby Award du meilleur guide de voyage Internet.
L'intégration de Wikivoyage dans l'écosystème Wikimédia n'a cependant été faite qu'en 2012, à la suite d'un appel à commentaires durant lequel 540 personnes furent en faveur de l’intégration du projet, 153 contre, pendant que 6 restèrent sans avis. Comme cette nouvelle déclencha une migration importante depuis Wikitravel vers Wikivoyage, une plainte fut déposée par la société commerciale en charge du premier projet. Celle-ci fut toutefois rejetée et le projet Wikivoyage continua à prendre de l’ampleur au sein du mouvement Wikimédia, avec la création de nouvelles versions linguistiques.
Le cas de Wikivoyage apparait toutefois comme une exception, car en général les nouveaux projets émergent des centaines de candidatures déposées sur le projet Méta-Wiki. Celles-ci se soldent bien souvent par un refus, comme ce fut le cas pour le projet WikiLang dont le but était de lancer un laboratoire linguistique. Quelques rares projets ont pourtant la chance d'être élus. Ce fut notamment le cas en octobre 2012, avec le lancement de la base de données structurée et sémantique Wikidata et de ses extensions Wikibase, ou plus récemment, en 2020, avec l'arrivée du projet Abstract Wikipedia et Wikifunctions.
Sans vouloir entrer dans les détails, il est intéressant de savoir que l'interconnexion entre ces trois projets permet de traduire automatiquement des articles encyclopédiques dans tous les langages naturels pris en charge par le mouvement Wikimédia. Plus précisément, les phrases des articles publiées sur Abstract Wikipédia, sont formulées par des fonctions informatiques produites dans le projet Wikifunctions, dans le but de traiter les informations de la base de données sémantique Wikidata. Autrement dit, un article dans Abstract Wikipédia ne possède qu'une seule page pour toutes les langues, pareillement aux pages d'entités de Wikidata, qui ont pour titre une lettre suivie d'un chiffre.
À la suite de ces explications, on observe donc que ce n'est pas la complexité qui détermine le refus projet, mais plutôt une série de critères comparables à ceux retenus pour supprimer des projets ou versions linguistiques déjà existants. À ce propos, il existe sur Méta-Wiki une liste mise à jour des différents sites hébergés par la Fondation Wikimédia dont l'existence est remise en cause. Dans celle-ci, on retrouve essentiellement des versions linguistiques de projets qui n’ont pas réussi à poursuivre leurs développements, bien qu'un projet entier soit toujours susceptible d'être mis à l'arrêt. C'est d'ailleurs ce qui est arrivé aux 31 versions linguistiques du projet Wikinews, qui, en date du 4 mai 2026, soit 22 ans après le lancement du site anglophone, sont accessibles en mode lecture uniquement.
Dans le cas de Wikinews, ce fut le manque d'activité qui apparut comme principale justification de la suspension du projet. Cependant, d'autres raisons pourraient être invoquées, comme le prouve cet épisode de 2005, où, peu de temps après son lancement, la version francophone du recueil de citations Wikiquote a bien risqué de disparaitre. Le projet fut effectivement accusé d’avoir récupéré le contenu d’une base de données soumise à un droit d’auteur, incompatible avec la licence Creative Commons appliquée sur l’ensemble des projets pédagogiques Wikimédia. Lorsqu'une plainte fut adressée à l’association Wikimédia France, pour être ensuite relayée sur le site Méta-Wiki, il fut bien question de fermer le projet. Après de longues discussions, celui-ci fut maintenu, mais avec pour conditions de repartir de zéro, et d’établir une charte pour garantir la traçabilité des citations reprises par le projet.
Voici donc de quoi se faire une idée sur la manière dont les projets pédagogiques et leurs déclinaisons linguistiques apparaissent et disparaissent au sein du mouvement. Les exemples repris ci-dessus suffisent effectivement pour comprendre les principes généraux qui sous-tendent leurs créations. En dehors de Méta-Wiki, Wikidata, Wikifunctions, Abstract Wikipédia et Wikimedia Commons, qui ne sont pas des projets de contenu pédagogique à proprement parler, tous les autres projets semblent effectivement provenir d’un désir de spécialisation d’un projet préexistant.
L'idée est généralement débattue dans un projet de même langue, avant de relayer la discussion vers le site Méta-Wiki. Si le projet y est jugé pertinent, il fait alors l'objet d'une candidature qui doit actuellement être soumise au groupe de travail des projets frères du comité des affaires communautaires de la Fondation Wikimédia. Quant aux nouvelles versions linguistiques, elles doivent être aujourd'hui soumises à l'approbation du comité des langues, avant d'être testées sur les plateformes Incubator, Beta-Wikiversité ou Wikisource Multilingue, dans le but de bénéficier d’un site web indépendant.
Après ces explications concernant les projets frères et leurs variations linguistiques, il nous reste encore à parler des sites qui ont un lien avec le mot Wiki, soit par leur nom, soit par le logiciel utilisé. En 2024 effectivement, plus de 22 600 d'entre eux étaient répertoriés, dont plus de 95 % sans aucun lien avec le mouvement Wikimédia, en dehors du fait, peut-être, qu’ils utilisaient le logiciel MediaWiki développé par la Fondation Wikimédia.
WikiLeaks par exemple, créé par Julian Assange dans le but de publier des documents classifiés provenant de sources anonymes, n’est ni un projet Wikimédia, ni un site collaboratif. Quant au recueil universel et multilingue de guides illustrés WikiHow, si celui-ci fonctionne pour sa part de manière collaborative et avec le logiciel MediaWiki, il n'a pourtant aucun lien avec le mouvement Wikimédia. D'ailleurs, son ergonomie, radicalement différente de celle des projets Wikimédia, permet de le comprendre au premier coup d’œil.
En revanche, Wikimini, l'encyclopédie libre pour les enfants, a une apparence tout à fait comparable à celle des projets Wikimédia, alors que le projet n’a jamais été accepté par la Fondation. Quant aux projets WikiTribune et Fandom, l'ambiguïté qu'ils entretiennent avec le mouvement est d'autant plus grande qu'ils ont été créés par Jimmy Wales, le fondateur de Wikipédia et de la Fondation Wikimédia. Cependant, comme ce sont des projets commerciaux, ils ne peuvent en aucun cas être soutenus par une fondation sans but lucratif.
Au terme de cette présentation, il ne reste plus qu'à signaler que le mouvement Wikimédia ne fut conscientisé que tardivement par rapport à l'apparition des projets Wikimédia et de leurs différentes versions linguistiques. Pour qu'un sentiment de collectivité se manifeste entre tous ceux-ci, il fallut certainement attendre qu'une coordination se développe sur la plateforme Méta-Wiki, mais également que de nombreuses rencontres et associations apparaissent en dehors de l'espace numérique. En ce sens, la naissance du mouvement ne fut pas un événement ponctuel, mais plutôt la réalisation d’un long processus de conscientisation.
'''Chapitre 9 : La conscientisation du mouvement'''
Avant d'aborder la question de la conscientisation du mouvement, il peut être intéressant de découvrir l'origine étymologique du mot « Wikimédia ». Celui-ci est un mot-valise composé du suffixe « média » et du préfixe « wiki » que l’on doit à cette expression hawaïenne « wiki wiki », qui se traduit en français par l'expression : « vite, vite ». Celle-ci fut récupérée une première fois par Ward Cunningham, le créateur du premier moteur Wiki, avant d'être réutilisée dans les noms inventés pour d'autres logiciels de cette même famille. UseModWiki en est un bel exemple, puisqu'il fut le premier programme utilisé par la firme Bomis pour héberger son projet d’encyclopédie collaborative. Raison pour laquelle, sans doute, le terme « wiki » fut utilisé pour créer le mot Wikipédia, en l'associant au suffixe « pedia » qui fait référence au mot anglais encyclopedia, selon un principe qui fut ensuite repris pour tous les autres projets du mouvement.
Le mot Wikimédia, pour sa part, n’est apparu que le seize mars 2003, lors d’une discussion concernant la déclinaison possible de l’encyclopédie en d’autres types de projets éditoriaux participatifs. Durant celle-ci, l’écrivain américain Sheldon Rampton eut l’idée d’associer au terme wiki à celui de « média », afin de mettre en évidence la variété des médias produits et partagés par Wikipédia et ses projets frères. Toutefois, c'est seulement en juin 2008 que Florence Devouard, présidente de la Fondation à cette époque, associe le mot Wikimédia à un mouvement social qu’elle voyait apparaître au sein des projets Wikimédia et de leurs communautés d'usagers.
Affirmer pour autant que ce moment précis coïncide avec la naissance du mouvement Wikimédia serait quelque peu arbitraire. Car si l’on peut déterminer plus ou moins facilement l’apparition d’une expression dans des archives, tout le monde sait qu’un mouvement social ne se forme pas en un seul instant. Dans le contexte du mouvement Wikimédia, sa naissance est bien sûr liée à celle du projet Wikipédia, mais également à tout ce qui permit la création de cette encyclopédie libre. Dans une autre perspective encore, on peut dater l'apparition du mouvement Wikimédia au 20 juin 2003, date de la création de la fondation qui porte le même nom. Ou pourquoi pas, associer la création du mouvement à la mise en ligne de la plate-forme Méta-Wiki, qui en représente le principal lieu de coordination.
Toujours est-il que l’expression « Wikimedia movement » est bien apparue en juin 2008, sous la plume de Florence Devouard. Cela s'est passé sur la liste de diffusion de la Fondation et peu de temps avant qu'elle quitte son poste de présidente. Dans son message, elle partageait l'idée de placer sous le nom de domaine Wikimedia.org un site vitrine de présentation du mouvement Wikimédia qu'elle concevait de la sorte.
Le mouvement Wikimédia, comme je l’entends est
– une collection de valeurs partagées par les individus (liberté d’expression, connaissance pour tous, partage communautaire, etc.)
– un ensemble d’activités (conférences, ateliers, wikiacadémies, etc.)
– un ensemble d’organisations (Wikimedia Foundation, Wikimedia Allemagne, Wikimedia Taïwan, etc.), ainsi que quelques électrons libres (individus sans chapitres) et des organisations aux vues similaires.
Avec autant de détails et d'explications, un tel message ne pouvait qu'accélérer la prise de conscience au sein du mouvement. Dans tous les cas, il mettait en évidence que les personnes actives dans les projets éditoriaux en ligne ou dans les organismes affiliés, faisaient partie de ce que Ralf Dahrendorf appelle un « quasi-groupe ». Ou autrement dit, un ensemble d’individus qui ont un mode de vie semblable, une culture commune, mais dont les points communs ne gravitent pas autour d’une prise de conscience de leur position commune dans la relation d’autorité.
Après la naissance de Wikipédia et de nombreux projets frères, une dizaine d’années a donc été nécessaire pour que le mouvement Wikimédia prenne conscience de son existence. Aujourd’hui encore, et comme cela a déjà été vu, de nombreuses personnes actives dans les projets pédagogiques ne réalisent toujours pas qu’elles participent aux activités d’un mouvement social. Cela, contrairement aux personnes investies dans les activités en présentiel organisées au sein du mouvement, qui sont généralement plus conscientes de leur engagement. C’est là une raison de croire que le développement de la Fondation Wikimédia et de ses organismes affiliés a joué un rôle important dans l'apparition d'un sentiment d’appartenance.
'''Chapitre 10 : La création des organismes affiliés'''
Si c’est grâce à l’arrivée des groupes et des organismes affiliés à la Fondation Wikimédia que l’idée du mouvement est probablement apparue, il est alors intéressant d'en décrire les processus de création. Mais puisque cela représente plusieurs centaines d’instances spécifiques, regroupées en plusieurs catégories détaillées en seconde partie d'ouvrage, aborder ici l’histoire de chacune d’entre elles serait une entreprise beaucoup trop fastidieuse.
De plus, s’il existe énormément d’archives numériques concernant la naissance des sites Wikimédia, ce n’est pas le cas pour ces organismes affiliés. Un bon nombre de ceux-ci se sont effectivement formés durant des rencontres ou des réunions hors ligne qui n'ont fait l’objet d’aucun enregistrement. Du reste, une bonne part des échanges effectués au sein de ces associations s'organise par des canaux de communication privés auxquels seuls les membres actifs ont accès.
Puisque je suis l'un des membres fondateurs, je me limiterai donc ici à parler de l’association Wikimédia Belgique. Celle-ci fut fondée le huit octobre 2014 en tant qu’association sans but lucratif, avant d'être reconnue le six août 2015 par le conseil d’administration de la Fondation Wikimédia. Après plus de trois ans d’activités et de rencontres et sous l’impulsion de Maarten Deneckere qui assuma le premier mandat de présidence, nous étions 8 personnes à signer la première version des statuts de l’association.
Jusqu’à ce jour, l’objet social de Wikimedia Belgique est d' « impliquer tout un chacun dans la connaissance libre ». Contrairement à l'association Wikimédia Deutchland, la première à voir le jour en 2004 et qui rassemblait déjà en 2021 plus de 85 000 membres et près de 150 employés, l’association belge n'a qu'une seule employée à temps partiel et 150 membres en 2025.
Avant d’être reconnues par le comité d’affiliations chargé de seconder le conseil d’administration de la Fondation, toutes les associations nationales, dites « chapters » en anglais, et toutes les autres organisations affiliées doivent réaliser de nombreuses démarches. Celles-ci consistent à répondre à un ensemble de prérequis qui ont évolué suite à la création d'un comité décisionnel en avril 2006. Ces obligations diffèrent entre les groupes d’utilisateurs et d'utilisatrices et les associations locales ou thématiques. Parmi ceux-ci, on retrouve toutefois : un nombre minimum de membres et de référents, une mission et un règlement d’ordre intérieur conformes aux attentes du mouvement, la remise de plans et de rapports d’activités annuels, etc.
On comprend donc qu’il n’est pas évident de créer une nouvelle instance au sein du mouvement. Pour bénéficier du soutien logistique et financier de la Fondation réservé aux organismes affiliés, c’est ainsi toute une série de rapports qu’il faut alors transmettre à divers comités et commissions chargés de leurs évaluations. Cela représente une quantité de tâches administratives qu’il n’est pas toujours facile d’assumer, surtout lorsque les membres de l’organisme affilié sont tous des bénévoles. D’où sans doute cette régulière disparition d’affiliations, pendant que d’autres se créent ou réapparaissent en fonction des énergies et du dynamisme disponibles dans les équipes.
Les activités liées à la récolte et à la redistribution des dons offerts au mouvement, ainsi que les autorisations d’usage de marques déposées, contrastent donc avec les valeurs de libre partage et d’autonomie décrites dans les projets pédagogiques. Cela semble confirmer que la partie hors ligne du mouvement est plus influencée par les habitudes d’un système économique dominant, contrairement à la partie en ligne qui semble plus fidèle à l’héritage de la contre-culture.
'''Chapitre 11 : L'héritage d'une contre-culture'''
Au terme de cette première partie d’ouvrage, il devient évident que la révolution numérique, que l’on considère généralement comme une révolution technique, fut aussi, et peut-être avant tout, une révolution sociale et culturelle. Quant à l'histoire de Wikimédia, reprise ici depuis les origines de son encyclopédie jusqu'à l'apparition de ses organismes affiliés, elle nous fit découvrir comment les idées de la contre-culture des années 1960 furent transmises au mouvement.
En cas de doute, observons encore que Richard Stallman, celui qui a créé les concepts de licence et d'encyclopédie libre, fut désigné par certains comme le gourou de la contre-culture hacker et le père du système d’exploitation hippie. Une culture hippie, dont il est aussi troublant de constater que le renversement de son logo ressemble étrangement à celui du mouvement Wikimédia.
Incontestablement et au travers du mouvement des logiciels libres, le mouvement Wikimédia a donc bien hérité des valeurs produites par les mouvements sociaux des années 1960. Des valeurs qui aujourd'hui contrastent fortement avec la marchandisation et la capitalisation du monde, dont l'espace web ne fait jamais que refléter ce qui se passe dans le reste de la société humaine. Or, ce phénomène ne date pas d'hier. En 2008 déjà, André Gorz, ce philosophe parmi les pères de la décroissance et théoricien de l’écologie politique, constatait déjà que :
La lutte engagée entre les "logiciels propriétaires" et les "logiciels libres" [...] a été le coup d’envoi du conflit central de l’époque. Il s’étend et se prolonge dans la lutte contre la marchandisation de richesses premières – la terre, les semences, le génome, les biens culturels, les savoirs et compétences communs, constitutifs de la culture du quotidien et qui sont les préalables de l’existence d’une société. De la tournure que prendra cette lutte dépend la forme civilisée ou barbare que prendra la sortie du capitalisme.
Dans cette lutte et avec le seul nom de domaine non commercial parmi le top 100 des sites les plus fréquentés du Web, la galaxie Wikimédia apparait donc comme un des derniers lieux numériques de liberté, de partage et d'égalité. Un lieu qui, de plus, est connu mondialement, grâce au succès des plus de 350 déclinaisons linguistiques de Wikipédia, et sans pour autant récolter d'informations sur l’identité et le comportement des internautes. Cela alors que cette pratique est considérée, par certains, comme un « nouvel or noir » pompé du Web, pendant que d’autres préfèrent parler de « capitalisme 3.0 » ou de « capitalisme de surveillance » .
Évidemment, les enjeux de cette lutte sont difficiles à comprendre. La complexité de l’infrastructure informatique, mais également le fait que tout cela s'inscrit dans une révolution que Rémy Rieffel décrit comme « instable et ambivalente, simultanément porteuse de promesse, et lourde de menaces », ne facilitent pas les choses. Cela d'autant plus que tout cela se place « dans un contexte où s’affrontent des valeurs d’émancipation, et d’ouverture d’un côté et des stratégies de contrôle et de domination de l’autre » .
En fait d’ambivalence, il est surprenant d'apprendre, par exemple, que Jimmy Wales, fondateur de Wikipédia et de la fondation Wikimédia, est un adepte de l’objectivisme, alors que cette philosophie voit le capitalisme comme un idéal de société et l’égoïsme rationnel, comme une morale. Puis, concernant l'instabilité du numérique, il y a ces appels répétés de Tim Berners-Lee au sujet de la « redécentralisation » et de la « régulation » d'un espace web qu'il avait conçu dans un esprit tout à fait opposé. Quant aux pionniers d'Internet, ils n'ont probablement pas imaginé que leur création permettrait un jour, à des milliards d’objets connectés, de rapporter, rien qu'en France et en 2021, plus de 2,6 milliards d’euros.
Quant à la question du contrôle et au-delà de ce qui est opéré par les firmes commerciales, c'est bien sûr du côté des États qu'il faut porter son attention. Face à un mouvement qui veut s’émanciper des contrôles, par moins de 18 pays ont déjà censuré Wikipédia et parfois même l'ensemble des projets frères. Ce fut le cas par exemple pour la Turquie, la Russie, l'Iran, mais également le Royaume-Uni, la France et l'Allemagne, et c'est même le cas de manière permanente en Chine, depuis 2004.
Dans certains cas, des procédures juridiques ont été utilisées pour intimider les membres du mouvement. C'est arrivé en France lorsque le directeur de l'association Wikimédia fut menacé de poursuites pénales par la Direction Centrale du Renseignement Intérieur, après un refus de supprimer un article qui traitait d’une station militaire dans Wikipédia. Par chance, ce qui s'est passé en France ne dépassa pas le stade de l'intimidation. En Biélorussie cependant, Mark Bernstein, un contributeur aux projets Wikimédia, fut condamné à quinze jours de prison ferme, assortis de trois ans d’assignation à résidence, pour des propos tenus au sujet de la guerre en Ukraine. Cela sans oublier qu'actuellement, ce sont les conservateurs à la tête des États-Unis qui « veulent la peau de Wikipédia » en cherchant à obtenir l'identité réelle de certains contributeurs.
Le contrôle et le non-respect de la vie privée font ainsi appel à la figure emblématique du lanceur ou de la lanceuse d'alerte, dont la posture contestataire fait penser à celle des personnes actives dans la contre-culture des années 1960. Parmi ceux-ci, on dit de Julian Assange, Edward Snowden et Chelsea Manning, qu'ils « ont perdu leur liberté pour défendre la nôtre ». De manière similaire, on pourrait donc aussi dire que les Wikimédiens Aaron Swartz, Bassel Khartabil, Pavel Pernikov, Ihor Kostenko et Mark Bernstein, se sont sacrifiés pour la liberté, le partage et la vérité.
Dans Wikimédia et comme ce fut expliqué dans l'introduction de cet ouvrage, une alerte peut prendre la forme d'un appel à commentaires en réaction à une décision ou une situation observée au sein du mouvement. C'est même là une pratique institutionnalisée, qui fait l'objet d'une procédure d'accompagnement et de suivi. Toutes ces alertes concernent les dérives de certains projets, mais également de certaines associations dont la proximité avec le système économique n'aide pas au respect des pratiques et des valeurs développées en ligne.
Dans ce qui apparait aux yeux de certains comme un « bazar libertaire », les choix et règles édictés dans la sphère hors ligne du mouvement ne plaisent pas toujours aux membres des communautés en ligne. Ce qui n'empêche toutefois pas les projets éditoriaux d'avoir leurs propres règles et des recommandations, ni de voir apparaitre, en 2020 et dans l'ensemble du mouvement, un code de conduite universel, qui détermine le « référentiel minimum des comportements acceptables et inacceptables ».
L'idéologie transmise à Wikimédia, décrite en partie par Steven Levy dans son ouvrage L’Éthique des hackers est donc plus subtile qu'un simple refus d'autorité. Dans un esprit de partage, d'ouverture, de transparence, de liberté, d'égalité et d'autonomie, c'est une structure très complexe, tout en étant cosmopolite et mondiale, que le mouvement réussit à mettre en place. Une organisation qui, finalement, apparait très inspirante dans la manière de faire communauté aujourd'hui, et au sein d'un monde toujours plus global et numérique.
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Lionel Scheepmans
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text/x-wiki
'''LE MOUVEMENT WIKIMÉDIA.'''
'''Dernier partage altruiste de la connaissance libre ?'''
De Lionel Scheepmans.
Avec l'aide de la communauté Wikimédia.
'''Quatrième de couverture.'''
'''Le mouvement Wikimédia, l'aventure inspirante d'une organisation mondiale et altruiste, au service d'un savoir libre et vérifiable.'''
Quel est ce seul acteur à but non lucratif présent dans le top 100 des sites les plus visités sur le Web ?
Comment incarne-t-il l’expression la plus visible des valeurs de liberté, d’égalité et de partage, héritées de la révolution numérique et des mouvements sociaux des années 1960 ?
Comment, à partir de Wikipédia et suite à la création d’une quinzaine de projets frères, distribués en centaines de versions linguistiques, le mouvement social Wikimédia a imaginé un monde dans lequel le savoir se produit et se partage librement ?
Et comment, en toute autonomie, des dizaines de projets pédagogiques, édités par des millions de bénévoles, soutenus par une fondation et près de 200 associations et groupes locaux, produisent-ils la plus grande intelligence collective au monde ?
Avec de nombreux codes QR, cet ouvrage répond à ces questions, tout en permettant de mieux comprendre le monde global et numérique qui nous entoure.
Lionel Scheepmans est docteur en sciences politiques et sociales, militant de la culture libre et professeur d’anthropologie numérique. Il occupe plusieurs postes d’administrateur au sein du mouvement Wikimédia qu’il observe de manière participative depuis 2011. Ses travaux universitaires, du master à la thèse de doctorat, furent consacrés à l’organisation et aux enjeux de Wikipédia et du mouvement Wikimédia.
'''Avant-propos'''
Pour offrir un confort de lecture sur papier sans perdre la puissance du numérique, des codes QR sont affichés tout au long de cet ouvrage. À l’aide d’une tablette ou d’un smartphone, ils offrent un accès direct à ce qui serait coûteux ou impossible à imprimer.
Par exemple, le code QR 1, présent à la fin de cette page, donne accès directement à la page web qui reprend l’intégralité de l’ouvrage. Une fois sur celle-ci, on peut alors visionner les illustrations en couleur ou les enregistrements qui s’y trouvent et consulter ensuite leurs pages de descriptions en cas de besoin. Cette version numérique comprend aussi de nombreux hyperliens pointant vers Wikipédia et d’autres sites du mouvement Wikimédia, où se trouvent des compléments d’informations et leurs mises à jour.
Pour économiser du papier lors de l’impression, la section regroupant les notes et les références de l’ouvrage n’est disponible qu’au format numérique, mais est directement accessible via le code QR 2 repris ci-dessous. Grâce aux indices de renvoi chiffrés et placés en exposant dans le texte imprimé, il est alors possible, au départ d'un smartphone ou d'une tablette, de retrouver les notes et les références en fonction de leur numérotation. Lorsque la référence correspond à une page web, un lien pointant vers le projet Internet Archive s’y trouve repris, pour garantir un accès aux archives des pages citées dans l’ouvrage, si jamais elles avaient disparu du web. Quant aux pages toujours existantes, elles restent accessibles via leurs hyperliens originels, pour consulter leurs éventuelles évolutions.
Étant donné que ce livre est produit sur une plateforme collaborative, tout le monde est invité à améliorer les prochaines versions. On peut le faire en corrigeant des fautes d’orthographe ou de syntaxe sur les pages web qui constituent les différents chapitres de l’ouvrage, ou encore en apportant des commentaires sur les pages de discussion qui leur sont associées. Cela peut se faire très simplement en cliquant sur « Modifier » , quand on est sur la page d'un chapitre, et sur « Ajouter un sujet » lorsque l'on est sur une page de discussion.
Une page de discussion générale est aussi accessible grâce au code QR 3. Elle permet de commenter le livre dans son ensemble, ou de poser une question à son sujet. Il suffit pour cela d’indiquer un titre dans le champ « Démarrer un nouveau sujet », avant d'écrire le contenu de son message dans l’encadré situé juste en dessous, et de cliquer finalement sur le bouton « Ajouter un sujet de manière anonyme », pour publier celui-ci.
Enfin, pour ceux qui voudraient agrémenter leur lecture d’un fond sonore relaxant et original, le code QR 4 donne accès à une page web qui diffuse une musique mélodieuse. Celle-ci est composée de sons spécifiquement produits chaque fois qu’une modification est apportée sur un projet Wikimédia, ou qu’un nouveau compte y est créé. Ce dispositif ingénieux offre ainsi, aux lecteurs qui le souhaitent, une ambiance sonore particulièrement confortable, ainsi qu’une nouvelle expérience immersive au sein du mouvement Wikimédia.
'''Introduction : Wikimédia n’est pas Wikipédia.'''
Depuis le succès initial de Wikipédia, une myriade de projets de partage des connaissances, d’organisations et de groupes de soutien ont émergé pour former ce qu’on appelle aujourd’hui le mouvement Wikimédia. Même si l’encyclopédie libre reste l'activité phare du mouvement à ce jour, il serait regrettable de réduire l’ensemble du mouvement à cet unique projet pédagogique. Malheureusement, il arrive bien trop souvent qu'une seule version linguistique de Wikipédia suffise pour cacher l’étendue de la forêt Wikimédia.
En réalité, Wikimédia représente un mouvement social, international et interculturel complexe, au sein duquel Wikipédia n’est qu’une composante parmi d’autres. Dans le cadre d'un mémoire de master, on peut ainsi fournir en quelques mois une ethnographie du projet Wikipédia en français. Alors que pour synthétiser les origines, l’organisation et les dynamiques globales du mouvement Wikimédia, une thèse de doctorat et cinq années de recul supplémentaires furent nécessaires.
À la fin de l'année 2025, l’ampleur numérique du mouvement est effectivement impressionnante. Chaque mois, des millions de modifications bénévoles sont effectuées sur plus de 500 millions de pages, réparties sur plus d’un millier de sites web, dont 358 seulement, correspondent aux versions linguistiques de Wikipédia. Ce qui prouve donc clairement que les activités en ligne portées par l'ensemble du mouvement Wikimédia dépassent largement ce qui se passe au sein de l’encyclopédie.
Il existe ainsi cinq autres espaces collaboratifs d'écriture susceptibles d'atteindre un jour l'envergure et la notoriété de Wikipédia, avec un objectif et un fonctionnement spécifiques à chacun. De manière détaillée, Wikilivres crée des livres pédagogiques ; Wikiversité rassemble des supports d'enseignement et des travaux de recherche ; Wikivoyage développe un guide touristique mondial ; Wikispecies établit un répertoire du vivant, tandis que Wiktionnaire définit des mots de toutes les langues, dans toutes les langues.
Contrairement à Wikipédia, tous ces projets ne sont pas soumis à une neutralité de point de vue, ni limités à l'usage de sources secondaires reconnues, au niveau de la rédaction des articles. La plupart d'entre eux acceptent aussi la publication de travaux de recherche ou de productions personnelles, alors que cela est tout à fait interdit dans Wikipédia.
Selon l'étymologie du mot encyclopédie, le but de Wikipédia est en effet de synthétiser ou, plus précisément, d'encercler le savoir humain déjà préexistant. Cette contrainte éditoriale limite donc les contributeurs et contributrices à l'usage de sources secondaires et tertiaires présentes dans des publications externes au projet. De ce fait, Wikipédia reproduit fatalement les biais systémiques, tels que les déséquilibres et les surreprésentations de genre et de culture, présents dans un monde de l'édition majoritairement occidental. Or, cette impasse éditoriale propre à Wikipédia n'existe pas dans les autres projets pédagogiques.
Comme ces projets frères, Wikipédia n'est pas non plus un projet complètement autonome des autres projets Wikimédia. L'encyclopédie compte en effet sur le projet Wikimedia Commons pour héberger l'ensemble de sa médiathèque. Elle utilise ensuite le contenu du projet Wikidata comme base de données structurée. Quant aux personnes qui produisent l'encyclopédie, elles peuvent aussi puiser leurs sources dans la bibliothèque Wikisource ou se référer à des citations d'auteurs collectées dans le projet Wikiquote. Tout cela sans oublier que des dizaines de sites web traitent l'archivage permanent de Wikipédia et des autres projets Wikimédia, dans le but de fournir des analyses précieuses et totalement libres d’accès.
Enfin, il faut aussi garder à l'esprit qu'au-delà de tous ces sites web, Wikimédia, c'est aussi de nombreuses institutions et organisations affiliées au mouvement et dispersées dans le monde. Autour de la Fondation Wikimédia chargée de la gestion et de l’organisation internationales, avec près de 650 salariés de nationalités diverses, se regroupent des centaines d'organisations satellites. Parmi celles-ci, on retrouve 2 associations thématiques, 40 associations locales, dont Wikimedia Deutschland qui regroupe plus de 170 employés, et finalement 141 groupes d’utilisateurs et utilisatrices.
Tout ce qui vient d'être exposé dans cette introduction justifie donc la nécessité de distinguer le mouvement Wikimédia du projet Wikipédia. Imaginons seulement que l’on se limite à citer Paris pour décrire et comprendre un pays aussi vaste que la France. Certes, Paris est une ville mondialement connue et qui compte plus de deux millions d’habitants et un patrimoine culturel impressionnant. Mais est-ce pour autant qu'il faudrait oublier les autres villes, villages et métropoles françaises ? Sans compter que la France regroupe aussi des départements et des territoires d’outre-mer et qu'elle entretient des relations et des partenariats internationaux qui dépassent de loin ce qui se passe entre Paris et le reste du monde. Ne pas confondre le mouvement Wikimédia avec le projet Wikipédia relève donc du bon sens.
En 2019 cependant, la Fondation Wikimédia a envisagé de se renommer en Fondation Wikipédia et de remplacer le terme « Wikimédia » par celui de « Wikipédia » partout où ce terme est utilisé dans la sphère hors ligne du mouvement. Le but était d’acquérir une plus grande visibilité et d’attirer des milliards de personnes, grâce au nom de marque Wikipédia, considéré comme l’un des plus connus au monde. Ce changement n’a toutefois pas été accepté par de nombreuses personnes actives au sein du mouvement. En janvier 2020, ces opposants ont ainsi créé une page d’appel à commentaires, qui fut le siège d’un long débat. À l’issue de ce dernier, 73 représentants d’organisations affiliées et 984 personnes ont signé une lettre ouverte adressée à la Fondation, qui comprenait le paragraphe suivant.
« Depuis 20 ans, les bénévoles ont bâti la réputation de Wikipédia en tant que ressource indépendante et communautaire. Les projets du mouvement Wikimédia, dont Wikipédia, se développent autour de la décentralisation et du consensus. Il est essentiel d’établir des distinctions claires entre la Fondation Wikimédia, les affiliés et les contributeurs individuels. Tout changement qui affecte cet équilibre exige le consentement éclairé et la collaboration des communautés. Il est donc très préoccupant de voir Wikipédia présenté pour le nom de l’organisation et du mouvement malgré le mécontentement général de la communauté. »
En s’opposant aux idées de la Fondation, ces membres de la communauté Wikimédia ont ainsi fait preuve de sagesse. De plus, ils ont signalé dans de nombreux commentaires que beaucoup de personnes connaissent le mouvement Wikimédia uniquement au travers de son encyclopédie. Il est même étonnant d'observer que la méconnaissance du mouvement existe au sein même de sa propre communauté. Comme exemple, on peut observer que l'article Wikipédia en anglais, consacré au mouvement Wikimédia, ne s’est développé qu’à partir de 2016, tandis que celui de la version francophone de l'encyclopédie, n’est apparu qu’en 2019. Quant aux autres versions linguistiques, il est tout aussi étonnant de constater qu'en octobre 2025, seulement 39 d'entre elles, sur un total de 358, possédaient un article dédié au mouvement Wikimédia.
Tous ces éléments justifient donc la nécessité d’offrir au monde, une meilleure connaissance du mouvement Wikimédia et des nombreux projets et organisations, qui participent à sa mission de partage du savoir. En ce sens, ce livre est une contribution importante aux défis stratégiques que doit relever le mouvement Wikimédia à l’approche de 2030. Car au-delà des résolutions prises pour développer de nouveaux processus participatifs et délibératifs concernant les questions de marque, c’est avant tout un travail d’information et de sensibilisation à destination du public qu'il reste à faire.
'''Première partie : La naissance du mouvement Wikimédia.'''
Il existe dans l'espace web, une multitude d’archives permettant de retracer les événements, qui ont conduit à la naissance du mouvement Wikimédia. Cette « préhistoire » du mouvement peut notamment être explorée grâce au réseau d’éducation populaire Framasoft, dont le site est apparu environ un an avant la création de la version francophone de Wikipédia. On trouve sur cette plateforme une mine d’informations concernant les logiciels libres et la culture libre, soit deux épisodes majeurs de l’histoire de l’informatique et d’Internet, malheureusement méconnus du grand public.
Grâce à Framasoft et bien d’autres associations, il est possible de découvrir l’organisation et les motivations des millions de personnes qui participent au mouvement du logiciel libre. On peut apprend par exemple, que ce mouvement politique et social, au sein du milieu informatique, a été initié en 1983 par [[w:fr: Richard Stallman|Richard Stallman]]. Programmeur du [[w:Massachusetts_Institute_of_Technology|MIT]] à cette époque, c'est en effet lui qui fut le premier à proposer une alternative à la marchandisation du secteur informatique.
La philosophie de libre partage, apparue au sein du projet de Stallman, reflétait une certaine éthique et une organisation de travail originale, développées au sein d’une sous-culture, en vogue dans le milieu informatique depuis les années 1950. Celle-ci fut documentée dans de nombreux ouvrages, dont « L’éthique hacker », un livre remarquable, dans lequel le philosophe finlandais, Pekka Himanen, analyse en détail les origines de la culture hacker.
Un simple extrait de sa quatrième de couverture, repris ci-dessous, permet d’appréhender la manière de penser de ces informaticiens, rejoints par Richard Stallman durant ses études universitaires, avant d'en devenir l’une des figures les plus charismatiques.
« On considérait jusqu’à présent le « hacker » comme un voyou d’Internet, responsable d’actes de piratage et de vols de numéros de cartes bancaires. Le philosophe Pekka Himanen voit au contraire les hackers comme des citoyens modèles de l’ère de l’information. Il les considère comme les véritables moteurs d’une profonde mutation sociale. Leur éthique, leur rapport au travail, au temps ou à l’argent, sont fondés sur la passion, le plaisir ou le partage. Cette éthique est radicalement opposée à l’éthique protestante, telle qu’elle est définie par Max Weber, du travail comme devoir, comme valeur en soi, une morale qui domine encore le monde aujourd’hui. »
En introduisant cette première partie d'ouvrage de la sorte, nous pouvons déjà comprendre que le mouvement Wikimédia plonge ses racines dans une transition culturelle remplie d’utopie. Une utopie qui s’oppose notamment à ce que l’historien et anthropologue Karl Polanyi désignait, en 1944 déjà, comme un libéralisme économique qui « subordonne les objectifs humains à la logique d’un mécanisme de marché impersonnel ». Étape par étape et en commençant par analyser cette utopie spécifiquement au niveau du mouvement Wikimédia, voyons maintenant ce qui s'est passé tout au long de cette révolution culturelle et numérique.
'''Chapitre 1 : L'utopie Wikimédia.'''
Au fil du temps, Wikipédia fut perçu comme une utopie en marche, puis comme une utopie réalisée, et finalement comme la dernière utopie collective du Web. Mais qu'en est-il de l'ensemble du mouvement Wikimédia ? Pour nous aider à comprendre ce qui se passe dans la dimension numérique de ce mouvement, voici une métaphore qui décrit un quartier établi au sein d'une ville, imaginée au départ de l'espace web ». Dans cette ville imaginaire, Internet représenterait le réseau routier, pendant que des serveurs informatiques feraient office de bâtiments, et que les pages web qu'ils hébergent, constitueraient les différentes pièces de ces édifices.
En visitant le quartier Wikimédia, on découvrirait donc plus d’un millier de bâtiments. Au sein de ceux-ci et à l’exception de quelques lieux administratifs, chaque pièce peut être visitée gratuitement, mais aussi modifiée au niveau de son contenu. On peut ainsi y ajouter de nouvelles choses, telles que du texte, des photos, des vidéos ou des documents sonores, et même changer ou supprimer ce qui a été créé ou modifié par d’autres. Tout cela, bien sûr, dans le but de rendre ces endroits plus esthétiques, ou plus authentiques et en tenant compte des différentes idées et des éventuelles oppositions de point de vue concernant les aménagements. Pour faciliter l'entente entre les personnes qui s'investissent dans les modifications, chaque pièce des bâtiments Wikimédia possède un espace annexe dédié à la discussion.
Dans la plupart des bâtiments Wikimédia, une personne malintentionnée peut même faire disparaitre tout le contenu d'une pièce. Néanmoins, dans la seconde qui suit, un robot remettra tout en place, avant de transmettre un message concernant le traitement du vandalisme. Lorsqu'une action plus discrète n'est pas détectée par un robot, une personne qui surveille la pièce prendra certainement le relais pour annuler les changements malveillants, et contacter la personne responsable. En cas de multirécidive, celle-ci peut se voir privée de sa capacité de modifier les pièces, soit dans le bâtiment vandalisé, soit dans tout le quartier quand cela se justifie. Après discussion, cette sanction sera mise en application par un administrateur ou une administratrice bénévole, choisi ou choisie par l'ensemble des autres bénévoles qui prennent soin des bâtiments.
On comprend donc que tout le monde peut enrichir, mais également surveiller et protéger les richesses partagées dans le quartier Wikimédia. Il suffit pour cela de rejoindre le mouvement en se créant un compte et de profiter de nombreux outils, dont un système de notification qui envoie un message dès qu'une pièce que l'on veut surveiller est modifiée. Pour créer ce compte, il n'est pas nécessaire de fournir une adresse ou un numéro de téléphone. Les seules informations personnelles indispensables au bon fonctionnement du quartier Wikimédia sont les adresses IP des visiteurs. Car contrairement à ce qui se passe dans les quartiers commerciaux de la grande ville numérique, tels que les GAFAM, NATU, BATX, le quartier Wikimédia ne récolte et ne vend aucune donnée à des fins d'exploitation.
Même les adresses IP enregistrées par le système ne sont pas visibles par les autres visiteurs. Elles sont remplacées par les noms et les pseudonymes fournis lors de la création des comptes, ou masquées par des comptes temporaires pour les modifications faites par des personnes non connectées. Seules quelques personnes accréditées par la communauté pour effectuer des contrôles d’usurpation d’identité ont accès à ces informations. C’est là une précaution nécessaire au bon déroulement des votes qui succèdent parfois aux recherches de consensus concernant l'aménagement du quartier Wikimédia.
Dans cette ville numérique que constituerait l'espace web, Wikimédia apparait ainsi comme le plus grand quartier dédié au partage de la connaissance. Tout d'abord, il y a les plus de 350 bâtiments Wikipédia, chacun dédié à une version linguistique de l'encyclopédie. Toujours séparés en versions linguistiques, on trouve ensuite : les bibliothèques Wikilivres et Wikisource, les bâtiments lexicaux Wiktionnaire, le journal Wikinews, le centre pédagogique et de recherche Wikiversité, le syndicat d’initiative Wikivoyage, le répertoire des êtres vivants Wikispecies et enfin l'institut des citations d’auteurs Wikiquote. Cela sans oublier le musée médiatique Wikimedia Commons et la banque Wikidata, reconnue comme étant la plus grande banque d’informations structurées au monde. Deux bâtiments dont l'une des fonctions principales communes est d’enrichir les pièces situées dans les autres buildings du quartier Wikimédia.
Dans tous ces immeubles, il arrive souvent que plus de la moitié des étages soient uniquement attribués à l'organisation des activités qui s'y déroulent. Chaque bâtiment peut aussi compter sur le soutien d'autres édifices tels que MediaWiki, Wikitech, Phabricator, qui sont trois lieux entièrement dédiés aux maintenances techniques sur l'ensemble du quartier. Concernant les aspects administratifs, c'est dans le bâtiment Méta-Wiki que s'opère la gouvernance générale du quartier, alors que les courriers adressés à ce dernier sont traités en première ligne dans le bâtiment Wikimedia VRT. À la suite de quoi, il ne reste plus qu'à citer le bâtiment Wikimedia Outreach, pour des initiatives de sensibilisation, et le bâtiment du journal Diff Wikimedia, comme lieu de publication d'actualités sur le mouvement.
En dehors de certains aspects techniques, tous ces bâtiments sont gérés exclusivement par des communautés bénévoles, qui sont toujours prêtes à accueillir de nouveaux membres. Les seuls immeubles du quartier qui diffèrent de ce principe sont les bâtiments vitrines de la Fondation Wikimédia et des autres associations Wikimédia qui engagent du personnel. Quant au bâtiment du conseil d'administration de la Fondation, des raisons officielles justifient le fait que la modification de ses pièces est réservée à ces membres et aux employés qui les soutiennent.
Face à tant d'utopies, on en vient donc à se demander comment tout cela fut rendu possible. Mais pour répondre à cette question, il faut alors parcourir tout un pan de l'histoire de la révolution numérique, depuis la contre-culture des années 1960 jusqu'à nos jours. On y découvre que les pionniers du réseau Internet étaient des chercheurs et étudiants en informatique, fortement influencés par de nouvelles idéologies, telles que celles qui furent à la source des évènements de mai 68 en France. C'est donc de là que naîtra la philosophie de partage, de liberté, de décentralisation et ce mode d’organisation tout à fait spécifique, que l'on observe aujourd'hui au sein du mouvement Wikimédia.
Il y eut tout d'abord la création d'Internet, comme réseau mondial de communication en libre accès, puis le développement du World Wide Web, qui a grandement facilité les interactions humaines à l’échelle planétaire. Par la suite, ce fut l'arrivée du Web 2.0, caractérisé par l'apparition de nouveaux sites web directement modifiables à l'aide d’un simple navigateur. Or, parmi ceux-ci se trouvent les moteurs de Wiki, dont le plus puissant d’entre eux, MediaWiki, est un logiciel libre développé par la Fondation Wikimédia. Le moment est donc venu d'en savoir plus sur ce type de programme informatique, ainsi que sur le mouvement du logiciel libre, qui a fortement influencé la philosophie et les valeurs véhiculées au sein du mouvement.
'''Chapitre 2 : Le mouvement du logiciel libre.'''
L’un des premiers épisodes de la préhistoire de Wikipédia et du mouvement Wikimédia débuta en septembre 1983, lorsqu’un programmeur du Massachusetts Institute of Technology, appelé Richard Stallman, déposa un message sur la liste de diffusion net.unix-wizards. C’était un appel d’aide pour la création de GNU, un nouveau système d’exploitation qui devait réunir une suite de programmes que tout le monde pourrait utiliser librement sur son ordinateur personnel. Dans son message transmis via ARPANET, le premier réseau informatique à grande échelle qui précéda Internet, Stallman s’exprimait de la sorte :
Je considère comme une règle d’or que si j’apprécie un programme, je dois le partager avec d’autres personnes qui l’apprécient. Je ne peux pas en bonne conscience signer un accord de non-divulgation ni un accord de licence de logiciel. Afin de pouvoir continuer à utiliser les ordinateurs sans violer mes principes, j’ai décidé de rassembler une quantité suffisante de logiciels libres, de manière à pouvoir m’en tirer sans aucun logiciel qui ne soit pas libre.
Le projet de Stallman, qui reçut le soutien nécessaire à son accomplissement, marqua ainsi le début de l’histoire du logiciel libre. Quant à la quantité d’aide fournie, elle permet de croire que Richard Stallman n’était pas seul à voir l’arrivée des logiciels propriétaires d’un mauvais œil. Car pour les membres du projet GNU et du mouvement du logiciel libre en général, un bon programme informatique doit respecter ces quatre libertés fondamentales :
1. La liberté d’exécuter le programme, pour tous les usages.
2. La liberté d’étudier le fonctionnement du programme, et de l’adapter à vos besoins.
3. La liberté de redistribuer des copies, donc d’aider votre voisin.
4. La liberté d’améliorer le programme, et de publier vos améliorations, pour en faire profiter toute la communauté.
Lors de l'apparition du logiciel libre, le marché de l’informatique était de fait en pleine mutation. L'habituel partage des codes informatiques entre les rares étudiants ou chercheurs qui bénéficiaient d’un accès à un ordinateur faisait l'objet d'une remise en question. Ce changement faisait notamment suite au Copyright Act de 1976, une nouvelle loi qui autorisait l'application d'un droit d'auteur sur le code informatique, et donc qui permettait d'en interdire le partage ou la réutilisation sans autorisation. Des clauses de confidentialité ont ainsi fait leur apparition, pendant que les employés des firmes informatiques étaient nouvellement soumis à des contrats de confidentialité. C'était la fin de l’entraide et de la solidarité pratiquées chez les pionniers de l’informatique. À sa place s'installaient la concurrence et la compétitivité, bien connues dans le système capitaliste marchand.
Cette mutation coïncidait avec l’arrivée des premiers ordinateurs de taille réduite. Grâce à l’apparition des premiers circuits intégrés, les premiers exemplaires avaient en effet été créés par l’industrie aérospatiale au début des années 1960. Cependant, il fallut attendre le début des années 1980 pour que le prix d’un ordinateur soit suffisamment bas pour en faire un bien de grande consommation.
C’est ainsi qu’en 1982, le Commodore 64 entrait dans le livre Guinness des records, avec plus de 17 millions d’exemplaires vendus dans le monde. Juste avant cela, en 1981, l’IBM Personal Computer avait déjà fait son apparition, en proposant une architecture ouverte qui allait servir de modèle pour toute une gamme d’ordinateurs que l’on désigne toujours aujourd’hui par l’acronyme « PC ».
Pour faire fonctionner ses nouveaux modèles d'ordinateurs, la société IBM avait confié à l’entreprise Microsoft, créée en 1975, la mission de les équiper d’un système d’exploitation. Le contrat signé entre les deux firmes fut une véritable aubaine pour le fournisseur des programmes informatiques. Car sans s'en apercevoir, et sans jamais anticiper que son matériel serait cloné à grande échelle, celle-ci avait en effet permis à Microsoft d'établir un monopole dans la vente de logiciels. Cela fut condamné pour abus de position dominante et vente liée du logiciel avec le matériel informatique, mais sans pour autant empêcher Bill Gates, le principal actionnaire de Microsoft, d'être l'homme le plus riche du monde en 1994.
Toutefois, pendant que Microsoft renforçait sa position dominante, un nouvel événement majeur allait marquer l’histoire du logiciel libre. Celui-ci fut de nouveau déclenché par un appel à contribution, qui fut cette fois posté le vingt-cinq août 1991 par un jeune étudiant en informatique de 21 ans, appelé Linus Torvalds. Via le système de messagerie Usenet, sa demande avait été postée dans une liste de diffusion consacrée au système d’exploitation Minix, une sorte d’UNIX simplifié et développé dans un but didactique, par le programmeur Andrew Tanenbaum.
Loin d’imaginer que cela ferait de lui une nouvelle célébrité dans le monde du Libre, Torvalds entama son message par le paragraphe suivant :
Je fais un système d’exploitation (gratuit) (juste un hobby, ne sera pas grand et professionnel comme gnu) pour les clones 386 (486) AT. Ce projet est en cours depuis avril et commence à se préparer. J’aimerais avoir un retour sur ce que les gens aiment ou n’aiment pas dans minix, car mon système d’exploitation lui ressemble un peu (même disposition physique du système de fichiers (pour des raisons pratiques) entre autres choses).
Bien qu’il fût présenté comme un passe-temps, le projet qui répondait au nom de « Linux », fut rapidement soutenu par des milliers de programmeurs du monde entier, avant de devenir la pièce manquante du projet GNU. En effet, les contributeurs au projet de Stallman n’avaient pas encore terminé l’écriture du code informatique du noyau Hurd, alors qu'il était censé établir la communication entre la suite logicielle produite par GNU et le matériel informatique. C'est donc la fusion des codes produits par les projets GNU et Linux qui permit la création du premier système complet, stable et entièrement libre baptisé GNU/Linux.
Au départ de ce nouveau système informatique, de nombreuses variantes, que l’on nomme communément « distributions », furent créées par des programmeurs de tous horizons. L’une de celles-ci s’intitule Debian et tire sa réputation d'être simultanément libre, gratuite, très fiable et produite par une communauté sans lien direct avec une société commerciale. Quatre qualités qui expliquent pourquoi, Debian sert de base à plus de 150 distributions dérivées, et que de nombreuses organisations l'utilisent, comme le fait la Fondation Wikimédia sur les serveurs qui hébergent les projets qu'elle supporte.
Grâce à la naissance des logiciels libres, le mouvement Wikimédia a donc la possibilité de faire tourner ses serveurs informatiques, avec un système d’exploitation fiable, libre et gratuit. Comme son code source est ouvert, cela permet aussi à la Fondation Wikimédia de le modifier pour répondre aux besoins spécifiques du mouvement. À la suite de quoi, et selon les règles formulées par la communauté du logiciel libre, les modifications faites par la Fondation deviennent à leur tour, gratuitement et librement, utilisables par d’autres personnes ou organismes.
À ce premier héritage reçu par le mouvement Wikimédia et toujours en provenance des logiciels libres, s’ajoute une innovation méthodologique. Dans son article La Cathédrale et le Bazar, Eric Raymond mobilise en effet le terme « cathédrale » pour désigner le mode de production des logiciels propriétaires, en opposition au mot « bazar », qu'il utilise pour qualifier le mode de développement des logiciels libres. D’un côté, il décrit une organisation pyramidale, rigide et statutairement hiérarchisée, comme on peut la voir souvent au sein des entreprises. Tandis que de l’autre, il parle d’une organisation horizontale, flexible et peu hiérarchisée, qu’il a lui-même expérimentée en adoptant le style de développement de Linus Torvalds, à savoir : « distribuez vite et souvent, déléguez tout ce que vous pouvez déléguer, soyez ouvert jusqu’à la promiscuité ».
À l’instar de la métaphore du quartier numérique présentée dans le précédent chapitre, cette manière de décrire les projets open source nous aide donc ici à mieux comprendre ce qui se passe dans le mouvement Wikimédia. D'un côté, on retrouve effectivement cette « ouverture jusqu’à la promiscuité », dans le libre accès accordé aux projets Wikimédia, alors que de l'autre, tout le monde peut participer aux projets Wikimédia, qu'ils soient en ligne ou hors ligne.
Ces deux observations corroborent donc l’existence d’un deuxième héritage en provenance du mouvement du logiciel libre. Néanmoins, il nous reste encore à découvrir un phénomène négligé par Eric Raymond durant ses observations, et qui pourtant, a considérablement influencé l'histoire de la révolution numérique. Il s’agit de l’apparition de la licence libre, de la philosophie qu'elle sous-tend, et du mouvement de la culture libre, dont elle fut à l’origine.
'''Chapitre 3 : Les licences et la culture libres'''
Dans une biographie autorisée, Christophe Masutti explique à quel point la création de la Licence publique générale GNU, en tant que première licence libre créée par Richard Stallman, représente un épisode majeur de la révolution numérique. Selon lui :
La GPL apparaît comme l’un des meilleurs hacks de Stallman. Elle a créé un système de propriété collective à l’intérieur même des habituels murs du copyright. Surtout, elle a mis en lumière la possibilité de traiter de façon similaire « code » juridique et code logiciel.
Le concept de distribution associé à ce nouveau type de licence fut baptisé « copyleft », par inspiration d’un jeu de mots que Richard Stallman avait trouvé dans un courrier transmis par son collègue Don Hopkins. Le principe novateur de ce concept est d'obliger toute production de code dérivé à se soumettre à la même licence libre que le code d’origine. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle beaucoup de gens parlent de licence « virale » ou « récursive » en faisant référence à celle-ci. Quant à l'importance de cette clause, elle repose sur le fait d'interdire toute privatisation d'un code informatique produit sous licence libre. Sans celle-ci, un tel code risque en effet d'être récupéré, puis modifié, avant d’être placé sous un habituel copyright de type « tous droits réservés », dans le but de commercialiser son usage.
En 2001 et dans la mouvance provoquée par l'arrivée des premières licences libres, une organisation internationale sans but lucratif, intitulée Creative Commons, a entamé la promotion du « partage et la réutilisation de la créativité et des connaissances grâce à la fourniture d’outils juridiques gratuits ». Pour ce faire, elle met régulièrement à jour une panoplie de licences inspirées par la GNU, mais spécialement adaptées aux œuvres de l'esprit, telles que les productions littéraires, musicales, photographiques et vidéo, ainsi que les bases de données.
Contrairement aux licences libres fournies par la Free Software Foundation, conçues pour protéger du code informatique, les licences produites par Creative Commons offrent la possibilité de sélectionner différentes clauses pour protéger une œuvre libre. Avec le label CC, pour Creative Commons, on peut ainsi appliquer, ou ne pas appliquer, la clause « BY », qui oblige à créditer l'auteur, et la clause « SA », pour Share Alike, qui ordonne le partage à l’identique comme décrit précédemment. Après quoi il est encore possible d'ajouter la clause « NC », qui impose un usage non commercial, et finalement, la clause « ND », pour Non Derivative, qui exige que l’œuvre soit utilisée ou reproduite dans son intégralité et sans modification.
Le mouvement Wikimédia a choisi la licence CC.BY-SA pour protéger les contenus publiés dans tous ses projets. Cela à l'exception de la banque de données Wikidata, qui au même titre que les descriptions apportées aux fichiers téléchargés dans la médiathèque Wikimedia Commons, publie ses informations structurées sous licence CC0. Cette dernière licence proposée par creative commons est ce qui se rapproche le plus du domaine public, avec pour avantage de ne pas devoir mentionner les auteurs dans le traitement et la réutilisation du contenu de la base de données.
Cependant, il en résulte que les informations en question peuvent être réutilisées par des tiers qui ne sont plus obligés de citer leurs sources, comme le font les agents conversationnels des intelligences artificielles génératives, appelés couramment chatbots. Contrairement à la licence CC.BY-SA, la licence CC0 est donc moins apte à pérenniser les projets Wikimédia, puisqu'elle permet d'invisibiliser ces derniers au risque de réduire les chances d'arrivée de nouveaux contributeurs et contributrices. De plus, sans la clause SA qui assure l'application du copyleft, toutes les informations récupérées au sein de Wikidata et de Wikimedia Commons sont aussi susceptibles de quitter le monde du libre, une fois traitées par des entreprises commerciales.
Quoi qu’il en soit, les licences Creative Commons, inspirées par la licence libre de Richard Stallman, apparaissent finalement comme un troisième héritage en provenance du mouvement du logiciel libre et de la culture libre qui en est issue. Grâce à la licence CC.BY-SA, les éditeurs des projets Wikimédia bénéficient effectivement d'une certaine reconnaissance, tout en étant assurés qu'aucun copyright sur leurs travaux ne puisse profiter exclusivement à une personne ou une compagnie. Cela pendant que la licence libre appliquée au système d'exploitation installé sur les serveurs Wikimédia garantit, pour sa part, un certain respect des contributeurs, puisqu'elle permet de vérifier si le code informatique ne compromet pas leurs vies privées.
Avec tous les autres apports en provenance du logiciel libre, ce sont là deux choses importantes qui ont permis l'apparition du mouvement Wikimédia. Toutefois, cela ne pouvait pas suffire à la création du projet Wikipédia qui en fut le point de départ. Car sans l'espace numérique, mondial et libre d’accès, créé par Internet et l'espace web, aucune encyclopédie collaborative de cette envergure n'aurait pu voir le jour.
'''Chapitre 4 : Le réseau Internet'''
L’histoire du réseau Internet constitue un nouvel épisode captivant de la révolution numérique, sans lequel le mouvement Wikimédia n’aurait jamais pu émerger. D’un point de vue purement technique, ce réseau informatique a été mis au point dans les années 1970, avant l’adoption généralisée du protocole TCP/IP, toujours en usage à ce jour. Ce dernier fut inventé par Vint Cerf et Robert Elliot Kahn, quand ils travaillaient pour la Defense Advanced Research Projects Agency, rattachée au département de la Défense américaine. L'une des premières présentations de leur projet fut, entre autres, réalisée lors d’une conférence organisée par l’International Network Working Group, une instance créée pour assurer la gouvernance mondiale du réseau informatique.
Sur base de ces informations, on peut penser qu’Internet a été créé par des militaires. Cependant, Une contre-histoire de l’Internet, nous révèle que les créateurs et les premiers utilisateurs d’ARPANET, considéré comme l’ancêtre d’Internet, étaient davantage des étudiants hippies et amateurs de LSD, que des militaires bien drillés. D’ailleurs, avant la standardisation du protocole TCP/IP, ARPANET fonctionnait depuis plus d’un an avec un autre protocole de transition intitulé Network Control Program. Or, celui-ci avait été mis au point, en février 1969, par le Network Working Group, un groupe informel d’étudiants rassemblés autour de Steve Crocker, lorsqu’il ne détenait encore qu’une simple licence.
Bien que rarement cité dans l’histoire d’Internet, ce groupe a pourtant mis en place la procédure RFC, pour Request For Comments, reconnue comme « l’un des symboles forts de la "culture technique" de l’Internet, marquée par l’égalitarisme, l’autogestion et la recherche collective de l’efficience ». Soit trois principes et une procédure, qui aujourd’hui encore sont appliqués sur le site Méta-Wiki, dans lequel s'organise la gestion communautaire du mouvement Wikimédia. Cela alors qu'au sein des projets pédagogiques, d’autres processus similaires de recherche de consensus ont fait leur apparition.
Il faut ensuite savoir que les liens entre ARPANET et l’armée ont disparu avec l’apparition du MILNET, un réseau entièrement dédié aux activités militaires, rebaptisé NIPRNet, pour Non-classified Internet Protocol Router Network, en 1990. Après une séparation définitive en 1983, précisément l’année où Richard Stallman postait sa demande d’aide pour le projet GNU, le réseau ARPANET resta uniquement dédié à la recherche et au développement. À cette époque, le réseau ne comprenait pas plus de 600 machines connectées, ce qui n'a donc rien de comparable avec ce vaste réseau informatique mondial que nous connaissons aujourd’hui, et qui fut fortement développé au cours des années 1990.
Pour en assurer l’entretien technique, une organisation non gouvernementale, a été créée en 1992, sous l'appellation d’Internet Society. Celle-ci devait aussi veiller au respect des valeurs fondamentales liées au bon fonctionnement du réseau. Car avant d'atteindre des milliards d’appareils connectés, il a d’abord fallu réglementer les nombreuses dorsales internet intercontinentales, sans lesquelles la transmission du protocole TCP/IP partout dans le monde n'aurait pas été possible.
Pour en revenir à l’état d’esprit des créateurs d'Internet, un article intitulé Quarante ans après : mais qui donc créa l’internet ? apporte un éclairage particulièrement intéressant au sujet des liens que l'on peut établir entre le mouvement Wikimédia et l'histoire d'Internet. Dans son témoignage, Michel Elie, cet ingénieur en informatique, membre du Network Working Group cité précédemment, et responsable de l’Observatoire des Usages de l’Internet, nous explique effectivement ceci.
Le succès de l’internet, nous le devons aux bons choix initiaux et à la dynamique qui en est résultée : la collaboration de dizaines de milliers d’étudiants, ou de bénévoles apportant leur expertise, tels par exemple ces centaines de personnes qui enrichissent continuellement des encyclopédies en ligne telles que Wikipédia.
Au courant des années 1990, le milieu informatique universitaire semblait donc toujours fortement imprégné des idéaux de la contre-culture des années 1960, produit par les baby boomers dans le contexte de la guerre du Vietnam. Afin d'illustrer les idées véhiculées à cette époque, voici un paragraphe extrait d'un ouvrage publié en 1970 et intitulé Vers une contre-culture : Réflexions sur la société technocratique et l’opposition de la jeunesse. Dans celui-ci, Théodore Roszak explique que :
Le projet essentiel de notre contre-culture : proclamer un nouveau ciel et une nouvelle terre, si vastes, si merveilleux que les prétentions démesurées de la technique soient réduites à n’occuper dans la vie humaine qu’une place inférieure et marginale. Créer et répandre une telle conception de la vie n’implique rien de moins que l’acceptation de nous ouvrir à l’imagination visionnaire. Nous devons être prêts à soutenir ce qu’affirment des personnes telles que Blake, à savoir que certains yeux ne voient pas le monde comme le voient le regard banal ou l’œil scientifique, mais le voient transformé, dans une lumière éclatante et, ce faisant, le voient tel qu’il est vraiment.
À la suite de cette lecture, il peut sembler paradoxal de penser qu’une contre-culture, voyant la technique comme « inférieure » et assimilant la science au « banal », puisse avoir un lien avec le milieu scientifique universitaire qui fut à l'origine d'Internet. Cependant, une réponse à cette énigme fut apportée par Fred Turner, par la publication de son livre intitulé : « Aux sources de l’utopie numérique : De la contre-culture à la cyberculture, Stewart Brand, un homme d’influence ».
Grâce à cet ouvrage, on découvre en effet que le mouvement Hippie utilisera tout ce qui était à sa disposition à l’époque pour parvenir à ses fins : LSD, spiritualités alternatives, mais également, objets technologiques les plus en pointe. Cela grâce notamment à l’influence de Steward Brand, le créateur d'un catalogue interactif, qui peut être considéré comme l'ancêtre analogique des groupes de discussions numériques apparus des années plus tard.
Comme autre indication, il y a ensuite les propos tenus en 1992, lors d’une plénière de la 24ᵉ réunion du groupe de travail sur l’ingénierie Internet, par David D. Clark, un autre pionnier d’Internet. Durant cette rencontre, ce chef de projet prononça des paroles restées dans les annales. « Nous récusons rois, présidents et votes. Nous croyons au consensus et aux programmes qui tournent ». Deux phrases seulement, mais qui, dans le cadre du milieu informatique, permettent de croire que le mépris de la contre-culture envers la technique et la science, s'est transformé en un refus d’autorité et une recherche de consensus.
Dans tous les cas, le développement du réseau Internet ne s'est pas fait sans conflits idéologiques importants. On peut d'ailleurs se demander aujourd'hui à quoi ressemblerait Internet s'il n'avait jamais été commercialisé. Cela s'est passé en novembre 1994, lorsque l’association sans but lucratif Advanced Network and Services, chargée de gérer les accès à Internet, a fait le choix de vendre ses activités. Cette décision faisait suite à un appel à des fonds privés pour financer d'importants changements dans l'infrastructure du réseau. Profitant de l'occasion, la société commerciale America Online a ainsi repris à son compte la gestion des connexions à Internet, après avoir effectué un versement de 35 millions de dollars.
Trente ans plus tard, Internet est devenu ce réseau que nous expérimentons aujourd'hui, à savoir : un réseau dominé par des sociétés privées les plus riches au monde. Dans ce contexte et parmi les 100 sites web les plus visités au monde, seul le nom de domaine Wikipédia appartient à une organisation non lucrative. Cela explique donc pourquoi le mouvement Wikimédia, via son encyclopédie et la fondation qui l'héberge, représente à ce jour, et dans l'espace web, l'expression la plus visible de la philosophie des pionniers d’Internet.
Plus qu'un héritage, cette situation peut être vue comme une mission perpétuée au sein d'un espace envahi par une culture marchande et capitaliste. C'est là une information importante qu'il faut retenir au sujet du mouvement Wikimédia. Elle ne clôture pas pour autant tout ce qu'il faut savoir au sujet des évènements qui ont permis la création d’une encyclopédie mondiale, libre et collaborative. Mais en revanche, elle nous invite à découvrir l'histoire du World Wide Web, un espace numérique sans lequel la création de Wikipédia n'aurait jamais été possible.
'''Chapitre 5 : Le World Wide Web'''
Maintenant que le lien entre la création d'Internet et le mouvement Wikimédia est établi, découvrons à présent l'application la plus connue du réseau, que l'on nomme le World Wide Web, ou plus simplement « Web ». C'est Tim Berners-Lee qui en fut l’inventeur, lorsqu’il était encore actif à l'Organisation européenne pour la recherche nucléaire. Il avait pour idée de créer un espace d’échange public par l’intermédiaire d'Internet, et pour y parvenir, il mit au point le logiciel « WorldWideWeb », rebaptisé Nexus pour éviter toute confusion avec le World Wide Web.
Grâce à un système d’indexation appelé hypertexte, ce programme informatique a permis de produire et de connecter des espaces numériques intitulés sites Web. Ceux-ci sont composés de pages web, hébergées sur des ordinateurs distants, mais connectés entre eux au travers du réseau Internet. Pour permettre ce type de connexion, Berners-Lee mit au point le Hypertext Transfer Protocol ou HTTP, un nouveau protocole de communication simple en soi, mais dont la mise en œuvre technique est compliquée.
Pour veiller au bon fonctionnement et au bon usage de l'espace web, des règles de standardisation ont tout d'abord été édictées par l’association Internet Society. Après quoi, Berners-Lee fonda le W3C, un consortium international dont la devise est : « un seul Web partout et pour tous ». Si ce slogan nous apparaît très naturel aujourd’hui, il faut toutefois savoir que l'espace Web a bien failli être régi séparément par des acteurs commerciaux, avec tous les droits d'accès que cela aurait pu engendrer.
À partir du trente avril 1993, jour du dépôt du logiciel WorldWideWeb dans le domaine public par Robert Cailliau, un collègue de Berners-Lee chargé de la promotion de son projet, un tel scénario était en effet possible. Sauf qu'après le départ de Berners-Lee, devenu président du W3C, François Flückiger, qui avait repris son poste au sein du CERN, eut la présence d'esprit de réagir à temps. Selon le livre Alexandria qui parcourt l'histoire de Robert Caillau, voici ce qui aurait pu se passer si le code de l’éditeur HTML n'avait finalement pas été placé sous licence libre.
La philanthropie de Robert, c’est très sympa, mais ça expose le Web à d’horribles dangers. Une entreprise pourrait s’emparer du code source, corriger un minuscule bug, s’approprier le « nouveau » logiciel et enfin faire payer une licence à ses utilisateurs. L’ogre Microsoft, par exemple, serait du genre à flairer le bon plan pour écraser son ennemi Macintosh. Les détenteurs d’un PC devraient alors débourser un certain montant pour profiter des fonctionnalités du Web copyrighté Microsoft. Les détenteurs d’un Macintosh, eux, navigueraient sur un Web de plus en plus éloigné de celui vendu par Bill Gates, d’abord gratuit peut-être, avant d’être soumis lui aussi à une licence.
Face à un tel scénario, nous découvrons de nouveau à quel point le concept de licence libre a fondamentalement changé le cours de la révolution numérique. Sans cela, nos expériences et nos usages de l'espace numérique auraient été totalement différents. L'utopie Wikipédia, par exemple, n'aurait certainement pas vu le jour, en raison de l'éclatement des espaces numériques et des coûts d'accès auxquels seraient confrontés les bénévoles qui ont construit le projet. Quoi qu'il en soit, et au niveau technique, une fois l'espace web apparu, il ne manquait plus qu'une chose pour permettre la création d'une encyclopédie collaborative au format numérique.
'''Chapitre 6 : Les plateformes Wiki'''
Un wiki, ou un moteur de wiki, est un logiciel que l'on installe sur un serveur informatique pour permettre la création d’un site web éditable et configurable à l’aide d’un simple navigateur. Plus précisément, c’est un système de gestion de contenu, dans lequel le code HTML, CSS, JavaScript et Lua, ainsi que certains paramètres, peuvent être modifiés par tous les internautes. Cela peut se faire en se connectant à un compte utilisateur, afin de bénéficier des droits de modification et d’administration qui lui sont accordés, ou en utilisant la configuration attribuée par défaut aux personnes non connectées.
Sur les pages web d'un wiki, chaque modification provoque un nouvel enregistrement complet du code source qui la compose. De la sorte, il est toujours possible, à partir d’une page reprenant l’historique des modifications, de rétablir l'une de ses anciennes versions. Grâce à ce système, on peut ainsi savoir quelle personne, ou quelle adresse IP est à l’origine d’un changement, et même voir l’endroit où la modification a été faite, et à quel moment celle-ci a été réalisée.
Le premier logiciel Wiki, qui portait le nom de WikiWikiWeb, a été créé et placé sous licence libre GPL par Ward Cunningham en mars 1995. Grâce à la licence, d’autres programmes wiki ont vu le jour en copiant ou s’inspirant du code source de WikiWikiWeb, ou des autres projets wiki qui l'avaient fait auparavant. Cette émulation récursive, qui donna naissance à toute une panoplie de projets wiki, est donc à nouveau une belle illustration des retombées positives que peut susciter l'application d'une licence libre.
Parmi les différents logiciels Wiki disponibles, UseModWiki fut choisi par la société Bomis qui finança la création du premier projet Wikipédia en anglais. C'était un choix judicieux, car l’éclatement de la bulle spéculative d’Internet, à la fin des années 2000, confrontait l'entreprise à de grosses difficultés financières. Un programme gratuit, simple d’utilisation et peu gourmand en ressources informatiques, convenait donc parfaitement dans ce cadre. UseModWiki fut par après remplacé par un autre moteur de Wiki sans nom, mais plus performant et toujours produit sous licence libre. Ce dernier fut ensuite amélioré par plusieurs programmeurs, dont Brion Vibber, le premier employé de la Fondation Wikimédia, avant d’être finalement intitulé MediaWiki.
Avec l’aide de nouveaux employés et des bénévoles actifs sur le site mediawiki.org, ce système de gestion de contenu finit par apparaitre en tête du classement des wikis les plus utilisés. Grâce à la licence libre, des milliers d'autres personnes et projets ont pu en effet développer des sites Web, sans nécessairement faire partie du mouvement Wikimédia. Ce succès a par ailleurs justifié l'organisation de rassemblements annuels entre 2016 et 2020, entre personnes et organisations qui utilisent le programme, pour discuter de son développement et de ses usages.
Ceci étant dit, il existe dans la liste des Wikis d’autres logiciels libres intéressants, tels que DokuWiki, rendu populaire par sa simplicité d’installation et d’usage. Jusqu’à ce jour cependant, seul MediaWiki semble suffisamment stable et puissant pour permettre le développement optimal de l’ensemble des projets Wikimédia. Avec parmi ceux-ci, bien sûr, Wikipédia, l'encyclopédie libre et universelle, dont nous allons enfin découvrir la mise en place dans ce prochain chapitre.
'''Chapitre 7 : L’encyclopédie libre et universelle'''
Dans les chapitres précédents, nous avons découvert toutes les innovations techniques et culturelles sans lesquelles Wikipédia n’aurait jamais pu devenir la plus grande encyclopédie libre et universelle connue au monde. Son objectif est de synthétiser la totalité du savoir humain. Ce qui n’est autre, finalement, qu’un vieux rêve de notre humanité. Trois cents ans avant Jésus-Christ et durant la création de la bibliothèque d’Alexandrie, ce désir était aussi celui de Ptolémée Iᵉʳ. C'était deux siècles avant que Denis Diderot publie, avec Jean Le Rond d'Alembert et Louis de Jaucourt en 1751, la première édition de l’Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers. Quant à Paul Otlet, qui a créé avec Henri La Fontaine la classification décimale universelle en usage depuis 1905, il s’était mis en tête de répertorier l’ensemble du savoir humain au sein d'un seul édifice.
Peu connu à ce jour, ce documentaliste belge rêvait pourtant de cataloguer le monde et de rassembler toutes les connaissances humaines, sous la forme d’un gigantesque répertoire bibliographique universel, situé à l'intérieur d'un Mundaneum. En 1934, dans le Traité de documentation écrit par celui qui voulait « classer le monde », Otlet décrit, de manière particulièrement visionnaire, un possible partage du savoir et de l’information.
Ici, la Table de Travail n’est plus chargée d’aucun livre. À leur place se dresse un écran et à portée un téléphone. Là-bas, au loin, dans un édifice immense, sont tous les livres et tous les renseignements, avec tout l’espace que requiert leur enregistrement et leur manutention…
De là, on fait apparaître sur l’écran la page à lire pour connaître la question posée par téléphone avec ou sans fil. Un écran serait double, quadruple ou décuple s’il s’agissait de multiplier les textes et les documents à confronter simultanément ; il y aurait un haut-parleur si la vue devrait être aidée par une audition. Une telle hypothèse, un Wells certes l’aimerait. Utopie aujourd’hui parce qu’elle n’existe encore nulle part, mais elle pourrait devenir la réalité de demain pourvu que se perfectionnent encore nos méthodes et notre instrumentation.
À peu de choses près, cette utopie décrite en 1934 par Otlet correspond à l'usage que l'on fait du réseau Internet et de son espace web, lorsqu'on recherche de l'information aujourd'hui. Premièrement, allumer un système informatique, avec ou sans fil, muni d'un écran ; ensuite, poser une question dans un moteur de recherche ; puis, comme cela arrive très souvent, être redirigé vers l'une des versions linguistiques de Wikipédia.
Ce scénario, dans lequel les moteurs de recherche jouent un rôle central, explique la popularité de l'encyclopédie libre. D'autres projets similaires étaient pourtant apparus sur le Web avant l'arrivée de Wikipédia. Environ trois ans avant sa création, Aaron Swartz, un activiste de la culture libre qui avait juste douze ans à l'époque, avait par exemple lancé une sorte de site encyclopédique produit et régi par ses usagers. Appelé The Info Network, ce site web avait d'ailleurs permis à son auteur de recevoir l'ArsDigita Prize, un prix décerné aux jeunes créateurs de projets « utiles, éducatifs, collaboratifs et non commerciaux ».
Il faut savoir ensuite que l'expression « encyclopédie libre et universelle » fut oubliée pour la première fois durant l'année 2000 par Richard Stallman, soit l'année qui précéda celle de la naissance de Wikipédia. C'était dans un essai intitulé The Free Universal Encyclopedia and Learning Resource, qui, selon son auteur, avait été rédigé deux ans avant sa publication sur la liste de diffusion du projet GNU. Repris ci-dessous, un extrait de ce texte, présente les particularités du projet.
Le World Wide Web a le potentiel de devenir une encyclopédie universelle couvrant tous les domaines de la connaissance et une bibliothèque complète de cours d’enseignement. Ce résultat pourrait être atteint sans effort particulier, si personne n’intervient. Mais les entreprises se mobilisent aujourd’hui pour orienter l’avenir vers une voie différente, dans laquelle elles contrôlent et limitent l’accès au matériel pédagogique, afin de soutirer de l’argent aux personnes qui veulent apprendre.
Nous ne pouvons pas empêcher les entreprises de restreindre l’information qu’elles mettent à disposition ; ce que nous pouvons faire, c’est proposer une alternative. Nous devons lancer un mouvement pour développer une encyclopédie libre universelle, tout comme le mouvement des logiciels libres nous a donné le système d’exploitation libre GNU/Linux. L’encyclopédie libre fournira une alternative aux encyclopédies restreintes que les entreprises de médias rédigeront.
En parlant d'un « mouvement pour développer une encyclopédie libre universelle », Stallman anticipait donc, sans le savoir, l'arrivée du mouvement Wikimédia, qui ne se concrétisa que bien des années plus tard. Quant à la soixantaine de paragraphes qui décrivent son projet, on y retrouve, dans une forme presque identique, les cinq principes fondateurs qui ont guidé la création de Wikipédia et qui sont toujours actifs à ce jour.
Le premier consiste bien sûr à créer une encyclopédie ; le deuxième réclame une neutralité de point de vue, chose que Stallman expliquait déjà en écrivant qu’« en cas de controverse, plusieurs points de vue seront représentés » ; le troisième implique le respect des droits d’auteur et l’adoption d'une licence libre, celle précisément dont Stallman avait été l'initiateur ; le quatrième inscrit le projet dans une démarche collaborative, alors que Stallman précisait déjà que « tout le monde est le bienvenu pour écrire des articles » ; et le cinquième enfin, stipule qu’il n’y a pas d’autres règles fixes, une position très courante dans le milieu des hackers dont Stallman faisait partie.
Il apparaît donc clairement que le projet Wikipédia n'était pas une idée originale en soi, mais plutôt une opportunité saisie par la société Bomis pour enrichir sa propre encyclopédie commerciale, Nupedia. Cette dernière avait été lancée en avril 2000, soit environ dix mois avant Wikipédia, et sa rédaction était assurée par des experts engagés au sein d’un processus éditorial strict et formel. Malheureusement pour la firme Bomis, le nombre d’articles ne progressait que très lentement.
Dans le but d'accélérer le processus, Larry Sanger, un docteur en philosophie employé par Bomis pour assurer le rôle de rédacteur en chef de Nupedia, eut l'idée d'installer un logiciel wiki sur les serveurs de son entreprise. L'objectif était d'ouvrir un site web participatif, dans lequel des volontaires pourraient créer des articles encyclopédiques, pour qu'ils soient ensuite intégrés dans le projet commercial. Malgré le manque d’enthousiasme de son employeur Jimmy Wales, Sanger mit ses idées en application, et c'est donc ainsi que débuta l’histoire de Wikipédia, avec sa toute première version en anglais.
C’était le 15 janvier 2001, précisément le même mois où Richard Stallman mit en ligne son propre projet d’encyclopédie libre et universelle, qu'il souhaitait intituler GNUPedia. Étonnamment, les noms de domaine gnupedia .com .net et .org avaient déjà été enregistrés au nom de Jimmy Wales, ce qui obligea Stallman à rebaptiser son projet GNE. Ce fait est d'autant plus surprenant que Wales affirma des années plus tard : « n’avoir eu aucune connaissance directe de l’essai de Stallman lorsqu’il s’est lancé dans son projet d’encyclopédie ».
Le site GNE ne ressemblait cependant pas vraiment à une encyclopédie, mais plutôt à un blog collectif ou une base de connaissance, tandis que sa page d’accueil précisait clairement qu’il s’agissait d’une bibliothèque d’opinion. Quant à sa modération, elle avait demandé d'engager un employé, car elle s'est avérée bien plus compliquée que prévu. À côté de cela, et probablement grâce aux spécificités de l’environnement wiki et aux soutiens apportés par Jimmy Wales et Larry Sanger, Wikipédia réussit à mettre en place une organisation efficace au sein d'une communauté d'éditeurs grandissante.
Peut-être en raison de la concurrence libre faite par le projet GNE, Jimmy Wales décida d'abandonner le copyright que Bomis détenait sur son encyclopédie commerciale Nupedia, pour le remplacer par une licence Nupedia Open Content. Peu de temps après, il décida finalement d'adopter la licence de documentation libre GNU conçue pour protéger les textes de documentation des logiciels libres. Ce dernier choix fut une stratégie payante, puisque cela incita Richard Stallman à transférer tout le contenu de son projet GNE vers Nupedia, et à encourager tout le monde à contribuer sur Wikipédia.
Parmi les autres actions de Jimmy Wales qui ont contribué au succès de Wikipédia, il y eut cette idée d'ouvrir le projet aux « gens ordinaires ». C’était un choix qui s’opposait aux idéaux de Larry Sanger, qui de loin préférait le modèle de Nupedia avec son système de relecture par des experts. Cependant, Jimmy Wales, en tant qu'homme d’affaires, visait une croissance plus rapide du contenu de l'encyclopédie.
Cette croissance ne s'est toutefois pas faite sans difficulté. Le 26 février 2002, en effet, l'Enciclopedia Libre Universal en Español, un projet dissident du projet Wikipédia, fit son apparition. C'était une réaction à de la censure, à l'existence d'une ligne éditoriale et à la possibilité de voir apparaitre des publicités dans Wikipédia. En raison des remises en question que cette séparation suscitait parmi les bénévoles actifs dans les projets, Jimmy Wales renonça finalement à l'usage de la publicité et mit de côté ses visions en matière de profit.
Il faut aussi tenir compte du fait que cet évènement est survenu lors de l'éclatement de la bulle spéculative Internet et du krach boursier de 2001-2002. Une conjoncture qui plaçait la société Bomis dans des difficultés financières, et surtout, dans l'incapacité de payer le salaire de Larry Sanger, son seul employé. En mars 2002 et après un mois d’activité bénévole, l’ex-employé décida alors de quitter les fonctions, qu'il occupait depuis un peu plus d'un an, dans Nupedia et Wikipédia. Avec le seul soutien de Jimmy Wales, les deux encyclopédies purent toutefois poursuivre leurs développements, toujours avec le concours d'experts dans Nupedia et d'une communauté bénévole au niveau de Wikipédia. Néanmoins, en septembre 2003 et vu l'écart qui se creusait entre les deux projets, l'encyclopédie Nupedia fut fermée et ses quelques dizaines d'articles transférées vers les milliers d'autres que comprenait déjà le projet Wikipédia.
Trois ans plus tard, Larry Sanger n’avait pas dit son dernier mot. En septembre 2006, il décida en effet de lancer sur fonds propres une encyclopédie intitulée Citizendium. Cette plateforme écrite en anglais uniquement et toujours active à ce jour, repose sur un système d’expertise, dans lequel les contributrices et les contributeurs doivent déclarer leur identité réelle. En avril 2026 cependant, Citizendium reprenait moins de 2000 articles, tout avancement confondu, tandis que le projet Wikipédia en anglais en regroupait déjà plus de 7 millions.
Voici donc comment est née la plus grande encyclopédie au monde, dont la taille et la visibilité n'avaient jamais été égalées auparavant. Une encyclopédie qui, de plus, s'est rapidement déclinée en de nombreuses versions linguistiques, à l'instar de sa version francophone, lancée moins de quatre mois après le projet original en anglais. Toutes ces versions ont formé les premières bases d’une organisation mondiale, bientôt chapeautée par une fondation. Avant cela, d'autres projets pédagogiques et collaboratifs ont vu le jour au côté de Wikipédia. Intitulés « projets frères », ceux-ci se constituent à leur tour, en de nombreuses versions linguistiques, tout en poursuivant le processus de création du mouvement Wikimédia.
'''Chapitre 8 : L'arrivée des projets frères'''
Dans le but de développer des contenus pédagogiques qui ne trouvaient pas leur place dans Wikipédia, d’autres projets pédagogiques et collaboratifs ont vu le jour, pour former ce que l'on appelle couramment aujourd'hui : l’écosystème Wikimedia. La naissance de tous ces projets, ainsi que les évènements importants qui ont contribué au développement du mouvement, ont été repris dans une ligne du temps réalisée par Guillaume Paumier, à l’occasion du dixième anniversaire de Wikipédia. Grâce à ce graphique, on peut voir en détail l'évolution du nombre de projets, de versions linguistiques, de contributeurs et d'articles, et se faire ainsi une idée sur la vitesse à laquelle s'est développé le mouvement Wikimédia.
Parmi tous les projets frères de Wikipédia, le premier à apparaître fut Méta-Wiki, une plateforme de référence pour centraliser la gestion de l'ensemble des sites web hébergés par la fondation Wikimédia. Dans un premier temps, cet espace communautaire en ligne a répondu à la nécessité de traiter en un seul lieu les questions communes aux différentes versions linguistiques de Wikipédia. Aujourd'hui, le site web est le principal endroit de coordination et de gestion de l'ensemble du mouvement Wikimédia. On y retrouve énormément d'informations au sujet des projets en ligne, et peut-être plus encore, concernant la Fondation et les organismes affiliés.
Après Méta-Wiki, sept autres projets de partage de la connaissance ont fait leur apparition, avant d'être déclinés à leur tour en plusieurs versions linguistiques. Tous ces projets émergent en général sur l’initiative d’un petit groupe de personnes actives au sein d’un projet préexistant. Ce fut le cas du projet Wiktionnaire en anglais, le deuxième projet à voir le jour après Méta-Wiki, en décembre 2002, soit deux ans avant la version francophone apparue en mars 2004.
Il est intéressant d'observer que la version francophone du Wiktionnaire n’a pas été créée à partir du projet anglophone, mais bien depuis le projet Wikipédia en français. D'ailleurs, on peut retrouver dans les archives de ce dernier projet, un débat concernant la pertinence de cette création, dont voici un extrait.
En fait, ce qui me peine vraiment avec le projet Wiktionary, c’est que alors qu’on essaie de rassembler les gens (pas facile) pour créer une sorte de tour de Babel de la connaissance (tâche bien longue et difficile), ce nouveau projet va disperser les énergies pour une raison qui ne me semble pas valable. C’est la création de Wiktionary qui va créer des redondances. À mon avis il existera rapidement des pages sur le même mot, mais ne contenant pas les mêmes informations. Pour quelle raison ces connaissances devraient-elles être séparées ? Les encyclopédies sur papier devaient faire des choix à cause du manque de place, mais nous, pourquoi le ferions-nous ??? "Wikipédia n’est pas un dictionnaire" n’est pas un argument à mon avis... si vraiment c’était pas un dictionnaire, il faudrait virer tout un tas d’article. Je ne comprends vraiment pas cette volonté de séparer la connaissance entre ce qui est "encyclopédique" et ce qui n’est "qu’une définition".
[Réponse]
Pour moi ce qu’est Wiktionary, c’est une partie de Wikipédia s’intéressant plus particulièrement aux aspects linguistiques des mots. La différence que je verrais entre la partie dictionnaire de Wikipédia et sa partie dite encyclopédique, c’est que la partie dictionnaire s’intéresserait au sens des mots eux-mêmes alors que la partie encyclopédie s’attache plus à faire ressortir un état des connaissances à un moment donné. Le pourquoi de la séparation d’avec la partie encyclopédie tient plus à des raisons techniques qu’à une volonté de monter un projet indépendant, en effet, à mon humble avis, un dictionnaire nécessite une plus grande rigueur (de présentation) qu’une encyclopédie. Ceci entraîne beaucoup de problème et entre autres le choix de la mise en forme des articles du dictionnaire.
Créer un nouveau projet, c’est effectivement créer un nouveau site web, qui devra faire l’objet d’une nouvelle gestion, tant pour les serveurs de la Fondation, que pour la nouvelle communauté de contributeurs. L’importation de pages d’un projet à l'autre ou la traduction de celles-ci sont bien sûr toujours possibles, mais cela duplique alors aussi la maintenance et les mises à jour. Le choix de scinder un projet, en faveur d’une plus grande liberté, comporte donc certains coûts humains et financiers.
Ce prix à payer n'a pour autant pas empêché le projet anglophone Wikibooks de faire son apparition le 10 juin 2003, soit près d’un an avant Wikilivres, la version francophone du projet, apparue le 22 juillet 2004. Cette dernière création avait de nouveau été débattue au sein de la communauté Wikipédia en français, et non pas dans le Wikibooks en anglais. Quant à l'objectif commun aux deux projets linguistiques, il était de créer une « bibliothèque de livres pédagogiques libres que chacun peut améliorer ».
Environ un an après la création du projet en anglais, un nouvel espace de noms intitulé Wikijunior fut mis en place au sein de la bibliothèque en ligne. Ce sous-projet avait été créé pour répondre à un financement de la fondation Beck, qui cherchait à promouvoir la production de nouvelles littératures pour des enfants de huit à onze ans. Peu de temps après, cette tranche d’âge fut toutefois élargie de zéro à douze ans au niveau du projet francophone, quand le sous-projet y fut adopté.
Ces deux évènements témoignent ainsi qu'il est toujours possible qu'un sous-projet apparaisse dans un projet Wikimédia. Comme autre exemple, il y a aussi le WikiJournal, un sous-projet développé au sein du projet Wikiversité en anglais et qui reçut le prix de l’Open Publishing Awards en 2019. Une demande fut faite pour qu'il puisse bénéficier d'un nouveau site web dans le but de pouvoir se développer en dehors de Wikiversité. Malheureusement pour les initiateurs, la demande est restée sans suite jusqu'à ce jour, après que le conseil d’administration de la Fondation, chargé de répondre à leur demande, considéra que le projet n’était pas suffisamment abouti.
Il faut savoir qu'avant cela, le projet Wikiversité, dans lequel est né Wikijournal, avait lui-même été un sous-projet du projet Wikibook. Initialement, il visait à « créer une communauté de personnes qui se soutiennent mutuellement dans leurs efforts éducatifs ». Cependant, en août 2005, une longue discussion remit en question l’existence du sous-projet Wikiversité dans Wikibooks. Au terme de celle-ci, la décision fut prise de transférer Wikiversité et son contenu sur le site Méta-Wiki, là où de nouvelles discussions ont abouti à l’idée de faire de Wikiversité un nouveau projet indépendant.
Déjà à l'époque, le conseil d’administration de la Fondation Wikimédia se montrait réticent à l'ouverture de nouveaux projets, et sa réaction fut de demander l'ouverture d'un sondage au sein de la communauté. Celui-ci devait rassembler une majorité des deux tiers en faveur de l'ouverture du nouveau site web. Un résultat qui fut finalement obtenu, mais pas sans de longs débats, dont voici un extrait.
La principale raison pour laquelle la Fondation Wikimédia ne veut pas "lâcher le morceau" est une simple question de bureaucratie et la crainte que le projet ne devienne une autre Wikispecies [un projet de répertoire du vivant]. Wikispecies est une idée cool, mais les "fondateurs" du projet se sont dégonflés à mi-chemin de la mise en place du contenu et ont décidé de faire une révision majeure qui a pris plus de temps que ce que tout le monde était prêt à mettre.
Le même problème s’applique à Wikiversity en ce qui concerne la Fondation, parce que les objectifs et les buts de ce projet ne sont pas clairement définis, et il semble que les participants essaient de mordre plus qu’ils ne peuvent mâcher en proposant une université de recherche multi-collèges entière (avec un statut de recherche et une accréditation) à former de toutes pièces plutôt qu’un simple centre d’éducation pour adultes avec quelques classes.
En novembre 2005 et malgré les résultats du sondage, l'indépendance du projet Wikiversité ne fut toutefois pas acceptée par cinq membres du conseil. Ceux-ci réclamaient une « réécriture de la proposition pour en exclure la remise de titre de compétence, la conduite de cours en ligne, et de clarifier le concept de plate-forme e-learning ». Quand ces rectifications furent faites, le projet bénéficia d'une période d’essai de plusieurs mois, jusqu'à ce que les amendements apportés au projet de départ soient enfin acceptés, le 31 juillet 2006. Ce long temps d'attente était justifié par la création du special projects committee, qui, jusqu'en décembre 2021, fut chargé de soulager le conseil d’administration de la fondation, par rapport aux demandes de création de nouveaux projets Wikimédia.
Un nouveau site, nommé Beta-Wikiversity, fut ainsi créé pour assister le lancement des différentes versions linguistiques de Wikiversité. Durant six mois, son premier objectif a d'abord été l'élaboration des lignes directrices concernant la potentialité de produire des recherches collaboratives au sein du projet. Par la suite, chaque nouvelle version linguistique, développée dans le projet Beta, devait avoir plus de 10 modifications par mois, réalisées par au moins trois personnes distinctes, avant de pouvoir bénéficier de son propre site web.
À l'image de Beta-Wikiversity, le projet Wikisource possède lui aussi un site indépendant pour lancer ces nouvelles déclinaisons linguistiques. Tandis que pour tous les autres projets pédagogiques, ce lancement s'effectue sur la plateforme Wikimedia Incubator, créée à la même époque que Beta-Wikiversity. Ces trois plateformes de lancement ne concernent pas les nouveaux projets, qui doivent faire l'objet d'une acceptation par le conseil d'administration de la Fondation Wikimédia, et qui peuvent avoir pour origines des processus de création divers.
Le projet Wikivoyage, par exemple, fut initialement créé en 2003 dans un Wiki extérieur au mouvement Wikimédia, là où il portait le nom de Wikitravel. Comme cela arrive parfois, ce projet sans but lucratif fut acheté par une entreprise commerciale en 2006. Mais en raison du changement de gouvernance et de l'apparition de publicités, une scission est apparue au sein de la communauté d’éditeurs. Les personnes désireuses de quitter Wikitravel lancèrent alors un nouveau site appelé Wikivoyage, qui reçut en 2007, le Webby Award du meilleur guide de voyage Internet.
L'intégration de Wikivoyage dans l'écosystème Wikimédia n'a cependant été faite qu'en 2012, à la suite d'un appel à commentaires durant lequel 540 personnes furent en faveur de l’intégration du projet, 153 contre, pendant que 6 restèrent sans avis. Comme cette nouvelle déclencha une migration importante depuis Wikitravel vers Wikivoyage, une plainte fut déposée par la société commerciale en charge du premier projet. Celle-ci fut toutefois rejetée et le projet Wikivoyage continua à prendre de l’ampleur au sein du mouvement Wikimédia, avec la création de nouvelles versions linguistiques.
Le cas de Wikivoyage apparait toutefois comme une exception, car en général les nouveaux projets émergent des centaines de candidatures déposées sur le projet Méta-Wiki. Celles-ci se soldent bien souvent par un refus, comme ce fut le cas pour le projet WikiLang dont le but était de lancer un laboratoire linguistique. Quelques rares projets ont pourtant la chance d'être élus. Ce fut notamment le cas en octobre 2012, avec le lancement de la base de données structurée et sémantique Wikidata et de ses extensions Wikibase, ou plus récemment, en 2020, avec l'arrivée du projet Abstract Wikipedia et Wikifunctions.
Sans vouloir entrer dans les détails, il est intéressant de savoir que l'interconnexion entre ces trois projets permet de traduire automatiquement des articles encyclopédiques dans tous les langages naturels pris en charge par le mouvement Wikimédia. Plus précisément, les phrases des articles publiées sur Abstract Wikipédia, sont formulées par des fonctions informatiques produites dans le projet Wikifunctions, dans le but de traiter les informations de la base de données sémantique Wikidata. Autrement dit, un article dans Abstract Wikipédia ne possède qu'une seule page pour toutes les langues, pareillement aux pages d'entités de Wikidata, qui ont pour titre une lettre suivie d'un chiffre.
À la suite de ces explications, on observe donc que ce n'est pas la complexité qui détermine le refus projet, mais plutôt une série de critères comparables à ceux retenus pour supprimer des projets ou versions linguistiques déjà existants. À ce propos, il existe sur Méta-Wiki une liste mise à jour des différents sites hébergés par la Fondation Wikimédia dont l'existence est remise en cause. Dans celle-ci, on retrouve essentiellement des versions linguistiques de projets qui n’ont pas réussi à poursuivre leurs développements, bien qu'un projet entier soit toujours susceptible d'être mis à l'arrêt. C'est d'ailleurs ce qui est arrivé aux 31 versions linguistiques du projet Wikinews, qui, en date du 4 mai 2026, soit 22 ans après le lancement du site anglophone, sont accessibles en mode lecture uniquement.
Dans le cas de Wikinews, ce fut le manque d'activité qui apparut comme principale justification de la suspension du projet. Cependant, d'autres raisons pourraient être invoquées, comme le prouve cet épisode de 2005, où, peu de temps après son lancement, la version francophone du recueil de citations Wikiquote a bien risqué de disparaitre. Le projet fut effectivement accusé d’avoir récupéré le contenu d’une base de données soumise à un droit d’auteur, incompatible avec la licence Creative Commons appliquée sur l’ensemble des projets pédagogiques Wikimédia. Lorsqu'une plainte fut adressée à l’association Wikimédia France, pour être ensuite relayée sur le site Méta-Wiki, il fut bien question de fermer le projet. Après de longues discussions, celui-ci fut maintenu, mais avec pour conditions de repartir de zéro, et d’établir une charte pour garantir la traçabilité des citations reprises par le projet.
Voici donc de quoi se faire une idée sur la manière dont les projets pédagogiques et leurs déclinaisons linguistiques apparaissent et disparaissent au sein du mouvement. Les exemples repris ci-dessus suffisent effectivement pour comprendre les principes généraux qui sous-tendent leurs créations. En dehors de Méta-Wiki, Wikidata, Wikifunctions, Abstract Wikipédia et Wikimedia Commons, qui ne sont pas des projets de contenu pédagogique à proprement parler, tous les autres projets semblent effectivement provenir d’un désir de spécialisation d’un projet préexistant.
L'idée est généralement débattue dans un projet de même langue, avant de relayer la discussion vers le site Méta-Wiki. Si le projet y est jugé pertinent, il fait alors l'objet d'une candidature qui doit actuellement être soumise au groupe de travail des projets frères du comité des affaires communautaires de la Fondation Wikimédia. Quant aux nouvelles versions linguistiques, elles doivent être aujourd'hui soumises à l'approbation du comité des langues, avant d'être testées sur les plateformes Incubator, Beta-Wikiversité ou Wikisource Multilingue, dans le but de bénéficier d’un site web indépendant.
Après ces explications concernant les projets frères et leurs variations linguistiques, il nous reste encore à parler des sites qui ont un lien avec le mot Wiki, soit par leur nom, soit par le logiciel utilisé. En 2024 effectivement, plus de 22 600 d'entre eux étaient répertoriés, dont plus de 95 % sans aucun lien avec le mouvement Wikimédia, en dehors du fait, peut-être, qu’ils utilisaient le logiciel MediaWiki développé par la Fondation Wikimédia.
WikiLeaks par exemple, créé par Julian Assange dans le but de publier des documents classifiés provenant de sources anonymes, n’est ni un projet Wikimédia, ni un site collaboratif. Quant au recueil universel et multilingue de guides illustrés WikiHow, si celui-ci fonctionne pour sa part de manière collaborative et avec le logiciel MediaWiki, il n'a pourtant aucun lien avec le mouvement Wikimédia. D'ailleurs, son ergonomie, radicalement différente de celle des projets Wikimédia, permet de le comprendre au premier coup d’œil.
En revanche, Wikimini, l'encyclopédie libre pour les enfants, a une apparence tout à fait comparable à celle des projets Wikimédia, alors que le projet n’a jamais été accepté par la Fondation. Quant aux projets WikiTribune et Fandom, l'ambiguïté qu'ils entretiennent avec le mouvement est d'autant plus grande qu'ils ont été créés par Jimmy Wales, le fondateur de Wikipédia et de la Fondation Wikimédia. Cependant, comme ce sont des projets commerciaux, ils ne peuvent en aucun cas être soutenus par une fondation sans but lucratif.
Au terme de cette présentation, il ne reste plus qu'à signaler que le mouvement Wikimédia ne fut conscientisé que tardivement par rapport à l'apparition des projets Wikimédia et de leurs différentes versions linguistiques. Pour qu'un sentiment de collectivité se manifeste entre tous ceux-ci, il fallut certainement attendre qu'une coordination se développe sur la plateforme Méta-Wiki, mais également que de nombreuses rencontres et associations apparaissent en dehors de l'espace numérique. En ce sens, la naissance du mouvement ne fut pas un événement ponctuel, mais plutôt la réalisation d’un long processus de conscientisation.
'''Chapitre 9 : La conscientisation du mouvement'''
Avant d'aborder la question de la conscientisation du mouvement, il peut être intéressant de découvrir l'origine étymologique du mot « Wikimédia ». Celui-ci est un mot-valise composé du suffixe « média » et du préfixe « wiki » que l’on doit à cette expression hawaïenne « wiki wiki », qui se traduit en français par l'expression : « vite, vite ». Celle-ci fut récupérée une première fois par Ward Cunningham, le créateur du premier moteur Wiki, avant d'être réutilisée dans les noms inventés pour d'autres logiciels de cette même famille. UseModWiki en est un bel exemple, puisqu'il fut le premier programme utilisé par la firme Bomis pour héberger son projet d’encyclopédie collaborative. Raison pour laquelle, sans doute, le terme « wiki » fut utilisé pour créer le mot Wikipédia, en l'associant au suffixe « pedia » qui fait référence au mot anglais encyclopedia, selon un principe qui fut ensuite repris pour tous les autres projets du mouvement.
Le mot Wikimédia, pour sa part, n’est apparu que le seize mars 2003, lors d’une discussion concernant la déclinaison possible de l’encyclopédie en d’autres types de projets éditoriaux participatifs. Durant celle-ci, l’écrivain américain Sheldon Rampton eut l’idée d’associer au terme wiki à celui de « média », afin de mettre en évidence la variété des médias produits et partagés par Wikipédia et ses projets frères. Toutefois, c'est seulement en juin 2008 que Florence Devouard, présidente de la Fondation à cette époque, associe le mot Wikimédia à un mouvement social qu’elle voyait apparaître au sein des projets Wikimédia et de leurs communautés d'usagers.
Affirmer pour autant que ce moment précis coïncide avec la naissance du mouvement Wikimédia serait quelque peu arbitraire. Car si l’on peut déterminer plus ou moins facilement l’apparition d’une expression dans des archives, tout le monde sait qu’un mouvement social ne se forme pas en un seul instant. Dans le contexte du mouvement Wikimédia, sa naissance est bien sûr liée à celle du projet Wikipédia, mais également à tout ce qui permit la création de cette encyclopédie libre. Dans une autre perspective encore, on peut dater l'apparition du mouvement Wikimédia au 20 juin 2003, date de la création de la fondation qui porte le même nom. Ou pourquoi pas, associer la création du mouvement à la mise en ligne de la plate-forme Méta-Wiki, qui en représente le principal lieu de coordination.
Toujours est-il que l’expression « Wikimedia movement » est bien apparue en juin 2008, sous la plume de Florence Devouard. Cela s'est passé sur la liste de diffusion de la Fondation et peu de temps avant qu'elle quitte son poste de présidente. Dans son message, elle partageait l'idée de placer sous le nom de domaine Wikimedia.org un site vitrine de présentation du mouvement Wikimédia qu'elle concevait de la sorte.
Le mouvement Wikimédia, comme je l’entends est
– une collection de valeurs partagées par les individus (liberté d’expression, connaissance pour tous, partage communautaire, etc.)
– un ensemble d’activités (conférences, ateliers, wikiacadémies, etc.)
– un ensemble d’organisations (Wikimedia Foundation, Wikimedia Allemagne, Wikimedia Taïwan, etc.), ainsi que quelques électrons libres (individus sans chapitres) et des organisations aux vues similaires.
Avec autant de détails et d'explications, un tel message ne pouvait qu'accélérer la prise de conscience au sein du mouvement. Dans tous les cas, il mettait en évidence que les personnes actives dans les projets éditoriaux en ligne ou dans les organismes affiliés, faisaient partie de ce que Ralf Dahrendorf appelle un « quasi-groupe ». Ou autrement dit, un ensemble d’individus qui ont un mode de vie semblable, une culture commune, mais dont les points communs ne gravitent pas autour d’une prise de conscience de leur position commune dans la relation d’autorité.
Après la naissance de Wikipédia et de nombreux projets frères, une dizaine d’années a donc été nécessaire pour que le mouvement Wikimédia prenne conscience de son existence. Aujourd’hui encore, et comme cela a déjà été vu, de nombreuses personnes actives dans les projets pédagogiques ne réalisent toujours pas qu’elles participent aux activités d’un mouvement social. Cela, contrairement aux personnes investies dans les activités en présentiel organisées au sein du mouvement, qui sont généralement plus conscientes de leur engagement. C’est là une raison de croire que le développement de la Fondation Wikimédia et de ses organismes affiliés a joué un rôle important dans l'apparition d'un sentiment d’appartenance.
'''Chapitre 10 : La création des organismes affiliés'''
Si c’est grâce à l’arrivée des groupes et des organismes affiliés à la Fondation Wikimédia que l’idée du mouvement est probablement apparue, il est alors intéressant d'en décrire les processus de création. Mais puisque cela représente plusieurs centaines d’instances spécifiques, regroupées en plusieurs catégories détaillées en seconde partie d'ouvrage, aborder ici l’histoire de chacune d’entre elles serait une entreprise beaucoup trop fastidieuse.
De plus, s’il existe énormément d’archives numériques concernant la naissance des sites Wikimédia, ce n’est pas le cas pour ces organismes affiliés. Un bon nombre de ceux-ci se sont effectivement formés durant des rencontres ou des réunions hors ligne qui n'ont fait l’objet d’aucun enregistrement. Du reste, une bonne part des échanges effectués au sein de ces associations s'organise par des canaux de communication privés auxquels seuls les membres actifs ont accès.
Puisque je suis l'un des membres fondateurs, je me limiterai donc ici à parler de l’association Wikimédia Belgique. Celle-ci fut fondée le huit octobre 2014 en tant qu’association sans but lucratif, avant d'être reconnue le six août 2015 par le conseil d’administration de la Fondation Wikimédia. Après plus de trois ans d’activités et de rencontres et sous l’impulsion de Maarten Deneckere qui assuma le premier mandat de présidence, nous étions 8 personnes à signer la première version des statuts de l’association.
Jusqu’à ce jour, l’objet social de Wikimedia Belgique est d' « impliquer tout un chacun dans la connaissance libre ». Contrairement à l'association Wikimédia Deutchland, la première à voir le jour en 2004 et qui rassemblait déjà en 2021 plus de 85 000 membres et près de 150 employés, l’association belge n'a qu'une seule employée à temps partiel et 150 membres en 2025.
Avant d’être reconnues par le comité d’affiliations chargé de seconder le conseil d’administration de la Fondation, toutes les associations nationales, dites « chapters » en anglais, et toutes les autres organisations affiliées doivent réaliser de nombreuses démarches. Celles-ci consistent à répondre à un ensemble de prérequis qui ont évolué suite à la création d'un comité décisionnel en avril 2006. Ces obligations diffèrent entre les groupes d’utilisateurs et d'utilisatrices et les associations locales ou thématiques. Parmi ceux-ci, on retrouve toutefois : un nombre minimum de membres et de référents, une mission et un règlement d’ordre intérieur conformes aux attentes du mouvement, la remise de plans et de rapports d’activités annuels, etc.
On comprend donc qu’il n’est pas évident de créer une nouvelle instance au sein du mouvement. Pour bénéficier du soutien logistique et financier de la Fondation réservé aux organismes affiliés, c’est ainsi toute une série de rapports qu’il faut alors transmettre à divers comités et commissions chargés de leurs évaluations. Cela représente une quantité de tâches administratives qu’il n’est pas toujours facile d’assumer, surtout lorsque les membres de l’organisme affilié sont tous des bénévoles. D’où sans doute cette régulière disparition d’affiliations, pendant que d’autres se créent ou réapparaissent en fonction des énergies et du dynamisme disponibles dans les équipes.
Les activités liées à la récolte et à la redistribution des dons offerts au mouvement, ainsi que les autorisations d’usage de marques déposées, contrastent donc avec les valeurs de libre partage et d’autonomie décrites dans les projets pédagogiques. Cela semble confirmer que la partie hors ligne du mouvement est plus influencée par les habitudes d’un système économique dominant, contrairement à la partie en ligne qui semble plus fidèle à l’héritage de la contre-culture.
'''Chapitre 11 : L'héritage d'une contre-culture'''
Au terme de cette première partie d’ouvrage, il devient évident que la révolution numérique, que l’on considère généralement comme une révolution technique, fut aussi, et peut-être avant tout, une révolution sociale et culturelle. Quant à l'histoire de Wikimédia, reprise ici depuis les origines de son encyclopédie jusqu'à l'apparition de ses organismes affiliés, elle nous fit découvrir comment les idées de la contre-culture des années 1960 furent transmises au mouvement.
En cas de doute, observons encore que Richard Stallman, celui qui a créé les concepts de licence et d'encyclopédie libre, fut désigné par certains comme le gourou de la contre-culture hacker et le père du système d’exploitation hippie. Une culture hippie, dont il est aussi troublant de constater que le renversement de son logo ressemble étrangement à celui du mouvement Wikimédia.
Incontestablement et au travers du mouvement des logiciels libres, le mouvement Wikimédia a donc bien hérité des valeurs produites par les mouvements sociaux des années 1960. Des valeurs qui aujourd'hui contrastent fortement avec la marchandisation et la capitalisation du monde, dont l'espace web ne fait jamais que refléter ce qui se passe dans le reste de la société humaine. Or, ce phénomène ne date pas d'hier. En 2008 déjà, André Gorz, ce philosophe parmi les pères de la décroissance et théoricien de l’écologie politique, constatait déjà que :
La lutte engagée entre les "logiciels propriétaires" et les "logiciels libres" [...] a été le coup d’envoi du conflit central de l’époque. Il s’étend et se prolonge dans la lutte contre la marchandisation de richesses premières – la terre, les semences, le génome, les biens culturels, les savoirs et compétences communs, constitutifs de la culture du quotidien et qui sont les préalables de l’existence d’une société. De la tournure que prendra cette lutte dépend la forme civilisée ou barbare que prendra la sortie du capitalisme.
Dans cette lutte et avec le seul nom de domaine non commercial parmi le top 100 des sites les plus fréquentés du Web, la galaxie Wikimédia apparait donc comme un des derniers lieux numériques de liberté, de partage et d'égalité. Un lieu qui, de plus, est connu mondialement, grâce au succès des plus de 350 déclinaisons linguistiques de Wikipédia, et sans pour autant récolter d'informations sur l’identité et le comportement des internautes. Cela alors que cette pratique est considérée, par certains, comme un « nouvel or noir » pompé du Web, pendant que d’autres préfèrent parler de « capitalisme 3.0 » ou de « capitalisme de surveillance » .
Évidemment, les enjeux de cette lutte sont difficiles à comprendre. La complexité de l’infrastructure informatique, mais également le fait que tout cela s'inscrit dans une révolution que Rémy Rieffel décrit comme « instable et ambivalente, simultanément porteuse de promesse, et lourde de menaces », ne facilitent pas les choses. Cela d'autant plus que tout cela se place « dans un contexte où s’affrontent des valeurs d’émancipation, et d’ouverture d’un côté et des stratégies de contrôle et de domination de l’autre » .
En fait d’ambivalence, il est surprenant d'apprendre, par exemple, que Jimmy Wales, fondateur de Wikipédia et de la fondation Wikimédia, est un adepte de l’objectivisme, alors que cette philosophie voit le capitalisme comme un idéal de société et l’égoïsme rationnel, comme une morale. Puis, concernant l'instabilité du numérique, il y a ces appels répétés de Tim Berners-Lee au sujet de la « redécentralisation » et de la « régulation » d'un espace web qu'il avait conçu dans un esprit tout à fait opposé. Quant aux pionniers d'Internet, ils n'ont probablement pas imaginé que leur création permettrait un jour, à des milliards d’objets connectés, de rapporter, rien qu'en France et en 2021, plus de 2,6 milliards d’euros.
Quant à la question du contrôle et au-delà de ce qui est opéré par les firmes commerciales, c'est bien sûr du côté des États qu'il faut porter son attention. Face à un mouvement qui veut s’émanciper des contrôles, par moins de 18 pays ont déjà censuré Wikipédia et parfois même l'ensemble des projets frères. Ce fut le cas par exemple pour la Turquie, la Russie, l'Iran, mais également le Royaume-Uni, la France et l'Allemagne, et c'est même le cas de manière permanente en Chine, depuis 2004.
Dans certains cas, des procédures juridiques ont été utilisées pour intimider les membres du mouvement. C'est arrivé en France lorsque le directeur de l'association Wikimédia fut menacé de poursuites pénales par la Direction Centrale du Renseignement Intérieur, après un refus de supprimer un article qui traitait d’une station militaire dans Wikipédia. Par chance, ce qui s'est passé en France ne dépassa pas le stade de l'intimidation. En Biélorussie cependant, Mark Bernstein, un contributeur aux projets Wikimédia, fut condamné à quinze jours de prison ferme, assortis de trois ans d’assignation à résidence, pour des propos tenus au sujet de la guerre en Ukraine. Cela sans oublier qu'actuellement, ce sont les conservateurs à la tête des États-Unis qui « veulent la peau de Wikipédia » en cherchant à obtenir l'identité réelle de certains contributeurs.
Le contrôle et le non-respect de la vie privée font ainsi appel à la figure emblématique du lanceur ou de la lanceuse d'alerte, dont la posture contestataire fait penser à celle des personnes actives dans la contre-culture des années 1960. Parmi ceux-ci, on dit de Julian Assange, Edward Snowden et Chelsea Manning, qu'ils « ont perdu leur liberté pour défendre la nôtre ». De manière similaire, on pourrait donc aussi dire que les Wikimédiens Aaron Swartz, Bassel Khartabil, Pavel Pernikov, Ihor Kostenko et Mark Bernstein, se sont sacrifiés pour la liberté, le partage et la vérité.
Dans Wikimédia et comme ce fut expliqué dans l'introduction de cet ouvrage, une alerte peut prendre la forme d'un appel à commentaires en réaction à une décision ou une situation observée au sein du mouvement. C'est même là une pratique institutionnalisée, qui fait l'objet d'une procédure d'accompagnement et de suivi. Toutes ces alertes concernent les dérives de certains projets, mais également de certaines associations dont la proximité avec le système économique n'aide pas au respect des pratiques et des valeurs développées en ligne.
Dans ce qui apparait aux yeux de certains comme un « bazar libertaire », les choix et règles édictés dans la sphère hors ligne du mouvement ne plaisent pas toujours aux membres des communautés en ligne. Ce qui n'empêche toutefois pas les projets éditoriaux d'avoir leurs propres règles et des recommandations, ni de voir apparaitre, en 2020 et dans l'ensemble du mouvement, un code de conduite universel, qui détermine le « référentiel minimum des comportements acceptables et inacceptables ».
L'idéologie transmise à Wikimédia, décrite en partie par Steven Levy dans son ouvrage L’Éthique des hackers est donc plus subtile qu'un simple refus d'autorité. Dans un esprit de partage, d'ouverture, de transparence, de liberté, d'égalité et d'autonomie, c'est une structure très complexe, tout en étant cosmopolite et mondiale, que le mouvement réussit à mettre en place. Une organisation qui, finalement, apparait très inspirante dans la manière de faire communauté aujourd'hui, et au sein d'un monde toujours plus global et numérique.
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Lionel Scheepmans
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'''LE MOUVEMENT WIKIMÉDIA.'''
'''Dernier partage altruiste de la connaissance libre ?'''
De Lionel Scheepmans.
Avec l'aide de la communauté Wikimédia.
'''Quatrième de couverture.'''
'''Le mouvement Wikimédia, l'aventure inspirante d'une organisation mondiale et altruiste, au service d'un savoir libre et vérifiable.'''
Quel est ce seul acteur à but non lucratif présent dans le top 100 des sites les plus visités sur le Web ?
Comment incarne-t-il l’expression la plus visible des valeurs de liberté, d’égalité et de partage, héritées de la révolution numérique et des mouvements sociaux des années 1960 ?
Comment, à partir de Wikipédia et suite à la création d’une quinzaine de projets frères, distribués en centaines de versions linguistiques, le mouvement social Wikimédia a imaginé un monde dans lequel le savoir se produit et se partage librement ?
Et comment, en toute autonomie, des dizaines de projets pédagogiques, édités par des millions de bénévoles, soutenus par une fondation et près de 200 associations et groupes locaux, produisent-ils la plus grande intelligence collective au monde ?
Avec de nombreux codes QR, cet ouvrage répond à ces questions, tout en permettant de mieux comprendre le monde global et numérique qui nous entoure.
Lionel Scheepmans est docteur en sciences politiques et sociales, militant de la culture libre et professeur d’anthropologie numérique. Il occupe plusieurs postes d’administrateur au sein du mouvement Wikimédia qu’il observe de manière participative depuis 2011. Ses travaux universitaires, du master à la thèse de doctorat, furent consacrés à l’organisation et aux enjeux de Wikipédia et du mouvement Wikimédia.
'''Avant-propos'''
Pour offrir un confort de lecture sur papier sans perdre la puissance du numérique, des codes QR sont affichés tout au long de cet ouvrage. À l’aide d’une tablette ou d’un smartphone, ils offrent un accès direct à ce qui serait coûteux ou impossible à imprimer.
Par exemple, le code QR 1, présent à la fin de cette page, donne accès directement à la page web qui reprend l’intégralité de l’ouvrage. Une fois sur celle-ci, on peut alors visionner les illustrations en couleur ou les enregistrements qui s’y trouvent et consulter ensuite leurs pages de descriptions en cas de besoin. Cette version numérique comprend aussi de nombreux hyperliens pointant vers Wikipédia et d’autres sites du mouvement Wikimédia, où se trouvent des compléments d’informations et leurs mises à jour.
Pour économiser du papier lors de l’impression, la section regroupant les notes et les références de l’ouvrage n’est disponible qu’au format numérique, mais est directement accessible via le code QR 2 repris ci-dessous. Grâce aux indices de renvoi chiffrés et placés en exposant dans le texte imprimé, il est alors possible, au départ d'un smartphone ou d'une tablette, de retrouver les notes et les références en fonction de leur numérotation. Lorsque la référence correspond à une page web, un lien pointant vers le projet Internet Archive s’y trouve repris, pour garantir un accès aux archives des pages citées dans l’ouvrage, si jamais elles avaient disparu du web. Quant aux pages toujours existantes, elles restent accessibles via leurs hyperliens originels, pour consulter leurs éventuelles évolutions.
Étant donné que ce livre est produit sur une plateforme collaborative, tout le monde est invité à améliorer les prochaines versions. On peut le faire en corrigeant des fautes d’orthographe ou de syntaxe sur les pages web qui constituent les différents chapitres de l’ouvrage, ou encore en apportant des commentaires sur les pages de discussion qui leur sont associées. Cela peut se faire très simplement en cliquant sur « Modifier » , quand on est sur la page d'un chapitre, et sur « Ajouter un sujet » lorsque l'on est sur une page de discussion.
Une page de discussion générale est aussi accessible grâce au code QR 3. Elle permet de commenter le livre dans son ensemble, ou de poser une question à son sujet. Il suffit pour cela d’indiquer un titre dans le champ « Démarrer un nouveau sujet », avant d'écrire le contenu de son message dans l’encadré situé juste en dessous, et de cliquer finalement sur le bouton « Ajouter un sujet de manière anonyme », pour publier celui-ci.
Enfin, pour ceux qui voudraient agrémenter leur lecture d’un fond sonore relaxant et original, le code QR 4 donne accès à une page web qui diffuse une musique mélodieuse. Celle-ci est composée de sons spécifiquement produits chaque fois qu’une modification est apportée sur un projet Wikimédia, ou qu’un nouveau compte y est créé. Ce dispositif ingénieux offre ainsi, aux lecteurs qui le souhaitent, une ambiance sonore particulièrement confortable, ainsi qu’une nouvelle expérience immersive au sein du mouvement Wikimédia.
'''Introduction : Wikimédia n’est pas Wikipédia.'''
Depuis le succès initial de Wikipédia, une myriade de projets de partage des connaissances, d’organisations et de groupes de soutien ont émergé pour former ce qu’on appelle aujourd’hui le mouvement Wikimédia. Même si l’encyclopédie libre reste l'activité phare du mouvement à ce jour, il serait regrettable de réduire l’ensemble du mouvement à cet unique projet pédagogique. Malheureusement, il arrive bien trop souvent qu'une seule version linguistique de Wikipédia suffise pour cacher l’étendue de la forêt Wikimédia.
En réalité, Wikimédia représente un mouvement social, international et interculturel complexe, au sein duquel Wikipédia n’est qu’une composante parmi d’autres. Dans le cadre d'un mémoire de master, on peut ainsi fournir en quelques mois une ethnographie du projet Wikipédia en français. Alors que pour synthétiser les origines, l’organisation et les dynamiques globales du mouvement Wikimédia, une thèse de doctorat et cinq années de recul supplémentaires furent nécessaires.
À la fin de l'année 2025, l’ampleur numérique du mouvement est effectivement impressionnante. Chaque mois, des millions de modifications bénévoles sont effectuées sur plus de 500 millions de pages, réparties sur plus d’un millier de sites web, dont 358 seulement, correspondent aux versions linguistiques de Wikipédia. Ce qui prouve donc clairement que les activités en ligne portées par l'ensemble du mouvement Wikimédia dépassent largement ce qui se passe au sein de l’encyclopédie.
Il existe ainsi cinq autres espaces collaboratifs d'écriture susceptibles d'atteindre un jour l'envergure et la notoriété de Wikipédia, avec un objectif et un fonctionnement spécifiques à chacun. De manière détaillée, Wikilivres crée des livres pédagogiques ; Wikiversité rassemble des supports d'enseignement et des travaux de recherche ; Wikivoyage développe un guide touristique mondial ; Wikispecies établit un répertoire du vivant, tandis que Wiktionnaire définit des mots de toutes les langues, dans toutes les langues.
Contrairement à Wikipédia, tous ces projets ne sont pas soumis à une neutralité de point de vue, ni limités à l'usage de sources secondaires reconnues, au niveau de la rédaction des articles. La plupart d'entre eux acceptent aussi la publication de travaux de recherche ou de productions personnelles, alors que cela est tout à fait interdit dans Wikipédia.
Selon l'étymologie du mot encyclopédie, le but de Wikipédia est en effet de synthétiser ou, plus précisément, d'encercler le savoir humain déjà préexistant. Cette contrainte éditoriale limite donc les contributeurs et contributrices à l'usage de sources secondaires et tertiaires présentes dans des publications externes au projet. De ce fait, Wikipédia reproduit fatalement les biais systémiques, tels que les déséquilibres et les surreprésentations de genre et de culture, présents dans un monde de l'édition majoritairement occidental. Or, cette impasse éditoriale propre à Wikipédia n'existe pas dans les autres projets pédagogiques.
Comme ces projets frères, Wikipédia n'est pas non plus un projet complètement autonome des autres projets Wikimédia. L'encyclopédie compte en effet sur le projet Wikimedia Commons pour héberger l'ensemble de sa médiathèque. Elle utilise ensuite le contenu du projet Wikidata comme base de données structurée. Quant aux personnes qui produisent l'encyclopédie, elles peuvent aussi puiser leurs sources dans la bibliothèque Wikisource ou se référer à des citations d'auteurs collectées dans le projet Wikiquote. Tout cela sans oublier que des dizaines de sites web traitent l'archivage permanent de Wikipédia et des autres projets Wikimédia, dans le but de fournir des analyses précieuses et totalement libres d’accès.
Enfin, il faut aussi garder à l'esprit qu'au-delà de tous ces sites web, Wikimédia, c'est aussi de nombreuses institutions et organisations affiliées au mouvement et dispersées dans le monde. Autour de la Fondation Wikimédia chargée de la gestion et de l’organisation internationales, avec près de 650 salariés de nationalités diverses, se regroupent des centaines d'organisations satellites. Parmi celles-ci, on retrouve 2 associations thématiques, 40 associations locales, dont Wikimedia Deutschland qui regroupe plus de 170 employés, et finalement 141 groupes d’utilisateurs et utilisatrices.
Tout ce qui vient d'être exposé dans cette introduction justifie donc la nécessité de distinguer le mouvement Wikimédia du projet Wikipédia. Imaginons seulement que l’on se limite à citer Paris pour décrire et comprendre un pays aussi vaste que la France. Certes, Paris est une ville mondialement connue et qui compte plus de deux millions d’habitants et un patrimoine culturel impressionnant. Mais est-ce pour autant qu'il faudrait oublier les autres villes, villages et métropoles françaises ? Sans compter que la France regroupe aussi des départements et des territoires d’outre-mer et qu'elle entretient des relations et des partenariats internationaux qui dépassent de loin ce qui se passe entre Paris et le reste du monde. Ne pas confondre le mouvement Wikimédia avec le projet Wikipédia relève donc du bon sens.
En 2019 cependant, la Fondation Wikimédia a envisagé de se renommer en Fondation Wikipédia et de remplacer le terme « Wikimédia » par celui de « Wikipédia » partout où ce terme est utilisé dans la sphère hors ligne du mouvement. Le but était d’acquérir une plus grande visibilité et d’attirer des milliards de personnes, grâce au nom de marque Wikipédia, considéré comme l’un des plus connus au monde. Ce changement n’a toutefois pas été accepté par de nombreuses personnes actives au sein du mouvement. En janvier 2020, ces opposants ont ainsi créé une page d’appel à commentaires, qui fut le siège d’un long débat. À l’issue de ce dernier, 73 représentants d’organisations affiliées et 984 personnes ont signé une lettre ouverte adressée à la Fondation, qui comprenait le paragraphe suivant.
« Depuis 20 ans, les bénévoles ont bâti la réputation de Wikipédia en tant que ressource indépendante et communautaire. Les projets du mouvement Wikimédia, dont Wikipédia, se développent autour de la décentralisation et du consensus. Il est essentiel d’établir des distinctions claires entre la Fondation Wikimédia, les affiliés et les contributeurs individuels. Tout changement qui affecte cet équilibre exige le consentement éclairé et la collaboration des communautés. Il est donc très préoccupant de voir Wikipédia présenté pour le nom de l’organisation et du mouvement malgré le mécontentement général de la communauté. »
En s’opposant aux idées de la Fondation, ces membres de la communauté Wikimédia ont ainsi fait preuve de sagesse. De plus, ils ont signalé dans de nombreux commentaires que beaucoup de personnes connaissent le mouvement Wikimédia uniquement au travers de son encyclopédie. Il est même étonnant d'observer que la méconnaissance du mouvement existe au sein même de sa propre communauté. Comme exemple, on peut observer que l'article Wikipédia en anglais, consacré au mouvement Wikimédia, ne s’est développé qu’à partir de 2016, tandis que celui de la version francophone de l'encyclopédie, n’est apparu qu’en 2019. Quant aux autres versions linguistiques, il est tout aussi étonnant de constater qu'en octobre 2025, seulement 39 d'entre elles, sur un total de 358, possédaient un article dédié au mouvement Wikimédia.
Tous ces éléments justifient donc la nécessité d’offrir au monde, une meilleure connaissance du mouvement Wikimédia et des nombreux projets et organisations, qui participent à sa mission de partage du savoir. En ce sens, ce livre est une contribution importante aux défis stratégiques que doit relever le mouvement Wikimédia à l’approche de 2030. Car au-delà des résolutions prises pour développer de nouveaux processus participatifs et délibératifs concernant les questions de marque, c’est avant tout un travail d’information et de sensibilisation à destination du public qu'il reste à faire.
'''Première partie : La naissance du mouvement Wikimédia.'''
Il existe dans l'espace web, une multitude d’archives permettant de retracer les événements, qui ont conduit à la naissance du mouvement Wikimédia. Cette « préhistoire » du mouvement peut notamment être explorée grâce au réseau d’éducation populaire Framasoft, dont le site est apparu environ un an avant la création de la version francophone de Wikipédia. On trouve sur cette plateforme une mine d’informations concernant les logiciels libres et la culture libre, soit deux épisodes majeurs de l’histoire de l’informatique et d’Internet, malheureusement méconnus du grand public.
Grâce à Framasoft et bien d’autres associations, il est possible de découvrir l’organisation et les motivations des millions de personnes qui participent au mouvement du logiciel libre. On peut apprend par exemple, que ce mouvement politique et social, au sein du milieu informatique, a été initié en 1983 par [[w:fr: Richard Stallman|Richard Stallman]]. Programmeur du [[w:Massachusetts_Institute_of_Technology|MIT]] à cette époque, c'est en effet lui qui fut le premier à proposer une alternative à la marchandisation du secteur informatique.
La philosophie de libre partage, apparue au sein du projet de Stallman, reflétait une certaine éthique et une organisation de travail originale, développées au sein d’une sous-culture, en vogue dans le milieu informatique depuis les années 1950. Celle-ci fut documentée dans de nombreux ouvrages, dont « L’éthique hacker », un livre remarquable, dans lequel le philosophe finlandais, Pekka Himanen, analyse en détail les origines de la culture hacker.
Un simple extrait de sa quatrième de couverture, repris ci-dessous, permet d’appréhender la manière de penser de ces informaticiens, rejoints par Richard Stallman durant ses études universitaires, avant d'en devenir l’une des figures les plus charismatiques.
« On considérait jusqu’à présent le « hacker » comme un voyou d’Internet, responsable d’actes de piratage et de vols de numéros de cartes bancaires. Le philosophe Pekka Himanen voit au contraire les hackers comme des citoyens modèles de l’ère de l’information. Il les considère comme les véritables moteurs d’une profonde mutation sociale. Leur éthique, leur rapport au travail, au temps ou à l’argent, sont fondés sur la passion, le plaisir ou le partage. Cette éthique est radicalement opposée à l’éthique protestante, telle qu’elle est définie par Max Weber, du travail comme devoir, comme valeur en soi, une morale qui domine encore le monde aujourd’hui. »
En introduisant cette première partie d'ouvrage de la sorte, nous pouvons déjà comprendre que le mouvement Wikimédia plonge ses racines dans une transition culturelle remplie d’utopie. Une utopie qui s’oppose notamment à ce que l’historien et anthropologue Karl Polanyi désignait, en 1944 déjà, comme un libéralisme économique qui « subordonne les objectifs humains à la logique d’un mécanisme de marché impersonnel ». Étape par étape et en commençant par analyser cette utopie spécifiquement au niveau du mouvement Wikimédia, voyons maintenant ce qui s'est passé tout au long de cette révolution culturelle et numérique.
'''Chapitre 1 : L'utopie Wikimédia.'''
Au fil du temps, Wikipédia fut perçu comme une utopie en marche, puis comme une utopie réalisée, et finalement comme la dernière utopie collective du Web. Mais qu'en est-il de l'ensemble du mouvement Wikimédia ? Pour nous aider à comprendre ce qui se passe dans la dimension numérique de ce mouvement, voici une métaphore qui décrit un quartier établi au sein d'une ville, imaginée au départ de l'espace web ». Dans cette ville imaginaire, Internet représenterait le réseau routier, pendant que des serveurs informatiques feraient office de bâtiments, et que les pages web qu'ils hébergent, constitueraient les différentes pièces de ces édifices.
En visitant le quartier Wikimédia, on découvrirait donc plus d’un millier de bâtiments. Au sein de ceux-ci et à l’exception de quelques lieux administratifs, chaque pièce peut être visitée gratuitement, mais aussi modifiée au niveau de son contenu. On peut ainsi y ajouter de nouvelles choses, telles que du texte, des photos, des vidéos ou des documents sonores, et même changer ou supprimer ce qui a été créé ou modifié par d’autres. Tout cela, bien sûr, dans le but de rendre ces endroits plus esthétiques, ou plus authentiques et en tenant compte des différentes idées et des éventuelles oppositions de point de vue concernant les aménagements. Pour faciliter l'entente entre les personnes qui s'investissent dans les modifications, chaque pièce des bâtiments Wikimédia possède un espace annexe dédié à la discussion.
Dans la plupart des bâtiments Wikimédia, une personne malintentionnée peut même faire disparaitre tout le contenu d'une pièce. Néanmoins, dans la seconde qui suit, un robot remettra tout en place, avant de transmettre un message concernant le traitement du vandalisme. Lorsqu'une action plus discrète n'est pas détectée par un robot, une personne qui surveille la pièce prendra certainement le relais pour annuler les changements malveillants, et contacter la personne responsable. En cas de multirécidive, celle-ci peut se voir privée de sa capacité de modifier les pièces, soit dans le bâtiment vandalisé, soit dans tout le quartier quand cela se justifie. Après discussion, cette sanction sera mise en application par un administrateur ou une administratrice bénévole, choisi ou choisie par l'ensemble des autres bénévoles qui prennent soin des bâtiments.
On comprend donc que tout le monde peut enrichir, mais également surveiller et protéger les richesses partagées dans le quartier Wikimédia. Il suffit pour cela de rejoindre le mouvement en se créant un compte et de profiter de nombreux outils, dont un système de notification qui envoie un message dès qu'une pièce que l'on veut surveiller est modifiée. Pour créer ce compte, il n'est pas nécessaire de fournir une adresse ou un numéro de téléphone. Les seules informations personnelles indispensables au bon fonctionnement du quartier Wikimédia sont les adresses IP des visiteurs. Car contrairement à ce qui se passe dans les quartiers commerciaux de la grande ville numérique, tels que les GAFAM, NATU, BATX, le quartier Wikimédia ne récolte et ne vend aucune donnée à des fins d'exploitation.
Même les adresses IP enregistrées par le système ne sont pas visibles par les autres visiteurs. Elles sont remplacées par les noms et les pseudonymes fournis lors de la création des comptes, ou masquées par des comptes temporaires pour les modifications faites par des personnes non connectées. Seules quelques personnes accréditées par la communauté pour effectuer des contrôles d’usurpation d’identité ont accès à ces informations. C’est là une précaution nécessaire au bon déroulement des votes qui succèdent parfois aux recherches de consensus concernant l'aménagement du quartier Wikimédia.
Dans cette ville numérique que constituerait l'espace web, Wikimédia apparait ainsi comme le plus grand quartier dédié au partage de la connaissance. Tout d'abord, il y a les plus de 350 bâtiments Wikipédia, chacun dédié à une version linguistique de l'encyclopédie. Toujours séparés en versions linguistiques, on trouve ensuite : les bibliothèques Wikilivres et Wikisource, les bâtiments lexicaux Wiktionnaire, le journal Wikinews, le centre pédagogique et de recherche Wikiversité, le syndicat d’initiative Wikivoyage, le répertoire des êtres vivants Wikispecies et enfin l'institut des citations d’auteurs Wikiquote. Cela sans oublier le musée médiatique Wikimedia Commons et la banque Wikidata, reconnue comme étant la plus grande banque d’informations structurées au monde. Deux bâtiments dont l'une des fonctions principales communes est d’enrichir les pièces situées dans les autres buildings du quartier Wikimédia.
Dans tous ces immeubles, il arrive souvent que plus de la moitié des étages soient uniquement attribués à l'organisation des activités qui s'y déroulent. Chaque bâtiment peut aussi compter sur le soutien d'autres édifices tels que MediaWiki, Wikitech, Phabricator, qui sont trois lieux entièrement dédiés aux maintenances techniques sur l'ensemble du quartier. Concernant les aspects administratifs, c'est dans le bâtiment Méta-Wiki que s'opère la gouvernance générale du quartier, alors que les courriers adressés à ce dernier sont traités en première ligne dans le bâtiment Wikimedia VRT. À la suite de quoi, il ne reste plus qu'à citer le bâtiment Wikimedia Outreach, pour des initiatives de sensibilisation, et le bâtiment du journal Diff Wikimedia, comme lieu de publication d'actualités sur le mouvement.
En dehors de certains aspects techniques, tous ces bâtiments sont gérés exclusivement par des communautés bénévoles, qui sont toujours prêtes à accueillir de nouveaux membres. Les seuls immeubles du quartier qui diffèrent de ce principe sont les bâtiments vitrines de la Fondation Wikimédia et des autres associations Wikimédia qui engagent du personnel. Quant au bâtiment du conseil d'administration de la Fondation, des raisons officielles justifient le fait que la modification de ses pièces est réservée à ces membres et aux employés qui les soutiennent.
Face à tant d'utopies, on en vient donc à se demander comment tout cela fut rendu possible. Mais pour répondre à cette question, il faut alors parcourir tout un pan de l'histoire de la révolution numérique, depuis la contre-culture des années 1960 jusqu'à nos jours. On y découvre que les pionniers du réseau Internet étaient des chercheurs et étudiants en informatique, fortement influencés par de nouvelles idéologies, telles que celles qui furent à la source des évènements de mai 68 en France. C'est donc de là que naîtra la philosophie de partage, de liberté, de décentralisation et ce mode d’organisation tout à fait spécifique, que l'on observe aujourd'hui au sein du mouvement Wikimédia.
Il y eut tout d'abord la création d'Internet, comme réseau mondial de communication en libre accès, et le développement du World Wide Web, qui a grandement facilité les interactions humaines à l’échelle planétaire. Puis, ce fut l'arrivée du Web 2.0, caractérisé par l'apparition de nouveaux sites web directement modifiables à l'aide d’un simple navigateur. Or, parmi ceux-ci se trouvent les moteurs de Wiki, dont le plus puissant d’entre eux, MediaWiki, est un logiciel libre développé par la Fondation Wikimédia. Le moment est donc venu d'en savoir plus sur ce type de programme informatique, ainsi que sur le mouvement du logiciel libre, qui a fortement influencé la philosophie et les valeurs véhiculées au sein du mouvement.
'''Chapitre 2 : Le mouvement du logiciel libre.'''
L’un des premiers épisodes de la préhistoire de Wikipédia et du mouvement Wikimédia débuta en septembre 1983, lorsqu’un programmeur du Massachusetts Institute of Technology, appelé Richard Stallman, déposa un message sur la liste de diffusion net.unix-wizards. C’était un appel d’aide pour la création de GNU, un nouveau système d’exploitation qui devait réunir une suite de programmes que tout le monde pourrait utiliser librement sur son ordinateur personnel. Dans son message transmis via ARPANET, le premier réseau informatique à grande échelle qui précéda Internet, Stallman s’exprimait de la sorte.
Je considère comme une règle d’or que si j’apprécie un programme, je dois le partager avec d’autres personnes qui l’apprécient. Je ne peux pas en bonne conscience signer un accord de non-divulgation ni un accord de licence de logiciel. Afin de pouvoir continuer à utiliser les ordinateurs sans violer mes principes, j’ai décidé de rassembler une quantité suffisante de logiciels libres, de manière à pouvoir m’en tirer sans aucun logiciel qui ne soit pas libre.
Le projet de Stallman, qui reçut le soutien nécessaire à son accomplissement, marqua ainsi le début de l’histoire du logiciel libre. Quant à la quantité d’aide fournie, elle permet de croire que Richard Stallman n’était pas seul à voir l’arrivée des logiciels propriétaires d’un mauvais œil. Car pour les membres du projet GNU et du mouvement du logiciel libre en général, un bon programme informatique doit respecter ces quatre libertés fondamentales :
1. La liberté d’exécuter le programme, pour tous les usages.
2. La liberté d’étudier le fonctionnement du programme, et de l’adapter à vos besoins.
3. La liberté de redistribuer des copies, donc d’aider votre voisin.
4. La liberté d’améliorer le programme, et de publier vos améliorations, pour en faire profiter toute la communauté.
Lors de l'apparition du logiciel libre, le marché de l’informatique était de fait en pleine mutation. L'habituel partage des codes informatiques entre les rares étudiants ou chercheurs, qui bénéficiaient d’un accès à un ordinateur, faisait l'objet d'une remise en question. Ce changement faisait notamment suite au Copyright Act de 1976, une nouvelle loi qui autorisait l'application d'un droit d'auteur sur le code informatique, et donc qui permettait d'en interdire le partage ou la réutilisation sans autorisation. Des clauses de confidentialité ont ainsi fait leur apparition, pendant que les employés des firmes informatiques étaient nouvellement soumis à des contrats de confidentialité. C'était la fin de l’entraide et de la solidarité pratiquées chez les pionniers de l’informatique. À sa place s'installaient la concurrence et la compétitivité, bien connues dans le système capitaliste marchand.
Cette mutation coïncidait avec l’arrivée des premiers ordinateurs de taille réduite. Grâce à l’apparition des premiers circuits intégrés, les premiers exemplaires avaient en effet été créés par l’industrie aérospatiale au début des années 1960. Cependant, il fallut attendre le début des années 1980 pour que le prix d’un ordinateur soit suffisamment bas pour en faire un bien de grande consommation. En 1982, le Commodore 64 entrait ainsi dans le livre Guinness des records, avec plus de 17 millions d’exemplaires vendus dans le monde. Mais avant cela, en 1981, l’IBM Personal Computer avait déjà fait son apparition, en proposant une architecture ouverte qui allait servir de modèle pour toute une gamme d’ordinateurs que l’on désigne toujours aujourd’hui par l’acronyme « PC ».
Pour faire fonctionner ses nouveaux modèles d'ordinateurs, la société IBM avait confié à l’entreprise Microsoft, créée en 1975, la mission de les équiper d’un système d’exploitation. Le contrat signé entre les deux firmes fut une véritable aubaine pour le fournisseur des programmes informatiques. Car sans s'en apercevoir, et sans jamais anticiper que son matériel serait cloné à grande échelle, IBM avait en effet permis à Microsoft d'établir un monopole dans la vente de logiciels. Cela fut condamné pour abus de position dominante et vente liée du logiciel avec le matériel informatique, mais sans pour autant empêcher Bill Gates, le principal actionnaire de Microsoft, d'être l'homme le plus riche du monde en 1994.
Toutefois, pendant que Microsoft renforçait sa position dominante, un nouvel événement majeur allait marquer l’histoire du logiciel libre. Celui-ci fut de nouveau déclenché par un appel à contribution, qui fut cette fois posté le vingt-cinq août 1991 par un jeune étudiant en informatique de 21 ans, appelé Linus Torvalds. Via le système de messagerie Usenet, sa demande avait été postée dans une liste de diffusion consacrée au système d’exploitation Minix, une sorte d’UNIX simplifié et développé dans un but didactique, par le programmeur Andrew Tanenbaum.
Loin d’imaginer que cela ferait de lui une nouvelle célébrité dans le monde du Libre, Torvalds entama son message par le paragraphe suivant.
« Je fais un système d’exploitation gratuit (juste un hobby). Il ne sera pas grand et professionnel comme gnu pour les clones 386. Ce projet est en cours depuis avril et commence à se préparer et j’aimerais avoir un retour sur ce que les gens aiment ou n’aiment pas dans minix, car mon système d’exploitation lui ressemble un peu, même disposition physique du système de fichiers pour des raisons pratiques entre autres. »
Bien qu’il fût présenté comme un passe-temps, le projet qui répondait au nom de « Linux », fut rapidement soutenu par des milliers de programmeurs du monde entier, avant de devenir la pièce manquante du projet GNU. En effet, les contributeurs au projet de Stallman n’avaient pas encore terminé l’écriture du code informatique du noyau Hurd, alors qu'il était censé établir la communication entre la suite logicielle produite par GNU et le matériel informatique. C'est donc la fusion des codes produits par les projets GNU et Linux qui permit la création du premier système complet, stable et entièrement libre baptisé GNU/Linux.
Au départ de ce nouveau système informatique, de nombreuses variantes, que l’on nomme communément « distributions », furent créées par des programmeurs de tous horizons. L’une de celles-ci s’intitule Debian et tire sa réputation d'être simultanément libre, gratuite, très fiable et produite par une communauté sans lien direct avec une société commerciale. Quatre qualités qui expliquent pourquoi, Debian sert de base à plus de 150 distributions dérivées, et que de nombreuses organisations l'utilisent, comme le fait la Fondation Wikimédia sur les serveurs qui hébergent les projets qu'elle supporte.
Grâce à la naissance des logiciels libres, le mouvement Wikimédia a donc la possibilité de faire tourner ses serveurs informatiques, avec un système d’exploitation fiable, libre et gratuit. Comme son code source est ouvert, cela permet aussi à la Fondation Wikimédia de le modifier pour répondre aux besoins spécifiques du mouvement. À la suite de quoi, et selon les règles formulées par la communauté du logiciel libre, les modifications faites par la Fondation deviennent à leur tour, gratuitement et librement, utilisables par d’autres personnes ou organismes.
À ce premier héritage reçu par le mouvement Wikimédia, et toujours en provenance des logiciels libres, s’ajoute encore une innovation méthodologique. Dans son article La Cathédrale et le Bazar, Eric Raymond mobilise en effet le terme « cathédrale » pour désigner le mode de production des logiciels propriétaires, en opposition au mot « bazar », qu'il utilise pour qualifier le mode de développement des logiciels libres. D’un côté, il décrit une organisation pyramidale, rigide et statutairement hiérarchisée, comme on peut la voir souvent au sein des entreprises. Tandis que de l’autre, il parle d’une organisation horizontale, flexible et peu hiérarchisée, qu’il a lui-même expérimentée en adoptant le style de développement de Linus Torvalds, à savoir : « distribuez vite et souvent, déléguez tout ce que vous pouvez déléguer, soyez ouvert jusqu’à la promiscuité ».
À l’instar de la métaphore du quartier numérique présentée dans le précédent chapitre, cette manière de décrire les projets open source nous aide donc ici à mieux comprendre ce qui se passe dans le mouvement Wikimédia. D'un côté, on retrouve effectivement cette « ouverture jusqu’à la promiscuité », dans le libre accès accordé aux projets Wikimédia, alors que de l'autre, tout le monde peut rejoindre les projets et associations Wikimédia. Ces deux observations corroborent ainsi l’existence d’un deuxième héritage en provenance du mouvement du logiciel libre. Néanmoins, il nous reste encore à découvrir un phénomène négligé par Eric Raymond durant ses observations, et qui pourtant, a considérablement influencé l'histoire de la révolution numérique. Découvrons donc à présent, la licence libre et le mouvement de la culture libre, dont elle fut à l’origine.
'''Chapitre 3 : Les licences et la culture libres.'''
Dans une biographie autorisée, Christophe Masutti explique à quel point la création de la Licence publique générale GNU, en tant que première licence libre créée par Richard Stallman, représente un épisode majeur de la révolution numérique. Selon lui :
La GPL apparaît comme l’un des meilleurs hacks de Stallman. Elle a créé un système de propriété collective à l’intérieur même des habituels murs du copyright. Surtout, elle a mis en lumière la possibilité de traiter de façon similaire « code » juridique et code logiciel.
Le concept de distribution associé à ce nouveau type de licence fut baptisé « copyleft », par inspiration d’un jeu de mots que Richard Stallman avait trouvé dans un courrier transmis par son collègue Don Hopkins. Le principe novateur de ce concept est d'obliger toute production de code dérivé à se soumettre à la même licence libre que le code d’origine. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle beaucoup de gens parlent de licence « virale » ou « récursive » en faisant référence à celle-ci. Quant à l'importance de cette clause, elle repose sur le fait d'interdire toute privatisation d'un code informatique produit sous licence libre. Sans celle-ci, un tel code risque en effet d'être récupéré, puis modifié, avant d’être placé sous un habituel copyright de type « tous droits réservés », dans le but de commercialiser son usage.
En 2001 et dans la mouvance provoquée par l'arrivée des premières licences libres, une organisation internationale sans but lucratif, intitulée Creative Commons, a entamé la promotion du « partage et la réutilisation de la créativité et des connaissances grâce à la fourniture d’outils juridiques gratuits ». Pour ce faire, elle met régulièrement à jour une panoplie de licences inspirées par la GNU, mais spécialement adaptées aux œuvres de l'esprit, telles que les productions littéraires, musicales, photographiques et vidéo, ainsi que les bases de données.
Contrairement aux licences libres fournies par la Free Software Foundation, conçues pour protéger du code informatique, les licences produites par Creative Commons offrent la possibilité de sélectionner différentes clauses pour protéger une œuvre libre. Avec le label CC, pour Creative Commons, on peut ainsi appliquer, ou ne pas appliquer, la clause « BY », qui oblige à créditer l'auteur, et la clause « SA », pour Share Alike, qui ordonne le partage à l’identique comme décrit précédemment. Après quoi il est encore possible d'ajouter la clause « NC », qui impose un usage non commercial, et finalement, la clause « ND », pour Non Derivative, qui exige que l’œuvre soit utilisée ou reproduite dans son intégralité et sans modification.
Le mouvement Wikimédia a choisi la licence CC.BY-SA pour protéger les contenus publiés dans tous ses projets. Cela à l'exception de la banque de données Wikidata, qui au même titre que les descriptions apportées aux fichiers téléchargés dans la médiathèque Wikimedia Commons, publie ses informations structurées sous licence CC0. Cette dernière licence proposée par creative commons est ce qui se rapproche le plus du domaine public, avec pour avantage de ne pas devoir mentionner les auteurs dans le traitement et la réutilisation du contenu de la base de données.
Cependant, il en résulte que les informations en question peuvent être réutilisées par des tiers qui ne sont plus obligés de citer leurs sources, comme le font les agents conversationnels des intelligences artificielles génératives, appelés couramment chatbots. Contrairement à la licence CC.BY-SA, la licence CC0 est donc moins apte à pérenniser les projets Wikimédia, puisqu'elle permet d'invisibiliser ces derniers au risque de réduire les chances d'arrivée de nouveaux contributeurs et contributrices. De plus, sans la clause SA qui assure l'application du copyleft, toutes les informations récupérées au sein de Wikidata et de Wikimedia Commons sont aussi susceptibles de quitter le monde du libre, une fois traitées par des entreprises commerciales.
Quoi qu’il en soit, les licences Creative Commons, inspirées par la licence libre de Richard Stallman, apparaissent finalement comme un troisième héritage en provenance du mouvement du logiciel libre et de la culture libre qui en est issue. Grâce à la licence CC.BY-SA, les éditeurs des projets Wikimédia bénéficient effectivement d'une certaine reconnaissance, tout en étant assurés qu'aucun copyright sur leurs travaux ne puisse profiter exclusivement à une personne ou une compagnie. Cela pendant que la licence libre appliquée au système d'exploitation installé sur les serveurs Wikimédia garantit, pour sa part, un certain respect des contributeurs, puisqu'elle permet de vérifier si le code informatique ne compromet pas leurs vies privées.
Avec tous les autres apports en provenance du logiciel libre, ce sont là deux choses importantes qui ont permis l'apparition du mouvement Wikimédia. Toutefois, cela ne pouvait pas suffire à la création du projet Wikipédia qui en fut le point de départ. Car sans l'espace numérique, mondial et libre d’accès, créé par Internet et l'espace web, aucune encyclopédie collaborative de cette envergure n'aurait pu voir le jour.
'''Chapitre 4 : Le réseau Internet'''
L’histoire du réseau Internet constitue un nouvel épisode captivant de la révolution numérique, sans lequel le mouvement Wikimédia n’aurait jamais pu émerger. D’un point de vue purement technique, ce réseau informatique a été mis au point dans les années 1970, avant l’adoption généralisée du protocole TCP/IP, toujours en usage à ce jour. Ce dernier fut inventé par Vint Cerf et Robert Elliot Kahn, quand ils travaillaient pour la Defense Advanced Research Projects Agency, rattachée au département de la Défense américaine. L'une des premières présentations de leur projet fut, entre autres, réalisée lors d’une conférence organisée par l’International Network Working Group, une instance créée pour assurer la gouvernance mondiale du réseau informatique.
Sur base de ces informations, on peut penser qu’Internet a été créé par des militaires. Cependant, Une contre-histoire de l’Internet, nous révèle que les créateurs et les premiers utilisateurs d’ARPANET, considéré comme l’ancêtre d’Internet, étaient davantage des étudiants hippies et amateurs de LSD, que des militaires bien drillés. D’ailleurs, avant la standardisation du protocole TCP/IP, ARPANET fonctionnait depuis plus d’un an avec un autre protocole de transition intitulé Network Control Program. Or, celui-ci avait été mis au point, en février 1969, par le Network Working Group, un groupe informel d’étudiants rassemblés autour de Steve Crocker, lorsqu’il ne détenait encore qu’une simple licence.
Bien que rarement cité dans l’histoire d’Internet, ce groupe a pourtant mis en place la procédure RFC, pour Request For Comments, reconnue comme « l’un des symboles forts de la "culture technique" de l’Internet, marquée par l’égalitarisme, l’autogestion et la recherche collective de l’efficience ». Soit trois principes et une procédure, qui aujourd’hui encore sont appliqués sur le site Méta-Wiki, dans lequel s'organise la gestion communautaire du mouvement Wikimédia. Cela alors qu'au sein des projets pédagogiques, d’autres processus similaires de recherche de consensus ont fait leur apparition.
Il faut ensuite savoir que les liens entre ARPANET et l’armée ont disparu avec l’apparition du MILNET, un réseau entièrement dédié aux activités militaires, rebaptisé NIPRNet, pour Non-classified Internet Protocol Router Network, en 1990. Après une séparation définitive en 1983, précisément l’année où Richard Stallman postait sa demande d’aide pour le projet GNU, le réseau ARPANET resta uniquement dédié à la recherche et au développement. À cette époque, le réseau ne comprenait pas plus de 600 machines connectées, ce qui n'a donc rien de comparable avec ce vaste réseau informatique mondial que nous connaissons aujourd’hui, et qui fut fortement développé au cours des années 1990.
Pour en assurer l’entretien technique, une organisation non gouvernementale, a été créée en 1992, sous l'appellation d’Internet Society. Celle-ci devait aussi veiller au respect des valeurs fondamentales liées au bon fonctionnement du réseau. Car avant d'atteindre des milliards d’appareils connectés, il a d’abord fallu réglementer les nombreuses dorsales internet intercontinentales, sans lesquelles la transmission du protocole TCP/IP partout dans le monde n'aurait pas été possible.
Pour en revenir à l’état d’esprit des créateurs d'Internet, un article intitulé Quarante ans après : mais qui donc créa l’internet ? apporte un éclairage particulièrement intéressant au sujet des liens que l'on peut établir entre le mouvement Wikimédia et l'histoire d'Internet. Dans son témoignage, Michel Elie, cet ingénieur en informatique, membre du Network Working Group cité précédemment, et responsable de l’Observatoire des Usages de l’Internet, nous explique effectivement ceci.
Le succès de l’internet, nous le devons aux bons choix initiaux et à la dynamique qui en est résultée : la collaboration de dizaines de milliers d’étudiants, ou de bénévoles apportant leur expertise, tels par exemple ces centaines de personnes qui enrichissent continuellement des encyclopédies en ligne telles que Wikipédia.
Au courant des années 1990, le milieu informatique universitaire semblait donc toujours fortement imprégné des idéaux de la contre-culture des années 1960, produit par les baby boomers dans le contexte de la guerre du Vietnam. Afin d'illustrer les idées véhiculées à cette époque, voici un paragraphe extrait d'un ouvrage publié en 1970 et intitulé Vers une contre-culture : Réflexions sur la société technocratique et l’opposition de la jeunesse. Dans celui-ci, Théodore Roszak explique que :
Le projet essentiel de notre contre-culture : proclamer un nouveau ciel et une nouvelle terre, si vastes, si merveilleux que les prétentions démesurées de la technique soient réduites à n’occuper dans la vie humaine qu’une place inférieure et marginale. Créer et répandre une telle conception de la vie n’implique rien de moins que l’acceptation de nous ouvrir à l’imagination visionnaire. Nous devons être prêts à soutenir ce qu’affirment des personnes telles que Blake, à savoir que certains yeux ne voient pas le monde comme le voient le regard banal ou l’œil scientifique, mais le voient transformé, dans une lumière éclatante et, ce faisant, le voient tel qu’il est vraiment.
À la suite de cette lecture, il peut sembler paradoxal de penser qu’une contre-culture, voyant la technique comme « inférieure » et assimilant la science au « banal », puisse avoir un lien avec le milieu scientifique universitaire qui fut à l'origine d'Internet. Cependant, une réponse à cette énigme fut apportée par Fred Turner, par la publication de son livre intitulé : « Aux sources de l’utopie numérique : De la contre-culture à la cyberculture, Stewart Brand, un homme d’influence ».
Grâce à cet ouvrage, on découvre en effet que le mouvement Hippie utilisera tout ce qui était à sa disposition à l’époque pour parvenir à ses fins : LSD, spiritualités alternatives, mais également, objets technologiques les plus en pointe. Cela grâce notamment à l’influence de Steward Brand, le créateur d'un catalogue interactif, qui peut être considéré comme l'ancêtre analogique des groupes de discussions numériques apparus des années plus tard.
Comme autre indication, il y a ensuite les propos tenus en 1992, lors d’une plénière de la 24ᵉ réunion du groupe de travail sur l’ingénierie Internet, par David D. Clark, un autre pionnier d’Internet. Durant cette rencontre, ce chef de projet prononça des paroles restées dans les annales. « Nous récusons rois, présidents et votes. Nous croyons au consensus et aux programmes qui tournent ». Deux phrases seulement, mais qui, dans le cadre du milieu informatique, permettent de croire que le mépris de la contre-culture envers la technique et la science, s'est transformé en un refus d’autorité et une recherche de consensus.
Dans tous les cas, le développement du réseau Internet ne s'est pas fait sans conflits idéologiques importants. On peut d'ailleurs se demander aujourd'hui à quoi ressemblerait Internet s'il n'avait jamais été commercialisé. Cela s'est passé en novembre 1994, lorsque l’association sans but lucratif Advanced Network and Services, chargée de gérer les accès à Internet, a fait le choix de vendre ses activités. Cette décision faisait suite à un appel à des fonds privés pour financer d'importants changements dans l'infrastructure du réseau. Profitant de l'occasion, la société commerciale America Online a ainsi repris à son compte la gestion des connexions à Internet, après avoir effectué un versement de 35 millions de dollars.
Trente ans plus tard, Internet est devenu ce réseau que nous expérimentons aujourd'hui, à savoir : un réseau dominé par des sociétés privées les plus riches au monde. Dans ce contexte et parmi les 100 sites web les plus visités au monde, seul le nom de domaine Wikipédia appartient à une organisation non lucrative. Cela explique donc pourquoi le mouvement Wikimédia, via son encyclopédie et la fondation qui l'héberge, représente à ce jour, et dans l'espace web, l'expression la plus visible de la philosophie des pionniers d’Internet.
Plus qu'un héritage, cette situation peut être vue comme une mission perpétuée au sein d'un espace envahi par une culture marchande et capitaliste. C'est là une information importante qu'il faut retenir au sujet du mouvement Wikimédia. Elle ne clôture pas pour autant tout ce qu'il faut savoir au sujet des évènements qui ont permis la création d’une encyclopédie mondiale, libre et collaborative. Mais en revanche, elle nous invite à découvrir l'histoire du World Wide Web, un espace numérique sans lequel la création de Wikipédia n'aurait jamais été possible.
'''Chapitre 5 : Le World Wide Web'''
Maintenant que le lien entre la création d'Internet et le mouvement Wikimédia est établi, découvrons à présent l'application la plus connue du réseau, que l'on nomme le World Wide Web, ou plus simplement « Web ». C'est Tim Berners-Lee qui en fut l’inventeur, lorsqu’il était encore actif à l'Organisation européenne pour la recherche nucléaire. Il avait pour idée de créer un espace d’échange public par l’intermédiaire d'Internet, et pour y parvenir, il mit au point le logiciel « WorldWideWeb », rebaptisé Nexus pour éviter toute confusion avec le World Wide Web.
Grâce à un système d’indexation appelé hypertexte, ce programme informatique a permis de produire et de connecter des espaces numériques intitulés sites Web. Ceux-ci sont composés de pages web, hébergées sur des ordinateurs distants, mais connectés entre eux au travers du réseau Internet. Pour permettre ce type de connexion, Berners-Lee mit au point le Hypertext Transfer Protocol ou HTTP, un nouveau protocole de communication simple en soi, mais dont la mise en œuvre technique est compliquée.
Pour veiller au bon fonctionnement et au bon usage de l'espace web, des règles de standardisation ont tout d'abord été édictées par l’association Internet Society. Après quoi, Berners-Lee fonda le W3C, un consortium international dont la devise est : « un seul Web partout et pour tous ». Si ce slogan nous apparaît très naturel aujourd’hui, il faut toutefois savoir que l'espace Web a bien failli être régi séparément par des acteurs commerciaux, avec tous les droits d'accès que cela aurait pu engendrer.
À partir du trente avril 1993, jour du dépôt du logiciel WorldWideWeb dans le domaine public par Robert Cailliau, un collègue de Berners-Lee chargé de la promotion de son projet, un tel scénario était en effet possible. Sauf qu'après le départ de Berners-Lee, devenu président du W3C, François Flückiger, qui avait repris son poste au sein du CERN, eut la présence d'esprit de réagir à temps. Selon le livre Alexandria qui parcourt l'histoire de Robert Caillau, voici ce qui aurait pu se passer si le code de l’éditeur HTML n'avait finalement pas été placé sous licence libre.
La philanthropie de Robert, c’est très sympa, mais ça expose le Web à d’horribles dangers. Une entreprise pourrait s’emparer du code source, corriger un minuscule bug, s’approprier le « nouveau » logiciel et enfin faire payer une licence à ses utilisateurs. L’ogre Microsoft, par exemple, serait du genre à flairer le bon plan pour écraser son ennemi Macintosh. Les détenteurs d’un PC devraient alors débourser un certain montant pour profiter des fonctionnalités du Web copyrighté Microsoft. Les détenteurs d’un Macintosh, eux, navigueraient sur un Web de plus en plus éloigné de celui vendu par Bill Gates, d’abord gratuit peut-être, avant d’être soumis lui aussi à une licence.
Face à un tel scénario, nous découvrons de nouveau à quel point le concept de licence libre a fondamentalement changé le cours de la révolution numérique. Sans cela, nos expériences et nos usages de l'espace numérique auraient été totalement différents. L'utopie Wikipédia, par exemple, n'aurait certainement pas vu le jour, en raison de l'éclatement des espaces numériques et des coûts d'accès auxquels seraient confrontés les bénévoles qui ont construit le projet. Quoi qu'il en soit, et au niveau technique, une fois l'espace web apparu, il ne manquait plus qu'une chose pour permettre la création d'une encyclopédie collaborative au format numérique.
'''Chapitre 6 : Les plateformes Wiki'''
Un wiki, ou un moteur de wiki, est un logiciel que l'on installe sur un serveur informatique pour permettre la création d’un site web éditable et configurable à l’aide d’un simple navigateur. Plus précisément, c’est un système de gestion de contenu, dans lequel le code HTML, CSS, JavaScript et Lua, ainsi que certains paramètres, peuvent être modifiés par tous les internautes. Cela peut se faire en se connectant à un compte utilisateur, afin de bénéficier des droits de modification et d’administration qui lui sont accordés, ou en utilisant la configuration attribuée par défaut aux personnes non connectées.
Sur les pages web d'un wiki, chaque modification provoque un nouvel enregistrement complet du code source qui la compose. De la sorte, il est toujours possible, à partir d’une page reprenant l’historique des modifications, de rétablir l'une de ses anciennes versions. Grâce à ce système, on peut ainsi savoir quelle personne, ou quelle adresse IP est à l’origine d’un changement, et même voir l’endroit où la modification a été faite, et à quel moment celle-ci a été réalisée.
Le premier logiciel Wiki, qui portait le nom de WikiWikiWeb, a été créé et placé sous licence libre GPL par Ward Cunningham en mars 1995. Grâce à la licence, d’autres programmes wiki ont vu le jour en copiant ou s’inspirant du code source de WikiWikiWeb, ou des autres projets wiki qui l'avaient fait auparavant. Cette émulation récursive, qui donna naissance à toute une panoplie de projets wiki, est donc à nouveau une belle illustration des retombées positives que peut susciter l'application d'une licence libre.
Parmi les différents logiciels Wiki disponibles, UseModWiki fut choisi par la société Bomis qui finança la création du premier projet Wikipédia en anglais. C'était un choix judicieux, car l’éclatement de la bulle spéculative d’Internet, à la fin des années 2000, confrontait l'entreprise à de grosses difficultés financières. Un programme gratuit, simple d’utilisation et peu gourmand en ressources informatiques, convenait donc parfaitement dans ce cadre. UseModWiki fut par après remplacé par un autre moteur de Wiki sans nom, mais plus performant et toujours produit sous licence libre. Ce dernier fut ensuite amélioré par plusieurs programmeurs, dont Brion Vibber, le premier employé de la Fondation Wikimédia, avant d’être finalement intitulé MediaWiki.
Avec l’aide de nouveaux employés et des bénévoles actifs sur le site mediawiki.org, ce système de gestion de contenu finit par apparaitre en tête du classement des wikis les plus utilisés. Grâce à la licence libre, des milliers d'autres personnes et projets ont pu en effet développer des sites Web, sans nécessairement faire partie du mouvement Wikimédia. Ce succès a par ailleurs justifié l'organisation de rassemblements annuels entre 2016 et 2020, entre personnes et organisations qui utilisent le programme, pour discuter de son développement et de ses usages.
Ceci étant dit, il existe dans la liste des Wikis d’autres logiciels libres intéressants, tels que DokuWiki, rendu populaire par sa simplicité d’installation et d’usage. Jusqu’à ce jour cependant, seul MediaWiki semble suffisamment stable et puissant pour permettre le développement optimal de l’ensemble des projets Wikimédia. Avec parmi ceux-ci, bien sûr, Wikipédia, l'encyclopédie libre et universelle, dont nous allons enfin découvrir la mise en place dans ce prochain chapitre.
'''Chapitre 7 : L’encyclopédie libre et universelle'''
Dans les chapitres précédents, nous avons découvert toutes les innovations techniques et culturelles sans lesquelles Wikipédia n’aurait jamais pu devenir la plus grande encyclopédie libre et universelle connue au monde. Son objectif est de synthétiser la totalité du savoir humain. Ce qui n’est autre, finalement, qu’un vieux rêve de notre humanité. Trois cents ans avant Jésus-Christ et durant la création de la bibliothèque d’Alexandrie, ce désir était aussi celui de Ptolémée Iᵉʳ. C'était deux siècles avant que Denis Diderot publie, avec Jean Le Rond d'Alembert et Louis de Jaucourt en 1751, la première édition de l’Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers. Quant à Paul Otlet, qui a créé avec Henri La Fontaine la classification décimale universelle en usage depuis 1905, il s’était mis en tête de répertorier l’ensemble du savoir humain au sein d'un seul édifice.
Peu connu à ce jour, ce documentaliste belge rêvait pourtant de cataloguer le monde et de rassembler toutes les connaissances humaines, sous la forme d’un gigantesque répertoire bibliographique universel, situé à l'intérieur d'un Mundaneum. En 1934, dans le Traité de documentation écrit par celui qui voulait « classer le monde », Otlet décrit, de manière particulièrement visionnaire, un possible partage du savoir et de l’information.
Ici, la Table de Travail n’est plus chargée d’aucun livre. À leur place se dresse un écran et à portée un téléphone. Là-bas, au loin, dans un édifice immense, sont tous les livres et tous les renseignements, avec tout l’espace que requiert leur enregistrement et leur manutention…
De là, on fait apparaître sur l’écran la page à lire pour connaître la question posée par téléphone avec ou sans fil. Un écran serait double, quadruple ou décuple s’il s’agissait de multiplier les textes et les documents à confronter simultanément ; il y aurait un haut-parleur si la vue devrait être aidée par une audition. Une telle hypothèse, un Wells certes l’aimerait. Utopie aujourd’hui parce qu’elle n’existe encore nulle part, mais elle pourrait devenir la réalité de demain pourvu que se perfectionnent encore nos méthodes et notre instrumentation.
À peu de choses près, cette utopie décrite en 1934 par Otlet correspond à l'usage que l'on fait du réseau Internet et de son espace web, lorsqu'on recherche de l'information aujourd'hui. Premièrement, allumer un système informatique, avec ou sans fil, muni d'un écran ; ensuite, poser une question dans un moteur de recherche ; puis, comme cela arrive très souvent, être redirigé vers l'une des versions linguistiques de Wikipédia.
Ce scénario, dans lequel les moteurs de recherche jouent un rôle central, explique la popularité de l'encyclopédie libre. D'autres projets similaires étaient pourtant apparus sur le Web avant l'arrivée de Wikipédia. Environ trois ans avant sa création, Aaron Swartz, un activiste de la culture libre qui avait juste douze ans à l'époque, avait par exemple lancé une sorte de site encyclopédique produit et régi par ses usagers. Appelé The Info Network, ce site web avait d'ailleurs permis à son auteur de recevoir l'ArsDigita Prize, un prix décerné aux jeunes créateurs de projets « utiles, éducatifs, collaboratifs et non commerciaux ».
Il faut savoir ensuite que l'expression « encyclopédie libre et universelle » fut oubliée pour la première fois durant l'année 2000 par Richard Stallman, soit l'année qui précéda celle de la naissance de Wikipédia. C'était dans un essai intitulé The Free Universal Encyclopedia and Learning Resource, qui, selon son auteur, avait été rédigé deux ans avant sa publication sur la liste de diffusion du projet GNU. Repris ci-dessous, un extrait de ce texte, présente les particularités du projet.
Le World Wide Web a le potentiel de devenir une encyclopédie universelle couvrant tous les domaines de la connaissance et une bibliothèque complète de cours d’enseignement. Ce résultat pourrait être atteint sans effort particulier, si personne n’intervient. Mais les entreprises se mobilisent aujourd’hui pour orienter l’avenir vers une voie différente, dans laquelle elles contrôlent et limitent l’accès au matériel pédagogique, afin de soutirer de l’argent aux personnes qui veulent apprendre.
Nous ne pouvons pas empêcher les entreprises de restreindre l’information qu’elles mettent à disposition ; ce que nous pouvons faire, c’est proposer une alternative. Nous devons lancer un mouvement pour développer une encyclopédie libre universelle, tout comme le mouvement des logiciels libres nous a donné le système d’exploitation libre GNU/Linux. L’encyclopédie libre fournira une alternative aux encyclopédies restreintes que les entreprises de médias rédigeront.
En parlant d'un « mouvement pour développer une encyclopédie libre universelle », Stallman anticipait donc, sans le savoir, l'arrivée du mouvement Wikimédia, qui ne se concrétisa que bien des années plus tard. Quant à la soixantaine de paragraphes qui décrivent son projet, on y retrouve, dans une forme presque identique, les cinq principes fondateurs qui ont guidé la création de Wikipédia et qui sont toujours actifs à ce jour.
Le premier consiste bien sûr à créer une encyclopédie ; le deuxième réclame une neutralité de point de vue, chose que Stallman expliquait déjà en écrivant qu’« en cas de controverse, plusieurs points de vue seront représentés » ; le troisième implique le respect des droits d’auteur et l’adoption d'une licence libre, celle précisément dont Stallman avait été l'initiateur ; le quatrième inscrit le projet dans une démarche collaborative, alors que Stallman précisait déjà que « tout le monde est le bienvenu pour écrire des articles » ; et le cinquième enfin, stipule qu’il n’y a pas d’autres règles fixes, une position très courante dans le milieu des hackers dont Stallman faisait partie.
Il apparaît donc clairement que le projet Wikipédia n'était pas une idée originale en soi, mais plutôt une opportunité saisie par la société Bomis pour enrichir sa propre encyclopédie commerciale, Nupedia. Cette dernière avait été lancée en avril 2000, soit environ dix mois avant Wikipédia, et sa rédaction était assurée par des experts engagés au sein d’un processus éditorial strict et formel. Malheureusement pour la firme Bomis, le nombre d’articles ne progressait que très lentement.
Dans le but d'accélérer le processus, Larry Sanger, un docteur en philosophie employé par Bomis pour assurer le rôle de rédacteur en chef de Nupedia, eut l'idée d'installer un logiciel wiki sur les serveurs de son entreprise. L'objectif était d'ouvrir un site web participatif, dans lequel des volontaires pourraient créer des articles encyclopédiques, pour qu'ils soient ensuite intégrés dans le projet commercial. Malgré le manque d’enthousiasme de son employeur Jimmy Wales, Sanger mit ses idées en application, et c'est donc ainsi que débuta l’histoire de Wikipédia, avec sa toute première version en anglais.
C’était le 15 janvier 2001, précisément le même mois où Richard Stallman mit en ligne son propre projet d’encyclopédie libre et universelle, qu'il souhaitait intituler GNUPedia. Étonnamment, les noms de domaine gnupedia .com .net et .org avaient déjà été enregistrés au nom de Jimmy Wales, ce qui obligea Stallman à rebaptiser son projet GNE. Ce fait est d'autant plus surprenant que Wales affirma des années plus tard : « n’avoir eu aucune connaissance directe de l’essai de Stallman lorsqu’il s’est lancé dans son projet d’encyclopédie ».
Le site GNE ne ressemblait cependant pas vraiment à une encyclopédie, mais plutôt à un blog collectif ou une base de connaissance, tandis que sa page d’accueil précisait clairement qu’il s’agissait d’une bibliothèque d’opinion. Quant à sa modération, elle avait demandé d'engager un employé, car elle s'est avérée bien plus compliquée que prévu. À côté de cela, et probablement grâce aux spécificités de l’environnement wiki et aux soutiens apportés par Jimmy Wales et Larry Sanger, Wikipédia réussit à mettre en place une organisation efficace au sein d'une communauté d'éditeurs grandissante.
Peut-être en raison de la concurrence libre faite par le projet GNE, Jimmy Wales décida d'abandonner le copyright que Bomis détenait sur son encyclopédie commerciale Nupedia, pour le remplacer par une licence Nupedia Open Content. Peu de temps après, il décida finalement d'adopter la licence de documentation libre GNU conçue pour protéger les textes de documentation des logiciels libres. Ce dernier choix fut une stratégie payante, puisque cela incita Richard Stallman à transférer tout le contenu de son projet GNE vers Nupedia, et à encourager tout le monde à contribuer sur Wikipédia.
Parmi les autres actions de Jimmy Wales qui ont contribué au succès de Wikipédia, il y eut cette idée d'ouvrir le projet aux « gens ordinaires ». C’était un choix qui s’opposait aux idéaux de Larry Sanger, qui de loin préférait le modèle de Nupedia avec son système de relecture par des experts. Cependant, Jimmy Wales, en tant qu'homme d’affaires, visait une croissance plus rapide du contenu de l'encyclopédie.
Cette croissance ne s'est toutefois pas faite sans difficulté. Le 26 février 2002, en effet, l'Enciclopedia Libre Universal en Español, un projet dissident du projet Wikipédia, fit son apparition. C'était une réaction à de la censure, à l'existence d'une ligne éditoriale et à la possibilité de voir apparaitre des publicités dans Wikipédia. En raison des remises en question que cette séparation suscitait parmi les bénévoles actifs dans les projets, Jimmy Wales renonça finalement à l'usage de la publicité et mit de côté ses visions en matière de profit.
Il faut aussi tenir compte du fait que cet évènement est survenu lors de l'éclatement de la bulle spéculative Internet et du krach boursier de 2001-2002. Une conjoncture qui plaçait la société Bomis dans des difficultés financières, et surtout, dans l'incapacité de payer le salaire de Larry Sanger, son seul employé. En mars 2002 et après un mois d’activité bénévole, l’ex-employé décida alors de quitter les fonctions, qu'il occupait depuis un peu plus d'un an, dans Nupedia et Wikipédia. Avec le seul soutien de Jimmy Wales, les deux encyclopédies purent toutefois poursuivre leurs développements, toujours avec le concours d'experts dans Nupedia et d'une communauté bénévole au niveau de Wikipédia. Néanmoins, en septembre 2003 et vu l'écart qui se creusait entre les deux projets, l'encyclopédie Nupedia fut fermée et ses quelques dizaines d'articles transférées vers les milliers d'autres que comprenait déjà le projet Wikipédia.
Trois ans plus tard, Larry Sanger n’avait pas dit son dernier mot. En septembre 2006, il décida en effet de lancer sur fonds propres une encyclopédie intitulée Citizendium. Cette plateforme écrite en anglais uniquement et toujours active à ce jour, repose sur un système d’expertise, dans lequel les contributrices et les contributeurs doivent déclarer leur identité réelle. En avril 2026 cependant, Citizendium reprenait moins de 2000 articles, tout avancement confondu, tandis que le projet Wikipédia en anglais en regroupait déjà plus de 7 millions.
Voici donc comment est née la plus grande encyclopédie au monde, dont la taille et la visibilité n'avaient jamais été égalées auparavant. Une encyclopédie qui, de plus, s'est rapidement déclinée en de nombreuses versions linguistiques, à l'instar de sa version francophone, lancée moins de quatre mois après le projet original en anglais. Toutes ces versions ont formé les premières bases d’une organisation mondiale, bientôt chapeautée par une fondation. Avant cela, d'autres projets pédagogiques et collaboratifs ont vu le jour au côté de Wikipédia. Intitulés « projets frères », ceux-ci se constituent à leur tour, en de nombreuses versions linguistiques, tout en poursuivant le processus de création du mouvement Wikimédia.
'''Chapitre 8 : L'arrivée des projets frères'''
Dans le but de développer des contenus pédagogiques qui ne trouvaient pas leur place dans Wikipédia, d’autres projets pédagogiques et collaboratifs ont vu le jour, pour former ce que l'on appelle couramment aujourd'hui : l’écosystème Wikimedia. La naissance de tous ces projets, ainsi que les évènements importants qui ont contribué au développement du mouvement, ont été repris dans une ligne du temps réalisée par Guillaume Paumier, à l’occasion du dixième anniversaire de Wikipédia. Grâce à ce graphique, on peut voir en détail l'évolution du nombre de projets, de versions linguistiques, de contributeurs et d'articles, et se faire ainsi une idée sur la vitesse à laquelle s'est développé le mouvement Wikimédia.
Parmi tous les projets frères de Wikipédia, le premier à apparaître fut Méta-Wiki, une plateforme de référence pour centraliser la gestion de l'ensemble des sites web hébergés par la fondation Wikimédia. Dans un premier temps, cet espace communautaire en ligne a répondu à la nécessité de traiter en un seul lieu les questions communes aux différentes versions linguistiques de Wikipédia. Aujourd'hui, le site web est le principal endroit de coordination et de gestion de l'ensemble du mouvement Wikimédia. On y retrouve énormément d'informations au sujet des projets en ligne, et peut-être plus encore, concernant la Fondation et les organismes affiliés.
Après Méta-Wiki, sept autres projets de partage de la connaissance ont fait leur apparition, avant d'être déclinés à leur tour en plusieurs versions linguistiques. Tous ces projets émergent en général sur l’initiative d’un petit groupe de personnes actives au sein d’un projet préexistant. Ce fut le cas du projet Wiktionnaire en anglais, le deuxième projet à voir le jour après Méta-Wiki, en décembre 2002, soit deux ans avant la version francophone apparue en mars 2004.
Il est intéressant d'observer que la version francophone du Wiktionnaire n’a pas été créée à partir du projet anglophone, mais bien depuis le projet Wikipédia en français. D'ailleurs, on peut retrouver dans les archives de ce dernier projet, un débat concernant la pertinence de cette création, dont voici un extrait.
En fait, ce qui me peine vraiment avec le projet Wiktionary, c’est que alors qu’on essaie de rassembler les gens (pas facile) pour créer une sorte de tour de Babel de la connaissance (tâche bien longue et difficile), ce nouveau projet va disperser les énergies pour une raison qui ne me semble pas valable. C’est la création de Wiktionary qui va créer des redondances. À mon avis il existera rapidement des pages sur le même mot, mais ne contenant pas les mêmes informations. Pour quelle raison ces connaissances devraient-elles être séparées ? Les encyclopédies sur papier devaient faire des choix à cause du manque de place, mais nous, pourquoi le ferions-nous ??? "Wikipédia n’est pas un dictionnaire" n’est pas un argument à mon avis... si vraiment c’était pas un dictionnaire, il faudrait virer tout un tas d’article. Je ne comprends vraiment pas cette volonté de séparer la connaissance entre ce qui est "encyclopédique" et ce qui n’est "qu’une définition".
[Réponse]
Pour moi ce qu’est Wiktionary, c’est une partie de Wikipédia s’intéressant plus particulièrement aux aspects linguistiques des mots. La différence que je verrais entre la partie dictionnaire de Wikipédia et sa partie dite encyclopédique, c’est que la partie dictionnaire s’intéresserait au sens des mots eux-mêmes alors que la partie encyclopédie s’attache plus à faire ressortir un état des connaissances à un moment donné. Le pourquoi de la séparation d’avec la partie encyclopédie tient plus à des raisons techniques qu’à une volonté de monter un projet indépendant, en effet, à mon humble avis, un dictionnaire nécessite une plus grande rigueur (de présentation) qu’une encyclopédie. Ceci entraîne beaucoup de problème et entre autres le choix de la mise en forme des articles du dictionnaire.
Créer un nouveau projet, c’est effectivement créer un nouveau site web, qui devra faire l’objet d’une nouvelle gestion, tant pour les serveurs de la Fondation, que pour la nouvelle communauté de contributeurs. L’importation de pages d’un projet à l'autre ou la traduction de celles-ci sont bien sûr toujours possibles, mais cela duplique alors aussi la maintenance et les mises à jour. Le choix de scinder un projet, en faveur d’une plus grande liberté, comporte donc certains coûts humains et financiers.
Ce prix à payer n'a pour autant pas empêché le projet anglophone Wikibooks de faire son apparition le 10 juin 2003, soit près d’un an avant Wikilivres, la version francophone du projet, apparue le 22 juillet 2004. Cette dernière création avait de nouveau été débattue au sein de la communauté Wikipédia en français, et non pas dans le Wikibooks en anglais. Quant à l'objectif commun aux deux projets linguistiques, il était de créer une « bibliothèque de livres pédagogiques libres que chacun peut améliorer ».
Environ un an après la création du projet en anglais, un nouvel espace de noms intitulé Wikijunior fut mis en place au sein de la bibliothèque en ligne. Ce sous-projet avait été créé pour répondre à un financement de la fondation Beck, qui cherchait à promouvoir la production de nouvelles littératures pour des enfants de huit à onze ans. Peu de temps après, cette tranche d’âge fut toutefois élargie de zéro à douze ans au niveau du projet francophone, quand le sous-projet y fut adopté.
Ces deux évènements témoignent ainsi qu'il est toujours possible qu'un sous-projet apparaisse dans un projet Wikimédia. Comme autre exemple, il y a aussi le WikiJournal, un sous-projet développé au sein du projet Wikiversité en anglais et qui reçut le prix de l’Open Publishing Awards en 2019. Une demande fut faite pour qu'il puisse bénéficier d'un nouveau site web dans le but de pouvoir se développer en dehors de Wikiversité. Malheureusement pour les initiateurs, la demande est restée sans suite jusqu'à ce jour, après que le conseil d’administration de la Fondation, chargé de répondre à leur demande, considéra que le projet n’était pas suffisamment abouti.
Il faut savoir qu'avant cela, le projet Wikiversité, dans lequel est né Wikijournal, avait lui-même été un sous-projet du projet Wikibook. Initialement, il visait à « créer une communauté de personnes qui se soutiennent mutuellement dans leurs efforts éducatifs ». Cependant, en août 2005, une longue discussion remit en question l’existence du sous-projet Wikiversité dans Wikibooks. Au terme de celle-ci, la décision fut prise de transférer Wikiversité et son contenu sur le site Méta-Wiki, là où de nouvelles discussions ont abouti à l’idée de faire de Wikiversité un nouveau projet indépendant.
Déjà à l'époque, le conseil d’administration de la Fondation Wikimédia se montrait réticent à l'ouverture de nouveaux projets, et sa réaction fut de demander l'ouverture d'un sondage au sein de la communauté. Celui-ci devait rassembler une majorité des deux tiers en faveur de l'ouverture du nouveau site web. Un résultat qui fut finalement obtenu, mais pas sans de longs débats, dont voici un extrait.
La principale raison pour laquelle la Fondation Wikimédia ne veut pas "lâcher le morceau" est une simple question de bureaucratie et la crainte que le projet ne devienne une autre Wikispecies [un projet de répertoire du vivant]. Wikispecies est une idée cool, mais les "fondateurs" du projet se sont dégonflés à mi-chemin de la mise en place du contenu et ont décidé de faire une révision majeure qui a pris plus de temps que ce que tout le monde était prêt à mettre.
Le même problème s’applique à Wikiversity en ce qui concerne la Fondation, parce que les objectifs et les buts de ce projet ne sont pas clairement définis, et il semble que les participants essaient de mordre plus qu’ils ne peuvent mâcher en proposant une université de recherche multi-collèges entière (avec un statut de recherche et une accréditation) à former de toutes pièces plutôt qu’un simple centre d’éducation pour adultes avec quelques classes.
En novembre 2005 et malgré les résultats du sondage, l'indépendance du projet Wikiversité ne fut toutefois pas acceptée par cinq membres du conseil. Ceux-ci réclamaient une « réécriture de la proposition pour en exclure la remise de titre de compétence, la conduite de cours en ligne, et de clarifier le concept de plate-forme e-learning ». Quand ces rectifications furent faites, le projet bénéficia d'une période d’essai de plusieurs mois, jusqu'à ce que les amendements apportés au projet de départ soient enfin acceptés, le 31 juillet 2006. Ce long temps d'attente était justifié par la création du special projects committee, qui, jusqu'en décembre 2021, fut chargé de soulager le conseil d’administration de la fondation, par rapport aux demandes de création de nouveaux projets Wikimédia.
Un nouveau site, nommé Beta-Wikiversity, fut ainsi créé pour assister le lancement des différentes versions linguistiques de Wikiversité. Durant six mois, son premier objectif a d'abord été l'élaboration des lignes directrices concernant la potentialité de produire des recherches collaboratives au sein du projet. Par la suite, chaque nouvelle version linguistique, développée dans le projet Beta, devait avoir plus de 10 modifications par mois, réalisées par au moins trois personnes distinctes, avant de pouvoir bénéficier de son propre site web.
À l'image de Beta-Wikiversity, le projet Wikisource possède lui aussi un site indépendant pour lancer ces nouvelles déclinaisons linguistiques. Tandis que pour tous les autres projets pédagogiques, ce lancement s'effectue sur la plateforme Wikimedia Incubator, créée à la même époque que Beta-Wikiversity. Ces trois plateformes de lancement ne concernent pas les nouveaux projets, qui doivent faire l'objet d'une acceptation par le conseil d'administration de la Fondation Wikimédia, et qui peuvent avoir pour origines des processus de création divers.
Le projet Wikivoyage, par exemple, fut initialement créé en 2003 dans un Wiki extérieur au mouvement Wikimédia, là où il portait le nom de Wikitravel. Comme cela arrive parfois, ce projet sans but lucratif fut acheté par une entreprise commerciale en 2006. Mais en raison du changement de gouvernance et de l'apparition de publicités, une scission est apparue au sein de la communauté d’éditeurs. Les personnes désireuses de quitter Wikitravel lancèrent alors un nouveau site appelé Wikivoyage, qui reçut en 2007, le Webby Award du meilleur guide de voyage Internet.
L'intégration de Wikivoyage dans l'écosystème Wikimédia n'a cependant été faite qu'en 2012, à la suite d'un appel à commentaires durant lequel 540 personnes furent en faveur de l’intégration du projet, 153 contre, pendant que 6 restèrent sans avis. Comme cette nouvelle déclencha une migration importante depuis Wikitravel vers Wikivoyage, une plainte fut déposée par la société commerciale en charge du premier projet. Celle-ci fut toutefois rejetée et le projet Wikivoyage continua à prendre de l’ampleur au sein du mouvement Wikimédia, avec la création de nouvelles versions linguistiques.
Le cas de Wikivoyage apparait toutefois comme une exception, car en général les nouveaux projets émergent des centaines de candidatures déposées sur le projet Méta-Wiki. Celles-ci se soldent bien souvent par un refus, comme ce fut le cas pour le projet WikiLang dont le but était de lancer un laboratoire linguistique. Quelques rares projets ont pourtant la chance d'être élus. Ce fut notamment le cas en octobre 2012, avec le lancement de la base de données structurée et sémantique Wikidata et de ses extensions Wikibase, ou plus récemment, en 2020, avec l'arrivée du projet Abstract Wikipedia et Wikifunctions.
Sans vouloir entrer dans les détails, il est intéressant de savoir que l'interconnexion entre ces trois projets permet de traduire automatiquement des articles encyclopédiques dans tous les langages naturels pris en charge par le mouvement Wikimédia. Plus précisément, les phrases des articles publiées sur Abstract Wikipédia, sont formulées par des fonctions informatiques produites dans le projet Wikifunctions, dans le but de traiter les informations de la base de données sémantique Wikidata. Autrement dit, un article dans Abstract Wikipédia ne possède qu'une seule page pour toutes les langues, pareillement aux pages d'entités de Wikidata, qui ont pour titre une lettre suivie d'un chiffre.
À la suite de ces explications, on observe donc que ce n'est pas la complexité qui détermine le refus projet, mais plutôt une série de critères comparables à ceux retenus pour supprimer des projets ou versions linguistiques déjà existants. À ce propos, il existe sur Méta-Wiki une liste mise à jour des différents sites hébergés par la Fondation Wikimédia dont l'existence est remise en cause. Dans celle-ci, on retrouve essentiellement des versions linguistiques de projets qui n’ont pas réussi à poursuivre leurs développements, bien qu'un projet entier soit toujours susceptible d'être mis à l'arrêt. C'est d'ailleurs ce qui est arrivé aux 31 versions linguistiques du projet Wikinews, qui, en date du 4 mai 2026, soit 22 ans après le lancement du site anglophone, sont accessibles en mode lecture uniquement.
Dans le cas de Wikinews, ce fut le manque d'activité qui apparut comme principale justification de la suspension du projet. Cependant, d'autres raisons pourraient être invoquées, comme le prouve cet épisode de 2005, où, peu de temps après son lancement, la version francophone du recueil de citations Wikiquote a bien risqué de disparaitre. Le projet fut effectivement accusé d’avoir récupéré le contenu d’une base de données soumise à un droit d’auteur, incompatible avec la licence Creative Commons appliquée sur l’ensemble des projets pédagogiques Wikimédia. Lorsqu'une plainte fut adressée à l’association Wikimédia France, pour être ensuite relayée sur le site Méta-Wiki, il fut bien question de fermer le projet. Après de longues discussions, celui-ci fut maintenu, mais avec pour conditions de repartir de zéro, et d’établir une charte pour garantir la traçabilité des citations reprises par le projet.
Voici donc de quoi se faire une idée sur la manière dont les projets pédagogiques et leurs déclinaisons linguistiques apparaissent et disparaissent au sein du mouvement. Les exemples repris ci-dessus suffisent effectivement pour comprendre les principes généraux qui sous-tendent leurs créations. En dehors de Méta-Wiki, Wikidata, Wikifunctions, Abstract Wikipédia et Wikimedia Commons, qui ne sont pas des projets de contenu pédagogique à proprement parler, tous les autres projets semblent effectivement provenir d’un désir de spécialisation d’un projet préexistant.
L'idée est généralement débattue dans un projet de même langue, avant de relayer la discussion vers le site Méta-Wiki. Si le projet y est jugé pertinent, il fait alors l'objet d'une candidature qui doit actuellement être soumise au groupe de travail des projets frères du comité des affaires communautaires de la Fondation Wikimédia. Quant aux nouvelles versions linguistiques, elles doivent être aujourd'hui soumises à l'approbation du comité des langues, avant d'être testées sur les plateformes Incubator, Beta-Wikiversité ou Wikisource Multilingue, dans le but de bénéficier d’un site web indépendant.
Après ces explications concernant les projets frères et leurs variations linguistiques, il nous reste encore à parler des sites qui ont un lien avec le mot Wiki, soit par leur nom, soit par le logiciel utilisé. En 2024 effectivement, plus de 22 600 d'entre eux étaient répertoriés, dont plus de 95 % sans aucun lien avec le mouvement Wikimédia, en dehors du fait, peut-être, qu’ils utilisaient le logiciel MediaWiki développé par la Fondation Wikimédia.
WikiLeaks par exemple, créé par Julian Assange dans le but de publier des documents classifiés provenant de sources anonymes, n’est ni un projet Wikimédia, ni un site collaboratif. Quant au recueil universel et multilingue de guides illustrés WikiHow, si celui-ci fonctionne pour sa part de manière collaborative et avec le logiciel MediaWiki, il n'a pourtant aucun lien avec le mouvement Wikimédia. D'ailleurs, son ergonomie, radicalement différente de celle des projets Wikimédia, permet de le comprendre au premier coup d’œil.
En revanche, Wikimini, l'encyclopédie libre pour les enfants, a une apparence tout à fait comparable à celle des projets Wikimédia, alors que le projet n’a jamais été accepté par la Fondation. Quant aux projets WikiTribune et Fandom, l'ambiguïté qu'ils entretiennent avec le mouvement est d'autant plus grande qu'ils ont été créés par Jimmy Wales, le fondateur de Wikipédia et de la Fondation Wikimédia. Cependant, comme ce sont des projets commerciaux, ils ne peuvent en aucun cas être soutenus par une fondation sans but lucratif.
Au terme de cette présentation, il ne reste plus qu'à signaler que le mouvement Wikimédia ne fut conscientisé que tardivement par rapport à l'apparition des projets Wikimédia et de leurs différentes versions linguistiques. Pour qu'un sentiment de collectivité se manifeste entre tous ceux-ci, il fallut certainement attendre qu'une coordination se développe sur la plateforme Méta-Wiki, mais également que de nombreuses rencontres et associations apparaissent en dehors de l'espace numérique. En ce sens, la naissance du mouvement ne fut pas un événement ponctuel, mais plutôt la réalisation d’un long processus de conscientisation.
'''Chapitre 9 : La conscientisation du mouvement'''
Avant d'aborder la question de la conscientisation du mouvement, il peut être intéressant de découvrir l'origine étymologique du mot « Wikimédia ». Celui-ci est un mot-valise composé du suffixe « média » et du préfixe « wiki » que l’on doit à cette expression hawaïenne « wiki wiki », qui se traduit en français par l'expression : « vite, vite ». Celle-ci fut récupérée une première fois par Ward Cunningham, le créateur du premier moteur Wiki, avant d'être réutilisée dans les noms inventés pour d'autres logiciels de cette même famille. UseModWiki en est un bel exemple, puisqu'il fut le premier programme utilisé par la firme Bomis pour héberger son projet d’encyclopédie collaborative. Raison pour laquelle, sans doute, le terme « wiki » fut utilisé pour créer le mot Wikipédia, en l'associant au suffixe « pedia » qui fait référence au mot anglais encyclopedia, selon un principe qui fut ensuite repris pour tous les autres projets du mouvement.
Le mot Wikimédia, pour sa part, n’est apparu que le seize mars 2003, lors d’une discussion concernant la déclinaison possible de l’encyclopédie en d’autres types de projets éditoriaux participatifs. Durant celle-ci, l’écrivain américain Sheldon Rampton eut l’idée d’associer au terme wiki à celui de « média », afin de mettre en évidence la variété des médias produits et partagés par Wikipédia et ses projets frères. Toutefois, c'est seulement en juin 2008 que Florence Devouard, présidente de la Fondation à cette époque, associe le mot Wikimédia à un mouvement social qu’elle voyait apparaître au sein des projets Wikimédia et de leurs communautés d'usagers.
Affirmer pour autant que ce moment précis coïncide avec la naissance du mouvement Wikimédia serait quelque peu arbitraire. Car si l’on peut déterminer plus ou moins facilement l’apparition d’une expression dans des archives, tout le monde sait qu’un mouvement social ne se forme pas en un seul instant. Dans le contexte du mouvement Wikimédia, sa naissance est bien sûr liée à celle du projet Wikipédia, mais également à tout ce qui permit la création de cette encyclopédie libre. Dans une autre perspective encore, on peut dater l'apparition du mouvement Wikimédia au 20 juin 2003, date de la création de la fondation qui porte le même nom. Ou pourquoi pas, associer la création du mouvement à la mise en ligne de la plate-forme Méta-Wiki, qui en représente le principal lieu de coordination.
Toujours est-il que l’expression « Wikimedia movement » est bien apparue en juin 2008, sous la plume de Florence Devouard. Cela s'est passé sur la liste de diffusion de la Fondation et peu de temps avant qu'elle quitte son poste de présidente. Dans son message, elle partageait l'idée de placer sous le nom de domaine Wikimedia.org un site vitrine de présentation du mouvement Wikimédia qu'elle concevait de la sorte.
Le mouvement Wikimédia, comme je l’entends est
– une collection de valeurs partagées par les individus (liberté d’expression, connaissance pour tous, partage communautaire, etc.)
– un ensemble d’activités (conférences, ateliers, wikiacadémies, etc.)
– un ensemble d’organisations (Wikimedia Foundation, Wikimedia Allemagne, Wikimedia Taïwan, etc.), ainsi que quelques électrons libres (individus sans chapitres) et des organisations aux vues similaires.
Avec autant de détails et d'explications, un tel message ne pouvait qu'accélérer la prise de conscience au sein du mouvement. Dans tous les cas, il mettait en évidence que les personnes actives dans les projets éditoriaux en ligne ou dans les organismes affiliés, faisaient partie de ce que Ralf Dahrendorf appelle un « quasi-groupe ». Ou autrement dit, un ensemble d’individus qui ont un mode de vie semblable, une culture commune, mais dont les points communs ne gravitent pas autour d’une prise de conscience de leur position commune dans la relation d’autorité.
Après la naissance de Wikipédia et de nombreux projets frères, une dizaine d’années a donc été nécessaire pour que le mouvement Wikimédia prenne conscience de son existence. Aujourd’hui encore, et comme cela a déjà été vu, de nombreuses personnes actives dans les projets pédagogiques ne réalisent toujours pas qu’elles participent aux activités d’un mouvement social. Cela, contrairement aux personnes investies dans les activités en présentiel organisées au sein du mouvement, qui sont généralement plus conscientes de leur engagement. C’est là une raison de croire que le développement de la Fondation Wikimédia et de ses organismes affiliés a joué un rôle important dans l'apparition d'un sentiment d’appartenance.
'''Chapitre 10 : La création des organismes affiliés'''
Si c’est grâce à l’arrivée des groupes et des organismes affiliés à la Fondation Wikimédia que l’idée du mouvement est probablement apparue, il est alors intéressant d'en décrire les processus de création. Mais puisque cela représente plusieurs centaines d’instances spécifiques, regroupées en plusieurs catégories détaillées en seconde partie d'ouvrage, aborder ici l’histoire de chacune d’entre elles serait une entreprise beaucoup trop fastidieuse.
De plus, s’il existe énormément d’archives numériques concernant la naissance des sites Wikimédia, ce n’est pas le cas pour ces organismes affiliés. Un bon nombre de ceux-ci se sont effectivement formés durant des rencontres ou des réunions hors ligne qui n'ont fait l’objet d’aucun enregistrement. Du reste, une bonne part des échanges effectués au sein de ces associations s'organise par des canaux de communication privés auxquels seuls les membres actifs ont accès.
Puisque je suis l'un des membres fondateurs, je me limiterai donc ici à parler de l’association Wikimédia Belgique. Celle-ci fut fondée le huit octobre 2014 en tant qu’association sans but lucratif, avant d'être reconnue le six août 2015 par le conseil d’administration de la Fondation Wikimédia. Après plus de trois ans d’activités et de rencontres et sous l’impulsion de Maarten Deneckere qui assuma le premier mandat de présidence, nous étions 8 personnes à signer la première version des statuts de l’association.
Jusqu’à ce jour, l’objet social de Wikimedia Belgique est d' « impliquer tout un chacun dans la connaissance libre ». Contrairement à l'association Wikimédia Deutchland, la première à voir le jour en 2004 et qui rassemblait déjà en 2021 plus de 85 000 membres et près de 150 employés, l’association belge n'a qu'une seule employée à temps partiel et 150 membres en 2025.
Avant d’être reconnues par le comité d’affiliations chargé de seconder le conseil d’administration de la Fondation, toutes les associations nationales, dites « chapters » en anglais, et toutes les autres organisations affiliées doivent réaliser de nombreuses démarches. Celles-ci consistent à répondre à un ensemble de prérequis qui ont évolué suite à la création d'un comité décisionnel en avril 2006. Ces obligations diffèrent entre les groupes d’utilisateurs et d'utilisatrices et les associations locales ou thématiques. Parmi ceux-ci, on retrouve toutefois : un nombre minimum de membres et de référents, une mission et un règlement d’ordre intérieur conformes aux attentes du mouvement, la remise de plans et de rapports d’activités annuels, etc.
On comprend donc qu’il n’est pas évident de créer une nouvelle instance au sein du mouvement. Pour bénéficier du soutien logistique et financier de la Fondation réservé aux organismes affiliés, c’est ainsi toute une série de rapports qu’il faut alors transmettre à divers comités et commissions chargés de leurs évaluations. Cela représente une quantité de tâches administratives qu’il n’est pas toujours facile d’assumer, surtout lorsque les membres de l’organisme affilié sont tous des bénévoles. D’où sans doute cette régulière disparition d’affiliations, pendant que d’autres se créent ou réapparaissent en fonction des énergies et du dynamisme disponibles dans les équipes.
Les activités liées à la récolte et à la redistribution des dons offerts au mouvement, ainsi que les autorisations d’usage de marques déposées, contrastent donc avec les valeurs de libre partage et d’autonomie décrites dans les projets pédagogiques. Cela semble confirmer que la partie hors ligne du mouvement est plus influencée par les habitudes d’un système économique dominant, contrairement à la partie en ligne qui semble plus fidèle à l’héritage de la contre-culture.
'''Chapitre 11 : L'héritage d'une contre-culture'''
Au terme de cette première partie d’ouvrage, il devient évident que la révolution numérique, que l’on considère généralement comme une révolution technique, fut aussi, et peut-être avant tout, une révolution sociale et culturelle. Quant à l'histoire de Wikimédia, reprise ici depuis les origines de son encyclopédie jusqu'à l'apparition de ses organismes affiliés, elle nous fit découvrir comment les idées de la contre-culture des années 1960 furent transmises au mouvement.
En cas de doute, observons encore que Richard Stallman, celui qui a créé les concepts de licence et d'encyclopédie libre, fut désigné par certains comme le gourou de la contre-culture hacker et le père du système d’exploitation hippie. Une culture hippie, dont il est aussi troublant de constater que le renversement de son logo ressemble étrangement à celui du mouvement Wikimédia.
Incontestablement et au travers du mouvement des logiciels libres, le mouvement Wikimédia a donc bien hérité des valeurs produites par les mouvements sociaux des années 1960. Des valeurs qui aujourd'hui contrastent fortement avec la marchandisation et la capitalisation du monde, dont l'espace web ne fait jamais que refléter ce qui se passe dans le reste de la société humaine. Or, ce phénomène ne date pas d'hier. En 2008 déjà, André Gorz, ce philosophe parmi les pères de la décroissance et théoricien de l’écologie politique, constatait déjà que :
La lutte engagée entre les "logiciels propriétaires" et les "logiciels libres" [...] a été le coup d’envoi du conflit central de l’époque. Il s’étend et se prolonge dans la lutte contre la marchandisation de richesses premières – la terre, les semences, le génome, les biens culturels, les savoirs et compétences communs, constitutifs de la culture du quotidien et qui sont les préalables de l’existence d’une société. De la tournure que prendra cette lutte dépend la forme civilisée ou barbare que prendra la sortie du capitalisme.
Dans cette lutte et avec le seul nom de domaine non commercial parmi le top 100 des sites les plus fréquentés du Web, la galaxie Wikimédia apparait donc comme un des derniers lieux numériques de liberté, de partage et d'égalité. Un lieu qui, de plus, est connu mondialement, grâce au succès des plus de 350 déclinaisons linguistiques de Wikipédia, et sans pour autant récolter d'informations sur l’identité et le comportement des internautes. Cela alors que cette pratique est considérée, par certains, comme un « nouvel or noir » pompé du Web, pendant que d’autres préfèrent parler de « capitalisme 3.0 » ou de « capitalisme de surveillance » .
Évidemment, les enjeux de cette lutte sont difficiles à comprendre. La complexité de l’infrastructure informatique, mais également le fait que tout cela s'inscrit dans une révolution que Rémy Rieffel décrit comme « instable et ambivalente, simultanément porteuse de promesse, et lourde de menaces », ne facilitent pas les choses. Cela d'autant plus que tout cela se place « dans un contexte où s’affrontent des valeurs d’émancipation, et d’ouverture d’un côté et des stratégies de contrôle et de domination de l’autre » .
En fait d’ambivalence, il est surprenant d'apprendre, par exemple, que Jimmy Wales, fondateur de Wikipédia et de la fondation Wikimédia, est un adepte de l’objectivisme, alors que cette philosophie voit le capitalisme comme un idéal de société et l’égoïsme rationnel, comme une morale. Puis, concernant l'instabilité du numérique, il y a ces appels répétés de Tim Berners-Lee au sujet de la « redécentralisation » et de la « régulation » d'un espace web qu'il avait conçu dans un esprit tout à fait opposé. Quant aux pionniers d'Internet, ils n'ont probablement pas imaginé que leur création permettrait un jour, à des milliards d’objets connectés, de rapporter, rien qu'en France et en 2021, plus de 2,6 milliards d’euros.
Quant à la question du contrôle et au-delà de ce qui est opéré par les firmes commerciales, c'est bien sûr du côté des États qu'il faut porter son attention. Face à un mouvement qui veut s’émanciper des contrôles, par moins de 18 pays ont déjà censuré Wikipédia et parfois même l'ensemble des projets frères. Ce fut le cas par exemple pour la Turquie, la Russie, l'Iran, mais également le Royaume-Uni, la France et l'Allemagne, et c'est même le cas de manière permanente en Chine, depuis 2004.
Dans certains cas, des procédures juridiques ont été utilisées pour intimider les membres du mouvement. C'est arrivé en France lorsque le directeur de l'association Wikimédia fut menacé de poursuites pénales par la Direction Centrale du Renseignement Intérieur, après un refus de supprimer un article qui traitait d’une station militaire dans Wikipédia. Par chance, ce qui s'est passé en France ne dépassa pas le stade de l'intimidation. En Biélorussie cependant, Mark Bernstein, un contributeur aux projets Wikimédia, fut condamné à quinze jours de prison ferme, assortis de trois ans d’assignation à résidence, pour des propos tenus au sujet de la guerre en Ukraine. Cela sans oublier qu'actuellement, ce sont les conservateurs à la tête des États-Unis qui « veulent la peau de Wikipédia » en cherchant à obtenir l'identité réelle de certains contributeurs.
Le contrôle et le non-respect de la vie privée font ainsi appel à la figure emblématique du lanceur ou de la lanceuse d'alerte, dont la posture contestataire fait penser à celle des personnes actives dans la contre-culture des années 1960. Parmi ceux-ci, on dit de Julian Assange, Edward Snowden et Chelsea Manning, qu'ils « ont perdu leur liberté pour défendre la nôtre ». De manière similaire, on pourrait donc aussi dire que les Wikimédiens Aaron Swartz, Bassel Khartabil, Pavel Pernikov, Ihor Kostenko et Mark Bernstein, se sont sacrifiés pour la liberté, le partage et la vérité.
Dans Wikimédia et comme ce fut expliqué dans l'introduction de cet ouvrage, une alerte peut prendre la forme d'un appel à commentaires en réaction à une décision ou une situation observée au sein du mouvement. C'est même là une pratique institutionnalisée, qui fait l'objet d'une procédure d'accompagnement et de suivi. Toutes ces alertes concernent les dérives de certains projets, mais également de certaines associations dont la proximité avec le système économique n'aide pas au respect des pratiques et des valeurs développées en ligne.
Dans ce qui apparait aux yeux de certains comme un « bazar libertaire », les choix et règles édictés dans la sphère hors ligne du mouvement ne plaisent pas toujours aux membres des communautés en ligne. Ce qui n'empêche toutefois pas les projets éditoriaux d'avoir leurs propres règles et des recommandations, ni de voir apparaitre, en 2020 et dans l'ensemble du mouvement, un code de conduite universel, qui détermine le « référentiel minimum des comportements acceptables et inacceptables ».
L'idéologie transmise à Wikimédia, décrite en partie par Steven Levy dans son ouvrage L’Éthique des hackers est donc plus subtile qu'un simple refus d'autorité. Dans un esprit de partage, d'ouverture, de transparence, de liberté, d'égalité et d'autonomie, c'est une structure très complexe, tout en étant cosmopolite et mondiale, que le mouvement réussit à mettre en place. Une organisation qui, finalement, apparait très inspirante dans la manière de faire communauté aujourd'hui, et au sein d'un monde toujours plus global et numérique.
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Lionel Scheepmans
20012
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'''LE MOUVEMENT WIKIMÉDIA.'''
'''Dernier partage altruiste de la connaissance libre ?'''
De Lionel Scheepmans.
Avec l'aide de la communauté Wikimédia.
'''Quatrième de couverture.'''
'''Le mouvement Wikimédia, l'aventure inspirante d'une organisation mondiale et altruiste, au service d'un savoir libre et vérifiable.'''
Quel est ce seul acteur à but non lucratif présent dans le top 100 des sites les plus visités sur le Web ?
Comment incarne-t-il l’expression la plus visible des valeurs de liberté, d’égalité et de partage, héritées de la révolution numérique et des mouvements sociaux des années 1960 ?
Comment, à partir de Wikipédia et suite à la création d’une quinzaine de projets frères, distribués en centaines de versions linguistiques, le mouvement social Wikimédia a imaginé un monde dans lequel le savoir se produit et se partage librement ?
Et comment, en toute autonomie, des dizaines de projets pédagogiques, édités par des millions de bénévoles, soutenus par une fondation et près de 200 associations et groupes locaux, produisent-ils la plus grande intelligence collective au monde ?
Avec de nombreux codes QR, cet ouvrage répond à ces questions, tout en permettant de mieux comprendre le monde global et numérique qui nous entoure.
Lionel Scheepmans est docteur en sciences politiques et sociales, militant de la culture libre et professeur d’anthropologie numérique. Il occupe plusieurs postes d’administrateur au sein du mouvement Wikimédia qu’il observe de manière participative depuis 2011. Ses travaux universitaires, du master à la thèse de doctorat, furent consacrés à l’organisation et aux enjeux de Wikipédia et du mouvement Wikimédia.
'''Avant-propos'''
Pour offrir un confort de lecture sur papier sans perdre la puissance du numérique, des codes QR sont affichés tout au long de cet ouvrage. À l’aide d’une tablette ou d’un smartphone, ils offrent un accès direct à ce qui serait coûteux ou impossible à imprimer.
Par exemple, le code QR 1, présent à la fin de cette page, donne accès directement à la page web qui reprend l’intégralité de l’ouvrage. Une fois sur celle-ci, on peut alors visionner les illustrations en couleur ou les enregistrements qui s’y trouvent et consulter ensuite leurs pages de descriptions en cas de besoin. Cette version numérique comprend aussi de nombreux hyperliens pointant vers Wikipédia et d’autres sites du mouvement Wikimédia, où se trouvent des compléments d’informations et leurs mises à jour.
Pour économiser du papier lors de l’impression, la section regroupant les notes et les références de l’ouvrage n’est disponible qu’au format numérique, mais est directement accessible via le code QR 2 repris ci-dessous. Grâce aux indices de renvoi chiffrés et placés en exposant dans le texte imprimé, il est alors possible, au départ d'un smartphone ou d'une tablette, de retrouver les notes et les références en fonction de leur numérotation. Lorsque la référence correspond à une page web, un lien pointant vers le projet Internet Archive s’y trouve repris, pour garantir un accès aux archives des pages citées dans l’ouvrage, si jamais elles avaient disparu du web. Quant aux pages toujours existantes, elles restent accessibles via leurs hyperliens originels, pour consulter leurs éventuelles évolutions.
Étant donné que ce livre est produit sur une plateforme collaborative, tout le monde est invité à améliorer les prochaines versions. On peut le faire en corrigeant des fautes d’orthographe ou de syntaxe sur les pages web qui constituent les différents chapitres de l’ouvrage, ou encore en apportant des commentaires sur les pages de discussion qui leur sont associées. Cela peut se faire très simplement en cliquant sur « Modifier » , quand on est sur la page d'un chapitre, et sur « Ajouter un sujet » lorsque l'on est sur une page de discussion.
Une page de discussion générale est aussi accessible grâce au code QR 3. Elle permet de commenter le livre dans son ensemble, ou de poser une question à son sujet. Il suffit pour cela d’indiquer un titre dans le champ « Démarrer un nouveau sujet », avant d'écrire le contenu de son message dans l’encadré situé juste en dessous, et de cliquer finalement sur le bouton « Ajouter un sujet de manière anonyme », pour publier celui-ci.
Enfin, pour ceux qui voudraient agrémenter leur lecture d’un fond sonore relaxant et original, le code QR 4 donne accès à une page web qui diffuse une musique mélodieuse. Celle-ci est composée de sons spécifiquement produits chaque fois qu’une modification est apportée sur un projet Wikimédia, ou qu’un nouveau compte y est créé. Ce dispositif ingénieux offre ainsi, aux lecteurs qui le souhaitent, une ambiance sonore particulièrement confortable, ainsi qu’une nouvelle expérience immersive au sein du mouvement Wikimédia.
'''Introduction : Wikimédia n’est pas Wikipédia.'''
Depuis le succès initial de Wikipédia, une myriade de projets de partage des connaissances, d’organisations et de groupes de soutien ont émergé pour former ce qu’on appelle aujourd’hui le mouvement Wikimédia. Même si l’encyclopédie libre reste l'activité phare du mouvement à ce jour, il serait regrettable de réduire l’ensemble du mouvement à cet unique projet pédagogique. Malheureusement, il arrive bien trop souvent qu'une seule version linguistique de Wikipédia suffise pour cacher l’étendue de la forêt Wikimédia.
En réalité, Wikimédia représente un mouvement social, international et interculturel complexe, au sein duquel Wikipédia n’est qu’une composante parmi d’autres. Dans le cadre d'un mémoire de master, on peut ainsi fournir en quelques mois une ethnographie du projet Wikipédia en français. Alors que pour synthétiser les origines, l’organisation et les dynamiques globales du mouvement Wikimédia, une thèse de doctorat et cinq années de recul supplémentaires furent nécessaires.
À la fin de l'année 2025, l’ampleur numérique du mouvement est effectivement impressionnante. Chaque mois, des millions de modifications bénévoles sont effectuées sur plus de 500 millions de pages, réparties sur plus d’un millier de sites web, dont 358 seulement, correspondent aux versions linguistiques de Wikipédia. Ce qui prouve donc clairement que les activités en ligne portées par l'ensemble du mouvement Wikimédia dépassent largement ce qui se passe au sein de l’encyclopédie.
Il existe ainsi cinq autres espaces collaboratifs d'écriture susceptibles d'atteindre un jour l'envergure et la notoriété de Wikipédia, avec un objectif et un fonctionnement spécifiques à chacun. De manière détaillée, Wikilivres crée des livres pédagogiques ; Wikiversité rassemble des supports d'enseignement et des travaux de recherche ; Wikivoyage développe un guide touristique mondial ; Wikispecies établit un répertoire du vivant, tandis que Wiktionnaire définit des mots de toutes les langues, dans toutes les langues.
Contrairement à Wikipédia, tous ces projets ne sont pas soumis à une neutralité de point de vue, ni limités à l'usage de sources secondaires reconnues, au niveau de la rédaction des articles. La plupart d'entre eux acceptent aussi la publication de travaux de recherche ou de productions personnelles, alors que cela est tout à fait interdit dans Wikipédia.
Selon l'étymologie du mot encyclopédie, le but de Wikipédia est en effet de synthétiser ou, plus précisément, d'encercler le savoir humain déjà préexistant. Cette contrainte éditoriale limite donc les contributeurs et contributrices à l'usage de sources secondaires et tertiaires présentes dans des publications externes au projet. De ce fait, Wikipédia reproduit fatalement les biais systémiques, tels que les déséquilibres et les surreprésentations de genre et de culture, présents dans un monde de l'édition majoritairement occidental. Or, cette impasse éditoriale propre à Wikipédia n'existe pas dans les autres projets pédagogiques.
Comme ces projets frères, Wikipédia n'est pas non plus un projet complètement autonome des autres projets Wikimédia. L'encyclopédie compte en effet sur le projet Wikimedia Commons pour héberger l'ensemble de sa médiathèque. Elle utilise ensuite le contenu du projet Wikidata comme base de données structurée. Quant aux personnes qui produisent l'encyclopédie, elles peuvent aussi puiser leurs sources dans la bibliothèque Wikisource ou se référer à des citations d'auteurs collectées dans le projet Wikiquote. Tout cela sans oublier que des dizaines de sites web traitent l'archivage permanent de Wikipédia et des autres projets Wikimédia, dans le but de fournir des analyses précieuses et totalement libres d’accès.
Enfin, il faut aussi garder à l'esprit qu'au-delà de tous ces sites web, Wikimédia, c'est aussi de nombreuses institutions et organisations affiliées au mouvement et dispersées dans le monde. Autour de la Fondation Wikimédia chargée de la gestion et de l’organisation internationales, avec près de 650 salariés de nationalités diverses, se regroupent des centaines d'organisations satellites. Parmi celles-ci, on retrouve 2 associations thématiques, 40 associations locales, dont Wikimedia Deutschland qui regroupe plus de 170 employés, et finalement 141 groupes d’utilisateurs et utilisatrices.
Tout ce qui vient d'être exposé dans cette introduction justifie donc la nécessité de distinguer le mouvement Wikimédia du projet Wikipédia. Imaginons seulement que l’on se limite à citer Paris pour décrire et comprendre un pays aussi vaste que la France. Certes, Paris est une ville mondialement connue et qui compte plus de deux millions d’habitants et un patrimoine culturel impressionnant. Mais est-ce pour autant qu'il faudrait oublier les autres villes, villages et métropoles françaises ? Sans compter que la France regroupe aussi des départements et des territoires d’outre-mer et qu'elle entretient des relations et des partenariats internationaux qui dépassent de loin ce qui se passe entre Paris et le reste du monde. Ne pas confondre le mouvement Wikimédia avec le projet Wikipédia relève donc du bon sens.
En 2019 cependant, la Fondation Wikimédia a envisagé de se renommer en Fondation Wikipédia et de remplacer le terme « Wikimédia » par celui de « Wikipédia » partout où ce terme est utilisé dans la sphère hors ligne du mouvement. Le but était d’acquérir une plus grande visibilité et d’attirer des milliards de personnes, grâce au nom de marque Wikipédia, considéré comme l’un des plus connus au monde. Ce changement n’a toutefois pas été accepté par de nombreuses personnes actives au sein du mouvement. En janvier 2020, ces opposants ont ainsi créé une page d’appel à commentaires, qui fut le siège d’un long débat. À l’issue de ce dernier, 73 représentants d’organisations affiliées et 984 personnes ont signé une lettre ouverte adressée à la Fondation, qui comprenait le paragraphe suivant.
« Depuis 20 ans, les bénévoles ont bâti la réputation de Wikipédia en tant que ressource indépendante et communautaire. Les projets du mouvement Wikimédia, dont Wikipédia, se développent autour de la décentralisation et du consensus. Il est essentiel d’établir des distinctions claires entre la Fondation Wikimédia, les affiliés et les contributeurs individuels. Tout changement qui affecte cet équilibre exige le consentement éclairé et la collaboration des communautés. Il est donc très préoccupant de voir Wikipédia présenté pour le nom de l’organisation et du mouvement malgré le mécontentement général de la communauté. »
En s’opposant aux idées de la Fondation, ces membres de la communauté Wikimédia ont ainsi fait preuve de sagesse. De plus, ils ont signalé dans de nombreux commentaires que beaucoup de personnes connaissent le mouvement Wikimédia uniquement au travers de son encyclopédie. Il est même étonnant d'observer que la méconnaissance du mouvement existe au sein même de sa propre communauté. Comme exemple, on peut observer que l'article Wikipédia en anglais, consacré au mouvement Wikimédia, ne s’est développé qu’à partir de 2016, tandis que celui de la version francophone de l'encyclopédie, n’est apparu qu’en 2019. Quant aux autres versions linguistiques, il est tout aussi étonnant de constater qu'en octobre 2025, seulement 39 d'entre elles, sur un total de 358, possédaient un article dédié au mouvement Wikimédia.
Tous ces éléments justifient donc la nécessité d’offrir au monde, une meilleure connaissance du mouvement Wikimédia et des nombreux projets et organisations, qui participent à sa mission de partage du savoir. En ce sens, ce livre est une contribution importante aux défis stratégiques que doit relever le mouvement Wikimédia à l’approche de 2030. Car au-delà des résolutions prises pour développer de nouveaux processus participatifs et délibératifs concernant les questions de marque, c’est avant tout un travail d’information et de sensibilisation à destination du public qu'il reste à faire.
'''Première partie : La naissance du mouvement Wikimédia.'''
Il existe dans l'espace web, une multitude d’archives permettant de retracer les événements, qui ont conduit à la naissance du mouvement Wikimédia. Cette « préhistoire » du mouvement peut notamment être explorée grâce au réseau d’éducation populaire Framasoft, dont le site est apparu environ un an avant la création de la version francophone de Wikipédia. On trouve sur cette plateforme une mine d’informations concernant les logiciels libres et la culture libre, soit deux épisodes majeurs de l’histoire de l’informatique et d’Internet, malheureusement méconnus du grand public.
Grâce à Framasoft et bien d’autres associations, il est possible de découvrir l’organisation et les motivations des millions de personnes qui participent au mouvement du logiciel libre. On peut apprend par exemple, que ce mouvement politique et social, au sein du milieu informatique, a été initié en 1983 par [[w:fr: Richard Stallman|Richard Stallman]]. Programmeur du [[w:Massachusetts_Institute_of_Technology|MIT]] à cette époque, c'est en effet lui qui fut le premier à proposer une alternative à la marchandisation du secteur informatique.
La philosophie de libre partage, apparue au sein du projet de Stallman, reflétait une certaine éthique et une organisation de travail originale, développées au sein d’une sous-culture, en vogue dans le milieu informatique depuis les années 1950. Celle-ci fut documentée dans de nombreux ouvrages, dont « L’éthique hacker », un livre remarquable, dans lequel le philosophe finlandais, Pekka Himanen, analyse en détail les origines de la culture hacker.
Un simple extrait de sa quatrième de couverture, repris ci-dessous, permet d’appréhender la manière de penser de ces informaticiens, rejoints par Richard Stallman durant ses études universitaires, avant d'en devenir l’une des figures les plus charismatiques.
« On considérait jusqu’à présent le « hacker » comme un voyou d’Internet, responsable d’actes de piratage et de vols de numéros de cartes bancaires. Le philosophe Pekka Himanen voit au contraire les hackers comme des citoyens modèles de l’ère de l’information. Il les considère comme les véritables moteurs d’une profonde mutation sociale. Leur éthique, leur rapport au travail, au temps ou à l’argent, sont fondés sur la passion, le plaisir ou le partage. Cette éthique est radicalement opposée à l’éthique protestante, telle qu’elle est définie par Max Weber, du travail comme devoir, comme valeur en soi, une morale qui domine encore le monde aujourd’hui. »
En introduisant cette première partie d'ouvrage de la sorte, nous pouvons déjà comprendre que le mouvement Wikimédia plonge ses racines dans une transition culturelle remplie d’utopie. Une utopie qui s’oppose notamment à ce que l’historien et anthropologue Karl Polanyi désignait, en 1944 déjà, comme un libéralisme économique qui « subordonne les objectifs humains à la logique d’un mécanisme de marché impersonnel ». Étape par étape et en commençant par analyser cette utopie spécifiquement au niveau du mouvement Wikimédia, voyons maintenant ce qui s'est passé tout au long de cette révolution culturelle et numérique.
'''Chapitre 1 : L'utopie Wikimédia.'''
Au fil du temps, Wikipédia fut perçu comme une utopie en marche, puis comme une utopie réalisée, et finalement comme la dernière utopie collective du Web. Mais qu'en est-il de l'ensemble du mouvement Wikimédia ? Pour nous aider à comprendre ce qui se passe dans la dimension numérique de ce mouvement, voici une métaphore qui décrit un quartier établi au sein d'une ville, imaginée au départ de l'espace web ». Dans cette ville imaginaire, Internet représenterait le réseau routier, pendant que des serveurs informatiques feraient office de bâtiments, et que les pages web qu'ils hébergent, constitueraient les différentes pièces de ces édifices.
En visitant le quartier Wikimédia, on découvrirait donc plus d’un millier de bâtiments. Au sein de ceux-ci et à l’exception de quelques lieux administratifs, chaque pièce peut être visitée gratuitement, mais aussi modifiée au niveau de son contenu. On peut ainsi y ajouter de nouvelles choses, telles que du texte, des photos, des vidéos ou des documents sonores, et même changer ou supprimer ce qui a été créé ou modifié par d’autres. Tout cela, bien sûr, dans le but de rendre ces endroits plus esthétiques, ou plus authentiques et en tenant compte des différentes idées et des éventuelles oppositions de point de vue concernant les aménagements. Pour faciliter l'entente entre les personnes qui s'investissent dans les modifications, chaque pièce des bâtiments Wikimédia possède un espace annexe dédié à la discussion.
Dans la plupart des bâtiments Wikimédia, une personne malintentionnée peut même faire disparaitre tout le contenu d'une pièce. Néanmoins, dans la seconde qui suit, un robot remettra tout en place, avant de transmettre un message concernant le traitement du vandalisme. Lorsqu'une action plus discrète n'est pas détectée par un robot, une personne qui surveille la pièce prendra certainement le relais pour annuler les changements malveillants, et contacter la personne responsable. En cas de multirécidive, celle-ci peut se voir privée de sa capacité de modifier les pièces, soit dans le bâtiment vandalisé, soit dans tout le quartier quand cela se justifie. Après discussion, cette sanction sera mise en application par un administrateur ou une administratrice bénévole, choisi ou choisie par l'ensemble des autres bénévoles qui prennent soin des bâtiments.
On comprend donc que tout le monde peut enrichir, mais également surveiller et protéger les richesses partagées dans le quartier Wikimédia. Il suffit pour cela de rejoindre le mouvement en se créant un compte et de profiter de nombreux outils, dont un système de notification qui envoie un message dès qu'une pièce que l'on veut surveiller est modifiée. Pour créer ce compte, il n'est pas nécessaire de fournir une adresse ou un numéro de téléphone. Les seules informations personnelles indispensables au bon fonctionnement du quartier Wikimédia sont les adresses IP des visiteurs. Car contrairement à ce qui se passe dans les quartiers commerciaux de la grande ville numérique, tels que les GAFAM, NATU, BATX, le quartier Wikimédia ne récolte et ne vend aucune donnée à des fins d'exploitation.
Même les adresses IP enregistrées par le système ne sont pas visibles par les autres visiteurs. Elles sont remplacées par les noms et les pseudonymes fournis lors de la création des comptes, ou masquées par des comptes temporaires pour les modifications faites par des personnes non connectées. Seules quelques personnes accréditées par la communauté pour effectuer des contrôles d’usurpation d’identité ont accès à ces informations. C’est là une précaution nécessaire au bon déroulement des votes qui succèdent parfois aux recherches de consensus concernant l'aménagement du quartier Wikimédia.
Dans cette ville numérique que constituerait l'espace web, Wikimédia apparait ainsi comme le plus grand quartier dédié au partage de la connaissance. Tout d'abord, il y a les plus de 350 bâtiments Wikipédia, chacun dédié à une version linguistique de l'encyclopédie. Toujours séparés en versions linguistiques, on trouve ensuite : les bibliothèques Wikilivres et Wikisource, les bâtiments lexicaux Wiktionnaire, le journal Wikinews, le centre pédagogique et de recherche Wikiversité, le syndicat d’initiative Wikivoyage, le répertoire des êtres vivants Wikispecies et enfin l'institut des citations d’auteurs Wikiquote. Cela sans oublier le musée médiatique Wikimedia Commons et la banque Wikidata, reconnue comme étant la plus grande banque d’informations structurées au monde. Deux bâtiments dont l'une des fonctions principales communes est d’enrichir les pièces situées dans les autres buildings du quartier Wikimédia.
Dans tous ces immeubles, il arrive souvent que plus de la moitié des étages soient uniquement attribués à l'organisation des activités qui s'y déroulent. Chaque bâtiment peut aussi compter sur le soutien d'autres édifices tels que MediaWiki, Wikitech, Phabricator, qui sont trois lieux entièrement dédiés aux maintenances techniques sur l'ensemble du quartier. Concernant les aspects administratifs, c'est dans le bâtiment Méta-Wiki que s'opère la gouvernance générale du quartier, alors que les courriers adressés à ce dernier sont traités en première ligne dans le bâtiment Wikimedia VRT. À la suite de quoi, il ne reste plus qu'à citer le bâtiment Wikimedia Outreach, pour des initiatives de sensibilisation, et le bâtiment du journal Diff Wikimedia, comme lieu de publication d'actualités sur le mouvement.
En dehors de certains aspects techniques, tous ces bâtiments sont gérés exclusivement par des communautés bénévoles, qui sont toujours prêtes à accueillir de nouveaux membres. Les seuls immeubles du quartier qui diffèrent de ce principe sont les bâtiments vitrines de la Fondation Wikimédia et des autres associations Wikimédia qui engagent du personnel. Quant au bâtiment du conseil d'administration de la Fondation, des raisons officielles justifient le fait que la modification de ses pièces est réservée à ces membres et aux employés qui les soutiennent.
Face à tant d'utopies, on en vient donc à se demander comment tout cela fut rendu possible. Mais pour répondre à cette question, il faut alors parcourir tout un pan de l'histoire de la révolution numérique, depuis la contre-culture des années 1960 jusqu'à nos jours. On y découvre que les pionniers du réseau Internet étaient des chercheurs et étudiants en informatique, fortement influencés par de nouvelles idéologies, telles que celles qui furent à la source des évènements de mai 68 en France. C'est donc de là que naîtra la philosophie de partage, de liberté, de décentralisation et ce mode d’organisation tout à fait spécifique, que l'on observe aujourd'hui au sein du mouvement Wikimédia.
Il y eut tout d'abord la création d'Internet, comme réseau mondial de communication en libre accès, et le développement du World Wide Web, qui a grandement facilité les interactions humaines à l’échelle planétaire. Puis, ce fut l'arrivée du Web 2.0, caractérisé par l'apparition de nouveaux sites web directement modifiables à l'aide d’un simple navigateur. Or, parmi ceux-ci se trouvent les moteurs de Wiki, dont le plus puissant d’entre eux, MediaWiki, est un logiciel libre développé par la Fondation Wikimédia. Le moment est donc venu d'en savoir plus sur ce type de programme informatique, ainsi que sur le mouvement du logiciel libre, qui a fortement influencé la philosophie et les valeurs véhiculées au sein du mouvement.
'''Chapitre 2 : Le mouvement du logiciel libre.'''
L’un des premiers épisodes de la préhistoire de Wikipédia et du mouvement Wikimédia débuta en septembre 1983, lorsqu’un programmeur du Massachusetts Institute of Technology, appelé Richard Stallman, déposa un message sur la liste de diffusion net.unix-wizards. C’était un appel d’aide pour la création de GNU, un nouveau système d’exploitation qui devait réunir une suite de programmes que tout le monde pourrait utiliser librement sur son ordinateur personnel. Dans son message transmis via ARPANET, le premier réseau informatique à grande échelle qui précéda Internet, Stallman s’exprimait de la sorte.
Je considère comme une règle d’or que si j’apprécie un programme, je dois le partager avec d’autres personnes qui l’apprécient. Je ne peux pas en bonne conscience signer un accord de non-divulgation ni un accord de licence de logiciel. Afin de pouvoir continuer à utiliser les ordinateurs sans violer mes principes, j’ai décidé de rassembler une quantité suffisante de logiciels libres, de manière à pouvoir m’en tirer sans aucun logiciel qui ne soit pas libre.
Le projet de Stallman, qui reçut le soutien nécessaire à son accomplissement, marqua ainsi le début de l’histoire du logiciel libre. Quant à la quantité d’aide fournie, elle permet de croire que Richard Stallman n’était pas seul à voir l’arrivée des logiciels propriétaires d’un mauvais œil. Car pour les membres du projet GNU et du mouvement du logiciel libre en général, un bon programme informatique doit respecter ces quatre libertés fondamentales :
1. La liberté d’exécuter le programme, pour tous les usages.
2. La liberté d’étudier le fonctionnement du programme, et de l’adapter à vos besoins.
3. La liberté de redistribuer des copies, donc d’aider votre voisin.
4. La liberté d’améliorer le programme, et de publier vos améliorations, pour en faire profiter toute la communauté.
Lors de l'apparition du logiciel libre, le marché de l’informatique était de fait en pleine mutation. L'habituel partage des codes informatiques entre les rares étudiants ou chercheurs, qui bénéficiaient d’un accès à un ordinateur, faisait l'objet d'une remise en question. Ce changement faisait notamment suite au Copyright Act de 1976, une nouvelle loi qui autorisait l'application d'un droit d'auteur sur le code informatique, et donc qui permettait d'en interdire le partage ou la réutilisation sans autorisation. Des clauses de confidentialité ont ainsi fait leur apparition, pendant que les employés des firmes informatiques étaient nouvellement soumis à des contrats de confidentialité. C'était la fin de l’entraide et de la solidarité pratiquées chez les pionniers de l’informatique. À sa place s'installaient la concurrence et la compétitivité, bien connues dans le système capitaliste marchand.
Cette mutation coïncidait avec l’arrivée des premiers ordinateurs de taille réduite. Grâce à l’apparition des premiers circuits intégrés, les premiers exemplaires avaient en effet été créés par l’industrie aérospatiale au début des années 1960. Cependant, il fallut attendre le début des années 1980 pour que le prix d’un ordinateur soit suffisamment bas pour en faire un bien de grande consommation. En 1982, le Commodore 64 entrait ainsi dans le livre Guinness des records, avec plus de 17 millions d’exemplaires vendus dans le monde. Mais avant cela, en 1981, l’IBM Personal Computer avait déjà fait son apparition, en proposant une architecture ouverte qui allait servir de modèle pour toute une gamme d’ordinateurs que l’on désigne toujours aujourd’hui par l’acronyme « PC ».
Pour faire fonctionner ses nouveaux modèles d'ordinateurs, la société IBM avait confié à l’entreprise Microsoft, créée en 1975, la mission de les équiper d’un système d’exploitation. Le contrat signé entre les deux firmes fut une véritable aubaine pour le fournisseur des programmes informatiques. Car sans s'en apercevoir, et sans jamais anticiper que son matériel serait cloné à grande échelle, IBM avait en effet permis à Microsoft d'établir un monopole dans la vente de logiciels. Cela fut condamné pour abus de position dominante et vente liée du logiciel avec le matériel informatique, mais sans pour autant empêcher Bill Gates, le principal actionnaire de Microsoft, d'être l'homme le plus riche du monde en 1994.
Toutefois, pendant que Microsoft renforçait sa position dominante, un nouvel événement majeur allait marquer l’histoire du logiciel libre. Celui-ci fut de nouveau déclenché par un appel à contribution, qui fut cette fois posté le vingt-cinq août 1991 par un jeune étudiant en informatique de 21 ans, appelé Linus Torvalds. Via le système de messagerie Usenet, sa demande avait été postée dans une liste de diffusion consacrée au système d’exploitation Minix, une sorte d’UNIX simplifié et développé dans un but didactique, par le programmeur Andrew Tanenbaum.
Loin d’imaginer que cela ferait de lui une nouvelle célébrité dans le monde du Libre, Torvalds entama son message par le paragraphe suivant.
« Je fais un système d’exploitation gratuit (juste un hobby). Il ne sera pas grand et professionnel comme gnu pour les clones 386. Ce projet est en cours depuis avril et commence à se préparer et j’aimerais avoir un retour sur ce que les gens aiment ou n’aiment pas dans minix, car mon système d’exploitation lui ressemble un peu, même disposition physique du système de fichiers pour des raisons pratiques entre autres. »
Bien qu’il fût présenté comme un passe-temps, le projet qui répondait au nom de « Linux », fut rapidement soutenu par des milliers de programmeurs du monde entier, avant de devenir la pièce manquante du projet GNU. En effet, les contributeurs au projet de Stallman n’avaient pas encore terminé l’écriture du code informatique du noyau Hurd, alors qu'il était censé établir la communication entre la suite logicielle produite par GNU et le matériel informatique. C'est donc la fusion des codes produits par les projets GNU et Linux qui permit la création du premier système complet, stable et entièrement libre baptisé GNU/Linux.
Au départ de ce nouveau système informatique, de nombreuses variantes, que l’on nomme communément « distributions », furent créées par des programmeurs de tous horizons. L’une de celles-ci s’intitule Debian et tire sa réputation d'être simultanément libre, gratuite, très fiable et produite par une communauté sans lien direct avec une société commerciale. Quatre qualités qui expliquent pourquoi, Debian sert de base à plus de 150 distributions dérivées, et que de nombreuses organisations l'utilisent, comme le fait la Fondation Wikimédia sur les serveurs qui hébergent les projets qu'elle supporte.
Grâce à la naissance des logiciels libres, le mouvement Wikimédia a donc la possibilité de faire tourner ses serveurs informatiques, avec un système d’exploitation fiable, libre et gratuit. Comme son code source est ouvert, cela permet aussi à la Fondation Wikimédia de le modifier pour répondre aux besoins spécifiques du mouvement. À la suite de quoi, et selon les règles formulées par la communauté du logiciel libre, les modifications faites par la Fondation deviennent à leur tour, gratuitement et librement, utilisables par d’autres personnes ou organismes.
À ce premier héritage reçu par le mouvement Wikimédia, et toujours en provenance des logiciels libres, s’ajoute encore une innovation méthodologique. Dans son article La Cathédrale et le Bazar, Eric Raymond mobilise en effet le terme « cathédrale » pour désigner le mode de production des logiciels propriétaires, en opposition au mot « bazar », qu'il utilise pour qualifier le mode de développement des logiciels libres. D’un côté, il décrit une organisation pyramidale, rigide et statutairement hiérarchisée, comme on peut la voir souvent au sein des entreprises. Tandis que de l’autre, il parle d’une organisation horizontale, flexible et peu hiérarchisée, qu’il a lui-même expérimentée en adoptant le style de développement de Linus Torvalds, à savoir : « distribuez vite et souvent, déléguez tout ce que vous pouvez déléguer, soyez ouvert jusqu’à la promiscuité ».
À l’instar de la métaphore du quartier numérique présentée dans le précédent chapitre, cette manière de décrire les projets open source nous aide donc ici à mieux comprendre ce qui se passe dans le mouvement Wikimédia. D'un côté, on retrouve effectivement cette « ouverture jusqu’à la promiscuité », dans le libre accès accordé aux projets Wikimédia, alors que de l'autre, tout le monde peut rejoindre les projets et associations Wikimédia. Ces deux observations corroborent ainsi l’existence d’un deuxième héritage en provenance du mouvement du logiciel libre. Néanmoins, il nous reste encore à découvrir un phénomène négligé par Eric Raymond durant ses observations, et qui pourtant, a considérablement influencé l'histoire de la révolution numérique. Découvrons donc à présent, la licence libre et le mouvement de la culture libre, dont elle fut à l’origine.
'''Chapitre 3 : Les licences et la culture libres.'''
Dans une biographie autorisée, Christophe Masutti explique à quel point la création de la Licence publique générale GNU, en tant que première licence libre créée par Richard Stallman, représente un épisode majeur de la révolution numérique. Selon lui :
La GPL apparaît comme l’un des meilleurs hacks de Stallman. Elle a créé un système de propriété collective à l’intérieur même des habituels murs du copyright. Surtout, elle a mis en lumière la possibilité de traiter de façon similaire « code » juridique et code logiciel.
Le concept de distribution associé à ce nouveau type de licence fut baptisé « copyleft », par inspiration d’un jeu de mots que Richard Stallman avait trouvé dans un courrier transmis par son collègue Don Hopkins. Le principe novateur de ce concept est d'obliger toute production de code dérivé à se soumettre à la même licence libre que le code d’origine. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle beaucoup de gens parlent de licence « virale » ou « récursive » en faisant référence à celle-ci. Quant à l'importance de cette clause, elle repose sur le fait d'interdire toute privatisation d'un code informatique produit sous licence libre. Sans celle-ci, un tel code risque en effet d'être récupéré, puis modifié, avant d’être placé sous un habituel copyright de type « tous droits réservés », dans le but de commercialiser son usage.
En 2001 et dans la mouvance provoquée par l'arrivée des licences libres, une organisation internationale sans but lucratif, intitulée Creative Commons, a entamé la promotion du partage et la réutilisation de la créativité et des connaissances grâce à la fourniture d’outils juridiques gratuits. Pour ce faire, elle met régulièrement à jour une panoplie de licences inspirées par la GNU, mais spécialement adaptées aux œuvres de l'esprit, telles que les productions littéraires, musicales, photographiques et vidéo, ainsi que les bases de données.
Contrairement aux licences libres fournies par la Free Software Foundation, conçues pour protéger du code informatique, les licences fournies par Creative Commons offrent la possibilité de sélectionner de nombreuses clauses pour protéger une œuvre. Avec le label CC, pour Creative Commons, on peut ainsi appliquer, ou ne pas appliquer, la clause « BY », qui oblige à créditer l'auteur, et la clause « SA », pour Share Alike, qui ordonne le partage à l’identique comme décrit précédemment. Après quoi il est encore possible d'ajouter la clause « NC », qui impose un usage non commercial, et finalement, la clause « ND », pour Non Derivative, qui exige que l’œuvre soit utilisée ou reproduite dans son intégralité et sans modification.
Le mouvement Wikimédia a choisi la licence CC.BY-SA pour protéger les contenus publiés dans tous ses projets. Cela à l'exception de la banque de données Wikidata, qui au même titre que les descriptions apportées aux fichiers téléchargés dans la médiathèque Wikimedia Commons, publie ses informations structurées sous licence CC0. Cette dernière licence est ainsi ce qui se rapproche le plus du domaine public, avec cet avantage de ne pas devoir mentionner les auteurs dans le traitement et la réutilisation du contenu de la base de données.
Cependant, il en résulte que les informations en question peuvent être réutilisées par des tiers qui ne sont plus obligés de citer leurs sources, comme le font les agents conversationnels des intelligences artificielles génératives, appelés couramment chatbots. Contrairement à la licence CC.BY-SA, la licence CC0 est donc moins apte à pérenniser les projets Wikimédia, puisqu'elle permet d'invisibiliser ces derniers au risque de réduire les chances d'arrivée de nouveaux contributeurs et contributrices. De plus, sans la clause SA qui assure l'application du copyleft, toutes les informations récupérées au sein de Wikidata et de Wikimedia Commons sont aussi susceptibles de quitter le monde du libre.
Quoi qu’il en soit, les licences Creative Commons, inspirées par la licence libre de Richard Stallman, apparaissent finalement comme un troisième héritage en provenance du mouvement du logiciel libre et de la culture libre qui en est issue. Grâce à la licence CC BY SA, les éditeurs des projets Wikimédia bénéficient effectivement d'une certaine reconnaissance, tout en étant assurés qu'aucun copyright sur leurs travaux ne puisse exclusivement profiter à une personne ou une compagnie. De plus, la licence libre appliquée au système d'exploitation installé sur les serveurs Wikimédia, garantit elle aussi un certain respect des contributeurs, puisqu'elle permet de vérifier si le code informatique ne compromet pas leurs vies privées.
Avec tous les autres apports en provenance du logiciel libre, ce sont là deux choses importantes qui ont permis l'apparition du mouvement Wikimédia. Toutefois, cela ne pouvait pas suffire à la création du projet Wikipédia qui en fut le point de départ. Car sans un espace numérique, mondial et libre d’accès, tel qu'il fut créé par Internet et l'espace web, aucune encyclopédie collaborative de cette envergure n'aurait pu voir le jour.
'''Chapitre 4 : Le réseau Internet'''
L’histoire du réseau Internet constitue un nouvel épisode captivant de la révolution numérique, sans lequel le mouvement Wikimédia n’aurait jamais pu émerger. D’un point de vue purement technique, ce réseau informatique a été mis au point dans les années 1970, avant l’adoption généralisée du protocole TCP/IP, toujours en usage à ce jour. Ce dernier fut inventé par Vint Cerf et Robert Elliot Kahn, quand ils travaillaient pour la Defense Advanced Research Projects Agency, rattachée au département de la Défense américaine. L'une des premières présentations de leur projet fut, entre autres, réalisée lors d’une conférence organisée par l’International Network Working Group, une instance créée pour assurer la gouvernance mondiale du réseau informatique.
Sur base de ces informations, on peut penser qu’Internet a été créé par des militaires. Cependant, Une contre-histoire de l’Internet, nous révèle que les créateurs et les premiers utilisateurs d’ARPANET, considéré comme l’ancêtre d’Internet, étaient davantage des étudiants hippies et amateurs de LSD, que des militaires bien drillés. D’ailleurs, avant la standardisation du protocole TCP/IP, ARPANET fonctionnait depuis plus d’un an avec un autre protocole de transition intitulé Network Control Program. Or, celui-ci avait été mis au point, en février 1969, par le Network Working Group, un groupe informel d’étudiants rassemblés autour de Steve Crocker, lorsqu’il ne détenait encore qu’une simple licence.
Bien que rarement cité dans l’histoire d’Internet, ce groupe a pourtant mis en place la procédure RFC, pour Request For Comments, reconnue comme « l’un des symboles forts de la "culture technique" de l’Internet, marquée par l’égalitarisme, l’autogestion et la recherche collective de l’efficience ». Soit trois principes et une procédure, qui aujourd’hui encore sont appliqués sur le site Méta-Wiki, dans lequel s'organise la gestion communautaire du mouvement Wikimédia. Cela alors qu'au sein des projets pédagogiques, d’autres processus similaires de recherche de consensus ont fait leur apparition.
Il faut ensuite savoir que les liens entre ARPANET et l’armée ont disparu avec l’apparition du MILNET, un réseau entièrement dédié aux activités militaires, rebaptisé NIPRNet, pour Non-classified Internet Protocol Router Network, en 1990. Après une séparation définitive en 1983, précisément l’année où Richard Stallman postait sa demande d’aide pour le projet GNU, le réseau ARPANET resta uniquement dédié à la recherche et au développement. À cette époque, le réseau ne comprenait pas plus de 600 machines connectées, ce qui n'a donc rien de comparable avec ce vaste réseau informatique mondial que nous connaissons aujourd’hui, et qui fut fortement développé au cours des années 1990.
Pour en assurer l’entretien technique, une organisation non gouvernementale, a été créée en 1992, sous l'appellation d’Internet Society. Celle-ci devait aussi veiller au respect des valeurs fondamentales liées au bon fonctionnement du réseau. Car avant d'atteindre des milliards d’appareils connectés, il a d’abord fallu réglementer les nombreuses dorsales internet intercontinentales, sans lesquelles la transmission du protocole TCP/IP partout dans le monde n'aurait pas été possible.
Pour en revenir à l’état d’esprit des créateurs d'Internet, un article intitulé Quarante ans après : mais qui donc créa l’internet ? apporte un éclairage particulièrement intéressant au sujet des liens que l'on peut établir entre le mouvement Wikimédia et l'histoire d'Internet. Dans son témoignage, Michel Elie, cet ingénieur en informatique, membre du Network Working Group cité précédemment, et responsable de l’Observatoire des Usages de l’Internet, nous explique effectivement ceci.
Le succès de l’internet, nous le devons aux bons choix initiaux et à la dynamique qui en est résultée : la collaboration de dizaines de milliers d’étudiants, ou de bénévoles apportant leur expertise, tels par exemple ces centaines de personnes qui enrichissent continuellement des encyclopédies en ligne telles que Wikipédia.
Au courant des années 1990, le milieu informatique universitaire semblait donc toujours fortement imprégné des idéaux de la contre-culture des années 1960, produit par les baby boomers dans le contexte de la guerre du Vietnam. Afin d'illustrer les idées véhiculées à cette époque, voici un paragraphe extrait d'un ouvrage publié en 1970 et intitulé Vers une contre-culture : Réflexions sur la société technocratique et l’opposition de la jeunesse. Dans celui-ci, Théodore Roszak explique que :
Le projet essentiel de notre contre-culture : proclamer un nouveau ciel et une nouvelle terre, si vastes, si merveilleux que les prétentions démesurées de la technique soient réduites à n’occuper dans la vie humaine qu’une place inférieure et marginale. Créer et répandre une telle conception de la vie n’implique rien de moins que l’acceptation de nous ouvrir à l’imagination visionnaire. Nous devons être prêts à soutenir ce qu’affirment des personnes telles que Blake, à savoir que certains yeux ne voient pas le monde comme le voient le regard banal ou l’œil scientifique, mais le voient transformé, dans une lumière éclatante et, ce faisant, le voient tel qu’il est vraiment.
À la suite de cette lecture, il peut sembler paradoxal de penser qu’une contre-culture, voyant la technique comme « inférieure » et assimilant la science au « banal », puisse avoir un lien avec le milieu scientifique universitaire qui fut à l'origine d'Internet. Cependant, une réponse à cette énigme fut apportée par Fred Turner, par la publication de son livre intitulé : « Aux sources de l’utopie numérique : De la contre-culture à la cyberculture, Stewart Brand, un homme d’influence ».
Grâce à cet ouvrage, on découvre en effet que le mouvement Hippie utilisera tout ce qui était à sa disposition à l’époque pour parvenir à ses fins : LSD, spiritualités alternatives, mais également, objets technologiques les plus en pointe. Cela grâce notamment à l’influence de Steward Brand, le créateur d'un catalogue interactif, qui peut être considéré comme l'ancêtre analogique des groupes de discussions numériques apparus des années plus tard.
Comme autre indication, il y a ensuite les propos tenus en 1992, lors d’une plénière de la 24ᵉ réunion du groupe de travail sur l’ingénierie Internet, par David D. Clark, un autre pionnier d’Internet. Durant cette rencontre, ce chef de projet prononça des paroles restées dans les annales. « Nous récusons rois, présidents et votes. Nous croyons au consensus et aux programmes qui tournent ». Deux phrases seulement, mais qui, dans le cadre du milieu informatique, permettent de croire que le mépris de la contre-culture envers la technique et la science, s'est transformé en un refus d’autorité et une recherche de consensus.
Dans tous les cas, le développement du réseau Internet ne s'est pas fait sans conflits idéologiques importants. On peut d'ailleurs se demander aujourd'hui à quoi ressemblerait Internet s'il n'avait jamais été commercialisé. Cela s'est passé en novembre 1994, lorsque l’association sans but lucratif Advanced Network and Services, chargée de gérer les accès à Internet, a fait le choix de vendre ses activités. Cette décision faisait suite à un appel à des fonds privés pour financer d'importants changements dans l'infrastructure du réseau. Profitant de l'occasion, la société commerciale America Online a ainsi repris à son compte la gestion des connexions à Internet, après avoir effectué un versement de 35 millions de dollars.
Trente ans plus tard, Internet est devenu ce réseau que nous expérimentons aujourd'hui, à savoir : un réseau dominé par des sociétés privées les plus riches au monde. Dans ce contexte et parmi les 100 sites web les plus visités au monde, seul le nom de domaine Wikipédia appartient à une organisation non lucrative. Cela explique donc pourquoi le mouvement Wikimédia, via son encyclopédie et la fondation qui l'héberge, représente à ce jour, et dans l'espace web, l'expression la plus visible de la philosophie des pionniers d’Internet.
Plus qu'un héritage, cette situation peut être vue comme une mission perpétuée au sein d'un espace envahi par une culture marchande et capitaliste. C'est là une information importante qu'il faut retenir au sujet du mouvement Wikimédia. Elle ne clôture pas pour autant tout ce qu'il faut savoir au sujet des évènements qui ont permis la création d’une encyclopédie mondiale, libre et collaborative. Mais en revanche, elle nous invite à découvrir l'histoire du World Wide Web, un espace numérique sans lequel la création de Wikipédia n'aurait jamais été possible.
'''Chapitre 5 : Le World Wide Web'''
Maintenant que le lien entre la création d'Internet et le mouvement Wikimédia est établi, découvrons à présent l'application la plus connue du réseau, que l'on nomme le World Wide Web, ou plus simplement « Web ». C'est Tim Berners-Lee qui en fut l’inventeur, lorsqu’il était encore actif à l'Organisation européenne pour la recherche nucléaire. Il avait pour idée de créer un espace d’échange public par l’intermédiaire d'Internet, et pour y parvenir, il mit au point le logiciel « WorldWideWeb », rebaptisé Nexus pour éviter toute confusion avec le World Wide Web.
Grâce à un système d’indexation appelé hypertexte, ce programme informatique a permis de produire et de connecter des espaces numériques intitulés sites Web. Ceux-ci sont composés de pages web, hébergées sur des ordinateurs distants, mais connectés entre eux au travers du réseau Internet. Pour permettre ce type de connexion, Berners-Lee mit au point le Hypertext Transfer Protocol ou HTTP, un nouveau protocole de communication simple en soi, mais dont la mise en œuvre technique est compliquée.
Pour veiller au bon fonctionnement et au bon usage de l'espace web, des règles de standardisation ont tout d'abord été édictées par l’association Internet Society. Après quoi, Berners-Lee fonda le W3C, un consortium international dont la devise est : « un seul Web partout et pour tous ». Si ce slogan nous apparaît très naturel aujourd’hui, il faut toutefois savoir que l'espace Web a bien failli être régi séparément par des acteurs commerciaux, avec tous les droits d'accès que cela aurait pu engendrer.
À partir du trente avril 1993, jour du dépôt du logiciel WorldWideWeb dans le domaine public par Robert Cailliau, un collègue de Berners-Lee chargé de la promotion de son projet, un tel scénario était en effet possible. Sauf qu'après le départ de Berners-Lee, devenu président du W3C, François Flückiger, qui avait repris son poste au sein du CERN, eut la présence d'esprit de réagir à temps. Selon le livre Alexandria qui parcourt l'histoire de Robert Caillau, voici ce qui aurait pu se passer si le code de l’éditeur HTML n'avait finalement pas été placé sous licence libre.
La philanthropie de Robert, c’est très sympa, mais ça expose le Web à d’horribles dangers. Une entreprise pourrait s’emparer du code source, corriger un minuscule bug, s’approprier le « nouveau » logiciel et enfin faire payer une licence à ses utilisateurs. L’ogre Microsoft, par exemple, serait du genre à flairer le bon plan pour écraser son ennemi Macintosh. Les détenteurs d’un PC devraient alors débourser un certain montant pour profiter des fonctionnalités du Web copyrighté Microsoft. Les détenteurs d’un Macintosh, eux, navigueraient sur un Web de plus en plus éloigné de celui vendu par Bill Gates, d’abord gratuit peut-être, avant d’être soumis lui aussi à une licence.
Face à un tel scénario, nous découvrons de nouveau à quel point le concept de licence libre a fondamentalement changé le cours de la révolution numérique. Sans cela, nos expériences et nos usages de l'espace numérique auraient été totalement différents. L'utopie Wikipédia, par exemple, n'aurait certainement pas vu le jour, en raison de l'éclatement des espaces numériques et des coûts d'accès auxquels seraient confrontés les bénévoles qui ont construit le projet. Quoi qu'il en soit, et au niveau technique, une fois l'espace web apparu, il ne manquait plus qu'une chose pour permettre la création d'une encyclopédie collaborative au format numérique.
'''Chapitre 6 : Les plateformes Wiki'''
Un wiki, ou un moteur de wiki, est un logiciel que l'on installe sur un serveur informatique pour permettre la création d’un site web éditable et configurable à l’aide d’un simple navigateur. Plus précisément, c’est un système de gestion de contenu, dans lequel le code HTML, CSS, JavaScript et Lua, ainsi que certains paramètres, peuvent être modifiés par tous les internautes. Cela peut se faire en se connectant à un compte utilisateur, afin de bénéficier des droits de modification et d’administration qui lui sont accordés, ou en utilisant la configuration attribuée par défaut aux personnes non connectées.
Sur les pages web d'un wiki, chaque modification provoque un nouvel enregistrement complet du code source qui la compose. De la sorte, il est toujours possible, à partir d’une page reprenant l’historique des modifications, de rétablir l'une de ses anciennes versions. Grâce à ce système, on peut ainsi savoir quelle personne, ou quelle adresse IP est à l’origine d’un changement, et même voir l’endroit où la modification a été faite, et à quel moment celle-ci a été réalisée.
Le premier logiciel Wiki, qui portait le nom de WikiWikiWeb, a été créé et placé sous licence libre GPL par Ward Cunningham en mars 1995. Grâce à la licence, d’autres programmes wiki ont vu le jour en copiant ou s’inspirant du code source de WikiWikiWeb, ou des autres projets wiki qui l'avaient fait auparavant. Cette émulation récursive, qui donna naissance à toute une panoplie de projets wiki, est donc à nouveau une belle illustration des retombées positives que peut susciter l'application d'une licence libre.
Parmi les différents logiciels Wiki disponibles, UseModWiki fut choisi par la société Bomis qui finança la création du premier projet Wikipédia en anglais. C'était un choix judicieux, car l’éclatement de la bulle spéculative d’Internet, à la fin des années 2000, confrontait l'entreprise à de grosses difficultés financières. Un programme gratuit, simple d’utilisation et peu gourmand en ressources informatiques, convenait donc parfaitement dans ce cadre. UseModWiki fut par après remplacé par un autre moteur de Wiki sans nom, mais plus performant et toujours produit sous licence libre. Ce dernier fut ensuite amélioré par plusieurs programmeurs, dont Brion Vibber, le premier employé de la Fondation Wikimédia, avant d’être finalement intitulé MediaWiki.
Avec l’aide de nouveaux employés et des bénévoles actifs sur le site mediawiki.org, ce système de gestion de contenu finit par apparaitre en tête du classement des wikis les plus utilisés. Grâce à la licence libre, des milliers d'autres personnes et projets ont pu en effet développer des sites Web, sans nécessairement faire partie du mouvement Wikimédia. Ce succès a par ailleurs justifié l'organisation de rassemblements annuels entre 2016 et 2020, entre personnes et organisations qui utilisent le programme, pour discuter de son développement et de ses usages.
Ceci étant dit, il existe dans la liste des Wikis d’autres logiciels libres intéressants, tels que DokuWiki, rendu populaire par sa simplicité d’installation et d’usage. Jusqu’à ce jour cependant, seul MediaWiki semble suffisamment stable et puissant pour permettre le développement optimal de l’ensemble des projets Wikimédia. Avec parmi ceux-ci, bien sûr, Wikipédia, l'encyclopédie libre et universelle, dont nous allons enfin découvrir la mise en place dans ce prochain chapitre.
'''Chapitre 7 : L’encyclopédie libre et universelle'''
Dans les chapitres précédents, nous avons découvert toutes les innovations techniques et culturelles sans lesquelles Wikipédia n’aurait jamais pu devenir la plus grande encyclopédie libre et universelle connue au monde. Son objectif est de synthétiser la totalité du savoir humain. Ce qui n’est autre, finalement, qu’un vieux rêve de notre humanité. Trois cents ans avant Jésus-Christ et durant la création de la bibliothèque d’Alexandrie, ce désir était aussi celui de Ptolémée Iᵉʳ. C'était deux siècles avant que Denis Diderot publie, avec Jean Le Rond d'Alembert et Louis de Jaucourt en 1751, la première édition de l’Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers. Quant à Paul Otlet, qui a créé avec Henri La Fontaine la classification décimale universelle en usage depuis 1905, il s’était mis en tête de répertorier l’ensemble du savoir humain au sein d'un seul édifice.
Peu connu à ce jour, ce documentaliste belge rêvait pourtant de cataloguer le monde et de rassembler toutes les connaissances humaines, sous la forme d’un gigantesque répertoire bibliographique universel, situé à l'intérieur d'un Mundaneum. En 1934, dans le Traité de documentation écrit par celui qui voulait « classer le monde », Otlet décrit, de manière particulièrement visionnaire, un possible partage du savoir et de l’information.
Ici, la Table de Travail n’est plus chargée d’aucun livre. À leur place se dresse un écran et à portée un téléphone. Là-bas, au loin, dans un édifice immense, sont tous les livres et tous les renseignements, avec tout l’espace que requiert leur enregistrement et leur manutention…
De là, on fait apparaître sur l’écran la page à lire pour connaître la question posée par téléphone avec ou sans fil. Un écran serait double, quadruple ou décuple s’il s’agissait de multiplier les textes et les documents à confronter simultanément ; il y aurait un haut-parleur si la vue devrait être aidée par une audition. Une telle hypothèse, un Wells certes l’aimerait. Utopie aujourd’hui parce qu’elle n’existe encore nulle part, mais elle pourrait devenir la réalité de demain pourvu que se perfectionnent encore nos méthodes et notre instrumentation.
À peu de choses près, cette utopie décrite en 1934 par Otlet correspond à l'usage que l'on fait du réseau Internet et de son espace web, lorsqu'on recherche de l'information aujourd'hui. Premièrement, allumer un système informatique, avec ou sans fil, muni d'un écran ; ensuite, poser une question dans un moteur de recherche ; puis, comme cela arrive très souvent, être redirigé vers l'une des versions linguistiques de Wikipédia.
Ce scénario, dans lequel les moteurs de recherche jouent un rôle central, explique la popularité de l'encyclopédie libre. D'autres projets similaires étaient pourtant apparus sur le Web avant l'arrivée de Wikipédia. Environ trois ans avant sa création, Aaron Swartz, un activiste de la culture libre qui avait juste douze ans à l'époque, avait par exemple lancé une sorte de site encyclopédique produit et régi par ses usagers. Appelé The Info Network, ce site web avait d'ailleurs permis à son auteur de recevoir l'ArsDigita Prize, un prix décerné aux jeunes créateurs de projets « utiles, éducatifs, collaboratifs et non commerciaux ».
Il faut savoir ensuite que l'expression « encyclopédie libre et universelle » fut oubliée pour la première fois durant l'année 2000 par Richard Stallman, soit l'année qui précéda celle de la naissance de Wikipédia. C'était dans un essai intitulé The Free Universal Encyclopedia and Learning Resource, qui, selon son auteur, avait été rédigé deux ans avant sa publication sur la liste de diffusion du projet GNU. Repris ci-dessous, un extrait de ce texte, présente les particularités du projet.
Le World Wide Web a le potentiel de devenir une encyclopédie universelle couvrant tous les domaines de la connaissance et une bibliothèque complète de cours d’enseignement. Ce résultat pourrait être atteint sans effort particulier, si personne n’intervient. Mais les entreprises se mobilisent aujourd’hui pour orienter l’avenir vers une voie différente, dans laquelle elles contrôlent et limitent l’accès au matériel pédagogique, afin de soutirer de l’argent aux personnes qui veulent apprendre.
Nous ne pouvons pas empêcher les entreprises de restreindre l’information qu’elles mettent à disposition ; ce que nous pouvons faire, c’est proposer une alternative. Nous devons lancer un mouvement pour développer une encyclopédie libre universelle, tout comme le mouvement des logiciels libres nous a donné le système d’exploitation libre GNU/Linux. L’encyclopédie libre fournira une alternative aux encyclopédies restreintes que les entreprises de médias rédigeront.
En parlant d'un « mouvement pour développer une encyclopédie libre universelle », Stallman anticipait donc, sans le savoir, l'arrivée du mouvement Wikimédia, qui ne se concrétisa que bien des années plus tard. Quant à la soixantaine de paragraphes qui décrivent son projet, on y retrouve, dans une forme presque identique, les cinq principes fondateurs qui ont guidé la création de Wikipédia et qui sont toujours actifs à ce jour.
Le premier consiste bien sûr à créer une encyclopédie ; le deuxième réclame une neutralité de point de vue, chose que Stallman expliquait déjà en écrivant qu’« en cas de controverse, plusieurs points de vue seront représentés » ; le troisième implique le respect des droits d’auteur et l’adoption d'une licence libre, celle précisément dont Stallman avait été l'initiateur ; le quatrième inscrit le projet dans une démarche collaborative, alors que Stallman précisait déjà que « tout le monde est le bienvenu pour écrire des articles » ; et le cinquième enfin, stipule qu’il n’y a pas d’autres règles fixes, une position très courante dans le milieu des hackers dont Stallman faisait partie.
Il apparaît donc clairement que le projet Wikipédia n'était pas une idée originale en soi, mais plutôt une opportunité saisie par la société Bomis pour enrichir sa propre encyclopédie commerciale, Nupedia. Cette dernière avait été lancée en avril 2000, soit environ dix mois avant Wikipédia, et sa rédaction était assurée par des experts engagés au sein d’un processus éditorial strict et formel. Malheureusement pour la firme Bomis, le nombre d’articles ne progressait que très lentement.
Dans le but d'accélérer le processus, Larry Sanger, un docteur en philosophie employé par Bomis pour assurer le rôle de rédacteur en chef de Nupedia, eut l'idée d'installer un logiciel wiki sur les serveurs de son entreprise. L'objectif était d'ouvrir un site web participatif, dans lequel des volontaires pourraient créer des articles encyclopédiques, pour qu'ils soient ensuite intégrés dans le projet commercial. Malgré le manque d’enthousiasme de son employeur Jimmy Wales, Sanger mit ses idées en application, et c'est donc ainsi que débuta l’histoire de Wikipédia, avec sa toute première version en anglais.
C’était le 15 janvier 2001, précisément le même mois où Richard Stallman mit en ligne son propre projet d’encyclopédie libre et universelle, qu'il souhaitait intituler GNUPedia. Étonnamment, les noms de domaine gnupedia .com .net et .org avaient déjà été enregistrés au nom de Jimmy Wales, ce qui obligea Stallman à rebaptiser son projet GNE. Ce fait est d'autant plus surprenant que Wales affirma des années plus tard : « n’avoir eu aucune connaissance directe de l’essai de Stallman lorsqu’il s’est lancé dans son projet d’encyclopédie ».
Le site GNE ne ressemblait cependant pas vraiment à une encyclopédie, mais plutôt à un blog collectif ou une base de connaissance, tandis que sa page d’accueil précisait clairement qu’il s’agissait d’une bibliothèque d’opinion. Quant à sa modération, elle avait demandé d'engager un employé, car elle s'est avérée bien plus compliquée que prévu. À côté de cela, et probablement grâce aux spécificités de l’environnement wiki et aux soutiens apportés par Jimmy Wales et Larry Sanger, Wikipédia réussit à mettre en place une organisation efficace au sein d'une communauté d'éditeurs grandissante.
Peut-être en raison de la concurrence libre faite par le projet GNE, Jimmy Wales décida d'abandonner le copyright que Bomis détenait sur son encyclopédie commerciale Nupedia, pour le remplacer par une licence Nupedia Open Content. Peu de temps après, il décida finalement d'adopter la licence de documentation libre GNU conçue pour protéger les textes de documentation des logiciels libres. Ce dernier choix fut une stratégie payante, puisque cela incita Richard Stallman à transférer tout le contenu de son projet GNE vers Nupedia, et à encourager tout le monde à contribuer sur Wikipédia.
Parmi les autres actions de Jimmy Wales qui ont contribué au succès de Wikipédia, il y eut cette idée d'ouvrir le projet aux « gens ordinaires ». C’était un choix qui s’opposait aux idéaux de Larry Sanger, qui de loin préférait le modèle de Nupedia avec son système de relecture par des experts. Cependant, Jimmy Wales, en tant qu'homme d’affaires, visait une croissance plus rapide du contenu de l'encyclopédie.
Cette croissance ne s'est toutefois pas faite sans difficulté. Le 26 février 2002, en effet, l'Enciclopedia Libre Universal en Español, un projet dissident du projet Wikipédia, fit son apparition. C'était une réaction à de la censure, à l'existence d'une ligne éditoriale et à la possibilité de voir apparaitre des publicités dans Wikipédia. En raison des remises en question que cette séparation suscitait parmi les bénévoles actifs dans les projets, Jimmy Wales renonça finalement à l'usage de la publicité et mit de côté ses visions en matière de profit.
Il faut aussi tenir compte du fait que cet évènement est survenu lors de l'éclatement de la bulle spéculative Internet et du krach boursier de 2001-2002. Une conjoncture qui plaçait la société Bomis dans des difficultés financières, et surtout, dans l'incapacité de payer le salaire de Larry Sanger, son seul employé. En mars 2002 et après un mois d’activité bénévole, l’ex-employé décida alors de quitter les fonctions, qu'il occupait depuis un peu plus d'un an, dans Nupedia et Wikipédia. Avec le seul soutien de Jimmy Wales, les deux encyclopédies purent toutefois poursuivre leurs développements, toujours avec le concours d'experts dans Nupedia et d'une communauté bénévole au niveau de Wikipédia. Néanmoins, en septembre 2003 et vu l'écart qui se creusait entre les deux projets, l'encyclopédie Nupedia fut fermée et ses quelques dizaines d'articles transférées vers les milliers d'autres que comprenait déjà le projet Wikipédia.
Trois ans plus tard, Larry Sanger n’avait pas dit son dernier mot. En septembre 2006, il décida en effet de lancer sur fonds propres une encyclopédie intitulée Citizendium. Cette plateforme écrite en anglais uniquement et toujours active à ce jour, repose sur un système d’expertise, dans lequel les contributrices et les contributeurs doivent déclarer leur identité réelle. En avril 2026 cependant, Citizendium reprenait moins de 2000 articles, tout avancement confondu, tandis que le projet Wikipédia en anglais en regroupait déjà plus de 7 millions.
Voici donc comment est née la plus grande encyclopédie au monde, dont la taille et la visibilité n'avaient jamais été égalées auparavant. Une encyclopédie qui, de plus, s'est rapidement déclinée en de nombreuses versions linguistiques, à l'instar de sa version francophone, lancée moins de quatre mois après le projet original en anglais. Toutes ces versions ont formé les premières bases d’une organisation mondiale, bientôt chapeautée par une fondation. Avant cela, d'autres projets pédagogiques et collaboratifs ont vu le jour au côté de Wikipédia. Intitulés « projets frères », ceux-ci se constituent à leur tour, en de nombreuses versions linguistiques, tout en poursuivant le processus de création du mouvement Wikimédia.
'''Chapitre 8 : L'arrivée des projets frères'''
Dans le but de développer des contenus pédagogiques qui ne trouvaient pas leur place dans Wikipédia, d’autres projets pédagogiques et collaboratifs ont vu le jour, pour former ce que l'on appelle couramment aujourd'hui : l’écosystème Wikimedia. La naissance de tous ces projets, ainsi que les évènements importants qui ont contribué au développement du mouvement, ont été repris dans une ligne du temps réalisée par Guillaume Paumier, à l’occasion du dixième anniversaire de Wikipédia. Grâce à ce graphique, on peut voir en détail l'évolution du nombre de projets, de versions linguistiques, de contributeurs et d'articles, et se faire ainsi une idée sur la vitesse à laquelle s'est développé le mouvement Wikimédia.
Parmi tous les projets frères de Wikipédia, le premier à apparaître fut Méta-Wiki, une plateforme de référence pour centraliser la gestion de l'ensemble des sites web hébergés par la fondation Wikimédia. Dans un premier temps, cet espace communautaire en ligne a répondu à la nécessité de traiter en un seul lieu les questions communes aux différentes versions linguistiques de Wikipédia. Aujourd'hui, le site web est le principal endroit de coordination et de gestion de l'ensemble du mouvement Wikimédia. On y retrouve énormément d'informations au sujet des projets en ligne, et peut-être plus encore, concernant la Fondation et les organismes affiliés.
Après Méta-Wiki, sept autres projets de partage de la connaissance ont fait leur apparition, avant d'être déclinés à leur tour en plusieurs versions linguistiques. Tous ces projets émergent en général sur l’initiative d’un petit groupe de personnes actives au sein d’un projet préexistant. Ce fut le cas du projet Wiktionnaire en anglais, le deuxième projet à voir le jour après Méta-Wiki, en décembre 2002, soit deux ans avant la version francophone apparue en mars 2004.
Il est intéressant d'observer que la version francophone du Wiktionnaire n’a pas été créée à partir du projet anglophone, mais bien depuis le projet Wikipédia en français. D'ailleurs, on peut retrouver dans les archives de ce dernier projet, un débat concernant la pertinence de cette création, dont voici un extrait.
En fait, ce qui me peine vraiment avec le projet Wiktionary, c’est que alors qu’on essaie de rassembler les gens (pas facile) pour créer une sorte de tour de Babel de la connaissance (tâche bien longue et difficile), ce nouveau projet va disperser les énergies pour une raison qui ne me semble pas valable. C’est la création de Wiktionary qui va créer des redondances. À mon avis il existera rapidement des pages sur le même mot, mais ne contenant pas les mêmes informations. Pour quelle raison ces connaissances devraient-elles être séparées ? Les encyclopédies sur papier devaient faire des choix à cause du manque de place, mais nous, pourquoi le ferions-nous ??? "Wikipédia n’est pas un dictionnaire" n’est pas un argument à mon avis... si vraiment c’était pas un dictionnaire, il faudrait virer tout un tas d’article. Je ne comprends vraiment pas cette volonté de séparer la connaissance entre ce qui est "encyclopédique" et ce qui n’est "qu’une définition".
[Réponse]
Pour moi ce qu’est Wiktionary, c’est une partie de Wikipédia s’intéressant plus particulièrement aux aspects linguistiques des mots. La différence que je verrais entre la partie dictionnaire de Wikipédia et sa partie dite encyclopédique, c’est que la partie dictionnaire s’intéresserait au sens des mots eux-mêmes alors que la partie encyclopédie s’attache plus à faire ressortir un état des connaissances à un moment donné. Le pourquoi de la séparation d’avec la partie encyclopédie tient plus à des raisons techniques qu’à une volonté de monter un projet indépendant, en effet, à mon humble avis, un dictionnaire nécessite une plus grande rigueur (de présentation) qu’une encyclopédie. Ceci entraîne beaucoup de problème et entre autres le choix de la mise en forme des articles du dictionnaire.
Créer un nouveau projet, c’est effectivement créer un nouveau site web, qui devra faire l’objet d’une nouvelle gestion, tant pour les serveurs de la Fondation, que pour la nouvelle communauté de contributeurs. L’importation de pages d’un projet à l'autre ou la traduction de celles-ci sont bien sûr toujours possibles, mais cela duplique alors aussi la maintenance et les mises à jour. Le choix de scinder un projet, en faveur d’une plus grande liberté, comporte donc certains coûts humains et financiers.
Ce prix à payer n'a pour autant pas empêché le projet anglophone Wikibooks de faire son apparition le 10 juin 2003, soit près d’un an avant Wikilivres, la version francophone du projet, apparue le 22 juillet 2004. Cette dernière création avait de nouveau été débattue au sein de la communauté Wikipédia en français, et non pas dans le Wikibooks en anglais. Quant à l'objectif commun aux deux projets linguistiques, il était de créer une « bibliothèque de livres pédagogiques libres que chacun peut améliorer ».
Environ un an après la création du projet en anglais, un nouvel espace de noms intitulé Wikijunior fut mis en place au sein de la bibliothèque en ligne. Ce sous-projet avait été créé pour répondre à un financement de la fondation Beck, qui cherchait à promouvoir la production de nouvelles littératures pour des enfants de huit à onze ans. Peu de temps après, cette tranche d’âge fut toutefois élargie de zéro à douze ans au niveau du projet francophone, quand le sous-projet y fut adopté.
Ces deux évènements témoignent ainsi qu'il est toujours possible qu'un sous-projet apparaisse dans un projet Wikimédia. Comme autre exemple, il y a aussi le WikiJournal, un sous-projet développé au sein du projet Wikiversité en anglais et qui reçut le prix de l’Open Publishing Awards en 2019. Une demande fut faite pour qu'il puisse bénéficier d'un nouveau site web dans le but de pouvoir se développer en dehors de Wikiversité. Malheureusement pour les initiateurs, la demande est restée sans suite jusqu'à ce jour, après que le conseil d’administration de la Fondation, chargé de répondre à leur demande, considéra que le projet n’était pas suffisamment abouti.
Il faut savoir qu'avant cela, le projet Wikiversité, dans lequel est né Wikijournal, avait lui-même été un sous-projet du projet Wikibook. Initialement, il visait à « créer une communauté de personnes qui se soutiennent mutuellement dans leurs efforts éducatifs ». Cependant, en août 2005, une longue discussion remit en question l’existence du sous-projet Wikiversité dans Wikibooks. Au terme de celle-ci, la décision fut prise de transférer Wikiversité et son contenu sur le site Méta-Wiki, là où de nouvelles discussions ont abouti à l’idée de faire de Wikiversité un nouveau projet indépendant.
Déjà à l'époque, le conseil d’administration de la Fondation Wikimédia se montrait réticent à l'ouverture de nouveaux projets, et sa réaction fut de demander l'ouverture d'un sondage au sein de la communauté. Celui-ci devait rassembler une majorité des deux tiers en faveur de l'ouverture du nouveau site web. Un résultat qui fut finalement obtenu, mais pas sans de longs débats, dont voici un extrait.
La principale raison pour laquelle la Fondation Wikimédia ne veut pas "lâcher le morceau" est une simple question de bureaucratie et la crainte que le projet ne devienne une autre Wikispecies [un projet de répertoire du vivant]. Wikispecies est une idée cool, mais les "fondateurs" du projet se sont dégonflés à mi-chemin de la mise en place du contenu et ont décidé de faire une révision majeure qui a pris plus de temps que ce que tout le monde était prêt à mettre.
Le même problème s’applique à Wikiversity en ce qui concerne la Fondation, parce que les objectifs et les buts de ce projet ne sont pas clairement définis, et il semble que les participants essaient de mordre plus qu’ils ne peuvent mâcher en proposant une université de recherche multi-collèges entière (avec un statut de recherche et une accréditation) à former de toutes pièces plutôt qu’un simple centre d’éducation pour adultes avec quelques classes.
En novembre 2005 et malgré les résultats du sondage, l'indépendance du projet Wikiversité ne fut toutefois pas acceptée par cinq membres du conseil. Ceux-ci réclamaient une « réécriture de la proposition pour en exclure la remise de titre de compétence, la conduite de cours en ligne, et de clarifier le concept de plate-forme e-learning ». Quand ces rectifications furent faites, le projet bénéficia d'une période d’essai de plusieurs mois, jusqu'à ce que les amendements apportés au projet de départ soient enfin acceptés, le 31 juillet 2006. Ce long temps d'attente était justifié par la création du special projects committee, qui, jusqu'en décembre 2021, fut chargé de soulager le conseil d’administration de la fondation, par rapport aux demandes de création de nouveaux projets Wikimédia.
Un nouveau site, nommé Beta-Wikiversity, fut ainsi créé pour assister le lancement des différentes versions linguistiques de Wikiversité. Durant six mois, son premier objectif a d'abord été l'élaboration des lignes directrices concernant la potentialité de produire des recherches collaboratives au sein du projet. Par la suite, chaque nouvelle version linguistique, développée dans le projet Beta, devait avoir plus de 10 modifications par mois, réalisées par au moins trois personnes distinctes, avant de pouvoir bénéficier de son propre site web.
À l'image de Beta-Wikiversity, le projet Wikisource possède lui aussi un site indépendant pour lancer ces nouvelles déclinaisons linguistiques. Tandis que pour tous les autres projets pédagogiques, ce lancement s'effectue sur la plateforme Wikimedia Incubator, créée à la même époque que Beta-Wikiversity. Ces trois plateformes de lancement ne concernent pas les nouveaux projets, qui doivent faire l'objet d'une acceptation par le conseil d'administration de la Fondation Wikimédia, et qui peuvent avoir pour origines des processus de création divers.
Le projet Wikivoyage, par exemple, fut initialement créé en 2003 dans un Wiki extérieur au mouvement Wikimédia, là où il portait le nom de Wikitravel. Comme cela arrive parfois, ce projet sans but lucratif fut acheté par une entreprise commerciale en 2006. Mais en raison du changement de gouvernance et de l'apparition de publicités, une scission est apparue au sein de la communauté d’éditeurs. Les personnes désireuses de quitter Wikitravel lancèrent alors un nouveau site appelé Wikivoyage, qui reçut en 2007, le Webby Award du meilleur guide de voyage Internet.
L'intégration de Wikivoyage dans l'écosystème Wikimédia n'a cependant été faite qu'en 2012, à la suite d'un appel à commentaires durant lequel 540 personnes furent en faveur de l’intégration du projet, 153 contre, pendant que 6 restèrent sans avis. Comme cette nouvelle déclencha une migration importante depuis Wikitravel vers Wikivoyage, une plainte fut déposée par la société commerciale en charge du premier projet. Celle-ci fut toutefois rejetée et le projet Wikivoyage continua à prendre de l’ampleur au sein du mouvement Wikimédia, avec la création de nouvelles versions linguistiques.
Le cas de Wikivoyage apparait toutefois comme une exception, car en général les nouveaux projets émergent des centaines de candidatures déposées sur le projet Méta-Wiki. Celles-ci se soldent bien souvent par un refus, comme ce fut le cas pour le projet WikiLang dont le but était de lancer un laboratoire linguistique. Quelques rares projets ont pourtant la chance d'être élus. Ce fut notamment le cas en octobre 2012, avec le lancement de la base de données structurée et sémantique Wikidata et de ses extensions Wikibase, ou plus récemment, en 2020, avec l'arrivée du projet Abstract Wikipedia et Wikifunctions.
Sans vouloir entrer dans les détails, il est intéressant de savoir que l'interconnexion entre ces trois projets permet de traduire automatiquement des articles encyclopédiques dans tous les langages naturels pris en charge par le mouvement Wikimédia. Plus précisément, les phrases des articles publiées sur Abstract Wikipédia, sont formulées par des fonctions informatiques produites dans le projet Wikifunctions, dans le but de traiter les informations de la base de données sémantique Wikidata. Autrement dit, un article dans Abstract Wikipédia ne possède qu'une seule page pour toutes les langues, pareillement aux pages d'entités de Wikidata, qui ont pour titre une lettre suivie d'un chiffre.
À la suite de ces explications, on observe donc que ce n'est pas la complexité qui détermine le refus projet, mais plutôt une série de critères comparables à ceux retenus pour supprimer des projets ou versions linguistiques déjà existants. À ce propos, il existe sur Méta-Wiki une liste mise à jour des différents sites hébergés par la Fondation Wikimédia dont l'existence est remise en cause. Dans celle-ci, on retrouve essentiellement des versions linguistiques de projets qui n’ont pas réussi à poursuivre leurs développements, bien qu'un projet entier soit toujours susceptible d'être mis à l'arrêt. C'est d'ailleurs ce qui est arrivé aux 31 versions linguistiques du projet Wikinews, qui, en date du 4 mai 2026, soit 22 ans après le lancement du site anglophone, sont accessibles en mode lecture uniquement.
Dans le cas de Wikinews, ce fut le manque d'activité qui apparut comme principale justification de la suspension du projet. Cependant, d'autres raisons pourraient être invoquées, comme le prouve cet épisode de 2005, où, peu de temps après son lancement, la version francophone du recueil de citations Wikiquote a bien risqué de disparaitre. Le projet fut effectivement accusé d’avoir récupéré le contenu d’une base de données soumise à un droit d’auteur, incompatible avec la licence Creative Commons appliquée sur l’ensemble des projets pédagogiques Wikimédia. Lorsqu'une plainte fut adressée à l’association Wikimédia France, pour être ensuite relayée sur le site Méta-Wiki, il fut bien question de fermer le projet. Après de longues discussions, celui-ci fut maintenu, mais avec pour conditions de repartir de zéro, et d’établir une charte pour garantir la traçabilité des citations reprises par le projet.
Voici donc de quoi se faire une idée sur la manière dont les projets pédagogiques et leurs déclinaisons linguistiques apparaissent et disparaissent au sein du mouvement. Les exemples repris ci-dessus suffisent effectivement pour comprendre les principes généraux qui sous-tendent leurs créations. En dehors de Méta-Wiki, Wikidata, Wikifunctions, Abstract Wikipédia et Wikimedia Commons, qui ne sont pas des projets de contenu pédagogique à proprement parler, tous les autres projets semblent effectivement provenir d’un désir de spécialisation d’un projet préexistant.
L'idée est généralement débattue dans un projet de même langue, avant de relayer la discussion vers le site Méta-Wiki. Si le projet y est jugé pertinent, il fait alors l'objet d'une candidature qui doit actuellement être soumise au groupe de travail des projets frères du comité des affaires communautaires de la Fondation Wikimédia. Quant aux nouvelles versions linguistiques, elles doivent être aujourd'hui soumises à l'approbation du comité des langues, avant d'être testées sur les plateformes Incubator, Beta-Wikiversité ou Wikisource Multilingue, dans le but de bénéficier d’un site web indépendant.
Après ces explications concernant les projets frères et leurs variations linguistiques, il nous reste encore à parler des sites qui ont un lien avec le mot Wiki, soit par leur nom, soit par le logiciel utilisé. En 2024 effectivement, plus de 22 600 d'entre eux étaient répertoriés, dont plus de 95 % sans aucun lien avec le mouvement Wikimédia, en dehors du fait, peut-être, qu’ils utilisaient le logiciel MediaWiki développé par la Fondation Wikimédia.
WikiLeaks par exemple, créé par Julian Assange dans le but de publier des documents classifiés provenant de sources anonymes, n’est ni un projet Wikimédia, ni un site collaboratif. Quant au recueil universel et multilingue de guides illustrés WikiHow, si celui-ci fonctionne pour sa part de manière collaborative et avec le logiciel MediaWiki, il n'a pourtant aucun lien avec le mouvement Wikimédia. D'ailleurs, son ergonomie, radicalement différente de celle des projets Wikimédia, permet de le comprendre au premier coup d’œil.
En revanche, Wikimini, l'encyclopédie libre pour les enfants, a une apparence tout à fait comparable à celle des projets Wikimédia, alors que le projet n’a jamais été accepté par la Fondation. Quant aux projets WikiTribune et Fandom, l'ambiguïté qu'ils entretiennent avec le mouvement est d'autant plus grande qu'ils ont été créés par Jimmy Wales, le fondateur de Wikipédia et de la Fondation Wikimédia. Cependant, comme ce sont des projets commerciaux, ils ne peuvent en aucun cas être soutenus par une fondation sans but lucratif.
Au terme de cette présentation, il ne reste plus qu'à signaler que le mouvement Wikimédia ne fut conscientisé que tardivement par rapport à l'apparition des projets Wikimédia et de leurs différentes versions linguistiques. Pour qu'un sentiment de collectivité se manifeste entre tous ceux-ci, il fallut certainement attendre qu'une coordination se développe sur la plateforme Méta-Wiki, mais également que de nombreuses rencontres et associations apparaissent en dehors de l'espace numérique. En ce sens, la naissance du mouvement ne fut pas un événement ponctuel, mais plutôt la réalisation d’un long processus de conscientisation.
'''Chapitre 9 : La conscientisation du mouvement'''
Avant d'aborder la question de la conscientisation du mouvement, il peut être intéressant de découvrir l'origine étymologique du mot « Wikimédia ». Celui-ci est un mot-valise composé du suffixe « média » et du préfixe « wiki » que l’on doit à cette expression hawaïenne « wiki wiki », qui se traduit en français par l'expression : « vite, vite ». Celle-ci fut récupérée une première fois par Ward Cunningham, le créateur du premier moteur Wiki, avant d'être réutilisée dans les noms inventés pour d'autres logiciels de cette même famille. UseModWiki en est un bel exemple, puisqu'il fut le premier programme utilisé par la firme Bomis pour héberger son projet d’encyclopédie collaborative. Raison pour laquelle, sans doute, le terme « wiki » fut utilisé pour créer le mot Wikipédia, en l'associant au suffixe « pedia » qui fait référence au mot anglais encyclopedia, selon un principe qui fut ensuite repris pour tous les autres projets du mouvement.
Le mot Wikimédia, pour sa part, n’est apparu que le seize mars 2003, lors d’une discussion concernant la déclinaison possible de l’encyclopédie en d’autres types de projets éditoriaux participatifs. Durant celle-ci, l’écrivain américain Sheldon Rampton eut l’idée d’associer au terme wiki à celui de « média », afin de mettre en évidence la variété des médias produits et partagés par Wikipédia et ses projets frères. Toutefois, c'est seulement en juin 2008 que Florence Devouard, présidente de la Fondation à cette époque, associe le mot Wikimédia à un mouvement social qu’elle voyait apparaître au sein des projets Wikimédia et de leurs communautés d'usagers.
Affirmer pour autant que ce moment précis coïncide avec la naissance du mouvement Wikimédia serait quelque peu arbitraire. Car si l’on peut déterminer plus ou moins facilement l’apparition d’une expression dans des archives, tout le monde sait qu’un mouvement social ne se forme pas en un seul instant. Dans le contexte du mouvement Wikimédia, sa naissance est bien sûr liée à celle du projet Wikipédia, mais également à tout ce qui permit la création de cette encyclopédie libre. Dans une autre perspective encore, on peut dater l'apparition du mouvement Wikimédia au 20 juin 2003, date de la création de la fondation qui porte le même nom. Ou pourquoi pas, associer la création du mouvement à la mise en ligne de la plate-forme Méta-Wiki, qui en représente le principal lieu de coordination.
Toujours est-il que l’expression « Wikimedia movement » est bien apparue en juin 2008, sous la plume de Florence Devouard. Cela s'est passé sur la liste de diffusion de la Fondation et peu de temps avant qu'elle quitte son poste de présidente. Dans son message, elle partageait l'idée de placer sous le nom de domaine Wikimedia.org un site vitrine de présentation du mouvement Wikimédia qu'elle concevait de la sorte.
Le mouvement Wikimédia, comme je l’entends est
– une collection de valeurs partagées par les individus (liberté d’expression, connaissance pour tous, partage communautaire, etc.)
– un ensemble d’activités (conférences, ateliers, wikiacadémies, etc.)
– un ensemble d’organisations (Wikimedia Foundation, Wikimedia Allemagne, Wikimedia Taïwan, etc.), ainsi que quelques électrons libres (individus sans chapitres) et des organisations aux vues similaires.
Avec autant de détails et d'explications, un tel message ne pouvait qu'accélérer la prise de conscience au sein du mouvement. Dans tous les cas, il mettait en évidence que les personnes actives dans les projets éditoriaux en ligne ou dans les organismes affiliés, faisaient partie de ce que Ralf Dahrendorf appelle un « quasi-groupe ». Ou autrement dit, un ensemble d’individus qui ont un mode de vie semblable, une culture commune, mais dont les points communs ne gravitent pas autour d’une prise de conscience de leur position commune dans la relation d’autorité.
Après la naissance de Wikipédia et de nombreux projets frères, une dizaine d’années a donc été nécessaire pour que le mouvement Wikimédia prenne conscience de son existence. Aujourd’hui encore, et comme cela a déjà été vu, de nombreuses personnes actives dans les projets pédagogiques ne réalisent toujours pas qu’elles participent aux activités d’un mouvement social. Cela, contrairement aux personnes investies dans les activités en présentiel organisées au sein du mouvement, qui sont généralement plus conscientes de leur engagement. C’est là une raison de croire que le développement de la Fondation Wikimédia et de ses organismes affiliés a joué un rôle important dans l'apparition d'un sentiment d’appartenance.
'''Chapitre 10 : La création des organismes affiliés'''
Si c’est grâce à l’arrivée des groupes et des organismes affiliés à la Fondation Wikimédia que l’idée du mouvement est probablement apparue, il est alors intéressant d'en décrire les processus de création. Mais puisque cela représente plusieurs centaines d’instances spécifiques, regroupées en plusieurs catégories détaillées en seconde partie d'ouvrage, aborder ici l’histoire de chacune d’entre elles serait une entreprise beaucoup trop fastidieuse.
De plus, s’il existe énormément d’archives numériques concernant la naissance des sites Wikimédia, ce n’est pas le cas pour ces organismes affiliés. Un bon nombre de ceux-ci se sont effectivement formés durant des rencontres ou des réunions hors ligne qui n'ont fait l’objet d’aucun enregistrement. Du reste, une bonne part des échanges effectués au sein de ces associations s'organise par des canaux de communication privés auxquels seuls les membres actifs ont accès.
Puisque je suis l'un des membres fondateurs, je me limiterai donc ici à parler de l’association Wikimédia Belgique. Celle-ci fut fondée le huit octobre 2014 en tant qu’association sans but lucratif, avant d'être reconnue le six août 2015 par le conseil d’administration de la Fondation Wikimédia. Après plus de trois ans d’activités et de rencontres et sous l’impulsion de Maarten Deneckere qui assuma le premier mandat de présidence, nous étions 8 personnes à signer la première version des statuts de l’association.
Jusqu’à ce jour, l’objet social de Wikimedia Belgique est d' « impliquer tout un chacun dans la connaissance libre ». Contrairement à l'association Wikimédia Deutchland, la première à voir le jour en 2004 et qui rassemblait déjà en 2021 plus de 85 000 membres et près de 150 employés, l’association belge n'a qu'une seule employée à temps partiel et 150 membres en 2025.
Avant d’être reconnues par le comité d’affiliations chargé de seconder le conseil d’administration de la Fondation, toutes les associations nationales, dites « chapters » en anglais, et toutes les autres organisations affiliées doivent réaliser de nombreuses démarches. Celles-ci consistent à répondre à un ensemble de prérequis qui ont évolué suite à la création d'un comité décisionnel en avril 2006. Ces obligations diffèrent entre les groupes d’utilisateurs et d'utilisatrices et les associations locales ou thématiques. Parmi ceux-ci, on retrouve toutefois : un nombre minimum de membres et de référents, une mission et un règlement d’ordre intérieur conformes aux attentes du mouvement, la remise de plans et de rapports d’activités annuels, etc.
On comprend donc qu’il n’est pas évident de créer une nouvelle instance au sein du mouvement. Pour bénéficier du soutien logistique et financier de la Fondation réservé aux organismes affiliés, c’est ainsi toute une série de rapports qu’il faut alors transmettre à divers comités et commissions chargés de leurs évaluations. Cela représente une quantité de tâches administratives qu’il n’est pas toujours facile d’assumer, surtout lorsque les membres de l’organisme affilié sont tous des bénévoles. D’où sans doute cette régulière disparition d’affiliations, pendant que d’autres se créent ou réapparaissent en fonction des énergies et du dynamisme disponibles dans les équipes.
Les activités liées à la récolte et à la redistribution des dons offerts au mouvement, ainsi que les autorisations d’usage de marques déposées, contrastent donc avec les valeurs de libre partage et d’autonomie décrites dans les projets pédagogiques. Cela semble confirmer que la partie hors ligne du mouvement est plus influencée par les habitudes d’un système économique dominant, contrairement à la partie en ligne qui semble plus fidèle à l’héritage de la contre-culture.
'''Chapitre 11 : L'héritage d'une contre-culture'''
Au terme de cette première partie d’ouvrage, il devient évident que la révolution numérique, que l’on considère généralement comme une révolution technique, fut aussi, et peut-être avant tout, une révolution sociale et culturelle. Quant à l'histoire de Wikimédia, reprise ici depuis les origines de son encyclopédie jusqu'à l'apparition de ses organismes affiliés, elle nous fit découvrir comment les idées de la contre-culture des années 1960 furent transmises au mouvement.
En cas de doute, observons encore que Richard Stallman, celui qui a créé les concepts de licence et d'encyclopédie libre, fut désigné par certains comme le gourou de la contre-culture hacker et le père du système d’exploitation hippie. Une culture hippie, dont il est aussi troublant de constater que le renversement de son logo ressemble étrangement à celui du mouvement Wikimédia.
Incontestablement et au travers du mouvement des logiciels libres, le mouvement Wikimédia a donc bien hérité des valeurs produites par les mouvements sociaux des années 1960. Des valeurs qui aujourd'hui contrastent fortement avec la marchandisation et la capitalisation du monde, dont l'espace web ne fait jamais que refléter ce qui se passe dans le reste de la société humaine. Or, ce phénomène ne date pas d'hier. En 2008 déjà, André Gorz, ce philosophe parmi les pères de la décroissance et théoricien de l’écologie politique, constatait déjà que :
La lutte engagée entre les "logiciels propriétaires" et les "logiciels libres" [...] a été le coup d’envoi du conflit central de l’époque. Il s’étend et se prolonge dans la lutte contre la marchandisation de richesses premières – la terre, les semences, le génome, les biens culturels, les savoirs et compétences communs, constitutifs de la culture du quotidien et qui sont les préalables de l’existence d’une société. De la tournure que prendra cette lutte dépend la forme civilisée ou barbare que prendra la sortie du capitalisme.
Dans cette lutte et avec le seul nom de domaine non commercial parmi le top 100 des sites les plus fréquentés du Web, la galaxie Wikimédia apparait donc comme un des derniers lieux numériques de liberté, de partage et d'égalité. Un lieu qui, de plus, est connu mondialement, grâce au succès des plus de 350 déclinaisons linguistiques de Wikipédia, et sans pour autant récolter d'informations sur l’identité et le comportement des internautes. Cela alors que cette pratique est considérée, par certains, comme un « nouvel or noir » pompé du Web, pendant que d’autres préfèrent parler de « capitalisme 3.0 » ou de « capitalisme de surveillance » .
Évidemment, les enjeux de cette lutte sont difficiles à comprendre. La complexité de l’infrastructure informatique, mais également le fait que tout cela s'inscrit dans une révolution que Rémy Rieffel décrit comme « instable et ambivalente, simultanément porteuse de promesse, et lourde de menaces », ne facilitent pas les choses. Cela d'autant plus que tout cela se place « dans un contexte où s’affrontent des valeurs d’émancipation, et d’ouverture d’un côté et des stratégies de contrôle et de domination de l’autre » .
En fait d’ambivalence, il est surprenant d'apprendre, par exemple, que Jimmy Wales, fondateur de Wikipédia et de la fondation Wikimédia, est un adepte de l’objectivisme, alors que cette philosophie voit le capitalisme comme un idéal de société et l’égoïsme rationnel, comme une morale. Puis, concernant l'instabilité du numérique, il y a ces appels répétés de Tim Berners-Lee au sujet de la « redécentralisation » et de la « régulation » d'un espace web qu'il avait conçu dans un esprit tout à fait opposé. Quant aux pionniers d'Internet, ils n'ont probablement pas imaginé que leur création permettrait un jour, à des milliards d’objets connectés, de rapporter, rien qu'en France et en 2021, plus de 2,6 milliards d’euros.
Quant à la question du contrôle et au-delà de ce qui est opéré par les firmes commerciales, c'est bien sûr du côté des États qu'il faut porter son attention. Face à un mouvement qui veut s’émanciper des contrôles, par moins de 18 pays ont déjà censuré Wikipédia et parfois même l'ensemble des projets frères. Ce fut le cas par exemple pour la Turquie, la Russie, l'Iran, mais également le Royaume-Uni, la France et l'Allemagne, et c'est même le cas de manière permanente en Chine, depuis 2004.
Dans certains cas, des procédures juridiques ont été utilisées pour intimider les membres du mouvement. C'est arrivé en France lorsque le directeur de l'association Wikimédia fut menacé de poursuites pénales par la Direction Centrale du Renseignement Intérieur, après un refus de supprimer un article qui traitait d’une station militaire dans Wikipédia. Par chance, ce qui s'est passé en France ne dépassa pas le stade de l'intimidation. En Biélorussie cependant, Mark Bernstein, un contributeur aux projets Wikimédia, fut condamné à quinze jours de prison ferme, assortis de trois ans d’assignation à résidence, pour des propos tenus au sujet de la guerre en Ukraine. Cela sans oublier qu'actuellement, ce sont les conservateurs à la tête des États-Unis qui « veulent la peau de Wikipédia » en cherchant à obtenir l'identité réelle de certains contributeurs.
Le contrôle et le non-respect de la vie privée font ainsi appel à la figure emblématique du lanceur ou de la lanceuse d'alerte, dont la posture contestataire fait penser à celle des personnes actives dans la contre-culture des années 1960. Parmi ceux-ci, on dit de Julian Assange, Edward Snowden et Chelsea Manning, qu'ils « ont perdu leur liberté pour défendre la nôtre ». De manière similaire, on pourrait donc aussi dire que les Wikimédiens Aaron Swartz, Bassel Khartabil, Pavel Pernikov, Ihor Kostenko et Mark Bernstein, se sont sacrifiés pour la liberté, le partage et la vérité.
Dans Wikimédia et comme ce fut expliqué dans l'introduction de cet ouvrage, une alerte peut prendre la forme d'un appel à commentaires en réaction à une décision ou une situation observée au sein du mouvement. C'est même là une pratique institutionnalisée, qui fait l'objet d'une procédure d'accompagnement et de suivi. Toutes ces alertes concernent les dérives de certains projets, mais également de certaines associations dont la proximité avec le système économique n'aide pas au respect des pratiques et des valeurs développées en ligne.
Dans ce qui apparait aux yeux de certains comme un « bazar libertaire », les choix et règles édictés dans la sphère hors ligne du mouvement ne plaisent pas toujours aux membres des communautés en ligne. Ce qui n'empêche toutefois pas les projets éditoriaux d'avoir leurs propres règles et des recommandations, ni de voir apparaitre, en 2020 et dans l'ensemble du mouvement, un code de conduite universel, qui détermine le « référentiel minimum des comportements acceptables et inacceptables ».
L'idéologie transmise à Wikimédia, décrite en partie par Steven Levy dans son ouvrage L’Éthique des hackers est donc plus subtile qu'un simple refus d'autorité. Dans un esprit de partage, d'ouverture, de transparence, de liberté, d'égalité et d'autonomie, c'est une structure très complexe, tout en étant cosmopolite et mondiale, que le mouvement réussit à mettre en place. Une organisation qui, finalement, apparait très inspirante dans la manière de faire communauté aujourd'hui, et au sein d'un monde toujours plus global et numérique.
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Lionel Scheepmans
20012
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'''LE MOUVEMENT WIKIMÉDIA.'''
'''Dernier partage altruiste de la connaissance libre ?'''
De Lionel Scheepmans.
Avec l'aide de la communauté Wikimédia.
'''Quatrième de couverture.'''
'''Le mouvement Wikimédia, l'aventure inspirante d'une organisation mondiale et altruiste, au service d'un savoir libre et vérifiable.'''
Quel est ce seul acteur à but non lucratif présent dans le top 100 des sites les plus visités sur le Web ?
Comment incarne-t-il l’expression la plus visible des valeurs de liberté, d’égalité et de partage, héritées de la révolution numérique et des mouvements sociaux des années 1960 ?
Comment, à partir de Wikipédia et suite à la création d’une quinzaine de projets frères, distribués en centaines de versions linguistiques, le mouvement social Wikimédia a imaginé un monde dans lequel le savoir se produit et se partage librement ?
Et comment, en toute autonomie, des dizaines de projets pédagogiques, édités par des millions de bénévoles, soutenus par une fondation et près de 200 associations et groupes locaux, produisent-ils la plus grande intelligence collective au monde ?
Avec de nombreux codes QR, cet ouvrage répond à ces questions, tout en permettant de mieux comprendre le monde global et numérique qui nous entoure.
Lionel Scheepmans est docteur en sciences politiques et sociales, militant de la culture libre et professeur d’anthropologie numérique. Il occupe plusieurs postes d’administrateur au sein du mouvement Wikimédia qu’il observe de manière participative depuis 2011. Ses travaux universitaires, du master à la thèse de doctorat, furent consacrés à l’organisation et aux enjeux de Wikipédia et du mouvement Wikimédia.
'''Avant-propos'''
Pour offrir un confort de lecture sur papier sans perdre la puissance du numérique, des codes QR sont affichés tout au long de cet ouvrage. À l’aide d’une tablette ou d’un smartphone, ils offrent un accès direct à ce qui serait coûteux ou impossible à imprimer.
Par exemple, le code QR 1, présent à la fin de cette page, donne accès directement à la page web qui reprend l’intégralité de l’ouvrage. Une fois sur celle-ci, on peut alors visionner les illustrations en couleur ou les enregistrements qui s’y trouvent et consulter ensuite leurs pages de descriptions en cas de besoin. Cette version numérique comprend aussi de nombreux hyperliens pointant vers Wikipédia et d’autres sites du mouvement Wikimédia, où se trouvent des compléments d’informations et leurs mises à jour.
Pour économiser du papier lors de l’impression, la section regroupant les notes et les références de l’ouvrage n’est disponible qu’au format numérique, mais est directement accessible via le code QR 2 repris ci-dessous. Grâce aux indices de renvoi chiffrés et placés en exposant dans le texte imprimé, il est alors possible, au départ d'un smartphone ou d'une tablette, de retrouver les notes et les références en fonction de leur numérotation. Lorsque la référence correspond à une page web, un lien pointant vers le projet Internet Archive s’y trouve repris, pour garantir un accès aux archives des pages citées dans l’ouvrage, si jamais elles avaient disparu du web. Quant aux pages toujours existantes, elles restent accessibles via leurs hyperliens originels, pour consulter leurs éventuelles évolutions.
Étant donné que ce livre est produit sur une plateforme collaborative, tout le monde est invité à améliorer les prochaines versions. On peut le faire en corrigeant des fautes d’orthographe ou de syntaxe sur les pages web qui constituent les différents chapitres de l’ouvrage, ou encore en apportant des commentaires sur les pages de discussion qui leur sont associées. Cela peut se faire très simplement en cliquant sur « Modifier » , quand on est sur la page d'un chapitre, et sur « Ajouter un sujet » lorsque l'on est sur une page de discussion.
Une page de discussion générale est aussi accessible grâce au code QR 3. Elle permet de commenter le livre dans son ensemble, ou de poser une question à son sujet. Il suffit pour cela d’indiquer un titre dans le champ « Démarrer un nouveau sujet », avant d'écrire le contenu de son message dans l’encadré situé juste en dessous, et de cliquer finalement sur le bouton « Ajouter un sujet de manière anonyme », pour publier celui-ci.
Enfin, pour ceux qui voudraient agrémenter leur lecture d’un fond sonore relaxant et original, le code QR 4 donne accès à une page web qui diffuse une musique mélodieuse. Celle-ci est composée de sons spécifiquement produits chaque fois qu’une modification est apportée sur un projet Wikimédia, ou qu’un nouveau compte y est créé. Ce dispositif ingénieux offre ainsi, aux lecteurs qui le souhaitent, une ambiance sonore particulièrement confortable, ainsi qu’une nouvelle expérience immersive au sein du mouvement Wikimédia.
'''Introduction : Wikimédia n’est pas Wikipédia.'''
Depuis le succès initial de Wikipédia, une myriade de projets de partage des connaissances, d’organisations et de groupes de soutien ont émergé pour former ce qu’on appelle aujourd’hui le mouvement Wikimédia. Même si l’encyclopédie libre reste l'activité phare du mouvement à ce jour, il serait regrettable de réduire l’ensemble du mouvement à cet unique projet pédagogique. Malheureusement, il arrive bien trop souvent qu'une seule version linguistique de Wikipédia suffise pour cacher l’étendue de la forêt Wikimédia.
En réalité, Wikimédia représente un mouvement social, international et interculturel complexe, au sein duquel Wikipédia n’est qu’une composante parmi d’autres. Dans le cadre d'un mémoire de master, on peut ainsi fournir en quelques mois une ethnographie du projet Wikipédia en français. Alors que pour synthétiser les origines, l’organisation et les dynamiques globales du mouvement Wikimédia, une thèse de doctorat et cinq années de recul supplémentaires furent nécessaires.
À la fin de l'année 2025, l’ampleur numérique du mouvement est effectivement impressionnante. Chaque mois, des millions de modifications bénévoles sont effectuées sur plus de 500 millions de pages, réparties sur plus d’un millier de sites web, dont 358 seulement, correspondent aux versions linguistiques de Wikipédia. Ce qui prouve donc clairement que les activités en ligne portées par l'ensemble du mouvement Wikimédia dépassent largement ce qui se passe au sein de l’encyclopédie.
Il existe ainsi cinq autres espaces collaboratifs d'écriture susceptibles d'atteindre un jour l'envergure et la notoriété de Wikipédia, avec un objectif et un fonctionnement spécifiques à chacun. De manière détaillée, Wikilivres crée des livres pédagogiques ; Wikiversité rassemble des supports d'enseignement et des travaux de recherche ; Wikivoyage développe un guide touristique mondial ; Wikispecies établit un répertoire du vivant, tandis que Wiktionnaire définit des mots de toutes les langues, dans toutes les langues.
Contrairement à Wikipédia, tous ces projets ne sont pas soumis à une neutralité de point de vue, ni limités à l'usage de sources secondaires reconnues, au niveau de la rédaction des articles. La plupart d'entre eux acceptent aussi la publication de travaux de recherche ou de productions personnelles, alors que cela est tout à fait interdit dans Wikipédia.
Selon l'étymologie du mot encyclopédie, le but de Wikipédia est en effet de synthétiser ou, plus précisément, d'encercler le savoir humain déjà préexistant. Cette contrainte éditoriale limite donc les contributeurs et contributrices à l'usage de sources secondaires et tertiaires présentes dans des publications externes au projet. De ce fait, Wikipédia reproduit fatalement les biais systémiques, tels que les déséquilibres et les surreprésentations de genre et de culture, présents dans un monde de l'édition majoritairement occidental. Or, cette impasse éditoriale propre à Wikipédia n'existe pas dans les autres projets pédagogiques.
Comme ces projets frères, Wikipédia n'est pas non plus un projet complètement autonome des autres projets Wikimédia. L'encyclopédie compte en effet sur le projet Wikimedia Commons pour héberger l'ensemble de sa médiathèque. Elle utilise ensuite le contenu du projet Wikidata comme base de données structurée. Quant aux personnes qui produisent l'encyclopédie, elles peuvent aussi puiser leurs sources dans la bibliothèque Wikisource ou se référer à des citations d'auteurs collectées dans le projet Wikiquote. Tout cela sans oublier que des dizaines de sites web traitent l'archivage permanent de Wikipédia et des autres projets Wikimédia, dans le but de fournir des analyses précieuses et totalement libres d’accès.
Enfin, il faut aussi garder à l'esprit qu'au-delà de tous ces sites web, Wikimédia, c'est aussi de nombreuses institutions et organisations affiliées au mouvement et dispersées dans le monde. Autour de la Fondation Wikimédia chargée de la gestion et de l’organisation internationales, avec près de 650 salariés de nationalités diverses, se regroupent des centaines d'organisations satellites. Parmi celles-ci, on retrouve 2 associations thématiques, 40 associations locales, dont Wikimedia Deutschland qui regroupe plus de 170 employés, et finalement 141 groupes d’utilisateurs et utilisatrices.
Tout ce qui vient d'être exposé dans cette introduction justifie donc la nécessité de distinguer le mouvement Wikimédia du projet Wikipédia. Imaginons seulement que l’on se limite à citer Paris pour décrire et comprendre un pays aussi vaste que la France. Certes, Paris est une ville mondialement connue et qui compte plus de deux millions d’habitants et un patrimoine culturel impressionnant. Mais est-ce pour autant qu'il faudrait oublier les autres villes, villages et métropoles françaises ? Sans compter que la France regroupe aussi des départements et des territoires d’outre-mer et qu'elle entretient des relations et des partenariats internationaux qui dépassent de loin ce qui se passe entre Paris et le reste du monde. Ne pas confondre le mouvement Wikimédia avec le projet Wikipédia relève donc du bon sens.
En 2019 cependant, la Fondation Wikimédia a envisagé de se renommer en Fondation Wikipédia et de remplacer le terme « Wikimédia » par celui de « Wikipédia » partout où ce terme est utilisé dans la sphère hors ligne du mouvement. Le but était d’acquérir une plus grande visibilité et d’attirer des milliards de personnes, grâce au nom de marque Wikipédia, considéré comme l’un des plus connus au monde. Ce changement n’a toutefois pas été accepté par de nombreuses personnes actives au sein du mouvement. En janvier 2020, ces opposants ont ainsi créé une page d’appel à commentaires, qui fut le siège d’un long débat. À l’issue de ce dernier, 73 représentants d’organisations affiliées et 984 personnes ont signé une lettre ouverte adressée à la Fondation, qui comprenait le paragraphe suivant.
« Depuis 20 ans, les bénévoles ont bâti la réputation de Wikipédia en tant que ressource indépendante et communautaire. Les projets du mouvement Wikimédia, dont Wikipédia, se développent autour de la décentralisation et du consensus. Il est essentiel d’établir des distinctions claires entre la Fondation Wikimédia, les affiliés et les contributeurs individuels. Tout changement qui affecte cet équilibre exige le consentement éclairé et la collaboration des communautés. Il est donc très préoccupant de voir Wikipédia présenté pour le nom de l’organisation et du mouvement malgré le mécontentement général de la communauté. »
En s’opposant aux idées de la Fondation, ces membres de la communauté Wikimédia ont ainsi fait preuve de sagesse. De plus, ils ont signalé dans de nombreux commentaires que beaucoup de personnes connaissent le mouvement Wikimédia uniquement au travers de son encyclopédie. Il est même étonnant d'observer que la méconnaissance du mouvement existe au sein même de sa propre communauté. Comme exemple, on peut observer que l'article Wikipédia en anglais, consacré au mouvement Wikimédia, ne s’est développé qu’à partir de 2016, tandis que celui de la version francophone de l'encyclopédie, n’est apparu qu’en 2019. Quant aux autres versions linguistiques, il est tout aussi étonnant de constater qu'en octobre 2025, seulement 39 d'entre elles, sur un total de 358, possédaient un article dédié au mouvement Wikimédia.
Tous ces éléments justifient donc la nécessité d’offrir au monde, une meilleure connaissance du mouvement Wikimédia et des nombreux projets et organisations, qui participent à sa mission de partage du savoir. En ce sens, ce livre est une contribution importante aux défis stratégiques que doit relever le mouvement Wikimédia à l’approche de 2030. Car au-delà des résolutions prises pour développer de nouveaux processus participatifs et délibératifs concernant les questions de marque, c’est avant tout un travail d’information et de sensibilisation à destination du public qu'il reste à faire.
'''Première partie : La naissance du mouvement Wikimédia.'''
Il existe dans l'espace web, une multitude d’archives permettant de retracer les événements, qui ont conduit à la naissance du mouvement Wikimédia. Cette « préhistoire » du mouvement peut notamment être explorée grâce au réseau d’éducation populaire Framasoft, dont le site est apparu environ un an avant la création de la version francophone de Wikipédia. On trouve sur cette plateforme une mine d’informations concernant les logiciels libres et la culture libre, soit deux épisodes majeurs de l’histoire de l’informatique et d’Internet, malheureusement méconnus du grand public.
Grâce à Framasoft et bien d’autres associations, il est possible de découvrir l’organisation et les motivations des millions de personnes qui participent au mouvement du logiciel libre. On peut apprend par exemple, que ce mouvement politique et social, au sein du milieu informatique, a été initié en 1983 par [[w:fr: Richard Stallman|Richard Stallman]]. Programmeur du [[w:Massachusetts_Institute_of_Technology|MIT]] à cette époque, c'est en effet lui qui fut le premier à proposer une alternative à la marchandisation du secteur informatique.
La philosophie de libre partage, apparue au sein du projet de Stallman, reflétait une certaine éthique et une organisation de travail originale, développées au sein d’une sous-culture, en vogue dans le milieu informatique depuis les années 1950. Celle-ci fut documentée dans de nombreux ouvrages, dont « L’éthique hacker », un livre remarquable, dans lequel le philosophe finlandais, Pekka Himanen, analyse en détail les origines de la culture hacker.
Un simple extrait de sa quatrième de couverture, repris ci-dessous, permet d’appréhender la manière de penser de ces informaticiens, rejoints par Richard Stallman durant ses études universitaires, avant d'en devenir l’une des figures les plus charismatiques.
« On considérait jusqu’à présent le « hacker » comme un voyou d’Internet, responsable d’actes de piratage et de vols de numéros de cartes bancaires. Le philosophe Pekka Himanen voit au contraire les hackers comme des citoyens modèles de l’ère de l’information. Il les considère comme les véritables moteurs d’une profonde mutation sociale. Leur éthique, leur rapport au travail, au temps ou à l’argent, sont fondés sur la passion, le plaisir ou le partage. Cette éthique est radicalement opposée à l’éthique protestante, telle qu’elle est définie par Max Weber, du travail comme devoir, comme valeur en soi, une morale qui domine encore le monde aujourd’hui. »
En introduisant cette première partie d'ouvrage de la sorte, nous pouvons déjà comprendre que le mouvement Wikimédia plonge ses racines dans une transition culturelle remplie d’utopie. Une utopie qui s’oppose notamment à ce que l’historien et anthropologue Karl Polanyi désignait, en 1944 déjà, comme un libéralisme économique qui « subordonne les objectifs humains à la logique d’un mécanisme de marché impersonnel ». Étape par étape et en commençant par analyser cette utopie spécifiquement au niveau du mouvement Wikimédia, voyons maintenant ce qui s'est passé tout au long de cette révolution culturelle et numérique.
'''Chapitre 1 : L'utopie Wikimédia.'''
Au fil du temps, Wikipédia fut perçu comme une utopie en marche, puis comme une utopie réalisée, et finalement comme la dernière utopie collective du Web. Mais qu'en est-il de l'ensemble du mouvement Wikimédia ? Pour nous aider à comprendre ce qui se passe dans la dimension numérique de ce mouvement, voici une métaphore qui décrit un quartier établi au sein d'une ville, imaginée au départ de l'espace web ». Dans cette ville imaginaire, Internet représenterait le réseau routier, pendant que des serveurs informatiques feraient office de bâtiments, et que les pages web qu'ils hébergent, constitueraient les différentes pièces de ces édifices.
En visitant le quartier Wikimédia, on découvrirait donc plus d’un millier de bâtiments. Au sein de ceux-ci et à l’exception de quelques lieux administratifs, chaque pièce peut être visitée gratuitement, mais aussi modifiée au niveau de son contenu. On peut ainsi y ajouter de nouvelles choses, telles que du texte, des photos, des vidéos ou des documents sonores, et même changer ou supprimer ce qui a été créé ou modifié par d’autres. Tout cela, bien sûr, dans le but de rendre ces endroits plus esthétiques, ou plus authentiques et en tenant compte des différentes idées et des éventuelles oppositions de point de vue concernant les aménagements. Pour faciliter l'entente entre les personnes qui s'investissent dans les modifications, chaque pièce des bâtiments Wikimédia possède un espace annexe dédié à la discussion.
Dans la plupart des bâtiments Wikimédia, une personne malintentionnée peut même faire disparaitre tout le contenu d'une pièce. Néanmoins, dans la seconde qui suit, un robot remettra tout en place, avant de transmettre un message concernant le traitement du vandalisme. Lorsqu'une action plus discrète n'est pas détectée par un robot, une personne qui surveille la pièce prendra certainement le relais pour annuler les changements malveillants, et contacter la personne responsable. En cas de multirécidive, celle-ci peut se voir privée de sa capacité de modifier les pièces, soit dans le bâtiment vandalisé, soit dans tout le quartier quand cela se justifie. Après discussion, cette sanction sera mise en application par un administrateur ou une administratrice bénévole, choisi ou choisie par l'ensemble des autres bénévoles qui prennent soin des bâtiments.
On comprend donc que tout le monde peut enrichir, mais également surveiller et protéger les richesses partagées dans le quartier Wikimédia. Il suffit pour cela de rejoindre le mouvement en se créant un compte et de profiter de nombreux outils, dont un système de notification qui envoie un message dès qu'une pièce que l'on veut surveiller est modifiée. Pour créer ce compte, il n'est pas nécessaire de fournir une adresse ou un numéro de téléphone. Les seules informations personnelles indispensables au bon fonctionnement du quartier Wikimédia sont les adresses IP des visiteurs. Car contrairement à ce qui se passe dans les quartiers commerciaux de la grande ville numérique, tels que les GAFAM, NATU, BATX, le quartier Wikimédia ne récolte et ne vend aucune donnée à des fins d'exploitation.
Même les adresses IP enregistrées par le système ne sont pas visibles par les autres visiteurs. Elles sont remplacées par les noms et les pseudonymes fournis lors de la création des comptes, ou masquées par des comptes temporaires pour les modifications faites par des personnes non connectées. Seules quelques personnes accréditées par la communauté pour effectuer des contrôles d’usurpation d’identité ont accès à ces informations. C’est là une précaution nécessaire au bon déroulement des votes qui succèdent parfois aux recherches de consensus concernant l'aménagement du quartier Wikimédia.
Dans cette ville numérique que constituerait l'espace web, Wikimédia apparait ainsi comme le plus grand quartier dédié au partage de la connaissance. Tout d'abord, il y a les plus de 350 bâtiments Wikipédia, chacun dédié à une version linguistique de l'encyclopédie. Toujours séparés en versions linguistiques, on trouve ensuite : les bibliothèques Wikilivres et Wikisource, les bâtiments lexicaux Wiktionnaire, le journal Wikinews, le centre pédagogique et de recherche Wikiversité, le syndicat d’initiative Wikivoyage, le répertoire des êtres vivants Wikispecies et enfin l'institut des citations d’auteurs Wikiquote. Cela sans oublier le musée médiatique Wikimedia Commons et la banque Wikidata, reconnue comme étant la plus grande banque d’informations structurées au monde. Deux bâtiments dont l'une des fonctions principales communes est d’enrichir les pièces situées dans les autres buildings du quartier Wikimédia.
Dans tous ces immeubles, il arrive souvent que plus de la moitié des étages soient uniquement attribués à l'organisation des activités qui s'y déroulent. Chaque bâtiment peut aussi compter sur le soutien d'autres édifices tels que MediaWiki, Wikitech, Phabricator, qui sont trois lieux entièrement dédiés aux maintenances techniques sur l'ensemble du quartier. Concernant les aspects administratifs, c'est dans le bâtiment Méta-Wiki que s'opère la gouvernance générale du quartier, alors que les courriers adressés à ce dernier sont traités en première ligne dans le bâtiment Wikimedia VRT. À la suite de quoi, il ne reste plus qu'à citer le bâtiment Wikimedia Outreach, pour des initiatives de sensibilisation, et le bâtiment du journal Diff Wikimedia, comme lieu de publication d'actualités sur le mouvement.
En dehors de certains aspects techniques, tous ces bâtiments sont gérés exclusivement par des communautés bénévoles, qui sont toujours prêtes à accueillir de nouveaux membres. Les seuls immeubles du quartier qui diffèrent de ce principe sont les bâtiments vitrines de la Fondation Wikimédia et des autres associations Wikimédia qui engagent du personnel. Quant au bâtiment du conseil d'administration de la Fondation, des raisons officielles justifient le fait que la modification de ses pièces est réservée à ces membres et aux employés qui les soutiennent.
Face à tant d'utopies, on en vient donc à se demander comment tout cela fut rendu possible. Mais pour répondre à cette question, il faut alors parcourir tout un pan de l'histoire de la révolution numérique, depuis la contre-culture des années 1960 jusqu'à nos jours. On y découvre que les pionniers du réseau Internet étaient des chercheurs et étudiants en informatique, fortement influencés par de nouvelles idéologies, telles que celles qui furent à la source des évènements de mai 68 en France. C'est donc de là que naîtra la philosophie de partage, de liberté, de décentralisation et ce mode d’organisation tout à fait spécifique, que l'on observe aujourd'hui au sein du mouvement Wikimédia.
Il y eut tout d'abord la création d'Internet, comme réseau mondial de communication en libre accès, et le développement du World Wide Web, qui a grandement facilité les interactions humaines à l’échelle planétaire. Puis, ce fut l'arrivée du Web 2.0, caractérisé par l'apparition de nouveaux sites web directement modifiables à l'aide d’un simple navigateur. Or, parmi ceux-ci se trouvent les moteurs de Wiki, dont le plus puissant d’entre eux, MediaWiki, est un logiciel libre développé par la Fondation Wikimédia. Le moment est donc venu d'en savoir plus sur ce type de programme informatique, ainsi que sur le mouvement du logiciel libre, qui a fortement influencé la philosophie et les valeurs véhiculées au sein du mouvement.
'''Chapitre 2 : Le mouvement du logiciel libre.'''
L’un des premiers épisodes de la préhistoire de Wikipédia et du mouvement Wikimédia débuta en septembre 1983, lorsqu’un programmeur du Massachusetts Institute of Technology, appelé Richard Stallman, déposa un message sur la liste de diffusion net.unix-wizards. C’était un appel d’aide pour la création de GNU, un nouveau système d’exploitation qui devait réunir une suite de programmes que tout le monde pourrait utiliser librement sur son ordinateur personnel. Dans son message transmis via ARPANET, le premier réseau informatique à grande échelle qui précéda Internet, Stallman s’exprimait de la sorte.
Je considère comme une règle d’or que si j’apprécie un programme, je dois le partager avec d’autres personnes qui l’apprécient. Je ne peux pas en bonne conscience signer un accord de non-divulgation ni un accord de licence de logiciel. Afin de pouvoir continuer à utiliser les ordinateurs sans violer mes principes, j’ai décidé de rassembler une quantité suffisante de logiciels libres, de manière à pouvoir m’en tirer sans aucun logiciel qui ne soit pas libre.
Le projet de Stallman, qui reçut le soutien nécessaire à son accomplissement, marqua ainsi le début de l’histoire du logiciel libre. Quant à la quantité d’aide fournie, elle permet de croire que Richard Stallman n’était pas seul à voir l’arrivée des logiciels propriétaires d’un mauvais œil. Car pour les membres du projet GNU et du mouvement du logiciel libre en général, un bon programme informatique doit respecter ces quatre libertés fondamentales :
1. La liberté d’exécuter le programme, pour tous les usages.
2. La liberté d’étudier le fonctionnement du programme, et de l’adapter à vos besoins.
3. La liberté de redistribuer des copies, donc d’aider votre voisin.
4. La liberté d’améliorer le programme, et de publier vos améliorations, pour en faire profiter toute la communauté.
Lors de l'apparition du logiciel libre, le marché de l’informatique était de fait en pleine mutation. L'habituel partage des codes informatiques entre les rares étudiants ou chercheurs, qui bénéficiaient d’un accès à un ordinateur, faisait l'objet d'une remise en question. Ce changement faisait notamment suite au Copyright Act de 1976, une nouvelle loi qui autorisait l'application d'un droit d'auteur sur le code informatique, et donc qui permettait d'en interdire le partage ou la réutilisation sans autorisation. Des clauses de confidentialité ont ainsi fait leur apparition, pendant que les employés des firmes informatiques étaient nouvellement soumis à des contrats de confidentialité. C'était la fin de l’entraide et de la solidarité pratiquées chez les pionniers de l’informatique. À sa place s'installaient la concurrence et la compétitivité, bien connues dans le système capitaliste marchand.
Cette mutation coïncidait avec l’arrivée des premiers ordinateurs de taille réduite. Grâce à l’apparition des premiers circuits intégrés, les premiers exemplaires avaient en effet été créés par l’industrie aérospatiale au début des années 1960. Cependant, il fallut attendre le début des années 1980 pour que le prix d’un ordinateur soit suffisamment bas pour en faire un bien de grande consommation. En 1982, le Commodore 64 entrait ainsi dans le livre Guinness des records, avec plus de 17 millions d’exemplaires vendus dans le monde. Mais avant cela, en 1981, l’IBM Personal Computer avait déjà fait son apparition, en proposant une architecture ouverte qui allait servir de modèle pour toute une gamme d’ordinateurs que l’on désigne toujours aujourd’hui par l’acronyme « PC ».
Pour faire fonctionner ses nouveaux modèles d'ordinateurs, la société IBM avait confié à l’entreprise Microsoft, créée en 1975, la mission de les équiper d’un système d’exploitation. Le contrat signé entre les deux firmes fut une véritable aubaine pour le fournisseur des programmes informatiques. Car sans s'en apercevoir, et sans jamais anticiper que son matériel serait cloné à grande échelle, IBM avait en effet permis à Microsoft d'établir un monopole dans la vente de logiciels. Cela fut condamné pour abus de position dominante et vente liée du logiciel avec le matériel informatique, mais sans pour autant empêcher Bill Gates, le principal actionnaire de Microsoft, d'être l'homme le plus riche du monde en 1994.
Toutefois, pendant que Microsoft renforçait sa position dominante, un nouvel événement majeur allait marquer l’histoire du logiciel libre. Celui-ci fut de nouveau déclenché par un appel à contribution, qui fut cette fois posté le vingt-cinq août 1991 par un jeune étudiant en informatique de 21 ans, appelé Linus Torvalds. Via le système de messagerie Usenet, sa demande avait été postée dans une liste de diffusion consacrée au système d’exploitation Minix, une sorte d’UNIX simplifié et développé dans un but didactique, par le programmeur Andrew Tanenbaum.
Loin d’imaginer que cela ferait de lui une nouvelle célébrité dans le monde du Libre, Torvalds entama son message par le paragraphe suivant.
« Je fais un système d’exploitation gratuit (juste un hobby). Il ne sera pas grand et professionnel comme gnu pour les clones 386. Ce projet est en cours depuis avril et commence à se préparer et j’aimerais avoir un retour sur ce que les gens aiment ou n’aiment pas dans minix, car mon système d’exploitation lui ressemble un peu, même disposition physique du système de fichiers pour des raisons pratiques entre autres. »
Bien qu’il fût présenté comme un passe-temps, le projet qui répondait au nom de « Linux », fut rapidement soutenu par des milliers de programmeurs du monde entier, avant de devenir la pièce manquante du projet GNU. En effet, les contributeurs au projet de Stallman n’avaient pas encore terminé l’écriture du code informatique du noyau Hurd, alors qu'il était censé établir la communication entre la suite logicielle produite par GNU et le matériel informatique. C'est donc la fusion des codes produits par les projets GNU et Linux qui permit la création du premier système complet, stable et entièrement libre baptisé GNU/Linux.
Au départ de ce nouveau système informatique, de nombreuses variantes, que l’on nomme communément « distributions », furent créées par des programmeurs de tous horizons. L’une de celles-ci s’intitule Debian et tire sa réputation d'être simultanément libre, gratuite, très fiable et produite par une communauté sans lien direct avec une société commerciale. Quatre qualités qui expliquent pourquoi, Debian sert de base à plus de 150 distributions dérivées, et que de nombreuses organisations l'utilisent, comme le fait la Fondation Wikimédia sur les serveurs qui hébergent les projets qu'elle supporte.
Grâce à la naissance des logiciels libres, le mouvement Wikimédia a donc la possibilité de faire tourner ses serveurs informatiques, avec un système d’exploitation fiable, libre et gratuit. Comme son code source est ouvert, cela permet aussi à la Fondation Wikimédia de le modifier pour répondre aux besoins spécifiques du mouvement. À la suite de quoi, et selon les règles formulées par la communauté du logiciel libre, les modifications faites par la Fondation deviennent à leur tour, gratuitement et librement, utilisables par d’autres personnes ou organismes.
À ce premier héritage reçu par le mouvement Wikimédia, et toujours en provenance des logiciels libres, s’ajoute encore une innovation méthodologique. Dans son article La Cathédrale et le Bazar, Eric Raymond mobilise en effet le terme « cathédrale » pour désigner le mode de production des logiciels propriétaires, en opposition au mot « bazar », qu'il utilise pour qualifier le mode de développement des logiciels libres. D’un côté, il décrit une organisation pyramidale, rigide et statutairement hiérarchisée, comme on peut la voir souvent au sein des entreprises. Tandis que de l’autre, il parle d’une organisation horizontale, flexible et peu hiérarchisée, qu’il a lui-même expérimentée en adoptant le style de développement de Linus Torvalds, à savoir : « distribuez vite et souvent, déléguez tout ce que vous pouvez déléguer, soyez ouvert jusqu’à la promiscuité ».
À l’instar de la métaphore du quartier numérique présentée dans le précédent chapitre, cette manière de décrire les projets open source nous aide donc ici à mieux comprendre ce qui se passe dans le mouvement Wikimédia. D'un côté, on retrouve effectivement cette « ouverture jusqu’à la promiscuité », dans le libre accès accordé aux projets Wikimédia, alors que de l'autre, tout le monde peut rejoindre les projets et associations Wikimédia. Ces deux observations corroborent ainsi l’existence d’un deuxième héritage en provenance du mouvement du logiciel libre. Néanmoins, il nous reste encore à découvrir un phénomène négligé par Eric Raymond durant ses observations, et qui pourtant, a considérablement influencé l'histoire de la révolution numérique. Découvrons donc à présent, la licence libre et le mouvement de la culture libre, dont elle fut à l’origine.
'''Chapitre 3 : Les licences et la culture libres.'''
Dans une biographie autorisée, Christophe Masutti explique à quel point la création de la Licence publique générale GNU, en tant que première licence libre créée par Richard Stallman, représente un épisode majeur de la révolution numérique. Selon lui :
La GPL apparaît comme l’un des meilleurs hacks de Stallman. Elle a créé un système de propriété collective à l’intérieur même des habituels murs du copyright. Surtout, elle a mis en lumière la possibilité de traiter de façon similaire « code » juridique et code logiciel.
Le concept de distribution associé à ce nouveau type de licence fut baptisé « copyleft », par inspiration d’un jeu de mots que Richard Stallman avait trouvé dans un courrier transmis par son collègue Don Hopkins. Le principe novateur de ce concept est d'obliger toute production de code dérivé à se soumettre à la même licence libre que le code d’origine. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle beaucoup de gens parlent de licence « virale » ou « récursive » en faisant référence à celle-ci. Quant à l'importance de cette clause, elle repose sur le fait d'interdire toute privatisation d'un code informatique produit sous licence libre. Sans celle-ci, un tel code risque en effet d'être récupéré, puis modifié, avant d’être placé sous un habituel copyright de type « tous droits réservés », dans le but de commercialiser son usage.
En 2001 et dans la mouvance provoquée par l'arrivée des licences libres, une organisation internationale sans but lucratif, intitulée Creative Commons, a entamé la promotion du partage et la réutilisation de la créativité et des connaissances grâce à la fourniture d’outils juridiques gratuits. Pour ce faire, elle met régulièrement à jour une panoplie de licences inspirées par la GNU, mais spécialement adaptées aux œuvres de l'esprit, telles que les productions littéraires, musicales, photographiques et vidéo, ainsi que les bases de données.
Contrairement aux licences libres fournies par la Free Software Foundation, conçues pour protéger du code informatique, les licences fournies par Creative Commons offrent la possibilité de sélectionner de nombreuses clauses pour protéger une œuvre. Avec le label CC, pour Creative Commons, on peut ainsi appliquer, ou ne pas appliquer, la clause « BY », qui oblige à créditer l'auteur, et la clause « SA », pour Share Alike, qui ordonne le partage à l’identique comme décrit précédemment. Après quoi il est encore possible d'ajouter la clause « NC », qui impose un usage non commercial, et finalement, la clause « ND », pour Non Derivative, qui exige que l’œuvre soit utilisée ou reproduite dans son intégralité et sans modification.
Le mouvement Wikimédia a choisi la licence CC.BY-SA pour protéger les contenus publiés dans tous ses projets. Cela à l'exception de la banque de données Wikidata, qui au même titre que les descriptions apportées aux fichiers téléchargés dans la médiathèque Wikimedia Commons, publie ses informations structurées sous licence CC0. Cette dernière licence est ainsi ce qui se rapproche le plus du domaine public, avec cet avantage de ne pas devoir mentionner les auteurs dans le traitement et la réutilisation du contenu de la base de données.
Cependant, il en résulte que les informations en question peuvent être réutilisées par des tiers qui ne sont plus obligés de citer leurs sources, comme le font les agents conversationnels des intelligences artificielles génératives, appelés couramment chatbots. Contrairement à la licence CC.BY-SA, la licence CC0 est donc moins apte à pérenniser les projets Wikimédia, puisqu'elle permet d'invisibiliser ces derniers au risque de réduire les chances d'arrivée de nouveaux contributeurs et contributrices. De plus, sans la clause SA qui assure l'application du copyleft, toutes les informations récupérées au sein de Wikidata et de Wikimedia Commons sont aussi susceptibles de quitter le monde du libre.
Quoi qu’il en soit, les licences Creative Commons, inspirées par la licence libre de Richard Stallman, apparaissent finalement comme un troisième héritage en provenance du mouvement du logiciel libre et de la culture libre qui en est issue. Grâce à la licence CC BY SA, les éditeurs des projets Wikimédia bénéficient effectivement d'une certaine reconnaissance, tout en étant assurés qu'aucun copyright sur leurs travaux ne puisse exclusivement profiter à une personne ou une compagnie. De plus, la licence libre appliquée au système d'exploitation installé sur les serveurs Wikimédia, garantit elle aussi un certain respect des contributeurs, puisqu'elle permet de vérifier si le code informatique ne compromet pas leurs vies privées.
Avec tous les autres apports en provenance du logiciel libre, ce sont là deux choses importantes qui ont permis l'apparition du mouvement Wikimédia. Toutefois, cela ne pouvait pas suffire à la création du projet Wikipédia qui en fut le point de départ. Car sans un espace numérique, mondial et libre d’accès, tel qu'il fut créé par Internet et l'espace web, aucune encyclopédie collaborative de cette envergure n'aurait pu voir le jour.
'''Chapitre 4 : Le réseau Internet.'''
L’histoire du réseau Internet constitue un nouvel épisode captivant de la révolution numérique, sans lequel le mouvement Wikimédia n’aurait jamais pu émerger. D’un point de vue purement technique, ce réseau informatique a été mis au point dans les années 1970, avant l’adoption généralisée du protocole TCP/IP, toujours en usage à ce jour. Ce dernier fut inventé par Vint Cerf et Robert Elliot Kahn, quand ils travaillaient pour la Defense Advanced Research Projects Agency, rattachée au département de la Défense américaine. L'une des premières présentations de leur projet fut ainsi réalisée lors d’une conférence organisée par l’International Network Working Group, une instance créée pour assurer la gouvernance mondiale du réseau informatique.
Sur base de ces informations, on peut penser qu’Internet a été créé par des militaires. Cependant, Une contre-histoire de l’Internet, nous révèle que les créateurs et les premiers utilisateurs d’ARPANET, considéré comme l’ancêtre d’Internet, étaient davantage des étudiants hippies et amateurs de LSD, que des militaires bien drillés. D’ailleurs, avant la standardisation du protocole TCP/IP, ARPANET fonctionnait depuis plus d’un an avec un autre protocole de transition intitulé Network Control Program. Or, celui-ci avait été mis au point, en février 1969, par le Network Working Group, un groupe informel d’étudiants rassemblés autour de Steve Crocker, lorsqu’il ne détenait encore qu’une simple licence, au niveau de sa formation universitaire.
Bien que rarement cité dans l’histoire d’Internet, ce groupe a pourtant mis en place la procédure RFC, pour Request For Comments, reconnue comme « l’un des symboles forts de la "culture technique" de l’Internet, marquée par l’égalitarisme, l’autogestion et la recherche collective de l’efficience ». Soit trois principes et une procédure, qui aujourd’hui encore sont appliqués sur le site Méta-Wiki, dans lequel s'organise la gestion communautaire du mouvement Wikimédia. Cela alors qu'au sein des autres projets dédiés à la production de contenus pédagogiques, des processus similaires de recherche de consensus ont fait leur apparition.
Il faut ensuite savoir que les liens entre ARPANET et l’armée ont disparu avec l’apparition du MILNET, un réseau entièrement dédié aux activités militaires, rebaptisé NIPRNet, pour Non-classified Internet Protocol Router Network, en 1990. Après une séparation définitive en 1983, précisément l’année où Richard Stallman postait sa demande d’aide pour le projet GNU, le réseau ARPANET resta uniquement dédié à la recherche et au développement. À cette époque, le réseau ne comprenait pas plus de 600 machines connectées, ce qui n'a donc rien de comparable avec ce vaste réseau informatique mondial que nous connaissons aujourd’hui et qui fut fortement développé au cours des années 1990.
Pour en assurer l’entretien technique, une organisation non gouvernementale, a été créée en 1992, sous l'appellation d’Internet Society. Celle-ci devait aussi veiller au respect des valeurs fondamentales liées au bon fonctionnement du réseau. Car avant d'atteindre des milliards d’appareils connectés, il a d’abord fallu réglementer les nombreuses dorsales internet intercontinentales, sans lesquelles la transmission du protocole TCP/IP partout dans le monde n'aurait pas été possible.
Quant à l’état d’esprit des créateurs d'Internet, un article intitulé : Quarante ans après, mais qui donc créa l’internet ? apporte un éclairage particulièrement intéressant au sujet des liens que l'on peut établir entre le mouvement Wikimédia et l'histoire d'Internet. Dans son témoignage, Michel Elie, cet ingénieur en informatique, membre du Network Working Group cité précédemment, et responsable de l’Observatoire des Usages de l’Internet, nous explique en effet ceci.
Le succès de l’internet, nous le devons aux bons choix initiaux et à la dynamique qui en est résultée : la collaboration de dizaines de milliers d’étudiants, ou de bénévoles apportant leur expertise, tels par exemple ces centaines de personnes qui enrichissent continuellement des encyclopédies en ligne telles que Wikipédia.
Au courant des années 1990, le milieu informatique universitaire semblait donc toujours fortement imprégné des idéaux de la contre-culture des années 1960, produit par les baby boomers dans le contexte de la guerre du Vietnam. Afin d'illustrer les idées véhiculées à cette époque, voici un paragraphe extrait d'un ouvrage publié en 1970, et intitulé Vers une contre-culture : Réflexions sur la société technocratique et l’opposition de la jeunesse. Dans celui-ci, Théodore Roszak explique ceci.
Le projet essentiel de notre contre-culture : proclamer un nouveau ciel et une nouvelle terre, si vastes, si merveilleux que les prétentions démesurées de la technique soient réduites à n’occuper dans la vie humaine qu’une place inférieure et marginale. Créer et répandre une telle conception de la vie n’implique rien de moins que l’acceptation de nous ouvrir à l’imagination visionnaire. Nous devons être prêts à soutenir ce qu’affirment des personnes telles que Blake, à savoir que certains yeux ne voient pas le monde comme le voient le regard banal ou l’œil scientifique, mais le voient transformé, dans une lumière éclatante et, ce faisant, le voient tel qu’il est vraiment.
À la suite de cette lecture, il peut sembler paradoxal qu’une contre-culture, qui voit la technique comme inférieure et assimile la science au banal, puisse avoir un lien avec le milieu scientifique universitaire qui fut à l'origine d'Internet. Cependant, une réponse à cette énigme fut apportée par Fred Turner, par la publication de son livre intitulé : « Aux sources de l’utopie numérique : De la contre-culture à la cyberculture ».
Grâce à cet ouvrage, on découvre que le mouvement hippie utilisera tout ce qui était à sa disposition à l’époque pour parvenir à ses fins : LSD, spiritualités alternatives, mais également, objets technologiques les plus en pointe. Cela grâce notamment à l’influence de Steward Brand, le créateur d'un catalogue interactif, qui peut être considéré comme l'ancêtre analogique des groupes de discussions numériques apparus des années plus tard.
Comme autre indication, il y a ensuite les propos tenus en 1992, lors d’une plénière de la 24ᵉ réunion du groupe de travail sur l’ingénierie Internet, par David D. Clark, un autre pionnier d’Internet. Durant cette rencontre, ce chef de projet prononça des paroles restées dans les annales. « Nous récusons rois, présidents et votes. Nous croyons au consensus et aux programmes qui tournent ». Deux phrases seulement, mais qui, dans le cadre du milieu informatique, permettent de croire que le mépris de la contre-culture envers la technique et la science, s'est transformé en un refus d’autorité et une recherche de consensus.
Quoi qu'il en soit, le développement d'Internet ne s'est pas fait sans conflits idéologiques importants. On peut d'ailleurs se demander aujourd'hui à quoi ressemblerait Internet, s'il n'avait jamais été commercialisé. Cela s'est passé en novembre 1994, lorsque l’association sans but lucratif Advanced Network and Services, chargée de gérer les accès à Internet, a fait le choix de vendre ses activités. Cette décision faisait suite à un appel à des fonds privés pour financer d'importants changements dans l'infrastructure du réseau. Profitant de l'occasion, la société commerciale America Online a ainsi repris à son compte la gestion des connexions à Internet, après avoir effectué un versement de 35 millions de dollars.
Trente ans plus tard, Internet est devenu ce réseau que nous expérimentons aujourd'hui, à savoir : un réseau dominé par des sociétés privées les plus riches au monde. Dans ce contexte et parmi les 100 sites web les plus visités, seul le nom de domaine Wikipédia appartient à une organisation non lucrative. Cela explique donc pourquoi le mouvement Wikimédia, via son encyclopédie et la fondation qui l'héberge, représente à ce jour, et dans l'espace web, l'expression la plus visible de la philosophie des pionniers d’Internet.
Plus qu'un héritage, cette situation peut être vue comme une mission perpétuée au sein d'un espace envahi par une culture marchande et capitaliste. Voilà une information importante qu'il faut retenir au sujet du mouvement Wikimédia. Elle ne clôture pas pour autant tout ce qu'il faut savoir au sujet des évènements qui ont permis la création d’une encyclopédie mondiale, libre et collaborative. Mais en revanche, elle nous invite à découvrir l'histoire du World Wide Web, un espace numérique sans lequel la création de Wikipédia n'aurait jamais été possible.
'''Chapitre 5 : Le World Wide Web'''
Maintenant que le lien entre la création d'Internet et le mouvement Wikimédia est établi, découvrons à présent l'application la plus connue du réseau, que l'on nomme le World Wide Web, ou plus simplement « Web ». C'est Tim Berners-Lee qui en fut l’inventeur, lorsqu’il était encore actif à l'Organisation européenne pour la recherche nucléaire. Il avait pour idée de créer un espace d’échange public par l’intermédiaire d'Internet, et pour y parvenir, il mit au point le logiciel « WorldWideWeb », rebaptisé Nexus pour éviter toute confusion avec le World Wide Web.
Grâce à un système d’indexation appelé hypertexte, ce programme informatique a permis de produire et de connecter des espaces numériques intitulés sites Web. Ceux-ci sont composés de pages web, hébergées sur des ordinateurs distants, mais connectés entre eux au travers du réseau Internet. Pour permettre ce type de connexion, Berners-Lee mit au point le Hypertext Transfer Protocol ou HTTP, un nouveau protocole de communication simple en soi, mais dont la mise en œuvre technique est compliquée.
Pour veiller au bon fonctionnement et au bon usage de l'espace web, des règles de standardisation ont tout d'abord été édictées par l’association Internet Society. Après quoi, Berners-Lee fonda le W3C, un consortium international dont la devise est : « un seul Web partout et pour tous ». Si ce slogan nous apparaît très naturel aujourd’hui, il faut toutefois savoir que l'espace Web a bien failli être régi séparément par des acteurs commerciaux, avec tous les droits d'accès que cela aurait pu engendrer.
À partir du trente avril 1993, jour du dépôt du logiciel WorldWideWeb dans le domaine public par Robert Cailliau, un collègue de Berners-Lee chargé de la promotion de son projet, un tel scénario était en effet possible. Sauf qu'après le départ de Berners-Lee, devenu président du W3C, François Flückiger, qui avait repris son poste au sein du CERN, eut la présence d'esprit de réagir à temps. Selon le livre Alexandria qui parcourt l'histoire de Robert Caillau, voici ce qui aurait pu se passer si le code de l’éditeur HTML n'avait finalement pas été placé sous licence libre.
La philanthropie de Robert, c’est très sympa, mais ça expose le Web à d’horribles dangers. Une entreprise pourrait s’emparer du code source, corriger un minuscule bug, s’approprier le « nouveau » logiciel et enfin faire payer une licence à ses utilisateurs. L’ogre Microsoft, par exemple, serait du genre à flairer le bon plan pour écraser son ennemi Macintosh. Les détenteurs d’un PC devraient alors débourser un certain montant pour profiter des fonctionnalités du Web copyrighté Microsoft. Les détenteurs d’un Macintosh, eux, navigueraient sur un Web de plus en plus éloigné de celui vendu par Bill Gates, d’abord gratuit peut-être, avant d’être soumis lui aussi à une licence.
Face à un tel scénario, nous découvrons de nouveau à quel point le concept de licence libre a fondamentalement changé le cours de la révolution numérique. Sans cela, nos expériences et nos usages de l'espace numérique auraient été totalement différents. L'utopie Wikipédia, par exemple, n'aurait certainement pas vu le jour, en raison de l'éclatement des espaces numériques et des coûts d'accès auxquels seraient confrontés les bénévoles qui ont construit le projet. Quoi qu'il en soit, et au niveau technique, une fois l'espace web apparu, il ne manquait plus qu'une chose pour permettre la création d'une encyclopédie collaborative au format numérique.
'''Chapitre 6 : Les plateformes Wiki'''
Un wiki, ou un moteur de wiki, est un logiciel que l'on installe sur un serveur informatique pour permettre la création d’un site web éditable et configurable à l’aide d’un simple navigateur. Plus précisément, c’est un système de gestion de contenu, dans lequel le code HTML, CSS, JavaScript et Lua, ainsi que certains paramètres, peuvent être modifiés par tous les internautes. Cela peut se faire en se connectant à un compte utilisateur, afin de bénéficier des droits de modification et d’administration qui lui sont accordés, ou en utilisant la configuration attribuée par défaut aux personnes non connectées.
Sur les pages web d'un wiki, chaque modification provoque un nouvel enregistrement complet du code source qui la compose. De la sorte, il est toujours possible, à partir d’une page reprenant l’historique des modifications, de rétablir l'une de ses anciennes versions. Grâce à ce système, on peut ainsi savoir quelle personne, ou quelle adresse IP est à l’origine d’un changement, et même voir l’endroit où la modification a été faite, et à quel moment celle-ci a été réalisée.
Le premier logiciel Wiki, qui portait le nom de WikiWikiWeb, a été créé et placé sous licence libre GPL par Ward Cunningham en mars 1995. Grâce à la licence, d’autres programmes wiki ont vu le jour en copiant ou s’inspirant du code source de WikiWikiWeb, ou des autres projets wiki qui l'avaient fait auparavant. Cette émulation récursive, qui donna naissance à toute une panoplie de projets wiki, est donc à nouveau une belle illustration des retombées positives que peut susciter l'application d'une licence libre.
Parmi les différents logiciels Wiki disponibles, UseModWiki fut choisi par la société Bomis qui finança la création du premier projet Wikipédia en anglais. C'était un choix judicieux, car l’éclatement de la bulle spéculative d’Internet, à la fin des années 2000, confrontait l'entreprise à de grosses difficultés financières. Un programme gratuit, simple d’utilisation et peu gourmand en ressources informatiques, convenait donc parfaitement dans ce cadre. UseModWiki fut par après remplacé par un autre moteur de Wiki sans nom, mais plus performant et toujours produit sous licence libre. Ce dernier fut ensuite amélioré par plusieurs programmeurs, dont Brion Vibber, le premier employé de la Fondation Wikimédia, avant d’être finalement intitulé MediaWiki.
Avec l’aide de nouveaux employés et des bénévoles actifs sur le site mediawiki.org, ce système de gestion de contenu finit par apparaitre en tête du classement des wikis les plus utilisés. Grâce à la licence libre, des milliers d'autres personnes et projets ont pu en effet développer des sites Web, sans nécessairement faire partie du mouvement Wikimédia. Ce succès a par ailleurs justifié l'organisation de rassemblements annuels entre 2016 et 2020, entre personnes et organisations qui utilisent le programme, pour discuter de son développement et de ses usages.
Ceci étant dit, il existe dans la liste des Wikis d’autres logiciels libres intéressants, tels que DokuWiki, rendu populaire par sa simplicité d’installation et d’usage. Jusqu’à ce jour cependant, seul MediaWiki semble suffisamment stable et puissant pour permettre le développement optimal de l’ensemble des projets Wikimédia. Avec parmi ceux-ci, bien sûr, Wikipédia, l'encyclopédie libre et universelle, dont nous allons enfin découvrir la mise en place dans ce prochain chapitre.
'''Chapitre 7 : L’encyclopédie libre et universelle'''
Dans les chapitres précédents, nous avons découvert toutes les innovations techniques et culturelles sans lesquelles Wikipédia n’aurait jamais pu devenir la plus grande encyclopédie libre et universelle connue au monde. Son objectif est de synthétiser la totalité du savoir humain. Ce qui n’est autre, finalement, qu’un vieux rêve de notre humanité. Trois cents ans avant Jésus-Christ et durant la création de la bibliothèque d’Alexandrie, ce désir était aussi celui de Ptolémée Iᵉʳ. C'était deux siècles avant que Denis Diderot publie, avec Jean Le Rond d'Alembert et Louis de Jaucourt en 1751, la première édition de l’Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers. Quant à Paul Otlet, qui a créé avec Henri La Fontaine la classification décimale universelle en usage depuis 1905, il s’était mis en tête de répertorier l’ensemble du savoir humain au sein d'un seul édifice.
Peu connu à ce jour, ce documentaliste belge rêvait pourtant de cataloguer le monde et de rassembler toutes les connaissances humaines, sous la forme d’un gigantesque répertoire bibliographique universel, situé à l'intérieur d'un Mundaneum. En 1934, dans le Traité de documentation écrit par celui qui voulait « classer le monde », Otlet décrit, de manière particulièrement visionnaire, un possible partage du savoir et de l’information.
Ici, la Table de Travail n’est plus chargée d’aucun livre. À leur place se dresse un écran et à portée un téléphone. Là-bas, au loin, dans un édifice immense, sont tous les livres et tous les renseignements, avec tout l’espace que requiert leur enregistrement et leur manutention…
De là, on fait apparaître sur l’écran la page à lire pour connaître la question posée par téléphone avec ou sans fil. Un écran serait double, quadruple ou décuple s’il s’agissait de multiplier les textes et les documents à confronter simultanément ; il y aurait un haut-parleur si la vue devrait être aidée par une audition. Une telle hypothèse, un Wells certes l’aimerait. Utopie aujourd’hui parce qu’elle n’existe encore nulle part, mais elle pourrait devenir la réalité de demain pourvu que se perfectionnent encore nos méthodes et notre instrumentation.
À peu de choses près, cette utopie décrite en 1934 par Otlet correspond à l'usage que l'on fait du réseau Internet et de son espace web, lorsqu'on recherche de l'information aujourd'hui. Premièrement, allumer un système informatique, avec ou sans fil, muni d'un écran ; ensuite, poser une question dans un moteur de recherche ; puis, comme cela arrive très souvent, être redirigé vers l'une des versions linguistiques de Wikipédia.
Ce scénario, dans lequel les moteurs de recherche jouent un rôle central, explique la popularité de l'encyclopédie libre. D'autres projets similaires étaient pourtant apparus sur le Web avant l'arrivée de Wikipédia. Environ trois ans avant sa création, Aaron Swartz, un activiste de la culture libre qui avait juste douze ans à l'époque, avait par exemple lancé une sorte de site encyclopédique produit et régi par ses usagers. Appelé The Info Network, ce site web avait d'ailleurs permis à son auteur de recevoir l'ArsDigita Prize, un prix décerné aux jeunes créateurs de projets « utiles, éducatifs, collaboratifs et non commerciaux ».
Il faut savoir ensuite que l'expression « encyclopédie libre et universelle » fut oubliée pour la première fois durant l'année 2000 par Richard Stallman, soit l'année qui précéda celle de la naissance de Wikipédia. C'était dans un essai intitulé The Free Universal Encyclopedia and Learning Resource, qui, selon son auteur, avait été rédigé deux ans avant sa publication sur la liste de diffusion du projet GNU. Repris ci-dessous, un extrait de ce texte, présente les particularités du projet.
Le World Wide Web a le potentiel de devenir une encyclopédie universelle couvrant tous les domaines de la connaissance et une bibliothèque complète de cours d’enseignement. Ce résultat pourrait être atteint sans effort particulier, si personne n’intervient. Mais les entreprises se mobilisent aujourd’hui pour orienter l’avenir vers une voie différente, dans laquelle elles contrôlent et limitent l’accès au matériel pédagogique, afin de soutirer de l’argent aux personnes qui veulent apprendre.
Nous ne pouvons pas empêcher les entreprises de restreindre l’information qu’elles mettent à disposition ; ce que nous pouvons faire, c’est proposer une alternative. Nous devons lancer un mouvement pour développer une encyclopédie libre universelle, tout comme le mouvement des logiciels libres nous a donné le système d’exploitation libre GNU/Linux. L’encyclopédie libre fournira une alternative aux encyclopédies restreintes que les entreprises de médias rédigeront.
En parlant d'un « mouvement pour développer une encyclopédie libre universelle », Stallman anticipait donc, sans le savoir, l'arrivée du mouvement Wikimédia, qui ne se concrétisa que bien des années plus tard. Quant à la soixantaine de paragraphes qui décrivent son projet, on y retrouve, dans une forme presque identique, les cinq principes fondateurs qui ont guidé la création de Wikipédia et qui sont toujours actifs à ce jour.
Le premier consiste bien sûr à créer une encyclopédie ; le deuxième réclame une neutralité de point de vue, chose que Stallman expliquait déjà en écrivant qu’« en cas de controverse, plusieurs points de vue seront représentés » ; le troisième implique le respect des droits d’auteur et l’adoption d'une licence libre, celle précisément dont Stallman avait été l'initiateur ; le quatrième inscrit le projet dans une démarche collaborative, alors que Stallman précisait déjà que « tout le monde est le bienvenu pour écrire des articles » ; et le cinquième enfin, stipule qu’il n’y a pas d’autres règles fixes, une position très courante dans le milieu des hackers dont Stallman faisait partie.
Il apparaît donc clairement que le projet Wikipédia n'était pas une idée originale en soi, mais plutôt une opportunité saisie par la société Bomis pour enrichir sa propre encyclopédie commerciale, Nupedia. Cette dernière avait été lancée en avril 2000, soit environ dix mois avant Wikipédia, et sa rédaction était assurée par des experts engagés au sein d’un processus éditorial strict et formel. Malheureusement pour la firme Bomis, le nombre d’articles ne progressait que très lentement.
Dans le but d'accélérer le processus, Larry Sanger, un docteur en philosophie employé par Bomis pour assurer le rôle de rédacteur en chef de Nupedia, eut l'idée d'installer un logiciel wiki sur les serveurs de son entreprise. L'objectif était d'ouvrir un site web participatif, dans lequel des volontaires pourraient créer des articles encyclopédiques, pour qu'ils soient ensuite intégrés dans le projet commercial. Malgré le manque d’enthousiasme de son employeur Jimmy Wales, Sanger mit ses idées en application, et c'est donc ainsi que débuta l’histoire de Wikipédia, avec sa toute première version en anglais.
C’était le 15 janvier 2001, précisément le même mois où Richard Stallman mit en ligne son propre projet d’encyclopédie libre et universelle, qu'il souhaitait intituler GNUPedia. Étonnamment, les noms de domaine gnupedia .com .net et .org avaient déjà été enregistrés au nom de Jimmy Wales, ce qui obligea Stallman à rebaptiser son projet GNE. Ce fait est d'autant plus surprenant que Wales affirma des années plus tard : « n’avoir eu aucune connaissance directe de l’essai de Stallman lorsqu’il s’est lancé dans son projet d’encyclopédie ».
Le site GNE ne ressemblait cependant pas vraiment à une encyclopédie, mais plutôt à un blog collectif ou une base de connaissance, tandis que sa page d’accueil précisait clairement qu’il s’agissait d’une bibliothèque d’opinion. Quant à sa modération, elle avait demandé d'engager un employé, car elle s'est avérée bien plus compliquée que prévu. À côté de cela, et probablement grâce aux spécificités de l’environnement wiki et aux soutiens apportés par Jimmy Wales et Larry Sanger, Wikipédia réussit à mettre en place une organisation efficace au sein d'une communauté d'éditeurs grandissante.
Peut-être en raison de la concurrence libre faite par le projet GNE, Jimmy Wales décida d'abandonner le copyright que Bomis détenait sur son encyclopédie commerciale Nupedia, pour le remplacer par une licence Nupedia Open Content. Peu de temps après, il décida finalement d'adopter la licence de documentation libre GNU conçue pour protéger les textes de documentation des logiciels libres. Ce dernier choix fut une stratégie payante, puisque cela incita Richard Stallman à transférer tout le contenu de son projet GNE vers Nupedia, et à encourager tout le monde à contribuer sur Wikipédia.
Parmi les autres actions de Jimmy Wales qui ont contribué au succès de Wikipédia, il y eut cette idée d'ouvrir le projet aux « gens ordinaires ». C’était un choix qui s’opposait aux idéaux de Larry Sanger, qui de loin préférait le modèle de Nupedia avec son système de relecture par des experts. Cependant, Jimmy Wales, en tant qu'homme d’affaires, visait une croissance plus rapide du contenu de l'encyclopédie.
Cette croissance ne s'est toutefois pas faite sans difficulté. Le 26 février 2002, en effet, l'Enciclopedia Libre Universal en Español, un projet dissident du projet Wikipédia, fit son apparition. C'était une réaction à de la censure, à l'existence d'une ligne éditoriale et à la possibilité de voir apparaitre des publicités dans Wikipédia. En raison des remises en question que cette séparation suscitait parmi les bénévoles actifs dans les projets, Jimmy Wales renonça finalement à l'usage de la publicité et mit de côté ses visions en matière de profit.
Il faut aussi tenir compte du fait que cet évènement est survenu lors de l'éclatement de la bulle spéculative Internet et du krach boursier de 2001-2002. Une conjoncture qui plaçait la société Bomis dans des difficultés financières, et surtout, dans l'incapacité de payer le salaire de Larry Sanger, son seul employé. En mars 2002 et après un mois d’activité bénévole, l’ex-employé décida alors de quitter les fonctions, qu'il occupait depuis un peu plus d'un an, dans Nupedia et Wikipédia. Avec le seul soutien de Jimmy Wales, les deux encyclopédies purent toutefois poursuivre leurs développements, toujours avec le concours d'experts dans Nupedia et d'une communauté bénévole au niveau de Wikipédia. Néanmoins, en septembre 2003 et vu l'écart qui se creusait entre les deux projets, l'encyclopédie Nupedia fut fermée et ses quelques dizaines d'articles transférées vers les milliers d'autres que comprenait déjà le projet Wikipédia.
Trois ans plus tard, Larry Sanger n’avait pas dit son dernier mot. En septembre 2006, il décida en effet de lancer sur fonds propres une encyclopédie intitulée Citizendium. Cette plateforme écrite en anglais uniquement et toujours active à ce jour, repose sur un système d’expertise, dans lequel les contributrices et les contributeurs doivent déclarer leur identité réelle. En avril 2026 cependant, Citizendium reprenait moins de 2000 articles, tout avancement confondu, tandis que le projet Wikipédia en anglais en regroupait déjà plus de 7 millions.
Voici donc comment est née la plus grande encyclopédie au monde, dont la taille et la visibilité n'avaient jamais été égalées auparavant. Une encyclopédie qui, de plus, s'est rapidement déclinée en de nombreuses versions linguistiques, à l'instar de sa version francophone, lancée moins de quatre mois après le projet original en anglais. Toutes ces versions ont formé les premières bases d’une organisation mondiale, bientôt chapeautée par une fondation. Avant cela, d'autres projets pédagogiques et collaboratifs ont vu le jour au côté de Wikipédia. Intitulés « projets frères », ceux-ci se constituent à leur tour, en de nombreuses versions linguistiques, tout en poursuivant le processus de création du mouvement Wikimédia.
'''Chapitre 8 : L'arrivée des projets frères'''
Dans le but de développer des contenus pédagogiques qui ne trouvaient pas leur place dans Wikipédia, d’autres projets pédagogiques et collaboratifs ont vu le jour, pour former ce que l'on appelle couramment aujourd'hui : l’écosystème Wikimedia. La naissance de tous ces projets, ainsi que les évènements importants qui ont contribué au développement du mouvement, ont été repris dans une ligne du temps réalisée par Guillaume Paumier, à l’occasion du dixième anniversaire de Wikipédia. Grâce à ce graphique, on peut voir en détail l'évolution du nombre de projets, de versions linguistiques, de contributeurs et d'articles, et se faire ainsi une idée sur la vitesse à laquelle s'est développé le mouvement Wikimédia.
Parmi tous les projets frères de Wikipédia, le premier à apparaître fut Méta-Wiki, une plateforme de référence pour centraliser la gestion de l'ensemble des sites web hébergés par la fondation Wikimédia. Dans un premier temps, cet espace communautaire en ligne a répondu à la nécessité de traiter en un seul lieu les questions communes aux différentes versions linguistiques de Wikipédia. Aujourd'hui, le site web est le principal endroit de coordination et de gestion de l'ensemble du mouvement Wikimédia. On y retrouve énormément d'informations au sujet des projets en ligne, et peut-être plus encore, concernant la Fondation et les organismes affiliés.
Après Méta-Wiki, sept autres projets de partage de la connaissance ont fait leur apparition, avant d'être déclinés à leur tour en plusieurs versions linguistiques. Tous ces projets émergent en général sur l’initiative d’un petit groupe de personnes actives au sein d’un projet préexistant. Ce fut le cas du projet Wiktionnaire en anglais, le deuxième projet à voir le jour après Méta-Wiki, en décembre 2002, soit deux ans avant la version francophone apparue en mars 2004.
Il est intéressant d'observer que la version francophone du Wiktionnaire n’a pas été créée à partir du projet anglophone, mais bien depuis le projet Wikipédia en français. D'ailleurs, on peut retrouver dans les archives de ce dernier projet, un débat concernant la pertinence de cette création, dont voici un extrait.
En fait, ce qui me peine vraiment avec le projet Wiktionary, c’est que alors qu’on essaie de rassembler les gens (pas facile) pour créer une sorte de tour de Babel de la connaissance (tâche bien longue et difficile), ce nouveau projet va disperser les énergies pour une raison qui ne me semble pas valable. C’est la création de Wiktionary qui va créer des redondances. À mon avis il existera rapidement des pages sur le même mot, mais ne contenant pas les mêmes informations. Pour quelle raison ces connaissances devraient-elles être séparées ? Les encyclopédies sur papier devaient faire des choix à cause du manque de place, mais nous, pourquoi le ferions-nous ??? "Wikipédia n’est pas un dictionnaire" n’est pas un argument à mon avis... si vraiment c’était pas un dictionnaire, il faudrait virer tout un tas d’article. Je ne comprends vraiment pas cette volonté de séparer la connaissance entre ce qui est "encyclopédique" et ce qui n’est "qu’une définition".
[Réponse]
Pour moi ce qu’est Wiktionary, c’est une partie de Wikipédia s’intéressant plus particulièrement aux aspects linguistiques des mots. La différence que je verrais entre la partie dictionnaire de Wikipédia et sa partie dite encyclopédique, c’est que la partie dictionnaire s’intéresserait au sens des mots eux-mêmes alors que la partie encyclopédie s’attache plus à faire ressortir un état des connaissances à un moment donné. Le pourquoi de la séparation d’avec la partie encyclopédie tient plus à des raisons techniques qu’à une volonté de monter un projet indépendant, en effet, à mon humble avis, un dictionnaire nécessite une plus grande rigueur (de présentation) qu’une encyclopédie. Ceci entraîne beaucoup de problème et entre autres le choix de la mise en forme des articles du dictionnaire.
Créer un nouveau projet, c’est effectivement créer un nouveau site web, qui devra faire l’objet d’une nouvelle gestion, tant pour les serveurs de la Fondation, que pour la nouvelle communauté de contributeurs. L’importation de pages d’un projet à l'autre ou la traduction de celles-ci sont bien sûr toujours possibles, mais cela duplique alors aussi la maintenance et les mises à jour. Le choix de scinder un projet, en faveur d’une plus grande liberté, comporte donc certains coûts humains et financiers.
Ce prix à payer n'a pour autant pas empêché le projet anglophone Wikibooks de faire son apparition le 10 juin 2003, soit près d’un an avant Wikilivres, la version francophone du projet, apparue le 22 juillet 2004. Cette dernière création avait de nouveau été débattue au sein de la communauté Wikipédia en français, et non pas dans le Wikibooks en anglais. Quant à l'objectif commun aux deux projets linguistiques, il était de créer une « bibliothèque de livres pédagogiques libres que chacun peut améliorer ».
Environ un an après la création du projet en anglais, un nouvel espace de noms intitulé Wikijunior fut mis en place au sein de la bibliothèque en ligne. Ce sous-projet avait été créé pour répondre à un financement de la fondation Beck, qui cherchait à promouvoir la production de nouvelles littératures pour des enfants de huit à onze ans. Peu de temps après, cette tranche d’âge fut toutefois élargie de zéro à douze ans au niveau du projet francophone, quand le sous-projet y fut adopté.
Ces deux évènements témoignent ainsi qu'il est toujours possible qu'un sous-projet apparaisse dans un projet Wikimédia. Comme autre exemple, il y a aussi le WikiJournal, un sous-projet développé au sein du projet Wikiversité en anglais et qui reçut le prix de l’Open Publishing Awards en 2019. Une demande fut faite pour qu'il puisse bénéficier d'un nouveau site web dans le but de pouvoir se développer en dehors de Wikiversité. Malheureusement pour les initiateurs, la demande est restée sans suite jusqu'à ce jour, après que le conseil d’administration de la Fondation, chargé de répondre à leur demande, considéra que le projet n’était pas suffisamment abouti.
Il faut savoir qu'avant cela, le projet Wikiversité, dans lequel est né Wikijournal, avait lui-même été un sous-projet du projet Wikibook. Initialement, il visait à « créer une communauté de personnes qui se soutiennent mutuellement dans leurs efforts éducatifs ». Cependant, en août 2005, une longue discussion remit en question l’existence du sous-projet Wikiversité dans Wikibooks. Au terme de celle-ci, la décision fut prise de transférer Wikiversité et son contenu sur le site Méta-Wiki, là où de nouvelles discussions ont abouti à l’idée de faire de Wikiversité un nouveau projet indépendant.
Déjà à l'époque, le conseil d’administration de la Fondation Wikimédia se montrait réticent à l'ouverture de nouveaux projets, et sa réaction fut de demander l'ouverture d'un sondage au sein de la communauté. Celui-ci devait rassembler une majorité des deux tiers en faveur de l'ouverture du nouveau site web. Un résultat qui fut finalement obtenu, mais pas sans de longs débats, dont voici un extrait.
La principale raison pour laquelle la Fondation Wikimédia ne veut pas "lâcher le morceau" est une simple question de bureaucratie et la crainte que le projet ne devienne une autre Wikispecies [un projet de répertoire du vivant]. Wikispecies est une idée cool, mais les "fondateurs" du projet se sont dégonflés à mi-chemin de la mise en place du contenu et ont décidé de faire une révision majeure qui a pris plus de temps que ce que tout le monde était prêt à mettre.
Le même problème s’applique à Wikiversity en ce qui concerne la Fondation, parce que les objectifs et les buts de ce projet ne sont pas clairement définis, et il semble que les participants essaient de mordre plus qu’ils ne peuvent mâcher en proposant une université de recherche multi-collèges entière (avec un statut de recherche et une accréditation) à former de toutes pièces plutôt qu’un simple centre d’éducation pour adultes avec quelques classes.
En novembre 2005 et malgré les résultats du sondage, l'indépendance du projet Wikiversité ne fut toutefois pas acceptée par cinq membres du conseil. Ceux-ci réclamaient une « réécriture de la proposition pour en exclure la remise de titre de compétence, la conduite de cours en ligne, et de clarifier le concept de plate-forme e-learning ». Quand ces rectifications furent faites, le projet bénéficia d'une période d’essai de plusieurs mois, jusqu'à ce que les amendements apportés au projet de départ soient enfin acceptés, le 31 juillet 2006. Ce long temps d'attente était justifié par la création du special projects committee, qui, jusqu'en décembre 2021, fut chargé de soulager le conseil d’administration de la fondation, par rapport aux demandes de création de nouveaux projets Wikimédia.
Un nouveau site, nommé Beta-Wikiversity, fut ainsi créé pour assister le lancement des différentes versions linguistiques de Wikiversité. Durant six mois, son premier objectif a d'abord été l'élaboration des lignes directrices concernant la potentialité de produire des recherches collaboratives au sein du projet. Par la suite, chaque nouvelle version linguistique, développée dans le projet Beta, devait avoir plus de 10 modifications par mois, réalisées par au moins trois personnes distinctes, avant de pouvoir bénéficier de son propre site web.
À l'image de Beta-Wikiversity, le projet Wikisource possède lui aussi un site indépendant pour lancer ces nouvelles déclinaisons linguistiques. Tandis que pour tous les autres projets pédagogiques, ce lancement s'effectue sur la plateforme Wikimedia Incubator, créée à la même époque que Beta-Wikiversity. Ces trois plateformes de lancement ne concernent pas les nouveaux projets, qui doivent faire l'objet d'une acceptation par le conseil d'administration de la Fondation Wikimédia, et qui peuvent avoir pour origines des processus de création divers.
Le projet Wikivoyage, par exemple, fut initialement créé en 2003 dans un Wiki extérieur au mouvement Wikimédia, là où il portait le nom de Wikitravel. Comme cela arrive parfois, ce projet sans but lucratif fut acheté par une entreprise commerciale en 2006. Mais en raison du changement de gouvernance et de l'apparition de publicités, une scission est apparue au sein de la communauté d’éditeurs. Les personnes désireuses de quitter Wikitravel lancèrent alors un nouveau site appelé Wikivoyage, qui reçut en 2007, le Webby Award du meilleur guide de voyage Internet.
L'intégration de Wikivoyage dans l'écosystème Wikimédia n'a cependant été faite qu'en 2012, à la suite d'un appel à commentaires durant lequel 540 personnes furent en faveur de l’intégration du projet, 153 contre, pendant que 6 restèrent sans avis. Comme cette nouvelle déclencha une migration importante depuis Wikitravel vers Wikivoyage, une plainte fut déposée par la société commerciale en charge du premier projet. Celle-ci fut toutefois rejetée et le projet Wikivoyage continua à prendre de l’ampleur au sein du mouvement Wikimédia, avec la création de nouvelles versions linguistiques.
Le cas de Wikivoyage apparait toutefois comme une exception, car en général les nouveaux projets émergent des centaines de candidatures déposées sur le projet Méta-Wiki. Celles-ci se soldent bien souvent par un refus, comme ce fut le cas pour le projet WikiLang dont le but était de lancer un laboratoire linguistique. Quelques rares projets ont pourtant la chance d'être élus. Ce fut notamment le cas en octobre 2012, avec le lancement de la base de données structurée et sémantique Wikidata et de ses extensions Wikibase, ou plus récemment, en 2020, avec l'arrivée du projet Abstract Wikipedia et Wikifunctions.
Sans vouloir entrer dans les détails, il est intéressant de savoir que l'interconnexion entre ces trois projets permet de traduire automatiquement des articles encyclopédiques dans tous les langages naturels pris en charge par le mouvement Wikimédia. Plus précisément, les phrases des articles publiées sur Abstract Wikipédia, sont formulées par des fonctions informatiques produites dans le projet Wikifunctions, dans le but de traiter les informations de la base de données sémantique Wikidata. Autrement dit, un article dans Abstract Wikipédia ne possède qu'une seule page pour toutes les langues, pareillement aux pages d'entités de Wikidata, qui ont pour titre une lettre suivie d'un chiffre.
À la suite de ces explications, on observe donc que ce n'est pas la complexité qui détermine le refus projet, mais plutôt une série de critères comparables à ceux retenus pour supprimer des projets ou versions linguistiques déjà existants. À ce propos, il existe sur Méta-Wiki une liste mise à jour des différents sites hébergés par la Fondation Wikimédia dont l'existence est remise en cause. Dans celle-ci, on retrouve essentiellement des versions linguistiques de projets qui n’ont pas réussi à poursuivre leurs développements, bien qu'un projet entier soit toujours susceptible d'être mis à l'arrêt. C'est d'ailleurs ce qui est arrivé aux 31 versions linguistiques du projet Wikinews, qui, en date du 4 mai 2026, soit 22 ans après le lancement du site anglophone, sont accessibles en mode lecture uniquement.
Dans le cas de Wikinews, ce fut le manque d'activité qui apparut comme principale justification de la suspension du projet. Cependant, d'autres raisons pourraient être invoquées, comme le prouve cet épisode de 2005, où, peu de temps après son lancement, la version francophone du recueil de citations Wikiquote a bien risqué de disparaitre. Le projet fut effectivement accusé d’avoir récupéré le contenu d’une base de données soumise à un droit d’auteur, incompatible avec la licence Creative Commons appliquée sur l’ensemble des projets pédagogiques Wikimédia. Lorsqu'une plainte fut adressée à l’association Wikimédia France, pour être ensuite relayée sur le site Méta-Wiki, il fut bien question de fermer le projet. Après de longues discussions, celui-ci fut maintenu, mais avec pour conditions de repartir de zéro, et d’établir une charte pour garantir la traçabilité des citations reprises par le projet.
Voici donc de quoi se faire une idée sur la manière dont les projets pédagogiques et leurs déclinaisons linguistiques apparaissent et disparaissent au sein du mouvement. Les exemples repris ci-dessus suffisent effectivement pour comprendre les principes généraux qui sous-tendent leurs créations. En dehors de Méta-Wiki, Wikidata, Wikifunctions, Abstract Wikipédia et Wikimedia Commons, qui ne sont pas des projets de contenu pédagogique à proprement parler, tous les autres projets semblent effectivement provenir d’un désir de spécialisation d’un projet préexistant.
L'idée est généralement débattue dans un projet de même langue, avant de relayer la discussion vers le site Méta-Wiki. Si le projet y est jugé pertinent, il fait alors l'objet d'une candidature qui doit actuellement être soumise au groupe de travail des projets frères du comité des affaires communautaires de la Fondation Wikimédia. Quant aux nouvelles versions linguistiques, elles doivent être aujourd'hui soumises à l'approbation du comité des langues, avant d'être testées sur les plateformes Incubator, Beta-Wikiversité ou Wikisource Multilingue, dans le but de bénéficier d’un site web indépendant.
Après ces explications concernant les projets frères et leurs variations linguistiques, il nous reste encore à parler des sites qui ont un lien avec le mot Wiki, soit par leur nom, soit par le logiciel utilisé. En 2024 effectivement, plus de 22 600 d'entre eux étaient répertoriés, dont plus de 95 % sans aucun lien avec le mouvement Wikimédia, en dehors du fait, peut-être, qu’ils utilisaient le logiciel MediaWiki développé par la Fondation Wikimédia.
WikiLeaks par exemple, créé par Julian Assange dans le but de publier des documents classifiés provenant de sources anonymes, n’est ni un projet Wikimédia, ni un site collaboratif. Quant au recueil universel et multilingue de guides illustrés WikiHow, si celui-ci fonctionne pour sa part de manière collaborative et avec le logiciel MediaWiki, il n'a pourtant aucun lien avec le mouvement Wikimédia. D'ailleurs, son ergonomie, radicalement différente de celle des projets Wikimédia, permet de le comprendre au premier coup d’œil.
En revanche, Wikimini, l'encyclopédie libre pour les enfants, a une apparence tout à fait comparable à celle des projets Wikimédia, alors que le projet n’a jamais été accepté par la Fondation. Quant aux projets WikiTribune et Fandom, l'ambiguïté qu'ils entretiennent avec le mouvement est d'autant plus grande qu'ils ont été créés par Jimmy Wales, le fondateur de Wikipédia et de la Fondation Wikimédia. Cependant, comme ce sont des projets commerciaux, ils ne peuvent en aucun cas être soutenus par une fondation sans but lucratif.
Au terme de cette présentation, il ne reste plus qu'à signaler que le mouvement Wikimédia ne fut conscientisé que tardivement par rapport à l'apparition des projets Wikimédia et de leurs différentes versions linguistiques. Pour qu'un sentiment de collectivité se manifeste entre tous ceux-ci, il fallut certainement attendre qu'une coordination se développe sur la plateforme Méta-Wiki, mais également que de nombreuses rencontres et associations apparaissent en dehors de l'espace numérique. En ce sens, la naissance du mouvement ne fut pas un événement ponctuel, mais plutôt la réalisation d’un long processus de conscientisation.
'''Chapitre 9 : La conscientisation du mouvement'''
Avant d'aborder la question de la conscientisation du mouvement, il peut être intéressant de découvrir l'origine étymologique du mot « Wikimédia ». Celui-ci est un mot-valise composé du suffixe « média » et du préfixe « wiki » que l’on doit à cette expression hawaïenne « wiki wiki », qui se traduit en français par l'expression : « vite, vite ». Celle-ci fut récupérée une première fois par Ward Cunningham, le créateur du premier moteur Wiki, avant d'être réutilisée dans les noms inventés pour d'autres logiciels de cette même famille. UseModWiki en est un bel exemple, puisqu'il fut le premier programme utilisé par la firme Bomis pour héberger son projet d’encyclopédie collaborative. Raison pour laquelle, sans doute, le terme « wiki » fut utilisé pour créer le mot Wikipédia, en l'associant au suffixe « pedia » qui fait référence au mot anglais encyclopedia, selon un principe qui fut ensuite repris pour tous les autres projets du mouvement.
Le mot Wikimédia, pour sa part, n’est apparu que le seize mars 2003, lors d’une discussion concernant la déclinaison possible de l’encyclopédie en d’autres types de projets éditoriaux participatifs. Durant celle-ci, l’écrivain américain Sheldon Rampton eut l’idée d’associer au terme wiki à celui de « média », afin de mettre en évidence la variété des médias produits et partagés par Wikipédia et ses projets frères. Toutefois, c'est seulement en juin 2008 que Florence Devouard, présidente de la Fondation à cette époque, associe le mot Wikimédia à un mouvement social qu’elle voyait apparaître au sein des projets Wikimédia et de leurs communautés d'usagers.
Affirmer pour autant que ce moment précis coïncide avec la naissance du mouvement Wikimédia serait quelque peu arbitraire. Car si l’on peut déterminer plus ou moins facilement l’apparition d’une expression dans des archives, tout le monde sait qu’un mouvement social ne se forme pas en un seul instant. Dans le contexte du mouvement Wikimédia, sa naissance est bien sûr liée à celle du projet Wikipédia, mais également à tout ce qui permit la création de cette encyclopédie libre. Dans une autre perspective encore, on peut dater l'apparition du mouvement Wikimédia au 20 juin 2003, date de la création de la fondation qui porte le même nom. Ou pourquoi pas, associer la création du mouvement à la mise en ligne de la plate-forme Méta-Wiki, qui en représente le principal lieu de coordination.
Toujours est-il que l’expression « Wikimedia movement » est bien apparue en juin 2008, sous la plume de Florence Devouard. Cela s'est passé sur la liste de diffusion de la Fondation et peu de temps avant qu'elle quitte son poste de présidente. Dans son message, elle partageait l'idée de placer sous le nom de domaine Wikimedia.org un site vitrine de présentation du mouvement Wikimédia qu'elle concevait de la sorte.
Le mouvement Wikimédia, comme je l’entends est
– une collection de valeurs partagées par les individus (liberté d’expression, connaissance pour tous, partage communautaire, etc.)
– un ensemble d’activités (conférences, ateliers, wikiacadémies, etc.)
– un ensemble d’organisations (Wikimedia Foundation, Wikimedia Allemagne, Wikimedia Taïwan, etc.), ainsi que quelques électrons libres (individus sans chapitres) et des organisations aux vues similaires.
Avec autant de détails et d'explications, un tel message ne pouvait qu'accélérer la prise de conscience au sein du mouvement. Dans tous les cas, il mettait en évidence que les personnes actives dans les projets éditoriaux en ligne ou dans les organismes affiliés, faisaient partie de ce que Ralf Dahrendorf appelle un « quasi-groupe ». Ou autrement dit, un ensemble d’individus qui ont un mode de vie semblable, une culture commune, mais dont les points communs ne gravitent pas autour d’une prise de conscience de leur position commune dans la relation d’autorité.
Après la naissance de Wikipédia et de nombreux projets frères, une dizaine d’années a donc été nécessaire pour que le mouvement Wikimédia prenne conscience de son existence. Aujourd’hui encore, et comme cela a déjà été vu, de nombreuses personnes actives dans les projets pédagogiques ne réalisent toujours pas qu’elles participent aux activités d’un mouvement social. Cela, contrairement aux personnes investies dans les activités en présentiel organisées au sein du mouvement, qui sont généralement plus conscientes de leur engagement. C’est là une raison de croire que le développement de la Fondation Wikimédia et de ses organismes affiliés a joué un rôle important dans l'apparition d'un sentiment d’appartenance.
'''Chapitre 10 : La création des organismes affiliés'''
Si c’est grâce à l’arrivée des groupes et des organismes affiliés à la Fondation Wikimédia que l’idée du mouvement est probablement apparue, il est alors intéressant d'en décrire les processus de création. Mais puisque cela représente plusieurs centaines d’instances spécifiques, regroupées en plusieurs catégories détaillées en seconde partie d'ouvrage, aborder ici l’histoire de chacune d’entre elles serait une entreprise beaucoup trop fastidieuse.
De plus, s’il existe énormément d’archives numériques concernant la naissance des sites Wikimédia, ce n’est pas le cas pour ces organismes affiliés. Un bon nombre de ceux-ci se sont effectivement formés durant des rencontres ou des réunions hors ligne qui n'ont fait l’objet d’aucun enregistrement. Du reste, une bonne part des échanges effectués au sein de ces associations s'organise par des canaux de communication privés auxquels seuls les membres actifs ont accès.
Puisque je suis l'un des membres fondateurs, je me limiterai donc ici à parler de l’association Wikimédia Belgique. Celle-ci fut fondée le huit octobre 2014 en tant qu’association sans but lucratif, avant d'être reconnue le six août 2015 par le conseil d’administration de la Fondation Wikimédia. Après plus de trois ans d’activités et de rencontres et sous l’impulsion de Maarten Deneckere qui assuma le premier mandat de présidence, nous étions 8 personnes à signer la première version des statuts de l’association.
Jusqu’à ce jour, l’objet social de Wikimedia Belgique est d' « impliquer tout un chacun dans la connaissance libre ». Contrairement à l'association Wikimédia Deutchland, la première à voir le jour en 2004 et qui rassemblait déjà en 2021 plus de 85 000 membres et près de 150 employés, l’association belge n'a qu'une seule employée à temps partiel et 150 membres en 2025.
Avant d’être reconnues par le comité d’affiliations chargé de seconder le conseil d’administration de la Fondation, toutes les associations nationales, dites « chapters » en anglais, et toutes les autres organisations affiliées doivent réaliser de nombreuses démarches. Celles-ci consistent à répondre à un ensemble de prérequis qui ont évolué suite à la création d'un comité décisionnel en avril 2006. Ces obligations diffèrent entre les groupes d’utilisateurs et d'utilisatrices et les associations locales ou thématiques. Parmi ceux-ci, on retrouve toutefois : un nombre minimum de membres et de référents, une mission et un règlement d’ordre intérieur conformes aux attentes du mouvement, la remise de plans et de rapports d’activités annuels, etc.
On comprend donc qu’il n’est pas évident de créer une nouvelle instance au sein du mouvement. Pour bénéficier du soutien logistique et financier de la Fondation réservé aux organismes affiliés, c’est ainsi toute une série de rapports qu’il faut alors transmettre à divers comités et commissions chargés de leurs évaluations. Cela représente une quantité de tâches administratives qu’il n’est pas toujours facile d’assumer, surtout lorsque les membres de l’organisme affilié sont tous des bénévoles. D’où sans doute cette régulière disparition d’affiliations, pendant que d’autres se créent ou réapparaissent en fonction des énergies et du dynamisme disponibles dans les équipes.
Les activités liées à la récolte et à la redistribution des dons offerts au mouvement, ainsi que les autorisations d’usage de marques déposées, contrastent donc avec les valeurs de libre partage et d’autonomie décrites dans les projets pédagogiques. Cela semble confirmer que la partie hors ligne du mouvement est plus influencée par les habitudes d’un système économique dominant, contrairement à la partie en ligne qui semble plus fidèle à l’héritage de la contre-culture.
'''Chapitre 11 : L'héritage d'une contre-culture'''
Au terme de cette première partie d’ouvrage, il devient évident que la révolution numérique, que l’on considère généralement comme une révolution technique, fut aussi, et peut-être avant tout, une révolution sociale et culturelle. Quant à l'histoire de Wikimédia, reprise ici depuis les origines de son encyclopédie jusqu'à l'apparition de ses organismes affiliés, elle nous fit découvrir comment les idées de la contre-culture des années 1960 furent transmises au mouvement.
En cas de doute, observons encore que Richard Stallman, celui qui a créé les concepts de licence et d'encyclopédie libre, fut désigné par certains comme le gourou de la contre-culture hacker et le père du système d’exploitation hippie. Une culture hippie, dont il est aussi troublant de constater que le renversement de son logo ressemble étrangement à celui du mouvement Wikimédia.
Incontestablement et au travers du mouvement des logiciels libres, le mouvement Wikimédia a donc bien hérité des valeurs produites par les mouvements sociaux des années 1960. Des valeurs qui aujourd'hui contrastent fortement avec la marchandisation et la capitalisation du monde, dont l'espace web ne fait jamais que refléter ce qui se passe dans le reste de la société humaine. Or, ce phénomène ne date pas d'hier. En 2008 déjà, André Gorz, ce philosophe parmi les pères de la décroissance et théoricien de l’écologie politique, constatait déjà que :
La lutte engagée entre les "logiciels propriétaires" et les "logiciels libres" [...] a été le coup d’envoi du conflit central de l’époque. Il s’étend et se prolonge dans la lutte contre la marchandisation de richesses premières – la terre, les semences, le génome, les biens culturels, les savoirs et compétences communs, constitutifs de la culture du quotidien et qui sont les préalables de l’existence d’une société. De la tournure que prendra cette lutte dépend la forme civilisée ou barbare que prendra la sortie du capitalisme.
Dans cette lutte et avec le seul nom de domaine non commercial parmi le top 100 des sites les plus fréquentés du Web, la galaxie Wikimédia apparait donc comme un des derniers lieux numériques de liberté, de partage et d'égalité. Un lieu qui, de plus, est connu mondialement, grâce au succès des plus de 350 déclinaisons linguistiques de Wikipédia, et sans pour autant récolter d'informations sur l’identité et le comportement des internautes. Cela alors que cette pratique est considérée, par certains, comme un « nouvel or noir » pompé du Web, pendant que d’autres préfèrent parler de « capitalisme 3.0 » ou de « capitalisme de surveillance » .
Évidemment, les enjeux de cette lutte sont difficiles à comprendre. La complexité de l’infrastructure informatique, mais également le fait que tout cela s'inscrit dans une révolution que Rémy Rieffel décrit comme « instable et ambivalente, simultanément porteuse de promesse, et lourde de menaces », ne facilitent pas les choses. Cela d'autant plus que tout cela se place « dans un contexte où s’affrontent des valeurs d’émancipation, et d’ouverture d’un côté et des stratégies de contrôle et de domination de l’autre » .
En fait d’ambivalence, il est surprenant d'apprendre, par exemple, que Jimmy Wales, fondateur de Wikipédia et de la fondation Wikimédia, est un adepte de l’objectivisme, alors que cette philosophie voit le capitalisme comme un idéal de société et l’égoïsme rationnel, comme une morale. Puis, concernant l'instabilité du numérique, il y a ces appels répétés de Tim Berners-Lee au sujet de la « redécentralisation » et de la « régulation » d'un espace web qu'il avait conçu dans un esprit tout à fait opposé. Quant aux pionniers d'Internet, ils n'ont probablement pas imaginé que leur création permettrait un jour, à des milliards d’objets connectés, de rapporter, rien qu'en France et en 2021, plus de 2,6 milliards d’euros.
Quant à la question du contrôle et au-delà de ce qui est opéré par les firmes commerciales, c'est bien sûr du côté des États qu'il faut porter son attention. Face à un mouvement qui veut s’émanciper des contrôles, par moins de 18 pays ont déjà censuré Wikipédia et parfois même l'ensemble des projets frères. Ce fut le cas par exemple pour la Turquie, la Russie, l'Iran, mais également le Royaume-Uni, la France et l'Allemagne, et c'est même le cas de manière permanente en Chine, depuis 2004.
Dans certains cas, des procédures juridiques ont été utilisées pour intimider les membres du mouvement. C'est arrivé en France lorsque le directeur de l'association Wikimédia fut menacé de poursuites pénales par la Direction Centrale du Renseignement Intérieur, après un refus de supprimer un article qui traitait d’une station militaire dans Wikipédia. Par chance, ce qui s'est passé en France ne dépassa pas le stade de l'intimidation. En Biélorussie cependant, Mark Bernstein, un contributeur aux projets Wikimédia, fut condamné à quinze jours de prison ferme, assortis de trois ans d’assignation à résidence, pour des propos tenus au sujet de la guerre en Ukraine. Cela sans oublier qu'actuellement, ce sont les conservateurs à la tête des États-Unis qui « veulent la peau de Wikipédia » en cherchant à obtenir l'identité réelle de certains contributeurs.
Le contrôle et le non-respect de la vie privée font ainsi appel à la figure emblématique du lanceur ou de la lanceuse d'alerte, dont la posture contestataire fait penser à celle des personnes actives dans la contre-culture des années 1960. Parmi ceux-ci, on dit de Julian Assange, Edward Snowden et Chelsea Manning, qu'ils « ont perdu leur liberté pour défendre la nôtre ». De manière similaire, on pourrait donc aussi dire que les Wikimédiens Aaron Swartz, Bassel Khartabil, Pavel Pernikov, Ihor Kostenko et Mark Bernstein, se sont sacrifiés pour la liberté, le partage et la vérité.
Dans Wikimédia et comme ce fut expliqué dans l'introduction de cet ouvrage, une alerte peut prendre la forme d'un appel à commentaires en réaction à une décision ou une situation observée au sein du mouvement. C'est même là une pratique institutionnalisée, qui fait l'objet d'une procédure d'accompagnement et de suivi. Toutes ces alertes concernent les dérives de certains projets, mais également de certaines associations dont la proximité avec le système économique n'aide pas au respect des pratiques et des valeurs développées en ligne.
Dans ce qui apparait aux yeux de certains comme un « bazar libertaire », les choix et règles édictés dans la sphère hors ligne du mouvement ne plaisent pas toujours aux membres des communautés en ligne. Ce qui n'empêche toutefois pas les projets éditoriaux d'avoir leurs propres règles et des recommandations, ni de voir apparaitre, en 2020 et dans l'ensemble du mouvement, un code de conduite universel, qui détermine le « référentiel minimum des comportements acceptables et inacceptables ».
L'idéologie transmise à Wikimédia, décrite en partie par Steven Levy dans son ouvrage L’Éthique des hackers est donc plus subtile qu'un simple refus d'autorité. Dans un esprit de partage, d'ouverture, de transparence, de liberté, d'égalité et d'autonomie, c'est une structure très complexe, tout en étant cosmopolite et mondiale, que le mouvement réussit à mettre en place. Une organisation qui, finalement, apparait très inspirante dans la manière de faire communauté aujourd'hui, et au sein d'un monde toujours plus global et numérique.
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Lionel Scheepmans
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text/x-wiki
'''LE MOUVEMENT WIKIMÉDIA.'''
'''Dernier partage altruiste de la connaissance libre ?'''
De Lionel Scheepmans.
Avec l'aide de la communauté Wikimédia.
'''Quatrième de couverture.'''
'''Le mouvement Wikimédia, l'aventure inspirante d'une organisation mondiale et altruiste, au service d'un savoir libre et vérifiable.'''
Quel est ce seul acteur à but non lucratif présent dans le top 100 des sites les plus visités sur le Web ?
Comment incarne-t-il l’expression la plus visible des valeurs de liberté, d’égalité et de partage, héritées de la révolution numérique et des mouvements sociaux des années 1960 ?
Comment, à partir de Wikipédia et suite à la création d’une quinzaine de projets frères, distribués en centaines de versions linguistiques, le mouvement social Wikimédia a imaginé un monde dans lequel le savoir se produit et se partage librement ?
Et comment, en toute autonomie, des dizaines de projets pédagogiques, édités par des millions de bénévoles, soutenus par une fondation et près de 200 associations et groupes locaux, produisent-ils la plus grande intelligence collective au monde ?
Avec de nombreux codes QR, cet ouvrage répond à ces questions, tout en permettant de mieux comprendre le monde global et numérique qui nous entoure.
Lionel Scheepmans est docteur en sciences politiques et sociales, militant de la culture libre et professeur d’anthropologie numérique. Il occupe plusieurs postes d’administrateur au sein du mouvement Wikimédia qu’il observe de manière participative depuis 2011. Ses travaux universitaires, du master à la thèse de doctorat, furent consacrés à l’organisation et aux enjeux de Wikipédia et du mouvement Wikimédia.
'''Avant-propos'''
Pour offrir un confort de lecture sur papier sans perdre la puissance du numérique, des codes QR sont affichés tout au long de cet ouvrage. À l’aide d’une tablette ou d’un smartphone, ils offrent un accès direct à ce qui serait coûteux ou impossible à imprimer.
Par exemple, le code QR 1, présent à la fin de cette page, donne accès directement à la page web qui reprend l’intégralité de l’ouvrage. Une fois sur celle-ci, on peut alors visionner les illustrations en couleur ou les enregistrements qui s’y trouvent et consulter ensuite leurs pages de descriptions en cas de besoin. Cette version numérique comprend aussi de nombreux hyperliens pointant vers Wikipédia et d’autres sites du mouvement Wikimédia, où se trouvent des compléments d’informations et leurs mises à jour.
Pour économiser du papier lors de l’impression, la section regroupant les notes et les références de l’ouvrage n’est disponible qu’au format numérique, mais est directement accessible via le code QR 2 repris ci-dessous. Grâce aux indices de renvoi chiffrés et placés en exposant dans le texte imprimé, il est alors possible, au départ d'un smartphone ou d'une tablette, de retrouver les notes et les références en fonction de leur numérotation. Lorsque la référence correspond à une page web, un lien pointant vers le projet Internet Archive s’y trouve repris, pour garantir un accès aux archives des pages citées dans l’ouvrage, si jamais elles avaient disparu du web. Quant aux pages toujours existantes, elles restent accessibles via leurs hyperliens originels, pour consulter leurs éventuelles évolutions.
Étant donné que ce livre est produit sur une plateforme collaborative, tout le monde est invité à améliorer les prochaines versions. On peut le faire en corrigeant des fautes d’orthographe ou de syntaxe sur les pages web qui constituent les différents chapitres de l’ouvrage, ou encore en apportant des commentaires sur les pages de discussion qui leur sont associées. Cela peut se faire très simplement en cliquant sur « Modifier » , quand on est sur la page d'un chapitre, et sur « Ajouter un sujet » lorsque l'on est sur une page de discussion.
Une page de discussion générale est aussi accessible grâce au code QR 3. Elle permet de commenter le livre dans son ensemble, ou de poser une question à son sujet. Il suffit pour cela d’indiquer un titre dans le champ « Démarrer un nouveau sujet », avant d'écrire le contenu de son message dans l’encadré situé juste en dessous, et de cliquer finalement sur le bouton « Ajouter un sujet de manière anonyme », pour publier celui-ci.
Enfin, pour ceux qui voudraient agrémenter leur lecture d’un fond sonore relaxant et original, le code QR 4 donne accès à une page web qui diffuse une musique mélodieuse. Celle-ci est composée de sons spécifiquement produits chaque fois qu’une modification est apportée sur un projet Wikimédia, ou qu’un nouveau compte y est créé. Ce dispositif ingénieux offre ainsi, aux lecteurs qui le souhaitent, une ambiance sonore particulièrement confortable, ainsi qu’une nouvelle expérience immersive au sein du mouvement Wikimédia.
'''Introduction : Wikimédia n’est pas Wikipédia.'''
Depuis le succès initial de Wikipédia, une myriade de projets de partage des connaissances, d’organisations et de groupes de soutien ont émergé pour former ce qu’on appelle aujourd’hui le mouvement Wikimédia. Même si l’encyclopédie libre reste l'activité phare du mouvement à ce jour, il serait regrettable de réduire l’ensemble du mouvement à cet unique projet pédagogique. Malheureusement, il arrive bien trop souvent qu'une seule version linguistique de Wikipédia suffise pour cacher l’étendue de la forêt Wikimédia.
En réalité, Wikimédia représente un mouvement social, international et interculturel complexe, au sein duquel Wikipédia n’est qu’une composante parmi d’autres. Dans le cadre d'un mémoire de master, on peut ainsi fournir en quelques mois une ethnographie du projet Wikipédia en français. Alors que pour synthétiser les origines, l’organisation et les dynamiques globales du mouvement Wikimédia, une thèse de doctorat et cinq années de recul supplémentaires furent nécessaires.
À la fin de l'année 2025, l’ampleur numérique du mouvement est effectivement impressionnante. Chaque mois, des millions de modifications bénévoles sont effectuées sur plus de 500 millions de pages, réparties sur plus d’un millier de sites web, dont 358 seulement, correspondent aux versions linguistiques de Wikipédia. Ce qui prouve donc clairement que les activités en ligne portées par l'ensemble du mouvement Wikimédia dépassent largement ce qui se passe au sein de l’encyclopédie.
Il existe ainsi cinq autres espaces collaboratifs d'écriture susceptibles d'atteindre un jour l'envergure et la notoriété de Wikipédia, avec un objectif et un fonctionnement spécifiques à chacun. De manière détaillée, Wikilivres crée des livres pédagogiques ; Wikiversité rassemble des supports d'enseignement et des travaux de recherche ; Wikivoyage développe un guide touristique mondial ; Wikispecies établit un répertoire du vivant, tandis que Wiktionnaire définit des mots de toutes les langues, dans toutes les langues.
Contrairement à Wikipédia, tous ces projets ne sont pas soumis à une neutralité de point de vue, ni limités à l'usage de sources secondaires reconnues, au niveau de la rédaction des articles. La plupart d'entre eux acceptent aussi la publication de travaux de recherche ou de productions personnelles, alors que cela est tout à fait interdit dans Wikipédia.
Selon l'étymologie du mot encyclopédie, le but de Wikipédia est en effet de synthétiser ou, plus précisément, d'encercler le savoir humain déjà préexistant. Cette contrainte éditoriale limite donc les contributeurs et contributrices à l'usage de sources secondaires et tertiaires présentes dans des publications externes au projet. De ce fait, Wikipédia reproduit fatalement les biais systémiques, tels que les déséquilibres et les surreprésentations de genre et de culture, présents dans un monde de l'édition majoritairement occidental. Or, cette impasse éditoriale propre à Wikipédia n'existe pas dans les autres projets pédagogiques.
Comme ces projets frères, Wikipédia n'est pas non plus un projet complètement autonome des autres projets Wikimédia. L'encyclopédie compte en effet sur le projet Wikimedia Commons pour héberger l'ensemble de sa médiathèque. Elle utilise ensuite le contenu du projet Wikidata comme base de données structurée. Quant aux personnes qui produisent l'encyclopédie, elles peuvent aussi puiser leurs sources dans la bibliothèque Wikisource ou se référer à des citations d'auteurs collectées dans le projet Wikiquote. Tout cela sans oublier que des dizaines de sites web traitent l'archivage permanent de Wikipédia et des autres projets Wikimédia, dans le but de fournir des analyses précieuses et totalement libres d’accès.
Enfin, il faut aussi garder à l'esprit qu'au-delà de tous ces sites web, Wikimédia, c'est aussi de nombreuses institutions et organisations affiliées au mouvement et dispersées dans le monde. Autour de la Fondation Wikimédia chargée de la gestion et de l’organisation internationales, avec près de 650 salariés de nationalités diverses, se regroupent des centaines d'organisations satellites. Parmi celles-ci, on retrouve 2 associations thématiques, 40 associations locales, dont Wikimedia Deutschland qui regroupe plus de 170 employés, et finalement 141 groupes d’utilisateurs et utilisatrices.
Tout ce qui vient d'être exposé dans cette introduction justifie donc la nécessité de distinguer le mouvement Wikimédia du projet Wikipédia. Imaginons seulement que l’on se limite à citer Paris pour décrire et comprendre un pays aussi vaste que la France. Certes, Paris est une ville mondialement connue et qui compte plus de deux millions d’habitants et un patrimoine culturel impressionnant. Mais est-ce pour autant qu'il faudrait oublier les autres villes, villages et métropoles françaises ? Sans compter que la France regroupe aussi des départements et des territoires d’outre-mer et qu'elle entretient des relations et des partenariats internationaux qui dépassent de loin ce qui se passe entre Paris et le reste du monde. Ne pas confondre le mouvement Wikimédia avec le projet Wikipédia relève donc du bon sens.
En 2019 cependant, la Fondation Wikimédia a envisagé de se renommer en Fondation Wikipédia et de remplacer le terme « Wikimédia » par celui de « Wikipédia » partout où ce terme est utilisé dans la sphère hors ligne du mouvement. Le but était d’acquérir une plus grande visibilité et d’attirer des milliards de personnes, grâce au nom de marque Wikipédia, considéré comme l’un des plus connus au monde. Ce changement n’a toutefois pas été accepté par de nombreuses personnes actives au sein du mouvement. En janvier 2020, ces opposants ont ainsi créé une page d’appel à commentaires, qui fut le siège d’un long débat. À l’issue de ce dernier, 73 représentants d’organisations affiliées et 984 personnes ont signé une lettre ouverte adressée à la Fondation, qui comprenait le paragraphe suivant.
« Depuis 20 ans, les bénévoles ont bâti la réputation de Wikipédia en tant que ressource indépendante et communautaire. Les projets du mouvement Wikimédia, dont Wikipédia, se développent autour de la décentralisation et du consensus. Il est essentiel d’établir des distinctions claires entre la Fondation Wikimédia, les affiliés et les contributeurs individuels. Tout changement qui affecte cet équilibre exige le consentement éclairé et la collaboration des communautés. Il est donc très préoccupant de voir Wikipédia présenté pour le nom de l’organisation et du mouvement malgré le mécontentement général de la communauté. »
En s’opposant aux idées de la Fondation, ces membres de la communauté Wikimédia ont ainsi fait preuve de sagesse. De plus, ils ont signalé dans de nombreux commentaires que beaucoup de personnes connaissent le mouvement Wikimédia uniquement au travers de son encyclopédie. Il est même étonnant d'observer que la méconnaissance du mouvement existe au sein même de sa propre communauté. Comme exemple, on peut observer que l'article Wikipédia en anglais, consacré au mouvement Wikimédia, ne s’est développé qu’à partir de 2016, tandis que celui de la version francophone de l'encyclopédie, n’est apparu qu’en 2019. Quant aux autres versions linguistiques, il est tout aussi étonnant de constater qu'en octobre 2025, seulement 39 d'entre elles, sur un total de 358, possédaient un article dédié au mouvement Wikimédia.
Tous ces éléments justifient donc la nécessité d’offrir au monde, une meilleure connaissance du mouvement Wikimédia et des nombreux projets et organisations, qui participent à sa mission de partage du savoir. En ce sens, ce livre est une contribution importante aux défis stratégiques que doit relever le mouvement Wikimédia à l’approche de 2030. Car au-delà des résolutions prises pour développer de nouveaux processus participatifs et délibératifs concernant les questions de marque, c’est avant tout un travail d’information et de sensibilisation à destination du public qu'il reste à faire.
'''Première partie : La naissance du mouvement Wikimédia.'''
Il existe dans l'espace web, une multitude d’archives permettant de retracer les événements, qui ont conduit à la naissance du mouvement Wikimédia. Cette « préhistoire » du mouvement peut notamment être explorée grâce au réseau d’éducation populaire Framasoft, dont le site est apparu environ un an avant la création de la version francophone de Wikipédia. On trouve sur cette plateforme une mine d’informations concernant les logiciels libres et la culture libre, soit deux épisodes majeurs de l’histoire de l’informatique et d’Internet, malheureusement méconnus du grand public.
Grâce à Framasoft et bien d’autres associations, il est possible de découvrir l’organisation et les motivations des millions de personnes qui participent au mouvement du logiciel libre. On peut apprend par exemple, que ce mouvement politique et social, au sein du milieu informatique, a été initié en 1983 par [[w:fr: Richard Stallman|Richard Stallman]]. Programmeur du [[w:Massachusetts_Institute_of_Technology|MIT]] à cette époque, c'est en effet lui qui fut le premier à proposer une alternative à la marchandisation du secteur informatique.
La philosophie de libre partage, apparue au sein du projet de Stallman, reflétait une certaine éthique et une organisation de travail originale, développées au sein d’une sous-culture, en vogue dans le milieu informatique depuis les années 1950. Celle-ci fut documentée dans de nombreux ouvrages, dont « L’éthique hacker », un livre remarquable, dans lequel le philosophe finlandais, Pekka Himanen, analyse en détail les origines de la culture hacker.
Un simple extrait de sa quatrième de couverture, repris ci-dessous, permet d’appréhender la manière de penser de ces informaticiens, rejoints par Richard Stallman durant ses études universitaires, avant d'en devenir l’une des figures les plus charismatiques.
« On considérait jusqu’à présent le « hacker » comme un voyou d’Internet, responsable d’actes de piratage et de vols de numéros de cartes bancaires. Le philosophe Pekka Himanen voit au contraire les hackers comme des citoyens modèles de l’ère de l’information. Il les considère comme les véritables moteurs d’une profonde mutation sociale. Leur éthique, leur rapport au travail, au temps ou à l’argent, sont fondés sur la passion, le plaisir ou le partage. Cette éthique est radicalement opposée à l’éthique protestante, telle qu’elle est définie par Max Weber, du travail comme devoir, comme valeur en soi, une morale qui domine encore le monde aujourd’hui. »
En introduisant cette première partie d'ouvrage de la sorte, nous pouvons déjà comprendre que le mouvement Wikimédia plonge ses racines dans une transition culturelle remplie d’utopie. Une utopie qui s’oppose notamment à ce que l’historien et anthropologue Karl Polanyi désignait, en 1944 déjà, comme un libéralisme économique qui « subordonne les objectifs humains à la logique d’un mécanisme de marché impersonnel ». Étape par étape et en commençant par analyser cette utopie spécifiquement au niveau du mouvement Wikimédia, voyons maintenant ce qui s'est passé tout au long de cette révolution culturelle et numérique.
'''Chapitre 1 : L'utopie Wikimédia.'''
Au fil du temps, Wikipédia fut perçu comme une utopie en marche, puis comme une utopie réalisée, et finalement comme la dernière utopie collective du Web. Mais qu'en est-il de l'ensemble du mouvement Wikimédia ? Pour nous aider à comprendre ce qui se passe dans la dimension numérique de ce mouvement, voici une métaphore qui décrit un quartier établi au sein d'une ville, imaginée au départ de l'espace web ». Dans cette ville imaginaire, Internet représenterait le réseau routier, pendant que des serveurs informatiques feraient office de bâtiments, et que les pages web qu'ils hébergent, constitueraient les différentes pièces de ces édifices.
En visitant le quartier Wikimédia, on découvrirait donc plus d’un millier de bâtiments. Au sein de ceux-ci et à l’exception de quelques lieux administratifs, chaque pièce peut être visitée gratuitement, mais aussi modifiée au niveau de son contenu. On peut ainsi y ajouter de nouvelles choses, telles que du texte, des photos, des vidéos ou des documents sonores, et même changer ou supprimer ce qui a été créé ou modifié par d’autres. Tout cela, bien sûr, dans le but de rendre ces endroits plus esthétiques, ou plus authentiques et en tenant compte des différentes idées et des éventuelles oppositions de point de vue concernant les aménagements. Pour faciliter l'entente entre les personnes qui s'investissent dans les modifications, chaque pièce des bâtiments Wikimédia possède un espace annexe dédié à la discussion.
Dans la plupart des bâtiments Wikimédia, une personne malintentionnée peut même faire disparaitre tout le contenu d'une pièce. Néanmoins, dans la seconde qui suit, un robot remettra tout en place, avant de transmettre un message concernant le traitement du vandalisme. Lorsqu'une action plus discrète n'est pas détectée par un robot, une personne qui surveille la pièce prendra certainement le relais pour annuler les changements malveillants, et contacter la personne responsable. En cas de multirécidive, celle-ci peut se voir privée de sa capacité de modifier les pièces, soit dans le bâtiment vandalisé, soit dans tout le quartier quand cela se justifie. Après discussion, cette sanction sera mise en application par un administrateur ou une administratrice bénévole, choisi ou choisie par l'ensemble des autres bénévoles qui prennent soin des bâtiments.
On comprend donc que tout le monde peut enrichir, mais également surveiller et protéger les richesses partagées dans le quartier Wikimédia. Il suffit pour cela de rejoindre le mouvement en se créant un compte et de profiter de nombreux outils, dont un système de notification qui envoie un message dès qu'une pièce que l'on veut surveiller est modifiée. Pour créer ce compte, il n'est pas nécessaire de fournir une adresse ou un numéro de téléphone. Les seules informations personnelles indispensables au bon fonctionnement du quartier Wikimédia sont les adresses IP des visiteurs. Car contrairement à ce qui se passe dans les quartiers commerciaux de la grande ville numérique, tels que les GAFAM, NATU, BATX, le quartier Wikimédia ne récolte et ne vend aucune donnée à des fins d'exploitation.
Même les adresses IP enregistrées par le système ne sont pas visibles par les autres visiteurs. Elles sont remplacées par les noms et les pseudonymes fournis lors de la création des comptes, ou masquées par des comptes temporaires pour les modifications faites par des personnes non connectées. Seules quelques personnes accréditées par la communauté pour effectuer des contrôles d’usurpation d’identité ont accès à ces informations. C’est là une précaution nécessaire au bon déroulement des votes qui succèdent parfois aux recherches de consensus concernant l'aménagement du quartier Wikimédia.
Dans cette ville numérique que constituerait l'espace web, Wikimédia apparait ainsi comme le plus grand quartier dédié au partage de la connaissance. Tout d'abord, il y a les plus de 350 bâtiments Wikipédia, chacun dédié à une version linguistique de l'encyclopédie. Toujours séparés en versions linguistiques, on trouve ensuite : les bibliothèques Wikilivres et Wikisource, les bâtiments lexicaux Wiktionnaire, le journal Wikinews, le centre pédagogique et de recherche Wikiversité, le syndicat d’initiative Wikivoyage, le répertoire des êtres vivants Wikispecies et enfin l'institut des citations d’auteurs Wikiquote. Cela sans oublier le musée médiatique Wikimedia Commons et la banque Wikidata, reconnue comme étant la plus grande banque d’informations structurées au monde. Deux bâtiments dont l'une des fonctions principales communes est d’enrichir les pièces situées dans les autres buildings du quartier Wikimédia.
Dans tous ces immeubles, il arrive souvent que plus de la moitié des étages soient uniquement attribués à l'organisation des activités qui s'y déroulent. Chaque bâtiment peut aussi compter sur le soutien d'autres édifices tels que MediaWiki, Wikitech, Phabricator, qui sont trois lieux entièrement dédiés aux maintenances techniques sur l'ensemble du quartier. Concernant les aspects administratifs, c'est dans le bâtiment Méta-Wiki que s'opère la gouvernance générale du quartier, alors que les courriers adressés à ce dernier sont traités en première ligne dans le bâtiment Wikimedia VRT. À la suite de quoi, il ne reste plus qu'à citer le bâtiment Wikimedia Outreach, pour des initiatives de sensibilisation, et le bâtiment du journal Diff Wikimedia, comme lieu de publication d'actualités sur le mouvement.
En dehors de certains aspects techniques, tous ces bâtiments sont gérés exclusivement par des communautés bénévoles, qui sont toujours prêtes à accueillir de nouveaux membres. Les seuls immeubles du quartier qui diffèrent de ce principe sont les bâtiments vitrines de la Fondation Wikimédia et des autres associations Wikimédia qui engagent du personnel. Quant au bâtiment du conseil d'administration de la Fondation, des raisons officielles justifient le fait que la modification de ses pièces est réservée à ces membres et aux employés qui les soutiennent.
Face à tant d'utopies, on en vient donc à se demander comment tout cela fut rendu possible. Mais pour répondre à cette question, il faut alors parcourir tout un pan de l'histoire de la révolution numérique, depuis la contre-culture des années 1960 jusqu'à nos jours. On y découvre que les pionniers du réseau Internet étaient des chercheurs et étudiants en informatique, fortement influencés par de nouvelles idéologies, telles que celles qui furent à la source des évènements de mai 68 en France. C'est donc de là que naîtra la philosophie de partage, de liberté, de décentralisation et ce mode d’organisation tout à fait spécifique, que l'on observe aujourd'hui au sein du mouvement Wikimédia.
Il y eut tout d'abord la création d'Internet, comme réseau mondial de communication en libre accès, et le développement du World Wide Web, qui a grandement facilité les interactions humaines à l’échelle planétaire. Puis, ce fut l'arrivée du Web 2.0, caractérisé par l'apparition de nouveaux sites web directement modifiables à l'aide d’un simple navigateur. Or, parmi ceux-ci se trouvent les moteurs de Wiki, dont le plus puissant d’entre eux, MediaWiki, est un logiciel libre développé par la Fondation Wikimédia. Le moment est donc venu d'en savoir plus sur ce type de programme informatique, ainsi que sur le mouvement du logiciel libre, qui a fortement influencé la philosophie et les valeurs véhiculées au sein du mouvement.
'''Chapitre 2 : Le mouvement du logiciel libre.'''
L’un des premiers épisodes de la préhistoire de Wikipédia et du mouvement Wikimédia débuta en septembre 1983, lorsqu’un programmeur du Massachusetts Institute of Technology, appelé Richard Stallman, déposa un message sur la liste de diffusion net.unix-wizards. C’était un appel d’aide pour la création de GNU, un nouveau système d’exploitation qui devait réunir une suite de programmes que tout le monde pourrait utiliser librement sur son ordinateur personnel. Dans son message transmis via ARPANET, le premier réseau informatique à grande échelle qui précéda Internet, Stallman s’exprimait de la sorte.
Je considère comme une règle d’or que si j’apprécie un programme, je dois le partager avec d’autres personnes qui l’apprécient. Je ne peux pas en bonne conscience signer un accord de non-divulgation ni un accord de licence de logiciel. Afin de pouvoir continuer à utiliser les ordinateurs sans violer mes principes, j’ai décidé de rassembler une quantité suffisante de logiciels libres, de manière à pouvoir m’en tirer sans aucun logiciel qui ne soit pas libre.
Le projet de Stallman, qui reçut le soutien nécessaire à son accomplissement, marqua ainsi le début de l’histoire du logiciel libre. Quant à la quantité d’aide fournie, elle permet de croire que Richard Stallman n’était pas seul à voir l’arrivée des logiciels propriétaires d’un mauvais œil. Car pour les membres du projet GNU et du mouvement du logiciel libre en général, un bon programme informatique doit respecter ces quatre libertés fondamentales :
1. La liberté d’exécuter le programme, pour tous les usages.
2. La liberté d’étudier le fonctionnement du programme, et de l’adapter à vos besoins.
3. La liberté de redistribuer des copies, donc d’aider votre voisin.
4. La liberté d’améliorer le programme, et de publier vos améliorations, pour en faire profiter toute la communauté.
Lors de l'apparition du logiciel libre, le marché de l’informatique était de fait en pleine mutation. L'habituel partage des codes informatiques entre les rares étudiants ou chercheurs, qui bénéficiaient d’un accès à un ordinateur, faisait l'objet d'une remise en question. Ce changement faisait notamment suite au Copyright Act de 1976, une nouvelle loi qui autorisait l'application d'un droit d'auteur sur le code informatique, et donc qui permettait d'en interdire le partage ou la réutilisation sans autorisation. Des clauses de confidentialité ont ainsi fait leur apparition, pendant que les employés des firmes informatiques étaient nouvellement soumis à des contrats de confidentialité. C'était la fin de l’entraide et de la solidarité pratiquées chez les pionniers de l’informatique. À sa place s'installaient la concurrence et la compétitivité, bien connues dans le système capitaliste marchand.
Cette mutation coïncidait avec l’arrivée des premiers ordinateurs de taille réduite. Grâce à l’apparition des premiers circuits intégrés, les premiers exemplaires avaient en effet été créés par l’industrie aérospatiale au début des années 1960. Cependant, il fallut attendre le début des années 1980 pour que le prix d’un ordinateur soit suffisamment bas pour en faire un bien de grande consommation. En 1982, le Commodore 64 entrait ainsi dans le livre Guinness des records, avec plus de 17 millions d’exemplaires vendus dans le monde. Mais avant cela, en 1981, l’IBM Personal Computer avait déjà fait son apparition, en proposant une architecture ouverte qui allait servir de modèle pour toute une gamme d’ordinateurs que l’on désigne toujours aujourd’hui par l’acronyme « PC ».
Pour faire fonctionner ses nouveaux modèles d'ordinateurs, la société IBM avait confié à l’entreprise Microsoft, créée en 1975, la mission de les équiper d’un système d’exploitation. Le contrat signé entre les deux firmes fut une véritable aubaine pour le fournisseur des programmes informatiques. Car sans s'en apercevoir, et sans jamais anticiper que son matériel serait cloné à grande échelle, IBM avait en effet permis à Microsoft d'établir un monopole dans la vente de logiciels. Cela fut condamné pour abus de position dominante et vente liée du logiciel avec le matériel informatique, mais sans pour autant empêcher Bill Gates, le principal actionnaire de Microsoft, d'être l'homme le plus riche du monde en 1994.
Toutefois, pendant que Microsoft renforçait sa position dominante, un nouvel événement majeur allait marquer l’histoire du logiciel libre. Celui-ci fut de nouveau déclenché par un appel à contribution, qui fut cette fois posté le vingt-cinq août 1991 par un jeune étudiant en informatique de 21 ans, appelé Linus Torvalds. Via le système de messagerie Usenet, sa demande avait été postée dans une liste de diffusion consacrée au système d’exploitation Minix, une sorte d’UNIX simplifié et développé dans un but didactique, par le programmeur Andrew Tanenbaum.
Loin d’imaginer que cela ferait de lui une nouvelle célébrité dans le monde du Libre, Torvalds entama son message par le paragraphe suivant.
« Je fais un système d’exploitation gratuit (juste un hobby). Il ne sera pas grand et professionnel comme gnu pour les clones 386. Ce projet est en cours depuis avril et commence à se préparer et j’aimerais avoir un retour sur ce que les gens aiment ou n’aiment pas dans minix, car mon système d’exploitation lui ressemble un peu, même disposition physique du système de fichiers pour des raisons pratiques entre autres. »
Bien qu’il fût présenté comme un passe-temps, le projet qui répondait au nom de « Linux », fut rapidement soutenu par des milliers de programmeurs du monde entier, avant de devenir la pièce manquante du projet GNU. En effet, les contributeurs au projet de Stallman n’avaient pas encore terminé l’écriture du code informatique du noyau Hurd, alors qu'il était censé établir la communication entre la suite logicielle produite par GNU et le matériel informatique. C'est donc la fusion des codes produits par les projets GNU et Linux qui permit la création du premier système complet, stable et entièrement libre baptisé GNU/Linux.
Au départ de ce nouveau système informatique, de nombreuses variantes, que l’on nomme communément « distributions », furent créées par des programmeurs de tous horizons. L’une de celles-ci s’intitule Debian et tire sa réputation d'être simultanément libre, gratuite, très fiable et produite par une communauté sans lien direct avec une société commerciale. Quatre qualités qui expliquent pourquoi, Debian sert de base à plus de 150 distributions dérivées, et que de nombreuses organisations l'utilisent, comme le fait la Fondation Wikimédia sur les serveurs qui hébergent les projets qu'elle supporte.
Grâce à la naissance des logiciels libres, le mouvement Wikimédia a donc la possibilité de faire tourner ses serveurs informatiques, avec un système d’exploitation fiable, libre et gratuit. Comme son code source est ouvert, cela permet aussi à la Fondation Wikimédia de le modifier pour répondre aux besoins spécifiques du mouvement. À la suite de quoi, et selon les règles formulées par la communauté du logiciel libre, les modifications faites par la Fondation deviennent à leur tour, gratuitement et librement, utilisables par d’autres personnes ou organismes.
À ce premier héritage reçu par le mouvement Wikimédia, et toujours en provenance des logiciels libres, s’ajoute encore une innovation méthodologique. Dans son article La Cathédrale et le Bazar, Eric Raymond mobilise en effet le terme « cathédrale » pour désigner le mode de production des logiciels propriétaires, en opposition au mot « bazar », qu'il utilise pour qualifier le mode de développement des logiciels libres. D’un côté, il décrit une organisation pyramidale, rigide et statutairement hiérarchisée, comme on peut la voir souvent au sein des entreprises. Tandis que de l’autre, il parle d’une organisation horizontale, flexible et peu hiérarchisée, qu’il a lui-même expérimentée en adoptant le style de développement de Linus Torvalds, à savoir : « distribuez vite et souvent, déléguez tout ce que vous pouvez déléguer, soyez ouvert jusqu’à la promiscuité ».
À l’instar de la métaphore du quartier numérique présentée dans le précédent chapitre, cette manière de décrire les projets open source nous aide donc ici à mieux comprendre ce qui se passe dans le mouvement Wikimédia. D'un côté, on retrouve effectivement cette « ouverture jusqu’à la promiscuité », dans le libre accès accordé aux projets Wikimédia, alors que de l'autre, tout le monde peut rejoindre les projets et associations Wikimédia. Ces deux observations corroborent ainsi l’existence d’un deuxième héritage en provenance du mouvement du logiciel libre. Néanmoins, il nous reste encore à découvrir un phénomène négligé par Eric Raymond durant ses observations, et qui pourtant, a considérablement influencé l'histoire de la révolution numérique. Découvrons donc à présent, la licence libre et le mouvement de la culture libre, dont elle fut à l’origine.
'''Chapitre 3 : Les licences et la culture libres.'''
Dans une biographie autorisée, Christophe Masutti explique à quel point la création de la Licence publique générale GNU, en tant que première licence libre créée par Richard Stallman, représente un épisode majeur de la révolution numérique. Selon lui :
La GPL apparaît comme l’un des meilleurs hacks de Stallman. Elle a créé un système de propriété collective à l’intérieur même des habituels murs du copyright. Surtout, elle a mis en lumière la possibilité de traiter de façon similaire « code » juridique et code logiciel.
Le concept de distribution associé à ce nouveau type de licence fut baptisé « copyleft », par inspiration d’un jeu de mots que Richard Stallman avait trouvé dans un courrier transmis par son collègue Don Hopkins. Le principe novateur de ce concept est d'obliger toute production de code dérivé à se soumettre à la même licence libre que le code d’origine. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle beaucoup de gens parlent de licence « virale » ou « récursive » en faisant référence à celle-ci. Quant à l'importance de cette clause, elle repose sur le fait d'interdire toute privatisation d'un code informatique produit sous licence libre. Sans celle-ci, un tel code risque en effet d'être récupéré, puis modifié, avant d’être placé sous un habituel copyright de type « tous droits réservés », dans le but de commercialiser son usage.
En 2001 et dans la mouvance provoquée par l'arrivée des licences libres, une organisation internationale sans but lucratif, intitulée Creative Commons, a entamé la promotion du partage et la réutilisation de la créativité et des connaissances grâce à la fourniture d’outils juridiques gratuits. Pour ce faire, elle met régulièrement à jour une panoplie de licences inspirées par la GNU, mais spécialement adaptées aux œuvres de l'esprit, telles que les productions littéraires, musicales, photographiques et vidéo, ainsi que les bases de données.
Contrairement aux licences libres fournies par la Free Software Foundation, conçues pour protéger du code informatique, les licences fournies par Creative Commons offrent la possibilité de sélectionner de nombreuses clauses pour protéger une œuvre. Avec le label CC, pour Creative Commons, on peut ainsi appliquer, ou ne pas appliquer, la clause « BY », qui oblige à créditer l'auteur, et la clause « SA », pour Share Alike, qui ordonne le partage à l’identique comme décrit précédemment. Après quoi il est encore possible d'ajouter la clause « NC », qui impose un usage non commercial, et finalement, la clause « ND », pour Non Derivative, qui exige que l’œuvre soit utilisée ou reproduite dans son intégralité et sans modification.
Le mouvement Wikimédia a choisi la licence CC.BY-SA pour protéger les contenus publiés dans tous ses projets. Cela à l'exception de la banque de données Wikidata, qui au même titre que les descriptions apportées aux fichiers téléchargés dans la médiathèque Wikimedia Commons, publie ses informations structurées sous licence CC0. Cette dernière licence est ainsi ce qui se rapproche le plus du domaine public, avec cet avantage de ne pas devoir mentionner les auteurs dans le traitement et la réutilisation du contenu de la base de données.
Cependant, il en résulte que les informations en question peuvent être réutilisées par des tiers qui ne sont plus obligés de citer leurs sources, comme le font les agents conversationnels des intelligences artificielles génératives, appelés couramment chatbots. Contrairement à la licence CC.BY-SA, la licence CC0 est donc moins apte à pérenniser les projets Wikimédia, puisqu'elle permet d'invisibiliser ces derniers au risque de réduire les chances d'arrivée de nouveaux contributeurs et contributrices. De plus, sans la clause SA qui assure l'application du copyleft, toutes les informations récupérées au sein de Wikidata et de Wikimedia Commons sont aussi susceptibles de quitter le monde du libre.
Quoi qu’il en soit, les licences Creative Commons, inspirées par la licence libre de Richard Stallman, apparaissent finalement comme un troisième héritage en provenance du mouvement du logiciel libre et de la culture libre qui en est issue. Grâce à la licence CC BY SA, les éditeurs des projets Wikimédia bénéficient effectivement d'une certaine reconnaissance, tout en étant assurés qu'aucun copyright sur leurs travaux ne puisse exclusivement profiter à une personne ou une compagnie. De plus, la licence libre appliquée au système d'exploitation installé sur les serveurs Wikimédia, garantit elle aussi un certain respect des contributeurs, puisqu'elle permet de vérifier si le code informatique ne compromet pas leurs vies privées.
Avec tous les autres apports en provenance du logiciel libre, ce sont là deux choses importantes qui ont permis l'apparition du mouvement Wikimédia. Toutefois, cela ne pouvait pas suffire à la création du projet Wikipédia qui en fut le point de départ. Car sans un espace numérique, mondial et libre d’accès, tel qu'il fut créé par Internet et l'espace web, aucune encyclopédie collaborative de cette envergure n'aurait pu voir le jour.
'''Chapitre 4 : Le réseau Internet.'''
L’histoire du réseau Internet constitue un nouvel épisode captivant de la révolution numérique, sans lequel le mouvement Wikimédia n’aurait jamais pu émerger. D’un point de vue purement technique, ce réseau informatique a été mis au point dans les années 1970, avant l’adoption généralisée du protocole TCP/IP, toujours en usage à ce jour. Ce dernier fut inventé par Vint Cerf et Robert Elliot Kahn, quand ils travaillaient pour la Defense Advanced Research Projects Agency, rattachée au département de la Défense américaine. L'une des premières présentations de leur projet fut ainsi réalisée lors d’une conférence organisée par l’International Network Working Group, une instance créée pour assurer la gouvernance mondiale du réseau informatique.
Sur base de ces informations, on peut penser qu’Internet a été créé par des militaires. Cependant, Une contre-histoire de l’Internet, nous révèle que les créateurs et les premiers utilisateurs d’ARPANET, considéré comme l’ancêtre d’Internet, étaient davantage des étudiants hippies et amateurs de LSD, que des militaires bien drillés. D’ailleurs, avant la standardisation du protocole TCP/IP, ARPANET fonctionnait depuis plus d’un an avec un autre protocole de transition intitulé Network Control Program. Or, celui-ci avait été mis au point, en février 1969, par le Network Working Group, un groupe informel d’étudiants rassemblés autour de Steve Crocker, lorsqu’il ne détenait encore qu’une simple licence, au niveau de sa formation universitaire.
Bien que rarement cité dans l’histoire d’Internet, ce groupe a pourtant mis en place la procédure RFC, pour Request For Comments, reconnue comme « l’un des symboles forts de la "culture technique" de l’Internet, marquée par l’égalitarisme, l’autogestion et la recherche collective de l’efficience ». Soit trois principes et une procédure, qui aujourd’hui encore sont appliqués sur le site Méta-Wiki, dans lequel s'organise la gestion communautaire du mouvement Wikimédia. Cela alors qu'au sein des autres projets dédiés à la production de contenus pédagogiques, des processus similaires de recherche de consensus ont fait leur apparition.
Il faut ensuite savoir que les liens entre ARPANET et l’armée ont disparu avec l’apparition du MILNET, un réseau entièrement dédié aux activités militaires, rebaptisé NIPRNet, pour Non-classified Internet Protocol Router Network, en 1990. Après une séparation définitive en 1983, précisément l’année où Richard Stallman postait sa demande d’aide pour le projet GNU, le réseau ARPANET resta uniquement dédié à la recherche et au développement. À cette époque, le réseau ne comprenait pas plus de 600 machines connectées, ce qui n'a donc rien de comparable avec ce vaste réseau informatique mondial que nous connaissons aujourd’hui et qui fut fortement développé au cours des années 1990.
Pour en assurer l’entretien technique, une organisation non gouvernementale, a été créée en 1992, sous l'appellation d’Internet Society. Celle-ci devait aussi veiller au respect des valeurs fondamentales liées au bon fonctionnement du réseau. Car avant d'atteindre des milliards d’appareils connectés, il a d’abord fallu réglementer les nombreuses dorsales internet intercontinentales, sans lesquelles la transmission du protocole TCP/IP partout dans le monde n'aurait pas été possible.
Quant à l’état d’esprit des créateurs d'Internet, un article intitulé : Quarante ans après, mais qui donc créa l’internet ? apporte un éclairage particulièrement intéressant au sujet des liens que l'on peut établir entre le mouvement Wikimédia et l'histoire d'Internet. Dans son témoignage, Michel Elie, cet ingénieur en informatique, membre du Network Working Group cité précédemment, et responsable de l’Observatoire des Usages de l’Internet, nous explique en effet ceci.
Le succès de l’internet, nous le devons aux bons choix initiaux et à la dynamique qui en est résultée : la collaboration de dizaines de milliers d’étudiants, ou de bénévoles apportant leur expertise, tels par exemple ces centaines de personnes qui enrichissent continuellement des encyclopédies en ligne telles que Wikipédia.
Au courant des années 1990, le milieu informatique universitaire semblait donc toujours fortement imprégné des idéaux de la contre-culture des années 1960, produit par les baby boomers dans le contexte de la guerre du Vietnam. Afin d'illustrer les idées véhiculées à cette époque, voici un paragraphe extrait d'un ouvrage publié en 1970, et intitulé Vers une contre-culture : Réflexions sur la société technocratique et l’opposition de la jeunesse. Dans celui-ci, Théodore Roszak explique ceci.
Le projet essentiel de notre contre-culture : proclamer un nouveau ciel et une nouvelle terre, si vastes, si merveilleux que les prétentions démesurées de la technique soient réduites à n’occuper dans la vie humaine qu’une place inférieure et marginale. Créer et répandre une telle conception de la vie n’implique rien de moins que l’acceptation de nous ouvrir à l’imagination visionnaire. Nous devons être prêts à soutenir ce qu’affirment des personnes telles que Blake, à savoir que certains yeux ne voient pas le monde comme le voient le regard banal ou l’œil scientifique, mais le voient transformé, dans une lumière éclatante et, ce faisant, le voient tel qu’il est vraiment.
À la suite de cette lecture, il peut sembler paradoxal qu’une contre-culture, qui voit la technique comme inférieure et assimile la science au banal, puisse avoir un lien avec le milieu scientifique universitaire qui fut à l'origine d'Internet. Cependant, une réponse à cette énigme fut apportée par Fred Turner, par la publication de son livre intitulé : « Aux sources de l’utopie numérique : De la contre-culture à la cyberculture ».
Grâce à cet ouvrage, on découvre que le mouvement hippie utilisera tout ce qui était à sa disposition à l’époque pour parvenir à ses fins : LSD, spiritualités alternatives, mais également, objets technologiques les plus en pointe. Cela grâce notamment à l’influence de Steward Brand, le créateur d'un catalogue interactif, qui peut être considéré comme l'ancêtre analogique des groupes de discussions numériques apparus des années plus tard.
Comme autre indication, il y a ensuite les propos tenus en 1992, lors d’une plénière de la 24ᵉ réunion du groupe de travail sur l’ingénierie Internet, par David D. Clark, un autre pionnier d’Internet. Durant cette rencontre, ce chef de projet prononça des paroles restées dans les annales. « Nous récusons rois, présidents et votes. Nous croyons au consensus et aux programmes qui tournent ». Deux phrases seulement, mais qui, dans le cadre du milieu informatique, permettent de croire que le mépris de la contre-culture envers la technique et la science, s'est transformé en un refus d’autorité et une recherche de consensus.
Quoi qu'il en soit, le développement d'Internet ne s'est pas fait sans conflits idéologiques importants. On peut d'ailleurs se demander aujourd'hui à quoi ressemblerait Internet, s'il n'avait jamais été commercialisé. Cela s'est passé en novembre 1994, lorsque l’association sans but lucratif Advanced Network and Services, chargée de gérer les accès à Internet, a fait le choix de vendre ses activités. Cette décision faisait suite à un appel à des fonds privés pour financer d'importants changements dans l'infrastructure du réseau. Profitant de l'occasion, la société commerciale America Online a ainsi repris à son compte la gestion des connexions à Internet, après avoir effectué un versement de 35 millions de dollars.
Trente ans plus tard, Internet est devenu ce réseau que nous expérimentons aujourd'hui, à savoir : un réseau dominé par des sociétés privées les plus riches au monde. Dans ce contexte et parmi les 100 sites web les plus visités, seul le nom de domaine Wikipédia appartient à une organisation non lucrative. Cela explique donc pourquoi le mouvement Wikimédia, via son encyclopédie et la fondation qui l'héberge, représente à ce jour, et dans l'espace web, l'expression la plus visible de la philosophie des pionniers d’Internet.
Plus qu'un héritage, cette situation peut être vue comme une mission perpétuée au sein d'un espace envahi par une culture marchande et capitaliste. Il s'agit là d'une information importante qu'il faut retenir au sujet du mouvement Wikimédia. Elle ne clôture pas pour autant tout ce qu'il faut savoir au sujet des évènements qui ont permis la création d’une encyclopédie mondiale, libre et collaborative. Car avant cela, il nous reste encore à découvrir l'histoire du World Wide Web, un espace numérique sans lequel la création de Wikipédia n'aurait jamais été possible.
'''Chapitre 5 : Le World Wide Web'''
Maintenant que le lien entre la création d'Internet et le mouvement Wikimédia est établi, découvrons à présent l'application la plus connue du réseau, que l'on nomme le World Wide Web, ou plus simplement « Web ». C'est Tim Berners-Lee qui en fut l’inventeur, lorsqu’il était encore actif à l'Organisation européenne pour la recherche nucléaire. Il avait pour idée de créer un espace d’échange public par l’intermédiaire d'Internet, et pour y parvenir, il mit au point le logiciel « WorldWideWeb », rebaptisé Nexus pour éviter toute confusion avec le World Wide Web.
Grâce à un système d’indexation appelé hypertexte, ce programme informatique a permis de produire et de connecter des espaces numériques intitulés sites Web. Ceux-ci sont composés de pages web, hébergées sur des ordinateurs distants, mais connectés entre eux au travers du réseau Internet. Pour permettre ce type de connexion, Berners-Lee mit au point le Hypertext Transfer Protocol ou HTTP, un nouveau protocole de communication simple en soi, mais dont la mise en œuvre technique est compliquée.
Pour veiller au bon fonctionnement et au bon usage de l'espace web, des règles de standardisation ont tout d'abord été édictées par l’association Internet Society. Après quoi, Berners-Lee fonda le W3C, un consortium international dont la devise est : « un seul Web partout et pour tous ». Si ce slogan nous apparaît très naturel aujourd’hui, il faut toutefois savoir que l'espace Web a bien failli être régi séparément par des acteurs commerciaux, avec tous les droits d'accès que cela aurait pu engendrer.
À partir du trente avril 1993, jour du dépôt du logiciel WorldWideWeb dans le domaine public par Robert Cailliau, un collègue de Berners-Lee chargé de la promotion de son projet, un tel scénario était en effet possible. Sauf qu'après le départ de Berners-Lee, devenu président du W3C, François Flückiger, qui avait repris son poste au sein du CERN, eut la présence d'esprit de réagir à temps. Selon le livre Alexandria qui parcourt l'histoire de Robert Caillau, voici ce qui aurait pu se passer si le code de l’éditeur HTML n'avait finalement pas été placé sous licence libre.
La philanthropie de Robert, c’est très sympa, mais ça expose le Web à d’horribles dangers. Une entreprise pourrait s’emparer du code source, corriger un minuscule bug, s’approprier le « nouveau » logiciel et enfin faire payer une licence à ses utilisateurs. L’ogre Microsoft, par exemple, serait du genre à flairer le bon plan pour écraser son ennemi Macintosh. Les détenteurs d’un PC devraient alors débourser un certain montant pour profiter des fonctionnalités du Web copyrighté Microsoft. Les détenteurs d’un Macintosh, eux, navigueraient sur un Web de plus en plus éloigné de celui vendu par Bill Gates, d’abord gratuit peut-être, avant d’être soumis lui aussi à une licence.
Face à un tel scénario, nous découvrons de nouveau à quel point le concept de licence libre a fondamentalement changé le cours de la révolution numérique. Sans cela, nos expériences et nos usages de l'espace numérique auraient été totalement différents. L'utopie Wikipédia, par exemple, n'aurait certainement pas vu le jour, en raison de l'éclatement des espaces numériques et des coûts d'accès auxquels seraient confrontés les bénévoles qui ont construit le projet. Quoi qu'il en soit, et au niveau technique, une fois l'espace web apparu, il ne manquait plus qu'une chose pour permettre la création d'une encyclopédie collaborative au format numérique.
'''Chapitre 6 : Les plateformes Wiki'''
Un wiki, ou un moteur de wiki, est un logiciel que l'on installe sur un serveur informatique pour permettre la création d’un site web éditable et configurable à l’aide d’un simple navigateur. Plus précisément, c’est un système de gestion de contenu, dans lequel le code HTML, CSS, JavaScript et Lua, ainsi que certains paramètres, peuvent être modifiés par tous les internautes. Cela peut se faire en se connectant à un compte utilisateur, afin de bénéficier des droits de modification et d’administration qui lui sont accordés, ou en utilisant la configuration attribuée par défaut aux personnes non connectées.
Sur les pages web d'un wiki, chaque modification provoque un nouvel enregistrement complet du code source qui la compose. De la sorte, il est toujours possible, à partir d’une page reprenant l’historique des modifications, de rétablir l'une de ses anciennes versions. Grâce à ce système, on peut ainsi savoir quelle personne, ou quelle adresse IP est à l’origine d’un changement, et même voir l’endroit où la modification a été faite, et à quel moment celle-ci a été réalisée.
Le premier logiciel Wiki, qui portait le nom de WikiWikiWeb, a été créé et placé sous licence libre GPL par Ward Cunningham en mars 1995. Grâce à la licence, d’autres programmes wiki ont vu le jour en copiant ou s’inspirant du code source de WikiWikiWeb, ou des autres projets wiki qui l'avaient fait auparavant. Cette émulation récursive, qui donna naissance à toute une panoplie de projets wiki, est donc à nouveau une belle illustration des retombées positives que peut susciter l'application d'une licence libre.
Parmi les différents logiciels Wiki disponibles, UseModWiki fut choisi par la société Bomis qui finança la création du premier projet Wikipédia en anglais. C'était un choix judicieux, car l’éclatement de la bulle spéculative d’Internet, à la fin des années 2000, confrontait l'entreprise à de grosses difficultés financières. Un programme gratuit, simple d’utilisation et peu gourmand en ressources informatiques, convenait donc parfaitement dans ce cadre. UseModWiki fut par après remplacé par un autre moteur de Wiki sans nom, mais plus performant et toujours produit sous licence libre. Ce dernier fut ensuite amélioré par plusieurs programmeurs, dont Brion Vibber, le premier employé de la Fondation Wikimédia, avant d’être finalement intitulé MediaWiki.
Avec l’aide de nouveaux employés et des bénévoles actifs sur le site mediawiki.org, ce système de gestion de contenu finit par apparaitre en tête du classement des wikis les plus utilisés. Grâce à la licence libre, des milliers d'autres personnes et projets ont pu en effet développer des sites Web, sans nécessairement faire partie du mouvement Wikimédia. Ce succès a par ailleurs justifié l'organisation de rassemblements annuels entre 2016 et 2020, entre personnes et organisations qui utilisent le programme, pour discuter de son développement et de ses usages.
Ceci étant dit, il existe dans la liste des Wikis d’autres logiciels libres intéressants, tels que DokuWiki, rendu populaire par sa simplicité d’installation et d’usage. Jusqu’à ce jour cependant, seul MediaWiki semble suffisamment stable et puissant pour permettre le développement optimal de l’ensemble des projets Wikimédia. Avec parmi ceux-ci, bien sûr, Wikipédia, l'encyclopédie libre et universelle, dont nous allons enfin découvrir la mise en place dans ce prochain chapitre.
'''Chapitre 7 : L’encyclopédie libre et universelle'''
Dans les chapitres précédents, nous avons découvert toutes les innovations techniques et culturelles sans lesquelles Wikipédia n’aurait jamais pu devenir la plus grande encyclopédie libre et universelle connue au monde. Son objectif est de synthétiser la totalité du savoir humain. Ce qui n’est autre, finalement, qu’un vieux rêve de notre humanité. Trois cents ans avant Jésus-Christ et durant la création de la bibliothèque d’Alexandrie, ce désir était aussi celui de Ptolémée Iᵉʳ. C'était deux siècles avant que Denis Diderot publie, avec Jean Le Rond d'Alembert et Louis de Jaucourt en 1751, la première édition de l’Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers. Quant à Paul Otlet, qui a créé avec Henri La Fontaine la classification décimale universelle en usage depuis 1905, il s’était mis en tête de répertorier l’ensemble du savoir humain au sein d'un seul édifice.
Peu connu à ce jour, ce documentaliste belge rêvait pourtant de cataloguer le monde et de rassembler toutes les connaissances humaines, sous la forme d’un gigantesque répertoire bibliographique universel, situé à l'intérieur d'un Mundaneum. En 1934, dans le Traité de documentation écrit par celui qui voulait « classer le monde », Otlet décrit, de manière particulièrement visionnaire, un possible partage du savoir et de l’information.
Ici, la Table de Travail n’est plus chargée d’aucun livre. À leur place se dresse un écran et à portée un téléphone. Là-bas, au loin, dans un édifice immense, sont tous les livres et tous les renseignements, avec tout l’espace que requiert leur enregistrement et leur manutention…
De là, on fait apparaître sur l’écran la page à lire pour connaître la question posée par téléphone avec ou sans fil. Un écran serait double, quadruple ou décuple s’il s’agissait de multiplier les textes et les documents à confronter simultanément ; il y aurait un haut-parleur si la vue devrait être aidée par une audition. Une telle hypothèse, un Wells certes l’aimerait. Utopie aujourd’hui parce qu’elle n’existe encore nulle part, mais elle pourrait devenir la réalité de demain pourvu que se perfectionnent encore nos méthodes et notre instrumentation.
À peu de choses près, cette utopie décrite en 1934 par Otlet correspond à l'usage que l'on fait du réseau Internet et de son espace web, lorsqu'on recherche de l'information aujourd'hui. Premièrement, allumer un système informatique, avec ou sans fil, muni d'un écran ; ensuite, poser une question dans un moteur de recherche ; puis, comme cela arrive très souvent, être redirigé vers l'une des versions linguistiques de Wikipédia.
Ce scénario, dans lequel les moteurs de recherche jouent un rôle central, explique la popularité de l'encyclopédie libre. D'autres projets similaires étaient pourtant apparus sur le Web avant l'arrivée de Wikipédia. Environ trois ans avant sa création, Aaron Swartz, un activiste de la culture libre qui avait juste douze ans à l'époque, avait par exemple lancé une sorte de site encyclopédique produit et régi par ses usagers. Appelé The Info Network, ce site web avait d'ailleurs permis à son auteur de recevoir l'ArsDigita Prize, un prix décerné aux jeunes créateurs de projets « utiles, éducatifs, collaboratifs et non commerciaux ».
Il faut savoir ensuite que l'expression « encyclopédie libre et universelle » fut oubliée pour la première fois durant l'année 2000 par Richard Stallman, soit l'année qui précéda celle de la naissance de Wikipédia. C'était dans un essai intitulé The Free Universal Encyclopedia and Learning Resource, qui, selon son auteur, avait été rédigé deux ans avant sa publication sur la liste de diffusion du projet GNU. Repris ci-dessous, un extrait de ce texte, présente les particularités du projet.
Le World Wide Web a le potentiel de devenir une encyclopédie universelle couvrant tous les domaines de la connaissance et une bibliothèque complète de cours d’enseignement. Ce résultat pourrait être atteint sans effort particulier, si personne n’intervient. Mais les entreprises se mobilisent aujourd’hui pour orienter l’avenir vers une voie différente, dans laquelle elles contrôlent et limitent l’accès au matériel pédagogique, afin de soutirer de l’argent aux personnes qui veulent apprendre.
Nous ne pouvons pas empêcher les entreprises de restreindre l’information qu’elles mettent à disposition ; ce que nous pouvons faire, c’est proposer une alternative. Nous devons lancer un mouvement pour développer une encyclopédie libre universelle, tout comme le mouvement des logiciels libres nous a donné le système d’exploitation libre GNU/Linux. L’encyclopédie libre fournira une alternative aux encyclopédies restreintes que les entreprises de médias rédigeront.
En parlant d'un « mouvement pour développer une encyclopédie libre universelle », Stallman anticipait donc, sans le savoir, l'arrivée du mouvement Wikimédia, qui ne se concrétisa que bien des années plus tard. Quant à la soixantaine de paragraphes qui décrivent son projet, on y retrouve, dans une forme presque identique, les cinq principes fondateurs qui ont guidé la création de Wikipédia et qui sont toujours actifs à ce jour.
Le premier consiste bien sûr à créer une encyclopédie ; le deuxième réclame une neutralité de point de vue, chose que Stallman expliquait déjà en écrivant qu’« en cas de controverse, plusieurs points de vue seront représentés » ; le troisième implique le respect des droits d’auteur et l’adoption d'une licence libre, celle précisément dont Stallman avait été l'initiateur ; le quatrième inscrit le projet dans une démarche collaborative, alors que Stallman précisait déjà que « tout le monde est le bienvenu pour écrire des articles » ; et le cinquième enfin, stipule qu’il n’y a pas d’autres règles fixes, une position très courante dans le milieu des hackers dont Stallman faisait partie.
Il apparaît donc clairement que le projet Wikipédia n'était pas une idée originale en soi, mais plutôt une opportunité saisie par la société Bomis pour enrichir sa propre encyclopédie commerciale, Nupedia. Cette dernière avait été lancée en avril 2000, soit environ dix mois avant Wikipédia, et sa rédaction était assurée par des experts engagés au sein d’un processus éditorial strict et formel. Malheureusement pour la firme Bomis, le nombre d’articles ne progressait que très lentement.
Dans le but d'accélérer le processus, Larry Sanger, un docteur en philosophie employé par Bomis pour assurer le rôle de rédacteur en chef de Nupedia, eut l'idée d'installer un logiciel wiki sur les serveurs de son entreprise. L'objectif était d'ouvrir un site web participatif, dans lequel des volontaires pourraient créer des articles encyclopédiques, pour qu'ils soient ensuite intégrés dans le projet commercial. Malgré le manque d’enthousiasme de son employeur Jimmy Wales, Sanger mit ses idées en application, et c'est donc ainsi que débuta l’histoire de Wikipédia, avec sa toute première version en anglais.
C’était le 15 janvier 2001, précisément le même mois où Richard Stallman mit en ligne son propre projet d’encyclopédie libre et universelle, qu'il souhaitait intituler GNUPedia. Étonnamment, les noms de domaine gnupedia .com .net et .org avaient déjà été enregistrés au nom de Jimmy Wales, ce qui obligea Stallman à rebaptiser son projet GNE. Ce fait est d'autant plus surprenant que Wales affirma des années plus tard : « n’avoir eu aucune connaissance directe de l’essai de Stallman lorsqu’il s’est lancé dans son projet d’encyclopédie ».
Le site GNE ne ressemblait cependant pas vraiment à une encyclopédie, mais plutôt à un blog collectif ou une base de connaissance, tandis que sa page d’accueil précisait clairement qu’il s’agissait d’une bibliothèque d’opinion. Quant à sa modération, elle avait demandé d'engager un employé, car elle s'est avérée bien plus compliquée que prévu. À côté de cela, et probablement grâce aux spécificités de l’environnement wiki et aux soutiens apportés par Jimmy Wales et Larry Sanger, Wikipédia réussit à mettre en place une organisation efficace au sein d'une communauté d'éditeurs grandissante.
Peut-être en raison de la concurrence libre faite par le projet GNE, Jimmy Wales décida d'abandonner le copyright que Bomis détenait sur son encyclopédie commerciale Nupedia, pour le remplacer par une licence Nupedia Open Content. Peu de temps après, il décida finalement d'adopter la licence de documentation libre GNU conçue pour protéger les textes de documentation des logiciels libres. Ce dernier choix fut une stratégie payante, puisque cela incita Richard Stallman à transférer tout le contenu de son projet GNE vers Nupedia, et à encourager tout le monde à contribuer sur Wikipédia.
Parmi les autres actions de Jimmy Wales qui ont contribué au succès de Wikipédia, il y eut cette idée d'ouvrir le projet aux « gens ordinaires ». C’était un choix qui s’opposait aux idéaux de Larry Sanger, qui de loin préférait le modèle de Nupedia avec son système de relecture par des experts. Cependant, Jimmy Wales, en tant qu'homme d’affaires, visait une croissance plus rapide du contenu de l'encyclopédie.
Cette croissance ne s'est toutefois pas faite sans difficulté. Le 26 février 2002, en effet, l'Enciclopedia Libre Universal en Español, un projet dissident du projet Wikipédia, fit son apparition. C'était une réaction à de la censure, à l'existence d'une ligne éditoriale et à la possibilité de voir apparaitre des publicités dans Wikipédia. En raison des remises en question que cette séparation suscitait parmi les bénévoles actifs dans les projets, Jimmy Wales renonça finalement à l'usage de la publicité et mit de côté ses visions en matière de profit.
Il faut aussi tenir compte du fait que cet évènement est survenu lors de l'éclatement de la bulle spéculative Internet et du krach boursier de 2001-2002. Une conjoncture qui plaçait la société Bomis dans des difficultés financières, et surtout, dans l'incapacité de payer le salaire de Larry Sanger, son seul employé. En mars 2002 et après un mois d’activité bénévole, l’ex-employé décida alors de quitter les fonctions, qu'il occupait depuis un peu plus d'un an, dans Nupedia et Wikipédia. Avec le seul soutien de Jimmy Wales, les deux encyclopédies purent toutefois poursuivre leurs développements, toujours avec le concours d'experts dans Nupedia et d'une communauté bénévole au niveau de Wikipédia. Néanmoins, en septembre 2003 et vu l'écart qui se creusait entre les deux projets, l'encyclopédie Nupedia fut fermée et ses quelques dizaines d'articles transférées vers les milliers d'autres que comprenait déjà le projet Wikipédia.
Trois ans plus tard, Larry Sanger n’avait pas dit son dernier mot. En septembre 2006, il décida en effet de lancer sur fonds propres une encyclopédie intitulée Citizendium. Cette plateforme écrite en anglais uniquement et toujours active à ce jour, repose sur un système d’expertise, dans lequel les contributrices et les contributeurs doivent déclarer leur identité réelle. En avril 2026 cependant, Citizendium reprenait moins de 2000 articles, tout avancement confondu, tandis que le projet Wikipédia en anglais en regroupait déjà plus de 7 millions.
Voici donc comment est née la plus grande encyclopédie au monde, dont la taille et la visibilité n'avaient jamais été égalées auparavant. Une encyclopédie qui, de plus, s'est rapidement déclinée en de nombreuses versions linguistiques, à l'instar de sa version francophone, lancée moins de quatre mois après le projet original en anglais. Toutes ces versions ont formé les premières bases d’une organisation mondiale, bientôt chapeautée par une fondation. Avant cela, d'autres projets pédagogiques et collaboratifs ont vu le jour au côté de Wikipédia. Intitulés « projets frères », ceux-ci se constituent à leur tour, en de nombreuses versions linguistiques, tout en poursuivant le processus de création du mouvement Wikimédia.
'''Chapitre 8 : L'arrivée des projets frères'''
Dans le but de développer des contenus pédagogiques qui ne trouvaient pas leur place dans Wikipédia, d’autres projets pédagogiques et collaboratifs ont vu le jour, pour former ce que l'on appelle couramment aujourd'hui : l’écosystème Wikimedia. La naissance de tous ces projets, ainsi que les évènements importants qui ont contribué au développement du mouvement, ont été repris dans une ligne du temps réalisée par Guillaume Paumier, à l’occasion du dixième anniversaire de Wikipédia. Grâce à ce graphique, on peut voir en détail l'évolution du nombre de projets, de versions linguistiques, de contributeurs et d'articles, et se faire ainsi une idée sur la vitesse à laquelle s'est développé le mouvement Wikimédia.
Parmi tous les projets frères de Wikipédia, le premier à apparaître fut Méta-Wiki, une plateforme de référence pour centraliser la gestion de l'ensemble des sites web hébergés par la fondation Wikimédia. Dans un premier temps, cet espace communautaire en ligne a répondu à la nécessité de traiter en un seul lieu les questions communes aux différentes versions linguistiques de Wikipédia. Aujourd'hui, le site web est le principal endroit de coordination et de gestion de l'ensemble du mouvement Wikimédia. On y retrouve énormément d'informations au sujet des projets en ligne, et peut-être plus encore, concernant la Fondation et les organismes affiliés.
Après Méta-Wiki, sept autres projets de partage de la connaissance ont fait leur apparition, avant d'être déclinés à leur tour en plusieurs versions linguistiques. Tous ces projets émergent en général sur l’initiative d’un petit groupe de personnes actives au sein d’un projet préexistant. Ce fut le cas du projet Wiktionnaire en anglais, le deuxième projet à voir le jour après Méta-Wiki, en décembre 2002, soit deux ans avant la version francophone apparue en mars 2004.
Il est intéressant d'observer que la version francophone du Wiktionnaire n’a pas été créée à partir du projet anglophone, mais bien depuis le projet Wikipédia en français. D'ailleurs, on peut retrouver dans les archives de ce dernier projet, un débat concernant la pertinence de cette création, dont voici un extrait.
En fait, ce qui me peine vraiment avec le projet Wiktionary, c’est que alors qu’on essaie de rassembler les gens (pas facile) pour créer une sorte de tour de Babel de la connaissance (tâche bien longue et difficile), ce nouveau projet va disperser les énergies pour une raison qui ne me semble pas valable. C’est la création de Wiktionary qui va créer des redondances. À mon avis il existera rapidement des pages sur le même mot, mais ne contenant pas les mêmes informations. Pour quelle raison ces connaissances devraient-elles être séparées ? Les encyclopédies sur papier devaient faire des choix à cause du manque de place, mais nous, pourquoi le ferions-nous ??? "Wikipédia n’est pas un dictionnaire" n’est pas un argument à mon avis... si vraiment c’était pas un dictionnaire, il faudrait virer tout un tas d’article. Je ne comprends vraiment pas cette volonté de séparer la connaissance entre ce qui est "encyclopédique" et ce qui n’est "qu’une définition".
[Réponse]
Pour moi ce qu’est Wiktionary, c’est une partie de Wikipédia s’intéressant plus particulièrement aux aspects linguistiques des mots. La différence que je verrais entre la partie dictionnaire de Wikipédia et sa partie dite encyclopédique, c’est que la partie dictionnaire s’intéresserait au sens des mots eux-mêmes alors que la partie encyclopédie s’attache plus à faire ressortir un état des connaissances à un moment donné. Le pourquoi de la séparation d’avec la partie encyclopédie tient plus à des raisons techniques qu’à une volonté de monter un projet indépendant, en effet, à mon humble avis, un dictionnaire nécessite une plus grande rigueur (de présentation) qu’une encyclopédie. Ceci entraîne beaucoup de problème et entre autres le choix de la mise en forme des articles du dictionnaire.
Créer un nouveau projet, c’est effectivement créer un nouveau site web, qui devra faire l’objet d’une nouvelle gestion, tant pour les serveurs de la Fondation, que pour la nouvelle communauté de contributeurs. L’importation de pages d’un projet à l'autre ou la traduction de celles-ci sont bien sûr toujours possibles, mais cela duplique alors aussi la maintenance et les mises à jour. Le choix de scinder un projet, en faveur d’une plus grande liberté, comporte donc certains coûts humains et financiers.
Ce prix à payer n'a pour autant pas empêché le projet anglophone Wikibooks de faire son apparition le 10 juin 2003, soit près d’un an avant Wikilivres, la version francophone du projet, apparue le 22 juillet 2004. Cette dernière création avait de nouveau été débattue au sein de la communauté Wikipédia en français, et non pas dans le Wikibooks en anglais. Quant à l'objectif commun aux deux projets linguistiques, il était de créer une « bibliothèque de livres pédagogiques libres que chacun peut améliorer ».
Environ un an après la création du projet en anglais, un nouvel espace de noms intitulé Wikijunior fut mis en place au sein de la bibliothèque en ligne. Ce sous-projet avait été créé pour répondre à un financement de la fondation Beck, qui cherchait à promouvoir la production de nouvelles littératures pour des enfants de huit à onze ans. Peu de temps après, cette tranche d’âge fut toutefois élargie de zéro à douze ans au niveau du projet francophone, quand le sous-projet y fut adopté.
Ces deux évènements témoignent ainsi qu'il est toujours possible qu'un sous-projet apparaisse dans un projet Wikimédia. Comme autre exemple, il y a aussi le WikiJournal, un sous-projet développé au sein du projet Wikiversité en anglais et qui reçut le prix de l’Open Publishing Awards en 2019. Une demande fut faite pour qu'il puisse bénéficier d'un nouveau site web dans le but de pouvoir se développer en dehors de Wikiversité. Malheureusement pour les initiateurs, la demande est restée sans suite jusqu'à ce jour, après que le conseil d’administration de la Fondation, chargé de répondre à leur demande, considéra que le projet n’était pas suffisamment abouti.
Il faut savoir qu'avant cela, le projet Wikiversité, dans lequel est né Wikijournal, avait lui-même été un sous-projet du projet Wikibook. Initialement, il visait à « créer une communauté de personnes qui se soutiennent mutuellement dans leurs efforts éducatifs ». Cependant, en août 2005, une longue discussion remit en question l’existence du sous-projet Wikiversité dans Wikibooks. Au terme de celle-ci, la décision fut prise de transférer Wikiversité et son contenu sur le site Méta-Wiki, là où de nouvelles discussions ont abouti à l’idée de faire de Wikiversité un nouveau projet indépendant.
Déjà à l'époque, le conseil d’administration de la Fondation Wikimédia se montrait réticent à l'ouverture de nouveaux projets, et sa réaction fut de demander l'ouverture d'un sondage au sein de la communauté. Celui-ci devait rassembler une majorité des deux tiers en faveur de l'ouverture du nouveau site web. Un résultat qui fut finalement obtenu, mais pas sans de longs débats, dont voici un extrait.
La principale raison pour laquelle la Fondation Wikimédia ne veut pas "lâcher le morceau" est une simple question de bureaucratie et la crainte que le projet ne devienne une autre Wikispecies [un projet de répertoire du vivant]. Wikispecies est une idée cool, mais les "fondateurs" du projet se sont dégonflés à mi-chemin de la mise en place du contenu et ont décidé de faire une révision majeure qui a pris plus de temps que ce que tout le monde était prêt à mettre.
Le même problème s’applique à Wikiversity en ce qui concerne la Fondation, parce que les objectifs et les buts de ce projet ne sont pas clairement définis, et il semble que les participants essaient de mordre plus qu’ils ne peuvent mâcher en proposant une université de recherche multi-collèges entière (avec un statut de recherche et une accréditation) à former de toutes pièces plutôt qu’un simple centre d’éducation pour adultes avec quelques classes.
En novembre 2005 et malgré les résultats du sondage, l'indépendance du projet Wikiversité ne fut toutefois pas acceptée par cinq membres du conseil. Ceux-ci réclamaient une « réécriture de la proposition pour en exclure la remise de titre de compétence, la conduite de cours en ligne, et de clarifier le concept de plate-forme e-learning ». Quand ces rectifications furent faites, le projet bénéficia d'une période d’essai de plusieurs mois, jusqu'à ce que les amendements apportés au projet de départ soient enfin acceptés, le 31 juillet 2006. Ce long temps d'attente était justifié par la création du special projects committee, qui, jusqu'en décembre 2021, fut chargé de soulager le conseil d’administration de la fondation, par rapport aux demandes de création de nouveaux projets Wikimédia.
Un nouveau site, nommé Beta-Wikiversity, fut ainsi créé pour assister le lancement des différentes versions linguistiques de Wikiversité. Durant six mois, son premier objectif a d'abord été l'élaboration des lignes directrices concernant la potentialité de produire des recherches collaboratives au sein du projet. Par la suite, chaque nouvelle version linguistique, développée dans le projet Beta, devait avoir plus de 10 modifications par mois, réalisées par au moins trois personnes distinctes, avant de pouvoir bénéficier de son propre site web.
À l'image de Beta-Wikiversity, le projet Wikisource possède lui aussi un site indépendant pour lancer ces nouvelles déclinaisons linguistiques. Tandis que pour tous les autres projets pédagogiques, ce lancement s'effectue sur la plateforme Wikimedia Incubator, créée à la même époque que Beta-Wikiversity. Ces trois plateformes de lancement ne concernent pas les nouveaux projets, qui doivent faire l'objet d'une acceptation par le conseil d'administration de la Fondation Wikimédia, et qui peuvent avoir pour origines des processus de création divers.
Le projet Wikivoyage, par exemple, fut initialement créé en 2003 dans un Wiki extérieur au mouvement Wikimédia, là où il portait le nom de Wikitravel. Comme cela arrive parfois, ce projet sans but lucratif fut acheté par une entreprise commerciale en 2006. Mais en raison du changement de gouvernance et de l'apparition de publicités, une scission est apparue au sein de la communauté d’éditeurs. Les personnes désireuses de quitter Wikitravel lancèrent alors un nouveau site appelé Wikivoyage, qui reçut en 2007, le Webby Award du meilleur guide de voyage Internet.
L'intégration de Wikivoyage dans l'écosystème Wikimédia n'a cependant été faite qu'en 2012, à la suite d'un appel à commentaires durant lequel 540 personnes furent en faveur de l’intégration du projet, 153 contre, pendant que 6 restèrent sans avis. Comme cette nouvelle déclencha une migration importante depuis Wikitravel vers Wikivoyage, une plainte fut déposée par la société commerciale en charge du premier projet. Celle-ci fut toutefois rejetée et le projet Wikivoyage continua à prendre de l’ampleur au sein du mouvement Wikimédia, avec la création de nouvelles versions linguistiques.
Le cas de Wikivoyage apparait toutefois comme une exception, car en général les nouveaux projets émergent des centaines de candidatures déposées sur le projet Méta-Wiki. Celles-ci se soldent bien souvent par un refus, comme ce fut le cas pour le projet WikiLang dont le but était de lancer un laboratoire linguistique. Quelques rares projets ont pourtant la chance d'être élus. Ce fut notamment le cas en octobre 2012, avec le lancement de la base de données structurée et sémantique Wikidata et de ses extensions Wikibase, ou plus récemment, en 2020, avec l'arrivée du projet Abstract Wikipedia et Wikifunctions.
Sans vouloir entrer dans les détails, il est intéressant de savoir que l'interconnexion entre ces trois projets permet de traduire automatiquement des articles encyclopédiques dans tous les langages naturels pris en charge par le mouvement Wikimédia. Plus précisément, les phrases des articles publiées sur Abstract Wikipédia, sont formulées par des fonctions informatiques produites dans le projet Wikifunctions, dans le but de traiter les informations de la base de données sémantique Wikidata. Autrement dit, un article dans Abstract Wikipédia ne possède qu'une seule page pour toutes les langues, pareillement aux pages d'entités de Wikidata, qui ont pour titre une lettre suivie d'un chiffre.
À la suite de ces explications, on observe donc que ce n'est pas la complexité qui détermine le refus projet, mais plutôt une série de critères comparables à ceux retenus pour supprimer des projets ou versions linguistiques déjà existants. À ce propos, il existe sur Méta-Wiki une liste mise à jour des différents sites hébergés par la Fondation Wikimédia dont l'existence est remise en cause. Dans celle-ci, on retrouve essentiellement des versions linguistiques de projets qui n’ont pas réussi à poursuivre leurs développements, bien qu'un projet entier soit toujours susceptible d'être mis à l'arrêt. C'est d'ailleurs ce qui est arrivé aux 31 versions linguistiques du projet Wikinews, qui, en date du 4 mai 2026, soit 22 ans après le lancement du site anglophone, sont accessibles en mode lecture uniquement.
Dans le cas de Wikinews, ce fut le manque d'activité qui apparut comme principale justification de la suspension du projet. Cependant, d'autres raisons pourraient être invoquées, comme le prouve cet épisode de 2005, où, peu de temps après son lancement, la version francophone du recueil de citations Wikiquote a bien risqué de disparaitre. Le projet fut effectivement accusé d’avoir récupéré le contenu d’une base de données soumise à un droit d’auteur, incompatible avec la licence Creative Commons appliquée sur l’ensemble des projets pédagogiques Wikimédia. Lorsqu'une plainte fut adressée à l’association Wikimédia France, pour être ensuite relayée sur le site Méta-Wiki, il fut bien question de fermer le projet. Après de longues discussions, celui-ci fut maintenu, mais avec pour conditions de repartir de zéro, et d’établir une charte pour garantir la traçabilité des citations reprises par le projet.
Voici donc de quoi se faire une idée sur la manière dont les projets pédagogiques et leurs déclinaisons linguistiques apparaissent et disparaissent au sein du mouvement. Les exemples repris ci-dessus suffisent effectivement pour comprendre les principes généraux qui sous-tendent leurs créations. En dehors de Méta-Wiki, Wikidata, Wikifunctions, Abstract Wikipédia et Wikimedia Commons, qui ne sont pas des projets de contenu pédagogique à proprement parler, tous les autres projets semblent effectivement provenir d’un désir de spécialisation d’un projet préexistant.
L'idée est généralement débattue dans un projet de même langue, avant de relayer la discussion vers le site Méta-Wiki. Si le projet y est jugé pertinent, il fait alors l'objet d'une candidature qui doit actuellement être soumise au groupe de travail des projets frères du comité des affaires communautaires de la Fondation Wikimédia. Quant aux nouvelles versions linguistiques, elles doivent être aujourd'hui soumises à l'approbation du comité des langues, avant d'être testées sur les plateformes Incubator, Beta-Wikiversité ou Wikisource Multilingue, dans le but de bénéficier d’un site web indépendant.
Après ces explications concernant les projets frères et leurs variations linguistiques, il nous reste encore à parler des sites qui ont un lien avec le mot Wiki, soit par leur nom, soit par le logiciel utilisé. En 2024 effectivement, plus de 22 600 d'entre eux étaient répertoriés, dont plus de 95 % sans aucun lien avec le mouvement Wikimédia, en dehors du fait, peut-être, qu’ils utilisaient le logiciel MediaWiki développé par la Fondation Wikimédia.
WikiLeaks par exemple, créé par Julian Assange dans le but de publier des documents classifiés provenant de sources anonymes, n’est ni un projet Wikimédia, ni un site collaboratif. Quant au recueil universel et multilingue de guides illustrés WikiHow, si celui-ci fonctionne pour sa part de manière collaborative et avec le logiciel MediaWiki, il n'a pourtant aucun lien avec le mouvement Wikimédia. D'ailleurs, son ergonomie, radicalement différente de celle des projets Wikimédia, permet de le comprendre au premier coup d’œil.
En revanche, Wikimini, l'encyclopédie libre pour les enfants, a une apparence tout à fait comparable à celle des projets Wikimédia, alors que le projet n’a jamais été accepté par la Fondation. Quant aux projets WikiTribune et Fandom, l'ambiguïté qu'ils entretiennent avec le mouvement est d'autant plus grande qu'ils ont été créés par Jimmy Wales, le fondateur de Wikipédia et de la Fondation Wikimédia. Cependant, comme ce sont des projets commerciaux, ils ne peuvent en aucun cas être soutenus par une fondation sans but lucratif.
Au terme de cette présentation, il ne reste plus qu'à signaler que le mouvement Wikimédia ne fut conscientisé que tardivement par rapport à l'apparition des projets Wikimédia et de leurs différentes versions linguistiques. Pour qu'un sentiment de collectivité se manifeste entre tous ceux-ci, il fallut certainement attendre qu'une coordination se développe sur la plateforme Méta-Wiki, mais également que de nombreuses rencontres et associations apparaissent en dehors de l'espace numérique. En ce sens, la naissance du mouvement ne fut pas un événement ponctuel, mais plutôt la réalisation d’un long processus de conscientisation.
'''Chapitre 9 : La conscientisation du mouvement'''
Avant d'aborder la question de la conscientisation du mouvement, il peut être intéressant de découvrir l'origine étymologique du mot « Wikimédia ». Celui-ci est un mot-valise composé du suffixe « média » et du préfixe « wiki » que l’on doit à cette expression hawaïenne « wiki wiki », qui se traduit en français par l'expression : « vite, vite ». Celle-ci fut récupérée une première fois par Ward Cunningham, le créateur du premier moteur Wiki, avant d'être réutilisée dans les noms inventés pour d'autres logiciels de cette même famille. UseModWiki en est un bel exemple, puisqu'il fut le premier programme utilisé par la firme Bomis pour héberger son projet d’encyclopédie collaborative. Raison pour laquelle, sans doute, le terme « wiki » fut utilisé pour créer le mot Wikipédia, en l'associant au suffixe « pedia » qui fait référence au mot anglais encyclopedia, selon un principe qui fut ensuite repris pour tous les autres projets du mouvement.
Le mot Wikimédia, pour sa part, n’est apparu que le seize mars 2003, lors d’une discussion concernant la déclinaison possible de l’encyclopédie en d’autres types de projets éditoriaux participatifs. Durant celle-ci, l’écrivain américain Sheldon Rampton eut l’idée d’associer au terme wiki à celui de « média », afin de mettre en évidence la variété des médias produits et partagés par Wikipédia et ses projets frères. Toutefois, c'est seulement en juin 2008 que Florence Devouard, présidente de la Fondation à cette époque, associe le mot Wikimédia à un mouvement social qu’elle voyait apparaître au sein des projets Wikimédia et de leurs communautés d'usagers.
Affirmer pour autant que ce moment précis coïncide avec la naissance du mouvement Wikimédia serait quelque peu arbitraire. Car si l’on peut déterminer plus ou moins facilement l’apparition d’une expression dans des archives, tout le monde sait qu’un mouvement social ne se forme pas en un seul instant. Dans le contexte du mouvement Wikimédia, sa naissance est bien sûr liée à celle du projet Wikipédia, mais également à tout ce qui permit la création de cette encyclopédie libre. Dans une autre perspective encore, on peut dater l'apparition du mouvement Wikimédia au 20 juin 2003, date de la création de la fondation qui porte le même nom. Ou pourquoi pas, associer la création du mouvement à la mise en ligne de la plate-forme Méta-Wiki, qui en représente le principal lieu de coordination.
Toujours est-il que l’expression « Wikimedia movement » est bien apparue en juin 2008, sous la plume de Florence Devouard. Cela s'est passé sur la liste de diffusion de la Fondation et peu de temps avant qu'elle quitte son poste de présidente. Dans son message, elle partageait l'idée de placer sous le nom de domaine Wikimedia.org un site vitrine de présentation du mouvement Wikimédia qu'elle concevait de la sorte.
Le mouvement Wikimédia, comme je l’entends est
– une collection de valeurs partagées par les individus (liberté d’expression, connaissance pour tous, partage communautaire, etc.)
– un ensemble d’activités (conférences, ateliers, wikiacadémies, etc.)
– un ensemble d’organisations (Wikimedia Foundation, Wikimedia Allemagne, Wikimedia Taïwan, etc.), ainsi que quelques électrons libres (individus sans chapitres) et des organisations aux vues similaires.
Avec autant de détails et d'explications, un tel message ne pouvait qu'accélérer la prise de conscience au sein du mouvement. Dans tous les cas, il mettait en évidence que les personnes actives dans les projets éditoriaux en ligne ou dans les organismes affiliés, faisaient partie de ce que Ralf Dahrendorf appelle un « quasi-groupe ». Ou autrement dit, un ensemble d’individus qui ont un mode de vie semblable, une culture commune, mais dont les points communs ne gravitent pas autour d’une prise de conscience de leur position commune dans la relation d’autorité.
Après la naissance de Wikipédia et de nombreux projets frères, une dizaine d’années a donc été nécessaire pour que le mouvement Wikimédia prenne conscience de son existence. Aujourd’hui encore, et comme cela a déjà été vu, de nombreuses personnes actives dans les projets pédagogiques ne réalisent toujours pas qu’elles participent aux activités d’un mouvement social. Cela, contrairement aux personnes investies dans les activités en présentiel organisées au sein du mouvement, qui sont généralement plus conscientes de leur engagement. C’est là une raison de croire que le développement de la Fondation Wikimédia et de ses organismes affiliés a joué un rôle important dans l'apparition d'un sentiment d’appartenance.
'''Chapitre 10 : La création des organismes affiliés'''
Si c’est grâce à l’arrivée des groupes et des organismes affiliés à la Fondation Wikimédia que l’idée du mouvement est probablement apparue, il est alors intéressant d'en décrire les processus de création. Mais puisque cela représente plusieurs centaines d’instances spécifiques, regroupées en plusieurs catégories détaillées en seconde partie d'ouvrage, aborder ici l’histoire de chacune d’entre elles serait une entreprise beaucoup trop fastidieuse.
De plus, s’il existe énormément d’archives numériques concernant la naissance des sites Wikimédia, ce n’est pas le cas pour ces organismes affiliés. Un bon nombre de ceux-ci se sont effectivement formés durant des rencontres ou des réunions hors ligne qui n'ont fait l’objet d’aucun enregistrement. Du reste, une bonne part des échanges effectués au sein de ces associations s'organise par des canaux de communication privés auxquels seuls les membres actifs ont accès.
Puisque je suis l'un des membres fondateurs, je me limiterai donc ici à parler de l’association Wikimédia Belgique. Celle-ci fut fondée le huit octobre 2014 en tant qu’association sans but lucratif, avant d'être reconnue le six août 2015 par le conseil d’administration de la Fondation Wikimédia. Après plus de trois ans d’activités et de rencontres et sous l’impulsion de Maarten Deneckere qui assuma le premier mandat de présidence, nous étions 8 personnes à signer la première version des statuts de l’association.
Jusqu’à ce jour, l’objet social de Wikimedia Belgique est d' « impliquer tout un chacun dans la connaissance libre ». Contrairement à l'association Wikimédia Deutchland, la première à voir le jour en 2004 et qui rassemblait déjà en 2021 plus de 85 000 membres et près de 150 employés, l’association belge n'a qu'une seule employée à temps partiel et 150 membres en 2025.
Avant d’être reconnues par le comité d’affiliations chargé de seconder le conseil d’administration de la Fondation, toutes les associations nationales, dites « chapters » en anglais, et toutes les autres organisations affiliées doivent réaliser de nombreuses démarches. Celles-ci consistent à répondre à un ensemble de prérequis qui ont évolué suite à la création d'un comité décisionnel en avril 2006. Ces obligations diffèrent entre les groupes d’utilisateurs et d'utilisatrices et les associations locales ou thématiques. Parmi ceux-ci, on retrouve toutefois : un nombre minimum de membres et de référents, une mission et un règlement d’ordre intérieur conformes aux attentes du mouvement, la remise de plans et de rapports d’activités annuels, etc.
On comprend donc qu’il n’est pas évident de créer une nouvelle instance au sein du mouvement. Pour bénéficier du soutien logistique et financier de la Fondation réservé aux organismes affiliés, c’est ainsi toute une série de rapports qu’il faut alors transmettre à divers comités et commissions chargés de leurs évaluations. Cela représente une quantité de tâches administratives qu’il n’est pas toujours facile d’assumer, surtout lorsque les membres de l’organisme affilié sont tous des bénévoles. D’où sans doute cette régulière disparition d’affiliations, pendant que d’autres se créent ou réapparaissent en fonction des énergies et du dynamisme disponibles dans les équipes.
Les activités liées à la récolte et à la redistribution des dons offerts au mouvement, ainsi que les autorisations d’usage de marques déposées, contrastent donc avec les valeurs de libre partage et d’autonomie décrites dans les projets pédagogiques. Cela semble confirmer que la partie hors ligne du mouvement est plus influencée par les habitudes d’un système économique dominant, contrairement à la partie en ligne qui semble plus fidèle à l’héritage de la contre-culture.
'''Chapitre 11 : L'héritage d'une contre-culture'''
Au terme de cette première partie d’ouvrage, il devient évident que la révolution numérique, que l’on considère généralement comme une révolution technique, fut aussi, et peut-être avant tout, une révolution sociale et culturelle. Quant à l'histoire de Wikimédia, reprise ici depuis les origines de son encyclopédie jusqu'à l'apparition de ses organismes affiliés, elle nous fit découvrir comment les idées de la contre-culture des années 1960 furent transmises au mouvement.
En cas de doute, observons encore que Richard Stallman, celui qui a créé les concepts de licence et d'encyclopédie libre, fut désigné par certains comme le gourou de la contre-culture hacker et le père du système d’exploitation hippie. Une culture hippie, dont il est aussi troublant de constater que le renversement de son logo ressemble étrangement à celui du mouvement Wikimédia.
Incontestablement et au travers du mouvement des logiciels libres, le mouvement Wikimédia a donc bien hérité des valeurs produites par les mouvements sociaux des années 1960. Des valeurs qui aujourd'hui contrastent fortement avec la marchandisation et la capitalisation du monde, dont l'espace web ne fait jamais que refléter ce qui se passe dans le reste de la société humaine. Or, ce phénomène ne date pas d'hier. En 2008 déjà, André Gorz, ce philosophe parmi les pères de la décroissance et théoricien de l’écologie politique, constatait déjà que :
La lutte engagée entre les "logiciels propriétaires" et les "logiciels libres" [...] a été le coup d’envoi du conflit central de l’époque. Il s’étend et se prolonge dans la lutte contre la marchandisation de richesses premières – la terre, les semences, le génome, les biens culturels, les savoirs et compétences communs, constitutifs de la culture du quotidien et qui sont les préalables de l’existence d’une société. De la tournure que prendra cette lutte dépend la forme civilisée ou barbare que prendra la sortie du capitalisme.
Dans cette lutte et avec le seul nom de domaine non commercial parmi le top 100 des sites les plus fréquentés du Web, la galaxie Wikimédia apparait donc comme un des derniers lieux numériques de liberté, de partage et d'égalité. Un lieu qui, de plus, est connu mondialement, grâce au succès des plus de 350 déclinaisons linguistiques de Wikipédia, et sans pour autant récolter d'informations sur l’identité et le comportement des internautes. Cela alors que cette pratique est considérée, par certains, comme un « nouvel or noir » pompé du Web, pendant que d’autres préfèrent parler de « capitalisme 3.0 » ou de « capitalisme de surveillance » .
Évidemment, les enjeux de cette lutte sont difficiles à comprendre. La complexité de l’infrastructure informatique, mais également le fait que tout cela s'inscrit dans une révolution que Rémy Rieffel décrit comme « instable et ambivalente, simultanément porteuse de promesse, et lourde de menaces », ne facilitent pas les choses. Cela d'autant plus que tout cela se place « dans un contexte où s’affrontent des valeurs d’émancipation, et d’ouverture d’un côté et des stratégies de contrôle et de domination de l’autre » .
En fait d’ambivalence, il est surprenant d'apprendre, par exemple, que Jimmy Wales, fondateur de Wikipédia et de la fondation Wikimédia, est un adepte de l’objectivisme, alors que cette philosophie voit le capitalisme comme un idéal de société et l’égoïsme rationnel, comme une morale. Puis, concernant l'instabilité du numérique, il y a ces appels répétés de Tim Berners-Lee au sujet de la « redécentralisation » et de la « régulation » d'un espace web qu'il avait conçu dans un esprit tout à fait opposé. Quant aux pionniers d'Internet, ils n'ont probablement pas imaginé que leur création permettrait un jour, à des milliards d’objets connectés, de rapporter, rien qu'en France et en 2021, plus de 2,6 milliards d’euros.
Quant à la question du contrôle et au-delà de ce qui est opéré par les firmes commerciales, c'est bien sûr du côté des États qu'il faut porter son attention. Face à un mouvement qui veut s’émanciper des contrôles, par moins de 18 pays ont déjà censuré Wikipédia et parfois même l'ensemble des projets frères. Ce fut le cas par exemple pour la Turquie, la Russie, l'Iran, mais également le Royaume-Uni, la France et l'Allemagne, et c'est même le cas de manière permanente en Chine, depuis 2004.
Dans certains cas, des procédures juridiques ont été utilisées pour intimider les membres du mouvement. C'est arrivé en France lorsque le directeur de l'association Wikimédia fut menacé de poursuites pénales par la Direction Centrale du Renseignement Intérieur, après un refus de supprimer un article qui traitait d’une station militaire dans Wikipédia. Par chance, ce qui s'est passé en France ne dépassa pas le stade de l'intimidation. En Biélorussie cependant, Mark Bernstein, un contributeur aux projets Wikimédia, fut condamné à quinze jours de prison ferme, assortis de trois ans d’assignation à résidence, pour des propos tenus au sujet de la guerre en Ukraine. Cela sans oublier qu'actuellement, ce sont les conservateurs à la tête des États-Unis qui « veulent la peau de Wikipédia » en cherchant à obtenir l'identité réelle de certains contributeurs.
Le contrôle et le non-respect de la vie privée font ainsi appel à la figure emblématique du lanceur ou de la lanceuse d'alerte, dont la posture contestataire fait penser à celle des personnes actives dans la contre-culture des années 1960. Parmi ceux-ci, on dit de Julian Assange, Edward Snowden et Chelsea Manning, qu'ils « ont perdu leur liberté pour défendre la nôtre ». De manière similaire, on pourrait donc aussi dire que les Wikimédiens Aaron Swartz, Bassel Khartabil, Pavel Pernikov, Ihor Kostenko et Mark Bernstein, se sont sacrifiés pour la liberté, le partage et la vérité.
Dans Wikimédia et comme ce fut expliqué dans l'introduction de cet ouvrage, une alerte peut prendre la forme d'un appel à commentaires en réaction à une décision ou une situation observée au sein du mouvement. C'est même là une pratique institutionnalisée, qui fait l'objet d'une procédure d'accompagnement et de suivi. Toutes ces alertes concernent les dérives de certains projets, mais également de certaines associations dont la proximité avec le système économique n'aide pas au respect des pratiques et des valeurs développées en ligne.
Dans ce qui apparait aux yeux de certains comme un « bazar libertaire », les choix et règles édictés dans la sphère hors ligne du mouvement ne plaisent pas toujours aux membres des communautés en ligne. Ce qui n'empêche toutefois pas les projets éditoriaux d'avoir leurs propres règles et des recommandations, ni de voir apparaitre, en 2020 et dans l'ensemble du mouvement, un code de conduite universel, qui détermine le « référentiel minimum des comportements acceptables et inacceptables ».
L'idéologie transmise à Wikimédia, décrite en partie par Steven Levy dans son ouvrage L’Éthique des hackers est donc plus subtile qu'un simple refus d'autorité. Dans un esprit de partage, d'ouverture, de transparence, de liberté, d'égalité et d'autonomie, c'est une structure très complexe, tout en étant cosmopolite et mondiale, que le mouvement réussit à mettre en place. Une organisation qui, finalement, apparait très inspirante dans la manière de faire communauté aujourd'hui, et au sein d'un monde toujours plus global et numérique.
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Lionel Scheepmans
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text/x-wiki
'''LE MOUVEMENT WIKIMÉDIA.'''
'''Dernier partage altruiste de la connaissance libre ?'''
De Lionel Scheepmans.
Avec l'aide de la communauté Wikimédia.
'''Quatrième de couverture.'''
'''Le mouvement Wikimédia, l'aventure inspirante d'une organisation mondiale et altruiste, au service d'un savoir libre et vérifiable.'''
Quel est ce seul acteur à but non lucratif présent dans le top 100 des sites les plus visités sur le Web ?
Comment incarne-t-il l’expression la plus visible des valeurs de liberté, d’égalité et de partage, héritées de la révolution numérique et des mouvements sociaux des années 1960 ?
Comment, à partir de Wikipédia et suite à la création d’une quinzaine de projets frères, distribués en centaines de versions linguistiques, le mouvement social Wikimédia a imaginé un monde dans lequel le savoir se produit et se partage librement ?
Et comment, en toute autonomie, des dizaines de projets pédagogiques, édités par des millions de bénévoles, soutenus par une fondation et près de 200 associations et groupes locaux, produisent-ils la plus grande intelligence collective au monde ?
Avec de nombreux codes QR, cet ouvrage répond à ces questions, tout en permettant de mieux comprendre le monde global et numérique qui nous entoure.
Lionel Scheepmans est docteur en sciences politiques et sociales, militant de la culture libre et professeur d’anthropologie numérique. Il occupe plusieurs postes d’administrateur au sein du mouvement Wikimédia qu’il observe de manière participative depuis 2011. Ses travaux universitaires, du master à la thèse de doctorat, furent consacrés à l’organisation et aux enjeux de Wikipédia et du mouvement Wikimédia.
'''Avant-propos'''
Pour offrir un confort de lecture sur papier sans perdre la puissance du numérique, des codes QR sont affichés tout au long de cet ouvrage. À l’aide d’une tablette ou d’un smartphone, ils offrent un accès direct à ce qui serait coûteux ou impossible à imprimer.
Par exemple, le code QR 1, présent à la fin de cette page, donne accès directement à la page web qui reprend l’intégralité de l’ouvrage. Une fois sur celle-ci, on peut alors visionner les illustrations en couleur ou les enregistrements qui s’y trouvent et consulter ensuite leurs pages de descriptions en cas de besoin. Cette version numérique comprend aussi de nombreux hyperliens pointant vers Wikipédia et d’autres sites du mouvement Wikimédia, où se trouvent des compléments d’informations et leurs mises à jour.
Pour économiser du papier lors de l’impression, la section regroupant les notes et les références de l’ouvrage n’est disponible qu’au format numérique, mais est directement accessible via le code QR 2 repris ci-dessous. Grâce aux indices de renvoi chiffrés et placés en exposant dans le texte imprimé, il est alors possible, au départ d'un smartphone ou d'une tablette, de retrouver les notes et les références en fonction de leur numérotation. Lorsque la référence correspond à une page web, un lien pointant vers le projet Internet Archive s’y trouve repris, pour garantir un accès aux archives des pages citées dans l’ouvrage, si jamais elles avaient disparu du web. Quant aux pages toujours existantes, elles restent accessibles via leurs hyperliens originels, pour consulter leurs éventuelles évolutions.
Étant donné que ce livre est produit sur une plateforme collaborative, tout le monde est invité à améliorer les prochaines versions. On peut le faire en corrigeant des fautes d’orthographe ou de syntaxe sur les pages web qui constituent les différents chapitres de l’ouvrage, ou encore en apportant des commentaires sur les pages de discussion qui leur sont associées. Cela peut se faire très simplement en cliquant sur « Modifier » , quand on est sur la page d'un chapitre, et sur « Ajouter un sujet » lorsque l'on est sur une page de discussion.
Une page de discussion générale est aussi accessible grâce au code QR 3. Elle permet de commenter le livre dans son ensemble, ou de poser une question à son sujet. Il suffit pour cela d’indiquer un titre dans le champ « Démarrer un nouveau sujet », avant d'écrire le contenu de son message dans l’encadré situé juste en dessous, et de cliquer finalement sur le bouton « Ajouter un sujet de manière anonyme », pour publier celui-ci.
Enfin, pour ceux qui voudraient agrémenter leur lecture d’un fond sonore relaxant et original, le code QR 4 donne accès à une page web qui diffuse une musique mélodieuse. Celle-ci est composée de sons spécifiquement produits chaque fois qu’une modification est apportée sur un projet Wikimédia, ou qu’un nouveau compte y est créé. Ce dispositif ingénieux offre ainsi, aux lecteurs qui le souhaitent, une ambiance sonore particulièrement confortable, ainsi qu’une nouvelle expérience immersive au sein du mouvement Wikimédia.
'''Introduction : Wikimédia n’est pas Wikipédia.'''
Depuis le succès initial de Wikipédia, une myriade de projets de partage des connaissances, d’organisations et de groupes de soutien ont émergé pour former ce qu’on appelle aujourd’hui le mouvement Wikimédia. Même si l’encyclopédie libre reste l'activité phare du mouvement à ce jour, il serait regrettable de réduire l’ensemble du mouvement à cet unique projet pédagogique. Malheureusement, il arrive bien trop souvent qu'une seule version linguistique de Wikipédia suffise pour cacher l’étendue de la forêt Wikimédia.
En réalité, Wikimédia représente un mouvement social, international et interculturel complexe, au sein duquel Wikipédia n’est qu’une composante parmi d’autres. Dans le cadre d'un mémoire de master, on peut ainsi fournir en quelques mois une ethnographie du projet Wikipédia en français. Alors que pour synthétiser les origines, l’organisation et les dynamiques globales du mouvement Wikimédia, une thèse de doctorat et cinq années de recul supplémentaires furent nécessaires.
À la fin de l'année 2025, l’ampleur numérique du mouvement est effectivement impressionnante. Chaque mois, des millions de modifications bénévoles sont effectuées sur plus de 500 millions de pages, réparties sur plus d’un millier de sites web, dont 358 seulement, correspondent aux versions linguistiques de Wikipédia. Ce qui prouve donc clairement que les activités en ligne portées par l'ensemble du mouvement Wikimédia dépassent largement ce qui se passe au sein de l’encyclopédie.
Il existe ainsi cinq autres espaces collaboratifs d'écriture susceptibles d'atteindre un jour l'envergure et la notoriété de Wikipédia, avec un objectif et un fonctionnement spécifiques à chacun. De manière détaillée, Wikilivres crée des livres pédagogiques ; Wikiversité rassemble des supports d'enseignement et des travaux de recherche ; Wikivoyage développe un guide touristique mondial ; Wikispecies établit un répertoire du vivant, tandis que Wiktionnaire définit des mots de toutes les langues, dans toutes les langues.
Contrairement à Wikipédia, tous ces projets ne sont pas soumis à une neutralité de point de vue, ni limités à l'usage de sources secondaires reconnues, au niveau de la rédaction des articles. La plupart d'entre eux acceptent aussi la publication de travaux de recherche ou de productions personnelles, alors que cela est tout à fait interdit dans Wikipédia.
Selon l'étymologie du mot encyclopédie, le but de Wikipédia est en effet de synthétiser ou, plus précisément, d'encercler le savoir humain déjà préexistant. Cette contrainte éditoriale limite donc les contributeurs et contributrices à l'usage de sources secondaires et tertiaires présentes dans des publications externes au projet. De ce fait, Wikipédia reproduit fatalement les biais systémiques, tels que les déséquilibres et les surreprésentations de genre et de culture, présents dans un monde de l'édition majoritairement occidental. Or, cette impasse éditoriale propre à Wikipédia n'existe pas dans les autres projets pédagogiques.
Comme ces projets frères, Wikipédia n'est pas non plus un projet complètement autonome des autres projets Wikimédia. L'encyclopédie compte en effet sur le projet Wikimedia Commons pour héberger l'ensemble de sa médiathèque. Elle utilise ensuite le contenu du projet Wikidata comme base de données structurée. Quant aux personnes qui produisent l'encyclopédie, elles peuvent aussi puiser leurs sources dans la bibliothèque Wikisource ou se référer à des citations d'auteurs collectées dans le projet Wikiquote. Tout cela sans oublier que des dizaines de sites web traitent l'archivage permanent de Wikipédia et des autres projets Wikimédia, dans le but de fournir des analyses précieuses et totalement libres d’accès.
Enfin, il faut aussi garder à l'esprit qu'au-delà de tous ces sites web, Wikimédia, c'est aussi de nombreuses institutions et organisations affiliées au mouvement et dispersées dans le monde. Autour de la Fondation Wikimédia chargée de la gestion et de l’organisation internationales, avec près de 650 salariés de nationalités diverses, se regroupent des centaines d'organisations satellites. Parmi celles-ci, on retrouve 2 associations thématiques, 40 associations locales, dont Wikimedia Deutschland qui regroupe plus de 170 employés, et finalement 141 groupes d’utilisateurs et utilisatrices.
Tout ce qui vient d'être exposé dans cette introduction justifie donc la nécessité de distinguer le mouvement Wikimédia du projet Wikipédia. Imaginons seulement que l’on se limite à citer Paris pour décrire et comprendre un pays aussi vaste que la France. Certes, Paris est une ville mondialement connue et qui compte plus de deux millions d’habitants et un patrimoine culturel impressionnant. Mais est-ce pour autant qu'il faudrait oublier les autres villes, villages et métropoles françaises ? Sans compter que la France regroupe aussi des départements et des territoires d’outre-mer et qu'elle entretient des relations et des partenariats internationaux qui dépassent de loin ce qui se passe entre Paris et le reste du monde. Ne pas confondre le mouvement Wikimédia avec le projet Wikipédia relève donc du bon sens.
En 2019 cependant, la Fondation Wikimédia a envisagé de se renommer en Fondation Wikipédia et de remplacer le terme « Wikimédia » par celui de « Wikipédia » partout où ce terme est utilisé dans la sphère hors ligne du mouvement. Le but était d’acquérir une plus grande visibilité et d’attirer des milliards de personnes, grâce au nom de marque Wikipédia, considéré comme l’un des plus connus au monde. Ce changement n’a toutefois pas été accepté par de nombreuses personnes actives au sein du mouvement. En janvier 2020, ces opposants ont ainsi créé une page d’appel à commentaires, qui fut le siège d’un long débat. À l’issue de ce dernier, 73 représentants d’organisations affiliées et 984 personnes ont signé une lettre ouverte adressée à la Fondation, qui comprenait le paragraphe suivant.
« Depuis 20 ans, les bénévoles ont bâti la réputation de Wikipédia en tant que ressource indépendante et communautaire. Les projets du mouvement Wikimédia, dont Wikipédia, se développent autour de la décentralisation et du consensus. Il est essentiel d’établir des distinctions claires entre la Fondation Wikimédia, les affiliés et les contributeurs individuels. Tout changement qui affecte cet équilibre exige le consentement éclairé et la collaboration des communautés. Il est donc très préoccupant de voir Wikipédia présenté pour le nom de l’organisation et du mouvement malgré le mécontentement général de la communauté. »
En s’opposant aux idées de la Fondation, ces membres de la communauté Wikimédia ont ainsi fait preuve de sagesse. De plus, ils ont signalé dans de nombreux commentaires que beaucoup de personnes connaissent le mouvement Wikimédia uniquement au travers de son encyclopédie. Il est même étonnant d'observer que la méconnaissance du mouvement existe au sein même de sa propre communauté. Comme exemple, on peut observer que l'article Wikipédia en anglais, consacré au mouvement Wikimédia, ne s’est développé qu’à partir de 2016, tandis que celui de la version francophone de l'encyclopédie, n’est apparu qu’en 2019. Quant aux autres versions linguistiques, il est tout aussi étonnant de constater qu'en octobre 2025, seulement 39 d'entre elles, sur un total de 358, possédaient un article dédié au mouvement Wikimédia.
Tous ces éléments justifient donc la nécessité d’offrir au monde, une meilleure connaissance du mouvement Wikimédia et des nombreux projets et organisations, qui participent à sa mission de partage du savoir. En ce sens, ce livre est une contribution importante aux défis stratégiques que doit relever le mouvement Wikimédia à l’approche de 2030. Car au-delà des résolutions prises pour développer de nouveaux processus participatifs et délibératifs concernant les questions de marque, c’est avant tout un travail d’information et de sensibilisation à destination du public qu'il reste à faire.
'''Première partie : La naissance du mouvement Wikimédia.'''
Il existe dans l'espace web, une multitude d’archives permettant de retracer les événements, qui ont conduit à la naissance du mouvement Wikimédia. Cette « préhistoire » du mouvement peut notamment être explorée grâce au réseau d’éducation populaire Framasoft, dont le site est apparu environ un an avant la création de la version francophone de Wikipédia. On trouve sur cette plateforme une mine d’informations concernant les logiciels libres et la culture libre, soit deux épisodes majeurs de l’histoire de l’informatique et d’Internet, malheureusement méconnus du grand public.
Grâce à Framasoft et bien d’autres associations, il est possible de découvrir l’organisation et les motivations des millions de personnes qui participent au mouvement du logiciel libre. On peut apprend par exemple, que ce mouvement politique et social, au sein du milieu informatique, a été initié en 1983 par [[w:fr: Richard Stallman|Richard Stallman]]. Programmeur du [[w:Massachusetts_Institute_of_Technology|MIT]] à cette époque, c'est en effet lui qui fut le premier à proposer une alternative à la marchandisation du secteur informatique.
La philosophie de libre partage, apparue au sein du projet de Stallman, reflétait une certaine éthique et une organisation de travail originale, développées au sein d’une sous-culture, en vogue dans le milieu informatique depuis les années 1950. Celle-ci fut documentée dans de nombreux ouvrages, dont « L’éthique hacker », un livre remarquable, dans lequel le philosophe finlandais, Pekka Himanen, analyse en détail les origines de la culture hacker.
Un simple extrait de sa quatrième de couverture, repris ci-dessous, permet d’appréhender la manière de penser de ces informaticiens, rejoints par Richard Stallman durant ses études universitaires, avant d'en devenir l’une des figures les plus charismatiques.
« On considérait jusqu’à présent le « hacker » comme un voyou d’Internet, responsable d’actes de piratage et de vols de numéros de cartes bancaires. Le philosophe Pekka Himanen voit au contraire les hackers comme des citoyens modèles de l’ère de l’information. Il les considère comme les véritables moteurs d’une profonde mutation sociale. Leur éthique, leur rapport au travail, au temps ou à l’argent, sont fondés sur la passion, le plaisir ou le partage. Cette éthique est radicalement opposée à l’éthique protestante, telle qu’elle est définie par Max Weber, du travail comme devoir, comme valeur en soi, une morale qui domine encore le monde aujourd’hui. »
En introduisant cette première partie d'ouvrage de la sorte, nous pouvons déjà comprendre que le mouvement Wikimédia plonge ses racines dans une transition culturelle remplie d’utopie. Une utopie qui s’oppose notamment à ce que l’historien et anthropologue Karl Polanyi désignait, en 1944 déjà, comme un libéralisme économique qui « subordonne les objectifs humains à la logique d’un mécanisme de marché impersonnel ». Étape par étape et en commençant par analyser cette utopie spécifiquement au niveau du mouvement Wikimédia, voyons maintenant ce qui s'est passé tout au long de cette révolution culturelle et numérique.
'''Chapitre 1 : L'utopie Wikimédia.'''
Au fil du temps, Wikipédia fut perçu comme une utopie en marche, puis comme une utopie réalisée, et finalement comme la dernière utopie collective du Web. Mais qu'en est-il de l'ensemble du mouvement Wikimédia ? Pour nous aider à comprendre ce qui se passe dans la dimension numérique de ce mouvement, voici une métaphore qui décrit un quartier établi au sein d'une ville, imaginée au départ de l'espace web ». Dans cette ville imaginaire, Internet représenterait le réseau routier, pendant que des serveurs informatiques feraient office de bâtiments, et que les pages web qu'ils hébergent, constitueraient les différentes pièces de ces édifices.
En visitant le quartier Wikimédia, on découvrirait donc plus d’un millier de bâtiments. Au sein de ceux-ci et à l’exception de quelques lieux administratifs, chaque pièce peut être visitée gratuitement, mais aussi modifiée au niveau de son contenu. On peut ainsi y ajouter de nouvelles choses, telles que du texte, des photos, des vidéos ou des documents sonores, et même changer ou supprimer ce qui a été créé ou modifié par d’autres. Tout cela, bien sûr, dans le but de rendre ces endroits plus esthétiques, ou plus authentiques et en tenant compte des différentes idées et des éventuelles oppositions de point de vue concernant les aménagements. Pour faciliter l'entente entre les personnes qui s'investissent dans les modifications, chaque pièce des bâtiments Wikimédia possède un espace annexe dédié à la discussion.
Dans la plupart des bâtiments Wikimédia, une personne malintentionnée peut même faire disparaitre tout le contenu d'une pièce. Néanmoins, dans la seconde qui suit, un robot remettra tout en place, avant de transmettre un message concernant le traitement du vandalisme. Lorsqu'une action plus discrète n'est pas détectée par un robot, une personne qui surveille la pièce prendra certainement le relais pour annuler les changements malveillants, et contacter la personne responsable. En cas de multirécidive, celle-ci peut se voir privée de sa capacité de modifier les pièces, soit dans le bâtiment vandalisé, soit dans tout le quartier quand cela se justifie. Après discussion, cette sanction sera mise en application par un administrateur ou une administratrice bénévole, choisi ou choisie par l'ensemble des autres bénévoles qui prennent soin des bâtiments.
On comprend donc que tout le monde peut enrichir, mais également surveiller et protéger les richesses partagées dans le quartier Wikimédia. Il suffit pour cela de rejoindre le mouvement en se créant un compte et de profiter de nombreux outils, dont un système de notification qui envoie un message dès qu'une pièce que l'on veut surveiller est modifiée. Pour créer ce compte, il n'est pas nécessaire de fournir une adresse ou un numéro de téléphone. Les seules informations personnelles indispensables au bon fonctionnement du quartier Wikimédia sont les adresses IP des visiteurs. Car contrairement à ce qui se passe dans les quartiers commerciaux de la grande ville numérique, tels que les GAFAM, NATU, BATX, le quartier Wikimédia ne récolte et ne vend aucune donnée à des fins d'exploitation.
Même les adresses IP enregistrées par le système ne sont pas visibles par les autres visiteurs. Elles sont remplacées par les noms et les pseudonymes fournis lors de la création des comptes, ou masquées par des comptes temporaires pour les modifications faites par des personnes non connectées. Seules quelques personnes accréditées par la communauté pour effectuer des contrôles d’usurpation d’identité ont accès à ces informations. C’est là une précaution nécessaire au bon déroulement des votes qui succèdent parfois aux recherches de consensus concernant l'aménagement du quartier Wikimédia.
Dans cette ville numérique que constituerait l'espace web, Wikimédia apparait ainsi comme le plus grand quartier dédié au partage de la connaissance. Tout d'abord, il y a les plus de 350 bâtiments Wikipédia, chacun dédié à une version linguistique de l'encyclopédie. Toujours séparés en versions linguistiques, on trouve ensuite : les bibliothèques Wikilivres et Wikisource, les bâtiments lexicaux Wiktionnaire, le journal Wikinews, le centre pédagogique et de recherche Wikiversité, le syndicat d’initiative Wikivoyage, le répertoire des êtres vivants Wikispecies et enfin l'institut des citations d’auteurs Wikiquote. Cela sans oublier le musée médiatique Wikimedia Commons et la banque Wikidata, reconnue comme étant la plus grande banque d’informations structurées au monde. Deux bâtiments dont l'une des fonctions principales communes est d’enrichir les pièces situées dans les autres buildings du quartier Wikimédia.
Dans tous ces immeubles, il arrive souvent que plus de la moitié des étages soient uniquement attribués à l'organisation des activités qui s'y déroulent. Chaque bâtiment peut aussi compter sur le soutien d'autres édifices tels que MediaWiki, Wikitech, Phabricator, qui sont trois lieux entièrement dédiés aux maintenances techniques sur l'ensemble du quartier. Concernant les aspects administratifs, c'est dans le bâtiment Méta-Wiki que s'opère la gouvernance générale du quartier, alors que les courriers adressés à ce dernier sont traités en première ligne dans le bâtiment Wikimedia VRT. À la suite de quoi, il ne reste plus qu'à citer le bâtiment Wikimedia Outreach, pour des initiatives de sensibilisation, et le bâtiment du journal Diff Wikimedia, comme lieu de publication d'actualités sur le mouvement.
En dehors de certains aspects techniques, tous ces bâtiments sont gérés exclusivement par des communautés bénévoles, qui sont toujours prêtes à accueillir de nouveaux membres. Les seuls immeubles du quartier qui diffèrent de ce principe sont les bâtiments vitrines de la Fondation Wikimédia et des autres associations Wikimédia qui engagent du personnel. Quant au bâtiment du conseil d'administration de la Fondation, des raisons officielles justifient le fait que la modification de ses pièces est réservée à ces membres et aux employés qui les soutiennent.
Face à tant d'utopies, on en vient donc à se demander comment tout cela fut rendu possible. Mais pour répondre à cette question, il faut alors parcourir tout un pan de l'histoire de la révolution numérique, depuis la contre-culture des années 1960 jusqu'à nos jours. On y découvre que les pionniers du réseau Internet étaient des chercheurs et étudiants en informatique, fortement influencés par de nouvelles idéologies, telles que celles qui furent à la source des évènements de mai 68 en France. C'est donc de là que naîtra la philosophie de partage, de liberté, de décentralisation et ce mode d’organisation tout à fait spécifique, que l'on observe aujourd'hui au sein du mouvement Wikimédia.
Il y eut tout d'abord la création d'Internet, comme réseau mondial de communication en libre accès, et le développement du World Wide Web, qui a grandement facilité les interactions humaines à l’échelle planétaire. Puis, ce fut l'arrivée du Web 2.0, caractérisé par l'apparition de nouveaux sites web directement modifiables à l'aide d’un simple navigateur. Or, parmi ceux-ci se trouvent les moteurs de Wiki, dont le plus puissant d’entre eux, MediaWiki, est un logiciel libre développé par la Fondation Wikimédia. Le moment est donc venu d'en savoir plus sur ce type de programme informatique, ainsi que sur le mouvement du logiciel libre, qui a fortement influencé la philosophie et les valeurs véhiculées au sein du mouvement.
'''Chapitre 2 : Le mouvement du logiciel libre.'''
L’un des premiers épisodes de la préhistoire de Wikipédia et du mouvement Wikimédia débuta en septembre 1983, lorsqu’un programmeur du Massachusetts Institute of Technology, appelé Richard Stallman, déposa un message sur la liste de diffusion net.unix-wizards. C’était un appel d’aide pour la création de GNU, un nouveau système d’exploitation qui devait réunir une suite de programmes que tout le monde pourrait utiliser librement sur son ordinateur personnel. Dans son message transmis via ARPANET, le premier réseau informatique à grande échelle qui précéda Internet, Stallman s’exprimait de la sorte.
Je considère comme une règle d’or que si j’apprécie un programme, je dois le partager avec d’autres personnes qui l’apprécient. Je ne peux pas en bonne conscience signer un accord de non-divulgation ni un accord de licence de logiciel. Afin de pouvoir continuer à utiliser les ordinateurs sans violer mes principes, j’ai décidé de rassembler une quantité suffisante de logiciels libres, de manière à pouvoir m’en tirer sans aucun logiciel qui ne soit pas libre.
Le projet de Stallman, qui reçut le soutien nécessaire à son accomplissement, marqua ainsi le début de l’histoire du logiciel libre. Quant à la quantité d’aide fournie, elle permet de croire que Richard Stallman n’était pas seul à voir l’arrivée des logiciels propriétaires d’un mauvais œil. Car pour les membres du projet GNU et du mouvement du logiciel libre en général, un bon programme informatique doit respecter ces quatre libertés fondamentales :
1. La liberté d’exécuter le programme, pour tous les usages.
2. La liberté d’étudier le fonctionnement du programme, et de l’adapter à vos besoins.
3. La liberté de redistribuer des copies, donc d’aider votre voisin.
4. La liberté d’améliorer le programme, et de publier vos améliorations, pour en faire profiter toute la communauté.
Lors de l'apparition du logiciel libre, le marché de l’informatique était de fait en pleine mutation. L'habituel partage des codes informatiques entre les rares étudiants ou chercheurs, qui bénéficiaient d’un accès à un ordinateur, faisait l'objet d'une remise en question. Ce changement faisait notamment suite au Copyright Act de 1976, une nouvelle loi qui autorisait l'application d'un droit d'auteur sur le code informatique, et donc qui permettait d'en interdire le partage ou la réutilisation sans autorisation. Des clauses de confidentialité ont ainsi fait leur apparition, pendant que les employés des firmes informatiques étaient nouvellement soumis à des contrats de confidentialité. C'était la fin de l’entraide et de la solidarité pratiquées chez les pionniers de l’informatique. À sa place s'installaient la concurrence et la compétitivité, bien connues dans le système capitaliste marchand.
Cette mutation coïncidait avec l’arrivée des premiers ordinateurs de taille réduite. Grâce à l’apparition des premiers circuits intégrés, les premiers exemplaires avaient en effet été créés par l’industrie aérospatiale au début des années 1960. Cependant, il fallut attendre le début des années 1980 pour que le prix d’un ordinateur soit suffisamment bas pour en faire un bien de grande consommation. En 1982, le Commodore 64 entrait ainsi dans le livre Guinness des records, avec plus de 17 millions d’exemplaires vendus dans le monde. Mais avant cela, en 1981, l’IBM Personal Computer avait déjà fait son apparition, en proposant une architecture ouverte qui allait servir de modèle pour toute une gamme d’ordinateurs que l’on désigne toujours aujourd’hui par l’acronyme « PC ».
Pour faire fonctionner ses nouveaux modèles d'ordinateurs, la société IBM avait confié à l’entreprise Microsoft, créée en 1975, la mission de les équiper d’un système d’exploitation. Le contrat signé entre les deux firmes fut une véritable aubaine pour le fournisseur des programmes informatiques. Car sans s'en apercevoir, et sans jamais anticiper que son matériel serait cloné à grande échelle, IBM avait en effet permis à Microsoft d'établir un monopole dans la vente de logiciels. Cela fut condamné pour abus de position dominante et vente liée du logiciel avec le matériel informatique, mais sans pour autant empêcher Bill Gates, le principal actionnaire de Microsoft, d'être l'homme le plus riche du monde en 1994.
Toutefois, pendant que Microsoft renforçait sa position dominante, un nouvel événement majeur allait marquer l’histoire du logiciel libre. Celui-ci fut de nouveau déclenché par un appel à contribution, qui fut cette fois posté le vingt-cinq août 1991 par un jeune étudiant en informatique de 21 ans, appelé Linus Torvalds. Via le système de messagerie Usenet, sa demande avait été postée dans une liste de diffusion consacrée au système d’exploitation Minix, une sorte d’UNIX simplifié et développé dans un but didactique, par le programmeur Andrew Tanenbaum.
Loin d’imaginer que cela ferait de lui une nouvelle célébrité dans le monde du Libre, Torvalds entama son message par le paragraphe suivant.
« Je fais un système d’exploitation gratuit (juste un hobby). Il ne sera pas grand et professionnel comme gnu pour les clones 386. Ce projet est en cours depuis avril et commence à se préparer et j’aimerais avoir un retour sur ce que les gens aiment ou n’aiment pas dans minix, car mon système d’exploitation lui ressemble un peu, même disposition physique du système de fichiers pour des raisons pratiques entre autres. »
Bien qu’il fût présenté comme un passe-temps, le projet qui répondait au nom de « Linux », fut rapidement soutenu par des milliers de programmeurs du monde entier, avant de devenir la pièce manquante du projet GNU. En effet, les contributeurs au projet de Stallman n’avaient pas encore terminé l’écriture du code informatique du noyau Hurd, alors qu'il était censé établir la communication entre la suite logicielle produite par GNU et le matériel informatique. C'est donc la fusion des codes produits par les projets GNU et Linux qui permit la création du premier système complet, stable et entièrement libre baptisé GNU/Linux.
Au départ de ce nouveau système informatique, de nombreuses variantes, que l’on nomme communément « distributions », furent créées par des programmeurs de tous horizons. L’une de celles-ci s’intitule Debian et tire sa réputation d'être simultanément libre, gratuite, très fiable et produite par une communauté sans lien direct avec une société commerciale. Quatre qualités qui expliquent pourquoi, Debian sert de base à plus de 150 distributions dérivées, et que de nombreuses organisations l'utilisent, comme le fait la Fondation Wikimédia sur les serveurs qui hébergent les projets qu'elle supporte.
Grâce à la naissance des logiciels libres, le mouvement Wikimédia a donc la possibilité de faire tourner ses serveurs informatiques, avec un système d’exploitation fiable, libre et gratuit. Comme son code source est ouvert, cela permet aussi à la Fondation Wikimédia de le modifier pour répondre aux besoins spécifiques du mouvement. À la suite de quoi, et selon les règles formulées par la communauté du logiciel libre, les modifications faites par la Fondation deviennent à leur tour, gratuitement et librement, utilisables par d’autres personnes ou organismes.
À ce premier héritage reçu par le mouvement Wikimédia, et toujours en provenance des logiciels libres, s’ajoute encore une innovation méthodologique. Dans son article La Cathédrale et le Bazar, Eric Raymond mobilise en effet le terme « cathédrale » pour désigner le mode de production des logiciels propriétaires, en opposition au mot « bazar », qu'il utilise pour qualifier le mode de développement des logiciels libres. D’un côté, il décrit une organisation pyramidale, rigide et statutairement hiérarchisée, comme on peut la voir souvent au sein des entreprises. Tandis que de l’autre, il parle d’une organisation horizontale, flexible et peu hiérarchisée, qu’il a lui-même expérimentée en adoptant le style de développement de Linus Torvalds, à savoir : « distribuez vite et souvent, déléguez tout ce que vous pouvez déléguer, soyez ouvert jusqu’à la promiscuité ».
À l’instar de la métaphore du quartier numérique présentée dans le précédent chapitre, cette manière de décrire les projets open source nous aide donc ici à mieux comprendre ce qui se passe dans le mouvement Wikimédia. D'un côté, on retrouve effectivement cette « ouverture jusqu’à la promiscuité », dans le libre accès accordé aux projets Wikimédia, alors que de l'autre, tout le monde peut rejoindre les projets et associations Wikimédia. Ces deux observations corroborent ainsi l’existence d’un deuxième héritage en provenance du mouvement du logiciel libre. Néanmoins, il nous reste encore à découvrir un phénomène négligé par Eric Raymond durant ses observations, et qui pourtant, a considérablement influencé l'histoire de la révolution numérique. Découvrons donc à présent, la licence libre et le mouvement de la culture libre, dont elle fut à l’origine.
'''Chapitre 3 : Les licences et la culture libres.'''
Dans une biographie autorisée, Christophe Masutti explique à quel point la création de la Licence publique générale GNU, en tant que première licence libre créée par Richard Stallman, représente un épisode majeur de la révolution numérique. Selon lui :
La GPL apparaît comme l’un des meilleurs hacks de Stallman. Elle a créé un système de propriété collective à l’intérieur même des habituels murs du copyright. Surtout, elle a mis en lumière la possibilité de traiter de façon similaire « code » juridique et code logiciel.
Le concept de distribution associé à ce nouveau type de licence fut baptisé « copyleft », par inspiration d’un jeu de mots que Richard Stallman avait trouvé dans un courrier transmis par son collègue Don Hopkins. Le principe novateur de ce concept est d'obliger toute production de code dérivé à se soumettre à la même licence libre que le code d’origine. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle beaucoup de gens parlent de licence « virale » ou « récursive » en faisant référence à celle-ci. Quant à l'importance de cette clause, elle repose sur le fait d'interdire toute privatisation d'un code informatique produit sous licence libre. Sans celle-ci, un tel code risque en effet d'être récupéré, puis modifié, avant d’être placé sous un habituel copyright de type « tous droits réservés », dans le but de commercialiser son usage.
En 2001 et dans la mouvance provoquée par l'arrivée des licences libres, une organisation internationale sans but lucratif, intitulée Creative Commons, a entamé la promotion du partage et la réutilisation de la créativité et des connaissances grâce à la fourniture d’outils juridiques gratuits. Pour ce faire, elle met régulièrement à jour une panoplie de licences inspirées par la GNU, mais spécialement adaptées aux œuvres de l'esprit, telles que les productions littéraires, musicales, photographiques et vidéo, ainsi que les bases de données.
Contrairement aux licences libres fournies par la Free Software Foundation, conçues pour protéger du code informatique, les licences fournies par Creative Commons offrent la possibilité de sélectionner de nombreuses clauses pour protéger une œuvre. Avec le label CC, pour Creative Commons, on peut ainsi appliquer, ou ne pas appliquer, la clause « BY », qui oblige à créditer l'auteur, et la clause « SA », pour Share Alike, qui ordonne le partage à l’identique comme décrit précédemment. Après quoi il est encore possible d'ajouter la clause « NC », qui impose un usage non commercial, et finalement, la clause « ND », pour Non Derivative, qui exige que l’œuvre soit utilisée ou reproduite dans son intégralité et sans modification.
Le mouvement Wikimédia a choisi la licence CC.BY-SA pour protéger les contenus publiés dans tous ses projets. Cela à l'exception de la banque de données Wikidata, qui au même titre que les descriptions apportées aux fichiers téléchargés dans la médiathèque Wikimedia Commons, publie ses informations structurées sous licence CC0. Cette dernière licence est ainsi ce qui se rapproche le plus du domaine public, avec cet avantage de ne pas devoir mentionner les auteurs dans le traitement et la réutilisation du contenu de la base de données.
Cependant, il en résulte que les informations en question peuvent être réutilisées par des tiers qui ne sont plus obligés de citer leurs sources, comme le font les agents conversationnels des intelligences artificielles génératives, appelés couramment chatbots. Contrairement à la licence CC.BY-SA, la licence CC0 est donc moins apte à pérenniser les projets Wikimédia, puisqu'elle permet d'invisibiliser ces derniers au risque de réduire les chances d'arrivée de nouveaux contributeurs et contributrices. De plus, sans la clause SA qui assure l'application du copyleft, toutes les informations récupérées au sein de Wikidata et de Wikimedia Commons sont aussi susceptibles de quitter le monde du libre.
Quoi qu’il en soit, les licences Creative Commons, inspirées par la licence libre de Richard Stallman, apparaissent finalement comme un troisième héritage en provenance du mouvement du logiciel libre et de la culture libre qui en est issue. Grâce à la licence CC BY SA, les éditeurs des projets Wikimédia bénéficient effectivement d'une certaine reconnaissance, tout en étant assurés qu'aucun copyright sur leurs travaux ne puisse exclusivement profiter à une personne ou une compagnie. De plus, la licence libre appliquée au système d'exploitation installé sur les serveurs Wikimédia, garantit elle aussi un certain respect des contributeurs, puisqu'elle permet de vérifier si le code informatique ne compromet pas leurs vies privées.
Avec tous les autres apports en provenance du logiciel libre, ce sont là deux choses importantes qui ont permis l'apparition du mouvement Wikimédia. Toutefois, cela ne pouvait pas suffire à la création du projet Wikipédia qui en fut le point de départ. Car sans un espace numérique, mondial et libre d’accès, tel qu'il fut créé par Internet et l'espace web, aucune encyclopédie collaborative de cette envergure n'aurait pu voir le jour.
'''Chapitre 4 : Le réseau Internet.'''
L’histoire du réseau Internet constitue un nouvel épisode captivant de la révolution numérique, sans lequel le mouvement Wikimédia n’aurait jamais pu émerger. D’un point de vue purement technique, ce réseau informatique a été mis au point dans les années 1970, avant l’adoption généralisée du protocole TCP/IP, toujours en usage à ce jour. Ce dernier fut inventé par Vint Cerf et Robert Elliot Kahn, quand ils travaillaient pour la Defense Advanced Research Projects Agency, rattachée au département de la Défense américaine. L'une des premières présentations de leur projet fut ainsi réalisée lors d’une conférence organisée par l’International Network Working Group, une instance créée pour assurer la gouvernance mondiale du réseau informatique.
Sur base de ces informations, on peut penser qu’Internet a été créé par des militaires. Cependant, Une contre-histoire de l’Internet, nous révèle que les créateurs et les premiers utilisateurs d’ARPANET, considéré comme l’ancêtre d’Internet, étaient davantage des étudiants hippies et amateurs de LSD, que des militaires bien drillés. D’ailleurs, avant la standardisation du protocole TCP/IP, ARPANET fonctionnait depuis plus d’un an avec un autre protocole de transition intitulé Network Control Program. Or, celui-ci avait été mis au point, en février 1969, par le Network Working Group, un groupe informel d’étudiants rassemblés autour de Steve Crocker, lorsqu’il ne détenait encore qu’une simple licence, au niveau de sa formation universitaire.
Bien que rarement cité dans l’histoire d’Internet, ce groupe a pourtant mis en place la procédure RFC, pour Request For Comments, reconnue comme « l’un des symboles forts de la "culture technique" de l’Internet, marquée par l’égalitarisme, l’autogestion et la recherche collective de l’efficience ». Soit trois principes et une procédure, qui aujourd’hui encore sont appliqués sur le site Méta-Wiki, dans lequel s'organise la gestion communautaire du mouvement Wikimédia. Cela alors qu'au sein des autres projets dédiés à la production de contenus pédagogiques, des processus similaires de recherche de consensus ont fait leur apparition.
Il faut ensuite savoir que les liens entre ARPANET et l’armée ont disparu avec l’apparition du MILNET, un réseau entièrement dédié aux activités militaires, rebaptisé NIPRNet, pour Non-classified Internet Protocol Router Network, en 1990. Après une séparation définitive en 1983, précisément l’année où Richard Stallman postait sa demande d’aide pour le projet GNU, le réseau ARPANET resta uniquement dédié à la recherche et au développement. À cette époque, le réseau ne comprenait pas plus de 600 machines connectées, ce qui n'a donc rien de comparable avec ce vaste réseau informatique mondial que nous connaissons aujourd’hui et qui fut fortement développé au cours des années 1990.
Pour en assurer l’entretien technique, une organisation non gouvernementale, a été créée en 1992, sous l'appellation d’Internet Society. Celle-ci devait aussi veiller au respect des valeurs fondamentales liées au bon fonctionnement du réseau. Car avant d'atteindre des milliards d’appareils connectés, il a d’abord fallu réglementer les nombreuses dorsales internet intercontinentales, sans lesquelles la transmission du protocole TCP/IP partout dans le monde n'aurait pas été possible.
Quant à l’état d’esprit des créateurs d'Internet, un article intitulé : Quarante ans après, mais qui donc créa l’internet ? apporte un éclairage particulièrement intéressant au sujet des liens que l'on peut établir entre le mouvement Wikimédia et l'histoire d'Internet. Dans son témoignage, Michel Elie, cet ingénieur en informatique, membre du Network Working Group cité précédemment, et responsable de l’Observatoire des Usages de l’Internet, nous explique en effet ceci.
Le succès de l’internet, nous le devons aux bons choix initiaux et à la dynamique qui en est résultée : la collaboration de dizaines de milliers d’étudiants, ou de bénévoles apportant leur expertise, tels par exemple ces centaines de personnes qui enrichissent continuellement des encyclopédies en ligne telles que Wikipédia.
Au courant des années 1990, le milieu informatique universitaire semblait donc toujours fortement imprégné des idéaux de la contre-culture des années 1960, produit par les baby boomers dans le contexte de la guerre du Vietnam. Afin d'illustrer les idées véhiculées à cette époque, voici un paragraphe extrait d'un ouvrage publié en 1970, et intitulé Vers une contre-culture : Réflexions sur la société technocratique et l’opposition de la jeunesse. Dans celui-ci, Théodore Roszak explique ceci.
Le projet essentiel de notre contre-culture : proclamer un nouveau ciel et une nouvelle terre, si vastes, si merveilleux que les prétentions démesurées de la technique soient réduites à n’occuper dans la vie humaine qu’une place inférieure et marginale. Créer et répandre une telle conception de la vie n’implique rien de moins que l’acceptation de nous ouvrir à l’imagination visionnaire. Nous devons être prêts à soutenir ce qu’affirment des personnes telles que Blake, à savoir que certains yeux ne voient pas le monde comme le voient le regard banal ou l’œil scientifique, mais le voient transformé, dans une lumière éclatante et, ce faisant, le voient tel qu’il est vraiment.
À la suite de cette lecture, il peut sembler paradoxal qu’une contre-culture, qui voit la technique comme inférieure et assimile la science au banal, puisse avoir un lien avec le milieu scientifique universitaire qui fut à l'origine d'Internet. Cependant, une réponse à cette énigme fut apportée par Fred Turner, par la publication de son livre intitulé : « Aux sources de l’utopie numérique : De la contre-culture à la cyberculture ».
Grâce à cet ouvrage, on découvre que le mouvement hippie utilisera tout ce qui était à sa disposition à l’époque pour parvenir à ses fins : LSD, spiritualités alternatives, mais également, objets technologiques les plus en pointe. Cela grâce notamment à l’influence de Steward Brand, le créateur d'un catalogue interactif, qui peut être considéré comme l'ancêtre analogique des groupes de discussions numériques apparus des années plus tard.
Comme autre indication, il y a ensuite les propos tenus en 1992, lors d’une plénière de la 24ᵉ réunion du groupe de travail sur l’ingénierie Internet, par David D. Clark, un autre pionnier d’Internet. Durant cette rencontre, ce chef de projet prononça des paroles restées dans les annales. « Nous récusons rois, présidents et votes. Nous croyons au consensus et aux programmes qui tournent ». Deux phrases seulement, mais qui, dans le cadre du milieu informatique, permettent de croire que le mépris de la contre-culture envers la technique et la science, s'est transformé en un refus d’autorité et une recherche de consensus.
Quoi qu'il en soit, le développement d'Internet ne s'est pas fait sans conflits idéologiques importants. On peut d'ailleurs se demander aujourd'hui à quoi ressemblerait Internet, s'il n'avait jamais été commercialisé. Cela s'est passé en novembre 1994, lorsque l’association sans but lucratif Advanced Network and Services, chargée de gérer les accès à Internet, a fait le choix de vendre ses activités. Cette décision faisait suite à un appel à des fonds privés pour financer d'importants changements dans l'infrastructure du réseau. Profitant de l'occasion, la société commerciale America Online a ainsi repris à son compte la gestion des connexions à Internet, après avoir effectué un versement de 35 millions de dollars.
Trente ans plus tard, Internet est devenu ce réseau que nous expérimentons aujourd'hui, à savoir : un réseau dominé par des sociétés privées les plus riches au monde. Dans ce contexte et parmi les 100 sites web les plus visités, seul le nom de domaine Wikipédia appartient à une organisation non lucrative. Cela explique donc pourquoi le mouvement Wikimédia, via son encyclopédie et la fondation qui l'héberge, représente à ce jour, et dans l'espace web, l'expression la plus visible de la philosophie des pionniers d’Internet.
Plus qu'un héritage, cette situation peut être vue comme une mission perpétuée au sein d'un espace envahi par une culture marchande et capitaliste. Il s'agit là d'une information importante qu'il faut retenir au sujet du mouvement Wikimédia. Elle ne clôture pas pour autant tout ce qu'il faut savoir au sujet des évènements qui ont permis la création d’une encyclopédie mondiale, libre et collaborative. Car avant cela, il nous reste encore à découvrir l'histoire du World Wide Web, un espace numérique sans lequel la création de Wikipédia n'aurait jamais été possible.
'''Chapitre 5 : Le World Wide Web.'''
Maintenant que le lien entre la création d'Internet et le mouvement Wikimédia est établi, découvrons à présent l'application la plus connue du réseau, que l'on nomme le World Wide Web, ou plus simplement « Web ». C'est Tim Berners-Lee qui en fut l’inventeur, lorsqu’il était encore actif à l'Organisation européenne pour la recherche nucléaire. Il avait pour idée de créer un espace d’échange public par l’intermédiaire d'Internet, et pour y parvenir, il mit au point le logiciel « WorldWideWeb », ensuite rebaptisé Nexus, pour éviter toute confusion entre les deux termes.
Grâce à un système d’indexation appelé hypertexte, ce programme informatique a permis de produire et de connecter des espaces numériques, que l'on intitule sites Web. Ceux-ci sont composés de pages web, hébergées sur des ordinateurs distants, mais connectés entre eux au travers du réseau Internet. Pour permettre ce type de connexion, Berners-Lee mit au point le Hypertext Transfer Protocol ou HTTP, un nouveau protocole de communication simple en soi, mais dont la mise en œuvre technique est compliquée.
Pour veiller au bon fonctionnement et au bon usage de l'espace web, des règles de standardisation ont tout d'abord été édictées par l’association Internet Society. Après quoi, Berners-Lee fonda le W3C, un consortium international dont la devise est : « un seul Web partout et pour tous ». Si ce slogan nous apparaît très naturel aujourd’hui, il faut toutefois savoir que l'espace Web a bien failli être régi séparément par des acteurs commerciaux, avec tous les droits d'accès que cela aurait pu engendrer.
À partir du trente avril 1993, jour du dépôt du logiciel Nexus dans le domaine public par Robert Cailliau, un collègue de Berners-Lee chargé de la promotion de son projet, un tel scénario était en effet possible. Sauf qu'après le départ de Berners-Lee, devenu président du W3C, François Flückiger, qui avait repris son poste au sein du CERN, eut la présence d'esprit de réagir à temps. Selon le livre Alexandria qui parcourt l'histoire de Robert Caillau, voici ce qui aurait pu se passer si le code de l’éditeur HTML n'avait finalement pas été placé sous licence libre.
La philanthropie de Robert, c’est très sympa, mais ça expose le Web à d’horribles dangers. Une entreprise pourrait s’emparer du code source, corriger un minuscule bug, s’approprier le « nouveau » logiciel et enfin faire payer une licence à ses utilisateurs. L’ogre Microsoft, par exemple, serait du genre à flairer le bon plan pour écraser son ennemi Macintosh. Les détenteurs d’un PC devraient alors débourser un certain montant pour profiter des fonctionnalités du Web copyright Microsoft. Les détenteurs d’un Macintosh, eux, navigueraient sur un Web de plus en plus éloigné de celui vendu par Bill Gates, d’abord gratuit peut-être, avant d’être soumis lui aussi à une licence.
Face à un tel scénario, nous découvrons de nouveau à quel point le concept de licence libre a fondamentalement changé le cours de la révolution numérique. Sans cela, nos expériences et nos usages de l'espace numérique auraient été totalement différents. L'utopie Wikipédia, par exemple, n'aurait certainement pas vu le jour, en raison de l'éclatement des espaces numériques et des coûts d'accès auxquels seraient confrontés les bénévoles qui ont construit le projet. Quoi qu'il en soit, et au niveau technique, une fois l'espace web apparu, il ne manquait plus que l'apparition des plateformes Wiki pour permettre la création d'une encyclopédie collaborative au format numérique.
'''Chapitre 6 : Les plateformes Wiki'''
Un wiki, ou un moteur de wiki, est un logiciel que l'on installe sur un serveur informatique pour permettre la création d’un site web éditable et configurable à l’aide d’un simple navigateur. Plus précisément, c’est un système de gestion de contenu, dans lequel le code HTML, CSS, JavaScript et Lua, ainsi que certains paramètres, peuvent être modifiés par tous les internautes. Cela peut se faire en se connectant à un compte utilisateur, afin de bénéficier des droits de modification et d’administration qui lui sont accordés, ou en utilisant la configuration attribuée par défaut aux personnes non connectées.
Sur les pages web d'un wiki, chaque modification provoque un nouvel enregistrement complet du code source qui la compose. De la sorte, il est toujours possible, à partir d’une page reprenant l’historique des modifications, de rétablir l'une de ses anciennes versions. Grâce à ce système, on peut ainsi savoir quelle personne, ou quelle adresse IP est à l’origine d’un changement, et même voir l’endroit où la modification a été faite, et à quel moment celle-ci a été réalisée.
Le premier logiciel Wiki, qui portait le nom de WikiWikiWeb, a été créé et placé sous licence libre GPL par Ward Cunningham en mars 1995. Grâce à la licence, d’autres programmes wiki ont vu le jour en copiant ou s’inspirant du code source de WikiWikiWeb, ou des autres projets wiki qui l'avaient fait auparavant. Cette émulation récursive, qui donna naissance à toute une panoplie de projets wiki, est donc à nouveau une belle illustration des retombées positives que peut susciter l'application d'une licence libre.
Parmi les différents logiciels Wiki disponibles, UseModWiki fut choisi par la société Bomis qui finança la création du premier projet Wikipédia en anglais. C'était un choix judicieux, car l’éclatement de la bulle spéculative d’Internet, à la fin des années 2000, confrontait l'entreprise à de grosses difficultés financières. Un programme gratuit, simple d’utilisation et peu gourmand en ressources informatiques, convenait donc parfaitement dans ce cadre. UseModWiki fut par après remplacé par un autre moteur de Wiki sans nom, mais plus performant et toujours produit sous licence libre. Ce dernier fut ensuite amélioré par plusieurs programmeurs, dont Brion Vibber, le premier employé de la Fondation Wikimédia, avant d’être finalement intitulé MediaWiki.
Avec l’aide de nouveaux employés et des bénévoles actifs sur le site mediawiki.org, ce système de gestion de contenu finit par apparaitre en tête du classement des wikis les plus utilisés. Grâce à la licence libre, des milliers d'autres personnes et projets ont pu en effet développer des sites Web, sans nécessairement faire partie du mouvement Wikimédia. Ce succès a par ailleurs justifié l'organisation de rassemblements annuels entre 2016 et 2020, entre personnes et organisations qui utilisent le programme, pour discuter de son développement et de ses usages.
Ceci étant dit, il existe dans la liste des Wikis d’autres logiciels libres intéressants, tels que DokuWiki, rendu populaire par sa simplicité d’installation et d’usage. Jusqu’à ce jour cependant, seul MediaWiki semble suffisamment stable et puissant pour permettre le développement optimal de l’ensemble des projets Wikimédia. Avec parmi ceux-ci, bien sûr, Wikipédia, l'encyclopédie libre et universelle, dont nous allons enfin découvrir la mise en place dans ce prochain chapitre.
'''Chapitre 7 : L’encyclopédie libre et universelle'''
Dans les chapitres précédents, nous avons découvert toutes les innovations techniques et culturelles sans lesquelles Wikipédia n’aurait jamais pu devenir la plus grande encyclopédie libre et universelle connue au monde. Son objectif est de synthétiser la totalité du savoir humain. Ce qui n’est autre, finalement, qu’un vieux rêve de notre humanité. Trois cents ans avant Jésus-Christ et durant la création de la bibliothèque d’Alexandrie, ce désir était aussi celui de Ptolémée Iᵉʳ. C'était deux siècles avant que Denis Diderot publie, avec Jean Le Rond d'Alembert et Louis de Jaucourt en 1751, la première édition de l’Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers. Quant à Paul Otlet, qui a créé avec Henri La Fontaine la classification décimale universelle en usage depuis 1905, il s’était mis en tête de répertorier l’ensemble du savoir humain au sein d'un seul édifice.
Peu connu à ce jour, ce documentaliste belge rêvait pourtant de cataloguer le monde et de rassembler toutes les connaissances humaines, sous la forme d’un gigantesque répertoire bibliographique universel, situé à l'intérieur d'un Mundaneum. En 1934, dans le Traité de documentation écrit par celui qui voulait « classer le monde », Otlet décrit, de manière particulièrement visionnaire, un possible partage du savoir et de l’information.
Ici, la Table de Travail n’est plus chargée d’aucun livre. À leur place se dresse un écran et à portée un téléphone. Là-bas, au loin, dans un édifice immense, sont tous les livres et tous les renseignements, avec tout l’espace que requiert leur enregistrement et leur manutention…
De là, on fait apparaître sur l’écran la page à lire pour connaître la question posée par téléphone avec ou sans fil. Un écran serait double, quadruple ou décuple s’il s’agissait de multiplier les textes et les documents à confronter simultanément ; il y aurait un haut-parleur si la vue devrait être aidée par une audition. Une telle hypothèse, un Wells certes l’aimerait. Utopie aujourd’hui parce qu’elle n’existe encore nulle part, mais elle pourrait devenir la réalité de demain pourvu que se perfectionnent encore nos méthodes et notre instrumentation.
À peu de choses près, cette utopie décrite en 1934 par Otlet correspond à l'usage que l'on fait du réseau Internet et de son espace web, lorsqu'on recherche de l'information aujourd'hui. Premièrement, allumer un système informatique, avec ou sans fil, muni d'un écran ; ensuite, poser une question dans un moteur de recherche ; puis, comme cela arrive très souvent, être redirigé vers l'une des versions linguistiques de Wikipédia.
Ce scénario, dans lequel les moteurs de recherche jouent un rôle central, explique la popularité de l'encyclopédie libre. D'autres projets similaires étaient pourtant apparus sur le Web avant l'arrivée de Wikipédia. Environ trois ans avant sa création, Aaron Swartz, un activiste de la culture libre qui avait juste douze ans à l'époque, avait par exemple lancé une sorte de site encyclopédique produit et régi par ses usagers. Appelé The Info Network, ce site web avait d'ailleurs permis à son auteur de recevoir l'ArsDigita Prize, un prix décerné aux jeunes créateurs de projets « utiles, éducatifs, collaboratifs et non commerciaux ».
Il faut savoir ensuite que l'expression « encyclopédie libre et universelle » fut oubliée pour la première fois durant l'année 2000 par Richard Stallman, soit l'année qui précéda celle de la naissance de Wikipédia. C'était dans un essai intitulé The Free Universal Encyclopedia and Learning Resource, qui, selon son auteur, avait été rédigé deux ans avant sa publication sur la liste de diffusion du projet GNU. Repris ci-dessous, un extrait de ce texte, présente les particularités du projet.
Le World Wide Web a le potentiel de devenir une encyclopédie universelle couvrant tous les domaines de la connaissance et une bibliothèque complète de cours d’enseignement. Ce résultat pourrait être atteint sans effort particulier, si personne n’intervient. Mais les entreprises se mobilisent aujourd’hui pour orienter l’avenir vers une voie différente, dans laquelle elles contrôlent et limitent l’accès au matériel pédagogique, afin de soutirer de l’argent aux personnes qui veulent apprendre.
Nous ne pouvons pas empêcher les entreprises de restreindre l’information qu’elles mettent à disposition ; ce que nous pouvons faire, c’est proposer une alternative. Nous devons lancer un mouvement pour développer une encyclopédie libre universelle, tout comme le mouvement des logiciels libres nous a donné le système d’exploitation libre GNU/Linux. L’encyclopédie libre fournira une alternative aux encyclopédies restreintes que les entreprises de médias rédigeront.
En parlant d'un « mouvement pour développer une encyclopédie libre universelle », Stallman anticipait donc, sans le savoir, l'arrivée du mouvement Wikimédia, qui ne se concrétisa que bien des années plus tard. Quant à la soixantaine de paragraphes qui décrivent son projet, on y retrouve, dans une forme presque identique, les cinq principes fondateurs qui ont guidé la création de Wikipédia et qui sont toujours actifs à ce jour.
Le premier consiste bien sûr à créer une encyclopédie ; le deuxième réclame une neutralité de point de vue, chose que Stallman expliquait déjà en écrivant qu’« en cas de controverse, plusieurs points de vue seront représentés » ; le troisième implique le respect des droits d’auteur et l’adoption d'une licence libre, celle précisément dont Stallman avait été l'initiateur ; le quatrième inscrit le projet dans une démarche collaborative, alors que Stallman précisait déjà que « tout le monde est le bienvenu pour écrire des articles » ; et le cinquième enfin, stipule qu’il n’y a pas d’autres règles fixes, une position très courante dans le milieu des hackers dont Stallman faisait partie.
Il apparaît donc clairement que le projet Wikipédia n'était pas une idée originale en soi, mais plutôt une opportunité saisie par la société Bomis pour enrichir sa propre encyclopédie commerciale, Nupedia. Cette dernière avait été lancée en avril 2000, soit environ dix mois avant Wikipédia, et sa rédaction était assurée par des experts engagés au sein d’un processus éditorial strict et formel. Malheureusement pour la firme Bomis, le nombre d’articles ne progressait que très lentement.
Dans le but d'accélérer le processus, Larry Sanger, un docteur en philosophie employé par Bomis pour assurer le rôle de rédacteur en chef de Nupedia, eut l'idée d'installer un logiciel wiki sur les serveurs de son entreprise. L'objectif était d'ouvrir un site web participatif, dans lequel des volontaires pourraient créer des articles encyclopédiques, pour qu'ils soient ensuite intégrés dans le projet commercial. Malgré le manque d’enthousiasme de son employeur Jimmy Wales, Sanger mit ses idées en application, et c'est donc ainsi que débuta l’histoire de Wikipédia, avec sa toute première version en anglais.
C’était le 15 janvier 2001, précisément le même mois où Richard Stallman mit en ligne son propre projet d’encyclopédie libre et universelle, qu'il souhaitait intituler GNUPedia. Étonnamment, les noms de domaine gnupedia .com .net et .org avaient déjà été enregistrés au nom de Jimmy Wales, ce qui obligea Stallman à rebaptiser son projet GNE. Ce fait est d'autant plus surprenant que Wales affirma des années plus tard : « n’avoir eu aucune connaissance directe de l’essai de Stallman lorsqu’il s’est lancé dans son projet d’encyclopédie ».
Le site GNE ne ressemblait cependant pas vraiment à une encyclopédie, mais plutôt à un blog collectif ou une base de connaissance, tandis que sa page d’accueil précisait clairement qu’il s’agissait d’une bibliothèque d’opinion. Quant à sa modération, elle avait demandé d'engager un employé, car elle s'est avérée bien plus compliquée que prévu. À côté de cela, et probablement grâce aux spécificités de l’environnement wiki et aux soutiens apportés par Jimmy Wales et Larry Sanger, Wikipédia réussit à mettre en place une organisation efficace au sein d'une communauté d'éditeurs grandissante.
Peut-être en raison de la concurrence libre faite par le projet GNE, Jimmy Wales décida d'abandonner le copyright que Bomis détenait sur son encyclopédie commerciale Nupedia, pour le remplacer par une licence Nupedia Open Content. Peu de temps après, il décida finalement d'adopter la licence de documentation libre GNU conçue pour protéger les textes de documentation des logiciels libres. Ce dernier choix fut une stratégie payante, puisque cela incita Richard Stallman à transférer tout le contenu de son projet GNE vers Nupedia, et à encourager tout le monde à contribuer sur Wikipédia.
Parmi les autres actions de Jimmy Wales qui ont contribué au succès de Wikipédia, il y eut cette idée d'ouvrir le projet aux « gens ordinaires ». C’était un choix qui s’opposait aux idéaux de Larry Sanger, qui de loin préférait le modèle de Nupedia avec son système de relecture par des experts. Cependant, Jimmy Wales, en tant qu'homme d’affaires, visait une croissance plus rapide du contenu de l'encyclopédie.
Cette croissance ne s'est toutefois pas faite sans difficulté. Le 26 février 2002, en effet, l'Enciclopedia Libre Universal en Español, un projet dissident du projet Wikipédia, fit son apparition. C'était une réaction à de la censure, à l'existence d'une ligne éditoriale et à la possibilité de voir apparaitre des publicités dans Wikipédia. En raison des remises en question que cette séparation suscitait parmi les bénévoles actifs dans les projets, Jimmy Wales renonça finalement à l'usage de la publicité et mit de côté ses visions en matière de profit.
Il faut aussi tenir compte du fait que cet évènement est survenu lors de l'éclatement de la bulle spéculative Internet et du krach boursier de 2001-2002. Une conjoncture qui plaçait la société Bomis dans des difficultés financières, et surtout, dans l'incapacité de payer le salaire de Larry Sanger, son seul employé. En mars 2002 et après un mois d’activité bénévole, l’ex-employé décida alors de quitter les fonctions, qu'il occupait depuis un peu plus d'un an, dans Nupedia et Wikipédia. Avec le seul soutien de Jimmy Wales, les deux encyclopédies purent toutefois poursuivre leurs développements, toujours avec le concours d'experts dans Nupedia et d'une communauté bénévole au niveau de Wikipédia. Néanmoins, en septembre 2003 et vu l'écart qui se creusait entre les deux projets, l'encyclopédie Nupedia fut fermée et ses quelques dizaines d'articles transférées vers les milliers d'autres que comprenait déjà le projet Wikipédia.
Trois ans plus tard, Larry Sanger n’avait pas dit son dernier mot. En septembre 2006, il décida en effet de lancer sur fonds propres une encyclopédie intitulée Citizendium. Cette plateforme écrite en anglais uniquement et toujours active à ce jour, repose sur un système d’expertise, dans lequel les contributrices et les contributeurs doivent déclarer leur identité réelle. En avril 2026 cependant, Citizendium reprenait moins de 2000 articles, tout avancement confondu, tandis que le projet Wikipédia en anglais en regroupait déjà plus de 7 millions.
Voici donc comment est née la plus grande encyclopédie au monde, dont la taille et la visibilité n'avaient jamais été égalées auparavant. Une encyclopédie qui, de plus, s'est rapidement déclinée en de nombreuses versions linguistiques, à l'instar de sa version francophone, lancée moins de quatre mois après le projet original en anglais. Toutes ces versions ont formé les premières bases d’une organisation mondiale, bientôt chapeautée par une fondation. Avant cela, d'autres projets pédagogiques et collaboratifs ont vu le jour au côté de Wikipédia. Intitulés « projets frères », ceux-ci se constituent à leur tour, en de nombreuses versions linguistiques, tout en poursuivant le processus de création du mouvement Wikimédia.
'''Chapitre 8 : L'arrivée des projets frères'''
Dans le but de développer des contenus pédagogiques qui ne trouvaient pas leur place dans Wikipédia, d’autres projets pédagogiques et collaboratifs ont vu le jour, pour former ce que l'on appelle couramment aujourd'hui : l’écosystème Wikimedia. La naissance de tous ces projets, ainsi que les évènements importants qui ont contribué au développement du mouvement, ont été repris dans une ligne du temps réalisée par Guillaume Paumier, à l’occasion du dixième anniversaire de Wikipédia. Grâce à ce graphique, on peut voir en détail l'évolution du nombre de projets, de versions linguistiques, de contributeurs et d'articles, et se faire ainsi une idée sur la vitesse à laquelle s'est développé le mouvement Wikimédia.
Parmi tous les projets frères de Wikipédia, le premier à apparaître fut Méta-Wiki, une plateforme de référence pour centraliser la gestion de l'ensemble des sites web hébergés par la fondation Wikimédia. Dans un premier temps, cet espace communautaire en ligne a répondu à la nécessité de traiter en un seul lieu les questions communes aux différentes versions linguistiques de Wikipédia. Aujourd'hui, le site web est le principal endroit de coordination et de gestion de l'ensemble du mouvement Wikimédia. On y retrouve énormément d'informations au sujet des projets en ligne, et peut-être plus encore, concernant la Fondation et les organismes affiliés.
Après Méta-Wiki, sept autres projets de partage de la connaissance ont fait leur apparition, avant d'être déclinés à leur tour en plusieurs versions linguistiques. Tous ces projets émergent en général sur l’initiative d’un petit groupe de personnes actives au sein d’un projet préexistant. Ce fut le cas du projet Wiktionnaire en anglais, le deuxième projet à voir le jour après Méta-Wiki, en décembre 2002, soit deux ans avant la version francophone apparue en mars 2004.
Il est intéressant d'observer que la version francophone du Wiktionnaire n’a pas été créée à partir du projet anglophone, mais bien depuis le projet Wikipédia en français. D'ailleurs, on peut retrouver dans les archives de ce dernier projet, un débat concernant la pertinence de cette création, dont voici un extrait.
En fait, ce qui me peine vraiment avec le projet Wiktionary, c’est que alors qu’on essaie de rassembler les gens (pas facile) pour créer une sorte de tour de Babel de la connaissance (tâche bien longue et difficile), ce nouveau projet va disperser les énergies pour une raison qui ne me semble pas valable. C’est la création de Wiktionary qui va créer des redondances. À mon avis il existera rapidement des pages sur le même mot, mais ne contenant pas les mêmes informations. Pour quelle raison ces connaissances devraient-elles être séparées ? Les encyclopédies sur papier devaient faire des choix à cause du manque de place, mais nous, pourquoi le ferions-nous ??? "Wikipédia n’est pas un dictionnaire" n’est pas un argument à mon avis... si vraiment c’était pas un dictionnaire, il faudrait virer tout un tas d’article. Je ne comprends vraiment pas cette volonté de séparer la connaissance entre ce qui est "encyclopédique" et ce qui n’est "qu’une définition".
[Réponse]
Pour moi ce qu’est Wiktionary, c’est une partie de Wikipédia s’intéressant plus particulièrement aux aspects linguistiques des mots. La différence que je verrais entre la partie dictionnaire de Wikipédia et sa partie dite encyclopédique, c’est que la partie dictionnaire s’intéresserait au sens des mots eux-mêmes alors que la partie encyclopédie s’attache plus à faire ressortir un état des connaissances à un moment donné. Le pourquoi de la séparation d’avec la partie encyclopédie tient plus à des raisons techniques qu’à une volonté de monter un projet indépendant, en effet, à mon humble avis, un dictionnaire nécessite une plus grande rigueur (de présentation) qu’une encyclopédie. Ceci entraîne beaucoup de problème et entre autres le choix de la mise en forme des articles du dictionnaire.
Créer un nouveau projet, c’est effectivement créer un nouveau site web, qui devra faire l’objet d’une nouvelle gestion, tant pour les serveurs de la Fondation, que pour la nouvelle communauté de contributeurs. L’importation de pages d’un projet à l'autre ou la traduction de celles-ci sont bien sûr toujours possibles, mais cela duplique alors aussi la maintenance et les mises à jour. Le choix de scinder un projet, en faveur d’une plus grande liberté, comporte donc certains coûts humains et financiers.
Ce prix à payer n'a pour autant pas empêché le projet anglophone Wikibooks de faire son apparition le 10 juin 2003, soit près d’un an avant Wikilivres, la version francophone du projet, apparue le 22 juillet 2004. Cette dernière création avait de nouveau été débattue au sein de la communauté Wikipédia en français, et non pas dans le Wikibooks en anglais. Quant à l'objectif commun aux deux projets linguistiques, il était de créer une « bibliothèque de livres pédagogiques libres que chacun peut améliorer ».
Environ un an après la création du projet en anglais, un nouvel espace de noms intitulé Wikijunior fut mis en place au sein de la bibliothèque en ligne. Ce sous-projet avait été créé pour répondre à un financement de la fondation Beck, qui cherchait à promouvoir la production de nouvelles littératures pour des enfants de huit à onze ans. Peu de temps après, cette tranche d’âge fut toutefois élargie de zéro à douze ans au niveau du projet francophone, quand le sous-projet y fut adopté.
Ces deux évènements témoignent ainsi qu'il est toujours possible qu'un sous-projet apparaisse dans un projet Wikimédia. Comme autre exemple, il y a aussi le WikiJournal, un sous-projet développé au sein du projet Wikiversité en anglais et qui reçut le prix de l’Open Publishing Awards en 2019. Une demande fut faite pour qu'il puisse bénéficier d'un nouveau site web dans le but de pouvoir se développer en dehors de Wikiversité. Malheureusement pour les initiateurs, la demande est restée sans suite jusqu'à ce jour, après que le conseil d’administration de la Fondation, chargé de répondre à leur demande, considéra que le projet n’était pas suffisamment abouti.
Il faut savoir qu'avant cela, le projet Wikiversité, dans lequel est né Wikijournal, avait lui-même été un sous-projet du projet Wikibook. Initialement, il visait à « créer une communauté de personnes qui se soutiennent mutuellement dans leurs efforts éducatifs ». Cependant, en août 2005, une longue discussion remit en question l’existence du sous-projet Wikiversité dans Wikibooks. Au terme de celle-ci, la décision fut prise de transférer Wikiversité et son contenu sur le site Méta-Wiki, là où de nouvelles discussions ont abouti à l’idée de faire de Wikiversité un nouveau projet indépendant.
Déjà à l'époque, le conseil d’administration de la Fondation Wikimédia se montrait réticent à l'ouverture de nouveaux projets, et sa réaction fut de demander l'ouverture d'un sondage au sein de la communauté. Celui-ci devait rassembler une majorité des deux tiers en faveur de l'ouverture du nouveau site web. Un résultat qui fut finalement obtenu, mais pas sans de longs débats, dont voici un extrait.
La principale raison pour laquelle la Fondation Wikimédia ne veut pas "lâcher le morceau" est une simple question de bureaucratie et la crainte que le projet ne devienne une autre Wikispecies [un projet de répertoire du vivant]. Wikispecies est une idée cool, mais les "fondateurs" du projet se sont dégonflés à mi-chemin de la mise en place du contenu et ont décidé de faire une révision majeure qui a pris plus de temps que ce que tout le monde était prêt à mettre.
Le même problème s’applique à Wikiversity en ce qui concerne la Fondation, parce que les objectifs et les buts de ce projet ne sont pas clairement définis, et il semble que les participants essaient de mordre plus qu’ils ne peuvent mâcher en proposant une université de recherche multi-collèges entière (avec un statut de recherche et une accréditation) à former de toutes pièces plutôt qu’un simple centre d’éducation pour adultes avec quelques classes.
En novembre 2005 et malgré les résultats du sondage, l'indépendance du projet Wikiversité ne fut toutefois pas acceptée par cinq membres du conseil. Ceux-ci réclamaient une « réécriture de la proposition pour en exclure la remise de titre de compétence, la conduite de cours en ligne, et de clarifier le concept de plate-forme e-learning ». Quand ces rectifications furent faites, le projet bénéficia d'une période d’essai de plusieurs mois, jusqu'à ce que les amendements apportés au projet de départ soient enfin acceptés, le 31 juillet 2006. Ce long temps d'attente était justifié par la création du special projects committee, qui, jusqu'en décembre 2021, fut chargé de soulager le conseil d’administration de la fondation, par rapport aux demandes de création de nouveaux projets Wikimédia.
Un nouveau site, nommé Beta-Wikiversity, fut ainsi créé pour assister le lancement des différentes versions linguistiques de Wikiversité. Durant six mois, son premier objectif a d'abord été l'élaboration des lignes directrices concernant la potentialité de produire des recherches collaboratives au sein du projet. Par la suite, chaque nouvelle version linguistique, développée dans le projet Beta, devait avoir plus de 10 modifications par mois, réalisées par au moins trois personnes distinctes, avant de pouvoir bénéficier de son propre site web.
À l'image de Beta-Wikiversity, le projet Wikisource possède lui aussi un site indépendant pour lancer ces nouvelles déclinaisons linguistiques. Tandis que pour tous les autres projets pédagogiques, ce lancement s'effectue sur la plateforme Wikimedia Incubator, créée à la même époque que Beta-Wikiversity. Ces trois plateformes de lancement ne concernent pas les nouveaux projets, qui doivent faire l'objet d'une acceptation par le conseil d'administration de la Fondation Wikimédia, et qui peuvent avoir pour origines des processus de création divers.
Le projet Wikivoyage, par exemple, fut initialement créé en 2003 dans un Wiki extérieur au mouvement Wikimédia, là où il portait le nom de Wikitravel. Comme cela arrive parfois, ce projet sans but lucratif fut acheté par une entreprise commerciale en 2006. Mais en raison du changement de gouvernance et de l'apparition de publicités, une scission est apparue au sein de la communauté d’éditeurs. Les personnes désireuses de quitter Wikitravel lancèrent alors un nouveau site appelé Wikivoyage, qui reçut en 2007, le Webby Award du meilleur guide de voyage Internet.
L'intégration de Wikivoyage dans l'écosystème Wikimédia n'a cependant été faite qu'en 2012, à la suite d'un appel à commentaires durant lequel 540 personnes furent en faveur de l’intégration du projet, 153 contre, pendant que 6 restèrent sans avis. Comme cette nouvelle déclencha une migration importante depuis Wikitravel vers Wikivoyage, une plainte fut déposée par la société commerciale en charge du premier projet. Celle-ci fut toutefois rejetée et le projet Wikivoyage continua à prendre de l’ampleur au sein du mouvement Wikimédia, avec la création de nouvelles versions linguistiques.
Le cas de Wikivoyage apparait toutefois comme une exception, car en général les nouveaux projets émergent des centaines de candidatures déposées sur le projet Méta-Wiki. Celles-ci se soldent bien souvent par un refus, comme ce fut le cas pour le projet WikiLang dont le but était de lancer un laboratoire linguistique. Quelques rares projets ont pourtant la chance d'être élus. Ce fut notamment le cas en octobre 2012, avec le lancement de la base de données structurée et sémantique Wikidata et de ses extensions Wikibase, ou plus récemment, en 2020, avec l'arrivée du projet Abstract Wikipedia et Wikifunctions.
Sans vouloir entrer dans les détails, il est intéressant de savoir que l'interconnexion entre ces trois projets permet de traduire automatiquement des articles encyclopédiques dans tous les langages naturels pris en charge par le mouvement Wikimédia. Plus précisément, les phrases des articles publiées sur Abstract Wikipédia, sont formulées par des fonctions informatiques produites dans le projet Wikifunctions, dans le but de traiter les informations de la base de données sémantique Wikidata. Autrement dit, un article dans Abstract Wikipédia ne possède qu'une seule page pour toutes les langues, pareillement aux pages d'entités de Wikidata, qui ont pour titre une lettre suivie d'un chiffre.
À la suite de ces explications, on observe donc que ce n'est pas la complexité qui détermine le refus projet, mais plutôt une série de critères comparables à ceux retenus pour supprimer des projets ou versions linguistiques déjà existants. À ce propos, il existe sur Méta-Wiki une liste mise à jour des différents sites hébergés par la Fondation Wikimédia dont l'existence est remise en cause. Dans celle-ci, on retrouve essentiellement des versions linguistiques de projets qui n’ont pas réussi à poursuivre leurs développements, bien qu'un projet entier soit toujours susceptible d'être mis à l'arrêt. C'est d'ailleurs ce qui est arrivé aux 31 versions linguistiques du projet Wikinews, qui, en date du 4 mai 2026, soit 22 ans après le lancement du site anglophone, sont accessibles en mode lecture uniquement.
Dans le cas de Wikinews, ce fut le manque d'activité qui apparut comme principale justification de la suspension du projet. Cependant, d'autres raisons pourraient être invoquées, comme le prouve cet épisode de 2005, où, peu de temps après son lancement, la version francophone du recueil de citations Wikiquote a bien risqué de disparaitre. Le projet fut effectivement accusé d’avoir récupéré le contenu d’une base de données soumise à un droit d’auteur, incompatible avec la licence Creative Commons appliquée sur l’ensemble des projets pédagogiques Wikimédia. Lorsqu'une plainte fut adressée à l’association Wikimédia France, pour être ensuite relayée sur le site Méta-Wiki, il fut bien question de fermer le projet. Après de longues discussions, celui-ci fut maintenu, mais avec pour conditions de repartir de zéro, et d’établir une charte pour garantir la traçabilité des citations reprises par le projet.
Voici donc de quoi se faire une idée sur la manière dont les projets pédagogiques et leurs déclinaisons linguistiques apparaissent et disparaissent au sein du mouvement. Les exemples repris ci-dessus suffisent effectivement pour comprendre les principes généraux qui sous-tendent leurs créations. En dehors de Méta-Wiki, Wikidata, Wikifunctions, Abstract Wikipédia et Wikimedia Commons, qui ne sont pas des projets de contenu pédagogique à proprement parler, tous les autres projets semblent effectivement provenir d’un désir de spécialisation d’un projet préexistant.
L'idée est généralement débattue dans un projet de même langue, avant de relayer la discussion vers le site Méta-Wiki. Si le projet y est jugé pertinent, il fait alors l'objet d'une candidature qui doit actuellement être soumise au groupe de travail des projets frères du comité des affaires communautaires de la Fondation Wikimédia. Quant aux nouvelles versions linguistiques, elles doivent être aujourd'hui soumises à l'approbation du comité des langues, avant d'être testées sur les plateformes Incubator, Beta-Wikiversité ou Wikisource Multilingue, dans le but de bénéficier d’un site web indépendant.
Après ces explications concernant les projets frères et leurs variations linguistiques, il nous reste encore à parler des sites qui ont un lien avec le mot Wiki, soit par leur nom, soit par le logiciel utilisé. En 2024 effectivement, plus de 22 600 d'entre eux étaient répertoriés, dont plus de 95 % sans aucun lien avec le mouvement Wikimédia, en dehors du fait, peut-être, qu’ils utilisaient le logiciel MediaWiki développé par la Fondation Wikimédia.
WikiLeaks par exemple, créé par Julian Assange dans le but de publier des documents classifiés provenant de sources anonymes, n’est ni un projet Wikimédia, ni un site collaboratif. Quant au recueil universel et multilingue de guides illustrés WikiHow, si celui-ci fonctionne pour sa part de manière collaborative et avec le logiciel MediaWiki, il n'a pourtant aucun lien avec le mouvement Wikimédia. D'ailleurs, son ergonomie, radicalement différente de celle des projets Wikimédia, permet de le comprendre au premier coup d’œil.
En revanche, Wikimini, l'encyclopédie libre pour les enfants, a une apparence tout à fait comparable à celle des projets Wikimédia, alors que le projet n’a jamais été accepté par la Fondation. Quant aux projets WikiTribune et Fandom, l'ambiguïté qu'ils entretiennent avec le mouvement est d'autant plus grande qu'ils ont été créés par Jimmy Wales, le fondateur de Wikipédia et de la Fondation Wikimédia. Cependant, comme ce sont des projets commerciaux, ils ne peuvent en aucun cas être soutenus par une fondation sans but lucratif.
Au terme de cette présentation, il ne reste plus qu'à signaler que le mouvement Wikimédia ne fut conscientisé que tardivement par rapport à l'apparition des projets Wikimédia et de leurs différentes versions linguistiques. Pour qu'un sentiment de collectivité se manifeste entre tous ceux-ci, il fallut certainement attendre qu'une coordination se développe sur la plateforme Méta-Wiki, mais également que de nombreuses rencontres et associations apparaissent en dehors de l'espace numérique. En ce sens, la naissance du mouvement ne fut pas un événement ponctuel, mais plutôt la réalisation d’un long processus de conscientisation.
'''Chapitre 9 : La conscientisation du mouvement'''
Avant d'aborder la question de la conscientisation du mouvement, il peut être intéressant de découvrir l'origine étymologique du mot « Wikimédia ». Celui-ci est un mot-valise composé du suffixe « média » et du préfixe « wiki » que l’on doit à cette expression hawaïenne « wiki wiki », qui se traduit en français par l'expression : « vite, vite ». Celle-ci fut récupérée une première fois par Ward Cunningham, le créateur du premier moteur Wiki, avant d'être réutilisée dans les noms inventés pour d'autres logiciels de cette même famille. UseModWiki en est un bel exemple, puisqu'il fut le premier programme utilisé par la firme Bomis pour héberger son projet d’encyclopédie collaborative. Raison pour laquelle, sans doute, le terme « wiki » fut utilisé pour créer le mot Wikipédia, en l'associant au suffixe « pedia » qui fait référence au mot anglais encyclopedia, selon un principe qui fut ensuite repris pour tous les autres projets du mouvement.
Le mot Wikimédia, pour sa part, n’est apparu que le seize mars 2003, lors d’une discussion concernant la déclinaison possible de l’encyclopédie en d’autres types de projets éditoriaux participatifs. Durant celle-ci, l’écrivain américain Sheldon Rampton eut l’idée d’associer au terme wiki à celui de « média », afin de mettre en évidence la variété des médias produits et partagés par Wikipédia et ses projets frères. Toutefois, c'est seulement en juin 2008 que Florence Devouard, présidente de la Fondation à cette époque, associe le mot Wikimédia à un mouvement social qu’elle voyait apparaître au sein des projets Wikimédia et de leurs communautés d'usagers.
Affirmer pour autant que ce moment précis coïncide avec la naissance du mouvement Wikimédia serait quelque peu arbitraire. Car si l’on peut déterminer plus ou moins facilement l’apparition d’une expression dans des archives, tout le monde sait qu’un mouvement social ne se forme pas en un seul instant. Dans le contexte du mouvement Wikimédia, sa naissance est bien sûr liée à celle du projet Wikipédia, mais également à tout ce qui permit la création de cette encyclopédie libre. Dans une autre perspective encore, on peut dater l'apparition du mouvement Wikimédia au 20 juin 2003, date de la création de la fondation qui porte le même nom. Ou pourquoi pas, associer la création du mouvement à la mise en ligne de la plate-forme Méta-Wiki, qui en représente le principal lieu de coordination.
Toujours est-il que l’expression « Wikimedia movement » est bien apparue en juin 2008, sous la plume de Florence Devouard. Cela s'est passé sur la liste de diffusion de la Fondation et peu de temps avant qu'elle quitte son poste de présidente. Dans son message, elle partageait l'idée de placer sous le nom de domaine Wikimedia.org un site vitrine de présentation du mouvement Wikimédia qu'elle concevait de la sorte.
Le mouvement Wikimédia, comme je l’entends est
– une collection de valeurs partagées par les individus (liberté d’expression, connaissance pour tous, partage communautaire, etc.)
– un ensemble d’activités (conférences, ateliers, wikiacadémies, etc.)
– un ensemble d’organisations (Wikimedia Foundation, Wikimedia Allemagne, Wikimedia Taïwan, etc.), ainsi que quelques électrons libres (individus sans chapitres) et des organisations aux vues similaires.
Avec autant de détails et d'explications, un tel message ne pouvait qu'accélérer la prise de conscience au sein du mouvement. Dans tous les cas, il mettait en évidence que les personnes actives dans les projets éditoriaux en ligne ou dans les organismes affiliés, faisaient partie de ce que Ralf Dahrendorf appelle un « quasi-groupe ». Ou autrement dit, un ensemble d’individus qui ont un mode de vie semblable, une culture commune, mais dont les points communs ne gravitent pas autour d’une prise de conscience de leur position commune dans la relation d’autorité.
Après la naissance de Wikipédia et de nombreux projets frères, une dizaine d’années a donc été nécessaire pour que le mouvement Wikimédia prenne conscience de son existence. Aujourd’hui encore, et comme cela a déjà été vu, de nombreuses personnes actives dans les projets pédagogiques ne réalisent toujours pas qu’elles participent aux activités d’un mouvement social. Cela, contrairement aux personnes investies dans les activités en présentiel organisées au sein du mouvement, qui sont généralement plus conscientes de leur engagement. C’est là une raison de croire que le développement de la Fondation Wikimédia et de ses organismes affiliés a joué un rôle important dans l'apparition d'un sentiment d’appartenance.
'''Chapitre 10 : La création des organismes affiliés'''
Si c’est grâce à l’arrivée des groupes et des organismes affiliés à la Fondation Wikimédia que l’idée du mouvement est probablement apparue, il est alors intéressant d'en décrire les processus de création. Mais puisque cela représente plusieurs centaines d’instances spécifiques, regroupées en plusieurs catégories détaillées en seconde partie d'ouvrage, aborder ici l’histoire de chacune d’entre elles serait une entreprise beaucoup trop fastidieuse.
De plus, s’il existe énormément d’archives numériques concernant la naissance des sites Wikimédia, ce n’est pas le cas pour ces organismes affiliés. Un bon nombre de ceux-ci se sont effectivement formés durant des rencontres ou des réunions hors ligne qui n'ont fait l’objet d’aucun enregistrement. Du reste, une bonne part des échanges effectués au sein de ces associations s'organise par des canaux de communication privés auxquels seuls les membres actifs ont accès.
Puisque je suis l'un des membres fondateurs, je me limiterai donc ici à parler de l’association Wikimédia Belgique. Celle-ci fut fondée le huit octobre 2014 en tant qu’association sans but lucratif, avant d'être reconnue le six août 2015 par le conseil d’administration de la Fondation Wikimédia. Après plus de trois ans d’activités et de rencontres et sous l’impulsion de Maarten Deneckere qui assuma le premier mandat de présidence, nous étions 8 personnes à signer la première version des statuts de l’association.
Jusqu’à ce jour, l’objet social de Wikimedia Belgique est d' « impliquer tout un chacun dans la connaissance libre ». Contrairement à l'association Wikimédia Deutchland, la première à voir le jour en 2004 et qui rassemblait déjà en 2021 plus de 85 000 membres et près de 150 employés, l’association belge n'a qu'une seule employée à temps partiel et 150 membres en 2025.
Avant d’être reconnues par le comité d’affiliations chargé de seconder le conseil d’administration de la Fondation, toutes les associations nationales, dites « chapters » en anglais, et toutes les autres organisations affiliées doivent réaliser de nombreuses démarches. Celles-ci consistent à répondre à un ensemble de prérequis qui ont évolué suite à la création d'un comité décisionnel en avril 2006. Ces obligations diffèrent entre les groupes d’utilisateurs et d'utilisatrices et les associations locales ou thématiques. Parmi ceux-ci, on retrouve toutefois : un nombre minimum de membres et de référents, une mission et un règlement d’ordre intérieur conformes aux attentes du mouvement, la remise de plans et de rapports d’activités annuels, etc.
On comprend donc qu’il n’est pas évident de créer une nouvelle instance au sein du mouvement. Pour bénéficier du soutien logistique et financier de la Fondation réservé aux organismes affiliés, c’est ainsi toute une série de rapports qu’il faut alors transmettre à divers comités et commissions chargés de leurs évaluations. Cela représente une quantité de tâches administratives qu’il n’est pas toujours facile d’assumer, surtout lorsque les membres de l’organisme affilié sont tous des bénévoles. D’où sans doute cette régulière disparition d’affiliations, pendant que d’autres se créent ou réapparaissent en fonction des énergies et du dynamisme disponibles dans les équipes.
Les activités liées à la récolte et à la redistribution des dons offerts au mouvement, ainsi que les autorisations d’usage de marques déposées, contrastent donc avec les valeurs de libre partage et d’autonomie décrites dans les projets pédagogiques. Cela semble confirmer que la partie hors ligne du mouvement est plus influencée par les habitudes d’un système économique dominant, contrairement à la partie en ligne qui semble plus fidèle à l’héritage de la contre-culture.
'''Chapitre 11 : L'héritage d'une contre-culture'''
Au terme de cette première partie d’ouvrage, il devient évident que la révolution numérique, que l’on considère généralement comme une révolution technique, fut aussi, et peut-être avant tout, une révolution sociale et culturelle. Quant à l'histoire de Wikimédia, reprise ici depuis les origines de son encyclopédie jusqu'à l'apparition de ses organismes affiliés, elle nous fit découvrir comment les idées de la contre-culture des années 1960 furent transmises au mouvement.
En cas de doute, observons encore que Richard Stallman, celui qui a créé les concepts de licence et d'encyclopédie libre, fut désigné par certains comme le gourou de la contre-culture hacker et le père du système d’exploitation hippie. Une culture hippie, dont il est aussi troublant de constater que le renversement de son logo ressemble étrangement à celui du mouvement Wikimédia.
Incontestablement et au travers du mouvement des logiciels libres, le mouvement Wikimédia a donc bien hérité des valeurs produites par les mouvements sociaux des années 1960. Des valeurs qui aujourd'hui contrastent fortement avec la marchandisation et la capitalisation du monde, dont l'espace web ne fait jamais que refléter ce qui se passe dans le reste de la société humaine. Or, ce phénomène ne date pas d'hier. En 2008 déjà, André Gorz, ce philosophe parmi les pères de la décroissance et théoricien de l’écologie politique, constatait déjà que :
La lutte engagée entre les "logiciels propriétaires" et les "logiciels libres" [...] a été le coup d’envoi du conflit central de l’époque. Il s’étend et se prolonge dans la lutte contre la marchandisation de richesses premières – la terre, les semences, le génome, les biens culturels, les savoirs et compétences communs, constitutifs de la culture du quotidien et qui sont les préalables de l’existence d’une société. De la tournure que prendra cette lutte dépend la forme civilisée ou barbare que prendra la sortie du capitalisme.
Dans cette lutte et avec le seul nom de domaine non commercial parmi le top 100 des sites les plus fréquentés du Web, la galaxie Wikimédia apparait donc comme un des derniers lieux numériques de liberté, de partage et d'égalité. Un lieu qui, de plus, est connu mondialement, grâce au succès des plus de 350 déclinaisons linguistiques de Wikipédia, et sans pour autant récolter d'informations sur l’identité et le comportement des internautes. Cela alors que cette pratique est considérée, par certains, comme un « nouvel or noir » pompé du Web, pendant que d’autres préfèrent parler de « capitalisme 3.0 » ou de « capitalisme de surveillance » .
Évidemment, les enjeux de cette lutte sont difficiles à comprendre. La complexité de l’infrastructure informatique, mais également le fait que tout cela s'inscrit dans une révolution que Rémy Rieffel décrit comme « instable et ambivalente, simultanément porteuse de promesse, et lourde de menaces », ne facilitent pas les choses. Cela d'autant plus que tout cela se place « dans un contexte où s’affrontent des valeurs d’émancipation, et d’ouverture d’un côté et des stratégies de contrôle et de domination de l’autre » .
En fait d’ambivalence, il est surprenant d'apprendre, par exemple, que Jimmy Wales, fondateur de Wikipédia et de la fondation Wikimédia, est un adepte de l’objectivisme, alors que cette philosophie voit le capitalisme comme un idéal de société et l’égoïsme rationnel, comme une morale. Puis, concernant l'instabilité du numérique, il y a ces appels répétés de Tim Berners-Lee au sujet de la « redécentralisation » et de la « régulation » d'un espace web qu'il avait conçu dans un esprit tout à fait opposé. Quant aux pionniers d'Internet, ils n'ont probablement pas imaginé que leur création permettrait un jour, à des milliards d’objets connectés, de rapporter, rien qu'en France et en 2021, plus de 2,6 milliards d’euros.
Quant à la question du contrôle et au-delà de ce qui est opéré par les firmes commerciales, c'est bien sûr du côté des États qu'il faut porter son attention. Face à un mouvement qui veut s’émanciper des contrôles, par moins de 18 pays ont déjà censuré Wikipédia et parfois même l'ensemble des projets frères. Ce fut le cas par exemple pour la Turquie, la Russie, l'Iran, mais également le Royaume-Uni, la France et l'Allemagne, et c'est même le cas de manière permanente en Chine, depuis 2004.
Dans certains cas, des procédures juridiques ont été utilisées pour intimider les membres du mouvement. C'est arrivé en France lorsque le directeur de l'association Wikimédia fut menacé de poursuites pénales par la Direction Centrale du Renseignement Intérieur, après un refus de supprimer un article qui traitait d’une station militaire dans Wikipédia. Par chance, ce qui s'est passé en France ne dépassa pas le stade de l'intimidation. En Biélorussie cependant, Mark Bernstein, un contributeur aux projets Wikimédia, fut condamné à quinze jours de prison ferme, assortis de trois ans d’assignation à résidence, pour des propos tenus au sujet de la guerre en Ukraine. Cela sans oublier qu'actuellement, ce sont les conservateurs à la tête des États-Unis qui « veulent la peau de Wikipédia » en cherchant à obtenir l'identité réelle de certains contributeurs.
Le contrôle et le non-respect de la vie privée font ainsi appel à la figure emblématique du lanceur ou de la lanceuse d'alerte, dont la posture contestataire fait penser à celle des personnes actives dans la contre-culture des années 1960. Parmi ceux-ci, on dit de Julian Assange, Edward Snowden et Chelsea Manning, qu'ils « ont perdu leur liberté pour défendre la nôtre ». De manière similaire, on pourrait donc aussi dire que les Wikimédiens Aaron Swartz, Bassel Khartabil, Pavel Pernikov, Ihor Kostenko et Mark Bernstein, se sont sacrifiés pour la liberté, le partage et la vérité.
Dans Wikimédia et comme ce fut expliqué dans l'introduction de cet ouvrage, une alerte peut prendre la forme d'un appel à commentaires en réaction à une décision ou une situation observée au sein du mouvement. C'est même là une pratique institutionnalisée, qui fait l'objet d'une procédure d'accompagnement et de suivi. Toutes ces alertes concernent les dérives de certains projets, mais également de certaines associations dont la proximité avec le système économique n'aide pas au respect des pratiques et des valeurs développées en ligne.
Dans ce qui apparait aux yeux de certains comme un « bazar libertaire », les choix et règles édictés dans la sphère hors ligne du mouvement ne plaisent pas toujours aux membres des communautés en ligne. Ce qui n'empêche toutefois pas les projets éditoriaux d'avoir leurs propres règles et des recommandations, ni de voir apparaitre, en 2020 et dans l'ensemble du mouvement, un code de conduite universel, qui détermine le « référentiel minimum des comportements acceptables et inacceptables ».
L'idéologie transmise à Wikimédia, décrite en partie par Steven Levy dans son ouvrage L’Éthique des hackers est donc plus subtile qu'un simple refus d'autorité. Dans un esprit de partage, d'ouverture, de transparence, de liberté, d'égalité et d'autonomie, c'est une structure très complexe, tout en étant cosmopolite et mondiale, que le mouvement réussit à mettre en place. Une organisation qui, finalement, apparait très inspirante dans la manière de faire communauté aujourd'hui, et au sein d'un monde toujours plus global et numérique.
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Lionel Scheepmans
20012
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'''LE MOUVEMENT WIKIMÉDIA.'''
'''Dernier partage altruiste de la connaissance libre ?'''
De Lionel Scheepmans.
Avec l'aide de la communauté Wikimédia.
'''Quatrième de couverture.'''
'''Le mouvement Wikimédia, l'aventure inspirante d'une organisation mondiale et altruiste, au service d'un savoir libre et vérifiable.'''
Quel est ce seul acteur à but non lucratif présent dans le top 100 des sites les plus visités sur le Web ?
Comment incarne-t-il l’expression la plus visible des valeurs de liberté, d’égalité et de partage, héritées de la révolution numérique et des mouvements sociaux des années 1960 ?
Comment, à partir de Wikipédia et suite à la création d’une quinzaine de projets frères, distribués en centaines de versions linguistiques, le mouvement social Wikimédia a imaginé un monde dans lequel le savoir se produit et se partage librement ?
Et comment, en toute autonomie, des dizaines de projets pédagogiques, édités par des millions de bénévoles, soutenus par une fondation et près de 200 associations et groupes locaux, produisent-ils la plus grande intelligence collective au monde ?
Avec de nombreux codes QR, cet ouvrage répond à ces questions, tout en permettant de mieux comprendre le monde global et numérique qui nous entoure.
Lionel Scheepmans est docteur en sciences politiques et sociales, militant de la culture libre et professeur d’anthropologie numérique. Il occupe plusieurs postes d’administrateur au sein du mouvement Wikimédia qu’il observe de manière participative depuis 2011. Ses travaux universitaires, du master à la thèse de doctorat, furent consacrés à l’organisation et aux enjeux de Wikipédia et du mouvement Wikimédia.
'''Avant-propos'''
Pour offrir un confort de lecture sur papier sans perdre la puissance du numérique, des codes QR sont affichés tout au long de cet ouvrage. À l’aide d’une tablette ou d’un smartphone, ils offrent un accès direct à ce qui serait coûteux ou impossible à imprimer.
Par exemple, le code QR 1, présent à la fin de cette page, donne accès directement à la page web qui reprend l’intégralité de l’ouvrage. Une fois sur celle-ci, on peut alors visionner les illustrations en couleur ou les enregistrements qui s’y trouvent et consulter ensuite leurs pages de descriptions en cas de besoin. Cette version numérique comprend aussi de nombreux hyperliens pointant vers Wikipédia et d’autres sites du mouvement Wikimédia, où se trouvent des compléments d’informations et leurs mises à jour.
Pour économiser du papier lors de l’impression, la section regroupant les notes et les références de l’ouvrage n’est disponible qu’au format numérique, mais est directement accessible via le code QR 2 repris ci-dessous. Grâce aux indices de renvoi chiffrés et placés en exposant dans le texte imprimé, il est alors possible, au départ d'un smartphone ou d'une tablette, de retrouver les notes et les références en fonction de leur numérotation. Lorsque la référence correspond à une page web, un lien pointant vers le projet Internet Archive s’y trouve repris, pour garantir un accès aux archives des pages citées dans l’ouvrage, si jamais elles avaient disparu du web. Quant aux pages toujours existantes, elles restent accessibles via leurs hyperliens originels, pour consulter leurs éventuelles évolutions.
Étant donné que ce livre est produit sur une plateforme collaborative, tout le monde est invité à améliorer les prochaines versions. On peut le faire en corrigeant des fautes d’orthographe ou de syntaxe sur les pages web qui constituent les différents chapitres de l’ouvrage, ou encore en apportant des commentaires sur les pages de discussion qui leur sont associées. Cela peut se faire très simplement en cliquant sur « Modifier » , quand on est sur la page d'un chapitre, et sur « Ajouter un sujet » lorsque l'on est sur une page de discussion.
Une page de discussion générale est aussi accessible grâce au code QR 3. Elle permet de commenter le livre dans son ensemble, ou de poser une question à son sujet. Il suffit pour cela d’indiquer un titre dans le champ « Démarrer un nouveau sujet », avant d'écrire le contenu de son message dans l’encadré situé juste en dessous, et de cliquer finalement sur le bouton « Ajouter un sujet de manière anonyme », pour publier celui-ci.
Enfin, pour ceux qui voudraient agrémenter leur lecture d’un fond sonore relaxant et original, le code QR 4 donne accès à une page web qui diffuse une musique mélodieuse. Celle-ci est composée de sons spécifiquement produits chaque fois qu’une modification est apportée sur un projet Wikimédia, ou qu’un nouveau compte y est créé. Ce dispositif ingénieux offre ainsi, aux lecteurs qui le souhaitent, une ambiance sonore particulièrement confortable, ainsi qu’une nouvelle expérience immersive au sein du mouvement Wikimédia.
'''Introduction : Wikimédia n’est pas Wikipédia.'''
Depuis le succès initial de Wikipédia, une myriade de projets de partage des connaissances, d’organisations et de groupes de soutien ont émergé pour former ce qu’on appelle aujourd’hui le mouvement Wikimédia. Même si l’encyclopédie libre reste l'activité phare du mouvement à ce jour, il serait regrettable de réduire l’ensemble du mouvement à cet unique projet pédagogique. Malheureusement, il arrive bien trop souvent qu'une seule version linguistique de Wikipédia suffise pour cacher l’étendue de la forêt Wikimédia.
En réalité, Wikimédia représente un mouvement social, international et interculturel complexe, au sein duquel Wikipédia n’est qu’une composante parmi d’autres. Dans le cadre d'un mémoire de master, on peut ainsi fournir en quelques mois une ethnographie du projet Wikipédia en français. Alors que pour synthétiser les origines, l’organisation et les dynamiques globales du mouvement Wikimédia, une thèse de doctorat et cinq années de recul supplémentaires furent nécessaires.
À la fin de l'année 2025, l’ampleur numérique du mouvement est effectivement impressionnante. Chaque mois, des millions de modifications bénévoles sont effectuées sur plus de 500 millions de pages, réparties sur plus d’un millier de sites web, dont 358 seulement, correspondent aux versions linguistiques de Wikipédia. Ce qui prouve donc clairement que les activités en ligne portées par l'ensemble du mouvement Wikimédia dépassent largement ce qui se passe au sein de l’encyclopédie.
Il existe ainsi cinq autres espaces collaboratifs d'écriture susceptibles d'atteindre un jour l'envergure et la notoriété de Wikipédia, avec un objectif et un fonctionnement spécifiques à chacun. De manière détaillée, Wikilivres crée des livres pédagogiques ; Wikiversité rassemble des supports d'enseignement et des travaux de recherche ; Wikivoyage développe un guide touristique mondial ; Wikispecies établit un répertoire du vivant, tandis que Wiktionnaire définit des mots de toutes les langues, dans toutes les langues.
Contrairement à Wikipédia, tous ces projets ne sont pas soumis à une neutralité de point de vue, ni limités à l'usage de sources secondaires reconnues, au niveau de la rédaction des articles. La plupart d'entre eux acceptent aussi la publication de travaux de recherche ou de productions personnelles, alors que cela est tout à fait interdit dans Wikipédia.
Selon l'étymologie du mot encyclopédie, le but de Wikipédia est en effet de synthétiser ou, plus précisément, d'encercler le savoir humain déjà préexistant. Cette contrainte éditoriale limite donc les contributeurs et contributrices à l'usage de sources secondaires et tertiaires présentes dans des publications externes au projet. De ce fait, Wikipédia reproduit fatalement les biais systémiques, tels que les déséquilibres et les surreprésentations de genre et de culture, présents dans un monde de l'édition majoritairement occidental. Or, cette impasse éditoriale propre à Wikipédia n'existe pas dans les autres projets pédagogiques.
Comme ces projets frères, Wikipédia n'est pas non plus un projet complètement autonome des autres projets Wikimédia. L'encyclopédie compte en effet sur le projet Wikimedia Commons pour héberger l'ensemble de sa médiathèque. Elle utilise ensuite le contenu du projet Wikidata comme base de données structurée. Quant aux personnes qui produisent l'encyclopédie, elles peuvent aussi puiser leurs sources dans la bibliothèque Wikisource ou se référer à des citations d'auteurs collectées dans le projet Wikiquote. Tout cela sans oublier que des dizaines de sites web traitent l'archivage permanent de Wikipédia et des autres projets Wikimédia, dans le but de fournir des analyses précieuses et totalement libres d’accès.
Enfin, il faut aussi garder à l'esprit qu'au-delà de tous ces sites web, Wikimédia, c'est aussi de nombreuses institutions et organisations affiliées au mouvement et dispersées dans le monde. Autour de la Fondation Wikimédia chargée de la gestion et de l’organisation internationales, avec près de 650 salariés de nationalités diverses, se regroupent des centaines d'organisations satellites. Parmi celles-ci, on retrouve 2 associations thématiques, 40 associations locales, dont Wikimedia Deutschland qui regroupe plus de 170 employés, et finalement 141 groupes d’utilisateurs et utilisatrices.
Tout ce qui vient d'être exposé dans cette introduction justifie donc la nécessité de distinguer le mouvement Wikimédia du projet Wikipédia. Imaginons seulement que l’on se limite à citer Paris pour décrire et comprendre un pays aussi vaste que la France. Certes, Paris est une ville mondialement connue et qui compte plus de deux millions d’habitants et un patrimoine culturel impressionnant. Mais est-ce pour autant qu'il faudrait oublier les autres villes, villages et métropoles françaises ? Sans compter que la France regroupe aussi des départements et des territoires d’outre-mer et qu'elle entretient des relations et des partenariats internationaux qui dépassent de loin ce qui se passe entre Paris et le reste du monde. Ne pas confondre le mouvement Wikimédia avec le projet Wikipédia relève donc du bon sens.
En 2019 cependant, la Fondation Wikimédia a envisagé de se renommer en Fondation Wikipédia et de remplacer le terme « Wikimédia » par celui de « Wikipédia » partout où ce terme est utilisé dans la sphère hors ligne du mouvement. Le but était d’acquérir une plus grande visibilité et d’attirer des milliards de personnes, grâce au nom de marque Wikipédia, considéré comme l’un des plus connus au monde. Ce changement n’a toutefois pas été accepté par de nombreuses personnes actives au sein du mouvement. En janvier 2020, ces opposants ont ainsi créé une page d’appel à commentaires, qui fut le siège d’un long débat. À l’issue de ce dernier, 73 représentants d’organisations affiliées et 984 personnes ont signé une lettre ouverte adressée à la Fondation, qui comprenait le paragraphe suivant.
« Depuis 20 ans, les bénévoles ont bâti la réputation de Wikipédia en tant que ressource indépendante et communautaire. Les projets du mouvement Wikimédia, dont Wikipédia, se développent autour de la décentralisation et du consensus. Il est essentiel d’établir des distinctions claires entre la Fondation Wikimédia, les affiliés et les contributeurs individuels. Tout changement qui affecte cet équilibre exige le consentement éclairé et la collaboration des communautés. Il est donc très préoccupant de voir Wikipédia présenté pour le nom de l’organisation et du mouvement malgré le mécontentement général de la communauté. »
En s’opposant aux idées de la Fondation, ces membres de la communauté Wikimédia ont ainsi fait preuve de sagesse. De plus, ils ont signalé dans de nombreux commentaires que beaucoup de personnes connaissent le mouvement Wikimédia uniquement au travers de son encyclopédie. Il est même étonnant d'observer que la méconnaissance du mouvement existe au sein même de sa propre communauté. Comme exemple, on peut observer que l'article Wikipédia en anglais, consacré au mouvement Wikimédia, ne s’est développé qu’à partir de 2016, tandis que celui de la version francophone de l'encyclopédie, n’est apparu qu’en 2019. Quant aux autres versions linguistiques, il est tout aussi étonnant de constater qu'en octobre 2025, seulement 39 d'entre elles, sur un total de 358, possédaient un article dédié au mouvement Wikimédia.
Tous ces éléments justifient donc la nécessité d’offrir au monde, une meilleure connaissance du mouvement Wikimédia et des nombreux projets et organisations, qui participent à sa mission de partage du savoir. En ce sens, ce livre est une contribution importante aux défis stratégiques que doit relever le mouvement Wikimédia à l’approche de 2030. Car au-delà des résolutions prises pour développer de nouveaux processus participatifs et délibératifs concernant les questions de marque, c’est avant tout un travail d’information et de sensibilisation à destination du public qu'il reste à faire.
'''Première partie : La naissance du mouvement Wikimédia.'''
Il existe dans l'espace web, une multitude d’archives permettant de retracer les événements, qui ont conduit à la naissance du mouvement Wikimédia. Cette « préhistoire » du mouvement peut notamment être explorée grâce au réseau d’éducation populaire Framasoft, dont le site est apparu environ un an avant la création de la version francophone de Wikipédia. On trouve sur cette plateforme une mine d’informations concernant les logiciels libres et la culture libre, soit deux épisodes majeurs de l’histoire de l’informatique et d’Internet, malheureusement méconnus du grand public.
Grâce à Framasoft et bien d’autres associations, il est possible de découvrir l’organisation et les motivations des millions de personnes qui participent au mouvement du logiciel libre. On peut apprend par exemple, que ce mouvement politique et social, au sein du milieu informatique, a été initié en 1983 par [[w:fr: Richard Stallman|Richard Stallman]]. Programmeur du [[w:Massachusetts_Institute_of_Technology|MIT]] à cette époque, c'est en effet lui qui fut le premier à proposer une alternative à la marchandisation du secteur informatique.
La philosophie de libre partage, apparue au sein du projet de Stallman, reflétait une certaine éthique et une organisation de travail originale, développées au sein d’une sous-culture, en vogue dans le milieu informatique depuis les années 1950. Celle-ci fut documentée dans de nombreux ouvrages, dont « L’éthique hacker », un livre remarquable, dans lequel le philosophe finlandais, Pekka Himanen, analyse en détail les origines de la culture hacker.
Un simple extrait de sa quatrième de couverture, repris ci-dessous, permet d’appréhender la manière de penser de ces informaticiens, rejoints par Richard Stallman durant ses études universitaires, avant d'en devenir l’une des figures les plus charismatiques.
« On considérait jusqu’à présent le « hacker » comme un voyou d’Internet, responsable d’actes de piratage et de vols de numéros de cartes bancaires. Le philosophe Pekka Himanen voit au contraire les hackers comme des citoyens modèles de l’ère de l’information. Il les considère comme les véritables moteurs d’une profonde mutation sociale. Leur éthique, leur rapport au travail, au temps ou à l’argent, sont fondés sur la passion, le plaisir ou le partage. Cette éthique est radicalement opposée à l’éthique protestante, telle qu’elle est définie par Max Weber, du travail comme devoir, comme valeur en soi, une morale qui domine encore le monde aujourd’hui. »
En introduisant cette première partie d'ouvrage de la sorte, nous pouvons déjà comprendre que le mouvement Wikimédia plonge ses racines dans une transition culturelle remplie d’utopie. Une utopie qui s’oppose notamment à ce que l’historien et anthropologue Karl Polanyi désignait, en 1944 déjà, comme un libéralisme économique qui « subordonne les objectifs humains à la logique d’un mécanisme de marché impersonnel ». Étape par étape et en commençant par analyser cette utopie spécifiquement au niveau du mouvement Wikimédia, voyons maintenant ce qui s'est passé tout au long de cette révolution culturelle et numérique.
'''Chapitre 1 : L'utopie Wikimédia.'''
Au fil du temps, Wikipédia fut perçu comme une utopie en marche, puis comme une utopie réalisée, et finalement comme la dernière utopie collective du Web. Mais qu'en est-il de l'ensemble du mouvement Wikimédia ? Pour nous aider à comprendre ce qui se passe dans la dimension numérique de ce mouvement, voici une métaphore qui décrit un quartier établi au sein d'une ville, imaginée au départ de l'espace web ». Dans cette ville imaginaire, Internet représenterait le réseau routier, pendant que des serveurs informatiques feraient office de bâtiments, et que les pages web qu'ils hébergent, constitueraient les différentes pièces de ces édifices.
En visitant le quartier Wikimédia, on découvrirait donc plus d’un millier de bâtiments. Au sein de ceux-ci et à l’exception de quelques lieux administratifs, chaque pièce peut être visitée gratuitement, mais aussi modifiée au niveau de son contenu. On peut ainsi y ajouter de nouvelles choses, telles que du texte, des photos, des vidéos ou des documents sonores, et même changer ou supprimer ce qui a été créé ou modifié par d’autres. Tout cela, bien sûr, dans le but de rendre ces endroits plus esthétiques, ou plus authentiques et en tenant compte des différentes idées et des éventuelles oppositions de point de vue concernant les aménagements. Pour faciliter l'entente entre les personnes qui s'investissent dans les modifications, chaque pièce des bâtiments Wikimédia possède un espace annexe dédié à la discussion.
Dans la plupart des bâtiments Wikimédia, une personne malintentionnée peut même faire disparaitre tout le contenu d'une pièce. Néanmoins, dans la seconde qui suit, un robot remettra tout en place, avant de transmettre un message concernant le traitement du vandalisme. Lorsqu'une action plus discrète n'est pas détectée par un robot, une personne qui surveille la pièce prendra certainement le relais pour annuler les changements malveillants, et contacter la personne responsable. En cas de multirécidive, celle-ci peut se voir privée de sa capacité de modifier les pièces, soit dans le bâtiment vandalisé, soit dans tout le quartier quand cela se justifie. Après discussion, cette sanction sera mise en application par un administrateur ou une administratrice bénévole, choisi ou choisie par l'ensemble des autres bénévoles qui prennent soin des bâtiments.
On comprend donc que tout le monde peut enrichir, mais également surveiller et protéger les richesses partagées dans le quartier Wikimédia. Il suffit pour cela de rejoindre le mouvement en se créant un compte et de profiter de nombreux outils, dont un système de notification qui envoie un message dès qu'une pièce que l'on veut surveiller est modifiée. Pour créer ce compte, il n'est pas nécessaire de fournir une adresse ou un numéro de téléphone. Les seules informations personnelles indispensables au bon fonctionnement du quartier Wikimédia sont les adresses IP des visiteurs. Car contrairement à ce qui se passe dans les quartiers commerciaux de la grande ville numérique, tels que les GAFAM, NATU, BATX, le quartier Wikimédia ne récolte et ne vend aucune donnée à des fins d'exploitation.
Même les adresses IP enregistrées par le système ne sont pas visibles par les autres visiteurs. Elles sont remplacées par les noms et les pseudonymes fournis lors de la création des comptes, ou masquées par des comptes temporaires pour les modifications faites par des personnes non connectées. Seules quelques personnes accréditées par la communauté pour effectuer des contrôles d’usurpation d’identité ont accès à ces informations. C’est là une précaution nécessaire au bon déroulement des votes qui succèdent parfois aux recherches de consensus concernant l'aménagement du quartier Wikimédia.
Dans cette ville numérique que constituerait l'espace web, Wikimédia apparait ainsi comme le plus grand quartier dédié au partage de la connaissance. Tout d'abord, il y a les plus de 350 bâtiments Wikipédia, chacun dédié à une version linguistique de l'encyclopédie. Toujours séparés en versions linguistiques, on trouve ensuite : les bibliothèques Wikilivres et Wikisource, les bâtiments lexicaux Wiktionnaire, le journal Wikinews, le centre pédagogique et de recherche Wikiversité, le syndicat d’initiative Wikivoyage, le répertoire des êtres vivants Wikispecies et enfin l'institut des citations d’auteurs Wikiquote. Cela sans oublier le musée médiatique Wikimedia Commons et la banque Wikidata, reconnue comme étant la plus grande banque d’informations structurées au monde. Deux bâtiments dont l'une des fonctions principales communes est d’enrichir les pièces situées dans les autres buildings du quartier Wikimédia.
Dans tous ces immeubles, il arrive souvent que plus de la moitié des étages soient uniquement attribués à l'organisation des activités qui s'y déroulent. Chaque bâtiment peut aussi compter sur le soutien d'autres édifices tels que MediaWiki, Wikitech, Phabricator, qui sont trois lieux entièrement dédiés aux maintenances techniques sur l'ensemble du quartier. Concernant les aspects administratifs, c'est dans le bâtiment Méta-Wiki que s'opère la gouvernance générale du quartier, alors que les courriers adressés à ce dernier sont traités en première ligne dans le bâtiment Wikimedia VRT. À la suite de quoi, il ne reste plus qu'à citer le bâtiment Wikimedia Outreach, pour des initiatives de sensibilisation, et le bâtiment du journal Diff Wikimedia, comme lieu de publication d'actualités sur le mouvement.
En dehors de certains aspects techniques, tous ces bâtiments sont gérés exclusivement par des communautés bénévoles, qui sont toujours prêtes à accueillir de nouveaux membres. Les seuls immeubles du quartier qui diffèrent de ce principe sont les bâtiments vitrines de la Fondation Wikimédia et des autres associations Wikimédia qui engagent du personnel. Quant au bâtiment du conseil d'administration de la Fondation, des raisons officielles justifient le fait que la modification de ses pièces est réservée à ces membres et aux employés qui les soutiennent.
Face à tant d'utopies, on en vient donc à se demander comment tout cela fut rendu possible. Mais pour répondre à cette question, il faut alors parcourir tout un pan de l'histoire de la révolution numérique, depuis la contre-culture des années 1960 jusqu'à nos jours. On y découvre que les pionniers du réseau Internet étaient des chercheurs et étudiants en informatique, fortement influencés par de nouvelles idéologies, telles que celles qui furent à la source des évènements de mai 68 en France. C'est donc de là que naîtra la philosophie de partage, de liberté, de décentralisation et ce mode d’organisation tout à fait spécifique, que l'on observe aujourd'hui au sein du mouvement Wikimédia.
Il y eut tout d'abord la création d'Internet, comme réseau mondial de communication en libre accès, et le développement du World Wide Web, qui a grandement facilité les interactions humaines à l’échelle planétaire. Puis, ce fut l'arrivée du Web 2.0, caractérisé par l'apparition de nouveaux sites web directement modifiables à l'aide d’un simple navigateur. Or, parmi ceux-ci se trouvent les moteurs de Wiki, dont le plus puissant d’entre eux, MediaWiki, est un logiciel libre développé par la Fondation Wikimédia. Le moment est donc venu d'en savoir plus sur ce type de programme informatique, ainsi que sur le mouvement du logiciel libre, qui a fortement influencé la philosophie et les valeurs véhiculées au sein du mouvement.
'''Chapitre 2 : Le mouvement du logiciel libre.'''
L’un des premiers épisodes de la préhistoire de Wikipédia et du mouvement Wikimédia débuta en septembre 1983, lorsqu’un programmeur du Massachusetts Institute of Technology, appelé Richard Stallman, déposa un message sur la liste de diffusion net.unix-wizards. C’était un appel d’aide pour la création de GNU, un nouveau système d’exploitation qui devait réunir une suite de programmes que tout le monde pourrait utiliser librement sur son ordinateur personnel. Dans son message transmis via ARPANET, le premier réseau informatique à grande échelle qui précéda Internet, Stallman s’exprimait de la sorte.
Je considère comme une règle d’or que si j’apprécie un programme, je dois le partager avec d’autres personnes qui l’apprécient. Je ne peux pas en bonne conscience signer un accord de non-divulgation ni un accord de licence de logiciel. Afin de pouvoir continuer à utiliser les ordinateurs sans violer mes principes, j’ai décidé de rassembler une quantité suffisante de logiciels libres, de manière à pouvoir m’en tirer sans aucun logiciel qui ne soit pas libre.
Le projet de Stallman, qui reçut le soutien nécessaire à son accomplissement, marqua ainsi le début de l’histoire du logiciel libre. Quant à la quantité d’aide fournie, elle permet de croire que Richard Stallman n’était pas seul à voir l’arrivée des logiciels propriétaires d’un mauvais œil. Car pour les membres du projet GNU et du mouvement du logiciel libre en général, un bon programme informatique doit respecter ces quatre libertés fondamentales :
1. La liberté d’exécuter le programme, pour tous les usages.
2. La liberté d’étudier le fonctionnement du programme, et de l’adapter à vos besoins.
3. La liberté de redistribuer des copies, donc d’aider votre voisin.
4. La liberté d’améliorer le programme, et de publier vos améliorations, pour en faire profiter toute la communauté.
Lors de l'apparition du logiciel libre, le marché de l’informatique était de fait en pleine mutation. L'habituel partage des codes informatiques entre les rares étudiants ou chercheurs, qui bénéficiaient d’un accès à un ordinateur, faisait l'objet d'une remise en question. Ce changement faisait notamment suite au Copyright Act de 1976, une nouvelle loi qui autorisait l'application d'un droit d'auteur sur le code informatique, et donc qui permettait d'en interdire le partage ou la réutilisation sans autorisation. Des clauses de confidentialité ont ainsi fait leur apparition, pendant que les employés des firmes informatiques étaient nouvellement soumis à des contrats de confidentialité. C'était la fin de l’entraide et de la solidarité pratiquées chez les pionniers de l’informatique. À sa place s'installaient la concurrence et la compétitivité, bien connues dans le système capitaliste marchand.
Cette mutation coïncidait avec l’arrivée des premiers ordinateurs de taille réduite. Grâce à l’apparition des premiers circuits intégrés, les premiers exemplaires avaient en effet été créés par l’industrie aérospatiale au début des années 1960. Cependant, il fallut attendre le début des années 1980 pour que le prix d’un ordinateur soit suffisamment bas pour en faire un bien de grande consommation. En 1982, le Commodore 64 entrait ainsi dans le livre Guinness des records, avec plus de 17 millions d’exemplaires vendus dans le monde. Mais avant cela, en 1981, l’IBM Personal Computer avait déjà fait son apparition, en proposant une architecture ouverte qui allait servir de modèle pour toute une gamme d’ordinateurs que l’on désigne toujours aujourd’hui par l’acronyme « PC ».
Pour faire fonctionner ses nouveaux modèles d'ordinateurs, la société IBM avait confié à l’entreprise Microsoft, créée en 1975, la mission de les équiper d’un système d’exploitation. Le contrat signé entre les deux firmes fut une véritable aubaine pour le fournisseur des programmes informatiques. Car sans s'en apercevoir, et sans jamais anticiper que son matériel serait cloné à grande échelle, IBM avait en effet permis à Microsoft d'établir un monopole dans la vente de logiciels. Cela fut condamné pour abus de position dominante et vente liée du logiciel avec le matériel informatique, mais sans pour autant empêcher Bill Gates, le principal actionnaire de Microsoft, d'être l'homme le plus riche du monde en 1994.
Toutefois, pendant que Microsoft renforçait sa position dominante, un nouvel événement majeur allait marquer l’histoire du logiciel libre. Celui-ci fut de nouveau déclenché par un appel à contribution, qui fut cette fois posté le vingt-cinq août 1991 par un jeune étudiant en informatique de 21 ans, appelé Linus Torvalds. Via le système de messagerie Usenet, sa demande avait été postée dans une liste de diffusion consacrée au système d’exploitation Minix, une sorte d’UNIX simplifié et développé dans un but didactique, par le programmeur Andrew Tanenbaum.
Loin d’imaginer que cela ferait de lui une nouvelle célébrité dans le monde du Libre, Torvalds entama son message par le paragraphe suivant.
« Je fais un système d’exploitation gratuit (juste un hobby). Il ne sera pas grand et professionnel comme gnu pour les clones 386. Ce projet est en cours depuis avril et commence à se préparer et j’aimerais avoir un retour sur ce que les gens aiment ou n’aiment pas dans minix, car mon système d’exploitation lui ressemble un peu, même disposition physique du système de fichiers pour des raisons pratiques entre autres. »
Bien qu’il fût présenté comme un passe-temps, le projet qui répondait au nom de « Linux », fut rapidement soutenu par des milliers de programmeurs du monde entier, avant de devenir la pièce manquante du projet GNU. En effet, les contributeurs au projet de Stallman n’avaient pas encore terminé l’écriture du code informatique du noyau Hurd, alors qu'il était censé établir la communication entre la suite logicielle produite par GNU et le matériel informatique. C'est donc la fusion des codes produits par les projets GNU et Linux qui permit la création du premier système complet, stable et entièrement libre baptisé GNU/Linux.
Au départ de ce nouveau système informatique, de nombreuses variantes, que l’on nomme communément « distributions », furent créées par des programmeurs de tous horizons. L’une de celles-ci s’intitule Debian et tire sa réputation d'être simultanément libre, gratuite, très fiable et produite par une communauté sans lien direct avec une société commerciale. Quatre qualités qui expliquent pourquoi, Debian sert de base à plus de 150 distributions dérivées, et que de nombreuses organisations l'utilisent, comme le fait la Fondation Wikimédia sur les serveurs qui hébergent les projets qu'elle supporte.
Grâce à la naissance des logiciels libres, le mouvement Wikimédia a donc la possibilité de faire tourner ses serveurs informatiques, avec un système d’exploitation fiable, libre et gratuit. Comme son code source est ouvert, cela permet aussi à la Fondation Wikimédia de le modifier pour répondre aux besoins spécifiques du mouvement. À la suite de quoi, et selon les règles formulées par la communauté du logiciel libre, les modifications faites par la Fondation deviennent à leur tour, gratuitement et librement, utilisables par d’autres personnes ou organismes.
À ce premier héritage reçu par le mouvement Wikimédia, et toujours en provenance des logiciels libres, s’ajoute encore une innovation méthodologique. Dans son article La Cathédrale et le Bazar, Eric Raymond mobilise en effet le terme « cathédrale » pour désigner le mode de production des logiciels propriétaires, en opposition au mot « bazar », qu'il utilise pour qualifier le mode de développement des logiciels libres. D’un côté, il décrit une organisation pyramidale, rigide et statutairement hiérarchisée, comme on peut la voir souvent au sein des entreprises. Tandis que de l’autre, il parle d’une organisation horizontale, flexible et peu hiérarchisée, qu’il a lui-même expérimentée en adoptant le style de développement de Linus Torvalds, à savoir : « distribuez vite et souvent, déléguez tout ce que vous pouvez déléguer, soyez ouvert jusqu’à la promiscuité ».
À l’instar de la métaphore du quartier numérique présentée dans le précédent chapitre, cette manière de décrire les projets open source nous aide donc ici à mieux comprendre ce qui se passe dans le mouvement Wikimédia. D'un côté, on retrouve effectivement cette « ouverture jusqu’à la promiscuité », dans le libre accès accordé aux projets Wikimédia, alors que de l'autre, tout le monde peut rejoindre les projets et associations Wikimédia. Ces deux observations corroborent ainsi l’existence d’un deuxième héritage en provenance du mouvement du logiciel libre. Néanmoins, il nous reste encore à découvrir un phénomène négligé par Eric Raymond durant ses observations, et qui pourtant, a considérablement influencé l'histoire de la révolution numérique. Découvrons donc à présent, la licence libre et le mouvement de la culture libre, dont elle fut à l’origine.
'''Chapitre 3 : Les licences et la culture libres.'''
Dans une biographie autorisée, Christophe Masutti explique à quel point la création de la Licence publique générale GNU, en tant que première licence libre créée par Richard Stallman, représente un épisode majeur de la révolution numérique. Selon lui :
La GPL apparaît comme l’un des meilleurs hacks de Stallman. Elle a créé un système de propriété collective à l’intérieur même des habituels murs du copyright. Surtout, elle a mis en lumière la possibilité de traiter de façon similaire « code » juridique et code logiciel.
Le concept de distribution associé à ce nouveau type de licence fut baptisé « copyleft », par inspiration d’un jeu de mots que Richard Stallman avait trouvé dans un courrier transmis par son collègue Don Hopkins. Le principe novateur de ce concept est d'obliger toute production de code dérivé à se soumettre à la même licence libre que le code d’origine. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle beaucoup de gens parlent de licence « virale » ou « récursive » en faisant référence à celle-ci. Quant à l'importance de cette clause, elle repose sur le fait d'interdire toute privatisation d'un code informatique produit sous licence libre. Sans celle-ci, un tel code risque en effet d'être récupéré, puis modifié, avant d’être placé sous un habituel copyright de type « tous droits réservés », dans le but de commercialiser son usage.
En 2001 et dans la mouvance provoquée par l'arrivée des licences libres, une organisation internationale sans but lucratif, intitulée Creative Commons, a entamé la promotion du partage et la réutilisation de la créativité et des connaissances grâce à la fourniture d’outils juridiques gratuits. Pour ce faire, elle met régulièrement à jour une panoplie de licences inspirées par la GNU, mais spécialement adaptées aux œuvres de l'esprit, telles que les productions littéraires, musicales, photographiques et vidéo, ainsi que les bases de données.
Contrairement aux licences libres fournies par la Free Software Foundation, conçues pour protéger du code informatique, les licences fournies par Creative Commons offrent la possibilité de sélectionner de nombreuses clauses pour protéger une œuvre. Avec le label CC, pour Creative Commons, on peut ainsi appliquer, ou ne pas appliquer, la clause « BY », qui oblige à créditer l'auteur, et la clause « SA », pour Share Alike, qui ordonne le partage à l’identique comme décrit précédemment. Après quoi il est encore possible d'ajouter la clause « NC », qui impose un usage non commercial, et finalement, la clause « ND », pour Non Derivative, qui exige que l’œuvre soit utilisée ou reproduite dans son intégralité et sans modification.
Le mouvement Wikimédia a choisi la licence CC.BY-SA pour protéger les contenus publiés dans tous ses projets. Cela à l'exception de la banque de données Wikidata, qui au même titre que les descriptions apportées aux fichiers téléchargés dans la médiathèque Wikimedia Commons, publie ses informations structurées sous licence CC0. Cette dernière licence est ainsi ce qui se rapproche le plus du domaine public, avec cet avantage de ne pas devoir mentionner les auteurs dans le traitement et la réutilisation du contenu de la base de données.
Cependant, il en résulte que les informations en question peuvent être réutilisées par des tiers qui ne sont plus obligés de citer leurs sources, comme le font les agents conversationnels des intelligences artificielles génératives, appelés couramment chatbots. Contrairement à la licence CC.BY-SA, la licence CC0 est donc moins apte à pérenniser les projets Wikimédia, puisqu'elle permet d'invisibiliser ces derniers au risque de réduire les chances d'arrivée de nouveaux contributeurs et contributrices. De plus, sans la clause SA qui assure l'application du copyleft, toutes les informations récupérées au sein de Wikidata et de Wikimedia Commons sont aussi susceptibles de quitter le monde du libre.
Quoi qu’il en soit, les licences Creative Commons, inspirées par la licence libre de Richard Stallman, apparaissent finalement comme un troisième héritage en provenance du mouvement du logiciel libre et de la culture libre qui en est issue. Grâce à la licence CC BY SA, les éditeurs des projets Wikimédia bénéficient effectivement d'une certaine reconnaissance, tout en étant assurés qu'aucun copyright sur leurs travaux ne puisse exclusivement profiter à une personne ou une compagnie. De plus, la licence libre appliquée au système d'exploitation installé sur les serveurs Wikimédia, garantit elle aussi un certain respect des contributeurs, puisqu'elle permet de vérifier si le code informatique ne compromet pas leurs vies privées.
Avec tous les autres apports en provenance du logiciel libre, ce sont là deux choses importantes qui ont permis l'apparition du mouvement Wikimédia. Toutefois, cela ne pouvait pas suffire à la création du projet Wikipédia qui en fut le point de départ. Car sans un espace numérique, mondial et libre d’accès, tel qu'il fut créé par Internet et l'espace web, aucune encyclopédie collaborative de cette envergure n'aurait pu voir le jour.
'''Chapitre 4 : Le réseau Internet.'''
L’histoire du réseau Internet constitue un nouvel épisode captivant de la révolution numérique, sans lequel le mouvement Wikimédia n’aurait jamais pu émerger. D’un point de vue purement technique, ce réseau informatique a été mis au point dans les années 1970, avant l’adoption généralisée du protocole TCP/IP, toujours en usage à ce jour. Ce dernier fut inventé par Vint Cerf et Robert Elliot Kahn, quand ils travaillaient pour la Defense Advanced Research Projects Agency, rattachée au département de la Défense américaine. L'une des premières présentations de leur projet fut ainsi réalisée lors d’une conférence organisée par l’International Network Working Group, une instance créée pour assurer la gouvernance mondiale du réseau informatique.
Sur base de ces informations, on peut penser qu’Internet a été créé par des militaires. Cependant, Une contre-histoire de l’Internet, nous révèle que les créateurs et les premiers utilisateurs d’ARPANET, considéré comme l’ancêtre d’Internet, étaient davantage des étudiants hippies et amateurs de LSD, que des militaires bien drillés. D’ailleurs, avant la standardisation du protocole TCP/IP, ARPANET fonctionnait depuis plus d’un an avec un autre protocole de transition intitulé Network Control Program. Or, celui-ci avait été mis au point, en février 1969, par le Network Working Group, un groupe informel d’étudiants rassemblés autour de Steve Crocker, lorsqu’il ne détenait encore qu’une simple licence, au niveau de sa formation universitaire.
Bien que rarement cité dans l’histoire d’Internet, ce groupe a pourtant mis en place la procédure RFC, pour Request For Comments, reconnue comme « l’un des symboles forts de la "culture technique" de l’Internet, marquée par l’égalitarisme, l’autogestion et la recherche collective de l’efficience ». Soit trois principes et une procédure, qui aujourd’hui encore sont appliqués sur le site Méta-Wiki, dans lequel s'organise la gestion communautaire du mouvement Wikimédia. Cela alors qu'au sein des autres projets dédiés à la production de contenus pédagogiques, des processus similaires de recherche de consensus ont fait leur apparition.
Il faut ensuite savoir que les liens entre ARPANET et l’armée ont disparu avec l’apparition du MILNET, un réseau entièrement dédié aux activités militaires, rebaptisé NIPRNet, pour Non-classified Internet Protocol Router Network, en 1990. Après une séparation définitive en 1983, précisément l’année où Richard Stallman postait sa demande d’aide pour le projet GNU, le réseau ARPANET resta uniquement dédié à la recherche et au développement. À cette époque, le réseau ne comprenait pas plus de 600 machines connectées, ce qui n'a donc rien de comparable avec ce vaste réseau informatique mondial que nous connaissons aujourd’hui et qui fut fortement développé au cours des années 1990.
Pour en assurer l’entretien technique, une organisation non gouvernementale, a été créée en 1992, sous l'appellation d’Internet Society. Celle-ci devait aussi veiller au respect des valeurs fondamentales liées au bon fonctionnement du réseau. Car avant d'atteindre des milliards d’appareils connectés, il a d’abord fallu réglementer les nombreuses dorsales internet intercontinentales, sans lesquelles la transmission du protocole TCP/IP partout dans le monde n'aurait pas été possible.
Quant à l’état d’esprit des créateurs d'Internet, un article intitulé : Quarante ans après, mais qui donc créa l’internet ? apporte un éclairage particulièrement intéressant au sujet des liens que l'on peut établir entre le mouvement Wikimédia et l'histoire d'Internet. Dans son témoignage, Michel Elie, cet ingénieur en informatique, membre du Network Working Group cité précédemment, et responsable de l’Observatoire des Usages de l’Internet, nous explique en effet ceci.
Le succès de l’internet, nous le devons aux bons choix initiaux et à la dynamique qui en est résultée : la collaboration de dizaines de milliers d’étudiants, ou de bénévoles apportant leur expertise, tels par exemple ces centaines de personnes qui enrichissent continuellement des encyclopédies en ligne telles que Wikipédia.
Au courant des années 1990, le milieu informatique universitaire semblait donc toujours fortement imprégné des idéaux de la contre-culture des années 1960, produit par les baby boomers dans le contexte de la guerre du Vietnam. Afin d'illustrer les idées véhiculées à cette époque, voici un paragraphe extrait d'un ouvrage publié en 1970, et intitulé Vers une contre-culture : Réflexions sur la société technocratique et l’opposition de la jeunesse. Dans celui-ci, Théodore Roszak explique ceci.
Le projet essentiel de notre contre-culture : proclamer un nouveau ciel et une nouvelle terre, si vastes, si merveilleux que les prétentions démesurées de la technique soient réduites à n’occuper dans la vie humaine qu’une place inférieure et marginale. Créer et répandre une telle conception de la vie n’implique rien de moins que l’acceptation de nous ouvrir à l’imagination visionnaire. Nous devons être prêts à soutenir ce qu’affirment des personnes telles que Blake, à savoir que certains yeux ne voient pas le monde comme le voient le regard banal ou l’œil scientifique, mais le voient transformé, dans une lumière éclatante et, ce faisant, le voient tel qu’il est vraiment.
À la suite de cette lecture, il peut sembler paradoxal qu’une contre-culture, qui voit la technique comme inférieure et assimile la science au banal, puisse avoir un lien avec le milieu scientifique universitaire qui fut à l'origine d'Internet. Cependant, une réponse à cette énigme fut apportée par Fred Turner, par la publication de son livre intitulé : « Aux sources de l’utopie numérique : De la contre-culture à la cyberculture ».
Grâce à cet ouvrage, on découvre que le mouvement hippie utilisera tout ce qui était à sa disposition à l’époque pour parvenir à ses fins : LSD, spiritualités alternatives, mais également, objets technologiques les plus en pointe. Cela grâce notamment à l’influence de Steward Brand, le créateur d'un catalogue interactif, qui peut être considéré comme l'ancêtre analogique des groupes de discussions numériques apparus des années plus tard.
Comme autre indication, il y a ensuite les propos tenus en 1992, lors d’une plénière de la 24ᵉ réunion du groupe de travail sur l’ingénierie Internet, par David D. Clark, un autre pionnier d’Internet. Durant cette rencontre, ce chef de projet prononça des paroles restées dans les annales. « Nous récusons rois, présidents et votes. Nous croyons au consensus et aux programmes qui tournent ». Deux phrases seulement, mais qui, dans le cadre du milieu informatique, permettent de croire que le mépris de la contre-culture envers la technique et la science, s'est transformé en un refus d’autorité et une recherche de consensus.
Quoi qu'il en soit, le développement d'Internet ne s'est pas fait sans conflits idéologiques importants. On peut d'ailleurs se demander aujourd'hui à quoi ressemblerait Internet, s'il n'avait jamais été commercialisé. Cela s'est passé en novembre 1994, lorsque l’association sans but lucratif Advanced Network and Services, chargée de gérer les accès à Internet, a fait le choix de vendre ses activités. Cette décision faisait suite à un appel à des fonds privés pour financer d'importants changements dans l'infrastructure du réseau. Profitant de l'occasion, la société commerciale America Online a ainsi repris à son compte la gestion des connexions à Internet, après avoir effectué un versement de 35 millions de dollars.
Trente ans plus tard, Internet est devenu ce réseau que nous expérimentons aujourd'hui, à savoir : un réseau dominé par des sociétés privées les plus riches au monde. Dans ce contexte et parmi les 100 sites web les plus visités, seul le nom de domaine Wikipédia appartient à une organisation non lucrative. Cela explique donc pourquoi le mouvement Wikimédia, via son encyclopédie et la fondation qui l'héberge, représente à ce jour, et dans l'espace web, l'expression la plus visible de la philosophie des pionniers d’Internet.
Plus qu'un héritage, cette situation peut être vue comme une mission perpétuée au sein d'un espace envahi par une culture marchande et capitaliste. Il s'agit là d'une information importante qu'il faut retenir au sujet du mouvement Wikimédia. Elle ne clôture pas pour autant tout ce qu'il faut savoir au sujet des évènements qui ont permis la création d’une encyclopédie mondiale, libre et collaborative. Car avant cela, il nous reste encore à découvrir l'histoire du World Wide Web, un espace numérique sans lequel la création de Wikipédia n'aurait jamais été possible.
'''Chapitre 5 : Le World Wide Web.'''
Maintenant que le lien entre la création d'Internet et le mouvement Wikimédia est établi, découvrons à présent l'application la plus connue du réseau, que l'on nomme le World Wide Web, ou plus simplement « Web ». C'est Tim Berners-Lee qui en fut l’inventeur, lorsqu’il était encore actif à l'Organisation européenne pour la recherche nucléaire. Il avait pour idée de créer un espace d’échange public par l’intermédiaire d'Internet, et pour y parvenir, il mit au point le logiciel « WorldWideWeb », ensuite rebaptisé Nexus, pour éviter toute confusion entre les deux termes.
Grâce à un système d’indexation appelé hypertexte, ce programme informatique a permis de produire et de connecter des espaces numériques, que l'on intitule sites Web. Ceux-ci sont composés de pages web, hébergées sur des ordinateurs distants, mais connectés entre eux au travers du réseau Internet. Pour permettre ce type de connexion, Berners-Lee mit au point le Hypertext Transfer Protocol ou HTTP, un nouveau protocole de communication simple en soi, mais dont la mise en œuvre technique est compliquée.
Pour veiller au bon fonctionnement et au bon usage de l'espace web, des règles de standardisation ont tout d'abord été édictées par l’association Internet Society. Après quoi, Berners-Lee fonda le W3C, un consortium international dont la devise est : « un seul Web partout et pour tous ». Si ce slogan nous apparaît très naturel aujourd’hui, il faut toutefois savoir que l'espace Web a bien failli être régi séparément par des acteurs commerciaux, avec tous les droits d'accès que cela aurait pu engendrer.
À partir du trente avril 1993, jour du dépôt du logiciel Nexus dans le domaine public par Robert Cailliau, un collègue de Berners-Lee chargé de la promotion de son projet, un tel scénario était en effet possible. Sauf qu'après le départ de Berners-Lee, devenu président du W3C, François Flückiger, qui avait repris son poste au sein du CERN, eut la présence d'esprit de réagir à temps. Selon le livre Alexandria qui parcourt l'histoire de Robert Caillau, voici ce qui aurait pu se passer si le code de l’éditeur HTML n'avait finalement pas été placé sous licence libre.
La philanthropie de Robert, c’est très sympa, mais ça expose le Web à d’horribles dangers. Une entreprise pourrait s’emparer du code source, corriger un minuscule bug, s’approprier le « nouveau » logiciel et enfin faire payer une licence à ses utilisateurs. L’ogre Microsoft, par exemple, serait du genre à flairer le bon plan pour écraser son ennemi Macintosh. Les détenteurs d’un PC devraient alors débourser un certain montant pour profiter des fonctionnalités du Web copyright Microsoft. Les détenteurs d’un Macintosh, eux, navigueraient sur un Web de plus en plus éloigné de celui vendu par Bill Gates, d’abord gratuit peut-être, avant d’être soumis lui aussi à une licence.
Face à un tel scénario, nous découvrons de nouveau à quel point le concept de licence libre a fondamentalement changé le cours de la révolution numérique. Sans cela, nos expériences et nos usages de l'espace numérique auraient été totalement différents. L'utopie Wikipédia, par exemple, n'aurait certainement pas vu le jour, en raison de l'éclatement des espaces numériques et des coûts d'accès auxquels seraient confrontés les bénévoles qui ont construit le projet. Quoi qu'il en soit, et au niveau technique, une fois l'espace web apparu, il ne manquait plus que l'apparition des plateformes Wiki pour permettre la création d'une encyclopédie collaborative au format numérique.
'''Chapitre 6 : Les plateformes Wiki.'''
Un wiki, ou un moteur de wiki, est un logiciel que l'on installe sur un serveur informatique pour permettre la création d’un site web éditable et configurable à l’aide d’un simple navigateur. Plus précisément, c’est un système de gestion de contenu, dans lequel le code HTML, CSS, JavaScript et Lua, ainsi que certains paramètres, peuvent être modifiés par tous les internautes. Cela peut se faire en se connectant à un compte utilisateur, afin de bénéficier des droits de modification et d’administration qui lui sont accordés, ou en utilisant la configuration attribuée par défaut aux personnes non connectées.
Sur les pages web d'un wiki, chaque modification provoque un nouvel enregistrement complet du code source qui la compose. De la sorte, il est toujours possible, à partir d’une page reprenant l’historique des modifications, de rétablir l'une de ses anciennes versions. Grâce à ce système, on peut ainsi savoir quelle personne, ou quelle adresse IP est à l’origine d’un changement, et même voir l’endroit où la modification a été faite, et à quel moment celle-ci a été réalisée.
Le premier logiciel Wiki, qui portait le nom de WikiWikiWeb, a été créé et placé sous licence libre GPL par Ward Cunningham en mars 1995. Grâce à la licence, d’autres programmes wiki ont vu le jour en copiant ou s’inspirant du code source de WikiWikiWeb, ou des autres projets wiki qui l'avaient fait auparavant. Cette émulation récursive, qui donna naissance à toute une panoplie de projets wiki, est donc à nouveau une belle illustration des retombées positives que peut susciter l'application d'une licence libre.
Parmi les différents logiciels Wiki disponibles, UseModWiki fut choisi par la société Bomis qui finança la création du premier projet Wikipédia en anglais. C'était un choix judicieux, car l’éclatement de la bulle spéculative d’Internet, à la fin des années 2000, confrontait l'entreprise à de grosses difficultés financières. Un programme gratuit, simple d’utilisation et peu gourmand en ressources informatiques, convenait donc parfaitement dans ce cadre. UseModWiki fut par après remplacé par un autre moteur de Wiki sans nom, mais plus performant et toujours produit sous licence libre. Ce dernier fut ensuite amélioré par plusieurs programmeurs, dont Brion Vibber, le premier employé de la Fondation Wikimédia, avant d’être finalement intitulé MediaWiki.
Avec l’aide de nouveaux employés et des bénévoles actifs sur le site mediawiki.org, ce système de gestion de contenu finit par apparaitre en tête du classement des wikis les plus utilisés. Toujours grâce à sa licence libre, des milliers d'autres personnes et projets ont effectivement pu développer des sites Web, sans nécessairement faire partie du mouvement Wikimédia. Ce succès a par ailleurs justifié l'organisation de rassemblements annuels entre 2016 et 2020, entre personnes et organisations qui utilisent le programme, pour discuter de son développement et de ses usages.
Ceci étant dit, il existe dans la liste des Wikis d’autres logiciels libres intéressants, tels que DokuWiki, rendu populaire par sa simplicité d’installation et d’usage. Jusqu’à ce jour cependant, seul MediaWiki semble suffisamment stable et puissant pour permettre le développement optimal de l’ensemble des projets Wikimédia. Avec parmi ceux-ci, bien sûr, Wikipédia, l'encyclopédie libre et universelle, dont nous allons enfin découvrir la mise en place dans ce prochain chapitre.
'''Chapitre 7 : L’encyclopédie libre et universelle'''
Dans les chapitres précédents, nous avons découvert toutes les innovations techniques et culturelles sans lesquelles Wikipédia n’aurait jamais pu devenir la plus grande encyclopédie libre et universelle connue au monde. Son objectif est de synthétiser la totalité du savoir humain. Ce qui n’est autre, finalement, qu’un vieux rêve de notre humanité. Trois cents ans avant Jésus-Christ et durant la création de la bibliothèque d’Alexandrie, ce désir était aussi celui de Ptolémée Iᵉʳ. C'était deux siècles avant que Denis Diderot publie, avec Jean Le Rond d'Alembert et Louis de Jaucourt en 1751, la première édition de l’Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers. Quant à Paul Otlet, qui a créé avec Henri La Fontaine la classification décimale universelle en usage depuis 1905, il s’était mis en tête de répertorier l’ensemble du savoir humain au sein d'un seul édifice.
Peu connu à ce jour, ce documentaliste belge rêvait pourtant de cataloguer le monde et de rassembler toutes les connaissances humaines, sous la forme d’un gigantesque répertoire bibliographique universel, situé à l'intérieur d'un Mundaneum. En 1934, dans le Traité de documentation écrit par celui qui voulait « classer le monde », Otlet décrit, de manière particulièrement visionnaire, un possible partage du savoir et de l’information.
Ici, la Table de Travail n’est plus chargée d’aucun livre. À leur place se dresse un écran et à portée un téléphone. Là-bas, au loin, dans un édifice immense, sont tous les livres et tous les renseignements, avec tout l’espace que requiert leur enregistrement et leur manutention…
De là, on fait apparaître sur l’écran la page à lire pour connaître la question posée par téléphone avec ou sans fil. Un écran serait double, quadruple ou décuple s’il s’agissait de multiplier les textes et les documents à confronter simultanément ; il y aurait un haut-parleur si la vue devrait être aidée par une audition. Une telle hypothèse, un Wells certes l’aimerait. Utopie aujourd’hui parce qu’elle n’existe encore nulle part, mais elle pourrait devenir la réalité de demain pourvu que se perfectionnent encore nos méthodes et notre instrumentation.
À peu de choses près, cette utopie décrite en 1934 par Otlet correspond à l'usage que l'on fait du réseau Internet et de son espace web, lorsqu'on recherche de l'information aujourd'hui. Premièrement, allumer un système informatique, avec ou sans fil, muni d'un écran ; ensuite, poser une question dans un moteur de recherche ; puis, comme cela arrive très souvent, être redirigé vers l'une des versions linguistiques de Wikipédia.
Ce scénario, dans lequel les moteurs de recherche jouent un rôle central, explique la popularité de l'encyclopédie libre. D'autres projets similaires étaient pourtant apparus sur le Web avant l'arrivée de Wikipédia. Environ trois ans avant sa création, Aaron Swartz, un activiste de la culture libre qui avait juste douze ans à l'époque, avait par exemple lancé une sorte de site encyclopédique produit et régi par ses usagers. Appelé The Info Network, ce site web avait d'ailleurs permis à son auteur de recevoir l'ArsDigita Prize, un prix décerné aux jeunes créateurs de projets « utiles, éducatifs, collaboratifs et non commerciaux ».
Il faut savoir ensuite que l'expression « encyclopédie libre et universelle » fut oubliée pour la première fois durant l'année 2000 par Richard Stallman, soit l'année qui précéda celle de la naissance de Wikipédia. C'était dans un essai intitulé The Free Universal Encyclopedia and Learning Resource, qui, selon son auteur, avait été rédigé deux ans avant sa publication sur la liste de diffusion du projet GNU. Repris ci-dessous, un extrait de ce texte, présente les particularités du projet.
Le World Wide Web a le potentiel de devenir une encyclopédie universelle couvrant tous les domaines de la connaissance et une bibliothèque complète de cours d’enseignement. Ce résultat pourrait être atteint sans effort particulier, si personne n’intervient. Mais les entreprises se mobilisent aujourd’hui pour orienter l’avenir vers une voie différente, dans laquelle elles contrôlent et limitent l’accès au matériel pédagogique, afin de soutirer de l’argent aux personnes qui veulent apprendre.
Nous ne pouvons pas empêcher les entreprises de restreindre l’information qu’elles mettent à disposition ; ce que nous pouvons faire, c’est proposer une alternative. Nous devons lancer un mouvement pour développer une encyclopédie libre universelle, tout comme le mouvement des logiciels libres nous a donné le système d’exploitation libre GNU/Linux. L’encyclopédie libre fournira une alternative aux encyclopédies restreintes que les entreprises de médias rédigeront.
En parlant d'un « mouvement pour développer une encyclopédie libre universelle », Stallman anticipait donc, sans le savoir, l'arrivée du mouvement Wikimédia, qui ne se concrétisa que bien des années plus tard. Quant à la soixantaine de paragraphes qui décrivent son projet, on y retrouve, dans une forme presque identique, les cinq principes fondateurs qui ont guidé la création de Wikipédia et qui sont toujours actifs à ce jour.
Le premier consiste bien sûr à créer une encyclopédie ; le deuxième réclame une neutralité de point de vue, chose que Stallman expliquait déjà en écrivant qu’« en cas de controverse, plusieurs points de vue seront représentés » ; le troisième implique le respect des droits d’auteur et l’adoption d'une licence libre, celle précisément dont Stallman avait été l'initiateur ; le quatrième inscrit le projet dans une démarche collaborative, alors que Stallman précisait déjà que « tout le monde est le bienvenu pour écrire des articles » ; et le cinquième enfin, stipule qu’il n’y a pas d’autres règles fixes, une position très courante dans le milieu des hackers dont Stallman faisait partie.
Il apparaît donc clairement que le projet Wikipédia n'était pas une idée originale en soi, mais plutôt une opportunité saisie par la société Bomis pour enrichir sa propre encyclopédie commerciale, Nupedia. Cette dernière avait été lancée en avril 2000, soit environ dix mois avant Wikipédia, et sa rédaction était assurée par des experts engagés au sein d’un processus éditorial strict et formel. Malheureusement pour la firme Bomis, le nombre d’articles ne progressait que très lentement.
Dans le but d'accélérer le processus, Larry Sanger, un docteur en philosophie employé par Bomis pour assurer le rôle de rédacteur en chef de Nupedia, eut l'idée d'installer un logiciel wiki sur les serveurs de son entreprise. L'objectif était d'ouvrir un site web participatif, dans lequel des volontaires pourraient créer des articles encyclopédiques, pour qu'ils soient ensuite intégrés dans le projet commercial. Malgré le manque d’enthousiasme de son employeur Jimmy Wales, Sanger mit ses idées en application, et c'est donc ainsi que débuta l’histoire de Wikipédia, avec sa toute première version en anglais.
C’était le 15 janvier 2001, précisément le même mois où Richard Stallman mit en ligne son propre projet d’encyclopédie libre et universelle, qu'il souhaitait intituler GNUPedia. Étonnamment, les noms de domaine gnupedia .com .net et .org avaient déjà été enregistrés au nom de Jimmy Wales, ce qui obligea Stallman à rebaptiser son projet GNE. Ce fait est d'autant plus surprenant que Wales affirma des années plus tard : « n’avoir eu aucune connaissance directe de l’essai de Stallman lorsqu’il s’est lancé dans son projet d’encyclopédie ».
Le site GNE ne ressemblait cependant pas vraiment à une encyclopédie, mais plutôt à un blog collectif ou une base de connaissance, tandis que sa page d’accueil précisait clairement qu’il s’agissait d’une bibliothèque d’opinion. Quant à sa modération, elle avait demandé d'engager un employé, car elle s'est avérée bien plus compliquée que prévu. À côté de cela, et probablement grâce aux spécificités de l’environnement wiki et aux soutiens apportés par Jimmy Wales et Larry Sanger, Wikipédia réussit à mettre en place une organisation efficace au sein d'une communauté d'éditeurs grandissante.
Peut-être en raison de la concurrence libre faite par le projet GNE, Jimmy Wales décida d'abandonner le copyright que Bomis détenait sur son encyclopédie commerciale Nupedia, pour le remplacer par une licence Nupedia Open Content. Peu de temps après, il décida finalement d'adopter la licence de documentation libre GNU conçue pour protéger les textes de documentation des logiciels libres. Ce dernier choix fut une stratégie payante, puisque cela incita Richard Stallman à transférer tout le contenu de son projet GNE vers Nupedia, et à encourager tout le monde à contribuer sur Wikipédia.
Parmi les autres actions de Jimmy Wales qui ont contribué au succès de Wikipédia, il y eut cette idée d'ouvrir le projet aux « gens ordinaires ». C’était un choix qui s’opposait aux idéaux de Larry Sanger, qui de loin préférait le modèle de Nupedia avec son système de relecture par des experts. Cependant, Jimmy Wales, en tant qu'homme d’affaires, visait une croissance plus rapide du contenu de l'encyclopédie.
Cette croissance ne s'est toutefois pas faite sans difficulté. Le 26 février 2002, en effet, l'Enciclopedia Libre Universal en Español, un projet dissident du projet Wikipédia, fit son apparition. C'était une réaction à de la censure, à l'existence d'une ligne éditoriale et à la possibilité de voir apparaitre des publicités dans Wikipédia. En raison des remises en question que cette séparation suscitait parmi les bénévoles actifs dans les projets, Jimmy Wales renonça finalement à l'usage de la publicité et mit de côté ses visions en matière de profit.
Il faut aussi tenir compte du fait que cet évènement est survenu lors de l'éclatement de la bulle spéculative Internet et du krach boursier de 2001-2002. Une conjoncture qui plaçait la société Bomis dans des difficultés financières, et surtout, dans l'incapacité de payer le salaire de Larry Sanger, son seul employé. En mars 2002 et après un mois d’activité bénévole, l’ex-employé décida alors de quitter les fonctions, qu'il occupait depuis un peu plus d'un an, dans Nupedia et Wikipédia. Avec le seul soutien de Jimmy Wales, les deux encyclopédies purent toutefois poursuivre leurs développements, toujours avec le concours d'experts dans Nupedia et d'une communauté bénévole au niveau de Wikipédia. Néanmoins, en septembre 2003 et vu l'écart qui se creusait entre les deux projets, l'encyclopédie Nupedia fut fermée et ses quelques dizaines d'articles transférées vers les milliers d'autres que comprenait déjà le projet Wikipédia.
Trois ans plus tard, Larry Sanger n’avait pas dit son dernier mot. En septembre 2006, il décida en effet de lancer sur fonds propres une encyclopédie intitulée Citizendium. Cette plateforme écrite en anglais uniquement et toujours active à ce jour, repose sur un système d’expertise, dans lequel les contributrices et les contributeurs doivent déclarer leur identité réelle. En avril 2026 cependant, Citizendium reprenait moins de 2000 articles, tout avancement confondu, tandis que le projet Wikipédia en anglais en regroupait déjà plus de 7 millions.
Voici donc comment est née la plus grande encyclopédie au monde, dont la taille et la visibilité n'avaient jamais été égalées auparavant. Une encyclopédie qui, de plus, s'est rapidement déclinée en de nombreuses versions linguistiques, à l'instar de sa version francophone, lancée moins de quatre mois après le projet original en anglais. Toutes ces versions ont formé les premières bases d’une organisation mondiale, bientôt chapeautée par une fondation. Avant cela, d'autres projets pédagogiques et collaboratifs ont vu le jour au côté de Wikipédia. Intitulés « projets frères », ceux-ci se constituent à leur tour, en de nombreuses versions linguistiques, tout en poursuivant le processus de création du mouvement Wikimédia.
'''Chapitre 8 : L'arrivée des projets frères'''
Dans le but de développer des contenus pédagogiques qui ne trouvaient pas leur place dans Wikipédia, d’autres projets pédagogiques et collaboratifs ont vu le jour, pour former ce que l'on appelle couramment aujourd'hui : l’écosystème Wikimedia. La naissance de tous ces projets, ainsi que les évènements importants qui ont contribué au développement du mouvement, ont été repris dans une ligne du temps réalisée par Guillaume Paumier, à l’occasion du dixième anniversaire de Wikipédia. Grâce à ce graphique, on peut voir en détail l'évolution du nombre de projets, de versions linguistiques, de contributeurs et d'articles, et se faire ainsi une idée sur la vitesse à laquelle s'est développé le mouvement Wikimédia.
Parmi tous les projets frères de Wikipédia, le premier à apparaître fut Méta-Wiki, une plateforme de référence pour centraliser la gestion de l'ensemble des sites web hébergés par la fondation Wikimédia. Dans un premier temps, cet espace communautaire en ligne a répondu à la nécessité de traiter en un seul lieu les questions communes aux différentes versions linguistiques de Wikipédia. Aujourd'hui, le site web est le principal endroit de coordination et de gestion de l'ensemble du mouvement Wikimédia. On y retrouve énormément d'informations au sujet des projets en ligne, et peut-être plus encore, concernant la Fondation et les organismes affiliés.
Après Méta-Wiki, sept autres projets de partage de la connaissance ont fait leur apparition, avant d'être déclinés à leur tour en plusieurs versions linguistiques. Tous ces projets émergent en général sur l’initiative d’un petit groupe de personnes actives au sein d’un projet préexistant. Ce fut le cas du projet Wiktionnaire en anglais, le deuxième projet à voir le jour après Méta-Wiki, en décembre 2002, soit deux ans avant la version francophone apparue en mars 2004.
Il est intéressant d'observer que la version francophone du Wiktionnaire n’a pas été créée à partir du projet anglophone, mais bien depuis le projet Wikipédia en français. D'ailleurs, on peut retrouver dans les archives de ce dernier projet, un débat concernant la pertinence de cette création, dont voici un extrait.
En fait, ce qui me peine vraiment avec le projet Wiktionary, c’est que alors qu’on essaie de rassembler les gens (pas facile) pour créer une sorte de tour de Babel de la connaissance (tâche bien longue et difficile), ce nouveau projet va disperser les énergies pour une raison qui ne me semble pas valable. C’est la création de Wiktionary qui va créer des redondances. À mon avis il existera rapidement des pages sur le même mot, mais ne contenant pas les mêmes informations. Pour quelle raison ces connaissances devraient-elles être séparées ? Les encyclopédies sur papier devaient faire des choix à cause du manque de place, mais nous, pourquoi le ferions-nous ??? "Wikipédia n’est pas un dictionnaire" n’est pas un argument à mon avis... si vraiment c’était pas un dictionnaire, il faudrait virer tout un tas d’article. Je ne comprends vraiment pas cette volonté de séparer la connaissance entre ce qui est "encyclopédique" et ce qui n’est "qu’une définition".
[Réponse]
Pour moi ce qu’est Wiktionary, c’est une partie de Wikipédia s’intéressant plus particulièrement aux aspects linguistiques des mots. La différence que je verrais entre la partie dictionnaire de Wikipédia et sa partie dite encyclopédique, c’est que la partie dictionnaire s’intéresserait au sens des mots eux-mêmes alors que la partie encyclopédie s’attache plus à faire ressortir un état des connaissances à un moment donné. Le pourquoi de la séparation d’avec la partie encyclopédie tient plus à des raisons techniques qu’à une volonté de monter un projet indépendant, en effet, à mon humble avis, un dictionnaire nécessite une plus grande rigueur (de présentation) qu’une encyclopédie. Ceci entraîne beaucoup de problème et entre autres le choix de la mise en forme des articles du dictionnaire.
Créer un nouveau projet, c’est effectivement créer un nouveau site web, qui devra faire l’objet d’une nouvelle gestion, tant pour les serveurs de la Fondation, que pour la nouvelle communauté de contributeurs. L’importation de pages d’un projet à l'autre ou la traduction de celles-ci sont bien sûr toujours possibles, mais cela duplique alors aussi la maintenance et les mises à jour. Le choix de scinder un projet, en faveur d’une plus grande liberté, comporte donc certains coûts humains et financiers.
Ce prix à payer n'a pour autant pas empêché le projet anglophone Wikibooks de faire son apparition le 10 juin 2003, soit près d’un an avant Wikilivres, la version francophone du projet, apparue le 22 juillet 2004. Cette dernière création avait de nouveau été débattue au sein de la communauté Wikipédia en français, et non pas dans le Wikibooks en anglais. Quant à l'objectif commun aux deux projets linguistiques, il était de créer une « bibliothèque de livres pédagogiques libres que chacun peut améliorer ».
Environ un an après la création du projet en anglais, un nouvel espace de noms intitulé Wikijunior fut mis en place au sein de la bibliothèque en ligne. Ce sous-projet avait été créé pour répondre à un financement de la fondation Beck, qui cherchait à promouvoir la production de nouvelles littératures pour des enfants de huit à onze ans. Peu de temps après, cette tranche d’âge fut toutefois élargie de zéro à douze ans au niveau du projet francophone, quand le sous-projet y fut adopté.
Ces deux évènements témoignent ainsi qu'il est toujours possible qu'un sous-projet apparaisse dans un projet Wikimédia. Comme autre exemple, il y a aussi le WikiJournal, un sous-projet développé au sein du projet Wikiversité en anglais et qui reçut le prix de l’Open Publishing Awards en 2019. Une demande fut faite pour qu'il puisse bénéficier d'un nouveau site web dans le but de pouvoir se développer en dehors de Wikiversité. Malheureusement pour les initiateurs, la demande est restée sans suite jusqu'à ce jour, après que le conseil d’administration de la Fondation, chargé de répondre à leur demande, considéra que le projet n’était pas suffisamment abouti.
Il faut savoir qu'avant cela, le projet Wikiversité, dans lequel est né Wikijournal, avait lui-même été un sous-projet du projet Wikibook. Initialement, il visait à « créer une communauté de personnes qui se soutiennent mutuellement dans leurs efforts éducatifs ». Cependant, en août 2005, une longue discussion remit en question l’existence du sous-projet Wikiversité dans Wikibooks. Au terme de celle-ci, la décision fut prise de transférer Wikiversité et son contenu sur le site Méta-Wiki, là où de nouvelles discussions ont abouti à l’idée de faire de Wikiversité un nouveau projet indépendant.
Déjà à l'époque, le conseil d’administration de la Fondation Wikimédia se montrait réticent à l'ouverture de nouveaux projets, et sa réaction fut de demander l'ouverture d'un sondage au sein de la communauté. Celui-ci devait rassembler une majorité des deux tiers en faveur de l'ouverture du nouveau site web. Un résultat qui fut finalement obtenu, mais pas sans de longs débats, dont voici un extrait.
La principale raison pour laquelle la Fondation Wikimédia ne veut pas "lâcher le morceau" est une simple question de bureaucratie et la crainte que le projet ne devienne une autre Wikispecies [un projet de répertoire du vivant]. Wikispecies est une idée cool, mais les "fondateurs" du projet se sont dégonflés à mi-chemin de la mise en place du contenu et ont décidé de faire une révision majeure qui a pris plus de temps que ce que tout le monde était prêt à mettre.
Le même problème s’applique à Wikiversity en ce qui concerne la Fondation, parce que les objectifs et les buts de ce projet ne sont pas clairement définis, et il semble que les participants essaient de mordre plus qu’ils ne peuvent mâcher en proposant une université de recherche multi-collèges entière (avec un statut de recherche et une accréditation) à former de toutes pièces plutôt qu’un simple centre d’éducation pour adultes avec quelques classes.
En novembre 2005 et malgré les résultats du sondage, l'indépendance du projet Wikiversité ne fut toutefois pas acceptée par cinq membres du conseil. Ceux-ci réclamaient une « réécriture de la proposition pour en exclure la remise de titre de compétence, la conduite de cours en ligne, et de clarifier le concept de plate-forme e-learning ». Quand ces rectifications furent faites, le projet bénéficia d'une période d’essai de plusieurs mois, jusqu'à ce que les amendements apportés au projet de départ soient enfin acceptés, le 31 juillet 2006. Ce long temps d'attente était justifié par la création du special projects committee, qui, jusqu'en décembre 2021, fut chargé de soulager le conseil d’administration de la fondation, par rapport aux demandes de création de nouveaux projets Wikimédia.
Un nouveau site, nommé Beta-Wikiversity, fut ainsi créé pour assister le lancement des différentes versions linguistiques de Wikiversité. Durant six mois, son premier objectif a d'abord été l'élaboration des lignes directrices concernant la potentialité de produire des recherches collaboratives au sein du projet. Par la suite, chaque nouvelle version linguistique, développée dans le projet Beta, devait avoir plus de 10 modifications par mois, réalisées par au moins trois personnes distinctes, avant de pouvoir bénéficier de son propre site web.
À l'image de Beta-Wikiversity, le projet Wikisource possède lui aussi un site indépendant pour lancer ces nouvelles déclinaisons linguistiques. Tandis que pour tous les autres projets pédagogiques, ce lancement s'effectue sur la plateforme Wikimedia Incubator, créée à la même époque que Beta-Wikiversity. Ces trois plateformes de lancement ne concernent pas les nouveaux projets, qui doivent faire l'objet d'une acceptation par le conseil d'administration de la Fondation Wikimédia, et qui peuvent avoir pour origines des processus de création divers.
Le projet Wikivoyage, par exemple, fut initialement créé en 2003 dans un Wiki extérieur au mouvement Wikimédia, là où il portait le nom de Wikitravel. Comme cela arrive parfois, ce projet sans but lucratif fut acheté par une entreprise commerciale en 2006. Mais en raison du changement de gouvernance et de l'apparition de publicités, une scission est apparue au sein de la communauté d’éditeurs. Les personnes désireuses de quitter Wikitravel lancèrent alors un nouveau site appelé Wikivoyage, qui reçut en 2007, le Webby Award du meilleur guide de voyage Internet.
L'intégration de Wikivoyage dans l'écosystème Wikimédia n'a cependant été faite qu'en 2012, à la suite d'un appel à commentaires durant lequel 540 personnes furent en faveur de l’intégration du projet, 153 contre, pendant que 6 restèrent sans avis. Comme cette nouvelle déclencha une migration importante depuis Wikitravel vers Wikivoyage, une plainte fut déposée par la société commerciale en charge du premier projet. Celle-ci fut toutefois rejetée et le projet Wikivoyage continua à prendre de l’ampleur au sein du mouvement Wikimédia, avec la création de nouvelles versions linguistiques.
Le cas de Wikivoyage apparait toutefois comme une exception, car en général les nouveaux projets émergent des centaines de candidatures déposées sur le projet Méta-Wiki. Celles-ci se soldent bien souvent par un refus, comme ce fut le cas pour le projet WikiLang dont le but était de lancer un laboratoire linguistique. Quelques rares projets ont pourtant la chance d'être élus. Ce fut notamment le cas en octobre 2012, avec le lancement de la base de données structurée et sémantique Wikidata et de ses extensions Wikibase, ou plus récemment, en 2020, avec l'arrivée du projet Abstract Wikipedia et Wikifunctions.
Sans vouloir entrer dans les détails, il est intéressant de savoir que l'interconnexion entre ces trois projets permet de traduire automatiquement des articles encyclopédiques dans tous les langages naturels pris en charge par le mouvement Wikimédia. Plus précisément, les phrases des articles publiées sur Abstract Wikipédia, sont formulées par des fonctions informatiques produites dans le projet Wikifunctions, dans le but de traiter les informations de la base de données sémantique Wikidata. Autrement dit, un article dans Abstract Wikipédia ne possède qu'une seule page pour toutes les langues, pareillement aux pages d'entités de Wikidata, qui ont pour titre une lettre suivie d'un chiffre.
À la suite de ces explications, on observe donc que ce n'est pas la complexité qui détermine le refus projet, mais plutôt une série de critères comparables à ceux retenus pour supprimer des projets ou versions linguistiques déjà existants. À ce propos, il existe sur Méta-Wiki une liste mise à jour des différents sites hébergés par la Fondation Wikimédia dont l'existence est remise en cause. Dans celle-ci, on retrouve essentiellement des versions linguistiques de projets qui n’ont pas réussi à poursuivre leurs développements, bien qu'un projet entier soit toujours susceptible d'être mis à l'arrêt. C'est d'ailleurs ce qui est arrivé aux 31 versions linguistiques du projet Wikinews, qui, en date du 4 mai 2026, soit 22 ans après le lancement du site anglophone, sont accessibles en mode lecture uniquement.
Dans le cas de Wikinews, ce fut le manque d'activité qui apparut comme principale justification de la suspension du projet. Cependant, d'autres raisons pourraient être invoquées, comme le prouve cet épisode de 2005, où, peu de temps après son lancement, la version francophone du recueil de citations Wikiquote a bien risqué de disparaitre. Le projet fut effectivement accusé d’avoir récupéré le contenu d’une base de données soumise à un droit d’auteur, incompatible avec la licence Creative Commons appliquée sur l’ensemble des projets pédagogiques Wikimédia. Lorsqu'une plainte fut adressée à l’association Wikimédia France, pour être ensuite relayée sur le site Méta-Wiki, il fut bien question de fermer le projet. Après de longues discussions, celui-ci fut maintenu, mais avec pour conditions de repartir de zéro, et d’établir une charte pour garantir la traçabilité des citations reprises par le projet.
Voici donc de quoi se faire une idée sur la manière dont les projets pédagogiques et leurs déclinaisons linguistiques apparaissent et disparaissent au sein du mouvement. Les exemples repris ci-dessus suffisent effectivement pour comprendre les principes généraux qui sous-tendent leurs créations. En dehors de Méta-Wiki, Wikidata, Wikifunctions, Abstract Wikipédia et Wikimedia Commons, qui ne sont pas des projets de contenu pédagogique à proprement parler, tous les autres projets semblent effectivement provenir d’un désir de spécialisation d’un projet préexistant.
L'idée est généralement débattue dans un projet de même langue, avant de relayer la discussion vers le site Méta-Wiki. Si le projet y est jugé pertinent, il fait alors l'objet d'une candidature qui doit actuellement être soumise au groupe de travail des projets frères du comité des affaires communautaires de la Fondation Wikimédia. Quant aux nouvelles versions linguistiques, elles doivent être aujourd'hui soumises à l'approbation du comité des langues, avant d'être testées sur les plateformes Incubator, Beta-Wikiversité ou Wikisource Multilingue, dans le but de bénéficier d’un site web indépendant.
Après ces explications concernant les projets frères et leurs variations linguistiques, il nous reste encore à parler des sites qui ont un lien avec le mot Wiki, soit par leur nom, soit par le logiciel utilisé. En 2024 effectivement, plus de 22 600 d'entre eux étaient répertoriés, dont plus de 95 % sans aucun lien avec le mouvement Wikimédia, en dehors du fait, peut-être, qu’ils utilisaient le logiciel MediaWiki développé par la Fondation Wikimédia.
WikiLeaks par exemple, créé par Julian Assange dans le but de publier des documents classifiés provenant de sources anonymes, n’est ni un projet Wikimédia, ni un site collaboratif. Quant au recueil universel et multilingue de guides illustrés WikiHow, si celui-ci fonctionne pour sa part de manière collaborative et avec le logiciel MediaWiki, il n'a pourtant aucun lien avec le mouvement Wikimédia. D'ailleurs, son ergonomie, radicalement différente de celle des projets Wikimédia, permet de le comprendre au premier coup d’œil.
En revanche, Wikimini, l'encyclopédie libre pour les enfants, a une apparence tout à fait comparable à celle des projets Wikimédia, alors que le projet n’a jamais été accepté par la Fondation. Quant aux projets WikiTribune et Fandom, l'ambiguïté qu'ils entretiennent avec le mouvement est d'autant plus grande qu'ils ont été créés par Jimmy Wales, le fondateur de Wikipédia et de la Fondation Wikimédia. Cependant, comme ce sont des projets commerciaux, ils ne peuvent en aucun cas être soutenus par une fondation sans but lucratif.
Au terme de cette présentation, il ne reste plus qu'à signaler que le mouvement Wikimédia ne fut conscientisé que tardivement par rapport à l'apparition des projets Wikimédia et de leurs différentes versions linguistiques. Pour qu'un sentiment de collectivité se manifeste entre tous ceux-ci, il fallut certainement attendre qu'une coordination se développe sur la plateforme Méta-Wiki, mais également que de nombreuses rencontres et associations apparaissent en dehors de l'espace numérique. En ce sens, la naissance du mouvement ne fut pas un événement ponctuel, mais plutôt la réalisation d’un long processus de conscientisation.
'''Chapitre 9 : La conscientisation du mouvement'''
Avant d'aborder la question de la conscientisation du mouvement, il peut être intéressant de découvrir l'origine étymologique du mot « Wikimédia ». Celui-ci est un mot-valise composé du suffixe « média » et du préfixe « wiki » que l’on doit à cette expression hawaïenne « wiki wiki », qui se traduit en français par l'expression : « vite, vite ». Celle-ci fut récupérée une première fois par Ward Cunningham, le créateur du premier moteur Wiki, avant d'être réutilisée dans les noms inventés pour d'autres logiciels de cette même famille. UseModWiki en est un bel exemple, puisqu'il fut le premier programme utilisé par la firme Bomis pour héberger son projet d’encyclopédie collaborative. Raison pour laquelle, sans doute, le terme « wiki » fut utilisé pour créer le mot Wikipédia, en l'associant au suffixe « pedia » qui fait référence au mot anglais encyclopedia, selon un principe qui fut ensuite repris pour tous les autres projets du mouvement.
Le mot Wikimédia, pour sa part, n’est apparu que le seize mars 2003, lors d’une discussion concernant la déclinaison possible de l’encyclopédie en d’autres types de projets éditoriaux participatifs. Durant celle-ci, l’écrivain américain Sheldon Rampton eut l’idée d’associer au terme wiki à celui de « média », afin de mettre en évidence la variété des médias produits et partagés par Wikipédia et ses projets frères. Toutefois, c'est seulement en juin 2008 que Florence Devouard, présidente de la Fondation à cette époque, associe le mot Wikimédia à un mouvement social qu’elle voyait apparaître au sein des projets Wikimédia et de leurs communautés d'usagers.
Affirmer pour autant que ce moment précis coïncide avec la naissance du mouvement Wikimédia serait quelque peu arbitraire. Car si l’on peut déterminer plus ou moins facilement l’apparition d’une expression dans des archives, tout le monde sait qu’un mouvement social ne se forme pas en un seul instant. Dans le contexte du mouvement Wikimédia, sa naissance est bien sûr liée à celle du projet Wikipédia, mais également à tout ce qui permit la création de cette encyclopédie libre. Dans une autre perspective encore, on peut dater l'apparition du mouvement Wikimédia au 20 juin 2003, date de la création de la fondation qui porte le même nom. Ou pourquoi pas, associer la création du mouvement à la mise en ligne de la plate-forme Méta-Wiki, qui en représente le principal lieu de coordination.
Toujours est-il que l’expression « Wikimedia movement » est bien apparue en juin 2008, sous la plume de Florence Devouard. Cela s'est passé sur la liste de diffusion de la Fondation et peu de temps avant qu'elle quitte son poste de présidente. Dans son message, elle partageait l'idée de placer sous le nom de domaine Wikimedia.org un site vitrine de présentation du mouvement Wikimédia qu'elle concevait de la sorte.
Le mouvement Wikimédia, comme je l’entends est
– une collection de valeurs partagées par les individus (liberté d’expression, connaissance pour tous, partage communautaire, etc.)
– un ensemble d’activités (conférences, ateliers, wikiacadémies, etc.)
– un ensemble d’organisations (Wikimedia Foundation, Wikimedia Allemagne, Wikimedia Taïwan, etc.), ainsi que quelques électrons libres (individus sans chapitres) et des organisations aux vues similaires.
Avec autant de détails et d'explications, un tel message ne pouvait qu'accélérer la prise de conscience au sein du mouvement. Dans tous les cas, il mettait en évidence que les personnes actives dans les projets éditoriaux en ligne ou dans les organismes affiliés, faisaient partie de ce que Ralf Dahrendorf appelle un « quasi-groupe ». Ou autrement dit, un ensemble d’individus qui ont un mode de vie semblable, une culture commune, mais dont les points communs ne gravitent pas autour d’une prise de conscience de leur position commune dans la relation d’autorité.
Après la naissance de Wikipédia et de nombreux projets frères, une dizaine d’années a donc été nécessaire pour que le mouvement Wikimédia prenne conscience de son existence. Aujourd’hui encore, et comme cela a déjà été vu, de nombreuses personnes actives dans les projets pédagogiques ne réalisent toujours pas qu’elles participent aux activités d’un mouvement social. Cela, contrairement aux personnes investies dans les activités en présentiel organisées au sein du mouvement, qui sont généralement plus conscientes de leur engagement. C’est là une raison de croire que le développement de la Fondation Wikimédia et de ses organismes affiliés a joué un rôle important dans l'apparition d'un sentiment d’appartenance.
'''Chapitre 10 : La création des organismes affiliés'''
Si c’est grâce à l’arrivée des groupes et des organismes affiliés à la Fondation Wikimédia que l’idée du mouvement est probablement apparue, il est alors intéressant d'en décrire les processus de création. Mais puisque cela représente plusieurs centaines d’instances spécifiques, regroupées en plusieurs catégories détaillées en seconde partie d'ouvrage, aborder ici l’histoire de chacune d’entre elles serait une entreprise beaucoup trop fastidieuse.
De plus, s’il existe énormément d’archives numériques concernant la naissance des sites Wikimédia, ce n’est pas le cas pour ces organismes affiliés. Un bon nombre de ceux-ci se sont effectivement formés durant des rencontres ou des réunions hors ligne qui n'ont fait l’objet d’aucun enregistrement. Du reste, une bonne part des échanges effectués au sein de ces associations s'organise par des canaux de communication privés auxquels seuls les membres actifs ont accès.
Puisque je suis l'un des membres fondateurs, je me limiterai donc ici à parler de l’association Wikimédia Belgique. Celle-ci fut fondée le huit octobre 2014 en tant qu’association sans but lucratif, avant d'être reconnue le six août 2015 par le conseil d’administration de la Fondation Wikimédia. Après plus de trois ans d’activités et de rencontres et sous l’impulsion de Maarten Deneckere qui assuma le premier mandat de présidence, nous étions 8 personnes à signer la première version des statuts de l’association.
Jusqu’à ce jour, l’objet social de Wikimedia Belgique est d' « impliquer tout un chacun dans la connaissance libre ». Contrairement à l'association Wikimédia Deutchland, la première à voir le jour en 2004 et qui rassemblait déjà en 2021 plus de 85 000 membres et près de 150 employés, l’association belge n'a qu'une seule employée à temps partiel et 150 membres en 2025.
Avant d’être reconnues par le comité d’affiliations chargé de seconder le conseil d’administration de la Fondation, toutes les associations nationales, dites « chapters » en anglais, et toutes les autres organisations affiliées doivent réaliser de nombreuses démarches. Celles-ci consistent à répondre à un ensemble de prérequis qui ont évolué suite à la création d'un comité décisionnel en avril 2006. Ces obligations diffèrent entre les groupes d’utilisateurs et d'utilisatrices et les associations locales ou thématiques. Parmi ceux-ci, on retrouve toutefois : un nombre minimum de membres et de référents, une mission et un règlement d’ordre intérieur conformes aux attentes du mouvement, la remise de plans et de rapports d’activités annuels, etc.
On comprend donc qu’il n’est pas évident de créer une nouvelle instance au sein du mouvement. Pour bénéficier du soutien logistique et financier de la Fondation réservé aux organismes affiliés, c’est ainsi toute une série de rapports qu’il faut alors transmettre à divers comités et commissions chargés de leurs évaluations. Cela représente une quantité de tâches administratives qu’il n’est pas toujours facile d’assumer, surtout lorsque les membres de l’organisme affilié sont tous des bénévoles. D’où sans doute cette régulière disparition d’affiliations, pendant que d’autres se créent ou réapparaissent en fonction des énergies et du dynamisme disponibles dans les équipes.
Les activités liées à la récolte et à la redistribution des dons offerts au mouvement, ainsi que les autorisations d’usage de marques déposées, contrastent donc avec les valeurs de libre partage et d’autonomie décrites dans les projets pédagogiques. Cela semble confirmer que la partie hors ligne du mouvement est plus influencée par les habitudes d’un système économique dominant, contrairement à la partie en ligne qui semble plus fidèle à l’héritage de la contre-culture.
'''Chapitre 11 : L'héritage d'une contre-culture'''
Au terme de cette première partie d’ouvrage, il devient évident que la révolution numérique, que l’on considère généralement comme une révolution technique, fut aussi, et peut-être avant tout, une révolution sociale et culturelle. Quant à l'histoire de Wikimédia, reprise ici depuis les origines de son encyclopédie jusqu'à l'apparition de ses organismes affiliés, elle nous fit découvrir comment les idées de la contre-culture des années 1960 furent transmises au mouvement.
En cas de doute, observons encore que Richard Stallman, celui qui a créé les concepts de licence et d'encyclopédie libre, fut désigné par certains comme le gourou de la contre-culture hacker et le père du système d’exploitation hippie. Une culture hippie, dont il est aussi troublant de constater que le renversement de son logo ressemble étrangement à celui du mouvement Wikimédia.
Incontestablement et au travers du mouvement des logiciels libres, le mouvement Wikimédia a donc bien hérité des valeurs produites par les mouvements sociaux des années 1960. Des valeurs qui aujourd'hui contrastent fortement avec la marchandisation et la capitalisation du monde, dont l'espace web ne fait jamais que refléter ce qui se passe dans le reste de la société humaine. Or, ce phénomène ne date pas d'hier. En 2008 déjà, André Gorz, ce philosophe parmi les pères de la décroissance et théoricien de l’écologie politique, constatait déjà que :
La lutte engagée entre les "logiciels propriétaires" et les "logiciels libres" [...] a été le coup d’envoi du conflit central de l’époque. Il s’étend et se prolonge dans la lutte contre la marchandisation de richesses premières – la terre, les semences, le génome, les biens culturels, les savoirs et compétences communs, constitutifs de la culture du quotidien et qui sont les préalables de l’existence d’une société. De la tournure que prendra cette lutte dépend la forme civilisée ou barbare que prendra la sortie du capitalisme.
Dans cette lutte et avec le seul nom de domaine non commercial parmi le top 100 des sites les plus fréquentés du Web, la galaxie Wikimédia apparait donc comme un des derniers lieux numériques de liberté, de partage et d'égalité. Un lieu qui, de plus, est connu mondialement, grâce au succès des plus de 350 déclinaisons linguistiques de Wikipédia, et sans pour autant récolter d'informations sur l’identité et le comportement des internautes. Cela alors que cette pratique est considérée, par certains, comme un « nouvel or noir » pompé du Web, pendant que d’autres préfèrent parler de « capitalisme 3.0 » ou de « capitalisme de surveillance » .
Évidemment, les enjeux de cette lutte sont difficiles à comprendre. La complexité de l’infrastructure informatique, mais également le fait que tout cela s'inscrit dans une révolution que Rémy Rieffel décrit comme « instable et ambivalente, simultanément porteuse de promesse, et lourde de menaces », ne facilitent pas les choses. Cela d'autant plus que tout cela se place « dans un contexte où s’affrontent des valeurs d’émancipation, et d’ouverture d’un côté et des stratégies de contrôle et de domination de l’autre » .
En fait d’ambivalence, il est surprenant d'apprendre, par exemple, que Jimmy Wales, fondateur de Wikipédia et de la fondation Wikimédia, est un adepte de l’objectivisme, alors que cette philosophie voit le capitalisme comme un idéal de société et l’égoïsme rationnel, comme une morale. Puis, concernant l'instabilité du numérique, il y a ces appels répétés de Tim Berners-Lee au sujet de la « redécentralisation » et de la « régulation » d'un espace web qu'il avait conçu dans un esprit tout à fait opposé. Quant aux pionniers d'Internet, ils n'ont probablement pas imaginé que leur création permettrait un jour, à des milliards d’objets connectés, de rapporter, rien qu'en France et en 2021, plus de 2,6 milliards d’euros.
Quant à la question du contrôle et au-delà de ce qui est opéré par les firmes commerciales, c'est bien sûr du côté des États qu'il faut porter son attention. Face à un mouvement qui veut s’émanciper des contrôles, par moins de 18 pays ont déjà censuré Wikipédia et parfois même l'ensemble des projets frères. Ce fut le cas par exemple pour la Turquie, la Russie, l'Iran, mais également le Royaume-Uni, la France et l'Allemagne, et c'est même le cas de manière permanente en Chine, depuis 2004.
Dans certains cas, des procédures juridiques ont été utilisées pour intimider les membres du mouvement. C'est arrivé en France lorsque le directeur de l'association Wikimédia fut menacé de poursuites pénales par la Direction Centrale du Renseignement Intérieur, après un refus de supprimer un article qui traitait d’une station militaire dans Wikipédia. Par chance, ce qui s'est passé en France ne dépassa pas le stade de l'intimidation. En Biélorussie cependant, Mark Bernstein, un contributeur aux projets Wikimédia, fut condamné à quinze jours de prison ferme, assortis de trois ans d’assignation à résidence, pour des propos tenus au sujet de la guerre en Ukraine. Cela sans oublier qu'actuellement, ce sont les conservateurs à la tête des États-Unis qui « veulent la peau de Wikipédia » en cherchant à obtenir l'identité réelle de certains contributeurs.
Le contrôle et le non-respect de la vie privée font ainsi appel à la figure emblématique du lanceur ou de la lanceuse d'alerte, dont la posture contestataire fait penser à celle des personnes actives dans la contre-culture des années 1960. Parmi ceux-ci, on dit de Julian Assange, Edward Snowden et Chelsea Manning, qu'ils « ont perdu leur liberté pour défendre la nôtre ». De manière similaire, on pourrait donc aussi dire que les Wikimédiens Aaron Swartz, Bassel Khartabil, Pavel Pernikov, Ihor Kostenko et Mark Bernstein, se sont sacrifiés pour la liberté, le partage et la vérité.
Dans Wikimédia et comme ce fut expliqué dans l'introduction de cet ouvrage, une alerte peut prendre la forme d'un appel à commentaires en réaction à une décision ou une situation observée au sein du mouvement. C'est même là une pratique institutionnalisée, qui fait l'objet d'une procédure d'accompagnement et de suivi. Toutes ces alertes concernent les dérives de certains projets, mais également de certaines associations dont la proximité avec le système économique n'aide pas au respect des pratiques et des valeurs développées en ligne.
Dans ce qui apparait aux yeux de certains comme un « bazar libertaire », les choix et règles édictés dans la sphère hors ligne du mouvement ne plaisent pas toujours aux membres des communautés en ligne. Ce qui n'empêche toutefois pas les projets éditoriaux d'avoir leurs propres règles et des recommandations, ni de voir apparaitre, en 2020 et dans l'ensemble du mouvement, un code de conduite universel, qui détermine le « référentiel minimum des comportements acceptables et inacceptables ».
L'idéologie transmise à Wikimédia, décrite en partie par Steven Levy dans son ouvrage L’Éthique des hackers est donc plus subtile qu'un simple refus d'autorité. Dans un esprit de partage, d'ouverture, de transparence, de liberté, d'égalité et d'autonomie, c'est une structure très complexe, tout en étant cosmopolite et mondiale, que le mouvement réussit à mettre en place. Une organisation qui, finalement, apparait très inspirante dans la manière de faire communauté aujourd'hui, et au sein d'un monde toujours plus global et numérique.
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Lionel Scheepmans
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'''LE MOUVEMENT WIKIMÉDIA.'''
'''Dernier partage altruiste de la connaissance libre ?'''
De Lionel Scheepmans.
Avec l'aide de la communauté Wikimédia.
'''Quatrième de couverture.'''
'''Le mouvement Wikimédia, l'aventure inspirante d'une organisation mondiale et altruiste, au service d'un savoir libre et vérifiable.'''
Quel est ce seul acteur à but non lucratif présent dans le top 100 des sites les plus visités sur le Web ?
Comment incarne-t-il l’expression la plus visible des valeurs de liberté, d’égalité et de partage, héritées de la révolution numérique et des mouvements sociaux des années 1960 ?
Comment, à partir de Wikipédia et suite à la création d’une quinzaine de projets frères, distribués en centaines de versions linguistiques, le mouvement social Wikimédia a imaginé un monde dans lequel le savoir se produit et se partage librement ?
Et comment, en toute autonomie, des dizaines de projets pédagogiques, édités par des millions de bénévoles, soutenus par une fondation et près de 200 associations et groupes locaux, produisent-ils la plus grande intelligence collective au monde ?
Avec de nombreux codes QR, cet ouvrage répond à ces questions, tout en permettant de mieux comprendre le monde global et numérique qui nous entoure.
Lionel Scheepmans est docteur en sciences politiques et sociales, militant de la culture libre et professeur d’anthropologie numérique. Il occupe plusieurs postes d’administrateur au sein du mouvement Wikimédia qu’il observe de manière participative depuis 2011. Ses travaux universitaires, du master à la thèse de doctorat, furent consacrés à l’organisation et aux enjeux de Wikipédia et du mouvement Wikimédia.
'''Avant-propos'''
Pour offrir un confort de lecture sur papier sans perdre la puissance du numérique, des codes QR sont affichés tout au long de cet ouvrage. À l’aide d’une tablette ou d’un smartphone, ils offrent un accès direct à ce qui serait coûteux ou impossible à imprimer.
Par exemple, le code QR 1, présent à la fin de cette page, donne accès directement à la page web qui reprend l’intégralité de l’ouvrage. Une fois sur celle-ci, on peut alors visionner les illustrations en couleur ou les enregistrements qui s’y trouvent et consulter ensuite leurs pages de descriptions en cas de besoin. Cette version numérique comprend aussi de nombreux hyperliens pointant vers Wikipédia et d’autres sites du mouvement Wikimédia, où se trouvent des compléments d’informations et leurs mises à jour.
Pour économiser du papier lors de l’impression, la section regroupant les notes et les références de l’ouvrage n’est disponible qu’au format numérique, mais est directement accessible via le code QR 2 repris ci-dessous. Grâce aux indices de renvoi chiffrés et placés en exposant dans le texte imprimé, il est alors possible, au départ d'un smartphone ou d'une tablette, de retrouver les notes et les références en fonction de leur numérotation. Lorsque la référence correspond à une page web, un lien pointant vers le projet Internet Archive s’y trouve repris, pour garantir un accès aux archives des pages citées dans l’ouvrage, si jamais elles avaient disparu du web. Quant aux pages toujours existantes, elles restent accessibles via leurs hyperliens originels, pour consulter leurs éventuelles évolutions.
Étant donné que ce livre est produit sur une plateforme collaborative, tout le monde est invité à améliorer les prochaines versions. On peut le faire en corrigeant des fautes d’orthographe ou de syntaxe sur les pages web qui constituent les différents chapitres de l’ouvrage, ou encore en apportant des commentaires sur les pages de discussion qui leur sont associées. Cela peut se faire très simplement en cliquant sur « Modifier » , quand on est sur la page d'un chapitre, et sur « Ajouter un sujet » lorsque l'on est sur une page de discussion.
Une page de discussion générale est aussi accessible grâce au code QR 3. Elle permet de commenter le livre dans son ensemble, ou de poser une question à son sujet. Il suffit pour cela d’indiquer un titre dans le champ « Démarrer un nouveau sujet », avant d'écrire le contenu de son message dans l’encadré situé juste en dessous, et de cliquer finalement sur le bouton « Ajouter un sujet de manière anonyme », pour publier celui-ci.
Enfin, pour ceux qui voudraient agrémenter leur lecture d’un fond sonore relaxant et original, le code QR 4 donne accès à une page web qui diffuse une musique mélodieuse. Celle-ci est composée de sons spécifiquement produits chaque fois qu’une modification est apportée sur un projet Wikimédia, ou qu’un nouveau compte y est créé. Ce dispositif ingénieux offre ainsi, aux lecteurs qui le souhaitent, une ambiance sonore particulièrement confortable, ainsi qu’une nouvelle expérience immersive au sein du mouvement Wikimédia.
'''Introduction : Wikimédia n’est pas Wikipédia.'''
Depuis le succès initial de Wikipédia, une myriade de projets de partage des connaissances, d’organisations et de groupes de soutien ont émergé pour former ce qu’on appelle aujourd’hui le mouvement Wikimédia. Même si l’encyclopédie libre reste l'activité phare du mouvement à ce jour, il serait regrettable de réduire l’ensemble du mouvement à cet unique projet pédagogique. Malheureusement, il arrive bien trop souvent qu'une seule version linguistique de Wikipédia suffise pour cacher l’étendue de la forêt Wikimédia.
En réalité, Wikimédia représente un mouvement social, international et interculturel complexe, au sein duquel Wikipédia n’est qu’une composante parmi d’autres. Dans le cadre d'un mémoire de master, on peut ainsi fournir en quelques mois une ethnographie du projet Wikipédia en français. Alors que pour synthétiser les origines, l’organisation et les dynamiques globales du mouvement Wikimédia, une thèse de doctorat et cinq années de recul supplémentaires furent nécessaires.
À la fin de l'année 2025, l’ampleur numérique du mouvement est effectivement impressionnante. Chaque mois, des millions de modifications bénévoles sont effectuées sur plus de 500 millions de pages, réparties sur plus d’un millier de sites web, dont 358 seulement, correspondent aux versions linguistiques de Wikipédia. Ce qui prouve donc clairement que les activités en ligne portées par l'ensemble du mouvement Wikimédia dépassent largement ce qui se passe au sein de l’encyclopédie.
Il existe ainsi cinq autres espaces collaboratifs d'écriture susceptibles d'atteindre un jour l'envergure et la notoriété de Wikipédia, avec un objectif et un fonctionnement spécifiques à chacun. De manière détaillée, Wikilivres crée des livres pédagogiques ; Wikiversité rassemble des supports d'enseignement et des travaux de recherche ; Wikivoyage développe un guide touristique mondial ; Wikispecies établit un répertoire du vivant, tandis que Wiktionnaire définit des mots de toutes les langues, dans toutes les langues.
Contrairement à Wikipédia, tous ces projets ne sont pas soumis à une neutralité de point de vue, ni limités à l'usage de sources secondaires reconnues, au niveau de la rédaction des articles. La plupart d'entre eux acceptent aussi la publication de travaux de recherche ou de productions personnelles, alors que cela est tout à fait interdit dans Wikipédia.
Selon l'étymologie du mot encyclopédie, le but de Wikipédia est en effet de synthétiser ou, plus précisément, d'encercler le savoir humain déjà préexistant. Cette contrainte éditoriale limite donc les contributeurs et contributrices à l'usage de sources secondaires et tertiaires présentes dans des publications externes au projet. De ce fait, Wikipédia reproduit fatalement les biais systémiques, tels que les déséquilibres et les surreprésentations de genre et de culture, présents dans un monde de l'édition majoritairement occidental. Or, cette impasse éditoriale propre à Wikipédia n'existe pas dans les autres projets pédagogiques.
Comme ces projets frères, Wikipédia n'est pas non plus un projet complètement autonome des autres projets Wikimédia. L'encyclopédie compte en effet sur le projet Wikimedia Commons pour héberger l'ensemble de sa médiathèque. Elle utilise ensuite le contenu du projet Wikidata comme base de données structurée. Quant aux personnes qui produisent l'encyclopédie, elles peuvent aussi puiser leurs sources dans la bibliothèque Wikisource ou se référer à des citations d'auteurs collectées dans le projet Wikiquote. Tout cela sans oublier que des dizaines de sites web traitent l'archivage permanent de Wikipédia et des autres projets Wikimédia, dans le but de fournir des analyses précieuses et totalement libres d’accès.
Enfin, il faut aussi garder à l'esprit qu'au-delà de tous ces sites web, Wikimédia, c'est aussi de nombreuses institutions et organisations affiliées au mouvement et dispersées dans le monde. Autour de la Fondation Wikimédia chargée de la gestion et de l’organisation internationales, avec près de 650 salariés de nationalités diverses, se regroupent des centaines d'organisations satellites. Parmi celles-ci, on retrouve 2 associations thématiques, 40 associations locales, dont Wikimedia Deutschland qui regroupe plus de 170 employés, et finalement 141 groupes d’utilisateurs et utilisatrices.
Tout ce qui vient d'être exposé dans cette introduction justifie donc la nécessité de distinguer le mouvement Wikimédia du projet Wikipédia. Imaginons seulement que l’on se limite à citer Paris pour décrire et comprendre un pays aussi vaste que la France. Certes, Paris est une ville mondialement connue et qui compte plus de deux millions d’habitants et un patrimoine culturel impressionnant. Mais est-ce pour autant qu'il faudrait oublier les autres villes, villages et métropoles françaises ? Sans compter que la France regroupe aussi des départements et des territoires d’outre-mer et qu'elle entretient des relations et des partenariats internationaux qui dépassent de loin ce qui se passe entre Paris et le reste du monde. Ne pas confondre le mouvement Wikimédia avec le projet Wikipédia relève donc du bon sens.
En 2019 cependant, la Fondation Wikimédia a envisagé de se renommer en Fondation Wikipédia et de remplacer le terme « Wikimédia » par celui de « Wikipédia » partout où ce terme est utilisé dans la sphère hors ligne du mouvement. Le but était d’acquérir une plus grande visibilité et d’attirer des milliards de personnes, grâce au nom de marque Wikipédia, considéré comme l’un des plus connus au monde. Ce changement n’a toutefois pas été accepté par de nombreuses personnes actives au sein du mouvement. En janvier 2020, ces opposants ont ainsi créé une page d’appel à commentaires, qui fut le siège d’un long débat. À l’issue de ce dernier, 73 représentants d’organisations affiliées et 984 personnes ont signé une lettre ouverte adressée à la Fondation, qui comprenait le paragraphe suivant.
« Depuis 20 ans, les bénévoles ont bâti la réputation de Wikipédia en tant que ressource indépendante et communautaire. Les projets du mouvement Wikimédia, dont Wikipédia, se développent autour de la décentralisation et du consensus. Il est essentiel d’établir des distinctions claires entre la Fondation Wikimédia, les affiliés et les contributeurs individuels. Tout changement qui affecte cet équilibre exige le consentement éclairé et la collaboration des communautés. Il est donc très préoccupant de voir Wikipédia présenté pour le nom de l’organisation et du mouvement malgré le mécontentement général de la communauté. »
En s’opposant aux idées de la Fondation, ces membres de la communauté Wikimédia ont ainsi fait preuve de sagesse. De plus, ils ont signalé dans de nombreux commentaires que beaucoup de personnes connaissent le mouvement Wikimédia uniquement au travers de son encyclopédie. Il est même étonnant d'observer que la méconnaissance du mouvement existe au sein même de sa propre communauté. Comme exemple, on peut observer que l'article Wikipédia en anglais, consacré au mouvement Wikimédia, ne s’est développé qu’à partir de 2016, tandis que celui de la version francophone de l'encyclopédie, n’est apparu qu’en 2019. Quant aux autres versions linguistiques, il est tout aussi étonnant de constater qu'en octobre 2025, seulement 39 d'entre elles, sur un total de 358, possédaient un article dédié au mouvement Wikimédia.
Tous ces éléments justifient donc la nécessité d’offrir au monde, une meilleure connaissance du mouvement Wikimédia et des nombreux projets et organisations, qui participent à sa mission de partage du savoir. En ce sens, ce livre est une contribution importante aux défis stratégiques que doit relever le mouvement Wikimédia à l’approche de 2030. Car au-delà des résolutions prises pour développer de nouveaux processus participatifs et délibératifs concernant les questions de marque, c’est avant tout un travail d’information et de sensibilisation à destination du public qu'il reste à faire.
'''Première partie : La naissance du mouvement Wikimédia.'''
Il existe dans l'espace web, une multitude d’archives permettant de retracer les événements, qui ont conduit à la naissance du mouvement Wikimédia. Cette « préhistoire » du mouvement peut notamment être explorée grâce au réseau d’éducation populaire Framasoft, dont le site est apparu environ un an avant la création de la version francophone de Wikipédia. On trouve sur cette plateforme une mine d’informations concernant les logiciels libres et la culture libre, soit deux épisodes majeurs de l’histoire de l’informatique et d’Internet, malheureusement méconnus du grand public.
Grâce à Framasoft et bien d’autres associations, il est possible de découvrir l’organisation et les motivations des millions de personnes qui participent au mouvement du logiciel libre. On peut apprend par exemple, que ce mouvement politique et social, au sein du milieu informatique, a été initié en 1983 par [[w:fr: Richard Stallman|Richard Stallman]]. Programmeur du [[w:Massachusetts_Institute_of_Technology|MIT]] à cette époque, c'est en effet lui qui fut le premier à proposer une alternative à la marchandisation du secteur informatique.
La philosophie de libre partage, apparue au sein du projet de Stallman, reflétait une certaine éthique et une organisation de travail originale, développées au sein d’une sous-culture, en vogue dans le milieu informatique depuis les années 1950. Celle-ci fut documentée dans de nombreux ouvrages, dont « L’éthique hacker », un livre remarquable, dans lequel le philosophe finlandais, Pekka Himanen, analyse en détail les origines de la culture hacker.
Un simple extrait de sa quatrième de couverture, repris ci-dessous, permet d’appréhender la manière de penser de ces informaticiens, rejoints par Richard Stallman durant ses études universitaires, avant d'en devenir l’une des figures les plus charismatiques.
« On considérait jusqu’à présent le « hacker » comme un voyou d’Internet, responsable d’actes de piratage et de vols de numéros de cartes bancaires. Le philosophe Pekka Himanen voit au contraire les hackers comme des citoyens modèles de l’ère de l’information. Il les considère comme les véritables moteurs d’une profonde mutation sociale. Leur éthique, leur rapport au travail, au temps ou à l’argent, sont fondés sur la passion, le plaisir ou le partage. Cette éthique est radicalement opposée à l’éthique protestante, telle qu’elle est définie par Max Weber, du travail comme devoir, comme valeur en soi, une morale qui domine encore le monde aujourd’hui. »
En introduisant cette première partie d'ouvrage de la sorte, nous pouvons déjà comprendre que le mouvement Wikimédia plonge ses racines dans une transition culturelle remplie d’utopie. Une utopie qui s’oppose notamment à ce que l’historien et anthropologue Karl Polanyi désignait, en 1944 déjà, comme un libéralisme économique qui « subordonne les objectifs humains à la logique d’un mécanisme de marché impersonnel ». Étape par étape et en commençant par analyser cette utopie spécifiquement au niveau du mouvement Wikimédia, voyons maintenant ce qui s'est passé tout au long de cette révolution culturelle et numérique.
'''Chapitre 1 : L'utopie Wikimédia.'''
Au fil du temps, Wikipédia fut perçu comme une utopie en marche, puis comme une utopie réalisée, et finalement comme la dernière utopie collective du Web. Mais qu'en est-il de l'ensemble du mouvement Wikimédia ? Pour nous aider à comprendre ce qui se passe dans la dimension numérique de ce mouvement, voici une métaphore qui décrit un quartier établi au sein d'une ville, imaginée au départ de l'espace web ». Dans cette ville imaginaire, Internet représenterait le réseau routier, pendant que des serveurs informatiques feraient office de bâtiments, et que les pages web qu'ils hébergent, constitueraient les différentes pièces de ces édifices.
En visitant le quartier Wikimédia, on découvrirait donc plus d’un millier de bâtiments. Au sein de ceux-ci et à l’exception de quelques lieux administratifs, chaque pièce peut être visitée gratuitement, mais aussi modifiée au niveau de son contenu. On peut ainsi y ajouter de nouvelles choses, telles que du texte, des photos, des vidéos ou des documents sonores, et même changer ou supprimer ce qui a été créé ou modifié par d’autres. Tout cela, bien sûr, dans le but de rendre ces endroits plus esthétiques, ou plus authentiques et en tenant compte des différentes idées et des éventuelles oppositions de point de vue concernant les aménagements. Pour faciliter l'entente entre les personnes qui s'investissent dans les modifications, chaque pièce des bâtiments Wikimédia possède un espace annexe dédié à la discussion.
Dans la plupart des bâtiments Wikimédia, une personne malintentionnée peut même faire disparaitre tout le contenu d'une pièce. Néanmoins, dans la seconde qui suit, un robot remettra tout en place, avant de transmettre un message concernant le traitement du vandalisme. Lorsqu'une action plus discrète n'est pas détectée par un robot, une personne qui surveille la pièce prendra certainement le relais pour annuler les changements malveillants, et contacter la personne responsable. En cas de multirécidive, celle-ci peut se voir privée de sa capacité de modifier les pièces, soit dans le bâtiment vandalisé, soit dans tout le quartier quand cela se justifie. Après discussion, cette sanction sera mise en application par un administrateur ou une administratrice bénévole, choisi ou choisie par l'ensemble des autres bénévoles qui prennent soin des bâtiments.
On comprend donc que tout le monde peut enrichir, mais également surveiller et protéger les richesses partagées dans le quartier Wikimédia. Il suffit pour cela de rejoindre le mouvement en se créant un compte et de profiter de nombreux outils, dont un système de notification qui envoie un message dès qu'une pièce que l'on veut surveiller est modifiée. Pour créer ce compte, il n'est pas nécessaire de fournir une adresse ou un numéro de téléphone. Les seules informations personnelles indispensables au bon fonctionnement du quartier Wikimédia sont les adresses IP des visiteurs. Car contrairement à ce qui se passe dans les quartiers commerciaux de la grande ville numérique, tels que les GAFAM, NATU, BATX, le quartier Wikimédia ne récolte et ne vend aucune donnée à des fins d'exploitation.
Même les adresses IP enregistrées par le système ne sont pas visibles par les autres visiteurs. Elles sont remplacées par les noms et les pseudonymes fournis lors de la création des comptes, ou masquées par des comptes temporaires pour les modifications faites par des personnes non connectées. Seules quelques personnes accréditées par la communauté pour effectuer des contrôles d’usurpation d’identité ont accès à ces informations. C’est là une précaution nécessaire au bon déroulement des votes qui succèdent parfois aux recherches de consensus concernant l'aménagement du quartier Wikimédia.
Dans cette ville numérique que constituerait l'espace web, Wikimédia apparait ainsi comme le plus grand quartier dédié au partage de la connaissance. Tout d'abord, il y a les plus de 350 bâtiments Wikipédia, chacun dédié à une version linguistique de l'encyclopédie. Toujours séparés en versions linguistiques, on trouve ensuite : les bibliothèques Wikilivres et Wikisource, les bâtiments lexicaux Wiktionnaire, le journal Wikinews, le centre pédagogique et de recherche Wikiversité, le syndicat d’initiative Wikivoyage, le répertoire des êtres vivants Wikispecies et enfin l'institut des citations d’auteurs Wikiquote. Cela sans oublier le musée médiatique Wikimedia Commons et la banque Wikidata, reconnue comme étant la plus grande banque d’informations structurées au monde. Deux bâtiments dont l'une des fonctions principales communes est d’enrichir les pièces situées dans les autres buildings du quartier Wikimédia.
Dans tous ces immeubles, il arrive souvent que plus de la moitié des étages soient uniquement attribués à l'organisation des activités qui s'y déroulent. Chaque bâtiment peut aussi compter sur le soutien d'autres édifices tels que MediaWiki, Wikitech, Phabricator, qui sont trois lieux entièrement dédiés aux maintenances techniques sur l'ensemble du quartier. Concernant les aspects administratifs, c'est dans le bâtiment Méta-Wiki que s'opère la gouvernance générale du quartier, alors que les courriers adressés à ce dernier sont traités en première ligne dans le bâtiment Wikimedia VRT. À la suite de quoi, il ne reste plus qu'à citer le bâtiment Wikimedia Outreach, pour des initiatives de sensibilisation, et le bâtiment du journal Diff Wikimedia, comme lieu de publication d'actualités sur le mouvement.
En dehors de certains aspects techniques, tous ces bâtiments sont gérés exclusivement par des communautés bénévoles, qui sont toujours prêtes à accueillir de nouveaux membres. Les seuls immeubles du quartier qui diffèrent de ce principe sont les bâtiments vitrines de la Fondation Wikimédia et des autres associations Wikimédia qui engagent du personnel. Quant au bâtiment du conseil d'administration de la Fondation, des raisons officielles justifient le fait que la modification de ses pièces est réservée à ces membres et aux employés qui les soutiennent.
Face à tant d'utopies, on en vient donc à se demander comment tout cela fut rendu possible. Mais pour répondre à cette question, il faut alors parcourir tout un pan de l'histoire de la révolution numérique, depuis la contre-culture des années 1960 jusqu'à nos jours. On y découvre que les pionniers du réseau Internet étaient des chercheurs et étudiants en informatique, fortement influencés par de nouvelles idéologies, telles que celles qui furent à la source des évènements de mai 68 en France. C'est donc de là que naîtra la philosophie de partage, de liberté, de décentralisation et ce mode d’organisation tout à fait spécifique, que l'on observe aujourd'hui au sein du mouvement Wikimédia.
Il y eut tout d'abord la création d'Internet, comme réseau mondial de communication en libre accès, et le développement du World Wide Web, qui a grandement facilité les interactions humaines à l’échelle planétaire. Puis, ce fut l'arrivée du Web 2.0, caractérisé par l'apparition de nouveaux sites web directement modifiables à l'aide d’un simple navigateur. Or, parmi ceux-ci se trouvent les moteurs de Wiki, dont le plus puissant d’entre eux, MediaWiki, est un logiciel libre développé par la Fondation Wikimédia. Le moment est donc venu d'en savoir plus sur ce type de programme informatique, ainsi que sur le mouvement du logiciel libre, qui a fortement influencé la philosophie et les valeurs véhiculées au sein du mouvement.
'''Chapitre 2 : Le mouvement du logiciel libre.'''
L’un des premiers épisodes de la préhistoire de Wikipédia et du mouvement Wikimédia débuta en septembre 1983, lorsqu’un programmeur du Massachusetts Institute of Technology, appelé Richard Stallman, déposa un message sur la liste de diffusion net.unix-wizards. C’était un appel d’aide pour la création de GNU, un nouveau système d’exploitation qui devait réunir une suite de programmes que tout le monde pourrait utiliser librement sur son ordinateur personnel. Dans son message transmis via ARPANET, le premier réseau informatique à grande échelle qui précéda Internet, Stallman s’exprimait de la sorte.
Je considère comme une règle d’or que si j’apprécie un programme, je dois le partager avec d’autres personnes qui l’apprécient. Je ne peux pas en bonne conscience signer un accord de non-divulgation ni un accord de licence de logiciel. Afin de pouvoir continuer à utiliser les ordinateurs sans violer mes principes, j’ai décidé de rassembler une quantité suffisante de logiciels libres, de manière à pouvoir m’en tirer sans aucun logiciel qui ne soit pas libre.
Le projet de Stallman, qui reçut le soutien nécessaire à son accomplissement, marqua ainsi le début de l’histoire du logiciel libre. Quant à la quantité d’aide fournie, elle permet de croire que Richard Stallman n’était pas seul à voir l’arrivée des logiciels propriétaires d’un mauvais œil. Car pour les membres du projet GNU et du mouvement du logiciel libre en général, un bon programme informatique doit respecter ces quatre libertés fondamentales :
1. La liberté d’exécuter le programme, pour tous les usages.
2. La liberté d’étudier le fonctionnement du programme, et de l’adapter à vos besoins.
3. La liberté de redistribuer des copies, donc d’aider votre voisin.
4. La liberté d’améliorer le programme, et de publier vos améliorations, pour en faire profiter toute la communauté.
Lors de l'apparition du logiciel libre, le marché de l’informatique était de fait en pleine mutation. L'habituel partage des codes informatiques entre les rares étudiants ou chercheurs, qui bénéficiaient d’un accès à un ordinateur, faisait l'objet d'une remise en question. Ce changement faisait notamment suite au Copyright Act de 1976, une nouvelle loi qui autorisait l'application d'un droit d'auteur sur le code informatique, et donc qui permettait d'en interdire le partage ou la réutilisation sans autorisation. Des clauses de confidentialité ont ainsi fait leur apparition, pendant que les employés des firmes informatiques étaient nouvellement soumis à des contrats de confidentialité. C'était la fin de l’entraide et de la solidarité pratiquées chez les pionniers de l’informatique. À sa place s'installaient la concurrence et la compétitivité, bien connues dans le système capitaliste marchand.
Cette mutation coïncidait avec l’arrivée des premiers ordinateurs de taille réduite. Grâce à l’apparition des premiers circuits intégrés, les premiers exemplaires avaient en effet été créés par l’industrie aérospatiale au début des années 1960. Cependant, il fallut attendre le début des années 1980 pour que le prix d’un ordinateur soit suffisamment bas pour en faire un bien de grande consommation. En 1982, le Commodore 64 entrait ainsi dans le livre Guinness des records, avec plus de 17 millions d’exemplaires vendus dans le monde. Mais avant cela, en 1981, l’IBM Personal Computer avait déjà fait son apparition, en proposant une architecture ouverte qui allait servir de modèle pour toute une gamme d’ordinateurs que l’on désigne toujours aujourd’hui par l’acronyme « PC ».
Pour faire fonctionner ses nouveaux modèles d'ordinateurs, la société IBM avait confié à l’entreprise Microsoft, créée en 1975, la mission de les équiper d’un système d’exploitation. Le contrat signé entre les deux firmes fut une véritable aubaine pour le fournisseur des programmes informatiques. Car sans s'en apercevoir, et sans jamais anticiper que son matériel serait cloné à grande échelle, IBM avait en effet permis à Microsoft d'établir un monopole dans la vente de logiciels. Cela fut condamné pour abus de position dominante et vente liée du logiciel avec le matériel informatique, mais sans pour autant empêcher Bill Gates, le principal actionnaire de Microsoft, d'être l'homme le plus riche du monde en 1994.
Toutefois, pendant que Microsoft renforçait sa position dominante, un nouvel événement majeur allait marquer l’histoire du logiciel libre. Celui-ci fut de nouveau déclenché par un appel à contribution, qui fut cette fois posté le vingt-cinq août 1991 par un jeune étudiant en informatique de 21 ans, appelé Linus Torvalds. Via le système de messagerie Usenet, sa demande avait été postée dans une liste de diffusion consacrée au système d’exploitation Minix, une sorte d’UNIX simplifié et développé dans un but didactique, par le programmeur Andrew Tanenbaum.
Loin d’imaginer que cela ferait de lui une nouvelle célébrité dans le monde du Libre, Torvalds entama son message par le paragraphe suivant.
« Je fais un système d’exploitation gratuit (juste un hobby). Il ne sera pas grand et professionnel comme gnu pour les clones 386. Ce projet est en cours depuis avril et commence à se préparer et j’aimerais avoir un retour sur ce que les gens aiment ou n’aiment pas dans minix, car mon système d’exploitation lui ressemble un peu, même disposition physique du système de fichiers pour des raisons pratiques entre autres. »
Bien qu’il fût présenté comme un passe-temps, le projet qui répondait au nom de « Linux », fut rapidement soutenu par des milliers de programmeurs du monde entier, avant de devenir la pièce manquante du projet GNU. En effet, les contributeurs au projet de Stallman n’avaient pas encore terminé l’écriture du code informatique du noyau Hurd, alors qu'il était censé établir la communication entre la suite logicielle produite par GNU et le matériel informatique. C'est donc la fusion des codes produits par les projets GNU et Linux qui permit la création du premier système complet, stable et entièrement libre baptisé GNU/Linux.
Au départ de ce nouveau système informatique, de nombreuses variantes, que l’on nomme communément « distributions », furent créées par des programmeurs de tous horizons. L’une de celles-ci s’intitule Debian et tire sa réputation d'être simultanément libre, gratuite, très fiable et produite par une communauté sans lien direct avec une société commerciale. Quatre qualités qui expliquent pourquoi, Debian sert de base à plus de 150 distributions dérivées, et que de nombreuses organisations l'utilisent, comme le fait la Fondation Wikimédia sur les serveurs qui hébergent les projets qu'elle supporte.
Grâce à la naissance des logiciels libres, le mouvement Wikimédia a donc la possibilité de faire tourner ses serveurs informatiques, avec un système d’exploitation fiable, libre et gratuit. Comme son code source est ouvert, cela permet aussi à la Fondation Wikimédia de le modifier pour répondre aux besoins spécifiques du mouvement. À la suite de quoi, et selon les règles formulées par la communauté du logiciel libre, les modifications faites par la Fondation deviennent à leur tour, gratuitement et librement, utilisables par d’autres personnes ou organismes.
À ce premier héritage reçu par le mouvement Wikimédia, et toujours en provenance des logiciels libres, s’ajoute encore une innovation méthodologique. Dans son article La Cathédrale et le Bazar, Eric Raymond mobilise en effet le terme « cathédrale » pour désigner le mode de production des logiciels propriétaires, en opposition au mot « bazar », qu'il utilise pour qualifier le mode de développement des logiciels libres. D’un côté, il décrit une organisation pyramidale, rigide et statutairement hiérarchisée, comme on peut la voir souvent au sein des entreprises. Tandis que de l’autre, il parle d’une organisation horizontale, flexible et peu hiérarchisée, qu’il a lui-même expérimentée en adoptant le style de développement de Linus Torvalds, à savoir : « distribuez vite et souvent, déléguez tout ce que vous pouvez déléguer, soyez ouvert jusqu’à la promiscuité ».
À l’instar de la métaphore du quartier numérique présentée dans le précédent chapitre, cette manière de décrire les projets open source nous aide donc ici à mieux comprendre ce qui se passe dans le mouvement Wikimédia. D'un côté, on retrouve effectivement cette « ouverture jusqu’à la promiscuité », dans le libre accès accordé aux projets Wikimédia, alors que de l'autre, tout le monde peut rejoindre les projets et associations Wikimédia. Ces deux observations corroborent ainsi l’existence d’un deuxième héritage en provenance du mouvement du logiciel libre. Néanmoins, il nous reste encore à découvrir un phénomène négligé par Eric Raymond durant ses observations, et qui pourtant, a considérablement influencé l'histoire de la révolution numérique. Découvrons donc à présent, la licence libre et le mouvement de la culture libre, dont elle fut à l’origine.
'''Chapitre 3 : Les licences et la culture libres.'''
Dans une biographie autorisée, Christophe Masutti explique à quel point la création de la Licence publique générale GNU, en tant que première licence libre créée par Richard Stallman, représente un épisode majeur de la révolution numérique. Selon lui :
La GPL apparaît comme l’un des meilleurs hacks de Stallman. Elle a créé un système de propriété collective à l’intérieur même des habituels murs du copyright. Surtout, elle a mis en lumière la possibilité de traiter de façon similaire « code » juridique et code logiciel.
Le concept de distribution associé à ce nouveau type de licence fut baptisé « copyleft », par inspiration d’un jeu de mots que Richard Stallman avait trouvé dans un courrier transmis par son collègue Don Hopkins. Le principe novateur de ce concept est d'obliger toute production de code dérivé à se soumettre à la même licence libre que le code d’origine. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle beaucoup de gens parlent de licence « virale » ou « récursive » en faisant référence à celle-ci. Quant à l'importance de cette clause, elle repose sur le fait d'interdire toute privatisation d'un code informatique produit sous licence libre. Sans celle-ci, un tel code risque en effet d'être récupéré, puis modifié, avant d’être placé sous un habituel copyright de type « tous droits réservés », dans le but de commercialiser son usage.
En 2001 et dans la mouvance provoquée par l'arrivée des licences libres, une organisation internationale sans but lucratif, intitulée Creative Commons, a entamé la promotion du partage et la réutilisation de la créativité et des connaissances grâce à la fourniture d’outils juridiques gratuits. Pour ce faire, elle met régulièrement à jour une panoplie de licences inspirées par la GNU, mais spécialement adaptées aux œuvres de l'esprit, telles que les productions littéraires, musicales, photographiques et vidéo, ainsi que les bases de données.
Contrairement aux licences libres fournies par la Free Software Foundation, conçues pour protéger du code informatique, les licences fournies par Creative Commons offrent la possibilité de sélectionner de nombreuses clauses pour protéger une œuvre. Avec le label CC, pour Creative Commons, on peut ainsi appliquer, ou ne pas appliquer, la clause « BY », qui oblige à créditer l'auteur, et la clause « SA », pour Share Alike, qui ordonne le partage à l’identique comme décrit précédemment. Après quoi il est encore possible d'ajouter la clause « NC », qui impose un usage non commercial, et finalement, la clause « ND », pour Non Derivative, qui exige que l’œuvre soit utilisée ou reproduite dans son intégralité et sans modification.
Le mouvement Wikimédia a choisi la licence CC.BY-SA pour protéger les contenus publiés dans tous ses projets. Cela à l'exception de la banque de données Wikidata, qui au même titre que les descriptions apportées aux fichiers téléchargés dans la médiathèque Wikimedia Commons, publie ses informations structurées sous licence CC0. Cette dernière licence est ainsi ce qui se rapproche le plus du domaine public, avec cet avantage de ne pas devoir mentionner les auteurs dans le traitement et la réutilisation du contenu de la base de données.
Cependant, il en résulte que les informations en question peuvent être réutilisées par des tiers qui ne sont plus obligés de citer leurs sources, comme le font les agents conversationnels des intelligences artificielles génératives, appelés couramment chatbots. Contrairement à la licence CC.BY-SA, la licence CC0 est donc moins apte à pérenniser les projets Wikimédia, puisqu'elle permet d'invisibiliser ces derniers au risque de réduire les chances d'arrivée de nouveaux contributeurs et contributrices. De plus, sans la clause SA qui assure l'application du copyleft, toutes les informations récupérées au sein de Wikidata et de Wikimedia Commons sont aussi susceptibles de quitter le monde du libre.
Quoi qu’il en soit, les licences Creative Commons, inspirées par la licence libre de Richard Stallman, apparaissent finalement comme un troisième héritage en provenance du mouvement du logiciel libre et de la culture libre qui en est issue. Grâce à la licence CC BY SA, les éditeurs des projets Wikimédia bénéficient effectivement d'une certaine reconnaissance, tout en étant assurés qu'aucun copyright sur leurs travaux ne puisse exclusivement profiter à une personne ou une compagnie. De plus, la licence libre appliquée au système d'exploitation installé sur les serveurs Wikimédia, garantit elle aussi un certain respect des contributeurs, puisqu'elle permet de vérifier si le code informatique ne compromet pas leurs vies privées.
Avec tous les autres apports en provenance du logiciel libre, ce sont là deux choses importantes qui ont permis l'apparition du mouvement Wikimédia. Toutefois, cela ne pouvait pas suffire à la création du projet Wikipédia qui en fut le point de départ. Car sans un espace numérique, mondial et libre d’accès, tel qu'il fut créé par Internet et l'espace web, aucune encyclopédie collaborative de cette envergure n'aurait pu voir le jour.
'''Chapitre 4 : Le réseau Internet.'''
L’histoire du réseau Internet constitue un nouvel épisode captivant de la révolution numérique, sans lequel le mouvement Wikimédia n’aurait jamais pu émerger. D’un point de vue purement technique, ce réseau informatique a été mis au point dans les années 1970, avant l’adoption généralisée du protocole TCP/IP, toujours en usage à ce jour. Ce dernier fut inventé par Vint Cerf et Robert Elliot Kahn, quand ils travaillaient pour la Defense Advanced Research Projects Agency, rattachée au département de la Défense américaine. L'une des premières présentations de leur projet fut ainsi réalisée lors d’une conférence organisée par l’International Network Working Group, une instance créée pour assurer la gouvernance mondiale du réseau informatique.
Sur base de ces informations, on peut penser qu’Internet a été créé par des militaires. Cependant, Une contre-histoire de l’Internet, nous révèle que les créateurs et les premiers utilisateurs d’ARPANET, considéré comme l’ancêtre d’Internet, étaient davantage des étudiants hippies et amateurs de LSD, que des militaires bien drillés. D’ailleurs, avant la standardisation du protocole TCP/IP, ARPANET fonctionnait depuis plus d’un an avec un autre protocole de transition intitulé Network Control Program. Or, celui-ci avait été mis au point, en février 1969, par le Network Working Group, un groupe informel d’étudiants rassemblés autour de Steve Crocker, lorsqu’il ne détenait encore qu’une simple licence, au niveau de sa formation universitaire.
Bien que rarement cité dans l’histoire d’Internet, ce groupe a pourtant mis en place la procédure RFC, pour Request For Comments, reconnue comme « l’un des symboles forts de la "culture technique" de l’Internet, marquée par l’égalitarisme, l’autogestion et la recherche collective de l’efficience ». Soit trois principes et une procédure, qui aujourd’hui encore sont appliqués sur le site Méta-Wiki, dans lequel s'organise la gestion communautaire du mouvement Wikimédia. Cela alors qu'au sein des autres projets dédiés à la production de contenus pédagogiques, des processus similaires de recherche de consensus ont fait leur apparition.
Il faut ensuite savoir que les liens entre ARPANET et l’armée ont disparu avec l’apparition du MILNET, un réseau entièrement dédié aux activités militaires, rebaptisé NIPRNet, pour Non-classified Internet Protocol Router Network, en 1990. Après une séparation définitive en 1983, précisément l’année où Richard Stallman postait sa demande d’aide pour le projet GNU, le réseau ARPANET resta uniquement dédié à la recherche et au développement. À cette époque, le réseau ne comprenait pas plus de 600 machines connectées, ce qui n'a donc rien de comparable avec ce vaste réseau informatique mondial que nous connaissons aujourd’hui et qui fut fortement développé au cours des années 1990.
Pour en assurer l’entretien technique, une organisation non gouvernementale, a été créée en 1992, sous l'appellation d’Internet Society. Celle-ci devait aussi veiller au respect des valeurs fondamentales liées au bon fonctionnement du réseau. Car avant d'atteindre des milliards d’appareils connectés, il a d’abord fallu réglementer les nombreuses dorsales internet intercontinentales, sans lesquelles la transmission du protocole TCP/IP partout dans le monde n'aurait pas été possible.
Quant à l’état d’esprit des créateurs d'Internet, un article intitulé : Quarante ans après, mais qui donc créa l’internet ? apporte un éclairage particulièrement intéressant au sujet des liens que l'on peut établir entre le mouvement Wikimédia et l'histoire d'Internet. Dans son témoignage, Michel Elie, cet ingénieur en informatique, membre du Network Working Group cité précédemment, et responsable de l’Observatoire des Usages de l’Internet, nous explique en effet ceci.
Le succès de l’internet, nous le devons aux bons choix initiaux et à la dynamique qui en est résultée : la collaboration de dizaines de milliers d’étudiants, ou de bénévoles apportant leur expertise, tels par exemple ces centaines de personnes qui enrichissent continuellement des encyclopédies en ligne telles que Wikipédia.
Au courant des années 1990, le milieu informatique universitaire semblait donc toujours fortement imprégné des idéaux de la contre-culture des années 1960, produit par les baby boomers dans le contexte de la guerre du Vietnam. Afin d'illustrer les idées véhiculées à cette époque, voici un paragraphe extrait d'un ouvrage publié en 1970, et intitulé Vers une contre-culture : Réflexions sur la société technocratique et l’opposition de la jeunesse. Dans celui-ci, Théodore Roszak explique ceci.
Le projet essentiel de notre contre-culture : proclamer un nouveau ciel et une nouvelle terre, si vastes, si merveilleux que les prétentions démesurées de la technique soient réduites à n’occuper dans la vie humaine qu’une place inférieure et marginale. Créer et répandre une telle conception de la vie n’implique rien de moins que l’acceptation de nous ouvrir à l’imagination visionnaire. Nous devons être prêts à soutenir ce qu’affirment des personnes telles que Blake, à savoir que certains yeux ne voient pas le monde comme le voient le regard banal ou l’œil scientifique, mais le voient transformé, dans une lumière éclatante et, ce faisant, le voient tel qu’il est vraiment.
À la suite de cette lecture, il peut sembler paradoxal qu’une contre-culture, qui voit la technique comme inférieure et assimile la science au banal, puisse avoir un lien avec le milieu scientifique universitaire qui fut à l'origine d'Internet. Cependant, une réponse à cette énigme fut apportée par Fred Turner, par la publication de son livre intitulé : « Aux sources de l’utopie numérique : De la contre-culture à la cyberculture ».
Grâce à cet ouvrage, on découvre que le mouvement hippie utilisera tout ce qui était à sa disposition à l’époque pour parvenir à ses fins : LSD, spiritualités alternatives, mais également, objets technologiques les plus en pointe. Cela grâce notamment à l’influence de Steward Brand, le créateur d'un catalogue interactif, qui peut être considéré comme l'ancêtre analogique des groupes de discussions numériques apparus des années plus tard.
Comme autre indication, il y a ensuite les propos tenus en 1992, lors d’une plénière de la 24ᵉ réunion du groupe de travail sur l’ingénierie Internet, par David D. Clark, un autre pionnier d’Internet. Durant cette rencontre, ce chef de projet prononça des paroles restées dans les annales. « Nous récusons rois, présidents et votes. Nous croyons au consensus et aux programmes qui tournent ». Deux phrases seulement, mais qui, dans le cadre du milieu informatique, permettent de croire que le mépris de la contre-culture envers la technique et la science, s'est transformé en un refus d’autorité et une recherche de consensus.
Quoi qu'il en soit, le développement d'Internet ne s'est pas fait sans conflits idéologiques importants. On peut d'ailleurs se demander aujourd'hui à quoi ressemblerait Internet, s'il n'avait jamais été commercialisé. Cela s'est passé en novembre 1994, lorsque l’association sans but lucratif Advanced Network and Services, chargée de gérer les accès à Internet, a fait le choix de vendre ses activités. Cette décision faisait suite à un appel à des fonds privés pour financer d'importants changements dans l'infrastructure du réseau. Profitant de l'occasion, la société commerciale America Online a ainsi repris à son compte la gestion des connexions à Internet, après avoir effectué un versement de 35 millions de dollars.
Trente ans plus tard, Internet est devenu ce réseau que nous expérimentons aujourd'hui, à savoir : un réseau dominé par des sociétés privées les plus riches au monde. Dans ce contexte et parmi les 100 sites web les plus visités, seul le nom de domaine Wikipédia appartient à une organisation non lucrative. Cela explique donc pourquoi le mouvement Wikimédia, via son encyclopédie et la fondation qui l'héberge, représente à ce jour, et dans l'espace web, l'expression la plus visible de la philosophie des pionniers d’Internet.
Plus qu'un héritage, cette situation peut être vue comme une mission perpétuée au sein d'un espace envahi par une culture marchande et capitaliste. Il s'agit là d'une information importante qu'il faut retenir au sujet du mouvement Wikimédia. Elle ne clôture pas pour autant tout ce qu'il faut savoir au sujet des évènements qui ont permis la création d’une encyclopédie mondiale, libre et collaborative. Car avant cela, il nous reste encore à découvrir l'histoire du World Wide Web, un espace numérique sans lequel la création de Wikipédia n'aurait jamais été possible.
'''Chapitre 5 : Le World Wide Web.'''
Maintenant que le lien entre la création d'Internet et le mouvement Wikimédia est établi, découvrons à présent l'application la plus connue du réseau, que l'on nomme le World Wide Web, ou plus simplement « Web ». C'est Tim Berners-Lee qui en fut l’inventeur, lorsqu’il était encore actif à l'Organisation européenne pour la recherche nucléaire. Il avait pour idée de créer un espace d’échange public par l’intermédiaire d'Internet, et pour y parvenir, il mit au point le logiciel « WorldWideWeb », ensuite rebaptisé Nexus, pour éviter toute confusion entre les deux termes.
Grâce à un système d’indexation appelé hypertexte, ce programme informatique a permis de produire et de connecter des espaces numériques, que l'on intitule sites Web. Ceux-ci sont composés de pages web, hébergées sur des ordinateurs distants, mais connectés entre eux au travers du réseau Internet. Pour permettre ce type de connexion, Berners-Lee mit au point le Hypertext Transfer Protocol ou HTTP, un nouveau protocole de communication simple en soi, mais dont la mise en œuvre technique est compliquée.
Pour veiller au bon fonctionnement et au bon usage de l'espace web, des règles de standardisation ont tout d'abord été édictées par l’association Internet Society. Après quoi, Berners-Lee fonda le W3C, un consortium international dont la devise est : « un seul Web partout et pour tous ». Si ce slogan nous apparaît très naturel aujourd’hui, il faut toutefois savoir que l'espace Web a bien failli être régi séparément par des acteurs commerciaux, avec tous les droits d'accès que cela aurait pu engendrer.
À partir du trente avril 1993, jour du dépôt du logiciel Nexus dans le domaine public par Robert Cailliau, un collègue de Berners-Lee chargé de la promotion de son projet, un tel scénario était en effet possible. Sauf qu'après le départ de Berners-Lee, devenu président du W3C, François Flückiger, qui avait repris son poste au sein du CERN, eut la présence d'esprit de réagir à temps. Selon le livre Alexandria qui parcourt l'histoire de Robert Caillau, voici ce qui aurait pu se passer si le code de l’éditeur HTML n'avait finalement pas été placé sous licence libre.
La philanthropie de Robert, c’est très sympa, mais ça expose le Web à d’horribles dangers. Une entreprise pourrait s’emparer du code source, corriger un minuscule bug, s’approprier le « nouveau » logiciel et enfin faire payer une licence à ses utilisateurs. L’ogre Microsoft, par exemple, serait du genre à flairer le bon plan pour écraser son ennemi Macintosh. Les détenteurs d’un PC devraient alors débourser un certain montant pour profiter des fonctionnalités du Web copyright Microsoft. Les détenteurs d’un Macintosh, eux, navigueraient sur un Web de plus en plus éloigné de celui vendu par Bill Gates, d’abord gratuit peut-être, avant d’être soumis lui aussi à une licence.
Face à un tel scénario, nous découvrons de nouveau à quel point le concept de licence libre a fondamentalement changé le cours de la révolution numérique. Sans cela, nos expériences et nos usages de l'espace numérique auraient été totalement différents. L'utopie Wikipédia, par exemple, n'aurait certainement pas vu le jour, en raison de l'éclatement des espaces numériques et des coûts d'accès auxquels seraient confrontés les bénévoles qui ont construit le projet. Quoi qu'il en soit, et au niveau technique, une fois l'espace web apparu, il ne manquait plus que l'apparition des plateformes Wiki pour permettre la création d'une encyclopédie collaborative au format numérique.
'''Chapitre 6 : Les plateformes Wiki.'''
Un wiki, ou un moteur de wiki, est un logiciel que l'on installe sur un serveur informatique pour permettre la création d’un site web éditable et configurable à l’aide d’un simple navigateur. Plus précisément, c’est un système de gestion de contenu, dans lequel le code HTML, CSS, JavaScript et Lua, ainsi que certains paramètres, peuvent être modifiés par tous les internautes. Cela peut se faire en se connectant à un compte utilisateur, afin de bénéficier des droits de modification et d’administration qui lui sont accordés, ou en utilisant la configuration attribuée par défaut aux personnes non connectées.
Sur les pages web d'un wiki, chaque modification provoque un nouvel enregistrement complet du code source qui la compose. De la sorte, il est toujours possible, à partir d’une page reprenant l’historique des modifications, de rétablir l'une de ses anciennes versions. Grâce à ce système, on peut ainsi savoir quelle personne, ou quelle adresse IP est à l’origine d’un changement, et même voir l’endroit où la modification a été faite, et à quel moment celle-ci a été réalisée.
Le premier logiciel Wiki, qui portait le nom de WikiWikiWeb, a été créé et placé sous licence libre GPL par Ward Cunningham en mars 1995. Grâce à la licence, d’autres programmes wiki ont vu le jour en copiant ou s’inspirant du code source de WikiWikiWeb, ou des autres projets wiki qui l'avaient fait auparavant. Cette émulation récursive, qui donna naissance à toute une panoplie de projets wiki, est donc à nouveau une belle illustration des retombées positives que peut susciter l'application d'une licence libre.
Parmi les différents logiciels Wiki disponibles, UseModWiki fut choisi par la société Bomis qui finança la création du premier projet Wikipédia en anglais. C'était un choix judicieux, car l’éclatement de la bulle spéculative d’Internet, à la fin des années 2000, confrontait l'entreprise à de grosses difficultés financières. Un programme gratuit, simple d’utilisation et peu gourmand en ressources informatiques, convenait donc parfaitement dans ce cadre. UseModWiki fut par après remplacé par un autre moteur de Wiki sans nom, mais plus performant et toujours produit sous licence libre. Ce dernier fut ensuite amélioré par plusieurs programmeurs, dont Brion Vibber, le premier employé de la Fondation Wikimédia, avant d’être finalement intitulé MediaWiki.
Avec l’aide de nouveaux employés et des bénévoles actifs sur le site mediawiki.org, ce système de gestion de contenu finit par apparaitre en tête du classement des wikis les plus utilisés. Toujours grâce à sa licence libre, des milliers d'autres personnes et projets ont effectivement pu développer des sites Web, sans nécessairement faire partie du mouvement Wikimédia. Ce succès a par ailleurs justifié la programation de rassemblements annuels entre 2016 et 2020, entre personnes et organismes qui utilisent le programme, pour discuter de son développement et de ses usages.
Ceci étant dit, il existe dans la liste des Wikis d’autres logiciels libres intéressants, tels que DokuWiki, rendu populaire par sa simplicité d’installation et d’usage. Jusqu’à ce jour cependant, seul MediaWiki semble suffisamment stable et puissant pour permettre le développement optimal de l’ensemble des projets Wikimédia. Avec parmi ceux-ci, bien sûr, Wikipédia, l'encyclopédie libre et universelle, dont nous allons enfin découvrir la mise en place dans ce prochain chapitre.
'''Chapitre 7 : L’encyclopédie libre et universelle'''
Dans les chapitres précédents, nous avons découvert toutes les innovations techniques et culturelles sans lesquelles Wikipédia n’aurait jamais pu devenir la plus grande encyclopédie libre et universelle connue au monde. Son objectif est de synthétiser la totalité du savoir humain. Ce qui n’est autre, finalement, qu’un vieux rêve de notre humanité. Trois cents ans avant Jésus-Christ et durant la création de la bibliothèque d’Alexandrie, ce désir était aussi celui de Ptolémée Iᵉʳ. C'était deux siècles avant que Denis Diderot publie, avec Jean Le Rond d'Alembert et Louis de Jaucourt en 1751, la première édition de l’Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers. Quant à Paul Otlet, qui a créé avec Henri La Fontaine la classification décimale universelle en usage depuis 1905, il s’était mis en tête de répertorier l’ensemble du savoir humain au sein d'un seul édifice.
Peu connu à ce jour, ce documentaliste belge rêvait pourtant de cataloguer le monde et de rassembler toutes les connaissances humaines, sous la forme d’un gigantesque répertoire bibliographique universel, situé à l'intérieur d'un Mundaneum. En 1934, dans le Traité de documentation écrit par celui qui voulait « classer le monde », Otlet décrit, de manière particulièrement visionnaire, un possible partage du savoir et de l’information.
Ici, la Table de Travail n’est plus chargée d’aucun livre. À leur place se dresse un écran et à portée un téléphone. Là-bas, au loin, dans un édifice immense, sont tous les livres et tous les renseignements, avec tout l’espace que requiert leur enregistrement et leur manutention…
De là, on fait apparaître sur l’écran la page à lire pour connaître la question posée par téléphone avec ou sans fil. Un écran serait double, quadruple ou décuple s’il s’agissait de multiplier les textes et les documents à confronter simultanément ; il y aurait un haut-parleur si la vue devrait être aidée par une audition. Une telle hypothèse, un Wells certes l’aimerait. Utopie aujourd’hui parce qu’elle n’existe encore nulle part, mais elle pourrait devenir la réalité de demain pourvu que se perfectionnent encore nos méthodes et notre instrumentation.
À peu de choses près, cette utopie décrite en 1934 par Otlet correspond à l'usage que l'on fait du réseau Internet et de son espace web, lorsqu'on recherche de l'information aujourd'hui. Premièrement, allumer un système informatique, avec ou sans fil, muni d'un écran ; ensuite, poser une question dans un moteur de recherche ; puis, comme cela arrive très souvent, être redirigé vers l'une des versions linguistiques de Wikipédia.
Ce scénario, dans lequel les moteurs de recherche jouent un rôle central, explique la popularité de l'encyclopédie libre. D'autres projets similaires étaient pourtant apparus sur le Web avant l'arrivée de Wikipédia. Environ trois ans avant sa création, Aaron Swartz, un activiste de la culture libre qui avait juste douze ans à l'époque, avait par exemple lancé une sorte de site encyclopédique produit et régi par ses usagers. Appelé The Info Network, ce site web avait d'ailleurs permis à son auteur de recevoir l'ArsDigita Prize, un prix décerné aux jeunes créateurs de projets « utiles, éducatifs, collaboratifs et non commerciaux ».
Il faut savoir ensuite que l'expression « encyclopédie libre et universelle » fut oubliée pour la première fois durant l'année 2000 par Richard Stallman, soit l'année qui précéda celle de la naissance de Wikipédia. C'était dans un essai intitulé The Free Universal Encyclopedia and Learning Resource, qui, selon son auteur, avait été rédigé deux ans avant sa publication sur la liste de diffusion du projet GNU. Repris ci-dessous, un extrait de ce texte, présente les particularités du projet.
Le World Wide Web a le potentiel de devenir une encyclopédie universelle couvrant tous les domaines de la connaissance et une bibliothèque complète de cours d’enseignement. Ce résultat pourrait être atteint sans effort particulier, si personne n’intervient. Mais les entreprises se mobilisent aujourd’hui pour orienter l’avenir vers une voie différente, dans laquelle elles contrôlent et limitent l’accès au matériel pédagogique, afin de soutirer de l’argent aux personnes qui veulent apprendre.
Nous ne pouvons pas empêcher les entreprises de restreindre l’information qu’elles mettent à disposition ; ce que nous pouvons faire, c’est proposer une alternative. Nous devons lancer un mouvement pour développer une encyclopédie libre universelle, tout comme le mouvement des logiciels libres nous a donné le système d’exploitation libre GNU/Linux. L’encyclopédie libre fournira une alternative aux encyclopédies restreintes que les entreprises de médias rédigeront.
En parlant d'un « mouvement pour développer une encyclopédie libre universelle », Stallman anticipait donc, sans le savoir, l'arrivée du mouvement Wikimédia, qui ne se concrétisa que bien des années plus tard. Quant à la soixantaine de paragraphes qui décrivent son projet, on y retrouve, dans une forme presque identique, les cinq principes fondateurs qui ont guidé la création de Wikipédia et qui sont toujours actifs à ce jour.
Le premier consiste bien sûr à créer une encyclopédie ; le deuxième réclame une neutralité de point de vue, chose que Stallman expliquait déjà en écrivant qu’« en cas de controverse, plusieurs points de vue seront représentés » ; le troisième implique le respect des droits d’auteur et l’adoption d'une licence libre, celle précisément dont Stallman avait été l'initiateur ; le quatrième inscrit le projet dans une démarche collaborative, alors que Stallman précisait déjà que « tout le monde est le bienvenu pour écrire des articles » ; et le cinquième enfin, stipule qu’il n’y a pas d’autres règles fixes, une position très courante dans le milieu des hackers dont Stallman faisait partie.
Il apparaît donc clairement que le projet Wikipédia n'était pas une idée originale en soi, mais plutôt une opportunité saisie par la société Bomis pour enrichir sa propre encyclopédie commerciale, Nupedia. Cette dernière avait été lancée en avril 2000, soit environ dix mois avant Wikipédia, et sa rédaction était assurée par des experts engagés au sein d’un processus éditorial strict et formel. Malheureusement pour la firme Bomis, le nombre d’articles ne progressait que très lentement.
Dans le but d'accélérer le processus, Larry Sanger, un docteur en philosophie employé par Bomis pour assurer le rôle de rédacteur en chef de Nupedia, eut l'idée d'installer un logiciel wiki sur les serveurs de son entreprise. L'objectif était d'ouvrir un site web participatif, dans lequel des volontaires pourraient créer des articles encyclopédiques, pour qu'ils soient ensuite intégrés dans le projet commercial. Malgré le manque d’enthousiasme de son employeur Jimmy Wales, Sanger mit ses idées en application, et c'est donc ainsi que débuta l’histoire de Wikipédia, avec sa toute première version en anglais.
C’était le 15 janvier 2001, précisément le même mois où Richard Stallman mit en ligne son propre projet d’encyclopédie libre et universelle, qu'il souhaitait intituler GNUPedia. Étonnamment, les noms de domaine gnupedia .com .net et .org avaient déjà été enregistrés au nom de Jimmy Wales, ce qui obligea Stallman à rebaptiser son projet GNE. Ce fait est d'autant plus surprenant que Wales affirma des années plus tard : « n’avoir eu aucune connaissance directe de l’essai de Stallman lorsqu’il s’est lancé dans son projet d’encyclopédie ».
Le site GNE ne ressemblait cependant pas vraiment à une encyclopédie, mais plutôt à un blog collectif ou une base de connaissance, tandis que sa page d’accueil précisait clairement qu’il s’agissait d’une bibliothèque d’opinion. Quant à sa modération, elle avait demandé d'engager un employé, car elle s'est avérée bien plus compliquée que prévu. À côté de cela, et probablement grâce aux spécificités de l’environnement wiki et aux soutiens apportés par Jimmy Wales et Larry Sanger, Wikipédia réussit à mettre en place une organisation efficace au sein d'une communauté d'éditeurs grandissante.
Peut-être en raison de la concurrence libre faite par le projet GNE, Jimmy Wales décida d'abandonner le copyright que Bomis détenait sur son encyclopédie commerciale Nupedia, pour le remplacer par une licence Nupedia Open Content. Peu de temps après, il décida finalement d'adopter la licence de documentation libre GNU conçue pour protéger les textes de documentation des logiciels libres. Ce dernier choix fut une stratégie payante, puisque cela incita Richard Stallman à transférer tout le contenu de son projet GNE vers Nupedia, et à encourager tout le monde à contribuer sur Wikipédia.
Parmi les autres actions de Jimmy Wales qui ont contribué au succès de Wikipédia, il y eut cette idée d'ouvrir le projet aux « gens ordinaires ». C’était un choix qui s’opposait aux idéaux de Larry Sanger, qui de loin préférait le modèle de Nupedia avec son système de relecture par des experts. Cependant, Jimmy Wales, en tant qu'homme d’affaires, visait une croissance plus rapide du contenu de l'encyclopédie.
Cette croissance ne s'est toutefois pas faite sans difficulté. Le 26 février 2002, en effet, l'Enciclopedia Libre Universal en Español, un projet dissident du projet Wikipédia, fit son apparition. C'était une réaction à de la censure, à l'existence d'une ligne éditoriale et à la possibilité de voir apparaitre des publicités dans Wikipédia. En raison des remises en question que cette séparation suscitait parmi les bénévoles actifs dans les projets, Jimmy Wales renonça finalement à l'usage de la publicité et mit de côté ses visions en matière de profit.
Il faut aussi tenir compte du fait que cet évènement est survenu lors de l'éclatement de la bulle spéculative Internet et du krach boursier de 2001-2002. Une conjoncture qui plaçait la société Bomis dans des difficultés financières, et surtout, dans l'incapacité de payer le salaire de Larry Sanger, son seul employé. En mars 2002 et après un mois d’activité bénévole, l’ex-employé décida alors de quitter les fonctions, qu'il occupait depuis un peu plus d'un an, dans Nupedia et Wikipédia. Avec le seul soutien de Jimmy Wales, les deux encyclopédies purent toutefois poursuivre leurs développements, toujours avec le concours d'experts dans Nupedia et d'une communauté bénévole au niveau de Wikipédia. Néanmoins, en septembre 2003 et vu l'écart qui se creusait entre les deux projets, l'encyclopédie Nupedia fut fermée et ses quelques dizaines d'articles transférées vers les milliers d'autres que comprenait déjà le projet Wikipédia.
Trois ans plus tard, Larry Sanger n’avait pas dit son dernier mot. En septembre 2006, il décida en effet de lancer sur fonds propres une encyclopédie intitulée Citizendium. Cette plateforme écrite en anglais uniquement et toujours active à ce jour, repose sur un système d’expertise, dans lequel les contributrices et les contributeurs doivent déclarer leur identité réelle. En avril 2026 cependant, Citizendium reprenait moins de 2000 articles, tout avancement confondu, tandis que le projet Wikipédia en anglais en regroupait déjà plus de 7 millions.
Voici donc comment est née la plus grande encyclopédie au monde, dont la taille et la visibilité n'avaient jamais été égalées auparavant. Une encyclopédie qui, de plus, s'est rapidement déclinée en de nombreuses versions linguistiques, à l'instar de sa version francophone, lancée moins de quatre mois après le projet original en anglais. Toutes ces versions ont formé les premières bases d’une organisation mondiale, bientôt chapeautée par une fondation. Avant cela, d'autres projets pédagogiques et collaboratifs ont vu le jour au côté de Wikipédia. Intitulés « projets frères », ceux-ci se constituent à leur tour, en de nombreuses versions linguistiques, tout en poursuivant le processus de création du mouvement Wikimédia.
'''Chapitre 8 : L'arrivée des projets frères'''
Dans le but de développer des contenus pédagogiques qui ne trouvaient pas leur place dans Wikipédia, d’autres projets pédagogiques et collaboratifs ont vu le jour, pour former ce que l'on appelle couramment aujourd'hui : l’écosystème Wikimedia. La naissance de tous ces projets, ainsi que les évènements importants qui ont contribué au développement du mouvement, ont été repris dans une ligne du temps réalisée par Guillaume Paumier, à l’occasion du dixième anniversaire de Wikipédia. Grâce à ce graphique, on peut voir en détail l'évolution du nombre de projets, de versions linguistiques, de contributeurs et d'articles, et se faire ainsi une idée sur la vitesse à laquelle s'est développé le mouvement Wikimédia.
Parmi tous les projets frères de Wikipédia, le premier à apparaître fut Méta-Wiki, une plateforme de référence pour centraliser la gestion de l'ensemble des sites web hébergés par la fondation Wikimédia. Dans un premier temps, cet espace communautaire en ligne a répondu à la nécessité de traiter en un seul lieu les questions communes aux différentes versions linguistiques de Wikipédia. Aujourd'hui, le site web est le principal endroit de coordination et de gestion de l'ensemble du mouvement Wikimédia. On y retrouve énormément d'informations au sujet des projets en ligne, et peut-être plus encore, concernant la Fondation et les organismes affiliés.
Après Méta-Wiki, sept autres projets de partage de la connaissance ont fait leur apparition, avant d'être déclinés à leur tour en plusieurs versions linguistiques. Tous ces projets émergent en général sur l’initiative d’un petit groupe de personnes actives au sein d’un projet préexistant. Ce fut le cas du projet Wiktionnaire en anglais, le deuxième projet à voir le jour après Méta-Wiki, en décembre 2002, soit deux ans avant la version francophone apparue en mars 2004.
Il est intéressant d'observer que la version francophone du Wiktionnaire n’a pas été créée à partir du projet anglophone, mais bien depuis le projet Wikipédia en français. D'ailleurs, on peut retrouver dans les archives de ce dernier projet, un débat concernant la pertinence de cette création, dont voici un extrait.
En fait, ce qui me peine vraiment avec le projet Wiktionary, c’est que alors qu’on essaie de rassembler les gens (pas facile) pour créer une sorte de tour de Babel de la connaissance (tâche bien longue et difficile), ce nouveau projet va disperser les énergies pour une raison qui ne me semble pas valable. C’est la création de Wiktionary qui va créer des redondances. À mon avis il existera rapidement des pages sur le même mot, mais ne contenant pas les mêmes informations. Pour quelle raison ces connaissances devraient-elles être séparées ? Les encyclopédies sur papier devaient faire des choix à cause du manque de place, mais nous, pourquoi le ferions-nous ??? "Wikipédia n’est pas un dictionnaire" n’est pas un argument à mon avis... si vraiment c’était pas un dictionnaire, il faudrait virer tout un tas d’article. Je ne comprends vraiment pas cette volonté de séparer la connaissance entre ce qui est "encyclopédique" et ce qui n’est "qu’une définition".
[Réponse]
Pour moi ce qu’est Wiktionary, c’est une partie de Wikipédia s’intéressant plus particulièrement aux aspects linguistiques des mots. La différence que je verrais entre la partie dictionnaire de Wikipédia et sa partie dite encyclopédique, c’est que la partie dictionnaire s’intéresserait au sens des mots eux-mêmes alors que la partie encyclopédie s’attache plus à faire ressortir un état des connaissances à un moment donné. Le pourquoi de la séparation d’avec la partie encyclopédie tient plus à des raisons techniques qu’à une volonté de monter un projet indépendant, en effet, à mon humble avis, un dictionnaire nécessite une plus grande rigueur (de présentation) qu’une encyclopédie. Ceci entraîne beaucoup de problème et entre autres le choix de la mise en forme des articles du dictionnaire.
Créer un nouveau projet, c’est effectivement créer un nouveau site web, qui devra faire l’objet d’une nouvelle gestion, tant pour les serveurs de la Fondation, que pour la nouvelle communauté de contributeurs. L’importation de pages d’un projet à l'autre ou la traduction de celles-ci sont bien sûr toujours possibles, mais cela duplique alors aussi la maintenance et les mises à jour. Le choix de scinder un projet, en faveur d’une plus grande liberté, comporte donc certains coûts humains et financiers.
Ce prix à payer n'a pour autant pas empêché le projet anglophone Wikibooks de faire son apparition le 10 juin 2003, soit près d’un an avant Wikilivres, la version francophone du projet, apparue le 22 juillet 2004. Cette dernière création avait de nouveau été débattue au sein de la communauté Wikipédia en français, et non pas dans le Wikibooks en anglais. Quant à l'objectif commun aux deux projets linguistiques, il était de créer une « bibliothèque de livres pédagogiques libres que chacun peut améliorer ».
Environ un an après la création du projet en anglais, un nouvel espace de noms intitulé Wikijunior fut mis en place au sein de la bibliothèque en ligne. Ce sous-projet avait été créé pour répondre à un financement de la fondation Beck, qui cherchait à promouvoir la production de nouvelles littératures pour des enfants de huit à onze ans. Peu de temps après, cette tranche d’âge fut toutefois élargie de zéro à douze ans au niveau du projet francophone, quand le sous-projet y fut adopté.
Ces deux évènements témoignent ainsi qu'il est toujours possible qu'un sous-projet apparaisse dans un projet Wikimédia. Comme autre exemple, il y a aussi le WikiJournal, un sous-projet développé au sein du projet Wikiversité en anglais et qui reçut le prix de l’Open Publishing Awards en 2019. Une demande fut faite pour qu'il puisse bénéficier d'un nouveau site web dans le but de pouvoir se développer en dehors de Wikiversité. Malheureusement pour les initiateurs, la demande est restée sans suite jusqu'à ce jour, après que le conseil d’administration de la Fondation, chargé de répondre à leur demande, considéra que le projet n’était pas suffisamment abouti.
Il faut savoir qu'avant cela, le projet Wikiversité, dans lequel est né Wikijournal, avait lui-même été un sous-projet du projet Wikibook. Initialement, il visait à « créer une communauté de personnes qui se soutiennent mutuellement dans leurs efforts éducatifs ». Cependant, en août 2005, une longue discussion remit en question l’existence du sous-projet Wikiversité dans Wikibooks. Au terme de celle-ci, la décision fut prise de transférer Wikiversité et son contenu sur le site Méta-Wiki, là où de nouvelles discussions ont abouti à l’idée de faire de Wikiversité un nouveau projet indépendant.
Déjà à l'époque, le conseil d’administration de la Fondation Wikimédia se montrait réticent à l'ouverture de nouveaux projets, et sa réaction fut de demander l'ouverture d'un sondage au sein de la communauté. Celui-ci devait rassembler une majorité des deux tiers en faveur de l'ouverture du nouveau site web. Un résultat qui fut finalement obtenu, mais pas sans de longs débats, dont voici un extrait.
La principale raison pour laquelle la Fondation Wikimédia ne veut pas "lâcher le morceau" est une simple question de bureaucratie et la crainte que le projet ne devienne une autre Wikispecies [un projet de répertoire du vivant]. Wikispecies est une idée cool, mais les "fondateurs" du projet se sont dégonflés à mi-chemin de la mise en place du contenu et ont décidé de faire une révision majeure qui a pris plus de temps que ce que tout le monde était prêt à mettre.
Le même problème s’applique à Wikiversity en ce qui concerne la Fondation, parce que les objectifs et les buts de ce projet ne sont pas clairement définis, et il semble que les participants essaient de mordre plus qu’ils ne peuvent mâcher en proposant une université de recherche multi-collèges entière (avec un statut de recherche et une accréditation) à former de toutes pièces plutôt qu’un simple centre d’éducation pour adultes avec quelques classes.
En novembre 2005 et malgré les résultats du sondage, l'indépendance du projet Wikiversité ne fut toutefois pas acceptée par cinq membres du conseil. Ceux-ci réclamaient une « réécriture de la proposition pour en exclure la remise de titre de compétence, la conduite de cours en ligne, et de clarifier le concept de plate-forme e-learning ». Quand ces rectifications furent faites, le projet bénéficia d'une période d’essai de plusieurs mois, jusqu'à ce que les amendements apportés au projet de départ soient enfin acceptés, le 31 juillet 2006. Ce long temps d'attente était justifié par la création du special projects committee, qui, jusqu'en décembre 2021, fut chargé de soulager le conseil d’administration de la fondation, par rapport aux demandes de création de nouveaux projets Wikimédia.
Un nouveau site, nommé Beta-Wikiversity, fut ainsi créé pour assister le lancement des différentes versions linguistiques de Wikiversité. Durant six mois, son premier objectif a d'abord été l'élaboration des lignes directrices concernant la potentialité de produire des recherches collaboratives au sein du projet. Par la suite, chaque nouvelle version linguistique, développée dans le projet Beta, devait avoir plus de 10 modifications par mois, réalisées par au moins trois personnes distinctes, avant de pouvoir bénéficier de son propre site web.
À l'image de Beta-Wikiversity, le projet Wikisource possède lui aussi un site indépendant pour lancer ces nouvelles déclinaisons linguistiques. Tandis que pour tous les autres projets pédagogiques, ce lancement s'effectue sur la plateforme Wikimedia Incubator, créée à la même époque que Beta-Wikiversity. Ces trois plateformes de lancement ne concernent pas les nouveaux projets, qui doivent faire l'objet d'une acceptation par le conseil d'administration de la Fondation Wikimédia, et qui peuvent avoir pour origines des processus de création divers.
Le projet Wikivoyage, par exemple, fut initialement créé en 2003 dans un Wiki extérieur au mouvement Wikimédia, là où il portait le nom de Wikitravel. Comme cela arrive parfois, ce projet sans but lucratif fut acheté par une entreprise commerciale en 2006. Mais en raison du changement de gouvernance et de l'apparition de publicités, une scission est apparue au sein de la communauté d’éditeurs. Les personnes désireuses de quitter Wikitravel lancèrent alors un nouveau site appelé Wikivoyage, qui reçut en 2007, le Webby Award du meilleur guide de voyage Internet.
L'intégration de Wikivoyage dans l'écosystème Wikimédia n'a cependant été faite qu'en 2012, à la suite d'un appel à commentaires durant lequel 540 personnes furent en faveur de l’intégration du projet, 153 contre, pendant que 6 restèrent sans avis. Comme cette nouvelle déclencha une migration importante depuis Wikitravel vers Wikivoyage, une plainte fut déposée par la société commerciale en charge du premier projet. Celle-ci fut toutefois rejetée et le projet Wikivoyage continua à prendre de l’ampleur au sein du mouvement Wikimédia, avec la création de nouvelles versions linguistiques.
Le cas de Wikivoyage apparait toutefois comme une exception, car en général les nouveaux projets émergent des centaines de candidatures déposées sur le projet Méta-Wiki. Celles-ci se soldent bien souvent par un refus, comme ce fut le cas pour le projet WikiLang dont le but était de lancer un laboratoire linguistique. Quelques rares projets ont pourtant la chance d'être élus. Ce fut notamment le cas en octobre 2012, avec le lancement de la base de données structurée et sémantique Wikidata et de ses extensions Wikibase, ou plus récemment, en 2020, avec l'arrivée du projet Abstract Wikipedia et Wikifunctions.
Sans vouloir entrer dans les détails, il est intéressant de savoir que l'interconnexion entre ces trois projets permet de traduire automatiquement des articles encyclopédiques dans tous les langages naturels pris en charge par le mouvement Wikimédia. Plus précisément, les phrases des articles publiées sur Abstract Wikipédia, sont formulées par des fonctions informatiques produites dans le projet Wikifunctions, dans le but de traiter les informations de la base de données sémantique Wikidata. Autrement dit, un article dans Abstract Wikipédia ne possède qu'une seule page pour toutes les langues, pareillement aux pages d'entités de Wikidata, qui ont pour titre une lettre suivie d'un chiffre.
À la suite de ces explications, on observe donc que ce n'est pas la complexité qui détermine le refus projet, mais plutôt une série de critères comparables à ceux retenus pour supprimer des projets ou versions linguistiques déjà existants. À ce propos, il existe sur Méta-Wiki une liste mise à jour des différents sites hébergés par la Fondation Wikimédia dont l'existence est remise en cause. Dans celle-ci, on retrouve essentiellement des versions linguistiques de projets qui n’ont pas réussi à poursuivre leurs développements, bien qu'un projet entier soit toujours susceptible d'être mis à l'arrêt. C'est d'ailleurs ce qui est arrivé aux 31 versions linguistiques du projet Wikinews, qui, en date du 4 mai 2026, soit 22 ans après le lancement du site anglophone, sont accessibles en mode lecture uniquement.
Dans le cas de Wikinews, ce fut le manque d'activité qui apparut comme principale justification de la suspension du projet. Cependant, d'autres raisons pourraient être invoquées, comme le prouve cet épisode de 2005, où, peu de temps après son lancement, la version francophone du recueil de citations Wikiquote a bien risqué de disparaitre. Le projet fut effectivement accusé d’avoir récupéré le contenu d’une base de données soumise à un droit d’auteur, incompatible avec la licence Creative Commons appliquée sur l’ensemble des projets pédagogiques Wikimédia. Lorsqu'une plainte fut adressée à l’association Wikimédia France, pour être ensuite relayée sur le site Méta-Wiki, il fut bien question de fermer le projet. Après de longues discussions, celui-ci fut maintenu, mais avec pour conditions de repartir de zéro, et d’établir une charte pour garantir la traçabilité des citations reprises par le projet.
Voici donc de quoi se faire une idée sur la manière dont les projets pédagogiques et leurs déclinaisons linguistiques apparaissent et disparaissent au sein du mouvement. Les exemples repris ci-dessus suffisent effectivement pour comprendre les principes généraux qui sous-tendent leurs créations. En dehors de Méta-Wiki, Wikidata, Wikifunctions, Abstract Wikipédia et Wikimedia Commons, qui ne sont pas des projets de contenu pédagogique à proprement parler, tous les autres projets semblent effectivement provenir d’un désir de spécialisation d’un projet préexistant.
L'idée est généralement débattue dans un projet de même langue, avant de relayer la discussion vers le site Méta-Wiki. Si le projet y est jugé pertinent, il fait alors l'objet d'une candidature qui doit actuellement être soumise au groupe de travail des projets frères du comité des affaires communautaires de la Fondation Wikimédia. Quant aux nouvelles versions linguistiques, elles doivent être aujourd'hui soumises à l'approbation du comité des langues, avant d'être testées sur les plateformes Incubator, Beta-Wikiversité ou Wikisource Multilingue, dans le but de bénéficier d’un site web indépendant.
Après ces explications concernant les projets frères et leurs variations linguistiques, il nous reste encore à parler des sites qui ont un lien avec le mot Wiki, soit par leur nom, soit par le logiciel utilisé. En 2024 effectivement, plus de 22 600 d'entre eux étaient répertoriés, dont plus de 95 % sans aucun lien avec le mouvement Wikimédia, en dehors du fait, peut-être, qu’ils utilisaient le logiciel MediaWiki développé par la Fondation Wikimédia.
WikiLeaks par exemple, créé par Julian Assange dans le but de publier des documents classifiés provenant de sources anonymes, n’est ni un projet Wikimédia, ni un site collaboratif. Quant au recueil universel et multilingue de guides illustrés WikiHow, si celui-ci fonctionne pour sa part de manière collaborative et avec le logiciel MediaWiki, il n'a pourtant aucun lien avec le mouvement Wikimédia. D'ailleurs, son ergonomie, radicalement différente de celle des projets Wikimédia, permet de le comprendre au premier coup d’œil.
En revanche, Wikimini, l'encyclopédie libre pour les enfants, a une apparence tout à fait comparable à celle des projets Wikimédia, alors que le projet n’a jamais été accepté par la Fondation. Quant aux projets WikiTribune et Fandom, l'ambiguïté qu'ils entretiennent avec le mouvement est d'autant plus grande qu'ils ont été créés par Jimmy Wales, le fondateur de Wikipédia et de la Fondation Wikimédia. Cependant, comme ce sont des projets commerciaux, ils ne peuvent en aucun cas être soutenus par une fondation sans but lucratif.
Au terme de cette présentation, il ne reste plus qu'à signaler que le mouvement Wikimédia ne fut conscientisé que tardivement par rapport à l'apparition des projets Wikimédia et de leurs différentes versions linguistiques. Pour qu'un sentiment de collectivité se manifeste entre tous ceux-ci, il fallut certainement attendre qu'une coordination se développe sur la plateforme Méta-Wiki, mais également que de nombreuses rencontres et associations apparaissent en dehors de l'espace numérique. En ce sens, la naissance du mouvement ne fut pas un événement ponctuel, mais plutôt la réalisation d’un long processus de conscientisation.
'''Chapitre 9 : La conscientisation du mouvement'''
Avant d'aborder la question de la conscientisation du mouvement, il peut être intéressant de découvrir l'origine étymologique du mot « Wikimédia ». Celui-ci est un mot-valise composé du suffixe « média » et du préfixe « wiki » que l’on doit à cette expression hawaïenne « wiki wiki », qui se traduit en français par l'expression : « vite, vite ». Celle-ci fut récupérée une première fois par Ward Cunningham, le créateur du premier moteur Wiki, avant d'être réutilisée dans les noms inventés pour d'autres logiciels de cette même famille. UseModWiki en est un bel exemple, puisqu'il fut le premier programme utilisé par la firme Bomis pour héberger son projet d’encyclopédie collaborative. Raison pour laquelle, sans doute, le terme « wiki » fut utilisé pour créer le mot Wikipédia, en l'associant au suffixe « pedia » qui fait référence au mot anglais encyclopedia, selon un principe qui fut ensuite repris pour tous les autres projets du mouvement.
Le mot Wikimédia, pour sa part, n’est apparu que le seize mars 2003, lors d’une discussion concernant la déclinaison possible de l’encyclopédie en d’autres types de projets éditoriaux participatifs. Durant celle-ci, l’écrivain américain Sheldon Rampton eut l’idée d’associer au terme wiki à celui de « média », afin de mettre en évidence la variété des médias produits et partagés par Wikipédia et ses projets frères. Toutefois, c'est seulement en juin 2008 que Florence Devouard, présidente de la Fondation à cette époque, associe le mot Wikimédia à un mouvement social qu’elle voyait apparaître au sein des projets Wikimédia et de leurs communautés d'usagers.
Affirmer pour autant que ce moment précis coïncide avec la naissance du mouvement Wikimédia serait quelque peu arbitraire. Car si l’on peut déterminer plus ou moins facilement l’apparition d’une expression dans des archives, tout le monde sait qu’un mouvement social ne se forme pas en un seul instant. Dans le contexte du mouvement Wikimédia, sa naissance est bien sûr liée à celle du projet Wikipédia, mais également à tout ce qui permit la création de cette encyclopédie libre. Dans une autre perspective encore, on peut dater l'apparition du mouvement Wikimédia au 20 juin 2003, date de la création de la fondation qui porte le même nom. Ou pourquoi pas, associer la création du mouvement à la mise en ligne de la plate-forme Méta-Wiki, qui en représente le principal lieu de coordination.
Toujours est-il que l’expression « Wikimedia movement » est bien apparue en juin 2008, sous la plume de Florence Devouard. Cela s'est passé sur la liste de diffusion de la Fondation et peu de temps avant qu'elle quitte son poste de présidente. Dans son message, elle partageait l'idée de placer sous le nom de domaine Wikimedia.org un site vitrine de présentation du mouvement Wikimédia qu'elle concevait de la sorte.
Le mouvement Wikimédia, comme je l’entends est
– une collection de valeurs partagées par les individus (liberté d’expression, connaissance pour tous, partage communautaire, etc.)
– un ensemble d’activités (conférences, ateliers, wikiacadémies, etc.)
– un ensemble d’organisations (Wikimedia Foundation, Wikimedia Allemagne, Wikimedia Taïwan, etc.), ainsi que quelques électrons libres (individus sans chapitres) et des organisations aux vues similaires.
Avec autant de détails et d'explications, un tel message ne pouvait qu'accélérer la prise de conscience au sein du mouvement. Dans tous les cas, il mettait en évidence que les personnes actives dans les projets éditoriaux en ligne ou dans les organismes affiliés, faisaient partie de ce que Ralf Dahrendorf appelle un « quasi-groupe ». Ou autrement dit, un ensemble d’individus qui ont un mode de vie semblable, une culture commune, mais dont les points communs ne gravitent pas autour d’une prise de conscience de leur position commune dans la relation d’autorité.
Après la naissance de Wikipédia et de nombreux projets frères, une dizaine d’années a donc été nécessaire pour que le mouvement Wikimédia prenne conscience de son existence. Aujourd’hui encore, et comme cela a déjà été vu, de nombreuses personnes actives dans les projets pédagogiques ne réalisent toujours pas qu’elles participent aux activités d’un mouvement social. Cela, contrairement aux personnes investies dans les activités en présentiel organisées au sein du mouvement, qui sont généralement plus conscientes de leur engagement. C’est là une raison de croire que le développement de la Fondation Wikimédia et de ses organismes affiliés a joué un rôle important dans l'apparition d'un sentiment d’appartenance.
'''Chapitre 10 : La création des organismes affiliés'''
Si c’est grâce à l’arrivée des groupes et des organismes affiliés à la Fondation Wikimédia que l’idée du mouvement est probablement apparue, il est alors intéressant d'en décrire les processus de création. Mais puisque cela représente plusieurs centaines d’instances spécifiques, regroupées en plusieurs catégories détaillées en seconde partie d'ouvrage, aborder ici l’histoire de chacune d’entre elles serait une entreprise beaucoup trop fastidieuse.
De plus, s’il existe énormément d’archives numériques concernant la naissance des sites Wikimédia, ce n’est pas le cas pour ces organismes affiliés. Un bon nombre de ceux-ci se sont effectivement formés durant des rencontres ou des réunions hors ligne qui n'ont fait l’objet d’aucun enregistrement. Du reste, une bonne part des échanges effectués au sein de ces associations s'organise par des canaux de communication privés auxquels seuls les membres actifs ont accès.
Puisque je suis l'un des membres fondateurs, je me limiterai donc ici à parler de l’association Wikimédia Belgique. Celle-ci fut fondée le huit octobre 2014 en tant qu’association sans but lucratif, avant d'être reconnue le six août 2015 par le conseil d’administration de la Fondation Wikimédia. Après plus de trois ans d’activités et de rencontres et sous l’impulsion de Maarten Deneckere qui assuma le premier mandat de présidence, nous étions 8 personnes à signer la première version des statuts de l’association.
Jusqu’à ce jour, l’objet social de Wikimedia Belgique est d' « impliquer tout un chacun dans la connaissance libre ». Contrairement à l'association Wikimédia Deutchland, la première à voir le jour en 2004 et qui rassemblait déjà en 2021 plus de 85 000 membres et près de 150 employés, l’association belge n'a qu'une seule employée à temps partiel et 150 membres en 2025.
Avant d’être reconnues par le comité d’affiliations chargé de seconder le conseil d’administration de la Fondation, toutes les associations nationales, dites « chapters » en anglais, et toutes les autres organisations affiliées doivent réaliser de nombreuses démarches. Celles-ci consistent à répondre à un ensemble de prérequis qui ont évolué suite à la création d'un comité décisionnel en avril 2006. Ces obligations diffèrent entre les groupes d’utilisateurs et d'utilisatrices et les associations locales ou thématiques. Parmi ceux-ci, on retrouve toutefois : un nombre minimum de membres et de référents, une mission et un règlement d’ordre intérieur conformes aux attentes du mouvement, la remise de plans et de rapports d’activités annuels, etc.
On comprend donc qu’il n’est pas évident de créer une nouvelle instance au sein du mouvement. Pour bénéficier du soutien logistique et financier de la Fondation réservé aux organismes affiliés, c’est ainsi toute une série de rapports qu’il faut alors transmettre à divers comités et commissions chargés de leurs évaluations. Cela représente une quantité de tâches administratives qu’il n’est pas toujours facile d’assumer, surtout lorsque les membres de l’organisme affilié sont tous des bénévoles. D’où sans doute cette régulière disparition d’affiliations, pendant que d’autres se créent ou réapparaissent en fonction des énergies et du dynamisme disponibles dans les équipes.
Les activités liées à la récolte et à la redistribution des dons offerts au mouvement, ainsi que les autorisations d’usage de marques déposées, contrastent donc avec les valeurs de libre partage et d’autonomie décrites dans les projets pédagogiques. Cela semble confirmer que la partie hors ligne du mouvement est plus influencée par les habitudes d’un système économique dominant, contrairement à la partie en ligne qui semble plus fidèle à l’héritage de la contre-culture.
'''Chapitre 11 : L'héritage d'une contre-culture'''
Au terme de cette première partie d’ouvrage, il devient évident que la révolution numérique, que l’on considère généralement comme une révolution technique, fut aussi, et peut-être avant tout, une révolution sociale et culturelle. Quant à l'histoire de Wikimédia, reprise ici depuis les origines de son encyclopédie jusqu'à l'apparition de ses organismes affiliés, elle nous fit découvrir comment les idées de la contre-culture des années 1960 furent transmises au mouvement.
En cas de doute, observons encore que Richard Stallman, celui qui a créé les concepts de licence et d'encyclopédie libre, fut désigné par certains comme le gourou de la contre-culture hacker et le père du système d’exploitation hippie. Une culture hippie, dont il est aussi troublant de constater que le renversement de son logo ressemble étrangement à celui du mouvement Wikimédia.
Incontestablement et au travers du mouvement des logiciels libres, le mouvement Wikimédia a donc bien hérité des valeurs produites par les mouvements sociaux des années 1960. Des valeurs qui aujourd'hui contrastent fortement avec la marchandisation et la capitalisation du monde, dont l'espace web ne fait jamais que refléter ce qui se passe dans le reste de la société humaine. Or, ce phénomène ne date pas d'hier. En 2008 déjà, André Gorz, ce philosophe parmi les pères de la décroissance et théoricien de l’écologie politique, constatait déjà que :
La lutte engagée entre les "logiciels propriétaires" et les "logiciels libres" [...] a été le coup d’envoi du conflit central de l’époque. Il s’étend et se prolonge dans la lutte contre la marchandisation de richesses premières – la terre, les semences, le génome, les biens culturels, les savoirs et compétences communs, constitutifs de la culture du quotidien et qui sont les préalables de l’existence d’une société. De la tournure que prendra cette lutte dépend la forme civilisée ou barbare que prendra la sortie du capitalisme.
Dans cette lutte et avec le seul nom de domaine non commercial parmi le top 100 des sites les plus fréquentés du Web, la galaxie Wikimédia apparait donc comme un des derniers lieux numériques de liberté, de partage et d'égalité. Un lieu qui, de plus, est connu mondialement, grâce au succès des plus de 350 déclinaisons linguistiques de Wikipédia, et sans pour autant récolter d'informations sur l’identité et le comportement des internautes. Cela alors que cette pratique est considérée, par certains, comme un « nouvel or noir » pompé du Web, pendant que d’autres préfèrent parler de « capitalisme 3.0 » ou de « capitalisme de surveillance » .
Évidemment, les enjeux de cette lutte sont difficiles à comprendre. La complexité de l’infrastructure informatique, mais également le fait que tout cela s'inscrit dans une révolution que Rémy Rieffel décrit comme « instable et ambivalente, simultanément porteuse de promesse, et lourde de menaces », ne facilitent pas les choses. Cela d'autant plus que tout cela se place « dans un contexte où s’affrontent des valeurs d’émancipation, et d’ouverture d’un côté et des stratégies de contrôle et de domination de l’autre » .
En fait d’ambivalence, il est surprenant d'apprendre, par exemple, que Jimmy Wales, fondateur de Wikipédia et de la fondation Wikimédia, est un adepte de l’objectivisme, alors que cette philosophie voit le capitalisme comme un idéal de société et l’égoïsme rationnel, comme une morale. Puis, concernant l'instabilité du numérique, il y a ces appels répétés de Tim Berners-Lee au sujet de la « redécentralisation » et de la « régulation » d'un espace web qu'il avait conçu dans un esprit tout à fait opposé. Quant aux pionniers d'Internet, ils n'ont probablement pas imaginé que leur création permettrait un jour, à des milliards d’objets connectés, de rapporter, rien qu'en France et en 2021, plus de 2,6 milliards d’euros.
Quant à la question du contrôle et au-delà de ce qui est opéré par les firmes commerciales, c'est bien sûr du côté des États qu'il faut porter son attention. Face à un mouvement qui veut s’émanciper des contrôles, par moins de 18 pays ont déjà censuré Wikipédia et parfois même l'ensemble des projets frères. Ce fut le cas par exemple pour la Turquie, la Russie, l'Iran, mais également le Royaume-Uni, la France et l'Allemagne, et c'est même le cas de manière permanente en Chine, depuis 2004.
Dans certains cas, des procédures juridiques ont été utilisées pour intimider les membres du mouvement. C'est arrivé en France lorsque le directeur de l'association Wikimédia fut menacé de poursuites pénales par la Direction Centrale du Renseignement Intérieur, après un refus de supprimer un article qui traitait d’une station militaire dans Wikipédia. Par chance, ce qui s'est passé en France ne dépassa pas le stade de l'intimidation. En Biélorussie cependant, Mark Bernstein, un contributeur aux projets Wikimédia, fut condamné à quinze jours de prison ferme, assortis de trois ans d’assignation à résidence, pour des propos tenus au sujet de la guerre en Ukraine. Cela sans oublier qu'actuellement, ce sont les conservateurs à la tête des États-Unis qui « veulent la peau de Wikipédia » en cherchant à obtenir l'identité réelle de certains contributeurs.
Le contrôle et le non-respect de la vie privée font ainsi appel à la figure emblématique du lanceur ou de la lanceuse d'alerte, dont la posture contestataire fait penser à celle des personnes actives dans la contre-culture des années 1960. Parmi ceux-ci, on dit de Julian Assange, Edward Snowden et Chelsea Manning, qu'ils « ont perdu leur liberté pour défendre la nôtre ». De manière similaire, on pourrait donc aussi dire que les Wikimédiens Aaron Swartz, Bassel Khartabil, Pavel Pernikov, Ihor Kostenko et Mark Bernstein, se sont sacrifiés pour la liberté, le partage et la vérité.
Dans Wikimédia et comme ce fut expliqué dans l'introduction de cet ouvrage, une alerte peut prendre la forme d'un appel à commentaires en réaction à une décision ou une situation observée au sein du mouvement. C'est même là une pratique institutionnalisée, qui fait l'objet d'une procédure d'accompagnement et de suivi. Toutes ces alertes concernent les dérives de certains projets, mais également de certaines associations dont la proximité avec le système économique n'aide pas au respect des pratiques et des valeurs développées en ligne.
Dans ce qui apparait aux yeux de certains comme un « bazar libertaire », les choix et règles édictés dans la sphère hors ligne du mouvement ne plaisent pas toujours aux membres des communautés en ligne. Ce qui n'empêche toutefois pas les projets éditoriaux d'avoir leurs propres règles et des recommandations, ni de voir apparaitre, en 2020 et dans l'ensemble du mouvement, un code de conduite universel, qui détermine le « référentiel minimum des comportements acceptables et inacceptables ».
L'idéologie transmise à Wikimédia, décrite en partie par Steven Levy dans son ouvrage L’Éthique des hackers est donc plus subtile qu'un simple refus d'autorité. Dans un esprit de partage, d'ouverture, de transparence, de liberté, d'égalité et d'autonomie, c'est une structure très complexe, tout en étant cosmopolite et mondiale, que le mouvement réussit à mettre en place. Une organisation qui, finalement, apparait très inspirante dans la manière de faire communauté aujourd'hui, et au sein d'un monde toujours plus global et numérique.
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Lionel Scheepmans
20012
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'''LE MOUVEMENT WIKIMÉDIA.'''
'''Dernier partage altruiste de la connaissance libre ?'''
De Lionel Scheepmans.
Avec l'aide de la communauté Wikimédia.
'''Quatrième de couverture.'''
'''Le mouvement Wikimédia, l'aventure inspirante d'une organisation mondiale et altruiste, au service d'un savoir libre et vérifiable.'''
Quel est ce seul acteur à but non lucratif présent dans le top 100 des sites les plus visités sur le Web ?
Comment incarne-t-il l’expression la plus visible des valeurs de liberté, d’égalité et de partage, héritées de la révolution numérique et des mouvements sociaux des années 1960 ?
Comment, à partir de Wikipédia et suite à la création d’une quinzaine de projets frères, distribués en centaines de versions linguistiques, le mouvement social Wikimédia a imaginé un monde dans lequel le savoir se produit et se partage librement ?
Et comment, en toute autonomie, des dizaines de projets pédagogiques, édités par des millions de bénévoles, soutenus par une fondation et près de 200 associations et groupes locaux, produisent-ils la plus grande intelligence collective au monde ?
Avec de nombreux codes QR, cet ouvrage répond à ces questions, tout en permettant de mieux comprendre le monde global et numérique qui nous entoure.
Lionel Scheepmans est docteur en sciences politiques et sociales, militant de la culture libre et professeur d’anthropologie numérique. Il occupe plusieurs postes d’administrateur au sein du mouvement Wikimédia qu’il observe de manière participative depuis 2011. Ses travaux universitaires, du master à la thèse de doctorat, furent consacrés à l’organisation et aux enjeux de Wikipédia et du mouvement Wikimédia.
'''Avant-propos'''
Pour offrir un confort de lecture sur papier sans perdre la puissance du numérique, des codes QR sont affichés tout au long de cet ouvrage. À l’aide d’une tablette ou d’un smartphone, ils offrent un accès direct à ce qui serait coûteux ou impossible à imprimer.
Par exemple, le code QR 1, présent à la fin de cette page, donne accès directement à la page web qui reprend l’intégralité de l’ouvrage. Une fois sur celle-ci, on peut alors visionner les illustrations en couleur ou les enregistrements qui s’y trouvent et consulter ensuite leurs pages de descriptions en cas de besoin. Cette version numérique comprend aussi de nombreux hyperliens pointant vers Wikipédia et d’autres sites du mouvement Wikimédia, où se trouvent des compléments d’informations et leurs mises à jour.
Pour économiser du papier lors de l’impression, la section regroupant les notes et les références de l’ouvrage n’est disponible qu’au format numérique, mais est directement accessible via le code QR 2 repris ci-dessous. Grâce aux indices de renvoi chiffrés et placés en exposant dans le texte imprimé, il est alors possible, au départ d'un smartphone ou d'une tablette, de retrouver les notes et les références en fonction de leur numérotation. Lorsque la référence correspond à une page web, un lien pointant vers le projet Internet Archive s’y trouve repris, pour garantir un accès aux archives des pages citées dans l’ouvrage, si jamais elles avaient disparu du web. Quant aux pages toujours existantes, elles restent accessibles via leurs hyperliens originels, pour consulter leurs éventuelles évolutions.
Étant donné que ce livre est produit sur une plateforme collaborative, tout le monde est invité à améliorer les prochaines versions. On peut le faire en corrigeant des fautes d’orthographe ou de syntaxe sur les pages web qui constituent les différents chapitres de l’ouvrage, ou encore en apportant des commentaires sur les pages de discussion qui leur sont associées. Cela peut se faire très simplement en cliquant sur « Modifier » , quand on est sur la page d'un chapitre, et sur « Ajouter un sujet » lorsque l'on est sur une page de discussion.
Une page de discussion générale est aussi accessible grâce au code QR 3. Elle permet de commenter le livre dans son ensemble, ou de poser une question à son sujet. Il suffit pour cela d’indiquer un titre dans le champ « Démarrer un nouveau sujet », avant d'écrire le contenu de son message dans l’encadré situé juste en dessous, et de cliquer finalement sur le bouton « Ajouter un sujet de manière anonyme », pour publier celui-ci.
Enfin, pour ceux qui voudraient agrémenter leur lecture d’un fond sonore relaxant et original, le code QR 4 donne accès à une page web qui diffuse une musique mélodieuse. Celle-ci est composée de sons spécifiquement produits chaque fois qu’une modification est apportée sur un projet Wikimédia, ou qu’un nouveau compte y est créé. Ce dispositif ingénieux offre ainsi, aux lecteurs qui le souhaitent, une ambiance sonore particulièrement confortable, ainsi qu’une nouvelle expérience immersive au sein du mouvement Wikimédia.
'''Introduction : Wikimédia n’est pas Wikipédia.'''
Depuis le succès initial de Wikipédia, une myriade de projets de partage des connaissances, d’organisations et de groupes de soutien ont émergé pour former ce qu’on appelle aujourd’hui le mouvement Wikimédia. Même si l’encyclopédie libre reste l'activité phare du mouvement à ce jour, il serait regrettable de réduire l’ensemble du mouvement à cet unique projet pédagogique. Malheureusement, il arrive bien trop souvent qu'une seule version linguistique de Wikipédia suffise pour cacher l’étendue de la forêt Wikimédia.
En réalité, Wikimédia représente un mouvement social, international et interculturel complexe, au sein duquel Wikipédia n’est qu’une composante parmi d’autres. Dans le cadre d'un mémoire de master, on peut ainsi fournir en quelques mois une ethnographie du projet Wikipédia en français. Alors que pour synthétiser les origines, l’organisation et les dynamiques globales du mouvement Wikimédia, une thèse de doctorat et cinq années de recul supplémentaires furent nécessaires.
À la fin de l'année 2025, l’ampleur numérique du mouvement est effectivement impressionnante. Chaque mois, des millions de modifications bénévoles sont effectuées sur plus de 500 millions de pages, réparties sur plus d’un millier de sites web, dont 358 seulement, correspondent aux versions linguistiques de Wikipédia. Ce qui prouve donc clairement que les activités en ligne portées par l'ensemble du mouvement Wikimédia dépassent largement ce qui se passe au sein de l’encyclopédie.
Il existe ainsi cinq autres espaces collaboratifs d'écriture susceptibles d'atteindre un jour l'envergure et la notoriété de Wikipédia, avec un objectif et un fonctionnement spécifiques à chacun. De manière détaillée, Wikilivres crée des livres pédagogiques ; Wikiversité rassemble des supports d'enseignement et des travaux de recherche ; Wikivoyage développe un guide touristique mondial ; Wikispecies établit un répertoire du vivant, tandis que Wiktionnaire définit des mots de toutes les langues, dans toutes les langues.
Contrairement à Wikipédia, tous ces projets ne sont pas soumis à une neutralité de point de vue, ni limités à l'usage de sources secondaires reconnues, au niveau de la rédaction des articles. La plupart d'entre eux acceptent aussi la publication de travaux de recherche ou de productions personnelles, alors que cela est tout à fait interdit dans Wikipédia.
Selon l'étymologie du mot encyclopédie, le but de Wikipédia est en effet de synthétiser ou, plus précisément, d'encercler le savoir humain déjà préexistant. Cette contrainte éditoriale limite donc les contributeurs et contributrices à l'usage de sources secondaires et tertiaires présentes dans des publications externes au projet. De ce fait, Wikipédia reproduit fatalement les biais systémiques, tels que les déséquilibres et les surreprésentations de genre et de culture, présents dans un monde de l'édition majoritairement occidental. Or, cette impasse éditoriale propre à Wikipédia n'existe pas dans les autres projets pédagogiques.
Comme ces projets frères, Wikipédia n'est pas non plus un projet complètement autonome des autres projets Wikimédia. L'encyclopédie compte en effet sur le projet Wikimedia Commons pour héberger l'ensemble de sa médiathèque. Elle utilise ensuite le contenu du projet Wikidata comme base de données structurée. Quant aux personnes qui produisent l'encyclopédie, elles peuvent aussi puiser leurs sources dans la bibliothèque Wikisource ou se référer à des citations d'auteurs collectées dans le projet Wikiquote. Tout cela sans oublier que des dizaines de sites web traitent l'archivage permanent de Wikipédia et des autres projets Wikimédia, dans le but de fournir des analyses précieuses et totalement libres d’accès.
Enfin, il faut aussi garder à l'esprit qu'au-delà de tous ces sites web, Wikimédia, c'est aussi de nombreuses institutions et organisations affiliées au mouvement et dispersées dans le monde. Autour de la Fondation Wikimédia chargée de la gestion et de l’organisation internationales, avec près de 650 salariés de nationalités diverses, se regroupent des centaines d'organisations satellites. Parmi celles-ci, on retrouve 2 associations thématiques, 40 associations locales, dont Wikimedia Deutschland qui regroupe plus de 170 employés, et finalement 141 groupes d’utilisateurs et utilisatrices.
Tout ce qui vient d'être exposé dans cette introduction justifie donc la nécessité de distinguer le mouvement Wikimédia du projet Wikipédia. Imaginons seulement que l’on se limite à citer Paris pour décrire et comprendre un pays aussi vaste que la France. Certes, Paris est une ville mondialement connue et qui compte plus de deux millions d’habitants et un patrimoine culturel impressionnant. Mais est-ce pour autant qu'il faudrait oublier les autres villes, villages et métropoles françaises ? Sans compter que la France regroupe aussi des départements et des territoires d’outre-mer et qu'elle entretient des relations et des partenariats internationaux qui dépassent de loin ce qui se passe entre Paris et le reste du monde. Ne pas confondre le mouvement Wikimédia avec le projet Wikipédia relève donc du bon sens.
En 2019 cependant, la Fondation Wikimédia a envisagé de se renommer en Fondation Wikipédia et de remplacer le terme « Wikimédia » par celui de « Wikipédia » partout où ce terme est utilisé dans la sphère hors ligne du mouvement. Le but était d’acquérir une plus grande visibilité et d’attirer des milliards de personnes, grâce au nom de marque Wikipédia, considéré comme l’un des plus connus au monde. Ce changement n’a toutefois pas été accepté par de nombreuses personnes actives au sein du mouvement. En janvier 2020, ces opposants ont ainsi créé une page d’appel à commentaires, qui fut le siège d’un long débat. À l’issue de ce dernier, 73 représentants d’organisations affiliées et 984 personnes ont signé une lettre ouverte adressée à la Fondation, qui comprenait le paragraphe suivant.
« Depuis 20 ans, les bénévoles ont bâti la réputation de Wikipédia en tant que ressource indépendante et communautaire. Les projets du mouvement Wikimédia, dont Wikipédia, se développent autour de la décentralisation et du consensus. Il est essentiel d’établir des distinctions claires entre la Fondation Wikimédia, les affiliés et les contributeurs individuels. Tout changement qui affecte cet équilibre exige le consentement éclairé et la collaboration des communautés. Il est donc très préoccupant de voir Wikipédia présenté pour le nom de l’organisation et du mouvement malgré le mécontentement général de la communauté. »
En s’opposant aux idées de la Fondation, ces membres de la communauté Wikimédia ont ainsi fait preuve de sagesse. De plus, ils ont signalé dans de nombreux commentaires que beaucoup de personnes connaissent le mouvement Wikimédia uniquement au travers de son encyclopédie. Il est même étonnant d'observer que la méconnaissance du mouvement existe au sein même de sa propre communauté. Comme exemple, on peut observer que l'article Wikipédia en anglais, consacré au mouvement Wikimédia, ne s’est développé qu’à partir de 2016, tandis que celui de la version francophone de l'encyclopédie, n’est apparu qu’en 2019. Quant aux autres versions linguistiques, il est tout aussi étonnant de constater qu'en octobre 2025, seulement 39 d'entre elles, sur un total de 358, possédaient un article dédié au mouvement Wikimédia.
Tous ces éléments justifient donc la nécessité d’offrir au monde, une meilleure connaissance du mouvement Wikimédia et des nombreux projets et organisations, qui participent à sa mission de partage du savoir. En ce sens, ce livre est une contribution importante aux défis stratégiques que doit relever le mouvement Wikimédia à l’approche de 2030. Car au-delà des résolutions prises pour développer de nouveaux processus participatifs et délibératifs concernant les questions de marque, c’est avant tout un travail d’information et de sensibilisation à destination du public qu'il reste à faire.
'''Première partie : La naissance du mouvement Wikimédia.'''
Il existe dans l'espace web, une multitude d’archives permettant de retracer les événements, qui ont conduit à la naissance du mouvement Wikimédia. Cette « préhistoire » du mouvement peut notamment être explorée grâce au réseau d’éducation populaire Framasoft, dont le site est apparu environ un an avant la création de la version francophone de Wikipédia. On trouve sur cette plateforme une mine d’informations concernant les logiciels libres et la culture libre, soit deux épisodes majeurs de l’histoire de l’informatique et d’Internet, malheureusement méconnus du grand public.
Grâce à Framasoft et bien d’autres associations, il est possible de découvrir l’organisation et les motivations des millions de personnes qui participent au mouvement du logiciel libre. On peut apprend par exemple, que ce mouvement politique et social, au sein du milieu informatique, a été initié en 1983 par [[w:fr: Richard Stallman|Richard Stallman]]. Programmeur du [[w:Massachusetts_Institute_of_Technology|MIT]] à cette époque, c'est en effet lui qui fut le premier à proposer une alternative à la marchandisation du secteur informatique.
La philosophie de libre partage, apparue au sein du projet de Stallman, reflétait une certaine éthique et une organisation de travail originale, développées au sein d’une sous-culture, en vogue dans le milieu informatique depuis les années 1950. Celle-ci fut documentée dans de nombreux ouvrages, dont « L’éthique hacker », un livre remarquable, dans lequel le philosophe finlandais, Pekka Himanen, analyse en détail les origines de la culture hacker.
Un simple extrait de sa quatrième de couverture, repris ci-dessous, permet d’appréhender la manière de penser de ces informaticiens, rejoints par Richard Stallman durant ses études universitaires, avant d'en devenir l’une des figures les plus charismatiques.
« On considérait jusqu’à présent le « hacker » comme un voyou d’Internet, responsable d’actes de piratage et de vols de numéros de cartes bancaires. Le philosophe Pekka Himanen voit au contraire les hackers comme des citoyens modèles de l’ère de l’information. Il les considère comme les véritables moteurs d’une profonde mutation sociale. Leur éthique, leur rapport au travail, au temps ou à l’argent, sont fondés sur la passion, le plaisir ou le partage. Cette éthique est radicalement opposée à l’éthique protestante, telle qu’elle est définie par Max Weber, du travail comme devoir, comme valeur en soi, une morale qui domine encore le monde aujourd’hui. »
En introduisant cette première partie d'ouvrage de la sorte, nous pouvons déjà comprendre que le mouvement Wikimédia plonge ses racines dans une transition culturelle remplie d’utopie. Une utopie qui s’oppose notamment à ce que l’historien et anthropologue Karl Polanyi désignait, en 1944 déjà, comme un libéralisme économique qui « subordonne les objectifs humains à la logique d’un mécanisme de marché impersonnel ». Étape par étape et en commençant par analyser cette utopie spécifiquement au niveau du mouvement Wikimédia, voyons maintenant ce qui s'est passé tout au long de cette révolution culturelle et numérique.
'''Chapitre 1 : L'utopie Wikimédia.'''
Au fil du temps, Wikipédia fut perçu comme une utopie en marche, puis comme une utopie réalisée, et finalement comme la dernière utopie collective du Web. Mais qu'en est-il de l'ensemble du mouvement Wikimédia ? Pour nous aider à comprendre ce qui se passe dans la dimension numérique de ce mouvement, voici une métaphore qui décrit un quartier établi au sein d'une ville, imaginée au départ de l'espace web ». Dans cette ville imaginaire, Internet représenterait le réseau routier, pendant que des serveurs informatiques feraient office de bâtiments, et que les pages web qu'ils hébergent, constitueraient les différentes pièces de ces édifices.
En visitant le quartier Wikimédia, on découvrirait donc plus d’un millier de bâtiments. Au sein de ceux-ci et à l’exception de quelques lieux administratifs, chaque pièce peut être visitée gratuitement, mais aussi modifiée au niveau de son contenu. On peut ainsi y ajouter de nouvelles choses, telles que du texte, des photos, des vidéos ou des documents sonores, et même changer ou supprimer ce qui a été créé ou modifié par d’autres. Tout cela, bien sûr, dans le but de rendre ces endroits plus esthétiques, ou plus authentiques et en tenant compte des différentes idées et des éventuelles oppositions de point de vue concernant les aménagements. Pour faciliter l'entente entre les personnes qui s'investissent dans les modifications, chaque pièce des bâtiments Wikimédia possède un espace annexe dédié à la discussion.
Dans la plupart des bâtiments Wikimédia, une personne malintentionnée peut même faire disparaitre tout le contenu d'une pièce. Néanmoins, dans la seconde qui suit, un robot remettra tout en place, avant de transmettre un message concernant le traitement du vandalisme. Lorsqu'une action plus discrète n'est pas détectée par un robot, une personne qui surveille la pièce prendra certainement le relais pour annuler les changements malveillants, et contacter la personne responsable. En cas de multirécidive, celle-ci peut se voir privée de sa capacité de modifier les pièces, soit dans le bâtiment vandalisé, soit dans tout le quartier quand cela se justifie. Après discussion, cette sanction sera mise en application par un administrateur ou une administratrice bénévole, choisi ou choisie par l'ensemble des autres bénévoles qui prennent soin des bâtiments.
On comprend donc que tout le monde peut enrichir, mais également surveiller et protéger les richesses partagées dans le quartier Wikimédia. Il suffit pour cela de rejoindre le mouvement en se créant un compte et de profiter de nombreux outils, dont un système de notification qui envoie un message dès qu'une pièce que l'on veut surveiller est modifiée. Pour créer ce compte, il n'est pas nécessaire de fournir une adresse ou un numéro de téléphone. Les seules informations personnelles indispensables au bon fonctionnement du quartier Wikimédia sont les adresses IP des visiteurs. Car contrairement à ce qui se passe dans les quartiers commerciaux de la grande ville numérique, tels que les GAFAM, NATU, BATX, le quartier Wikimédia ne récolte et ne vend aucune donnée à des fins d'exploitation.
Même les adresses IP enregistrées par le système ne sont pas visibles par les autres visiteurs. Elles sont remplacées par les noms et les pseudonymes fournis lors de la création des comptes, ou masquées par des comptes temporaires pour les modifications faites par des personnes non connectées. Seules quelques personnes accréditées par la communauté pour effectuer des contrôles d’usurpation d’identité ont accès à ces informations. C’est là une précaution nécessaire au bon déroulement des votes qui succèdent parfois aux recherches de consensus concernant l'aménagement du quartier Wikimédia.
Dans cette ville numérique que constituerait l'espace web, Wikimédia apparait ainsi comme le plus grand quartier dédié au partage de la connaissance. Tout d'abord, il y a les plus de 350 bâtiments Wikipédia, chacun dédié à une version linguistique de l'encyclopédie. Toujours séparés en versions linguistiques, on trouve ensuite : les bibliothèques Wikilivres et Wikisource, les bâtiments lexicaux Wiktionnaire, le journal Wikinews, le centre pédagogique et de recherche Wikiversité, le syndicat d’initiative Wikivoyage, le répertoire des êtres vivants Wikispecies et enfin l'institut des citations d’auteurs Wikiquote. Cela sans oublier le musée médiatique Wikimedia Commons et la banque Wikidata, reconnue comme étant la plus grande banque d’informations structurées au monde. Deux bâtiments dont l'une des fonctions principales communes est d’enrichir les pièces situées dans les autres buildings du quartier Wikimédia.
Dans tous ces immeubles, il arrive souvent que plus de la moitié des étages soient uniquement attribués à l'organisation des activités qui s'y déroulent. Chaque bâtiment peut aussi compter sur le soutien d'autres édifices tels que MediaWiki, Wikitech, Phabricator, qui sont trois lieux entièrement dédiés aux maintenances techniques sur l'ensemble du quartier. Concernant les aspects administratifs, c'est dans le bâtiment Méta-Wiki que s'opère la gouvernance générale du quartier, alors que les courriers adressés à ce dernier sont traités en première ligne dans le bâtiment Wikimedia VRT. À la suite de quoi, il ne reste plus qu'à citer le bâtiment Wikimedia Outreach, pour des initiatives de sensibilisation, et le bâtiment du journal Diff Wikimedia, comme lieu de publication d'actualités sur le mouvement.
En dehors de certains aspects techniques, tous ces bâtiments sont gérés exclusivement par des communautés bénévoles, qui sont toujours prêtes à accueillir de nouveaux membres. Les seuls immeubles du quartier qui diffèrent de ce principe sont les bâtiments vitrines de la Fondation Wikimédia et des autres associations Wikimédia qui engagent du personnel. Quant au bâtiment du conseil d'administration de la Fondation, des raisons officielles justifient le fait que la modification de ses pièces est réservée à ces membres et aux employés qui les soutiennent.
Face à tant d'utopies, on en vient donc à se demander comment tout cela fut rendu possible. Mais pour répondre à cette question, il faut alors parcourir tout un pan de l'histoire de la révolution numérique, depuis la contre-culture des années 1960 jusqu'à nos jours. On y découvre que les pionniers du réseau Internet étaient des chercheurs et étudiants en informatique, fortement influencés par de nouvelles idéologies, telles que celles qui furent à la source des évènements de mai 68 en France. C'est donc de là que naîtra la philosophie de partage, de liberté, de décentralisation et ce mode d’organisation tout à fait spécifique, que l'on observe aujourd'hui au sein du mouvement Wikimédia.
Il y eut tout d'abord la création d'Internet, comme réseau mondial de communication en libre accès, et le développement du World Wide Web, qui a grandement facilité les interactions humaines à l’échelle planétaire. Puis, ce fut l'arrivée du Web 2.0, caractérisé par l'apparition de nouveaux sites web directement modifiables à l'aide d’un simple navigateur. Or, parmi ceux-ci se trouvent les moteurs de Wiki, dont le plus puissant d’entre eux, MediaWiki, est un logiciel libre développé par la Fondation Wikimédia. Le moment est donc venu d'en savoir plus sur ce type de programme informatique, ainsi que sur le mouvement du logiciel libre, qui a fortement influencé la philosophie et les valeurs véhiculées au sein du mouvement.
'''Chapitre 2 : Le mouvement du logiciel libre.'''
L’un des premiers épisodes de la préhistoire de Wikipédia et du mouvement Wikimédia débuta en septembre 1983, lorsqu’un programmeur du Massachusetts Institute of Technology, appelé Richard Stallman, déposa un message sur la liste de diffusion net.unix-wizards. C’était un appel d’aide pour la création de GNU, un nouveau système d’exploitation qui devait réunir une suite de programmes que tout le monde pourrait utiliser librement sur son ordinateur personnel. Dans son message transmis via ARPANET, le premier réseau informatique à grande échelle qui précéda Internet, Stallman s’exprimait de la sorte.
Je considère comme une règle d’or que si j’apprécie un programme, je dois le partager avec d’autres personnes qui l’apprécient. Je ne peux pas en bonne conscience signer un accord de non-divulgation ni un accord de licence de logiciel. Afin de pouvoir continuer à utiliser les ordinateurs sans violer mes principes, j’ai décidé de rassembler une quantité suffisante de logiciels libres, de manière à pouvoir m’en tirer sans aucun logiciel qui ne soit pas libre.
Le projet de Stallman, qui reçut le soutien nécessaire à son accomplissement, marqua ainsi le début de l’histoire du logiciel libre. Quant à la quantité d’aide fournie, elle permet de croire que Richard Stallman n’était pas seul à voir l’arrivée des logiciels propriétaires d’un mauvais œil. Car pour les membres du projet GNU et du mouvement du logiciel libre en général, un bon programme informatique doit respecter ces quatre libertés fondamentales :
1. La liberté d’exécuter le programme, pour tous les usages.
2. La liberté d’étudier le fonctionnement du programme, et de l’adapter à vos besoins.
3. La liberté de redistribuer des copies, donc d’aider votre voisin.
4. La liberté d’améliorer le programme, et de publier vos améliorations, pour en faire profiter toute la communauté.
Lors de l'apparition du logiciel libre, le marché de l’informatique était de fait en pleine mutation. L'habituel partage des codes informatiques entre les rares étudiants ou chercheurs, qui bénéficiaient d’un accès à un ordinateur, faisait l'objet d'une remise en question. Ce changement faisait notamment suite au Copyright Act de 1976, une nouvelle loi qui autorisait l'application d'un droit d'auteur sur le code informatique, et donc qui permettait d'en interdire le partage ou la réutilisation sans autorisation. Des clauses de confidentialité ont ainsi fait leur apparition, pendant que les employés des firmes informatiques étaient nouvellement soumis à des contrats de confidentialité. C'était la fin de l’entraide et de la solidarité pratiquées chez les pionniers de l’informatique. À sa place s'installaient la concurrence et la compétitivité, bien connues dans le système capitaliste marchand.
Cette mutation coïncidait avec l’arrivée des premiers ordinateurs de taille réduite. Grâce à l’apparition des premiers circuits intégrés, les premiers exemplaires avaient en effet été créés par l’industrie aérospatiale au début des années 1960. Cependant, il fallut attendre le début des années 1980 pour que le prix d’un ordinateur soit suffisamment bas pour en faire un bien de grande consommation. En 1982, le Commodore 64 entrait ainsi dans le livre Guinness des records, avec plus de 17 millions d’exemplaires vendus dans le monde. Mais avant cela, en 1981, l’IBM Personal Computer avait déjà fait son apparition, en proposant une architecture ouverte qui allait servir de modèle pour toute une gamme d’ordinateurs que l’on désigne toujours aujourd’hui par l’acronyme « PC ».
Pour faire fonctionner ses nouveaux modèles d'ordinateurs, la société IBM avait confié à l’entreprise Microsoft, créée en 1975, la mission de les équiper d’un système d’exploitation. Le contrat signé entre les deux firmes fut une véritable aubaine pour le fournisseur des programmes informatiques. Car sans s'en apercevoir, et sans jamais anticiper que son matériel serait cloné à grande échelle, IBM avait en effet permis à Microsoft d'établir un monopole dans la vente de logiciels. Cela fut condamné pour abus de position dominante et vente liée du logiciel avec le matériel informatique, mais sans pour autant empêcher Bill Gates, le principal actionnaire de Microsoft, d'être l'homme le plus riche du monde en 1994.
Toutefois, pendant que Microsoft renforçait sa position dominante, un nouvel événement majeur allait marquer l’histoire du logiciel libre. Celui-ci fut de nouveau déclenché par un appel à contribution, qui fut cette fois posté le vingt-cinq août 1991 par un jeune étudiant en informatique de 21 ans, appelé Linus Torvalds. Via le système de messagerie Usenet, sa demande avait été postée dans une liste de diffusion consacrée au système d’exploitation Minix, une sorte d’UNIX simplifié et développé dans un but didactique, par le programmeur Andrew Tanenbaum.
Loin d’imaginer que cela ferait de lui une nouvelle célébrité dans le monde du Libre, Torvalds entama son message par le paragraphe suivant.
« Je fais un système d’exploitation gratuit (juste un hobby). Il ne sera pas grand et professionnel comme gnu pour les clones 386. Ce projet est en cours depuis avril et commence à se préparer et j’aimerais avoir un retour sur ce que les gens aiment ou n’aiment pas dans minix, car mon système d’exploitation lui ressemble un peu, même disposition physique du système de fichiers pour des raisons pratiques entre autres. »
Bien qu’il fût présenté comme un passe-temps, le projet qui répondait au nom de « Linux », fut rapidement soutenu par des milliers de programmeurs du monde entier, avant de devenir la pièce manquante du projet GNU. En effet, les contributeurs au projet de Stallman n’avaient pas encore terminé l’écriture du code informatique du noyau Hurd, alors qu'il était censé établir la communication entre la suite logicielle produite par GNU et le matériel informatique. C'est donc la fusion des codes produits par les projets GNU et Linux qui permit la création du premier système complet, stable et entièrement libre baptisé GNU/Linux.
Au départ de ce nouveau système informatique, de nombreuses variantes, que l’on nomme communément « distributions », furent créées par des programmeurs de tous horizons. L’une de celles-ci s’intitule Debian et tire sa réputation d'être simultanément libre, gratuite, très fiable et produite par une communauté sans lien direct avec une société commerciale. Quatre qualités qui expliquent pourquoi, Debian sert de base à plus de 150 distributions dérivées, et que de nombreuses organisations l'utilisent, comme le fait la Fondation Wikimédia sur les serveurs qui hébergent les projets qu'elle supporte.
Grâce à la naissance des logiciels libres, le mouvement Wikimédia a donc la possibilité de faire tourner ses serveurs informatiques, avec un système d’exploitation fiable, libre et gratuit. Comme son code source est ouvert, cela permet aussi à la Fondation Wikimédia de le modifier pour répondre aux besoins spécifiques du mouvement. À la suite de quoi, et selon les règles formulées par la communauté du logiciel libre, les modifications faites par la Fondation deviennent à leur tour, gratuitement et librement, utilisables par d’autres personnes ou organismes.
À ce premier héritage reçu par le mouvement Wikimédia, et toujours en provenance des logiciels libres, s’ajoute encore une innovation méthodologique. Dans son article La Cathédrale et le Bazar, Eric Raymond mobilise en effet le terme « cathédrale » pour désigner le mode de production des logiciels propriétaires, en opposition au mot « bazar », qu'il utilise pour qualifier le mode de développement des logiciels libres. D’un côté, il décrit une organisation pyramidale, rigide et statutairement hiérarchisée, comme on peut la voir souvent au sein des entreprises. Tandis que de l’autre, il parle d’une organisation horizontale, flexible et peu hiérarchisée, qu’il a lui-même expérimentée en adoptant le style de développement de Linus Torvalds, à savoir : « distribuez vite et souvent, déléguez tout ce que vous pouvez déléguer, soyez ouvert jusqu’à la promiscuité ».
À l’instar de la métaphore du quartier numérique présentée dans le précédent chapitre, cette manière de décrire les projets open source nous aide donc ici à mieux comprendre ce qui se passe dans le mouvement Wikimédia. D'un côté, on retrouve effectivement cette « ouverture jusqu’à la promiscuité », dans le libre accès accordé aux projets Wikimédia, alors que de l'autre, tout le monde peut rejoindre les projets et associations Wikimédia. Ces deux observations corroborent ainsi l’existence d’un deuxième héritage en provenance du mouvement du logiciel libre. Néanmoins, il nous reste encore à découvrir un phénomène négligé par Eric Raymond durant ses observations, et qui pourtant, a considérablement influencé l'histoire de la révolution numérique. Découvrons donc à présent, la licence libre et le mouvement de la culture libre, dont elle fut à l’origine.
'''Chapitre 3 : Les licences et la culture libres.'''
Dans une biographie autorisée, Christophe Masutti explique à quel point la création de la Licence publique générale GNU, en tant que première licence libre créée par Richard Stallman, représente un épisode majeur de la révolution numérique. Selon lui :
La GPL apparaît comme l’un des meilleurs hacks de Stallman. Elle a créé un système de propriété collective à l’intérieur même des habituels murs du copyright. Surtout, elle a mis en lumière la possibilité de traiter de façon similaire « code » juridique et code logiciel.
Le concept de distribution associé à ce nouveau type de licence fut baptisé « copyleft », par inspiration d’un jeu de mots que Richard Stallman avait trouvé dans un courrier transmis par son collègue Don Hopkins. Le principe novateur de ce concept est d'obliger toute production de code dérivé à se soumettre à la même licence libre que le code d’origine. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle beaucoup de gens parlent de licence « virale » ou « récursive » en faisant référence à celle-ci. Quant à l'importance de cette clause, elle repose sur le fait d'interdire toute privatisation d'un code informatique produit sous licence libre. Sans celle-ci, un tel code risque en effet d'être récupéré, puis modifié, avant d’être placé sous un habituel copyright de type « tous droits réservés », dans le but de commercialiser son usage.
En 2001 et dans la mouvance provoquée par l'arrivée des licences libres, une organisation internationale sans but lucratif, intitulée Creative Commons, a entamé la promotion du partage et la réutilisation de la créativité et des connaissances grâce à la fourniture d’outils juridiques gratuits. Pour ce faire, elle met régulièrement à jour une panoplie de licences inspirées par la GNU, mais spécialement adaptées aux œuvres de l'esprit, telles que les productions littéraires, musicales, photographiques et vidéo, ainsi que les bases de données.
Contrairement aux licences libres fournies par la Free Software Foundation, conçues pour protéger du code informatique, les licences fournies par Creative Commons offrent la possibilité de sélectionner de nombreuses clauses pour protéger une œuvre. Avec le label CC, pour Creative Commons, on peut ainsi appliquer, ou ne pas appliquer, la clause « BY », qui oblige à créditer l'auteur, et la clause « SA », pour Share Alike, qui ordonne le partage à l’identique comme décrit précédemment. Après quoi il est encore possible d'ajouter la clause « NC », qui impose un usage non commercial, et finalement, la clause « ND », pour Non Derivative, qui exige que l’œuvre soit utilisée ou reproduite dans son intégralité et sans modification.
Le mouvement Wikimédia a choisi la licence CC.BY-SA pour protéger les contenus publiés dans tous ses projets. Cela à l'exception de la banque de données Wikidata, qui au même titre que les descriptions apportées aux fichiers téléchargés dans la médiathèque Wikimedia Commons, publie ses informations structurées sous licence CC0. Cette dernière licence est ainsi ce qui se rapproche le plus du domaine public, avec cet avantage de ne pas devoir mentionner les auteurs dans le traitement et la réutilisation du contenu de la base de données.
Cependant, il en résulte que les informations en question peuvent être réutilisées par des tiers qui ne sont plus obligés de citer leurs sources, comme le font les agents conversationnels des intelligences artificielles génératives, appelés couramment chatbots. Contrairement à la licence CC.BY-SA, la licence CC0 est donc moins apte à pérenniser les projets Wikimédia, puisqu'elle permet d'invisibiliser ces derniers au risque de réduire les chances d'arrivée de nouveaux contributeurs et contributrices. De plus, sans la clause SA qui assure l'application du copyleft, toutes les informations récupérées au sein de Wikidata et de Wikimedia Commons sont aussi susceptibles de quitter le monde du libre.
Quoi qu’il en soit, les licences Creative Commons, inspirées par la licence libre de Richard Stallman, apparaissent finalement comme un troisième héritage en provenance du mouvement du logiciel libre et de la culture libre qui en est issue. Grâce à la licence CC BY SA, les éditeurs des projets Wikimédia bénéficient effectivement d'une certaine reconnaissance, tout en étant assurés qu'aucun copyright sur leurs travaux ne puisse exclusivement profiter à une personne ou une compagnie. De plus, la licence libre appliquée au système d'exploitation installé sur les serveurs Wikimédia, garantit elle aussi un certain respect des contributeurs, puisqu'elle permet de vérifier si le code informatique ne compromet pas leurs vies privées.
Avec tous les autres apports en provenance du logiciel libre, ce sont là deux choses importantes qui ont permis l'apparition du mouvement Wikimédia. Toutefois, cela ne pouvait pas suffire à la création du projet Wikipédia qui en fut le point de départ. Car sans un espace numérique, mondial et libre d’accès, tel qu'il fut créé par Internet et l'espace web, aucune encyclopédie collaborative de cette envergure n'aurait pu voir le jour.
'''Chapitre 4 : Le réseau Internet.'''
L’histoire du réseau Internet constitue un nouvel épisode captivant de la révolution numérique, sans lequel le mouvement Wikimédia n’aurait jamais pu émerger. D’un point de vue purement technique, ce réseau informatique a été mis au point dans les années 1970, avant l’adoption généralisée du protocole TCP/IP, toujours en usage à ce jour. Ce dernier fut inventé par Vint Cerf et Robert Elliot Kahn, quand ils travaillaient pour la Defense Advanced Research Projects Agency, rattachée au département de la Défense américaine. L'une des premières présentations de leur projet fut ainsi réalisée lors d’une conférence organisée par l’International Network Working Group, une instance créée pour assurer la gouvernance mondiale du réseau informatique.
Sur base de ces informations, on peut penser qu’Internet a été créé par des militaires. Cependant, Une contre-histoire de l’Internet, nous révèle que les créateurs et les premiers utilisateurs d’ARPANET, considéré comme l’ancêtre d’Internet, étaient davantage des étudiants hippies et amateurs de LSD, que des militaires bien drillés. D’ailleurs, avant la standardisation du protocole TCP/IP, ARPANET fonctionnait depuis plus d’un an avec un autre protocole de transition intitulé Network Control Program. Or, celui-ci avait été mis au point, en février 1969, par le Network Working Group, un groupe informel d’étudiants rassemblés autour de Steve Crocker, lorsqu’il ne détenait encore qu’une simple licence, au niveau de sa formation universitaire.
Bien que rarement cité dans l’histoire d’Internet, ce groupe a pourtant mis en place la procédure RFC, pour Request For Comments, reconnue comme « l’un des symboles forts de la "culture technique" de l’Internet, marquée par l’égalitarisme, l’autogestion et la recherche collective de l’efficience ». Soit trois principes et une procédure, qui aujourd’hui encore sont appliqués sur le site Méta-Wiki, dans lequel s'organise la gestion communautaire du mouvement Wikimédia. Cela alors qu'au sein des autres projets dédiés à la production de contenus pédagogiques, des processus similaires de recherche de consensus ont fait leur apparition.
Il faut ensuite savoir que les liens entre ARPANET et l’armée ont disparu avec l’apparition du MILNET, un réseau entièrement dédié aux activités militaires, rebaptisé NIPRNet, pour Non-classified Internet Protocol Router Network, en 1990. Après une séparation définitive en 1983, précisément l’année où Richard Stallman postait sa demande d’aide pour le projet GNU, le réseau ARPANET resta uniquement dédié à la recherche et au développement. À cette époque, le réseau ne comprenait pas plus de 600 machines connectées, ce qui n'a donc rien de comparable avec ce vaste réseau informatique mondial que nous connaissons aujourd’hui et qui fut fortement développé au cours des années 1990.
Pour en assurer l’entretien technique, une organisation non gouvernementale, a été créée en 1992, sous l'appellation d’Internet Society. Celle-ci devait aussi veiller au respect des valeurs fondamentales liées au bon fonctionnement du réseau. Car avant d'atteindre des milliards d’appareils connectés, il a d’abord fallu réglementer les nombreuses dorsales internet intercontinentales, sans lesquelles la transmission du protocole TCP/IP partout dans le monde n'aurait pas été possible.
Quant à l’état d’esprit des créateurs d'Internet, un article intitulé : Quarante ans après, mais qui donc créa l’internet ? apporte un éclairage particulièrement intéressant au sujet des liens que l'on peut établir entre le mouvement Wikimédia et l'histoire d'Internet. Dans son témoignage, Michel Elie, cet ingénieur en informatique, membre du Network Working Group cité précédemment, et responsable de l’Observatoire des Usages de l’Internet, nous explique en effet ceci.
Le succès de l’internet, nous le devons aux bons choix initiaux et à la dynamique qui en est résultée : la collaboration de dizaines de milliers d’étudiants, ou de bénévoles apportant leur expertise, tels par exemple ces centaines de personnes qui enrichissent continuellement des encyclopédies en ligne telles que Wikipédia.
Au courant des années 1990, le milieu informatique universitaire semblait donc toujours fortement imprégné des idéaux de la contre-culture des années 1960, produit par les baby boomers dans le contexte de la guerre du Vietnam. Afin d'illustrer les idées véhiculées à cette époque, voici un paragraphe extrait d'un ouvrage publié en 1970, et intitulé Vers une contre-culture : Réflexions sur la société technocratique et l’opposition de la jeunesse. Dans celui-ci, Théodore Roszak explique ceci.
Le projet essentiel de notre contre-culture : proclamer un nouveau ciel et une nouvelle terre, si vastes, si merveilleux que les prétentions démesurées de la technique soient réduites à n’occuper dans la vie humaine qu’une place inférieure et marginale. Créer et répandre une telle conception de la vie n’implique rien de moins que l’acceptation de nous ouvrir à l’imagination visionnaire. Nous devons être prêts à soutenir ce qu’affirment des personnes telles que Blake, à savoir que certains yeux ne voient pas le monde comme le voient le regard banal ou l’œil scientifique, mais le voient transformé, dans une lumière éclatante et, ce faisant, le voient tel qu’il est vraiment.
À la suite de cette lecture, il peut sembler paradoxal qu’une contre-culture, qui voit la technique comme inférieure et assimile la science au banal, puisse avoir un lien avec le milieu scientifique universitaire qui fut à l'origine d'Internet. Cependant, une réponse à cette énigme fut apportée par Fred Turner, par la publication de son livre intitulé : « Aux sources de l’utopie numérique : De la contre-culture à la cyberculture ».
Grâce à cet ouvrage, on découvre que le mouvement hippie utilisera tout ce qui était à sa disposition à l’époque pour parvenir à ses fins : LSD, spiritualités alternatives, mais également, objets technologiques les plus en pointe. Cela grâce notamment à l’influence de Steward Brand, le créateur d'un catalogue interactif, qui peut être considéré comme l'ancêtre analogique des groupes de discussions numériques apparus des années plus tard.
Comme autre indication, il y a ensuite les propos tenus en 1992, lors d’une plénière de la 24ᵉ réunion du groupe de travail sur l’ingénierie Internet, par David D. Clark, un autre pionnier d’Internet. Durant cette rencontre, ce chef de projet prononça des paroles restées dans les annales. « Nous récusons rois, présidents et votes. Nous croyons au consensus et aux programmes qui tournent ». Deux phrases seulement, mais qui, dans le cadre du milieu informatique, permettent de croire que le mépris de la contre-culture envers la technique et la science, s'est transformé en un refus d’autorité et une recherche de consensus.
Quoi qu'il en soit, le développement d'Internet ne s'est pas fait sans conflits idéologiques importants. On peut d'ailleurs se demander aujourd'hui à quoi ressemblerait Internet, s'il n'avait jamais été commercialisé. Cela s'est passé en novembre 1994, lorsque l’association sans but lucratif Advanced Network and Services, chargée de gérer les accès à Internet, a fait le choix de vendre ses activités. Cette décision faisait suite à un appel à des fonds privés pour financer d'importants changements dans l'infrastructure du réseau. Profitant de l'occasion, la société commerciale America Online a ainsi repris à son compte la gestion des connexions à Internet, après avoir effectué un versement de 35 millions de dollars.
Trente ans plus tard, Internet est devenu ce réseau que nous expérimentons aujourd'hui, à savoir : un réseau dominé par des sociétés privées les plus riches au monde. Dans ce contexte et parmi les 100 sites web les plus visités, seul le nom de domaine Wikipédia appartient à une organisation non lucrative. Cela explique donc pourquoi le mouvement Wikimédia, via son encyclopédie et la fondation qui l'héberge, représente à ce jour, et dans l'espace web, l'expression la plus visible de la philosophie des pionniers d’Internet.
Plus qu'un héritage, cette situation peut être vue comme une mission perpétuée au sein d'un espace envahi par une culture marchande et capitaliste. Il s'agit là d'une information importante qu'il faut retenir au sujet du mouvement Wikimédia. Elle ne clôture pas pour autant tout ce qu'il faut savoir au sujet des évènements qui ont permis la création d’une encyclopédie mondiale, libre et collaborative. Car avant cela, il nous reste encore à découvrir l'histoire du World Wide Web, un espace numérique sans lequel la création de Wikipédia n'aurait jamais été possible.
'''Chapitre 5 : Le World Wide Web.'''
Maintenant que le lien entre la création d'Internet et le mouvement Wikimédia est établi, découvrons à présent l'application la plus connue du réseau, que l'on nomme le World Wide Web, ou plus simplement « Web ». C'est Tim Berners-Lee qui en fut l’inventeur, lorsqu’il était encore actif à l'Organisation européenne pour la recherche nucléaire. Il avait pour idée de créer un espace d’échange public par l’intermédiaire d'Internet, et pour y parvenir, il mit au point le logiciel « WorldWideWeb », ensuite rebaptisé Nexus, pour éviter toute confusion entre les deux termes.
Grâce à un système d’indexation appelé hypertexte, ce programme informatique a permis de produire et de connecter des espaces numériques, que l'on intitule sites Web. Ceux-ci sont composés de pages web, hébergées sur des ordinateurs distants, mais connectés entre eux au travers du réseau Internet. Pour permettre ce type de connexion, Berners-Lee mit au point le Hypertext Transfer Protocol ou HTTP, un nouveau protocole de communication simple en soi, mais dont la mise en œuvre technique est compliquée.
Pour veiller au bon fonctionnement et au bon usage de l'espace web, des règles de standardisation ont tout d'abord été édictées par l’association Internet Society. Après quoi, Berners-Lee fonda le W3C, un consortium international dont la devise est : « un seul Web partout et pour tous ». Si ce slogan nous apparaît très naturel aujourd’hui, il faut toutefois savoir que l'espace Web a bien failli être régi séparément par des acteurs commerciaux, avec tous les droits d'accès que cela aurait pu engendrer.
À partir du trente avril 1993, jour du dépôt du logiciel Nexus dans le domaine public par Robert Cailliau, un collègue de Berners-Lee chargé de la promotion de son projet, un tel scénario était en effet possible. Sauf qu'après le départ de Berners-Lee, devenu président du W3C, François Flückiger, qui avait repris son poste au sein du CERN, eut la présence d'esprit de réagir à temps. Selon le livre Alexandria qui parcourt l'histoire de Robert Caillau, voici ce qui aurait pu se passer si le code de l’éditeur HTML n'avait finalement pas été placé sous licence libre.
La philanthropie de Robert, c’est très sympa, mais ça expose le Web à d’horribles dangers. Une entreprise pourrait s’emparer du code source, corriger un minuscule bug, s’approprier le « nouveau » logiciel et enfin faire payer une licence à ses utilisateurs. L’ogre Microsoft, par exemple, serait du genre à flairer le bon plan pour écraser son ennemi Macintosh. Les détenteurs d’un PC devraient alors débourser un certain montant pour profiter des fonctionnalités du Web copyright Microsoft. Les détenteurs d’un Macintosh, eux, navigueraient sur un Web de plus en plus éloigné de celui vendu par Bill Gates, d’abord gratuit peut-être, avant d’être soumis lui aussi à une licence.
Face à un tel scénario, nous découvrons de nouveau à quel point le concept de licence libre a fondamentalement changé le cours de la révolution numérique. Sans cela, nos expériences et nos usages de l'espace numérique auraient été totalement différents. L'utopie Wikipédia, par exemple, n'aurait certainement pas vu le jour, en raison de l'éclatement des espaces numériques et des coûts d'accès auxquels seraient confrontés les bénévoles qui ont construit le projet. Quoi qu'il en soit, et au niveau technique, une fois l'espace web apparu, il ne manquait plus que l'apparition des plateformes Wiki pour permettre la création d'une encyclopédie collaborative au format numérique.
'''Chapitre 6 : Les plateformes Wiki.'''
Un wiki, ou un moteur de wiki, est un logiciel que l'on installe sur un serveur informatique pour permettre la création d’un site web éditable et configurable à l’aide d’un simple navigateur. Plus précisément, c’est un système de gestion de contenu, dans lequel le code HTML, CSS, JavaScript et Lua, ainsi que certains paramètres, peuvent être modifiés par tous les internautes. Cela peut se faire en se connectant à un compte utilisateur, afin de bénéficier des droits de modification et d’administration qui lui sont accordés, ou en utilisant la configuration attribuée par défaut aux personnes non connectées.
Sur les pages web d'un wiki, chaque modification provoque un nouvel enregistrement complet du code source qui la compose. De la sorte, il est toujours possible, à partir d’une page reprenant l’historique des modifications, de rétablir l'une de ses anciennes versions. Grâce à ce système, on peut ainsi savoir quelle personne, ou quelle adresse IP est à l’origine d’un changement, et même voir l’endroit où la modification a été faite, et à quel moment celle-ci a été réalisée.
Le premier logiciel Wiki, qui portait le nom de WikiWikiWeb, a été créé et placé sous licence libre GPL par Ward Cunningham en mars 1995. Grâce à la licence, d’autres programmes wiki ont vu le jour en copiant ou s’inspirant du code source de WikiWikiWeb, ou des autres projets wiki qui l'avaient fait auparavant. Cette émulation récursive, qui donna naissance à toute une panoplie de projets wiki, est donc à nouveau une belle illustration des retombées positives que peut susciter l'application d'une licence libre.
Parmi les différents logiciels Wiki disponibles, UseModWiki fut choisi par la société Bomis qui finança la création du premier projet Wikipédia en anglais. C'était un choix judicieux, car l’éclatement de la bulle spéculative d’Internet, à la fin des années 2000, confrontait l'entreprise à de grosses difficultés financières. Un programme gratuit, simple d’utilisation et peu gourmand en ressources informatiques, convenait donc parfaitement dans ce cadre. UseModWiki fut par après remplacé par un autre moteur de Wiki sans nom, mais plus performant et toujours produit sous licence libre. Ce dernier fut ensuite amélioré par plusieurs programmeurs, dont Brion Vibber, le premier employé de la Fondation Wikimédia, avant d’être finalement intitulé MediaWiki.
Avec l’aide de nouveaux employés et des bénévoles actifs sur le site mediawiki.org, ce système de gestion de contenu finit par apparaitre en tête du classement des wikis les plus utilisés. Toujours grâce à sa licence libre, des milliers d'autres personnes et projets ont effectivement pu développer des sites Web, sans nécessairement faire partie du mouvement Wikimédia. Ce succès a par ailleurs justifié la programation de rassemblements annuels entre 2016 et 2020, entre personnes et organismes qui utilisent le programme, pour discuter de son développement et de ses usages.
Ceci étant dit, il existe dans la liste des Wikis d’autres logiciels libres intéressants, tels que DokuWiki, rendu populaire par sa simplicité d’installation et d’usage. Jusqu’à ce jour cependant, seul MediaWiki semble suffisamment stable et puissant pour permettre le développement optimal de l’ensemble des projets Wikimédia. Avec parmi ceux-ci, bien sûr, Wikipédia, l'encyclopédie libre et universelle, dont nous allons enfin découvrir la mise en place dans ce prochain chapitre.
'''Chapitre 7 : L’encyclopédie libre et universelle.'''
Dans les chapitres précédents, nous avons découvert toutes les innovations techniques et culturelles, sans lesquelles Wikipédia n’aurait jamais pu devenir la plus grande encyclopédie libre et universelle connue au monde. Son objectif est de synthétiser la totalité du savoir humain, ce qui n’est autre finalement, qu’un vieux rêve de notre humanité. Trois cents ans avant Jésus-Christ et durant la création de la bibliothèque d’Alexandrie, ce désir était aussi celui de Ptolémée Iᵉʳ. Puis, deux siècles plus tard, Denis Diderot publie, avec Jean Le Rond d'Alembert et Louis de Jaucourt en 1751, la première édition de l’Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers. Quant à Paul Otlet, qui a créé avec Henri La Fontaine la classification décimale universelle en usage depuis 1905, il s’était mis en tête de répertorier l’ensemble du savoir humain au sein d'un seul édifice.
Peu connu à ce jour, ce documentaliste belge rêvait pourtant de cataloguer le monde et de rassembler toutes les connaissances humaines, sous la forme d’un gigantesque répertoire bibliographique universel, situé à l'intérieur d'un Mundaneum. En 1934, dans le Traité de documentation écrit par celui qui voulait « classer le monde », Otlet décrit, de manière particulièrement visionnaire, un possible partage du savoir et de l’information.
Ici, la Table de Travail n’est plus chargée d’aucun livre. À leur place se dresse un écran et à portée un téléphone. Là-bas, au loin, dans un édifice immense, sont tous les livres et tous les renseignements, avec tout l’espace que requiert leur enregistrement et leur manutention…
De là, on fait apparaître sur l’écran la page à lire pour connaître la question posée par téléphone avec ou sans fil. Un écran serait double, quadruple ou décuple s’il s’agissait de multiplier les textes et les documents à confronter simultanément ; il y aurait un haut-parleur si la vue devrait être aidée par une audition. Une telle hypothèse, un Wells certes l’aimerait. Utopie aujourd’hui parce qu’elle n’existe encore nulle part, mais elle pourrait devenir la réalité de demain pourvu que se perfectionnent encore nos méthodes et notre instrumentation.
Avant l'apparition des intelligences artificielles et à peu de choses près, cette utopie décrite en 1934 par Otlet correspond à l'usage que l'on fait du réseau Internet et de son espace web, lorsqu'on recherche de l'information. Premièrement, allumer un système informatique, avec ou sans fil et muni d'un écran, ensuite, poser une question dans un moteur de recherche, puis finalement, être redirigé, comme cela arrive très souvent, vers l'une des versions linguistiques de Wikipédia.
Ce scénario, dans lequel les moteurs de recherche jouent un rôle central, explique la popularité de l'encyclopédie libre. D'autres projets similaires étaient pourtant apparus sur le Web avant l'arrivée de Wikipédia. Environ trois ans avant sa création, Aaron Swartz, un activiste de la culture libre qui avait juste douze ans à l'époque, avait par exemple lancé une sorte de site encyclopédique produit et régi par ses usagers. Appelé The Info Network, ce site web avait d'ailleurs permis à son auteur de recevoir l'ArsDigita Prize, un prix décerné aux jeunes créateurs de projets « utiles, éducatifs, collaboratifs et non commerciaux ».
Il faut savoir ensuite que l'expression « encyclopédie libre et universelle » fut oubliée pour la première fois durant l'année 2000 par Richard Stallman, soit l'année qui précéda celle de la naissance de Wikipédia. C'était dans un essai intitulé The Free Universal Encyclopedia and Learning Resource, qui, selon son auteur, avait été rédigé deux ans avant sa publication sur la liste de diffusion du projet GNU. Repris ci-dessous, un extrait de ce texte, présente les particularités du projet.
Le World Wide Web a le potentiel de devenir une encyclopédie universelle couvrant tous les domaines de la connaissance et une bibliothèque complète de cours d’enseignement. Ce résultat pourrait être atteint sans effort particulier, si personne n’intervient. Mais les entreprises se mobilisent aujourd’hui pour orienter l’avenir vers une voie différente, dans laquelle elles contrôlent et limitent l’accès au matériel pédagogique, afin de soutirer de l’argent aux personnes qui veulent apprendre.
Nous ne pouvons pas empêcher les entreprises de restreindre l’information qu’elles mettent à disposition ; ce que nous pouvons faire, c’est proposer une alternative. Nous devons lancer un mouvement pour développer une encyclopédie libre universelle, tout comme le mouvement des logiciels libres nous a donné le système d’exploitation libre GNU/Linux. L’encyclopédie libre fournira une alternative aux encyclopédies restreintes que les entreprises de médias rédigeront.
En parlant d'un « mouvement pour développer une encyclopédie libre universelle », Stallman anticipait donc, sans le savoir, l'arrivée du mouvement Wikimédia, qui ne se concrétisa que bien des années plus tard. Quant à la soixantaine de paragraphes qui décrivent son projet, on y retrouve, dans une forme presque identique, les cinq principes fondateurs qui ont guidé la création de Wikipédia et qui sont toujours actifs à ce jour.
Le premier consiste bien sûr à créer une encyclopédie ; le deuxième réclame une neutralité de point de vue, chose que Stallman expliquait déjà en écrivant qu’« en cas de controverse, plusieurs points de vue seront représentés » ; le troisième implique le respect des droits d’auteur et l’adoption d'une licence libre, celle précisément dont Stallman avait été l'initiateur ; le quatrième inscrit le projet dans une démarche collaborative, alors que Stallman précisait déjà que « tout le monde est le bienvenu pour écrire des articles » ; et le cinquième enfin, stipule qu’il n’y a pas d’autres règles fixes, une position très courante dans le milieu des hackers dont Stallman faisait partie.
Il apparaît donc clairement que le projet Wikipédia n'était pas une idée originale en soi, mais plutôt une opportunité saisie par la société Bomis pour enrichir sa propre encyclopédie commerciale, Nupedia. Cette dernière avait été lancée en avril 2000, soit environ dix mois avant Wikipédia, et sa rédaction était assurée par des experts engagés au sein d’un processus éditorial strict et formel. Malheureusement pour la firme Bomis, le nombre d’articles ne progressait que très lentement.
Dans le but d'accélérer le processus, Larry Sanger, un docteur en philosophie employé par Bomis pour assurer le rôle de rédacteur en chef de Nupedia, eut l'idée d'installer un logiciel wiki sur les serveurs de son entreprise. L'objectif était d'ouvrir un site web participatif, dans lequel des volontaires pourraient créer des articles encyclopédiques, pour qu'ils soient ensuite intégrés dans le projet commercial. Malgré le manque d’enthousiasme de son employeur Jimmy Wales, Sanger mit ses idées en application, et c'est donc ainsi que débuta l’histoire de Wikipédia, avec sa toute première version en anglais.
C’était le 15 janvier 2001, précisément le même mois où Richard Stallman mit en ligne son propre projet d’encyclopédie libre et universelle, qu'il souhaitait intituler GNUPedia. Étonnamment, les noms de domaine gnupedia .com .net et .org avaient déjà été enregistrés au nom de Jimmy Wales, ce qui obligea Stallman à rebaptiser son projet GNE. Ce fait est d'autant plus surprenant que Wales affirma des années plus tard : « n’avoir eu aucune connaissance directe de l’essai de Stallman lorsqu’il s’est lancé dans son projet d’encyclopédie ».
Le site GNE ne ressemblait cependant pas vraiment à une encyclopédie, mais plutôt à un blog collectif ou une base de connaissance, tandis que sa page d’accueil précisait clairement qu’il s’agissait d’une bibliothèque d’opinion. Quant à sa modération, elle avait demandé d'engager un employé, car elle s'est avérée bien plus compliquée que prévu. À côté de cela, et probablement grâce aux spécificités de l’environnement wiki et aux soutiens apportés par Jimmy Wales et Larry Sanger, Wikipédia réussit à mettre en place une organisation efficace au sein d'une communauté d'éditeurs grandissante.
Peut-être en raison de la concurrence libre faite par le projet GNE, Jimmy Wales décida d'abandonner le copyright que Bomis détenait sur son encyclopédie commerciale Nupedia, pour le remplacer par une licence Nupedia Open Content. Peu de temps après, il décida finalement d'adopter la licence de documentation libre GNU conçue pour protéger les textes de documentation des logiciels libres. Ce dernier choix fut une stratégie payante, puisque cela incita Richard Stallman à transférer tout le contenu de son projet GNE vers Nupedia, et à encourager tout le monde à contribuer sur Wikipédia.
Parmi les autres actions de Jimmy Wales qui ont contribué au succès de Wikipédia, il y eut cette idée d'ouvrir le projet aux « gens ordinaires ». C’était un choix qui s’opposait aux idéaux de Larry Sanger, qui de loin préférait le modèle de Nupedia avec son système de relecture par des experts. Cependant, Jimmy Wales, en tant qu'homme d’affaires, visait une croissance plus rapide du contenu de l'encyclopédie.
Cette croissance ne s'est toutefois pas faite sans difficulté. Le 26 février 2002, en effet, l'Enciclopedia Libre Universal en Español, un projet dissident du projet Wikipédia, fit son apparition. C'était une réaction à de la censure, à l'existence d'une ligne éditoriale et à la possibilité de voir apparaitre des publicités dans Wikipédia. En raison des remises en question que cette séparation suscitait parmi les bénévoles actifs dans les projets, Jimmy Wales renonça finalement à l'usage de la publicité et mit de côté ses visions en matière de profit.
Il faut aussi tenir compte du fait que cet évènement est survenu lors de l'éclatement de la bulle spéculative Internet et du krach boursier de 2001-2002. Une conjoncture qui plaçait la société Bomis dans des difficultés financières, et surtout, dans l'incapacité de payer le salaire de Larry Sanger, son seul employé. En mars 2002 et après un mois d’activité bénévole, l’ex-employé décida alors de quitter les fonctions, qu'il occupait depuis un peu plus d'un an, dans Nupedia et Wikipédia. Avec le seul soutien de Jimmy Wales, les deux encyclopédies purent toutefois poursuivre leurs développements, toujours avec le concours d'experts dans Nupedia et d'une communauté bénévole au niveau de Wikipédia. Néanmoins, en septembre 2003 et vu l'écart qui se creusait entre les deux projets, l'encyclopédie Nupedia fut fermée et ses quelques dizaines d'articles transférées vers les milliers d'autres que comprenait déjà le projet Wikipédia.
Trois ans plus tard, Larry Sanger n’avait pas dit son dernier mot. En septembre 2006, il décida en effet de lancer sur fonds propres une encyclopédie intitulée Citizendium. Cette plateforme écrite en anglais uniquement et toujours active à ce jour, repose sur un système d’expertise, dans lequel les contributrices et les contributeurs doivent déclarer leur identité réelle. En avril 2026 cependant, Citizendium reprenait moins de 2000 articles, tout avancement confondu, tandis que le projet Wikipédia en anglais en regroupait déjà plus de 7 millions.
Voici donc comment est née la plus grande encyclopédie au monde, dont la taille et la visibilité n'avaient jamais été égalées auparavant. Une encyclopédie qui, de plus, s'est rapidement déclinée en de nombreuses versions linguistiques, à l'instar de sa version francophone, lancée moins de quatre mois après le projet original en anglais. Toutes ces versions ont formé les premières bases d’une organisation mondiale, bientôt chapeautée par une fondation. Avant cela, d'autres projets pédagogiques et collaboratifs ont vu le jour au côté de Wikipédia. Intitulés « projets frères », ceux-ci se constituent à leur tour, en de nombreuses versions linguistiques, tout en poursuivant le processus de création du mouvement Wikimédia.
'''Chapitre 8 : L'arrivée des projets frères'''
Dans le but de développer des contenus pédagogiques qui ne trouvaient pas leur place dans Wikipédia, d’autres projets pédagogiques et collaboratifs ont vu le jour, pour former ce que l'on appelle couramment aujourd'hui : l’écosystème Wikimedia. La naissance de tous ces projets, ainsi que les évènements importants qui ont contribué au développement du mouvement, ont été repris dans une ligne du temps réalisée par Guillaume Paumier, à l’occasion du dixième anniversaire de Wikipédia. Grâce à ce graphique, on peut voir en détail l'évolution du nombre de projets, de versions linguistiques, de contributeurs et d'articles, et se faire ainsi une idée sur la vitesse à laquelle s'est développé le mouvement Wikimédia.
Parmi tous les projets frères de Wikipédia, le premier à apparaître fut Méta-Wiki, une plateforme de référence pour centraliser la gestion de l'ensemble des sites web hébergés par la fondation Wikimédia. Dans un premier temps, cet espace communautaire en ligne a répondu à la nécessité de traiter en un seul lieu les questions communes aux différentes versions linguistiques de Wikipédia. Aujourd'hui, le site web est le principal endroit de coordination et de gestion de l'ensemble du mouvement Wikimédia. On y retrouve énormément d'informations au sujet des projets en ligne, et peut-être plus encore, concernant la Fondation et les organismes affiliés.
Après Méta-Wiki, sept autres projets de partage de la connaissance ont fait leur apparition, avant d'être déclinés à leur tour en plusieurs versions linguistiques. Tous ces projets émergent en général sur l’initiative d’un petit groupe de personnes actives au sein d’un projet préexistant. Ce fut le cas du projet Wiktionnaire en anglais, le deuxième projet à voir le jour après Méta-Wiki, en décembre 2002, soit deux ans avant la version francophone apparue en mars 2004.
Il est intéressant d'observer que la version francophone du Wiktionnaire n’a pas été créée à partir du projet anglophone, mais bien depuis le projet Wikipédia en français. D'ailleurs, on peut retrouver dans les archives de ce dernier projet, un débat concernant la pertinence de cette création, dont voici un extrait.
En fait, ce qui me peine vraiment avec le projet Wiktionary, c’est que alors qu’on essaie de rassembler les gens (pas facile) pour créer une sorte de tour de Babel de la connaissance (tâche bien longue et difficile), ce nouveau projet va disperser les énergies pour une raison qui ne me semble pas valable. C’est la création de Wiktionary qui va créer des redondances. À mon avis il existera rapidement des pages sur le même mot, mais ne contenant pas les mêmes informations. Pour quelle raison ces connaissances devraient-elles être séparées ? Les encyclopédies sur papier devaient faire des choix à cause du manque de place, mais nous, pourquoi le ferions-nous ??? "Wikipédia n’est pas un dictionnaire" n’est pas un argument à mon avis... si vraiment c’était pas un dictionnaire, il faudrait virer tout un tas d’article. Je ne comprends vraiment pas cette volonté de séparer la connaissance entre ce qui est "encyclopédique" et ce qui n’est "qu’une définition".
[Réponse]
Pour moi ce qu’est Wiktionary, c’est une partie de Wikipédia s’intéressant plus particulièrement aux aspects linguistiques des mots. La différence que je verrais entre la partie dictionnaire de Wikipédia et sa partie dite encyclopédique, c’est que la partie dictionnaire s’intéresserait au sens des mots eux-mêmes alors que la partie encyclopédie s’attache plus à faire ressortir un état des connaissances à un moment donné. Le pourquoi de la séparation d’avec la partie encyclopédie tient plus à des raisons techniques qu’à une volonté de monter un projet indépendant, en effet, à mon humble avis, un dictionnaire nécessite une plus grande rigueur (de présentation) qu’une encyclopédie. Ceci entraîne beaucoup de problème et entre autres le choix de la mise en forme des articles du dictionnaire.
Créer un nouveau projet, c’est effectivement créer un nouveau site web, qui devra faire l’objet d’une nouvelle gestion, tant pour les serveurs de la Fondation, que pour la nouvelle communauté de contributeurs. L’importation de pages d’un projet à l'autre ou la traduction de celles-ci sont bien sûr toujours possibles, mais cela duplique alors aussi la maintenance et les mises à jour. Le choix de scinder un projet, en faveur d’une plus grande liberté, comporte donc certains coûts humains et financiers.
Ce prix à payer n'a pour autant pas empêché le projet anglophone Wikibooks de faire son apparition le 10 juin 2003, soit près d’un an avant Wikilivres, la version francophone du projet, apparue le 22 juillet 2004. Cette dernière création avait de nouveau été débattue au sein de la communauté Wikipédia en français, et non pas dans le Wikibooks en anglais. Quant à l'objectif commun aux deux projets linguistiques, il était de créer une « bibliothèque de livres pédagogiques libres que chacun peut améliorer ».
Environ un an après la création du projet en anglais, un nouvel espace de noms intitulé Wikijunior fut mis en place au sein de la bibliothèque en ligne. Ce sous-projet avait été créé pour répondre à un financement de la fondation Beck, qui cherchait à promouvoir la production de nouvelles littératures pour des enfants de huit à onze ans. Peu de temps après, cette tranche d’âge fut toutefois élargie de zéro à douze ans au niveau du projet francophone, quand le sous-projet y fut adopté.
Ces deux évènements témoignent ainsi qu'il est toujours possible qu'un sous-projet apparaisse dans un projet Wikimédia. Comme autre exemple, il y a aussi le WikiJournal, un sous-projet développé au sein du projet Wikiversité en anglais et qui reçut le prix de l’Open Publishing Awards en 2019. Une demande fut faite pour qu'il puisse bénéficier d'un nouveau site web dans le but de pouvoir se développer en dehors de Wikiversité. Malheureusement pour les initiateurs, la demande est restée sans suite jusqu'à ce jour, après que le conseil d’administration de la Fondation, chargé de répondre à leur demande, considéra que le projet n’était pas suffisamment abouti.
Il faut savoir qu'avant cela, le projet Wikiversité, dans lequel est né Wikijournal, avait lui-même été un sous-projet du projet Wikibook. Initialement, il visait à « créer une communauté de personnes qui se soutiennent mutuellement dans leurs efforts éducatifs ». Cependant, en août 2005, une longue discussion remit en question l’existence du sous-projet Wikiversité dans Wikibooks. Au terme de celle-ci, la décision fut prise de transférer Wikiversité et son contenu sur le site Méta-Wiki, là où de nouvelles discussions ont abouti à l’idée de faire de Wikiversité un nouveau projet indépendant.
Déjà à l'époque, le conseil d’administration de la Fondation Wikimédia se montrait réticent à l'ouverture de nouveaux projets, et sa réaction fut de demander l'ouverture d'un sondage au sein de la communauté. Celui-ci devait rassembler une majorité des deux tiers en faveur de l'ouverture du nouveau site web. Un résultat qui fut finalement obtenu, mais pas sans de longs débats, dont voici un extrait.
La principale raison pour laquelle la Fondation Wikimédia ne veut pas "lâcher le morceau" est une simple question de bureaucratie et la crainte que le projet ne devienne une autre Wikispecies [un projet de répertoire du vivant]. Wikispecies est une idée cool, mais les "fondateurs" du projet se sont dégonflés à mi-chemin de la mise en place du contenu et ont décidé de faire une révision majeure qui a pris plus de temps que ce que tout le monde était prêt à mettre.
Le même problème s’applique à Wikiversity en ce qui concerne la Fondation, parce que les objectifs et les buts de ce projet ne sont pas clairement définis, et il semble que les participants essaient de mordre plus qu’ils ne peuvent mâcher en proposant une université de recherche multi-collèges entière (avec un statut de recherche et une accréditation) à former de toutes pièces plutôt qu’un simple centre d’éducation pour adultes avec quelques classes.
En novembre 2005 et malgré les résultats du sondage, l'indépendance du projet Wikiversité ne fut toutefois pas acceptée par cinq membres du conseil. Ceux-ci réclamaient une « réécriture de la proposition pour en exclure la remise de titre de compétence, la conduite de cours en ligne, et de clarifier le concept de plate-forme e-learning ». Quand ces rectifications furent faites, le projet bénéficia d'une période d’essai de plusieurs mois, jusqu'à ce que les amendements apportés au projet de départ soient enfin acceptés, le 31 juillet 2006. Ce long temps d'attente était justifié par la création du special projects committee, qui, jusqu'en décembre 2021, fut chargé de soulager le conseil d’administration de la fondation, par rapport aux demandes de création de nouveaux projets Wikimédia.
Un nouveau site, nommé Beta-Wikiversity, fut ainsi créé pour assister le lancement des différentes versions linguistiques de Wikiversité. Durant six mois, son premier objectif a d'abord été l'élaboration des lignes directrices concernant la potentialité de produire des recherches collaboratives au sein du projet. Par la suite, chaque nouvelle version linguistique, développée dans le projet Beta, devait avoir plus de 10 modifications par mois, réalisées par au moins trois personnes distinctes, avant de pouvoir bénéficier de son propre site web.
À l'image de Beta-Wikiversity, le projet Wikisource possède lui aussi un site indépendant pour lancer ces nouvelles déclinaisons linguistiques. Tandis que pour tous les autres projets pédagogiques, ce lancement s'effectue sur la plateforme Wikimedia Incubator, créée à la même époque que Beta-Wikiversity. Ces trois plateformes de lancement ne concernent pas les nouveaux projets, qui doivent faire l'objet d'une acceptation par le conseil d'administration de la Fondation Wikimédia, et qui peuvent avoir pour origines des processus de création divers.
Le projet Wikivoyage, par exemple, fut initialement créé en 2003 dans un Wiki extérieur au mouvement Wikimédia, là où il portait le nom de Wikitravel. Comme cela arrive parfois, ce projet sans but lucratif fut acheté par une entreprise commerciale en 2006. Mais en raison du changement de gouvernance et de l'apparition de publicités, une scission est apparue au sein de la communauté d’éditeurs. Les personnes désireuses de quitter Wikitravel lancèrent alors un nouveau site appelé Wikivoyage, qui reçut en 2007, le Webby Award du meilleur guide de voyage Internet.
L'intégration de Wikivoyage dans l'écosystème Wikimédia n'a cependant été faite qu'en 2012, à la suite d'un appel à commentaires durant lequel 540 personnes furent en faveur de l’intégration du projet, 153 contre, pendant que 6 restèrent sans avis. Comme cette nouvelle déclencha une migration importante depuis Wikitravel vers Wikivoyage, une plainte fut déposée par la société commerciale en charge du premier projet. Celle-ci fut toutefois rejetée et le projet Wikivoyage continua à prendre de l’ampleur au sein du mouvement Wikimédia, avec la création de nouvelles versions linguistiques.
Le cas de Wikivoyage apparait toutefois comme une exception, car en général les nouveaux projets émergent des centaines de candidatures déposées sur le projet Méta-Wiki. Celles-ci se soldent bien souvent par un refus, comme ce fut le cas pour le projet WikiLang dont le but était de lancer un laboratoire linguistique. Quelques rares projets ont pourtant la chance d'être élus. Ce fut notamment le cas en octobre 2012, avec le lancement de la base de données structurée et sémantique Wikidata et de ses extensions Wikibase, ou plus récemment, en 2020, avec l'arrivée du projet Abstract Wikipedia et Wikifunctions.
Sans vouloir entrer dans les détails, il est intéressant de savoir que l'interconnexion entre ces trois projets permet de traduire automatiquement des articles encyclopédiques dans tous les langages naturels pris en charge par le mouvement Wikimédia. Plus précisément, les phrases des articles publiées sur Abstract Wikipédia, sont formulées par des fonctions informatiques produites dans le projet Wikifunctions, dans le but de traiter les informations de la base de données sémantique Wikidata. Autrement dit, un article dans Abstract Wikipédia ne possède qu'une seule page pour toutes les langues, pareillement aux pages d'entités de Wikidata, qui ont pour titre une lettre suivie d'un chiffre.
À la suite de ces explications, on observe donc que ce n'est pas la complexité qui détermine le refus projet, mais plutôt une série de critères comparables à ceux retenus pour supprimer des projets ou versions linguistiques déjà existants. À ce propos, il existe sur Méta-Wiki une liste mise à jour des différents sites hébergés par la Fondation Wikimédia dont l'existence est remise en cause. Dans celle-ci, on retrouve essentiellement des versions linguistiques de projets qui n’ont pas réussi à poursuivre leurs développements, bien qu'un projet entier soit toujours susceptible d'être mis à l'arrêt. C'est d'ailleurs ce qui est arrivé aux 31 versions linguistiques du projet Wikinews, qui, en date du 4 mai 2026, soit 22 ans après le lancement du site anglophone, sont accessibles en mode lecture uniquement.
Dans le cas de Wikinews, ce fut le manque d'activité qui apparut comme principale justification de la suspension du projet. Cependant, d'autres raisons pourraient être invoquées, comme le prouve cet épisode de 2005, où, peu de temps après son lancement, la version francophone du recueil de citations Wikiquote a bien risqué de disparaitre. Le projet fut effectivement accusé d’avoir récupéré le contenu d’une base de données soumise à un droit d’auteur, incompatible avec la licence Creative Commons appliquée sur l’ensemble des projets pédagogiques Wikimédia. Lorsqu'une plainte fut adressée à l’association Wikimédia France, pour être ensuite relayée sur le site Méta-Wiki, il fut bien question de fermer le projet. Après de longues discussions, celui-ci fut maintenu, mais avec pour conditions de repartir de zéro, et d’établir une charte pour garantir la traçabilité des citations reprises par le projet.
Voici donc de quoi se faire une idée sur la manière dont les projets pédagogiques et leurs déclinaisons linguistiques apparaissent et disparaissent au sein du mouvement. Les exemples repris ci-dessus suffisent effectivement pour comprendre les principes généraux qui sous-tendent leurs créations. En dehors de Méta-Wiki, Wikidata, Wikifunctions, Abstract Wikipédia et Wikimedia Commons, qui ne sont pas des projets de contenu pédagogique à proprement parler, tous les autres projets semblent effectivement provenir d’un désir de spécialisation d’un projet préexistant.
L'idée est généralement débattue dans un projet de même langue, avant de relayer la discussion vers le site Méta-Wiki. Si le projet y est jugé pertinent, il fait alors l'objet d'une candidature qui doit actuellement être soumise au groupe de travail des projets frères du comité des affaires communautaires de la Fondation Wikimédia. Quant aux nouvelles versions linguistiques, elles doivent être aujourd'hui soumises à l'approbation du comité des langues, avant d'être testées sur les plateformes Incubator, Beta-Wikiversité ou Wikisource Multilingue, dans le but de bénéficier d’un site web indépendant.
Après ces explications concernant les projets frères et leurs variations linguistiques, il nous reste encore à parler des sites qui ont un lien avec le mot Wiki, soit par leur nom, soit par le logiciel utilisé. En 2024 effectivement, plus de 22 600 d'entre eux étaient répertoriés, dont plus de 95 % sans aucun lien avec le mouvement Wikimédia, en dehors du fait, peut-être, qu’ils utilisaient le logiciel MediaWiki développé par la Fondation Wikimédia.
WikiLeaks par exemple, créé par Julian Assange dans le but de publier des documents classifiés provenant de sources anonymes, n’est ni un projet Wikimédia, ni un site collaboratif. Quant au recueil universel et multilingue de guides illustrés WikiHow, si celui-ci fonctionne pour sa part de manière collaborative et avec le logiciel MediaWiki, il n'a pourtant aucun lien avec le mouvement Wikimédia. D'ailleurs, son ergonomie, radicalement différente de celle des projets Wikimédia, permet de le comprendre au premier coup d’œil.
En revanche, Wikimini, l'encyclopédie libre pour les enfants, a une apparence tout à fait comparable à celle des projets Wikimédia, alors que le projet n’a jamais été accepté par la Fondation. Quant aux projets WikiTribune et Fandom, l'ambiguïté qu'ils entretiennent avec le mouvement est d'autant plus grande qu'ils ont été créés par Jimmy Wales, le fondateur de Wikipédia et de la Fondation Wikimédia. Cependant, comme ce sont des projets commerciaux, ils ne peuvent en aucun cas être soutenus par une fondation sans but lucratif.
Au terme de cette présentation, il ne reste plus qu'à signaler que le mouvement Wikimédia ne fut conscientisé que tardivement par rapport à l'apparition des projets Wikimédia et de leurs différentes versions linguistiques. Pour qu'un sentiment de collectivité se manifeste entre tous ceux-ci, il fallut certainement attendre qu'une coordination se développe sur la plateforme Méta-Wiki, mais également que de nombreuses rencontres et associations apparaissent en dehors de l'espace numérique. En ce sens, la naissance du mouvement ne fut pas un événement ponctuel, mais plutôt la réalisation d’un long processus de conscientisation.
'''Chapitre 9 : La conscientisation du mouvement'''
Avant d'aborder la question de la conscientisation du mouvement, il peut être intéressant de découvrir l'origine étymologique du mot « Wikimédia ». Celui-ci est un mot-valise composé du suffixe « média » et du préfixe « wiki » que l’on doit à cette expression hawaïenne « wiki wiki », qui se traduit en français par l'expression : « vite, vite ». Celle-ci fut récupérée une première fois par Ward Cunningham, le créateur du premier moteur Wiki, avant d'être réutilisée dans les noms inventés pour d'autres logiciels de cette même famille. UseModWiki en est un bel exemple, puisqu'il fut le premier programme utilisé par la firme Bomis pour héberger son projet d’encyclopédie collaborative. Raison pour laquelle, sans doute, le terme « wiki » fut utilisé pour créer le mot Wikipédia, en l'associant au suffixe « pedia » qui fait référence au mot anglais encyclopedia, selon un principe qui fut ensuite repris pour tous les autres projets du mouvement.
Le mot Wikimédia, pour sa part, n’est apparu que le seize mars 2003, lors d’une discussion concernant la déclinaison possible de l’encyclopédie en d’autres types de projets éditoriaux participatifs. Durant celle-ci, l’écrivain américain Sheldon Rampton eut l’idée d’associer au terme wiki à celui de « média », afin de mettre en évidence la variété des médias produits et partagés par Wikipédia et ses projets frères. Toutefois, c'est seulement en juin 2008 que Florence Devouard, présidente de la Fondation à cette époque, associe le mot Wikimédia à un mouvement social qu’elle voyait apparaître au sein des projets Wikimédia et de leurs communautés d'usagers.
Affirmer pour autant que ce moment précis coïncide avec la naissance du mouvement Wikimédia serait quelque peu arbitraire. Car si l’on peut déterminer plus ou moins facilement l’apparition d’une expression dans des archives, tout le monde sait qu’un mouvement social ne se forme pas en un seul instant. Dans le contexte du mouvement Wikimédia, sa naissance est bien sûr liée à celle du projet Wikipédia, mais également à tout ce qui permit la création de cette encyclopédie libre. Dans une autre perspective encore, on peut dater l'apparition du mouvement Wikimédia au 20 juin 2003, date de la création de la fondation qui porte le même nom. Ou pourquoi pas, associer la création du mouvement à la mise en ligne de la plate-forme Méta-Wiki, qui en représente le principal lieu de coordination.
Toujours est-il que l’expression « Wikimedia movement » est bien apparue en juin 2008, sous la plume de Florence Devouard. Cela s'est passé sur la liste de diffusion de la Fondation et peu de temps avant qu'elle quitte son poste de présidente. Dans son message, elle partageait l'idée de placer sous le nom de domaine Wikimedia.org un site vitrine de présentation du mouvement Wikimédia qu'elle concevait de la sorte.
Le mouvement Wikimédia, comme je l’entends est
– une collection de valeurs partagées par les individus (liberté d’expression, connaissance pour tous, partage communautaire, etc.)
– un ensemble d’activités (conférences, ateliers, wikiacadémies, etc.)
– un ensemble d’organisations (Wikimedia Foundation, Wikimedia Allemagne, Wikimedia Taïwan, etc.), ainsi que quelques électrons libres (individus sans chapitres) et des organisations aux vues similaires.
Avec autant de détails et d'explications, un tel message ne pouvait qu'accélérer la prise de conscience au sein du mouvement. Dans tous les cas, il mettait en évidence que les personnes actives dans les projets éditoriaux en ligne ou dans les organismes affiliés, faisaient partie de ce que Ralf Dahrendorf appelle un « quasi-groupe ». Ou autrement dit, un ensemble d’individus qui ont un mode de vie semblable, une culture commune, mais dont les points communs ne gravitent pas autour d’une prise de conscience de leur position commune dans la relation d’autorité.
Après la naissance de Wikipédia et de nombreux projets frères, une dizaine d’années a donc été nécessaire pour que le mouvement Wikimédia prenne conscience de son existence. Aujourd’hui encore, et comme cela a déjà été vu, de nombreuses personnes actives dans les projets pédagogiques ne réalisent toujours pas qu’elles participent aux activités d’un mouvement social. Cela, contrairement aux personnes investies dans les activités en présentiel organisées au sein du mouvement, qui sont généralement plus conscientes de leur engagement. C’est là une raison de croire que le développement de la Fondation Wikimédia et de ses organismes affiliés a joué un rôle important dans l'apparition d'un sentiment d’appartenance.
'''Chapitre 10 : La création des organismes affiliés'''
Si c’est grâce à l’arrivée des groupes et des organismes affiliés à la Fondation Wikimédia que l’idée du mouvement est probablement apparue, il est alors intéressant d'en décrire les processus de création. Mais puisque cela représente plusieurs centaines d’instances spécifiques, regroupées en plusieurs catégories détaillées en seconde partie d'ouvrage, aborder ici l’histoire de chacune d’entre elles serait une entreprise beaucoup trop fastidieuse.
De plus, s’il existe énormément d’archives numériques concernant la naissance des sites Wikimédia, ce n’est pas le cas pour ces organismes affiliés. Un bon nombre de ceux-ci se sont effectivement formés durant des rencontres ou des réunions hors ligne qui n'ont fait l’objet d’aucun enregistrement. Du reste, une bonne part des échanges effectués au sein de ces associations s'organise par des canaux de communication privés auxquels seuls les membres actifs ont accès.
Puisque je suis l'un des membres fondateurs, je me limiterai donc ici à parler de l’association Wikimédia Belgique. Celle-ci fut fondée le huit octobre 2014 en tant qu’association sans but lucratif, avant d'être reconnue le six août 2015 par le conseil d’administration de la Fondation Wikimédia. Après plus de trois ans d’activités et de rencontres et sous l’impulsion de Maarten Deneckere qui assuma le premier mandat de présidence, nous étions 8 personnes à signer la première version des statuts de l’association.
Jusqu’à ce jour, l’objet social de Wikimedia Belgique est d' « impliquer tout un chacun dans la connaissance libre ». Contrairement à l'association Wikimédia Deutchland, la première à voir le jour en 2004 et qui rassemblait déjà en 2021 plus de 85 000 membres et près de 150 employés, l’association belge n'a qu'une seule employée à temps partiel et 150 membres en 2025.
Avant d’être reconnues par le comité d’affiliations chargé de seconder le conseil d’administration de la Fondation, toutes les associations nationales, dites « chapters » en anglais, et toutes les autres organisations affiliées doivent réaliser de nombreuses démarches. Celles-ci consistent à répondre à un ensemble de prérequis qui ont évolué suite à la création d'un comité décisionnel en avril 2006. Ces obligations diffèrent entre les groupes d’utilisateurs et d'utilisatrices et les associations locales ou thématiques. Parmi ceux-ci, on retrouve toutefois : un nombre minimum de membres et de référents, une mission et un règlement d’ordre intérieur conformes aux attentes du mouvement, la remise de plans et de rapports d’activités annuels, etc.
On comprend donc qu’il n’est pas évident de créer une nouvelle instance au sein du mouvement. Pour bénéficier du soutien logistique et financier de la Fondation réservé aux organismes affiliés, c’est ainsi toute une série de rapports qu’il faut alors transmettre à divers comités et commissions chargés de leurs évaluations. Cela représente une quantité de tâches administratives qu’il n’est pas toujours facile d’assumer, surtout lorsque les membres de l’organisme affilié sont tous des bénévoles. D’où sans doute cette régulière disparition d’affiliations, pendant que d’autres se créent ou réapparaissent en fonction des énergies et du dynamisme disponibles dans les équipes.
Les activités liées à la récolte et à la redistribution des dons offerts au mouvement, ainsi que les autorisations d’usage de marques déposées, contrastent donc avec les valeurs de libre partage et d’autonomie décrites dans les projets pédagogiques. Cela semble confirmer que la partie hors ligne du mouvement est plus influencée par les habitudes d’un système économique dominant, contrairement à la partie en ligne qui semble plus fidèle à l’héritage de la contre-culture.
'''Chapitre 11 : L'héritage d'une contre-culture'''
Au terme de cette première partie d’ouvrage, il devient évident que la révolution numérique, que l’on considère généralement comme une révolution technique, fut aussi, et peut-être avant tout, une révolution sociale et culturelle. Quant à l'histoire de Wikimédia, reprise ici depuis les origines de son encyclopédie jusqu'à l'apparition de ses organismes affiliés, elle nous fit découvrir comment les idées de la contre-culture des années 1960 furent transmises au mouvement.
En cas de doute, observons encore que Richard Stallman, celui qui a créé les concepts de licence et d'encyclopédie libre, fut désigné par certains comme le gourou de la contre-culture hacker et le père du système d’exploitation hippie. Une culture hippie, dont il est aussi troublant de constater que le renversement de son logo ressemble étrangement à celui du mouvement Wikimédia.
Incontestablement et au travers du mouvement des logiciels libres, le mouvement Wikimédia a donc bien hérité des valeurs produites par les mouvements sociaux des années 1960. Des valeurs qui aujourd'hui contrastent fortement avec la marchandisation et la capitalisation du monde, dont l'espace web ne fait jamais que refléter ce qui se passe dans le reste de la société humaine. Or, ce phénomène ne date pas d'hier. En 2008 déjà, André Gorz, ce philosophe parmi les pères de la décroissance et théoricien de l’écologie politique, constatait déjà que :
La lutte engagée entre les "logiciels propriétaires" et les "logiciels libres" [...] a été le coup d’envoi du conflit central de l’époque. Il s’étend et se prolonge dans la lutte contre la marchandisation de richesses premières – la terre, les semences, le génome, les biens culturels, les savoirs et compétences communs, constitutifs de la culture du quotidien et qui sont les préalables de l’existence d’une société. De la tournure que prendra cette lutte dépend la forme civilisée ou barbare que prendra la sortie du capitalisme.
Dans cette lutte et avec le seul nom de domaine non commercial parmi le top 100 des sites les plus fréquentés du Web, la galaxie Wikimédia apparait donc comme un des derniers lieux numériques de liberté, de partage et d'égalité. Un lieu qui, de plus, est connu mondialement, grâce au succès des plus de 350 déclinaisons linguistiques de Wikipédia, et sans pour autant récolter d'informations sur l’identité et le comportement des internautes. Cela alors que cette pratique est considérée, par certains, comme un « nouvel or noir » pompé du Web, pendant que d’autres préfèrent parler de « capitalisme 3.0 » ou de « capitalisme de surveillance » .
Évidemment, les enjeux de cette lutte sont difficiles à comprendre. La complexité de l’infrastructure informatique, mais également le fait que tout cela s'inscrit dans une révolution que Rémy Rieffel décrit comme « instable et ambivalente, simultanément porteuse de promesse, et lourde de menaces », ne facilitent pas les choses. Cela d'autant plus que tout cela se place « dans un contexte où s’affrontent des valeurs d’émancipation, et d’ouverture d’un côté et des stratégies de contrôle et de domination de l’autre » .
En fait d’ambivalence, il est surprenant d'apprendre, par exemple, que Jimmy Wales, fondateur de Wikipédia et de la fondation Wikimédia, est un adepte de l’objectivisme, alors que cette philosophie voit le capitalisme comme un idéal de société et l’égoïsme rationnel, comme une morale. Puis, concernant l'instabilité du numérique, il y a ces appels répétés de Tim Berners-Lee au sujet de la « redécentralisation » et de la « régulation » d'un espace web qu'il avait conçu dans un esprit tout à fait opposé. Quant aux pionniers d'Internet, ils n'ont probablement pas imaginé que leur création permettrait un jour, à des milliards d’objets connectés, de rapporter, rien qu'en France et en 2021, plus de 2,6 milliards d’euros.
Quant à la question du contrôle et au-delà de ce qui est opéré par les firmes commerciales, c'est bien sûr du côté des États qu'il faut porter son attention. Face à un mouvement qui veut s’émanciper des contrôles, par moins de 18 pays ont déjà censuré Wikipédia et parfois même l'ensemble des projets frères. Ce fut le cas par exemple pour la Turquie, la Russie, l'Iran, mais également le Royaume-Uni, la France et l'Allemagne, et c'est même le cas de manière permanente en Chine, depuis 2004.
Dans certains cas, des procédures juridiques ont été utilisées pour intimider les membres du mouvement. C'est arrivé en France lorsque le directeur de l'association Wikimédia fut menacé de poursuites pénales par la Direction Centrale du Renseignement Intérieur, après un refus de supprimer un article qui traitait d’une station militaire dans Wikipédia. Par chance, ce qui s'est passé en France ne dépassa pas le stade de l'intimidation. En Biélorussie cependant, Mark Bernstein, un contributeur aux projets Wikimédia, fut condamné à quinze jours de prison ferme, assortis de trois ans d’assignation à résidence, pour des propos tenus au sujet de la guerre en Ukraine. Cela sans oublier qu'actuellement, ce sont les conservateurs à la tête des États-Unis qui « veulent la peau de Wikipédia » en cherchant à obtenir l'identité réelle de certains contributeurs.
Le contrôle et le non-respect de la vie privée font ainsi appel à la figure emblématique du lanceur ou de la lanceuse d'alerte, dont la posture contestataire fait penser à celle des personnes actives dans la contre-culture des années 1960. Parmi ceux-ci, on dit de Julian Assange, Edward Snowden et Chelsea Manning, qu'ils « ont perdu leur liberté pour défendre la nôtre ». De manière similaire, on pourrait donc aussi dire que les Wikimédiens Aaron Swartz, Bassel Khartabil, Pavel Pernikov, Ihor Kostenko et Mark Bernstein, se sont sacrifiés pour la liberté, le partage et la vérité.
Dans Wikimédia et comme ce fut expliqué dans l'introduction de cet ouvrage, une alerte peut prendre la forme d'un appel à commentaires en réaction à une décision ou une situation observée au sein du mouvement. C'est même là une pratique institutionnalisée, qui fait l'objet d'une procédure d'accompagnement et de suivi. Toutes ces alertes concernent les dérives de certains projets, mais également de certaines associations dont la proximité avec le système économique n'aide pas au respect des pratiques et des valeurs développées en ligne.
Dans ce qui apparait aux yeux de certains comme un « bazar libertaire », les choix et règles édictés dans la sphère hors ligne du mouvement ne plaisent pas toujours aux membres des communautés en ligne. Ce qui n'empêche toutefois pas les projets éditoriaux d'avoir leurs propres règles et des recommandations, ni de voir apparaitre, en 2020 et dans l'ensemble du mouvement, un code de conduite universel, qui détermine le « référentiel minimum des comportements acceptables et inacceptables ».
L'idéologie transmise à Wikimédia, décrite en partie par Steven Levy dans son ouvrage L’Éthique des hackers est donc plus subtile qu'un simple refus d'autorité. Dans un esprit de partage, d'ouverture, de transparence, de liberté, d'égalité et d'autonomie, c'est une structure très complexe, tout en étant cosmopolite et mondiale, que le mouvement réussit à mettre en place. Une organisation qui, finalement, apparait très inspirante dans la manière de faire communauté aujourd'hui, et au sein d'un monde toujours plus global et numérique.
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Lionel Scheepmans
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'''LE MOUVEMENT WIKIMÉDIA.'''
'''Dernier partage altruiste de la connaissance libre ?'''
De Lionel Scheepmans.
Avec l'aide de la communauté Wikimédia.
'''Quatrième de couverture.'''
'''Le mouvement Wikimédia, l'aventure inspirante d'une organisation mondiale et altruiste, au service d'un savoir libre et vérifiable.'''
Quel est ce seul acteur à but non lucratif présent dans le top 100 des sites les plus visités sur le Web ?
Comment incarne-t-il l’expression la plus visible des valeurs de liberté, d’égalité et de partage, héritées de la révolution numérique et des mouvements sociaux des années 1960 ?
Comment, à partir de Wikipédia et suite à la création d’une quinzaine de projets frères, distribués en centaines de versions linguistiques, le mouvement social Wikimédia a imaginé un monde dans lequel le savoir se produit et se partage librement ?
Et comment, en toute autonomie, des dizaines de projets pédagogiques, édités par des millions de bénévoles, soutenus par une fondation et près de 200 associations et groupes locaux, produisent-ils la plus grande intelligence collective au monde ?
Avec de nombreux codes QR, cet ouvrage répond à ces questions, tout en permettant de mieux comprendre le monde global et numérique qui nous entoure.
Lionel Scheepmans est docteur en sciences politiques et sociales, militant de la culture libre et professeur d’anthropologie numérique. Il occupe plusieurs postes d’administrateur au sein du mouvement Wikimédia qu’il observe de manière participative depuis 2011. Ses travaux universitaires, du master à la thèse de doctorat, furent consacrés à l’organisation et aux enjeux de Wikipédia et du mouvement Wikimédia.
'''Avant-propos'''
Pour offrir un confort de lecture sur papier sans perdre la puissance du numérique, des codes QR sont affichés tout au long de cet ouvrage. À l’aide d’une tablette ou d’un smartphone, ils offrent un accès direct à ce qui serait coûteux ou impossible à imprimer.
Par exemple, le code QR 1, présent à la fin de cette page, donne accès directement à la page web qui reprend l’intégralité de l’ouvrage. Une fois sur celle-ci, on peut alors visionner les illustrations en couleur ou les enregistrements qui s’y trouvent et consulter ensuite leurs pages de descriptions en cas de besoin. Cette version numérique comprend aussi de nombreux hyperliens pointant vers Wikipédia et d’autres sites du mouvement Wikimédia, où se trouvent des compléments d’informations et leurs mises à jour.
Pour économiser du papier lors de l’impression, la section regroupant les notes et les références de l’ouvrage n’est disponible qu’au format numérique, mais est directement accessible via le code QR 2 repris ci-dessous. Grâce aux indices de renvoi chiffrés et placés en exposant dans le texte imprimé, il est alors possible, au départ d'un smartphone ou d'une tablette, de retrouver les notes et les références en fonction de leur numérotation. Lorsque la référence correspond à une page web, un lien pointant vers le projet Internet Archive s’y trouve repris, pour garantir un accès aux archives des pages citées dans l’ouvrage, si jamais elles avaient disparu du web. Quant aux pages toujours existantes, elles restent accessibles via leurs hyperliens originels, pour consulter leurs éventuelles évolutions.
Étant donné que ce livre est produit sur une plateforme collaborative, tout le monde est invité à améliorer les prochaines versions. On peut le faire en corrigeant des fautes d’orthographe ou de syntaxe sur les pages web qui constituent les différents chapitres de l’ouvrage, ou encore en apportant des commentaires sur les pages de discussion qui leur sont associées. Cela peut se faire très simplement en cliquant sur « Modifier » , quand on est sur la page d'un chapitre, et sur « Ajouter un sujet » lorsque l'on est sur une page de discussion.
Une page de discussion générale est aussi accessible grâce au code QR 3. Elle permet de commenter le livre dans son ensemble, ou de poser une question à son sujet. Il suffit pour cela d’indiquer un titre dans le champ « Démarrer un nouveau sujet », avant d'écrire le contenu de son message dans l’encadré situé juste en dessous, et de cliquer finalement sur le bouton « Ajouter un sujet de manière anonyme », pour publier celui-ci.
Enfin, pour ceux qui voudraient agrémenter leur lecture d’un fond sonore relaxant et original, le code QR 4 donne accès à une page web qui diffuse une musique mélodieuse. Celle-ci est composée de sons spécifiquement produits chaque fois qu’une modification est apportée sur un projet Wikimédia, ou qu’un nouveau compte y est créé. Ce dispositif ingénieux offre ainsi, aux lecteurs qui le souhaitent, une ambiance sonore particulièrement confortable, ainsi qu’une nouvelle expérience immersive au sein du mouvement Wikimédia.
'''Introduction : Wikimédia n’est pas Wikipédia.'''
Depuis le succès initial de Wikipédia, une myriade de projets de partage des connaissances, d’organisations et de groupes de soutien ont émergé pour former ce qu’on appelle aujourd’hui le mouvement Wikimédia. Même si l’encyclopédie libre reste l'activité phare du mouvement à ce jour, il serait regrettable de réduire l’ensemble du mouvement à cet unique projet pédagogique. Malheureusement, il arrive bien trop souvent qu'une seule version linguistique de Wikipédia suffise pour cacher l’étendue de la forêt Wikimédia.
En réalité, Wikimédia représente un mouvement social, international et interculturel complexe, au sein duquel Wikipédia n’est qu’une composante parmi d’autres. Dans le cadre d'un mémoire de master, on peut ainsi fournir en quelques mois une ethnographie du projet Wikipédia en français. Alors que pour synthétiser les origines, l’organisation et les dynamiques globales du mouvement Wikimédia, une thèse de doctorat et cinq années de recul supplémentaires furent nécessaires.
À la fin de l'année 2025, l’ampleur numérique du mouvement est effectivement impressionnante. Chaque mois, des millions de modifications bénévoles sont effectuées sur plus de 500 millions de pages, réparties sur plus d’un millier de sites web, dont 358 seulement, correspondent aux versions linguistiques de Wikipédia. Ce qui prouve donc clairement que les activités en ligne portées par l'ensemble du mouvement Wikimédia dépassent largement ce qui se passe au sein de l’encyclopédie.
Il existe ainsi cinq autres espaces collaboratifs d'écriture susceptibles d'atteindre un jour l'envergure et la notoriété de Wikipédia, avec un objectif et un fonctionnement spécifiques à chacun. De manière détaillée, Wikilivres crée des livres pédagogiques ; Wikiversité rassemble des supports d'enseignement et des travaux de recherche ; Wikivoyage développe un guide touristique mondial ; Wikispecies établit un répertoire du vivant, tandis que Wiktionnaire définit des mots de toutes les langues, dans toutes les langues.
Contrairement à Wikipédia, tous ces projets ne sont pas soumis à une neutralité de point de vue, ni limités à l'usage de sources secondaires reconnues, au niveau de la rédaction des articles. La plupart d'entre eux acceptent aussi la publication de travaux de recherche ou de productions personnelles, alors que cela est tout à fait interdit dans Wikipédia.
Selon l'étymologie du mot encyclopédie, le but de Wikipédia est en effet de synthétiser ou, plus précisément, d'encercler le savoir humain déjà préexistant. Cette contrainte éditoriale limite donc les contributeurs et contributrices à l'usage de sources secondaires et tertiaires présentes dans des publications externes au projet. De ce fait, Wikipédia reproduit fatalement les biais systémiques, tels que les déséquilibres et les surreprésentations de genre et de culture, présents dans un monde de l'édition majoritairement occidental. Or, cette impasse éditoriale propre à Wikipédia n'existe pas dans les autres projets pédagogiques.
Comme ces projets frères, Wikipédia n'est pas non plus un projet complètement autonome des autres projets Wikimédia. L'encyclopédie compte en effet sur le projet Wikimedia Commons pour héberger l'ensemble de sa médiathèque. Elle utilise ensuite le contenu du projet Wikidata comme base de données structurée. Quant aux personnes qui produisent l'encyclopédie, elles peuvent aussi puiser leurs sources dans la bibliothèque Wikisource ou se référer à des citations d'auteurs collectées dans le projet Wikiquote. Tout cela sans oublier que des dizaines de sites web traitent l'archivage permanent de Wikipédia et des autres projets Wikimédia, dans le but de fournir des analyses précieuses et totalement libres d’accès.
Enfin, il faut aussi garder à l'esprit qu'au-delà de tous ces sites web, Wikimédia, c'est aussi de nombreuses institutions et organisations affiliées au mouvement et dispersées dans le monde. Autour de la Fondation Wikimédia chargée de la gestion et de l’organisation internationales, avec près de 650 salariés de nationalités diverses, se regroupent des centaines d'organisations satellites. Parmi celles-ci, on retrouve 2 associations thématiques, 40 associations locales, dont Wikimedia Deutschland qui regroupe plus de 170 employés, et finalement 141 groupes d’utilisateurs et utilisatrices.
Tout ce qui vient d'être exposé dans cette introduction justifie donc la nécessité de distinguer le mouvement Wikimédia du projet Wikipédia. Imaginons seulement que l’on se limite à citer Paris pour décrire et comprendre un pays aussi vaste que la France. Certes, Paris est une ville mondialement connue et qui compte plus de deux millions d’habitants et un patrimoine culturel impressionnant. Mais est-ce pour autant qu'il faudrait oublier les autres villes, villages et métropoles françaises ? Sans compter que la France regroupe aussi des départements et des territoires d’outre-mer et qu'elle entretient des relations et des partenariats internationaux qui dépassent de loin ce qui se passe entre Paris et le reste du monde. Ne pas confondre le mouvement Wikimédia avec le projet Wikipédia relève donc du bon sens.
En 2019 cependant, la Fondation Wikimédia a envisagé de se renommer en Fondation Wikipédia et de remplacer le terme « Wikimédia » par celui de « Wikipédia » partout où ce terme est utilisé dans la sphère hors ligne du mouvement. Le but était d’acquérir une plus grande visibilité et d’attirer des milliards de personnes, grâce au nom de marque Wikipédia, considéré comme l’un des plus connus au monde. Ce changement n’a toutefois pas été accepté par de nombreuses personnes actives au sein du mouvement. En janvier 2020, ces opposants ont ainsi créé une page d’appel à commentaires, qui fut le siège d’un long débat. À l’issue de ce dernier, 73 représentants d’organisations affiliées et 984 personnes ont signé une lettre ouverte adressée à la Fondation, qui comprenait le paragraphe suivant.
« Depuis 20 ans, les bénévoles ont bâti la réputation de Wikipédia en tant que ressource indépendante et communautaire. Les projets du mouvement Wikimédia, dont Wikipédia, se développent autour de la décentralisation et du consensus. Il est essentiel d’établir des distinctions claires entre la Fondation Wikimédia, les affiliés et les contributeurs individuels. Tout changement qui affecte cet équilibre exige le consentement éclairé et la collaboration des communautés. Il est donc très préoccupant de voir Wikipédia présenté pour le nom de l’organisation et du mouvement malgré le mécontentement général de la communauté. »
En s’opposant aux idées de la Fondation, ces membres de la communauté Wikimédia ont ainsi fait preuve de sagesse. De plus, ils ont signalé dans de nombreux commentaires que beaucoup de personnes connaissent le mouvement Wikimédia uniquement au travers de son encyclopédie. Il est même étonnant d'observer que la méconnaissance du mouvement existe au sein même de sa propre communauté. Comme exemple, on peut observer que l'article Wikipédia en anglais, consacré au mouvement Wikimédia, ne s’est développé qu’à partir de 2016, tandis que celui de la version francophone de l'encyclopédie, n’est apparu qu’en 2019. Quant aux autres versions linguistiques, il est tout aussi étonnant de constater qu'en octobre 2025, seulement 39 d'entre elles, sur un total de 358, possédaient un article dédié au mouvement Wikimédia.
Tous ces éléments justifient donc la nécessité d’offrir au monde, une meilleure connaissance du mouvement Wikimédia et des nombreux projets et organisations, qui participent à sa mission de partage du savoir. En ce sens, ce livre est une contribution importante aux défis stratégiques que doit relever le mouvement Wikimédia à l’approche de 2030. Car au-delà des résolutions prises pour développer de nouveaux processus participatifs et délibératifs concernant les questions de marque, c’est avant tout un travail d’information et de sensibilisation à destination du public qu'il reste à faire.
'''Première partie : La naissance du mouvement Wikimédia.'''
Il existe dans l'espace web, une multitude d’archives permettant de retracer les événements, qui ont conduit à la naissance du mouvement Wikimédia. Cette « préhistoire » du mouvement peut notamment être explorée grâce au réseau d’éducation populaire Framasoft, dont le site est apparu environ un an avant la création de la version francophone de Wikipédia. On trouve sur cette plateforme une mine d’informations concernant les logiciels libres et la culture libre, soit deux épisodes majeurs de l’histoire de l’informatique et d’Internet, malheureusement méconnus du grand public.
Grâce à Framasoft et bien d’autres associations, il est possible de découvrir l’organisation et les motivations des millions de personnes qui participent au mouvement du logiciel libre. On peut apprend par exemple, que ce mouvement politique et social, au sein du milieu informatique, a été initié en 1983 par [[w:fr: Richard Stallman|Richard Stallman]]. Programmeur du [[w:Massachusetts_Institute_of_Technology|MIT]] à cette époque, c'est en effet lui qui fut le premier à proposer une alternative à la marchandisation du secteur informatique.
La philosophie de libre partage, apparue au sein du projet de Stallman, reflétait une certaine éthique et une organisation de travail originale, développées au sein d’une sous-culture, en vogue dans le milieu informatique depuis les années 1950. Celle-ci fut documentée dans de nombreux ouvrages, dont « L’éthique hacker », un livre remarquable, dans lequel le philosophe finlandais, Pekka Himanen, analyse en détail les origines de la culture hacker.
Un simple extrait de sa quatrième de couverture, repris ci-dessous, permet d’appréhender la manière de penser de ces informaticiens, rejoints par Richard Stallman durant ses études universitaires, avant d'en devenir l’une des figures les plus charismatiques.
« On considérait jusqu’à présent le « hacker » comme un voyou d’Internet, responsable d’actes de piratage et de vols de numéros de cartes bancaires. Le philosophe Pekka Himanen voit au contraire les hackers comme des citoyens modèles de l’ère de l’information. Il les considère comme les véritables moteurs d’une profonde mutation sociale. Leur éthique, leur rapport au travail, au temps ou à l’argent, sont fondés sur la passion, le plaisir ou le partage. Cette éthique est radicalement opposée à l’éthique protestante, telle qu’elle est définie par Max Weber, du travail comme devoir, comme valeur en soi, une morale qui domine encore le monde aujourd’hui. »
En introduisant cette première partie d'ouvrage de la sorte, nous pouvons déjà comprendre que le mouvement Wikimédia plonge ses racines dans une transition culturelle remplie d’utopie. Une utopie qui s’oppose notamment à ce que l’historien et anthropologue Karl Polanyi désignait, en 1944 déjà, comme un libéralisme économique qui « subordonne les objectifs humains à la logique d’un mécanisme de marché impersonnel ». Étape par étape et en commençant par analyser cette utopie spécifiquement au niveau du mouvement Wikimédia, voyons maintenant ce qui s'est passé tout au long de cette révolution culturelle et numérique.
'''Chapitre 1 : L'utopie Wikimédia.'''
Au fil du temps, Wikipédia fut perçu comme une utopie en marche, puis comme une utopie réalisée, et finalement comme la dernière utopie collective du Web. Mais qu'en est-il de l'ensemble du mouvement Wikimédia ? Pour nous aider à comprendre ce qui se passe dans la dimension numérique de ce mouvement, voici une métaphore qui décrit un quartier établi au sein d'une ville, imaginée au départ de l'espace web ». Dans cette ville imaginaire, Internet représenterait le réseau routier, pendant que des serveurs informatiques feraient office de bâtiments, et que les pages web qu'ils hébergent, constitueraient les différentes pièces de ces édifices.
En visitant le quartier Wikimédia, on découvrirait donc plus d’un millier de bâtiments. Au sein de ceux-ci et à l’exception de quelques lieux administratifs, chaque pièce peut être visitée gratuitement, mais aussi modifiée au niveau de son contenu. On peut ainsi y ajouter de nouvelles choses, telles que du texte, des photos, des vidéos ou des documents sonores, et même changer ou supprimer ce qui a été créé ou modifié par d’autres. Tout cela, bien sûr, dans le but de rendre ces endroits plus esthétiques, ou plus authentiques et en tenant compte des différentes idées et des éventuelles oppositions de point de vue concernant les aménagements. Pour faciliter l'entente entre les personnes qui s'investissent dans les modifications, chaque pièce des bâtiments Wikimédia possède un espace annexe dédié à la discussion.
Dans la plupart des bâtiments Wikimédia, une personne malintentionnée peut même faire disparaitre tout le contenu d'une pièce. Néanmoins, dans la seconde qui suit, un robot remettra tout en place, avant de transmettre un message concernant le traitement du vandalisme. Lorsqu'une action plus discrète n'est pas détectée par un robot, une personne qui surveille la pièce prendra certainement le relais pour annuler les changements malveillants, et contacter la personne responsable. En cas de multirécidive, celle-ci peut se voir privée de sa capacité de modifier les pièces, soit dans le bâtiment vandalisé, soit dans tout le quartier quand cela se justifie. Après discussion, cette sanction sera mise en application par un administrateur ou une administratrice bénévole, choisi ou choisie par l'ensemble des autres bénévoles qui prennent soin des bâtiments.
On comprend donc que tout le monde peut enrichir, mais également surveiller et protéger les richesses partagées dans le quartier Wikimédia. Il suffit pour cela de rejoindre le mouvement en se créant un compte et de profiter de nombreux outils, dont un système de notification qui envoie un message dès qu'une pièce que l'on veut surveiller est modifiée. Pour créer ce compte, il n'est pas nécessaire de fournir une adresse ou un numéro de téléphone. Les seules informations personnelles indispensables au bon fonctionnement du quartier Wikimédia sont les adresses IP des visiteurs. Car contrairement à ce qui se passe dans les quartiers commerciaux de la grande ville numérique, tels que les GAFAM, NATU, BATX, le quartier Wikimédia ne récolte et ne vend aucune donnée à des fins d'exploitation.
Même les adresses IP enregistrées par le système ne sont pas visibles par les autres visiteurs. Elles sont remplacées par les noms et les pseudonymes fournis lors de la création des comptes, ou masquées par des comptes temporaires pour les modifications faites par des personnes non connectées. Seules quelques personnes accréditées par la communauté pour effectuer des contrôles d’usurpation d’identité ont accès à ces informations. C’est là une précaution nécessaire au bon déroulement des votes qui succèdent parfois aux recherches de consensus concernant l'aménagement du quartier Wikimédia.
Dans cette ville numérique que constituerait l'espace web, Wikimédia apparait ainsi comme le plus grand quartier dédié au partage de la connaissance. Tout d'abord, il y a les plus de 350 bâtiments Wikipédia, chacun dédié à une version linguistique de l'encyclopédie. Toujours séparés en versions linguistiques, on trouve ensuite : les bibliothèques Wikilivres et Wikisource, les bâtiments lexicaux Wiktionnaire, le journal Wikinews, le centre pédagogique et de recherche Wikiversité, le syndicat d’initiative Wikivoyage, le répertoire des êtres vivants Wikispecies et enfin l'institut des citations d’auteurs Wikiquote. Cela sans oublier le musée médiatique Wikimedia Commons et la banque Wikidata, reconnue comme étant la plus grande banque d’informations structurées au monde. Deux bâtiments dont l'une des fonctions principales communes est d’enrichir les pièces situées dans les autres buildings du quartier Wikimédia.
Dans tous ces immeubles, il arrive souvent que plus de la moitié des étages soient uniquement attribués à l'organisation des activités qui s'y déroulent. Chaque bâtiment peut aussi compter sur le soutien d'autres édifices tels que MediaWiki, Wikitech, Phabricator, qui sont trois lieux entièrement dédiés aux maintenances techniques sur l'ensemble du quartier. Concernant les aspects administratifs, c'est dans le bâtiment Méta-Wiki que s'opère la gouvernance générale du quartier, alors que les courriers adressés à ce dernier sont traités en première ligne dans le bâtiment Wikimedia VRT. À la suite de quoi, il ne reste plus qu'à citer le bâtiment Wikimedia Outreach, pour des initiatives de sensibilisation, et le bâtiment du journal Diff Wikimedia, comme lieu de publication d'actualités sur le mouvement.
En dehors de certains aspects techniques, tous ces bâtiments sont gérés exclusivement par des communautés bénévoles, qui sont toujours prêtes à accueillir de nouveaux membres. Les seuls immeubles du quartier qui diffèrent de ce principe sont les bâtiments vitrines de la Fondation Wikimédia et des autres associations Wikimédia qui engagent du personnel. Quant au bâtiment du conseil d'administration de la Fondation, des raisons officielles justifient le fait que la modification de ses pièces est réservée à ces membres et aux employés qui les soutiennent.
Face à tant d'utopies, on en vient donc à se demander comment tout cela fut rendu possible. Mais pour répondre à cette question, il faut alors parcourir tout un pan de l'histoire de la révolution numérique, depuis la contre-culture des années 1960 jusqu'à nos jours. On y découvre que les pionniers du réseau Internet étaient des chercheurs et étudiants en informatique, fortement influencés par de nouvelles idéologies, telles que celles qui furent à la source des évènements de mai 68 en France. C'est donc de là que naîtra la philosophie de partage, de liberté, de décentralisation et ce mode d’organisation tout à fait spécifique, que l'on observe aujourd'hui au sein du mouvement Wikimédia.
Il y eut tout d'abord la création d'Internet, comme réseau mondial de communication en libre accès, et le développement du World Wide Web, qui a grandement facilité les interactions humaines à l’échelle planétaire. Puis, ce fut l'arrivée du Web 2.0, caractérisé par l'apparition de nouveaux sites web directement modifiables à l'aide d’un simple navigateur. Or, parmi ceux-ci se trouvent les moteurs de Wiki, dont le plus puissant d’entre eux, MediaWiki, est un logiciel libre développé par la Fondation Wikimédia. Le moment est donc venu d'en savoir plus sur ce type de programme informatique, ainsi que sur le mouvement du logiciel libre, qui a fortement influencé la philosophie et les valeurs véhiculées au sein du mouvement.
'''Chapitre 2 : Le mouvement du logiciel libre.'''
L’un des premiers épisodes de la préhistoire de Wikipédia et du mouvement Wikimédia débuta en septembre 1983, lorsqu’un programmeur du Massachusetts Institute of Technology, appelé Richard Stallman, déposa un message sur la liste de diffusion net.unix-wizards. C’était un appel d’aide pour la création de GNU, un nouveau système d’exploitation qui devait réunir une suite de programmes que tout le monde pourrait utiliser librement sur son ordinateur personnel. Dans son message transmis via ARPANET, le premier réseau informatique à grande échelle qui précéda Internet, Stallman s’exprimait de la sorte.
Je considère comme une règle d’or que si j’apprécie un programme, je dois le partager avec d’autres personnes qui l’apprécient. Je ne peux pas en bonne conscience signer un accord de non-divulgation ni un accord de licence de logiciel. Afin de pouvoir continuer à utiliser les ordinateurs sans violer mes principes, j’ai décidé de rassembler une quantité suffisante de logiciels libres, de manière à pouvoir m’en tirer sans aucun logiciel qui ne soit pas libre.
Le projet de Stallman, qui reçut le soutien nécessaire à son accomplissement, marqua ainsi le début de l’histoire du logiciel libre. Quant à la quantité d’aide fournie, elle permet de croire que Richard Stallman n’était pas seul à voir l’arrivée des logiciels propriétaires d’un mauvais œil. Car pour les membres du projet GNU et du mouvement du logiciel libre en général, un bon programme informatique doit respecter ces quatre libertés fondamentales :
1. La liberté d’exécuter le programme, pour tous les usages.
2. La liberté d’étudier le fonctionnement du programme, et de l’adapter à vos besoins.
3. La liberté de redistribuer des copies, donc d’aider votre voisin.
4. La liberté d’améliorer le programme, et de publier vos améliorations, pour en faire profiter toute la communauté.
Lors de l'apparition du logiciel libre, le marché de l’informatique était de fait en pleine mutation. L'habituel partage des codes informatiques entre les rares étudiants ou chercheurs, qui bénéficiaient d’un accès à un ordinateur, faisait l'objet d'une remise en question. Ce changement faisait notamment suite au Copyright Act de 1976, une nouvelle loi qui autorisait l'application d'un droit d'auteur sur le code informatique, et donc qui permettait d'en interdire le partage ou la réutilisation sans autorisation. Des clauses de confidentialité ont ainsi fait leur apparition, pendant que les employés des firmes informatiques étaient nouvellement soumis à des contrats de confidentialité. C'était la fin de l’entraide et de la solidarité pratiquées chez les pionniers de l’informatique. À sa place s'installaient la concurrence et la compétitivité, bien connues dans le système capitaliste marchand.
Cette mutation coïncidait avec l’arrivée des premiers ordinateurs de taille réduite. Grâce à l’apparition des premiers circuits intégrés, les premiers exemplaires avaient en effet été créés par l’industrie aérospatiale au début des années 1960. Cependant, il fallut attendre le début des années 1980 pour que le prix d’un ordinateur soit suffisamment bas pour en faire un bien de grande consommation. En 1982, le Commodore 64 entrait ainsi dans le livre Guinness des records, avec plus de 17 millions d’exemplaires vendus dans le monde. Mais avant cela, en 1981, l’IBM Personal Computer avait déjà fait son apparition, en proposant une architecture ouverte qui allait servir de modèle pour toute une gamme d’ordinateurs que l’on désigne toujours aujourd’hui par l’acronyme « PC ».
Pour faire fonctionner ses nouveaux modèles d'ordinateurs, la société IBM avait confié à l’entreprise Microsoft, créée en 1975, la mission de les équiper d’un système d’exploitation. Le contrat signé entre les deux firmes fut une véritable aubaine pour le fournisseur des programmes informatiques. Car sans s'en apercevoir, et sans jamais anticiper que son matériel serait cloné à grande échelle, IBM avait en effet permis à Microsoft d'établir un monopole dans la vente de logiciels. Cela fut condamné pour abus de position dominante et vente liée du logiciel avec le matériel informatique, mais sans pour autant empêcher Bill Gates, le principal actionnaire de Microsoft, d'être l'homme le plus riche du monde en 1994.
Toutefois, pendant que Microsoft renforçait sa position dominante, un nouvel événement majeur allait marquer l’histoire du logiciel libre. Celui-ci fut de nouveau déclenché par un appel à contribution, qui fut cette fois posté le vingt-cinq août 1991 par un jeune étudiant en informatique de 21 ans, appelé Linus Torvalds. Via le système de messagerie Usenet, sa demande avait été postée dans une liste de diffusion consacrée au système d’exploitation Minix, une sorte d’UNIX simplifié et développé dans un but didactique, par le programmeur Andrew Tanenbaum.
Loin d’imaginer que cela ferait de lui une nouvelle célébrité dans le monde du Libre, Torvalds entama son message par le paragraphe suivant.
« Je fais un système d’exploitation gratuit (juste un hobby). Il ne sera pas grand et professionnel comme gnu pour les clones 386. Ce projet est en cours depuis avril et commence à se préparer et j’aimerais avoir un retour sur ce que les gens aiment ou n’aiment pas dans minix, car mon système d’exploitation lui ressemble un peu, même disposition physique du système de fichiers pour des raisons pratiques entre autres. »
Bien qu’il fût présenté comme un passe-temps, le projet qui répondait au nom de « Linux », fut rapidement soutenu par des milliers de programmeurs du monde entier, avant de devenir la pièce manquante du projet GNU. En effet, les contributeurs au projet de Stallman n’avaient pas encore terminé l’écriture du code informatique du noyau Hurd, alors qu'il était censé établir la communication entre la suite logicielle produite par GNU et le matériel informatique. C'est donc la fusion des codes produits par les projets GNU et Linux qui permit la création du premier système complet, stable et entièrement libre baptisé GNU/Linux.
Au départ de ce nouveau système informatique, de nombreuses variantes, que l’on nomme communément « distributions », furent créées par des programmeurs de tous horizons. L’une de celles-ci s’intitule Debian et tire sa réputation d'être simultanément libre, gratuite, très fiable et produite par une communauté sans lien direct avec une société commerciale. Quatre qualités qui expliquent pourquoi, Debian sert de base à plus de 150 distributions dérivées, et que de nombreuses organisations l'utilisent, comme le fait la Fondation Wikimédia sur les serveurs qui hébergent les projets qu'elle supporte.
Grâce à la naissance des logiciels libres, le mouvement Wikimédia a donc la possibilité de faire tourner ses serveurs informatiques, avec un système d’exploitation fiable, libre et gratuit. Comme son code source est ouvert, cela permet aussi à la Fondation Wikimédia de le modifier pour répondre aux besoins spécifiques du mouvement. À la suite de quoi, et selon les règles formulées par la communauté du logiciel libre, les modifications faites par la Fondation deviennent à leur tour, gratuitement et librement, utilisables par d’autres personnes ou organismes.
À ce premier héritage reçu par le mouvement Wikimédia, et toujours en provenance des logiciels libres, s’ajoute encore une innovation méthodologique. Dans son article La Cathédrale et le Bazar, Eric Raymond mobilise en effet le terme « cathédrale » pour désigner le mode de production des logiciels propriétaires, en opposition au mot « bazar », qu'il utilise pour qualifier le mode de développement des logiciels libres. D’un côté, il décrit une organisation pyramidale, rigide et statutairement hiérarchisée, comme on peut la voir souvent au sein des entreprises. Tandis que de l’autre, il parle d’une organisation horizontale, flexible et peu hiérarchisée, qu’il a lui-même expérimentée en adoptant le style de développement de Linus Torvalds, à savoir : « distribuez vite et souvent, déléguez tout ce que vous pouvez déléguer, soyez ouvert jusqu’à la promiscuité ».
À l’instar de la métaphore du quartier numérique présentée dans le précédent chapitre, cette manière de décrire les projets open source nous aide donc ici à mieux comprendre ce qui se passe dans le mouvement Wikimédia. D'un côté, on retrouve effectivement cette « ouverture jusqu’à la promiscuité », dans le libre accès accordé aux projets Wikimédia, alors que de l'autre, tout le monde peut rejoindre les projets et associations Wikimédia. Ces deux observations corroborent ainsi l’existence d’un deuxième héritage en provenance du mouvement du logiciel libre. Néanmoins, il nous reste encore à découvrir un phénomène négligé par Eric Raymond durant ses observations, et qui pourtant, a considérablement influencé l'histoire de la révolution numérique. Découvrons donc à présent, la licence libre et le mouvement de la culture libre, dont elle fut à l’origine.
'''Chapitre 3 : Les licences et la culture libres.'''
Dans une biographie autorisée, Christophe Masutti explique à quel point la création de la Licence publique générale GNU, en tant que première licence libre créée par Richard Stallman, représente un épisode majeur de la révolution numérique. Selon lui :
La GPL apparaît comme l’un des meilleurs hacks de Stallman. Elle a créé un système de propriété collective à l’intérieur même des habituels murs du copyright. Surtout, elle a mis en lumière la possibilité de traiter de façon similaire « code » juridique et code logiciel.
Le concept de distribution associé à ce nouveau type de licence fut baptisé « copyleft », par inspiration d’un jeu de mots que Richard Stallman avait trouvé dans un courrier transmis par son collègue Don Hopkins. Le principe novateur de ce concept est d'obliger toute production de code dérivé à se soumettre à la même licence libre que le code d’origine. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle beaucoup de gens parlent de licence « virale » ou « récursive » en faisant référence à celle-ci. Quant à l'importance de cette clause, elle repose sur le fait d'interdire toute privatisation d'un code informatique produit sous licence libre. Sans celle-ci, un tel code risque en effet d'être récupéré, puis modifié, avant d’être placé sous un habituel copyright de type « tous droits réservés », dans le but de commercialiser son usage.
En 2001 et dans la mouvance provoquée par l'arrivée des licences libres, une organisation internationale sans but lucratif, intitulée Creative Commons, a entamé la promotion du partage et la réutilisation de la créativité et des connaissances grâce à la fourniture d’outils juridiques gratuits. Pour ce faire, elle met régulièrement à jour une panoplie de licences inspirées par la GNU, mais spécialement adaptées aux œuvres de l'esprit, telles que les productions littéraires, musicales, photographiques et vidéo, ainsi que les bases de données.
Contrairement aux licences libres fournies par la Free Software Foundation, conçues pour protéger du code informatique, les licences fournies par Creative Commons offrent la possibilité de sélectionner de nombreuses clauses pour protéger une œuvre. Avec le label CC, pour Creative Commons, on peut ainsi appliquer, ou ne pas appliquer, la clause « BY », qui oblige à créditer l'auteur, et la clause « SA », pour Share Alike, qui ordonne le partage à l’identique comme décrit précédemment. Après quoi il est encore possible d'ajouter la clause « NC », qui impose un usage non commercial, et finalement, la clause « ND », pour Non Derivative, qui exige que l’œuvre soit utilisée ou reproduite dans son intégralité et sans modification.
Le mouvement Wikimédia a choisi la licence CC.BY-SA pour protéger les contenus publiés dans tous ses projets. Cela à l'exception de la banque de données Wikidata, qui au même titre que les descriptions apportées aux fichiers téléchargés dans la médiathèque Wikimedia Commons, publie ses informations structurées sous licence CC0. Cette dernière licence est ainsi ce qui se rapproche le plus du domaine public, avec cet avantage de ne pas devoir mentionner les auteurs dans le traitement et la réutilisation du contenu de la base de données.
Cependant, il en résulte que les informations en question peuvent être réutilisées par des tiers qui ne sont plus obligés de citer leurs sources, comme le font les agents conversationnels des intelligences artificielles génératives, appelés couramment chatbots. Contrairement à la licence CC.BY-SA, la licence CC0 est donc moins apte à pérenniser les projets Wikimédia, puisqu'elle permet d'invisibiliser ces derniers au risque de réduire les chances d'arrivée de nouveaux contributeurs et contributrices. De plus, sans la clause SA qui assure l'application du copyleft, toutes les informations récupérées au sein de Wikidata et de Wikimedia Commons sont aussi susceptibles de quitter le monde du libre.
Quoi qu’il en soit, les licences Creative Commons, inspirées par la licence libre de Richard Stallman, apparaissent finalement comme un troisième héritage en provenance du mouvement du logiciel libre et de la culture libre qui en est issue. Grâce à la licence CC BY SA, les éditeurs des projets Wikimédia bénéficient effectivement d'une certaine reconnaissance, tout en étant assurés qu'aucun copyright sur leurs travaux ne puisse exclusivement profiter à une personne ou une compagnie. De plus, la licence libre appliquée au système d'exploitation installé sur les serveurs Wikimédia, garantit elle aussi un certain respect des contributeurs, puisqu'elle permet de vérifier si le code informatique ne compromet pas leurs vies privées.
Avec tous les autres apports en provenance du logiciel libre, ce sont là deux choses importantes qui ont permis l'apparition du mouvement Wikimédia. Toutefois, cela ne pouvait pas suffire à la création du projet Wikipédia qui en fut le point de départ. Car sans un espace numérique, mondial et libre d’accès, tel qu'il fut créé par Internet et l'espace web, aucune encyclopédie collaborative de cette envergure n'aurait pu voir le jour.
'''Chapitre 4 : Le réseau Internet.'''
L’histoire du réseau Internet constitue un nouvel épisode captivant de la révolution numérique, sans lequel le mouvement Wikimédia n’aurait jamais pu émerger. D’un point de vue purement technique, ce réseau informatique a été mis au point dans les années 1970, avant l’adoption généralisée du protocole TCP/IP, toujours en usage à ce jour. Ce dernier fut inventé par Vint Cerf et Robert Elliot Kahn, quand ils travaillaient pour la Defense Advanced Research Projects Agency, rattachée au département de la Défense américaine. L'une des premières présentations de leur projet fut ainsi réalisée lors d’une conférence organisée par l’International Network Working Group, une instance créée pour assurer la gouvernance mondiale du réseau informatique.
Sur base de ces informations, on peut penser qu’Internet a été créé par des militaires. Cependant, Une contre-histoire de l’Internet, nous révèle que les créateurs et les premiers utilisateurs d’ARPANET, considéré comme l’ancêtre d’Internet, étaient davantage des étudiants hippies et amateurs de LSD, que des militaires bien drillés. D’ailleurs, avant la standardisation du protocole TCP/IP, ARPANET fonctionnait depuis plus d’un an avec un autre protocole de transition intitulé Network Control Program. Or, celui-ci avait été mis au point, en février 1969, par le Network Working Group, un groupe informel d’étudiants rassemblés autour de Steve Crocker, lorsqu’il ne détenait encore qu’une simple licence, au niveau de sa formation universitaire.
Bien que rarement cité dans l’histoire d’Internet, ce groupe a pourtant mis en place la procédure RFC, pour Request For Comments, reconnue comme « l’un des symboles forts de la "culture technique" de l’Internet, marquée par l’égalitarisme, l’autogestion et la recherche collective de l’efficience ». Soit trois principes et une procédure, qui aujourd’hui encore sont appliqués sur le site Méta-Wiki, dans lequel s'organise la gestion communautaire du mouvement Wikimédia. Cela alors qu'au sein des autres projets dédiés à la production de contenus pédagogiques, des processus similaires de recherche de consensus ont fait leur apparition.
Il faut ensuite savoir que les liens entre ARPANET et l’armée ont disparu avec l’apparition du MILNET, un réseau entièrement dédié aux activités militaires, rebaptisé NIPRNet, pour Non-classified Internet Protocol Router Network, en 1990. Après une séparation définitive en 1983, précisément l’année où Richard Stallman postait sa demande d’aide pour le projet GNU, le réseau ARPANET resta uniquement dédié à la recherche et au développement. À cette époque, le réseau ne comprenait pas plus de 600 machines connectées, ce qui n'a donc rien de comparable avec ce vaste réseau informatique mondial que nous connaissons aujourd’hui et qui fut fortement développé au cours des années 1990.
Pour en assurer l’entretien technique, une organisation non gouvernementale, a été créée en 1992, sous l'appellation d’Internet Society. Celle-ci devait aussi veiller au respect des valeurs fondamentales liées au bon fonctionnement du réseau. Car avant d'atteindre des milliards d’appareils connectés, il a d’abord fallu réglementer les nombreuses dorsales internet intercontinentales, sans lesquelles la transmission du protocole TCP/IP partout dans le monde n'aurait pas été possible.
Quant à l’état d’esprit des créateurs d'Internet, un article intitulé : Quarante ans après, mais qui donc créa l’internet ? apporte un éclairage particulièrement intéressant au sujet des liens que l'on peut établir entre le mouvement Wikimédia et l'histoire d'Internet. Dans son témoignage, Michel Elie, cet ingénieur en informatique, membre du Network Working Group cité précédemment, et responsable de l’Observatoire des Usages de l’Internet, nous explique en effet ceci.
Le succès de l’internet, nous le devons aux bons choix initiaux et à la dynamique qui en est résultée : la collaboration de dizaines de milliers d’étudiants, ou de bénévoles apportant leur expertise, tels par exemple ces centaines de personnes qui enrichissent continuellement des encyclopédies en ligne telles que Wikipédia.
Au courant des années 1990, le milieu informatique universitaire semblait donc toujours fortement imprégné des idéaux de la contre-culture des années 1960, produit par les baby boomers dans le contexte de la guerre du Vietnam. Afin d'illustrer les idées véhiculées à cette époque, voici un paragraphe extrait d'un ouvrage publié en 1970, et intitulé Vers une contre-culture : Réflexions sur la société technocratique et l’opposition de la jeunesse. Dans celui-ci, Théodore Roszak explique ceci.
Le projet essentiel de notre contre-culture : proclamer un nouveau ciel et une nouvelle terre, si vastes, si merveilleux que les prétentions démesurées de la technique soient réduites à n’occuper dans la vie humaine qu’une place inférieure et marginale. Créer et répandre une telle conception de la vie n’implique rien de moins que l’acceptation de nous ouvrir à l’imagination visionnaire. Nous devons être prêts à soutenir ce qu’affirment des personnes telles que Blake, à savoir que certains yeux ne voient pas le monde comme le voient le regard banal ou l’œil scientifique, mais le voient transformé, dans une lumière éclatante et, ce faisant, le voient tel qu’il est vraiment.
À la suite de cette lecture, il peut sembler paradoxal qu’une contre-culture, qui voit la technique comme inférieure et assimile la science au banal, puisse avoir un lien avec le milieu scientifique universitaire qui fut à l'origine d'Internet. Cependant, une réponse à cette énigme fut apportée par Fred Turner, par la publication de son livre intitulé : « Aux sources de l’utopie numérique : De la contre-culture à la cyberculture ».
Grâce à cet ouvrage, on découvre que le mouvement hippie utilisera tout ce qui était à sa disposition à l’époque pour parvenir à ses fins : LSD, spiritualités alternatives, mais également, objets technologiques les plus en pointe. Cela grâce notamment à l’influence de Steward Brand, le créateur d'un catalogue interactif, qui peut être considéré comme l'ancêtre analogique des groupes de discussions numériques apparus des années plus tard.
Comme autre indication, il y a ensuite les propos tenus en 1992, lors d’une plénière de la 24ᵉ réunion du groupe de travail sur l’ingénierie Internet, par David D. Clark, un autre pionnier d’Internet. Durant cette rencontre, ce chef de projet prononça des paroles restées dans les annales. « Nous récusons rois, présidents et votes. Nous croyons au consensus et aux programmes qui tournent ». Deux phrases seulement, mais qui, dans le cadre du milieu informatique, permettent de croire que le mépris de la contre-culture envers la technique et la science, s'est transformé en un refus d’autorité et une recherche de consensus.
Quoi qu'il en soit, le développement d'Internet ne s'est pas fait sans conflits idéologiques importants. On peut d'ailleurs se demander aujourd'hui à quoi ressemblerait Internet, s'il n'avait jamais été commercialisé. Cela s'est passé en novembre 1994, lorsque l’association sans but lucratif Advanced Network and Services, chargée de gérer les accès à Internet, a fait le choix de vendre ses activités. Cette décision faisait suite à un appel à des fonds privés pour financer d'importants changements dans l'infrastructure du réseau. Profitant de l'occasion, la société commerciale America Online a ainsi repris à son compte la gestion des connexions à Internet, après avoir effectué un versement de 35 millions de dollars.
Trente ans plus tard, Internet est devenu ce réseau que nous expérimentons aujourd'hui, à savoir : un réseau dominé par des sociétés privées les plus riches au monde. Dans ce contexte et parmi les 100 sites web les plus visités, seul le nom de domaine Wikipédia appartient à une organisation non lucrative. Cela explique donc pourquoi le mouvement Wikimédia, via son encyclopédie et la fondation qui l'héberge, représente à ce jour, et dans l'espace web, l'expression la plus visible de la philosophie des pionniers d’Internet.
Plus qu'un héritage, cette situation peut être vue comme une mission perpétuée au sein d'un espace envahi par une culture marchande et capitaliste. Il s'agit là d'une information importante qu'il faut retenir au sujet du mouvement Wikimédia. Elle ne clôture pas pour autant tout ce qu'il faut savoir au sujet des évènements qui ont permis la création d’une encyclopédie mondiale, libre et collaborative. Car avant cela, il nous reste encore à découvrir l'histoire du World Wide Web, un espace numérique sans lequel la création de Wikipédia n'aurait jamais été possible.
'''Chapitre 5 : Le World Wide Web.'''
Maintenant que le lien entre la création d'Internet et le mouvement Wikimédia est établi, découvrons à présent l'application la plus connue du réseau, que l'on nomme le World Wide Web, ou plus simplement « Web ». C'est Tim Berners-Lee qui en fut l’inventeur, lorsqu’il était encore actif à l'Organisation européenne pour la recherche nucléaire. Il avait pour idée de créer un espace d’échange public par l’intermédiaire d'Internet, et pour y parvenir, il mit au point le logiciel « WorldWideWeb », ensuite rebaptisé Nexus, pour éviter toute confusion entre les deux termes.
Grâce à un système d’indexation appelé hypertexte, ce programme informatique a permis de produire et de connecter des espaces numériques, que l'on intitule sites Web. Ceux-ci sont composés de pages web, hébergées sur des ordinateurs distants, mais connectés entre eux au travers du réseau Internet. Pour permettre ce type de connexion, Berners-Lee mit au point le Hypertext Transfer Protocol ou HTTP, un nouveau protocole de communication simple en soi, mais dont la mise en œuvre technique est compliquée.
Pour veiller au bon fonctionnement et au bon usage de l'espace web, des règles de standardisation ont tout d'abord été édictées par l’association Internet Society. Après quoi, Berners-Lee fonda le W3C, un consortium international dont la devise est : « un seul Web partout et pour tous ». Si ce slogan nous apparaît très naturel aujourd’hui, il faut toutefois savoir que l'espace Web a bien failli être régi séparément par des acteurs commerciaux, avec tous les droits d'accès que cela aurait pu engendrer.
À partir du trente avril 1993, jour du dépôt du logiciel Nexus dans le domaine public par Robert Cailliau, un collègue de Berners-Lee chargé de la promotion de son projet, un tel scénario était en effet possible. Sauf qu'après le départ de Berners-Lee, devenu président du W3C, François Flückiger, qui avait repris son poste au sein du CERN, eut la présence d'esprit de réagir à temps. Selon le livre Alexandria qui parcourt l'histoire de Robert Caillau, voici ce qui aurait pu se passer si le code de l’éditeur HTML n'avait finalement pas été placé sous licence libre.
La philanthropie de Robert, c’est très sympa, mais ça expose le Web à d’horribles dangers. Une entreprise pourrait s’emparer du code source, corriger un minuscule bug, s’approprier le « nouveau » logiciel et enfin faire payer une licence à ses utilisateurs. L’ogre Microsoft, par exemple, serait du genre à flairer le bon plan pour écraser son ennemi Macintosh. Les détenteurs d’un PC devraient alors débourser un certain montant pour profiter des fonctionnalités du Web copyright Microsoft. Les détenteurs d’un Macintosh, eux, navigueraient sur un Web de plus en plus éloigné de celui vendu par Bill Gates, d’abord gratuit peut-être, avant d’être soumis lui aussi à une licence.
Face à un tel scénario, nous découvrons de nouveau à quel point le concept de licence libre a fondamentalement changé le cours de la révolution numérique. Sans cela, nos expériences et nos usages de l'espace numérique auraient été totalement différents. L'utopie Wikipédia, par exemple, n'aurait certainement pas vu le jour, en raison de l'éclatement des espaces numériques et des coûts d'accès auxquels seraient confrontés les bénévoles qui ont construit le projet. Quoi qu'il en soit, et au niveau technique, une fois l'espace web apparu, il ne manquait plus que l'apparition des plateformes Wiki pour permettre la création d'une encyclopédie collaborative au format numérique.
'''Chapitre 6 : Les plateformes Wiki.'''
Un wiki, ou un moteur de wiki, est un logiciel que l'on installe sur un serveur informatique pour permettre la création d’un site web éditable et configurable à l’aide d’un simple navigateur. Plus précisément, c’est un système de gestion de contenu, dans lequel le code HTML, CSS, JavaScript et Lua, ainsi que certains paramètres, peuvent être modifiés par tous les internautes. Cela peut se faire en se connectant à un compte utilisateur, afin de bénéficier des droits de modification et d’administration qui lui sont accordés, ou en utilisant la configuration attribuée par défaut aux personnes non connectées.
Sur les pages web d'un wiki, chaque modification provoque un nouvel enregistrement complet du code source qui la compose. De la sorte, il est toujours possible, à partir d’une page reprenant l’historique des modifications, de rétablir l'une de ses anciennes versions. Grâce à ce système, on peut ainsi savoir quelle personne, ou quelle adresse IP est à l’origine d’un changement, et même voir l’endroit où la modification a été faite, et à quel moment celle-ci a été réalisée.
Le premier logiciel Wiki, qui portait le nom de WikiWikiWeb, a été créé et placé sous licence libre GPL par Ward Cunningham en mars 1995. Grâce à la licence, d’autres programmes wiki ont vu le jour en copiant ou s’inspirant du code source de WikiWikiWeb, ou des autres projets wiki qui l'avaient fait auparavant. Cette émulation récursive, qui donna naissance à toute une panoplie de projets wiki, est donc à nouveau une belle illustration des retombées positives que peut susciter l'application d'une licence libre.
Parmi les différents logiciels Wiki disponibles, UseModWiki fut choisi par la société Bomis qui finança la création du premier projet Wikipédia en anglais. C'était un choix judicieux, car l’éclatement de la bulle spéculative d’Internet, à la fin des années 2000, confrontait l'entreprise à de grosses difficultés financières. Un programme gratuit, simple d’utilisation et peu gourmand en ressources informatiques, convenait donc parfaitement dans ce cadre. UseModWiki fut par après remplacé par un autre moteur de Wiki sans nom, mais plus performant et toujours produit sous licence libre. Ce dernier fut ensuite amélioré par plusieurs programmeurs, dont Brion Vibber, le premier employé de la Fondation Wikimédia, avant d’être finalement intitulé MediaWiki.
Avec l’aide de nouveaux employés et des bénévoles actifs sur le site mediawiki.org, ce système de gestion de contenu finit par apparaitre en tête du classement des wikis les plus utilisés. Toujours grâce à sa licence libre, des milliers d'autres personnes et projets ont effectivement pu développer des sites Web, sans nécessairement faire partie du mouvement Wikimédia. Ce succès a par ailleurs justifié la programation de rassemblements annuels entre 2016 et 2020, entre personnes et organismes qui utilisent le programme, pour discuter de son développement et de ses usages.
Ceci étant dit, il existe dans la liste des Wikis d’autres logiciels libres intéressants, tels que DokuWiki, rendu populaire par sa simplicité d’installation et d’usage. Jusqu’à ce jour cependant, seul MediaWiki semble suffisamment stable et puissant pour permettre le développement optimal de l’ensemble des projets Wikimédia. Avec parmi ceux-ci, bien sûr, Wikipédia, l'encyclopédie libre et universelle, dont nous allons enfin découvrir la mise en place dans ce prochain chapitre.
'''Chapitre 7 : L’encyclopédie libre et universelle.'''
Dans les chapitres précédents, nous avons découvert toutes les innovations techniques et culturelles, sans lesquelles Wikipédia n’aurait jamais pu devenir la plus grande encyclopédie libre et universelle connue au monde. Son objectif est de synthétiser la totalité du savoir humain, ce qui n’est autre finalement, qu’un vieux rêve de notre humanité. Trois cents ans avant Jésus-Christ et durant la création de la bibliothèque d’Alexandrie, ce désir était aussi celui de Ptolémée Iᵉʳ. Puis, deux siècles plus tard, Denis Diderot publie, avec Jean Le Rond d'Alembert et Louis de Jaucourt en 1751, la première édition de l’Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers. Quant à Paul Otlet, qui a créé avec Henri La Fontaine la classification décimale universelle en usage depuis 1905, il s’était mis en tête de répertorier l’ensemble du savoir humain au sein d'un seul édifice.
Peu connu à ce jour, ce documentaliste belge rêvait pourtant de cataloguer le monde et de rassembler toutes les connaissances humaines, sous la forme d’un gigantesque répertoire bibliographique universel, situé à l'intérieur d'un Mundaneum. En 1934, dans le Traité de documentation écrit par celui qui voulait « classer le monde », Otlet décrit, de manière particulièrement visionnaire, un possible partage du savoir et de l’information.
Ici, la Table de Travail n’est plus chargée d’aucun livre. À leur place se dresse un écran et à portée un téléphone. Là-bas, au loin, dans un édifice immense, sont tous les livres et tous les renseignements, avec tout l’espace que requiert leur enregistrement et leur manutention…
De là, on fait apparaître sur l’écran la page à lire pour connaître la question posée par téléphone avec ou sans fil. Un écran serait double, quadruple ou décuple s’il s’agissait de multiplier les textes et les documents à confronter simultanément ; il y aurait un haut-parleur si la vue devrait être aidée par une audition. Une telle hypothèse, un Wells certes l’aimerait. Utopie aujourd’hui parce qu’elle n’existe encore nulle part, mais elle pourrait devenir la réalité de demain pourvu que se perfectionnent encore nos méthodes et notre instrumentation.
Avant l'apparition des intelligences artificielles et à peu de choses près, cette utopie décrite en 1934 par Otlet correspond à l'usage que l'on fait du réseau Internet et de son espace web, lorsqu'on recherche de l'information. Premièrement, allumer un système informatique, avec ou sans fil et muni d'un écran, ensuite, poser une question dans un moteur de recherche, puis finalement, être redirigé, comme cela arrive très souvent, vers l'une des versions linguistiques de Wikipédia.
Ce scénario, dans lequel les moteurs de recherche jouent un rôle central, explique la popularité de l'encyclopédie libre. D'autres projets similaires étaient pourtant apparus sur le Web avant l'arrivée de Wikipédia. Environ trois ans avant sa création, Aaron Swartz, un activiste de la culture libre qui avait juste douze ans à l'époque, avait par exemple lancé une sorte de site encyclopédique produit et régi par ses usagers. Appelé The Info Network, ce site web avait d'ailleurs permis à son auteur de recevoir l'ArsDigita Prize, un prix décerné aux jeunes créateurs de projets « utiles, éducatifs, collaboratifs et non commerciaux ».
Il faut savoir ensuite que l'expression « encyclopédie libre et universelle » apparut pour la première fois sur le Net sous la plume de Richard Stallman et durant l'année 2000, soit approximativement un an avant la naissance de Wikipédia. C'était dans un essai intitulé The Free Universal Encyclopedia and Learning Resource, qui, selon son auteur, avait été rédigé deux ans avant sa publication sur la liste de diffusion du projet GNU. Repris ci-dessous, un extrait de ce texte, présente les particularités du projet.
Le World Wide Web a le potentiel de devenir une encyclopédie universelle couvrant tous les domaines de la connaissance et une bibliothèque complète de cours d’enseignement. Ce résultat pourrait être atteint sans effort particulier, si personne n’intervient. Mais les entreprises se mobilisent aujourd’hui pour orienter l’avenir vers une voie différente, dans laquelle elles contrôlent et limitent l’accès au matériel pédagogique, afin de soutirer de l’argent aux personnes qui veulent apprendre.
Nous ne pouvons pas empêcher les entreprises de restreindre l’information qu’elles mettent à disposition ; ce que nous pouvons faire, c’est proposer une alternative. Nous devons lancer un mouvement pour développer une encyclopédie libre universelle, tout comme le mouvement des logiciels libres nous a donné le système d’exploitation libre GNU/Linux. L’encyclopédie libre fournira une alternative aux encyclopédies restreintes que les entreprises de médias rédigeront.
En parlant d'un « mouvement pour développer une encyclopédie libre universelle », Stallman anticipait donc, sans le savoir, l'arrivée du mouvement Wikimédia, qui ne se concrétisa que des années plus tard. Quant à la soixantaine de paragraphes qui décrivent son projet, on y retrouve dans une forme presque identique, les cinq principes fondateurs, qui ont guidé la création de Wikipédia et qui sont toujours actifs à ce jour.
Le premier consiste bien sûr à créer une encyclopédie ; le deuxième réclame une neutralité de point de vue, chose que Stallman expliquait déjà en écrivant qu’en cas de controverse, plusieurs points de vue seront représentés, le troisième implique le respect des droits d’auteur et l’adoption d'une licence libre, celle précisément dont Stallman avait été l'initiateur, le quatrième inscrit le projet dans une démarche collaborative, là ou Stallman précisait déjà que « tout le monde est le bienvenu pour écrire des articles », et le cinquième enfin, stipule qu’il n’y a pas d’autres règles fixes, une position somme toute très courante dans le milieu des hackers dont Stallman faisait partie.
Contrairement à ce que l'on peut croire, le projet d'encyclopédie libre et universelle n'était donc pas une idée originale de Jimmy Wales et Larry Sanger, tous deux reconnus à ce jour comme les deux fondateurs de Wikipédia. Ce qu'ils firent en revanche, c'est d'exploiter l'idée au sein de la société Bomis, détenue par Jimmy Wales, pour enrichir son encyclopédie commerciale Nupedia. Cette dernière avait été lancée en avril 2000, soit environ dix mois avant Wikipédia, et sa rédaction était assurée par des experts engagés au sein d’un processus éditorial strict et formel<ref>{{Cite book|first1=Ned|last1=Kock|first2=Yusun|last2=Jung|first3=Thant|last3=Syn|title=Wikipedia and e-Collaboration Research: Opportunities and Challenges|journal=[[International Journal of e-Collaboration]]|volume=12|issue=2|publisher=IGI Global|date=2016|issn=1548-3681|doi=10.4018/IJeC.2016040101|url=http://cits.tamiu.edu/kock/pubs/journals/2016JournalIJeC_WikipediaEcollaboration/Kock_etal_2016_IJeC_WikipediaEcollaboration.pdf|archive-url=https://web.archive.org/web/20160927001627/https://cits.tamiu.edu/kock/pubs/journals/2016JournalIJeC_WikipediaEcollaboration/Kock_etal_2016_IJeC_WikipediaEcollaboration.pdf|archive-date=September 27, 2016|pages=1–8|author1-link=Ned Kock|url-status=live}}.</ref>. Malheureusement pour la firme Bomis, le nombre d’articles ne progressait que très lentement.
Dans le but d'accélérer le processus, Larry Sanger, docteur en philosophie et employé par Bomis pour assurer le rôle de rédacteur en chef de Nupedia, eut l'idée d'installer un logiciel wiki sur les serveurs de son entreprise. L'objectif était d'ouvrir un site web participatif, dans lequel des volontaires pourraient créer des articles encyclopédiques, pour qu'ils soient ensuite intégrés dans le projet commercial. Malgré le manque d’enthousiasme de son employeur, Sanger mit ses idées en application, et c'est donc ainsi que débuta l’histoire de Wikipédia, avec sa toute première version en anglais.
C’était le 15 janvier 2001, précisément le même mois où Richard Stallman mit en ligne son propre projet d’encyclopédie libre et universelle, qu'il souhaitait intituler GNUPedia. Étonnamment, les noms de domaine gnupedia .com .net et .org avaient déjà été enregistrés au nom de Jimmy Wales, ce qui obligea Stallman à rebaptiser son projet GNE. Ce fait est d'autant plus surprenant que Wales affirma des années plus tard : « n’avoir eu aucune connaissance directe de l’essai de Stallman lorsqu’il s’est lancé dans son projet d’encyclopédie ».
Le site GNE ne ressemblait cependant pas vraiment à une encyclopédie, mais plutôt à un blog collectif ou une base de connaissance, tandis que sa page d’accueil précisait clairement qu’il s’agissait d’une bibliothèque d’opinion. Quant à sa modération, elle avait demandé d'engager un employé, car elle s'est avérée bien plus compliquée que prévu. À côté de cela, et probablement grâce aux spécificités de l’environnement wiki et aux soutiens apportés par Jimmy Wales et Larry Sanger, Wikipédia réussit à mettre en place une organisation efficace au sein d'une communauté d'éditeurs grandissante.
Peut-être en raison de la concurrence libre faite par le projet GNE, Jimmy Wales décida d'abandonner le copyright que Bomis détenait sur son encyclopédie commerciale Nupedia, pour le remplacer par une licence Nupedia Open Content. Peu de temps après, il décida finalement d'adopter la licence de documentation libre GNU conçue pour protéger les textes de documentation des logiciels libres. Ce dernier choix fut une stratégie efficace, puisque cela incita Richard Stallman à transférer tout le contenu de son projet GNE vers Nupedia, et à encourager tout le monde à contribuer sur Wikipédia.
Parmi les autres actions de Jimmy Wales qui ont contribué au succès de Wikipédia, il y eut cette idée d'ouvrir le projet aux « gens ordinaires ». C’était un choix qui s’opposait aux idéaux de Larry Sanger, qui de loin préférait le modèle de Nupedia avec son système de relecture par des experts. Cependant, Jimmy Wales, en tant qu'homme d’affaires, visait une croissance plus rapide du contenu de l'encyclopédie.
Cette croissance ne s'est toutefois pas faite sans difficulté. Le 26 février 2002, en effet, l'Enciclopedia Libre Universal en Español, un projet dissident du projet Wikipédia, fit son apparition. C'était une réaction à de la censure, à l'existence d'une ligne éditoriale et à la possibilité de voir apparaitre des publicités dans Wikipédia. En raison des remises en question que cette séparation suscitait parmi les bénévoles actifs dans les projets, Jimmy Wales renonça finalement à l'usage de la publicité et mit de côté ses visions en matière de profit.
Il faut aussi tenir compte du fait que cet évènement est survenu lors de l'éclatement de la bulle spéculative Internet et du krach boursier de 2001-2002. Une conjoncture qui plaçait la société Bomis dans des difficultés financières, et surtout, dans l'incapacité de payer le salaire de Larry Sanger, son seul employé. En mars 2002 et après un mois d’activité bénévole, l’ex-employé décida alors de quitter les fonctions, qu'il occupait depuis un peu plus d'un an, dans Nupedia et Wikipédia. Avec le seul soutien de Jimmy Wales, les deux encyclopédies purent toutefois poursuivre leurs développements, toujours avec le concours d'experts dans Nupedia et d'une communauté bénévole au niveau de Wikipédia. Néanmoins, en septembre 2003 et vu l'écart qui se creusait entre les deux projets, l'encyclopédie Nupedia fut fermée et ses quelques dizaines d'articles transférées vers les milliers d'autres que comprenait déjà le projet Wikipédia.
Trois ans plus tard, Larry Sanger n’avait pas dit son dernier mot. En septembre 2006, il décida en effet de lancer sur fonds propres une encyclopédie intitulée Citizendium. Cette plateforme écrite en anglais uniquement et toujours active à ce jour, repose sur un système d’expertise, dans lequel les contributrices et les contributeurs doivent déclarer leur identité réelle. En avril 2026 cependant, Citizendium reprenait moins de 2000 articles, tout avancement confondu, tandis que le projet Wikipédia en anglais en regroupait déjà plus de 7 millions.
Voici donc comment est née la plus grande encyclopédie du monde, dont la taille et la visibilité n'avaient jamais été égalées auparavant. Une encyclopédie qui, de plus, s'est rapidement déclinée en de nombreuses versions linguistiques, à l'instar de sa version francophone, lancée moins de quatre mois après le projet original en anglais. Toutes ces versions ont formé les premières bases d’une organisation mondiale, bientôt chapeautée par une fondation. Avant cela, d'autres projets pédagogiques et collaboratifs ont vu le jour au côté de Wikipédia. Intitulés projets frères, ceux-ci se constituent à leur tour en de nombreuses versions linguistiques, tout en poursuivant le processus de création du mouvement Wikimédia.
'''Chapitre 8 : L'arrivée des projets frères.'''
Dans le but de développer des contenus pédagogiques qui ne trouvaient pas leur place dans Wikipédia, d’autres projets pédagogiques et collaboratifs ont vu le jour, pour former ce que l'on appelle couramment aujourd'hui : l’écosystème Wikimedia. La naissance de tous ces projets, ainsi que les évènements importants qui ont contribué au développement du mouvement, ont été repris dans une ligne du temps réalisée par Guillaume Paumier, à l’occasion du dixième anniversaire de Wikipédia. Grâce à ce graphique, on peut voir en détail l'évolution du nombre de projets, de versions linguistiques, de contributeurs et d'articles, et se faire une idée sur la vitesse à laquelle s'est développé le mouvement Wikimédia.
Parmi tous les projets frères, le premier à apparaître fut Méta-Wiki, une plateforme de référence pour centraliser la gestion de l'ensemble des sites web hébergés par la fondation Wikimédia. Dans un premier temps, cet espace communautaire en ligne a répondu à la nécessité de traiter en un seul lieu les questions communes aux différentes versions linguistiques de Wikipédia. Aujourd'hui, le site web est le principal endroit de coordination et de gestion de l'ensemble du mouvement Wikimédia. On y retrouve énormément d'informations au sujet des projets en ligne, et peut-être plus encore, concernant la Fondation et les organismes affiliés.
Après Méta-Wiki, sept autres projets de partage de la connaissance ont fait leur apparition, avant d'être déclinés à leur tour en plusieurs versions linguistiques. Tous ces projets émergent en général sur l’initiative d’un petit groupe de personnes actives au sein d’un projet préexistant. Ce fut le cas du projet Wiktionnaire en anglais, le deuxième projet à voir le jour après Méta-Wiki, en décembre 2002, soit deux ans avant la version francophone apparue en mars 2004.
Il est intéressant d'observer que la version francophone du Wiktionnaire n’a pas été créée à partir du projet anglophone, mais bien depuis le projet Wikipédia en français. D'ailleurs, on peut retrouver dans les archives de ce dernier projet, un débat concernant la pertinence de cette création, dont voici un extrait.
En fait, ce qui me peine vraiment avec le projet Wiktionary, c’est que alors qu’on essaie de rassembler les gens (pas facile) pour créer une sorte de tour de Babel de la connaissance, tâche bien longue et difficile, ce nouveau projet va disperser les énergies pour une raison qui ne me semble pas valable. C’est la création de Wiktionary qui va créer des redondances. À mon avis il existera rapidement des pages sur le même mot, mais ne contenant pas les mêmes informations. Pour quelle raison ces connaissances devraient-elles être séparées ? Les encyclopédies sur papier devaient faire des choix à cause du manque de place, mais nous, pourquoi le ferions-nous ??? "Wikipédia n’est pas un dictionnaire" n’est pas un argument à mon avis... si vraiment c’était pas un dictionnaire, il faudrait virer tout un tas d’article. Je ne comprends vraiment pas cette volonté de séparer la connaissance entre ce qui est encyclopédique et ce qui n’est qu’une définition.
[Réponse]
Pour moi ce qu’est Wiktionary, c’est une partie de Wikipédia s’intéressant plus particulièrement aux aspects linguistiques des mots. La différence que je verrais entre la partie dictionnaire de Wikipédia et sa partie dite encyclopédique, c’est que la partie dictionnaire s’intéresserait au sens des mots eux-mêmes alors que la partie encyclopédie s’attache plus à faire ressortir un état des connaissances à un moment donné. Le pourquoi de la séparation d’avec la partie encyclopédie tient plus à des raisons techniques qu’à une volonté de monter un projet indépendant, en effet et à mon humble avis, un dictionnaire nécessite une plus grande rigueur (de présentation) qu’une encyclopédie. Ceci entraîne beaucoup de problème et entre autres le choix de la mise en forme des articles du dictionnaire.
Créer un nouveau projet, c’est effectivement créer de nouveaux sites web, qui devront faire l’objet d’une nouvelle gestion, tant pour les serveurs de la Fondation, que pour la nouvelle communauté de contributeurs. L’importation de pages d’un projet à l'autre ou la traduction de celles-ci sont bien sûr toujours possibles, mais cela duplique alors aussi la maintenance et les mises à jour. Le choix de scinder un projet, en faveur d’une plus grande liberté, comporte donc certains coûts humains et financiers.
Ce prix à payer n'a pour autant pas empêché le projet anglophone Wikibooks de faire son apparition le 10 juin 2003, soit près d’un an avant Wikilivres, la version francophone du projet, apparue le 22 juillet 2004. Cette dernière création avait de nouveau été débattue au sein de la communauté Wikipédia en français, et non pas dans le Wikibooks en anglais. Quant à l'objectif commun aux deux projets linguistiques, il était de créer une « bibliothèque de livres pédagogiques libres que chacun peut améliorer ».
Environ un an après la création du projet en anglais, un nouvel espace de noms intitulé Wikijunior fut mis en place au sein de la bibliothèque en ligne. Ce sous-projet avait été créé pour répondre à un financement de la fondation Beck, qui cherchait à promouvoir la production de nouvelles littératures pour des enfants de huit à onze ans. Peu de temps après, cette tranche d’âge fut toutefois élargie de zéro à douze ans au niveau du projet francophone, quand le sous-projet y fut adopté.
Ces deux évènements témoignent ainsi qu'il est toujours possible qu'un sous-projet apparaisse dans un projet Wikimédia. Comme autre exemple, il y a aussi le WikiJournal, un sous-projet développé au sein du projet Wikiversité en anglais et qui reçut le prix de l’Open Publishing Awards en 2019. Une demande fut faite pour qu'il puisse bénéficier d'un nouveau site web dans le but de pouvoir se développer en dehors de Wikiversité. Malheureusement pour les initiateurs, la demande est restée sans suite jusqu'à ce jour, après que le conseil d’administration de la Fondation, chargé de répondre à celle-ci, considéra que le projet n’était pas suffisamment abouti.
Il faut savoir qu'avant cela, le projet Wikiversité, dans lequel est né Wikijournal, avait lui-même été un sous-projet du projet Wikibooks. Initialement, il visait à « créer une communauté de personnes qui se soutiennent mutuellement dans leurs efforts éducatifs ». Cependant, en août 2005, une longue discussion remit en question l’existence du sous-projet Wikiversité dans Wikibooks. Au terme de celle-ci, la décision fut prise de transférer Wikiversité et son contenu sur le site Méta-Wiki, là où de nouvelles discussions ont abouti à l’idée de faire de Wikiversité un nouveau projet indépendant.
Déjà à l'époque, le conseil d’administration de la Fondation Wikimédia se montrait réticent à l'ouverture de nouveaux projets, et sa réaction fut de demander l'ouverture d'un sondage au sein de la communauté. Celui-ci devait rassembler une majorité des deux tiers en faveur de l'ouverture du nouveau site web. Un résultat qui fut finalement obtenu, mais pas sans de longs débats, dont voici un extrait.
La principale raison pour laquelle la Fondation Wikimédia ne veut pas lâcher le morceau est une simple question de bureaucratie et la crainte que le projet ne devienne une autre Wikispecies. Wikispecies est une idée cool, mais les fondateurs du projet se sont dégonflés à mi-chemin de la mise en place du contenu et ont décidé de faire une révision majeure qui a pris plus de temps que ce que tout le monde était prêt à mettre.
Le même problème s’applique à Wikiversity en ce qui concerne la Fondation, parce que les objectifs et les buts de ce projet ne sont pas clairement définis, et il semble que les participants essaient de mordre plus qu’ils ne peuvent mâcher en proposant une université de recherche multi-collèges entière, avec un statut de recherche et une accréditation, à former de toutes pièces plutôt qu’un simple centre d’éducation pour adultes avec quelques classes.
En novembre 2005 et malgré les résultats positifs du sondage, l'indépendance du projet Wikiversité ne fut toutefois pas acceptée par cinq membres du conseil. Ceux-ci réclamaient une réécriture de la proposition pour en exclure la remise de titre de compétence, la conduite de cours en ligne, et de clarifier le concept de plate-forme e-learning. Quand ces rectifications furent faites, le projet bénéficia d'une période d’essai de plusieurs mois, jusqu'à ce que les amendements apportés au projet de départ soient enfin acceptés, le 31 juillet 2006. Ce long temps d'attente était justifié par la création du special projects committee, qui, jusqu'en décembre 2021, fut chargé de soulager le conseil d’administration de la fondation, par rapport aux demandes de création de nouveaux projets Wikimédia.
Un nouveau site, nommé Beta-Wikiversity, fut ainsi créé pour assister le lancement des différentes versions linguistiques de Wikiversité. Durant six mois, son premier objectif a d'abord été l'élaboration des lignes directrices concernant la potentialité de produire des recherches collaboratives au sein du projet. Par la suite, chaque nouvelle version linguistique, développée dans le projet Beta, devait avoir plus de 10 modifications par mois, réalisées par au moins trois personnes distinctes, avant de pouvoir bénéficier de son propre site web.
À l'image de Beta-Wikiversity, le projet Wikisource possède lui aussi un site indépendant pour lancer ces nouvelles déclinaisons linguistiques. Tandis que pour tous les autres projets pédagogiques, ce lancement s'effectue sur la plateforme Wikimedia Incubator, créée à la même époque que Beta-Wikiversity. Ces trois plateformes de lancement ne concernent pas les nouveaux projets, qui doivent faire l'objet d'une acceptation par le conseil d'administration de la Fondation Wikimédia, et qui peuvent avoir pour origines des processus de création divers.
Le projet Wikivoyage, par exemple, fut initialement créé en 2003 dans un Wiki extérieur au mouvement Wikimédia, là où il portait le nom de Wikitravel. Comme cela arrive parfois, ce projet sans but lucratif fut acheté par une entreprise commerciale en 2006. Mais en raison du changement de gouvernance et de l'apparition de publicités, une scission est apparue au sein de la communauté d’éditeurs. Les personnes désireuses de quitter Wikitravel lancèrent alors un nouveau site appelé Wikivoyage, qui reçut en 2007, le Webby Award du meilleur guide de voyage Internet.
L'intégration de Wikivoyage dans l'écosystème Wikimédia n'a cependant été faite qu'en 2012, à la suite d'un appel à commentaires durant lequel 540 personnes sur 699 furent en faveur de l’intégration du projet. Comme cette nouvelle déclencha une migration importante depuis Wikitravel vers Wikivoyage, une plainte fut déposée par la société commerciale en charge du premier projet. Celle-ci fut toutefois rejetée et le projet Wikivoyage continua à prendre de l’ampleur au sein du mouvement Wikimédia, avec la création de nouvelles versions linguistiques.
Le cas de Wikivoyage apparait toutefois comme une exception, car en général les nouveaux projets émergent des centaines de candidatures déposées sur le projet Méta-Wiki. Celles-ci se soldent bien souvent par un refus, comme ce fut le cas pour le projet WikiLang dont le but était de lancer un laboratoire linguistique. Quelques rares projets ont pourtant eu la chance d'être élus. Ce fut notamment le cas en octobre 2012, avec le lancement de la base de données structurée et sémantique Wikidata et de ses extensions Wikibase, ou plus récemment, en 2020, avec l'arrivée du projet Abstract Wikipedia et Wikifunctions.
Sans vouloir entrer dans les détails, il est intéressant de savoir que l'interconnexion entre ces trois projets permet de traduire automatiquement des articles encyclopédiques dans tous les langages naturels pris en charge par le mouvement Wikimédia. Plus précisément, les phrases des articles publiées sur Abstract Wikipédia, sont formulées par des fonctions informatiques produites dans le projet Wikifunctions, dans le but de traiter les informations de la base de données sémantique Wikidata. Autrement dit, un article dans Abstract Wikipédia ne possède qu'une seule page pour toutes les langues, pareillement aux pages d'entités de Wikidata, qui ont pour titre une lettre suivie d'un chiffre.
À la suite de ces explications, on observe donc que ce n'est pas la complexité qui détermine le refus projet, mais plutôt une série de critères comparables à ceux retenus pour supprimer des projets ou versions linguistiques déjà existants. À ce propos, il existe sur Méta-Wiki une liste mise à jour des différents sites hébergés par la Fondation Wikimédia, dont l'existence est remise en cause. Dans celle-ci, on retrouve essentiellement des versions linguistiques de projets, qui n’ont pas réussi à poursuivre leurs développements, bien qu'un projet entier soit toujours susceptible d'être mis à l'arrêt. C'est d'ailleurs ce qui est arrivé aux 31 versions linguistiques du projet Wikinews, qui, en date du 4 mai 2026, soit 22 ans après le lancement du site anglophone, sont accessibles en mode lecture uniquement.
Dans le cas de Wikinews, ce fut le manque d'activité qui apparut comme principale justification de la suspension du projet. Cependant, d'autres raisons pourraient être invoquées, comme le prouve cet épisode de 2005, où, peu de temps après son lancement, la version francophone du recueil de citations Wikiquote a bien risqué de disparaitre. Le projet fut effectivement accusé d’avoir récupéré le contenu d’une base de données soumise à un droit d’auteur, incompatible avec la licence Creative Commons appliquée sur l’ensemble des projets pédagogiques Wikimédia. Lorsqu'une plainte fut adressée à l’association Wikimédia France, pour être ensuite relayée sur le site Méta-Wiki, il fut bien question de fermer le projet. Après de longues discussions, celui-ci fut toutefois maintenu, mais avec pour conditions de repartir de zéro, et d’établir une charte pour garantir la traçabilité des citations reprises par le projet.
Voici donc de quoi se faire une idée sur la manière dont les projets pédagogiques et leurs déclinaisons linguistiques apparaissent et disparaissent au sein du mouvement. Les exemples repris ci-dessus suffisent effectivement pour comprendre les principes généraux qui sous-tendent leurs créations. En dehors de Méta-Wiki, Wikidata, Wikifunctions, Abstract Wikipédia et Wikimedia Commons, qui ne sont pas des projets de contenu pédagogique à proprement parler, tous les autres projets semblent effectivement provenir d’un désir de spécialisation d’un projet préexistant.
L'idée est généralement débattue dans un projet de même langue, avant de relayer la discussion vers le site Méta-Wiki. Si le projet y est jugé pertinent, il fait alors l'objet d'une candidature, qui doit actuellement être soumise au groupe de travail des projets frères du comité des affaires communautaires de la Fondation Wikimédia. Quant aux nouvelles versions linguistiques, elles doivent être aujourd'hui soumises à l'approbation du comité des langues, avant d'être testées sur les plateformes Incubator, Beta-Wikiversité ou Wikisource Multilingue, dans le but de bénéficier d’un site web indépendant.
Après ces explications concernant les projets frères et leurs variations linguistiques, il nous reste encore à parler des sites qui ont un lien avec le mot Wiki, soit par leur nom, soit par le logiciel utilisé. En 2024 effectivement, plus de 22 600 d'entre eux étaient répertoriés, dont plus de 95 % sans aucun lien avec le mouvement Wikimédia, en dehors du fait, peut-être, qu’ils utilisaient le logiciel MediaWiki développé par la Fondation Wikimédia.
WikiLeaks par exemple, créé par Julian Assange dans le but de publier des documents classifiés provenant de sources anonymes, n’est ni un projet Wikimédia, ni un site collaboratif. Quant au recueil universel et multilingue de guides illustrés WikiHow, si celui-ci fonctionne pour sa part de manière collaborative et avec le logiciel MediaWiki, il n'a pourtant aucun lien avec le mouvement Wikimédia. D'ailleurs, son ergonomie, radicalement différente de celle des projets Wikimédia, permet de le comprendre au premier coup d’œil.
En revanche, Wikimini, l'encyclopédie libre pour les enfants, a une apparence tout à fait comparable à celle des projets Wikimédia, alors que le projet n’a jamais été accepté par la Fondation. Quant aux projets WikiTribune et Fandom, l'ambiguïté qu'ils entretiennent avec le mouvement est d'autant plus grande qu'ils ont été créés par Jimmy Wales, le fondateur de Wikipédia et de la Fondation Wikimédia. Cependant, comme ce sont des projets commerciaux, ils ne peuvent en aucun cas être soutenus par une fondation sans but lucratif.
Au terme de cette présentation, il ne reste plus qu'à signaler que le mouvement Wikimédia ne fut conscientisé que tardivement par rapport à l'apparition des projets Wikimédia et de leurs différentes versions linguistiques. Pour qu'un sentiment de collectivité se manifeste entre tous ceux-ci, il fallut effectivement attendre qu'une coordination se développe sur la plateforme Méta-Wiki, mais également que de nombreuses rencontres et associations apparaissent en dehors de l'espace numérique. En ce sens, la naissance du mouvement ne fut pas un événement ponctuel, mais plutôt la réalisation d’un long processus de conscientisation.
'''Chapitre 9 : La conscientisation du mouvement.'''
Avant d'aborder la question de la conscientisation du mouvement, il peut être intéressant de découvrir l'origine étymologique du mot « Wikimédia ». Celui-ci est un mot-valise composé du suffixe « média » et du préfixe « wiki » que l’on doit à cette expression hawaïenne « wiki wiki », qui se traduit en français par l'expression : « vite, vite ». Celle-ci fut récupérée une première fois par Ward Cunningham, le créateur du premier moteur Wiki, avant d'être réutilisée dans les noms inventés pour d'autres logiciels de cette même famille. UseModWiki en est un bel exemple, puisqu'il fut le premier programme utilisé par la firme Bomis pour héberger son projet d’encyclopédie collaborative. Raison pour laquelle, sans doute, le terme « wiki » fut utilisé pour créer le mot Wikipédia, en l'associant au suffixe « pedia » qui fait référence au mot anglais encyclopedia, selon un principe qui fut ensuite repris pour tous les autres projets du mouvement.
Le mot Wikimédia, pour sa part, n’est apparu que le seize mars 2003, lors d’une discussion concernant la déclinaison possible de l’encyclopédie en d’autres types de projets éditoriaux participatifs. Durant celle-ci, l’écrivain américain Sheldon Rampton eut l’idée d’associer au terme wiki à celui de « média », afin de mettre en évidence la variété des médias produits et partagés par Wikipédia et ses projets frères. Toutefois, c'est seulement en juin 2008 que Florence Devouard, présidente de la Fondation à cette époque, associe le mot Wikimédia à un mouvement social qu’elle voyait apparaître au sein des projets Wikimédia et de leurs communautés d'usagers.
Affirmer pour autant que ce moment précis coïncide avec la naissance du mouvement Wikimédia serait quelque peu arbitraire. Car si l’on peut déterminer plus ou moins facilement l’apparition d’une expression dans des archives, tout le monde sait qu’un mouvement social ne se forme pas en un seul instant. Dans le contexte du mouvement Wikimédia, sa naissance est bien sûr liée à celle du projet Wikipédia, mais également à tout ce qui permit la création de cette encyclopédie libre. Dans une autre perspective encore, on peut dater l'apparition du mouvement Wikimédia au 20 juin 2003, date de la création de la fondation qui porte le même nom. Ou pourquoi pas, associer la création du mouvement à la mise en ligne de la plate-forme Méta-Wiki, qui en représente le principal lieu de coordination.
Toujours est-il que l’expression « Wikimedia movement » est bien apparue en juin 2008, sous la plume de Florence Devouard. Cela s'est passé sur la liste de diffusion de la Fondation et peu de temps avant qu'elle quitte son poste de présidente. Dans son message, elle partageait l'idée de placer sous le nom de domaine Wikimedia.org un site vitrine de présentation du mouvement Wikimédia qu'elle concevait de la sorte.
Le mouvement Wikimédia, comme je l’entends est
– une collection de valeurs partagées par les individus (liberté d’expression, connaissance pour tous, partage communautaire, etc.)
– un ensemble d’activités (conférences, ateliers, wikiacadémies, etc.)
– un ensemble d’organisations (Wikimedia Foundation, Wikimedia Allemagne, Wikimedia Taïwan, etc.), ainsi que quelques électrons libres (individus sans chapitres) et des organisations aux vues similaires.
Avec autant de détails et d'explications, un tel message ne pouvait qu'accélérer la prise de conscience au sein du mouvement. Dans tous les cas, il mettait en évidence que les personnes actives dans les projets éditoriaux en ligne ou dans les organismes affiliés, faisaient partie de ce que Ralf Dahrendorf appelle un « quasi-groupe ». Ou autrement dit, un ensemble d’individus qui ont un mode de vie semblable, une culture commune, mais dont les points communs ne gravitent pas autour d’une prise de conscience de leur position commune dans la relation d’autorité.
Après la naissance de Wikipédia et de nombreux projets frères, une dizaine d’années a donc été nécessaire pour que le mouvement Wikimédia prenne conscience de son existence. Aujourd’hui encore, et comme cela a déjà été vu, de nombreuses personnes actives dans les projets pédagogiques ne réalisent toujours pas qu’elles participent aux activités d’un mouvement social. Cela, contrairement aux personnes investies dans les activités en présentiel organisées au sein du mouvement, qui sont généralement plus conscientes de leur engagement. C’est là une raison de croire que le développement de la Fondation Wikimédia et de ses organismes affiliés a joué un rôle important dans l'apparition d'un sentiment d’appartenance.
'''Chapitre 10 : La création des organismes affiliés'''
Si c’est grâce à l’arrivée des groupes et des organismes affiliés à la Fondation Wikimédia que l’idée du mouvement est probablement apparue, il est alors intéressant d'en décrire les processus de création. Mais puisque cela représente plusieurs centaines d’instances spécifiques, regroupées en plusieurs catégories détaillées en seconde partie d'ouvrage, aborder ici l’histoire de chacune d’entre elles serait une entreprise beaucoup trop fastidieuse.
De plus, s’il existe énormément d’archives numériques concernant la naissance des sites Wikimédia, ce n’est pas le cas pour ces organismes affiliés. Un bon nombre de ceux-ci se sont effectivement formés durant des rencontres ou des réunions hors ligne qui n'ont fait l’objet d’aucun enregistrement. Du reste, une bonne part des échanges effectués au sein de ces associations s'organise par des canaux de communication privés auxquels seuls les membres actifs ont accès.
Puisque je suis l'un des membres fondateurs, je me limiterai donc ici à parler de l’association Wikimédia Belgique. Celle-ci fut fondée le huit octobre 2014 en tant qu’association sans but lucratif, avant d'être reconnue le six août 2015 par le conseil d’administration de la Fondation Wikimédia. Après plus de trois ans d’activités et de rencontres et sous l’impulsion de Maarten Deneckere qui assuma le premier mandat de présidence, nous étions 8 personnes à signer la première version des statuts de l’association.
Jusqu’à ce jour, l’objet social de Wikimedia Belgique est d' « impliquer tout un chacun dans la connaissance libre ». Contrairement à l'association Wikimédia Deutchland, la première à voir le jour en 2004 et qui rassemblait déjà en 2021 plus de 85 000 membres et près de 150 employés, l’association belge n'a qu'une seule employée à temps partiel et 150 membres en 2025.
Avant d’être reconnues par le comité d’affiliations chargé de seconder le conseil d’administration de la Fondation, toutes les associations nationales, dites « chapters » en anglais, et toutes les autres organisations affiliées doivent réaliser de nombreuses démarches. Celles-ci consistent à répondre à un ensemble de prérequis qui ont évolué suite à la création d'un comité décisionnel en avril 2006. Ces obligations diffèrent entre les groupes d’utilisateurs et d'utilisatrices et les associations locales ou thématiques. Parmi ceux-ci, on retrouve toutefois : un nombre minimum de membres et de référents, une mission et un règlement d’ordre intérieur conformes aux attentes du mouvement, la remise de plans et de rapports d’activités annuels, etc.
On comprend donc qu’il n’est pas évident de créer une nouvelle instance au sein du mouvement. Pour bénéficier du soutien logistique et financier de la Fondation réservé aux organismes affiliés, c’est ainsi toute une série de rapports qu’il faut alors transmettre à divers comités et commissions chargés de leurs évaluations. Cela représente une quantité de tâches administratives qu’il n’est pas toujours facile d’assumer, surtout lorsque les membres de l’organisme affilié sont tous des bénévoles. D’où sans doute cette régulière disparition d’affiliations, pendant que d’autres se créent ou réapparaissent en fonction des énergies et du dynamisme disponibles dans les équipes.
Les activités liées à la récolte et à la redistribution des dons offerts au mouvement, ainsi que les autorisations d’usage de marques déposées, contrastent donc avec les valeurs de libre partage et d’autonomie décrites dans les projets pédagogiques. Cela semble confirmer que la partie hors ligne du mouvement est plus influencée par les habitudes d’un système économique dominant, contrairement à la partie en ligne qui semble plus fidèle à l’héritage de la contre-culture.
'''Chapitre 11 : L'héritage d'une contre-culture'''
Au terme de cette première partie d’ouvrage, il devient évident que la révolution numérique, que l’on considère généralement comme une révolution technique, fut aussi, et peut-être avant tout, une révolution sociale et culturelle. Quant à l'histoire de Wikimédia, reprise ici depuis les origines de son encyclopédie jusqu'à l'apparition de ses organismes affiliés, elle nous fit découvrir comment les idées de la contre-culture des années 1960 furent transmises au mouvement.
En cas de doute, observons encore que Richard Stallman, celui qui a créé les concepts de licence et d'encyclopédie libre, fut désigné par certains comme le gourou de la contre-culture hacker et le père du système d’exploitation hippie. Une culture hippie, dont il est aussi troublant de constater que le renversement de son logo ressemble étrangement à celui du mouvement Wikimédia.
Incontestablement et au travers du mouvement des logiciels libres, le mouvement Wikimédia a donc bien hérité des valeurs produites par les mouvements sociaux des années 1960. Des valeurs qui aujourd'hui contrastent fortement avec la marchandisation et la capitalisation du monde, dont l'espace web ne fait jamais que refléter ce qui se passe dans le reste de la société humaine. Or, ce phénomène ne date pas d'hier. En 2008 déjà, André Gorz, ce philosophe parmi les pères de la décroissance et théoricien de l’écologie politique, constatait déjà que :
La lutte engagée entre les "logiciels propriétaires" et les "logiciels libres" [...] a été le coup d’envoi du conflit central de l’époque. Il s’étend et se prolonge dans la lutte contre la marchandisation de richesses premières – la terre, les semences, le génome, les biens culturels, les savoirs et compétences communs, constitutifs de la culture du quotidien et qui sont les préalables de l’existence d’une société. De la tournure que prendra cette lutte dépend la forme civilisée ou barbare que prendra la sortie du capitalisme.
Dans cette lutte et avec le seul nom de domaine non commercial parmi le top 100 des sites les plus fréquentés du Web, la galaxie Wikimédia apparait donc comme un des derniers lieux numériques de liberté, de partage et d'égalité. Un lieu qui, de plus, est connu mondialement, grâce au succès des plus de 350 déclinaisons linguistiques de Wikipédia, et sans pour autant récolter d'informations sur l’identité et le comportement des internautes. Cela alors que cette pratique est considérée, par certains, comme un « nouvel or noir » pompé du Web, pendant que d’autres préfèrent parler de « capitalisme 3.0 » ou de « capitalisme de surveillance » .
Évidemment, les enjeux de cette lutte sont difficiles à comprendre. La complexité de l’infrastructure informatique, mais également le fait que tout cela s'inscrit dans une révolution que Rémy Rieffel décrit comme « instable et ambivalente, simultanément porteuse de promesse, et lourde de menaces », ne facilitent pas les choses. Cela d'autant plus que tout cela se place « dans un contexte où s’affrontent des valeurs d’émancipation, et d’ouverture d’un côté et des stratégies de contrôle et de domination de l’autre » .
En fait d’ambivalence, il est surprenant d'apprendre, par exemple, que Jimmy Wales, fondateur de Wikipédia et de la fondation Wikimédia, est un adepte de l’objectivisme, alors que cette philosophie voit le capitalisme comme un idéal de société et l’égoïsme rationnel, comme une morale. Puis, concernant l'instabilité du numérique, il y a ces appels répétés de Tim Berners-Lee au sujet de la « redécentralisation » et de la « régulation » d'un espace web qu'il avait conçu dans un esprit tout à fait opposé. Quant aux pionniers d'Internet, ils n'ont probablement pas imaginé que leur création permettrait un jour, à des milliards d’objets connectés, de rapporter, rien qu'en France et en 2021, plus de 2,6 milliards d’euros.
Quant à la question du contrôle et au-delà de ce qui est opéré par les firmes commerciales, c'est bien sûr du côté des États qu'il faut porter son attention. Face à un mouvement qui veut s’émanciper des contrôles, par moins de 18 pays ont déjà censuré Wikipédia et parfois même l'ensemble des projets frères. Ce fut le cas par exemple pour la Turquie, la Russie, l'Iran, mais également le Royaume-Uni, la France et l'Allemagne, et c'est même le cas de manière permanente en Chine, depuis 2004.
Dans certains cas, des procédures juridiques ont été utilisées pour intimider les membres du mouvement. C'est arrivé en France lorsque le directeur de l'association Wikimédia fut menacé de poursuites pénales par la Direction Centrale du Renseignement Intérieur, après un refus de supprimer un article qui traitait d’une station militaire dans Wikipédia. Par chance, ce qui s'est passé en France ne dépassa pas le stade de l'intimidation. En Biélorussie cependant, Mark Bernstein, un contributeur aux projets Wikimédia, fut condamné à quinze jours de prison ferme, assortis de trois ans d’assignation à résidence, pour des propos tenus au sujet de la guerre en Ukraine. Cela sans oublier qu'actuellement, ce sont les conservateurs à la tête des États-Unis qui « veulent la peau de Wikipédia » en cherchant à obtenir l'identité réelle de certains contributeurs.
Le contrôle et le non-respect de la vie privée font ainsi appel à la figure emblématique du lanceur ou de la lanceuse d'alerte, dont la posture contestataire fait penser à celle des personnes actives dans la contre-culture des années 1960. Parmi ceux-ci, on dit de Julian Assange, Edward Snowden et Chelsea Manning, qu'ils « ont perdu leur liberté pour défendre la nôtre ». De manière similaire, on pourrait donc aussi dire que les Wikimédiens Aaron Swartz, Bassel Khartabil, Pavel Pernikov, Ihor Kostenko et Mark Bernstein, se sont sacrifiés pour la liberté, le partage et la vérité.
Dans Wikimédia et comme ce fut expliqué dans l'introduction de cet ouvrage, une alerte peut prendre la forme d'un appel à commentaires en réaction à une décision ou une situation observée au sein du mouvement. C'est même là une pratique institutionnalisée, qui fait l'objet d'une procédure d'accompagnement et de suivi. Toutes ces alertes concernent les dérives de certains projets, mais également de certaines associations dont la proximité avec le système économique n'aide pas au respect des pratiques et des valeurs développées en ligne.
Dans ce qui apparait aux yeux de certains comme un « bazar libertaire », les choix et règles édictés dans la sphère hors ligne du mouvement ne plaisent pas toujours aux membres des communautés en ligne. Ce qui n'empêche toutefois pas les projets éditoriaux d'avoir leurs propres règles et des recommandations, ni de voir apparaitre, en 2020 et dans l'ensemble du mouvement, un code de conduite universel, qui détermine le « référentiel minimum des comportements acceptables et inacceptables ».
L'idéologie transmise à Wikimédia, décrite en partie par Steven Levy dans son ouvrage L’Éthique des hackers est donc plus subtile qu'un simple refus d'autorité. Dans un esprit de partage, d'ouverture, de transparence, de liberté, d'égalité et d'autonomie, c'est une structure très complexe, tout en étant cosmopolite et mondiale, que le mouvement réussit à mettre en place. Une organisation qui, finalement, apparait très inspirante dans la manière de faire communauté aujourd'hui, et au sein d'un monde toujours plus global et numérique.
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Lionel Scheepmans
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'''LE MOUVEMENT WIKIMÉDIA.'''
'''Dernier partage altruiste de la connaissance libre ?'''
De Lionel Scheepmans.
Avec l'aide de la communauté Wikimédia.
'''Quatrième de couverture.'''
'''Le mouvement Wikimédia, l'aventure inspirante d'une organisation mondiale et altruiste, au service d'un savoir libre et vérifiable.'''
Quel est ce seul acteur à but non lucratif présent dans le top 100 des sites les plus visités sur le Web ?
Comment incarne-t-il l’expression la plus visible des valeurs de liberté, d’égalité et de partage, héritées de la révolution numérique et des mouvements sociaux des années 1960 ?
Comment, à partir de Wikipédia et suite à la création d’une quinzaine de projets frères, distribués en centaines de versions linguistiques, le mouvement social Wikimédia a imaginé un monde dans lequel le savoir se produit et se partage librement ?
Et comment, en toute autonomie, des dizaines de projets pédagogiques, édités par des millions de bénévoles, soutenus par une fondation et près de 200 associations et groupes locaux, produisent-ils la plus grande intelligence collective au monde ?
Avec de nombreux codes QR, cet ouvrage répond à ces questions, tout en permettant de mieux comprendre le monde global et numérique qui nous entoure.
Lionel Scheepmans est docteur en sciences politiques et sociales, militant de la culture libre et professeur d’anthropologie numérique. Il occupe plusieurs postes d’administrateur au sein du mouvement Wikimédia qu’il observe de manière participative depuis 2011. Ses travaux universitaires, du master à la thèse de doctorat, furent consacrés à l’organisation et aux enjeux de Wikipédia et du mouvement Wikimédia.
'''Avant-propos'''
Pour offrir un confort de lecture sur papier sans perdre la puissance du numérique, des codes QR sont affichés tout au long de cet ouvrage. À l’aide d’une tablette ou d’un smartphone, ils offrent un accès direct à ce qui serait coûteux ou impossible à imprimer.
Par exemple, le code QR 1, présent à la fin de cette page, donne accès directement à la page web qui reprend l’intégralité de l’ouvrage. Une fois sur celle-ci, on peut alors visionner les illustrations en couleur ou les enregistrements qui s’y trouvent et consulter ensuite leurs pages de descriptions en cas de besoin. Cette version numérique comprend aussi de nombreux hyperliens pointant vers Wikipédia et d’autres sites du mouvement Wikimédia, où se trouvent des compléments d’informations et leurs mises à jour.
Pour économiser du papier lors de l’impression, la section regroupant les notes et les références de l’ouvrage n’est disponible qu’au format numérique, mais est directement accessible via le code QR 2 repris ci-dessous. Grâce aux indices de renvoi chiffrés et placés en exposant dans le texte imprimé, il est alors possible, au départ d'un smartphone ou d'une tablette, de retrouver les notes et les références en fonction de leur numérotation. Lorsque la référence correspond à une page web, un lien pointant vers le projet Internet Archive s’y trouve repris, pour garantir un accès aux archives des pages citées dans l’ouvrage, si jamais elles avaient disparu du web. Quant aux pages toujours existantes, elles restent accessibles via leurs hyperliens originels, pour consulter leurs éventuelles évolutions.
Étant donné que ce livre est produit sur une plateforme collaborative, tout le monde est invité à améliorer les prochaines versions. On peut le faire en corrigeant des fautes d’orthographe ou de syntaxe sur les pages web qui constituent les différents chapitres de l’ouvrage, ou encore en apportant des commentaires sur les pages de discussion qui leur sont associées. Cela peut se faire très simplement en cliquant sur « Modifier » , quand on est sur la page d'un chapitre, et sur « Ajouter un sujet » lorsque l'on est sur une page de discussion.
Une page de discussion générale est aussi accessible grâce au code QR 3. Elle permet de commenter le livre dans son ensemble, ou de poser une question à son sujet. Il suffit pour cela d’indiquer un titre dans le champ « Démarrer un nouveau sujet », avant d'écrire le contenu de son message dans l’encadré situé juste en dessous, et de cliquer finalement sur le bouton « Ajouter un sujet de manière anonyme », pour publier celui-ci.
Enfin, pour ceux qui voudraient agrémenter leur lecture d’un fond sonore relaxant et original, le code QR 4 donne accès à une page web qui diffuse une musique mélodieuse. Celle-ci est composée de sons spécifiquement produits chaque fois qu’une modification est apportée sur un projet Wikimédia, ou qu’un nouveau compte y est créé. Ce dispositif ingénieux offre ainsi, aux lecteurs qui le souhaitent, une ambiance sonore particulièrement confortable, ainsi qu’une nouvelle expérience immersive au sein du mouvement Wikimédia.
'''Introduction : Wikimédia n’est pas Wikipédia.'''
Depuis le succès initial de Wikipédia, une myriade de projets de partage des connaissances, d’organisations et de groupes de soutien ont émergé pour former ce qu’on appelle aujourd’hui le mouvement Wikimédia. Même si l’encyclopédie libre reste l'activité phare du mouvement à ce jour, il serait regrettable de réduire l’ensemble du mouvement à cet unique projet pédagogique. Malheureusement, il arrive bien trop souvent qu'une seule version linguistique de Wikipédia suffise pour cacher l’étendue de la forêt Wikimédia.
En réalité, Wikimédia représente un mouvement social, international et interculturel complexe, au sein duquel Wikipédia n’est qu’une composante parmi d’autres. Dans le cadre d'un mémoire de master, on peut ainsi fournir en quelques mois une ethnographie du projet Wikipédia en français. Alors que pour synthétiser les origines, l’organisation et les dynamiques globales du mouvement Wikimédia, une thèse de doctorat et cinq années de recul supplémentaires furent nécessaires.
À la fin de l'année 2025, l’ampleur numérique du mouvement est effectivement impressionnante. Chaque mois, des millions de modifications bénévoles sont effectuées sur plus de 500 millions de pages, réparties sur plus d’un millier de sites web, dont 358 seulement, correspondent aux versions linguistiques de Wikipédia. Ce qui prouve donc clairement que les activités en ligne portées par l'ensemble du mouvement Wikimédia dépassent largement ce qui se passe au sein de l’encyclopédie.
Il existe ainsi cinq autres espaces collaboratifs d'écriture susceptibles d'atteindre un jour l'envergure et la notoriété de Wikipédia, avec un objectif et un fonctionnement spécifiques à chacun. De manière détaillée, Wikilivres crée des livres pédagogiques ; Wikiversité rassemble des supports d'enseignement et des travaux de recherche ; Wikivoyage développe un guide touristique mondial ; Wikispecies établit un répertoire du vivant, tandis que Wiktionnaire définit des mots de toutes les langues, dans toutes les langues.
Contrairement à Wikipédia, tous ces projets ne sont pas soumis à une neutralité de point de vue, ni limités à l'usage de sources secondaires reconnues, au niveau de la rédaction des articles. La plupart d'entre eux acceptent aussi la publication de travaux de recherche ou de productions personnelles, alors que cela est tout à fait interdit dans Wikipédia.
Selon l'étymologie du mot encyclopédie, le but de Wikipédia est en effet de synthétiser ou, plus précisément, d'encercler le savoir humain déjà préexistant. Cette contrainte éditoriale limite donc les contributeurs et contributrices à l'usage de sources secondaires et tertiaires présentes dans des publications externes au projet. De ce fait, Wikipédia reproduit fatalement les biais systémiques, tels que les déséquilibres et les surreprésentations de genre et de culture, présents dans un monde de l'édition majoritairement occidental. Or, cette impasse éditoriale propre à Wikipédia n'existe pas dans les autres projets pédagogiques.
Comme ces projets frères, Wikipédia n'est pas non plus un projet complètement autonome des autres projets Wikimédia. L'encyclopédie compte en effet sur le projet Wikimedia Commons pour héberger l'ensemble de sa médiathèque. Elle utilise ensuite le contenu du projet Wikidata comme base de données structurée. Quant aux personnes qui produisent l'encyclopédie, elles peuvent aussi puiser leurs sources dans la bibliothèque Wikisource ou se référer à des citations d'auteurs collectées dans le projet Wikiquote. Tout cela sans oublier que des dizaines de sites web traitent l'archivage permanent de Wikipédia et des autres projets Wikimédia, dans le but de fournir des analyses précieuses et totalement libres d’accès.
Enfin, il faut aussi garder à l'esprit qu'au-delà de tous ces sites web, Wikimédia, c'est aussi de nombreuses institutions et organisations affiliées au mouvement et dispersées dans le monde. Autour de la Fondation Wikimédia chargée de la gestion et de l’organisation internationales, avec près de 650 salariés de nationalités diverses, se regroupent des centaines d'organisations satellites. Parmi celles-ci, on retrouve 2 associations thématiques, 40 associations locales, dont Wikimedia Deutschland qui regroupe plus de 170 employés, et finalement 141 groupes d’utilisateurs et utilisatrices.
Tout ce qui vient d'être exposé dans cette introduction justifie donc la nécessité de distinguer le mouvement Wikimédia du projet Wikipédia. Imaginons seulement que l’on se limite à citer Paris pour décrire et comprendre un pays aussi vaste que la France. Certes, Paris est une ville mondialement connue et qui compte plus de deux millions d’habitants et un patrimoine culturel impressionnant. Mais est-ce pour autant qu'il faudrait oublier les autres villes, villages et métropoles françaises ? Sans compter que la France regroupe aussi des départements et des territoires d’outre-mer et qu'elle entretient des relations et des partenariats internationaux qui dépassent de loin ce qui se passe entre Paris et le reste du monde. Ne pas confondre le mouvement Wikimédia avec le projet Wikipédia relève donc du bon sens.
En 2019 cependant, la Fondation Wikimédia a envisagé de se renommer en Fondation Wikipédia et de remplacer le terme « Wikimédia » par celui de « Wikipédia » partout où ce terme est utilisé dans la sphère hors ligne du mouvement. Le but était d’acquérir une plus grande visibilité et d’attirer des milliards de personnes, grâce au nom de marque Wikipédia, considéré comme l’un des plus connus au monde. Ce changement n’a toutefois pas été accepté par de nombreuses personnes actives au sein du mouvement. En janvier 2020, ces opposants ont ainsi créé une page d’appel à commentaires, qui fut le siège d’un long débat. À l’issue de ce dernier, 73 représentants d’organisations affiliées et 984 personnes ont signé une lettre ouverte adressée à la Fondation, qui comprenait le paragraphe suivant.
« Depuis 20 ans, les bénévoles ont bâti la réputation de Wikipédia en tant que ressource indépendante et communautaire. Les projets du mouvement Wikimédia, dont Wikipédia, se développent autour de la décentralisation et du consensus. Il est essentiel d’établir des distinctions claires entre la Fondation Wikimédia, les affiliés et les contributeurs individuels. Tout changement qui affecte cet équilibre exige le consentement éclairé et la collaboration des communautés. Il est donc très préoccupant de voir Wikipédia présenté pour le nom de l’organisation et du mouvement malgré le mécontentement général de la communauté. »
En s’opposant aux idées de la Fondation, ces membres de la communauté Wikimédia ont ainsi fait preuve de sagesse. De plus, ils ont signalé dans de nombreux commentaires que beaucoup de personnes connaissent le mouvement Wikimédia uniquement au travers de son encyclopédie. Il est même étonnant d'observer que la méconnaissance du mouvement existe au sein même de sa propre communauté. Comme exemple, on peut observer que l'article Wikipédia en anglais, consacré au mouvement Wikimédia, ne s’est développé qu’à partir de 2016, tandis que celui de la version francophone de l'encyclopédie, n’est apparu qu’en 2019. Quant aux autres versions linguistiques, il est tout aussi étonnant de constater qu'en octobre 2025, seulement 39 d'entre elles, sur un total de 358, possédaient un article dédié au mouvement Wikimédia.
Tous ces éléments justifient donc la nécessité d’offrir au monde, une meilleure connaissance du mouvement Wikimédia et des nombreux projets et organisations, qui participent à sa mission de partage du savoir. En ce sens, ce livre est une contribution importante aux défis stratégiques que doit relever le mouvement Wikimédia à l’approche de 2030. Car au-delà des résolutions prises pour développer de nouveaux processus participatifs et délibératifs concernant les questions de marque, c’est avant tout un travail d’information et de sensibilisation à destination du public qu'il reste à faire.
'''Première partie : La naissance du mouvement Wikimédia.'''
Il existe dans l'espace web, une multitude d’archives permettant de retracer les événements, qui ont conduit à la naissance du mouvement Wikimédia. Cette « préhistoire » du mouvement peut notamment être explorée grâce au réseau d’éducation populaire Framasoft, dont le site est apparu environ un an avant la création de la version francophone de Wikipédia. On trouve sur cette plateforme une mine d’informations concernant les logiciels libres et la culture libre, soit deux épisodes majeurs de l’histoire de l’informatique et d’Internet, malheureusement méconnus du grand public.
Grâce à Framasoft et bien d’autres associations, il est possible de découvrir l’organisation et les motivations des millions de personnes qui participent au mouvement du logiciel libre. On peut apprend par exemple, que ce mouvement politique et social, au sein du milieu informatique, a été initié en 1983 par [[w:fr: Richard Stallman|Richard Stallman]]. Programmeur du [[w:Massachusetts_Institute_of_Technology|MIT]] à cette époque, c'est en effet lui qui fut le premier à proposer une alternative à la marchandisation du secteur informatique.
La philosophie de libre partage, apparue au sein du projet de Stallman, reflétait une certaine éthique et une organisation de travail originale, développées au sein d’une sous-culture, en vogue dans le milieu informatique depuis les années 1950. Celle-ci fut documentée dans de nombreux ouvrages, dont « L’éthique hacker », un livre remarquable, dans lequel le philosophe finlandais, Pekka Himanen, analyse en détail les origines de la culture hacker.
Un simple extrait de sa quatrième de couverture, repris ci-dessous, permet d’appréhender la manière de penser de ces informaticiens, rejoints par Richard Stallman durant ses études universitaires, avant d'en devenir l’une des figures les plus charismatiques.
« On considérait jusqu’à présent le « hacker » comme un voyou d’Internet, responsable d’actes de piratage et de vols de numéros de cartes bancaires. Le philosophe Pekka Himanen voit au contraire les hackers comme des citoyens modèles de l’ère de l’information. Il les considère comme les véritables moteurs d’une profonde mutation sociale. Leur éthique, leur rapport au travail, au temps ou à l’argent, sont fondés sur la passion, le plaisir ou le partage. Cette éthique est radicalement opposée à l’éthique protestante, telle qu’elle est définie par Max Weber, du travail comme devoir, comme valeur en soi, une morale qui domine encore le monde aujourd’hui. »
En introduisant cette première partie d'ouvrage de la sorte, nous pouvons déjà comprendre que le mouvement Wikimédia plonge ses racines dans une transition culturelle remplie d’utopie. Une utopie qui s’oppose notamment à ce que l’historien et anthropologue Karl Polanyi désignait, en 1944 déjà, comme un libéralisme économique qui « subordonne les objectifs humains à la logique d’un mécanisme de marché impersonnel ». Étape par étape et en commençant par analyser cette utopie spécifiquement au niveau du mouvement Wikimédia, voyons maintenant ce qui s'est passé tout au long de cette révolution culturelle et numérique.
'''Chapitre 1 : L'utopie Wikimédia.'''
Au fil du temps, Wikipédia fut perçu comme une utopie en marche, puis comme une utopie réalisée, et finalement comme la dernière utopie collective du Web. Mais qu'en est-il de l'ensemble du mouvement Wikimédia ? Pour nous aider à comprendre ce qui se passe dans la dimension numérique de ce mouvement, voici une métaphore qui décrit un quartier établi au sein d'une ville, imaginée au départ de l'espace web ». Dans cette ville imaginaire, Internet représenterait le réseau routier, pendant que des serveurs informatiques feraient office de bâtiments, et que les pages web qu'ils hébergent, constitueraient les différentes pièces de ces édifices.
En visitant le quartier Wikimédia, on découvrirait donc plus d’un millier de bâtiments. Au sein de ceux-ci et à l’exception de quelques lieux administratifs, chaque pièce peut être visitée gratuitement, mais aussi modifiée au niveau de son contenu. On peut ainsi y ajouter de nouvelles choses, telles que du texte, des photos, des vidéos ou des documents sonores, et même changer ou supprimer ce qui a été créé ou modifié par d’autres. Tout cela, bien sûr, dans le but de rendre ces endroits plus esthétiques, ou plus authentiques et en tenant compte des différentes idées et des éventuelles oppositions de point de vue concernant les aménagements. Pour faciliter l'entente entre les personnes qui s'investissent dans les modifications, chaque pièce des bâtiments Wikimédia possède un espace annexe dédié à la discussion.
Dans la plupart des bâtiments Wikimédia, une personne malintentionnée peut même faire disparaitre tout le contenu d'une pièce. Néanmoins, dans la seconde qui suit, un robot remettra tout en place, avant de transmettre un message concernant le traitement du vandalisme. Lorsqu'une action plus discrète n'est pas détectée par un robot, une personne qui surveille la pièce prendra certainement le relais pour annuler les changements malveillants, et contacter la personne responsable. En cas de multirécidive, celle-ci peut se voir privée de sa capacité de modifier les pièces, soit dans le bâtiment vandalisé, soit dans tout le quartier quand cela se justifie. Après discussion, cette sanction sera mise en application par un administrateur ou une administratrice bénévole, choisi ou choisie par l'ensemble des autres bénévoles qui prennent soin des bâtiments.
On comprend donc que tout le monde peut enrichir, mais également surveiller et protéger les richesses partagées dans le quartier Wikimédia. Il suffit pour cela de rejoindre le mouvement en se créant un compte et de profiter de nombreux outils, dont un système de notification qui envoie un message dès qu'une pièce que l'on veut surveiller est modifiée. Pour créer ce compte, il n'est pas nécessaire de fournir une adresse ou un numéro de téléphone. Les seules informations personnelles indispensables au bon fonctionnement du quartier Wikimédia sont les adresses IP des visiteurs. Car contrairement à ce qui se passe dans les quartiers commerciaux de la grande ville numérique, tels que les GAFAM, NATU, BATX, le quartier Wikimédia ne récolte et ne vend aucune donnée à des fins d'exploitation.
Même les adresses IP enregistrées par le système ne sont pas visibles par les autres visiteurs. Elles sont remplacées par les noms et les pseudonymes fournis lors de la création des comptes, ou masquées par des comptes temporaires pour les modifications faites par des personnes non connectées. Seules quelques personnes accréditées par la communauté pour effectuer des contrôles d’usurpation d’identité ont accès à ces informations. C’est là une précaution nécessaire au bon déroulement des votes qui succèdent parfois aux recherches de consensus concernant l'aménagement du quartier Wikimédia.
Dans cette ville numérique que constituerait l'espace web, Wikimédia apparait ainsi comme le plus grand quartier dédié au partage de la connaissance. Tout d'abord, il y a les plus de 350 bâtiments Wikipédia, chacun dédié à une version linguistique de l'encyclopédie. Toujours séparés en versions linguistiques, on trouve ensuite : les bibliothèques Wikilivres et Wikisource, les bâtiments lexicaux Wiktionnaire, le journal Wikinews, le centre pédagogique et de recherche Wikiversité, le syndicat d’initiative Wikivoyage, le répertoire des êtres vivants Wikispecies et enfin l'institut des citations d’auteurs Wikiquote. Cela sans oublier le musée médiatique Wikimedia Commons et la banque Wikidata, reconnue comme étant la plus grande banque d’informations structurées au monde. Deux bâtiments dont l'une des fonctions principales communes est d’enrichir les pièces situées dans les autres buildings du quartier Wikimédia.
Dans tous ces immeubles, il arrive souvent que plus de la moitié des étages soient uniquement attribués à l'organisation des activités qui s'y déroulent. Chaque bâtiment peut aussi compter sur le soutien d'autres édifices tels que MediaWiki, Wikitech, Phabricator, qui sont trois lieux entièrement dédiés aux maintenances techniques sur l'ensemble du quartier. Concernant les aspects administratifs, c'est dans le bâtiment Méta-Wiki que s'opère la gouvernance générale du quartier, alors que les courriers adressés à ce dernier sont traités en première ligne dans le bâtiment Wikimedia VRT. À la suite de quoi, il ne reste plus qu'à citer le bâtiment Wikimedia Outreach, pour des initiatives de sensibilisation, et le bâtiment du journal Diff Wikimedia, comme lieu de publication d'actualités sur le mouvement.
En dehors de certains aspects techniques, tous ces bâtiments sont gérés exclusivement par des communautés bénévoles, qui sont toujours prêtes à accueillir de nouveaux membres. Les seuls immeubles du quartier qui diffèrent de ce principe sont les bâtiments vitrines de la Fondation Wikimédia et des autres associations Wikimédia qui engagent du personnel. Quant au bâtiment du conseil d'administration de la Fondation, des raisons officielles justifient le fait que la modification de ses pièces est réservée à ces membres et aux employés qui les soutiennent.
Face à tant d'utopies, on en vient donc à se demander comment tout cela fut rendu possible. Mais pour répondre à cette question, il faut alors parcourir tout un pan de l'histoire de la révolution numérique, depuis la contre-culture des années 1960 jusqu'à nos jours. On y découvre que les pionniers du réseau Internet étaient des chercheurs et étudiants en informatique, fortement influencés par de nouvelles idéologies, telles que celles qui furent à la source des évènements de mai 68 en France. C'est donc de là que naîtra la philosophie de partage, de liberté, de décentralisation et ce mode d’organisation tout à fait spécifique, que l'on observe aujourd'hui au sein du mouvement Wikimédia.
Il y eut tout d'abord la création d'Internet, comme réseau mondial de communication en libre accès, et le développement du World Wide Web, qui a grandement facilité les interactions humaines à l’échelle planétaire. Puis, ce fut l'arrivée du Web 2.0, caractérisé par l'apparition de nouveaux sites web directement modifiables à l'aide d’un simple navigateur. Or, parmi ceux-ci se trouvent les moteurs de Wiki, dont le plus puissant d’entre eux, MediaWiki, est un logiciel libre développé par la Fondation Wikimédia. Le moment est donc venu d'en savoir plus sur ce type de programme informatique, ainsi que sur le mouvement du logiciel libre, qui a fortement influencé la philosophie et les valeurs véhiculées au sein du mouvement.
'''Chapitre 2 : Le mouvement du logiciel libre.'''
L’un des premiers épisodes de la préhistoire de Wikipédia et du mouvement Wikimédia débuta en septembre 1983, lorsqu’un programmeur du Massachusetts Institute of Technology, appelé Richard Stallman, déposa un message sur la liste de diffusion net.unix-wizards. C’était un appel d’aide pour la création de GNU, un nouveau système d’exploitation qui devait réunir une suite de programmes que tout le monde pourrait utiliser librement sur son ordinateur personnel. Dans son message transmis via ARPANET, le premier réseau informatique à grande échelle qui précéda Internet, Stallman s’exprimait de la sorte.
Je considère comme une règle d’or que si j’apprécie un programme, je dois le partager avec d’autres personnes qui l’apprécient. Je ne peux pas en bonne conscience signer un accord de non-divulgation ni un accord de licence de logiciel. Afin de pouvoir continuer à utiliser les ordinateurs sans violer mes principes, j’ai décidé de rassembler une quantité suffisante de logiciels libres, de manière à pouvoir m’en tirer sans aucun logiciel qui ne soit pas libre.
Le projet de Stallman, qui reçut le soutien nécessaire à son accomplissement, marqua ainsi le début de l’histoire du logiciel libre. Quant à la quantité d’aide fournie, elle permet de croire que Richard Stallman n’était pas seul à voir l’arrivée des logiciels propriétaires d’un mauvais œil. Car pour les membres du projet GNU et du mouvement du logiciel libre en général, un bon programme informatique doit respecter ces quatre libertés fondamentales :
1. La liberté d’exécuter le programme, pour tous les usages.
2. La liberté d’étudier le fonctionnement du programme, et de l’adapter à vos besoins.
3. La liberté de redistribuer des copies, donc d’aider votre voisin.
4. La liberté d’améliorer le programme, et de publier vos améliorations, pour en faire profiter toute la communauté.
Lors de l'apparition du logiciel libre, le marché de l’informatique était de fait en pleine mutation. L'habituel partage des codes informatiques entre les rares étudiants ou chercheurs, qui bénéficiaient d’un accès à un ordinateur, faisait l'objet d'une remise en question. Ce changement faisait notamment suite au Copyright Act de 1976, une nouvelle loi qui autorisait l'application d'un droit d'auteur sur le code informatique, et donc qui permettait d'en interdire le partage ou la réutilisation sans autorisation. Des clauses de confidentialité ont ainsi fait leur apparition, pendant que les employés des firmes informatiques étaient nouvellement soumis à des contrats de confidentialité. C'était la fin de l’entraide et de la solidarité pratiquées chez les pionniers de l’informatique. À sa place s'installaient la concurrence et la compétitivité, bien connues dans le système capitaliste marchand.
Cette mutation coïncidait avec l’arrivée des premiers ordinateurs de taille réduite. Grâce à l’apparition des premiers circuits intégrés, les premiers exemplaires avaient en effet été créés par l’industrie aérospatiale au début des années 1960. Cependant, il fallut attendre le début des années 1980 pour que le prix d’un ordinateur soit suffisamment bas pour en faire un bien de grande consommation. En 1982, le Commodore 64 entrait ainsi dans le livre Guinness des records, avec plus de 17 millions d’exemplaires vendus dans le monde. Mais avant cela, en 1981, l’IBM Personal Computer avait déjà fait son apparition, en proposant une architecture ouverte qui allait servir de modèle pour toute une gamme d’ordinateurs que l’on désigne toujours aujourd’hui par l’acronyme « PC ».
Pour faire fonctionner ses nouveaux modèles d'ordinateurs, la société IBM avait confié à l’entreprise Microsoft, créée en 1975, la mission de les équiper d’un système d’exploitation. Le contrat signé entre les deux firmes fut une véritable aubaine pour le fournisseur des programmes informatiques. Car sans s'en apercevoir, et sans jamais anticiper que son matériel serait cloné à grande échelle, IBM avait en effet permis à Microsoft d'établir un monopole dans la vente de logiciels. Cela fut condamné pour abus de position dominante et vente liée du logiciel avec le matériel informatique, mais sans pour autant empêcher Bill Gates, le principal actionnaire de Microsoft, d'être l'homme le plus riche du monde en 1994.
Toutefois, pendant que Microsoft renforçait sa position dominante, un nouvel événement majeur allait marquer l’histoire du logiciel libre. Celui-ci fut de nouveau déclenché par un appel à contribution, qui fut cette fois posté le vingt-cinq août 1991 par un jeune étudiant en informatique de 21 ans, appelé Linus Torvalds. Via le système de messagerie Usenet, sa demande avait été postée dans une liste de diffusion consacrée au système d’exploitation Minix, une sorte d’UNIX simplifié et développé dans un but didactique, par le programmeur Andrew Tanenbaum.
Loin d’imaginer que cela ferait de lui une nouvelle célébrité dans le monde du Libre, Torvalds entama son message par le paragraphe suivant.
« Je fais un système d’exploitation gratuit (juste un hobby). Il ne sera pas grand et professionnel comme gnu pour les clones 386. Ce projet est en cours depuis avril et commence à se préparer et j’aimerais avoir un retour sur ce que les gens aiment ou n’aiment pas dans minix, car mon système d’exploitation lui ressemble un peu, même disposition physique du système de fichiers pour des raisons pratiques entre autres. »
Bien qu’il fût présenté comme un passe-temps, le projet qui répondait au nom de « Linux », fut rapidement soutenu par des milliers de programmeurs du monde entier, avant de devenir la pièce manquante du projet GNU. En effet, les contributeurs au projet de Stallman n’avaient pas encore terminé l’écriture du code informatique du noyau Hurd, alors qu'il était censé établir la communication entre la suite logicielle produite par GNU et le matériel informatique. C'est donc la fusion des codes produits par les projets GNU et Linux qui permit la création du premier système complet, stable et entièrement libre baptisé GNU/Linux.
Au départ de ce nouveau système informatique, de nombreuses variantes, que l’on nomme communément « distributions », furent créées par des programmeurs de tous horizons. L’une de celles-ci s’intitule Debian et tire sa réputation d'être simultanément libre, gratuite, très fiable et produite par une communauté sans lien direct avec une société commerciale. Quatre qualités qui expliquent pourquoi, Debian sert de base à plus de 150 distributions dérivées, et que de nombreuses organisations l'utilisent, comme le fait la Fondation Wikimédia sur les serveurs qui hébergent les projets qu'elle supporte.
Grâce à la naissance des logiciels libres, le mouvement Wikimédia a donc la possibilité de faire tourner ses serveurs informatiques, avec un système d’exploitation fiable, libre et gratuit. Comme son code source est ouvert, cela permet aussi à la Fondation Wikimédia de le modifier pour répondre aux besoins spécifiques du mouvement. À la suite de quoi, et selon les règles formulées par la communauté du logiciel libre, les modifications faites par la Fondation deviennent à leur tour, gratuitement et librement, utilisables par d’autres personnes ou organismes.
À ce premier héritage reçu par le mouvement Wikimédia, et toujours en provenance des logiciels libres, s’ajoute encore une innovation méthodologique. Dans son article La Cathédrale et le Bazar, Eric Raymond mobilise en effet le terme « cathédrale » pour désigner le mode de production des logiciels propriétaires, en opposition au mot « bazar », qu'il utilise pour qualifier le mode de développement des logiciels libres. D’un côté, il décrit une organisation pyramidale, rigide et statutairement hiérarchisée, comme on peut la voir souvent au sein des entreprises. Tandis que de l’autre, il parle d’une organisation horizontale, flexible et peu hiérarchisée, qu’il a lui-même expérimentée en adoptant le style de développement de Linus Torvalds, à savoir : « distribuez vite et souvent, déléguez tout ce que vous pouvez déléguer, soyez ouvert jusqu’à la promiscuité ».
À l’instar de la métaphore du quartier numérique présentée dans le précédent chapitre, cette manière de décrire les projets open source nous aide donc ici à mieux comprendre ce qui se passe dans le mouvement Wikimédia. D'un côté, on retrouve effectivement cette « ouverture jusqu’à la promiscuité », dans le libre accès accordé aux projets Wikimédia, alors que de l'autre, tout le monde peut rejoindre les projets et associations Wikimédia. Ces deux observations corroborent ainsi l’existence d’un deuxième héritage en provenance du mouvement du logiciel libre. Néanmoins, il nous reste encore à découvrir un phénomène négligé par Eric Raymond durant ses observations, et qui pourtant, a considérablement influencé l'histoire de la révolution numérique. Découvrons donc à présent, la licence libre et le mouvement de la culture libre, dont elle fut à l’origine.
'''Chapitre 3 : Les licences et la culture libres.'''
Dans une biographie autorisée, Christophe Masutti explique à quel point la création de la Licence publique générale GNU, en tant que première licence libre créée par Richard Stallman, représente un épisode majeur de la révolution numérique. Selon lui :
La GPL apparaît comme l’un des meilleurs hacks de Stallman. Elle a créé un système de propriété collective à l’intérieur même des habituels murs du copyright. Surtout, elle a mis en lumière la possibilité de traiter de façon similaire « code » juridique et code logiciel.
Le concept de distribution associé à ce nouveau type de licence fut baptisé « copyleft », par inspiration d’un jeu de mots que Richard Stallman avait trouvé dans un courrier transmis par son collègue Don Hopkins. Le principe novateur de ce concept est d'obliger toute production de code dérivé à se soumettre à la même licence libre que le code d’origine. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle beaucoup de gens parlent de licence « virale » ou « récursive » en faisant référence à celle-ci. Quant à l'importance de cette clause, elle repose sur le fait d'interdire toute privatisation d'un code informatique produit sous licence libre. Sans celle-ci, un tel code risque en effet d'être récupéré, puis modifié, avant d’être placé sous un habituel copyright de type « tous droits réservés », dans le but de commercialiser son usage.
En 2001 et dans la mouvance provoquée par l'arrivée des licences libres, une organisation internationale sans but lucratif, intitulée Creative Commons, a entamé la promotion du partage et la réutilisation de la créativité et des connaissances grâce à la fourniture d’outils juridiques gratuits. Pour ce faire, elle met régulièrement à jour une panoplie de licences inspirées par la GNU, mais spécialement adaptées aux œuvres de l'esprit, telles que les productions littéraires, musicales, photographiques et vidéo, ainsi que les bases de données.
Contrairement aux licences libres fournies par la Free Software Foundation, conçues pour protéger du code informatique, les licences fournies par Creative Commons offrent la possibilité de sélectionner de nombreuses clauses pour protéger une œuvre. Avec le label CC, pour Creative Commons, on peut ainsi appliquer, ou ne pas appliquer, la clause « BY », qui oblige à créditer l'auteur, et la clause « SA », pour Share Alike, qui ordonne le partage à l’identique comme décrit précédemment. Après quoi il est encore possible d'ajouter la clause « NC », qui impose un usage non commercial, et finalement, la clause « ND », pour Non Derivative, qui exige que l’œuvre soit utilisée ou reproduite dans son intégralité et sans modification.
Le mouvement Wikimédia a choisi la licence CC.BY-SA pour protéger les contenus publiés dans tous ses projets. Cela à l'exception de la banque de données Wikidata, qui au même titre que les descriptions apportées aux fichiers téléchargés dans la médiathèque Wikimedia Commons, publie ses informations structurées sous licence CC0. Cette dernière licence est ainsi ce qui se rapproche le plus du domaine public, avec cet avantage de ne pas devoir mentionner les auteurs dans le traitement et la réutilisation du contenu de la base de données.
Cependant, il en résulte que les informations en question peuvent être réutilisées par des tiers qui ne sont plus obligés de citer leurs sources, comme le font les agents conversationnels des intelligences artificielles génératives, appelés couramment chatbots. Contrairement à la licence CC.BY-SA, la licence CC0 est donc moins apte à pérenniser les projets Wikimédia, puisqu'elle permet d'invisibiliser ces derniers au risque de réduire les chances d'arrivée de nouveaux contributeurs et contributrices. De plus, sans la clause SA qui assure l'application du copyleft, toutes les informations récupérées au sein de Wikidata et de Wikimedia Commons sont aussi susceptibles de quitter le monde du libre.
Quoi qu’il en soit, les licences Creative Commons, inspirées par la licence libre de Richard Stallman, apparaissent finalement comme un troisième héritage en provenance du mouvement du logiciel libre et de la culture libre qui en est issue. Grâce à la licence CC BY SA, les éditeurs des projets Wikimédia bénéficient effectivement d'une certaine reconnaissance, tout en étant assurés qu'aucun copyright sur leurs travaux ne puisse exclusivement profiter à une personne ou une compagnie. De plus, la licence libre appliquée au système d'exploitation installé sur les serveurs Wikimédia, garantit elle aussi un certain respect des contributeurs, puisqu'elle permet de vérifier si le code informatique ne compromet pas leurs vies privées.
Avec tous les autres apports en provenance du logiciel libre, ce sont là deux choses importantes qui ont permis l'apparition du mouvement Wikimédia. Toutefois, cela ne pouvait pas suffire à la création du projet Wikipédia qui en fut le point de départ. Car sans un espace numérique, mondial et libre d’accès, tel qu'il fut créé par Internet et l'espace web, aucune encyclopédie collaborative de cette envergure n'aurait pu voir le jour.
'''Chapitre 4 : Le réseau Internet.'''
L’histoire du réseau Internet constitue un nouvel épisode captivant de la révolution numérique, sans lequel le mouvement Wikimédia n’aurait jamais pu émerger. D’un point de vue purement technique, ce réseau informatique a été mis au point dans les années 1970, avant l’adoption généralisée du protocole TCP/IP, toujours en usage à ce jour. Ce dernier fut inventé par Vint Cerf et Robert Elliot Kahn, quand ils travaillaient pour la Defense Advanced Research Projects Agency, rattachée au département de la Défense américaine. L'une des premières présentations de leur projet fut ainsi réalisée lors d’une conférence organisée par l’International Network Working Group, une instance créée pour assurer la gouvernance mondiale du réseau informatique.
Sur base de ces informations, on peut penser qu’Internet a été créé par des militaires. Cependant, Une contre-histoire de l’Internet, nous révèle que les créateurs et les premiers utilisateurs d’ARPANET, considéré comme l’ancêtre d’Internet, étaient davantage des étudiants hippies et amateurs de LSD, que des militaires bien drillés. D’ailleurs, avant la standardisation du protocole TCP/IP, ARPANET fonctionnait depuis plus d’un an avec un autre protocole de transition intitulé Network Control Program. Or, celui-ci avait été mis au point, en février 1969, par le Network Working Group, un groupe informel d’étudiants rassemblés autour de Steve Crocker, lorsqu’il ne détenait encore qu’une simple licence, au niveau de sa formation universitaire.
Bien que rarement cité dans l’histoire d’Internet, ce groupe a pourtant mis en place la procédure RFC, pour Request For Comments, reconnue comme « l’un des symboles forts de la "culture technique" de l’Internet, marquée par l’égalitarisme, l’autogestion et la recherche collective de l’efficience ». Soit trois principes et une procédure, qui aujourd’hui encore sont appliqués sur le site Méta-Wiki, dans lequel s'organise la gestion communautaire du mouvement Wikimédia. Cela alors qu'au sein des autres projets dédiés à la production de contenus pédagogiques, des processus similaires de recherche de consensus ont fait leur apparition.
Il faut ensuite savoir que les liens entre ARPANET et l’armée ont disparu avec l’apparition du MILNET, un réseau entièrement dédié aux activités militaires, rebaptisé NIPRNet, pour Non-classified Internet Protocol Router Network, en 1990. Après une séparation définitive en 1983, précisément l’année où Richard Stallman postait sa demande d’aide pour le projet GNU, le réseau ARPANET resta uniquement dédié à la recherche et au développement. À cette époque, le réseau ne comprenait pas plus de 600 machines connectées, ce qui n'a donc rien de comparable avec ce vaste réseau informatique mondial que nous connaissons aujourd’hui et qui fut fortement développé au cours des années 1990.
Pour en assurer l’entretien technique, une organisation non gouvernementale, a été créée en 1992, sous l'appellation d’Internet Society. Celle-ci devait aussi veiller au respect des valeurs fondamentales liées au bon fonctionnement du réseau. Car avant d'atteindre des milliards d’appareils connectés, il a d’abord fallu réglementer les nombreuses dorsales internet intercontinentales, sans lesquelles la transmission du protocole TCP/IP partout dans le monde n'aurait pas été possible.
Quant à l’état d’esprit des créateurs d'Internet, un article intitulé : Quarante ans après, mais qui donc créa l’internet ? apporte un éclairage particulièrement intéressant au sujet des liens que l'on peut établir entre le mouvement Wikimédia et l'histoire d'Internet. Dans son témoignage, Michel Elie, cet ingénieur en informatique, membre du Network Working Group cité précédemment, et responsable de l’Observatoire des Usages de l’Internet, nous explique en effet ceci.
Le succès de l’internet, nous le devons aux bons choix initiaux et à la dynamique qui en est résultée : la collaboration de dizaines de milliers d’étudiants, ou de bénévoles apportant leur expertise, tels par exemple ces centaines de personnes qui enrichissent continuellement des encyclopédies en ligne telles que Wikipédia.
Au courant des années 1990, le milieu informatique universitaire semblait donc toujours fortement imprégné des idéaux de la contre-culture des années 1960, produit par les baby boomers dans le contexte de la guerre du Vietnam. Afin d'illustrer les idées véhiculées à cette époque, voici un paragraphe extrait d'un ouvrage publié en 1970, et intitulé Vers une contre-culture : Réflexions sur la société technocratique et l’opposition de la jeunesse. Dans celui-ci, Théodore Roszak explique ceci.
Le projet essentiel de notre contre-culture : proclamer un nouveau ciel et une nouvelle terre, si vastes, si merveilleux que les prétentions démesurées de la technique soient réduites à n’occuper dans la vie humaine qu’une place inférieure et marginale. Créer et répandre une telle conception de la vie n’implique rien de moins que l’acceptation de nous ouvrir à l’imagination visionnaire. Nous devons être prêts à soutenir ce qu’affirment des personnes telles que Blake, à savoir que certains yeux ne voient pas le monde comme le voient le regard banal ou l’œil scientifique, mais le voient transformé, dans une lumière éclatante et, ce faisant, le voient tel qu’il est vraiment.
À la suite de cette lecture, il peut sembler paradoxal qu’une contre-culture, qui voit la technique comme inférieure et assimile la science au banal, puisse avoir un lien avec le milieu scientifique universitaire qui fut à l'origine d'Internet. Cependant, une réponse à cette énigme fut apportée par Fred Turner, par la publication de son livre intitulé : « Aux sources de l’utopie numérique : De la contre-culture à la cyberculture ».
Grâce à cet ouvrage, on découvre que le mouvement hippie utilisera tout ce qui était à sa disposition à l’époque pour parvenir à ses fins : LSD, spiritualités alternatives, mais également, objets technologiques les plus en pointe. Cela grâce notamment à l’influence de Steward Brand, le créateur d'un catalogue interactif, qui peut être considéré comme l'ancêtre analogique des groupes de discussions numériques apparus des années plus tard.
Comme autre indication, il y a ensuite les propos tenus en 1992, lors d’une plénière de la 24ᵉ réunion du groupe de travail sur l’ingénierie Internet, par David D. Clark, un autre pionnier d’Internet. Durant cette rencontre, ce chef de projet prononça des paroles restées dans les annales. « Nous récusons rois, présidents et votes. Nous croyons au consensus et aux programmes qui tournent ». Deux phrases seulement, mais qui, dans le cadre du milieu informatique, permettent de croire que le mépris de la contre-culture envers la technique et la science, s'est transformé en un refus d’autorité et une recherche de consensus.
Quoi qu'il en soit, le développement d'Internet ne s'est pas fait sans conflits idéologiques importants. On peut d'ailleurs se demander aujourd'hui à quoi ressemblerait Internet, s'il n'avait jamais été commercialisé. Cela s'est passé en novembre 1994, lorsque l’association sans but lucratif Advanced Network and Services, chargée de gérer les accès à Internet, a fait le choix de vendre ses activités. Cette décision faisait suite à un appel à des fonds privés pour financer d'importants changements dans l'infrastructure du réseau. Profitant de l'occasion, la société commerciale America Online a ainsi repris à son compte la gestion des connexions à Internet, après avoir effectué un versement de 35 millions de dollars.
Trente ans plus tard, Internet est devenu ce réseau que nous expérimentons aujourd'hui, à savoir : un réseau dominé par des sociétés privées les plus riches au monde. Dans ce contexte et parmi les 100 sites web les plus visités, seul le nom de domaine Wikipédia appartient à une organisation non lucrative. Cela explique donc pourquoi le mouvement Wikimédia, via son encyclopédie et la fondation qui l'héberge, représente à ce jour, et dans l'espace web, l'expression la plus visible de la philosophie des pionniers d’Internet.
Plus qu'un héritage, cette situation peut être vue comme une mission perpétuée au sein d'un espace envahi par une culture marchande et capitaliste. Il s'agit là d'une information importante qu'il faut retenir au sujet du mouvement Wikimédia. Elle ne clôture pas pour autant tout ce qu'il faut savoir au sujet des évènements qui ont permis la création d’une encyclopédie mondiale, libre et collaborative. Car avant cela, il nous reste encore à découvrir l'histoire du World Wide Web, un espace numérique sans lequel la création de Wikipédia n'aurait jamais été possible.
'''Chapitre 5 : Le World Wide Web.'''
Maintenant que le lien entre la création d'Internet et le mouvement Wikimédia est établi, découvrons à présent l'application la plus connue du réseau, que l'on nomme le World Wide Web, ou plus simplement « Web ». C'est Tim Berners-Lee qui en fut l’inventeur, lorsqu’il était encore actif à l'Organisation européenne pour la recherche nucléaire. Il avait pour idée de créer un espace d’échange public par l’intermédiaire d'Internet, et pour y parvenir, il mit au point le logiciel « WorldWideWeb », ensuite rebaptisé Nexus, pour éviter toute confusion entre les deux termes.
Grâce à un système d’indexation appelé hypertexte, ce programme informatique a permis de produire et de connecter des espaces numériques, que l'on intitule sites Web. Ceux-ci sont composés de pages web, hébergées sur des ordinateurs distants, mais connectés entre eux au travers du réseau Internet. Pour permettre ce type de connexion, Berners-Lee mit au point le Hypertext Transfer Protocol ou HTTP, un nouveau protocole de communication simple en soi, mais dont la mise en œuvre technique est compliquée.
Pour veiller au bon fonctionnement et au bon usage de l'espace web, des règles de standardisation ont tout d'abord été édictées par l’association Internet Society. Après quoi, Berners-Lee fonda le W3C, un consortium international dont la devise est : « un seul Web partout et pour tous ». Si ce slogan nous apparaît très naturel aujourd’hui, il faut toutefois savoir que l'espace Web a bien failli être régi séparément par des acteurs commerciaux, avec tous les droits d'accès que cela aurait pu engendrer.
À partir du trente avril 1993, jour du dépôt du logiciel Nexus dans le domaine public par Robert Cailliau, un collègue de Berners-Lee chargé de la promotion de son projet, un tel scénario était en effet possible. Sauf qu'après le départ de Berners-Lee, devenu président du W3C, François Flückiger, qui avait repris son poste au sein du CERN, eut la présence d'esprit de réagir à temps. Selon le livre Alexandria qui parcourt l'histoire de Robert Caillau, voici ce qui aurait pu se passer si le code de l’éditeur HTML n'avait finalement pas été placé sous licence libre.
La philanthropie de Robert, c’est très sympa, mais ça expose le Web à d’horribles dangers. Une entreprise pourrait s’emparer du code source, corriger un minuscule bug, s’approprier le « nouveau » logiciel et enfin faire payer une licence à ses utilisateurs. L’ogre Microsoft, par exemple, serait du genre à flairer le bon plan pour écraser son ennemi Macintosh. Les détenteurs d’un PC devraient alors débourser un certain montant pour profiter des fonctionnalités du Web copyright Microsoft. Les détenteurs d’un Macintosh, eux, navigueraient sur un Web de plus en plus éloigné de celui vendu par Bill Gates, d’abord gratuit peut-être, avant d’être soumis lui aussi à une licence.
Face à un tel scénario, nous découvrons de nouveau à quel point le concept de licence libre a fondamentalement changé le cours de la révolution numérique. Sans cela, nos expériences et nos usages de l'espace numérique auraient été totalement différents. L'utopie Wikipédia, par exemple, n'aurait certainement pas vu le jour, en raison de l'éclatement des espaces numériques et des coûts d'accès auxquels seraient confrontés les bénévoles qui ont construit le projet. Quoi qu'il en soit, et au niveau technique, une fois l'espace web apparu, il ne manquait plus que l'apparition des plateformes Wiki pour permettre la création d'une encyclopédie collaborative au format numérique.
'''Chapitre 6 : Les plateformes Wiki.'''
Un wiki, ou un moteur de wiki, est un logiciel que l'on installe sur un serveur informatique pour permettre la création d’un site web éditable et configurable à l’aide d’un simple navigateur. Plus précisément, c’est un système de gestion de contenu, dans lequel le code HTML, CSS, JavaScript et Lua, ainsi que certains paramètres, peuvent être modifiés par tous les internautes. Cela peut se faire en se connectant à un compte utilisateur, afin de bénéficier des droits de modification et d’administration qui lui sont accordés, ou en utilisant la configuration attribuée par défaut aux personnes non connectées.
Sur les pages web d'un wiki, chaque modification provoque un nouvel enregistrement complet du code source qui la compose. De la sorte, il est toujours possible, à partir d’une page reprenant l’historique des modifications, de rétablir l'une de ses anciennes versions. Grâce à ce système, on peut ainsi savoir quelle personne, ou quelle adresse IP est à l’origine d’un changement, et même voir l’endroit où la modification a été faite, et à quel moment celle-ci a été réalisée.
Le premier logiciel Wiki, qui portait le nom de WikiWikiWeb, a été créé et placé sous licence libre GPL par Ward Cunningham en mars 1995. Grâce à la licence, d’autres programmes wiki ont vu le jour en copiant ou s’inspirant du code source de WikiWikiWeb, ou des autres projets wiki qui l'avaient fait auparavant. Cette émulation récursive, qui donna naissance à toute une panoplie de projets wiki, est donc à nouveau une belle illustration des retombées positives que peut susciter l'application d'une licence libre.
Parmi les différents logiciels Wiki disponibles, UseModWiki fut choisi par la société Bomis qui finança la création du premier projet Wikipédia en anglais. C'était un choix judicieux, car l’éclatement de la bulle spéculative d’Internet, à la fin des années 2000, confrontait l'entreprise à de grosses difficultés financières. Un programme gratuit, simple d’utilisation et peu gourmand en ressources informatiques, convenait donc parfaitement dans ce cadre. UseModWiki fut par après remplacé par un autre moteur de Wiki sans nom, mais plus performant et toujours produit sous licence libre. Ce dernier fut ensuite amélioré par plusieurs programmeurs, dont Brion Vibber, le premier employé de la Fondation Wikimédia, avant d’être finalement intitulé MediaWiki.
Avec l’aide de nouveaux employés et des bénévoles actifs sur le site mediawiki.org, ce système de gestion de contenu finit par apparaitre en tête du classement des wikis les plus utilisés. Toujours grâce à sa licence libre, des milliers d'autres personnes et projets ont effectivement pu développer des sites Web, sans nécessairement faire partie du mouvement Wikimédia. Ce succès a par ailleurs justifié la programation de rassemblements annuels entre 2016 et 2020, entre personnes et organismes qui utilisent le programme, pour discuter de son développement et de ses usages.
Ceci étant dit, il existe dans la liste des Wikis d’autres logiciels libres intéressants, tels que DokuWiki, rendu populaire par sa simplicité d’installation et d’usage. Jusqu’à ce jour cependant, seul MediaWiki semble suffisamment stable et puissant pour permettre le développement optimal de l’ensemble des projets Wikimédia. Avec parmi ceux-ci, bien sûr, Wikipédia, l'encyclopédie libre et universelle, dont nous allons enfin découvrir la mise en place dans ce prochain chapitre.
'''Chapitre 7 : L’encyclopédie libre et universelle.'''
Dans les chapitres précédents, nous avons découvert toutes les innovations techniques et culturelles, sans lesquelles Wikipédia n’aurait jamais pu devenir la plus grande encyclopédie libre et universelle connue au monde. Son objectif est de synthétiser la totalité du savoir humain, ce qui n’est autre finalement, qu’un vieux rêve de notre humanité. Trois cents ans avant Jésus-Christ et durant la création de la bibliothèque d’Alexandrie, ce désir était aussi celui de Ptolémée Iᵉʳ. Puis, deux siècles plus tard, Denis Diderot publie, avec Jean Le Rond d'Alembert et Louis de Jaucourt en 1751, la première édition de l’Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers. Quant à Paul Otlet, qui a créé avec Henri La Fontaine la classification décimale universelle en usage depuis 1905, il s’était mis en tête de répertorier l’ensemble du savoir humain au sein d'un seul édifice.
Peu connu à ce jour, ce documentaliste belge rêvait pourtant de cataloguer le monde et de rassembler toutes les connaissances humaines, sous la forme d’un gigantesque répertoire bibliographique universel, situé à l'intérieur d'un Mundaneum. En 1934, dans le Traité de documentation écrit par celui qui voulait « classer le monde », Otlet décrit, de manière particulièrement visionnaire, un possible partage du savoir et de l’information.
Ici, la Table de Travail n’est plus chargée d’aucun livre. À leur place se dresse un écran et à portée un téléphone. Là-bas, au loin, dans un édifice immense, sont tous les livres et tous les renseignements, avec tout l’espace que requiert leur enregistrement et leur manutention…
De là, on fait apparaître sur l’écran la page à lire pour connaître la question posée par téléphone avec ou sans fil. Un écran serait double, quadruple ou décuple s’il s’agissait de multiplier les textes et les documents à confronter simultanément ; il y aurait un haut-parleur si la vue devrait être aidée par une audition. Une telle hypothèse, un Wells certes l’aimerait. Utopie aujourd’hui parce qu’elle n’existe encore nulle part, mais elle pourrait devenir la réalité de demain pourvu que se perfectionnent encore nos méthodes et notre instrumentation.
Avant l'apparition des intelligences artificielles et à peu de choses près, cette utopie décrite en 1934 par Otlet correspond à l'usage que l'on fait du réseau Internet et de son espace web, lorsqu'on recherche de l'information. Premièrement, allumer un système informatique, avec ou sans fil et muni d'un écran, ensuite, poser une question dans un moteur de recherche, puis finalement, être redirigé, comme cela arrive très souvent, vers l'une des versions linguistiques de Wikipédia.
Ce scénario, dans lequel les moteurs de recherche jouent un rôle central, explique la popularité de l'encyclopédie libre. D'autres projets similaires étaient pourtant apparus sur le Web avant l'arrivée de Wikipédia. Environ trois ans avant sa création, Aaron Swartz, un activiste de la culture libre qui avait juste douze ans à l'époque, avait par exemple lancé une sorte de site encyclopédique produit et régi par ses usagers. Appelé The Info Network, ce site web avait d'ailleurs permis à son auteur de recevoir l'ArsDigita Prize, un prix décerné aux jeunes créateurs de projets « utiles, éducatifs, collaboratifs et non commerciaux ».
Il faut savoir ensuite que l'expression « encyclopédie libre et universelle » apparut pour la première fois sur le Net sous la plume de Richard Stallman et durant l'année 2000, soit approximativement un an avant la naissance de Wikipédia. C'était dans un essai intitulé The Free Universal Encyclopedia and Learning Resource, qui, selon son auteur, avait été rédigé deux ans avant sa publication sur la liste de diffusion du projet GNU. Repris ci-dessous, un extrait de ce texte, présente les particularités du projet.
Le World Wide Web a le potentiel de devenir une encyclopédie universelle couvrant tous les domaines de la connaissance et une bibliothèque complète de cours d’enseignement. Ce résultat pourrait être atteint sans effort particulier, si personne n’intervient. Mais les entreprises se mobilisent aujourd’hui pour orienter l’avenir vers une voie différente, dans laquelle elles contrôlent et limitent l’accès au matériel pédagogique, afin de soutirer de l’argent aux personnes qui veulent apprendre.
Nous ne pouvons pas empêcher les entreprises de restreindre l’information qu’elles mettent à disposition ; ce que nous pouvons faire, c’est proposer une alternative. Nous devons lancer un mouvement pour développer une encyclopédie libre universelle, tout comme le mouvement des logiciels libres nous a donné le système d’exploitation libre GNU/Linux. L’encyclopédie libre fournira une alternative aux encyclopédies restreintes que les entreprises de médias rédigeront.
En parlant d'un « mouvement pour développer une encyclopédie libre universelle », Stallman anticipait donc, sans le savoir, l'arrivée du mouvement Wikimédia, qui ne se concrétisa que des années plus tard. Quant à la soixantaine de paragraphes qui décrivent son projet, on y retrouve dans une forme presque identique, les cinq principes fondateurs, qui ont guidé la création de Wikipédia et qui sont toujours actifs à ce jour.
Le premier consiste bien sûr à créer une encyclopédie ; le deuxième réclame une neutralité de point de vue, chose que Stallman expliquait déjà en écrivant qu’en cas de controverse, plusieurs points de vue seront représentés, le troisième implique le respect des droits d’auteur et l’adoption d'une licence libre, celle précisément dont Stallman avait été l'initiateur, le quatrième inscrit le projet dans une démarche collaborative, là ou Stallman précisait déjà que « tout le monde est le bienvenu pour écrire des articles », et le cinquième enfin, stipule qu’il n’y a pas d’autres règles fixes, une position somme toute très courante dans le milieu des hackers dont Stallman faisait partie.
Contrairement à ce que l'on peut croire, le projet d'encyclopédie libre et universelle n'était donc pas une idée originale de Jimmy Wales et Larry Sanger, tous deux reconnus à ce jour comme les deux fondateurs de Wikipédia. Ce qu'ils firent en revanche, c'est d'exploiter l'idée au sein de la société Bomis, détenue par Jimmy Wales, pour enrichir son encyclopédie commerciale Nupedia. Cette dernière avait été lancée en avril 2000, soit environ dix mois avant Wikipédia, et sa rédaction était assurée par des experts engagés au sein d’un processus éditorial strict et formel<ref>{{Cite book|first1=Ned|last1=Kock|first2=Yusun|last2=Jung|first3=Thant|last3=Syn|title=Wikipedia and e-Collaboration Research: Opportunities and Challenges|journal=[[International Journal of e-Collaboration]]|volume=12|issue=2|publisher=IGI Global|date=2016|issn=1548-3681|doi=10.4018/IJeC.2016040101|url=http://cits.tamiu.edu/kock/pubs/journals/2016JournalIJeC_WikipediaEcollaboration/Kock_etal_2016_IJeC_WikipediaEcollaboration.pdf|archive-url=https://web.archive.org/web/20160927001627/https://cits.tamiu.edu/kock/pubs/journals/2016JournalIJeC_WikipediaEcollaboration/Kock_etal_2016_IJeC_WikipediaEcollaboration.pdf|archive-date=September 27, 2016|pages=1–8|author1-link=Ned Kock|url-status=live}}.</ref>. Malheureusement pour la firme Bomis, le nombre d’articles ne progressait que très lentement.
Dans le but d'accélérer le processus, Larry Sanger, docteur en philosophie et employé par Bomis pour assurer le rôle de rédacteur en chef de Nupedia, eut l'idée d'installer un logiciel wiki sur les serveurs de son entreprise. L'objectif était d'ouvrir un site web participatif, dans lequel des volontaires pourraient créer des articles encyclopédiques, pour qu'ils soient ensuite intégrés dans le projet commercial. Malgré le manque d’enthousiasme de son employeur, Sanger mit ses idées en application, et c'est donc ainsi que débuta l’histoire de Wikipédia, avec sa toute première version en anglais.
C’était le 15 janvier 2001, précisément le même mois où Richard Stallman mit en ligne son propre projet d’encyclopédie libre et universelle, qu'il souhaitait intituler GNUPedia. Étonnamment, les noms de domaine gnupedia .com .net et .org avaient déjà été enregistrés au nom de Jimmy Wales, ce qui obligea Stallman à rebaptiser son projet GNE. Ce fait est d'autant plus surprenant que Wales affirma des années plus tard : « n’avoir eu aucune connaissance directe de l’essai de Stallman lorsqu’il s’est lancé dans son projet d’encyclopédie ».
Le site GNE ne ressemblait cependant pas vraiment à une encyclopédie, mais plutôt à un blog collectif ou une base de connaissance, tandis que sa page d’accueil précisait clairement qu’il s’agissait d’une bibliothèque d’opinion. Quant à sa modération, elle avait demandé d'engager un employé, car elle s'est avérée bien plus compliquée que prévu. À côté de cela, et probablement grâce aux spécificités de l’environnement wiki et aux soutiens apportés par Jimmy Wales et Larry Sanger, Wikipédia réussit à mettre en place une organisation efficace au sein d'une communauté d'éditeurs grandissante.
Peut-être en raison de la concurrence libre faite par le projet GNE, Jimmy Wales décida d'abandonner le copyright que Bomis détenait sur son encyclopédie commerciale Nupedia, pour le remplacer par une licence Nupedia Open Content. Peu de temps après, il décida finalement d'adopter la licence de documentation libre GNU conçue pour protéger les textes de documentation des logiciels libres. Ce dernier choix fut une stratégie efficace, puisque cela incita Richard Stallman à transférer tout le contenu de son projet GNE vers Nupedia, et à encourager tout le monde à contribuer sur Wikipédia.
Parmi les autres actions de Jimmy Wales qui ont contribué au succès de Wikipédia, il y eut cette idée d'ouvrir le projet aux « gens ordinaires ». C’était un choix qui s’opposait aux idéaux de Larry Sanger, qui de loin préférait le modèle de Nupedia avec son système de relecture par des experts. Cependant, Jimmy Wales, en tant qu'homme d’affaires, visait une croissance plus rapide du contenu de l'encyclopédie.
Cette croissance ne s'est toutefois pas faite sans difficulté. Le 26 février 2002, en effet, l'Enciclopedia Libre Universal en Español, un projet dissident du projet Wikipédia, fit son apparition. C'était une réaction à de la censure, à l'existence d'une ligne éditoriale et à la possibilité de voir apparaitre des publicités dans Wikipédia. En raison des remises en question que cette séparation suscitait parmi les bénévoles actifs dans les projets, Jimmy Wales renonça finalement à l'usage de la publicité et mit de côté ses visions en matière de profit.
Il faut aussi tenir compte du fait que cet évènement est survenu lors de l'éclatement de la bulle spéculative Internet et du krach boursier de 2001-2002. Une conjoncture qui plaçait la société Bomis dans des difficultés financières, et surtout, dans l'incapacité de payer le salaire de Larry Sanger, son seul employé. En mars 2002 et après un mois d’activité bénévole, l’ex-employé décida alors de quitter les fonctions, qu'il occupait depuis un peu plus d'un an, dans Nupedia et Wikipédia. Avec le seul soutien de Jimmy Wales, les deux encyclopédies purent toutefois poursuivre leurs développements, toujours avec le concours d'experts dans Nupedia et d'une communauté bénévole au niveau de Wikipédia. Néanmoins, en septembre 2003 et vu l'écart qui se creusait entre les deux projets, l'encyclopédie Nupedia fut fermée et ses quelques dizaines d'articles transférées vers les milliers d'autres que comprenait déjà le projet Wikipédia.
Trois ans plus tard, Larry Sanger n’avait pas dit son dernier mot. En septembre 2006, il décida en effet de lancer sur fonds propres une encyclopédie intitulée Citizendium. Cette plateforme écrite en anglais uniquement et toujours active à ce jour, repose sur un système d’expertise, dans lequel les contributrices et les contributeurs doivent déclarer leur identité réelle. En avril 2026 cependant, Citizendium reprenait moins de 2000 articles, tout avancement confondu, tandis que le projet Wikipédia en anglais en regroupait déjà plus de 7 millions.
Voici donc comment est née la plus grande encyclopédie du monde, dont la taille et la visibilité n'avaient jamais été égalées auparavant. Une encyclopédie qui, de plus, s'est rapidement déclinée en de nombreuses versions linguistiques, à l'instar de sa version francophone, lancée moins de quatre mois après le projet original en anglais. Toutes ces versions ont formé les premières bases d’une organisation mondiale, bientôt chapeautée par une fondation. Avant cela, d'autres projets pédagogiques et collaboratifs ont vu le jour au côté de Wikipédia. Intitulés projets frères, ceux-ci se constituent à leur tour en de nombreuses versions linguistiques, tout en poursuivant le processus de création du mouvement Wikimédia.
'''Chapitre 8 : L'arrivée des projets frères.'''
Dans le but de développer des contenus pédagogiques qui ne trouvaient pas leur place dans Wikipédia, d’autres projets pédagogiques et collaboratifs ont vu le jour, pour former ce que l'on appelle couramment aujourd'hui : l’écosystème Wikimedia. La naissance de tous ces projets, ainsi que les évènements importants qui ont contribué au développement du mouvement, ont été repris dans une ligne du temps réalisée par Guillaume Paumier, à l’occasion du dixième anniversaire de Wikipédia. Grâce à ce graphique, on peut voir en détail l'évolution du nombre de projets, de versions linguistiques, de contributeurs et d'articles, et se faire une idée sur la vitesse à laquelle s'est développé le mouvement Wikimédia.
Parmi tous les projets frères, le premier à apparaître fut Méta-Wiki, une plateforme de référence pour centraliser la gestion de l'ensemble des sites web hébergés par la fondation Wikimédia. Dans un premier temps, cet espace communautaire en ligne a répondu à la nécessité de traiter en un seul lieu les questions communes aux différentes versions linguistiques de Wikipédia. Aujourd'hui, le site web est le principal endroit de coordination et de gestion de l'ensemble du mouvement Wikimédia. On y retrouve énormément d'informations au sujet des projets en ligne, et peut-être plus encore, concernant la Fondation et les organismes affiliés.
Après Méta-Wiki, sept autres projets de partage de la connaissance ont fait leur apparition, avant d'être déclinés à leur tour en plusieurs versions linguistiques. Tous ces projets émergent en général sur l’initiative d’un petit groupe de personnes actives au sein d’un projet préexistant. Ce fut le cas du projet Wiktionnaire en anglais, le deuxième projet à voir le jour après Méta-Wiki, en décembre 2002, soit deux ans avant la version francophone apparue en mars 2004.
Il est intéressant d'observer que la version francophone du Wiktionnaire n’a pas été créée à partir du projet anglophone, mais bien depuis le projet Wikipédia en français. D'ailleurs, on peut retrouver dans les archives de ce dernier projet, un débat concernant la pertinence de cette création, dont voici un extrait.
En fait, ce qui me peine vraiment avec le projet Wiktionary, c’est que alors qu’on essaie de rassembler les gens (pas facile) pour créer une sorte de tour de Babel de la connaissance, tâche bien longue et difficile, ce nouveau projet va disperser les énergies pour une raison qui ne me semble pas valable. C’est la création de Wiktionary qui va créer des redondances. À mon avis il existera rapidement des pages sur le même mot, mais ne contenant pas les mêmes informations. Pour quelle raison ces connaissances devraient-elles être séparées ? Les encyclopédies sur papier devaient faire des choix à cause du manque de place, mais nous, pourquoi le ferions-nous ??? "Wikipédia n’est pas un dictionnaire" n’est pas un argument à mon avis... si vraiment c’était pas un dictionnaire, il faudrait virer tout un tas d’article. Je ne comprends vraiment pas cette volonté de séparer la connaissance entre ce qui est encyclopédique et ce qui n’est qu’une définition.
[Réponse]
Pour moi ce qu’est Wiktionary, c’est une partie de Wikipédia s’intéressant plus particulièrement aux aspects linguistiques des mots. La différence que je verrais entre la partie dictionnaire de Wikipédia et sa partie dite encyclopédique, c’est que la partie dictionnaire s’intéresserait au sens des mots eux-mêmes alors que la partie encyclopédie s’attache plus à faire ressortir un état des connaissances à un moment donné. Le pourquoi de la séparation d’avec la partie encyclopédie tient plus à des raisons techniques qu’à une volonté de monter un projet indépendant, en effet et à mon humble avis, un dictionnaire nécessite une plus grande rigueur (de présentation) qu’une encyclopédie. Ceci entraîne beaucoup de problème et entre autres le choix de la mise en forme des articles du dictionnaire.
Créer un nouveau projet, c’est effectivement créer de nouveaux sites web, qui devront faire l’objet d’une nouvelle gestion, tant pour les serveurs de la Fondation, que pour la nouvelle communauté de contributeurs. L’importation de pages d’un projet à l'autre ou la traduction de celles-ci sont bien sûr toujours possibles, mais cela duplique alors aussi la maintenance et les mises à jour. Le choix de scinder un projet, en faveur d’une plus grande liberté, comporte donc certains coûts humains et financiers.
Ce prix à payer n'a pour autant pas empêché le projet anglophone Wikibooks de faire son apparition le 10 juin 2003, soit près d’un an avant Wikilivres, la version francophone du projet, apparue le 22 juillet 2004. Cette dernière création avait de nouveau été débattue au sein de la communauté Wikipédia en français, et non pas dans le Wikibooks en anglais. Quant à l'objectif commun aux deux projets linguistiques, il était de créer une « bibliothèque de livres pédagogiques libres que chacun peut améliorer ».
Environ un an après la création du projet en anglais, un nouvel espace de noms intitulé Wikijunior fut mis en place au sein de la bibliothèque en ligne. Ce sous-projet avait été créé pour répondre à un financement de la fondation Beck, qui cherchait à promouvoir la production de nouvelles littératures pour des enfants de huit à onze ans. Peu de temps après, cette tranche d’âge fut toutefois élargie de zéro à douze ans au niveau du projet francophone, quand le sous-projet y fut adopté.
Ces deux évènements témoignent ainsi qu'il est toujours possible qu'un sous-projet apparaisse dans un projet Wikimédia. Comme autre exemple, il y a aussi le WikiJournal, un sous-projet développé au sein du projet Wikiversité en anglais et qui reçut le prix de l’Open Publishing Awards en 2019. Une demande fut faite pour qu'il puisse bénéficier d'un nouveau site web dans le but de pouvoir se développer en dehors de Wikiversité. Malheureusement pour les initiateurs, la demande est restée sans suite jusqu'à ce jour, après que le conseil d’administration de la Fondation, chargé de répondre à celle-ci, considéra que le projet n’était pas suffisamment abouti.
Il faut savoir qu'avant cela, le projet Wikiversité, dans lequel est né Wikijournal, avait lui-même été un sous-projet du projet Wikibooks. Initialement, il visait à « créer une communauté de personnes qui se soutiennent mutuellement dans leurs efforts éducatifs ». Cependant, en août 2005, une longue discussion remit en question l’existence du sous-projet Wikiversité dans Wikibooks. Au terme de celle-ci, la décision fut prise de transférer Wikiversité et son contenu sur le site Méta-Wiki, là où de nouvelles discussions ont abouti à l’idée de faire de Wikiversité un nouveau projet indépendant.
Déjà à l'époque, le conseil d’administration de la Fondation Wikimédia se montrait réticent à l'ouverture de nouveaux projets, et sa réaction fut de demander l'ouverture d'un sondage au sein de la communauté. Celui-ci devait rassembler une majorité des deux tiers en faveur de l'ouverture du nouveau site web. Un résultat qui fut finalement obtenu, mais pas sans de longs débats, dont voici un extrait.
La principale raison pour laquelle la Fondation Wikimédia ne veut pas lâcher le morceau est une simple question de bureaucratie et la crainte que le projet ne devienne une autre Wikispecies. Wikispecies est une idée cool, mais les fondateurs du projet se sont dégonflés à mi-chemin de la mise en place du contenu et ont décidé de faire une révision majeure qui a pris plus de temps que ce que tout le monde était prêt à mettre.
Le même problème s’applique à Wikiversity en ce qui concerne la Fondation, parce que les objectifs et les buts de ce projet ne sont pas clairement définis, et il semble que les participants essaient de mordre plus qu’ils ne peuvent mâcher en proposant une université de recherche multi-collèges entière, avec un statut de recherche et une accréditation, à former de toutes pièces plutôt qu’un simple centre d’éducation pour adultes avec quelques classes.
En novembre 2005 et malgré les résultats positifs du sondage, l'indépendance du projet Wikiversité ne fut toutefois pas acceptée par cinq membres du conseil. Ceux-ci réclamaient une réécriture de la proposition pour en exclure la remise de titre de compétence, la conduite de cours en ligne, et de clarifier le concept de plate-forme e-learning. Quand ces rectifications furent faites, le projet bénéficia d'une période d’essai de plusieurs mois, jusqu'à ce que les amendements apportés au projet de départ soient enfin acceptés, le 31 juillet 2006. Ce long temps d'attente était justifié par la création du special projects committee, qui, jusqu'en décembre 2021, fut chargé de soulager le conseil d’administration de la fondation, par rapport aux demandes de création de nouveaux projets Wikimédia.
Un nouveau site, nommé Beta-Wikiversity, fut ainsi créé pour assister le lancement des différentes versions linguistiques de Wikiversité. Durant six mois, son premier objectif a d'abord été l'élaboration des lignes directrices concernant la potentialité de produire des recherches collaboratives au sein du projet. Par la suite, chaque nouvelle version linguistique, développée dans le projet Beta, devait avoir plus de 10 modifications par mois, réalisées par au moins trois personnes distinctes, avant de pouvoir bénéficier de son propre site web.
À l'image de Beta-Wikiversity, le projet Wikisource possède lui aussi un site indépendant pour lancer ces nouvelles déclinaisons linguistiques. Tandis que pour tous les autres projets pédagogiques, ce lancement s'effectue sur la plateforme Wikimedia Incubator, créée à la même époque que Beta-Wikiversity. Ces trois plateformes de lancement ne concernent pas les nouveaux projets, qui doivent faire l'objet d'une acceptation par le conseil d'administration de la Fondation Wikimédia, et qui peuvent avoir pour origines des processus de création divers.
Le projet Wikivoyage, par exemple, fut initialement créé en 2003 dans un Wiki extérieur au mouvement Wikimédia, là où il portait le nom de Wikitravel. Comme cela arrive parfois, ce projet sans but lucratif fut acheté par une entreprise commerciale en 2006. Mais en raison du changement de gouvernance et de l'apparition de publicités, une scission est apparue au sein de la communauté d’éditeurs. Les personnes désireuses de quitter Wikitravel lancèrent alors un nouveau site appelé Wikivoyage, qui reçut en 2007, le Webby Award du meilleur guide de voyage Internet.
L'intégration de Wikivoyage dans l'écosystème Wikimédia n'a cependant été faite qu'en 2012, à la suite d'un appel à commentaires durant lequel 540 personnes sur 699 furent en faveur de l’intégration du projet. Comme cette nouvelle déclencha une migration importante depuis Wikitravel vers Wikivoyage, une plainte fut déposée par la société commerciale en charge du premier projet. Celle-ci fut toutefois rejetée et le projet Wikivoyage continua à prendre de l’ampleur au sein du mouvement Wikimédia, avec la création de nouvelles versions linguistiques.
Le cas de Wikivoyage apparait toutefois comme une exception, car en général les nouveaux projets émergent des centaines de candidatures déposées sur le projet Méta-Wiki. Celles-ci se soldent bien souvent par un refus, comme ce fut le cas pour le projet WikiLang dont le but était de lancer un laboratoire linguistique. Quelques rares projets ont pourtant eu la chance d'être élus. Ce fut notamment le cas en octobre 2012, avec le lancement de la base de données structurée et sémantique Wikidata et de ses extensions Wikibase, ou plus récemment, en 2020, avec l'arrivée du projet Abstract Wikipedia et Wikifunctions.
Sans vouloir entrer dans les détails, il est intéressant de savoir que l'interconnexion entre ces trois projets permet de traduire automatiquement des articles encyclopédiques dans tous les langages naturels pris en charge par le mouvement Wikimédia. Plus précisément, les phrases des articles publiées sur Abstract Wikipédia, sont formulées par des fonctions informatiques produites dans le projet Wikifunctions, dans le but de traiter les informations de la base de données sémantique Wikidata. Autrement dit, un article dans Abstract Wikipédia ne possède qu'une seule page pour toutes les langues, pareillement aux pages d'entités de Wikidata, qui ont pour titre une lettre suivie d'un chiffre.
À la suite de ces explications, on observe donc que ce n'est pas la complexité qui détermine le refus projet, mais plutôt une série de critères comparables à ceux retenus pour supprimer des projets ou versions linguistiques déjà existants. À ce propos, il existe sur Méta-Wiki une liste mise à jour des différents sites hébergés par la Fondation Wikimédia, dont l'existence est remise en cause. Dans celle-ci, on retrouve essentiellement des versions linguistiques de projets, qui n’ont pas réussi à poursuivre leurs développements, bien qu'un projet entier soit toujours susceptible d'être mis à l'arrêt. C'est d'ailleurs ce qui est arrivé aux 31 versions linguistiques du projet Wikinews, qui, en date du 4 mai 2026, soit 22 ans après le lancement du site anglophone, sont accessibles en mode lecture uniquement.
Dans le cas de Wikinews, ce fut le manque d'activité qui apparut comme principale justification de la suspension du projet. Cependant, d'autres raisons pourraient être invoquées, comme le prouve cet épisode de 2005, où, peu de temps après son lancement, la version francophone du recueil de citations Wikiquote a bien risqué de disparaitre. Le projet fut effectivement accusé d’avoir récupéré le contenu d’une base de données soumise à un droit d’auteur, incompatible avec la licence Creative Commons appliquée sur l’ensemble des projets pédagogiques Wikimédia. Lorsqu'une plainte fut adressée à l’association Wikimédia France, pour être ensuite relayée sur le site Méta-Wiki, il fut bien question de fermer le projet. Après de longues discussions, celui-ci fut toutefois maintenu, mais avec pour conditions de repartir de zéro, et d’établir une charte pour garantir la traçabilité des citations reprises par le projet.
Voici donc de quoi se faire une idée sur la manière dont les projets pédagogiques et leurs déclinaisons linguistiques apparaissent et disparaissent au sein du mouvement. Les exemples repris ci-dessus suffisent effectivement pour comprendre les principes généraux qui sous-tendent leurs créations. En dehors de Méta-Wiki, Wikidata, Wikifunctions, Abstract Wikipédia et Wikimedia Commons, qui ne sont pas des projets de contenu pédagogique à proprement parler, tous les autres projets semblent effectivement provenir d’un désir de spécialisation d’un projet préexistant.
L'idée est généralement débattue dans un projet de même langue, avant de relayer la discussion vers le site Méta-Wiki. Si le projet y est jugé pertinent, il fait alors l'objet d'une candidature, qui doit actuellement être soumise au groupe de travail des projets frères du comité des affaires communautaires de la Fondation Wikimédia. Quant aux nouvelles versions linguistiques, elles doivent être aujourd'hui soumises à l'approbation du comité des langues, avant d'être testées sur les plateformes Incubator, Beta-Wikiversité ou Wikisource Multilingue, dans le but de bénéficier d’un site web indépendant.
Après ces explications concernant les projets frères et leurs variations linguistiques, il nous reste encore à parler des sites qui ont un lien avec le mot Wiki, soit par leur nom, soit par le logiciel utilisé. En 2024 effectivement, plus de 22 600 d'entre eux étaient répertoriés, dont plus de 95 % sans aucun lien avec le mouvement Wikimédia, en dehors du fait, peut-être, qu’ils utilisaient le logiciel MediaWiki développé par la Fondation Wikimédia.
WikiLeaks par exemple, créé par Julian Assange dans le but de publier des documents classifiés provenant de sources anonymes, n’est ni un projet Wikimédia, ni un site collaboratif. Quant au recueil universel et multilingue de guides illustrés WikiHow, si celui-ci fonctionne pour sa part de manière collaborative et avec le logiciel MediaWiki, il n'a pourtant aucun lien avec le mouvement Wikimédia. D'ailleurs, son ergonomie, radicalement différente de celle des projets Wikimédia, permet de le comprendre au premier coup d’œil.
En revanche, Wikimini, l'encyclopédie libre pour les enfants, a une apparence tout à fait comparable à celle des projets Wikimédia, alors que le projet n’a jamais été accepté par la Fondation. Quant aux projets WikiTribune et Fandom, l'ambiguïté qu'ils entretiennent avec le mouvement est d'autant plus grande qu'ils ont été créés par Jimmy Wales, le fondateur de Wikipédia et de la Fondation Wikimédia. Cependant, comme ce sont des projets commerciaux, ils ne peuvent en aucun cas être soutenus par une fondation sans but lucratif.
Au terme de cette présentation, il ne reste plus qu'à signaler que le mouvement Wikimédia ne fut conscientisé que tardivement par rapport à l'apparition des projets Wikimédia et de leurs différentes versions linguistiques. Pour qu'un sentiment de collectivité se manifeste entre tous ceux-ci, il fallut effectivement attendre qu'une coordination se développe sur la plateforme Méta-Wiki, mais également que de nombreuses rencontres et associations apparaissent en dehors de l'espace numérique. En ce sens, la naissance du mouvement ne fut pas un événement ponctuel, mais plutôt la réalisation d’un long processus de conscientisation.
'''Chapitre 9 : La conscientisation du mouvement.'''
Avant d'aborder la question de la conscientisation du mouvement, il peut être intéressant de découvrir l'origine étymologique du mot « Wikimédia ». Celui-ci est un mot-valise composé du suffixe « média » et du préfixe « wiki » que l’on doit à cette expression hawaïenne « wiki wiki », qui se traduit en français par l'expression : « vite, vite ». Celle-ci fut récupérée une première fois par Ward Cunningham, le créateur du premier moteur Wiki, avant d'être réutilisée dans les noms inventés pour d'autres logiciels de cette même famille. UseModWiki en est un bel exemple, puisqu'il fut le premier programme utilisé par la firme Bomis pour héberger son projet d’encyclopédie collaborative. Raison pour laquelle, sans doute, le terme « wiki » fut utilisé pour créer le mot Wikipédia, en l'associant au suffixe « pedia » qui fait référence au mot anglais encyclopedia, selon un principe qui fut ensuite repris pour tous les autres projets du mouvement.
Le mot Wikimédia, pour sa part, n’est apparu que le seize mars 2003, lors d’une discussion concernant la déclinaison possible de l’encyclopédie en d’autres types de projets éditoriaux participatifs. Durant celle-ci, l’écrivain américain Sheldon Rampton eut l’idée d’associer au terme wiki à celui de « média », afin de mettre en évidence la variété des médias produits et partagés par Wikipédia et ses projets frères. Toutefois, c'est seulement en juin 2008 que Florence Devouard, présidente de la Fondation à cette époque, associe le mot Wikimédia à un mouvement social qu’elle voyait apparaître au sein des projets Wikimédia et de leurs communautés d'usagers.
Affirmer pour autant que ce moment précis coïncide avec la naissance du mouvement serait quelque peu arbitraire. Car si l’on peut déterminer plus ou moins facilement l’apparition d’une expression dans des archives, tout le monde sait qu’un mouvement social ne se forme pas en un seul instant. Dans le contexte du de Wikimédia, sa naissance est bien sûr liée à celle du projet Wikipédia, mais également à tout ce qui permit la création de cette encyclopédie libre. Dans une autre perspective encore, on peut dater l'apparition du mouvement Wikimédia au 20 juin 2003, date de la création de la fondation qui porte le même nom. Ou pourquoi pas, associer la création du mouvement à la mise en ligne de la plate-forme Méta-Wiki, qui en représente le principal lieu de coordination.
Toujours est-il que l’expression « Wikimedia movement » est bien apparue en juin 2008, sous la plume de Florence Devouard. Cela s'est passé sur la liste de diffusion de la Fondation et peu de temps avant qu'elle quitte son poste de présidente. Dans son message, elle partageait l'idée de placer sous le nom de domaine wikimedia.org un site vitrine de présentation du mouvement Wikimédia qu'elle concevait de la sorte.
Le mouvement Wikimédia, comme je l’entends est
– une collection de valeurs partagées par les individus (liberté d’expression, connaissance pour tous, partage communautaire, etc.)
– un ensemble d’activités (conférences, ateliers, wikiacadémies, etc.)
– un ensemble d’organisations (Wikimedia Foundation, Wikimedia Allemagne, Wikimedia Taïwan, etc.), ainsi que quelques électrons libres (individus sans chapitres) et des organisations aux vues similaires.
Avec autant de détails et d'explications, un tel message ne pouvait qu'accélérer la prise de conscience au sein du mouvement. Dans tous les cas, il mettait en évidence que les personnes actives dans les projets éditoriaux en ligne ou dans les organismes affiliés, faisaient partie de ce que Ralf Dahrendorf appelle un « quasi-groupe ». Autrement dit, un ensemble d’individus qui ont un mode de vie semblable, une culture commune, mais dont les points communs ne gravitent pas autour d’une prise de conscience de leur position commune dans la relation d’autorité.
Après la naissance de Wikipédia et de nombreux projets frères, une dizaine d’années a donc été nécessaire pour que le mouvement Wikimédia prenne conscience de son existence. Aujourd’hui encore, et comme cela a déjà été vu, de nombreuses personnes actives dans les projets pédagogiques ne réalisent toujours pas qu’elles participent aux activités d’un mouvement social. Cela, contrairement aux personnes investies dans les activités en présentiel organisées au sein du mouvement, qui sont généralement plus conscientes de leur engagement. C’est là une raison de croire que le développement de la Fondation Wikimédia et de ses organismes affiliés a joué un rôle important dans l'apparition d'un sentiment d’appartenance.
'''Chapitre 10 : La création des organismes affiliés.'''
Si c’est grâce à l’arrivée des groupes et des organismes affiliés à la Fondation Wikimédia que l’idée du mouvement est probablement apparue, il est alors intéressant d'en décrire les processus de création. Mais puisque cela représente plusieurs centaines d’instances spécifiques, regroupées en plusieurs catégories détaillées en seconde partie d'ouvrage, aborder ici l’histoire de chacune d’entre elles serait une entreprise beaucoup trop fastidieuse.
De plus, s’il existe énormément d’archives numériques concernant la naissance des sites Wikimédia, ce n’est pas le cas pour ces organismes affiliés. Un bon nombre de ceux-ci se sont effectivement formés durant des rencontres ou des réunions hors ligne qui n'ont fait l’objet d’aucun enregistrement. Du reste, une bonne part des échanges effectués au sein de ces associations s'organise par des canaux de communication privés auxquels seuls les membres actifs ont accès.
Puisque je suis l'un des membres fondateurs, je me limiterai donc ici à parler de l’association Wikimédia Belgique. Celle-ci fut fondée le huit octobre 2014 en tant qu’association sans but lucratif, avant d'être reconnue le six août 2015 par le conseil d’administration de la Fondation Wikimédia. Après plus de trois ans d’activités et de rencontres et sous l’impulsion de Maarten Deneckere qui assuma le premier mandat de présidence, nous étions 8 personnes à signer la première version des statuts de l’association.
Jusqu’à ce jour, l’objet social de Wikimedia Belgique est d' « impliquer tout un chacun dans la connaissance libre ». Contrairement à l'association Wikimédia Deutchland, la première à voir le jour en 2004 et qui rassemblait déjà en 2021 plus de 85 000 membres et près de 150 employés, l’association belge n'a qu'une seule employée à temps partiel et 150 membres en 2025.
Avant d’être reconnues par le comité d’affiliations chargé de seconder le conseil d’administration de la Fondation, toutes les associations nationales, dites « chapters » en anglais, et toutes les autres organisations affiliées doivent réaliser de nombreuses démarches. Celles-ci consistent à répondre à un ensemble de prérequis qui ont évolué suite à la création d'un comité décisionnel en avril 2006. Ces obligations diffèrent entre les groupes d’utilisateurs et d'utilisatrices et les associations locales ou thématiques. Parmi ceux-ci, on retrouve toutefois : un nombre minimum de membres et de référents, une mission et un règlement d’ordre intérieur conformes aux attentes du mouvement, la remise de plans et de rapports d’activités annuels, etc.
On comprend donc qu’il n’est pas évident de créer une nouvelle instance au sein du mouvement. Pour bénéficier du soutien logistique et financier de la Fondation réservé aux organismes affiliés, c’est ainsi toute une série de rapports qu’il faut alors transmettre à divers comités et commissions chargés de leurs évaluations. Cela représente une quantité de tâches administratives qu’il n’est pas toujours facile d’assumer, surtout lorsque les membres de l’organisme affilié sont tous des bénévoles. D’où sans doute cette régulière disparition d’affiliations, pendant que d’autres se créent ou réapparaissent en fonction des énergies et du dynamisme disponibles dans les équipes.
Les activités liées à la récolte et à la redistribution des dons offerts au mouvement, ainsi que les autorisations d’usage de marques déposées, contrastent donc avec les valeurs de libre partage et d’autonomie décrites dans les projets pédagogiques. Cela semble confirmer que la partie hors ligne du mouvement est plus influencée par les habitudes d’un système économique dominant, contrairement à la partie en ligne qui semble plus fidèle à l’héritage de la contre-culture.
'''Chapitre 11 : L'héritage d'une contre-culture'''
Au terme de cette première partie d’ouvrage, il devient évident que la révolution numérique, que l’on considère généralement comme une révolution technique, fut aussi, et peut-être avant tout, une révolution sociale et culturelle. Quant à l'histoire de Wikimédia, reprise ici depuis les origines de son encyclopédie jusqu'à l'apparition de ses organismes affiliés, elle nous fit découvrir comment les idées de la contre-culture des années 1960 furent transmises au mouvement.
En cas de doute, observons encore que Richard Stallman, celui qui a créé les concepts de licence et d'encyclopédie libre, fut désigné par certains comme le gourou de la contre-culture hacker et le père du système d’exploitation hippie. Une culture hippie, dont il est aussi troublant de constater que le renversement de son logo ressemble étrangement à celui du mouvement Wikimédia.
Incontestablement et au travers du mouvement des logiciels libres, le mouvement Wikimédia a donc bien hérité des valeurs produites par les mouvements sociaux des années 1960. Des valeurs qui aujourd'hui contrastent fortement avec la marchandisation et la capitalisation du monde, dont l'espace web ne fait jamais que refléter ce qui se passe dans le reste de la société humaine. Or, ce phénomène ne date pas d'hier. En 2008 déjà, André Gorz, ce philosophe parmi les pères de la décroissance et théoricien de l’écologie politique, constatait déjà que :
La lutte engagée entre les "logiciels propriétaires" et les "logiciels libres" [...] a été le coup d’envoi du conflit central de l’époque. Il s’étend et se prolonge dans la lutte contre la marchandisation de richesses premières – la terre, les semences, le génome, les biens culturels, les savoirs et compétences communs, constitutifs de la culture du quotidien et qui sont les préalables de l’existence d’une société. De la tournure que prendra cette lutte dépend la forme civilisée ou barbare que prendra la sortie du capitalisme.
Dans cette lutte et avec le seul nom de domaine non commercial parmi le top 100 des sites les plus fréquentés du Web, la galaxie Wikimédia apparait donc comme un des derniers lieux numériques de liberté, de partage et d'égalité. Un lieu qui, de plus, est connu mondialement, grâce au succès des plus de 350 déclinaisons linguistiques de Wikipédia, et sans pour autant récolter d'informations sur l’identité et le comportement des internautes. Cela alors que cette pratique est considérée, par certains, comme un « nouvel or noir » pompé du Web, pendant que d’autres préfèrent parler de « capitalisme 3.0 » ou de « capitalisme de surveillance » .
Évidemment, les enjeux de cette lutte sont difficiles à comprendre. La complexité de l’infrastructure informatique, mais également le fait que tout cela s'inscrit dans une révolution que Rémy Rieffel décrit comme « instable et ambivalente, simultanément porteuse de promesse, et lourde de menaces », ne facilitent pas les choses. Cela d'autant plus que tout cela se place « dans un contexte où s’affrontent des valeurs d’émancipation, et d’ouverture d’un côté et des stratégies de contrôle et de domination de l’autre » .
En fait d’ambivalence, il est surprenant d'apprendre, par exemple, que Jimmy Wales, fondateur de Wikipédia et de la fondation Wikimédia, est un adepte de l’objectivisme, alors que cette philosophie voit le capitalisme comme un idéal de société et l’égoïsme rationnel, comme une morale. Puis, concernant l'instabilité du numérique, il y a ces appels répétés de Tim Berners-Lee au sujet de la « redécentralisation » et de la « régulation » d'un espace web qu'il avait conçu dans un esprit tout à fait opposé. Quant aux pionniers d'Internet, ils n'ont probablement pas imaginé que leur création permettrait un jour, à des milliards d’objets connectés, de rapporter, rien qu'en France et en 2021, plus de 2,6 milliards d’euros.
Quant à la question du contrôle et au-delà de ce qui est opéré par les firmes commerciales, c'est bien sûr du côté des États qu'il faut porter son attention. Face à un mouvement qui veut s’émanciper des contrôles, par moins de 18 pays ont déjà censuré Wikipédia et parfois même l'ensemble des projets frères. Ce fut le cas par exemple pour la Turquie, la Russie, l'Iran, mais également le Royaume-Uni, la France et l'Allemagne, et c'est même le cas de manière permanente en Chine, depuis 2004.
Dans certains cas, des procédures juridiques ont été utilisées pour intimider les membres du mouvement. C'est arrivé en France lorsque le directeur de l'association Wikimédia fut menacé de poursuites pénales par la Direction Centrale du Renseignement Intérieur, après un refus de supprimer un article qui traitait d’une station militaire dans Wikipédia. Par chance, ce qui s'est passé en France ne dépassa pas le stade de l'intimidation. En Biélorussie cependant, Mark Bernstein, un contributeur aux projets Wikimédia, fut condamné à quinze jours de prison ferme, assortis de trois ans d’assignation à résidence, pour des propos tenus au sujet de la guerre en Ukraine. Cela sans oublier qu'actuellement, ce sont les conservateurs à la tête des États-Unis qui « veulent la peau de Wikipédia » en cherchant à obtenir l'identité réelle de certains contributeurs.
Le contrôle et le non-respect de la vie privée font ainsi appel à la figure emblématique du lanceur ou de la lanceuse d'alerte, dont la posture contestataire fait penser à celle des personnes actives dans la contre-culture des années 1960. Parmi ceux-ci, on dit de Julian Assange, Edward Snowden et Chelsea Manning, qu'ils « ont perdu leur liberté pour défendre la nôtre ». De manière similaire, on pourrait donc aussi dire que les Wikimédiens Aaron Swartz, Bassel Khartabil, Pavel Pernikov, Ihor Kostenko et Mark Bernstein, se sont sacrifiés pour la liberté, le partage et la vérité.
Dans Wikimédia et comme ce fut expliqué dans l'introduction de cet ouvrage, une alerte peut prendre la forme d'un appel à commentaires en réaction à une décision ou une situation observée au sein du mouvement. C'est même là une pratique institutionnalisée, qui fait l'objet d'une procédure d'accompagnement et de suivi. Toutes ces alertes concernent les dérives de certains projets, mais également de certaines associations dont la proximité avec le système économique n'aide pas au respect des pratiques et des valeurs développées en ligne.
Dans ce qui apparait aux yeux de certains comme un « bazar libertaire », les choix et règles édictés dans la sphère hors ligne du mouvement ne plaisent pas toujours aux membres des communautés en ligne. Ce qui n'empêche toutefois pas les projets éditoriaux d'avoir leurs propres règles et des recommandations, ni de voir apparaitre, en 2020 et dans l'ensemble du mouvement, un code de conduite universel, qui détermine le « référentiel minimum des comportements acceptables et inacceptables ».
L'idéologie transmise à Wikimédia, décrite en partie par Steven Levy dans son ouvrage L’Éthique des hackers est donc plus subtile qu'un simple refus d'autorité. Dans un esprit de partage, d'ouverture, de transparence, de liberté, d'égalité et d'autonomie, c'est une structure très complexe, tout en étant cosmopolite et mondiale, que le mouvement réussit à mettre en place. Une organisation qui, finalement, apparait très inspirante dans la manière de faire communauté aujourd'hui, et au sein d'un monde toujours plus global et numérique.
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Lionel Scheepmans
20012
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'''LE MOUVEMENT WIKIMÉDIA.'''
'''Dernier partage altruiste de la connaissance libre ?'''
De Lionel Scheepmans.
Avec l'aide de la communauté Wikimédia.
'''Quatrième de couverture.'''
'''Le mouvement Wikimédia, l'aventure inspirante d'une organisation mondiale et altruiste, au service d'un savoir libre et vérifiable.'''
Quel est ce seul acteur à but non lucratif présent dans le top 100 des sites les plus visités sur le Web ?
Comment incarne-t-il l’expression la plus visible des valeurs de liberté, d’égalité et de partage, héritées de la révolution numérique et des mouvements sociaux des années 1960 ?
Comment, à partir de Wikipédia et suite à la création d’une quinzaine de projets frères, distribués en centaines de versions linguistiques, le mouvement social Wikimédia a imaginé un monde dans lequel le savoir se produit et se partage librement ?
Et comment, en toute autonomie, des dizaines de projets pédagogiques, édités par des millions de bénévoles, soutenus par une fondation et près de 200 associations et groupes locaux, produisent-ils la plus grande intelligence collective au monde ?
Avec de nombreux codes QR, cet ouvrage répond à ces questions, tout en permettant de mieux comprendre le monde global et numérique qui nous entoure.
Lionel Scheepmans est docteur en sciences politiques et sociales, militant de la culture libre et professeur d’anthropologie numérique. Il occupe plusieurs postes d’administrateur au sein du mouvement Wikimédia qu’il observe de manière participative depuis 2011. Ses travaux universitaires, du master à la thèse de doctorat, furent consacrés à l’organisation et aux enjeux de Wikipédia et du mouvement Wikimédia.
'''Avant-propos'''
Pour offrir un confort de lecture sur papier sans perdre la puissance du numérique, des codes QR sont affichés tout au long de cet ouvrage. À l’aide d’une tablette ou d’un smartphone, ils offrent un accès direct à ce qui serait coûteux ou impossible à imprimer.
Par exemple, le code QR 1, présent à la fin de cette page, donne accès directement à la page web qui reprend l’intégralité de l’ouvrage. Une fois sur celle-ci, on peut alors visionner les illustrations en couleur ou les enregistrements qui s’y trouvent et consulter ensuite leurs pages de descriptions en cas de besoin. Cette version numérique comprend aussi de nombreux hyperliens pointant vers Wikipédia et d’autres sites du mouvement Wikimédia, où se trouvent des compléments d’informations et leurs mises à jour.
Pour économiser du papier lors de l’impression, la section regroupant les notes et les références de l’ouvrage n’est disponible qu’au format numérique, mais est directement accessible via le code QR 2 repris ci-dessous. Grâce aux indices de renvoi chiffrés et placés en exposant dans le texte imprimé, il est alors possible, au départ d'un smartphone ou d'une tablette, de retrouver les notes et les références en fonction de leur numérotation. Lorsque la référence correspond à une page web, un lien pointant vers le projet Internet Archive s’y trouve repris, pour garantir un accès aux archives des pages citées dans l’ouvrage, si jamais elles avaient disparu du web. Quant aux pages toujours existantes, elles restent accessibles via leurs hyperliens originels, pour consulter leurs éventuelles évolutions.
Étant donné que ce livre est produit sur une plateforme collaborative, tout le monde est invité à améliorer les prochaines versions. On peut le faire en corrigeant des fautes d’orthographe ou de syntaxe sur les pages web qui constituent les différents chapitres de l’ouvrage, ou encore en apportant des commentaires sur les pages de discussion qui leur sont associées. Cela peut se faire très simplement en cliquant sur « Modifier » , quand on est sur la page d'un chapitre, et sur « Ajouter un sujet » lorsque l'on est sur une page de discussion.
Une page de discussion générale est aussi accessible grâce au code QR 3. Elle permet de commenter le livre dans son ensemble, ou de poser une question à son sujet. Il suffit pour cela d’indiquer un titre dans le champ « Démarrer un nouveau sujet », avant d'écrire le contenu de son message dans l’encadré situé juste en dessous, et de cliquer finalement sur le bouton « Ajouter un sujet de manière anonyme », pour publier celui-ci.
Enfin, pour ceux qui voudraient agrémenter leur lecture d’un fond sonore relaxant et original, le code QR 4 donne accès à une page web qui diffuse une musique mélodieuse. Celle-ci est composée de sons spécifiquement produits chaque fois qu’une modification est apportée sur un projet Wikimédia, ou qu’un nouveau compte y est créé. Ce dispositif ingénieux offre ainsi, aux lecteurs qui le souhaitent, une ambiance sonore particulièrement confortable, ainsi qu’une nouvelle expérience immersive au sein du mouvement Wikimédia.
'''Introduction : Wikimédia n’est pas Wikipédia.'''
Depuis le succès initial de Wikipédia, une myriade de projets de partage des connaissances, d’organisations et de groupes de soutien ont émergé pour former ce qu’on appelle aujourd’hui le mouvement Wikimédia. Même si l’encyclopédie libre reste l'activité phare du mouvement à ce jour, il serait regrettable de réduire l’ensemble du mouvement à cet unique projet pédagogique. Malheureusement, il arrive bien trop souvent qu'une seule version linguistique de Wikipédia suffise pour cacher l’étendue de la forêt Wikimédia.
En réalité, Wikimédia représente un mouvement social, international et interculturel complexe, au sein duquel Wikipédia n’est qu’une composante parmi d’autres. Dans le cadre d'un mémoire de master, on peut ainsi fournir en quelques mois une ethnographie du projet Wikipédia en français. Alors que pour synthétiser les origines, l’organisation et les dynamiques globales du mouvement Wikimédia, une thèse de doctorat et cinq années de recul supplémentaires furent nécessaires.
À la fin de l'année 2025, l’ampleur numérique du mouvement est effectivement impressionnante. Chaque mois, des millions de modifications bénévoles sont effectuées sur plus de 500 millions de pages, réparties sur plus d’un millier de sites web, dont 358 seulement, correspondent aux versions linguistiques de Wikipédia. Ce qui prouve donc clairement que les activités en ligne portées par l'ensemble du mouvement Wikimédia dépassent largement ce qui se passe au sein de l’encyclopédie.
Il existe ainsi cinq autres espaces collaboratifs d'écriture susceptibles d'atteindre un jour l'envergure et la notoriété de Wikipédia, avec un objectif et un fonctionnement spécifiques à chacun. De manière détaillée, Wikilivres crée des livres pédagogiques ; Wikiversité rassemble des supports d'enseignement et des travaux de recherche ; Wikivoyage développe un guide touristique mondial ; Wikispecies établit un répertoire du vivant, tandis que Wiktionnaire définit des mots de toutes les langues, dans toutes les langues.
Contrairement à Wikipédia, tous ces projets ne sont pas soumis à une neutralité de point de vue, ni limités à l'usage de sources secondaires reconnues, au niveau de la rédaction des articles. La plupart d'entre eux acceptent aussi la publication de travaux de recherche ou de productions personnelles, alors que cela est tout à fait interdit dans Wikipédia.
Selon l'étymologie du mot encyclopédie, le but de Wikipédia est en effet de synthétiser ou, plus précisément, d'encercler le savoir humain déjà préexistant. Cette contrainte éditoriale limite donc les contributeurs et contributrices à l'usage de sources secondaires et tertiaires présentes dans des publications externes au projet. De ce fait, Wikipédia reproduit fatalement les biais systémiques, tels que les déséquilibres et les surreprésentations de genre et de culture, présents dans un monde de l'édition majoritairement occidental. Or, cette impasse éditoriale propre à Wikipédia n'existe pas dans les autres projets pédagogiques.
Comme ces projets frères, Wikipédia n'est pas non plus un projet complètement autonome des autres projets Wikimédia. L'encyclopédie compte en effet sur le projet Wikimedia Commons pour héberger l'ensemble de sa médiathèque. Elle utilise ensuite le contenu du projet Wikidata comme base de données structurée. Quant aux personnes qui produisent l'encyclopédie, elles peuvent aussi puiser leurs sources dans la bibliothèque Wikisource ou se référer à des citations d'auteurs collectées dans le projet Wikiquote. Tout cela sans oublier que des dizaines de sites web traitent l'archivage permanent de Wikipédia et des autres projets Wikimédia, dans le but de fournir des analyses précieuses et totalement libres d’accès.
Enfin, il faut aussi garder à l'esprit qu'au-delà de tous ces sites web, Wikimédia, c'est aussi de nombreuses institutions et organisations affiliées au mouvement et dispersées dans le monde. Autour de la Fondation Wikimédia chargée de la gestion et de l’organisation internationales, avec près de 650 salariés de nationalités diverses, se regroupent des centaines d'organisations satellites. Parmi celles-ci, on retrouve 2 associations thématiques, 40 associations locales, dont Wikimedia Deutschland qui regroupe plus de 170 employés, et finalement 141 groupes d’utilisateurs et utilisatrices.
Tout ce qui vient d'être exposé dans cette introduction justifie donc la nécessité de distinguer le mouvement Wikimédia du projet Wikipédia. Imaginons seulement que l’on se limite à citer Paris pour décrire et comprendre un pays aussi vaste que la France. Certes, Paris est une ville mondialement connue et qui compte plus de deux millions d’habitants et un patrimoine culturel impressionnant. Mais est-ce pour autant qu'il faudrait oublier les autres villes, villages et métropoles françaises ? Sans compter que la France regroupe aussi des départements et des territoires d’outre-mer et qu'elle entretient des relations et des partenariats internationaux qui dépassent de loin ce qui se passe entre Paris et le reste du monde. Ne pas confondre le mouvement Wikimédia avec le projet Wikipédia relève donc du bon sens.
En 2019 cependant, la Fondation Wikimédia a envisagé de se renommer en Fondation Wikipédia et de remplacer le terme « Wikimédia » par celui de « Wikipédia » partout où ce terme est utilisé dans la sphère hors ligne du mouvement. Le but était d’acquérir une plus grande visibilité et d’attirer des milliards de personnes, grâce au nom de marque Wikipédia, considéré comme l’un des plus connus au monde. Ce changement n’a toutefois pas été accepté par de nombreuses personnes actives au sein du mouvement. En janvier 2020, ces opposants ont ainsi créé une page d’appel à commentaires, qui fut le siège d’un long débat. À l’issue de ce dernier, 73 représentants d’organisations affiliées et 984 personnes ont signé une lettre ouverte adressée à la Fondation, qui comprenait le paragraphe suivant.
« Depuis 20 ans, les bénévoles ont bâti la réputation de Wikipédia en tant que ressource indépendante et communautaire. Les projets du mouvement Wikimédia, dont Wikipédia, se développent autour de la décentralisation et du consensus. Il est essentiel d’établir des distinctions claires entre la Fondation Wikimédia, les affiliés et les contributeurs individuels. Tout changement qui affecte cet équilibre exige le consentement éclairé et la collaboration des communautés. Il est donc très préoccupant de voir Wikipédia présenté pour le nom de l’organisation et du mouvement malgré le mécontentement général de la communauté. »
En s’opposant aux idées de la Fondation, ces membres de la communauté Wikimédia ont ainsi fait preuve de sagesse. De plus, ils ont signalé dans de nombreux commentaires que beaucoup de personnes connaissent le mouvement Wikimédia uniquement au travers de son encyclopédie. Il est même étonnant d'observer que la méconnaissance du mouvement existe au sein même de sa propre communauté. Comme exemple, on peut observer que l'article Wikipédia en anglais, consacré au mouvement Wikimédia, ne s’est développé qu’à partir de 2016, tandis que celui de la version francophone de l'encyclopédie, n’est apparu qu’en 2019. Quant aux autres versions linguistiques, il est tout aussi étonnant de constater qu'en octobre 2025, seulement 39 d'entre elles, sur un total de 358, possédaient un article dédié au mouvement Wikimédia.
Tous ces éléments justifient donc la nécessité d’offrir au monde, une meilleure connaissance du mouvement Wikimédia et des nombreux projets et organisations, qui participent à sa mission de partage du savoir. En ce sens, ce livre est une contribution importante aux défis stratégiques que doit relever le mouvement Wikimédia à l’approche de 2030. Car au-delà des résolutions prises pour développer de nouveaux processus participatifs et délibératifs concernant les questions de marque, c’est avant tout un travail d’information et de sensibilisation à destination du public qu'il reste à faire.
'''Première partie : La naissance du mouvement Wikimédia.'''
Il existe dans l'espace web, une multitude d’archives permettant de retracer les événements, qui ont conduit à la naissance du mouvement Wikimédia. Cette « préhistoire » du mouvement peut notamment être explorée grâce au réseau d’éducation populaire Framasoft, dont le site est apparu environ un an avant la création de la version francophone de Wikipédia. On trouve sur cette plateforme une mine d’informations concernant les logiciels libres et la culture libre, soit deux épisodes majeurs de l’histoire de l’informatique et d’Internet, malheureusement méconnus du grand public.
Grâce à Framasoft et bien d’autres associations, il est possible de découvrir l’organisation et les motivations des millions de personnes qui participent au mouvement du logiciel libre. On peut apprend par exemple, que ce mouvement politique et social, au sein du milieu informatique, a été initié en 1983 par [[w:fr: Richard Stallman|Richard Stallman]]. Programmeur du [[w:Massachusetts_Institute_of_Technology|MIT]] à cette époque, c'est en effet lui qui fut le premier à proposer une alternative à la marchandisation du secteur informatique.
La philosophie de libre partage, apparue au sein du projet de Stallman, reflétait une certaine éthique et une organisation de travail originale, développées au sein d’une sous-culture, en vogue dans le milieu informatique depuis les années 1950. Celle-ci fut documentée dans de nombreux ouvrages, dont « L’éthique hacker », un livre remarquable, dans lequel le philosophe finlandais, Pekka Himanen, analyse en détail les origines de la culture hacker.
Un simple extrait de sa quatrième de couverture, repris ci-dessous, permet d’appréhender la manière de penser de ces informaticiens, rejoints par Richard Stallman durant ses études universitaires, avant d'en devenir l’une des figures les plus charismatiques.
« On considérait jusqu’à présent le « hacker » comme un voyou d’Internet, responsable d’actes de piratage et de vols de numéros de cartes bancaires. Le philosophe Pekka Himanen voit au contraire les hackers comme des citoyens modèles de l’ère de l’information. Il les considère comme les véritables moteurs d’une profonde mutation sociale. Leur éthique, leur rapport au travail, au temps ou à l’argent, sont fondés sur la passion, le plaisir ou le partage. Cette éthique est radicalement opposée à l’éthique protestante, telle qu’elle est définie par Max Weber, du travail comme devoir, comme valeur en soi, une morale qui domine encore le monde aujourd’hui. »
En introduisant cette première partie d'ouvrage de la sorte, nous pouvons déjà comprendre que le mouvement Wikimédia plonge ses racines dans une transition culturelle remplie d’utopie. Une utopie qui s’oppose notamment à ce que l’historien et anthropologue Karl Polanyi désignait, en 1944 déjà, comme un libéralisme économique qui « subordonne les objectifs humains à la logique d’un mécanisme de marché impersonnel ». Étape par étape et en commençant par analyser cette utopie spécifiquement au niveau du mouvement Wikimédia, voyons maintenant ce qui s'est passé tout au long de cette révolution culturelle et numérique.
'''Chapitre 1 : L'utopie Wikimédia.'''
Au fil du temps, Wikipédia fut perçu comme une utopie en marche, puis comme une utopie réalisée, et finalement comme la dernière utopie collective du Web. Mais qu'en est-il de l'ensemble du mouvement Wikimédia ? Pour nous aider à comprendre ce qui se passe dans la dimension numérique de ce mouvement, voici une métaphore qui décrit un quartier établi au sein d'une ville, imaginée au départ de l'espace web ». Dans cette ville imaginaire, Internet représenterait le réseau routier, pendant que des serveurs informatiques feraient office de bâtiments, et que les pages web qu'ils hébergent, constitueraient les différentes pièces de ces édifices.
En visitant le quartier Wikimédia, on découvrirait donc plus d’un millier de bâtiments. Au sein de ceux-ci et à l’exception de quelques lieux administratifs, chaque pièce peut être visitée gratuitement, mais aussi modifiée au niveau de son contenu. On peut ainsi y ajouter de nouvelles choses, telles que du texte, des photos, des vidéos ou des documents sonores, et même changer ou supprimer ce qui a été créé ou modifié par d’autres. Tout cela, bien sûr, dans le but de rendre ces endroits plus esthétiques, ou plus authentiques et en tenant compte des différentes idées et des éventuelles oppositions de point de vue concernant les aménagements. Pour faciliter l'entente entre les personnes qui s'investissent dans les modifications, chaque pièce des bâtiments Wikimédia possède un espace annexe dédié à la discussion.
Dans la plupart des bâtiments Wikimédia, une personne malintentionnée peut même faire disparaitre tout le contenu d'une pièce. Néanmoins, dans la seconde qui suit, un robot remettra tout en place, avant de transmettre un message concernant le traitement du vandalisme. Lorsqu'une action plus discrète n'est pas détectée par un robot, une personne qui surveille la pièce prendra certainement le relais pour annuler les changements malveillants, et contacter la personne responsable. En cas de multirécidive, celle-ci peut se voir privée de sa capacité de modifier les pièces, soit dans le bâtiment vandalisé, soit dans tout le quartier quand cela se justifie. Après discussion, cette sanction sera mise en application par un administrateur ou une administratrice bénévole, choisi ou choisie par l'ensemble des autres bénévoles qui prennent soin des bâtiments.
On comprend donc que tout le monde peut enrichir, mais également surveiller et protéger les richesses partagées dans le quartier Wikimédia. Il suffit pour cela de rejoindre le mouvement en se créant un compte et de profiter de nombreux outils, dont un système de notification qui envoie un message dès qu'une pièce que l'on veut surveiller est modifiée. Pour créer ce compte, il n'est pas nécessaire de fournir une adresse ou un numéro de téléphone. Les seules informations personnelles indispensables au bon fonctionnement du quartier Wikimédia sont les adresses IP des visiteurs. Car contrairement à ce qui se passe dans les quartiers commerciaux de la grande ville numérique, tels que les GAFAM, NATU, BATX, le quartier Wikimédia ne récolte et ne vend aucune donnée à des fins d'exploitation.
Même les adresses IP enregistrées par le système ne sont pas visibles par les autres visiteurs. Elles sont remplacées par les noms et les pseudonymes fournis lors de la création des comptes, ou masquées par des comptes temporaires pour les modifications faites par des personnes non connectées. Seules quelques personnes accréditées par la communauté pour effectuer des contrôles d’usurpation d’identité ont accès à ces informations. C’est là une précaution nécessaire au bon déroulement des votes qui succèdent parfois aux recherches de consensus concernant l'aménagement du quartier Wikimédia.
Dans cette ville numérique que constituerait l'espace web, Wikimédia apparait ainsi comme le plus grand quartier dédié au partage de la connaissance. Tout d'abord, il y a les plus de 350 bâtiments Wikipédia, chacun dédié à une version linguistique de l'encyclopédie. Toujours séparés en versions linguistiques, on trouve ensuite : les bibliothèques Wikilivres et Wikisource, les bâtiments lexicaux Wiktionnaire, le journal Wikinews, le centre pédagogique et de recherche Wikiversité, le syndicat d’initiative Wikivoyage, le répertoire des êtres vivants Wikispecies et enfin l'institut des citations d’auteurs Wikiquote. Cela sans oublier le musée médiatique Wikimedia Commons et la banque Wikidata, reconnue comme étant la plus grande banque d’informations structurées au monde. Deux bâtiments dont l'une des fonctions principales communes est d’enrichir les pièces situées dans les autres buildings du quartier Wikimédia.
Dans tous ces immeubles, il arrive souvent que plus de la moitié des étages soient uniquement attribués à l'organisation des activités qui s'y déroulent. Chaque bâtiment peut aussi compter sur le soutien d'autres édifices tels que MediaWiki, Wikitech, Phabricator, qui sont trois lieux entièrement dédiés aux maintenances techniques sur l'ensemble du quartier. Concernant les aspects administratifs, c'est dans le bâtiment Méta-Wiki que s'opère la gouvernance générale du quartier, alors que les courriers adressés à ce dernier sont traités en première ligne dans le bâtiment Wikimedia VRT. À la suite de quoi, il ne reste plus qu'à citer le bâtiment Wikimedia Outreach, pour des initiatives de sensibilisation, et le bâtiment du journal Diff Wikimedia, comme lieu de publication d'actualités sur le mouvement.
En dehors de certains aspects techniques, tous ces bâtiments sont gérés exclusivement par des communautés bénévoles, qui sont toujours prêtes à accueillir de nouveaux membres. Les seuls immeubles du quartier qui diffèrent de ce principe sont les bâtiments vitrines de la Fondation Wikimédia et des autres associations Wikimédia qui engagent du personnel. Quant au bâtiment du conseil d'administration de la Fondation, des raisons officielles justifient le fait que la modification de ses pièces est réservée à ces membres et aux employés qui les soutiennent.
Face à tant d'utopies, on en vient donc à se demander comment tout cela fut rendu possible. Mais pour répondre à cette question, il faut alors parcourir tout un pan de l'histoire de la révolution numérique, depuis la contre-culture des années 1960 jusqu'à nos jours. On y découvre que les pionniers du réseau Internet étaient des chercheurs et étudiants en informatique, fortement influencés par de nouvelles idéologies, telles que celles qui furent à la source des évènements de mai 68 en France. C'est donc de là que naîtra la philosophie de partage, de liberté, de décentralisation et ce mode d’organisation tout à fait spécifique, que l'on observe aujourd'hui au sein du mouvement Wikimédia.
Il y eut tout d'abord la création d'Internet, comme réseau mondial de communication en libre accès, et le développement du World Wide Web, qui a grandement facilité les interactions humaines à l’échelle planétaire. Puis, ce fut l'arrivée du Web 2.0, caractérisé par l'apparition de nouveaux sites web directement modifiables à l'aide d’un simple navigateur. Or, parmi ceux-ci se trouvent les moteurs de Wiki, dont le plus puissant d’entre eux, MediaWiki, est un logiciel libre développé par la Fondation Wikimédia. Le moment est donc venu d'en savoir plus sur ce type de programme informatique, ainsi que sur le mouvement du logiciel libre, qui a fortement influencé la philosophie et les valeurs véhiculées au sein du mouvement.
'''Chapitre 2 : Le mouvement du logiciel libre.'''
L’un des premiers épisodes de la préhistoire de Wikipédia et du mouvement Wikimédia débuta en septembre 1983, lorsqu’un programmeur du Massachusetts Institute of Technology, appelé Richard Stallman, déposa un message sur la liste de diffusion net.unix-wizards. C’était un appel d’aide pour la création de GNU, un nouveau système d’exploitation qui devait réunir une suite de programmes que tout le monde pourrait utiliser librement sur son ordinateur personnel. Dans son message transmis via ARPANET, le premier réseau informatique à grande échelle qui précéda Internet, Stallman s’exprimait de la sorte.
Je considère comme une règle d’or que si j’apprécie un programme, je dois le partager avec d’autres personnes qui l’apprécient. Je ne peux pas en bonne conscience signer un accord de non-divulgation ni un accord de licence de logiciel. Afin de pouvoir continuer à utiliser les ordinateurs sans violer mes principes, j’ai décidé de rassembler une quantité suffisante de logiciels libres, de manière à pouvoir m’en tirer sans aucun logiciel qui ne soit pas libre.
Le projet de Stallman, qui reçut le soutien nécessaire à son accomplissement, marqua ainsi le début de l’histoire du logiciel libre. Quant à la quantité d’aide fournie, elle permet de croire que Richard Stallman n’était pas seul à voir l’arrivée des logiciels propriétaires d’un mauvais œil. Car pour les membres du projet GNU et du mouvement du logiciel libre en général, un bon programme informatique doit respecter ces quatre libertés fondamentales :
1. La liberté d’exécuter le programme, pour tous les usages.
2. La liberté d’étudier le fonctionnement du programme, et de l’adapter à vos besoins.
3. La liberté de redistribuer des copies, donc d’aider votre voisin.
4. La liberté d’améliorer le programme, et de publier vos améliorations, pour en faire profiter toute la communauté.
Lors de l'apparition du logiciel libre, le marché de l’informatique était de fait en pleine mutation. L'habituel partage des codes informatiques entre les rares étudiants ou chercheurs, qui bénéficiaient d’un accès à un ordinateur, faisait l'objet d'une remise en question. Ce changement faisait notamment suite au Copyright Act de 1976, une nouvelle loi qui autorisait l'application d'un droit d'auteur sur le code informatique, et donc qui permettait d'en interdire le partage ou la réutilisation sans autorisation. Des clauses de confidentialité ont ainsi fait leur apparition, pendant que les employés des firmes informatiques étaient nouvellement soumis à des contrats de confidentialité. C'était la fin de l’entraide et de la solidarité pratiquées chez les pionniers de l’informatique. À sa place s'installaient la concurrence et la compétitivité, bien connues dans le système capitaliste marchand.
Cette mutation coïncidait avec l’arrivée des premiers ordinateurs de taille réduite. Grâce à l’apparition des premiers circuits intégrés, les premiers exemplaires avaient en effet été créés par l’industrie aérospatiale au début des années 1960. Cependant, il fallut attendre le début des années 1980 pour que le prix d’un ordinateur soit suffisamment bas pour en faire un bien de grande consommation. En 1982, le Commodore 64 entrait ainsi dans le livre Guinness des records, avec plus de 17 millions d’exemplaires vendus dans le monde. Mais avant cela, en 1981, l’IBM Personal Computer avait déjà fait son apparition, en proposant une architecture ouverte qui allait servir de modèle pour toute une gamme d’ordinateurs que l’on désigne toujours aujourd’hui par l’acronyme « PC ».
Pour faire fonctionner ses nouveaux modèles d'ordinateurs, la société IBM avait confié à l’entreprise Microsoft, créée en 1975, la mission de les équiper d’un système d’exploitation. Le contrat signé entre les deux firmes fut une véritable aubaine pour le fournisseur des programmes informatiques. Car sans s'en apercevoir, et sans jamais anticiper que son matériel serait cloné à grande échelle, IBM avait en effet permis à Microsoft d'établir un monopole dans la vente de logiciels. Cela fut condamné pour abus de position dominante et vente liée du logiciel avec le matériel informatique, mais sans pour autant empêcher Bill Gates, le principal actionnaire de Microsoft, d'être l'homme le plus riche du monde en 1994.
Toutefois, pendant que Microsoft renforçait sa position dominante, un nouvel événement majeur allait marquer l’histoire du logiciel libre. Celui-ci fut de nouveau déclenché par un appel à contribution, qui fut cette fois posté le vingt-cinq août 1991 par un jeune étudiant en informatique de 21 ans, appelé Linus Torvalds. Via le système de messagerie Usenet, sa demande avait été postée dans une liste de diffusion consacrée au système d’exploitation Minix, une sorte d’UNIX simplifié et développé dans un but didactique, par le programmeur Andrew Tanenbaum.
Loin d’imaginer que cela ferait de lui une nouvelle célébrité dans le monde du Libre, Torvalds entama son message par le paragraphe suivant.
« Je fais un système d’exploitation gratuit (juste un hobby). Il ne sera pas grand et professionnel comme gnu pour les clones 386. Ce projet est en cours depuis avril et commence à se préparer et j’aimerais avoir un retour sur ce que les gens aiment ou n’aiment pas dans minix, car mon système d’exploitation lui ressemble un peu, même disposition physique du système de fichiers pour des raisons pratiques entre autres. »
Bien qu’il fût présenté comme un passe-temps, le projet qui répondait au nom de « Linux », fut rapidement soutenu par des milliers de programmeurs du monde entier, avant de devenir la pièce manquante du projet GNU. En effet, les contributeurs au projet de Stallman n’avaient pas encore terminé l’écriture du code informatique du noyau Hurd, alors qu'il était censé établir la communication entre la suite logicielle produite par GNU et le matériel informatique. C'est donc la fusion des codes produits par les projets GNU et Linux qui permit la création du premier système complet, stable et entièrement libre baptisé GNU/Linux.
Au départ de ce nouveau système informatique, de nombreuses variantes, que l’on nomme communément « distributions », furent créées par des programmeurs de tous horizons. L’une de celles-ci s’intitule Debian et tire sa réputation d'être simultanément libre, gratuite, très fiable et produite par une communauté sans lien direct avec une société commerciale. Quatre qualités qui expliquent pourquoi, Debian sert de base à plus de 150 distributions dérivées, et que de nombreuses organisations l'utilisent, comme le fait la Fondation Wikimédia sur les serveurs qui hébergent les projets qu'elle supporte.
Grâce à la naissance des logiciels libres, le mouvement Wikimédia a donc la possibilité de faire tourner ses serveurs informatiques, avec un système d’exploitation fiable, libre et gratuit. Comme son code source est ouvert, cela permet aussi à la Fondation Wikimédia de le modifier pour répondre aux besoins spécifiques du mouvement. À la suite de quoi, et selon les règles formulées par la communauté du logiciel libre, les modifications faites par la Fondation deviennent à leur tour, gratuitement et librement, utilisables par d’autres personnes ou organismes.
À ce premier héritage reçu par le mouvement Wikimédia, et toujours en provenance des logiciels libres, s’ajoute encore une innovation méthodologique. Dans son article La Cathédrale et le Bazar, Eric Raymond mobilise en effet le terme « cathédrale » pour désigner le mode de production des logiciels propriétaires, en opposition au mot « bazar », qu'il utilise pour qualifier le mode de développement des logiciels libres. D’un côté, il décrit une organisation pyramidale, rigide et statutairement hiérarchisée, comme on peut la voir souvent au sein des entreprises. Tandis que de l’autre, il parle d’une organisation horizontale, flexible et peu hiérarchisée, qu’il a lui-même expérimentée en adoptant le style de développement de Linus Torvalds, à savoir : « distribuez vite et souvent, déléguez tout ce que vous pouvez déléguer, soyez ouvert jusqu’à la promiscuité ».
À l’instar de la métaphore du quartier numérique présentée dans le précédent chapitre, cette manière de décrire les projets open source nous aide donc ici à mieux comprendre ce qui se passe dans le mouvement Wikimédia. D'un côté, on retrouve effectivement cette « ouverture jusqu’à la promiscuité », dans le libre accès accordé aux projets Wikimédia, alors que de l'autre, tout le monde peut rejoindre les projets et associations Wikimédia. Ces deux observations corroborent ainsi l’existence d’un deuxième héritage en provenance du mouvement du logiciel libre. Néanmoins, il nous reste encore à découvrir un phénomène négligé par Eric Raymond durant ses observations, et qui pourtant, a considérablement influencé l'histoire de la révolution numérique. Découvrons donc à présent, la licence libre et le mouvement de la culture libre, dont elle fut à l’origine.
'''Chapitre 3 : Les licences et la culture libres.'''
Dans une biographie autorisée, Christophe Masutti explique à quel point la création de la Licence publique générale GNU, en tant que première licence libre créée par Richard Stallman, représente un épisode majeur de la révolution numérique. Selon lui :
La GPL apparaît comme l’un des meilleurs hacks de Stallman. Elle a créé un système de propriété collective à l’intérieur même des habituels murs du copyright. Surtout, elle a mis en lumière la possibilité de traiter de façon similaire « code » juridique et code logiciel.
Le concept de distribution associé à ce nouveau type de licence fut baptisé « copyleft », par inspiration d’un jeu de mots que Richard Stallman avait trouvé dans un courrier transmis par son collègue Don Hopkins. Le principe novateur de ce concept est d'obliger toute production de code dérivé à se soumettre à la même licence libre que le code d’origine. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle beaucoup de gens parlent de licence « virale » ou « récursive » en faisant référence à celle-ci. Quant à l'importance de cette clause, elle repose sur le fait d'interdire toute privatisation d'un code informatique produit sous licence libre. Sans celle-ci, un tel code risque en effet d'être récupéré, puis modifié, avant d’être placé sous un habituel copyright de type « tous droits réservés », dans le but de commercialiser son usage.
En 2001 et dans la mouvance provoquée par l'arrivée des licences libres, une organisation internationale sans but lucratif, intitulée Creative Commons, a entamé la promotion du partage et la réutilisation de la créativité et des connaissances grâce à la fourniture d’outils juridiques gratuits. Pour ce faire, elle met régulièrement à jour une panoplie de licences inspirées par la GNU, mais spécialement adaptées aux œuvres de l'esprit, telles que les productions littéraires, musicales, photographiques et vidéo, ainsi que les bases de données.
Contrairement aux licences libres fournies par la Free Software Foundation, conçues pour protéger du code informatique, les licences fournies par Creative Commons offrent la possibilité de sélectionner de nombreuses clauses pour protéger une œuvre. Avec le label CC, pour Creative Commons, on peut ainsi appliquer, ou ne pas appliquer, la clause « BY », qui oblige à créditer l'auteur, et la clause « SA », pour Share Alike, qui ordonne le partage à l’identique comme décrit précédemment. Après quoi il est encore possible d'ajouter la clause « NC », qui impose un usage non commercial, et finalement, la clause « ND », pour Non Derivative, qui exige que l’œuvre soit utilisée ou reproduite dans son intégralité et sans modification.
Le mouvement Wikimédia a choisi la licence CC.BY-SA pour protéger les contenus publiés dans tous ses projets. Cela à l'exception de la banque de données Wikidata, qui au même titre que les descriptions apportées aux fichiers téléchargés dans la médiathèque Wikimedia Commons, publie ses informations structurées sous licence CC0. Cette dernière licence est ainsi ce qui se rapproche le plus du domaine public, avec cet avantage de ne pas devoir mentionner les auteurs dans le traitement et la réutilisation du contenu de la base de données.
Cependant, il en résulte que les informations en question peuvent être réutilisées par des tiers qui ne sont plus obligés de citer leurs sources, comme le font les agents conversationnels des intelligences artificielles génératives, appelés couramment chatbots. Contrairement à la licence CC.BY-SA, la licence CC0 est donc moins apte à pérenniser les projets Wikimédia, puisqu'elle permet d'invisibiliser ces derniers au risque de réduire les chances d'arrivée de nouveaux contributeurs et contributrices. De plus, sans la clause SA qui assure l'application du copyleft, toutes les informations récupérées au sein de Wikidata et de Wikimedia Commons sont aussi susceptibles de quitter le monde du libre.
Quoi qu’il en soit, les licences Creative Commons, inspirées par la licence libre de Richard Stallman, apparaissent finalement comme un troisième héritage en provenance du mouvement du logiciel libre et de la culture libre qui en est issue. Grâce à la licence CC BY SA, les éditeurs des projets Wikimédia bénéficient effectivement d'une certaine reconnaissance, tout en étant assurés qu'aucun copyright sur leurs travaux ne puisse exclusivement profiter à une personne ou une compagnie. De plus, la licence libre appliquée au système d'exploitation installé sur les serveurs Wikimédia, garantit elle aussi un certain respect des contributeurs, puisqu'elle permet de vérifier si le code informatique ne compromet pas leurs vies privées.
Avec tous les autres apports en provenance du logiciel libre, ce sont là deux choses importantes qui ont permis l'apparition du mouvement Wikimédia. Toutefois, cela ne pouvait pas suffire à la création du projet Wikipédia qui en fut le point de départ. Car sans un espace numérique, mondial et libre d’accès, tel qu'il fut créé par Internet et l'espace web, aucune encyclopédie collaborative de cette envergure n'aurait pu voir le jour.
'''Chapitre 4 : Le réseau Internet.'''
L’histoire du réseau Internet constitue un nouvel épisode captivant de la révolution numérique, sans lequel le mouvement Wikimédia n’aurait jamais pu émerger. D’un point de vue purement technique, ce réseau informatique a été mis au point dans les années 1970, avant l’adoption généralisée du protocole TCP/IP, toujours en usage à ce jour. Ce dernier fut inventé par Vint Cerf et Robert Elliot Kahn, quand ils travaillaient pour la Defense Advanced Research Projects Agency, rattachée au département de la Défense américaine. L'une des premières présentations de leur projet fut ainsi réalisée lors d’une conférence organisée par l’International Network Working Group, une instance créée pour assurer la gouvernance mondiale du réseau informatique.
Sur base de ces informations, on peut penser qu’Internet a été créé par des militaires. Cependant, Une contre-histoire de l’Internet, nous révèle que les créateurs et les premiers utilisateurs d’ARPANET, considéré comme l’ancêtre d’Internet, étaient davantage des étudiants hippies et amateurs de LSD, que des militaires bien drillés. D’ailleurs, avant la standardisation du protocole TCP/IP, ARPANET fonctionnait depuis plus d’un an avec un autre protocole de transition intitulé Network Control Program. Or, celui-ci avait été mis au point, en février 1969, par le Network Working Group, un groupe informel d’étudiants rassemblés autour de Steve Crocker, lorsqu’il ne détenait encore qu’une simple licence, au niveau de sa formation universitaire.
Bien que rarement cité dans l’histoire d’Internet, ce groupe a pourtant mis en place la procédure RFC, pour Request For Comments, reconnue comme « l’un des symboles forts de la "culture technique" de l’Internet, marquée par l’égalitarisme, l’autogestion et la recherche collective de l’efficience ». Soit trois principes et une procédure, qui aujourd’hui encore sont appliqués sur le site Méta-Wiki, dans lequel s'organise la gestion communautaire du mouvement Wikimédia. Cela alors qu'au sein des autres projets dédiés à la production de contenus pédagogiques, des processus similaires de recherche de consensus ont fait leur apparition.
Il faut ensuite savoir que les liens entre ARPANET et l’armée ont disparu avec l’apparition du MILNET, un réseau entièrement dédié aux activités militaires, rebaptisé NIPRNet, pour Non-classified Internet Protocol Router Network, en 1990. Après une séparation définitive en 1983, précisément l’année où Richard Stallman postait sa demande d’aide pour le projet GNU, le réseau ARPANET resta uniquement dédié à la recherche et au développement. À cette époque, le réseau ne comprenait pas plus de 600 machines connectées, ce qui n'a donc rien de comparable avec ce vaste réseau informatique mondial que nous connaissons aujourd’hui et qui fut fortement développé au cours des années 1990.
Pour en assurer l’entretien technique, une organisation non gouvernementale, a été créée en 1992, sous l'appellation d’Internet Society. Celle-ci devait aussi veiller au respect des valeurs fondamentales liées au bon fonctionnement du réseau. Car avant d'atteindre des milliards d’appareils connectés, il a d’abord fallu réglementer les nombreuses dorsales internet intercontinentales, sans lesquelles la transmission du protocole TCP/IP partout dans le monde n'aurait pas été possible.
Quant à l’état d’esprit des créateurs d'Internet, un article intitulé : Quarante ans après, mais qui donc créa l’internet ? apporte un éclairage particulièrement intéressant au sujet des liens que l'on peut établir entre le mouvement Wikimédia et l'histoire d'Internet. Dans son témoignage, Michel Elie, cet ingénieur en informatique, membre du Network Working Group cité précédemment, et responsable de l’Observatoire des Usages de l’Internet, nous explique en effet ceci.
Le succès de l’internet, nous le devons aux bons choix initiaux et à la dynamique qui en est résultée : la collaboration de dizaines de milliers d’étudiants, ou de bénévoles apportant leur expertise, tels par exemple ces centaines de personnes qui enrichissent continuellement des encyclopédies en ligne telles que Wikipédia.
Au courant des années 1990, le milieu informatique universitaire semblait donc toujours fortement imprégné des idéaux de la contre-culture des années 1960, produit par les baby boomers dans le contexte de la guerre du Vietnam. Afin d'illustrer les idées véhiculées à cette époque, voici un paragraphe extrait d'un ouvrage publié en 1970, et intitulé Vers une contre-culture : Réflexions sur la société technocratique et l’opposition de la jeunesse. Dans celui-ci, Théodore Roszak explique ceci.
Le projet essentiel de notre contre-culture : proclamer un nouveau ciel et une nouvelle terre, si vastes, si merveilleux que les prétentions démesurées de la technique soient réduites à n’occuper dans la vie humaine qu’une place inférieure et marginale. Créer et répandre une telle conception de la vie n’implique rien de moins que l’acceptation de nous ouvrir à l’imagination visionnaire. Nous devons être prêts à soutenir ce qu’affirment des personnes telles que Blake, à savoir que certains yeux ne voient pas le monde comme le voient le regard banal ou l’œil scientifique, mais le voient transformé, dans une lumière éclatante et, ce faisant, le voient tel qu’il est vraiment.
À la suite de cette lecture, il peut sembler paradoxal qu’une contre-culture, qui voit la technique comme inférieure et assimile la science au banal, puisse avoir un lien avec le milieu scientifique universitaire qui fut à l'origine d'Internet. Cependant, une réponse à cette énigme fut apportée par Fred Turner, par la publication de son livre intitulé : « Aux sources de l’utopie numérique : De la contre-culture à la cyberculture ».
Grâce à cet ouvrage, on découvre que le mouvement hippie utilisera tout ce qui était à sa disposition à l’époque pour parvenir à ses fins : LSD, spiritualités alternatives, mais également, objets technologiques les plus en pointe. Cela grâce notamment à l’influence de Steward Brand, le créateur d'un catalogue interactif, qui peut être considéré comme l'ancêtre analogique des groupes de discussions numériques apparus des années plus tard.
Comme autre indication, il y a ensuite les propos tenus en 1992, lors d’une plénière de la 24ᵉ réunion du groupe de travail sur l’ingénierie Internet, par David D. Clark, un autre pionnier d’Internet. Durant cette rencontre, ce chef de projet prononça des paroles restées dans les annales. « Nous récusons rois, présidents et votes. Nous croyons au consensus et aux programmes qui tournent ». Deux phrases seulement, mais qui, dans le cadre du milieu informatique, permettent de croire que le mépris de la contre-culture envers la technique et la science, s'est transformé en un refus d’autorité et une recherche de consensus.
Quoi qu'il en soit, le développement d'Internet ne s'est pas fait sans conflits idéologiques importants. On peut d'ailleurs se demander aujourd'hui à quoi ressemblerait Internet, s'il n'avait jamais été commercialisé. Cela s'est passé en novembre 1994, lorsque l’association sans but lucratif Advanced Network and Services, chargée de gérer les accès à Internet, a fait le choix de vendre ses activités. Cette décision faisait suite à un appel à des fonds privés pour financer d'importants changements dans l'infrastructure du réseau. Profitant de l'occasion, la société commerciale America Online a ainsi repris à son compte la gestion des connexions à Internet, après avoir effectué un versement de 35 millions de dollars.
Trente ans plus tard, Internet est devenu ce réseau que nous expérimentons aujourd'hui, à savoir : un réseau dominé par des sociétés privées les plus riches au monde. Dans ce contexte et parmi les 100 sites web les plus visités, seul le nom de domaine Wikipédia appartient à une organisation non lucrative. Cela explique donc pourquoi le mouvement Wikimédia, via son encyclopédie et la fondation qui l'héberge, représente à ce jour, et dans l'espace web, l'expression la plus visible de la philosophie des pionniers d’Internet.
Plus qu'un héritage, cette situation peut être vue comme une mission perpétuée au sein d'un espace envahi par une culture marchande et capitaliste. Il s'agit là d'une information importante qu'il faut retenir au sujet du mouvement Wikimédia. Elle ne clôture pas pour autant tout ce qu'il faut savoir au sujet des évènements qui ont permis la création d’une encyclopédie mondiale, libre et collaborative. Car avant cela, il nous reste encore à découvrir l'histoire du World Wide Web, un espace numérique sans lequel la création de Wikipédia n'aurait jamais été possible.
'''Chapitre 5 : Le World Wide Web.'''
Maintenant que le lien entre la création d'Internet et le mouvement Wikimédia est établi, découvrons à présent l'application la plus connue du réseau, que l'on nomme le World Wide Web, ou plus simplement « Web ». C'est Tim Berners-Lee qui en fut l’inventeur, lorsqu’il était encore actif à l'Organisation européenne pour la recherche nucléaire. Il avait pour idée de créer un espace d’échange public par l’intermédiaire d'Internet, et pour y parvenir, il mit au point le logiciel « WorldWideWeb », ensuite rebaptisé Nexus, pour éviter toute confusion entre les deux termes.
Grâce à un système d’indexation appelé hypertexte, ce programme informatique a permis de produire et de connecter des espaces numériques, que l'on intitule sites Web. Ceux-ci sont composés de pages web, hébergées sur des ordinateurs distants, mais connectés entre eux au travers du réseau Internet. Pour permettre ce type de connexion, Berners-Lee mit au point le Hypertext Transfer Protocol ou HTTP, un nouveau protocole de communication simple en soi, mais dont la mise en œuvre technique est compliquée.
Pour veiller au bon fonctionnement et au bon usage de l'espace web, des règles de standardisation ont tout d'abord été édictées par l’association Internet Society. Après quoi, Berners-Lee fonda le W3C, un consortium international dont la devise est : « un seul Web partout et pour tous ». Si ce slogan nous apparaît très naturel aujourd’hui, il faut toutefois savoir que l'espace Web a bien failli être régi séparément par des acteurs commerciaux, avec tous les droits d'accès que cela aurait pu engendrer.
À partir du trente avril 1993, jour du dépôt du logiciel Nexus dans le domaine public par Robert Cailliau, un collègue de Berners-Lee chargé de la promotion de son projet, un tel scénario était en effet possible. Sauf qu'après le départ de Berners-Lee, devenu président du W3C, François Flückiger, qui avait repris son poste au sein du CERN, eut la présence d'esprit de réagir à temps. Selon le livre Alexandria qui parcourt l'histoire de Robert Caillau, voici ce qui aurait pu se passer si le code de l’éditeur HTML n'avait finalement pas été placé sous licence libre.
La philanthropie de Robert, c’est très sympa, mais ça expose le Web à d’horribles dangers. Une entreprise pourrait s’emparer du code source, corriger un minuscule bug, s’approprier le « nouveau » logiciel et enfin faire payer une licence à ses utilisateurs. L’ogre Microsoft, par exemple, serait du genre à flairer le bon plan pour écraser son ennemi Macintosh. Les détenteurs d’un PC devraient alors débourser un certain montant pour profiter des fonctionnalités du Web copyright Microsoft. Les détenteurs d’un Macintosh, eux, navigueraient sur un Web de plus en plus éloigné de celui vendu par Bill Gates, d’abord gratuit peut-être, avant d’être soumis lui aussi à une licence.
Face à un tel scénario, nous découvrons de nouveau à quel point le concept de licence libre a fondamentalement changé le cours de la révolution numérique. Sans cela, nos expériences et nos usages de l'espace numérique auraient été totalement différents. L'utopie Wikipédia, par exemple, n'aurait certainement pas vu le jour, en raison de l'éclatement des espaces numériques et des coûts d'accès auxquels seraient confrontés les bénévoles qui ont construit le projet. Quoi qu'il en soit, et au niveau technique, une fois l'espace web apparu, il ne manquait plus que l'apparition des plateformes Wiki pour permettre la création d'une encyclopédie collaborative au format numérique.
'''Chapitre 6 : Les plateformes Wiki.'''
Un wiki, ou un moteur de wiki, est un logiciel que l'on installe sur un serveur informatique pour permettre la création d’un site web éditable et configurable à l’aide d’un simple navigateur. Plus précisément, c’est un système de gestion de contenu, dans lequel le code HTML, CSS, JavaScript et Lua, ainsi que certains paramètres, peuvent être modifiés par tous les internautes. Cela peut se faire en se connectant à un compte utilisateur, afin de bénéficier des droits de modification et d’administration qui lui sont accordés, ou en utilisant la configuration attribuée par défaut aux personnes non connectées.
Sur les pages web d'un wiki, chaque modification provoque un nouvel enregistrement complet du code source qui la compose. De la sorte, il est toujours possible, à partir d’une page reprenant l’historique des modifications, de rétablir l'une de ses anciennes versions. Grâce à ce système, on peut ainsi savoir quelle personne, ou quelle adresse IP est à l’origine d’un changement, et même voir l’endroit où la modification a été faite, et à quel moment celle-ci a été réalisée.
Le premier logiciel Wiki, qui portait le nom de WikiWikiWeb, a été créé et placé sous licence libre GPL par Ward Cunningham en mars 1995. Grâce à la licence, d’autres programmes wiki ont vu le jour en copiant ou s’inspirant du code source de WikiWikiWeb, ou des autres projets wiki qui l'avaient fait auparavant. Cette émulation récursive, qui donna naissance à toute une panoplie de projets wiki, est donc à nouveau une belle illustration des retombées positives que peut susciter l'application d'une licence libre.
Parmi les différents logiciels Wiki disponibles, UseModWiki fut choisi par la société Bomis qui finança la création du premier projet Wikipédia en anglais. C'était un choix judicieux, car l’éclatement de la bulle spéculative d’Internet, à la fin des années 2000, confrontait l'entreprise à de grosses difficultés financières. Un programme gratuit, simple d’utilisation et peu gourmand en ressources informatiques, convenait donc parfaitement dans ce cadre. UseModWiki fut par après remplacé par un autre moteur de Wiki sans nom, mais plus performant et toujours produit sous licence libre. Ce dernier fut ensuite amélioré par plusieurs programmeurs, dont Brion Vibber, le premier employé de la Fondation Wikimédia, avant d’être finalement intitulé MediaWiki.
Avec l’aide de nouveaux employés et des bénévoles actifs sur le site mediawiki.org, ce système de gestion de contenu finit par apparaitre en tête du classement des wikis les plus utilisés. Toujours grâce à sa licence libre, des milliers d'autres personnes et projets ont effectivement pu développer des sites Web, sans nécessairement faire partie du mouvement Wikimédia. Ce succès a par ailleurs justifié la programation de rassemblements annuels entre 2016 et 2020, entre personnes et organismes qui utilisent le programme, pour discuter de son développement et de ses usages.
Ceci étant dit, il existe dans la liste des Wikis d’autres logiciels libres intéressants, tels que DokuWiki, rendu populaire par sa simplicité d’installation et d’usage. Jusqu’à ce jour cependant, seul MediaWiki semble suffisamment stable et puissant pour permettre le développement optimal de l’ensemble des projets Wikimédia. Avec parmi ceux-ci, bien sûr, Wikipédia, l'encyclopédie libre et universelle, dont nous allons enfin découvrir la mise en place dans ce prochain chapitre.
'''Chapitre 7 : L’encyclopédie libre et universelle.'''
Dans les chapitres précédents, nous avons découvert toutes les innovations techniques et culturelles, sans lesquelles Wikipédia n’aurait jamais pu devenir la plus grande encyclopédie libre et universelle connue au monde. Son objectif est de synthétiser la totalité du savoir humain, ce qui n’est autre finalement, qu’un vieux rêve de notre humanité. Trois cents ans avant Jésus-Christ et durant la création de la bibliothèque d’Alexandrie, ce désir était aussi celui de Ptolémée Iᵉʳ. Puis, deux siècles plus tard, Denis Diderot publie, avec Jean Le Rond d'Alembert et Louis de Jaucourt en 1751, la première édition de l’Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers. Quant à Paul Otlet, qui a créé avec Henri La Fontaine la classification décimale universelle en usage depuis 1905, il s’était mis en tête de répertorier l’ensemble du savoir humain au sein d'un seul édifice.
Peu connu à ce jour, ce documentaliste belge rêvait pourtant de cataloguer le monde et de rassembler toutes les connaissances humaines, sous la forme d’un gigantesque répertoire bibliographique universel, situé à l'intérieur d'un Mundaneum. En 1934, dans le Traité de documentation écrit par celui qui voulait « classer le monde », Otlet décrit, de manière particulièrement visionnaire, un possible partage du savoir et de l’information.
Ici, la Table de Travail n’est plus chargée d’aucun livre. À leur place se dresse un écran et à portée un téléphone. Là-bas, au loin, dans un édifice immense, sont tous les livres et tous les renseignements, avec tout l’espace que requiert leur enregistrement et leur manutention…
De là, on fait apparaître sur l’écran la page à lire pour connaître la question posée par téléphone avec ou sans fil. Un écran serait double, quadruple ou décuple s’il s’agissait de multiplier les textes et les documents à confronter simultanément ; il y aurait un haut-parleur si la vue devrait être aidée par une audition. Une telle hypothèse, un Wells certes l’aimerait. Utopie aujourd’hui parce qu’elle n’existe encore nulle part, mais elle pourrait devenir la réalité de demain pourvu que se perfectionnent encore nos méthodes et notre instrumentation.
Avant l'apparition des intelligences artificielles et à peu de choses près, cette utopie décrite en 1934 par Otlet correspond à l'usage que l'on fait du réseau Internet et de son espace web, lorsqu'on recherche de l'information. Premièrement, allumer un système informatique, avec ou sans fil et muni d'un écran, ensuite, poser une question dans un moteur de recherche, puis finalement, être redirigé, comme cela arrive très souvent, vers l'une des versions linguistiques de Wikipédia.
Ce scénario, dans lequel les moteurs de recherche jouent un rôle central, explique la popularité de l'encyclopédie libre. D'autres projets similaires étaient pourtant apparus sur le Web avant l'arrivée de Wikipédia. Environ trois ans avant sa création, Aaron Swartz, un activiste de la culture libre qui avait juste douze ans à l'époque, avait par exemple lancé une sorte de site encyclopédique produit et régi par ses usagers. Appelé The Info Network, ce site web avait d'ailleurs permis à son auteur de recevoir l'ArsDigita Prize, un prix décerné aux jeunes créateurs de projets « utiles, éducatifs, collaboratifs et non commerciaux ».
Il faut savoir ensuite que l'expression « encyclopédie libre et universelle » apparut pour la première fois sur le Net sous la plume de Richard Stallman et durant l'année 2000, soit approximativement un an avant la naissance de Wikipédia. C'était dans un essai intitulé The Free Universal Encyclopedia and Learning Resource, qui, selon son auteur, avait été rédigé deux ans avant sa publication sur la liste de diffusion du projet GNU. Repris ci-dessous, un extrait de ce texte, présente les particularités du projet.
Le World Wide Web a le potentiel de devenir une encyclopédie universelle couvrant tous les domaines de la connaissance et une bibliothèque complète de cours d’enseignement. Ce résultat pourrait être atteint sans effort particulier, si personne n’intervient. Mais les entreprises se mobilisent aujourd’hui pour orienter l’avenir vers une voie différente, dans laquelle elles contrôlent et limitent l’accès au matériel pédagogique, afin de soutirer de l’argent aux personnes qui veulent apprendre.
Nous ne pouvons pas empêcher les entreprises de restreindre l’information qu’elles mettent à disposition ; ce que nous pouvons faire, c’est proposer une alternative. Nous devons lancer un mouvement pour développer une encyclopédie libre universelle, tout comme le mouvement des logiciels libres nous a donné le système d’exploitation libre GNU/Linux. L’encyclopédie libre fournira une alternative aux encyclopédies restreintes que les entreprises de médias rédigeront.
En parlant d'un « mouvement pour développer une encyclopédie libre universelle », Stallman anticipait donc, sans le savoir, l'arrivée du mouvement Wikimédia, qui ne se concrétisa que des années plus tard. Quant à la soixantaine de paragraphes qui décrivent son projet, on y retrouve dans une forme presque identique, les cinq principes fondateurs, qui ont guidé la création de Wikipédia et qui sont toujours actifs à ce jour.
Le premier consiste bien sûr à créer une encyclopédie ; le deuxième réclame une neutralité de point de vue, chose que Stallman expliquait déjà en écrivant qu’en cas de controverse, plusieurs points de vue seront représentés, le troisième implique le respect des droits d’auteur et l’adoption d'une licence libre, celle précisément dont Stallman avait été l'initiateur, le quatrième inscrit le projet dans une démarche collaborative, là ou Stallman précisait déjà que « tout le monde est le bienvenu pour écrire des articles », et le cinquième enfin, stipule qu’il n’y a pas d’autres règles fixes, une position somme toute très courante dans le milieu des hackers dont Stallman faisait partie.
Contrairement à ce que l'on peut croire, le projet d'encyclopédie libre et universelle n'était donc pas une idée originale de Jimmy Wales et Larry Sanger, tous deux reconnus à ce jour comme les deux fondateurs de Wikipédia. Ce qu'ils firent en revanche, c'est d'exploiter l'idée au sein de la société Bomis, détenue par Jimmy Wales, pour enrichir son encyclopédie commerciale Nupedia. Cette dernière avait été lancée en avril 2000, soit environ dix mois avant Wikipédia, et sa rédaction était assurée par des experts engagés au sein d’un processus éditorial strict et formel<ref>{{Cite book|first1=Ned|last1=Kock|first2=Yusun|last2=Jung|first3=Thant|last3=Syn|title=Wikipedia and e-Collaboration Research: Opportunities and Challenges|journal=[[International Journal of e-Collaboration]]|volume=12|issue=2|publisher=IGI Global|date=2016|issn=1548-3681|doi=10.4018/IJeC.2016040101|url=http://cits.tamiu.edu/kock/pubs/journals/2016JournalIJeC_WikipediaEcollaboration/Kock_etal_2016_IJeC_WikipediaEcollaboration.pdf|archive-url=https://web.archive.org/web/20160927001627/https://cits.tamiu.edu/kock/pubs/journals/2016JournalIJeC_WikipediaEcollaboration/Kock_etal_2016_IJeC_WikipediaEcollaboration.pdf|archive-date=September 27, 2016|pages=1–8|author1-link=Ned Kock|url-status=live}}.</ref>. Malheureusement pour la firme Bomis, le nombre d’articles ne progressait que très lentement.
Dans le but d'accélérer le processus, Larry Sanger, docteur en philosophie et employé par Bomis pour assurer le rôle de rédacteur en chef de Nupedia, eut l'idée d'installer un logiciel wiki sur les serveurs de son entreprise. L'objectif était d'ouvrir un site web participatif, dans lequel des volontaires pourraient créer des articles encyclopédiques, pour qu'ils soient ensuite intégrés dans le projet commercial. Malgré le manque d’enthousiasme de son employeur, Sanger mit ses idées en application, et c'est donc ainsi que débuta l’histoire de Wikipédia, avec sa toute première version en anglais.
C’était le 15 janvier 2001, précisément le même mois où Richard Stallman mit en ligne son propre projet d’encyclopédie libre et universelle, qu'il souhaitait intituler GNUPedia. Étonnamment, les noms de domaine gnupedia .com .net et .org avaient déjà été enregistrés au nom de Jimmy Wales, ce qui obligea Stallman à rebaptiser son projet GNE. Ce fait est d'autant plus surprenant que Wales affirma des années plus tard : « n’avoir eu aucune connaissance directe de l’essai de Stallman lorsqu’il s’est lancé dans son projet d’encyclopédie ».
Le site GNE ne ressemblait cependant pas vraiment à une encyclopédie, mais plutôt à un blog collectif ou une base de connaissance, tandis que sa page d’accueil précisait clairement qu’il s’agissait d’une bibliothèque d’opinion. Quant à sa modération, elle avait demandé d'engager un employé, car elle s'est avérée bien plus compliquée que prévu. À côté de cela, et probablement grâce aux spécificités de l’environnement wiki et aux soutiens apportés par Jimmy Wales et Larry Sanger, Wikipédia réussit à mettre en place une organisation efficace au sein d'une communauté d'éditeurs grandissante.
Peut-être en raison de la concurrence libre faite par le projet GNE, Jimmy Wales décida d'abandonner le copyright que Bomis détenait sur son encyclopédie commerciale Nupedia, pour le remplacer par une licence Nupedia Open Content. Peu de temps après, il décida finalement d'adopter la licence de documentation libre GNU conçue pour protéger les textes de documentation des logiciels libres. Ce dernier choix fut une stratégie efficace, puisque cela incita Richard Stallman à transférer tout le contenu de son projet GNE vers Nupedia, et à encourager tout le monde à contribuer sur Wikipédia.
Parmi les autres actions de Jimmy Wales qui ont contribué au succès de Wikipédia, il y eut cette idée d'ouvrir le projet aux « gens ordinaires ». C’était un choix qui s’opposait aux idéaux de Larry Sanger, qui de loin préférait le modèle de Nupedia avec son système de relecture par des experts. Cependant, Jimmy Wales, en tant qu'homme d’affaires, visait une croissance plus rapide du contenu de l'encyclopédie.
Cette croissance ne s'est toutefois pas faite sans difficulté. Le 26 février 2002, en effet, l'Enciclopedia Libre Universal en Español, un projet dissident du projet Wikipédia, fit son apparition. C'était une réaction à de la censure, à l'existence d'une ligne éditoriale et à la possibilité de voir apparaitre des publicités dans Wikipédia. En raison des remises en question que cette séparation suscitait parmi les bénévoles actifs dans les projets, Jimmy Wales renonça finalement à l'usage de la publicité et mit de côté ses visions en matière de profit.
Il faut aussi tenir compte du fait que cet évènement est survenu lors de l'éclatement de la bulle spéculative Internet et du krach boursier de 2001-2002. Une conjoncture qui plaçait la société Bomis dans des difficultés financières, et surtout, dans l'incapacité de payer le salaire de Larry Sanger, son seul employé. En mars 2002 et après un mois d’activité bénévole, l’ex-employé décida alors de quitter les fonctions, qu'il occupait depuis un peu plus d'un an, dans Nupedia et Wikipédia. Avec le seul soutien de Jimmy Wales, les deux encyclopédies purent toutefois poursuivre leurs développements, toujours avec le concours d'experts dans Nupedia et d'une communauté bénévole au niveau de Wikipédia. Néanmoins, en septembre 2003 et vu l'écart qui se creusait entre les deux projets, l'encyclopédie Nupedia fut fermée et ses quelques dizaines d'articles transférées vers les milliers d'autres que comprenait déjà le projet Wikipédia.
Trois ans plus tard, Larry Sanger n’avait pas dit son dernier mot. En septembre 2006, il décida en effet de lancer sur fonds propres une encyclopédie intitulée Citizendium. Cette plateforme écrite en anglais uniquement et toujours active à ce jour, repose sur un système d’expertise, dans lequel les contributrices et les contributeurs doivent déclarer leur identité réelle. En avril 2026 cependant, Citizendium reprenait moins de 2000 articles, tout avancement confondu, tandis que le projet Wikipédia en anglais en regroupait déjà plus de 7 millions.
Voici donc comment est née la plus grande encyclopédie du monde, dont la taille et la visibilité n'avaient jamais été égalées auparavant. Une encyclopédie qui, de plus, s'est rapidement déclinée en de nombreuses versions linguistiques, à l'instar de sa version francophone, lancée moins de quatre mois après le projet original en anglais. Toutes ces versions ont formé les premières bases d’une organisation mondiale, bientôt chapeautée par une fondation. Avant cela, d'autres projets pédagogiques et collaboratifs ont vu le jour au côté de Wikipédia. Intitulés projets frères, ceux-ci se constituent à leur tour en de nombreuses versions linguistiques, tout en poursuivant le processus de création du mouvement Wikimédia.
'''Chapitre 8 : L'arrivée des projets frères.'''
Dans le but de développer des contenus pédagogiques qui ne trouvaient pas leur place dans Wikipédia, d’autres projets pédagogiques et collaboratifs ont vu le jour, pour former ce que l'on appelle couramment aujourd'hui : l’écosystème Wikimedia. La naissance de tous ces projets, ainsi que les évènements importants qui ont contribué au développement du mouvement, ont été repris dans une ligne du temps réalisée par Guillaume Paumier, à l’occasion du dixième anniversaire de Wikipédia. Grâce à ce graphique, on peut voir en détail l'évolution du nombre de projets, de versions linguistiques, de contributeurs et d'articles, et se faire une idée sur la vitesse à laquelle s'est développé le mouvement Wikimédia.
Parmi tous les projets frères, le premier à apparaître fut Méta-Wiki, une plateforme de référence pour centraliser la gestion de l'ensemble des sites web hébergés par la fondation Wikimédia. Dans un premier temps, cet espace communautaire en ligne a répondu à la nécessité de traiter en un seul lieu les questions communes aux différentes versions linguistiques de Wikipédia. Aujourd'hui, le site web est le principal endroit de coordination et de gestion de l'ensemble du mouvement Wikimédia. On y retrouve énormément d'informations au sujet des projets en ligne, et peut-être plus encore, concernant la Fondation et les organismes affiliés.
Après Méta-Wiki, sept autres projets de partage de la connaissance ont fait leur apparition, avant d'être déclinés à leur tour en plusieurs versions linguistiques. Tous ces projets émergent en général sur l’initiative d’un petit groupe de personnes actives au sein d’un projet préexistant. Ce fut le cas du projet Wiktionnaire en anglais, le deuxième projet à voir le jour après Méta-Wiki, en décembre 2002, soit deux ans avant la version francophone apparue en mars 2004.
Il est intéressant d'observer que la version francophone du Wiktionnaire n’a pas été créée à partir du projet anglophone, mais bien depuis le projet Wikipédia en français. D'ailleurs, on peut retrouver dans les archives de ce dernier projet, un débat concernant la pertinence de cette création, dont voici un extrait.
En fait, ce qui me peine vraiment avec le projet Wiktionary, c’est que alors qu’on essaie de rassembler les gens (pas facile) pour créer une sorte de tour de Babel de la connaissance, tâche bien longue et difficile, ce nouveau projet va disperser les énergies pour une raison qui ne me semble pas valable. C’est la création de Wiktionary qui va créer des redondances. À mon avis il existera rapidement des pages sur le même mot, mais ne contenant pas les mêmes informations. Pour quelle raison ces connaissances devraient-elles être séparées ? Les encyclopédies sur papier devaient faire des choix à cause du manque de place, mais nous, pourquoi le ferions-nous ??? "Wikipédia n’est pas un dictionnaire" n’est pas un argument à mon avis... si vraiment c’était pas un dictionnaire, il faudrait virer tout un tas d’article. Je ne comprends vraiment pas cette volonté de séparer la connaissance entre ce qui est encyclopédique et ce qui n’est qu’une définition.
[Réponse]
Pour moi ce qu’est Wiktionary, c’est une partie de Wikipédia s’intéressant plus particulièrement aux aspects linguistiques des mots. La différence que je verrais entre la partie dictionnaire de Wikipédia et sa partie dite encyclopédique, c’est que la partie dictionnaire s’intéresserait au sens des mots eux-mêmes alors que la partie encyclopédie s’attache plus à faire ressortir un état des connaissances à un moment donné. Le pourquoi de la séparation d’avec la partie encyclopédie tient plus à des raisons techniques qu’à une volonté de monter un projet indépendant, en effet et à mon humble avis, un dictionnaire nécessite une plus grande rigueur (de présentation) qu’une encyclopédie. Ceci entraîne beaucoup de problème et entre autres le choix de la mise en forme des articles du dictionnaire.
Créer un nouveau projet, c’est effectivement créer de nouveaux sites web, qui devront faire l’objet d’une nouvelle gestion, tant pour les serveurs de la Fondation, que pour la nouvelle communauté de contributeurs. L’importation de pages d’un projet à l'autre ou la traduction de celles-ci sont bien sûr toujours possibles, mais cela duplique alors aussi la maintenance et les mises à jour. Le choix de scinder un projet, en faveur d’une plus grande liberté, comporte donc certains coûts humains et financiers.
Ce prix à payer n'a pour autant pas empêché le projet anglophone Wikibooks de faire son apparition le 10 juin 2003, soit près d’un an avant Wikilivres, la version francophone du projet, apparue le 22 juillet 2004. Cette dernière création avait de nouveau été débattue au sein de la communauté Wikipédia en français, et non pas dans le Wikibooks en anglais. Quant à l'objectif commun aux deux projets linguistiques, il était de créer une « bibliothèque de livres pédagogiques libres que chacun peut améliorer ».
Environ un an après la création du projet en anglais, un nouvel espace de noms intitulé Wikijunior fut mis en place au sein de la bibliothèque en ligne. Ce sous-projet avait été créé pour répondre à un financement de la fondation Beck, qui cherchait à promouvoir la production de nouvelles littératures pour des enfants de huit à onze ans. Peu de temps après, cette tranche d’âge fut toutefois élargie de zéro à douze ans au niveau du projet francophone, quand le sous-projet y fut adopté.
Ces deux évènements témoignent ainsi qu'il est toujours possible qu'un sous-projet apparaisse dans un projet Wikimédia. Comme autre exemple, il y a aussi le WikiJournal, un sous-projet développé au sein du projet Wikiversité en anglais et qui reçut le prix de l’Open Publishing Awards en 2019. Une demande fut faite pour qu'il puisse bénéficier d'un nouveau site web dans le but de pouvoir se développer en dehors de Wikiversité. Malheureusement pour les initiateurs, la demande est restée sans suite jusqu'à ce jour, après que le conseil d’administration de la Fondation, chargé de répondre à celle-ci, considéra que le projet n’était pas suffisamment abouti.
Il faut savoir qu'avant cela, le projet Wikiversité, dans lequel est né Wikijournal, avait lui-même été un sous-projet du projet Wikibooks. Initialement, il visait à « créer une communauté de personnes qui se soutiennent mutuellement dans leurs efforts éducatifs ». Cependant, en août 2005, une longue discussion remit en question l’existence du sous-projet Wikiversité dans Wikibooks. Au terme de celle-ci, la décision fut prise de transférer Wikiversité et son contenu sur le site Méta-Wiki, là où de nouvelles discussions ont abouti à l’idée de faire de Wikiversité un nouveau projet indépendant.
Déjà à l'époque, le conseil d’administration de la Fondation Wikimédia se montrait réticent à l'ouverture de nouveaux projets, et sa réaction fut de demander l'ouverture d'un sondage au sein de la communauté. Celui-ci devait rassembler une majorité des deux tiers en faveur de l'ouverture du nouveau site web. Un résultat qui fut finalement obtenu, mais pas sans de longs débats, dont voici un extrait.
La principale raison pour laquelle la Fondation Wikimédia ne veut pas lâcher le morceau est une simple question de bureaucratie et la crainte que le projet ne devienne une autre Wikispecies. Wikispecies est une idée cool, mais les fondateurs du projet se sont dégonflés à mi-chemin de la mise en place du contenu et ont décidé de faire une révision majeure qui a pris plus de temps que ce que tout le monde était prêt à mettre.
Le même problème s’applique à Wikiversity en ce qui concerne la Fondation, parce que les objectifs et les buts de ce projet ne sont pas clairement définis, et il semble que les participants essaient de mordre plus qu’ils ne peuvent mâcher en proposant une université de recherche multi-collèges entière, avec un statut de recherche et une accréditation, à former de toutes pièces plutôt qu’un simple centre d’éducation pour adultes avec quelques classes.
En novembre 2005 et malgré les résultats positifs du sondage, l'indépendance du projet Wikiversité ne fut toutefois pas acceptée par cinq membres du conseil. Ceux-ci réclamaient une réécriture de la proposition pour en exclure la remise de titre de compétence, la conduite de cours en ligne, et de clarifier le concept de plate-forme e-learning. Quand ces rectifications furent faites, le projet bénéficia d'une période d’essai de plusieurs mois, jusqu'à ce que les amendements apportés au projet de départ soient enfin acceptés, le 31 juillet 2006. Ce long temps d'attente était justifié par la création du special projects committee, qui, jusqu'en décembre 2021, fut chargé de soulager le conseil d’administration de la fondation, par rapport aux demandes de création de nouveaux projets Wikimédia.
Un nouveau site, nommé Beta-Wikiversity, fut ainsi créé pour assister le lancement des différentes versions linguistiques de Wikiversité. Durant six mois, son premier objectif a d'abord été l'élaboration des lignes directrices concernant la potentialité de produire des recherches collaboratives au sein du projet. Par la suite, chaque nouvelle version linguistique, développée dans le projet Beta, devait avoir plus de 10 modifications par mois, réalisées par au moins trois personnes distinctes, avant de pouvoir bénéficier de son propre site web.
À l'image de Beta-Wikiversity, le projet Wikisource possède lui aussi un site indépendant pour lancer ces nouvelles déclinaisons linguistiques. Tandis que pour tous les autres projets pédagogiques, ce lancement s'effectue sur la plateforme Wikimedia Incubator, créée à la même époque que Beta-Wikiversity. Ces trois plateformes de lancement ne concernent pas les nouveaux projets, qui doivent faire l'objet d'une acceptation par le conseil d'administration de la Fondation Wikimédia, et qui peuvent avoir pour origines des processus de création divers.
Le projet Wikivoyage, par exemple, fut initialement créé en 2003 dans un Wiki extérieur au mouvement Wikimédia, là où il portait le nom de Wikitravel. Comme cela arrive parfois, ce projet sans but lucratif fut acheté par une entreprise commerciale en 2006. Mais en raison du changement de gouvernance et de l'apparition de publicités, une scission est apparue au sein de la communauté d’éditeurs. Les personnes désireuses de quitter Wikitravel lancèrent alors un nouveau site appelé Wikivoyage, qui reçut en 2007, le Webby Award du meilleur guide de voyage Internet.
L'intégration de Wikivoyage dans l'écosystème Wikimédia n'a cependant été faite qu'en 2012, à la suite d'un appel à commentaires durant lequel 540 personnes sur 699 furent en faveur de l’intégration du projet. Comme cette nouvelle déclencha une migration importante depuis Wikitravel vers Wikivoyage, une plainte fut déposée par la société commerciale en charge du premier projet. Celle-ci fut toutefois rejetée et le projet Wikivoyage continua à prendre de l’ampleur au sein du mouvement Wikimédia, avec la création de nouvelles versions linguistiques.
Le cas de Wikivoyage apparait toutefois comme une exception, car en général les nouveaux projets émergent des centaines de candidatures déposées sur le projet Méta-Wiki. Celles-ci se soldent bien souvent par un refus, comme ce fut le cas pour le projet WikiLang dont le but était de lancer un laboratoire linguistique. Quelques rares projets ont pourtant eu la chance d'être élus. Ce fut notamment le cas en octobre 2012, avec le lancement de la base de données structurée et sémantique Wikidata et de ses extensions Wikibase, ou plus récemment, en 2020, avec l'arrivée du projet Abstract Wikipedia et Wikifunctions.
Sans vouloir entrer dans les détails, il est intéressant de savoir que l'interconnexion entre ces trois projets permet de traduire automatiquement des articles encyclopédiques dans tous les langages naturels pris en charge par le mouvement Wikimédia. Plus précisément, les phrases des articles publiées sur Abstract Wikipédia, sont formulées par des fonctions informatiques produites dans le projet Wikifunctions, dans le but de traiter les informations de la base de données sémantique Wikidata. Autrement dit, un article dans Abstract Wikipédia ne possède qu'une seule page pour toutes les langues, pareillement aux pages d'entités de Wikidata, qui ont pour titre une lettre suivie d'un chiffre.
À la suite de ces explications, on observe donc que ce n'est pas la complexité qui détermine le refus projet, mais plutôt une série de critères comparables à ceux retenus pour supprimer des projets ou versions linguistiques déjà existants. À ce propos, il existe sur Méta-Wiki une liste mise à jour des différents sites hébergés par la Fondation Wikimédia, dont l'existence est remise en cause. Dans celle-ci, on retrouve essentiellement des versions linguistiques de projets, qui n’ont pas réussi à poursuivre leurs développements, bien qu'un projet entier soit toujours susceptible d'être mis à l'arrêt. C'est d'ailleurs ce qui est arrivé aux 31 versions linguistiques du projet Wikinews, qui, en date du 4 mai 2026, soit 22 ans après le lancement du site anglophone, sont accessibles en mode lecture uniquement.
Dans le cas de Wikinews, ce fut le manque d'activité qui apparut comme principale justification de la suspension du projet. Cependant, d'autres raisons pourraient être invoquées, comme le prouve cet épisode de 2005, où, peu de temps après son lancement, la version francophone du recueil de citations Wikiquote a bien risqué de disparaitre. Le projet fut effectivement accusé d’avoir récupéré le contenu d’une base de données soumise à un droit d’auteur, incompatible avec la licence Creative Commons appliquée sur l’ensemble des projets pédagogiques Wikimédia. Lorsqu'une plainte fut adressée à l’association Wikimédia France, pour être ensuite relayée sur le site Méta-Wiki, il fut bien question de fermer le projet. Après de longues discussions, celui-ci fut toutefois maintenu, mais avec pour conditions de repartir de zéro, et d’établir une charte pour garantir la traçabilité des citations reprises par le projet.
Voici donc de quoi se faire une idée sur la manière dont les projets pédagogiques et leurs déclinaisons linguistiques apparaissent et disparaissent au sein du mouvement. Les exemples repris ci-dessus suffisent effectivement pour comprendre les principes généraux qui sous-tendent leurs créations. En dehors de Méta-Wiki, Wikidata, Wikifunctions, Abstract Wikipédia et Wikimedia Commons, qui ne sont pas des projets de contenu pédagogique à proprement parler, tous les autres projets semblent effectivement provenir d’un désir de spécialisation d’un projet préexistant.
L'idée est généralement débattue dans un projet de même langue, avant de relayer la discussion vers le site Méta-Wiki. Si le projet y est jugé pertinent, il fait alors l'objet d'une candidature, qui doit actuellement être soumise au groupe de travail des projets frères du comité des affaires communautaires de la Fondation Wikimédia. Quant aux nouvelles versions linguistiques, elles doivent être aujourd'hui soumises à l'approbation du comité des langues, avant d'être testées sur les plateformes Incubator, Beta-Wikiversité ou Wikisource Multilingue, dans le but de bénéficier d’un site web indépendant.
Après ces explications concernant les projets frères et leurs variations linguistiques, il nous reste encore à parler des sites qui ont un lien avec le mot Wiki, soit par leur nom, soit par le logiciel utilisé. En 2024 effectivement, plus de 22 600 d'entre eux étaient répertoriés, dont plus de 95 % sans aucun lien avec le mouvement Wikimédia, en dehors du fait, peut-être, qu’ils utilisaient le logiciel MediaWiki développé par la Fondation Wikimédia.
WikiLeaks par exemple, créé par Julian Assange dans le but de publier des documents classifiés provenant de sources anonymes, n’est ni un projet Wikimédia, ni un site collaboratif. Quant au recueil universel et multilingue de guides illustrés WikiHow, si celui-ci fonctionne pour sa part de manière collaborative et avec le logiciel MediaWiki, il n'a pourtant aucun lien avec le mouvement Wikimédia. D'ailleurs, son ergonomie, radicalement différente de celle des projets Wikimédia, permet de le comprendre au premier coup d’œil.
En revanche, Wikimini, l'encyclopédie libre pour les enfants, a une apparence tout à fait comparable à celle des projets Wikimédia, alors que le projet n’a jamais été accepté par la Fondation. Quant aux projets WikiTribune et Fandom, l'ambiguïté qu'ils entretiennent avec le mouvement est d'autant plus grande qu'ils ont été créés par Jimmy Wales, le fondateur de Wikipédia et de la Fondation Wikimédia. Cependant, comme ce sont des projets commerciaux, ils ne peuvent en aucun cas être soutenus par une fondation sans but lucratif.
Au terme de cette présentation, il ne reste plus qu'à signaler que le mouvement Wikimédia ne fut conscientisé que tardivement par rapport à l'apparition des projets Wikimédia et de leurs différentes versions linguistiques. Pour qu'un sentiment de collectivité se manifeste entre tous ceux-ci, il fallut effectivement attendre qu'une coordination se développe sur la plateforme Méta-Wiki, mais également que de nombreuses rencontres et associations apparaissent en dehors de l'espace numérique. En ce sens, la naissance du mouvement ne fut pas un événement ponctuel, mais plutôt la réalisation d’un long processus de conscientisation.
'''Chapitre 9 : La conscientisation du mouvement.'''
Avant d'aborder la question de la conscientisation du mouvement, il peut être intéressant de découvrir l'origine étymologique du mot « Wikimédia ». Celui-ci est un mot-valise composé du suffixe « média » et du préfixe « wiki » que l’on doit à cette expression hawaïenne « wiki wiki », qui se traduit en français par l'expression : « vite, vite ». Celle-ci fut récupérée une première fois par Ward Cunningham, le créateur du premier moteur Wiki, avant d'être réutilisée dans les noms inventés pour d'autres logiciels de cette même famille. UseModWiki en est un bel exemple, puisqu'il fut le premier programme utilisé par la firme Bomis pour héberger son projet d’encyclopédie collaborative. Raison pour laquelle, sans doute, le terme « wiki » fut utilisé pour créer le mot Wikipédia, en l'associant au suffixe « pedia » qui fait référence au mot anglais encyclopedia, selon un principe qui fut ensuite repris pour tous les autres projets du mouvement.
Le mot Wikimédia, pour sa part, n’est apparu que le seize mars 2003, lors d’une discussion concernant la déclinaison possible de l’encyclopédie en d’autres types de projets éditoriaux participatifs. Durant celle-ci, l’écrivain américain Sheldon Rampton eut l’idée d’associer au terme wiki à celui de « média », afin de mettre en évidence la variété des médias produits et partagés par Wikipédia et ses projets frères. Toutefois, c'est seulement en juin 2008 que Florence Devouard, présidente de la Fondation à cette époque, associe le mot Wikimédia à un mouvement social qu’elle voyait apparaître au sein des projets Wikimédia et de leurs communautés d'usagers.
Affirmer pour autant que ce moment précis coïncide avec la naissance du mouvement serait quelque peu arbitraire. Car si l’on peut déterminer plus ou moins facilement l’apparition d’une expression dans des archives, tout le monde sait qu’un mouvement social ne se forme pas en un seul instant. Dans le contexte du de Wikimédia, sa naissance est bien sûr liée à celle du projet Wikipédia, mais également à tout ce qui permit la création de cette encyclopédie libre. Dans une autre perspective encore, on peut dater l'apparition du mouvement Wikimédia au 20 juin 2003, date de la création de la fondation qui porte le même nom. Ou pourquoi pas, associer la création du mouvement à la mise en ligne de la plate-forme Méta-Wiki, qui en représente le principal lieu de coordination.
Toujours est-il que l’expression « Wikimedia movement » est bien apparue en juin 2008, sous la plume de Florence Devouard. Cela s'est passé sur la liste de diffusion de la Fondation et peu de temps avant qu'elle quitte son poste de présidente. Dans son message, elle partageait l'idée de placer sous le nom de domaine wikimedia.org un site vitrine de présentation du mouvement Wikimédia qu'elle concevait de la sorte.
Le mouvement Wikimédia, comme je l’entends est
– une collection de valeurs partagées par les individus (liberté d’expression, connaissance pour tous, partage communautaire, etc.)
– un ensemble d’activités (conférences, ateliers, wikiacadémies, etc.)
– un ensemble d’organisations (Wikimedia Foundation, Wikimedia Allemagne, Wikimedia Taïwan, etc.), ainsi que quelques électrons libres (individus sans chapitres) et des organisations aux vues similaires.
Avec autant de détails et d'explications, un tel message ne pouvait qu'accélérer la prise de conscience au sein du mouvement. Dans tous les cas, il mettait en évidence que les personnes actives dans les projets éditoriaux en ligne ou dans les organismes affiliés, faisaient partie de ce que Ralf Dahrendorf appelle un « quasi-groupe ». Autrement dit, un ensemble d’individus qui ont un mode de vie semblable, une culture commune, mais dont les points communs ne gravitent pas autour d’une prise de conscience de leur position commune dans la relation d’autorité.
Après la naissance de Wikipédia et de nombreux projets frères, une dizaine d’années a donc été nécessaire pour que le mouvement Wikimédia prenne conscience de son existence. Aujourd’hui encore, et comme cela a déjà été vu, de nombreuses personnes actives dans les projets pédagogiques ne réalisent toujours pas qu’elles participent aux activités d’un mouvement social. Cela, contrairement aux personnes investies dans les activités en présentiel organisées au sein du mouvement, qui sont généralement plus conscientes de leur engagement. C’est là une raison de croire que le développement de la Fondation Wikimédia et de ses organismes affiliés a joué un rôle important dans l'apparition d'un sentiment d’appartenance.
'''Chapitre 10 : La création des organismes affiliés.'''
Si c’est grâce à l’arrivée des groupes et des organismes affiliés à la Fondation Wikimédia que l’idée du mouvement est probablement apparue, il est alors intéressant d'en décrire les processus de création. Mais puisque cela représente plusieurs centaines d’instances spécifiques, regroupées en plusieurs catégories détaillées en seconde partie d'ouvrage, aborder ici l’histoire de chacune d’entre elles serait une entreprise beaucoup trop fastidieuse.
De plus, s’il existe énormément d’archives numériques concernant la naissance des sites Wikimédia, ce n’est pas le cas pour ces organismes affiliés. Un bon nombre de ceux-ci se sont effectivement formés durant des rencontres ou des réunions hors ligne qui n'ont fait l’objet d’aucun enregistrement. Du reste, une bonne part des échanges effectués au sein de ces associations s'organise par des canaux de communication privés auxquels seuls les membres actifs ont accès.
Puisque je suis l'un des membres fondateurs, je me limiterai donc ici à parler de l’association Wikimédia Belgique. Celle-ci fut fondée le huit octobre 2014 en tant qu’association sans but lucratif, avant d'être reconnue le six août 2015 par le conseil d’administration de la Fondation Wikimédia. Après plus de trois ans d’activités et de rencontres et sous l’impulsion de Maarten Deneckere, qui assuma le premier mandat de présidence, nous étions 8 personnes à signer la première version des statuts de l’association.
Jusqu’à ce jour, l’objet social de Wikimedia Belgique est d'impliquer tout un chacun dans la connaissance libre. Contrairement à l'association Wikimédia Deutchland, la première à voir le jour en 2004 et qui rassemblait déjà en 2021 plus de 85 000 membres et près de 150 employés, l’association belge n'a qu'une seule employée à temps partiel et 150 membres en 2025.
Avant d’être reconnues par le comité d’affiliations chargé de seconder le conseil d’administration de la Fondation, toutes les associations nationales, dites « chapters » en anglais, et toutes les autres organisations affiliées doivent réaliser de nombreuses démarches. Celles-ci consistent à répondre à un ensemble de prérequis qui ont évolué suite à la création d'un comité décisionnel en avril 2006. Ces obligations diffèrent entre les groupes d’utilisateurs et d'utilisatrices et les associations locales ou thématiques. Parmi ceux-ci, on retrouve toutefois : un nombre minimum de membres et de référents, une mission et un règlement d’ordre intérieur conformes aux attentes du mouvement, la remise de plans et de rapports d’activités annuels, etc.
On comprend donc qu’il n’est pas évident de créer une nouvelle instance au sein du mouvement. Pour bénéficier du soutien logistique et financier de la Fondation réservé aux organismes affiliés, c’est ainsi toute une série de rapports qu’il faut alors transmettre à divers comités et commissions chargés de leurs évaluations. Cela représente une quantité de tâches administratives qu’il n’est pas toujours facile d’assumer, surtout lorsque les membres de l’organisme affilié sont tous des bénévoles. D’où sans doute cette régulière disparition d’affiliations, pendant que d’autres se créent ou réapparaissent en fonction des énergies et du dynamisme disponibles dans les équipes.
Les activités liées à la récolte et à la redistribution des dons offerts au mouvement, ainsi que les autorisations d’usage de marques déposées, contrastent donc avec les valeurs de libre partage et d’autonomie décrites dans les projets pédagogiques. Cela confirme sans doute que la partie hors ligne du mouvement est plus influencée par le système économique qui l'entoure, pendant que la partie en ligne reste plus fidèle à l’héritage transmis depuis la contre-culture des années 1960. Voyons donc à présent comment cela se manifeste au sein du mouvement.
'''Chapitre 11 : L'héritage d'une contre-culture'''
Au terme de cette première partie d’ouvrage, il devient évident que la révolution numérique, que l’on considère généralement comme une révolution technique, fut aussi, et peut-être avant tout, une révolution sociale et culturelle. Quant à l'histoire de Wikimédia, reprise ici depuis les origines de son encyclopédie jusqu'à l'apparition de ses organismes affiliés, elle nous fit découvrir comment les idées de la contre-culture des années 1960 furent transmises au mouvement.
En cas de doute, observons encore que Richard Stallman, celui qui a créé les concepts de licence et d'encyclopédie libre, fut désigné par certains comme le gourou de la contre-culture hacker et le père du système d’exploitation hippie. Une culture hippie, dont il est aussi troublant de constater que le renversement de son logo ressemble étrangement à celui du mouvement Wikimédia.
Incontestablement et au travers du mouvement des logiciels libres, le mouvement Wikimédia a donc bien hérité des valeurs produites par les mouvements sociaux des années 1960. Des valeurs qui aujourd'hui contrastent fortement avec la marchandisation et la capitalisation du monde, dont l'espace web ne fait jamais que refléter ce qui se passe dans le reste de la société humaine. Or, ce phénomène ne date pas d'hier. En 2008 déjà, André Gorz, ce philosophe parmi les pères de la décroissance et théoricien de l’écologie politique, constatait déjà que :
La lutte engagée entre les "logiciels propriétaires" et les "logiciels libres" [...] a été le coup d’envoi du conflit central de l’époque. Il s’étend et se prolonge dans la lutte contre la marchandisation de richesses premières – la terre, les semences, le génome, les biens culturels, les savoirs et compétences communs, constitutifs de la culture du quotidien et qui sont les préalables de l’existence d’une société. De la tournure que prendra cette lutte dépend la forme civilisée ou barbare que prendra la sortie du capitalisme.
Dans cette lutte et avec le seul nom de domaine non commercial parmi le top 100 des sites les plus fréquentés du Web, la galaxie Wikimédia apparait donc comme un des derniers lieux numériques de liberté, de partage et d'égalité. Un lieu qui, de plus, est connu mondialement, grâce au succès des plus de 350 déclinaisons linguistiques de Wikipédia, et sans pour autant récolter d'informations sur l’identité et le comportement des internautes. Cela alors que cette pratique est considérée, par certains, comme un « nouvel or noir » pompé du Web, pendant que d’autres préfèrent parler de « capitalisme 3.0 » ou de « capitalisme de surveillance » .
Évidemment, les enjeux de cette lutte sont difficiles à comprendre. La complexité de l’infrastructure informatique, mais également le fait que tout cela s'inscrit dans une révolution que Rémy Rieffel décrit comme « instable et ambivalente, simultanément porteuse de promesse, et lourde de menaces », ne facilitent pas les choses. Cela d'autant plus que tout cela se place « dans un contexte où s’affrontent des valeurs d’émancipation, et d’ouverture d’un côté et des stratégies de contrôle et de domination de l’autre » .
En fait d’ambivalence, il est surprenant d'apprendre, par exemple, que Jimmy Wales, fondateur de Wikipédia et de la fondation Wikimédia, est un adepte de l’objectivisme, alors que cette philosophie voit le capitalisme comme un idéal de société et l’égoïsme rationnel, comme une morale. Puis, concernant l'instabilité du numérique, il y a ces appels répétés de Tim Berners-Lee au sujet de la « redécentralisation » et de la « régulation » d'un espace web qu'il avait conçu dans un esprit tout à fait opposé. Quant aux pionniers d'Internet, ils n'ont probablement pas imaginé que leur création permettrait un jour, à des milliards d’objets connectés, de rapporter, rien qu'en France et en 2021, plus de 2,6 milliards d’euros.
Quant à la question du contrôle et au-delà de ce qui est opéré par les firmes commerciales, c'est bien sûr du côté des États qu'il faut porter son attention. Face à un mouvement qui veut s’émanciper des contrôles, par moins de 18 pays ont déjà censuré Wikipédia et parfois même l'ensemble des projets frères. Ce fut le cas par exemple pour la Turquie, la Russie, l'Iran, mais également le Royaume-Uni, la France et l'Allemagne, et c'est même le cas de manière permanente en Chine, depuis 2004.
Dans certains cas, des procédures juridiques ont été utilisées pour intimider les membres du mouvement. C'est arrivé en France lorsque le directeur de l'association Wikimédia fut menacé de poursuites pénales par la Direction Centrale du Renseignement Intérieur, après un refus de supprimer un article qui traitait d’une station militaire dans Wikipédia. Par chance, ce qui s'est passé en France ne dépassa pas le stade de l'intimidation. En Biélorussie cependant, Mark Bernstein, un contributeur aux projets Wikimédia, fut condamné à quinze jours de prison ferme, assortis de trois ans d’assignation à résidence, pour des propos tenus au sujet de la guerre en Ukraine. Cela sans oublier qu'actuellement, ce sont les conservateurs à la tête des États-Unis qui « veulent la peau de Wikipédia » en cherchant à obtenir l'identité réelle de certains contributeurs.
Le contrôle et le non-respect de la vie privée font ainsi appel à la figure emblématique du lanceur ou de la lanceuse d'alerte, dont la posture contestataire fait penser à celle des personnes actives dans la contre-culture des années 1960. Parmi ceux-ci, on dit de Julian Assange, Edward Snowden et Chelsea Manning, qu'ils « ont perdu leur liberté pour défendre la nôtre ». De manière similaire, on pourrait donc aussi dire que les Wikimédiens Aaron Swartz, Bassel Khartabil, Pavel Pernikov, Ihor Kostenko et Mark Bernstein, se sont sacrifiés pour la liberté, le partage et la vérité.
Dans Wikimédia et comme ce fut expliqué dans l'introduction de cet ouvrage, une alerte peut prendre la forme d'un appel à commentaires en réaction à une décision ou une situation observée au sein du mouvement. C'est même là une pratique institutionnalisée, qui fait l'objet d'une procédure d'accompagnement et de suivi. Toutes ces alertes concernent les dérives de certains projets, mais également de certaines associations dont la proximité avec le système économique n'aide pas au respect des pratiques et des valeurs développées en ligne.
Dans ce qui apparait aux yeux de certains comme un « bazar libertaire », les choix et règles édictés dans la sphère hors ligne du mouvement ne plaisent pas toujours aux membres des communautés en ligne. Ce qui n'empêche toutefois pas les projets éditoriaux d'avoir leurs propres règles et des recommandations, ni de voir apparaitre, en 2020 et dans l'ensemble du mouvement, un code de conduite universel, qui détermine le « référentiel minimum des comportements acceptables et inacceptables ».
L'idéologie transmise à Wikimédia, décrite en partie par Steven Levy dans son ouvrage L’Éthique des hackers est donc plus subtile qu'un simple refus d'autorité. Dans un esprit de partage, d'ouverture, de transparence, de liberté, d'égalité et d'autonomie, c'est une structure très complexe, tout en étant cosmopolite et mondiale, que le mouvement réussit à mettre en place. Une organisation qui, finalement, apparait très inspirante dans la manière de faire communauté aujourd'hui, et au sein d'un monde toujours plus global et numérique.
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Lionel Scheepmans
20012
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'''LE MOUVEMENT WIKIMÉDIA.'''
'''Dernier partage altruiste de la connaissance libre ?'''
De Lionel Scheepmans.
Avec l'aide de la communauté Wikimédia.
'''Quatrième de couverture.'''
'''Le mouvement Wikimédia, l'aventure inspirante d'une organisation mondiale et altruiste, au service d'un savoir libre et vérifiable.'''
Quel est ce seul acteur à but non lucratif présent dans le top 100 des sites les plus visités sur le Web ?
Comment incarne-t-il l’expression la plus visible des valeurs de liberté, d’égalité et de partage, héritées de la révolution numérique et des mouvements sociaux des années 1960 ?
Comment, à partir de Wikipédia et suite à la création d’une quinzaine de projets frères, distribués en centaines de versions linguistiques, le mouvement social Wikimédia a imaginé un monde dans lequel le savoir se produit et se partage librement ?
Et comment, en toute autonomie, des dizaines de projets pédagogiques, édités par des millions de bénévoles, soutenus par une fondation et près de 200 associations et groupes locaux, produisent-ils la plus grande intelligence collective au monde ?
Avec de nombreux codes QR, cet ouvrage répond à ces questions, tout en permettant de mieux comprendre le monde global et numérique qui nous entoure.
Lionel Scheepmans est docteur en sciences politiques et sociales, militant de la culture libre et professeur d’anthropologie numérique. Il occupe plusieurs postes d’administrateur au sein du mouvement Wikimédia qu’il observe de manière participative depuis 2011. Ses travaux universitaires, du master à la thèse de doctorat, furent consacrés à l’organisation et aux enjeux de Wikipédia et du mouvement Wikimédia.
'''Avant-propos'''
Pour offrir un confort de lecture sur papier sans perdre la puissance du numérique, des codes QR sont affichés tout au long de cet ouvrage. À l’aide d’une tablette ou d’un smartphone, ils offrent un accès direct à ce qui serait coûteux ou impossible à imprimer.
Par exemple, le code QR 1, présent à la fin de cette page, donne accès directement à la page web qui reprend l’intégralité de l’ouvrage. Une fois sur celle-ci, on peut alors visionner les illustrations en couleur ou les enregistrements qui s’y trouvent et consulter ensuite leurs pages de descriptions en cas de besoin. Cette version numérique comprend aussi de nombreux hyperliens pointant vers Wikipédia et d’autres sites du mouvement Wikimédia, où se trouvent des compléments d’informations et leurs mises à jour.
Pour économiser du papier lors de l’impression, la section regroupant les notes et les références de l’ouvrage n’est disponible qu’au format numérique, mais est directement accessible via le code QR 2 repris ci-dessous. Grâce aux indices de renvoi chiffrés et placés en exposant dans le texte imprimé, il est alors possible, au départ d'un smartphone ou d'une tablette, de retrouver les notes et les références en fonction de leur numérotation. Lorsque la référence correspond à une page web, un lien pointant vers le projet Internet Archive s’y trouve repris, pour garantir un accès aux archives des pages citées dans l’ouvrage, si jamais elles avaient disparu du web. Quant aux pages toujours existantes, elles restent accessibles via leurs hyperliens originels, pour consulter leurs éventuelles évolutions.
Étant donné que ce livre est produit sur une plateforme collaborative, tout le monde est invité à améliorer les prochaines versions. On peut le faire en corrigeant des fautes d’orthographe ou de syntaxe sur les pages web qui constituent les différents chapitres de l’ouvrage, ou encore en apportant des commentaires sur les pages de discussion qui leur sont associées. Cela peut se faire très simplement en cliquant sur « Modifier » , quand on est sur la page d'un chapitre, et sur « Ajouter un sujet » lorsque l'on est sur une page de discussion.
Une page de discussion générale est aussi accessible grâce au code QR 3. Elle permet de commenter le livre dans son ensemble, ou de poser une question à son sujet. Il suffit pour cela d’indiquer un titre dans le champ « Démarrer un nouveau sujet », avant d'écrire le contenu de son message dans l’encadré situé juste en dessous, et de cliquer finalement sur le bouton « Ajouter un sujet de manière anonyme », pour publier celui-ci.
Enfin, pour ceux qui voudraient agrémenter leur lecture d’un fond sonore relaxant et original, le code QR 4 donne accès à une page web qui diffuse une musique mélodieuse. Celle-ci est composée de sons spécifiquement produits chaque fois qu’une modification est apportée sur un projet Wikimédia, ou qu’un nouveau compte y est créé. Ce dispositif ingénieux offre ainsi, aux lecteurs qui le souhaitent, une ambiance sonore particulièrement confortable, ainsi qu’une nouvelle expérience immersive au sein du mouvement Wikimédia.
'''Introduction : Wikimédia n’est pas Wikipédia.'''
Depuis le succès initial de Wikipédia, une myriade de projets de partage des connaissances, d’organisations et de groupes de soutien ont émergé pour former ce qu’on appelle aujourd’hui le mouvement Wikimédia. Même si l’encyclopédie libre reste l'activité phare du mouvement à ce jour, il serait regrettable de réduire l’ensemble du mouvement à cet unique projet pédagogique. Malheureusement, il arrive bien trop souvent qu'une seule version linguistique de Wikipédia suffise pour cacher l’étendue de la forêt Wikimédia.
En réalité, Wikimédia représente un mouvement social, international et interculturel complexe, au sein duquel Wikipédia n’est qu’une composante parmi d’autres. Dans le cadre d'un mémoire de master, on peut ainsi fournir en quelques mois une ethnographie du projet Wikipédia en français. Alors que pour synthétiser les origines, l’organisation et les dynamiques globales du mouvement Wikimédia, une thèse de doctorat et cinq années de recul supplémentaires furent nécessaires.
À la fin de l'année 2025, l’ampleur numérique du mouvement est effectivement impressionnante. Chaque mois, des millions de modifications bénévoles sont effectuées sur plus de 500 millions de pages, réparties sur plus d’un millier de sites web, dont 358 seulement, correspondent aux versions linguistiques de Wikipédia. Ce qui prouve donc clairement que les activités en ligne portées par l'ensemble du mouvement Wikimédia dépassent largement ce qui se passe au sein de l’encyclopédie.
Il existe ainsi cinq autres espaces collaboratifs d'écriture susceptibles d'atteindre un jour l'envergure et la notoriété de Wikipédia, avec un objectif et un fonctionnement spécifiques à chacun. De manière détaillée, Wikilivres crée des livres pédagogiques ; Wikiversité rassemble des supports d'enseignement et des travaux de recherche ; Wikivoyage développe un guide touristique mondial ; Wikispecies établit un répertoire du vivant, tandis que Wiktionnaire définit des mots de toutes les langues, dans toutes les langues.
Contrairement à Wikipédia, tous ces projets ne sont pas soumis à une neutralité de point de vue, ni limités à l'usage de sources secondaires reconnues, au niveau de la rédaction des articles. La plupart d'entre eux acceptent aussi la publication de travaux de recherche ou de productions personnelles, alors que cela est tout à fait interdit dans Wikipédia.
Selon l'étymologie du mot encyclopédie, le but de Wikipédia est en effet de synthétiser ou, plus précisément, d'encercler le savoir humain déjà préexistant. Cette contrainte éditoriale limite donc les contributeurs et contributrices à l'usage de sources secondaires et tertiaires présentes dans des publications externes au projet. De ce fait, Wikipédia reproduit fatalement les biais systémiques, tels que les déséquilibres et les surreprésentations de genre et de culture, présents dans un monde de l'édition majoritairement occidental. Or, cette impasse éditoriale propre à Wikipédia n'existe pas dans les autres projets pédagogiques.
Comme ces projets frères, Wikipédia n'est pas non plus un projet complètement autonome des autres projets Wikimédia. L'encyclopédie compte en effet sur le projet Wikimedia Commons pour héberger l'ensemble de sa médiathèque. Elle utilise ensuite le contenu du projet Wikidata comme base de données structurée. Quant aux personnes qui produisent l'encyclopédie, elles peuvent aussi puiser leurs sources dans la bibliothèque Wikisource ou se référer à des citations d'auteurs collectées dans le projet Wikiquote. Tout cela sans oublier que des dizaines de sites web traitent l'archivage permanent de Wikipédia et des autres projets Wikimédia, dans le but de fournir des analyses précieuses et totalement libres d’accès.
Enfin, il faut aussi garder à l'esprit qu'au-delà de tous ces sites web, Wikimédia, c'est aussi de nombreuses institutions et organisations affiliées au mouvement et dispersées dans le monde. Autour de la Fondation Wikimédia chargée de la gestion et de l’organisation internationales, avec près de 650 salariés de nationalités diverses, se regroupent des centaines d'organisations satellites. Parmi celles-ci, on retrouve 2 associations thématiques, 40 associations locales, dont Wikimedia Deutschland qui regroupe plus de 170 employés, et finalement 141 groupes d’utilisateurs et utilisatrices.
Tout ce qui vient d'être exposé dans cette introduction justifie donc la nécessité de distinguer le mouvement Wikimédia du projet Wikipédia. Imaginons seulement que l’on se limite à citer Paris pour décrire et comprendre un pays aussi vaste que la France. Certes, Paris est une ville mondialement connue et qui compte plus de deux millions d’habitants et un patrimoine culturel impressionnant. Mais est-ce pour autant qu'il faudrait oublier les autres villes, villages et métropoles françaises ? Sans compter que la France regroupe aussi des départements et des territoires d’outre-mer et qu'elle entretient des relations et des partenariats internationaux qui dépassent de loin ce qui se passe entre Paris et le reste du monde. Ne pas confondre le mouvement Wikimédia avec le projet Wikipédia relève donc du bon sens.
En 2019 cependant, la Fondation Wikimédia a envisagé de se renommer en Fondation Wikipédia et de remplacer le terme « Wikimédia » par celui de « Wikipédia » partout où ce terme est utilisé dans la sphère hors ligne du mouvement. Le but était d’acquérir une plus grande visibilité et d’attirer des milliards de personnes, grâce au nom de marque Wikipédia, considéré comme l’un des plus connus au monde. Ce changement n’a toutefois pas été accepté par de nombreuses personnes actives au sein du mouvement. En janvier 2020, ces opposants ont ainsi créé une page d’appel à commentaires, qui fut le siège d’un long débat. À l’issue de ce dernier, 73 représentants d’organisations affiliées et 984 personnes ont signé une lettre ouverte adressée à la Fondation, qui comprenait le paragraphe suivant.
« Depuis 20 ans, les bénévoles ont bâti la réputation de Wikipédia en tant que ressource indépendante et communautaire. Les projets du mouvement Wikimédia, dont Wikipédia, se développent autour de la décentralisation et du consensus. Il est essentiel d’établir des distinctions claires entre la Fondation Wikimédia, les affiliés et les contributeurs individuels. Tout changement qui affecte cet équilibre exige le consentement éclairé et la collaboration des communautés. Il est donc très préoccupant de voir Wikipédia présenté pour le nom de l’organisation et du mouvement malgré le mécontentement général de la communauté. »
En s’opposant aux idées de la Fondation, ces membres de la communauté Wikimédia ont ainsi fait preuve de sagesse. De plus, ils ont signalé dans de nombreux commentaires que beaucoup de personnes connaissent le mouvement Wikimédia uniquement au travers de son encyclopédie. Il est même étonnant d'observer que la méconnaissance du mouvement existe au sein même de sa propre communauté. Comme exemple, on peut observer que l'article Wikipédia en anglais, consacré au mouvement Wikimédia, ne s’est développé qu’à partir de 2016, tandis que celui de la version francophone de l'encyclopédie, n’est apparu qu’en 2019. Quant aux autres versions linguistiques, il est tout aussi étonnant de constater qu'en octobre 2025, seulement 39 d'entre elles, sur un total de 358, possédaient un article dédié au mouvement Wikimédia.
Tous ces éléments justifient donc la nécessité d’offrir au monde, une meilleure connaissance du mouvement Wikimédia et des nombreux projets et organisations, qui participent à sa mission de partage du savoir. En ce sens, ce livre est une contribution importante aux défis stratégiques que doit relever le mouvement Wikimédia à l’approche de 2030. Car au-delà des résolutions prises pour développer de nouveaux processus participatifs et délibératifs concernant les questions de marque, c’est avant tout un travail d’information et de sensibilisation à destination du public qu'il reste à faire.
'''Première partie : La naissance du mouvement Wikimédia.'''
Il existe dans l'espace web, une multitude d’archives permettant de retracer les événements, qui ont conduit à la naissance du mouvement Wikimédia. Cette « préhistoire » du mouvement peut notamment être explorée grâce au réseau d’éducation populaire Framasoft, dont le site est apparu environ un an avant la création de la version francophone de Wikipédia. On trouve sur cette plateforme une mine d’informations concernant les logiciels libres et la culture libre, soit deux épisodes majeurs de l’histoire de l’informatique et d’Internet, malheureusement méconnus du grand public.
Grâce à Framasoft et bien d’autres associations, il est possible de découvrir l’organisation et les motivations des millions de personnes qui participent au mouvement du logiciel libre. On peut apprend par exemple, que ce mouvement politique et social, au sein du milieu informatique, a été initié en 1983 par [[w:fr: Richard Stallman|Richard Stallman]]. Programmeur du [[w:Massachusetts_Institute_of_Technology|MIT]] à cette époque, c'est en effet lui qui fut le premier à proposer une alternative à la marchandisation du secteur informatique.
La philosophie de libre partage, apparue au sein du projet de Stallman, reflétait une certaine éthique et une organisation de travail originale, développées au sein d’une sous-culture, en vogue dans le milieu informatique depuis les années 1950. Celle-ci fut documentée dans de nombreux ouvrages, dont « L’éthique hacker », un livre remarquable, dans lequel le philosophe finlandais, Pekka Himanen, analyse en détail les origines de la culture hacker.
Un simple extrait de sa quatrième de couverture, repris ci-dessous, permet d’appréhender la manière de penser de ces informaticiens, rejoints par Richard Stallman durant ses études universitaires, avant d'en devenir l’une des figures les plus charismatiques.
« On considérait jusqu’à présent le « hacker » comme un voyou d’Internet, responsable d’actes de piratage et de vols de numéros de cartes bancaires. Le philosophe Pekka Himanen voit au contraire les hackers comme des citoyens modèles de l’ère de l’information. Il les considère comme les véritables moteurs d’une profonde mutation sociale. Leur éthique, leur rapport au travail, au temps ou à l’argent, sont fondés sur la passion, le plaisir ou le partage. Cette éthique est radicalement opposée à l’éthique protestante, telle qu’elle est définie par Max Weber, du travail comme devoir, comme valeur en soi, une morale qui domine encore le monde aujourd’hui. »
En introduisant cette première partie d'ouvrage de la sorte, nous pouvons déjà comprendre que le mouvement Wikimédia plonge ses racines dans une transition culturelle remplie d’utopie. Une utopie qui s’oppose notamment à ce que l’historien et anthropologue Karl Polanyi désignait, en 1944 déjà, comme un libéralisme économique qui « subordonne les objectifs humains à la logique d’un mécanisme de marché impersonnel ». Étape par étape et en commençant par analyser cette utopie spécifiquement au niveau du mouvement Wikimédia, voyons maintenant ce qui s'est passé tout au long de cette révolution culturelle et numérique.
'''Chapitre 1 : L'utopie Wikimédia.'''
Au fil du temps, Wikipédia fut perçu comme une utopie en marche, puis comme une utopie réalisée, et finalement comme la dernière utopie collective du Web. Mais qu'en est-il de l'ensemble du mouvement Wikimédia ? Pour nous aider à comprendre ce qui se passe dans la dimension numérique de ce mouvement, voici une métaphore qui décrit un quartier établi au sein d'une ville, imaginée au départ de l'espace web ». Dans cette ville imaginaire, Internet représenterait le réseau routier, pendant que des serveurs informatiques feraient office de bâtiments, et que les pages web qu'ils hébergent, constitueraient les différentes pièces de ces édifices.
En visitant le quartier Wikimédia, on découvrirait donc plus d’un millier de bâtiments. Au sein de ceux-ci et à l’exception de quelques lieux administratifs, chaque pièce peut être visitée gratuitement, mais aussi modifiée au niveau de son contenu. On peut ainsi y ajouter de nouvelles choses, telles que du texte, des photos, des vidéos ou des documents sonores, et même changer ou supprimer ce qui a été créé ou modifié par d’autres. Tout cela, bien sûr, dans le but de rendre ces endroits plus esthétiques, ou plus authentiques et en tenant compte des différentes idées et des éventuelles oppositions de point de vue concernant les aménagements. Pour faciliter l'entente entre les personnes qui s'investissent dans les modifications, chaque pièce des bâtiments Wikimédia possède un espace annexe dédié à la discussion.
Dans la plupart des bâtiments Wikimédia, une personne malintentionnée peut même faire disparaitre tout le contenu d'une pièce. Néanmoins, dans la seconde qui suit, un robot remettra tout en place, avant de transmettre un message concernant le traitement du vandalisme. Lorsqu'une action plus discrète n'est pas détectée par un robot, une personne qui surveille la pièce prendra certainement le relais pour annuler les changements malveillants, et contacter la personne responsable. En cas de multirécidive, celle-ci peut se voir privée de sa capacité de modifier les pièces, soit dans le bâtiment vandalisé, soit dans tout le quartier quand cela se justifie. Après discussion, cette sanction sera mise en application par un administrateur ou une administratrice bénévole, choisi ou choisie par l'ensemble des autres bénévoles qui prennent soin des bâtiments.
On comprend donc que tout le monde peut enrichir, mais également surveiller et protéger les richesses partagées dans le quartier Wikimédia. Il suffit pour cela de rejoindre le mouvement en se créant un compte et de profiter de nombreux outils, dont un système de notification qui envoie un message dès qu'une pièce que l'on veut surveiller est modifiée. Pour créer ce compte, il n'est pas nécessaire de fournir une adresse ou un numéro de téléphone. Les seules informations personnelles indispensables au bon fonctionnement du quartier Wikimédia sont les adresses IP des visiteurs. Car contrairement à ce qui se passe dans les quartiers commerciaux de la grande ville numérique, tels que les GAFAM, NATU, BATX, le quartier Wikimédia ne récolte et ne vend aucune donnée à des fins d'exploitation.
Même les adresses IP enregistrées par le système ne sont pas visibles par les autres visiteurs. Elles sont remplacées par les noms et les pseudonymes fournis lors de la création des comptes, ou masquées par des comptes temporaires pour les modifications faites par des personnes non connectées. Seules quelques personnes accréditées par la communauté pour effectuer des contrôles d’usurpation d’identité ont accès à ces informations. C’est là une précaution nécessaire au bon déroulement des votes qui succèdent parfois aux recherches de consensus concernant l'aménagement du quartier Wikimédia.
Dans cette ville numérique que constituerait l'espace web, Wikimédia apparait ainsi comme le plus grand quartier dédié au partage de la connaissance. Tout d'abord, il y a les plus de 350 bâtiments Wikipédia, chacun dédié à une version linguistique de l'encyclopédie. Toujours séparés en versions linguistiques, on trouve ensuite : les bibliothèques Wikilivres et Wikisource, les bâtiments lexicaux Wiktionnaire, le journal Wikinews, le centre pédagogique et de recherche Wikiversité, le syndicat d’initiative Wikivoyage, le répertoire des êtres vivants Wikispecies et enfin l'institut des citations d’auteurs Wikiquote. Cela sans oublier le musée médiatique Wikimedia Commons et la banque Wikidata, reconnue comme étant la plus grande banque d’informations structurées au monde. Deux bâtiments dont l'une des fonctions principales communes est d’enrichir les pièces situées dans les autres buildings du quartier Wikimédia.
Dans tous ces immeubles, il arrive souvent que plus de la moitié des étages soient uniquement attribués à l'organisation des activités qui s'y déroulent. Chaque bâtiment peut aussi compter sur le soutien d'autres édifices tels que MediaWiki, Wikitech, Phabricator, qui sont trois lieux entièrement dédiés aux maintenances techniques sur l'ensemble du quartier. Concernant les aspects administratifs, c'est dans le bâtiment Méta-Wiki que s'opère la gouvernance générale du quartier, alors que les courriers adressés à ce dernier sont traités en première ligne dans le bâtiment Wikimedia VRT. À la suite de quoi, il ne reste plus qu'à citer le bâtiment Wikimedia Outreach, pour des initiatives de sensibilisation, et le bâtiment du journal Diff Wikimedia, comme lieu de publication d'actualités sur le mouvement.
En dehors de certains aspects techniques, tous ces bâtiments sont gérés exclusivement par des communautés bénévoles, qui sont toujours prêtes à accueillir de nouveaux membres. Les seuls immeubles du quartier qui diffèrent de ce principe sont les bâtiments vitrines de la Fondation Wikimédia et des autres associations Wikimédia qui engagent du personnel. Quant au bâtiment du conseil d'administration de la Fondation, des raisons officielles justifient le fait que la modification de ses pièces est réservée à ces membres et aux employés qui les soutiennent.
Face à tant d'utopies, on en vient donc à se demander comment tout cela fut rendu possible. Mais pour répondre à cette question, il faut alors parcourir tout un pan de l'histoire de la révolution numérique, depuis la contre-culture des années 1960 jusqu'à nos jours. On y découvre que les pionniers du réseau Internet étaient des chercheurs et étudiants en informatique, fortement influencés par de nouvelles idéologies, telles que celles qui furent à la source des évènements de mai 68 en France. C'est donc de là que naîtra la philosophie de partage, de liberté, de décentralisation et ce mode d’organisation tout à fait spécifique, que l'on observe aujourd'hui au sein du mouvement Wikimédia.
Il y eut tout d'abord la création d'Internet, comme réseau mondial de communication en libre accès, et le développement du World Wide Web, qui a grandement facilité les interactions humaines à l’échelle planétaire. Puis, ce fut l'arrivée du Web 2.0, caractérisé par l'apparition de nouveaux sites web directement modifiables à l'aide d’un simple navigateur. Or, parmi ceux-ci se trouvent les moteurs de Wiki, dont le plus puissant d’entre eux, MediaWiki, est un logiciel libre développé par la Fondation Wikimédia. Le moment est donc venu d'en savoir plus sur ce type de programme informatique, ainsi que sur le mouvement du logiciel libre, qui a fortement influencé la philosophie et les valeurs véhiculées au sein du mouvement.
'''Chapitre 2 : Le mouvement du logiciel libre.'''
L’un des premiers épisodes de la préhistoire de Wikipédia et du mouvement Wikimédia débuta en septembre 1983, lorsqu’un programmeur du Massachusetts Institute of Technology, appelé Richard Stallman, déposa un message sur la liste de diffusion net.unix-wizards. C’était un appel d’aide pour la création de GNU, un nouveau système d’exploitation qui devait réunir une suite de programmes que tout le monde pourrait utiliser librement sur son ordinateur personnel. Dans son message transmis via ARPANET, le premier réseau informatique à grande échelle qui précéda Internet, Stallman s’exprimait de la sorte.
Je considère comme une règle d’or que si j’apprécie un programme, je dois le partager avec d’autres personnes qui l’apprécient. Je ne peux pas en bonne conscience signer un accord de non-divulgation ni un accord de licence de logiciel. Afin de pouvoir continuer à utiliser les ordinateurs sans violer mes principes, j’ai décidé de rassembler une quantité suffisante de logiciels libres, de manière à pouvoir m’en tirer sans aucun logiciel qui ne soit pas libre.
Le projet de Stallman, qui reçut le soutien nécessaire à son accomplissement, marqua ainsi le début de l’histoire du logiciel libre. Quant à la quantité d’aide fournie, elle permet de croire que Richard Stallman n’était pas seul à voir l’arrivée des logiciels propriétaires d’un mauvais œil. Car pour les membres du projet GNU et du mouvement du logiciel libre en général, un bon programme informatique doit respecter ces quatre libertés fondamentales :
1. La liberté d’exécuter le programme, pour tous les usages.
2. La liberté d’étudier le fonctionnement du programme, et de l’adapter à vos besoins.
3. La liberté de redistribuer des copies, donc d’aider votre voisin.
4. La liberté d’améliorer le programme, et de publier vos améliorations, pour en faire profiter toute la communauté.
Lors de l'apparition du logiciel libre, le marché de l’informatique était de fait en pleine mutation. L'habituel partage des codes informatiques entre les rares étudiants ou chercheurs, qui bénéficiaient d’un accès à un ordinateur, faisait l'objet d'une remise en question. Ce changement faisait notamment suite au Copyright Act de 1976, une nouvelle loi qui autorisait l'application d'un droit d'auteur sur le code informatique, et donc qui permettait d'en interdire le partage ou la réutilisation sans autorisation. Des clauses de confidentialité ont ainsi fait leur apparition, pendant que les employés des firmes informatiques étaient nouvellement soumis à des contrats de confidentialité. C'était la fin de l’entraide et de la solidarité pratiquées chez les pionniers de l’informatique. À sa place s'installaient la concurrence et la compétitivité, bien connues dans le système capitaliste marchand.
Cette mutation coïncidait avec l’arrivée des premiers ordinateurs de taille réduite. Grâce à l’apparition des premiers circuits intégrés, les premiers exemplaires avaient en effet été créés par l’industrie aérospatiale au début des années 1960. Cependant, il fallut attendre le début des années 1980 pour que le prix d’un ordinateur soit suffisamment bas pour en faire un bien de grande consommation. En 1982, le Commodore 64 entrait ainsi dans le livre Guinness des records, avec plus de 17 millions d’exemplaires vendus dans le monde. Mais avant cela, en 1981, l’IBM Personal Computer avait déjà fait son apparition, en proposant une architecture ouverte qui allait servir de modèle pour toute une gamme d’ordinateurs que l’on désigne toujours aujourd’hui par l’acronyme « PC ».
Pour faire fonctionner ses nouveaux modèles d'ordinateurs, la société IBM avait confié à l’entreprise Microsoft, créée en 1975, la mission de les équiper d’un système d’exploitation. Le contrat signé entre les deux firmes fut une véritable aubaine pour le fournisseur des programmes informatiques. Car sans s'en apercevoir, et sans jamais anticiper que son matériel serait cloné à grande échelle, IBM avait en effet permis à Microsoft d'établir un monopole dans la vente de logiciels. Cela fut condamné pour abus de position dominante et vente liée du logiciel avec le matériel informatique, mais sans pour autant empêcher Bill Gates, le principal actionnaire de Microsoft, d'être l'homme le plus riche du monde en 1994.
Toutefois, pendant que Microsoft renforçait sa position dominante, un nouvel événement majeur allait marquer l’histoire du logiciel libre. Celui-ci fut de nouveau déclenché par un appel à contribution, qui fut cette fois posté le vingt-cinq août 1991 par un jeune étudiant en informatique de 21 ans, appelé Linus Torvalds. Via le système de messagerie Usenet, sa demande avait été postée dans une liste de diffusion consacrée au système d’exploitation Minix, une sorte d’UNIX simplifié et développé dans un but didactique, par le programmeur Andrew Tanenbaum.
Loin d’imaginer que cela ferait de lui une nouvelle célébrité dans le monde du Libre, Torvalds entama son message par le paragraphe suivant.
« Je fais un système d’exploitation gratuit (juste un hobby). Il ne sera pas grand et professionnel comme gnu pour les clones 386. Ce projet est en cours depuis avril et commence à se préparer et j’aimerais avoir un retour sur ce que les gens aiment ou n’aiment pas dans minix, car mon système d’exploitation lui ressemble un peu, même disposition physique du système de fichiers pour des raisons pratiques entre autres. »
Bien qu’il fût présenté comme un passe-temps, le projet qui répondait au nom de « Linux », fut rapidement soutenu par des milliers de programmeurs du monde entier, avant de devenir la pièce manquante du projet GNU. En effet, les contributeurs au projet de Stallman n’avaient pas encore terminé l’écriture du code informatique du noyau Hurd, alors qu'il était censé établir la communication entre la suite logicielle produite par GNU et le matériel informatique. C'est donc la fusion des codes produits par les projets GNU et Linux qui permit la création du premier système complet, stable et entièrement libre baptisé GNU/Linux.
Au départ de ce nouveau système informatique, de nombreuses variantes, que l’on nomme communément « distributions », furent créées par des programmeurs de tous horizons. L’une de celles-ci s’intitule Debian et tire sa réputation d'être simultanément libre, gratuite, très fiable et produite par une communauté sans lien direct avec une société commerciale. Quatre qualités qui expliquent pourquoi, Debian sert de base à plus de 150 distributions dérivées, et que de nombreuses organisations l'utilisent, comme le fait la Fondation Wikimédia sur les serveurs qui hébergent les projets qu'elle supporte.
Grâce à la naissance des logiciels libres, le mouvement Wikimédia a donc la possibilité de faire tourner ses serveurs informatiques, avec un système d’exploitation fiable, libre et gratuit. Comme son code source est ouvert, cela permet aussi à la Fondation Wikimédia de le modifier pour répondre aux besoins spécifiques du mouvement. À la suite de quoi, et selon les règles formulées par la communauté du logiciel libre, les modifications faites par la Fondation deviennent à leur tour, gratuitement et librement, utilisables par d’autres personnes ou organismes.
À ce premier héritage reçu par le mouvement Wikimédia, et toujours en provenance des logiciels libres, s’ajoute encore une innovation méthodologique. Dans son article La Cathédrale et le Bazar, Eric Raymond mobilise en effet le terme « cathédrale » pour désigner le mode de production des logiciels propriétaires, en opposition au mot « bazar », qu'il utilise pour qualifier le mode de développement des logiciels libres. D’un côté, il décrit une organisation pyramidale, rigide et statutairement hiérarchisée, comme on peut la voir souvent au sein des entreprises. Tandis que de l’autre, il parle d’une organisation horizontale, flexible et peu hiérarchisée, qu’il a lui-même expérimentée en adoptant le style de développement de Linus Torvalds, à savoir : « distribuez vite et souvent, déléguez tout ce que vous pouvez déléguer, soyez ouvert jusqu’à la promiscuité ».
À l’instar de la métaphore du quartier numérique présentée dans le précédent chapitre, cette manière de décrire les projets open source nous aide donc ici à mieux comprendre ce qui se passe dans le mouvement Wikimédia. D'un côté, on retrouve effectivement cette « ouverture jusqu’à la promiscuité », dans le libre accès accordé aux projets Wikimédia, alors que de l'autre, tout le monde peut rejoindre les projets et associations Wikimédia. Ces deux observations corroborent ainsi l’existence d’un deuxième héritage en provenance du mouvement du logiciel libre. Néanmoins, il nous reste encore à découvrir un phénomène négligé par Eric Raymond durant ses observations, et qui pourtant, a considérablement influencé l'histoire de la révolution numérique. Découvrons donc à présent, la licence libre et le mouvement de la culture libre, dont elle fut à l’origine.
'''Chapitre 3 : Les licences et la culture libres.'''
Dans une biographie autorisée, Christophe Masutti explique à quel point la création de la Licence publique générale GNU, en tant que première licence libre créée par Richard Stallman, représente un épisode majeur de la révolution numérique. Selon lui :
La GPL apparaît comme l’un des meilleurs hacks de Stallman. Elle a créé un système de propriété collective à l’intérieur même des habituels murs du copyright. Surtout, elle a mis en lumière la possibilité de traiter de façon similaire « code » juridique et code logiciel.
Le concept de distribution associé à ce nouveau type de licence fut baptisé « copyleft », par inspiration d’un jeu de mots que Richard Stallman avait trouvé dans un courrier transmis par son collègue Don Hopkins. Le principe novateur de ce concept est d'obliger toute production de code dérivé à se soumettre à la même licence libre que le code d’origine. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle beaucoup de gens parlent de licence « virale » ou « récursive » en faisant référence à celle-ci. Quant à l'importance de cette clause, elle repose sur le fait d'interdire toute privatisation d'un code informatique produit sous licence libre. Sans celle-ci, un tel code risque en effet d'être récupéré, puis modifié, avant d’être placé sous un habituel copyright de type « tous droits réservés », dans le but de commercialiser son usage.
En 2001 et dans la mouvance provoquée par l'arrivée des licences libres, une organisation internationale sans but lucratif, intitulée Creative Commons, a entamé la promotion du partage et la réutilisation de la créativité et des connaissances grâce à la fourniture d’outils juridiques gratuits. Pour ce faire, elle met régulièrement à jour une panoplie de licences inspirées par la GNU, mais spécialement adaptées aux œuvres de l'esprit, telles que les productions littéraires, musicales, photographiques et vidéo, ainsi que les bases de données.
Contrairement aux licences libres fournies par la Free Software Foundation, conçues pour protéger du code informatique, les licences fournies par Creative Commons offrent la possibilité de sélectionner de nombreuses clauses pour protéger une œuvre. Avec le label CC, pour Creative Commons, on peut ainsi appliquer, ou ne pas appliquer, la clause « BY », qui oblige à créditer l'auteur, et la clause « SA », pour Share Alike, qui ordonne le partage à l’identique comme décrit précédemment. Après quoi il est encore possible d'ajouter la clause « NC », qui impose un usage non commercial, et finalement, la clause « ND », pour Non Derivative, qui exige que l’œuvre soit utilisée ou reproduite dans son intégralité et sans modification.
Le mouvement Wikimédia a choisi la licence CC.BY-SA pour protéger les contenus publiés dans tous ses projets. Cela à l'exception de la banque de données Wikidata, qui au même titre que les descriptions apportées aux fichiers téléchargés dans la médiathèque Wikimedia Commons, publie ses informations structurées sous licence CC0. Cette dernière licence est ainsi ce qui se rapproche le plus du domaine public, avec cet avantage de ne pas devoir mentionner les auteurs dans le traitement et la réutilisation du contenu de la base de données.
Cependant, il en résulte que les informations en question peuvent être réutilisées par des tiers qui ne sont plus obligés de citer leurs sources, comme le font les agents conversationnels des intelligences artificielles génératives, appelés couramment chatbots. Contrairement à la licence CC.BY-SA, la licence CC0 est donc moins apte à pérenniser les projets Wikimédia, puisqu'elle permet d'invisibiliser ces derniers au risque de réduire les chances d'arrivée de nouveaux contributeurs et contributrices. De plus, sans la clause SA qui assure l'application du copyleft, toutes les informations récupérées au sein de Wikidata et de Wikimedia Commons sont aussi susceptibles de quitter le monde du libre.
Quoi qu’il en soit, les licences Creative Commons, inspirées par la licence libre de Richard Stallman, apparaissent finalement comme un troisième héritage en provenance du mouvement du logiciel libre et de la culture libre qui en est issue. Grâce à la licence CC BY SA, les éditeurs des projets Wikimédia bénéficient effectivement d'une certaine reconnaissance, tout en étant assurés qu'aucun copyright sur leurs travaux ne puisse exclusivement profiter à une personne ou une compagnie. De plus, la licence libre appliquée au système d'exploitation installé sur les serveurs Wikimédia, garantit elle aussi un certain respect des contributeurs, puisqu'elle permet de vérifier si le code informatique ne compromet pas leurs vies privées.
Avec tous les autres apports en provenance du logiciel libre, ce sont là deux choses importantes qui ont permis l'apparition du mouvement Wikimédia. Toutefois, cela ne pouvait pas suffire à la création du projet Wikipédia qui en fut le point de départ. Car sans un espace numérique, mondial et libre d’accès, tel qu'il fut créé par Internet et l'espace web, aucune encyclopédie collaborative de cette envergure n'aurait pu voir le jour.
'''Chapitre 4 : Le réseau Internet.'''
L’histoire du réseau Internet constitue un nouvel épisode captivant de la révolution numérique, sans lequel le mouvement Wikimédia n’aurait jamais pu émerger. D’un point de vue purement technique, ce réseau informatique a été mis au point dans les années 1970, avant l’adoption généralisée du protocole TCP/IP, toujours en usage à ce jour. Ce dernier fut inventé par Vint Cerf et Robert Elliot Kahn, quand ils travaillaient pour la Defense Advanced Research Projects Agency, rattachée au département de la Défense américaine. L'une des premières présentations de leur projet fut ainsi réalisée lors d’une conférence organisée par l’International Network Working Group, une instance créée pour assurer la gouvernance mondiale du réseau informatique.
Sur base de ces informations, on peut penser qu’Internet a été créé par des militaires. Cependant, Une contre-histoire de l’Internet, nous révèle que les créateurs et les premiers utilisateurs d’ARPANET, considéré comme l’ancêtre d’Internet, étaient davantage des étudiants hippies et amateurs de LSD, que des militaires bien drillés. D’ailleurs, avant la standardisation du protocole TCP/IP, ARPANET fonctionnait depuis plus d’un an avec un autre protocole de transition intitulé Network Control Program. Or, celui-ci avait été mis au point, en février 1969, par le Network Working Group, un groupe informel d’étudiants rassemblés autour de Steve Crocker, lorsqu’il ne détenait encore qu’une simple licence, au niveau de sa formation universitaire.
Bien que rarement cité dans l’histoire d’Internet, ce groupe a pourtant mis en place la procédure RFC, pour Request For Comments, reconnue comme « l’un des symboles forts de la "culture technique" de l’Internet, marquée par l’égalitarisme, l’autogestion et la recherche collective de l’efficience ». Soit trois principes et une procédure, qui aujourd’hui encore sont appliqués sur le site Méta-Wiki, dans lequel s'organise la gestion communautaire du mouvement Wikimédia. Cela alors qu'au sein des autres projets dédiés à la production de contenus pédagogiques, des processus similaires de recherche de consensus ont fait leur apparition.
Il faut ensuite savoir que les liens entre ARPANET et l’armée ont disparu avec l’apparition du MILNET, un réseau entièrement dédié aux activités militaires, rebaptisé NIPRNet, pour Non-classified Internet Protocol Router Network, en 1990. Après une séparation définitive en 1983, précisément l’année où Richard Stallman postait sa demande d’aide pour le projet GNU, le réseau ARPANET resta uniquement dédié à la recherche et au développement. À cette époque, le réseau ne comprenait pas plus de 600 machines connectées, ce qui n'a donc rien de comparable avec ce vaste réseau informatique mondial que nous connaissons aujourd’hui et qui fut fortement développé au cours des années 1990.
Pour en assurer l’entretien technique, une organisation non gouvernementale, a été créée en 1992, sous l'appellation d’Internet Society. Celle-ci devait aussi veiller au respect des valeurs fondamentales liées au bon fonctionnement du réseau. Car avant d'atteindre des milliards d’appareils connectés, il a d’abord fallu réglementer les nombreuses dorsales internet intercontinentales, sans lesquelles la transmission du protocole TCP/IP partout dans le monde n'aurait pas été possible.
Quant à l’état d’esprit des créateurs d'Internet, un article intitulé : Quarante ans après, mais qui donc créa l’internet ? apporte un éclairage particulièrement intéressant au sujet des liens que l'on peut établir entre le mouvement Wikimédia et l'histoire d'Internet. Dans son témoignage, Michel Elie, cet ingénieur en informatique, membre du Network Working Group cité précédemment, et responsable de l’Observatoire des Usages de l’Internet, nous explique en effet ceci.
Le succès de l’internet, nous le devons aux bons choix initiaux et à la dynamique qui en est résultée : la collaboration de dizaines de milliers d’étudiants, ou de bénévoles apportant leur expertise, tels par exemple ces centaines de personnes qui enrichissent continuellement des encyclopédies en ligne telles que Wikipédia.
Au courant des années 1990, le milieu informatique universitaire semblait donc toujours fortement imprégné des idéaux de la contre-culture des années 1960, produit par les baby boomers dans le contexte de la guerre du Vietnam. Afin d'illustrer les idées véhiculées à cette époque, voici un paragraphe extrait d'un ouvrage publié en 1970, et intitulé Vers une contre-culture : Réflexions sur la société technocratique et l’opposition de la jeunesse. Dans celui-ci, Théodore Roszak explique ceci.
Le projet essentiel de notre contre-culture : proclamer un nouveau ciel et une nouvelle terre, si vastes, si merveilleux que les prétentions démesurées de la technique soient réduites à n’occuper dans la vie humaine qu’une place inférieure et marginale. Créer et répandre une telle conception de la vie n’implique rien de moins que l’acceptation de nous ouvrir à l’imagination visionnaire. Nous devons être prêts à soutenir ce qu’affirment des personnes telles que Blake, à savoir que certains yeux ne voient pas le monde comme le voient le regard banal ou l’œil scientifique, mais le voient transformé, dans une lumière éclatante et, ce faisant, le voient tel qu’il est vraiment.
À la suite de cette lecture, il peut sembler paradoxal qu’une contre-culture, qui voit la technique comme inférieure et assimile la science au banal, puisse avoir un lien avec le milieu scientifique universitaire qui fut à l'origine d'Internet. Cependant, une réponse à cette énigme fut apportée par Fred Turner, par la publication de son livre intitulé : « Aux sources de l’utopie numérique : De la contre-culture à la cyberculture ».
Grâce à cet ouvrage, on découvre que le mouvement hippie utilisera tout ce qui était à sa disposition à l’époque pour parvenir à ses fins : LSD, spiritualités alternatives, mais également, objets technologiques les plus en pointe. Cela grâce notamment à l’influence de Steward Brand, le créateur d'un catalogue interactif, qui peut être considéré comme l'ancêtre analogique des groupes de discussions numériques apparus des années plus tard.
Comme autre indication, il y a ensuite les propos tenus en 1992, lors d’une plénière de la 24ᵉ réunion du groupe de travail sur l’ingénierie Internet, par David D. Clark, un autre pionnier d’Internet. Durant cette rencontre, ce chef de projet prononça des paroles restées dans les annales. « Nous récusons rois, présidents et votes. Nous croyons au consensus et aux programmes qui tournent ». Deux phrases seulement, mais qui, dans le cadre du milieu informatique, permettent de croire que le mépris de la contre-culture envers la technique et la science, s'est transformé en un refus d’autorité et une recherche de consensus.
Quoi qu'il en soit, le développement d'Internet ne s'est pas fait sans conflits idéologiques importants. On peut d'ailleurs se demander aujourd'hui à quoi ressemblerait Internet, s'il n'avait jamais été commercialisé. Cela s'est passé en novembre 1994, lorsque l’association sans but lucratif Advanced Network and Services, chargée de gérer les accès à Internet, a fait le choix de vendre ses activités. Cette décision faisait suite à un appel à des fonds privés pour financer d'importants changements dans l'infrastructure du réseau. Profitant de l'occasion, la société commerciale America Online a ainsi repris à son compte la gestion des connexions à Internet, après avoir effectué un versement de 35 millions de dollars.
Trente ans plus tard, Internet est devenu ce réseau que nous expérimentons aujourd'hui, à savoir : un réseau dominé par des sociétés privées les plus riches au monde. Dans ce contexte et parmi les 100 sites web les plus visités, seul le nom de domaine Wikipédia appartient à une organisation non lucrative. Cela explique donc pourquoi le mouvement Wikimédia, via son encyclopédie et la fondation qui l'héberge, représente à ce jour, et dans l'espace web, l'expression la plus visible de la philosophie des pionniers d’Internet.
Plus qu'un héritage, cette situation peut être vue comme une mission perpétuée au sein d'un espace envahi par une culture marchande et capitaliste. Il s'agit là d'une information importante qu'il faut retenir au sujet du mouvement Wikimédia. Elle ne clôture pas pour autant tout ce qu'il faut savoir au sujet des évènements qui ont permis la création d’une encyclopédie mondiale, libre et collaborative. Car avant cela, il nous reste encore à découvrir l'histoire du World Wide Web, un espace numérique sans lequel la création de Wikipédia n'aurait jamais été possible.
'''Chapitre 5 : Le World Wide Web.'''
Maintenant que le lien entre la création d'Internet et le mouvement Wikimédia est établi, découvrons à présent l'application la plus connue du réseau, que l'on nomme le World Wide Web, ou plus simplement « Web ». C'est Tim Berners-Lee qui en fut l’inventeur, lorsqu’il était encore actif à l'Organisation européenne pour la recherche nucléaire. Il avait pour idée de créer un espace d’échange public par l’intermédiaire d'Internet, et pour y parvenir, il mit au point le logiciel « WorldWideWeb », ensuite rebaptisé Nexus, pour éviter toute confusion entre les deux termes.
Grâce à un système d’indexation appelé hypertexte, ce programme informatique a permis de produire et de connecter des espaces numériques, que l'on intitule sites Web. Ceux-ci sont composés de pages web, hébergées sur des ordinateurs distants, mais connectés entre eux au travers du réseau Internet. Pour permettre ce type de connexion, Berners-Lee mit au point le Hypertext Transfer Protocol ou HTTP, un nouveau protocole de communication simple en soi, mais dont la mise en œuvre technique est compliquée.
Pour veiller au bon fonctionnement et au bon usage de l'espace web, des règles de standardisation ont tout d'abord été édictées par l’association Internet Society. Après quoi, Berners-Lee fonda le W3C, un consortium international dont la devise est : « un seul Web partout et pour tous ». Si ce slogan nous apparaît très naturel aujourd’hui, il faut toutefois savoir que l'espace Web a bien failli être régi séparément par des acteurs commerciaux, avec tous les droits d'accès que cela aurait pu engendrer.
À partir du trente avril 1993, jour du dépôt du logiciel Nexus dans le domaine public par Robert Cailliau, un collègue de Berners-Lee chargé de la promotion de son projet, un tel scénario était en effet possible. Sauf qu'après le départ de Berners-Lee, devenu président du W3C, François Flückiger, qui avait repris son poste au sein du CERN, eut la présence d'esprit de réagir à temps. Selon le livre Alexandria qui parcourt l'histoire de Robert Caillau, voici ce qui aurait pu se passer si le code de l’éditeur HTML n'avait finalement pas été placé sous licence libre.
La philanthropie de Robert, c’est très sympa, mais ça expose le Web à d’horribles dangers. Une entreprise pourrait s’emparer du code source, corriger un minuscule bug, s’approprier le « nouveau » logiciel et enfin faire payer une licence à ses utilisateurs. L’ogre Microsoft, par exemple, serait du genre à flairer le bon plan pour écraser son ennemi Macintosh. Les détenteurs d’un PC devraient alors débourser un certain montant pour profiter des fonctionnalités du Web copyright Microsoft. Les détenteurs d’un Macintosh, eux, navigueraient sur un Web de plus en plus éloigné de celui vendu par Bill Gates, d’abord gratuit peut-être, avant d’être soumis lui aussi à une licence.
Face à un tel scénario, nous découvrons de nouveau à quel point le concept de licence libre a fondamentalement changé le cours de la révolution numérique. Sans cela, nos expériences et nos usages de l'espace numérique auraient été totalement différents. L'utopie Wikipédia, par exemple, n'aurait certainement pas vu le jour, en raison de l'éclatement des espaces numériques et des coûts d'accès auxquels seraient confrontés les bénévoles qui ont construit le projet. Quoi qu'il en soit, et au niveau technique, une fois l'espace web apparu, il ne manquait plus que l'apparition des plateformes Wiki pour permettre la création d'une encyclopédie collaborative au format numérique.
'''Chapitre 6 : Les plateformes Wiki.'''
Un wiki, ou un moteur de wiki, est un logiciel que l'on installe sur un serveur informatique pour permettre la création d’un site web éditable et configurable à l’aide d’un simple navigateur. Plus précisément, c’est un système de gestion de contenu, dans lequel le code HTML, CSS, JavaScript et Lua, ainsi que certains paramètres, peuvent être modifiés par tous les internautes. Cela peut se faire en se connectant à un compte utilisateur, afin de bénéficier des droits de modification et d’administration qui lui sont accordés, ou en utilisant la configuration attribuée par défaut aux personnes non connectées.
Sur les pages web d'un wiki, chaque modification provoque un nouvel enregistrement complet du code source qui la compose. De la sorte, il est toujours possible, à partir d’une page reprenant l’historique des modifications, de rétablir l'une de ses anciennes versions. Grâce à ce système, on peut ainsi savoir quelle personne, ou quelle adresse IP est à l’origine d’un changement, et même voir l’endroit où la modification a été faite, et à quel moment celle-ci a été réalisée.
Le premier logiciel Wiki, qui portait le nom de WikiWikiWeb, a été créé et placé sous licence libre GPL par Ward Cunningham en mars 1995. Grâce à la licence, d’autres programmes wiki ont vu le jour en copiant ou s’inspirant du code source de WikiWikiWeb, ou des autres projets wiki qui l'avaient fait auparavant. Cette émulation récursive, qui donna naissance à toute une panoplie de projets wiki, est donc à nouveau une belle illustration des retombées positives que peut susciter l'application d'une licence libre.
Parmi les différents logiciels Wiki disponibles, UseModWiki fut choisi par la société Bomis qui finança la création du premier projet Wikipédia en anglais. C'était un choix judicieux, car l’éclatement de la bulle spéculative d’Internet, à la fin des années 2000, confrontait l'entreprise à de grosses difficultés financières. Un programme gratuit, simple d’utilisation et peu gourmand en ressources informatiques, convenait donc parfaitement dans ce cadre. UseModWiki fut par après remplacé par un autre moteur de Wiki sans nom, mais plus performant et toujours produit sous licence libre. Ce dernier fut ensuite amélioré par plusieurs programmeurs, dont Brion Vibber, le premier employé de la Fondation Wikimédia, avant d’être finalement intitulé MediaWiki.
Avec l’aide de nouveaux employés et des bénévoles actifs sur le site mediawiki.org, ce système de gestion de contenu finit par apparaitre en tête du classement des wikis les plus utilisés. Toujours grâce à sa licence libre, des milliers d'autres personnes et projets ont effectivement pu développer des sites Web, sans nécessairement faire partie du mouvement Wikimédia. Ce succès a par ailleurs justifié la programation de rassemblements annuels entre 2016 et 2020, entre personnes et organismes qui utilisent le programme, pour discuter de son développement et de ses usages.
Ceci étant dit, il existe dans la liste des Wikis d’autres logiciels libres intéressants, tels que DokuWiki, rendu populaire par sa simplicité d’installation et d’usage. Jusqu’à ce jour cependant, seul MediaWiki semble suffisamment stable et puissant pour permettre le développement optimal de l’ensemble des projets Wikimédia. Avec parmi ceux-ci, bien sûr, Wikipédia, l'encyclopédie libre et universelle, dont nous allons enfin découvrir la mise en place dans ce prochain chapitre.
'''Chapitre 7 : L’encyclopédie libre et universelle.'''
Dans les chapitres précédents, nous avons découvert toutes les innovations techniques et culturelles, sans lesquelles Wikipédia n’aurait jamais pu devenir la plus grande encyclopédie libre et universelle connue au monde. Son objectif est de synthétiser la totalité du savoir humain, ce qui n’est autre finalement, qu’un vieux rêve de notre humanité. Trois cents ans avant Jésus-Christ et durant la création de la bibliothèque d’Alexandrie, ce désir était aussi celui de Ptolémée Iᵉʳ. Puis, deux siècles plus tard, Denis Diderot publie, avec Jean Le Rond d'Alembert et Louis de Jaucourt en 1751, la première édition de l’Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers. Quant à Paul Otlet, qui a créé avec Henri La Fontaine la classification décimale universelle en usage depuis 1905, il s’était mis en tête de répertorier l’ensemble du savoir humain au sein d'un seul édifice.
Peu connu à ce jour, ce documentaliste belge rêvait pourtant de cataloguer le monde et de rassembler toutes les connaissances humaines, sous la forme d’un gigantesque répertoire bibliographique universel, situé à l'intérieur d'un Mundaneum. En 1934, dans le Traité de documentation écrit par celui qui voulait « classer le monde », Otlet décrit, de manière particulièrement visionnaire, un possible partage du savoir et de l’information.
Ici, la Table de Travail n’est plus chargée d’aucun livre. À leur place se dresse un écran et à portée un téléphone. Là-bas, au loin, dans un édifice immense, sont tous les livres et tous les renseignements, avec tout l’espace que requiert leur enregistrement et leur manutention…
De là, on fait apparaître sur l’écran la page à lire pour connaître la question posée par téléphone avec ou sans fil. Un écran serait double, quadruple ou décuple s’il s’agissait de multiplier les textes et les documents à confronter simultanément ; il y aurait un haut-parleur si la vue devrait être aidée par une audition. Une telle hypothèse, un Wells certes l’aimerait. Utopie aujourd’hui parce qu’elle n’existe encore nulle part, mais elle pourrait devenir la réalité de demain pourvu que se perfectionnent encore nos méthodes et notre instrumentation.
Avant l'apparition des intelligences artificielles et à peu de choses près, cette utopie décrite en 1934 par Otlet correspond à l'usage que l'on fait du réseau Internet et de son espace web, lorsqu'on recherche de l'information. Premièrement, allumer un système informatique, avec ou sans fil et muni d'un écran, ensuite, poser une question dans un moteur de recherche, puis finalement, être redirigé, comme cela arrive très souvent, vers l'une des versions linguistiques de Wikipédia.
Ce scénario, dans lequel les moteurs de recherche jouent un rôle central, explique la popularité de l'encyclopédie libre. D'autres projets similaires étaient pourtant apparus sur le Web avant l'arrivée de Wikipédia. Environ trois ans avant sa création, Aaron Swartz, un activiste de la culture libre qui avait juste douze ans à l'époque, avait par exemple lancé une sorte de site encyclopédique produit et régi par ses usagers. Appelé The Info Network, ce site web avait d'ailleurs permis à son auteur de recevoir l'ArsDigita Prize, un prix décerné aux jeunes créateurs de projets « utiles, éducatifs, collaboratifs et non commerciaux ».
Il faut savoir ensuite que l'expression « encyclopédie libre et universelle » apparut pour la première fois sur le Net sous la plume de Richard Stallman et durant l'année 2000, soit approximativement un an avant la naissance de Wikipédia. C'était dans un essai intitulé The Free Universal Encyclopedia and Learning Resource, qui, selon son auteur, avait été rédigé deux ans avant sa publication sur la liste de diffusion du projet GNU. Repris ci-dessous, un extrait de ce texte, présente les particularités du projet.
Le World Wide Web a le potentiel de devenir une encyclopédie universelle couvrant tous les domaines de la connaissance et une bibliothèque complète de cours d’enseignement. Ce résultat pourrait être atteint sans effort particulier, si personne n’intervient. Mais les entreprises se mobilisent aujourd’hui pour orienter l’avenir vers une voie différente, dans laquelle elles contrôlent et limitent l’accès au matériel pédagogique, afin de soutirer de l’argent aux personnes qui veulent apprendre.
Nous ne pouvons pas empêcher les entreprises de restreindre l’information qu’elles mettent à disposition ; ce que nous pouvons faire, c’est proposer une alternative. Nous devons lancer un mouvement pour développer une encyclopédie libre universelle, tout comme le mouvement des logiciels libres nous a donné le système d’exploitation libre GNU/Linux. L’encyclopédie libre fournira une alternative aux encyclopédies restreintes que les entreprises de médias rédigeront.
En parlant d'un « mouvement pour développer une encyclopédie libre universelle », Stallman anticipait donc, sans le savoir, l'arrivée du mouvement Wikimédia, qui ne se concrétisa que des années plus tard. Quant à la soixantaine de paragraphes qui décrivent son projet, on y retrouve dans une forme presque identique, les cinq principes fondateurs, qui ont guidé la création de Wikipédia et qui sont toujours actifs à ce jour.
Le premier consiste bien sûr à créer une encyclopédie ; le deuxième réclame une neutralité de point de vue, chose que Stallman expliquait déjà en écrivant qu’en cas de controverse, plusieurs points de vue seront représentés, le troisième implique le respect des droits d’auteur et l’adoption d'une licence libre, celle précisément dont Stallman avait été l'initiateur, le quatrième inscrit le projet dans une démarche collaborative, là ou Stallman précisait déjà que « tout le monde est le bienvenu pour écrire des articles », et le cinquième enfin, stipule qu’il n’y a pas d’autres règles fixes, une position somme toute très courante dans le milieu des hackers dont Stallman faisait partie.
Contrairement à ce que l'on peut croire, le projet d'encyclopédie libre et universelle n'était donc pas une idée originale de Jimmy Wales et Larry Sanger, tous deux reconnus à ce jour comme les deux fondateurs de Wikipédia. Ce qu'ils firent en revanche, c'est d'exploiter l'idée au sein de la société Bomis, détenue par Jimmy Wales, pour enrichir son encyclopédie commerciale Nupedia. Cette dernière avait été lancée en avril 2000, soit environ dix mois avant Wikipédia, et sa rédaction était assurée par des experts engagés au sein d’un processus éditorial strict et formel<ref>{{Cite book|first1=Ned|last1=Kock|first2=Yusun|last2=Jung|first3=Thant|last3=Syn|title=Wikipedia and e-Collaboration Research: Opportunities and Challenges|journal=[[International Journal of e-Collaboration]]|volume=12|issue=2|publisher=IGI Global|date=2016|issn=1548-3681|doi=10.4018/IJeC.2016040101|url=http://cits.tamiu.edu/kock/pubs/journals/2016JournalIJeC_WikipediaEcollaboration/Kock_etal_2016_IJeC_WikipediaEcollaboration.pdf|archive-url=https://web.archive.org/web/20160927001627/https://cits.tamiu.edu/kock/pubs/journals/2016JournalIJeC_WikipediaEcollaboration/Kock_etal_2016_IJeC_WikipediaEcollaboration.pdf|archive-date=September 27, 2016|pages=1–8|author1-link=Ned Kock|url-status=live}}.</ref>. Malheureusement pour la firme Bomis, le nombre d’articles ne progressait que très lentement.
Dans le but d'accélérer le processus, Larry Sanger, docteur en philosophie et employé par Bomis pour assurer le rôle de rédacteur en chef de Nupedia, eut l'idée d'installer un logiciel wiki sur les serveurs de son entreprise. L'objectif était d'ouvrir un site web participatif, dans lequel des volontaires pourraient créer des articles encyclopédiques, pour qu'ils soient ensuite intégrés dans le projet commercial. Malgré le manque d’enthousiasme de son employeur, Sanger mit ses idées en application, et c'est donc ainsi que débuta l’histoire de Wikipédia, avec sa toute première version en anglais.
C’était le 15 janvier 2001, précisément le même mois où Richard Stallman mit en ligne son propre projet d’encyclopédie libre et universelle, qu'il souhaitait intituler GNUPedia. Étonnamment, les noms de domaine gnupedia .com .net et .org avaient déjà été enregistrés au nom de Jimmy Wales, ce qui obligea Stallman à rebaptiser son projet GNE. Ce fait est d'autant plus surprenant que Wales affirma des années plus tard : « n’avoir eu aucune connaissance directe de l’essai de Stallman lorsqu’il s’est lancé dans son projet d’encyclopédie ».
Le site GNE ne ressemblait cependant pas vraiment à une encyclopédie, mais plutôt à un blog collectif ou une base de connaissance, tandis que sa page d’accueil précisait clairement qu’il s’agissait d’une bibliothèque d’opinion. Quant à sa modération, elle avait demandé d'engager un employé, car elle s'est avérée bien plus compliquée que prévu. À côté de cela, et probablement grâce aux spécificités de l’environnement wiki et aux soutiens apportés par Jimmy Wales et Larry Sanger, Wikipédia réussit à mettre en place une organisation efficace au sein d'une communauté d'éditeurs grandissante.
Peut-être en raison de la concurrence libre faite par le projet GNE, Jimmy Wales décida d'abandonner le copyright que Bomis détenait sur son encyclopédie commerciale Nupedia, pour le remplacer par une licence Nupedia Open Content. Peu de temps après, il décida finalement d'adopter la licence de documentation libre GNU conçue pour protéger les textes de documentation des logiciels libres. Ce dernier choix fut une stratégie efficace, puisque cela incita Richard Stallman à transférer tout le contenu de son projet GNE vers Nupedia, et à encourager tout le monde à contribuer sur Wikipédia.
Parmi les autres actions de Jimmy Wales qui ont contribué au succès de Wikipédia, il y eut cette idée d'ouvrir le projet aux « gens ordinaires ». C’était un choix qui s’opposait aux idéaux de Larry Sanger, qui de loin préférait le modèle de Nupedia avec son système de relecture par des experts. Cependant, Jimmy Wales, en tant qu'homme d’affaires, visait une croissance plus rapide du contenu de l'encyclopédie.
Cette croissance ne s'est toutefois pas faite sans difficulté. Le 26 février 2002, en effet, l'Enciclopedia Libre Universal en Español, un projet dissident du projet Wikipédia, fit son apparition. C'était une réaction à de la censure, à l'existence d'une ligne éditoriale et à la possibilité de voir apparaitre des publicités dans Wikipédia. En raison des remises en question que cette séparation suscitait parmi les bénévoles actifs dans les projets, Jimmy Wales renonça finalement à l'usage de la publicité et mit de côté ses visions en matière de profit.
Il faut aussi tenir compte du fait que cet évènement est survenu lors de l'éclatement de la bulle spéculative Internet et du krach boursier de 2001-2002. Une conjoncture qui plaçait la société Bomis dans des difficultés financières, et surtout, dans l'incapacité de payer le salaire de Larry Sanger, son seul employé. En mars 2002 et après un mois d’activité bénévole, l’ex-employé décida alors de quitter les fonctions, qu'il occupait depuis un peu plus d'un an, dans Nupedia et Wikipédia. Avec le seul soutien de Jimmy Wales, les deux encyclopédies purent toutefois poursuivre leurs développements, toujours avec le concours d'experts dans Nupedia et d'une communauté bénévole au niveau de Wikipédia. Néanmoins, en septembre 2003 et vu l'écart qui se creusait entre les deux projets, l'encyclopédie Nupedia fut fermée et ses quelques dizaines d'articles transférées vers les milliers d'autres que comprenait déjà le projet Wikipédia.
Trois ans plus tard, Larry Sanger n’avait pas dit son dernier mot. En septembre 2006, il décida en effet de lancer sur fonds propres une encyclopédie intitulée Citizendium. Cette plateforme écrite en anglais uniquement et toujours active à ce jour, repose sur un système d’expertise, dans lequel les contributrices et les contributeurs doivent déclarer leur identité réelle. En avril 2026 cependant, Citizendium reprenait moins de 2000 articles, tout avancement confondu, tandis que le projet Wikipédia en anglais en regroupait déjà plus de 7 millions.
Voici donc comment est née la plus grande encyclopédie du monde, dont la taille et la visibilité n'avaient jamais été égalées auparavant. Une encyclopédie qui, de plus, s'est rapidement déclinée en de nombreuses versions linguistiques, à l'instar de sa version francophone, lancée moins de quatre mois après le projet original en anglais. Toutes ces versions ont formé les premières bases d’une organisation mondiale, bientôt chapeautée par une fondation. Avant cela, d'autres projets pédagogiques et collaboratifs ont vu le jour au côté de Wikipédia. Intitulés projets frères, ceux-ci se constituent à leur tour en de nombreuses versions linguistiques, tout en poursuivant le processus de création du mouvement Wikimédia.
'''Chapitre 8 : L'arrivée des projets frères.'''
Dans le but de développer des contenus pédagogiques qui ne trouvaient pas leur place dans Wikipédia, d’autres projets pédagogiques et collaboratifs ont vu le jour, pour former ce que l'on appelle couramment aujourd'hui : l’écosystème Wikimedia. La naissance de tous ces projets, ainsi que les évènements importants qui ont contribué au développement du mouvement, ont été repris dans une ligne du temps réalisée par Guillaume Paumier, à l’occasion du dixième anniversaire de Wikipédia. Grâce à ce graphique, on peut voir en détail l'évolution du nombre de projets, de versions linguistiques, de contributeurs et d'articles, et se faire une idée sur la vitesse à laquelle s'est développé le mouvement Wikimédia.
Parmi tous les projets frères, le premier à apparaître fut Méta-Wiki, une plateforme de référence pour centraliser la gestion de l'ensemble des sites web hébergés par la fondation Wikimédia. Dans un premier temps, cet espace communautaire en ligne a répondu à la nécessité de traiter en un seul lieu les questions communes aux différentes versions linguistiques de Wikipédia. Aujourd'hui, le site web est le principal endroit de coordination et de gestion de l'ensemble du mouvement Wikimédia. On y retrouve énormément d'informations au sujet des projets en ligne, et peut-être plus encore, concernant la Fondation et les organismes affiliés.
Après Méta-Wiki, sept autres projets de partage de la connaissance ont fait leur apparition, avant d'être déclinés à leur tour en plusieurs versions linguistiques. Tous ces projets émergent en général sur l’initiative d’un petit groupe de personnes actives au sein d’un projet préexistant. Ce fut le cas du projet Wiktionnaire en anglais, le deuxième projet à voir le jour après Méta-Wiki, en décembre 2002, soit deux ans avant la version francophone apparue en mars 2004.
Il est intéressant d'observer que la version francophone du Wiktionnaire n’a pas été créée à partir du projet anglophone, mais bien depuis le projet Wikipédia en français. D'ailleurs, on peut retrouver dans les archives de ce dernier projet, un débat concernant la pertinence de cette création, dont voici un extrait.
En fait, ce qui me peine vraiment avec le projet Wiktionary, c’est que alors qu’on essaie de rassembler les gens (pas facile) pour créer une sorte de tour de Babel de la connaissance, tâche bien longue et difficile, ce nouveau projet va disperser les énergies pour une raison qui ne me semble pas valable. C’est la création de Wiktionary qui va créer des redondances. À mon avis il existera rapidement des pages sur le même mot, mais ne contenant pas les mêmes informations. Pour quelle raison ces connaissances devraient-elles être séparées ? Les encyclopédies sur papier devaient faire des choix à cause du manque de place, mais nous, pourquoi le ferions-nous ??? "Wikipédia n’est pas un dictionnaire" n’est pas un argument à mon avis... si vraiment c’était pas un dictionnaire, il faudrait virer tout un tas d’article. Je ne comprends vraiment pas cette volonté de séparer la connaissance entre ce qui est encyclopédique et ce qui n’est qu’une définition.
[Réponse]
Pour moi ce qu’est Wiktionary, c’est une partie de Wikipédia s’intéressant plus particulièrement aux aspects linguistiques des mots. La différence que je verrais entre la partie dictionnaire de Wikipédia et sa partie dite encyclopédique, c’est que la partie dictionnaire s’intéresserait au sens des mots eux-mêmes alors que la partie encyclopédie s’attache plus à faire ressortir un état des connaissances à un moment donné. Le pourquoi de la séparation d’avec la partie encyclopédie tient plus à des raisons techniques qu’à une volonté de monter un projet indépendant, en effet et à mon humble avis, un dictionnaire nécessite une plus grande rigueur (de présentation) qu’une encyclopédie. Ceci entraîne beaucoup de problème et entre autres le choix de la mise en forme des articles du dictionnaire.
Créer un nouveau projet, c’est effectivement créer de nouveaux sites web, qui devront faire l’objet d’une nouvelle gestion, tant pour les serveurs de la Fondation, que pour la nouvelle communauté de contributeurs. L’importation de pages d’un projet à l'autre ou la traduction de celles-ci sont bien sûr toujours possibles, mais cela duplique alors aussi la maintenance et les mises à jour. Le choix de scinder un projet, en faveur d’une plus grande liberté, comporte donc certains coûts humains et financiers.
Ce prix à payer n'a pour autant pas empêché le projet anglophone Wikibooks de faire son apparition le 10 juin 2003, soit près d’un an avant Wikilivres, la version francophone du projet, apparue le 22 juillet 2004. Cette dernière création avait de nouveau été débattue au sein de la communauté Wikipédia en français, et non pas dans le Wikibooks en anglais. Quant à l'objectif commun aux deux projets linguistiques, il était de créer une « bibliothèque de livres pédagogiques libres que chacun peut améliorer ».
Environ un an après la création du projet en anglais, un nouvel espace de noms intitulé Wikijunior fut mis en place au sein de la bibliothèque en ligne. Ce sous-projet avait été créé pour répondre à un financement de la fondation Beck, qui cherchait à promouvoir la production de nouvelles littératures pour des enfants de huit à onze ans. Peu de temps après, cette tranche d’âge fut toutefois élargie de zéro à douze ans au niveau du projet francophone, quand le sous-projet y fut adopté.
Ces deux évènements témoignent ainsi qu'il est toujours possible qu'un sous-projet apparaisse dans un projet Wikimédia. Comme autre exemple, il y a aussi le WikiJournal, un sous-projet développé au sein du projet Wikiversité en anglais et qui reçut le prix de l’Open Publishing Awards en 2019. Une demande fut faite pour qu'il puisse bénéficier d'un nouveau site web dans le but de pouvoir se développer en dehors de Wikiversité. Malheureusement pour les initiateurs, la demande est restée sans suite jusqu'à ce jour, après que le conseil d’administration de la Fondation, chargé de répondre à celle-ci, considéra que le projet n’était pas suffisamment abouti.
Il faut savoir qu'avant cela, le projet Wikiversité, dans lequel est né Wikijournal, avait lui-même été un sous-projet du projet Wikibooks. Initialement, il visait à « créer une communauté de personnes qui se soutiennent mutuellement dans leurs efforts éducatifs ». Cependant, en août 2005, une longue discussion remit en question l’existence du sous-projet Wikiversité dans Wikibooks. Au terme de celle-ci, la décision fut prise de transférer Wikiversité et son contenu sur le site Méta-Wiki, là où de nouvelles discussions ont abouti à l’idée de faire de Wikiversité un nouveau projet indépendant.
Déjà à l'époque, le conseil d’administration de la Fondation Wikimédia se montrait réticent à l'ouverture de nouveaux projets, et sa réaction fut de demander l'ouverture d'un sondage au sein de la communauté. Celui-ci devait rassembler une majorité des deux tiers en faveur de l'ouverture du nouveau site web. Un résultat qui fut finalement obtenu, mais pas sans de longs débats, dont voici un extrait.
La principale raison pour laquelle la Fondation Wikimédia ne veut pas lâcher le morceau est une simple question de bureaucratie et la crainte que le projet ne devienne une autre Wikispecies. Wikispecies est une idée cool, mais les fondateurs du projet se sont dégonflés à mi-chemin de la mise en place du contenu et ont décidé de faire une révision majeure qui a pris plus de temps que ce que tout le monde était prêt à mettre.
Le même problème s’applique à Wikiversity en ce qui concerne la Fondation, parce que les objectifs et les buts de ce projet ne sont pas clairement définis, et il semble que les participants essaient de mordre plus qu’ils ne peuvent mâcher en proposant une université de recherche multi-collèges entière, avec un statut de recherche et une accréditation, à former de toutes pièces plutôt qu’un simple centre d’éducation pour adultes avec quelques classes.
En novembre 2005 et malgré les résultats positifs du sondage, l'indépendance du projet Wikiversité ne fut toutefois pas acceptée par cinq membres du conseil. Ceux-ci réclamaient une réécriture de la proposition pour en exclure la remise de titre de compétence, la conduite de cours en ligne, et de clarifier le concept de plate-forme e-learning. Quand ces rectifications furent faites, le projet bénéficia d'une période d’essai de plusieurs mois, jusqu'à ce que les amendements apportés au projet de départ soient enfin acceptés, le 31 juillet 2006. Ce long temps d'attente était justifié par la création du special projects committee, qui, jusqu'en décembre 2021, fut chargé de soulager le conseil d’administration de la fondation, par rapport aux demandes de création de nouveaux projets Wikimédia.
Un nouveau site, nommé Beta-Wikiversity, fut ainsi créé pour assister le lancement des différentes versions linguistiques de Wikiversité. Durant six mois, son premier objectif a d'abord été l'élaboration des lignes directrices concernant la potentialité de produire des recherches collaboratives au sein du projet. Par la suite, chaque nouvelle version linguistique, développée dans le projet Beta, devait avoir plus de 10 modifications par mois, réalisées par au moins trois personnes distinctes, avant de pouvoir bénéficier de son propre site web.
À l'image de Beta-Wikiversity, le projet Wikisource possède lui aussi un site indépendant pour lancer ces nouvelles déclinaisons linguistiques. Tandis que pour tous les autres projets pédagogiques, ce lancement s'effectue sur la plateforme Wikimedia Incubator, créée à la même époque que Beta-Wikiversity. Ces trois plateformes de lancement ne concernent pas les nouveaux projets, qui doivent faire l'objet d'une acceptation par le conseil d'administration de la Fondation Wikimédia, et qui peuvent avoir pour origines des processus de création divers.
Le projet Wikivoyage, par exemple, fut initialement créé en 2003 dans un Wiki extérieur au mouvement Wikimédia, là où il portait le nom de Wikitravel. Comme cela arrive parfois, ce projet sans but lucratif fut acheté par une entreprise commerciale en 2006. Mais en raison du changement de gouvernance et de l'apparition de publicités, une scission est apparue au sein de la communauté d’éditeurs. Les personnes désireuses de quitter Wikitravel lancèrent alors un nouveau site appelé Wikivoyage, qui reçut en 2007, le Webby Award du meilleur guide de voyage Internet.
L'intégration de Wikivoyage dans l'écosystème Wikimédia n'a cependant été faite qu'en 2012, à la suite d'un appel à commentaires durant lequel 540 personnes sur 699 furent en faveur de l’intégration du projet. Comme cette nouvelle déclencha une migration importante depuis Wikitravel vers Wikivoyage, une plainte fut déposée par la société commerciale en charge du premier projet. Celle-ci fut toutefois rejetée et le projet Wikivoyage continua à prendre de l’ampleur au sein du mouvement Wikimédia, avec la création de nouvelles versions linguistiques.
Le cas de Wikivoyage apparait toutefois comme une exception, car en général les nouveaux projets émergent des centaines de candidatures déposées sur le projet Méta-Wiki. Celles-ci se soldent bien souvent par un refus, comme ce fut le cas pour le projet WikiLang dont le but était de lancer un laboratoire linguistique. Quelques rares projets ont pourtant eu la chance d'être élus. Ce fut notamment le cas en octobre 2012, avec le lancement de la base de données structurée et sémantique Wikidata et de ses extensions Wikibase, ou plus récemment, en 2020, avec l'arrivée du projet Abstract Wikipedia et Wikifunctions.
Sans vouloir entrer dans les détails, il est intéressant de savoir que l'interconnexion entre ces trois projets permet de traduire automatiquement des articles encyclopédiques dans tous les langages naturels pris en charge par le mouvement Wikimédia. Plus précisément, les phrases des articles publiées sur Abstract Wikipédia, sont formulées par des fonctions informatiques produites dans le projet Wikifunctions, dans le but de traiter les informations de la base de données sémantique Wikidata. Autrement dit, un article dans Abstract Wikipédia ne possède qu'une seule page pour toutes les langues, pareillement aux pages d'entités de Wikidata, qui ont pour titre une lettre suivie d'un chiffre.
À la suite de ces explications, on observe donc que ce n'est pas la complexité qui détermine le refus projet, mais plutôt une série de critères comparables à ceux retenus pour supprimer des projets ou versions linguistiques déjà existants. À ce propos, il existe sur Méta-Wiki une liste mise à jour des différents sites hébergés par la Fondation Wikimédia, dont l'existence est remise en cause. Dans celle-ci, on retrouve essentiellement des versions linguistiques de projets, qui n’ont pas réussi à poursuivre leurs développements, bien qu'un projet entier soit toujours susceptible d'être mis à l'arrêt. C'est d'ailleurs ce qui est arrivé aux 31 versions linguistiques du projet Wikinews, qui, en date du 4 mai 2026, soit 22 ans après le lancement du site anglophone, sont accessibles en mode lecture uniquement.
Dans le cas de Wikinews, ce fut le manque d'activité qui apparut comme principale justification de la suspension du projet. Cependant, d'autres raisons pourraient être invoquées, comme le prouve cet épisode de 2005, où, peu de temps après son lancement, la version francophone du recueil de citations Wikiquote a bien risqué de disparaitre. Le projet fut effectivement accusé d’avoir récupéré le contenu d’une base de données soumise à un droit d’auteur, incompatible avec la licence Creative Commons appliquée sur l’ensemble des projets pédagogiques Wikimédia. Lorsqu'une plainte fut adressée à l’association Wikimédia France, pour être ensuite relayée sur le site Méta-Wiki, il fut bien question de fermer le projet. Après de longues discussions, celui-ci fut toutefois maintenu, mais avec pour conditions de repartir de zéro, et d’établir une charte pour garantir la traçabilité des citations reprises par le projet.
Voici donc de quoi se faire une idée sur la manière dont les projets pédagogiques et leurs déclinaisons linguistiques apparaissent et disparaissent au sein du mouvement. Les exemples repris ci-dessus suffisent effectivement pour comprendre les principes généraux qui sous-tendent leurs créations. En dehors de Méta-Wiki, Wikidata, Wikifunctions, Abstract Wikipédia et Wikimedia Commons, qui ne sont pas des projets de contenu pédagogique à proprement parler, tous les autres projets semblent effectivement provenir d’un désir de spécialisation d’un projet préexistant.
L'idée est généralement débattue dans un projet de même langue, avant de relayer la discussion vers le site Méta-Wiki. Si le projet y est jugé pertinent, il fait alors l'objet d'une candidature, qui doit actuellement être soumise au groupe de travail des projets frères du comité des affaires communautaires de la Fondation Wikimédia. Quant aux nouvelles versions linguistiques, elles doivent être aujourd'hui soumises à l'approbation du comité des langues, avant d'être testées sur les plateformes Incubator, Beta-Wikiversité ou Wikisource Multilingue, dans le but de bénéficier d’un site web indépendant.
Après ces explications concernant les projets frères et leurs variations linguistiques, il nous reste encore à parler des sites qui ont un lien avec le mot Wiki, soit par leur nom, soit par le logiciel utilisé. En 2024 effectivement, plus de 22 600 d'entre eux étaient répertoriés, dont plus de 95 % sans aucun lien avec le mouvement Wikimédia, en dehors du fait, peut-être, qu’ils utilisaient le logiciel MediaWiki développé par la Fondation Wikimédia.
WikiLeaks par exemple, créé par Julian Assange dans le but de publier des documents classifiés provenant de sources anonymes, n’est ni un projet Wikimédia, ni un site collaboratif. Quant au recueil universel et multilingue de guides illustrés WikiHow, si celui-ci fonctionne pour sa part de manière collaborative et avec le logiciel MediaWiki, il n'a pourtant aucun lien avec le mouvement Wikimédia. D'ailleurs, son ergonomie, radicalement différente de celle des projets Wikimédia, permet de le comprendre au premier coup d’œil.
En revanche, Wikimini, l'encyclopédie libre pour les enfants, a une apparence tout à fait comparable à celle des projets Wikimédia, alors que le projet n’a jamais été accepté par la Fondation. Quant aux projets WikiTribune et Fandom, l'ambiguïté qu'ils entretiennent avec le mouvement est d'autant plus grande qu'ils ont été créés par Jimmy Wales, le fondateur de Wikipédia et de la Fondation Wikimédia. Cependant, comme ce sont des projets commerciaux, ils ne peuvent en aucun cas être soutenus par une fondation sans but lucratif.
Au terme de cette présentation, il ne reste plus qu'à signaler que le mouvement Wikimédia ne fut conscientisé que tardivement par rapport à l'apparition des projets Wikimédia et de leurs différentes versions linguistiques. Pour qu'un sentiment de collectivité se manifeste entre tous ceux-ci, il fallut effectivement attendre qu'une coordination se développe sur la plateforme Méta-Wiki, mais également que de nombreuses rencontres et associations apparaissent en dehors de l'espace numérique. En ce sens, la naissance du mouvement ne fut pas un événement ponctuel, mais plutôt la réalisation d’un long processus de conscientisation.
'''Chapitre 9 : La conscientisation du mouvement.'''
Avant d'aborder la question de la conscientisation du mouvement, il peut être intéressant de découvrir l'origine étymologique du mot « Wikimédia ». Celui-ci est un mot-valise composé du suffixe « média » et du préfixe « wiki » que l’on doit à cette expression hawaïenne « wiki wiki », qui se traduit en français par l'expression : « vite, vite ». Celle-ci fut récupérée une première fois par Ward Cunningham, le créateur du premier moteur Wiki, avant d'être réutilisée dans les noms inventés pour d'autres logiciels de cette même famille. UseModWiki en est un bel exemple, puisqu'il fut le premier programme utilisé par la firme Bomis pour héberger son projet d’encyclopédie collaborative. Raison pour laquelle, sans doute, le terme « wiki » fut utilisé pour créer le mot Wikipédia, en l'associant au suffixe « pedia » qui fait référence au mot anglais encyclopedia, selon un principe qui fut ensuite repris pour tous les autres projets du mouvement.
Le mot Wikimédia, pour sa part, n’est apparu que le seize mars 2003, lors d’une discussion concernant la déclinaison possible de l’encyclopédie en d’autres types de projets éditoriaux participatifs. Durant celle-ci, l’écrivain américain Sheldon Rampton eut l’idée d’associer au terme wiki à celui de « média », afin de mettre en évidence la variété des médias produits et partagés par Wikipédia et ses projets frères. Toutefois, c'est seulement en juin 2008 que Florence Devouard, présidente de la Fondation à cette époque, associe le mot Wikimédia à un mouvement social qu’elle voyait apparaître au sein des projets Wikimédia et de leurs communautés d'usagers.
Affirmer pour autant que ce moment précis coïncide avec la naissance du mouvement serait quelque peu arbitraire. Car si l’on peut déterminer plus ou moins facilement l’apparition d’une expression dans des archives, tout le monde sait qu’un mouvement social ne se forme pas en un seul instant. Dans le contexte du de Wikimédia, sa naissance est bien sûr liée à celle du projet Wikipédia, mais également à tout ce qui permit la création de cette encyclopédie libre. Dans une autre perspective encore, on peut dater l'apparition du mouvement Wikimédia au 20 juin 2003, date de la création de la fondation qui porte le même nom. Ou pourquoi pas, associer la création du mouvement à la mise en ligne de la plate-forme Méta-Wiki, qui en représente le principal lieu de coordination.
Toujours est-il que l’expression « Wikimedia movement » est bien apparue en juin 2008, sous la plume de Florence Devouard. Cela s'est passé sur la liste de diffusion de la Fondation et peu de temps avant qu'elle quitte son poste de présidente. Dans son message, elle partageait l'idée de placer sous le nom de domaine wikimedia.org un site vitrine de présentation du mouvement Wikimédia qu'elle concevait de la sorte.
Le mouvement Wikimédia, comme je l’entends est
– une collection de valeurs partagées par les individus (liberté d’expression, connaissance pour tous, partage communautaire, etc.)
– un ensemble d’activités (conférences, ateliers, wikiacadémies, etc.)
– un ensemble d’organisations (Wikimedia Foundation, Wikimedia Allemagne, Wikimedia Taïwan, etc.), ainsi que quelques électrons libres (individus sans chapitres) et des organisations aux vues similaires.
Avec autant de détails et d'explications, un tel message ne pouvait qu'accélérer la prise de conscience au sein du mouvement. Dans tous les cas, il mettait en évidence que les personnes actives dans les projets éditoriaux en ligne ou dans les organismes affiliés, faisaient partie de ce que Ralf Dahrendorf appelle un « quasi-groupe ». Autrement dit, un ensemble d’individus qui ont un mode de vie semblable, une culture commune, mais dont les points communs ne gravitent pas autour d’une prise de conscience de leur position commune dans la relation d’autorité.
Après la naissance de Wikipédia et de nombreux projets frères, une dizaine d’années a donc été nécessaire pour que le mouvement Wikimédia prenne conscience de son existence. Aujourd’hui encore, et comme cela a déjà été vu, de nombreuses personnes actives dans les projets pédagogiques ne réalisent toujours pas qu’elles participent aux activités d’un mouvement social. Cela, contrairement aux personnes investies dans les activités en présentiel organisées au sein du mouvement, qui sont généralement plus conscientes de leur engagement. C’est là une raison de croire que le développement de la Fondation Wikimédia et de ses organismes affiliés a joué un rôle important dans l'apparition d'un sentiment d’appartenance.
'''Chapitre 10 : La création des organismes affiliés.'''
Si c’est grâce à l’arrivée des groupes et des organismes affiliés à la Fondation Wikimédia que l’idée du mouvement est probablement apparue, il est alors intéressant d'en décrire les processus de création. Mais puisque cela représente plusieurs centaines d’instances spécifiques, regroupées en plusieurs catégories détaillées en seconde partie d'ouvrage, aborder ici l’histoire de chacune d’entre elles serait une entreprise beaucoup trop fastidieuse.
De plus, s’il existe énormément d’archives numériques concernant la naissance des sites Wikimédia, ce n’est pas le cas pour ces organismes affiliés. Un bon nombre de ceux-ci se sont effectivement formés durant des rencontres ou des réunions hors ligne qui n'ont fait l’objet d’aucun enregistrement. Du reste, une bonne part des échanges effectués au sein de ces associations s'organise par des canaux de communication privés auxquels seuls les membres actifs ont accès.
Puisque je suis l'un des membres fondateurs, je me limiterai donc ici à parler de l’association Wikimédia Belgique. Celle-ci fut fondée le huit octobre 2014 en tant qu’association sans but lucratif, avant d'être reconnue le six août 2015 par le conseil d’administration de la Fondation Wikimédia. Après plus de trois ans d’activités et de rencontres et sous l’impulsion de Maarten Deneckere, qui assuma le premier mandat de présidence, nous étions 8 personnes à signer la première version des statuts de l’association.
Jusqu’à ce jour, l’objet social de Wikimedia Belgique est d'impliquer tout un chacun dans la connaissance libre. Contrairement à l'association Wikimédia Deutchland, la première à voir le jour en 2004 et qui rassemblait déjà en 2021 plus de 85 000 membres et près de 150 employés, l’association belge n'a qu'une seule employée à temps partiel et 150 membres en 2025.
Avant d’être reconnues par le comité d’affiliations chargé de seconder le conseil d’administration de la Fondation, toutes les associations nationales, dites « chapters » en anglais, et toutes les autres organisations affiliées doivent réaliser de nombreuses démarches. Celles-ci consistent à répondre à un ensemble de prérequis qui ont évolué suite à la création d'un comité décisionnel en avril 2006. Ces obligations diffèrent entre les groupes d’utilisateurs et d'utilisatrices et les associations locales ou thématiques. Parmi ceux-ci, on retrouve toutefois : un nombre minimum de membres et de référents, une mission et un règlement d’ordre intérieur conformes aux attentes du mouvement, la remise de plans et de rapports d’activités annuels, etc.
On comprend donc qu’il n’est pas évident de créer une nouvelle instance au sein du mouvement. Pour bénéficier du soutien logistique et financier de la Fondation réservé aux organismes affiliés, c’est ainsi toute une série de rapports qu’il faut alors transmettre à divers comités et commissions chargés de leurs évaluations. Cela représente une quantité de tâches administratives qu’il n’est pas toujours facile d’assumer, surtout lorsque les membres de l’organisme affilié sont tous des bénévoles. D’où sans doute cette régulière disparition d’affiliations, pendant que d’autres se créent ou réapparaissent en fonction des énergies et du dynamisme disponibles dans les équipes.
Les activités liées à la récolte et à la redistribution des dons offerts au mouvement, ainsi que les autorisations d’usage de marques déposées, contrastent donc avec les valeurs de libre partage et d’autonomie décrites dans les projets pédagogiques. Cela confirme sans doute que la partie hors ligne du mouvement est plus influencée par le système économique qui l'entoure, pendant que la partie en ligne reste plus fidèle à l’héritage transmis depuis la contre-culture des années 1960. Pour conclure cette première partie d'ouvrage, voici donc quelques dernières considérations concernant cet héritage.
'''Chapitre 11 : L'héritage d'une contre-culture'''
Au terme de cette première partie d’ouvrage, il devient évident que la révolution numérique, que l’on considère généralement comme une révolution technique, fut aussi, et peut-être avant tout, une révolution sociale et culturelle. Quant à l'histoire de Wikimédia, reprise ici depuis les origines de son encyclopédie jusqu'à l'apparition de ses organismes affiliés, elle nous fit découvrir comment les idées de la contre-culture des années 1960 furent transmises au mouvement.
En cas de doute, observons encore que Richard Stallman, celui qui a créé les concepts de licence et d'encyclopédie libre, fut désigné par certains comme le gourou de la contre-culture hacker et le père du système d’exploitation hippie. Une culture hippie, dont il est aussi troublant de constater que le renversement de son logo ressemble étrangement à celui du mouvement Wikimédia.
Incontestablement et au travers du mouvement des logiciels libres, le mouvement Wikimédia a donc bien hérité des valeurs produites par les mouvements sociaux des années 1960. Des valeurs qui aujourd'hui contrastent fortement avec la marchandisation et la capitalisation du monde, dont l'espace web ne fait jamais que refléter ce qui se passe dans le reste de la société humaine. Or, ce phénomène ne date pas d'hier. En 2008 déjà, André Gorz, ce philosophe parmi les pères de la décroissance et théoricien de l’écologie politique, constatait déjà que :
La lutte engagée entre les "logiciels propriétaires" et les "logiciels libres" [...] a été le coup d’envoi du conflit central de l’époque. Il s’étend et se prolonge dans la lutte contre la marchandisation de richesses premières – la terre, les semences, le génome, les biens culturels, les savoirs et compétences communs, constitutifs de la culture du quotidien et qui sont les préalables de l’existence d’une société. De la tournure que prendra cette lutte dépend la forme civilisée ou barbare que prendra la sortie du capitalisme.
Dans cette lutte et avec le seul nom de domaine non commercial parmi le top 100 des sites les plus fréquentés du Web, la galaxie Wikimédia apparait donc comme un des derniers lieux numériques de liberté, de partage et d'égalité. Un lieu qui, de plus, est connu mondialement, grâce au succès des plus de 350 déclinaisons linguistiques de Wikipédia, et sans pour autant récolter d'informations sur l’identité et le comportement des internautes. Cela alors que cette pratique est considérée, par certains, comme un « nouvel or noir » pompé du Web, pendant que d’autres préfèrent parler de « capitalisme 3.0 » ou de « capitalisme de surveillance » .
Évidemment, les enjeux de cette lutte sont difficiles à comprendre. La complexité de l’infrastructure informatique, mais également le fait que tout cela s'inscrit dans une révolution que Rémy Rieffel décrit comme « instable et ambivalente, simultanément porteuse de promesse, et lourde de menaces », ne facilitent pas les choses. Cela d'autant plus que tout cela se place « dans un contexte où s’affrontent des valeurs d’émancipation, et d’ouverture d’un côté et des stratégies de contrôle et de domination de l’autre » .
En fait d’ambivalence, il est surprenant d'apprendre, par exemple, que Jimmy Wales, fondateur de Wikipédia et de la fondation Wikimédia, est un adepte de l’objectivisme, alors que cette philosophie voit le capitalisme comme un idéal de société et l’égoïsme rationnel, comme une morale. Puis, concernant l'instabilité du numérique, il y a ces appels répétés de Tim Berners-Lee au sujet de la « redécentralisation » et de la « régulation » d'un espace web qu'il avait conçu dans un esprit tout à fait opposé. Quant aux pionniers d'Internet, ils n'ont probablement pas imaginé que leur création permettrait un jour, à des milliards d’objets connectés, de rapporter, rien qu'en France et en 2021, plus de 2,6 milliards d’euros.
Quant à la question du contrôle et au-delà de ce qui est opéré par les firmes commerciales, c'est bien sûr du côté des États qu'il faut porter son attention. Face à un mouvement qui veut s’émanciper des contrôles, par moins de 18 pays ont déjà censuré Wikipédia et parfois même l'ensemble des projets frères. Ce fut le cas par exemple pour la Turquie, la Russie, l'Iran, mais également le Royaume-Uni, la France et l'Allemagne, et c'est même le cas de manière permanente en Chine, depuis 2004.
Dans certains cas, des procédures juridiques ont été utilisées pour intimider les membres du mouvement. C'est arrivé en France lorsque le directeur de l'association Wikimédia fut menacé de poursuites pénales par la Direction Centrale du Renseignement Intérieur, après un refus de supprimer un article qui traitait d’une station militaire dans Wikipédia. Par chance, ce qui s'est passé en France ne dépassa pas le stade de l'intimidation. En Biélorussie cependant, Mark Bernstein, un contributeur aux projets Wikimédia, fut condamné à quinze jours de prison ferme, assortis de trois ans d’assignation à résidence, pour des propos tenus au sujet de la guerre en Ukraine. Cela sans oublier qu'actuellement, ce sont les conservateurs à la tête des États-Unis qui « veulent la peau de Wikipédia » en cherchant à obtenir l'identité réelle de certains contributeurs.
Le contrôle et le non-respect de la vie privée font ainsi appel à la figure emblématique du lanceur ou de la lanceuse d'alerte, dont la posture contestataire fait penser à celle des personnes actives dans la contre-culture des années 1960. Parmi ceux-ci, on dit de Julian Assange, Edward Snowden et Chelsea Manning, qu'ils « ont perdu leur liberté pour défendre la nôtre ». De manière similaire, on pourrait donc aussi dire que les Wikimédiens Aaron Swartz, Bassel Khartabil, Pavel Pernikov, Ihor Kostenko et Mark Bernstein, se sont sacrifiés pour la liberté, le partage et la vérité.
Dans Wikimédia et comme ce fut expliqué dans l'introduction de cet ouvrage, une alerte peut prendre la forme d'un appel à commentaires en réaction à une décision ou une situation observée au sein du mouvement. C'est même là une pratique institutionnalisée, qui fait l'objet d'une procédure d'accompagnement et de suivi. Toutes ces alertes concernent les dérives de certains projets, mais également de certaines associations dont la proximité avec le système économique n'aide pas au respect des pratiques et des valeurs développées en ligne.
Dans ce qui apparait aux yeux de certains comme un « bazar libertaire », les choix et règles édictés dans la sphère hors ligne du mouvement ne plaisent pas toujours aux membres des communautés en ligne. Ce qui n'empêche toutefois pas les projets éditoriaux d'avoir leurs propres règles et des recommandations, ni de voir apparaitre, en 2020 et dans l'ensemble du mouvement, un code de conduite universel, qui détermine le « référentiel minimum des comportements acceptables et inacceptables ».
L'idéologie transmise à Wikimédia, décrite en partie par Steven Levy dans son ouvrage L’Éthique des hackers est donc plus subtile qu'un simple refus d'autorité. Dans un esprit de partage, d'ouverture, de transparence, de liberté, d'égalité et d'autonomie, c'est une structure très complexe, tout en étant cosmopolite et mondiale, que le mouvement réussit à mettre en place. Une organisation qui, finalement, apparait très inspirante dans la manière de faire communauté aujourd'hui, et au sein d'un monde toujours plus global et numérique.
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